Capetiens

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Capetiens

Capétiens

Histoire de France
Adhémar de Monteil à Antioche.jpeg

Antiquité

Moyen √āge

√Čpoque moderne

√Čpoque contemporaine

Voir aussi :

Chronologie de la France

Les Cap√©tiens (appel√©s officiellement maison de France) sont une famille originaire des bords du Rhin, au sud de Mayence. Leur g√©n√©alogie remonte √† Robert (‚Ć avant 764), comte de l'Oberrheingau et du Wormsgau, quadrisa√Įeul du roi des Francs Eudes Ier (‚Ć 898). Les Cap√©tiens forment la troisi√®me dynastie fran√ßaise, apr√®s les M√©rovingiens et les Carolingiens.

Le nom (non officiel mais d'usage courant) Cap√©tiens vient du surnom du roi des Francs Hugues Ier, dit Hugues ¬ę Capet ¬Ľ. Les anc√™tres de ce roi sont appel√©s les Robertiens, d'apr√®s le pr√©nom du bisa√Įeul d'Hugues Capet, Robert le Fort (‚Ć 866), marquis de Neustrie.

Avant Hugues Capet, deux membres de sa famille (Eudes Ier et Robert Ier) ont √©t√© rois des Francs, avec des r√®gnes intercal√©s entre ceux des Carolingiens. √Ä partir de l'√©lection et du sacre d'Hugues, en juillet 987, la famille dirigea la France sans interruption pendant huit si√®cles, jusqu'au 10 ao√Ľt 1792.

Cet article est consacré aux Capétiens directs qui ont régné de 987 à 1328 et à la branche collatérale des Valois (1328-1589). La branche des Bourbons, plus éloignée fait l'objet d'un autre article.

Sommaire

Les premiers capétiens

En 987, le duc des Francs Hugues Capet est √©lu roi au d√©triment du pr√©tendant l√©gitime Charles de Basse-Lorraine, oncle du d√©funt roi Louis V, gr√Ęce au soutien actif d'Adalb√©ron, l'archev√™que de Reims. Son r√®gne est marqu√© par la faiblesse du pouvoir royal face aux grands seigneurs. Hugues n'intervient jamais au sud du royaume. Son autorit√© est limit√©e au domaine royal, et √† ses vassaux sur lesquels il exerce un pouvoir direct.

Vitrail représentant Suger.

Pour s'imposer face aux grands f√©odaux, Hugues Capet et ses successeurs disposent de plusieurs atouts. Tout d'abord, ils ne sont les vassaux de personne. Un proverbe dit que le roi est empereur en son royaume. Tous les grands doivent lui pr√™ter hommage pour leurs possessions, y compris le duc de Normandie devenu roi d'Angleterre apr√®s 1066. Les Cap√©tiens usent du droit f√©odal en appelant les grands vassaux √† l'ost, le service militaire d√Ľ au seigneur, comme Louis VI en 1124 pour lutter contre l'empereur germanique qui menace de d√©truire Reims. Ils reprennent les fiefs sans h√©ritier, en ach√®tent d'autres, confisquent ceux des seigneurs f√©lons. Ils re√ßoivent devant leur cour la plainte des vassaux contre leur seigneur. Les Cap√©tiens parviennent aussi √† √©tablir une dynastie h√©r√©ditaire. Les premiers cap√©tiens prennent soin de faire √©lire et couronner leur fils a√ģn√© de leur vivant. Leur dernier roi √† avoir √©t√© √©lu et couronn√© du vivant de son p√®re est Philippe II Auguste. Apr√®s lui la l√©gitimit√© dynastique est d√©finitivement install√©e. Il faut souligner que les Cap√©tiens ont la chance, en ces temps de forte mortalit√© infantile, d'avoir un fils a√ģn√© qui leur succ√®de de 987 √† 1314. Enfin, en affirmant le caract√®re sacr√© de la monarchie, les Cap√©tiens affermissent leur pouvoir. C'est √† l'appui du clerg√© qu'Hugues Capet doit en grande partie son √©lection en 987. Les premiers cap√©tiens trouvent en ceux-ci des conseillers efficaces et fid√®les. Le meilleur exemple est Suger, abb√© de Saint-Denis qui conseille successivement Louis VI et son fils Louis VII. Mais, c'est surtout avec le sacre √† Reims que les Cap√©tiens acqui√®rent un caract√®re sacr√©. L'onction avec l'huile de la sainte Ampoule, don du Saint-Esprit lors du bapt√™me de Clovis selon la l√©gende, fait du roi un roi de droit divin qui ne tient son pouvoir que de Dieu. Depuis Robert le Pieux, fils d'Hugues Capet, on attribue aux Cap√©tiens de pouvoirs de gu√©rison miraculeuse par simple toucher des √©crouelles.

Les grands capétiens et l'unité territoriale

Philippe Auguste mène une lutte victorieuse pour abaisser la puissance des Plantagenêts et agrandir le domaine.

Louis VII, n√© en 1120 mort en 1180, contribue au prestige de la dynastie cap√©tienne en participant √† la seconde croisade. Il √©pouse Ali√©nor, la jeune h√©riti√®re du duch√© d'Aquitaine. Mais il divorce en 1152, persuad√© de l'infid√©lit√© de cette derni√®re. Elle √©pouse aussit√īt Henri Plantagen√™t, comte d'Anjou qui devient bient√īt roi d'Angleterre. Ce dernier, √† l'av√®nement de Philippe II Auguste en 1180, domine un tiers du royaume de France.

Philippe Auguste

Article d√©taill√© : Philippe II de France.

Philippe Auguste a comme objectif principal l'abaissement des Plantagen√™t. Gr√Ęce √† la mort de Richard Coeur de Lion le 6 avril 1199 lors du si√®ge du ch√Ęteau de Ch√Ęlus, il fait la conqu√™te entre 1202 et 1205 de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, du Nord du Poitou et de la Saintonge sur Jean sans Terre. En 1214, la victoire de Bouvines sur l'empereur du Saint-Empire et le comte de Flandre alli√©s au souverain anglais fait de Philippe Auguste le seigneur le plus puissant de tout le royaume et peut-√™tre m√™me d'Europe. Sur la route de Bouvines √† Paris, la population salua vivement le roi vainqueur et Paris lui fit un accueil digne des triomphes de la Rome antique. C'est la premi√®re expression de ¬ę sentiment national ¬Ľ en France. Suite √† ses triomphes et √† ses gains de territoires, Philippe II h√©rite du surnom romain d'Auguste, c'est d√©sormais Philippe Auguste. Son fils Louis VIII continue √† agrandir le domaine royal en soumettant l'ensemble du Poitou de la Saintonge et une partie du Languedoc pris aux Cathares. Sous Louis IX, le Languedoc est d√©finitivement annex√© au royaume.

Sur le plan int√©rieur, Philippe Auguste collecte plus soigneusement les revenus du domaine royal. Il charge des fonctionnaires royaux, les baillis, d'administrer le domaine royal dans des circonscriptions appel√©es bailliages. Il vend des privil√®ges aux communes et aux m√©tiers comme la guilde des marchands de l'eau √† Paris. Ces ressources lui permettent de r√©tribuer des mercenaires et de construire des forteresses comme celle de Gisors. Il fait construire des nouveaux remparts autour de Paris, paver la ville et √©difier la forteresse du palais du Louvre √† l'ext√©rieur de la ville o√Ļ sont conserv√©es les archives royales.

Louis IX

Article d√©taill√© : Louis IX de France.

Son petit-fils, Louis IX, signe enfin la paix avec les Plantagen√™t. Il reste le mod√®le des grands administrateurs. Il multiplie les enqu√™tes pour conna√ģtre les requ√™tes de ses sujets et limiter les abus. La justice royale se d√©veloppe au point qu'une institution sp√©cialis√©e se d√©tache de la curia regis, le parlement, une cour souveraine, sp√©cialis√©e dans le domaine de la justice. Fait nouveau, le roi affirme le droit du roi de l√©gif√©rer dans tout le royaume, y compris dans les grands fiefs quand l'int√©r√™t commun l'exige. Il met en circulation une monnaie royale stable et fiable, le gros d'argent et d√©cide que cette monnaie sera valable dans tout le royaume, m√™me dans les principaut√©s battant monnaie. Il reprend aussi la frappe de monnaie d'or. C'est le premier roi √† pouvoir, il est vrai avec l'assentiment du pape, lever de temps √† autre un imp√īt sur tous les roturiers, la taille. Louis IX a le souci de r√©gner au-dessus de nobles. Il favorise tous les groupes qui peuvent faire contre-poids aux puissants qui le concurrencent. Il joue des √©v√™ques contre les f√©odaux, tout en laissant les √©lections √©piscopales se d√©rouler librement. Il favorise les ordres mendiants contre les clunisiens et les cisterciens, les communes contre les seigneurs‚Ķ Enfin, il place d√©finitivement la monarchie au-dessus du bien commun. Ses l√©gistes affirment que rien ne peut justifier la r√©bellion d'un vassal et qu'aucun √©v√™que ne peut excommunier le roi.
Louis IX a √©t√© canonis√©. Voil√† pourquoi il est plus connu sous le nom de Saint Louis. Dans l'imagerie populaire, il garde l'image d'un roi sage et saint (en partie aussi car il racheta √† l'empereur byzantin les reliques de la passion du Christ, ce qui fit de lui le roi le plus prestigieux de la chr√©tient√©). Ses actions dans le domaine ext√©rieur y contribuent. Il intervient √† plusieurs reprises pour apaiser les querelles entre l'empereur germanique et le pape, le roi d'Angleterre et ses barons. Il se croise par deux fois. Il quitte le royaume pour six longues ann√©es, de 1248 √† 1254, pour combattre les musulmans en √Čgypte o√Ļ il est fait prisonnier puis entreprendre d'am√©liorer la d√©fense des √Čtats latins d'Orient. La seconde fois, induit en erreur par son fr√®re Charles d'Anjou, il fait le si√®ge de Tunis o√Ļ il meurt d'une √©pid√©mie dite de peste (et en r√©alit√© de dysenterie) en 1270.

Philippe IV le Bel

Article d√©taill√© : Philippe IV de France.

Philippe IV le Bel est le dernier des grands cap√©tiens directs. Il r√®gne de 1285 jusqu'en 1314. Philippe le Bel n'a que peu accru le domaine royal. Il est connu pour le r√īle qu'il a jou√© dans la centralisation administrative du royaume. Il organise d√©finitivement les parlements. Il cr√©e la Chambre des comptes pour g√©rer les finances royales. Mais les finances royales presque enti√®rement limit√©es aux revenus du domaine royal ne suffisent pas aux ambitions du souverain d'un grand royaume. Comme il √©choue √† instaurer un imp√īt r√©gulier, le budget de l'√Čtat fonctionne au moyen d'exp√©dients : confiscation des biens des juifs, des marchands italiens, diminution du poids en m√©tal pr√©cieux par rapport √† leur valeur nominale des pi√®ces frapp√©es par le roi. Cette derni√®re mesure provoque une inflation qui annule les effets escompt√©s par la manipulation mon√©taire. Les difficult√©s financi√®res sont aussi √† l'origine de la premi√®re r√©union de repr√©sentants des trois ordres ou √©tats du clerg√©, de la noblesse et du tiers-√©tat, c‚Äôest-√†-dire de la bourgeoisie dans le but d'accorder des subsides suppl√©mentaires √† la monarchie. Ce type de r√©union sera appel√© plus tard √©tats g√©n√©raux.

Le 5 juin 1286, √Čdouard Ier, roi d'Angleterre rend hommage √† Philippe le Bel. La sc√®ne a lieu dans une salle du palais royal en pr√©sence de la cour. Tir√© des Grandes Chroniques de France, enlumin√©es par Jean Fouquet

Les conseillers royaux sont de plus en plus des la√Įcs choisis aussi bien dans la France du Nord, comme √Čtienne de Mornay, que dans celle du Midi comme Guillaume de Nogaret. La faiblesse de l'arm√©e explique en partie pourquoi Philippe le Bel pr√©f√®re acheter des alliances que l'affrontement militaire. Mais Philippe le Bel est surtout connu pour son affrontement avec la papaut√©. Le pape Boniface VIII et le roi demandent toujours plus d'argent au clerg√© fran√ßais, ce qui cr√©e un conflit d'int√©r√™t in√©vitable. La querelle rebondit sur des questions de souverainet√© des rois sur leurs √Čtats et de pouvoir supr√™me des papes sur les clerg√© nationaux et les princes. Le pape est fait prisonnier le 7 septembre 1303. D√©livr√© par ses partisans, il meurt quelques semaines plus tard. Ses successeurs s'installent √† Avignon pour √©chapper aux troubles romains, mettant pour trois quarts de si√®cle, la papaut√© sous influence directe de la France. Enfin en 1307, Philippe le Bel fait arr√™ter et condamner les Templiers pour des motifs encore peu clairs. Quand il meurt en 1314, la monarchie cap√©tienne semble consolid√©e et forte.

La lign√©e des Cap√©tiens directs se termine pourtant rapidement par le r√®gne successif de trois fils de Philippe IV. L'ain√©, Louis X le Hutin mort pr√©matur√©ment, a un fils posthume, Jean Ier qui ne v√©cut que quelques jours. Sa fille de quatre ans est √©cart√©e du tr√īne et le r√©gent, son fr√®re, devient alors roi sous le nom de Philippe V le Long. Lui-m√™me meurt en laissant une fille √©cart√©e de la succession, et la couronne passe au troisi√®me fr√®re, Charles IV le Bel. Lorsqu'il meurt en 1328, c'est la premi√®re fois depuis l'√©lection d'Hugues Capet que le d√©funt roi n'a pas d'h√©ritier m√Ęle. Il semble que ce qui a √©t√© d√©terminant dans la mise √† l'√©cart des h√©riti√®res, c'est que le sacre est consid√©r√© presque comme l'√©quivalent de l'ordination et qu'aucune femme ne peut √™tre ordonn√©e pr√™tre[1]. Seuls deux pr√©tendants m√Ęles sont en lice, √Čdouard III, roi d'Angleterre et petit-fils de Philippe le Bel par sa m√®re Isabelle et Philippe de Valois, neveu de Philippe le Bel et petit fils de Philippe III le Hardi par son p√®re Charles de Valois. L'assembl√©e des grands du royaume pr√©f√®re Philippe car il est de France et plus m√Ľr que son jeune rival anglais. La loi salique n'est pas du tout invoqu√©e √† ce moment. Le nouveau roi est sacr√© sous le nom de Philippe VI le 29 mai 1328. Cet √©v√®nement marque le d√©but de la dynastie des Cap√©tiens-Valois, branche collat√©rale des Cap√©tiens directs.

La mise en place d'un √Čtat moderne

√Ä la mort de Philippe le Bel, les rois de France sont confront√©s aux difficult√©s de l'adaptation des institutions √† la gestion d'un √Čtat moderne. Les Cap√©tiens et les Cap√©tiens-Valois cherchent √† organiser un √Čtat efficace, ce qui suppose l'augmentation des ressources fiscales et l'entretien d'une arm√©e r√©guli√®re. Les famines, la Grande Peste et la Guerre de Cent Ans sont autant d'obstacles qui retardent les conditions de formation de cet √Čtat. Les famines qui apparaissent √† intervalles r√©guliers d√®s 1315 font baisser les revenus seigneuriaux et ralentissent le grand commerce. La Grande Peste de 1348 cause le d√©c√®s d'un tiers de la population fran√ßaise.

La Guerre de Cent Ans

Du Guesclin et Charles V

La Guerre de Cent Ans peut √™tre divis√©e en quatre phases :

  • De 1337 √† 1364,sous les r√®gnes de Philippe VI et de Jean II, les Anglais encha√ģnent les victoires sur la chevalerie fran√ßaise. En 1356, les √©tats g√©n√©raux convoqu√©s √† Paris apr√®s le d√©sastre de Poitiers et la captivit√© de Jean II le Bon imposent au dauphin Charles, devenu r√©gent, un strict contr√īle de la monarchie sous la direction de l'√©v√™que de Laon, Robert Le Coq et du pr√©v√īt des marchands, une sorte de maire de Paris, √Čtienne Marcel. Pendant deux ans, ils contr√īlent la France du Nord. En f√©vrier 1358, des √©meutiers entrent m√™me dans le palais de la Cit√© et massacrent les proches conseillers du dauphin sous ses yeux. Ce dernier parvient √† s'enfuir de Paris au mois d'avril et parvient √† retrouver son pouvoir apr√®s l'assassinat d'√Čtienne Marcel, abandonn√© par la bourgeoisie parisienne. √Ä la suite du trait√© de Br√©tigny de 1360, un tiers de la France est contr√īl√©e par les Anglais.
  • De 1364 √† 1380, Charles V entame une patiente reconqu√™te du territoire en prenant soin d'√©viter les batailles rang√©es qui ont √©t√© d√©sastreuses durant la premi√®re phase du conflit. En 1375, √Čdouard III ne contr√īle plus sur le continent que Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et quelques forteresses dans le Massif central.
  • De 1429 √† 1453, les Anglais sont progressivement chass√©s de France. Jeanne d'Arc et des capitaines √©nergiques comme Dunois emp√™chent les Anglais de prendre Orl√©ans et d'envahir les r√©gions contr√īl√©es par le dauphin Charles. Au terme d'une chevauch√©e victorieuse o√Ļ se manifeste le sentiment national et la fid√©lit√© envers l'h√©ritier Cap√©tien-Valois, Charles VII est sacr√© √† Reims le 17 juillet 1429, acqu√©rant ainsi une l√©gitimit√© divine. La reconqu√™te, entam√©e au temps de Jeanne d'Arc, est facilit√©e par la r√©conciliation entre le roi et le duc de Bourgogne concr√©tis√©e par le trait√© d'Arras de 1435. En 1453, les Anglais ne contr√īlent plus que Calais.La victoire fran√ßaise sur les Anglais permet au domaine royal de s'agrandir, d'autant plus que le Dauphin√© et Montpellier avaient d√©j√† int√©gr√© le domaine royal au XIVe si√®cle. La paix n‚Äôest sign√©e qu‚Äôen 1475 avec le trait√© de Picquigny , sous les r√®gnes de Louis XI et d‚Äô√Čdouard IV.

Un pouvoir royal plus efficace

Dans la premi√®re moiti√© de XIVe si√®cle, les Cap√©tiens √©chouent √† mettre en place des imp√īts permanents. Les vicissitudes de la guerre de cent ans fournissent l'occasion d√©cisive de les instituer. La taille et le fouage (imp√īts directs), les aides et la gabelle (imp√īts indirects) sont progressivement institu√©s entre 1356 et 1370 √† l'aide de Jacques CŇďur, grand argentier du roi. La lev√©e de ces imp√īts entra√ģne la cr√©ation de nouvelles institutions. Le parlement est d√©finitivement organis√© par l'ordonnance du 11 mars 1345 en trois chambres distinctes entra√ģnant le d√©veloppement de puissantes familles de parlementaires. Le Ch√Ętelet devient une prison et une cour de justice criminelle dirig√©e par un pr√©v√īt et dont les comp√©tences s'√©tendent bien au-del√† de Paris. Charles VII est le premier souverain √† avoir les moyens d'entretenir une arm√©e permanente.

La monarchie s'√©loigne de plus en plus du caract√®re f√©odal pour affirmer le caract√®re sacr√© et sup√©rieur du pouvoir royal, malgr√© les contestations des √Čtats g√©n√©raux r√©guli√®rement convoqu√©s pour faire face aux difficult√©s financi√®res du royaume. Les rois d√©veloppent les rituels monarchiques comme les entr√©es solennelles dans les villes, les bapt√™mes, et autres c√©r√©monies publiques. Le but est de frapper les esprits et conf√©rer √† la monarchie un caract√®re extraordinaire.

L'id√©e d'un √Čtat dont le roi n'est pas le propri√©taire est r√©affirm√©e par les l√©gistes fran√ßais lors de la signature du Trait√© de Troyes en 1420. Charles VI d√©sh√©rite le dauphin mais les th√©oriciens du pouvoir royal soutiennent que la succession dynastique ne peut pas faire l'objet d'un testament car elle n'ob√©it pas aux m√™mes r√®gles que les successions priv√©es. C'est le principe de l'indisponibilit√© de la couronne.[3] M√™me dans les p√©riodes les plus sombres, les Cap√©tiens-Valois parviennent √† faire valoir l'int√©r√™t sup√©rieur de l'√Čtat dont ils sont les d√©positaires. Enfin, la longue lutte contre les Anglais a cristallis√© la naissance du sentiment national autour de la personne du roi.


Louis XI continue la politique de son p√®re. Il abat la puissance du duc de Bourgogne, Charles le T√©m√©raire. Il annexe la Bourgogne et la Picardie et re√ßoit en h√©ritage l'Anjou et la Provence. La population fran√ßaise augmente de nouveau. Le pays conna√ģt une forte croissance √©conomique encourag√©e par le sage Louis XI. Il r√©tablit l'autorit√© royale sur l'√Čglise. Le mariage de son fils, Charles VIII, avec Anne de Bretagne, h√©riti√®re de ce duch√© semble sceller l'accomplissement de l'unit√© territoriale. Mais Charles VIII entreprend la premi√®re exp√©dition en Italie. Pour s'y consacrer, il conc√®de le Roussillon et la Cerdagne au roi d'Aragon, la Franche-Comt√©, l'Artois et le Charolais √† Maximilien de Habsbourg en 1493, r√©duisant ainsi consid√©rablement le domaine royal. L'exp√©dition de 1494 est une suite de victoires faciles jusqu'√† Naples. Mais les exactions des Fran√ßais entra√ģnent la formation d'une coalition de villes italiennes contre eux. Ils sont finalement chass√©s en 1495, ramenant dans leurs bagages de merveilleuses Ňďuvres d'art qui permettent √† la France de conna√ģtre l'Antiquit√© et la Renaissance italienne.

Quand Charles VIII meurt sans h√©ritier en 1498, la couronne passe √† une autre branche cap√©tienne les Valois-Orl√©ans. √Ä ce moment, la difficult√© √† ma√ģtriser un vaste espace est la plus grande limitation au pouvoir royal.

Magnificence et troubles du XVIe si√®cle

Le domaine royal et les guerres

Anne de Bretagne s'√©tait engag√©e √† √©pouser le successeur de Charles VIII si celui-ci mourait sans enfant. Elle √©pouse donc le nouveau roi Louis XII, qui a r√©ussi √† obtenir l'annulation de son pr√©c√©dent mariage avec la sŇďur du d√©funt roi par le pape. Leur fille unique, Claude de France √©pousera l'h√©ritier du tr√īne Fran√ßois d'Angoul√™me, qui deviendra le premier roi de la dynastie des Valois-Angoul√™me sous le nom de Fran√ßois Ier, et qui int√©grera d√©finitivement le duch√© au royaume en maintenant les privil√®ges et les libert√©s de la province. Les √©tats octroient les imp√īts. La Bretagne garde son parlement √† Rennes. Quand Henri II devient roi en 1547, il abandonne le titre de duc de Bretagne, rendant l'union d√©finitive. Au cours du XVIe si√®cle, tous les grands fiefs int√®grent peu √† peu le domaine royal: les duch√©s d'Auvergne et de Bourbon, le Forez et le Beaujolais sont r√©cup√©r√©s par Fran√ßois Ier. C'est aussi au XVIe si√®cle, que se forge la th√©orie de l'inali√©nabilit√© de domaine royal. Le roi ne peut plus donner en apanage des fiefs √† ses fils cadets. Les nombreuses guerres dans lesquelles la France est engag√©e entre 1494 et 1559 ne permettent que l'occupation des trois √©v√™ch√©s, Toul, Metz et Verdun.

François Ier en 1515

Louis XII, roi √† partir de 1498 fait en deux ans la conqu√™te de presque toute l'Italie. Gr√Ęce aux fabuleuses richesses de la p√©ninsule, il peut diminuer la taille. Comme la soldatesque combat hors de France, il est par√© de l'image d'un roi bienveillant et attentif aux malheurs du peuple. Cependant entre 1508 et 1513, les Fran√ßais sont de nouveau chass√©s d'Italie.

Fran√ßois Ier, roi en 1515, commence son r√®gne par l'√©clatante victoire de Marignan qui permet de reprendre une troisi√®me fois le Milanais. Il s'oppose √† Charles Quint. En 1519, il pr√©sente sa candidature √† l'√©lection d'empereur du Saint-Empire romain germanique face au souverain Habsbourg. √Ä partir de 1521, la France entame une guerre longue et difficile contre Charles Quint √† la fois empereur d'Autriche et roi d'Espagne, lequel dispose par l√† m√™me des in√©puisables r√©serves d'or et d'argent des colonies espagnoles d'Am√©rique. Celle-ci commence par le d√©sastre de Pavie en f√©vrier 1525. Fran√ßois Ier, impr√©gn√© des valeurs chevaleresques refuse de reculer et est fait prisonnier. Il est contraint de signer le trait√© de Madrid en 1526, qui ampute la France d'un tiers de son territoire mais reprend la guerre aussit√īt lib√©r√©. Le 3 ao√Ľt 1529, par le trait√© de Cambrai, appel√© Paix des Dames, sign√© par Louise de Savoie et Marguerite d'Autriche, il renonce √† la suzerainet√© sur la Flandre et l'Artois, et des possessions habsbourgeoises. En √©change Charles Quint renonce √† revendiquer la Bourgogne. Bien que combattant la R√©forme dans le royaume, Fran√ßois Ier s'allie aux princes protestants germaniques et m√™me au sultan de l'Empire ottoman, Soliman le Magnifique pour desserrer l'√©tau habsbourgeois. En 1536, la guerre reprend. L'Italie et la France sont le th√©√Ętre des op√©rations. Henri II continue la lutte. Il reprend le Boulonnais et le Calaisis aux Anglais. En √©change de son soutien aux princes germaniques r√©form√©s qui sont en guerre contre l'empereur Charles Quint, il obtient le droit d'occuper Calais, Metz, Toul et Verdun. En 1559, le trait√© du Cateau-Cambr√©sis signe enfin la paix entre la France et l'Espagne. La France perd d√©finitivement l'Italie mais parvient √† conserver son int√©grit√© territoriale.

Des rois puissants

Les r√®gnes de Fran√ßois Ier (1515-1547) et son fils Henri II (1547-1559) correspondent √† une p√©riode o√Ļ l'autorit√© royale n'est pas contest√©e. Les rois ne convoquent plus les √Čtats g√©n√©raux et n'acceptent pas les remontrances des parlements. Ils prennent leurs d√©cisions dans le conseil de roi, un comit√© r√©duit devenu le moteur de l'action gouvernementale. Le concordat de Bologne de 1516 permet au roi de nommer les √©v√™ques, archev√™ques et abb√©s, le pape leur donnant ensuite l'investiture eccl√©siastique. Le roi est ainsi assur√© de l'enti√®re soumission du clerg√©. Fran√ßois Ier renforce l'unit√© du royaume et le contr√īle sur ses sujets en publiant l'ordonnance de Villers-Cotter√™ts en 1539. Celle-ci r√©glemente la justice dans la tout le royaume et la la√Įcise ne laissant aux tribunaux eccl√©siastiques que les cas strictement religieux. Elle stipule aussi que le fran√ßais doit remplacer le latin dans les actes notariaux et judiciaires. Elle oblige les cur√©s des paroisses de tenir un registre o√Ļ sont consign√©s les bapt√™mes et les d√©c√®s. L'ordonnance de Villers-Cotter√™ts montre le progr√®s de l'unification linguistique du royaume et les progr√®s de la langue d'o√Įl langue des actes officiels et des grands po√®tes comme Ronsard ou Du Bellay. Henri II met en place les quatre premiers secr√©taires d'√Čtat, anc√™tres des ministres.

C'est aux Valois qu'on doit la cr√©ation de la Cour, √† la fois centre du pouvoir et de la vie mondaine. On y trouve les princes de sang, la haute noblesse, les membres du gouvernement et les artistes appel√©s par le roi. Le roi n'a pas de r√©sidence fixe. Il se d√©place avec meubles, tapisseries et vaisselle de ch√Ęteau en ch√Ęteau. D'Italie, les Valois ont ramen√© le go√Ľt du luxe et des belles demeures. Ils font construire ou transformer de vastes palais qu'ils marquent de leur symbole. C'est ainsi qu'on retrouve la salamandre de Fran√ßois Ier √† Chambord et √† Fontainebleau, le H d'Henri II enlac√© par le C renvers√© de Catherine de M√©dicis, √©voquant le D de Diane de Poitiers, la ma√ģtresse officielle d'Henri II encore √† Fontainebleau et au Louvre. La sculpture, la peinture et l'architecture fran√ßaises se transforment sous l'influence du mod√®le italien donnant naissance √† la Renaissance fran√ßaise dont la forme la plus aboutie est l'√©cole de Fontainebleau. Fran√ßois Ier est le premier roi de France √† avoir compris que le rayonnement artistique d'un pays est un √©l√©ment de gloire et de puissance.

Le temps des troubles

Quand Henri II meurt accidentellement au cours d'un tournoi scellant la paix avec les Habsbourg en 1559, le pays est au bord de la guerre civile. En effet, dès 1520, des sujets ont adhéré aux idées de Martin Luther, idées immédiatement condamnées par la Faculté de théologie de la Sorbonne. Celles-ci progressent dans le royaume malgré la brève persécution des protestants en 1534 à la suite de l'Affaire des Placards. Des protestants avaient affiché sur la porte de la chambre royale des affiches insultantes pour le pape, la messe et les évêques. À partir de 1541, les thèses du français Jean Calvin, réfugié à Genève se répandent en France. À la fin de son règne François Ier commence à persécuter les protestants. Il ordonne le massacre des Vaudois de Provence qui s'étaient ralliés à la Réforme[4]. Henri II accentue les persécutions. Ceci n'empêche pas leur nombre d'augmenter y compris dans la noblesse et dans l'entourage du roi. La mort d'Henri II est suivie par trente-cinq années de guerres civiles appelées Guerres de religion car leur cause principale était la haine entre les Catholiques et les Protestants.

Le Massacre de la Saint-Barthélemy, d'après François Dubois

Catherine de M√©dicis, r√©gente du jeune Charles IX, √† partir de 1560, tente de mener une politique de tol√©rance avec l'appui de son chancelier Michel de L'Hospital. Elle autorise le culte protestant dans les faubourgs par l'√©dit de janvier 1562. Mais le massacre de protestants √† Wassy, le 1er mars 1562 par le Duc de Guise et ses hommes d√©clenchent la guerre civile. En 1563, le duc de Guise est assassin√©, √† son tour par les Protestants. En tout 8 guerres de religion se succ√®dent, ponctu√©es de vaines tentatives pour concilier les deux partis, de massacres dont le plus c√©l√®bre est celui de la Saint-Barth√©lemy le 24 ao√Ľt 1572. √Ä la mort de Charles IX en mai 1574, son fr√®re Henri III, rentre pr√©cipitamment de Pologne, dont il avait √©t√© √©lu roi. Il trouve une situation politique et √©conomique d√©grad√©e. Les Protestants forment un v√©ritable "√Čtat huguenot" dans le royaume depuis le synode de La Rochelle de 1571. Henri III cherche √† r√©tablir la paix et la prosp√©rit√©. Sur le plan √©conomique, il favorise l'introduction de ver √† soie et du m√Ľrier en France. sur le plan politique, il accorde aux protestants l'√©dit de Beaulieu en 1576. Ces derniers peuvent c√©l√©brer leur culte publiquement partout sauf √† Paris. Ils peuvent occuper huit places fortes et b√©n√©ficient de chambres mi-partie dans les parlements. L'ann√©e suivante, le roi signe la paix avec Henri de Navarre dans le but de rassembler le royaume sous son autorit√© et de le relever des ruines engendr√©es par la guerre civile. En r√©action √† l'√©dit de Beaulieu de 1576, les catholiques les plus fanatiques cr√©ent la Ligue dirig√©e par l'organisateur du massacre de la Saint-Barth√©lemy, le duc Henri de Guise. En 1584, le plus jeune fr√®re du roi, Fran√ßois de France oppos√© √† sa politique meurt. Le successeur l√©gitime, selon la loi salique, est Henri de Navarre, chef du parti protestant. La perspective d'avoir un roi calviniste ranime la guerre entre la Ligue et le roi, soutenu par son futur h√©ritier. Le duc Henri de Guise qui revendique la couronne pour lui, avec le soutien de la Ligue et des √Čtats g√©n√©raux r√©unis √† Blois, est assassin√© avec son fr√®re en 1588. Paris, ville ligueuse se r√©volte alors contre le roi. Alors qu'il tente de reprendre la ville avec l'aide des troupes protestantes Henri III est assassin√© le 1er ao√Ľt 1589 par un moine fanatique, Jacques Cl√©ment. C'est la fin de la maison de Valois qui, de 1328 √† 1589, a contribu√© √† la grandeur du royaume dans des √©poques difficiles. Il reste √† Henri IV, premier roi de la dynastie Bourbon √† conqu√©rir son pouvoir l√©gitime par les armes.

Voir aussi

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Article de l'encyclopaedia universalis, les Cap√©tiens, Jacques Le Goff
  2. ‚ÜĎ Revue historique et arch√©ologique du Maine‚Äé, 1991, p. 262
  3. ‚ÜĎ Article Valois de l'encyclopaedia universalis, Michel Fran√ßois
  4. ‚ÜĎ Andr√© Alba, l'√Ęge classique, 1959, p 69

Bibliographie

  • RIALS St√©phane.- Le miracle cap√©tien.- Paris:Librairie Acad√©mique Perrin (coll. "Pass√© simple"), 1987.- ISBN
  • divers articles de l'encyclopaedia universalis, DVD, 2007
  • Andr√© Alba, l'√Ęge classique, Hachette, 1959

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