Bob Dylan

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Bob Dylan
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Bob Dylan
Joan Baez Bob Dylan crop.jpg
Bob Dylan en septembre 1963.

Surnom Elston Gunnn[1], Blind Boy Grunt[2], Zimbo[3], Zimmy[4], Lucky Wilbury, Boo Wilbury, Elmer Johnson, Sergei Petrov[5], Jack Frost[6], Jack Fate, Willow Scarlet, Bob Landy[2], Robert Milkwood Thomas[2], Tedham Porterhouse
Nom Robert Allen Zimmerman
Naissance 24 mai 1941 (1941-05-24) (70 ans)
Duluth, Minnesota, États-Unis
Pays d’origine Drapeau des États-Unis Ă‰tats-Unis
Activité principale auteur-compositeur-interprÚte, musicien, peintre, poÚte
Genre musical Rock, Folk, Folk rock, country,Gospel Rock,Country pop, blues rock
Instruments guitare, harmonica, basse, piano
AnnĂ©es d'activitĂ© depuis 1959
Labels Columbia
Site officiel bobdylan.com

Bob Dylan (nĂ© Robert Allen Zimmerman le 24 mai 1941 Ă  Duluth, Minnesota) est un auteur-compositeur-interprĂšte, musicien, peintre, poĂšte amĂ©ricain, une des figures majeures de la musique populaire depuis cinq dĂ©cennies. Ses Ɠuvres les plus cĂ©lĂšbres et les plus influentes datent des annĂ©es 1960, quand il fut d'abord un chroniqueur informel des troubles amĂ©ricains, par exemple avec Like a Rolling Stone, Ballad of a Thin Man, All Along The Watchtower, Masters of War ou encore Gates of Eden. Certaines de ses chansons comme Blowin' in the Wind et The Times They Are a-Changin' sont devenues des hymnes anti-guerre, en particulier anti-guerre du Vietnam et des mouvements civils de l'Ă©poque[7]. L'un de ses derniers albums studio, Modern Times, publiĂ© en 2006, est entrĂ© directement Ă  la premiĂšre place dans le classement Billboard 200[8] et a Ă©tĂ© nommĂ© Album de l'annĂ©e par le magazine Rolling Stone.

Dans ses premiĂšres chansons Dylan a abordĂ© les questions sociales, et trahissait une forte influence philosophique et littĂ©raire dĂ©fiant les « existants Â» de la musique pop classique, et il faisait gĂ©nĂ©ralement appel Ă  la contre-culture de l'Ă©poque. Tout en Ă©largissant et en personnalisant les styles musicaux, il a montrĂ© une grande dĂ©votion Ă  de nombreuses traditions de la musique amĂ©ricaine, folk, country, blues, gospel, rock'n'roll et rockabilly, ainsi qu’à la musique folk anglaise, Ă©cossaise et irlandaise.

Sommaire

Biographie

La famille de Bob Dylan est originaire d'Europe de l'Est. Ses grands-parents paternels Ă©taient des juifs d'Odessa. Ils ont Ă©migrĂ© aux États-Unis en 1905. Ses grands-parents maternels, arrivĂ©s aux États-Unis en 1902, Ă©taient des juifs lituaniens.

Depuis le dĂ©but de sa carriĂšre, dans les annĂ©es 1960, Dylan a, par ses textes et par sa recherche de voies nouvelles (allant parfois mĂȘme Ă  l’encontre de son public), sensiblement marquĂ© la culture musicale contemporaine : en tĂ©moignent les nombreux artistes qui se rĂ©clament de son influence (David Bowie, Neil Young, Paul Simon, Jeff Buckley, Bruce Springsteen, Tom Waits, Elvis Costello, etc.), ou le vaste rĂ©pertoire des chansons qu'il a composĂ©es, dans lequel puisent des musiciens de tous les horizons et de toutes les gĂ©nĂ©rations (Tom Waits, Elvis Presley, The Beatles, Mark Knopfler, Neil Young, U2, P.J. Harvey, Syd Barrett, Guns N' Roses, Jimi Hendrix etc.)

Les rĂ©fĂ©rences dont s’inspire Bob Dylan pour faire Ă©voluer son art sont non seulement Ă  rechercher du cĂŽtĂ© de musiciens amĂ©ricains lĂ©gendaires, tels Hank Williams, Woody Guthrie[ch 1] et Robert Johnson[ch 2], mais aussi chez des Ă©crivains de la Beat generation, comme Jack Kerouac ou Allen Ginsberg. Il apprĂ©cie Ă©galement Arthur Rimbaud, Ă  qui il sera souvent comparĂ©, et s’intĂ©resse Ă  des dramaturges, tel Bertolt Brecht.

Au XXIe siĂšcle, prĂšs de cinquante ans aprĂšs la parution de son premier album, Dylan parcourt le monde de concert en concert et continue de composer.

Complexe, en constante Ă©volution (il rĂ©invente rĂ©guliĂšrement chacun de ses standards dans diffĂ©rents registres, allant du rock agressif au jazz en passant par les ballades), proche des aspirations sociales et culturelles des Ă©poques qu’elle a traversĂ©es, l’Ɠuvre de Dylan a, peut-ĂȘtre plus que toute autre, fait Ă©voluer le rĂŽle de la musique populaire en Occident (cf. Analyses). Depuis 1997, Bob Dylan est rĂ©guliĂšrement nommĂ© pour l’obtention du Prix Nobel de littĂ©rature. Par ailleurs, les textes de ses chansons, qui se situent entre poĂ©sie surrĂ©aliste et musique traditionnelle amĂ©ricaine, sont Ă©tudiĂ©s dans les universitĂ©s amĂ©ricaines. Son avant-dernier album studio, Modern Times, paru fin aoĂ»t 2006, est entrĂ© directement n° 1 dans les charts aux États-Unis, faisant de lui l'unique chanteur au monde alors ĂągĂ© de 66 ans encore en vie, n° 1 au hit parade.

Origines

Les grands-parents de Robert Zimmerman sont originaires d'Europe de l'Est, dont ils ont fui les pogroms de la fin du XIXe et du dĂ©but du XXe siĂšcle[a 1]. Ben D. Stone, son grand-pĂšre maternel s'installe Ă  Hibbing, tandis que Zigman Zimmerman, qui a fui Odessa en 1907, s'installe Ă  Duluth, ces deux villes Ă©tant situĂ©es dans le Minnesota. Beatrice Stone et Abraham Zimmerman, deux de leurs enfants, se marient en 1934 et donnent naissance Ă  Robert (Bob) le 24 mai 1941 loin des combats, loin de l'Europe cimetiĂšre des juifs[d 1] (ce qui fera dire plus tard Ă  Dylan « Le monde volait en morceaux et dĂ©jĂ  le chaos fichait son poing dans la figure des nouveaux venus Â»[ch 3]. Il reçoit le nom juif de Shabtai Zisel ben Avraham (Ś©Ś‘ŚȘŚŚ™ Ś‘ŚŸ ŚŚ‘ŚšŚ”Ś en hĂ©breu). Celui-ci passe sa petite enfance Ă  Duluth oĂč Abraham occupe un bon emploi de salariĂ© Ă  la Standard Oil qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille[d 2], puis en 1947 dĂ©mĂ©nage avec ses parents et David, son jeune frĂšre, Ă  Hibbing, ville natale de Beatty[c 1]

Dans son autobiographie [9], Dylan Ă©crit que sa grand-mĂšre maternelle portait le nom de Kirghiz, que la famille de celle-ci avait vĂ©cu Ă  Trabzon, sur la cĂŽte turque de la mer Noire ; bien qu'elle eĂ»t grandi dans le district de Kağızman, elle venait d'Ä°stanbul, Ă  l'ouest de la Turquie. Son grand-pĂšre paternel Ă©tait Ă©galement originaire de Trabzon.

Hibbing

Hibbing est Ă  l'Ă©poque une ville miniĂšre, rĂ©putĂ©e pour possĂ©der la plus grande mine Ă  ciel ouvert de fer du monde, d'environ 17 000 habitants, aux mƓurs conservatrices et de tradition chrĂ©tienne, son pĂšre frĂ©quentant le Rotary Club de la ville et mĂȘme une loge juive maçonnique : le B'nai Brith[d 3] . Son pĂšre, Abraham, guĂ©ri de la poliomyĂ©lite qu'il a contractĂ©e Ă  Duluth, ouvre un magasin d'Ă©lectro-mĂ©nager. Vers l’ñge de 8 ou 9 ans, Robert s’initie au piano puis plus tard, Ă  la guitare et Ă  l’harmonica. Il se passionne tout d’abord pour la musique country de Hank Williams dont il rĂ©pĂšte les morceaux, et Ă©coute les stations de radio qui diffusent du blues, tel que celui de Muddy Waters, Howlin' Wolf, John Lee Hooker ou Jimmy Reed[10]. Il sera Ă©galement influencĂ© par Elvis Presley, Buddy Holly, Bill Haley et Little Richard, dont la gestuelle scĂ©nique et les attitudes anticonformistes fascinent les adolescents autant qu'elles scandalisent leurs aĂźnĂ©s[11].

Au lycĂ©e[12], l'adolescent intĂšgre des petites formations musicales, telles que The Golden Chords, avec lesquelles il joue dans des fĂȘtes et des talent contests. Il Ă©tend sa culture musicale en Ă©changeant des disques de jazz et de rhythm and blues avec des amis partageant son goĂ»t pour la musique[c 2]. Il quittera le lycĂ©e en 1959 avec son diplĂŽme de fin d'Ă©tudes correspondant au bac[d 4].

Vie privée

Dylan se marie avec le mannequin amĂ©ricain Sara Lownds (nĂ©e Shirley Marlin Noznisky le 28 octobre 1939 Ă  Wilmington, dans le Delaware) le 22 novembre 1965. Ce mariage reste secret jusqu'en fĂ©vrier 1966 et la parution dans le New York Post d'un article de la journaliste Nora Ephron intitulĂ© « Hush! Bob Dylan is wed Â». Leur premier enfant, Jesse Byron Dylan, naĂźt le 6 janvier 1966, ils ont trois autres enfants : Anna Leigh (nĂ©e en 11 juillet 1967 vit Ă  Santa Monica), Samuel Isaac Abraham (nĂ© le 30 juillet 1968 est photographe), et Jakob Luke Dylan (nĂ© le 9 dĂ©cembre 1969 Ă  New York)[13]. Dylan a Ă©galement adoptĂ© la fille de Sara d'un mariage antĂ©rieur, Maria Lownds (devenue Maria Dylan), (nĂ©e le 21 octobre 1961 et actuellement mariĂ©e au musicien Peter Himmelman). Depuis 1989 son fils Jakob est le chanteur principal et le parolier du fameux groupe de rock de Los Angeles The Wallflowers. Jesse Dylan est un rĂ©alisateur et un homme d'affaires prospĂšre. Bob Dylan et Sara divorcent le 29 juin 1977 [14].

Bob Dylan a un cinquiĂšme enfant, DĂ©sirĂ©e Gabrielle (nĂ©e le 30 janvier 1986 Ă  Los Angeles)[13] de sa seconde Ă©pouse, la choriste Carolyn Dennis[15] qu'il Ă©pouse le 4 juin 1986[16]. Ils divorcent en octobre 1992[a 2],[17].

Il aurait une autre fille prĂ©nommĂ©e Narette [13] nĂ©e d'une relation avec Clydie King (nĂ©e Clydie May Crittendon[18] le 21 aoĂ»t 1943 Ă  Dallas au Texas). Clydie King fut la choriste de Bob Dylan pour Saved en 1980, Shot of Love en 1981, Infidels en 1983.

CarriĂšre

1959-1961 : les dĂ©buts

Minneapolis

En septembre 1959, alors ĂągĂ© de 18 ans, Robert Zimmerman s’inscrit Ă  l’universitĂ© du Minnesota pour y suivre des cours d’art et s’installe Ă  Dinkytown, le quartier Ă©tudiant dans la banlieue Minneapolis, repĂšres de dĂ©foncĂ©s et d'artistes influencĂ©s par le mouvement Beat. Peu assidu Ă  des cours qu’il ne suivra que quelques mois, il dĂ©couvre le folk (Pete Seeger, Cisco Houston) « des chansons qu’on tient toujours de quelqu’un Â»[19]The Scholar ou The Purple Onion pour 2 ou 3 dollars, c’est Ă  cette Ă©poque qu’il commence Ă  prendre le pseudonyme de Bob Dylan.

L’origine de ce pseudonyme fut longtemps considĂ©rĂ©e comme une rĂ©fĂ©rence au poĂšte gallois Dylan Thomas, que Robert Zimmerman connaissait[b 1], mais il s’agit en rĂ©alitĂ© de la dĂ©formation de son deuxiĂšme prĂ©nom Allen[19]. Au Chicago Daily News qui l'interrogeait en 1965 sur l'influence de Dylan Thomas sur le choix de son nom, il rĂ©torquait : « Non, bon Dieu non. J'ai pris Dylan parce que j'ai un oncle qui s'appelle Dillion. J'ai modifiĂ© l'orthographe mais seulement parce que ça faisait mieux. J'ai lu des trucs de Dylan Thomas et ça ne ressemble pas aux miens. Â»[20]. Le 9 aoĂ»t 1962, Dylan a fait lĂ©galement changer son nom auprĂšs de la Cour SuprĂȘme[b 2].

Dylan est un gamin aux allures de vagabond, Ă  la façon de jouer de la guitare jugĂ©e presque convenable, Ă  la voix trop monotone, trop rauque, mais cependant il sĂ©duit. Il apprend beaucoup et rapidement : en recherche continuelle de nouvelles chansons Ă  apprendre, il profite de sa culture et des discothĂšques folk des parents de ses amis – Ă  une Ă©poque oĂč les disques folk sont rares et prĂ©cieux[21]. Affabulant parfois (Dylan prĂ©tendit ĂȘtre orphelin, originaire du Nouveau-Mexique)[b 3], Dylan acquiert progressivement toutes les caractĂ©ristiques d'un authentique chanteur folk.

Il fait la connaissance de David Whittaker, Ă©tudiant de gauche avec qui il devient ami. Whittaker semble ĂȘtre l'auteur des photos du disque pirate The Great White Wonder, en 1969 [b 4], lequel lui fait dĂ©couvrir Woody Guthrie, dont il dĂ©vore l’autobiographie, Bound For Glory. En dĂ©cembre 1960, Dylan prend la route de New York pour y rencontrer son idole, malade de la chorĂ©e de Huntington, qui sĂ©journe au Greystone Hospital, dans le New Jersey[b 5].

New York

AprĂšs un sĂ©jour de quelques semaines Ă  Chicago, Dylan arrive Ă  New York assiĂ©gĂ©e par le froid, Ă  la fin de janvier 1961. Il se rend directement Ă  Greenwich Village, un quartier bohĂšme oĂč cohabitent chanteurs, artistes et militants politiques ; le soir mĂȘme, il joue au CafĂ© Wha?[b 6]. Il se rend au chevet de Woody Guthrie et, au fur et Ă  mesure de ses visites, les deux hommes sympathisent. « Ce gosse a vraiment de la voix. Je ne sais pas s’il rĂ©ussira par ses paroles, mais il sait chanter Â» dit Woody Guthrie [b 7]. Dylan fait la connaissance des Gleason, chez qui Guthrie passe ses week-ends, et dont l'appartement dans East Orange s’est peu Ă  peu transformĂ© en un lieu de crĂ©ativitĂ© autour de Guthrie oĂč se rĂ©unissent les plus grands noms de la scĂšne folk, comme Cisco Houston, Jack Elliot, ou encore Pete Seeger. Ne dĂ©daignant pas l’hospitalitĂ© des Gleason, chez qui il utilise l'immense bibliothĂšque et ouvre ainsi son esprit aux classiques de la littĂ©rature mondiale[d 5], Dylan Ă©tudie et rĂ©pĂšte les enregistrements de Guthrie que ceux-ci possĂšdent[b 8].

ArrivĂ© Ă  New York depuis peu, Dylan n'a donc pas tardĂ© Ă  nouer des relations, mais, considĂ©rĂ© comme trop marginal par les propriĂ©taires de cafĂ©, il peine Ă  se faire engager « Man there said "Come back some other day, / You sound like a hillbilly / We want folk singer here" Â»[22]. Cependant, en avril 1961, il joue devant la sociĂ©tĂ© de musique folk de l’UniversitĂ© de New York, au Loeb Student Center[b 9]. À cette occasion, Dylan rencontre Susan Rotolo, ĂągĂ©e de 17 ans[23]. Dessinatrice, peintre, Suze ne reprĂ©sente pas le stĂ©rĂ©otype de l’admiratrice inconditionnelle. Son implication dans les mouvements Ă©tudiants, sa connaissance de Brecht, de Rimbaud, de Villon participent Ă  la mĂ©tamorphose d’un Dylan lĂ©gĂšrement anachronique, jouant volontiers l'ignorance, en un auteur brillant dont la plume incarnera le rĂ©veil des consciences politiques endormies.

Lors de soirĂ©es pour dĂ©butants (des hoots, ou hootnanny) d’un club cĂ©lĂšbre du Village, le Gerde’s Folk City, Dylan est repĂ©rĂ© par son directeur Mike Porco, qui l'engage pour deux semaines, sur les conseils de Robert Shelton, critique musical au New York Times : le 11 avril 1961 est le premier engagement d'importance pour Dylan (deux semaines), oĂč il joue en premiĂšre partie de John Lee Hooker, un guitariste « incroyable Â», encore peu connu du grand public[b 10]. Dylan dira par la suite « Comme je n'avais pas l'Ăąge requis, Mike s'est portĂ© garant de moi auprĂšs de deux syndicats. C'est devenu le pĂšre - le pĂšre Sicilien qui me manquait Â»[d 6]. Lorsque Mike Porco reprogramme Dylan le 26 septembre, Robert Shelton est prĂ©sent et publie trois jours plus tard un article Ă©logieux sur « un nouveau styliste du folk Â»[24], qui renforce la notoriĂ©tĂ© naissante de Dylan.

La Columbia

La Renaissance Folk ne se limite pas au seul Greenwich Village : Ă  Cambridge, en Nouvelle-Angleterre, Joan Baez et Eric Von Schmidt enthousiasment Ă©galement leur public, notamment Ă  l’Unicorn et au Club 47. C’est dans ce dernier que Dylan fait la connaissance de Carolyn Hester, une chanteuse de folk, qui vient de signer avec Columbia Records. Carolyn est Ă  la recherche d’un harmoniciste pour l’album auquel elle travaille, et propose la place Ă  Dylan, qui accepte. Lors des sĂ©ances d’enregistrement, Dylan joue Ă  Carolyn un morceau qu’il a composĂ©, Come Back Baby, qui sĂ©duit John H. Hammond, un des directeurs artistiques de Columbia. Au fur et Ă  mesure des sĂ©ances, Hammond prend conscience du talent de Dylan et, malgrĂ© les rĂ©ticences de sa direction, lui fait signer un contrat : « J’ai vu ce gosse avec sa casquette qui jouait de l’harmonica – pas terrible d’ailleurs, mais j’ai tout de suite Ă©tĂ© sĂ©duit. Je lui ai demandĂ© s’il savait chanter. S’il composait. S’il ne voulait pas enregistrer. Â» [b 11].

L’imprĂ©sario de Dylan s’appelle Al Grossman, agent cĂ©lĂšbre et controversĂ© de New York : saluĂ© pour les succĂšs auxquels il a participĂ©[25], il est aussi critiquĂ© pour ses objectifs essentiellement commerciaux, peu conciliables avec le discours contre la misĂšre populaire que chantent les chanteurs folk. Grossman est Ă©galement le cofondateur, avec George Wein, propriĂ©taire d’un club folk Ă  Boston, en 1959, du festival folk de Newport, et gĂšre les carriĂšres du Kingston Trio, d’Odetta et du trio folk Peter, Paul and Mary[b 12]. Cachant son intĂ©rĂȘt Ă  promouvoir la carriĂšre de Dylan[26], Grossman incite Izzy Young, propriĂ©taire du Folklore Center au Village Ă  produire le premier concert de Dylan en tĂȘte d’affiche, au Carnegie Chapter Hall, le 4 novembre 1961[b 13].

En mars 1962 paraĂźt le premier album de Dylan (Bob Dylan, 1962). ComposĂ© de reprises folk et blues, il contient Ă©galement deux titres originaux : Talkin' New York et Song To Woody. Ce premier album, confinĂ© au cĂ©nacle folk, se vend mal[27], mais le contrat de Dylan, fermement dĂ©fendu par Hammond et Johnny Cash, n'est pas rompu, comme cela fut envisagĂ© au dĂ©part[b 14].

1962 – 1964 : une notoriĂ©tĂ© naissante

Broadside

Depuis fĂ©vrier 1962, paraĂźt pĂ©riodiquement Broadside Magazine, un magazine folk fondĂ© par Agnes Cunningham et Ă  l’initiative de Pete Seeger. Des albums seront Ă©galement produits par le magazine, The broadside Ballads, oĂč Dylan apparaĂźt sous le pseudonyme Blind Boy Grunt[28]. Dans ce magazine pour lequel Ă©crivent rĂ©guliĂšrement Gil Turner, Tom Paxton et Phil Ochs sont publiĂ©s les textes de chansons d’actualitĂ©, les topical songs. Dylan y Ă©crit une douzaine de textes[29], souvent Ă©crits dans l’instant[30], qui tĂ©moignent de la facultĂ© incoercible de Dylan Ă  composer sur tous les sujets, de l’inanitĂ© de la chasse aux communistes[31] au dĂ©goĂ»t qu’il Ă©prouve aprĂšs l’exĂ©cution sommaire d’un noir ĂągĂ© de 14 ans et la relaxe de ses assassins, blancs[32].

PortĂ© par la puissance Ă©vocatrice de ses textes, Dylan devient la voix d’une gĂ©nĂ©ration excĂ©dĂ©e par les injustices et le conservatisme qui prĂ©valent alors. Blowin' in the Wind, que Dylan compose en avril 1962, paraĂźt dans le numĂ©ro six de Broadside. Reprise sur tous les campus et popularisĂ©e par le trio Peter, Paul and Mary, elle symbolise la dimension sociale et politique qu’est en train d’acquĂ©rir son jeune auteur[b 15].

The Freewheelin'

Blowin' in the Wind sera la premiĂšre chanson de son deuxiĂšme album, The Freewheelin' Bob Dylan, qu’il commence Ă  enregistrer en juin. La chanson est constituĂ©e de trois strophes, chacune composĂ©e de trois vers. Chaque vers comprend une question, dont la rĂ©ponse, toujours identique, constitue le refrain :

« La rĂ©ponse, mon ami, est soufflĂ©e par le vent
La rĂ©ponse est soufflĂ©e par le vent[33] Â»

Dylan compose de nombreuses chansons engagĂ©es telles que A Hard Rain's a-Gonna Fall, Ă©crite pendant la crise des missiles de Cuba, Masters of War et Oxford Town (Ă©crite par Dylan Ă  propos des Ă©vĂšnements qui se sont dĂ©roulĂ©s Ă  l’universitĂ© du Mississippi, situĂ©e prĂšs de la ville d'Oxford, oĂč James Meredith, un vĂ©tĂ©ran de l’US Air Force, a Ă©tĂ© le premier noir Ă  ĂȘtre admis). Mais il rompt Ă©galement avec la tradition folk de son premier album avec des titres plus intimistes tels que Don't Think Twice, It's All Right, Girl from the North Country, et Bob Dylan's Dream, rĂ©vĂ©lateurs de la mythologie et du sens de la poĂ©sie qui l'habitent[28].

Les sessions d'enregistrement et la production de l'album, plus longue que celle du premier, rĂ©vĂšlent Ă©galement l'animositĂ© qui oppose John H. Hammond Ă  Albert Grossman : celui-ci conteste tout d'abord la validitĂ© du contrat qui lie CBS Ă  Dylan, mineur lorsqu'il le signa ; il s'oppose ensuite Ă  Hammond sur la production de Mixed up Confusion[34], accompagnĂ©e par un piano, une batterie, deux guitares et une basse. Le simple, qui comprend Ă©galement Corrina, Corrina, ne concorde pas avec l'image de chanteur de folk de Dylan et est rapidement retirĂ© de la vente[b 16].

PremiÚres apparitions télévisées

DĂ©couvert par le rĂ©alisateur Philippe Saville Ă  Greenwich Village, Dylan part Ă  Londres en dĂ©cembre pour participer Ă  une piĂšce tĂ©lĂ©visĂ©e : Madhouse On Castle Street, diffusĂ©e le soir du 13 janvier 1963 Ă  la BBC[35]. La piĂšce dĂ©crit l'histoire d'un jeune homme rebelle qui s'enferme dans une pension et refuse d'en sortir ; sa sƓur et son voisinage tentent d'en dĂ©couvrir la raison. Dylan est d'abord pressenti pour jouer le rĂŽle principal, mais constatant le manque de naturel de Dylan lorsqu'il joue, Saville rĂ©Ă©crit la piĂšce et attribue Ă  Dylan un rĂŽle de narrateur chantant[36]. Dylan interprĂšte quatre chansons dont Blowin' In the Wind, dont c'est la premiĂšre diffusion ; l'original de l'enregistrement fut dĂ©truit en 1968 et aucune copie n'a depuis Ă©tĂ© retrouvĂ©e[35].

Le 12 mai 1963, Dylan doit participer au Ed Sullivan Show, une Ă©mission accueillant tous les styles de musique et dont la diffusion est nationale ; elle est prĂ©sentĂ©e par Ed Sullivan et produite par Bob Precht. Ceux-ci acceptent Talkin' John Birch Society Blues, que Dylan dĂ©sire interprĂ©ter, mais Stove Phelps, conseiller Ă  la programmation de CBS, la refuse : dans cette chanson moqueuse, les membres de la John Birch Society sont ridiculisĂ©s et sont associĂ©s Ă  Hitler[37]. Phelps dit craindre un procĂšs en diffamation, Ă  la surprise de Ed Sullivan[38]: Hootenany, une autre Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e avait acceptĂ© de diffuser une chanson du Chad Mitchell Trio, dont la cible Ă©tait aussi la John Birch Society[28]. Dylan refuse alors d'interprĂ©ter une autre chanson, et s’en va, furieux[39]. La chanson, sous la pression des avocats de CBS, est Ă©galement retirĂ©e de l'album The Freewheelin', sur lequel elle devait figurer [b 17].

Cet Ă©pisode ne marque pas l'arrĂȘt des apparitions tĂ©lĂ©visĂ©es de Bob Dylan : en mai, est diffusĂ©e une Ă©mission de Westinghouse Studios, intitulĂ©e Folk songs and more folk songs, prĂ©sentĂ©e par John Henry Faulk, Ă  laquelle participent Ă©galement les Brother Four, Carolyn Hester, Barbara Dane et The Staple Singers. Dylan y interprĂšte Blowin' in the Wind, Man of Constant Sorrow et Ballad of Hollis Brown[28].

L'engagement social

Bob Dylan et Joan Baez lors de la Marche sur Washington le 28 aoĂ»t 1963.

Le 28 aoĂ»t 1963, Dylan, comme Joan Baez, Mahalia Jackson, etc., participe Ă  la Marche sur Washington, oĂč plus de 200 000 pacifistes se rassemblent pour dĂ©noncer l'inĂ©galitĂ© des droits civiques que subit la population noire. AprĂšs que les orateurs se furent succĂ©dĂ© et que Martin Luther King eut prononcĂ© son cĂ©lĂšbre discours « I have a dream Â», il interprĂšte When the Ship Comes In et Only a Pawn in Their Game, tandis que Peter, Paul and Mary chantent Blowin' in the Wind[b 18].

Cet Ă©pisode illustre l'implication de Dylan et de nombreux autres artistes pour les droits civiques Ă  cette pĂ©riode : par l'intermĂ©diaire de Suze Rotolo, qui travaillait au CORE (le Congress of Racial Equality), et de Broadside[28],[11], il cĂŽtoyait le milieu contestataire Ă©tudiant, qui militait pour les minoritĂ©s, dans un contexte difficile[40]. Le 10 mai 1963, Ă  Greenwood, dans le Mississippi, Dylan avait chantĂ© Ă  un rassemblement organisĂ© par le SNCC[41], pour inciter la population noire des États du Sud Ă  s'inscrire sur les listes Ă©lectorales[11]. De mĂȘme, sa prĂ©sence aux concerts de Joan Baez, leur relation amoureuse, contribuĂšrent Ă  forger son image de hĂ©raut de la contestation sociale, aux cĂŽtĂ©s de Joan. Surgissent cependant les signes de l'Ă©troitesse et de l'inexactitude de cette image.

Le 13 dĂ©cembre 1963, au cours d'un banquet de charitĂ© organisĂ© par le ComitĂ© de Secours aux LibertĂ©s Civiques (Emergency Civil Liberties Commitee, ECLC), Dylan reçoit le prix Tom Paine, qui rĂ©compense « une personnalitĂ© qui a symbolisĂ© le juste combat pour la libertĂ© et l'Ă©galitĂ© Â»[42]. GrisĂ© par l'alcool, il prononce un discours dĂ©sastreux.
À l'occasion d'un profil rĂ©alisĂ© par Nat Hentof pour le New Yorker, Dylan dĂ©crivit son impression : « Je suis tombĂ© dans un piĂšge quand j'ai acceptĂ© le prix Tom Paine [
]. DĂšs que je m'y suis pointĂ©, je me suis senti oppressĂ©. [
] Ça m'a vraiment pris Ă  la gorge. Je me suis mis Ă  boire. J'ai
 vu un groupe de gens qui n'avaient rien Ă  voir avec mon genre d'idĂ©es politiques. J'ai regardĂ© le parterre et j'ai eu la trouille. [
] On aurait dit qu'ils donnaient de leur argent parce qu'ils culpabilisaient Â»[43]. Dans cet article, Dylan dit Ă©galement : « Je ne fais partie d'aucun Mouvement. Sinon je ne pourrais rien faire d'autre que d'ĂȘtre dans le Mouvement. Je ne peux pas voir des gens s'asseoir et fabriquer des rĂšgles pour moi. Je fais un tas de trucs qu'aucun Mouvement n'autoriserait. Â»

Joan Baez, de laquelle Dylan s'Ă©loigna en 1964, le dĂ©crivit de la façon suivante : « Pour on ne sait quelle raison, Ă  mon avis, il veut se libĂ©rer de toute responsabilitĂ©. N'importe quelle responsabilitĂ©, concernant n'importe qui, me semble-t-il. S'en tirer tout juste avec ce que les autres ont Ă  offrir. Â»[c 3]

Une Ă©volution sensible

C'est le 10  fĂ©vrier 1964[44] que paraĂźt The Times They Are a-Changin', l'album qui constitue le deuxiĂšme volet de ce qui est parfois appelĂ© la trilogie folk de Bob Dylan.

Sur cet album, sur lequel Dylan a pour la premiĂšre fois un contrĂŽle total[c 4], il approfondit encore le registre de la topical song avec des chansons jaillies du contexte politique et social aux États-Unis : par exemple Only a Pawn in Their Game qui Ă©voque le meurtre de Medgar Evers, leader de la National Association for the Advancement of Colored People pour le Mississippi au dĂ©but de l'Ă©tĂ© 1963, The Lonesome Death of Hattie Carroll, inspirĂ©e par un fait divers de la banlieue de Baltimore, oĂč un homme « de la bonne sociĂ©tĂ© Â» tua une domestique en lui assĂ©nant un coup de canne[c 5].
Surtout, l'album contient The Times They Are a-Changin' qui, deux ans aprĂšs Blowin' in the Wind devient le nouvel hymne de la jeunesse. Cette chanson rĂ©sume l'humeur des annĂ©es 1960, dans laquelle une voix prophĂ©tique annonce un monde en pleine mutation, oĂč journalistes, critiques, hommes politiques ne doivent pas barrer la route aux eaux montantes du changement[b 19].

Cependant, The Times They Are a-Changin' rĂ©vĂšle une Ă©volution sensible chez son auteur : tout d'abord au dos de la pochette et dans un encart sont imprimĂ©s 11 Outlined Epitaphs, « 11 Ă©pitaphes esquissĂ©es Â», qui constituent la premiĂšre publication de poĂ©sie de Dylan[45], et oĂč, subjectivement, il parle plus librement de lui-mĂȘme. Des allusions Ă  la route, Ă  la fuite y sont Ă©galement rĂ©currentes. Ces poĂšmes seront republiĂ©s plus tard dans Writings and Drawings et seront Ă©galement le support d'une biographie de Dylan : Bob Dylan, Epitaphs 11.
D'autre part, sont incluses dans l'album des chansons comme One Too Many Mornings ou Boots of Spanish Leather, oĂč Dylan exprime des sentiments sur les femmes, l'amour, l'amitiĂ©, que les ballades folk traditionnelles ne savent pas exprimer[b 20].

Son public, aussi, a changĂ© : Ă  des amoureux de musique folk, calmes, aux mƓurs vestimentaires sobres succĂšde un public pop, jeune, enthousiaste, exubĂ©rant[c 6]. C'est aussi ce que remarque Terri Van Ronk, qui s'occupa de la toute jeune carriĂšre de Dylan[b 21], Ă  l'occasion d'un concert au Carnegie Hall le 26 octobre 1963, devant 3 000 spectateurs :

« C'Ă©tait trĂšs Ă©tonnant. Comme un avant-goĂ»t de la Beatlemania. La premiĂšre grande ascension de Bobby Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ , dans ce concert de Carnegie Hall. Quand ce fut fini, nous nous retrouvĂąmes tous dans les coulisses, et ils cherchaient la ruse pour Ă©chapper Ă  l'assaut des jeunes filles qui hurlaient au dehors. Â»

— Anthony Scaduto, Bob Dylan, p. 268 & 269

Another Side

Son album suivant, Another Side of Bob Dylan, est enregistrĂ© en un jour en juin, et paraĂźt le 8 aoĂ»t 1964 en musique. C'est un album dans la continuitĂ© de Freewheelin', qui reste fidĂšle Ă  l’idiome folk (guitare et harmonica), mais il n'y a plus de chanson protestataire. Ici aussi, des poĂšmes accompagnent l'album[c 7].

Les thĂšmes centraux de cet album sont l'amour, la libertĂ© individuelle, les rapports humains. Dylan y dĂ©veloppe Ă©galement un autre thĂšme d'importance : la futilitĂ© de l'engagement, comme l'Ă©voque My Back Pages. Dylan s'y moque de lui-mĂȘme, de sa vision manichĂ©enne, et juge que les vieux discours et autres symboles ne sont que futilitĂ©s et mensonges (« Ah j'Ă©tais si vieux alors / Je suis plus jeune que ça maintenant Â»).
Dylan participe ainsi Ă  la crĂ©ation d'un climat culturel qui allait permettre aux artistes, aux groupes de rock de faire partager leur vision poĂ©tique, de dĂ©passer les limites de la chanson d'alors[b 22]. Lors de l'enregistrement en studio de l'album, Dylan confie Ă  Nat Hentoff, journaliste au New Yorker : « Il n'y aura pas de chanson protestataire dans cet album. Ces chansons, je les avais faites parce que je ne voyais personne faire ce genre de choses. Maintenant beaucoup de gens font des chansons de protestation, pointant du doigt ce qui ne va pas. Je ne veux plus Ă©crire pour les gens, ĂȘtre un porte-parole. [...] Je veux que mes textes viennent de l'intĂ©rieur de moi-mĂȘme Â»[46].

L'album est mal accueilli par la critique et par le milieu folk, lui reprochant notamment son excĂšs de subjectivitĂ©, son manque d'esthĂ©tisme. Un journal rĂ©digea notamment la critique suivante : « Mais Bob / Il a deux problĂšmes / des petits / la langue qu'il Ă©crit / est pas de l'anglais / la mesure qu'il bat / est pas de la chanson / et c't'espĂšce d'/ intellectualisme inverti / fait rien que / me barber Ă  mort. Â» [c 8].

Tournées

En fĂ©vrier 1964, il part donner plusieurs concerts Ă  travers l'AmĂ©rique pour tester ces nouvelles interprĂ©tations. AprĂšs le concert folk de Monterey en Californie fin mai, il s'envole pour une tournĂ©e au Royaume-Uni et un concert grandiose au Royal Festival Hall[d 7] . AprĂšs Londres il fait un bref dĂ©tour par la France oĂč il avoue avoir dĂ©diĂ© sa premiĂšre chanson Ă  Brigitte Bardot, il est Ă©galement un admirateur de Françoise Hardy[d 8].

1965 – 1966 : la premiĂšre pĂ©riode rock

Avec les Beatles

Le 28 aoĂ»t 1964, Dylan a pour la premiĂšre fois rencontrĂ© les Beatles Ă  leur hĂŽtel Ă  New York, lors de leur tournĂ©e amĂ©ricaine. Au-delĂ  de l'initiation[47],[48] ou non[49] Ă  la marijuana des seconds par le premier, cette rencontre est le symbole de leur influence rĂ©ciproque au cours des annĂ©es 1960 : alors qu'au dĂ©but de 1964 Dylan avait observĂ© avec attention l'ascension des Beatles[50], ceux-ci Ă©taient sensibles « aux paroles et Ă  l'attitude [...] incroyablement originales et gĂ©niales Â» de Dylan[51]. En 1965, lors de la tournĂ©e anglaise de Dylan, les Beatles affichent ostensiblement leur attirance, comme le titre l'article de Ray Coleman dans le journal Melody Maker du 9 janvier : Les Beatles disent : Dylan montre la voie[c 9].

Le passage au rock

L’avenir est dans les instruments Ă©lectriques. En 1965, il engage le guitariste montant de l’époque, Mike Bloomfield, le « Clapton amĂ©ricain Â» et enregistre un nouvel album, mi-acoustique, mi-Ă©lectrique, Bringing It All Back Home. Son public folk ne suit pas et boude l’album, pourtant encore assez proche des prĂ©cĂ©dents, mĂȘme sur les titres avec instruments Ă©lectriques. Cet album sera classĂ© numĂ©ro un au Royaume-Uni alors qu'il n'atteindra que la sixiĂšme place dans les charts amĂ©ricains.

Trois mois plus tard, paraĂźt Highway 61 Revisited. EntiĂšrement Ă©lectrique, l’album s'appuie sur un rock basique, trĂšs incisif. LĂ  oĂč les morceaux de l’album prĂ©cĂ©dent n’étaient souvent que du folk « Ă©lectrifiĂ© Â», ceux-ci laissent libre cours aux guitares rageuses et aux orgues tortueuses. Les paroles, abstraites et imagĂ©es, se dĂ©marquent Ă©galement de la sobriĂ©tĂ© folk :

Les admirateurs du chanteur sont perplexes : Bob Dylan est pour eux la perpĂ©tuation d'une tradition solidement ancrĂ©e, entre musique amĂ©ricaine des origines et engagement social, et le rock une musique commerciale, dansante et vulgaire. Dylan, soutenu par un petit groupe de rock garage, les Hawks, qui deviendront plus tard The Band, part en tournĂ©e qui est, Ă  l’époque, la plus longue jamais entreprise. Dylan joue ses nouvelles chansons partout dans le monde, et il est huĂ©, notamment Ă  Manchester le 17 mai 1966. Le divorce est consommĂ© : Dylan ne sera jamais lĂ  oĂč on l'attend.

Au milieu de cette tournĂ©e Ă©prouvante, oĂč le groupe joue plus fort que n’importe qui avant eux[52], Dylan enregistre le dernier volet de « la trilogie Ă©lectrique Â» : Blonde on Blonde.

EnregistrĂ© en deux semaines de studio pendant lesquelles Dylan Ă©crit souvent les paroles quelques minutes avant le dĂ©but de la session, Blonde on Blonde, premier double album de l’histoire du rock, est un Ă©trange moment de calme au milieu de la fureur de cette Ă©poque. Voix et musique s’y fondent pour nous raconter toutes les derniĂšres expĂ©riences de Dylan, vĂ©cues et rĂȘvĂ©es, dans une ode Ă  l’amour sous toutes ses formes, de la mĂšre Ă  la prostituĂ©e, en passant par l’amour illusoire que donne la drogue. Dylan est au sommet du monde, vibrant intĂ©rieurement de mille sensations Ă©tranges, et fait partager ses expĂ©riences dans cet album si surrĂ©aliste qu’il est difficile de le dĂ©crire. Un chef d’Ɠuvre hors du temps qui fait de Dylan la locomotive du rock and roll.

Le 24 juillet 1965, lors du Festival de folk de Newport, lui qui habituellement avait une guitare acoustique et un harmonica, il fait irruption sur scĂšne avec trois membre du Paul Butterfield Blues Band et du pianiste Barry Goldberg en attaquant Maggy's Farm, le son est lamentable. MalgrĂ© les critiques et les siffets, Dylan continue avec It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry et Like a Rolling Stone. Il se fait de plus en plus huer, il quitte la scĂšne et reviens avec une guitare sĂ©che pour entonner It's All Over Now, Baby Blue puis Ă  la demande du public Mr Tambourine Man. Il a troublĂ© les esprits, dĂ©chainĂ© les critiques mais conquis de nouveaux fans.

Le 22 novembre 1965, Dylan se marie secrĂštement avec Sara Lownds, une mannequin de 25 ans[53],[a 3]. Certains amis de Dylan, dont Ramblin' Jack Elliott, disent que ce dernier niait qu'il Ă©tait mariĂ© dans les conversations suivant immĂ©diatement le mariage[b 23]. La journaliste Nora Ephron a Ă©tĂ© la premiĂšre Ă  rendre la nouvelle publique en fĂ©vrier 1966 dans un article du New York Post intitulĂ© Hush! Bob Dylan is wed[54].

1968 – 1970 : les racines country

En juillet 1966, l'Ă©popĂ©e rock and roll de Bob Dylan s’arrĂȘte plus brutalement encore qu’elle n'avait commencĂ© : la moto Triumph Bonneville du chanteur sort de la route, l’envoyant Ă  l’hĂŽpital, ce qui l’écarte des scĂšnes pendant trois ans. ForcĂ© au repos, Dylan rompt avec la vie remplie d'excĂšs qu'il menait jusqu'alors, tandis que les rumeurs les plus folles circulent Ă  son propos : on le croit mort, fou, kidnappĂ© par la CIA, etc. Sa longue retraite est l'occasion pour lui et ses amis du Band d'enregistrer des Ă©bauches de chansons, qui sortiront dans les annĂ©es 1970 sous le nom de The Basement Tapes.

Ce n’est qu’en 1968 que Dylan rĂ©apparaĂźt, avec John Wesley Harding, un album acoustique apaisĂ©. Il montre un Dylan moins surrĂ©aliste et davantage intĂ©ressĂ© par le passĂ© de son pays et des histoires populaires nimbĂ©es d’un mystĂšre irrĂ©el. Pour autant, les admirateurs ne se sont pas calmĂ©s : Dylan est encore leur meneur et ils attendent qu’il assume son rĂŽle. HarcelĂ©, le chanteur se rĂ©fugie Ă  la campagne, puis prend anonymement un appartement Ă  New York, mais rien n’y fait.

Ce vedettariat, dont il ne veut pas, est sans doute en partie Ă  l’origine des deux albums suivants, oĂč Dylan habillĂ© en cow-boy, s'essaie Ă  la musique country. Nashville Skyline et le double album Self Portrait, tout en ballades gentillettes et douces, consternent les admirateurs : leur idole abandonne la contreculture pour devenir un tranquille pĂšre de famille. Nashville Skyline marque la rencontre de Dylan avec un autre monstre sacrĂ© de la chanson amĂ©ricaine, Johnny Cash. Les chansons I Threw It All Away, leur reprise de Girl From the North Country participent Ă  la rĂ©ussite de l'album. L'album Self Portrait, composĂ© en majeure partie de reprises de titres folk et pop, est plus hĂ©tĂ©rogĂšne.

Les années 1970, renaissances et déclins

Bob Dylan et le Band en 1974.

Au dĂ©but des annĂ©es 1970, Dylan se consacre Ă  sa vie de famille. Il sort un album trĂšs calme, New Morning, dominĂ© par le piano. Il participe au concert pour le Bangladesh qu'organise George Harrison en aoĂ»t 1971 Ă  New York et joue dans le western, Pat Garrett et Billy the Kid, dont il Ă©crit la musique[55]. En grande partie instrumentale, cette bande originale contient le tube Knocking on Heaven’s Door. Ce n’est qu'en 1974, aprĂšs un album avec The Band (Planet Waves), que Dylan dĂ©cide de repartir en tournĂ©e.

Les concerts, dans de trĂšs grandes salles, sont Ă©normes : Dylan est en grande forme, dĂ©cidĂ© Ă  reconquĂ©rir ce titre de rock star auquel il avait lui-mĂȘme renoncĂ© quelques annĂ©es plus tĂŽt[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Il chante de maniĂšre plus agressive que jamais, mĂąchant ses mots : il donne enfin l’impression d’ĂȘtre « vivant Â». La tournĂ©e, illustrĂ©e par l'album live Before the Flood, est suivie par un disque, Blood on the Tracks, oĂč Dylan conte son divorce avec sa femme Sara (clairement Ă©voquĂ© dans Desire)[56]. Les chansons explorent toutes les facettes de la dĂ©tresse amoureuse : l’apitoiement sur soi-mĂȘme, la colĂšre, les rechutes amoureuses, etc. Tout cela dans un style poĂ©tique et avec un tout nouveau son, synthĂšse entre l’ancien et le nouveau : acoustique habillĂ© de batteries, de basses et de claviers. Le disque remporte un grand succĂšs, qui ne suffit pas Ă  sortir Dylan de sa dĂ©pression, mais ne lui enlĂšve pas non plus le sens de la repartie : Ă  une journaliste qui lui confie son enthousiasme, il rĂ©torque qu’il ne voit vraiment pas comment on peut aimer expĂ©rimenter des sentiments tels que ceux exprimĂ©s par Blood on the Tracks[57].

Bob Dylan et Allen Ginsberg pendant la Rolling Thunder Revue (2 novembre 1975).

À l'automne de l'annĂ©e suivante, le chanteur rĂ©unit ses vieux amis, parmi lesquels la chanteuse folk Joan Baez et les guitaristes Roger McGuinn et Mick Ronson, et entame une tournĂ©e qui se veut Ă©pique et bohĂšme, dans un esprit hippie dĂ©jĂ  un peu dĂ©passĂ© Ă  l’époque : la Rolling Thunder Revue[58]. La caravane, forte de dizaines de fĂȘtards et de musiciens, fait escale dans de petites salles, joue avec des musiciens de bar recrutĂ©s sur place, et un film est tournĂ© (Renaldo et Clara)[59]. Toutefois, durant la seconde moitiĂ© de la tournĂ©e, au printemps 1976, l'enthousiasme a laissĂ© place Ă  une lassitude qui transparaĂźt sur Hard Rain, enregistrĂ© et paru en 1976. Il faut attendre prĂšs de 30 ans pour qu'un tĂ©moignage live des concerts de l'automne 1975 soit publiĂ©, dans le cadre des Bootleg Series[60].

Entre les deux segments de la tournĂ©e, Dylan sort l'album Desire, rĂ©sultat d'une collaboration avec le parolier Jacques Levy. Cette idĂ©e aboutit Ă  des rĂ©cits nimbĂ©s de mystĂšres plein de pyramides, de gangsters et de voyous, habillĂ©es par une orchestration trĂšs riche oĂč le violon, tenu par Scarlet Rivera, musicienne rencontrĂ©e par hasard pendant la tournĂ©e, occupe une grande place. On y trouve Ă©galement pour la premiĂšre fois depuis plus de dix ans un chant de protestation : Hurricane, qui raconte le procĂšs du boxeur Hurricane Carter emprisonnĂ© pour meurtre[61], et que Dylan est alors rĂ©solu Ă  faire libĂ©rer.

1979 – 1981 : la pĂ©riode chrĂ©tienne

Bob Dylan en concert Ă  Toronto en 1980.

En 1979, Dylan se convertit au christianisme et se met Ă  Ă©crire sur sa relation avec Dieu[a 4]. Si le premier disque de cette pĂ©riode, Slow Train Coming, avec notamment Mark Knopfler Ă  la guitare, se rĂ©vĂšle intĂ©ressant, les suivants sont plus dĂ©cevants : les textes sont peu inspirĂ©s et semblent recopiĂ©s d'un livre de cantiques ; il habille sa musique de chƓurs et de cuivres assourdissants dans Saved et Shot of Love. Peu apprĂ©ciĂ©s par les critiques, ces albums contiennent toutefois quelques perles comme Every Grain of Sand. Un journaliste de Gala dira mĂȘme que Slow Train Coming « est un petit bijou inspirĂ© Â» et que « Saved et Shot of Love sont plus proches d’une extase habitĂ©e: litanies ecclĂ©siastiques et textes liturgiques Ă©touffĂ©s par les chƓurs et des cuivres assourdissants. Â»[62].

Le fait que Dylan se soit converti au christianisme l'a Ă©loignĂ© de plusieurs de ses disciples et ses collĂšgues [63]. Peu de temps avant son assassinat, John Lennon a enregistrĂ© Serve Yourself en rĂ©ponse Ă  la chanson Gotta Serve Somebody[64]. En 1981, quand la foi de Dylan fut dĂ©voilĂ©e, Stephen Holden a Ă©crit dans le New York Times que « ni l'Ăąge (actuellement 40), ni sa conversion au christianisme trĂšs mĂ©diatisĂ©e n'ont modifiĂ© son tempĂ©rament essentiellement iconoclaste Â» [65].

Les années 1980

En 1983, Dylan met fin Ă  sa pĂ©riode chrĂ©tienne et enchaĂźne avec Infidels, dont les thĂšmes tournent autour du judaĂŻsme. De son propre aveu[19], le chanteur a perdu quelque chose de ce qui faisait son gĂ©nie : les chansons ne viennent plus avec la mĂȘme facilitĂ© qu’avant, et son enthousiasme est usĂ©. La fin de la dĂ©cennie le trouve associĂ© avec le Grateful Dead pour une sĂ©rie de concerts[66]. Sur les conseils de Bono, chanteur de U2, il enregistre ensuite avec le producteur Daniel Lanois l'album, Oh Mercy[67],[68]. D’autre part, en 1988, Dylan fit partie des Traveling Wilburys, regroupant, sous des pseudonymes, Dylan, George Harrison, Jeff Lynne, Tom Petty et Roy Orbison[69]. Le groupe se sĂ©parera en 1990 aprĂšs deux albums.

1992 – 1995 : Reprises Folk et Blues

Bob Dylan en concert Ă  Stockholm en 1996.

Alors que sa maison de disques commence à éditer des coffrets regroupant ses archives, Dylan débute la décennie 1990 avec les albums Good as I Been to You et World Gone Wrong, entiÚrement composés de reprises de vieux titres folk et blues[68]. On peut donc penser, au vu de la qualité de ce qu'a composé Bob Dylan par la suite, qu'il s'agit pour lui d'un nouveau départ.

Depuis 1997 : la renaissance sans fin

Dylan enchaĂźne depuis la fin des annĂ©es 1980 les concerts sur les cinq continents. Ce « Never Ending Tour Â» (une appellation dĂ©sapprouvĂ©e par Dylan) est l’occasion pour lui de revisiter ses standards en laissant la part belle Ă  l’improvisation : son groupe change de morceaux tous les soirs, et ne rejoue quasiment jamais une chanson de la mĂȘme façon d’un soir sur l’autre.

En 1997, Dylan s’associe Ă  nouveau avec Daniel Lanois pour enregistrer Time Out of Mind, son premier album de compositions originales depuis sept ans. PeuplĂ© de compositions habitĂ©es, Time Out of Mind est une chronique dĂ©sespĂ©rĂ©e mais bien vivante de la vieillesse d’une vedette du rock. Dylan y pose un regard sans complaisance sur son Ăąge, Ă©vitant au passage les clichĂ©s rock and roll.

En septembre 2001 sort Love and Theft. TrĂšs bluesy et jazzy, dĂ©pouillĂ© et proche du son de ses concerts, ce nouvel album est nettement plus enthousiaste que ses prĂ©dĂ©cesseurs. Il est suivi en aoĂ»t 2006 de Modern Times, dont le titre fait rĂ©fĂ©rence au film de Charlie Chaplin. Il est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme le troisiĂšme volet d'une trilogie commencĂ©e avec Time Out of Mind, bien que Dylan lui-mĂȘme considĂšre que si trilogie il doit y avoir, elle s'ouvre plutĂŽt sur Love and Theft. Produit par Dylan et enregistrĂ© dans des conditions quasi live avec le groupe qui l'accompagne sur scĂšne, Modern Times retrouve les accents de jazz, de ragtime, de bluegrass et de rockabilly de Love and Theft, dans une ambiance plus feutrĂ©e et glamour, qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  la pĂ©riode d'or des annĂ©es 1930 : celle des postes Ă  galĂšne, de Bing Crosby et de Louis Armstrong. Pour accompagner la sortie de cet album, Dylan a dĂ©clarĂ© dans le magazine Rolling Stone que rien de ce qui avait Ă©tĂ© fait depuis les 20 derniĂšres annĂ©es n'avait grĂące Ă  ses yeux.

D’autre part, alors que Martin Scorsese lui consacre un film documentaire intitulĂ© No Direction Home, Dylan finalise la rĂ©daction de la premiĂšre partie de ses mĂ©moires, Chroniques, Volume 1. Ce volume apporte une vision personnelle sur des pĂ©riodes mal connues de sa vie, comme ses dĂ©buts Ă  New York, ou l’enregistrement de Oh Mercy en 1989. La parution rĂ©guliĂšre des Bootleg Series, enregistrements pirates jadis introuvables, dĂ©sormais remasterisĂ©s et officiels, lĂšve le voile sur des enregistrements lĂ©gendaires disponibles pour la premiĂšre fois. Le huitiĂšme volume de cette « sĂ©rie Â», Tell Tale Signs: Rare and Unreleased 1989-2006, est sorti en octobre 2008.

Bob Dylan au Jazzfest de la Nouvelle-Orléans en 2006

En octobre 2007 sort la compilation Dylan 07, ainsi que le remix inclus de Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine par le DJ Mark Ronson. En dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e, le film de Todd Haynes I'm Not There s'inspire « des nombreuses vies Â» et chansons de Bob Dylan, qui est interprĂ©tĂ© par six acteurs et une actrice.

Dylan obtient le prix Pulitzer de musique en avril 2008, « pour son profond impact sur la musique populaire et la culture amĂ©ricaine, Ă  travers des compositions lyriques au pouvoir poĂ©tique extraordinaire Â», selon le jury[70].

Fin avril 2009, Dylan sort un nouvel album, son trente-troisiĂšme : Together Through Life, issu d'une collaboration avec le parolier du Grateful Dead Robert Hunter. En octobre de la mĂȘme annĂ©e paraĂźt Christmas in the Heart, un album de reprises de chants de NoĂ«l dont les bĂ©nĂ©fices sont intĂ©gralement reversĂ©s Ă  diverses Ɠuvres caritatives.

Une tournée européenne est prévue fin 2011 avec Mark Knopfler, avec qui il avait enregistré Slow Train Coming.

Analyses

L'influence de Dylan sur son Ă©poque

« Bob Dylan ne donnait pas tant l'impression de se tenir Ă  un tournant dĂ©cisif de l'espace-temps culturel que d'ĂȘtre ce tournant dĂ©cisif. Comme si la civilisation avait pu Ă©voluer Ă  son grĂ©, ou mĂȘme au grĂ© de sa fantaisie [...]. Â»

— Greil Marcus, La RĂ©publique Invisible

Riche d'une quarantaine d'albums, l'Ɠuvre de Bob Dylan rĂ©unit la musique traditionnelle qui a accompagnĂ© l'Ă©dification des États-Unis et la modernitĂ© la plus avant-gardiste : l'Ouest profond et Greenwich Village. Il est l'un des artistes qui ont le plus rĂ©volutionnĂ© la musique populaire dans les annĂ©es 1960 et 1970, contribuant Ă  l'Ă©lever au rang d'un vĂ©ritable art. Son influence dĂ©borde mĂȘme du cadre de la musique, s’étendant Ă  la littĂ©rature, au cinĂ©ma et mĂȘme Ă  la politique, puisqu’il fut, de maniĂšre plus ou moins involontaire, l’un des meneurs de la contreculture de cette Ă©poque.

DĂšs ses dĂ©buts en 1961, Dylan fait parler de lui dans les milieux folk amĂ©ricains en adoptant une maniĂšre de chanter trĂšs expressive, qui surprend encore parfois aujourd'hui, loin des standards de la « belle Â» chanson. Souvent accusĂ© de « ne pas savoir Â» chanter, Dylan est en rĂ©alitĂ© l'un des artistes modernes Ă  avoir le plus fait progresser l'usage de la voix, l’employant comme un vĂ©ritable instrument de musique et recherchant davantage l'expressivitĂ© que la beautĂ© classique. Il a considĂ©rablement expĂ©rimentĂ© sur l'usage des dissonances, se faisant ainsi l’hĂ©ritier direct des bluesmen des annĂ©es 1930, tel Howlin' Wolf.

Musicalement, mĂȘme si ses compositions restent le plus souvent relativement « classiques Â», il a contribuĂ©, au cĂŽtĂ© d'artistes comme Eric Clapton et The Rolling Stones, Ă  faire entrer la musique traditionnelle amĂ©ricaine - blues, folk, country ... - dans l'Ăšre moderne, comme le montrent les disques de sa « premiĂšre Ă©poque rock Â», entre 1965 et 1966.

Mais le domaine dans lequel Dylan a eu une importance cruciale est celui des textes : dĂšs son deuxiĂšme album (le premier Ă©tant presque entiĂšrement composĂ© de reprises, comme cela se pratiquait trĂšs couramment Ă  l’époque), il a imposĂ© une maniĂšre d’écrire des chansons totalement unique Ă  son Ă©poque. InspirĂ©s par la littĂ©rature, la poĂ©sie surrĂ©aliste, mais aussi les « folksongs Â» rĂ©alistes de la grande tradition amĂ©ricaine, ses textes dessinent un univers intĂ©rieur d’une richesse exceptionnelle. DĂšs le dĂ©but, le thĂšme principal de l’Ɠuvre de Dylan est son expĂ©rience personnelle du monde, sa vision des choses, qu’elle soit rĂ©elle ou fantasmĂ©e. Le surrĂ©alisme qui imprĂšgne profondĂ©ment la plupart de ses textes, mĂȘme les plus simples, atteindra son apogĂ©e en 1965 et 1966 lorsque Dylan dĂ©laissera le folk pour le rock 'n' roll.

LibĂ©rĂ© de toutes les contraintes du format folk, une crĂ©ativitĂ© exacerbĂ©e par l'usage de drogues, il Ă©crit alors plusieurs chefs-d’Ɠuvre qui en font un poĂšte majeur du XXe siĂšcle. Loin d’ĂȘtre incomprĂ©hensibles et absurdes, comme ils sont parfois considĂ©rĂ©s, les textes de cette Ă©poque ne cherchent pas Ă  avoir un sens figĂ©, mais Ă  dĂ©crire des impressions et des sentiments au-delĂ  des mots. Comme un tableau abstrait, ils peuvent acquĂ©rir un sens diffĂ©rent selon l’humeur de l’auditeur, tout en conservant une trĂšs forte identitĂ©. En cela, les mots de Dylan s’approchent de l’essence mĂȘme de la musique, qui tire une partie de son pouvoir du fait qu’elle est le seul art Ă  n’ĂȘtre aucunement figuratif, Ă  une Ă©poque oĂč la plupart des chansons populaires, et particuliĂšrement les chansons rock, parlaient encore de (mĂ©s)aventures sentimentales et de voitures. Elles ont considĂ©rablement influencĂ© l’ensemble des artistes pop de l’époque, au-delĂ  de l’univers du rock and roll et mĂȘme de la musique, et ont changĂ© de maniĂšre radicale la carriĂšre d’artistes aussi talentueux que les Beatles.

Enfin, par ses textes, ses prises de position, mais aussi par son attitude envers son statut de vedette et de musicien, Dylan a jouĂ© un rĂŽle trĂšs important sur l’évolution de la sociĂ©tĂ© dans la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle. AdulĂ© par le public folk et les milieux rĂ©volutionnaires de gauche du dĂ©but des annĂ©es 1960, il refusa d’assumer ce rĂŽle, prĂ©fĂ©rant inciter ses admirateurs, comme il l’exprime dans certains de ses textes (Don't follow leaders / Watch the parkin' meters)[71], Ă  penser par eux-mĂȘmes et Ă  renoncer aux messies, de quelque bord qu’ils soient.

En refusant de participer aux jeux de l'industrie de la musique, en changeant sans cesse d’orientation musicale, ce qui lui a rĂ©guliĂšrement valu d’ĂȘtre accusĂ© de « traĂźtrise Â» par ses anciens admirateurs, il a changĂ© l’image du musicien populaire, faisant entrer la musique pop de plain-pied dans le monde des arts « sĂ©rieux Â». MĂȘme ses errements artistiques, comme ses disques des annĂ©es 1980, oĂč il inventa le rock chrĂ©tien, Ă©taient, semble-t-il, surtout une tentative d’en finir avec l’idolĂątrie dont il Ă©tait l’objet depuis les annĂ©es 1960. Certes, la complexitĂ© de l’Ɠuvre de Dylan l’a empĂȘchĂ© d’ĂȘtre un trĂšs gros vendeur de disques, et donc de toucher un public aussi large que d’autres vedettes de la pop. Mais, en influençant de maniĂšre directe presque tous les artistes de son temps, il a considĂ©rablement pesĂ© sur le devenir d’une musique qui a changĂ© la vision du monde de millions de personnes.

Les passages de Bob Dylan au Festival Folk de Newport

Le 3 aoĂ»t 2002, le retour de Bob Dylan au festival de folk de Newport fut l’occasion de s’interroger sur la rupture prĂ©sumĂ©e entre lui et son public en 1965. La forte conspuation perceptible sur les bandes n’est pas anecdotique : elle ponctuera en effet les tournĂ©es amĂ©ricaines et europĂ©ennes qui suivront, dĂšs lors que Dylan est rejoint par son groupe en deuxiĂšme partie de concert.

1963

RĂ©vĂ©lĂ©e quatre ans plus tĂŽt Ă  ce mĂȘme festival, Joan Baez est la tĂȘte d’affiche de l'Ă©dition 1963 et y introduit Dylan (chemise militaire kaki et blue-jeans dĂ©lavĂ©s), prĂ©cĂ©dĂ© par sa renommĂ©e grandissante de chanteur protestataire. AprĂšs son tour de chant, il rejoint sur scĂšne Peter, Paul and Mary, Joan Baez, Pete Seeger et The Freedom Singers, et la fĂȘte s’achĂšve en chƓur sur We shall Overcome. Le dimanche soir, Baez, qui chante With God on our side l’invite Ă  la rejoindre sur scĂšne et le festival se conclut sur le triomphe de Dylan, alors en communion totale avec son public[28].

1964

En 1964, Dylan, par ses chansons, les concerts qu'il donne est une cĂ©lĂ©britĂ© du monde folk[72], tandis que les topical song, que composent des artistes tels que Phil Ochs, Tom Paxton ou Buffy Sainte-Marie sont trĂšs populaires[28]. Dylan, qui fait trois apparitions cette annĂ©e, chante cependant des chansons plus personnelles de Another Side, Ă  paraĂźtre, telles que All I Really Want to Do, It Ain't Me Babe et To Ramona, ainsi que Mr. Tambourine Man (Bringing It All Back Home). Ses premiers fans le ressentent comme une trahison : Irwin Silber, le rĂ©dacteur en chef du magazine folk Sing Out! rĂ©digea ainsi en novembre 1964 « une lettre ouverte Ă  Dylan Â» oĂč il manifeste son inquiĂ©tude Ă  propos du « dĂ©tachement Â», du « potentiel d'auto-destruction Â» de Dylan et de ses nouvelles chansons « centrĂ©es sur lui-mĂȘme, sentimentales et cyniques Â»[73], tandis que Paul Wolfe, un auteur de Broadside, dĂ©crivit Dylan comme « un faussaire, un hypocrite et un manipulateur de son public Â»[28].

1965

Le 25 juillet 1965, Dylan est la tĂȘte d’affiche du festival mais, Ă  l’image de sa tenue vestimentaire (lunettes de soleil Wayfarer et blouson de cuir) les choses ont changĂ©. Pour lui d’abord : en mars est paru Bringing It All Back Home, composĂ© de morceaux acoustiques et d’autres plus rock. Mi-juillet, Dylan vient d’enregistrer Like a Rolling Stone, qu’il compte jouer au festival. Sur les ondes d’autre part : alors que les Beatles monopolisent le Top Ten, la reprise pop de Mr Tambourine Man des Byrds marque les esprits. Au Royaume-Uni, parallĂšlement Ă  la Beatlemania le rock renaĂźt, grĂące Ă  la redĂ©couverte du blues.

Voir Ă  ce sujet le : British Blues Boom.

À l’atelier blues de ce festival est Ă©galement prĂ©sent[74] The Paul Butterfield Blues Band, un groupe de blues urbain, avec amplis et guitares Ă©lectriques, qui connait le succĂšs avec Born In Chicago, tirĂ© de leur premier album The Paul Butterfield Blues Band. Outre le chanteur Paul Butterfield, le groupe se compose du guitariste Mike Bloomfield, du bassiste Jerome Arnold et du batteur Sam Lay.

RenforcĂ©s par le pianiste Barry Goldberg et l’organiste Al Kooper, Dylan et les musiciens du Paul Butterfield Blues Band rĂ©pĂštent toute la nuit un nombre limitĂ© de chansons : Maggie’s Farm, Like a Rolling Stone et Phantom Engineer[75]». Le lendemain, ils jouent ces trois morceaux et leurs transitions sont accompagnĂ©es d’un brouhaha indescriptible[76]. Sur les priĂšres du prĂ©sentateur Peter Yarrow, de Peter, Paul And Mary, Dylan revient accompagnĂ© d’une guitare acoustique et interprĂšte deux de ses succĂšs : It’s All Over Now Baby Blue et Mr. Tambourine Man.

De cet Ă©vĂ©nement, relatĂ© par Robert Shelton, naquit la lĂ©gende de Dylan dĂ©laissant le folk pour le rock, indiffĂ©rent Ă  l’indignation et Ă  l’amertume de son public[77], tandis qu’en coulisse, les bruits les plus fous circulaient (la rumeur prĂ©tendit que le chanteur Peter Seeger, furieux, chercha une hache pour couper les cĂąbles du micro, ce qu’il dĂ©mentit, ainsi que l'organisateur[78]).

Cependant, des arguments viennent contredire cette interprĂ©tation, notamment ceux avancĂ©s par Bruce Jackson, un des organisateurs du festival, qui a Ă©tudiĂ© les enregistrements qu’il avait conservĂ©s.

Jackson argue tout d’abord que la premiĂšre personne sifflĂ©e ne fut pas Dylan, mais Peter Yarrow, en charge de l'annoncer et dont les phrases entrecoupĂ©es par de longs silences agaçaient un public impatient. D’autre part, les applaudissements sont nourris quand Dylan apparaĂźt, alors que les instruments Ă©lectriques sont dĂ©jĂ  installĂ©s et visibles sur la scĂšne. Par ailleurs, quand le groupe joue, la voix de Dylan est noyĂ©e sous le volume de l’instrumentation, en raison d’une balance des sons trop hĂątive. Jackson avance Ă©galement que malgrĂ© le fait que Dylan soit la tĂȘte d’affiche du festival, il ne joue que quinze minutes, alors que d’autres sont restĂ©s sur scĂšne 45 min. Enfin, le public rĂ©clame le retour de « Bobby Â», ce qu’interprĂšte Yarrow par « avec une guitare folk Â».

En conclusion, Jackson avance l’hypothĂšse que la rĂ©action du public de Newport guida celle des spectateurs des concerts Ă  venir, dĂ©contenancĂ©s par une musique en laquelle ils ne se reconnaissaient plus.

Paradoxalement Ă  ces interprĂ©tations divergentes, les faits sont bien documentĂ©s, il en est question notamment sur ces diffĂ©rents supports :

  • Festival ! de Murray Lerner (1967)
  • No Direction Home, de Martin Scorsese (2005)
  • Quelques disques pirates tel que Folk Rogue, dĂ©crit www.bobsboots (en anglais)

Discographie

Article dĂ©taillĂ© : Discographie de Bob Dylan.

(*) Albums ayant été remasterisés et réédités en version SACD.

Filmographie

Composition du groupe de scĂšne depuis 2007

En 2007, le groupe de scĂšne de Bob Dylan rĂ©unit les musiciens suivants[79] :

  • Bob Dylan : voix, guitare, claviers, harmonica;
  • Stu Kimball : guitare rythmique;
  • Denny Freeman : guitare lead (2007-2010);
  • Charlie Sexton : guitare lead (depuis 2010);
  • Donny Herron : guitare pedal steel, guitare lap steel, mandoline Ă©lectrique, banjo, violon;
  • Tony Garnier : basse, contrebasse;
  • George Receli : batterie;
  • Tommy Morrongiello : guitare rythmique (occasionnellement), technicien guitare.

Peinture

Copenhague, banderole de l'exposition Bob Dylan au Statens Museum for Kunst, 2010

Non content de produire une Ɠuvre musicale majeure, Bob Dylan est aussi un peintre de qualitĂ©. Il commence Ă  peindre en 1974, sous la direction du peintre Norman Raeben. Ses toiles les plus connues ont Ă©tĂ© peintes lors de pĂ©riples successifs au BrĂ©sil, dont il donne une vision toute personnelle. Sans tomber dans la dĂ©nonciation sociale, il peint des figures originales de la sociĂ©tĂ© brĂ©silienne, remarquables par leurs aspects dĂ©modĂ©s (tenues traditionnelles, danses folkloriques...), Ă  rebours des canons contemporains de la mode et de la beautĂ©. Il cherche avant tout Ă  donner une image la plus vivante possible, et surtout la plus matĂ©rielle, comme pour le plat de pĂątes mangĂ© par le couple du tableau The eaters[80].

Exposition

Bibliographie

Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article : sources utilisĂ©es pour la rĂ©daction de cet article

  1. ↑ p. 12-13
  2. ↑ p. 372-373
  3. ↑ p. 193.
  4. ↑ p. 323-337
  1. ↑ p. 41, 45
  2. ↑ p. 217
  3. ↑ p. 112).
  4. ↑ p. 60
  5. ↑ p. 66
  6. ↑ p. 88 à 90
  7. ↑ p. 97
  8. ↑ p. 95 à 98
  9. ↑ p. 109
  10. ↑ p. 123, 124 et 165
  11. ↑ p. 159 & 160
  12. ↑ p. 181 & 182
  13. ↑ p. 171
  14. ↑ p. 191
  15. ↑ p. 203, 204, 231, 249
  16. ↑ p. 223, 238
  17. ↑ p. 240 à 242
  18. ↑ p. 257, 258
  19. ↑ p. 261
  20. ↑ p. 267
  21. ↑ p. 143
  22. ↑ p. 301
  23. ↑ p. 193
  1. ↑ p. 26 à 28
  2. ↑ p. 100
  3. ↑ p. 190
  4. ↑ p. 218
  5. ↑ p. 220, 221
  6. ↑ p. 204 & 226
  7. ↑ p. 226 & 230
  8. ↑ p. 226
  9. ↑ p. 299
  1. ↑ p. 243-246
  2. ↑ p. 281-288
  3. ↑ p. 36
  1. ↑ p. 26
  2. ↑ p. 26
  3. ↑ p. 27
  4. ↑ p. 29
  5. ↑ p. 33
  6. ↑ p. 33
  7. ↑ p. 52
  8. ↑ p. 53

Notes et références

  1. ↑ (en) Elston Gunnn, Expecting Rain
  2. ↑ a, b et c (en) Blind Boy Grunt sur answers.com
  3. ↑ (en) Nigel Williamson, The Rough Guide to Bob Dylan, Rough Guides Ltd, 6 octobre 2004, 1ree Ă©d., 400 p. (ISBN 978-1843531395), p. p. 7 
  4. ↑ (en) D. Kamp et S. Daly, The Rock Snob's Dictionary, 2005, p. p. 148 
  5. ↑ (en) Dylan co-Ă©crit le film Masked and Anonymous sous le pseudonyme Sergei Petrov, Michael Gray, The Bob Dylan Encyclopedia, Continuum International Publishing, 8 juin 2006, 736 p. (ISBN 978-0826469335), p. p. 453 
  6. ↑ (en) Dylan produit les albums Love and Theft and Modern Times sous le pseudonyme Jack Frost, Michael Gray, The Bob Dylan Encyclopedia, Continuum International Publishing, 8 juin 2006, 736 p. (ISBN 978-0826469335), p. p. 556 
  7. ↑ (en)Dylan 'reveals origin of anthem', BBC News, 11 avril 2004
  8. ↑ (en)Modern Times numĂ©ro un au Billboard 200, Billboard, 16 septembre 2006
  9. ↑ Chroniques, Volume 1 parue en 2004
  10. ↑ (en) Bob Dylan: The Rolling Stone Interview. The rock & roll poet reflects on life, love, politics and God - Kurt Loder, Rolling Stone, 21 juin 1984 [lire en ligne]
  11. ↑ a, b et c Anthony Scaduto, HervĂ© Muller (trad. Dashiell Hedayat), Bob Dylan, Christian Bourgois, 1983 (ISBN 2267003503)
  12. ↑ The Hibbing High School
  13. ↑ a, b et c (en) I remember children's faces best... sur Folk fan
  14. ↑ Michael Gray, The Bob Dylan Encyclopedia, Continuum International Publishing, 8 juin 2006, 736 p. (ISBN 978-0826469335), p. p. 198-200 
  15. ↑ (fr) Biographie de Bob Dylan sur Pure People
  16. ↑ (fr) Biographie de Bob Dylan sur Bobdylan.fr
  17. ↑ (en) Michael Gray, The Bob Dylan Encyclopedia, Continuum International Publishing, 8 juin 2006, 736 p. (ISBN 978-0826469335), p. p. 174-175 
  18. ↑ (en) Michael Gray, The Bob Dylan Encyclopedia, Continuum International Publishing, 8 juin 2006, 736 p. (ISBN 978-0826469335) 
  19. ↑ a, b et c Bob Dylan (trad. Jean-Luc Piningre), Chronicles Volume 1 [« Chroniques: Volume 1 Â» ], Fayard, 5 mai 2005 (Ă©dition française), 316 p. (ISBN 2213623406)
  20. ↑ (en) Interview with Joseph Haas, Chicago Daily News, 27/11/1965. (Jonathan Cott, Bob Dylan: The Essential Interviews, p. 59)
  21. ↑ Martin Scorsese ; No Direction Home ; Paramount Pictures (2005)
  22. ↑ Talkin New-York – Bob Dylan (1962)
  23. ↑ Suze Rotolo apparait sur la pochette de l’album The Freewhelin’ Bob Dylan. Photographie : Don Hunstein
  24. ↑ (en) Bob Dylan: A Distinctive Stylist ; Robert Shelton ; The New York Times (29 septembre 1961), [lire en ligne]
  25. ↑ Par exemple Tom Dooley, vieille chanson folk interprĂ©tĂ©e par The Kingston Trio
  26. ↑ Le contrat liant Grossman Ă  Dylan est signĂ© officiellement le 20 aoĂ»t 1962, et ne sera d'ailleurs connu que tardivement. Il sera rompu le 17 juillet 1970.
  27. ↑ L'album s'Ă©coule Ă  5000 exemplaires
  28. ↑ a, b, c, d, e, f, g et h Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone
  29. ↑ Broadside Magazine - Wikipedia anglophone
  30. ↑ A rapprocher de la littĂ©rature de l’instant des auteurs de la Beat Generation.
  31. ↑ Talkin' John Birch Society Blues - The Bootleg Series, Vol. 1
  32. ↑ The Death of Emmitt Till – non commercialisĂ©
  33. ↑ (en) The answer, my friend, is blowin' in the wind / The answer is blowin' in the wind
  34. ↑ « Albert [
] eut l'idĂ©e lumineuse de faire enregistrer Bobby avec un orchestre de dixieland sur Mixed Up Confusion. C'Ă©tait un vrai dĂ©sastre. Â» - John H. Hammond (Anthony Scaduto, Bob Dylan, p. 222 & 223)>
  35. ↑ a et b (en) www.BBC.co.uk Madhouse On Castle Street
  36. ↑ « Dans son rĂŽle de clochard cĂ©leste, Dylan Ă©tait intĂ©ressant, mĂȘme s’il n’est pas permis de juger de sa maniĂšre de chanter sur un rĂŽle dans une nullitĂ© aussi affligeante Â» - The Daily Mirror
  37. ↑ « Now we all agree with Hitlers' views / Although he killed six million Jews Â» - Talkin' John Birch Society Blues
  38. ↑ « Mais la John Birch Society
 j'ai dit que je ne comprenais pas pourquoi elle jouissait d'une telle protection Â» – Ed Sullivan – The New York Post 14 mai 1963
  39. ↑ « Conneries ! Je chante ça ou rien Â» (Anthony Scaduto, Bob Dylan, p. 241
  40. ↑ (fr) www.acontresens.com Les Ă©tudiants noirs entrent en lutte : le « SNICK Â»
  41. ↑ le « ComitĂ© de coordination Ă©tudiant non violent Â», surnommĂ© SNICK
  42. ↑ Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone, p. 205
  43. ↑ (en) Profiles: The Crackin’, Shakin’, Breakin’ Sounds – Nat Hentoff, The New Yorker, 24 octobre 1964 [lire en ligne]
  44. ↑ Bob Dylan: The Times They Are A-Changin' liner notes
  45. ↑ Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone, p. 222
  46. ↑ (en) The Crackin', Shakin' Breakin' Sounds, Nat Hentoff, 24/10/1964. (Jonathan Cott, Bob Dylan: The Essential Interview, p. 16)
  47. ↑ (en) Al Aronowitz; introduced Beatles to Bob Dylan in 1964, Matt Schudel, The Washington Post, 7-08-2005
  48. ↑ Dylan : Portraits et tĂ©moignages, p. 46
  49. ↑ (en) Joint accounts, Cherri Gilham, The Observer, 10-09-2000
  50. ↑ « Leurs accords Ă©taient vraiment extravagants. Seuls des musiciens ensemble pouvaient faire ça. C'Ă©tait Ă©vident. Ça m'a donnĂ© des idĂ©es. [...] Dans ma tĂȘte, les Beatles Ă©taient des gĂ©nies. J'avais l'impression qu'il y aurait un avant et un aprĂšs Beatles. Â», Dylan : Portraits et tĂ©moignages, p. 46
  51. ↑ George Harrison, ibid
  52. ↑ « les deux choses les plus bruyantes qu’il m’ait Ă©tĂ© donnĂ© d’entendre, c’est un train de marchandises en train de dĂ©railler et Bob Dylan avec le Band Â» - Marlon Brando (voir François Ducray, Philippe ManƓuvre, HervĂ© Muller, Jacques Vassal, Dylan, Albin Michel, 30/06/1978 (ISBN 2226001271).
  53. ↑ (en) The Rolling Stone Encyclopedia of Rock & Roll (Simon & Schuster, 2001), « Bob Dylan: Biography Â»
  54. ↑ (en)Shelton, No Direction Home, p. 325.
  55. ↑ Pat Garrett et Billy le Kid (1973). ConsultĂ© le 11 mai 2011
  56. ↑ Chronologie de la vie de Bob Dylan. ConsultĂ© le 11 mai 2011
  57. ↑ Biographie de Bob Dylan. ConsultĂ© le 11 mai 2011
  58. ↑ « Bob Dylan Â», dans Les Inrokuptibles, 30 novembre 2002 [texte intĂ©gral (page consultĂ©e le 11 mai 2011)] 
  59. ↑ Renaldo and Clara (1978)
  60. ↑ Live 1975, The Rolling Thunder Revue, 2002
  61. ↑ Hurricane by Bob Dylan sur Songfacts.com. ConsultĂ© le 11 mai 2011
  62. ↑ (fr) Le chanteur de lĂ©gende se (re)lance dans les cantiques, Gala, 10 aoĂ»t 2009
  63. ↑ p. 334-336
  64. ↑ (en) Adam R. Holz, « The Swingin' 1970s Â», Pluggedin, 2 aoĂ»t 2010
  65. ↑ (en) « Dylan and Lennon Â», dans The New York Times, 29 octobre 1981 
  66. ↑ (en) Bob Dylan With The Grateful Dead. ConsultĂ© le 11 mai 2011
  67. ↑ Bob Dylan - « Oh mercy Â». ConsultĂ© le 11 mai 2011
  68. ↑ a et b Bob Dylan sur olympiahall.com. ConsultĂ© le 11 mai 2011
  69. ↑ The History of the Traveling Wilburys sur travelingwilburys.com. ConsultĂ© le 11 mai 2011
  70. ↑ 2008 Pulitzer Prize Winners - SPECIAL CITATION, Citation
  71. ↑ Subterranean Homesick Blues - Bringing It All Back Home (1965).
  72. ↑ (en) www.bobdylan.com: Peter Stone Brown on Dylan at Newport
  73. ↑ (en) An Open Letter to Bob Dylan, Irwin Silber, Sing Out!, novembre 1964 [lire en ligne]
  74. ↑ Contre l’avis d’une certaine partie du comitĂ© d’organisation, tels que les Lomax, pĂšre et fils.
  75. ↑ renommĂ©e plus tard en It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry
  76. ↑ J’ai fait ce truc de dingue. Je ne savais pas ce qui allait se passer, mais le public a huĂ©. Et pas qu’un peu. Ça sifflait de tous les cĂŽtĂ©s – Bob Dylan (voir Mark Blake, Mojo (Trad. Isabelle Chelley, Jean-Pierre Sabouret), Dylan : Visions, portraits, and back pages [« Dylan : Portraits et tĂ©moignages Â» ], Tournon, 11/09/2006 (ISBN 235144017X))
  77. ↑ « Joue du folk !... Remboursez !... C'est un festival folk !... DĂ©barrasse-toi de ce groupe ! Â»
  78. ↑ Organiser un Festival: veines et dĂ©veines de George Wein
  79. ↑ (en) www.bjorner.com: Still On The Road: 2006 Us Summer Tour
  80. ↑ la peinture de Bob Dylan, Exposition The Brazil Series, 2010.
  81. ↑ (en) Bob Dylan at the National Gallery of Denmark
  82. ↑ Bob Dylan : The Brazil Series

Voir aussi

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Liens externes

Autres références bibliographiques et Internet


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   Enciclopedia Universal

  • Bob Dylan — ➡ Dylan * * * 
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  • Bob Dylan — noun United States songwriter noted for his protest songs (born in 1941) ‱ Syn: ↑Dylan ‱ Instance Hypernyms: ↑songwriter, ↑songster, ↑ballad maker, ↑singer, ↑vocalist, ↑vocalizer, ↑ 
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  • Bob Dylan — Robert Zimmermann 
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