Campagne Franco-am√©ricaine Aux √Čtats-Unis En Ao√Ľt-septembre 1781

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Campagne Franco-am√©ricaine Aux √Čtats-Unis En Ao√Ľt-septembre 1781

Campagne franco-am√©ricaine aux √Čtats-Unis en ao√Ľt-septembre 1781

Campagne franco-am√©ricaine aux √Čtats-Unis (ao√Ľt-septembre 1781)

Sommaire

Arrivée de de Grasse dans la baie de Chesapeak

Le 14 ao√Ľt, M. de Rochambeau re√ßut de Newport une lettre par laquelle on lui annon√ßait que la Concorde √©tait de retour depuis le 5 de son voyage aupr√®s de l'amiral de Grasse. Elle l'avait rejoint √† Saint-Domingue apr√®s la prise de Tabago, lui avait communiqu√© les instructions de M. de Rochambeau et √©tait repartie le 26 juillet. M. de Grasse faisait savoir √† M. de Rochambeau qu'il partirait le 3 ao√Ľt avec toute sa flotte, forte de vingt-six vaisseaux, pour se rendre dans la baie de Chesapeak.[1]

On apprit aussi que les troupes britanniques qui étaient entrées quelques jours avant dans New York n'étaient pas celles de Cornwallis, comme M. de La Fayette l'avait écrit lui-même, mais la garnison de Pensacola dans la Floride que le général espagnol, Don Galvez, avait laissée sortir sans conditions après la prise de cette ville. Le général Clinton avait aussi reçu du Royaume-Uni un convoi portant trois mille recrues, ce qui montait en tout ses forces à douze mille hommes. Les alliés ne pouvaient lui en opposer que neuf mille.

De Williamsbourg, lord Cornwallis se retira sur Portsmouth, pr√®s de l'embouchure de la James River et par cons√©quent de la baie Chesapeak. La mer √©tait libre pour lui et cette suite de mouvements r√©trogrades semblait indiquer le projet d'√©vacuer la Virginie. La Fayette avait montr√© la plus grande habilet√© dans cette campagne, o√Ļ, avec quinze cents miliciens seulement, il sut forcer √† battre en retraite le g√©n√©ral Cornwallis qui √©tait √† la t√™te de plus de quatre mille hommes.[2]

Les Britanniques s'embarqu√®rent √† Portsmouth et La Fayette crut un instant qu'ils abandonnaient compl√®tement la Virginie pour aller renforcer la garnison de New-York. Il l'√©crivit m√™me √† Washington. Mais il apprit bient√īt que leur seul but √©tait de prendre une forte position √† York et √† Gloucester pour attendre des renforts qui devaient leur arriver. C'est l√† que La Fayette voulait les amener. [3].

Aussit√īt que M. de Rochambeau eut re√ßu les d√©p√™ches apport√©es par la Concorde, il se concerta avec le g√©n√©ral Washington, qui renon√ßa d√©finitivement au projet qu'il avait toujours form√© de faire une attaque g√©n√©rale contre New-York. Les g√©n√©raux alli√©s furent d'accord qu'ils devaient diriger leurs forces sur la Virginie, et il ne restait plus qu'√† organiser les moyens d'ex√©cution du nouveau plan de campagne. Pendant que M. de Rochambeau envoyait, le 15 ao√Ľt, Fersen aupr√®s du comte de Barras pour lui donner avis de l'exp√©dition projet√©e, Washington √©crivait √† La Fayette de garder ses positions devant York et d'attendre l'arriv√©e de la flotte de M. de Grasse, des troupes qu'il am√®nerait aux ordres de M. de Saint-Simon et des arm√©es coalis√©es.

Tous les efforts de La Fayette eurent alors pour but d'emp√™cher que Cornwallis ne gagn√Ęt la Caroline et ne f√ģt ainsi √©chouer la campagne des alli√©s. [4].

Sit√īt le projet de la campagne arr√™t√©, les g√©n√©raux alli√©s le mirent √† ex√©cution. De la c√©l√©rit√© de leur marche d√©pendait en grande partie le succ√®s, qui √©tait certain s'ils pouvaient rejoindre La Fayette avant le d√©part de M. de Grasse.[5] De son c√īt√©, le g√©n√©ral Washington d√©terminait 2 000 hommes des √Čtats du Nord √† le suivre en Virginie pour rejoindre La Fayette. Enfin 100 000 √©cus qui restaient dans la caisse du corps fran√ßais furent partag√©s entre les deux arm√©es.

Les alliés passent l'Hudson

Les troupes se mirent en mouvement le 19 ao√Ľt pour aller passer l'Hudson √† Kingsferry. Les Am√©ricains suivirent la route le long du fleuve, tandis que les Fran√ßais r√©trogradaient sur leurs marches pr√©c√©dentes.

La première journée, de Philipsburg à Northcastle (18 milles), fut très-pénible. [6]

Dans ces conditions, qui auraient √©t√© d√©sastreuses pour l'arm√©e si la garnison de New-York e√Ľt fait une sortie, l'arri√®re-garde ne pouvait ni ne devait avancer beaucoup.[7]

Le gros de l'arm√©e avait quitt√© Northcastle le 21, de grand matin. A deux milles de l√† elle passa la petite rivi√®re qui porte ce nom ; puis, deux milles plus loin, le Croton-river √† Pensbridge, o√Ļ il y avait un pont de bois.[8]

Le 22 ao√Ľt, l'arm√©e quitta Hun's Tavern et passa, apr√®s une marche de neuf milles, √† Peekskill, village qui comptait √† peine une vingtaine de maisons et qui est situ√© sur la rivi√®re du Nord. Enfin elle arriva, quatre milles plus loin, √† King's Ferry, et prit position sur le rideau qui domine la rivi√®re du Nord. [9]

Pendant cette m√™me journ√©e les √©quipages et la l√©gion de Lauzun travers√®rent l'Hudson et vinrent s'√©tablir √† Haverstraw, pr√®s de la maison de Smith, dans laquelle Arnold avait eu sa derni√®re conf√©rence avec le major Andr√©. D'un autre c√īt√©, Guillaule de Deux-Ponts prot√©geait l'embarquement avec la brigade de Bourbonnais qu'il avait fait avancer jusqu'√† Verplank's-Point. Cette brigade passa √† son tour le 24, et le reste de l'arm√©e le 25.

Tous les officiers supérieurs de l'armée s'accordent à dire que le général britannique fit preuve pendant tous ces mouvements d'une maladresse singulière, et ils ne peuvent s'expliquer son inaction. [10]

L'Hudson étant traversé, Washington organise la marche de ses troupes

Lorsque toute l'arm√©e eut franchi l'Hudson, le g√©n√©ral Washington organisa comme il suit la marche de ses troupes. Il se tenait en avant √† une journ√©e de distance, √† la t√™te de trois mille hommes; la l√©gion de Lauzun et la brigade de Bourbonnais suivaient le lendemain; enfin, le troisi√®me jour, la brigade de Soissonnais venait occuper les campements abandonn√©s par la pr√©c√©dente. Avant de partir, le g√©n√©ral Washington laissa au camp de Verplanck's-Point un corps de trois mille miliciens, sous le commandement du g√©n√©ral Heath, pour d√©fendre l'√Čtat de New-York et le cours de la rivi√®re du Nord.

R√©cit des mouvements du 25 ao√Ľt au 3 septembre

Le 25, la première brigade (Deux-Ponts et Bourbonnais) se rendit à Suffren's en passant par Hackensack, au milieu d'une magnifique vallée. La route fut de quinze milles.

Le 26 on alla de Suffren's à Pompton.[11]

√Ä Pompton, le corps du g√©n√©ral Washington se dirigea vers Staten Island. En m√™me temps M. de Rochambeau envoyait en avant de Chatham le commissaire des guerres, de Villemanzy, pour √©tablir des fours et faire des d√©monstrations d'approvisionnements qui devaient entretenir les ennemis dans l'id√©e qu'on allait faire une attaque de ce c√īt√©. M de Villemanzy s'acquitta heureusement de cette commission[12].

Le 27, après seize milles de marche, l'armée vint camper à Hanover ou Vibani, entre Wipanny et Morristown. La première division séjourna à ce camp le 28, pendant que la seconde la rejoignait.

C'est à ce moment que les généraux alliés cessèrent toute feinte vis-à-vis de leurs aides de camp et de leurs officiers généraux.[13]

Le 29, la première brigade, aux ordres du baron de Vioménil, se rendit, après seize milles de marche, à Bullion's Tavern.[14]

Le 30, on fut √† Sommerset Court-House, apr√®s douze milles de marche; le 31, √† Princeton (dix milles), le 1er septembre √† Trenton sur la Delaware (douze milles).[15]

La légion de Lauzun veillait toujours avec un zèle infatigable au salut de l'armée, soit pour éclairer la route, soit pour protéger les flancs, soit à l'arrière-garde.[16]

L'arm√©e marcha, le 3 septembre, de Red-Lion's Tavern √† Philadelphie, o√Ļ la premi√®re division p√©n√©tra en grande tenue √† onze heures du matin.

L'armée défile le 4 septembre à Philadelphie, devant le Congrès

Le 4, la seconde brigade arriva à peu près à la même heure que la première la veille, et elle ne produisit pas moins d'effet.[17] M. de Rochambeau alla au-devant avec son état-major; et cette brigade défila devant le Congrès aux acclamations de la population, qui était charmée de sa belle tenue.

Au moment o√Ļ les troupes d√©fil√®rent devant le Congr√®s, ayant √† leur t√™te leurs officiers g√©n√©raux respectifs, le pr√©sident demanda √† M. de Rochambeau s'il devait saluer ou non; le g√©n√©ral lui r√©pondit que quand les troupes d√©filaient devant le Roi, Sa Majest√© daignait les saluer avec bont√©. [18]

Les généraux alliés apprennent que les amiraux britannique Hood et Graves ont fait leur jonction

Ce fut √† Philadelphie que les g√©n√©raux alli√©s apprirent que l'amiral britannique Hood √©tait arriv√© devant New-York, o√Ļ il s'√©tait r√©uni √† l'amiral Graves, et que leurs flottes combin√©es faisaient force de voiles vers la baie de Chesapeak. Cette nouvelle les inqui√©ta pendant deux jours, car ils n'avaient encore rien appris des mouvements du comte de Grasse[19].

Néanmoins les alliés continuent leur marche

Les troupes n'en continuaient pas moins leur marche. Du camp, sur les bords de la Schuylkill, à un mille de Philadelphie, qu'elles avaient occupé le 3 et le 4, elles se portèrent le 5 sur Chester, à seize milles de là. La seconde division ne quitta pourtant Philadelphie que le 6.[20]

En arrivant à Chester, Rochambeau apprend de Washington que de Grasse est arrivé dans la baie de Chesapeak avec 28 vaisseaux et 3 000 hommes

En arrivant √† Chester Page d'aide sur l'homonymie, M. de Rochambeau aper√ßut sur le rivage le g√©n√©ral Washington qui agitait son chapeau avec des d√©monstrations de la joie la plus vive. Il dit qu'il venait d'apprendre de Baltimore que M. de Grasse √©tait arriv√© √† la baie de Chesapeak avec vingt-huit vaisseaux de ligne et trois mille hommes qu'il avait d√©j√† mis √† terre et qui √©taient all√©s joindre M. de La Fayette.[21]

Joie que cette nouvelle répand partout

La joie ne fut pas moindre √† Philadelphie quand on apprit cette nouvelle. M. de Damas, qui y √©tait rest√© apr√®s le d√©part des troupes, raconta √† son retour qu'il √©tait difficile d'imaginer l'effet qu'elle y avait produit. L'enthousiasme √©tait tel que la population s'√©tait port√©e √† l'h√ītel du ministre de France et que M. de la Luzerne avait √©t√© oblig√© de se montrer √† son balcon aux acclamations de la foule.

La Fayette marche sur Williamsburg, o√Ļ il se fait joindre par Saint-Simon

Au moment o√Ļ le comte de Grasse arriva dans la baie de Chesapeak La Fayette marcha rapidement sur Williamsburg, se fit joindre par le corps du marquis de Saint-Simon, fort de trois mille deux cents hommes et d'un corps de hussards d'environ trois cents hommes. D√®s qu'il fut d√©barqu√© √† Jamestown, il fit repasser la rivi√®re au corps du g√©n√©ral Wayne et le r√©unit au sien; puis il pla√ßa un corps de milices de l'autre c√īt√© de York River, en face de Glocester.

Cornwallis se trouve serré de toutes parts

L'arm√©e britannique se trouva ainsi serr√©e √† la fois de tous les c√īt√©s, et lord Cornwallis n'eut plus de salut possible que dans une entreprise tr√®s-hasardeuse. Il reconnut cependant la position de Williamsburg avec dessein de l'attaquer; mais cette position √©tait solidement √©tablie.[22] Lord Cornwallis ne crut pas devoir risquer l'attaque. Il aurait pu passer √† Gloucester ou remonter York-River, le comte de Grasse ayant n√©glig√© d'envoyer des vaisseaux au-dessus; mais il e√Ľt fallu abandonner artillerie, magasins et malades.

Mesures que La Fayette prend pour lui couper la retraite

La Fayette avait du reste pris des mesures pour lui couper la retraite en quelques marches. Il se d√©cida donc √† attendre l'attaque. Il aurait pu trouver encore une chance de salut dans une attaque pr√©cipit√©e, si La Fayette e√Ľt c√©d√© √† une sollicitation bien tentante.

Malgré de pressantes sollicitations La Fayette préfère attendre

Le comte de Grasse était pressé de s'en retourner; l'idée d'attendre les généraux et les troupes du Nord le contrariait beaucoup. Il pressait vivement La Fayette d'attaquer l'armée britannique avec les troupes américaines et françaises à ses ordres, lui offrant pour ce coup de main non-seulement les détachements qui formaient la garnison des vaisseaux, mais autant de matelots qu'il en demanderait.[23]

Mouvements du 6 au 13 septembre

De leur c√īt√©, les g√©n√©raux Washington et Rochambeau h√Ęt√®rent la marche de leurs troupes.

Le 6 elles partirent de Chester pour Wilmington (11 milles), o√Ļ elles arriv√®rent apr√®s avoir laiss√© √† leur droite le champ de bataille de Brandywine. Le 7 au soir elles √©taient √† Elk-Town, o√Ļ les attendait un officier porteur des d√©p√™ches de M. de Grasse. Le 8 on s'occupait de trouver des b√Ętiments de transport pour en embarquer le plus possible. [24]

Or, la plus courte voie en même temps que la moins fatigante pour les troupes était la mer. Mais les Britanniques dans leurs différentes incursions avaient tellement détruit toutes les barques américaines qu'il fut impossible d'en rassembler assez pour embarquer plus de deux mille hommes. C'était à peine suffisant pour convoyer les deux avant-gardes des deux armées. On les fit monter sur toutes sortes de bateaux. M. de Custine eut le commandement de l'avant-garde française, qui se composait des grenadiers, des chasseurs et de l'infanterie de Lauzun, en tout douze cents hommes. Le général Lincoln suivait à petite distance avec les huit cents hommes de son avant-garde[25]. Le duc de Lauzun, qui était impatient d'arriver des premiers sur le champ de bataille, demanda à partir avec son infanterie, et il laissa sa cavalerie suivre la voie de terre avec l'artillerie et le gros de l'armée aux ordres des deux Vioménil. Le même jour les généraux Washington et Rochambeau prirent les devants pour rejoindre La Fayette par terre. Ils n'emmenèrent chacun que deux aides de camp. Ceux du général français étaient MM. de Damas et Fersen. M. de Rochambeau permit du reste aux autres de prendre la voie qu'ils voudraient. MM. de Vauban et Lauberdières s'embarquèrent avec M. de Custine, tandis que Closen et du Bourg prenaient des chemins de traverse avec la cavalerie de Lauzun et que Dumas continuait les fonctions d'aide-major auprès de l'armée.

Le 9, tandis que les avant-gardes embarquées quittaient par mer Head-of-Elk, les troupes restées à terre se remettaient en marche. La colonne des équipages dut être séparée de celle des troupes, à cause de la difficulté du passage du Ferry de la Susquehanna. [26]

Le 10 septembre on campa √† Burch Hartford ou Burch-Tavern et le 11 √† Whitemarsh, o√Ļ les chariots et les tentes rejoignirent l'arm√©e. Le 12 on √©tait √† Baltimore.

Le baron de Viom√©nil chargea aussit√īt le colonel de Deux-Ponts et le comte de Laval de v√©rifier et de faire l'estimation exacte des hommes que chacun des bateaux mis √† sa disposition pouvait contenir.[27] Le baron de Viom√©nil se d√©termina donc √† reprendre sa marche par terre.

Le 13 seulement, les √©quipages, partis avec Dumas au passage de la Schuylkill, rejoignirent cette division. Le 15 on apprit que les grenadiers et les chasseurs embarqu√©s √† Head-of-Elk avaient √©t√© forc√©s par le mauvais temps de rel√Ęcher √† Annapolis apr√®s un voyage de trois jours.[28] N√©anmoins tout ce convoi allait remettre √† la voile lorsque M. de Lauzun re√ßut un courrier du g√©n√©ral Washington qui lui recommandait de faire d√©barquer les troupes et de ne repartir que sur de nouveaux ordres. C'est que l'escadre britannique avait paru devant la baie de Chesapeak le 8 septembre et que le comte de Grasse, parti pour la combattre, n'√©tait pas encore rentr√©.

Article d√©taill√© : Bataille de la baie de Chesapeake.

De Grasse attaque et rejette l'escadre britannique

Bien que l'amiral fran√ßais e√Ľt d√©tach√© √† ce moment quinze cents de ses matelots pour le d√©barquement des troupes de M. de Saint-Simon dans la James River, il n'h√©sita pas √† couper ses c√Ębles et √† s'avancer au-devant de la flotte britannique avec vingt-quatre vaisseaux. L'amiral britannique s'√©levant au vent, l'avant-garde fran√ßaise, command√©e par de Bougainville, atteignit l'ennemi, qui fut tr√®s-mal-trait√©. M. de Grasse le poursuivit au large pendant trois jours sans l'atteindre et trouva, en rentrant dans la baie, l'escadre de M. de Barras qui, √† la faveur de cet engagement, avait gagn√© le mouillage, apr√®s avoir habilement convoy√© les dix b√Ętiments qui portaient l'artillerie de si√®ge. M. de Barras avait m√™me poursuivi et captur√©, √† l'entr√©e de la baie, deux fr√©gates britanniques, l'Isis, et le Richmond, et quelques petits b√Ętiments qui furent imm√©diatement envoy√©s √† Annapolis avec les transports venus de Rhode Island[29].

Les succès de de Grasse permettent à Lauzun de rembarquer ses troupes

Aussit√īt apr√®s la r√©ception de la nouvelle du succ√®s de M. de Grasse, Lauzun fit remonter ses troupes sur leurs b√Ętiments et continua sa route. Les vents lui furent peu favorables et il ne fut pas moins de dix jours √† se rendre √† l'entr√©e de la James River.

Mouvement du corps de M. de Vioménil

Quant au corps rest√© √† terre aux ordres de MM. de Viom√©nil, il repartit de Baltimore le 16 septembre et alla camper √† Spurer's Tavern[30]. L√†, M. de Viom√©nil re√ßut une lettre de M. de la Villebrune, capitaine du Romulus, qui lui annon√ßait son arriv√©e √† Annapolis avec les moyens n√©cessaires au transport de l'arm√©e. En cons√©quence, le 17 septembre, on prit la route d'Annapolis et on vint camper √† Scots Plantation. Pendant les journ√©es du 18, du 19 et du 20, que l'on passa √† Annapolis, on op√©ra l'embarquement du mat√©riel de guerre et des troupes. La petite escadre que dirigeait M. de la Villebrune se composait du vaisseau le Romulus et des fr√©gates la Gentille, la Diligente, l'Aigrette, l'Iris et le Richmond. Il y avait, en outre, neuf b√Ętiments de transport. Sur la Diligente, o√Ļ monta Guillaume de Deux-Ponts, se trouvaient prisonniers lord Rawdon, le colonel britannique Doyle et le lieutenant de vaisseau Clark, ces deux derniers avec leurs femmes. Ils avaient √©t√© pris par M. de Barras sur la fr√©gate le Richmond, et on n'avait pas eu le temps de les mettre √† terre avant de quitter le cap Charles. Cette escadre fut plus heureuse que le convoi du duc de Lauzun, car elle partit le 21 septembre au soir et entra dans la James River le 23, √† cinq heures du matin.

Lauzun se rend auprès de Washington

Les équipages qui ne purent être embarqués et tout ce qui tenait à l'administration continua de suivre la route de terre et fit un grand détour pour arriver à Williamsburg.

La navigation dans la James River √©tait tr√®s p√©nible, et l'on ne pouvait la remonter que la sonde √† la main; encore plusieurs b√Ętiments √©chou√®rent-ils et ne purent-ils √™tre relev√©s que par le flot.

Ce corps d'armée débarqua le 24 au soir à Hog's-Ferry et alla camper le 26 à Williamsbourg. Washington et Rochambeau, accompagnés de M. de Chastellux et de deux aides de camp chacun, étaient arrivés dans cette ville depuis le 14 septembre, après des marches forcées de soixante milles par jour. Quant à l'infanterie de Lauzun, elle était débarquée depuis le 23. La cavalerie avait suivi la voie de terre et était depuis plusieurs jours à Williamsbourg.

Celui-ci l'informe que Cornwallis a envoyé sa cavalerie à Gloucester

En arrivant, le duc de Lauzun trouva M. de Custine qui aurait d√Ľ diriger ce convoi au lieu de prendre les devants. Pendant qu'il lui rendait compte de ce qui s'√©tait pass√©, les g√©n√©raux Washington et Rochambeau, qui √©taient √† peu de distance sur une corvette, lui firent dire d'aller √† leur bord. Le g√©n√©ral Washington dit alors au duc que lord Cornwallis avait envoy√© toute sa cavalerie et un corps de troupes assez, consid√©rable √† Glocester.

Le général américain Weedon est posté pour le surveiller

Il craignait qu'il ne f√ģt de ce c√īt√© une tentative de fuite et, pour pr√©venir cette retraite qui aurait fait perdre le fruit de toute la campagne, il y avait post√©, pour observer les Britanniques, un corps de trois mille miliciens command√©s par le brigadier-g√©n√©ral Weedon.[31] Le g√©n√©ral Washington, qui savait √† quoi s'en tenir sous ce rapport, aurait voulu que Lauzun, dont il estimait le m√©rite et appr√©ciait le courage, pr√ģt le commandement des milices r√©unies √† sa l√©gion de ce c√īt√©. [32]

M. de Lauzun proposa à Weedon de se rapprocher de Glocester et d'aller le lendemain faire une reconnaissance près des postes britanniques. Ils partirent en effet avec cinquante hussards. Lauzun s'approcha suffisamment pour prendre une idée juste de la position des ennemis, mais le général Weedon, tout en le suivant, ne cessait de répéter qu'il n'irait plus avec lui.

Lauzun rendit aussit√īt compte √† M. de Rochambeau de ce qu'il avait vu. Il lui fit savoir qu'il ne devait pas compter sur la milice am√©ricaine et qu'il √©tait indispensable d'envoyer au moins deux bataillons d'infanterie fran√ßaise de plus. Il lui demanda en outre de l'artillerie, de la poudre et des vivres, dont il manquait absolument[33].

Sans plus tarder, M. de Rochambeau fit passer, le 27, du c√īt√© de Glocester de l'artillerie et huit cents hommes tir√©s de la garnison des vaisseaux, sous le commandement de M. de Choisy. Celui-ci, par son anciennet√© de grade, commandait le g√©n√©ral Weedon et Lauzun.

De Grasse et Barras bloquent la baie de Chesapeak

Ainsi, le 28, tandis que les amiraux de Grasse et de Barras bloquaient la baie de Chesapeak, M. de Choisy prenait du c√īt√© de Glocester d'√©nergiques dispositions offensives, et l'arm√©e combin√©e des Am√©ricains et des Fran√ßais √©tait mass√©e √† Williamsbourg.[34]

Le 28 septembre l'armée se met en mouvement pour investir Yorktown

Le 28 septembre, toute l'arm√©e combin√©e se mit en mouvement de bonne heure pour faire l'investissement d'York. Elle marcha sur une seule colonne jusqu'√† cinq milles de Williamsbourg, o√Ļ se trouve un embranchement de deux routes. L'arm√©e am√©ricaine prit celle de droite, tandis que l'arm√©e fran√ßaise s'avan√ßait par l'autre. Celle-ci √©tait compos√©e:

  1. des volontaires, aux ordres du baron de Saint-Simon, frère du général[35];
  2. des grenadiers et chasseurs des sept régiments de l'armée, sous les ordres du baron de Vioménil;
  3. des brigades d'Agenais, de Soissonnais et de Bourbonnais.[36]

A peine la brigade de Bourbonnais √©tait-elle arriv√©e √† l√† place qu'elle devait occuper qu'on donna avis de l'approche d'un corps ennemi. M. le comte de Rochambeau envoya aussit√īt l'ordre √† M. de Laval de prendre les piquets de l'artillerie de la brigade pour les chasser. Cinq ou six coups de canon suffirent pour disperser cette troupe.

Soit que lord Cornwallis ne s'attend√ģt pas √† un mouvement si prompt, soit qu'il e√Ľt jug√© inutile de pousser des postes en avant des redoutes qui formaient son camp retranch√©, les avant-gardes ne rencontr√®rent que ce faible obstacle.[37]

De son c√īt√©, le g√©n√©ral Washington, √† la t√™te du corps am√©ricain, √©tait oblig√© de s'arr√™ter devant des marais dont tous les ponts √©taient rompus. Tout le jour et une partie de la nuit furent employ√©s √† les r√©tablir.

Le 29, les troupes am√©ricaines purent avancer sur les ponts r√©tablis. Les Britanniques qui leur faisaient face se repli√®rent de leur c√īt√©, mais non sans tirer quelques coups de canon qui tu√®rent trois soldats et en bless√®rent trois autres. Du c√īt√© des Fran√ßais on fit quelques reconnaissances qui furent peu inqui√©t√©es par les ennemis. Un seul homme fut bless√©.

Dans la nuit du 29 au 30, les Britanniques, dont les postes avanc√©s touchaient √† ceux des Fran√ßais, √©vacu√®rent deux redoutes de leur c√īt√© et une du c√īt√© des Am√©ricains, ainsi que toutes les petites batteries qu'ils avaient √©tablies pour la d√©fense d'une crique a la droite de ces ouvrages.[38]

M. de Rochambeau envoya de suite, le 30 au matin, ses aides de camp Charles de Lameth et Dumas, à la tête de cent grenadiers et chasseurs de Bourbonnais, pour occuper la plus forte de ces redoutes, nommée Pigeon-Hill.[39]

M. de Rochambeau fit alors une reconnaissance de la ligne abandonnée. Il était accompagné de Guillaume de Deux-Ponts. [40] Cinquante chasseurs du régiment de Deux-Ponts vinrent occuper la seconde redoute, tandis que les Américains s'établissaient dans la troisième et la fortifiaient. Ils en construisirent même une quatrième pour relier cette dernière aux deux autres. Pendant qu'ils exécutaient ce travail, le canon de l'ennemi leur tua quatre ou cinq hommes.

Dans la m√™me matin√©e du 30, le baron de Viom√©nil, voulant reconna√ģtre les ouvrages ennemis qui √©taient √† la gauche des Fran√ßais, fit avancer les volontaires de Saint-Simon. [41]

Notes

  1. ‚ÜĎ Il devait emmener trois mille cinq cents hommes de la garnison de Saint-Domingue, o√Ļ M. de Lillencourt √©tait gouverneur, et emporter les 1 200 000 livres fournies par Don Solano, qui lui avaient √©t√© demand√©es; mais il ajoutait que ses instructions ne lui permettraient pas de rester au del√† du 15 octobre.
  2. ‚ÜĎ C'est en √©vitant d'en venir √† une action g√©n√©rale, en trompant constamment l'ennemi sur l'effectif r√©el de ses forces, en op√©rant des manoeuvres habiles ou prenant des dispositions pleines √† la fois d'audace et de prudence, que La Fayette obtint ce r√©sultat inesp√©r√©. ¬ęL'enfant ne saurait m'√©chapper¬Ľ avait √©crit Cornwallis au d√©but de la campagne, en parlant de ce g√©n√©ral dont il m√©prisait la jeunesse et dont il m√©connaissait l'habilet√©. A son tour, il allait tomber dans le pi√®ge o√Ļ le menait peu √† peu La Fayette.
  3. ‚ÜĎ Le 6 ao√Ľt, en annon√ßant ses succ√®s au g√©n√©ral Washington, il lui disait: ¬ęDans l'√©tat pr√©sent des affaires, j'esp√®re, mon cher g√©n√©ral, que vous viendrez en Virginie, et que si l'arm√©e fran√ßaise prend aussi cette route, j'aurai la satisfaction de vous voir de mes yeux √† la t√™te des arm√©es combin√©es; mais si une flotte fran√ßaise prend possession de la baie et des rivi√®res et que nous ayons form√© une force de terre sup√©rieure √† celle de l'ennemi, son arm√©e doit t√īt ou tard √™tre contrainte √† se rendre.¬Ľ M√©moires de La Fayette. De son c√īt√©, le g√©n√©ral Washington √©crivait une lettre tout amicale et toute confidentielle √† La Fayette pour le f√©liciter de ses succ√®s ant√©rieurs, et il ajoutait qu'il lui permettait, maintenant qu'il avait sauv√© la Virginie, de venir prendre part √† l'attaque projet√©e contre New-York. Il reconnaissait toutefois la n√©cessit√© de la pr√©sence de La Fayette √† la t√™te de l'arm√©e de Virginie. Ces deux missives eurent un sort tout diff√©rent et, par un de ces hasards dont nous avons eu un pr√©c√©dent exemple apr√®s la conf√©rence d'Hartford, la lettre du g√©n√©ral Washington fut intercept√©e par James Moody dans les Jerseys, tandis que celle de La Fayette arrivait √† destination. Le g√©n√©ral Clinton crut plus que jamais qu'il allait √™tre attaqu√©. Cette illusion dura encore quelque temps apr√®s que les troupes combin√©es eurent commenc√© leur marche vers le Sud. Cette circonstance servit si bien les Am√©ricains et trompa si compl√®tement les g√©n√©raux britanniques, que l'on est port√© √† croire que ce ne fut pas tout √† fait par un hasard heureux, mais par suite d'une habile manoeuvre de Washington, que sa lettre, √©crite avec intentions tomba entre les mains de James Moody. Telle √©tait l'opinion de lord Cornwallis, qui ne pouvait se pardonner apr√®s sa d√©faite d'avoir √©t√© ainsi jou√©. (Voir Mercure de France, 1781.)--Sparks, VIII, 144, raconte aussi comment un faux ordre sign√© de La Fayette et enjoignant au g√©n√©ral Morgan de faire avancer Ses troupes fut saisi par Cornwallis sur un vieux n√®gre envoy√© √† dessein de son c√īt√©, ce qui le d√©termina √† r√©trograder.
  4. ‚ÜĎ C'est pourquoi il envoya des troupes au sud de la James River, sous pr√©texte de d√©loger les Britanniques de Portsmouth, ce qui eut encore l'effet de faire r√©unir au corps de l'arm√©e les troupes et l'artillerie qui se seraient √©chapp√©es par Albermale-Sound √† l'arriv√©e du comte de Grasse. C'est dans la m√™me vue qu'il retint d'autres troupes, du m√™me c√īt√©, sous pr√©texte de faire passer le g√©n√©ral Wayne et ses Pensylvaniens √† l'arm√©e du Sud pour renforcer le g√©n√©ral Green. En m√™me temps il envoyait aupr√®s de Cornwallis le soldat Morgan, qui resta quelque temps comme d√©serteur au milieu des ennemis, et qui ne voulut accepter, au retour de sa difficile et dangereuse mission, d'autre r√©compense que la restitution d'un fusil auquel il tenait beaucoup (Voir M√©moires de La Fayette pour la conduite de Morgan.-- Sparks, VIII, 152.)
  5. ‚ÜĎ M. de Barras persistait dans sa d√©termination de se joindre √† l'amiral de Grasse, bien qu'il f√Ľt autoris√© par une lettre particuli√®re du ministre de la marine, M. de Castries, √† croiser devant Boston, s'il lui r√©pugnait de servir sous les ordres d'un amiral moins ancien que lui. M. de Rochambeau l'avait donc charg√© de transporter dans la baie de Chesapeak toute l'artillerie de si√®ge rest√©e √† Newport avec le corps de M. de Choisy.
  6. ‚ÜĎ D√®s quatre heures du matin on battit la g√©n√©rale, et √† cinq heures et demie M. de Rochambeau, en visitant le camp, s'aper√ßut que les voitures de vivres manquaient et qu'il ne restait plus au camp que 500 ou 600 rations. Il en envoya chercher et dut remettre le d√©part √† midi. En attendant il donna le commandement du bataillon des grenadiers et chasseurs de Bourbonnais √† M. Guillaume de Deux-Ponts ; celui du bataillon de Soissonnais √† M. de La Valette, lieutenant-colonel de Saintonge, et il les joignit √† la l√©gion de Lauzun pour former l'arri√®re-garde, qui, plac√©e tout enti√®re sous les ordres du baron de Viom√©nil (G. de Deux-Ponts, dit le Vicomte, mais il est probable que ce poste important, qui donnait la sup√©riorit√© sur de Lauzun, ne pouvait √™tre confi√© qu'√† un g√©n√©ral tel que celui que l'on nomme le baron.--Son fr√®re avait pourtant rang de mar√©chal de camp), fut charg√©e de garder les avenues pendant qu'on faisait partir l'artillerie et les bagages. Il ne leva ses postes qu'√† deux heures. Mais les √©quipages √©taient trop charg√©s, et les routes accident√©es ou d√©fonc√©es par les pluies. Les fourgons se brisaient ou s'embourbaient, de telle sorte qu'√† huit heures du soir on n'avait encore fait que quatre milles et que les r√©giments ne purent arriver √† Northcastle que le 20, √† quatre heures du matin. M. de Custine avait √©t√© oblig√© de laisser le vicomte de Rochambeau avec toute l'artillerie et 200 hommes √† 12 milles de Northcastle.
  7. ‚ÜĎ Le baron de Viom√©nil s'arr√™ta √† la maison d'Alexander Lark, o√Ļ il bivouaqua et o√Ļ lui et ses officiers purent se s√©cher et se reposer. Il re√ßut ordre de se rendre directement √† King's-ferry en passant par Leguid's Tavern, o√Ļ il arriva le 20, √† onze heures du soir, et par Pensbridge, sur le Croton, o√Ļ il rejoignit le gros de l'arm√©e.
  8. ‚ÜĎ Le Croton n'est pas navigable, mais n'est pourtant gu√©able qu'√† certaines √©poques. Le soir les troupes camp√®rent √† Hun's Tavern, qui forme un faubourg de Crampond. D√®s ce moment, la l√©gion de Lauzun marcha √† l'avant-garde, tandis que le bataillon des grenadiers et chasseurs de Bourbonnais formait l'arri√®re-garde imm√©diate de l'arm√©e et que celui de Soissonnais restait sur les bords du Croton jusqu'√† ce que tous les √©quipages fussent pass√©s.
  9. ‚ÜĎ Comme il n'y avait en cet endroit que la maison de l'homme √† qui appartenait le bac, le quartier g√©n√©ral resta √©tabli √† Peekskill. M. de Rochambeau ne voulut pas passer si pr√®s de West Point sans aller visiter cette place forte. Il y employa la journ√©e du 23 et s'y rendit en bateau avec le g√©n√©ral Washington et plusieurs officiers. A son retour il re√ßut des lettres de M. de Choisy qui lui annon√ßait qu'il s'√©tait embarqu√© le 21 sur l'escadre de M. de Barras avec toute l'artillerie et les cinq cents hommes de troupes fran√ßaises dont il avait le commandement. Il en laissait cent √† Providence, sous le commandement de M. Desprez, major de Deux-Ponts, pour la garde des magasins et de l'h√īpital.
  10. ‚ÜĎ Il n'est pas douteux que les nombreuses d√©monstrations faites devant New-York et surtout les lettres intercept√©es, comme nous l'avons dit, ne l'aient compl√®tement tromp√© sur les intentions v√©ritables des g√©n√©raux alli√©s. Du reste, le plus grand secret fut gard√© sur le but des mouvements des arm√©es, au point que les g√©n√©raux ignoraient, aussi bien que les colonels et les aides de camp, le point sur lequel on voulait diriger une attaque. L'opinion g√©n√©rale √©tait, l√† comme dans le camp britannique, que l'on voulait tourner la place et attaquer New-York par Paulus-Hook ou Staten Island.
  11. ‚ÜĎ La route, longue de quinze milles, √©tait superbe; le pays, d√©couvert et bien cultiv√©, √©tait habit√© par des Hollandais g√©n√©ralement fort riches. La petite rivi√®re de Pompton, que l'arm√©e dut traverser trois fois √† quatre milles de distance de la ville du m√™me nom, √©tait munie de ponts √† chaque passage. Quand les troupes furent install√©es dans leur camp, plusieurs g√©n√©raux et officiers profit√®rent du voisinage de Totohaw Fall pour aller voir cette curieuse cataracte que M. de Chastellux d√©crit dans ses Voyages.
  12. ‚ÜĎ Il mourut pair de France sous Charles X.
  13. ‚ÜĎ Ils partirent en avant pour Philadelphie et firent brusquement tourner leurs troupes sur le revers des montagnes qui s√©parent l'int√©rieur de l'√Čtat de Jersey de ses districts, situ√©s sur les bords de la mer. M. de Rochambeau emmenait avec lui Fersen, de Vauban et de Closen comme aides de camp.
  14. ‚ÜĎ Elle dut traverser Morristown, ville assez jolie dans laquelle on comptait de soixante √† quatre-vingts maisons bien b√Ęties. L'arm√©e am√©ricaine y avait camp√© en 1776 et 1779. On sait que, √† la premi√®re date, le g√©n√©ral Lee, qui s'√©tait imprudemment s√©par√© de son arm√©e, fut enlev√© par un corps britannique, mais que la seconde fois le g√©n√©ral Washington avait pris une belle position sur la hauteur entre Menden et Baskeridge pour garder le passage de la Delaware. Il y conserva ainsi la t√™te de toutes les routes par lesquelles l'ennemi pouvait passer.
  15. ‚ÜĎ La rivi√®re √©tait gu√©able. Les √©quipages la franchirent de suite; mais les troupes s'arr√™t√®rent et ne la franchirent √† leur tour que le lendemain, pour aller camper √† Red Lion's Tavern, √† dix huit milles du camp pr√©c√©dent qui √©tait Sommerset Court-House.
  16. ‚ÜĎ Lorsque les g√©n√©raux firent faire √† l'arm√©e une brusque conversion pour la diriger sur la Delaware, M. le baron de Viom√©nil re√ßut avis que mille hommes de la garnison de New-York avaient eu ordre de se tenir pr√™ts √† marcher et que les troupes l√©g√®res n'√©taient pas √† plus d'un mille. Ce g√©n√©ral, qu'un coup de pied de cheval obligeait d'aller en voiture, ne savait quel parti prendre: il √©tait, en effet, presque sans ressources s'il e√Ľt √©t√© attaqu√©. Lauzun quitta alors son campement de Sommerset et marcha au-devant de l'ennemi, le plus loin possible, afin de donner √† M. de Viom√©nil le temps de se retirer dans les bois. Il envoya de fortes patrouilles sur tous les chemins par o√Ļ les Britanniques pouvaient arriver. Il se mit lui-m√™me √† la t√™te de cinquante hussards bien mont√©s, et il s'avan√ßa a plus de dix milles sur le chemin de Brunswick, par lequel les ennemis devaient le plus probablement s'avancer. Il rencontra trois fortes patrouilles de troupes l√©g√®res qui se retir√®rent apr√®s un √©change de quelques coups de pistolet, et, convaincu que les troupes britanniques ne s'avan√ßaient pas, il retourna rassurer le baron de Viom√©nil.
  17. ‚ÜĎ ¬ęLe r√©giment de Soissonnais, qui a des parements couleur de ros√©, avait en outre ses bonnets de grenadiers, avec la plume blanche et rose, ce qui frappa d'√©tonnement les beaut√©s de la ville (Cromot du Bourg).¬Ľ
  18. ‚ÜĎ Comme on rendit au Congr√®s les m√™mes honneurs qu'au Roi, ¬ęles treize membres qui le composaient ont √©t√© leurs treize chapeaux √† chaque salut de drapeau et d'officier (Deux-Ponts).¬Ľ Cromot du Bourg d√©couvrit √† Philadelphie bien des choses honn√™tes et remarquables (Voir aussi, pour ce m√™me sujet, les Voyages de Chastellux, les M√©moires de Pontgibaud et la partie des M√©moires du prince de Broglie). Sur le premier point, il vante l'accueil g√©n√©reux et bienveillant qu'il re√ßut chez le ministre de France, M. de la Luzerne, dont tous les √©crivains de cette √©poque citent l'affabilit√© et le m√©rite. Il rappelle, dans son journal, le d√ģner britannique qu'il prit avec les g√©n√©raux fran√ßais et leur famille (c'est ainsi que les Am√©ricains nommaient les aides de camp) chez le pr√©sident des √Čtats. ¬ęIl y avait, dit-il, une tortue que je trouvai parfaite et qui pouvait peser de 60 √† 80 livres. On porta au dessert toutes les sant√©s possibles.¬Ľ Il cite aussi M. Benezet (On a une Vie de cet √©minent philanthrope qui √©leva le premier la voix contre la traite des n√®gres, Watson, Annals, II, 209.) comme le quaker le plus z√©l√© de Philadelphie. ¬ęJe causai avec lui quelque temps; il me parut p√©n√©tr√© de l'excellence de sa morale; il est petit, vieux et laid, mais c'est r√©ellement un galant homme, et sa figure porte l'empreinte d'une √Ęme tranquille et d'une conscience calme.¬Ľ En fait de choses remarquables, Cromot du Bourg note d'abord la ville elle-m√™me; ¬ęElle est grande et assez bien b√Ętie; les rues sont fort larges et tir√©es au cordeau; elles ont des deux c√īt√©s des trottoirs pour les pi√©tons; il y a un grand nombre de boutiques richement garnies et la ville est fort vivante, car il y au moins quarante mille habitants. On trouve dans la rue du March√© deux halles immenses b√Ęties en briques, dont une est consacr√©e √† la boucherie. Je ne leur ai trouv√© d'autre d√©faut que d'√™tre au milieu d'une rue superbe qu'elles d√©parent tout √† fait. Le port peut avoir deux milles de long. C'est tout simplement un quai qui n'a de beau que sa longueur. Il y a plusieurs temples fort beaux et un coll√®ge consid√©rable qui a le titre d'Universit√©.¬Ľ Cet aide de camp de M. de Rochambeau fit, comme Chastellux et bien d'autres, une visite au cabinet de curiosit√©s de M. Cimetierre, le Genevois, et √† celui d'histoire naturelle du savant docteur Chauvel (Watson, Annals.). Dans le premier, il fut √©tonn√© d'apercevoir au milieu d'une foule de choses int√©ressantes une mauvaise paire de bottes fortes, et il ne put s'emp√™cher de demander en riant √† M. Cimetierre si c'√©tait l√† un objet de curiosit√©. Celui-ci lui r√©pondit qu'elles avaient toujours fix√© l'attention des Am√©ricains parce qu'ils n'avaient encore jamais vu que celles-l√† et que, vu leur √©tonnement, il s'√©tait permis de les faire passer pour les bottes de Charles XII. Mais il est probable qu'apr√®s le passage de l'arm√©e fran√ßaise les bottes fortes cess√®rent d'√™tre un objet extraordinaire pour les Am√©ricains.¬Ľ
  19. ‚ÜĎ M. Laurens revint au commencement de septembre 1781 sur la fr√©gate la R√©solue, qui apportait de l'argent pour les Fran√ßais et pour les Am√©ricains. (Journal de Blanchard.)
  20. ‚ÜĎ Le g√©n√©ral Washington suivit la route de terre; mais M. de Rochambeau voulut visiter les d√©fenses de Philadelphie sur la Delaware, et il monta sur un bateau avec MM. de Mauduit-Duplessis et un aide de camp (Cromot du Bourg.). Ils abord√®rent d'abord √† Mud-Island, o√Ļ √©tait le fort inachev√© de Miflin; ils pass√®rent ensuite sur la rive gauche, √† Redbank, o√Ļ M. de Mauduit ne trouva plus que les ruines du fort qu'il avait si vaillamment d√©fendu le 22 octobre 1777 contre la troupe de Hessois du colonel Donop. Ils arriv√®rent enfin √† Billing's Fort, qui avait √©t√© construit pour soutenir les chevaux de frise qui sont plant√©s dans la rivi√®re et d√©fendent le passage contre les vaisseaux ennemis qui tenteraient de la remonter. Ce dernier seul √©tait en bon √©tat et pourvu d'une batterie tr√®s-bien plac√©e et tr√®s-solidement construite.
  21. ‚ÜĎ ¬ęJ'ai √©t√© aussi surpris que j'ai √©t√© touch√©, dit Guillaume de Deux-Ponts, de la joie bien vraie et bien pure du g√©n√©ral Washington. D'un naturel froid et d'un abord grave et noble qui chez lui n'est que v√©ritable dignit√© et qui sied si bien au chef de toute une nation, ses traits, sa physionomie, son maintien, tout a chang√© en un instant; il s'est d√©pouill√© de sa qualit√© d'arbitre de l'Am√©rique septentrionale et s'est content√© pendant un moment de celle du citoyen heureux du bonheur de son pays. Un enfant dont tous les voeux eussent √©t√© combl√©s n'e√Ľt pas √©prouv√© une sensation plus vive, et je crois faire honneur aux sentiments de cet homme rare en cherchant √† en exprimer toute la vivacit√©.¬Ľ
  22. ‚ÜĎ Deux criques se jetant, l'une dans la James River, l'autre dans la York River resserrent beaucoup la p√©ninsule en cet endroit. Il e√Ľt fallu forcer ces deux passages bien d√©fendus. Deux maisons et deux b√Ętiments publics de Williamsburg, en pierres, √©taient bien plac√©s pour d√©fendre le front. Il y avait cinq mille hommes de troupes am√©ricaines et fran√ßaises, un gros corps de milices et une artillerie de campagne bien servie.
  23. ‚ÜĎ Le marquis de Saint-Simon, qui, quoique subordonn√© √† La Fayette par la date de sa commission, √©tait bien plus ancien que lui d'√Ęge et de service, r√©unit ses instances √† celles de l'amiral. Il repr√©senta que les ouvrages de lord Cornwallis n'√©tant pas achev√©s, une attaque de forces sup√©rieures enl√®verait suivant toute apparence York-Town, ensuite Glocester. La tentation √©tait grande pour le jeune g√©n√©ral de l'arm√©e combin√©e, qui avait √† peine vingt-quatre ans. Il avait un pr√©texte irr√©cusable pour faire cette attaque, dans la d√©claration que lui faisait M. de Grasse qu'il ne pouvait attendre les g√©n√©raux et les forces venant du Nord. Mais il pensa que si cette attaque pouvait avoir un succ√®s brillant et glorieux pour lui, elle co√Ľterait n√©cessairement beaucoup de sang. Il ne voulut pas sacrifier √† sa gloire personnelle, les soldats qui lui √©taient confi√©s. Non-seulement il refusa de suivre les conseils du comte de Grasse, mais il chercha √† lui persuader d'attendre l'arriv√©e des g√©n√©raux Washington, Rochambeau et Lincoln, tous ses chefs ou ses anciens. Il y perdrait le commandement en chef, mais la r√©duction de Cornwallis deviendrait une op√©ration certaine et peu co√Ľteuse. L'amiral de Grasse se rendit quoique √† regret √† ces raisons.
  24. ‚ÜĎ On √©tait encore en effet √† plus de cent lieues du point o√Ļ l'on devait se r√©unir √† M. de La Fayette, et il √©tait important de ne pas le laisser dans une position critique.
  25. ‚ÜĎ Toutes les provisions que l'on put se procurer √† grande peine dans ce pays, qui ressemble plut√īt √† un d√©sert qu'√† une contr√©e faite pour l'habitation de l'homme, furent quelques bŇďufs dont on fit cuire la moiti√© et saler le reste; il y en avait pour quatre jours. Pour suppl√©er aux vivres du reste de cette travers√©e, il fut donn√© √† chaque homme, officier comme soldat, une livre de fromage; cela √©tait accompagn√© d'un peu de rhum et de biscuits pour dix-sept jours. (Mercure de France, sept. 1781.)
  26. ‚ÜĎ Dumas, √©tait charg√© de diriger ce passage. Ayant appris par les gens du pays que cette large rivi√®re √©tait gu√©able dans la belle saison un peu au-dessous des chutes, il remonta √† sept milles au-dessus de Lower-Ferry, o√Ļ les bacs transportaient lentement les hommes et les chevaux, et, ayant sond√© le fond de la rivi√®re avec beaucoup de pr√©caution, il n'h√©sita pas √† conseiller aux g√©n√©raux d'y faire passer les chariots et l'artillerie, ce qui s'ex√©cuta sans trop de pertes. Les soldats, priv√©s de leurs bagages pendant plusieurs jours par suite de cette s√©paration, durent se passer de tentes et accept√®rent gaiement leur situation provisoire.
  27. ‚ÜĎ On reconnut bien vite que l'embarquement de toute l'arm√©e √©tait impossible. On fit m√™me un essai le 13 septembre, et les g√©n√©raux se convainquirent qu'ils ne pouvaient pas exposer les troupes √† la position g√™nante et p√©rilleuse dans laquelle elles seraient oblig√©es de se tenir pendant plusieurs jours sur de petits bateaux tr√®s-mal √©quip√©s.
  28. ‚ÜĎ M. de Custine, press√© d'arriver le premier, prit un sloop bon voilier et navigua sans s'arr√™ter jusqu'√† la James River. Il laissait ainsi sans direction le convoi dont il avait le commandement. Il est vrai que le duc de Lauzun pouvait l'y suppl√©er; mais rien n'avait √©t√© convenu entre ces officiers, et Lauzun se trouvait sans ordres ni instructions. Les bateaux √©taient en si mauvais √©tat que deux ou trois chavir√®rent et qu'il y eut sept ou huit hommes de noy√©s.
  29. ‚ÜĎ Il semble r√©sulter pour Thomas Balch de divers documents, que l'amiral britannique fut d√©rout√© par l'apparition de l'escadre aux ordres de M. de Barras.
  30. ‚ÜĎ Quiconque voyagerait dans ce pays dans dix ans, dit Cromot du Bourg, ou m√™me dans un an, et voudrait se servir de mon journal pour se guider, serait fort √©tonn√© de ne point trouver le m√™me nom aux tavernes et aux ferries; c'est la chose la plus commune dans ce pays que le changement √† cet √©gard, car ces endroits prennent toujours le nom du propri√©taire.
  31. ‚ÜĎ Ce g√©n√©ral √©tait un ancien aubergiste que les √©v√©nements avaient rapidement fait parvenir √† son grade; mais, s'il faut en croire Lauzun, c'√©tait un excellent homme, qui n'aimait pas la guerre. ¬ęLa mani√®re dont il bloquait Glocester √©tait bizarre. Il s'√©tait plac√© √† plus de quinze milles des ennemis et n'osait pas envoyer une patrouille √† plus d'un demi-mille du camp.¬Ľ
  32. ‚ÜĎ Il offrit au duc d'√©crire √† Weedon pour qu'il ne se m√™l√Ęt plus de rien, tout en conservant son rang aux yeux de l'arm√©e. M. de Lauzun ne voulut pas accepter cette situation √©quivoque, et, le 25, il se rendit par terr√© avec son infanterie aupr√®s du g√©n√©ral Weedon pour servir sous ses ordres. Sa cavalerie, envoy√©e par M. de Rochambeau, √©tait d√©j√† devant Glocester.
  33. ‚ÜĎ Ni Lauzun, ni Choisy, ne rendirent justice au g√©n√©ral Weedon, que son inexp√©rience des choses de la guerre fit tourner en ridicule par les officiers fran√ßais. On peut trouver dans les Maryland Papers quelques lettres de Weedon √† La Fayette, au g√©n√©ral britannique Philips et √† d'autres, qui t√©moignent de l'honorabilit√© de son caract√®re et de sa dignit√©. La conduite des milices √† Camden, o√Ļ elles abandonn√®rent de Kalb et les troupes r√©guli√®res ou Maryland Line, inspira aux Fran√ßais ce m√©pris qu'ils exprimaient en toute occasion
  34. ‚ÜĎ Cette derni√®re ville, capitale de la Virginie, avait eu une grande importance avant la guerre. Elle se composait de deux grandes rues parall√®les coup√©es par trois ou quatre autres. Le coll√®ge, le gouvernement et le capitole √©taient encore de beaux √©difices, quoiqu'ils fussent d√©grad√©s depuis qu'ils √©taient en partie abandonn√©s. Les temples n'y servaient plus que de magasins et d'h√īpitaux. Les habitants avaient d√©sert√© la ville. La campagne avait √©t√© d√©vast√©e par les Britanniques au point qu'on ne trouvait plus ni foin ni avoine pour les chevaux et qu'on √©tait oblig√© de les laisser pa√ģtre dans les champs.
  35. ‚ÜĎ Au retour de cette campagne, il fut nomm√© colonel en France; il n'avait que vingt-trois ans. Mais il donna sa d√©mission et se livra, √† des √©tudes √©conomiques. C'est le chef de la fameuse √©cole Saint-Simonienne.
  36. ‚ÜĎ A un mille de la place, les trois brigades se s√©par√®rent et s'avanc√®rent jusqu'√† port√©e de pistolet en profitant des rideaux des bois et des criques mar√©cageuses pour former une enceinte continue depuis la rivi√®re d'York, √† gauche, jusqu'au marais, pr√®s de la maison du gouverneur Nelson.
  37. ‚ÜĎ Les bois favorisaient du reste leur approche. Ce d√©ploiement successif des colonnes pour occuper le terrain in√©gal, et coup√© par des haies se fit avec la plus grande c√©l√©rit√©.
  38. ‚ÜĎ Ils jug√®rent sans doute que cette ligne de d√©fense √©tait beaucoup trop √©tendue. Il n'en est pas moins vrai qu'en livrant aux alli√©s, sans coup f√©rir, ces importantes positions, ils leur facilit√®rent le succ√®s en leur √©vitant bien des h√©sitations et des embarras.
  39. ‚ÜĎ Le guide qui conduisait ces officiers les assurait qu'ils n'√©taient pas √† une demi-port√©e de fusil de la redoute, et ceux-ci ne la voyaient pas encore. Cela tenait √† sa position au milieu des bois. On s'attendait au moins √† des combats partiels tr√®s-vifs. Le terrain aurait √©t√© tr√®s-favorable √† cette sorte de d√©fense. Mais la place √©tait tout √† fait d√©serte, et l'on n'eut qu'√† s'y √©tablir.
  40. ‚ÜĎ √Ä trois cents pas des redoutes, vers la ville, ils virent un ravin profond de vingt-cinq pieds qui n'√©tait plus d√©fendu, bien qu'il form√Ęt autour de la ville une circonvallation naturelle.
  41. ‚ÜĎ Ils se rendirent ais√©ment ma√ģtres du bois plac√© devant eux. Pourtant les postes qu'ils avaient forc√©s √† se replier sur une redoute firent diriger contre eux un feu assez vif de boulets et de mitraille qui tua un hussard, cassa le bras √† un autre et brisa la cuisse √† M. de Bouillet, officier d'Agenais. A la suite de cette reconnaissance, M. de Rochambeau fit avancer d'un demi-mille le camp occup√© par la brigade de Bourbonnais.

Source

Thomas Balch, Les Fran√ßais en Am√©rique pendant la guerre de l‚ÄôInd√©pendance des √Čtats-Unis 1777-1783, 1872 [d√©tail de l‚Äô√©dition]

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