Black Bloc

Journée internationale des travailleurs à Lausanne (Suisse), le 1er mai 2008.

Un Black Bloc (ou « bloc noir ») est un regroupement éphémère d'individus au cours d'une manifestation, dans le but de mettre en place des actions violentes contre tout ce qui est perçu comme symbole matériel du capitalisme.

Les Black Blocs sont des structures informelles et décentralisées, sans appartenances formelles ni hiérarchies. Ils sont constitués principalement d'activistes des mouvances libertaires.

Sommaire

Histoire

Les « blocs noirs » sont issus des mouvements autonomes européens, particulièrement du mouvement autonome allemand des années 1980. Les autonomes allemands ont créé l'idée de « Schwarzer Block » avec des « actions directes » collectives pour la défense de squats (« Freiräume ») et de « lieux autogérés ». Ils ont aussi soutenu la Fraction armée rouge (« Rote Armee Fraktion ») lors des manifestations de solidarité, bien que la plupart des autonomes aient critiqué cette lutte armée. La lutte des autonomes allemands s'est également axée contre le nucléaire en organisant de gigantesques émeutes sur les lieux de construction de centrale.

Les blocs noirs sont réapparus lors de manifestations de contestation de la guerre du Golfe en Irak en 1991, pratiquant des « actions directes » en marge de manifestations conventionnelles. Le 30 novembre 1999, lors du congrès de l’OMC à Seattle, un bloc noir d’environ 200 militants s'est attaqué aux locaux de sociétés multinationales se trouvant sur le parcours de la manifestation, et a bloqué les rues pour en faire des « zones autonomes temporaires », attirant l'attention des médias. Plusieurs nouvelles appellations sont apparues au sein du bloc noir par la suite ; le « Radical Anti-Capitalist Blocs » (RACB) composé d'un millier de personnes a émergé lors du rassemblement contre le FMI et la Banque mondiale à Washington les 16 et 17 avril 2000.

Après les manifestations liées aux différents sommets du G8 en Europe au début des années 2000, les tribunaux européens ont poursuivi des membres de « Black Blocs » pour vandalisme, association de malfaiteurs et association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste. Le groupe Publixtheatre Caravan a été emprisonné un mois à l'issue du sommet de Gênes en juillet 2001.

Modus operandi

Les blocs noirs se forment généralement en marge de manifestations. Ils pratiquent une forme d'action directe : destructions de banques, de bâtiments d'institutions officielles ou de sociétés multinationales, magasins, caméras de vidéo-surveillance, édifices religieux ou lieux de cultes, etc. Ces actions ne visent, en théorie, pas à s'attaquer aux personnes mais aux biens des représentants du capitalisme. Cependant les activistes n'hésitent pas à agresser directement les forces de l'ordre qu'ils considèrent comme le bras armé du capitalisme, ainsi qu'attaquer n'importe quel bien immobilier.

Outre la destruction matérielle, certains black blocs se donnent pour mission de protéger la manifestation (alors que de nombreux manifestants se plaignent d'être mis en danger par leurs actions). Ils opèrent alors différemment et leur but devient l'ouverture de voies pour l'ensemble des manifestants, cela passant souvent par des affrontements avec les forces de l'ordre.

Les activistes s'habillent et se masquent de noir pour marquer leur solidarité, symboliser l'unité et l'égalité des hommes et femmes au sein d'un black bloc et créer un effet de masse, mais surtout se prémunir contre les gaz lacrymogènes et les caméras de vidéo-surveillance. Ils portent souvent des blousons de cuir et des protections de fortune adaptées à la guérilla urbaine. La couleur noire est liée à l'anarchisme et au folklore de la piraterie.

Bien que critiqués par les militants pacifistes et la plupart des militants altermondialistes – avec lesquels il existe parfois de réelles tensions, trouvant l'action des black blocs contre-productive pour la mise en place d'une alternative politique – la plupart des membres du black bloc affirment refuser de mettre en danger le reste des manifestants. Ainsi, pour la manifestation de Gênes, les échauffourées se sont déroulé le matin et dans un lieu éloigné, avant que ceux qui y avaient participé ne rejoignent les rangs de la grande manifestation pour défiler avec les autres manifestants.

Actions notables

  • En décembre 1980, les autorités de la ville de Berlin-Ouest décident de mettre un terme aux occupations d'universités et aux squats. C'est dans ce contexte que des activistes ont eu recours pour la première fois à la tactique du « black bloc ». L'invention du terme (schwarzer Block) est du reste attribuée à la police allemande[1]. Des « Autonomes » vêtus et masqués de noir sont descendus dans la rue affronter les forces de l'ordre venues les expulser.
  • Un black bloc de 1500 « Autonomes » se forme à Hambourg, en 1986, pour défendre le squat Hafenstrasse.
  • Apparition de « black blocs » à l'occasion de la présence du président américain Ronald Reagan à Berlin-Ouest, en juin 1987.
  • En septembre 1988, à Berlin-Ouest, un « black bloc » affronte les forces de l'ordre au cours d'une manifestation contre la réunion de la Banque mondiale et du FMI.
  • Le 24 avril 1999, environ 2000 manifestants Black Blocs sont mobilisés pour soutenir Mumia Abu Jamal dans une lutte pacifique avec d'autres organisations anti-autoritaires et d'extrême gauche au sein du collectif Millions for Mumia.
  • Congrès de l’OMC à Seattle en novembre 1999. Un bloc noir d’environ 200 activistes saccage des vitrines de banques et de commerces, et pille des magasins, causant 7 millions de dollars de dommages. Des slogans sont tagués sur les murs et le mobilier urbain est brûlé. Une Zone autonome temporaire fortifiée par des barricades est constituée pendant quelques heures.
  • Les 16 et 17 avril 2000, à Washington, se tint une réunion du FMI et de la Banque mondiale. Un bloc noir composé d'environ 1 000 révolutionnaires anti-capitalistes y fut présent, optant cependant pour une tactique résolument différente de celle mise en pratique à Seattle. Le bloc noir concentra tous ses efforts sur la police, faisant reculer leurs lignes à plusieurs reprises, forçant les barrages policiers, relâchant des personnes arrêtées, entraînant la police au-delà de son propre périmètre et défendant les militants pratiquant la désobéissance civile contre les interventions policières, leur permettant ainsi d’aller plus loin.
  • Les 25 et 26 septembre 2000, un important Black Bloc a lieu à Prague à l'occasion de la réunion du FMI. Quelque 3000 anarchistes et autres autonomes se heurtent à la police tchèque. Les affrontements sont très violents et la répression est féroce.
  • En avril 2001 des membres d'un Black Bloc sont associés à l'agression d'un policier lors d'une marche pacifique dans les rues de la ville de Québec. La population locale et plusieurs manifestants se dissocient du groupe dont ils trouvent les méthodes trop extrêmes.
  • En juin 2001, un important Black Bloc se forme à Göteborg contre le sommet de l'Union européenne. Toute une rue de la ville est dévastée. La police ouvre le feu sur la foule et blesse grièvement un des manifestants.
  • G8 à Gênes les 20 et 21 juillet 2001. Des banques, agences immobilières, concessionnaires automobiles, stations d'essence, agences de voyages, panneaux publicitaires sont détruits. Lors de violents affrontements entre manifestants (regroupant des participants au Black Bloc et de nombreux autres manifestants) et la police, Carlo Giuliani, un manifestant italien, est abattu d'une balle dans la tête par un policier. Un rapport de police affirmera que la balle tirée en l'air par le policier a été déviée par un pavé lancé par un manifestant. Une photographie prise une seconde avant que le carabinier ne tire montre l'arme du policier pointée en direction du jeune homme armé d'un extincteur. De plus, des vidéos amateurs montrent que la voiture de police dans laquelle était installé le carabinier, roule plusieurs fois, dans un mouvement d'avant en arrière, sur le corps de Carlo, ne lui laissant aucune chance de survie.
  • G8 à Évian, les 1er, 2 et 3 juin 2003. Manifestations à Genève et Lausanne. De nombreux commerces ferment de crainte d'incidents comparables à ceux de Gênes. Sur le parcours de la manifestation Genève-Annemasse, une station d'essence est détruite par les participants d'un Black Bloc. Le mouvement du Black Bloc se voit alors fortement critiqué par les pacifistes, mais aussi par d'autres membres du Black Bloc qui considèrent que certains types de destruction sont contre-productifs et discréditent des idéologies comme l'anarchisme.
  • G8 à Heiligendamm (Allemagne), début juin 2007. Un Black Bloc d'environ 5000 personnes se forme lors d'une grande manifestation contre le G8 et donne lieu à des affrontements violents avec la police (nombreux blessés des deux côtés).
L'ancien poste frontière du pont de l'Europe à Strasbourg, le 5 avril 2009.
  • Sommet de l'OTAN à Strasbourg (3 et 4 avril 2009) : Un Black Bloc d'environ 2000 personnes se réunit au cours de la manifestation anti-OTAN. La douane, l'office du tourisme, un distributeur de billets, une pharmacie (par propagation du feu) et l'hôtel Ibis sont incendiés (une controverse a lieu au sujet de ce dernier incendie, des militants assurant que les manifestants se sont bien attaqués aux vitres et au mobilier mais que le feu a été déclenché par la police, via des tirs de grenades lacrymogènes depuis un hélicoptère)[2]. Une station essence, une agence de La Poste, des vitrines d'usines et 27 abris bus sont détruits, ainsi que des panneaux publicitaires, des caméras de vidéo-surveillance et un radar automatique. Une barricade est dressée à l'aide de wagons. Tandis que des policiers ont été filmés alors qu'ils caillassaient des manifestants pacifistes avec le ballast des voies ferrées[3]. Le montant des dégâts s'élève à plus de 100 millions d'euros tandis que 1500 personnes ont été blessées dont plus de 100 policiers et 13 pompiers.
  • Poitiers (10 octobre 2009) : Un black bloc d'environ 250 personnes se réunit pendant une manifestation de protestation contre le transfert des 118 détenus de la maison d'arrêt (MA) de Poitiers au nouveau centre pénitentiaire (CP) de Vivonne. Une vingtaine de vitrines, des horodateurs ainsi que des cabines téléphoniques, des abris bus et des bollards ont été détruits ou arrachés. Un slogan (Omnia sunt communia, extrait de Vatican II) a également été peint sur le Baptistère Saint-Jean. Ce mouvement était attendu de façon pacifiste et avec une faible ampleur; la police, alors préparée pour 50 manifestants, s'est très vite retrouvée débordée[4].
  • Genève (28 novembre 2009) : Un black bloc d'environ 200 personnes se réunit lors d'une manifestation anti-OMC (Organisation mondiale du commerce). Les individus ont détruit à coups de pics, de masses et de marteaux les vitrines de commerces de luxe, d'agences bancaires ainsi que celles d'un hôtel cossu du centre ville de Genève. Ils s'en seraient également pris aux voitures les plus luxueuses, en brûlant quatre par la même occasion. Quatorze individus auront été interpellés pour "émeute", ainsi que quatre autres pour "vol et émeute" ayant été retrouvés en possession de marchandises volées dans les vitrines[5].
  • Copenhague (12 decembre 2009) : Un black bloc d'environ 300 personnes se réunit lors d'une manifestation contre la conférence internationale sur le climat. Des vitrines ont été brisées à l'aide de marteaux et de briques, un policier a été blessé et 4 voitures ont été incendiées. Retournant parmi les manifestants pacifiques pour éviter les arrestations et d'où ils émergeaient ponctuellement pour briser une vitrine. La police a arrêté plus de 400 manifestants, bien au delà des black blocs[6].
  • Toronto (26 juin 2010) : Un black bloc se réunit lors d'une manifestation contre le G20 organisée à Toronto. Environ quatre voitures de police ont été incendiées, d'autres véhicules ont été dégradés et de nombreuses vitrines de magasins appartenant à des chaînes multinationales ont été fracassées.
  • Rome (15 octobre 2011) : un black block se réunit lors de la manifestation des Indignés à Rome. Les vitrines de banques et de magasins ont été fracassées. Bilan: 135 blessés, dont 105 policiers.

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes


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