Carolingien

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Carolingien

Carolingiens

Histoire de France
Adhémar de Monteil à Antioche.jpeg

Antiquité

Moyen √āge

√Čpoque moderne

√Čpoque contemporaine

Voir aussi :

Chronologie de la France
Arbre généalogique de Carolingiens

Les Carolingiens, que l'on appelait couramment Carlovingiens jusqu'√† la fin du XIXe si√®cle, forment une dynastie de rois francs qui r√©gn√®rent sur l'Europe occidentale de 750 jusqu'au Xe si√®cle, et dont la g√©n√©alogie remonte √† saint Arnoul (v. 582‚Äď640 ?), √©v√™que de Metz.

Ils doivent leur nom au plus illustre des leurs, Charlemagne[1],[2],[3].

Sommaire

Origines de la famille carolingienne

On fixe commun√©ment comme origine √† la lign√©e carolingienne le mariage, vers 630, d'Ansegisel fils d'Arnoul de Metz et de Begge d'Andenne fille de P√©pin de Landen qui scelle l'alliance entre la famille des Arnulfiens et celle des Pippinides. Ceux-ci ont un fils, P√©pin de Herstal, lui-m√™me p√®re de Charles Martel et grand p√®re de P√©pin le Bref lequel deviendra le premier roi de la dynastie carolingienne le 28 juillet 754.

Les Pippinides d√©tiennent pendant plusieurs g√©n√©rations, la charge de maire du palais sous le r√®gne des souverains m√©rovingiens d'Austrasie. Au fur et √† mesure de la d√©sagr√©gation du pouvoir de la dynastie m√©rovingienne, durant la p√©riode dite des ¬ę rois fain√©ants ¬Ľ, les maires du palais pippinides accroissent leur pouvoir : d√©j√† P√©pin de Herstal, puis Charles Martel dirigeaient de fa√ßon quasi autonome la politique du royaume, tels des suzerains, mais sans le titre ; ainsi, ils nommaient les ducs et les comtes, n√©gociaient les accords avec les pays voisins, dirigeaient l'arm√©e, √©tendaient le territoire du royaume (notamment en Frise) et allaient m√™me jusqu'√† choisir le roi m√©rovingien.

La zone d'influence des Pippinides sera le territoire favori des Carolingiens : r√©gion de Li√®ge (Herstal et Jupille), Aix-la-Chapelle et Cologne.

Le règne de Pépin le Bref, premier roi carolingien

En 741, Charles Martel, maire du palais aupr√®s des rois m√©rovingiens qui avait sauv√© le royaume des francs, meurt. Il laisse deux fils : Carloman et P√©pin. Se qualifiant de dux et princeps Francorum, duc et prince des Francs, ils vont assumer la fonction de maire du palais.

En 747, Carloman d√©cide de se retirer du jeu politique, c√©dant sa place √† son fr√®re, en rejoignant un monast√®re de Lombardie. Quatre ann√©es plus tard, P√©pin, cherche √† obtenir l'appui de l'√Čglise (du pape) et de l'aristocratie. Il posera ensuite une habile question au pape Zacharie : les rois n'exercent plus le pouvoir dans notre royaume, est-ce un bien ou un mal ? Ce dernier lui r√©pondra qu'il vaut mieux appeler roi celui qui exerce le pouvoir v√©ritablement afin que l'ordre ne soit pas troubl√©.

C'est donc P√©pin le Bref qui met fin √† la dynastie m√©rovingienne par un coup d'√Čtat en 751 : las de devoir d√©pendre de rois inutiles et encombrants, P√©pin fait enfermer son suzerain Child√©ric III, et se fait proclamer √† sa place √† la t√™te du royaume. La fin de la royaut√© m√©rovingienne est marqu√©e, selon la tradition franque des ¬ę rois chevelus ¬Ľ, par la tonsure qui est impos√©e √† Child√©ric III. P√©pin devient ainsi le premier roi carolingien des Francs, d'abord selon les traditions de son peuple et ensuite, pour l'√Čglise catholique.

Charlemagne et l'empire carolingien

Article d√©taill√© : empire carolingien.
Une pièce avec pour effigie Charlemagne et autour l'inscription KAROLVS IMP AVG (Karolus imperator augustus)

Charlemagne, fils de P√©pin le Bref, est sans aucun doute le souverain qui marque le plus l'√©poque carolingienne, par la long√©vit√© de son r√®gne, mais aussi gr√Ęce √† son charisme, √† ses conqu√™tes militaires (il parvient √† √©tendre le royaume des Francs √† toute la Gaule hormis la Bretagne, √† la majeure partie de la Germanie, de l'Italie et de l'Espagne) et √† ses r√©formes (dans les domaines de l'√©ducation, de l'√©conomie et avec un d√©but de restauration de l'√Čtat, etc...)

Charlemagne d√©coupe son empire en pagi ou comt√©s ; dans les zones moins ¬ę pacifi√©es ¬Ľ, il cr√©e des duch√©s (√† caract√®re militaire) et fait garder les zones-fronti√®res (ou ¬ę marches ¬Ľ) par des hommes de confiance, qui deviendront plus tard les marquis ou margraves.

Le comt√© est la plus importante de ces circonscriptions : √† sa t√™te, Charlemagne place un fonctionnaire royal, g√©n√©ralement choisi parmi les puissantes familles de propri√©taires terriens francs ; ce fonctionnaire exerce le pouvoir militaire et judiciaire (la potestas) en principe par d√©l√©gation et il l√®ve les taxes pour le compte de son souverain. Il est assist√© dans sa t√Ęche par des vicomtes et des viguiers. Il est aussi en principe r√©vocable par l'empereur.

En parall√®le et pour contrebalancer le pouvoir de l'aristocratie, Charlemagne s'appuie sur l'√Čglise, qu'il r√©organise en privil√©giant l'autorit√© des √©v√™ques m√©tropolitains (les archev√™ques) ; en ce qui concerne le monachisme, il dote les principales abbayes de terres √† mettre en valeur et il en place les abb√©s sous son autorit√© directe.

Une autre mesure va dans le m√™me sens : √† des hommes de confiance la√Įcs, qui sont ses envoy√©s, il adjoint en g√©n√©ral un clerc √† travers une nouvelle institution : les missi dominici (litt√©ralement, les ¬ę envoy√©s du ma√ģtre ¬Ľ). Ces envoy√©s sont charg√©s de r√©gler les conflits entre les Grands et de relayer les ordres du roi aupr√®s des d√©tenteurs de charges, mais aussi de recueillir le serment de fid√©lit√© de ses sujets (ce qu'ils font √† deux reprises durant le r√®gne de Charlemagne). On ignore la port√©e r√©elle de leur action, mais celle-ci semble indiquer que, d√©j√† √† cette p√©riode, le roi a du mal √† faire respecter son pouvoir.

Sous l'influence des nombreux chr√©tiens lettr√©s de son entourage, le roi est aussi l√©gislateur : s'il faisait d√©j√† appliquer la loi √† travers le ban germanique, il renoue avec la conception romaine du droit et renouvelle l'importance des actes √©crits dans le royaume. Apr√®s les assembl√©es qui r√©unissent les Grands du royaume (les ¬ę plaids ¬Ľ), des ordonnances, d√©coup√©es en chapitres (d'o√Ļ leur nom de capitulaires) sont √©mises par la chancellerie du Palais : elles sont une source pr√©cieuse pour l'√©tude de la p√©riode.

√Ä un autre niveau, plus id√©ologique que politique, c'est aussi aux lettr√©s chr√©tiens que l'on doit la naissance d'une nouvelle id√©e de l'√Čtat. Celle-ci se veut au d√©part une restauration de l'Empire romain, pourtant elle repose sur des fondements tr√®s diff√©rents en l√©gitimant la royaut√© : profond√©ment chr√©tienne, elle fait du roi des Francs un nouveau David. L'id√©e de l'unit√© du royaume semble un temps l'emporter avec la renaissance de l'Empire d'occident, √† la no√ęl 800.

Du point de vue culturel, l'√©poque de Charlemagne, de son fils Louis le Pieux et de ses petits-fils est connue sous le nom de ¬ę Renaissance carolingienne ¬Ľ. L'enseignement classique ‚ÄĒ en particulier celui du latin ‚ÄĒ est remis √† l'honneur, apr√®s avoir √©t√© d√©natur√© et d√©laiss√© √† la fin du r√®gne des M√©rovingiens. Cependant, la langue latine est d√©sormais quasi exclusivement la langue du clerg√©, les milieux militaires lui pr√©f√©rant le francique : cette √©volution in√©luctable va faire du latin une langue morte et donner naissance aux anc√™tres des langues nationales que sont le fran√ßais et l'allemand : le roman et le tudesque.

Les troubles sous Louis le Pieux

Troisi√®me fils de Charlemagne, Louis le Pieux devait √† l'origine n'h√©riter que d'une partie du royaume de son p√®re, correspondant √† la r√©gion s'√©tendant du plateau de Langres et des Alpes jusqu'√† l'Aquitaine, tandis que son fr√®re P√©pin devait recevoir la Bavi√®re et l'Italie, leur fr√®re a√ģn√© Charles obtenant le reste de l'empire.

Mais Charles et Pépin moururent avant Charlemagne, et, dès 813, Louis fut associé par son père à la direction de l'empire.

A la mort de Charlemagne, le 28 janvier 814, Louis devint donc seul roi des Francs et empereur d'Occident. Il fut sacr√© le 5 octobre 816 √† Reims par le pape √Čtienne IV.

Les premières années du règne de Louis le Pieux se font dans la droite lignée de celui de Charlemagne, notamment en termes de réforme religieuse. Louis le Pieux réunit le concile d'Inden, près d'Aix-la-Chapelle (816-17), pour faire appliquer la réforme religieuse au clergé séculier et régulier de l'empire.

En juillet 817, en promulguant l'Ordinatio imperii, Louis r√®gle aussi le probl√®me de son h√©ritage en divisant l'empire entre ses trois fils : l'a√ģn√©, Lothaire, re√ßoit la majorit√© des terres, le titre imp√©rial et le contr√īle de ses deux fr√®res pu√ģn√©s, P√©pin et Louis, qui re√ßoivent respectivement l'Aquitaine et la Bavi√®re, un partage donc comparable √† celui que Charlemagne avait pr√©vu en 806 entre ses propres fils. Mais les premiers troubles politiques commencent en d√©cembre 817 avec la r√©volte de son neveu Bernard, fils ill√©gitime du roi P√©pin d'Italie, √©cart√© du pouvoir par le nouveau partage. Louis condamne Bernard √† mort, et par la suite, cette condamnation le suit tout au long de sa vie.

Les ann√©es suivantes sont occup√©es par une remise en cause du pouvoir de Louis par ses propres fils, devenus adultes, et fort impatients de r√©gner. Au premier plan, son a√ģn√©, Lothaire, couronn√© co-empereur avec son p√®re, et qui supporte mal de rester dans l'ombre de son p√®re pendant toutes ces ann√©es. La situation est tendue √† la cour d'Aix-la-Chapelle.

En 820, Louis, veuf depuis l'ann√©e pr√©c√©dente et incapable de supporter son √©tat, √©pouse une jeune aristocrate, Judith de la famille des Welfs, surnomm√©e Judith de Bavi√®re, car les terres de sa famille se situent en Bavi√®re, mais la jeune femme n'est nullement de lign√©e royale. Les trois fils de Louis s'opposent √† ce remariage qui ne peut qu'entra√ģner des complications, et effectivement, en 823, na√ģt un fils de ce second mariage, Charles, futur Charles le Chauve. Pour l'heure, les conditions de la succession ne sont pas remises en cause, mais Judith s'entoure de ses favoris √† la cour, et notamment du comte Bernard de Septimanie, nomm√© par Louis le Pieux √† la t√™te du comt√© de Barcelone, et qui re√ßoit √©galement l'√©quivalent des fonctions de premier ministre.

En 829, suite aux exigences de Judith, Louis accepte de revoir le partage de l'empire afin de pourvoir son dernier fils, Charles, d'un royaume, tout comme ses demi-fr√®res. L'assembl√©e des grands, r√©unie √† Worms, accepte la cr√©ation d'un nouveau royaume, dans l'est de l'empire, pour le jeune Charles. Mais d√®s l'ann√©e suivante, la situation se d√©grade. Une r√©volte, men√©e par le fils a√ģn√© Lothaire suivi par ses deux fr√®res P√©pin et Louis, est soutenue par de nombreux comtes de l'empire. En 830, l'empereur est d√©pos√© une premi√®re fois et Lothaire prend la t√™te de l'empire. Mais le nouvel empereur n'est pas accept√© par la population. Consid√©r√© comme un usurpateur, il est l√Ęch√© en outre par ses deux fr√®res, d√©√ßus de voir que leur fr√®re a√ģn√© prend aussit√īt tout le contr√īle de l'empire sans tenir compte de leur participation. Quelques mois plus tard, l'empereur Louis est r√©tabli.

Cette première déchéance est suivie en 833 d'une seconde déposition beaucoup plus grave pour Louis le Pieux. Cette fois, devant tous les grands seigneurs du royaume, Lothaire contraint son père à abdiquer, et le fait enfermer au monastère Saint-Médard de Soissons. Judith et Charles sont également contraints à entrer en religion. Mais de nouveau, Louis est libéré par ses partisans, et sous peine de perdre tous ses droits à l'empire, Lothaire doit se soumettre et demander pardon à son père.

Les derni√®res ann√©es du r√®gne de Louis le Pieux sont occup√©es par des luttes incessantes entre ses fils, des convocations sans nombre de l'arm√©e, des serments pr√™t√©s et viol√©s. Louis finit par se f√Ęcher durablement avec son troisi√®me fils Louis, roi de Bavi√®re, qui refuse de demander pardon pour ses actes. Son deuxi√®me fils, P√©pin, roi d'Aquitaine, meurt brutalement en 838 et sa succession ouvre un nouveau conflit. Pour les grands seigneurs d'Aquitaine, l'Aquitaine revient de droit au fils a√ģn√© de P√©pin, P√©pin II, tandis que pour Judith, elle doit retourner √† son fils, le jeune Charles. En 839, cette fois un nouvel accord qui partage seulement l'empire en deux est sign√© entre Lothaire et son demi-fr√®re Charles. Louis de Bavi√®re est spoli√© de tout droit √† l'h√©ritage, √† l'exception de la Bavi√®re.
En 840, Louis le Pieux, mimé par tous ces conflits, meurt dans une situation instable.

Le partage de l'empire

Apr√®s la mort de Louis Ier le Pieux, il reste trois fils vivants, Lothaire, fils a√ģn√© et h√©ritier du titre imp√©rial, Louis roi de Bavi√®re, Charles roi de Francie occidentale. Lothaire choisit de ne pas respecter tous les trait√©s sign√©s et tente de mettre la main sur la totalit√© de l'empire, jugeant qu'il lui revient de droit, en tant que fils a√ģn√©. Les trois fr√®res entrent en guerre ouverte les uns contre les autres. Le 25 juin 841, ils se rencontrent √† c√īt√© d'Auxerre et se livrent une des batailles les plus meurtri√®res du haut Moyen √āge. Cette bataille voit la d√©faite de Lothaire, et l'artistocratie franque est presqu'enti√®rement d√©cim√©e. Cependant, le nouvel empereur, malgr√© son arm√©e en d√©route, refuse de se rendre. Le 14 f√©vrier 842, Louis et Charles concluent alors un accord connu sous le nom de serments de Strasbourg. Les deux rois jurent de se porter mutuelle assistance contre les actes de leur fr√®re a√ģn√© et de ne pas chercher √† se nuire l'un l'autre. Suite √† ce serment, un nouvel accord est conclu, le trait√© de Verdun, en 843, qui divise le territoire d'est en ouest en trois royaumes :

Cependant, le titre imp√©rial se vide de son importance : apr√®s le partage de Verdun, Lothaire conserve la dignit√© imp√©riale, mais dans les faits celle-ci n‚Äôest plus qu‚Äôune convention qui ne correspond plus √† aucun pouvoir qui soit sup√©rieur √† celui des autres rois. Plusieurs fois au cours du Xe si√®cle, le titre est m√™me vacant. Il faut ensuite attendre 962 pour que le titre d‚Äôempereur renaisse en Occident : Otton le Grand, de la dynastie saxonne en Germanie, est couronn√© par le pape Jean XII √† Rome.

== L'affaiblissementvie de les carolingienne ==

Disparition de la Francie médiane

Lothaire est le premier des trois frères à décéder, laissant l'empire à la merci des deux autres. Finalement, après maintes péripéties, son domaine est progressivement rattaché à la Francie orientale, l'Escaut marquant la frontière entre les Francies occidentale et orientale. Et le roi de Francie orientale récupère, par la même occasion, le titre d'empereur.

Invasions scandinaves

Vikings à bord d'un bateau

Les Vikings d√©signent de mani√®re g√©n√©rale tous les peuples du nord, qui viennent de l'actuelle Scandinavie. √Ä l'√©poque carolingienne, ils ont d'abord √©t√© connus sous le nom de Normands ("les hommes du Nord", √† l'origine du nom de la Normandie) puis sous celui de Vikings. Ils √©taient connus en Occident au moins depuis quatre si√®cles √† l'√©poque de Charlemagne[r√©f. n√©cessaire], et ils √©taient des marchands compl√®tement int√©gr√©s dans les structures commerciales. Ils vendaient de l'ambre, des peaux de b√™tes et des m√©taux, achetaient du miel, du vin et tout ce qu'ils ne pouvaient produire dans leurs contr√©es. Ils √©taient pr√©sents, en petits groupes, dans la plupart des villes c√īti√®res de l'empire franc.

Vers 800, les Vikings, sans renoncer aux pratiques commerciales, prennent conscience d'un nouveau moyen d'enrichissement. En effet, n'√©tant pas chr√©tiens, ils n'avaient pas √† respecter les abbayes, qui contenaient, avec une structure d√©fensive minimale (une muraille et parfois quelques gardes) un tr√©sor consid√©rable, constitu√© de ch√Ęsses, reliquaires, objets en m√©tal pr√©cieux √† l'usage du culte... Ces objets √©taient particuli√®rement recherch√©s en cette p√©riode de faible circulation mon√©taire o√Ļ le m√©tal √©tait important, non seulement pour sa valeur, mais aussi pour le prestige qui lui √©tait associ√©.

De 800 √† 850 environ, les Vikings continuent leurs pratiques commerciales tout en tentant des coups de force sur des √©tablissements monastiques isol√©s, quand l'occasion s'en pr√©sente. Le premier √©tablissement √† en faire les frais est le monast√®re de Lindisfarne, sur les c√ītes britanniques, qui est attaqu√© par les Vikings en 793.

Apr√®s cette premi√®re attaque, la pression des Vikings s‚Äôaccentue : ils remontent les fleuves √† bord de leurs navires √† fond plat, improprement nomm√©s ¬ę drakkars ¬Ľ, et pillent les tr√©sors des abbayes avant de s‚Äôen retourner en Scandinavie. Pour l'heure, il ne s'agit que d'exp√©ditions de courtes dur√©es : les Normands pillent, emportent des biens, et repartent, le plus souvent apr√®s avoir incendi√© les lieux. Ces attaques ne terrifient pas moins la population, par leur vitesse, leur violence, et aussi parce qu'elles touchent les √©glises, qui, depuis l'instauration du christianisme, n'avaient jamais √©t√© attaqu√©es. En 841, les Normands attaquent l‚Äôabbaye de Jumi√®ges et la ville de Rouen ; les moines doivent s‚Äôenfuir devant les dangers de razzias, emportant avec eux les reliques de leurs saints. L'√ģle de Noirmoutier est elle aussi √† plusieurs reprises la cible des Normands, tant et si bien que les moines abandonnent leur monast√®re et s'installent √† environ vingt-cinq km au sud de Nantes, √† D√©as, devenu Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. En 843, Nantes est prise et une partie de la population est massacr√©e. Dans le deuxi√®me tiers du IXe si√®cle, la plupart des villes situ√©es sur les fleuves sont visit√©es par les Normands.

√Ä la fin du IXe si√®cle, le ph√©nom√®ne gagne en importance. Ce sont d√©sormais des bandes beaucoup plus organis√©es, qui ont d√©cid√© √† l'avance de leur parcours et qui savent o√Ļ se rendre. Les exp√©ditions sont aussi plus nombreuses, parfois une centaine de barques, contre une petite dizaine, au maximum, au d√©but du si√®cle. Enfin, ils ne se contentent plus de piller et de repartir. De plus en plus souvent, ils emm√®nent la population pour √™tre vendue comme esclave, et s'installent en territoire conquis o√Ļ ils y passent parfois l'hiver.

Les Vikings ravagent l'Europe mais aussi la p√©ninsule Ib√©rique, alors musulmane, et l'Afrique du Nord, sans que personne ne puisse les arr√™ter. Comme il √©tait impossible de contr√īler l'ensemble du territoire et que leur force r√©sidait dans la rapidit√© de leurs flottes et la brutalit√© de leurs exp√©ditions, il √©tait difficile de pr√©voir √† l'avance o√Ļ ils allaient attaquer. Lorsqu'ils n'attaquent pas, les Vikings exigent le versement de lourds tributs. Les querelles entre les fils de Louis le Pieux n'arrangent gu√®re la situation. Lothaire et son fr√®re Louis se d√©sint√©ressent du probl√®me, qui incombe presque enti√®rement √† Charles, le dernier fils, qui a h√©rit√© de tous les territoires c√ītiers. Charles, qui sera surnomm√© le Chauve, essaie de construire des fortifications suppl√©mentaires. Il demande aux chefs de l‚Äôaristocratie de d√©fendre les r√©gions menac√©es. Robert le Fort (anc√™tre de Cap√©tiens) est plac√© par le roi √† la t√™te d‚Äôune marche occidentale ; il meurt en combattant les Vikings en 866. Le comte Eudes d√©fend Paris contre une attaque venue de la Seine en 885. Ces grands acqui√®rent un prestige immense dans la lutte contre l‚Äôenvahisseur scandinave, prestige qui participe √† l'affaiblissement du pouvoir royal. Les succ√®s militaires sont d√©sormais attribu√©s aux marquis et aux comtes. L‚Äôincapacit√© des Carolingiens √† r√©soudre le probl√®me scandinave est manifeste : en 911, par le trait√© de Saint-Clair-sur-Epte, le roi Charles le Simple c√®de la Basse-Seine au chef viking Rollon. Il s‚Äôen remet √† lui pour d√©fendre l‚Äôestuaire et le fleuve, en aval de Paris. Cette d√©cision est √† l‚Äôorigine de la cr√©ation du duch√© de Normandie. Les Carolingiens sont contraints de c√©der des territoires et livrer des tributs pour contrer le danger scandinave. Ils sont en outre absorb√©s par les querelles familiales.

Le climat d’insécurité a donc accéléré la décomposition du pouvoir carolingien.

Nouvelles menaces à l'est

À l'est se profile une nouvelle menace avec l'arrivée des Magyars sur la scène européenne.

Ce peuple des steppes occupe la Pannonie, laiss√©e vacante apr√®s la destruction des Avars sous le r√®gne de Charlemagne au d√©but du IXe si√®cle. Il fait ses premi√®res incursions dans les marges du territoire imp√©rial, comme en Moravie en 894, puis dans celui-ci, comme en Italie en 899. En 907, le royaume slave de Grande Moravie dispara√ģt sous les coups de ces nouveaux envahisseurs.

Des règnes trop courts

√Ä partir de la fin du IXe si√®cle, les rois carolingiens r√®gnent trop peu de temps pour √™tre efficaces : Louis II Le B√®gue reste roi des Francs deux ans (877-879) ; Charles III le Gros gouverne trois ans (884-887) ; Louis III est roi pendant trois ans (879-882) ; le dernier roi carolingien, Louis V ¬ę le Fain√©ant ¬Ľ, est mort d'un accident de chasse au bout d'√† peine un an (986-987). Aussi, les derniers rois carolingiens ne parviennent pas √† imposer une politique √† long terme.

La montée de l'aristocratie

D√®s la fin du IXe si√®cle, des aristocrates (ducs et comtes‚Ķ) qui ne font pas directement partie de la famille des Carolingiens acc√®dent au pouvoir : en 888, apr√®s la mort de Charles le Gros, l'Unrochide B√©renger Ier acc√®de au tr√īne d'Italie.

Au Xe si√®cle, les dynasties qui s'imposent partout dans l'espace carolingien ne sont plus issues de la famille carolingienne. C'est le cas, en 911, du duc Conrad de Franconie, √©lu roi de Germanie. En France, les Robertiens forment un lignage puissant qui est choisi pour r√©gner en 888‚Äď898 en la personne d'Eudes de France : comment expliquer cette mont√©e en puissance de l‚Äôaristocratie et l'√©miettement du pouvoir royal ?

  • Voici le cadre et les principales phases de la mont√©e de l'aristocratie :
    • Les regna existaient d√©j√† sous les M√©rovingiens et se prolongent sous les Carolingiens. Il s'agissait de territoires dont l'unit√© reposait sur une forte identit√© ethnique et culturelle. Un regnum pouvait √™tre confi√© √† la garde d'un fils du roi, sans pour autant devenir ind√©pendant : ce fut le cas √† diff√©rentes √©poques pour l'Aquitaine, la Provence, la Bourgogne, la Saxe, la Thuringe et la Bavi√®re.
    • Les comtes (mot ayant pour origine le latin comes signifiant compagnon du roi) : existaient √† l‚Äô√©poque m√©rovingienne; le roi leur donnait des terres, des cadeaux ou une charge en r√©compense de leurs services; mais les comtes prennent toute leur importance sous les Carolingiens; fonctionnaires, ils sont d√©sign√©s et r√©voqu√©s par le roi qui les recrute dans l‚Äôaristocratie; ils garantissent l‚Äôordre public en pr√©sidant le tribunal, l√®vent les taxes et organisent les troupes dans un pagus, circonscription territoriale sous leur responsabilit√©. Au cours du IXe si√®cle, les comtes deviennent de plus en plus autonome vis-√†-vis du roi.
    • Le ducs (mot ayant une √©tymologie latine signifiant ¬ę conducteur d‚Äôarm√©e ¬Ľ) : est une sorte de comte qui cumule plusieurs pagi. Le roi Charles le Chauve constitue ces grands commandements compos√©s de plusieurs pagi pour lutter contre les invasions scandinaves. Les Robertiens obtiennent au Xe si√®cle le titre de ¬ę duc des Francs ¬Ľ (dux francorum). Ces personnages les plus puissants seront par la suite des ¬ę princes territoriaux ¬Ľ comme les ducs d‚ÄôAquitaine, de Bourgogne et de Normandie.
    • Le marquis (marchio en latin) est un comte qui garde une r√©gion frontali√®re appel√©e marche et doit la d√©fendre en cas d‚Äôattaque.
    • √Ä la fin du IXe si√®cle, cons√©quence du capitulaire de Quierzy (877), ces charges de comte, duc et marquis deviennent h√©r√©ditaires : le roi carolingien ne peut plus les destituer donc son contr√īle s'efface. On assiste alors √† la constitution de dynasties locales de comtes, de ducs et de vassaux du roi. La vassalit√©, qui √©tait bien contr√īl√©e sous Charlemagne et servait ses int√©r√™ts politiques, se retourne contre l‚Äôautorit√© de ses successeurs. L‚Äôaristocratie la√Įque et eccl√©siastique est donc en situation de force au milieu du Moyen √āge, en France et en Germanie.
    • Les comtes sont physiquement plus proches du peuple que le Carolingien. L‚Äôautorit√© du roi semble lointaine aux paysans. La majorit√© des hommes libres du royaume vivent au contact du comte et de son d√©l√©gu√© le viguier. Ils les entendent par exemple au cours des s√©ances du tribunal. Leur autorit√© est plus imm√©diate que celle du roi. Un lien √©troit et personnel s‚Äôinstaure donc : les paysans se placent sous la protection des Grands et entrent dans leur d√©pendance.
    • Au Xe si√®cle, les signes de l'autonomie princi√®re se multiplient : les comtes et les ducs ont accapar√© les fonctions publiques et les droits jusqu'ici r√©serv√©s au roi. Ils √©difient des tours et des forts, puis de v√©ritables ch√Ęteaux en pierre, sans autorisation. Apr√®s l‚Äôarr√™t des invasions scandinaves, le ch√Ęteau domine un territoire qui est tomb√© sous le ban d‚Äôun seigneur. Ils font frapper leur propre monnaie √† leur effigie et √† leur nom. Ils prennent sous leur protection le clerg√© et contr√īlent les investitures √©piscopales.

Au total, √† la fin du Xe si√®cle, l‚Äôautorit√© centrale carolingienne a disparu au profit des aristocraties, en particulier des princes territoriaux ; c'est la fin de l‚Äôordre caroligien et le triomphe des lignages aristocratiques.

L'av√®nement des Unrochides en Italie (875‚Äď915)

L'exemple de l'av√®nement des Unrochides en Italie illustre √† merveille la mani√®re dont se passe la transition du pouvoir des Carolingiens vers les grands de l'aristocratie imp√©riale, puis l'√©miettement que conna√ģt le pouvoir royal dans les mains de ces derniers.

Sous le r√®gne du Carolingien Louis II d'Italie (850‚Äď875), titulaire de la dignit√© imp√©riale, le pouvoir royal peut sembler un temps renforc√© en Italie. Mais ce dernier meurt sans h√©ritier en 875. Le pouvoir est alors de fait aux mains de la dynastie des Widonides, dont le repr√©sentant d√©tient la charge de duc de Spol√®te, et aux mains de la dynastie des Unrochides, dont le repr√©sentant d√©tient la charge de marquis de Frioul.

Les membres de cette derni√®re famille sont des Francs : √Čvrard, leur anc√™tre, a re√ßu la marche de Frioul d√®s la cr√©ation de celle-ci en 837 par Lothaire Ier, et ils sont rattach√©s √† la lign√©e carolingienne par leur m√®re Gis√®le, fille de Louis le Pieux. En 875, les Unrochides consid√®rent encore le nord de la France (la r√©gion de Lille) comme l'un des centres de leur pouvoir. S'ils n'ont pas, au d√©part, de pr√©tentions √† briguer le pouvoir royal, ce sont la vacance de ce pouvoir en Italie et les circonstances difficiles √† la fin du Xe si√®cle qui, en d√©finitive, portent l'un d'entre eux (le marquis B√©renger Ier) √† acc√©der au tr√īne d'Italie, puis √† l'empire.

B√©renger Ier, seul h√©ritier m√Ęle de sa famille en 874, en effet, soutient dans un premier temps les pr√©tentions du Carolingien de Francie orientale au tr√īne d'Italie. Les h√©ritiers possibles sont alors Carloman, le fils de Louis le Germanique, puis son fr√®re, Charles le Gros. √Ä la mort du deuxi√®me, toutefois, il n'y a plus aucun Carolingien qui soit en mesure d'asseoir son autorit√© en Italie.

Les rivaux traditionnels des Unrochides dans la p√©ninsule, √† savoir les Widonides de Spol√®te qui ont des possessions autour de Nantes, apparaissent alors comme des candidats potentiels au tr√īne de Francie occidentale. Aussi, B√©renger acc√®de personnellement au tr√īne d'Italie en 887 : pour contrecarrer les ambitions des Widonides, il met ainsi fin, dans les faits, √† l'id√©e de l'unit√© carolingienne.
Cependant, √† ce moment l'homme ne dispose pas d'appuis d√©passant le cadre r√©gional et encore y est-il contest√©, notamment par l'influence que prennent les Widonides sur la papaut√© (voir Pornocratie). Jusqu'√† la mort de son comp√©titeur, le duc Lambert de Spol√®te, en 898, il ne contr√īle pas le territoire italien. De plus, il est oblig√© de faire face √† la menace hongroise. Lors de l'invasion du royaume d'Italie, en 899, il doit alors composer avec les cadres militaires carolingiens, c'est-√†-dire r√©unir l'ost : les Italiens subissent une d√©faite sanglante.
√Ä la suite de cet √©v√©nement, la strat√©gie de B√©renger change : il accepte d√©sormais de nombreux compromis avec les pouvoirs locaux : des enceintes sont √©rig√©es et √©chappent au contr√īle royal ; l'autorit√© publique est conf√©r√©e, sans contrepartie, √† des √©v√™ques, etc. Le r√©sultat de cette nouvelle politique est un √©miettement important et irr√©versible de l'autorit√© royale dans la p√©ninsule.
Faisant appel à des mercenaires hongrois contre les Italiens qui se rebellent contre son autorité, Bérenger accède finalement à la dignité impériale qu'il convoitait en 915, mais entre ses mains, celle-ci n'est plus que l'ombre du passé.


√Čvolution du syst√®me mon√©taire

Marchands au moyen √Ęge

Sous les rois mérovingiens l'unique monnaie existante était en or. Sa valeur était telle, qu'elle ne servait qu'aux transactions internationales et dans le commerce de gros. Les petits marchands de détail ne pouvaient l'utiliser et devaient se rabattre sur le troc. L'inconvénient de ce système leur donnait l'impossibilité de réaliser des économies, car la plupart du temps c'étaient des matières périssables ou un service qui étaient échangés.

Denier d'argent sous Charlemagne

Avec l'av√®nement des Carolingiens, une nouvelle monnaie fit son apparition, celle en argent. Lors de l'√Čdit de P√ģtres, la valeur de cette nouvelle monnaie fut fix√©e selon la valeur suivante : une pi√®ce d'or vaut douze pi√®ces d'argent[4]. La r√©volution √©conomique √©tant au rendez-vous, les petits commer√ßants avaient enfin une monnaie adapt√©e √† la valeur de leur petites marchandises et √† la vie quotidienne des gens du commun. Avec cette nouvelle monnaie, les commer√ßants pouvaient enfin √©conomiser le fruit de leur travail et financer des projets de plus en plus co√Ľteux. L'apparition dans les grandes villes d'une nouvelle bourgeoisie et les foires marchandes qui devenaient des march√©s permanents t√©moignent de cette richesse. Le succ√®s fut tel que, l'argent devenant tr√®s rapidement de plus en plus rare, la monnaie constitu√©e par ce m√©tal commen√ßa √† prendre de la valeur et se rapprocher de celle de l'or. Afin d'√©viter une crise mon√©taire, il fut d√©cid√© d'all√©ger et de r√©duire la taille des pi√®ces en argent tout en leur conservant la m√™me valeur. Face √† cette nouvelle monnaie d'argent, la m√©fiance √©tait telle que les fonctionnaires royaux eurent recours √† de v√©ritables m√©thodes de terreur afin de la faire accepter.

Déclin du système militaire mérovingien

Les Francs ont toujours été une nation guerrière, cela se vérifiera aussi bien sous le règne des Mérovingiens que des Carolingiens. Ainsi sous Charles Martel, Pépin le Bref ou Charlemagne, chaque été fut une occasion de mener une expédition militaire. Ces guerres et leur organisation étaient décidées à l'assemblée générale annuelle, qui était composée de hauts aristocrates.

En principe tous les hommes libres √©taient tenus d'assister aux exp√©ditions ce qui est un h√©ritage direct du syst√®me militaire m√©rovingien. Cependant, les campagnes militaires devenaient de plus en plus difficiles √† mesure que le territoire s'√©tendait, de plus, le soldat ne recevait pas de solde et devait apporter soi-m√™me sa nourriture, ses v√™tements et ses armes. Ainsi √† l'√©poque carolingienne le service militaire devenait la charge la plus lourde des hommes libres √† cause de son co√Ľt mais aussi car ces exp√©ditions rapportaient de moins en moins de butins de guerre. La cons√©quence √©tait un appauvrissement g√©n√©ral des soldats qui finissaient soit par vendre tous leurs biens lorsqu'ils poss√©daient quelque chose, soit entrer dans les ordres ou bien devenir simples brigands ou malfaiteurs.[5]

Charlemagne tentera en vain de rem√©dier √† cette situation en all√©geant certaines charges, essentiellement en direction des soldats les plus pauvres, favorisant ainsi la cavalerie. Le prix de l'armement et de l'√©quipement des cavaliers √©tait tr√®s √©lev√©. Afin d'√©viter d'avoir √† payer cette lourde charge mais tout de m√™me essentielle, les Carolingiens ont commenc√© √† distribuer des terres √† leurs vassaux directs afin qu'ils s'enrichissent par eux-m√™mes et accomplissent leur service militaire dans la cavalerie. Finalement ces mesures ont permis l'apparition d'une v√©ritable arm√©e de m√©tier dont les soldats, riches propri√©taires terriens ou issus de la noblesse, √©taient mieux √©quip√©s et mieux entra√ģn√©s que leurs pr√©d√©cesseurs.

Débuts de la féodalité

L'introduction de la vassalit√© et du ¬ę b√©n√©fice ¬Ľ dans ce cas le fief, fut une des r√©alisations majeures des Carolingiens. Pleinement d√©velopp√© dans tous les √Čtats n√©s de la dislocation de l'Empire apr√®s l'√©poque carolingienne, ce syst√®me se nommera f√©odalit√©. En principe, la vassalit√© √©tait fond√©e sur un engagement priv√© entre hommes libres, dont l'un, le vassal, se mettait au service d'un autre et qui en √©change de la protection de ce dernier, le reconnaissait pour seigneur. La vassalit√© existait d√©j√† √† l'√©poque m√©rovingienne, car dans des soci√©t√©s o√Ļ l'ordre public √©tait quasiment inexistant, l'ins√©curit√© ambiante obligeait les personnes √† chercher un protecteur. La v√©ritable innovation des Carolingiens fut que le seigneur √©tait de plus en plus amen√© √† r√©compenser son vassal en lui fournissant des terres ou d'autres biens qu'on appelait ¬ę bienfait ¬Ľ ou ¬ę b√©n√©fice ¬Ľ, et qu'√† partir du Xe si√®cle on appela ¬ę fief ¬Ľ, compl√©ment et contrepartie d√©sormais du vasselage. Le second avantage de cette pratique √©tait que, le seigneur n'avait plus √† entretenir directement les vassaux comme ce fut le cas auparavant. Les terres donn√©es aux vassaux provenaient des domaines royaux mais aussi et de plus plus en plus (notamment √† cause des insuffisances des r√©serves royales), sur les biens des monast√®res et des √©glises. La f√©odalit√© carolingienne permit l'√©mergence d'une nouvelle noblesse qui allait fournir en premier lieu les cadres de l'arm√©e et sa section la plus efficace, la cavalerie lourde. De plus, dans les lointaines r√©gions ou celles nouvellement acquises, les vassaux royaux form√®rent de v√©ritables entreprises coloniales comme ce fut le cas en Aquitaine par exemple. Enfin la vassalit√© a permis aux rois carolingiens, comme P√©pin et Charlemagne, de fid√©liser et ainsi de mieux contr√īler les comtes.

La renaissance carolingienne

Article d√©taill√© : Renaissance carolingienne.

L'instruction

Charlemagne initiant l'école

Les Francs, peuple barbare comparé aux Gallos-Romains, ont peu à peu pris place en Gaule et, hormis quelques monastères qui avaient conservé les textes latins, la société franque restait en général illettrée et ignorait aussi bien les sciences religieuses que profanes. Cette situation perdura sous Charles Martel et Pépin le Bref ou son frère Carloman qui, bien que n'étant pas analphabètes, avaient d'autres priorités (notamment militaires et politiques) plus importantes que l'éducation et l'organisation d'écoles.

C'est avec Charlemagne que cette situation changea. Lui même avait reçu une éducation supérieure à ses prédécesseurs, il connaissait le latin et dans une moindre mesure le grec, il avait aussi des notions en mathématiques et en astronomie. L'Empire carolingien s'étant appauvri au niveau de l'instruction, Charlemagne dut faire appel à des enseignants venus des pays anglo-saxons ou de Lombardie.

Charlemagne qui √©tait une personne pieuse avait le souci de la puret√© des textes religieux. C'est pourquoi appela l'Anglo-Saxon Alcuin en 782 afin qu'il r√©vise les textes religieux pr√©sents en Gaule. Aussi la "renaissance carolingienne" fut initi√©e dans un premier temps afin de fournir √† l'√Čglise des membres √©duqu√©s et ma√ģtrisant les diff√©rentes disciplines religieuses. Charlemagne ordonna que dans les monast√®res et √©glises soient cr√©√©s des √©coles et des ateliers de copie des textes religieux. √Ä partir de cette impulsion religieuse, l'Empire carolingien allait initier un v√©ritable renouveau intellectuel et litt√©raire √† travers tout le territoire de la Gaule. [6]


L'essor des arts et des lettres

Tr√®s rapidement, les Francs font revivre le pass√© latin de la Gaule bien √©loign√© de la culture barbare des premiers m√©rovingiens. Aix la Chapelle o√Ļ Charlemagne avait √©tabli sa cour, fut tr√®s rapidement appel√©e la "Rome nouvelle" par Alcuin tant les arts et la po√©sie y foisonnaient. De nombreux clercs et dignitaires qui y venaient, √©taient tellement impressionn√©s qu'ils n'h√©sitaient pas, au retour dans leur fief, √† imiter Charlemagne; ceci avait pour effet de d√©placer lentement le centre de gravit√© de l'√©ducation carolingienne d'Aix la Chapelle vers le centre de la Gaule.

Malgr√© le fait que les h√©ritiers de Charlemagne √©taient nettement moins port√©s sur l'√©ducation, l'Ňďuvre intellectuelle et litt√©raire ne disparut pas. Relay√©s par les monast√®res et les √©glises, cet √Ęge d'or de l'√©poque carolingienne dura plusieurs si√®cles. Encore aujourd'hui, la plupart des livres latins pr√©sent en Gaule ne nous sont parvenus que par l'action de Charlemagne, sans laquelle tout un pan de l'histoire de France aurait √©t√© perdu.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ √Čdmond Robinet La France (1845), p. 50
  2. ‚ÜĎ Page 37 dans Histoire du peuple suisse par le texte et par l'image de Paul-Otto Bessire (1940)
  3. ‚ÜĎ Page 65 dans Les maisons royales et souveraines d'Europe de Roland Mousnier (1989)
  4. ‚ÜĎ Georges Duby, Histoire de France, p. 200
  5. ‚ÜĎ Histoire de France, Georges Duby page 171
  6. ‚ÜĎ Histoire de France, Georges Duby page 181

Voir aussi

Articles internes

Bibliographie

  • Pierre Rich√©, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette, coll. ¬ę Pluriel ¬Ľ, Paris, 1983 (r√©impr. 1997), 490 p. (ISBN 2-01-278851-3) 
  • Pierre Rich√©, Dictionnaire des Francs vol. 2. Les Carolingiens, √©d. Bartillat, 1997 (ISBN 2841001253)

Liens externes

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