Canaques

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Canaques

Kanak

drapeau indépendantiste kanak

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Femmes Kanak vêtues de robes mission en pleine discussion.

Kanak ou canaque est le nom utilisé pour désigner les populations autochtones de Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud.

Sommaire

√Čtymologie

Le terme viendrait √† l'origine du mot hawa√Įen ¬ę kanaka ¬Ľ signifiant ¬ę homme ¬Ľ. Il peut aussi √™tre un d√©riv√© du nom ¬ę T√©in Kanak√© ¬Ľ qui signifie le premier (Tein) homme (kanak√©), ce nom est issu des contes et l√©gendes kanak sur l'arriv√©e des premiers hommes en Nouvelle-Cal√©donie. Il se g√©n√©ralisa par la suite, √† l'initiative des navigateurs et marchands europ√©ens, sous la graphie ¬ę canaque ¬Ľ √† l'ensemble du Pacifique, pour d√©signer plus particuli√®rement les populations autochtones de ce qu'on appelle traditionnellement la M√©lan√©sie, bien que certains r√©cits du XIXe si√®cle l'utilisent √©galement √† propos des Marquisiens ou des Pascuans. Toujours est-il que le terme prit peu √† peu un sens plus ou moins p√©joratif pour ne d√©signer que les populations autochtones de Nouvelle-Cal√©donie. √Ä partir des ann√©es 1970, les autochtones se le r√©appropri√®rent en le ¬ę re-oc√©anisant ¬Ľ sous la graphie ¬ę kanak ¬Ľ. Le terme est aujourd'hui empreint d'une forte charge identitaire et est devenu l'un des symboles des revendications culturelles et politiques des n√©o-cal√©doniens autochtones.

L'adjectif comme le nom ¬ę kanak ¬Ľ seraient invariables en nombre et en genre. Cela √©tant l'orthographe de ce mot est r√©cente et a fortement √©volu√© depuis les ann√©es 1970 :

  • Jusque dans les ann√©es 1970, ce mot √©tait orthographi√© canaque(s);
  • Vers le milieu des ann√©es 1970, avec les revendications identitaires du peuple kanak, on a vu apparaitre l'orthographe kanak(e)(s);
  • Du milieu des ann√©es 1980 aux ann√©es 1990, l'orthographe kanak(e)(s) a progressivement remplac√© canaque(s);
  • Depuis 2008, le mot kanak serait devenu invariable, cela √©tant il n'existe aucune publication de l'ADCK ni texte paru au Journal Officiel de la Nouvelle-Cal√©donie pour affirmer l'invariabilit√© de ce mot. Le fait de ne pas accorder ce mot marque un certain refus de la grammaire fran√ßaise amplifiant ainsi le caract√®re identitaire et ind√©pendantiste de ce mot.

Une tendance semble s'√©tablir depuis le d√©but des ann√©es 2000, sans, toutefois, que cela constitue une r√®gle :

  • Kanak, avec un K majuscule, serait invariable ;
  • kanak, avec un k minuscule, s'accorderait en genre et en nombre.

Le mot ¬ę kanak ¬Ľ est encore trop r√©cent pour qu'on soit certain que son orthographe est d√©finitivement fig√©e, seul l'usage et l'avenir diront ce qu'il en est. √Ä l'√©crit, on utilisera donc de pr√©f√©rence l'orthographe ¬ę canaque ¬Ľ.

Démographie

Selon le recensement de 1996, le dernier en date √† avoir r√©alis√© une √©tude de la composition ethnique de la population n√©o-cal√©donienne, il y avait alors 86 788 Kanaks, soit 44,09 % du total des habitants du Territoire. 29,51 % (25 613 personnes) vivaient alors dans le Grand Noum√©a, essentiellement du fait de l'important exode rural n√© ces vingt derni√®res ann√©es qui a fait venir vers la ville de nombreux jeunes kanaks dans le but de trouver un emploi ou pour y scolariser leurs enfants. Ils nourrissent notamment les ¬ę squats ¬Ľ, zones d'habitats pr√©caires construits dans des zones non b√Ęties et reproduisant souvent le mode de vie de la tribu (avec petites cultures horticoles vivri√®res ou encore une reproduction de l'organisation sociale traditionnelle) : les M√©lan√©siens constituaient ainsi en 2006 63 % des 8 316 squatters (environ 5 240 personnes), et 64 % des 8 148 habitants de squat en 2008 (environ 5 215 personnes)[1].

Toutefois, si la proportion d'urbains kanaks ne cesse d'augmenter, ceux-ci restent minoritaires aussi bien comparativement √† la population totale de l'agglom√©ration noum√©enne (21,6 %) que par rapport √† l'ensemble de leur communaut√©. En dehors du Grand Noum√©a, les M√©lan√©siens sont ainsi principalement concentr√©s dans les Provinces Nord (32 246 habitants, soit 37,15 % de la population totale) et √ģles Loyaut√© (20 267 individus, soit 23,35 %). Les Kanak y sont d'ailleurs majoritaires (77,86 %, soit plus des 3/4, dans le Nord, et 97,08 % aux √éles)[2]. Toujours en dehors du Grand Noum√©a, la c√īte de la Grande Terre la plus peupl√©e de Kanak est la c√īte est, avec 25 808 personnes (29,74 %).

Une population jeune

La population m√©lan√©sienne est rest√©e particuli√®rement jeune. En 1996, pr√®s de la moiti√© (47,2 %) de la population kanak a moins de 20 ans (en comparaison, seulement 30,8 % des Europ√©ens sont dans la m√™me classe d'√Ęge), et notamment pr√®s d'un quart d'entre eux (24,7 %) ont moins de 10 ans. Et les kanak de moins de 20 ans repr√©sentent 52,52 % de la jeunesse n√©o-cal√©donienne. En revanche, seulement 6 % d'entre eux ont plus de 60 ans (contre pratiquement un dixi√®me chez les Europ√©ens). L'√Ęge moyen des M√©lan√©siens s'√©tablissait alors √† 25 ans, et la pyramide des √Ęges √©tait particuli√®rement triangulaire avec une base large, m√™me si un r√©tr√©cissement pour les moins de 5 ans laissaient d√©j√† pr√©sager une baisse dans la natalit√©[3].

Plusieurs signes semblent avoir confirm√© que la natalit√© est bel et bien en train de chuter, tandis qu'un l√©ger vieillissement commence √† se faire sentir : cela est visible notamment dans les deux provinces o√Ļ les m√©lan√©siens sont particuli√®rement majoritaires, dans le Nord et les √éles. Dans la premi√®re, le taux de natalit√© est ainsi pass√© de 34,6 ‚Äį en 1981 √† 30,1 ‚Äį en 1987, √† 27,1 ‚Äį en 1993, √† 24 ‚Äį en 1996, √† 17,1 ‚Äį en 2004 et √† 15,4 ‚Äį en 2007 (depuis 2004, la natalit√© dans le Nord est l√©g√®rement inf√©rieure √† celle du Sud, mais cela peut s'expliquer par la fuite des jeunes actifs kanaks en √Ęge d'avoir des enfants vers cette Province), tandis que le taux de mortalit√© est pass√© de 9,3 ‚Äį en 1981 √† 7,6 ‚Äį en 1989, √† 6,5 ‚Äį en 1996 et √† 5,9 ‚Äį en 2004 (depuis lors, les taux se sont stabilis√©s autour de 6 ‚Äį). Aux √éles, le taux de natalit√© a √©volu√© de 37,1 ‚Äį en 1983 √† 36,4 ‚Äį en 1986, 33,7 ‚Äį en 1992, 26,7 ‚Äį en 1996, 19,8 ‚Äį en 2004 et 17,2 ‚Äį en 2007 (soit d√©sormais un taux comparable √† celui du Sud), quand la mortalit√© est all√© de 7,9 ‚Äį en 1981 √† 7 ‚Äį en 1988, 6 ‚Äį en 1997 et 5,8 ‚Äį en 2004 (comme dans le Nord, la mortalit√© s'√©tablit √©galement autour des 6 ‚Äį aujourd'hui)[4].

Par cons√©quent, on assiste √† un l√©ger vieillissement de la population dans ces deux provinces, avec une diminution de la part des moins de 20 ans (ceci est d√Ľ √† la fois √† la baisse de la natalit√© et aux migrations vers Noum√©a. Quoi qu'il en soit les moins de 20 ans ne repr√©sentaient plus au 1er janvier 2008 que 42,2 % de la population des √éles et 38,6 % de celle du Nord), la part des plus de 60 ans a augment√© (gr√Ęce √† un meilleur niveau de vie et √† l'installation de meilleures infrastructures sanitaires, comme le Centre hospitalier du Nord CHN disposant de deux h√īpitaux, l'un √† Koumac et l'autre √† Poindimi√©, la mortalit√© a baiss√© pour √™tre l√©g√®rement sup√©rieure √† celle du Sud alors qu'elle en constituait pratiquement le double dans les ann√©es 1980 et l'esp√©rance de vie a augment√© d'√† peine 61 ans dans le Nord en 1981 et de 65 ans dans les √éles √† 73 ans dans les deux provinces en 2007, soit √† peine moins que les 77 ans de la Province Sud tout en ayant connu un pic √† 76 ans en 2004, la part des plus de 60 ans est donc pass√© √† 9,1 % dans le Nord et √† 9,8 % dans les √éles) et l'√Ęge moyen enregistre une l√©g√®re hausse (qui est pass√©, entre 1996 et 2004, de 26 √† 28 ans dans le Nord, et de 24 √† 27,5 dans les √éles).

La population vivant en tribu

En 1996, 56 542 personnes √©taient domicili√©es en tribu, dont 54 923 Kanaks soit moins des deux tiers de l'ensemble de la population m√©lan√©sienne (63,3 %), chiffre √† peu pr√®s identique √† celui de 1989 (les kanak en tribu ne repr√©sentaient d√©j√† plus que 63,7 % du total).

Les √éles Loyaut√©, qui n'ont jamais fait l'objet d'installation de colons blancs, restent la province o√Ļ les habitants continuent le plus √† vivre de mani√®re traditionnelle, la seule o√Ļ les terres coutumi√®res couvrent la totalit√© du territoire (√† l'exception de W√© √† Lifou) et le nombre de M√©lan√©siens recens√©s aupr√®s d'une des tribus de l'archipel, soit 19 780, repr√©sente ainsi 97,6 % des kanak pr√©sents dans l'archipel. De plus, il est √† noter que 32 647 personnes d√©claraient alors appartenir √† l'une des tribus des √éles, qu'ils y r√©sident ou non (la province √ģles, qui ne poss√®de aucune ressource particuli√®re permettant la mise en place d'un bassin d'emploi d'importance, √† l'exception du tourisme, est la plus touch√©e par l'exode de ses jeunes vers la capitale territoriale), ce qui fait que, au total, les Loyaltiens repr√©sentent 37,6 % des Kanak[5].

Dans le Nord, plusieurs kanak ont quitt√© leur mode de vie traditionnel pour trouver un emploi (d'ouvrier agricole, de salari√©, de commer√ßant ou de fonctionnaire) dans les villages et chef-lieu de leurs communes, ainsi la part de m√©lan√©siens r√©sidant en tribu est alors plus faible : ils √©taient 26 805 en 1996, soit 83,13 % du total[6].

Le Sud est, de loin, la province avec le moins de r√©sidant en tribu : avec 8 338 personnes dans ce cas en 1996, ils repr√©sentent donc moins d'un quart (24,3 %) de la population m√©lan√©sienne de la province. N√©anmoins, si l'on exclut ceux domicili√©s √† Noum√©a et Dumb√©a, seules communes √† ne comporter aucune tribu, ce rapport est de 57,7 %[7].

N√©anmoins, il est √† noter que le lien affectif et social avec sa tribu d'origine est tel qu'en 1996 26 223 kanak (30,2 % de la totalit√© des M√©lan√©siens) n'y r√©sidant pas se d√©clarent encore lui appartenir et participent donc toujours aux c√©r√©monies traditionnelles et √† la solidarit√© clanique (partage des revenus notamment). Au final, 5 642 kanak (6,5 %) ne se rattachent √† aucune tribu.

Le rééquilibrage

Depuis la création des provinces en 1989, une politique de rééquilibrage économique et démographique a été lancé afin de limiter la microcéphalie du Grand Nouméa et d'arrêter les migrations de kanak vers le chef-lieu en les retenant sur place et en les insérant mieux dans le tissu économique et social.

L'une des priorit√©s de cette politique fut alors de former des cadres n√©o-cal√©doniens, et en tout premier lieu kanak : c'est le programme ¬ę 400 Cadres ¬Ľ lanc√© en 1988 et auquel √† succ√©d√© en 1998 le programme ¬ę Cadres avenir ¬Ľ, qui offre des aides cons√©quentes pour le financement des √©tudes et aiguille l'√©tudiant pour trouver des stages et, √† terme, obtenir un emploi, tout cela dans des secteurs porteurs de l'√©conomie n√©o-cal√©donienne. √Ä la fin de l'ann√©e 2007, les deux programmes avaient permis de former 450 cadres[8]. ¬ę 400 Cadres ¬Ľ a notamment permis d'obtenir le premier m√©decin m√©lan√©sien (le Dr Paul Qaeze, m√©decin g√©n√©raliste), tandis que ¬ę Cadres Avenir ¬Ľ a f√™t√©, en juin 2008, son milli√®me stagiaire, et compte √† son actif notamment le deuxi√®me m√©decin kanak (le Dr Jacques Lali√©, de Lifou, dipl√īm√© en novembre 2007 et revenu sur le territoire en 2008[9]). Toutefois, la directrice du Groupement d'int√©r√™t public charg√© de le g√©rer, Marie-Laure Gibert, estimait alors que la Nouvelle-Cal√©donie n'√©tait qu'√† ¬ę 10 % des besoins pour le r√©√©quilibrage ¬Ľ, tandis que certains reprochent au dispositif de favoriser l'installation d√©finitive en M√©tropole des b√©n√©ficiaires (s'ils y fondent une famille durant leurs √©tudes ou s'ils y d√©veloppent une premi√®re exp√©rience professionnelle, n√©anmoins les chiffres ne font √©tat que de 7 % des b√©n√©ficiaires qui ne rentrent pas √† la fin de leur cursus universitaire ou de leur formation sur le Territoire, tandis que 90 % r√©ussissent √† trouver un emploi dans les trois mois qui suivent leur retour)[10].

Plusieurs projets visant au d√©veloppement √©conomique de la province Nord ont √©galement √©t√© lanc√©s, notamment par les projets de constitution de zones urbaines dans la r√©gion Voh-Kon√©-Pouembout sur la c√īte ouest et le ¬ę Grand H ¬Ľ (autour de Poindimi√©) sur la c√īte est ou la construction de nouvelles infrastructures (le centre hospitalier du nord avec deux p√īles hospitaliers, un √† Koumac √† l'ouest et l'autre √† Poindimi√© √† l'est, la route transversale Kon√©-Tiwaka, la cr√©ation du lyc√©e de Poindimi√©, entre autres). Mais le pilier principal de ce r√©√©quilibrage est la participation √† l'industrie mini√®re avec la cr√©ation d'une Soci√©t√© mini√®re du Sud Pacifique (SMSP), contr√īl√©e majoritaire par la Soci√©t√© d'investissement de la Province Nord (SOFINOR), qui s'est constitu√© un domaine minier au cours des ann√©es 1990 et a lanc√©, en 1998, le projet de l'usine du Nord dans le massif de Koniambo en partenariat avec le canadien Falconbridge puis le suisse Xstrata pour un d√©but de production en 2011 (Koniambo est contr√īl√© √† 51 % par la SMSP, le reste par Xstrata). La SMSP a √©galement ouvert en 2008 une usine de traitement du nickel en Cor√©e du Sud qu'elle contr√īle √† 51 %, en partenariat avec le sud-cor√©en Posco. Cette politique a permis de r√©duire quelque peu les migrations vers le sud : si le solde migratoire de la province reste n√©gatif, il est pass√© d'une perte oscillant entre 180 et 370 personnes par an entre 1996 √† 2003 √† seulement -75 en 2007[4].

En revanche, l'absence de projets d'envergure dans la province des √ģles n'a permis d'enrayer cet exode, qui reste encore aujourd'hui particuli√®rement massif.

Organisation sociale

La société kanak est organisée sur la base d'une unité sociale et spatiale particulière, le clan, et est organisée aujourd'hui dans un ensemble de cadres coutumiers hiérarchiques pour la plupart créés après l'arrivée des Européens.

Le clan : cellule familiale traditionnelle

Un clan est un groupe humain composé de plusieurs familles ou lignages (qui ont chacun leur nom patronymique, qui se transmet de manière patrilinéaire) descendant d'un ancêtre commun, et qui vivent sur une terre que ses membres gèrent en communauté selon des rapports sociaux hiérarchiques bien définis. Néanmoins un clan peut être amené à se modifier au fil du temps en fonction de son renforcement (il peut alors accueillir de nouveaux membres) ou de son affaiblissement (certains de ses membres peuvent alors le quitter pour s'installer sur de nouvelles terres et créer de nouveaux clans), au gré des guerres et jeux de pouvoir existant entre les clans. La taille des clans aujourd'hui peut ainsi varier d'une cinquantaine à plusieurs centaines de familles.

Hiérarchie au sein du clan

La manifestation des relations sociales, fond√© sur le respect, une gestuelle et une parole particuli√®re, d√©pend d'un certain nombre d'√©l√©ments :

  • le degr√© de parent√©, cr√©ant un lien presque affectif, entre les membres d'une m√™me famille : un individu n'aura pas la m√™me attitude ni le m√™me langage s'il s'adresse √† son p√®re, son fr√®re, un beau-fr√®re, un oncle, une tante, etc...,
  • l'√Ęge des individus : ainsi, les plus √Ęg√©s ont toujours une position privil√©gi√©e par rapport aux plus jeunes qui leur doivent un respect naturel. Ils sont notamment toujours servis en premier lors des repas, la primeur des ignames nouvelles de la r√©colte leur sont r√©serv√©s dans le cadre d'un bougna que les jeunes doivent pr√©parer en leur honneur, ils ont la pr√©s√©ance dans toutes les activit√©s et c√©r√©monies traditionnelles,
  • le caract√®re ¬ę d'a√ģn√© ¬Ľ ou ¬ę premier n√© ¬Ľ, selon un principe de ¬ę liens de parent√© ascendante ¬Ľ, de chaque individu au sein de chaque lignage, et de chaque lignage au sein du clan. Il √©tablit une forme de primog√©niture th√©orique, qui remonte √† l'anc√™tre commun du clan, souvent mythique, dont la m√©moire est g√©n√©ralement symbolis√© par le tertre fondateur du clan, ciment de la m√©moire g√©n√©alogique dans la terre. Ce ¬ę p√®re ¬Ľ fondateur a lui-m√™me plusieurs fils qui sont les anc√™tres communs des lignages et poss√®dent eux-aussi leurs tertres. La terre occup√©e par chaque lignage est en permanence occup√©e par les esprits des anc√™tres du lignage, et toute occupation d'une nouvelle terre n√©cessite donc une s√©rie de rites pour chasser ces esprits. Le terme d'a√ģn√©, de second n√©, et ainsi de suite jusqu'au dernier n√©, est donn√© √† tel ou tel lignage en fonction du rapport de force, des alliances matrimoniales qu'il finit par tisser ou des fonctions qu'il occupe au sein du clan. L'¬ę a√ģn√© ¬Ľ de l'a√ģn√© de tous les lignages, selon ce rapport de force, est donc le chef du clan, avec l'appellation de ¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ. Il est son repr√©sentant et son porte-parole aupr√®s des autres clans, et est respect√© par ses membres. Il anime la vie du clan et tranche les litiges qui peuvent surgir entre les membres du groupe, mais doit sans cesse jouer avec les autres ¬ę fr√®res ¬Ľ des autres lignages ou ceux de sa propre famille, avec le conseil des anciens qui regroupe les a√ģn√©s ou chefs de chaque groupe familial qui compose le clan (conseil du clan r√®gle les affaires int√©rieures au clan et est tr√®s √©cout√© pour tout ce qui concerne la d√©volution successorale, le changement de nom patronymique, l'adoption) ainsi que les ¬ę ma√ģtres de la terre ¬Ľ (fonction qui a disparu aujourd'hui avec l'interdiction des sorciers par les missionnaires religieux puis les autorit√©s coloniales), v√©ritables sorciers qui assurent, par leur magie, le lien √† la terre et aux puissances et esprits qui l'habitent (et notamment ceux des anciens). Si le ¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ faillit dans l'une de ses attributions (√† la guerre, dans les palabres pour n√©gocier des accords ou des alliances matrimoniales entre les lignages ou les clans, dans les c√©r√©monies traditionnelles comme par exemple la sortie de terre du premier igname), il peut √™tre remplac√© et perd donc le statut d'a√ģn√©. Il arrive √©galement que cette ¬ę d√©ch√©ance ¬Ľ touche tout son lignage.

Traditionnellement, sur la Grande Terre et aux √ģles Belep et des Pins, les clans constituent, avant l'arriv√©e des Europ√©ens, des entit√©s autonomes, tr√®s repr√©sentatifs de la chefferie clanique du monde m√©lan√©sien, et pouvant contr√īler des espaces tr√®s larges, regroupant plusieurs villages. Les clans font partie √† leur tour d'ensembles r√©gionaux, c'est-√†-dire de clans partageant des territoires particuli√®rement proches au point de s'imbriquer les uns aux autres, et culturels communs, avec des structures sociales communes. La hi√©rarchie politique y √©tant faiblement d√©velopp√©e, voire totalement absentes, les structures sociales sont g√©n√©ralement fluides et particuli√®rement mobiles, avec des clans qui sont dit ¬ę migrateurs ¬Ľ, les individus ne r√©sidant pas aux m√™mes endroits dans le temps et en fonction des saisons et migrant r√©guli√®rement entre les diff√©rents clans (n√©cessitant √† chaque fois, des c√©r√©monies d'accueil). L'un des ¬ę pays ¬Ľ les plus √©tudi√©s pour l'ensemble de ces aspects fut le pays pa√ģci, de Maurice Leenhardt √† Alban Bensa et Jean-Claude Rivierre[11]. Ce pays est alors structur√©, au niveau r√©gional, par ses relations matrimoniales entre deux groupes partageant le m√™me anc√™tre commun mythique. En revanche, d'autres r√©gions, dont le mod√®le semble √™tre le pays Hoot Ma Waap, voient leurs relations entre clans conditionn√©es par la pr√©sence de deux soci√©t√©s locales distinctes en fonction d'un rapport d'anciennet√© entre la premi√®re soci√©t√© qui, selon l'histoire orale, ce serait install√©e sur le territoire, et les suivantes (dans le pays Hoot Ma Waap, les Hoot seraient ainsi les premiers, et les Waap les seconds)[12].

N√©anmoins, l'organisation clanique est l√©g√®rement diff√©rente aux √éles Loyaut√© : l√†, d√©j√† avant l'arriv√©e des Europ√©ens, les clans sont g√©n√©ralement f√©d√©r√©s au sein d'une entit√© plus large organis√©e sur le plan politique, des ¬ę grandes chefferies ¬Ľ ou districts coutumiers qui s'apparentent d√©j√† plus au syst√®me de la royaut√© polyn√©sienne. Cette particularit√© est certainement due aux importantes migrations polyn√©siennes qu'ont connues les Loyaut√© par le pass√©, comme en t√©moigne la pr√©sence √† Ouv√©a d'une langue polyn√©sienne, le faga uvea. On voit alors appara√ģtre une hi√©rarchisation et une sp√©cialisation des clans en fonction des attributions qui leur sont confi√©es au sein de la grande chefferie : il existe ainsi des clan des propri√©taires fonciers, de la mer (regroupant les p√™cheurs), de la magie, guerrier, notamment. Le grand-chef symbolise le district et assure la coh√©sion sociale et √† ce titre, il est respect√© et adul√© par la population du district. Il est la r√©f√©rence, le chef des hommes et de la terre et tranche, en dernier ressort, en cas de litiges, tandis que les chefs de clan lui doivent ob√©issance et respect.

L'organisation clanique repose √©galement sur une forte diff√©renciation sexuelle : les hommes exercent les responsabilit√©s sociales et publiques, comme la conclusion des alliances, la gestion des relations sociales et de la vie publique, et doivent s'assurer de la p√©rennit√© sociale du clan. Ils sont au service de la communaut√© et pris en charge par elle, et s'assure de l'approvisionnement en ressources alimentaires et vitales de la communaut√©, dont la responsabilit√© de la culture de l‚Äôigname, objet d‚Äô√©changes sociaux coutumiers. Les jeunes, apr√®s l'adolescence, sont plac√©s dans un endroit distinct o√Ļ ils vivent en commun pour recevoir une √©ducation aux responsabilit√©s sociales et claniques. Les femmes, quant √† elles, sont responsables de tout ce qui se rapporte √† la vie et √† l‚Äôintimit√© familiale comme les travaux quotidiens et m√©nagers du foyer et de l‚Äôintendance familiale, ou encore la reproduction des membres du clan. Si tous travaillent aux travaux des champs, les hommes et les femmes y ont des r√īles bien diff√©renci√©s[13].

Les relations matrimoniales

Les pratiques matrimoniales kanak n'ont fait l'√©tat d'aucune √©tude g√©n√©rale mais plut√īt d'approches r√©gionales, tant les pratiques diff√®rent d'un pays traditionnel √† l'autre, et m√™me au sein d'une m√™me aire. L'un des syst√®mes les plus √©tudi√©s par les ethnologues, et souvent g√©n√©ralis√© (√† tort) par les pr√©curseurs de la discipline en Nouvelle-Cal√©donie (notamment Maurice Leenhardt), est celui dit de ¬ę dualisme matrimonial ¬Ľ ou de ¬ę dualisme exogame ¬Ľ de ¬ę Dui ma Bai ¬Ľ (¬ę Dui avec Bai ¬Ľ), dans le pays pa√ģci. Celui-ci compterait une dizaine de clans (onze selon Alban Bensa et Jean-Claude Rivierre) r√©partis entre deux groupes non localis√©s, les Dui et les Bai, descendant des deux fils du premier homme, toujours selon le mod√®le de repr√©sentation g√©n√©alogique par ¬ę liens de parent√© ascendante ¬Ľ de l'individu, de la famille, du lignage, des clans et des anc√™tres du premier homme.

Les mariages se font, selon ce mod√®le, par ¬ę cousins crois√©s ¬Ľ, un homme Dui √©pousant une femme Bai, et inversement. Techniquement, n'importe quel homme issu de n'importe quel lignage de n'importe quel clan d'une moiti√© peut √©pouser une femme de n'importe quelle famille de n'importe quel clan de l'autre partie, mais il existe en r√©alit√© un certain nombre de pr√©f√©rences, d'obligations et d'interdits sociaux relevant tout √† la fois de la repr√©sentation et de la th√©orie que de la r√©alit√© et de la pratique :

  • la pr√©f√©rence semble √™tre donn√©e avant tout aux cousins directs, ou cousins germains, le p√®re d'un fils cherchant pour celui-ci une √©pouse parmi les filles d'un des fr√®res de son √©pouse. Si une telle union n'est pas possible, si aucune des ni√®ces de sa femme ne sont disponibles, ils cherchent parmi les ¬ę lignages fr√®res ¬Ľ de celui de sa femme, dont les membres masculins sont tous des ¬ę oncles ¬Ľ de son fils. Et ainsi de suite.
  • l'obligation de pratiquer l'isogamie, c'est-√†-dire l'union, entre les deux moiti√©s, d'individus issus de m√™me ¬ę classes matrimoniales ¬Ľ, du m√™me rang social.
  • la constitution de v√©ritables ¬ę phratries ¬Ľ ou rapprochement entre lign√©es qui n'ont toutefois pas d'origine commune, mais pour des raisons d'ordre historique (parce que les membres de ces deux lign√©es ont un moment donn√© combattus ensemble un ennemi commun, ou partag√© le m√™me habitat, chemin√© ensemble ou tout simplement en raison d'un service rendu), qui fait s'allier des lign√©es en dehors des limites du clan et m√™me des limites des moiti√©s. L'union va ainsi √™tre favoris√© avec un individu issu d'un autre lignage li√© dans l'autre moiti√© par une phratrie √† son propre lignage ou √† celui de sa femme.
  • de m√™me qu'il existe des alliances historiques qui favorisent les unions matrimoniales, il existe des lignages ¬ę ennemis ¬Ľ frapp√©s d'un interdit de mariage, g√©n√©ralement parce que, lors d'une guerre, des morts des deux lignages en question ont √©t√© mis en contact, donnant lieu √† un ¬ę m√©lange des sangs ¬Ľ qui rend impossible tout mariage qui doit se faire entre ¬ę sangs diff√©rents ¬Ľ (m√™me si, dans les faits, la pratique de ce dualisme rend la consanguinit√© in√©vitable). Ces phratries et ces interdits √©voluent toutefois avec le temps.

De là, toute l'organisation sociale et les pratiques culturelles sont conditionnées selon ce dualisme, avec les cérémonies du cycle de vie qui mettent sans cesse face à face, du moins en théorie, une partie cérémonielle Dui et une partie cérémonielle Bai.

Selon Isabelle Leblic, 50 % des alliances du pays pa√ģci recens√©es respectent ce principe, 22 % se font au sein exclusivement d'une des deux moiti√©s et 16 % se font hors syst√®me (avec une personne ext√©rieure √† l'aire pa√ģci), dont √† 61 % pour des Bai et √† 39 % pour les Dui. Le respect de ce syst√®me tend notamment √† s'estomper aux marges g√©ographiques du pays. Les 12 % restants sont ind√©termin√©s[14]. Jean Guiart, quant-√†-lui, a distingu√©, au sein m√™me du pays, des zones binaires suivant le mod√®le Dui-Bai, et d'autres ternaires Dui-Bai-G√∂r√∂tu, ce troisi√®me groupe pouvant √™tre repr√©sent√© notamment dans le sud de l'aire par le clan dit ¬ę W√™kum√® ¬Ľ que Guiart ne fait appartenir ni aux Dui ni aux Bai, et m√™me si Isabelle Leblic fait √©tat dans ces recensements du clan ¬ę V√™kum√® ¬Ľ de membres s'affiliant majoritairement aux Bai.

Ce dualisme exogame du syst√®me pa√ģci, en partie remis en question par les ethnologues d'aujourd'hui sur son caract√®re syst√©matique, est le seul aujourd'hui recens√© en Nouvelle-Cal√©donie m√™me si, toujours selon Isabelle Leblic, deux moiti√©s exogames semblent √©galement avoir exister dans l'aire Aji√ę avec les W√™bwa (ou Wexuban) et les W√™m√© ou (Wexum√©).

L'enfant du syst√®me Pa√ģci appartient automatiquement au clan et √† la moiti√© du p√®re, ce qui ne semble pas avoir √©t√© le cas partout. L'h√©ritage donn√© par les deux parents et la repr√©sentation des ascendants est en revanche pratiquement commun √† l'ensemble du Territoire : les parents paternels transmet ainsi √† ses enfants le nom de lignage, des droits sur des terres et la puissance des anc√™tres, symbolis√©s ou mat√©rialis√©s par un totem ou tee, tandis que le lignage maternel, ut√©rin, lui transmet le sang et la vie et est responsable de la bonne croissance et de la force de sa descendance ut√©rine. Il faut y ajouter le lignage de la grand-m√®re maternelle, des ¬ę maternels au second degr√© ¬Ľ souvent d√©sign√©s l‚Äôexpression ¬ę m√§joro pw√ęt√Ļ ¬Ľ qui peut √™tre traduit par ¬ę le pied de foug√®re qui envoie des rejets au loin ¬Ľ[11]. L'adoption coutumi√®re est aussi beaucoup pratiqu√©e : il s'agit d'un don de l'enfant au clan des oncles maternels, il change alors de nom et fait donc pleinement partie de sa nouvelle lign√©e et de son nouveau clan. L'adoption est ainsi souvent pratiqu√©e comme contre-don √† une alliance qui aurait cr√©√© un d√©s√©quilibre entre les deux clans, celui du p√®re et celui de la m√®re.

Tribus, districts et aires coutumières

L'organisation administrative coutumi√®re actuelle[15] est d√©finie sur la base de l'arr√™t√© du 24 d√©cembre 1867 et est int√©gr√©e √† l'organisation coloniale de la Nouvelle-Cal√©donie[16]. Cet arr√™t√© regroupe les clans en tribus ou chefferies, sur la base du mod√®le des Loyaut√©, et donne une reconnaissance administrative √† l'organisation kanak en ¬ę villages ¬Ľ, sous la forme d'une ¬ę agr√©gation l√©gale ayant des attributs de propri√©t√© et organis√©e sous la seule forme qui fut et qui soit propre encore √† l‚Äô√©tat de la population indig√®ne ¬Ľ[17]. Les tribus poss√®dent alors de mani√®re indivise les terres r√©serv√©es aux peuples kanak par le code de l'indig√©nat. Elles sont devenues aujourd'hui le cadre de vie traditionnel des m√©lan√©siens, le terme de tribu servant √©galement √† d√©signer la zone d'habitations plus ou moins regroup√©es o√Ļ ses membres vivent. Elle reproduit le sch√©ma de l'organisation du clan, avec √† sa t√™te un ¬ę chef ¬Ľ (d√©sign√© parmi les chefs de clan par le conseil des anciens) et un conseil. Lorsque la tribu n'est en v√©rit√© constitu√©e que d'un seul clan, alors le chef tribal est le ¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ du clan et son ¬ę conseil des anciens ¬Ľ devient l'assembl√©e de la tribu. Une d√©lib√©ration du 10 d√©cembre 1981 a d√©cid√© que, dans toute tribu o√Ļ pourrait se constituer un conseil de chefs de clan (et donc comportant plus de deux clans), celui-ci se substituerait au conseil des anciens en place[18]. Il y a aujourd'hui 341 tribus dont : 203 en province Nord, 87 dans les √ģles Loyaut√© et 51 dans le Sud. La tribu la plus peupl√©e en 1996 (en termes de personnes se revendiquant comme appartenant √† cette tribu mais n'y r√©sidant pas forc√©ment) est celle de Drueulu dans le district de Ga√Įtcha sur Lifou (1 210 personnes y appartenant, 642 y r√©sidant), et la moins importante est celle de Ouen-Kout √† Hiengh√®ne (avec seulement 4 personnes)[19].

Les tribus ont de plus √©t√© regroup√©s, par un autre arr√™t√© de 1898, en districts coutumiers, ou grandes chefferies. Elles ont √† leur t√™te un grand-chef, au d√©part nomm√© par le gouverneur[17] puis d√©sign√© par le conseil de district parmi les chefs de tribu ou, s'il s'agit d'un district ne comportant qu'une seule tribu, le chef de cette derni√®re est obligatoirement grand-chef. Les districts peuvent √©galement avoir, mais pas obligatoirement (notamment s'ils ne comportent qu'une seule tribu) un conseil de district qui regroupe les chefs de tribu. Toutes les tribus ne font toutefois pas partie d'un district : on compte ainsi aujourd'hui 14 tribus dites ¬ę ind√©pendantes ¬Ľ. Il existe 57 districts coutumiers, dont 28 dans la province Nord, 16 aux √ģles Loyaut√© et 13 en province Sud. Ils peuvent comporter d'une seule (les districts d'Eni, Medu et Wabao √† Mar√©, d'Imone et Takedji √† Ouv√©a, de l'√ģle Ouen au Mont-Dore et de Goro, Touaourou et Unia √† Yat√©) √† 17 tribus (le district du Wetr √† Lifou)[20].

Les aires coutumi√®res ont √©t√© cr√©√©es plus tardivement, sous le nom de ¬ę pays ¬Ľ par le statut dit Lemoine mis en place par la loi du 6 septembre 1984. Ces six pays, dot√©s chacun d'une assembl√©e de pays comport√©s 24 repr√©sentants de la coutume et 24 repr√©sentants des communes, sont appel√©s Hoot Waap (Belep, Poum, Ou√©goa, Kaala-Gomen, Voh, Koumac, Pou√©bo et Hiengh√®ne), Paci Camuki (Pon√©rihouen, Poindimi√©, Touho, Kon√© et Pouembout), Aji√© Aro (Houa√Įlou, Moindou, Poya et Bourail), T√©i Araju (Farino, Sarram√©a, La Foa, Boulouparis, Thio et Canala), Dumb√©a (√éle des Pins, Yat√©, Mont-Dore, Dumb√©a, Pa√Įta et Noum√©a) et des Loyaut√© (Mar√©, Lifou et Ouv√©a)[21]. Ils sont transform√©s par le statut Pons II de 1988 en neuf ¬ę aires culturelles ¬Ľ qui reprennent les territoires des pr√©c√©dents pays, √† l'exception du pays des Loyaut√© qui est scind√© en quatre aires : Drehu (Lifou), Nengone (Mar√©) et Iaai (Ouv√©a) et Faga Uv√©a (Ouv√©a √©galement), et qui envoient des repr√©sentants √† l'assembl√©e consultative coutumi√®re[22]. Les huit Aires coutumi√®res actuelles sont cr√©√©es par les accords de Matignon et la loi r√©f√©rendaire du 9 novembre 1988[23]. Elles ont √† leur t√™te un conseil d'aire qui d√©signe en son sein un pr√©sident, tandis que les r√®gles de d√©signation et les mandats sont d√©finis par chacune des aires, bien que les grands chefs de districts pr√©sents dans l'aire soient membres de droit de ce conseil. Et chaque aire envoie deux repr√©sentants au Conseil consultatif coutumier qui a √©t√© transform√© par la loi organique de 1999 en un S√©nat coutumier. La d√©limitation des aires ne repose cependant pas sur les districts coutumiers, mais sur les communes et les provinces. Ainsi, la commune de Poya, ne comprend qu'un seul district, celui de Mu√©o, mais son territoire est divis√© entre deux provinces (Sud et Nord) et donc entre deux aires (Paici-Camuki et Aji√ę-Aro). Pourtant, deux aires coutumi√®res ont un territoire √† cheval sur deux provinces (le Nord et le Sud), en suivant la d√©limitation des communes : Aji√ę-Aro et Xaracuu. Les huit aires sont, du nord au sud de la Grande Terre puis aux √éles Loyaut√© :

Statut civil et terres coutumiers

Le statut civil coutumier et la propri√©t√© coutumi√®re sont d√©finis par le titre Ier de la loi organique du 19 mars 1999[24] et par l'article 75 de la constitution fran√ßaise de 1958.

Statut des Mélanésiens

Historique

Le code de l'indig√©nat, mis en place par les d√©crets de 1874 et 1881, est appliqu√© totalement en Nouvelle-Cal√©donie en 1887. Il fait des M√©lan√©siens des ¬ę sujets de la France ¬Ľ, ne jouissant d'aucun droit civil mais uniquement de leur droit personnel conf√©r√© par la religion et la coutume. Ils payent alors un imp√īt de capitation, sont soumis aux r√©quisitions de main d'Ňďuvre au profit des autorit√©s ou des colons, le gouverneur nomme les chefs de tribu et les grands-chefs et d√©limitent leurs pouvoirs, la pratique de la sorcellerie ainsi que le port d'arme ou le fait de circuler nus sont interdits.

Toutefois, une première tentative d'intégration est lancée avec l'instauration du statut civil particulier pour les autochtones par l'arrêté du 21 juin 1934, qui mit en place l’état civil des autochtones citoyens de statut civil particulier, afin de tenir compte des procédures coutumières relatives à certains actes comme le mariage ou l’adoption.

Le code de l'Indig√©nat est finalement aboli successivement par l'ordonnance du 7 mars 1944 (suppression du statut p√©nal de l'indig√©nat), la loi Lamine Gu√®ye du 7 avril 1946 (nationalit√© fran√ßaise pleine et enti√®re √† tous les Fran√ßais, indig√®nes compris) et le statut du 20 septembre 1947 (√©galit√© politique et acc√®s √©gal aux institutions). Les Kanak obtiennent alors la libert√© de circulation, de propri√©t√©, et leurs droits civils. Les Kanak obtiennent donc th√©oriquement leur droit de vote en 1946, mais celui-ci ne sera que progressivement appliqu√© et reconnu du fait d'un d√©bat local sur la possibilit√© de cr√©er un double coll√®ge √©lectoral : seulement 267 Kanak obtiennent effectivement le droit de voter en 1946, puis la loi du 23 mai 1951 √©largissant le coll√®ge √©lectoral indig√®nes dans les territoires d'outre-mer permet √† 60 % des M√©lan√©siens en √Ęge de voter d'y acc√©der et enfin le suffrage universel est pleinement mis en place par le d√©cret du 22 juillet 1957[25].

Statut civil coutumier actuel

Le statut civil de droit particulier de 1934 est devenu aujourd'hui, et depuis 1964, le statut civil coutumier. Les personnes de statut civil coutumier sont enregistr√©es sur un registre d'√©tat civil distinct, appel√© ¬ę registre coutumier ¬Ľ, tenu par les officiers d'√©tat civil de chaque commune (Art. 8 de la loi organique). Cr√©√© en 1934, son √©tablissement et son organisation sont actuellement d√©finis par la d√©lib√©ration de l'Assembl√©e territoriale du 3 avril 1967[26], compl√©t√©e par l'article 8 de la loi organique de 1999.

Les personnes de statut civil coutumier sont r√©gies par ¬ę leurs coutumes ¬Ľ en mati√®re de droit civil (Art. 7), donc surtout en ce qui concerne les affaires familiales, de successions ou de gestion des biens coutumiers. Sont ainsi ¬ę r√©gis par la coutume les terres coutumi√®res et les biens qui y sont situ√©s appartenant aux personnes ayant le statut civil coutumier ¬Ľ (Art. 18). En revanche, dans le cadre des rapports juridiques (signature de contrat, de bail, recours en justice) entre des personnes de statut personnel diff√©rent, le droit commun s'applique, sauf si aucune des deux parties n'est de statut civil de droit commun et que ces parties d√©cident que le rapport ne rel√®ve pas du droit commun ¬ę par une clause expresse contraire ¬Ľ (Art. 9). Enfin, la juridiction civile de droit commun est comp√©tente ¬ę pour conna√ģtre des litiges et requ√™tes relatifs au statut civil coutumier ou aux terres coutumi√®res ¬Ľ et elle est alors ¬ę compl√©t√©e par des assesseurs coutumiers ¬Ľ (Art. 19).

Les enfants dont les deux parents avaient le statut civil coutumier l'acqui√®rent d√®s la naissance (art. 10). Peuvent l'acqu√©rir (apr√®s audition devant un juge pour les majeurs et mineurs ayant atteints l'√Ęge o√Ļ ils sont jug√©s ¬ę capables de discernement ¬Ľ, la cour pouvant rejeter la requ√™te si les int√©r√™ts particuliers de la personne sont en jeu) les mineurs si une personne de statut civil coutumier exer√ßant l'autorit√© parentale en fait la demande (Art. 11), ¬ę toute personne majeure capable √Ęg√©e de 21 ans au plus dont le p√®re ou la m√®re a le statut civil coutumier, et qui a joui pendant au moins cinq ans de la possession d'√©tat de personne de statut civil coutumier ¬Ľ (Art. 12), ¬ę toute personne ayant eu le statut civil coutumier et qui, pour quelque cause que ce soit, a le statut civil de droit commun ¬Ľ et les personnes qui ont toujours eu le statut civil de droit qui, dans un d√©lai de cinq ans √† partir de la promulgation de la loi organique (c'est-√†-dire jusqu'en 2004), ont pu justifier ¬ę que l'un de ses ascendants a eu le statut civil coutumier ¬Ľ et qui ont d√©cid√© de renoncer √† leur statut de droit commun (Art. 13). De m√™me, toute personne de statut civil coutumier peut demander √† renoncer √† ce statut et obtenir celui de droit commun (Art. 13), c'est d'ailleurs le seul moyen pour un individu de perdre ce statut (Art. 75 de la Constitution).

Terres coutumières

Apr√®s la prise de possession de l'archipel, l'√Čtat se proclame, par deux d√©clarations de 1855 et 1862, propri√©taire de toutes les terres. L'arr√™t√© du 22 janvier 1868 laisse une partie de ces terres aux Kanak : la propri√©t√© ¬ę incommutable, insaisissable et inali√©nable ¬Ľ de ces domaines est reconnue aux tribus (les Kanak ne peuvent ni les vendre, ni en acheter, mais sont aussi th√©oriquement prot√©g√©es contre toutes violations de terres) mais la d√©limitation est faite de telle mani√®re que certaines terres initialement conc√©d√©es sont finalement retir√©es aux M√©lan√©siens au profit des colons, tandis que du b√©tail de ces derniers s'introduit r√©guli√®rement sur les terres coutumi√®res et ab√ģme les champs d'ignames et de taros. Finalement, le code de l'indig√©nat aboutit √† une politique de cantonnement men√©e √† partir de 1897 par le gouvernement fran√ßais, visant √† rassembler tous les Kanak dans les r√©serves en leur allouant une superficie moyenne de trois hectares par habitant et remettant donc totalement en cause le d√©coupage de 1868[27]. Et ce domaine est r√©guli√®rement rogn√© par les autorit√©s afin d'y installer des colons : ces ¬ę r√©serves ¬Ľ passent ainsi de 320 000 √† 124 000 hectares de 1898 √† 1902, √† l'instigation du gouverneur Paul Feillet[28]. Seules les √éles Loyaut√© sont des r√©serves kanak int√©grales.

Si le code de l'indig√©nat est aboli en 1947, permettant aux Kanak d'acc√©der √† la propri√©t√© priv√©e, le domaine foncier coutumier n'√©volue quant-√†-lui pratiquement pas avant 1978. La politique de l'√Čtat dans ce domaine va √©voluer avec le d√©veloppement des revendications fonci√®res qui se fait en parall√®le de la mont√©e de l'ind√©pendantisme. Le ¬ę Plan de d√©veloppement √©conomique et social √† long terme pour la Nouvelle-Cal√©donie ¬Ľ du secr√©taire d'√Čtat √† l'Outre-mer Paul Dijoud en 1978 est le point de d√©part de la politique de r√©√©quilibrage foncier : elle se fixe quatre objectifs, √† savoir ¬ę redonner aux clans, dans toute la mesure du possible, l'espace traditionnel ¬Ľ, mais aussi ¬ę affermir la position des colons qui vivent et travaillent sur leurs terres ¬Ľ, ¬ę permettre aux m√©lan√©siens qui le d√©sirent de devenir des paysans, en dehors des r√©serves, dans le cadre du droit civil ¬Ľ et ¬ę favoriser la mise en valeur des terres redistribu√©es ¬Ľ. Il engage alors une enqu√™te sur l'espace traditionnel kanak √† l'ORSTOM et un recensement des revendications fonci√®res. Cependant, ce plan est peu suivi d'effet, du fait des conflits d'int√©r√™ts sur les droits de propri√©t√© d'une m√™me terre appartenant √† ce fameux ¬ę espace traditionnel ¬Ľ mais relevant de la propri√©t√©, et pleinement exploit√© et mis en valeur de mani√®re agricole, par des descendants de colon, et parce que son application est confi√©e √† l'Assembl√©e territoriale de Nouvelle-Cal√©donie, √† majorit√© europ√©enne[27]. Toutefois, le plan permet, de 1978 √† 1982, de redistribuer une bonne partie du Domaine public non utilis√©, puisque le Territoire acquiert dans ce but au cours de cette p√©riode 21 927 hectares, √† quoi il faut ajouter les 28 742 achet√©es aux propri√©t√©s priv√©es (soit un co√Ľt de 933 millions de Francs CFP). Et sur ces 50 669 hectares qui constituent donc la r√©serve du plan foncier, 25 972 (soit un peu plus de la moiti√©) ont √©t√© attribu√©s au domaine coutumier, dont 19 094 hectares en augmentation des terres de r√©serves appartenant aux tribus et 6 877 hectares directement allou√©s aux clans[29].

Vient ensuite l'ordonnance fonci√®re du 15 octobre 1982, qui cr√©e un Office foncier (OF), organisme public d'√Čtat charg√© de l'achat et de la redistribution des terres aux Kanak, sur la base des clans. Elle cr√©e aussi le Groupement de droit particulier local (GDPL), structure juridique, form√©e par des personnes de statut civil coutumier invoquant le droit du premier occupant sur une terre, qui organise le d√©veloppement rural sur cette terre. Le statut de personne morale leur est accord√© en 1985, leur permettant d'acc√©der √† des cr√©dits bancaires, de poss√©der un patrimoine, d'acqu√©rir des biens, d'exercer des droits, d'assurer des obligations ou encore se porter en justice. La r√©forme de 1982 est n√©anmoins un √©chec encore plus retentissant que le plan Dijoud, tout d'abord parce que les Kanak accusent alors le gouvernement de vouloir diviser la communaut√© m√©lan√©sienne par l'attribution directe des terres aux clans, ce qui est per√ßu comme une forme d'appropriation priv√©e susceptible de porter atteinte √† la coh√©sion du groupe. De plus, la redistribution √©galitaire des terres fix√©e par cette r√©forme n√©cessite donc obligatoirement le rachat de terres non encore exploit√©es mais appartenant tout de m√™me √† des Europ√©ens, les terres du Domaine public disponibles pour une distribution ayant d√©j√† largement √©t√© conc√©d√©es par le plan de 1978[27]. Enfin, le d√©but des √Čv√®nements politiques en 1984 n'a pas facilit√© la t√Ęche de l'OF. De 1982 √† 1986, l'Office foncier a tout de m√™me r√©ussi √† acheter 50 414 hectares √† des propri√©taires priv√©s (soit le double de ce qu'avait acquis le plan Dijoud, dans le m√™me laps de temps), pour un co√Ľt d'1,468 milliards de Francs CFP, mais n'a permis que 2 081 hectares d'acquisitions pour les clans[29], les proc√©dures admnistratives, particuli√®rement lourdes, ayant emp√™ch√© l'OF de proc√©der aux transferts effectifs[27]. Pour ce qui est des GDPL, les premi√®res ne se formeront qu'en 1986 pour un r√©el d√©veloppement qu'√† partir de 1989.

La loi du 17 juillet 1986 relative √† la Nouvelle-Cal√©donie, dite ¬ę Statut Pons I ¬Ľ (du nom du nouveau ministre de l'Outre-mer, Bernard Pons), remplace l'OF par l'Agence de d√©veloppement rural et d'am√©nagement foncier (ADRAF), √©tablissement public territorial[30]. Mais cette nouvelle politique, qui veut avant tout d√©fendre le droit √† la propri√©t√© priv√©e, donne la priorit√© √† l'installation d'exploitants individuels, et le seul mode d'acc√®s au foncier est d√©sormais la propri√©t√© priv√©e[27] donc, en ce qui concerne le domaine coutumier, par le biais des GDPL, qui ne se voient attribuer que 576 ha contre 8 768 aux individus, soci√©t√©s et collectivit√©s. N√©anmoins, l'ADRAF fait, sous ce statut, l'acquisition de 21 704 hectares par achat √† des propri√©taires priv√©s, pour un co√Ľt de 819 millions de Francs CFP[29].

Finalement, l'article 8 alin√©a 12 de la loi r√©f√©rendaire du 9 novembre 1988, qui fait suite aux Accords de Matignon, donne √† l'√Čtat la comp√©tence de d√©finir ¬ę les principes directeurs de la propri√©t√© fonci√®re et des droits r√©els ¬Ľ et son article 94 transforme l'ADRAF en un √©tablissement public d'√Čtat[23]. Les comp√©tences de cette derni√®re sont d√©finis par le d√©cret du 16 ao√Ľt 1989, modifi√© par le d√©cret du 16 octobre 2000 qui n'a fait en r√©alit√© qu'ent√©riner le transfert de l'ADRAF au Territoire tel que pr√©vu par la loi organique de 1999. Si ce statut pr√©voit que les domaines acquis par l'Agence peut ¬ę soit √™tre c√©d√©s √† titre on√©reux ou √† titre gratuit, soit √™tre donn√©s √† bail √† des personnes physiques ou morales qui s'engagent sur un projet √©conomique de mise en valeur des terres agr√©√© par l'agence. Ils peuvent √©galement √™tre c√©d√©s √† titre on√©reux ou √† titre gratuit √† des personnes physiques ou morales qui s'engagent √† les donner √† bail √† des personnes physiques ou morales qui remplissent les m√™mes conditions ¬Ľ[31], reprenant donc le mod√®le de la propri√©t√© priv√©e de la r√©forme de 1986, l'ADRAF a favoris√© les attributions √† destination des GDPL qui sont donc devenus le nouveau cadre de la redistribution des terres et du r√©√©quilibrage foncier. Le d√©cret sur l'ADRAF de 1989 en a pr√©cis√© les modalit√©s de constitution, qui respecte l'organisation coutumi√®re de la soci√©t√© kanak, et environ 750 GDPL se sont form√©es √† partir de 1989, dont 298 ont b√©n√©fici√© d'attributions dans le cadre de la r√©forme fonci√®re[17].

Si, depuis 1989, l'ADRAF n'a pas particuli√®rement acquis plus de terres que les programmes pr√©c√©dents, en raison de la diminution de l'espace foncier pouvant potentiellement √™tre redistribu√© (elle n'a ainsi acquis, de 1989 √† 2005, que 34 169 hectares de terres suppl√©mentaires, dont 3 400 en transfert du domaine public, le premier depuis 1982 m√™me s'il n'a pas la m√™me ampleur, et 30 769 par achat de propri√©t√©s priv√©es et pour un co√Ľt de 2,546 milliards de Francs CFP), mais elle a largement contribu√© √† la redistribution des r√©serves constitu√©es depuis 1978 par ses pr√©d√©cesseurs, et cela surtout au b√©n√©fice des GDPL : de 1989 √† 2005, 102 213 hectares ont √©t√© attribu√©s, dont 83 796 (82 %) aux GDPL et 18 417 aux particuliers.

Au final, les r√©formes fonci√®res successives depuis 1978 ont permis la redistribution au profit du domaine coutumier kanak de 112 424 hectares, chiffre de 2005, soit 80,5 % de la totalit√© des terres attribu√©es et 71,6 % des terres acquises par les diff√©rents √©tablissements responsables. Les r√©serves des tribus ont b√©n√©fici√© √† 17 % de ces redistributions, les clans √† 8 % et les GDPL √† 77 %. Les terres coutumi√®res, constitu√©es des r√©serves autochtones, des terres attribu√©es aux GDPL et des terres attribu√©es aux clans par les collectivit√©s territoriales ou les √©tablissements publics fonciers au titre du lien √† la terre, ainsi que les immeubles domaniaux c√©d√©s aux propri√©taires coutumiers, sont, selon une formule confirm√©e par l'article 18 de la loi organique, ¬ę inali√©nables, incessibles, incommutables et insaisissables ¬Ľ, et r√©gies par la coutume[24]. Leur superficie en 2007 est de 490 907 hectares (4 909,07 km2), soit 26 % de la superficie communale : elles sont particuli√®rement importantes dans les √éles Loyaut√© (seule province o√Ļ le domaine coutumier n'a pas ou peu chang√© depuis le XIXe si√®cle puisque n'en est sorti que le district de W√© sur Lifou pour servir de centre administratif, les terres coutumi√®res repr√©sentent 97 % de la superficie communale des √ģles, et 100 % √† Mar√© et Ouv√©a) et en province Nord (avec 238 662 hectares, soit 25 % de la superficie communale, et un peu moins de la moiti√©, avec 48,6 %, de la totalit√© des terres coutumi√®res, elles repr√©sentent 84 % du territoire des Belep et 57 % √† Kon√©), mais restent limit√©es dans la province Sud (avec 59 879 hectares, ces terres ne repr√©sentent que 9 % de la superficie communale de la province, tout en repr√©sentant 88 % du territoire de l'√éle des Pins)[29].

Acte et officiers civils coutumiers

Un ¬ę acte coutumier ¬Ľ est une d√©cision coutumi√®re adopt√©e √† la suite d'un ¬ę palabre ¬Ľ, √† savoir une ¬ę discussion organis√©e selon les usages de la coutume kanak ¬Ľ et tenue ¬ę sous l'autorit√© du chef de clan, du chef de la tribu ou du grand chef ou, √† d√©faut, du pr√©sident du conseil des chefs de clans ¬Ľ √† la demande d'individus de statut civil coutumier afin de statuer sur un litige, une demande de pr√©cision ou une requ√™te concernant ce statut ou la propri√©t√© coutumi√®re, et que les autorit√©s ont d√©cid√© de transcrire. Il s'agit d'un acte juridique qui a vertu d'¬ę acte authentique ¬Ľ en mati√®re de statut civil coutumier ou de propri√©t√© coutumi√®re. R√©dig√© en fran√ßais √† partir des d√©cisions du palabre qui ont g√©n√©ralement lieu en langue vernaculaire, la transcription doit √™tre lue, comprise, approuv√©e et sign√©e par toutes les parties. Il cr√©e en v√©rit√© une v√©ritable juridiction comp√©tente en mati√®re de droit civil coutumier, et dont une interpr√©tation contest√©e par l'une des parties peut faire l'objet d'un recours aupr√®s du conseil coutumier de l'aire concern√©e qui devient, en quelques sortes, une juridiction d'appel. En dernier recours, les parties qui s'estiment l√©s√©s peuvent mener une action en accusation de faux aupr√®s de la juridiction de droit commun.

Il est d√©fini par la loi du pays du 15 janvier 2007[32], qui cr√©e √©galement la fonction d'officier public coutumier : il s'agit d'agents de la Nouvelle-Cal√©donie, recrut√©s sur concours de la fonction publique pour leur connaissance du droit coutumier et des langues vernaculaires, asserment√©s aupr√®s du tribunal de premi√®re instance de Noum√©a et nomm√©s dans les huit aires coutumi√®res. Ils sont charg√©s de transcrire la d√©cision coutumi√®re en acte, de recevoir et conserver dans un registre les actes coutumiers, et d'en d√©livrer des copies ou des extraits si le d√©tenteur de l'original a donn√© son accord.

Le corps des officiers civils coutumiers est officiellement cr√©√© par une d√©lib√©ration du Congr√®s du 13 d√©cembre 2007[33], qui en fait des Fonctionnaires de cat√©gorie B de la Nouvelle-Cal√©donie, pouvant exercer les fonctions d'huissier de justice dans les communes o√Ļ aucun huissier n'a √©t√© institu√©. Ils sont recrut√©s par concours externe √† 70 % (ouvert aux dipl√īm√©s de niveau Bac +2) ou interne √† 30 % (ouvert aux Fonctionnaires de Nouvelle-Cal√©donie de la cat√©gorie B justifiant de 3 ans d'anciennet√©, de cat√©gorie C justifiant de 6 ans d'anciennet√© ou de cat√©gorie D justifiant de 10 ans d'anciennet√©). Une fois admis au concours, ils doivent, pour √™tre titularis√©s, effectuer un stage probatoire d'une ann√©e, durant lequel ils doivent obtenir la validation d‚Äôune formation professionnelle obligatoire d'une dur√©e maximum de 6 mois dans les domaines d'attribution de leurs futurs fonctions.

Les programmes et la nature des √©preuves aux concours externes et internes sont fix√©s par un arr√™t√© du 28 d√©cembre 2007[34]. Les √©preuves comprennent :

  • trois √©preuves √©crites d'admissibilit√© :
  • une dissertation de quatre heures et de coefficient 3 sur un sujet portant sur le droit civil, le statut civil coutumier et/ou la proc√©dure civile et voies d‚Äôex√©cution,
  • une √©preuve de deux heures et de coefficient 2 au choix, formul√© au moment de l'inscription, entre une composition sur l‚Äôorganisation de la soci√©t√© et des institutions kanak, et une √©preuve en langue kanak aji√ę, pa√ģci, drehu, nengone, x√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ ou iaai,
  • un QCM de deux heures et de coefficient 2 sur l‚Äôorganisation administrative et politique, l'environnement g√©ographique, politique et social dans le Pacifique Sud de la Nouvelle-Cal√©donie,
  • deux √©preuves orales d'admission :
  • un expos√© de 20 minutes pour 20 minutes de pr√©paration et de coefficient 3, portant sur le droit civil, le statut civil coutumier et/ou la proc√©dure civile et voies d‚Äôex√©cution,
  • un entretien de 20 minutes, et de coefficient 2, avec le jury, afin de v√©rifier les aptitudes du candidat √† la fonction de syndic des affaires coutumi√®res ainsi que sur le statut des officiers publics de Nouvelle-Cal√©donie.

Culture kanak

¬ę Faire la coutume ¬Ľ

C'est avant tout montrer son respect et son humilit√©. La coutume au sens large est l'ensemble des r√®gles non √©crites qui r√©gissent l'√©quilibre social des Kanak, qu'ils soient en tribus (en milieux ruraux) ou non (milieu urbain). Il existe de nombreuses coutumes correspondant √† chaque acte social ; sans cette coutume, l'acte social ne peut pas √™tre reconnu (c'est-√†-dire que les valeurs du respect et d'unit√© sont ignor√©s). La coutume est tr√®s codifi√©e quant √† ses acteurs: on d√©termine qui, au nom du groupe (famille, clan ou tribu) donne la coutume, et qui la re√ßoit ou la rend (si le chemin coutumier n'est pas respect√©).

Loin des aspects conflictuels du d√©bat, faire la coutume c'est le geste / le don qui montre son humilit√©, son respect de l'autre et son respect de la r√®gle. Elle est le socle d'un "acte d'√©change non duelliste" dans lequel la parole et l'√©coute prennent une dimension sacr√©e comme, par exemple, lors d'un mariage, d'un deuil, d'une r√©conciliation entre individus. Elle rappelle les alliances pass√©es et pr√©sentes, dans le but d'affirmer l'esprit unitaire entre les individus. De nos jours, la coutume s'entend souvent en termes de don d'ignames, de tabac, de tissu et d'argent. Traditionnellement, on utilise les ¬ę monnaies canaques ¬Ľ r√©alis√©es √† partir de mat√©riaux naturels (coquillages, poils de roussettes, os divers, etc.). Longtemps ont circul√© de vieilles monnaies et aujourd'hui, leur cr√©ation a √©t√© relanc√©e : on voit, surtout dans le Nord, lors des c√©r√©monies, circuler de magnifiques monnaies de cr√©ation r√©centes.

Celui qui fait la coutume pose sa coutume devant lui (igname, tissu...) et explique la raison du geste dans un discours. Celui qui re√ßoit ¬ę prend ¬Ľ la coutume pos√©e, ce qui signifie qu'elle est accept√©e. Le receveur, quant √† lui, fait un ¬ę geste de retour ¬Ľ constitu√© aussi de tissu et de monnaie qui marque son remerciement. Ces tissus et monnaies permettront aux ¬ę portes-parole de la coutume ¬Ľ de montrer √† leurs familles respectives que l'√©change a bien eu lieu.

L'igname dans la société kanak[35]

L'igname est l'un des éléments principaux des échanges coutumiers, tandis que le cycle de récolte de ce tubercule conditionne le calendrier social traditionnel kanak. De plus, il constituait, avec le taro, l'élément de base de l'alimentation des Mélanésiens avant l'arrivée des Européens.

Variétés cultivées

Plusieurs vari√©t√©s sont cultiv√©es en Nouvelle-Cal√©donie, presque toutes de l'esp√®ce Dioscorea alata (¬ę igname ail√©e ¬Ľ ou ¬ę grande igname ¬Ľ), avec des r√©coltes plus ou moins pr√©coces :

  • les ignames pr√©coces :
  • la kokoci (kokozi en yuaga, kŇćkŇćci en c√®muh√ģ, k√∂k√∂ci en paic√ģ, kohori en aji√ę, kokori en x√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ, pia en num√©√©, wakorawa ni x√©tue en nengone) : ¬ę clone d'igname ¬Ľ, l'une des plus r√©pandues. Igname qui rapporte beaucoup √† l'exploitant, √©tant une primeur et en raison de la finesse de son go√Ľt et la bonne tenue de sa chair, sa pr√©cocit√© la rend n√©anmoins fragile et d√©licate √† cultiver.
  • la goropo (pha kamboa pul√ī en yuaga, bwatana bae en c√®muh√ģ, g√īr√īp√ī pwa ou Ti√©w√©tin en paic√ģ, bwatanin en aji√ę) : ¬ę clone d'igname de premi√®re qualit√© ¬Ľ. Igname √† la fois robuste et pr√©coce.
  • les ignames de saison :
  • la koupette (koup√© en yuaga, koupette en c√®muh√ģ, touaourou mar√© en paic√ģ, neupon en num√©√©) : vari√©t√© vigoureuse, √† l'apparence et au go√Ľt appr√©ci√©s des consommateurs.
  • la kokoci temboa dite ¬ę coco ¬Ľ (cocozi en yuaga, cocothi temboa en c√®muh√ģ) : cousine de la kokoci. Elle offre un tr√®s bon rendement et est adapt√©e √† la culture intensive, sa forme ronde permet une r√©colte rapide, mais exige des conditions parfaites de culture et est assez sensible aux coups et aux maladies.
  • la boitanin (tana en yuaga, boitanin en c√®muh√ģ, paic√ģ et aji√ę) : vari√©t√© de premi√®re qualit√©, c'est une igname noble (notamment en raison de sa forme tr√®s allong√©e et g√©n√©ralement droite), qui se conserve bien mais tr√®s d√©licate √† cultiver.
  • les ignames tardives :
  • la bwilana (bouine en yuaga, boatji oupon en c√®muh√ģ, bouilana en paic√ģ, b√©zah√® en aji√ę, chareureu en x√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ, wadjijinor en nengone) : tr√®s recherch√©e et tr√®s appr√©ci√©e des amateurs d'ignames, cette vari√©t√© est n√©anmoins fragile et difficile √† cultiver.
  • la touaourou (kaamove en yuaga, tilo en c√®muh√ģ, touaourou ou koko en paic√ģ, koko en x√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ, erek en nengone, aussi kehrer) : tubercule long, tr√®s appr√©ci√© pour les √©changes c√©r√©moniels, il est d'excellente qualit√© et donc tr√®s recherch√© par les planteurs et les consommateurs. N√©anmoins, elle est tr√®s fragile et ne peut pratiquement se r√©colter que manuellement.

La culture traditionnelle

Traditionnellement, avant l'arriv√©e des Europ√©ens, l'igname √©tait sem√©, cultiv√© et r√©colt√© √† l'aide d'un b√Ęton √† fouir et d'une pelle en bois dur, selon le principe d'une horticulture de br√Ľlis sur billons (afin d'obtenir de gros tubercules et de prot√©ger les plantes des fortes pluies, les Kanaks am√©nageaient des billons le long des courbes de niveau des pentes de colline, parfois en forme de croissants orient√©s vers l'aval pour lutter contre l'√©rosion et avec un dallage sur la face amont pour canaliser les eaux de ruissellement) ou buttes (aux √ģles Loyaut√© ). Les √©tapes du travail agricole, en pr√©paration des semailles, √©taient :

  1. le débroussage,
  2. le br√Ľlage,
  3. l'ameublissement du sol, à savoir sa division motte par motte à l'aide de pieux,
  4. l'édification des billons à la pelle, avec un homme tenant le manche et un autre tenant la lame,
  5. l'émottement au gourdin (aplanissement des mottes laissées par le labour),
  6. le brassage de l'emplacement à planter à la main ou à l'aide d'un petit pieu.

Les travaux √©taient √©galement r√©partis entre les sexes : aux hommes le labour, l'√©mottement et le ratissage par les femmes.

La symbolique et l'utilisation rituelle

Dans sa pi√®ce T√©a Kanak√© retra√ßant les origines mythiques du peuple kanak et repr√©sent√©e √† M√©lan√©sia 2000, Jean-Marie Tjibaou d√©finit ainsi l'igname :

¬ę Toute charg√©e de symbole, l‚Äôigname a une valeur culturelle : offrande noble, symbole de virilit√©, de l‚Äôhonneur. L‚Äôigname offerte √† l‚Äôautel symbolise tout le pays avec les chefs, les vieux, les anc√™tres, les enfants et tout ce qui fait vivre cette contr√©e. L‚Äôigname accompagn√©e de la monnaie de cordelettes, de coquillages, de la natte et de la jupe de fibres constitue l‚Äôessentiel des richesses √©chang√©es pour un mariage ou un deuil et qui scelle l‚Äôalliance entre les clans. ¬Ľ

Il est ainsi un symbole de virilité, d'ancienneté, de pouvoir (il symbolise les chefs ou la puissance du clan paternel), de fertilité, de vie et de longévité.

Mais il existe une hi√©rarchie parmi les ignames, qui d√©pend de son anciennet√© (plus la vari√©t√© est implant√©e depuis longtemps dans le terroir, plus elle est prestigieuse et int√©gr√©e aux c√©r√©monies coutumi√®res), de sa pr√©cocit√© (les vari√©t√©s pr√©coces, dont notamment la goropo ou la kokoci, n√©cessitent plus de soins et sont donc plus pr√©cieuses, d'autant que, en tant que primeurs, elles ouvrent la saison des r√©coltes) et de sa forme (plus la forme est droite, longue, r√©guli√®re, plus sa t√™te est fine, plus son go√Ľt est appr√©ci√© et moins elle a de poil, et plus elle est honor√©e, notamment les vari√©t√©s boitanin ou touaourou). Les meilleures ignames servent alors de base traditionnellement √† l'√©change coutumier (avec la monnaie kanak, les coquillages, la natte et la jupe de fibres) lors de tous les grands √©v√®nements (sacre du chef, naissance, mariage, deuil, alliances entre clans), celles de qualit√© moyennes forment la base de la consommation quotidienne et les moins appr√©ci√©es, laiss√©es √† moiti√© √† l'√©tat sauvage, servent juste de r√©coltes d'appoint.

Du fait du caractère symbolique important de l'igname, chaque étape de sa culture donne lieu à des cérémonies et pratiques rituelles.

Le cycle de l'igname

  1. juin-juillet : on d√©friche, on br√Ľle la terre et on √©l√®ve les billons, pour pr√©parer l'ensemencement.
  2. ao√Ľt : c'est l'ensemencement. Avant celui-ci, un √©change coutumier a lieu entre les clans, et on touche les plants d'ignames √† planter √† l'aide d'une pierre √† igname, symbole de deuil, chaque clan poss√©dant sa propre pierre et est utilis√©e par le ma√ģtre des cultures lors de plusieurs rites annuels destin√©s aux forces de la nature. Apr√®s avoir √©t√© en contact avec les plants, la pierre est enterr√©e au bout du champ, et on plante au-dessus une perche tabou, orn√©e d'une botte de paille ou de v√©g√©taux. On ne d√©terre la pierre √† igname qu'au moment de la r√©colte.
  3. septembre : normalement, la fleur d'igname sort de terre.
  4. octobre : on plante en terre des perches de roseau comme tuteur pour guider la liane de l'igname, tandis que le tubercule commence √† se former.
  5. novembre-d√©cembre : le tubercule grossit. √Ä partir de l√†, on ne donne plus aucun soin aux ignames, pour √©viter de ¬ę perturber ¬Ľ sa croissance, les seuls travaux effectu√©s devant se faire avant 9 heures du matin ou apr√®s 16 heures car, selon la croyance, l'odeur de transpiration indispose le tubercule.
  6. janvier : saison des cyclones, la plus chaude, qui am√®nent de fortes pluies drain√©es par les billons et des p√©riodes de vents d'ouest qui peuvent dess√©cher la partie a√©rienne de l'igname. C'est le moment le plus risqu√© pour la culture. N√©anmoins, si jamais la liane s√®che avant les feuilles, c'est signe de bonne r√©colte.
  7. f√©vrier : les fleurs d'ignames pr√©coces fanent.
  8. mars : la r√©colte de ¬ę l'igname nouvelle ¬Ľ est le point culminant du calendrier rituel des Kanak, donnant lieu dans chaque clans ou tribus √† des f√™tes de l'igname : les ignames r√©colt√©s sont entass√©es en tas au centre de la tribu, sont b√©nies par les autorit√©s religieuses (depuis l'implantation des missions), puis a lieu un √©change coutumier avec les autres clans voisins √† qui l'on offre une partie de la r√©colte, ainsi qu'√† toutes les personnalit√©s venues assister √† la f√™te. Mais personne ne doit consommer un igname avant les chefs de clan et les anciens, pour lesquels les jeunes du clan pr√©parent ces primeurs en de nombreux bougnas consomm√©s lors d'une f√™te. G√©n√©ralement, la premi√®re f√™te de l'igname a lieu √† Touaourou, √† Yat√©, d√®s la fin du mois de f√©vrier[36].
  9. avril-mai-juin : la ¬ę saison des r√©coltes ¬Ľ qui marque la fin du cycle, recommen√ßant imm√©diatement alors par le d√©frichage et le br√Ľlis.

Problèmes de conservation

Seulement, le d√©veloppement √©conomique de l'archipel (commenc√© avec le boom du nickel des ann√©es 1970) et l'abolition du code de l'indig√©nat (en 1947), permettant ainsi aux M√©lan√©siens de s'installer n'importe o√Ļ sur le Territoire, a pouss√© les Kanak sur un march√© du travail plus ¬ę occidental ¬Ľ, notamment dans le b√Ętiment ou dans les exploitations agricoles (notamment dans les plantations de caf√© o√Ļ les M√©lan√©siens remplacent la main d'Ňďuvre jusqu'ici g√©n√©ralement employ√©e, celle des Indon√©siens, qui ont quitt√© en grande partie le Territoire apr√®s l'ind√©pendance de leur pays), et pousse les jeunes √† un exode rural vers Noum√©a. Certaines tribus se d√©peuplent, et de ce fait les champs tandis que des vari√©t√©s d'ignames se rar√©fient. √Ä ces facteurs d√©mographiques et √©conomiques s'ajoute une cause sanitaire, avec la multiplication des maladies ou nuisibles mena√ßant l'igname comme l'anthracnose (champignon, menace la plus r√©pandue et la plus dangereuse), les cochenilles ou encore la phyllostica (champignon).

Le d√©veloppement √† partir des ann√©es 1990 d'une volont√© de pr√©server la pratique de la culture de l'igname, comme √©l√©ment identitaire mais √©galement √©conomique, la demande augmentant, a favoris√© la mise en place de cultures semi-intensives, avec la m√©canisation de certaines √©tapes du cycle de l'igname (comme l'√©dification des billons, l'ensemencement ou la r√©colte), une meilleure s√©lection des vari√©t√©s adapt√©es aux go√Ľts des consommateurs ou encore le d√©veloppement de tuteurs √† grande √©chelle.

Un conservatoire de l'igname a √©t√© install√© √† Pa√Įta, centre d'exp√©rimentation charg√© de s√©lectionner les meilleurs vari√©t√©s pour la production et la consommation et de multiplier ces vari√©t√©s, de d√©velopper des techniques modernes et d'√©tudier la possibilit√© de conserver des produits pour une mise en march√© en contre-saison.

Les langues kanak

Article d√©taill√© : Langues kanak.
Carte linguistique de la Nouvelle-Cal√©donie : r√©partition des langues kanaks
Légende

gris Groupe Nord
1. nyel√Ęyu
2. kumak
3. caac
4. yuaga
5. jawe
6. nemi
7. fw√Ęi
8. pije
9. pwaamèi
10. pwapw√Ę
11. dialectes

vert Groupe Centre
12. c√®muh√ģ
13. paic√ģ
14. aji√ę
15. arh√Ę
16. arhö
17. orowe
18. neku
19. s√ģch√ę
20. t√ģr√ģ
21. x√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ
22. x√Ęr√Ęg√Ļr√®

rose Groupe Sud
23. n√Ę√Ę drub√©a
24. n√Ę√Ę num√®√®

bleu ciel Groupe Loyauté
25. nengone
26. drehu
27. iaai

violet Langue polynésienne
28. faga uvea

Du fait qu'il n'existait pas d'unit√© politique dans l'archipel avant l'arriv√©e des Europ√©ens, la Nouvelle-Cal√©donie conna√ģt une grande diversit√© linguistique. Il existe ainsi 27 langues, dont une consid√©r√©e comme morte depuis avril 2006 (le s√ģch√ę, qui √©tait parl√© dans la r√©gion de Bourail et Moindou) et quatre ayant le statut de langues r√©gionales avec des √©preuves facultatives au baccalaur√©at (le drehu, le nengone, le paic√ģ et l'aji√ę) et 11 dialectes kanak, formant un sous-groupe des langues oc√©aniennes, au sein de la branche des langues malayo-polyn√©siennes et de la famille des langues austron√©siennes. √Ä cela il faut ajouter un cr√©ole (le tayo, parl√© √† Saint-Louis) et une langue polyn√©sienne (le faga uv√©a, parl√© dans une partie de l'√ģle d'Ouv√©a).

Au recensement de 2004, le nombre de locuteurs (personnes de 14 ans et plus sachant parler une de ces langues) s'√©tablissait √† 62 648 individus (42,05 % en Province Sud, 35,55 % en Province Nord et 22,4 % dans les √ģles Loyaut√©), √† quoi s'ajoutaient 7 170 pouvant comprendre une langue sans la parler[37].

√Čtudes linguistes

Les premiers √† avoir √©tudi√©s les langues kanak ont √©t√© les missionnaires (il s'agissait d'apprendre la langue pour mieux pr√™cher), et en tout premier lieu les protestant, pour qui la pratique religieuse repose essentiellement sur la Bible transcrite dans la langue maternelle des fid√®les (quatre langues ont √©t√© reconnues ¬ę d'√©vang√©lisation ¬Ľ : l'aji√ę sur la Grande Terre, le drehu √† Lifou, le nengone √† Mar√© et l'iaai √† Ouv√©a). D√®s 1866, le pasteur de la London Missionary Society Samuel MacFarlane, en place √† Lifou depuis 1859, traduit le Nouveau Testament en drehu, version revue en 1869, gr√Ęce √† l'aide James Sleigh, et compl√©t√©e par une traduction des Psaumes. Mais la premi√®re √©tude r√©elle men√©e, car faite selon une r√©elle approche ethnologique et linguistique, est r√©alis√©e par le pasteur Maurice Leenhardt, missionnaire protestant √† Houa√Įlou, tout particuli√®rement en ce qui concerne l'aji√ę : il r√©alise ainsi une traduction du Nouveau Testament dans cette langue en 1922 sous le titre de Peci arii vikibo ka dovo i Jesu Keriso e pugewe ro merea xe Aji√©, et compl√®te cette Ňďuvre par l'√©tablissement du premier syst√®me de transcription √©crite des langues kanak, traditionnellement orales. Il expose sa m√©thode dans un article intitul√© ¬ę Notes sur la traduction du Nouveau Testament en langue primitive, sur la traduction en houa√Įlou ¬Ľ, paru dans la deuxi√®me ann√©e de la Revue d'histoire et de philosophie religieuse √† Strasbourg en mai-juin 1922.

Ensuite, le pharmacien et ethnologue amateur Maurice Lenormand, qui est √©galement d√©put√© de la Nouvelle-Cal√©donie et fondateur de l'Union cal√©donienne, reprend le travail de Maurice Leenhardt, qui fut l'√©l√®ve √† l'√Čcole des langues orientales. Il est ainsi l'auteur, en 1999, d'un dictionnaire drehu-fran√ßais, fruit de sa th√®se en linguistique soutenue √† 85 ans.

Le syst√®me d'√©criture mis en place localement pour les quatre langues d'√©vang√©lisation par les missionnaires, et en tout premier lieu celui du pasteur Leenhardt, ont √©t√© utilis√©s pour transcrire la plupart des langues jusque dans les ann√©es 1970. √Ä cette date, ce syst√®me fut remis en question par les linguistes comme ne tenant pas suffisamment compte de la phonologie des langues. Il faut attendre 1979 et un ouvrage collectif dirig√© par l'ethnologue et phonologue Andr√©-Georges Haudricourt, intitul√© Les langues m√©lan√©siennes de Nouvelle-Cal√©donie et publi√© √† l'initiative du bureau psychop√©dagogique de la direction de l'enseignement catholique, pour voir poser les bases du syst√®me d'√©criture plus ou moins unanimement utilis√© aujourd'hui. On peut √©galement citer les travaux de[38] :

  • Jacqueline de La Fontinelle sur l'aji√ę (La Langue de Houa√Įlou, 1976),
  • Fran√ßoise Ozanne-Rivierre sur l'iaai (Le iaai, Langue m√©lan√©sienne d‚ÄôOuv√©a (Nouvelle-Cal√©donie), Phonologie, morphologie, esquisse syntaxique, 1976) et les langues de la r√©gion de Hiengh√®ne (en collaboration avec Haudricourt, Dictionnaire th√©matique des langues de la r√©gion de Hiengh√®ne (Nouvelle-Cal√©donie) : pije, fw√Ęi, nemi, jawe - Pr√©c√©d√© d'une phonologie compar√©e des langues de Hiengh√®ne et du proto-Oc√©anien, 1982),
  • Daniel Mirioux sur l'iaai (Tusi hwen iaai, Manuel de conversation th√©matique fran√ßais-iaai, 2003),
  • Jean-Claude Rivierre sur le c√®muh√ģ notamment (La langue de Touho, Phonologie et grammaire du c√®muh√ģ (Nouvelle-Cal√©donie), 1980),
  • Claire Moyse-Faurie sur le drehu (Le drehu, langue de Lifou (√éles Loyaut√©), phonologie, morphologie, syntaxe, 1983) et le x√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ (Le x√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ, Langue de Thio-Canala (Nouvelle-Cal√©donie), √Čl√©ments de syntaxe, 1995).

N√©anmoins, le passage √† l'√©crit de ces langues orales a √©t√© critiqu√© tout d'abord par crainte que cela les mette en concurrence entre elles, l'√©criture n√©cessitant la parution de livres elles-m√™mes conditionn√©es par la n√©cessit√© d'√™tre vendues : ainsi l'√©dition d'ouvrages se limiterait aux langues comptant le plus de locuteurs, et donc en priorit√© aux quatre langues d'√©vang√©lisation (l'aji√ę, le drehu, le nengone et l'iaai) ou langues d'enseignement (les m√™mes plus le paic√ģ et sans l'iaai)[39]. D'autre part, l'aspect ¬ę phonocentriste ¬Ľ de la linguistique moderne des langues kanak, privil√©giant plus le son au d√©pens du sens, est critiqu√© pour avoir donn√© naissance √† un syst√®me trop complexe pour √™tre enseign√©s √† des √©l√®ves du secondaire du fait de l'abondance de signes diacritiques[40].

Enseignement

Maurice Leenhardt a mis en place √† partir de 1944 des enseignements en langues Oc√©aniennes √† l'√Čcole des langues orientales. Apr√®s sa retraite en 1953, son poste est repris tout d'abord par son fils Raymond (de 1947 √† 1948 puis de 1953 √† 1972) puis par Jacqueline de La Fontinelle, titulaire de la chaire de Houa√Įlou puis de celle des Langues Oc√©aniennes √† partir de 1972 et jusqu'√† sa retraite en 1999.

Le drehu est enseign√© √† l'INALCO depuis 1973 par Wamo Haocas (√† l'origine engag√© comme r√©p√©titeur en langue aji√ę, alors que sa langue maternelle est bien le drehu), au sein de la chaire de ¬ę Houa√Įlou ¬Ľ transform√©e en 1977 en chaire de ¬ę Langues oc√©aniennes ¬Ľ. Depuis la retraite de Jacqueline de La Fontinelle en 1999, le drehu reste la seule langue enseign√©e au sein de la section Langues Oc√©aniennes de l'Institut, avec le tahitien et le bichelamar[41].

Localement, si l'enseignement des langues kanak a √©t√© rejet√©, autant dans le public que dans le priv√©, au profit du fran√ßais √† l'√©poque coloniale, les choses ont commenc√© √† √©voluer √† la fin des ann√©es 1970 avec la mise en place de r√©flexions √† ce sujet : on peut citer l'√©tude pr√©c√©demment mentionn√©e d'Haudricourt et d'autres sp√©cialistes √† la demande de la DEC en 1979, ainsi que dans le public la cr√©ation en 1978 d'un Centre territorial de recherche et de documentation CTRDP charg√© d'envisager l'enseignement de langues vernaculaires et de produire la documentation ad√©quate, et d'une mission aux langues et cultures r√©gionales aupr√®s du Vice-rectorat. Cette premi√®re exp√©rience est un √©chec, du fait du manque de motivation des hommes politiques (et m√™me des dirigeants kanak qui ne sont pas encore convaincus de l'importance d'un enseignement en langue m√©lan√©sienne) et des parents ainsi que de la faible formation des enseignants, qui plus est souvent nomm√©s dans d'autres zones linguistiques que celle de leur langue maternelle.

Le tournant r√©el intervient durant les √Čv√©nements des ann√©es 1980 (nom donn√© √† la p√©riode d'affrontements entre ind√©pendantistes et loyalistes, de 1984 √† 1988), le FLNKS (et le ¬ę gouvernement provisoire de la Kanaky ¬Ľ qui lui est associ√© comme pr√©lude √† la cr√©ation d'un √Čtat kanak ind√©pendant) cr√©ent dans chacune des zones qu'ils contr√īlent des ¬ę √Čcoles populaires kanak ¬Ľ (EPK) afin de d√©velopper le sentiment d'¬ę identit√© kanak ¬Ľ chez les jeunes et lutter contre ¬ę l'acculturation ¬Ľ fran√ßaise par le biais des langues kanak. Avec l'instauration du statut Fabius-Pisani en 1985 et la cr√©ation de quatre R√©gions, celles contr√īl√©es majoritairement par les ind√©pendantistes (le Centre, le Nord et les √éles) vont alors largement subventionner les EPK qui acqui√®rent donc un statut officiel et organiser des stages destin√©s √† sensibiliser et √† former des locuteurs pour en faire des intervenants dans les √©coles (stages confi√©s notamment aux linguistes, chercheurs au CNRS, Jean-Claude et Fran√ßois Rivierre en 1986). Cependant, le bilan des EPK est mitig√© et a diff√©r√© selon les r√©gions : si certaines ont pu se maintenir √† certains endroits plus longtemps que d'autre, et m√™me apr√®s la signature des accords de Matignon en 1988 et l'√©tablissement d'un ¬ę statu quo ¬Ľ entre partisans et opposants de l'ind√©pendance, il n'en subsiste aujourd'hui plus qu'une, celle de Canala qui maintient une scolarisation dans les tribus pour les enfants de 2 √† 9 ans tout en √©tablissant des passerelles avec l'enseignement public √† partir du cours moyen. En fait, la r√©ussite des EPK a d√©pendu de la motivation des acteurs de la communaut√© locale, de la qualit√© de la formation des enseignants, du soutien financier des institutions et du maintien de relations avec l'enseignement public.

Apr√®s les √Čv√©nements, les provinces Nord et √éles Loyaut√© ont continu√© autant que possible √† financer les EPK subsistantes et ont d√©velopp√© de nouveaux programmes linguistiques et √©ducatifs, gr√Ęce √† leur nouvelle comp√©tence offerte par les accords de pouvoir modifier en partie les programmes du primaire pour que ceux-ci respectent mieux les r√©alit√©s historiques et culturelles locales. Aux √éles, le plan ¬ę Enseignement int√©gr√© des langues maternelles ¬Ľ (EILM), √©labor√© en 1991 et entr√© en vigueur en 1994, semble avoir √©t√© plus ou moins couronn√© de succ√®s. Dans le Nord, le plan ¬ę Paic√ģ - Hoot ma Waap - Aji√ę - X√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ ¬Ľ (PHAX) pr√©voit quant-√†-lui d'instaurer cinq heures hebdomadaires en langues dans les √©coles √©l√©mentaires (dont deux heures consacr√©es √† l'√©ducation physique, deux autres √† l'√©ducation artistique et la derni√®re √† la g√©ographie, √† l'histoire et aux sciences), mais ce projet n'est pas suivi d'effets[39].

En 1992, le drehu, le nengone, le paic√ģ et l'aji√ę acc√®dent au statut d'√©preuves optionnelles pour le baccalaur√©at.

La d√©fense et l'enseignement des langues kanak sont parmi les principaux enjeux d√©finis par l'accord de Noum√©a :

¬ę Les langues kanak sont, avec le fran√ßais, des langues d'enseignement et de culture en Nouvelle-Cal√©donie. Leur place dans l'enseignement et les m√©dias doit donc √™tre accrue et faire l'objet d'une r√©flexion approfondie.

Une recherche scientifique et un enseignement universitaire sur les langues kanaks doivent √™tre organis√©s en Nouvelle-Cal√©donie. L'institut national de langues et civilisations orientales y jouera un r√īle essentiel. Pour que ces langues trouvent la place qui doit leur revenir dans l'enseignement primaire et secondaire, un effort important sera fait sur la formation des formateurs.

Une Acad√©mie des langues kanak, √©tablissement local dont le conseil d'administration sera compos√© de locuteurs d√©sign√©s en accord avec les autorit√©s coutumi√®res, sera mise en place. Elle fixera leurs r√®gles d'usage et leur √©volution. ¬Ľ

‚ÄĒ Article 1.3.3[42]

Cette importance est confirm√©e dans la loi organique du 19 mars 1999 fixant le fonctionnement des institutions n√©o-cal√©doniennes, aux articles 140 et 215[43].

L'Acad√©mie des langues kanak (ALK) est officiellement cr√©√©e par la d√©lib√©ration du Congr√®s no 265 du 17 janvier 2007. Elle si√®ge au centre-ville de Noum√©a, au 32, rue du G√©n√©ral Gallieni, et dispose de 8 sections r√©gionales qui travaillent avec les conseils d'aires coutumi√®res. Chaque section a √† sa t√™te un acad√©micien, d√©sign√© par le S√©nat coutumier sur proposition du conseil coutumier concern√©. Elle est dirig√©e, depuis le 1er octobre 2007, par Weniko Ihage, professeur certifi√© en drehu[44].

Les enfants kanak suivent, d√®s la petite section de maternelle, des enseignements dans leur langue, √† raison de 7 heures hebdomadaires en maternelle et de cinq heures √† l'√©cole √©l√©mentaire √† la fois pour apprendre √† la ma√ģtriser et se familiariser avec leur culture d'origine, √† l'√©crire et √† la lire mais aussi pour suivre tous les autres champs disciplinaires dans cette langue[45].

L'Universit√© de la Nouvelle-Cal√©donie a ouvert en 1999, au sein du d√©partement lettres, langues et sciences humaines, une licence mention langues et cultures r√©gionales sp√©cialit√© langues Oc√©aniennes, charg√© essentiellement de former des enseignants dans l'une des quatre langues pr√©sentes au baccalaur√©at (drehu, paic√ģ, nengone et aji√ę), ainsi que des ethnologues, avec une possibilit√© de choisir en troisi√®me ann√©e entre deux parcours : un ¬ę Enseignement ¬Ľ et un autre ¬ę Sciences du Langage ¬Ľ[46].

Les professeurs en langues kanak sont ensuite form√©s, aussi bien pour le primaire que pour les cours optionnels du secondaire, √† l'Institution de formation des ma√ģtres de Nouvelle-Cal√©donie[47].

Littérature kanak d'hier et d'aujourd'hui

Littérature orale

Littérature contemporaine

Les arts visuels et musicaux

L'architecture

Case traditionnelle kanak située au Centre Culturel Tjibaou à Nouméa

L'architecture traditionnelle kanak comprend uniquement la case, v√©ritable symbole de l'organisation de la soci√©t√©. Il en existe de plusieurs types : √† la fois lieux des c√©r√©monies ou palabres (grande case du clan ou des districts des √éles Loyaut√©, les plus repr√©sentatives et les plus charg√©es de symbolisme), d'habitat (avec des cases ordinaires pour les femmes) ou de stockage (greniers √† igname). Ronde (forme qui repr√©sente un espace collectif de vie, propice aux palabres, aux √©changes et au maintien d‚Äôun esprit communautaire) avec un toit conique offrant souvent une forte pente (pour permettre l'√©coulement des eaux de pluie, tandis que la forme a√©rodynamique g√©n√©rale de l'√©difice permet une forte r√©sistance aux vents violents quelle que soit leur direction), elle est souvent construite, notamment sur la Grande Terre o√Ļ les inondations sont courantes, sur un tertre sur√©lev√© par rapport au terrain naturel pour √©chapper aux d√©g√Ęts des eaux. Sa construction n'utilise que des mat√©riaux v√©g√©taux : murs et ¬ę pr√©-couverture ¬Ľ du toit (k√∂tu en X√Ęr√Ęc√Ļ√Ļ)[48] en peau de niaouli (√©l√©ment particuli√®rement √©tanche) g√©n√©ralement (et dans certaines r√©gions avec du pandanus ou du cocotier), couverture du toit en paille (bon isolant qui permet de maintenir une temp√©rature ambiante constante et douce tout au long de l'ann√©e, m√™me en p√©riode de fortes chaleurs), attaches de la structure avec des lianes (rendent l'√©difice flexible et donc r√©sistants encore une fois aux intemp√©ries) et √©l√©ments importants (fl√®che fa√ģti√®re, poteau central, poteaux de tour de case, chambranle, linteau de la porte) en bois de houp (arbre end√©mique √† la Nouvelle-Cal√©donie, s√©culaire, repr√©sentant l'origine des clans et dont le bois est sacr√©). Chacune des pi√®ces sculpt√©es a une symbolique particuli√®re[49],[50],[51] :

  • la fl√®che fa√ģti√®re, qui domine la case, repr√©sente le ¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ, √† savoir le chef de clan, ou, aux √éles Loyaut√©, le grand chef du district, et se compose d'un visage central, d'un tronc pied qui la rattache au sommet de la case et d'une partie sup√©rieure qui repr√©sente la sp√©cificit√© du clan (perc√©e d'une toutoute souvent pour les clans dits ¬ę de la mer ¬Ľ, surmont√©e sinon d'un animal tot√©mique ou d'une coiffe particuli√®re). Elle est enlev√©e lorsque le ¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ/grand-chef meurt et remplac√©e par celle de son successeur. Elle est devenue aujourd'hui l'un des principaux embl√®mes de l'identit√© kanak (surtout sous sa forme perc√©e d'une toutoute) et est pr√©sente aussi bien sur le drapeau ind√©pendantiste kanak, les pavillons des Provinces des √éles Loyaut√© et Nord, le logo du gouvernement local et, plus largement, le blason de la Nouvelle-Cal√©donie.
  • le poteau central, qui supporte la structure, c'est contre lui que s'adosse le ¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ/grand-chef et autour s'assoient ses ¬ę cadets ¬Ľ (chefs des clans qui composent le district aux √éles Loyaut√© ou des lign√©es mineures d'un clan). Il est souvent sculpt√©, avec des images retra√ßant l'histoire orale du clan ou le symbolisant. Selon les endroits, il repr√©sente le ¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ ou bien le sorcier - ministre charg√© du maintien des rites qui assurent le p√©rennit√© du clan. Entre lui et l'entr√©e est am√©nag√©, √† m√™me le sol, un foyer qui a une double fonction : r√©chauffer l'int√©rieur durant les moments les plus frais de l'ann√©e, et pr√©server l'ossature et le bois contre le pourrissement et les termites par la fum√©e.
  • les poteaux de tour de case repr√©sentent les clans/lign√©es ¬ę cadettes ¬Ľ d√©pendant de celui du grand-chef/¬ę fr√®re a√ģn√© ¬Ľ : ils rappellent ainsi qu'ils sont le support de l'unit√© du district/clan, et que sans eux celui-ci s'effondre. Ils comprennent g√©n√©ralement un visage central.
  • les chambranles qui entourent la porte, ils symbolisent les esprits protecteurs du district/clan dont le visage est repr√©sent√©.
  • le linteau de la porte est plac√© bas, √† environ 1 m 50 du sol, obligeant les visiteurs √† s'incliner en signe de respect lorsqu'ils p√©n√®trent dans la case.

Les dix haut b√Ętiments du Centre Culturel Tjibaou de Renzo Piano reprennent d'une mati√®re stylis√©e la forme des cases traditionnelles kanak.

Sculpture et peinture

Danse et musique

Article d√©taill√© : Musique cal√©donienne.
  • Le pilou, pratiqu√© lors des c√©r√©monies d'√©changes qui ont lieu pour les naissances, les mariages et les fun√©railles. Ces f√™tes sont l'occasion de danser et de chanter de long po√®mes sur des rythmes haletants scand√©s par des bambous creux frapp√©s sur le sol.
  • Le bua
  • Le buatadata
  • L'ayoii
  • L'ae-ae
  • Le tchap
  • Le kaneka

√Čmission de Radio Djiido intitul√©e Histoire de la musique contemporaine kanak depuis 1960 (novembre 2005) [52].

Cuisine kanak

Femme Kanak avec le bougna, plat traditionnel.

Le bougna, à base de légumes traditionnels et de lait de coco. Suivant les lieux et les saisons on ajoute les viandes, poissons ou fruits de mer disponibles. Placé dans un panier de feuilles de bananier le mélange est cuit à l'étouffé dans le four kanak: dans un trou on dispose un lit de pierres chauffées à blanc, puis le (ou les) bougna(s). Suivant les régions ou recouvre alors le four de terre ou de peaux de niaoulis. Le bougna est un plat de fête et n'est pas l'ordinaire traditionnel de la famille kanak.

L'ordinaire √©tait plut√īt compos√© de l√©gumes bouillis, de fruits, viandes ou poissons grill√©s. Le ver de bancoule reste un met assez ¬ę folklorique ¬Ľ rarement pr√©par√© hors des foires destin√©es aux touristes. Peut √™tre, au m√™me titre que la sauterelle, constituait-il un plat de substitution facile √† trouver lorsque l'on √©tait loin du foyer.

Kanak célèbres

Personnages historiques

  • Ata√Į : chef qui a pris la t√™te de l'insurrection de 1878, la plus importante √† avoir eu lieu contre les colons europ√©ens.
  • Jean-Marie Tjibaou : leader du FLNKS qui a th√©oris√© l'id√©e d'identit√© kanak et le principe d'ind√©pendance kanak socialiste, assassin√© en 1989.
  • √Čloi Machoro : figure du FLNKS et de l'activisme ind√©pendantiste dans les ann√©es 1980, tu√© lors d'une op√©ration de gendarmerie visant √† lib√©rer l'habitation d'un Europ√©en, pr√®s de Canala, que Machoro et d'autres militants kanak occupaient.
  • Dick Ukeiw√© : anti-ind√©pendantiste, figure du RPCR, pr√©sident de l'ex√©cutif local pendant les √Čv√®nements des ann√©es 1980 et s√©nateur de 1983 √† 1992.
  • Rock Pidjot : autonomiste puis ind√©pendantiste, pr√©sident fondateur de l'Union cal√©donienne, d√©put√© de la Nouvelle-Cal√©donie de 1964 √† 1986 et √† ce titre premier parlementaire kanak.
  • Maurice N√©nou : anti-ind√©pendantiste, figure du RPCR, d√©put√© de 1986 √† sa mort en 1996.

Sportifs

Le footballeur champion du monde Christian Karembeu

√Čcrivains, auteurs

  • D√©w√© Gorodey : l'un des auteurs n√©o-cal√©doniens les plus prolifiques de ces vingt-derni√®res ann√©es, ayant √©dit√© plusieurs recueils de po√©sie et de nouvelles (qui ont ensuite √©t√© traduites en anglais pour √™tre diffus√©es et √©tudi√©es dans le monde anglophone) et d'un roman, L'√Čpave, en 2005 : son Ňďuvre est fortement marqu√©e par la tradition, les contes, les r√©cits kanak, et est particuli√®rement engag√©e non seulement dans la d√©fense de la culture et de l'identit√© m√©lan√©sienne, mais aussi pour le d√©veloppement de la femme kanak et la lutte contre les abus qu'elle peut endurer au quotidien. D√©w√© Gorodey est aussi une femme politique ind√©pendantiste et f√©ministe de la premi√®re heure, vice-pr√©sidente du gouvernement en charge de la culture depuis 2001.
  • Pierre Gope : dramaturge, po√®te et metteur en sc√®ne, il utilise les mythes et les l√©gendes kanak pour critiquer la soci√©t√© cal√©donienne actuelle, notamment en mettant en garde contre les perdes de valeurs chez les M√©lan√©siens.
  • Denis Pourawa : po√®te, conteur, musicien et auteur pour enfants, il s'inspire essentiellement du choc des cultures et du rapport entre pens√©es kanak et occidentales.
  • Paul Wamo : jeune po√®te, qui envisage l'√©criture avant tout comme le moyen de se lib√©rer de sa condition.

Personnages de fiction

Bibliographie

  • Maurice Leenhardt, Do Kamo, la personne et le mythe dans le monde m√©lan√©sien, Gallimard, Paris, 1947.
  • Anne Tristan, L'autre monde, un passage en Kanaky, Gallimard, Paris, 1990.
  • Alban Bensa, Chroniques kanak - L'ethnologie en marche, Ethnies documents 18-19, Hiver 1995 (Survival International, Paris).
  • Didier Daeninckx, Cannibale, Gallimard, 1999

Notes et références

  1. ‚ÜĎ [pdf] Rapport TNS sur les squats du Grand Noum√©a, command√© par la Province Sud, 2008
  2. ‚ÜĎ Population - Communaut√©s, ISEE
  3. ‚ÜĎ [pdf] R√©sultats du recensement 1996, ISEE
  4. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ [pdf] Bilan d√©mographique 2008, ISEE
  5. ‚ÜĎ [pdf] Portrait des tribus des √ģles Loyaut√©, ISEE
  6. ‚ÜĎ [pdf] Portrait des tribus du Nord, ISEE
  7. ‚ÜĎ [pdf] Portrait des tribus du Sud, ISEE
  8. ‚ÜĎ ¬ę Vingt ans aussi pour Cadres avenir ¬Ľ, Les Nouvelles Cal√©doniennes, 27/06/2008
  9. ‚ÜĎ J. Elizalde, ¬ę Jacques Lali√© : Tingeting-Bobigny, aller-retour ¬Ľ, Les Nouvelles Cal√©doniennes, 03/07/2008
  10. ‚ÜĎ J. Elizalde, ¬ę 1 000 Cadres Avenir, et apr√®s ? ¬Ľ, Les Nouvelles Cal√©doniennes, 11/06/2006
  11. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ [pdf] I. Leblic, ¬ę Le dualisme matrimonial paic√ģ en question ¬Ľ, L'Homme, 2000
  12. ‚ÜĎ D. Monnerie, La parole de notre maison: Discours et c√©r√©monies kanak aujourd'hui (Nouvelle-Cal√©donie), √©d. MSH, 2005, p. 23-24
  13. ‚ÜĎ [doc] Pr√©sentation du clan et de l'organisation sociale en son sein par le GIE Nouvelle-Cal√©donie Tourisme Point Sud
  14. ‚ÜĎ M. Naepels, ¬ę Partir √† Noum√©a : remarques sur les migrants originaires de la r√©gion aji√ę ¬Ľ, in A. Bensa et alii, En pays kanak, √©d. MSH, 2000, p. 51-54
  15. ‚ÜĎ Atlas - Sp√©cificit√©s - Organisation coutumi√®re (1), ISEE
  16. ‚ÜĎ M. Naepels, ¬ę Partir √† Noum√©a : remarques sur les migrants originaires de la r√©gion aji√ę ¬Ľ, in A. Bensa et alii, En pays kanak, √©d. MSH, 2000, p. 356
  17. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ 4.2. Sp√©cificit√©s, ISEE
  18. ‚ÜĎ 4-1 Organisation coutumi√®re, ISEE
  19. ‚ÜĎ Liste des tribus, ISEE
  20. ‚ÜĎ Portrait de votre tribu, ISEE
  21. ‚ÜĎ [pdf] Loi n¬į84-821 du 6 septembre 1984 portant statut du territoire de la Nouvelle-Cal√©donie et d√©pendance
  22. ‚ÜĎ [pdf] Loi n¬į88-82 du 22 janvier 1988 portant statut du territoire de la Nouvelle-Cal√©donie
  23. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ [pdf] Loi n¬į88-1028 du 9 novembre 1988 portant dispositions statutaires et pr√©paratoires √† l'autod√©termination de la Nouvelle-Cal√©donie en 1998
  24. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Titre Ier : Statut civil et propri√©t√© coutumi√®re, Loi n¬į99-209 du 19 mars 1999 relative √† la Nouvelle-Cal√©donie
  25. ‚ÜĎ M. Chatti, Pouvoir(s) et politique(s) en Oc√©anie: Actes du XIXe colloque CORAIL, √©d. L'Harmattan, 2007, p. 135-136
  26. ‚ÜĎ D√©lib√©ration n¬į424 du 3 avril 1967, JONC 27/04/1967
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  46. ‚ÜĎ [pdf] Pr√©sentation des enseignements de la licence Langues oc√©aniennes de l'UNC
  47. ‚ÜĎ Pr√©sentation des formations de l'IFM-NC
  48. ‚ÜĎ M. PREVOSTO, ¬ę "C√∂ r√® n√ī√ī mw√Ę" : "Enlever la toiture de la maison" ¬Ľ, Art Nature Project XXI
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