Buganda

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Buganda
District ou Royaume du Buganda
Le drapeau du Buganda
Localisation du Buganda dans l'Ouganda contemporain.
Administration
Pays Drapeau d'Ouganda Ouganda
Type Dictrict et Royaume
GĂ©ographie
Superficie  km2
Population
Population  ? hab.
DensitĂ©  ? hab./km2
Langue(s) Anglais, Luganda, et Swahili

Le Buganda est le royaume des 52 clans du peuple Baganda, le plus grand des royaumes traditionnels de l'Ouganda actuel. Les trois millions de Bagandas (au singulier Muganda, souvent dĂ©nommĂ©s simplement par la racine du mot ou de l'adjectif, Ganda) sont le plus important groupe ethnique de l'Ouganda, mĂȘme s'il ne reprĂ©sente qu'environ 16,7 % de la population totale. Le nom d'Ouganda, le mot swahili pour Bouganda a Ă©tĂ© adoptĂ© par les autoritĂ©s britanniques en 1894 quand ils crĂ©Ăšrent le protectorat ougandais, centrĂ© au Bouganda. Les frontiĂšres du Bouganda sont marquĂ©es par le Lac Victoria au Sud, le Nil Victoria Ă  l'est et le Lac Kyoga au nord.

La langue luganda est largement parlée au Buganda et est l'une des deux langues les plus populaires avec l'anglais en Ouganda.

Sommaire

Culture

Le contrĂŽle hiĂ©rarchique est un point majeur de la culture du Buganda. À l'Ă©poque prĂ©-coloniale, l'obĂ©issance au roi est une question de vie ou de mort. Cependant, une seconde caractĂ©ristique majeure de cette culture est l'importance accordĂ©e Ă  la rĂ©alisation personnelle, le futur d'un individu n'Ă©tant pas dĂ©terminĂ© par son statut Ă  sa naissance. Les individus dĂ©terminent leur vie par leur implication dans le travail mais aussi par le choix soigneux de leurs relations, alliĂ©s ou patrons.

L'Ă©conomie traditionnelle Ganda est axĂ©e sur les cultures Ă  rĂ©coltes. Cela contraste avec beaucoup de systĂšmes Ă©conomiques d'Afrique orientale ; ici le bĂ©tail ne joue qu'un rĂŽle mineur. Beaucoup de Baganda font appel Ă  la main d'Ɠuvre du nord comme bergers. La banane est l'aliment principal, fournissant une base Ă©conomique pour soutenir une forte croissance de la population. Ce type de culture n'exige pas de systĂšme de jachĂšre. Il est cependant nĂ©cessaire de dĂ©broussailler de nouvelles zones pour maintenir la fertilitĂ© du sol. En consĂ©quence, les villages de Ganda sont plutĂŽt fixes. Les femmes effectuent la majeure partie du travail agricole, les hommes pratiquent souvent le commerce, la pĂȘche, la chasse et la guerre pour la pĂ©riode prĂ©-coloniale[1]. L'organisation sociale du Buganda souligne l'importance de la descendance masculine. Quatre ou cinq gĂ©nĂ©rations de descendants d'un homme constituent une lignĂ©e patriarcale. Un groupe de lignĂ©es parentes constitue un clan. Les chefs de clan peuvent appeler un conseil des tĂȘtes de lignĂ©e, et les dĂ©cisions de conseil affectent toutes les lignĂ©es du clan. Plusieurs de ces dĂ©cisions rĂšglent le mariage, qui intervient souvent entre deux lignĂ©es diffĂ©rentes, formant des alliances sociales et politiques importantes entre les hommes des deux lignĂ©es. La lignĂ©e et les chefs de clan aident Ă©galement Ă  maintenir des pratiques efficaces d'utilisation de la terre, et elles inspirent la fiertĂ© du groupe au travers de cĂ©rĂ©monies et du culte des ancĂȘtres.

Les villages ganda, parfois constituĂ©s de quarante ou cinquante maisons, sont gĂ©nĂ©ralement situĂ©s Ă  flanc de collines, laissant les sommets et les basses terres marĂ©cageuses inhabitĂ©es pour ĂȘtre utilisĂ©s comme zones de culture ou de pĂąturage. Les premiers villages ganda entourent la maison du chef, qui fournit un lieu de rĂ©union pour les membres du village. Le chef collecte un tribut auprĂšs de ses sujets, qu'il remet au Kabaka, le chef de lignĂ©e. Ce dernier redistribue les ressources maintenant ainsi l'ordre et renforçant la solidaritĂ© sociale par ses capacitĂ©s Ă  prendre les dĂ©cisions. À la fin du XIXe siĂšcle, les villages ganda deviennent plus dispersĂ©s, le rĂŽle du chef diminue en raison des troubles politiques, des migrations de la population et de rĂ©voltes populaires occasionnelles. La plus grande partie de leurs pouvoirs est captĂ© par le « chef suprĂȘme Â», le Kabaka du Buganda.

La famille au Buganda est souvent dĂ©crite comme un microcosme du royaume. Le pĂšre est rĂ©vĂ©rĂ© et obĂ©i comme chef de famille. Ses dĂ©cisions sont en gĂ©nĂ©ral indiscutables. Le statut social d'un homme est dĂ©terminĂ© par ceux avec qui il Ă©tablit des liens de patronage. L'un des moyens de sĂ©curiser ces relations passe par les enfants. Les enfants baganda, parfois dĂšs l'Ăąge de 3 ans, peuvent ĂȘtre envoyĂ©s pour vivre dans la maison d'un patron bĂ©nĂ©ficiant d'un statut social supĂ©rieur Ă  celui de la famille. Ce placement cimente les liens entre les deux familles et permet une certaine mobilitĂ© sociale.

Les clans du Buganda

Il y a au moins une cinquantaine de clans reconnus dans le royaume du Buganda, et au moins six groupes qui réclament le statut de clan. Avec ce groupe de clans existent quatre sous-groupes distincts qui reflÚtent l'histoire des vagues d'immigration au Buganda.

Les Nansangwa

Les plus anciens de ces clans se réclament de la lignée des Rois Tonda qui sont supposés avoir régné de 400 à 1200 ou 1300 de notre Úre. Ces six clans sont appelés Nansangwa ou encore les "indigÚnes".

Ce sont :

  • Fumbe
  • Lugave
  • Mamba
  • Ngeye
  • Njaza
  • Nnyonyi.

La migration du Kintu

La dynastie des Abalasangeye arrive au pouvoir grĂące aux conquĂȘtes du Kabaka Kintu Kato, que l'on estime se passer entre 1200 et 1400. Kintu est rĂ©putĂ© ĂȘtre originaire du nord, de l'empire de Kitara, au-delĂ  du Bunyoro.

Entre 30 et 60 clans sont supposĂ©s s'ĂȘtre installĂ©s dans le Buganda avec l'arrivĂ©e de Kintu :

  • Ekkobe
  • Mamba
  • Mbwa
  • Mpeewo
  • Mpologoma
  • Namung’oona
  • Ngo
  • Ng’nge
  • Njovu
  • Nkejje
  • Nkima
  • Ntalaganya
  • Nvubu
  • Nvuma.

La migration de Kimera

Autour de 1420, une autre vague de migration arrive au Buganda sous le rÚgne du Kabaka Kimero. Ces populations viendraient elles aussi de l'empire de Kitara. Elles forment 11 clans. Certains d'entre eux aurait été poussés à l'exil sous le dernier roi de la dynastie Tonda, Bemba Musota.

Ces onze clans sont :

  • Bugeme
  • Butiko
  • Kasimba
  • Kayozi
  • Kibe
  • Mbogo
  • Musu
  • Ngabi
  • Nkerebwe
  • Nsuma
  • Nseenene.

Les autres clans

Depuis le Kabaka Kimero vingt autres clans ont immigré au Buganda ou se sont créés à l'intérieur de celui-ci avec l'appui du roi.

Ces clans sont :

  • Babiito
  • Basambo
  • Baboobi
  • Kasnke
  • Kikuba
  • Kinyomo
  • Kiwere
  • Lukato
  • Mbuzi
  • Mutima
  • Nakinsige
  • Ndiga
  • Ndiisa
  • Ng’aali
  • Njobe
  • Nkebuka
  • Nkula
  • Nsunu
  • Nte
  • Nswaaswa.

Histoire

Le Buganda pré-colonial et colonial

À l'origine un Ă©tat vassal du Bunyoro, le Buganda a rapidement pris plus de pouvoir au XVIIIe et au XIXe pour devenir le royaume dominant dans la rĂ©gion. Le Buganda n'a jamais Ă©tĂ© conquis par les armĂ©es coloniales. Au contraire, le puissant Kabaka Mwenga donne son accord pour obtenir le statut de Protectorat britannique. Mwenga se pose comme le souverain de tous les territoires jusqu'au Lac Albert. Il considĂšre l'Agreement avec les Britanniques comme une alliance entre Ă©gaux. Les armĂ©es baganda aident l'Ă©tablissement de colonies dans d'autres rĂ©gions et les Baganda servent comme agents des impĂŽts dans tout le Protectorat. Les centres de commerce au Buganda deviennent alors des villes importantes dans le Protectorat et les Baganda saisissent les avantages procurĂ©s par la prĂ©sence europĂ©enne, le commerce et l'Ă©ducation. À l'indĂ©pendance en 1962, le Buganda a atteint le plus haut niveau de vie et le plus haut niveau d'alphabĂ©tisation de tout l'Ouganda[2].

Les Kabaka du Buganda

L'influence des Baganda en Ouganda au XXe siĂšcle reflĂšte l'impact de son dĂ©veloppement au XVIIIe et au XIXe siĂšcles. Les Kabaka ont au fur et Ă  mesure amassĂ© beaucoup de pouvoir politique et militaire en tuant leurs rivaux pour le trĂŽne, en abolissant l'hĂ©rĂ©ditĂ© des postes et en exigeant des taxes de plus en plus Ă©levĂ©es de leurs sujets. Les armĂ©es baganda s'emparent aussi des territoires appartenant jusqu'alors au Bunyoro, le royaume voisin Ă  l'ouest du Buganda. Les normes culturelles ganda ont empĂȘchĂ© l'Ă©tablissement d'un clan royal en rattachant les enfants du Roi au clan de leur mĂšre. Dans le mĂȘme temps cette pratique autorise le roi Ă  se marier dans tous les clans du royaume.

L'un des conseillers du Kabaka le plus important est le Katikiko. Il est en charge de l'administration et de la justice du royaume. Le Katikiro et d'autres puissants ministres forment le cercle des plus proches conseillers du Kabaka. Le Kabaka et ces ministres peuvent rĂ©unir des chefs de plus bas niveaux et d'autres invitĂ©s lors des sĂ©ances de discussion de la politique du royaume. Ces sĂ©ances ont diffĂ©rents noms, Lukiko en Luganda et baraza en Swahili. À la fin du XIXe siĂšcle, le Kabaka a remplacĂ© une grande partie des chefs de clan par des officiels. Il se dĂ©crit lui-mĂȘme comme le "chef de tous les clans".

Le pouvoir du Kabaka impressionne les reprĂ©sentants britanniques. Les dirigeants politiques du Bunyoto ne sont pas aussi rĂ©ceptifs Ă  l'arrivĂ©e des Britanniques sous l'escorte des Baganda. Le royaume du Buganda devient alors le centre du nouveau protectorat, avec divers degrĂ©s de contrĂŽle sur les autres royaumes : Toro, Ankole, Busoga et Bunyoro. Beaucoup de Baganda tirent profit de l'ouverture des Ă©coles europĂ©ennes et du dĂ©veloppement du commerce dans la rĂ©gion. Les Baganda, en tant que reprĂ©sentants du protectorat aident les Britanniques Ă  administrer les autres royaumes.

Pouvoirs politiques avant l'indépendance du Buganda

La perspective des Ă©lections pour l'accession Ă  l'indĂ©pendance est la cause d'une soudaine prolifĂ©ration de nouveaux partis politiques. Ce dĂ©veloppement alarme les chefs traditionnels des royaumes ougandais. Ils rĂ©alisent que le nouveau centre du pouvoir ne se placerait plus au niveau des royaumes mais au niveau national. Ce sont les rĂ©formes du gouverneur Sir Andrew Cohen en 1953 qui dĂ©clenchent cette vaste opposition. Lors d'un discours Ă  Londres avec le SecrĂ©taire d'État aux colonies, il est question d'une FĂ©dĂ©ration de trois territoires africains : le Kenya, l'Ouganda et le Tanganyika, similaire Ă  celle qui existe en Centre Afrique. Beaucoup d'Ougandais sont conscient que le Centre Afrique, qui regroupe la RhodĂ©sie et le Nyasaland est dominĂ© par les intĂ©rĂȘts des colons blancs. Les Ougandais ont peur de voir la FĂ©dĂ©ration Est-africaine dominĂ©e par les colons blancs installĂ©s au Kenya. D'autant que ceux-ci sont confrontĂ©s Ă  la rĂ©volte des Mau Mau. Les Ougandais ont dĂ©jĂ  vigoureusement rĂ©sistĂ© Ă  une suggestion similaire en 1930 de la Hilton Young Commission. En consĂ©quence le gouverneur Cohen perd toute la confiance dont il bĂ©nĂ©ficiait auprĂšs des chefs ougandais. Et ce, au moment mĂȘme oĂč le gouverneur pressait le Buganda de sacrifier son statut spĂ©cifique pour le bien d'un nouveau et plus grand État-nation.
Mutesa II, qui Ă©tait perçu par ses sujets comme un roi non intĂ©ressĂ© par leur bien-ĂȘtre, refuse Ă  prĂ©sent de coopĂ©rer avec le plan de Cohen pour faire disparaitre le Buganda. Il demande au contraire la sĂ©paration du Buganda du reste du Protectorat et son transfert sous la juridiction du Foreign and Commonwealth Office. La rĂ©ponse de Cohen Ă  cette crise est de dĂ©porter le Kabaka en exil Ă  Londres. Ce dĂ©part forcĂ© fait du Kabaka un martyr aux yeux des Baganda. Le sentiment latent de sĂ©paratisme prend tout d'un coup la forme d'une tempĂȘte de protestation. L'action de Cohen a Ă©chouĂ©. Il ne peut plus trouver personne parmi les Baganda prĂȘt Ă  le supporter dans son projet. AprĂšs deux ans de frustration marquĂ©e par l'hostilitĂ© des Baganda; Cohen est forcĂ© de rĂ©installer le Kabaka Mutesa II aussi nommĂ© Kabaka Freddie.

Les nĂ©gociations qui devaient mener au retour du Kabaka prennent une tournure similaire aux nĂ©gociations de 1900 avec le Commissionner Johnston. Si en apparence elles sont satisfaisantes pour les Britanniques, elles retentissent comme une victoire pour les Baganda. Cohen s'assure que le Kabaka ne s'opposera pas Ă  l'indĂ©pendance dans le cadre plus large de l'Ouganda. Le Kabaka n'est lui pas uniquement rĂ©installĂ© Ă  son poste, pour la premiĂšre fois depuis 1879, mais de plus il peut Ă  nouveau nommer et destituer les chefs du Buganda. Ces chefs sont le Gouvernement officiel du Buganda. Dans ce cadre le Kabaka peu Ă  nouveau agir pour ne plus apparaitre comme une marionnette pendant que ces derniers conduisent les affaires du gouvernement. Les nouveaux pouvoirs du Kabaka sont cachĂ©s par la trompeuse dĂ©nomination de monarque constitutionnel. Au lieu d'ĂȘtre un simple symbole il redevient un personnage influent sur le mode de gouvernement du Buganda et au-delĂ  de l'Ouganda. Un nouveau groupe de Baganda qui se nomment eux-mĂȘmes les "King's Friends" se forme pour dĂ©fendre le Kabaka. Ils sont conservateurs et farouchement loyaux au royaume du Buganda. Ils ne souhaitent participer au projet d'indĂ©pendance de l'Ouganda que si celui-ci est dirigĂ© par le Kabaka. Les politiciens Baganda qui ne partagent pas cette vision sont appelĂ©s les "King's Enemies", ce qui signifie pour eux l'ostracisme politique et social.

À cĂŽtĂ© de ces deux camps, les Catholiques romains forment leur propre parti, le Democratic Party ou PD, conduit par Benedicto Kiwanuka. Beaucoup de catholiques se sentent exclus de la classe dirigeante, dominĂ©e par les protestants. Cette situation prĂ©vaut selon eux depuis 1892, lorsque Frederick Lugard choisit de soutenir le parti des protestants. Depuis lors le Kabaka doit ĂȘtre un protestant. Il est intronisĂ© par une cĂ©rĂ©monie proche de celle qui existe pour les monarques britanniques. Elle se dĂ©roule dans la plus grande Ă©glise protestante de la capitale Kampala. Le DP n'est pas formĂ© uniquement de catholiques. Le Democratic Party est probablement la force la mieux organisĂ©e des parties en course pour les Ă©lections. Il dispose de machines Ă  imprimer et du soutien d'un journal populaire, Munno, publiĂ© par la mission de St Mary's Kisubi.

En dehors du Buganda, l'Ă©mergence d'un Kabaka comme force politique, provoque une forte hostilitĂ©. Les partis politiques et les groupes d'intĂ©rĂȘts locaux sont dĂ©chirĂ©s par les divisions et les rivalitĂ©s mais ils partagent une prĂ©occupation commune : lutter contre la domination du Buganda dans le pays. En 1960 un homme politique originaire de Lango, Milton Obote saisit l'opportunitĂ© et forme un nouveau parti, le Uganda People's Congress ou UPC. C'est une grande coalition de tous ceux qui en dehors des catholiques, sont opposĂ©s Ă  l'hĂ©gĂ©monie du Buganda.

Les Ă©tapes que Cohen a initiĂ©es pour amener l'Ouganda Ă  une indĂ©pendance dans l'union amĂšnent Ă  une polarisation des forces politiques entre ceux qui soutiennent et ceux qui rejettent la domination du Buganda. La population du royaume atteint 2 millions en 1952, alors que l'Ouganda en compte au total 6 millions. MĂȘme sans compter les nombreux non-ganda qui rĂ©sident dans le royaume, il y aurait au moins 1 million de personnes qui soutiennent le Bakaka. À la confĂ©rence de Londres en 1960, il est Ă©vident que l'autonomie du Buganda et une unitĂ© forte de l'Ouganda est incompatible. Aucun compromis ne pouvant ĂȘtre trouvĂ©, le choix d'une forme de gouvernement est remis Ă  plus tard. Les Britanniques annoncent pourtant des Ă©lections pour choisir un "gouvernement responsable" pour le mois de mars 1961. Le gagnant de ces Ă©lections est assurĂ© d'acquĂ©rir une expĂ©rience de gouvernement assez importante pour pouvoir mener le pays Ă  l'indĂ©pendance.

Au Buganda, les "King's Friends" demandent le boycott total des Ă©lections par ce qu'elles reprĂ©sentent une atteinte Ă  la promesse d'autonomie faite par les Britanniques. En consĂ©quence, lorsque les Ă©lecteurs se prĂ©sentent devant les urnes pour Ă©lire les membres de l'AssemblĂ©e Nationale, seuls les catholiques du DP votent. Ils obtiennent 20 dĂ©putĂ©s sur les 22 siĂšges allouĂ©s au Buganda. Les catholiques dominent alors l'AssemblĂ©e alors qu'ils ne reprĂ©sentent que 416 000 votes Ă  l'Ă©chelle du pays contre 495 000 pour UPC. Benedicto Kiwanuka devient malgrĂ© tout le nouveau Premier Ministre de l'Ouganda

ChoquĂ©s par les rĂ©sultats, les Baganda sĂ©paratistes qui ont formĂ© un parti appelĂ© Kanaka Yekka ou KY, regrettent le boycott des Ă©lections. Ils accueillent rapidement les recommandations de la British Commission qui propose une future forme fĂ©dĂ©rale de gouvernement. Selon ces recommandations, le Buganda devrait jouir d'une autonomie interne s’il participe au gouvernement national. Pour sa part l'UPC veut Ă©galement sortir son rival, le DP, du gouvernement. Obote rencontre le Kabaka Freddie. Pendant cette rĂ©union ils se mettent d'accord pour des relations fĂ©dĂ©rales et mĂȘme une position pour le Kabaka qui permette de nommer des reprĂ©sentant Ă  l'AssemblĂ©e nationale, en Ă©change d'une alliance pour Ă©vincer le DP. Le Kabaka promet aussi une position symbolique importante Ă  la tĂȘte de l'Ouganda. Ce mariage de circonstance entre l'UPC et le Kabaka Yekka rend inĂ©vitable la dĂ©faite du DP. À la fin d'avril 1962, les Ă©lections finales pour l'indĂ©pendance voient se former un parlement composĂ© de 43 dĂ©putĂ©s UPC et 24 dĂ©putĂ©s KY. Cette nouvelle coalition mĂšne l'Ouganda Ă  l'indĂ©pendance en octobre 1962 avec Obote pour Premier Ministre et le Kabaka Ă  la tĂȘte de l'État[3].

AprÚs l'indépendance

L’ Ouganda accĂšde Ă  l'indĂ©pendance le 9 octobre 1962. Le premier PrĂ©sident est le Kabaka du Buganda, Sir Edward Mutesa II. Cependant, dans l'Ouganda indĂ©pendant, les royaumes, dont le Buganda, perdent leur autonomie. Les monarchies sont rĂ©voquĂ©es aprĂšs de longues discussions. S'il existe quatre grands royaumes au moment de l'indĂ©pendance, c'est le Buganda qui pose le plus de problĂšmes. Notamment, quelle peut ĂȘtre l'influence du gouvernement central sur le royaume et dans quelle mesure celui-ci accepte de s'y soumettre. En 1953, aprĂšs la dĂ©portation du Roi par le gouvernement du Protectorat, le roi Ă©tait devenu le symbole fort de l'unitĂ© des baganda. Les dĂ©bats de se cristallisent aprĂšs l'indĂ©pendance sur la question de la survie du royaume du Buganda en tant que nation sĂ©parĂ©e centrĂ©e sur le Roi. S'opposer au Roi Ă  ce moment-lĂ  aurait signifiĂ© un suicide politique local.
Le 24 mai 1966 l'armĂ©e fĂ©dĂ©rale ougandaise attaque l'enceinte royale du Lubiri Ă  Mengo avec des explosifs, le Roi Mutesa II piĂ©gĂ© Ă  l'intĂ©rieur. Le Roi parvient Ă  s'enfuir avec l'assistance de prĂȘtres de Lubaga. Il rĂ©ussit Ă  sortir d'Ouganda pour trouver refuge Ă  Londres. Il y meurt dans des circonstances mystĂ©rieuses trois annĂ©es plus tard. L'armĂ©e ougandaise fait de l'enceinte royale un baraquement et du parlement du Buganda leur quartier gĂ©nĂ©ral. AprĂšs ces Ă©vĂšnements, il est difficile de savoir combien de baganda continuent Ă  soutenir la royautĂ© car Milton Obote ne permet une expression libre sur ce sujet. En 1967, le premier ministre Apollo Milton Obote modifie la constitution de 1966 pour donner Ă  l'État ougandais le statut de RĂ©publique.

En 1972, Apollo Milton Obote est renversĂ© son chef d'Ă©tat-major : Idi Amin Dada. Dans les moments qui suivent le coup d'État, Idi Amin flirte un instant avec la restauration de la royautĂ© mais il la refuse finalement. Obote trouve refuge en Tanzanie d’oĂč il essaie de reprendre le contrĂŽle du pays par une invasion militaire en septembre 1972, sans succĂšs. Les partisans de Milton Obote au sein de l’armĂ©e ougandaise, principalement des populations Acholi et Lango, sont aussi impliquĂ©s dans cette invasion. La rĂ©ponse d’Amin Dada est sanglante. Il fait bombarder les villes de Tanzanie et purge l’armĂ©e de tous les officiers d’origine Acholi ou Lango, qui sont pour la plupart exĂ©cutĂ©s. Les violences civiles s’accroissent, gagnent toute l’armĂ©e, puis la population ougandaise. Au fur et Ă  mesure que cette violence augmente, Amin Dada devient de plus en plus paranoĂŻaque, craignant mĂȘme un coup d’État de son propre gouvernement.

L’économie du pays dĂ©cline de plus en plus. DĂ©jĂ  affaiblie par le dĂ©part des Indo-Pakistanais, cƓur entrepreneurial du pays, par celui de la plupart des hommes d’affaires Ă©trangers, et par l’arrĂȘt de l’aide occidentale, elle subit un nouveau coup en 1978 avec la chute du cours du cafĂ©, principale exportation ougandaise. La Libye commence elle aussi Ă  diminuer son aide. En octobre 1978, des mutineries Ă©clatent dans le sud-ouest du pays, une partie des militaires se rĂ©fugiant en Tanzanie voisine. Amin Dada, dont le rĂ©gime est aux abois, saisit ce prĂ©texte et ordonne alors l’invasion de la Tanzanie. Avec l’aide de 3000 hommes des troupes libyennes, Amin essaye d’annexer les provinces du nord de ce pays dans la rĂ©gion de Kagera. La Tanzanie, sous la prĂ©sidence du Mwalimu Julius Nyerere, dĂ©clare alors la guerre Ă  l’Ouganda et commence Ă  contre-attaquer, enrĂŽlant pour cela les exilĂ©s ougandais. Le 11 avril 1979, Amin Dada est forcĂ© de fuir Kampala. L’armĂ©e tanzanienne prend la ville avec l’aide des guĂ©rillas ougandaise (l’UNLA, l’Uganda National Liberation Army) et rwandaise. Amin s’envole pour l’exil, d’abord en Libye puis en Arabie saoudite. Il est alors hĂ©bergĂ© Ă  Djeddah par le gouvernement saoudien « par charitĂ© islamique et en remerciement pour son rĂŽle dans la diffusion de l’islam Â» sous rĂ©serve qu’il ne se mĂȘle plus de politique. L’État saoudien lui fournit une maison, assez modeste, mais aussi un chauffeur et du personnel de maison, pourvoit Ă  sa subsistance et lui verse une pension. Le nouveau gouvernement ougandais choisit de le laisser en exil, disant qu’il est libre de revenir mais devrait alors faire face Ă  ses crimes.

Dans les annĂ©es 1980, alors que Milton Obote retrouve le pouvoir, plus de la moitiĂ© des baganda n'ont jamais vĂ©cu sous le rĂšgne d'un roi. Le parti conservateur, un groupe marginal menĂ© par le dernier Premier Ministre du roi, conteste les Ă©lections de 1980 mais il ne reçoit que peu de soutien. Le National Resistance Movement (NRM) dirigĂ© par Yoweri Museveni tente en 1986 de renverser le pouvoir. Alors qu'ils se battent contre les partisans de Milton Obote, les leaders du NRM, ne peuvent pas ĂȘtre surs de l'accueil qui leur serait fait par les baganda. Ils ont mis au point un programme en 10 points. Sur la question de la royautĂ©, le NRM est ambivalent. D'un cĂŽtĂ©, la rĂ©volte contre le rĂ©gime de Milton Obote est conduite sur le territoire du Buganda et implique beaucoup de soldats baganda. Le NRM est donc dĂ©pendant pour une large part du sentiment rejet du parti de Milton Obote, l'UPC, par les baganda. D'un autre cĂŽtĂ©, les baganda qui entrent dans le NRA et qui reçoivent une formation politique rejettent les principes politiques basĂ©s sur la royautĂ©. NĂ©anmoins, Museveni aurait promis devant des ougandais, vers la fin de la guĂ©rilla, de rĂ©tablir la royautĂ© et de permettre Ă  Ronald Muwenda Mutebi II, le fil de Mutesa II de devenir Kabaka. MalgrĂ© tout, une grande partie des Ougandais restent opposĂ©s Ă  ce rĂ©tablissement car ils craignent que cela ne renforce le poids politique du Baganda.

Une controverse Ă©merge quelques mois aprĂšs la prise de pouvoir par le NRM en 1986, quand les chefs des clans du Buganda organisent une campagne publique pour la restauration de la royautĂ©, le retour du bĂątiment du parlement toujours occupĂ© par le NRM et enfin la permission pour Ronald Muwenda Mutebi II de revenir dans le pays. Dans les mois suivants, le gouvernement lutte pour reprendre l'initiative politique contre les chefs de clan. En juillet 1986, le Premier Ministre Samson Kisekka, un muganda, dit ouvertement au baganda lors d'une fĂȘte, d'arrĂȘter ces "propos stupides". Sans explication, le gouvernement ordonne l'annulation des cĂ©lĂ©brations pour l'installation d'un hĂ©ritier d'un autre royaume de l’Ouganda qui devaient se tenir une semaine plus tard. Cependant les journaux continuent de relayer les demandes croissantes des chefs de clan pour le retour de Ronald Muwenda Mutebi II. Le cabinet du gouvernement rend public un rapport qui prend en compte l'intĂ©rĂȘt public pour cette question mais qui insiste sur le fait que la restauration ne peut ĂȘtre Ă©tudiĂ©e que par la prochaine assemblĂ©e constitutionnelle. Trois semaines plus tard, le NRM produit sa propre dĂ©claration qui condamne les supporters de la restauration comme des " opportunistes mĂ©contents qui se font passer pour des monarchistes" et qui menace de poursuites toute personne qui continuerait Ă  s'exprimer sur cette question. Dans le mĂȘme temps, le PrĂ©sident accepte de rencontrer les chefs de clan baganda mĂȘme si cela relance la controverse. Contre toute attente, le PrĂ©sident convainc Ronald Muwenda Mutebi II de revenir au pays en secret dans le courant du mois d'aoĂ»t 1986. Le gouvernement fait arrĂȘter 10 jours plus tard un certain nombre de baganda, accusĂ©s de comploter contre le gouvernement pour restaurer le Roi. Pour tenter de contrer le vent nationaliste du Buganda, Museveni est forcĂ© de prendre des mesures pour contrer le sentiment populaire. La question de la royautĂ© n'est pas rĂ©glĂ©e et elle est susceptible de rĂ©-Ă©merger avec une intensitĂ© Ă©gale et des consĂ©quences imprĂ©visibles au moment de la rĂ©daction de la nouvelle constitution.

La monarchie est finalement restaurée en 1993 avec le fils de Mutesa II, Ronald Muwenda Mutebi II comme nouveau Kabaka. Le Buganda est une monarchie constitutionnelle avec un Parlement, le Lukiiko qui siÚge dans le bùtiment appelé "Bulange". Le Lukiiko a un "Sergeant-at-arms", un porte-parole et des siÚges intérimaires pour les 18 chefs royaux de comté et les 52 chefs de clan. Le Parlement a aussi un Cabinet des ministres. Le Kabaka n'assiste qu'à deux sessions par an, celle d'ouverture et celle de fermeture.

Notes et références de l'article

  1. ↑ C. Wrigley, Crops and wealth in Uganda: a short agrarian history, Nairobi, London: Oxford University Press, for Makerere Institute of Social Research, 1970
  2. ↑ Richard Read, Political Power in Pre-Colonial Buganda, Eastern African Studies, 2002
  3. ↑ Cet article contient des informations de la BibliothĂšque du CongrĂšs, plus spĂ©cifiquement des Country Studies, qui sont des publications du gouvernement des États-Unis dans le domaine public.

Voir aussi

Bibliographie

  • Michel Cartry, « Tradition et changement dans le Royaume du Bouganda Â», Revue française de science politique, volume 13, n°1, pp. 88-119. [lire en ligne]
  • Richard Read, Political Power in Pre-Colonial Buganda, Eastern African Studies, 2002.

Articles connexes

Liens externes


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Regardez d'autres dictionnaires:

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  • Buganda — Infobox country native name = Buganda Muganda conventional long name = Buganda common name = Buganda symbol type = Coat of arms map caption = Buganda is bounded by Lake Victoria to the south, the Victoria Nile to the east, and Lake Kyoga to the… 
   Wikipedia

  • Buganda — Bandera de Buganda. Buganda es el reino de los 52 clanes del pueblo Baganda, el mayor de los reinos tradicionales en la Uganda actual. Los tres millones de Baganda (singular Muganda; son a menudo llamados por la raĂ­z de su nombre, el adjetivo,… 
   Wikipedia Español

  • Buganda — Flagge von Buganda Karte Ugandas, Buganda dunkelgrĂŒn hervorgehoben 
   Deutsch Wikipedia

  • Buganda — Bu·gan·da (bo͞o gănÊčdə, byo͞o ) A region and former kingdom of eastern Africa on the northern shore of Lake Victoria in present day Uganda. It was a British protectorate from 1894 until 1962, when it joined independent Uganda. * * * Precolonial… 
   Universalium

  • Buganda — BugaÌŁnda,   Gebiet (ehemaliger Staat) im SĂŒden von Uganda; Hauptstadt Kampala. Wie andere Himastaaten wurde Buganda von einwandernden nilotischen RinderzĂŒchtern durch Unterwerfung der ansĂ€ssigen Ackerbauern errichtet; beide Gruppen verschmolzen… 
   Universal-Lexikon

  • Buganda — â–ș RegiĂłn de Uganda, al N del lago Victoria. Fue un poderoso reino en el s. XIX, convertido en protectorado britĂĄnico en el año 1900. * * * Reino precolonial de África oriental. Localizado a lo largo de la costa septentrional del lago Victoria en… 
   Enciclopedia Universal

  • Buganda — geographical name region & former kingdom E Africa in SE Uganda capital Kampala 
   New Collegiate Dictionary

  • Buganda — Bu‱gan‱da [[t]buˈgĂŠn də, byu [/t]] n. geg a historic kingdom of East Africa, located N of Lake Victoria and W of the Nile in Uganda 
   From formal English to slang

  • Buganda — /buˈgĂŠndə/ (say booh ganduh) noun a region of Uganda, in the south eastern part; an important Bantu kingdom from the 17th century; one of the four traditional kingdoms of Uganda; abolished by the Ugandan government in 1967 and restored in 1993.… 
   Australian English dictionary


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