Carouge


Carouge
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Carouge
Carouge
Place de l'Octroi
Administration
Pays Suisse Armoiries de la commune.
Canton Genève
Nom officiel Carouge (GE)
Langue Français
Maire Stéphanie Lammar
N° OFS 6608
NPA 1227 (Carouge)
1227 (Les Acacias)
Site Web www.carouge.ch/
Géographie
Superficie 2,7 km²[1]
Altitude maximale 424 m
Altitude moyenne 393 m
Altitude minimale 379 m
Coordonnées 46° 11′ 00″ N 6° 08′ 00″ E / 46.183349, 6.13332146° 11′ 00″ N 6° 08′ 00″ E / 46.183349, 6.133321 
Démographie
Population 20 071 (31 décembre 2009)[2]
Densité 7 433,7 hab./km²
Gentilé Carougeois
Localisation

Localisation de la commune en Suisse.

Carouge est une ville et une commune suisse du canton de Genève.

Sommaire

Géographie

La place du marché de Carouge.

Carouge jouxte la ville de Genève, dont elle est séparée par la rivière Arve, et fait partie de la République et Canton de Genève depuis 1816. Elle est réputée pour le quartier du « vieux Carouge Â», qui garde un certain charme et où les terrasses des bistrots sont très courues lorsque les beaux jours reviennent.

Selon l'Office fédéral de la statistique, Carouge mesure 2,7 km2[1]. 84,9 % de cette superficie correspond à des surfaces d'habitat ou d'infrastructure, 4,9 % à des surfaces agricoles, 8,7 % à des surfaces boisées et 1,5 % à des surfaces improductives.

Carouge comprend les localités de Les Acacias et Pinchat. Elle est limitrophe de Genève, Veyrier et Lancy.

Histoire

Une naissance tardive

La commune de Carouge est également surnommée la « cité sarde Â» du fait de son passé.

En effet, c'est le Traité de Turin[3] du 3 juin 1754 entre la République de Genève et le Royaume de Sardaigne qui marque la naissance de Carouge. L'accord met fin à d'incessantes querelles entre la maison de Savoie et la cité de Calvin au sujet de la mosaïque de terrains le long de l'Arve, où il est bien difficile de faire respecter la légitimité des juridictions respectives.

Après de longues et laborieuses négociations, les deux parties s'orientent vers un échange de terres. Genève cède 6 973 poses de terres, verse 50 000 écus au royaume et obtient en échange 5 357 poses. Carouge devient sarde. L'accord favorise plutôt la maison de Savoie. Même si Carouge n'est alors qu'un hameau de quelques maisons et auberges, il se trouve néanmoins dans une situation idéale, de l'autre côté de la rivière, à peine à quelques encablures de la cité[4].

Le développement rapide

Profitant des ressources que lui apporte sa puissante voisine, Carouge se développe rapidement. En 1766, elle compte déjà 36 établissements de vin, industrie florissante, mais aussi contrebandière, qui n'est guère affaiblie par les royales gabelles[5]. C'est toutefois seulement vers 1770 qu'un véritable projet politique et économique voit le jour sous la houlette de Pierre-Claude de la Fléchère, comte de Veyrier, représentant local de la noblesse savoyarde. Cet homme, qui avait fort bien compris la situation géostratégique exceptionnelle du territoire, ne tarde pas à solliciter de Victor-Amédée III des privilèges permettant à Carouge de se développer, notamment en faisant appel à des étrangers[6]. En 1777, Carouge obtient deux foires annuelles et un marché hebdomadaire. Sa population dépasse le millier d'âmes.

Capitale de province sarde

Par l'édit du 2 mai 1780, Carouge devient la capitale de la province du même nom qui comptabilise environ 37 000 habitants. Le bourg devient rapidement une cité royale et, le 31 janvier 1786, reçoit son blason (un lion au pied d'un arbre) pour être érigée en « ville Â» par lettres patentes du roi. Sa population dépasse alors les 3 000 habitants[7].

Un îlot de tolérance

La singularité de Carouge réside essentiellement dans la mise en place d'une politique libérale qui est largement appuyée par le pouvoir turinois. Non seulement ce dernier accorde des privilèges particuliers, et uniques dans le royaume, à la cité carougeoise, mais accepte aussi la venue en nombre d'étrangers de toutes origines et appartenances religieuses afin de favoriser l'essor économique de la province.

C'est ainsi que les francs-maçons font leur apparition à Carouge en 1777[8], suivis en 1779 de protestants qui obtiennent la tolérance civile et religieuse en 1783[9]. Enfin, en 1779, des Juifs, originaires d'Alsace principalement, s'installent également[10]. Pierre-Claude de La Fléchère et l'Intendant général Giovanni-Battista Foassa-Friot ont largement contribué à la mise en place de cette politique, plutôt novatrice pour l'époque[11].

Le 27 août 1787, Victor-Amédée III proclame un édit de tolérance, permettant notamment aux Juifs de bénéficier de l'application du droit commun et de jouir d'une totale liberté de culte, cas rarissime dans l'histoire de l'Europe[12]. Les francs-maçons auront leur loge, les protestants leur temple et les Juifs leur synagogue, ainsi qu'un cimetière confessionnel situé le long de l'actuelle rue des Tireurs de Sable.

En 1789, peu avant sa mort, Pierre-Claude de la Fléchère suggère au pouvoir turinois d'accepter la venue à Carouge de musulmans et de leur autoriser la création d'une mosquée[13]. Cette ultime vision du Comte de Veyrier ne verra pas le jour : Carouge, bientôt française, doit abandonner sa politique libérale.

Une ville française

En 1789, les effets de la Révolution française se font sentir. Pour prévenir toute agitation, la garnison de la ville passe de 144 à 650 hommes. La mesure rassure quelque temps, mais les jours de Carouge la Sarde sont désormais comptés[14]. Le 2 octobre 1792, les troupes françaises en marche pour leur Campagne d'Italie, pénètrent sans résistance dans la province de Carouge et l'annexent au département du Mont-Blanc dont Chambéry est le chef-lieu, puis au tout nouveau département du Léman en 1798 dont Genève, elle aussi annexée, devient la préfecture[15]. Carouge restera ainsi française jusqu'en septembre 1814.

Elle fut chef-lieu de district de 1792 à 1795.

Une ville suisse

Après une période mouvementée pendant laquelle Carouge devient sarde par le traité de paix du 30 mai 1814, puis française durant le retour de Napoléon, et à nouveau sarde (après la défaite de Waterloo), la ville est finalement cédée au canton de Genève par le traité de Turin du 16 mars 1816, ainsi que 31 autres communes savoyardes et françaises[16]. Le canton avait rejoint la Confédération suisse à l'occasion des traités de Paris en 1814 et de Vienne en 1815. Cette cession est accompagnée d'une petite zone exempte de douanes sardes. Une des places de Carouge s'appelle d'ailleurs toujours « place de Sardaigne Â».

Carouge contemporaine

Le premier tramway (qu'on nommait alors « chemin de fer américain Â») de Suisse est mis sur pied sur la ligne Carouge-Place Neuve, aujourd'hui le plus ancien tronçon d'Europe encore en service[réf. nécessaire]. Ainsi, après Paris, Birkenhead (banlieue de Liverpool) et Londres, Carouge et Genève possèdent des voitures sur rail, tirées par des chevaux. La traction hippomobile fut remplacée par la vapeur dès 1878, puis électrifiée dès 1894. La « ligne 12 Â» est créée dans les années 1900 et relie les deux villes françaises de Saint-Julien-en-Genevois et d'Annemasse en traversant le canton de Genève. Depuis 1995, le tram 13 traverse également la commune et, depuis 2007, le tram 14 relie Carouge au quartier des Avanchets et de la ville de Meyrin.

Démographie

Selon l'Office fédéral de la statistique, Carouge possède 20 071 habitants fin 2009[2]. Sa densité de population atteint 7 433,7 hab./km².

Le graphique suivant résume l'évolution de la population de Carouge entre 1850 et 2008[17] :

Note et références

  1. ↑ a et b Statistique de la superficie 2004/09 : Données communales sur Office fédéral de la Statistique. Consulté le 23 septembre 2010
  2. ↑ a et b Bilan de la population résidante permanente (total) selon les districts et les communes, en 2009 sur Office fédéral de la Statistique. Consulté le 1er septembre 2010
  3. ↑ Alfred Dufour, Histoire de Genève, p. 94, Que sais-je n° 3210, PUF
  4. ↑ Raymond Zanone, Cap sur l’histoire de Carouge, Dumaret et Golay, Carouge, 1983, p. 48-49.
  5. ↑ Claudius Fontaine, Recherches historiques sur Carouge, H. Mehling, Genève, 1857, p. 144-150 ; Raymond Zanone, op. cit., p. 49 et suivantes.
  6. ↑ Eusèbe-Henri Gaullieur, Annales de Carouge, éditions Slatkine, Genève, 1982, p. 33, (réimpression de l’édition de Joel Cherbuliez, Genève, 1857).
  7. ↑ André Corboz, Invention de Carouge, Payot, Lausanne, 1968, p. 359
  8. ↑ Les Trois temples, Loge des trois temples à l’Orient de Carouge, 1788-1988, plaquette commémorative – 200e anniversaire de la création de la Loge, Carouge, 1988, p. 15-20. ; reproduite sur le site de la Loge Les Trois Temples.
  9. ↑ Eusèbe-Henri Gaullieur, op. cit. p. 67 et suivantes.
  10. ↑ Laurence Leitenberg, Population juive de Carouge de 1780 à 1843, Mémoire de licence d’histoire économique et sociale, université de Genève, 1992, Annexes I et II, Recensement de la population juive
  11. ↑ Jean Plançon, Histoire de la Communauté juive de Carouge et de Genève, volume 1, de l'Antiquité à la fin du XIXe siècle, Slatkine, Genève, 2008. Cet ouvrage comporte des éléments biographiques sur ces deux personnages.'
  12. ↑ Archives départementales de Haute-Savoie (ADHS), période Sarde, série C, ICI-16, correspondance n° 122, lettre du 15 août 1787 du Ministre Giuseppe Corté au Gouverneur général à Chambéry.
  13. ↑ René-Louis Piachaud, Œuvres complètes, tome II, Slatkine, Genève, 1982, lettre de M. de la Fléchère adressée à son frère M. le Comte de Châtillon le 13 mars 1789, p. 296.
  14. ↑ Raymond Zanone, op. cit. p. 76-77
  15. ↑ Raymond Zanone, op. cit. p. 83
  16. ↑ Raymond Zanone, op. cit. p. 90-91
  17. ↑ [zip] Evolution de la population des communes 1850-2000 sur Office fédéral de la statistique. Consulté le 13/01/2009

Annexes

Bibliographie

  • Paul Maerky, Souvenirs d'un gamin de Carouge, 1937 (ISBN 2-05-101478-7) 
  • Raymond Zanone, Les nouveaux souvenirs d'un gamin de Carouge, 1996 (ISBN 2-05-101470-1) 
  • Raymond Zanone, Cap sur l'histoire de Carouge, 1983, chez Dumaret et Golay. 
  • Eusèbe-Henri Gaullieur, Annales de Carouge, 1982, chez Slatkine. 
  • Claudius Fontaine, Recherches historiques sur Carouge, 1857, chez Mehling. 
  • André Corboz, Invention de Carouge, 1968, chez Payot. 
  • Pierre Baertschi et Isabelle Schmid, Carouge, ville nouvelle du XVIIIe siècle, 1989 (ISBN 2-8257-0167-X) 
  • Bâtir une ville au siècle des Lumières: Carouge, modèles et réalités, Archivio di Stato di Torino et Mairie de Carouge, 1986, 672 p.
    Catalogue de l'exposition du bicentenaire de création de la ville
     
  • Jean Plançon, Histoire de la Communauté juive de Carouge et de Genève, volume 1, de l'Antiquité à la fin du XIXesiècle, 2008, Slatkine. 

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