Camp de concentration de Dachau

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Camp de concentration de Dachau
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le camp de concentration nazi. Pour la ville allemande de Dachau, voir Dachau.
La porte principale du camp (en 1947).
Les premiers gardiens SS de Dachau en 1933

Le camp de Dachau fut mis en service le 31 mars 1933 sur l'ordre de Himmler, quelques jours apr√®s le vote des pleins pouvoirs √† Adolf Hitler par le Reichstag.

Sommaire

Contexte

Vue aérienne du camp de Dachau (pour la légende cliquer sur l'image)

Ce fut le premier camp de concentration important construit en Allemagne, l'un des rares construits avant la mort du pr√©sident Paul von Hindenburg en 1934. Il fut tout d'abord le lieu d'internement des opposants politiques, mais il accueillit √©galement par la suite des juifs de Bavi√®re, des prisonniers de guerre sovi√©tiques et des femmes ainsi que des homosexuels et Tsiganes. Chacun y connut la souffrance, la faim et y c√ītoya la mort. Dachau compta plus de 100 kommandos qui, avec le camp central, regroup√®rent 75 000 d√©tenus. Son existence √©tait connue en dehors des fronti√®res d√®s 1933 (le magazine VU y consacre son num√©ro du 3 mai 1933, ainsi qu'au camp d'Orianenburg) . Il √©tait consid√©r√© par les nazis comme repr√©sentant le prototype des camps au m√™me titre que plus tard, le camp d'Auschwitz. Ce fut le commandant Theodor Eicke qui en d√©veloppa les plans. Plus tard, Eicke devint d'ailleurs inspecteur en chef de l'ensemble des camps.

Heinrich Himmler en visite au camp de Dachau (1936)
Les prisonniers à leur repas

De l'ext√©rieur, le camp semblait un banal poste militaire entour√© d'un haut mur de briques. Des tours de garde bordaient l'ensemble. √Ä l'entr√©e, sur le portail noir (cf. image ci-dessous), on peut aujourd'hui encore, lire l'inscription Arbeit Macht Frei (le travail rend libre). Mais le but ultime de cette op√©ration nazi √©tait la mort. S'y trouvaient en garnison un corps de SS ainsi que des agents de la Gestapo. Les prisonniers √©taient entass√©s dans des baraquements (il y avait 34 baraques), chacune devant contenir 208 prisonniers, mais, du fait du surentassement, au moment de l'arriv√©e des soldats am√©ricains, certains baraquements contenaient 1 600 d√©tenus dont la plupart dans un √©tat cadav√©rique, ne portant que la peau sur les os. Le camp re√ßut ainsi plus de 200 000 prisonniers venus de plus de 30 pays. Ils √©taient confront√©s √† l'enfer : travaux forc√©s dans les pires conditions (froid, chaleur, etc.), s√©vices, manque de nourriture, manque d'hygi√®ne, suicides forc√©s,...

En juin 1944, un premier convoi de plusieurs centaines de Fran√ßais arriva √† Dachau. Le 2 juillet 1944, un convoi partit de Compi√®gne avec plus de 2 000 d√©tenus : √† son arriv√©e, le 5 juillet, il y avait plusieurs centaines de morts[1].

Selon les enregistrements r√©pertori√©s, plus de 30 000 personnes p√©rirent dans le camp m√™me. En 1945, une √©pid√©mie de typhus se d√©clara, entra√ģnant de nombreux d√©c√®s, dont celui de Ren√© Carmille, le 25 janvier 1945. C'est √† cette √©poque qu'une chambre √† gaz fut adjointe, bien qu'il n'ait jamais √©t√© prouv√© qu'elle fut utilis√©e, cependant des t√©moignages existent. Les malades et les inutiles √©taient plut√īt transf√©r√©s au sinistre ch√Ęteau de Hartheim, o√Ļ des milliers furent assassin√©s au gaz. √Ä l'int√©rieur du camp, se trouvait une station exp√©rimentale dirig√©e par le docteur Sigmund Rascher o√Ļ des m√©dicaments furent exp√©riment√©s sur les prisonniers, notamment pour tester leur r√©sistance √† la maladie. De plus, de nombreux prisonniers furent transf√©r√©s vers d'autres camps afin d'√©viter la trop forte densit√©, g√©n√©ratrice de l'extension de l'√©pid√©mie.

Camp de Dachau

Les prisonniers vivaient dans des lits superposés et ils se battaient pour avoir les lits supérieurs afin de ne pas recevoir les excréments qui suintaient vers le bas. Ceux qui essayaient de s'échapper et qui étaient repris subissaient un traitement spécial de punition dans un cantonnement tenu par les SS et la Gestapo avec pratique de la torture. Ces traitements aboutissaient souvent à la mort. Lors de l'épidémie de typhus, de nombreux corps furent jetés dans les fosses communes.

Les Allemands pénétraient peu dans les lieux et l'état-major restait cantonné à la Kommandantur. La discipline était faite par les Kapos qui étaient choisis par les Allemands parmi les plus pervers des prisonniers.

Prisonniers chrétiens

Dachau fut le camp central o√Ļ √©taient envoy√©s les prisonniers chr√©tiens, essentiellement des catholiques bavarois et polonais, mais aussi des protestants. Selon les archives de l'√Čglise catholique romaine, plus de 3 000 de ceux-ci p√©rirent dans le camp, surtout pendant l'ann√©e 1942 qui fut la plus dure, dont Albert Eise et le bienheureux Gerhard Hirschfelder. Parmi ceux-ci, Karl Leisner, ordonn√© pr√™tre derri√®re les barbel√©s par l'√©v√™que de Clermont-Ferrand Mgr Gabriel Piguet, et b√©atifi√© par Jean-Paul II en 1996. Le th√©ologien protestant Martin Niem√∂ller et l'√©crivain franciscain Eloi Leclerc furent √©galement intern√©s √† Dachau. Josef Kentenich, fondateur du Mouvement de Sch√∂nstatt, fut intern√© de 1942 √† 1945. Il y fonda deux nouvelles branches de ce mouvement.

Himmler avait demand√© d‚Äôy regrouper les pr√™tres dispers√©s jusque-l√† dans diff√©rents camps, afin de diminuer leur influence ‚Äúnuisible‚ÄĚ sur les autres prisonniers. Il y avait donc des baraques pour les pr√™tres, les m√©connus Priesterblock 26, 28 et 30, o√Ļ avaient √©t√© rassembl√©s de nombreux pr√™tres et religieux de toutes nationalit√©s, surtout allemands et polonais. D'abord m√©lang√©s, les allemands sont regroup√©s exclusivement dans le Block 26 et sont les seuls autoris√©s √† acc√©der √† la chapelle. Suite √† un ordre de Berlin, le commandant du camp avait en effet d√Ľ tol√©rer un coin chapelle dans la premi√®re des quatre sections du baraquement n¬į 26, o√Ļ √©tait c√©l√©br√©e quotidiennement la messe, √† partir du 22 janvier 1941. Seul l‚Äôaum√īnier polonais Pawel Prabucki (auparavant aum√īnier du camp de Sachsenhausen) √©tait autoris√© √† c√©l√©brer. Apr√®s sa mort en 1942, son successeur enfreint le r√®glement et laisse c√©l√©brer par d'autres pr√™tres.

En septembre 1944, un camp réservé aux femmes s'ouvrit. Certaines venaient d'Auschwitz et de Birkenau.

Libération

Mémorial à tous ceux morts en tentant de s'enfuir du camp. Une sculpture semblable est exposée au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem

Camp principal

Lorsque les Am√©ricains approch√®rent du camp au moment de la Lib√©ration, l'√Čtat-major allemand donna l'ordre par repr√©sailles de tuer tous les prisonniers. Mais le politicien communiste Oskar M√ľller, alors chef du comit√© de r√©sistance du camp, d√©cida de lib√©rer en cachette au nom de la Croix-Rouge internationale quelques prisonniers afin d'avertir les soldats am√©ricains de l'endroit exact du camp et de l'urgence qu'il y avait √† intervenir. Le 29 avril 1945, la 45e division d'infanterie de la septi√®me Arm√©e am√©ricaine lib√©ra le camp. Lorsque les soldats am√©ricains p√©n√©tr√®rent dans le camp, ils furent confront√©s √† des sc√®nes d'horreur : prisonniers dans un √©tat de maigreur √©pouvantable, fosses communes o√Ļ √©taient entass√©s des corps d√©chiquet√©s. Certains soldats am√©ricains furent tellement √©cŇďur√©s qu'ils tir√®rent √† bout portant sur les officiers charg√©s du camp (Massacre de Dachau). Les photos et films pris par les soldats am√©ricains et transmises par le g√©n√©ral Patton furent archiv√©es dans le rapport de la VIIe Arm√©e am√©ricaine[2].

René Lévesque (1922-1987), ancien premier ministre du Québec, était le correspondant de guerre "américain" qui accompagnait la première patrouille découvrant le camp.

Emplacement GoogleEarth[1]

Camps satellites

Meurtres des gardes du camp

Le baraquement X de Dachau

Aucune preuve définitive n'a pu être apportée sur la réalité de la mise à mort par gazage à Dachau.

le grand crématorium de Dachau

Le m√©decin SS Sigmund Rascher √©crit √† Heinrich Himmler le 9 aout 1942: ¬ę on a construit au camp les m√™mes installations qu'√† Linz. Puisque les convois d'invalides finissent d'une mani√®re ou d'une autre dans les chambres qui leur sont destin√©es, ne serait il pas possible de v√©rifier sur ces personnes l'efficacit√© de nos gaz de combat ? jusqu'ici nous ne disposons que d'essais faits sur des animaux ou de rapports relatifs √† des accidents qui se sont produits lors de sa fabrication. [...] j'envoie ma lettre sous la mention secret [3]¬Ľ.

La direction du camp avait le dessein de reconstruire le cr√©matorium, sous l'appellation baraquement X . En mai 1943 on mit en marche les quatre fours du grand cr√©matorium et √† partir de l'√©t√© 1944 une corv√©e de d√©sinfection travailla dans les quatre chambres du cr√©matorium. Sur un film tourn√© en mai 1945 par un correspondant de guerre am√©ricain la chambre √† gaz se pr√©sente ainsi : pi√®ce sans fen√™tres, des chapes de m√©tal perc√©es de trous fix√©es au plafond en b√©ton, sur les portes d'entr√©e l'inscription douches, sur des pi√®ces plus petites adjacentes figurait l'inscription : attention gaz !, danger de mort - ne pas ouvrir .

la chambre à gaz de Dachau
un four crématoire à Dachau

Au cours du proc√®s des SS du camp fin 1945, le m√©decin des d√©tenus le docteur Frantisek Blaha d√©clare que des gazages exp√©rimentaux ont eu lieu dans le camp. Un rapport de l'arm√©e am√©ricaine, constitu√© avant le proc√®s sur la base de t√©moignages de survivants, avait r√©f√©renc√© la chambre √† gaz dans la rubrique ex√©cutions. Puis le 9 janvier 1946 au Proc√®s de Nuremberg il d√©clare : ¬ę beaucoup de prisonniers ont √©t√© tu√©s plus tard de cette fa√ßon [4]¬Ľ.

Liste du Personnel

Commandants

Autre personnel

Docteurs civils et SS

Prisonniers célèbres

Parmi les prisonniers les plus c√©l√®bres du camp, figuraient la famille royale de Bavi√®re (Wittelsbach), Georges Charpak, les ducs de Hohenberg, Fritz Gerlich (journaliste, 1883-1934), Edmond Michelet, Louis Terrenoire (journaliste, secr√©taire du Conseil national de la r√©sistance (CNR) en 1943, puis ministre de De Gaulle), le g√©n√©ral Charles Delestraint, chef de l'Arm√©e secr√®te en France, assassin√© d'une balle dans la nuque le 5 avril 1945, Georg Elser, qui tenta de tuer Hitler √† l'aide d'une bombe le 9 novembre 1939 √† Munich, Bruno Bettelheim, Adam Kozlowiecki (cardinal polonais), Victor Dillard (j√©suite fran√ßais), Ren√© Carmille, et le peintre Zoran MuŇ°ińć, Titus Brandsma (religieux catholique n√©erlandais, b√©atifi√© en 1985). Beaucoup de religieux catholiques polonais, des politiques dont des communistes (Alexandre Drevet, Oskar M√ľller) et aussi de nombreux √©crivains et cin√©astes comme Ernest Genval p√©rirent dans le camp. Parmi les intern√©s rescap√©s, figura Mgr Piguet, √©v√™que de Clermont-Ferrand, seul pr√©lat fran√ßais d√©port√© ; l'abb√© Edouard Froidure, r√©sistant bruxellois ; ainsi que le patriarche orthodoxe serbe Gabriel (Dojitch) et l'√©v√™que Nicolas (Velimirovitch), canonis√© par l'√Čglise orthodoxe serbe ; Andre Verchuren c√©l√®bre accord√©oniste fran√ßais.

Clergé

Ecrivains

  • Fran Albreht, po√®te slov√®ne
  • Robert Antelme, √©crivain fran√ßais
  • Raoul Auernheimer, √©crivain, a pass√© 4 mois √† Dachau
  • Tadeusz Borowski, √©crivain, a surv√©cu mais s'est suicid√© en 1951
  • Adolf Fierla, po√®te polonais
  • Viktor Frankl, psychiatre et √©crivain autrichien
  • Fritz Gerlich, journaliste allemand
  • StanisŇāaw Grzesiuk, √©crivain, po√®te et chanteur polonais, √† Dachau √† partir du 4 avril 1940, transf√©r√© par la suite au complexe de Mauthausen-Gusen
  • Heinrich Eduard Jacob, √©crivain allemand, 6 mois √† Dachau en 1938, transf√©r√© √† Buchenwald
  • Stefan Kieniewicz, historien polonais
  • JuŇ° Kozak, √©crivain slov√®ne
  • Friedrich Bernhard Marby, √©crivain occulte allemand
  • Gustaw Morcinek, √©crivain polonais
  • Boris Pahor, √©crivain slov√®ne
  • Karol Piegza, √©crivain professeur et folkloriste polonais
  • Gustaw Przeczek, √©crivain et professeur polonais
  • Friedrich Reck-Malleczewen, √©crivain allemand[citation n√©cessaire]
  • Franz Roh, critique d'art allemand et historien de l'art, pendant quelques mois en 1933
  • Jura Soyfer, √©crivain, 6 mois √† Dachau en 1938, transf√©r√© √† Buchenwald
  • Adam Wawrosz, √©crivain et po√®te polonais
  • Stanislaw Wygodzki, √©crivain polonais
  • Stevo ŇĹigon (matricule: 61185), acteur, metteur en sc√®ne de th√©√Ętre et √©crivain serbe, √† Dachau de D√©cembre 1943 √† Mai 1945

Hommes politiques

Communistes

Juifs

Noblesse

Résistants

Georg Elser :r√©sistant allemand envoy√© √† Dachau √† la suite d'un attentat manqu√©,il a construit une bombe qu'il a plac√© dans un pilier de bois qui se tenait √† c√īt√© du pupitre o√Ļ Hilter pronon√ßait tous les 8 novembre un discours en m√©moire de son putsch manqu√© de 1923.

Scientifiques

Autres

Après la Libération

Jugement

Article d√©taill√© : Tribunal militaire de Dachau.

Après la guerre, les Américains installèrent au sein de l'enceinte du camp un tribunal militaire chargé de juger les Allemands auteurs de crimes de guerre considérés comme "mineurs".

Le site de mémoire

Galerie

Livres sur Dachau

  • Contes de Dachau, Joseph Rovan, Julliard, 1987
  • Du Mont Mouchet √† Dachau - Vie et mort des d√©port√©s dans le bagne nazi. Jean Fanguin Ancien D√©port√© de la R√©sistance - T√©moignage - Imprimerie Gerbert √† Aurillac (Cantal) 28 novembre 1984 -
  • C'√©tait √ßa Dachau, Stanislav Z√†mecnik, Le Cherche Midi, 2003
  • Justice √† Dachau, Joshua M. Greene, Calmann-Levy, 2005
  • Sursitaire de la mort lente, Louis Terrenoire (PARIS, Seghers, 1976)
  • Entre vos mains, Pierre Cariou, pr√™tre finist√©rien, ancien d√©port√©, imprimerie Joubert, 06517 Carros - 1991

Notes

  1. ‚ÜĎ Ce train contenait Ren√© Carmille, chef du Service National des Statistiques (futur INSEE), ainsi que son adjoint, qui mourut durant le voyage.
  2. ‚ÜĎ Volume 3, page 382
  3. ‚ÜĎ Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert R√ľckerl, les chambres √† gaz, secret d'√©tat, coll. Points Histoire √©d. Seuil 1984 p. 253
  4. ‚ÜĎ Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert R√ľckerl, Op.Cit. p.255

Liens externes


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