Bismarck (Cuirassé)

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Bismarck (Cuirassé)

Bismarck (cuirassé)

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Bismarck
Le Bismarck à Hambourg, en 1940Le Bismarck à Hambourg, en 1940
Histoire
A servi dans : Kriegsmarine Pavillon
Command√© : 16 novembre 1935
Quille pos√©e : 1er juillet 1936
Lancement : 14 f√©vrier 1939
Arm√© : 20 ao√Ľt 1940
Statut : Sabord√© ou coul√© par les anglais le 27 mai 1941
Caractéristiques techniques
Type : Cuirass√©
Longueur : 250,5 m
Ma√ģtre-bau : 36 m
Tirant d‚Äôeau : 8,7 m
D√©placement : 41 700 t normal, 50 900 t √† pleine charge
Puissance : 150 000 ch (110 MW)
Vitesse : 30,8 nŇďuds
Caractéristiques militaires
Blindage : 20 √† 360 mm ; 320 mm (ceinture)
Armement : 8x380mm (4x2), 12x150mm (6x2), 16x105mm, 16x37mm (8x2), canon 12x20mm
A√©ronefs : 6, avec 2 catapultes
Autres caractéristiques
√Čquipage : 2 000 ‚Äď 2 200 hommes
Chantier : Blohm & Voss, Hambourg

Le Bismarck est un cuirass√© allemand de la Seconde Guerre mondiale, fleuron de la Kriegsmarine du IIIe Reich et qui porte le nom du chancelier Otto von Bismarck (1815-1898). Il est c√©l√®bre pour avoir coul√© le HMS Hood et sa poursuite par les Britanniques. Il fut, avec son "sister-ship" le Tirpitz, le b√Ętiment allemand le plus puissant et la fiert√© de son pays.

Lancement du Bismarck à Hambourg, le 14 février 1939

Sommaire

La menace

La conception du navire commence en 1934. Pendant cette p√©riode le d√©placement passa de 35 000 √† 42 600 tonnes, bien au-dessus des 10 000 tonnes autoris√©e par le trait√© de Versailles[1]. Sa quille fut install√©e √† la cale s√®che Blohm + Voss √† Hambourg le 1er juillet 1936. Son lancement eut lieu le 14 f√©vrier 1939 et il prit son service le 24 ao√Ľt 1940 avec le capitaine de vaisseau Ernst Lindemann.

Mise en service du Bismarck, vue de la passerelle, le 24 ao√Ľt 1940

√Ä cause de la supr√©matie britannique en navires de combat de surface, Adolf Hitler ordonna √† la Kriegsmarine de cibler les navires de transport britanniques en particulier les convois assurant son ravitaillement en provenance d'Am√©rique du Nord en une guerre de course : le Bismarck, associ√© au Scharnhost et au Gneisenau, ces deux derniers d√©j√† √† Brest, s'appuyant sur des p√©troliers positionn√©s dans l'Atlantique aurait constitu√© un danger insupportable pour la Grande-Bretagne. Command√© par Gunther Lutjens (nomm√© Amiral en 1940 √† l'√Ęge de 51 ans), le Bismarck prit la mer pour son voyage inaugural quittant le port de Gotenhafen (maintenant Gdynia) le 19 mai 1941 accompagn√© du Prinz Eugen, croiseur lourd de classe Admiral Hipper.

Mais d'embl√©e, l'amiral Lutjens commit des erreurs tactiques fondamentales : tout d'abord les soutes du Bismarck ne furent pas totalement remplies : il y manquait 200 tonnes de carburant. Puis, au lieu d'emprunter de nuit de pr√©f√©rence le canal de Kiel pour rejoindre la mer du Nord, l'escadre (Bismarck, Prinz Eugen et deux destroyers) emprunta de plein jour les d√©troits du Skagerak et du Kattegat, o√Ļ les navires furent rep√©r√©s par un croiseur su√©dois, puis par des observateurs norv√©giens. Le gouvernement su√©dois fut donc pr√©venu, et les informateurs britanniques qui s'y trouvaient transmirent l'information. Parmi les Norv√©giens, deux d'entre eux espionnaient pour le compte du Royaume-Uni. Cette double information fut transmise √† l'amiral Tovey , commandant la Home Fleet √† Scapa Flow.

L'erreur suivante de Lutjens fut de rel√Ęcher dans le fjord de Bergen le 22 mai, face √† l'√Čcosse, o√Ļ il fut rep√©r√© par un avion de reconnaissance du Coastal Command. Et l√† encore, alors que le Prinz Eugen ravitaillait ses soutes en carburant, Lutjens n√©gligea cette pr√©caution. Les Britanniques lanc√®rent le lendemain un raid a√©rien, mais les navires avaient quitt√© le fjord, mettant √† profit un temps ex√©crable.

L'amiral Tovey se trouvait face √† un dilemme difficile : pour rejoindre l'Atlantique, le Bismarck et le Prinz Eugen pouvaient emprunter soit le d√©troit du Danemark, entre l'Islande et le Groenland, soit l'espace s√©parant l'Islande et les √ģles F√©ro√©, soit m√™me l'espace entre les √ģles F√©ro√© et l'√Čcosse, soit 3 vastes zones √† surveiller. Il disposait pour cela de nombreux croiseurs et destroyers, mais de seulement 4 b√Ętiments de ligne pouvant s'opposer au Bismarck : son navire amiral, le tout r√©cent cuirass√© King George V, son "sister ship" le Prince of Wales, le croiseur de bataille Repulse et le croiseur de bataille Hood, le plus grand navire de guerre de l'√©poque et l'orgueil ¬ę affectif ¬Ľ de la Royal Navy.

La r√©alit√© √©tait plus contrast√©e : Le Prince of Wales bien qu'en service depuis quelques semaines pr√©sentait des probl√®mes de mise au point de ses tourelles, et des √©quipes civiles du chantier naval travaillaient encore √† bord. Le Hood √©tait un croiseur de bataille, non un cuirass√©, et sa mise en service remontait √† la fin de la premi√®re guerre mondiale. Le concept du croiseur de bataille √©tait celui d'un navire dot√© d'un armement lourd, semblable √† un cuirass√© mais plus faiblement prot√©g√© afin de lui donner un avantage significatif en vitesse. Son r√īle n'√©tait pas d'affronter des navires de ligne mais de d√©faire tout croiseur ennemi sur lesquels son armement lui donnait un avantage significatif. Leur vuln√©rabilit√© avait toutefois √©t√© d√©montr√© lors de l'affrontement du Jutland en 1916 o√Ļ deux d'entre eux avaient litt√©ralement explos√© sous le feu ennemi. Consciente de cette faiblesse, la Royal Navy avait programm√© un renforcement du blindage du Hood en 1938, remis √† plus tard vu l'imminence du conflit.

La réaction britannique

Face √† la menace, l'amiral Tovey r√©agit avec une grande intelligence strat√©gique : avant m√™me que l'escadre allemande ait fait rel√Ęche √† Bergen, il envoyait les croiseurs Suffolk et Norfolk patrouiller dans le d√©troit du Danemark tandis que les croiseurs Arethusa, Birmingham et Manchester patrouilleraient dans l'espace s√©parant l'Islande des √ģles F√©ro√©. D√®s qu'il eut confirmation que le Bismarck avait quitt√© Bergen, il d√©p√™cha le Hood et le Prince of Wales, accompagn√©s de destroyers pour qu'ils soient en position d'intercepter les navires allemands au d√©bouch√© du d√©troit du Danemark, s'ils empruntaient cette route. Puis il prit lui m√™me la mer avec le King George V, le Repulse, le porte-avions Illustrious et une escadre de croiseurs et destroyers pour fermer le passage Islande-F√©ro√©.

Premier succès allemand

Le Bismarck engagé contre le Prince of Wales, lors de la bataille du détroit du Danemark, le 24 mai 1941.

L'amiral Lutjens avait finalement d√©cid√© de gagner l'Atlantique par le d√©troit du Danemark apr√®s √™tre remont√© dans le Nord, n√©gligeant √† nouveau son ravitaillement aupr√®s du p√©trolier Wissemburg positionn√© dans ces eaux √† cet effet. Le 23 mai 1941, les deux navires allemands sont rep√©r√©s par le croiseur Suffolk puis par le Norfolk; les deux croiseurs suivirent l'escadre allemande √† distance respectable, apr√®s avoir bien entendu signal√© sa position. Les calculs de Tovey se r√©v√©laient pertinents : le Hood et le Prince of Wales se trouvaient alors √† 300 miles au sud-ouest sur une route convergente. Tovey, lui, obliqua vers le sud-ouest pour pr√©parer une seconde phase d'interception potentielle.

La rencontre eut lieu le 24 mai au petit matin. L'amiral Holland sur le Hood qui commandait l'escadre britannique commit l'erreur de ne pas laisser le Prince of Wales en t√™te de l'attaque : il aurait ainsi attir√© le feu ennemi contre lequel il √©tait mieux prot√©g√©. Son autr erreur fut de ne pas laisser sa libert√© d'action au Prince of Wales et de ne pas combiner le combat avec une attaque des croiseurs Suffolk et Norfolk sur l'arri√®re des Allemands. Arrivant en outre √† angle droit face au Bismarck et √† contre-vent, les navires britanniques se privaient de leur sup√©riorit√© en canons lourds, leurs 2+2 tourelles arri√®re ne pouvant intervenir alors qu'un des canons avant du Prince of Wales √©tait encore d√©fectueux. Lors des premiers √©changes le Hood et le Prince of Wales furent touch√©s, tout comme le Bismarck. Holland ordonna alors aux deux navires principaux d'obliquer sur la gauche afin de b√©n√©ficier de l'ensemble de son artillerie; c'est pendant cette manŇďuvre que le Hood fut atteint par un obus du Bismarck. Le projectile traversa la faible cuirasse du pont et explosa dans une soute √† munitions : le navire explosa et, en quelques dizaines de secondes, sombra. Seuls 3 survivants furent recueillis ult√©rieurement par le destroyer Electra, sur les 1429 membres d'√©quipage.

Le combat √©tait loin d'√™tre termin√©, il restait toujours le cuirass√©, plus moderne. Mais le Prince of Wales, qui suivait le Hood, √©vitant celui-ci qui sombrait, passa √† proximit√© de l'endroit o√Ļ il avait √©t√© mortellement touch√©. Les artilleurs allemands du Bismarck et du Prinz Eugen n'eurent pas besoin d'ajuster de beaucoup : la passerelle de commandement du cuirass√© britannique fut s√©v√®rement touch√©e par un obus de 380 mm qui tua pratiquement tous ceux qui s'y trouvaient. Une voie d'eau s'ouvrit √† l'avant. Les tourelles, qui avaient rencontr√© auparavant plusieurs probl√®mes de jeunesse, virent leur capacit√© de combat devenir insuffisante pour faire face, par suite des coups encaiss√©s. Le cuirass√© britannique n'eut d'autre choix que de "mettre les voiles", tirant un √©cran de fum√©e afin de couvrir sa fuite. Moins rapide que le Bismarck qui avait pris un net ascendant sur l'Anglais, tout portait √† croire que ce dernier allait le poursuivre afin de couronner de victoire cet engagement. Pourtant, L√ľtjens, exacerb√© par cette rencontre impr√©vue, n'avait d'autre id√©e en t√™te que de gagner l'immensit√© atlantique -l√† o√Ļ il serait en s√©curit√©- au plus vite : les ordres √©taient de ne pas engager de navire de force √©gale ou sup√©rieure sauf en cas de n√©cessit√©. Bien que Lindermann tenta de le convaincre de poursuivre l'engagement -le Prince Of Wales √©tait dans un tel √©tat qu'une victoire aurait √©t√© assur√©e, les ordres n'auraient donc pas √©t√© contourn√©s, et la victoire apport√©e aurait justifi√© la prise de risque-, L√ľtjens ne voulait pas perdre de temps. Il pouvait supposer que si le Hood et le Princes Of Wales √©taient l√†, alors que la Luftwaffe signalait la veille que rien n'avait boug√© √† Scapa Flow, d'autres navires pouvaient √™tre √©galement en route pour l'affronter. Il fallait donc quitter les lieux au plus vite, le Prince Of Wales s'en sortant donc. Une fois les r√©parations n√©cessaires effectu√©es, il ne manqua pas d'√©changer quelques tirs sporadiques avec l'Allemand dans les jours qui suivirent, mais il fut √† chaque fois repouss√© par la pr√©cision du Bismarck.

La perte du Hood fut ressentie comme une immense d√©faite et une humiliation pour la Royal Navy dont il avait √©t√© le symbole dans l'entre-deux-guerres. En quelques minutes, le Bismarck avait d√©truit un de ses adversaires et forc√© un navire de ligne des plus modernes √† rompre le combat. Tout reposait d√©sormais sur l'escadre de l'amiral Tovey pour qu'il ne s'√©chappe pas dans le vaste oc√©an Atlantique. C'est √† ce moment que Winston Churchill lan√ßa son mot d'ordre : ¬ę Coulez le Bismarck, √† tout prix ! ¬Ľ

La poursuite

Bataille du détroit du Danemark et poursuite du Bismarck

L'amiral Tovey ordonna au Prince of Wales de se regrouper avec le Suffolk et le Norfolk et de suivre le Bismarck. En m√™me temps, l'Amiraut√© britannique donnait l'ordre √† l'amiral Sommerville bas√© √† Gibraltar avec la force H de quitter son mouillage et de faire route plein Nord afin de barrer la route de l'Atlantique Sud et √©ventuellement de la France au Bismarck. Cette force se composait du porte-avions moderne Ark Royal, du croiseur de bataille Renown, "sister ship" du Repulse, et du croiseur lourd Sheffield. Le cuirass√© Rodney, qui se rendait √† Boston pour un car√©nage court en escortant un convoi, re√ßut quant √† lui l'ordre de rejoindre le King George V. Puis Tovey lui-m√™me se mit en position d'intercepter le Bismarck au Sud-Ouest. Il d√©tacha tout d'abord le porte-avions Victorious qui lan√ßa une attaque, par un temps ex√©crable, d'avions torpilleurs Fairey Swordfish men√© par des √©quipages inexp√©riment√©s. Une torpille toucha le Bismarck au centre de la cuirasse, sans d√©g√Ęts autres que de provoquer la mort d'un officier marinier √† l'aplomb de l'impact. L√ľtjens peu auparavant avait lib√©r√© le Prinz Eugen : faisant demi-tour, le Bismarck avait surpris le Suffolk qui le suivait ; un nouvel et bref engagement avait eu lieu avec le Prince of Wales et, pendant l'escarmouche, le croiseur allemand s'√©tait √©clips√© pour gagner l'Atlantique, seul. En effet, le combat contre les deux navires de lignes ne pouvait avoir laiss√© le Bismarck indemne : un des obus du Prince of Wales avait mis hors d'usage une chaudi√®re et un autre avait perc√© la proue et inond√© un r√©servoir de mazout, le privant de pr√®s de 200 tonnes de combustible. L√ľtjens prit la d√©cision de ne pas se lancer dans une guerre de course en plein Atlantique apr√®s un rendez-vous avec un p√©trolier, mais de regagner au plus vite un port fran√ßais, Brest en l'occurrence, √† une vitesse limit√©e de vingt nŇďuds environ, tant en raison de la chaudi√®re d√©fectueuse que pour √©conomiser un pr√©cieux carburant. L'amiral √©tait √©galement impressionn√© par la r√©action britannique : il avait rencontr√© deux navires de ligne lui barrant la route, et l'attaque en pleine mer d'avions torpilleurs pr√©sumait que d'autres forces √©taient √† l'aff√Ľt. L'op√©ration Rhein√ľbung avait clairement √©t√© √©vent√©e, l'effet de surprise qu'aurait provoqu√© le g√©ant √† l'attaque d'un convoi √©tait perdu; pour L√ľtjens il √©tait pr√©f√©rable de laisser le croiseur lourd seul, et de repartir. Cette d√©cision fut mal comprise par l'√©quipage : en effet, les avaries √©taient importantes, mais ne nuisaient pas r√©ellement √† la capacit√© de combat du cuirass√©. La mauvaise interpr√©tation de la d√©cision provoqua des inqui√©tudes quant √† la nature r√©elle des avaries, d'o√Ļ une baisse du moral, pourtant tr√®s haut apr√®s la victoire sur le Hood.

La chance √©tait quand m√™me de son c√īt√© : peu de temps apr√®s l'attaque du Victorious, les navires qui le suivaient perdirent le contact, laissant la Royal Navy dans l'inconnu quant √† sa course, alors qu'il n'avait pas encore obliqu√© au Sud-Est en direction de Brest. La Royal Air Force lan√ßa imm√©diatement des patrouilles de reconnaissance. Tovey coupa plusieurs fois sa route mais sans le rencontrer. Les services de renseignement britanniques re√ßurent un message d'un officier de marine fran√ßais, expliquant que des pr√©paratifs √©taient en cours √† Brest pour l'arriv√©e d'une grosse unit√©. Puis Lutjens commit la grossi√®re erreur de rompre le silence radio et d'envoyer un message annon√ßant sa d√©cision de rejoindre un port fran√ßais, ceci alors qu'il pensait qu'il √©tait impossible de rompre le contact avec les appareils de d√©tections britanniques; il faut dire qu'une premi√®re tentative de s√©paration avec le Prinz Eugen s'√©tait sold√©e par un √©chec peu avant.

Les Britanniques en d√©duisirent sa direction, bien que des erreurs de calculs en premier temps eurent pour effet de les conduire dans une mauvaise direction. Le Bismarck ne filant plus qu'√† un peu plus d'une vingtaine de nŇďuds, il √©tait toutefois encore temps de le rattraper une fois la m√©prise d√©couverte. Tovey obliqua lui aussi vers l'Ouest mais l'amiral, rejoint entretemps par le Rodney (et d√©tachant de ce fait le Repulse) ignorait toujours la position exacte du navire allemand par rapport √† lui-m√™me. Le 26 mai 1941 √† 10 h 30, un Catalina en patrouille finit par rep√©rer le Bismarck, donna sa position et √©chappa au tir nourri des batteries anti-a√©riennes du navire.

Malheureusement, la position montrait que le Bismarck √©tait devant le King George V et le Rodney et que les chances de ces derniers de le rattraper √©taient faibles, malgr√© la vitesse r√©duite pour √©conomiser le carburant du navire allemand. Des sous-marins allemands √©taient rameut√©s √† l'ouest de Brest et, √† quelques centaines de kilom√®tres des c√ītes, le Bismarck serait aussi sous la protection a√©rienne de la Luftwaffe. Restait Sommerville et la force H qui remontait de la M√©diterran√©e et qui pouvait l'intercepter. Mais le croiseur lourd Sheffield n'√©tait pas de taille face aux canons du Bismarck et Sommerville h√©sitait √† engager le Renown (comme le Hood, c'√©tait un croiseur de bataille et non un cuirass√©, tout comme le Repulse, ils n'√©taient de plus arm√©s que de 6 canons de 380 mm, donc sujet aux m√™mes faiblesses au niveau de leur protection). Restait l‚ÄôArk Royal et ses Swordfish, ainsi qu'un √©cran de sous-marins britanniques post√©s devant Brest.

L'attaque décisive

Un Swordfish à l’appontage sur l’HMS Ark Royal après le torpillage du cuirassé Bismarck (26 mai 1941)

L‚ÄôArk Royal lan√ßa une premi√®re attaque le 26 mai 1941 apr√®s-midi, sans succ√®s (certains pilotes confondirent le Sheffield avec le Bismarck et l√Ęch√®rent leurs torpilles qui manqu√®rent leur but). Le Bismarck, qui venait de franchir la limite de couverture a√©rienne par les Focke-Wulf Fw 200 Condor de la Luftwaffe, ne re√ßut pourtant aucune aide de celle-ci, qui invoquait de mauvaises conditions m√©t√©o. Pourtant les archa√Įques Swordfish d√©coll√®rent depuis leur porte-avion dans des conditions bien pires.

Une seconde attaque eut lieu le m√™me jour √† 21 h 30, c'√©tait la derni√®re possible : la nuit emp√™cherait de nouvelles attaques et le lendemain, le cuirass√© allemand serait trop proche des c√ītes. Le Bismarck, malgr√© des manŇďuvres qui permirent d'√©viter de nombreuses torpilles, fut touch√© √† deux reprises. Une premi√®re explosa au centre de la cuirasse, sans faire de d√©g√Ęts. Mais la toute derni√®re torpille tir√©e par les Swordfish heurta et bloqua le gouvernail : barre bloqu√©e, le navire se vit contraint de faire route au Nord-Ouest, c'est-√†-dire en direction de l'escadre de Tovey qui s'approchait. Les Anglais crurent d'abord qu'ils avaient rat√© leur derni√®re occasion, mais le Sheffield eut la surprise de voir surgir le Bismarck face √† lui. Le croiseur lourd, se mettant rapidement √† couvert, signala alors √† Tovey la route illogique tenue par le cuirass√© allemand.

Tovey manŇďuvra pour √©viter un engagement avant le lendemain matin (27 mai) et donna libre champ au capitaine Vian et √† son escadre de destroyers pour harceler le navire allemand durant toute la nuit. Vian √©tait avant tout charg√© de ne pas perdre le Bismarck, mais ses destroyers combatifs encha√ģnaient les attaques. Les tirs du Bismarck, toujours d'une grande pr√©cision, les repouss√®rent tout de m√™me, sans qu'ils parviennent √† s'approcher suffisamment pour obtenir la pr√©cision n√©cessaire : aucune torpille n'obtint de coup au but, semblerait-il. Bien que Vian e√Ľt dit avoir entendu une explosion, rien ne changea sur le Bismarck. Pendant ces attaques, plusieurs Britanniques trouv√®rent la mort, d'autres furent bless√©s. Si le Bismarck ne re√ßut apparemment pas de nouvelle torpille, son √©quipage passa une nuit √©pouvantable et, √† 8 h 43 le 27 mai, se trouva face √† deux cuirass√©s faisant route directement vers lui.

Le combat final

Des survivants du Bismarck sont recueillis par le Dorsetshire.

Le Rodney fut le premier √† ouvrir le feu avec ses 9 pi√®ces de 406 mm suivi du King George V avec ses 10 pi√®ces de 356 mm. Si les toutes premi√®res salves du Bismarck encadr√®rent dangereusement le King George V, le navire allemand fut tr√®s vite touch√© par plusieurs obus qui d√©truisirent rapidement les organes de direction de tir. Celui-ci, d√©j√† difficile du fait de l'impossibilit√© du navire de manŇďuvrer correctement, devint peu √† peu erratique et impr√©cis. La passerelle fut d√©truite, puis les tourelles mises hors d'action les unes apr√®s les autres. Les superstructures furent en proie √† de nombreux incendies, mais le Bismarck restait tout de m√™me √† flot. Tovey ordonna la fin des tirs apr√®s deux heures de combat, le Rodney (qui avait d√©j√† tir√© de nombreuses torpilles pendant le combat) tira encore quelques coups √† distance tr√®s rapproch√©e. Le croiseur Dorsetshire essaya √©galement d'achever le b√Ętiment √† la torpille. Il en lan√ßa une de chaque c√īt√© du cuirass√©, qui finit par chavirer √† 10 h 40. Il semblerait pourtant que ce ne soit pas les torpilles qui aient fait couler le Bismarck, mais qu'il aurait √©t√© sabord√© par l'√©quipage qui en avait re√ßu l'ordre avant de devoir abandonner le navire. Cette version, soutenue par l'√©quipage, mais contest√©e par les Britanniques, a depuis √©t√© corrobor√©e par les d√©chirures constat√©es le long de la coque lors de l'exploration de l'√©pave.

Seuls 115 survivants furent recueillis par le Dorsetshire sur un √©quipage de plus de 1 800. Ils √©taient encore des centaines, peut-√™tre mille, encore √† l'eau, mais furent abandonn√©s sous les yeux effar√©s des matelots britanniques, car le croiseur avait cru rep√©rer un sous-marin allemand tout proche. Les Allemands, quant √† eux, parvinrent sur les lieux bien apr√®s, mais ne trouv√®rent que de rares survivants. Le navire-h√īpital espagnol Canarias qui, √† la demande du gouvernement allemand s'√©tait port√© vers le lieu pr√©sum√© du combat, rentra bredouille.

√Čpilogue

Maquette du Bismarck

La fin du Bismarck eut le m√™me retentissement en Allemagne que celle du Hood en Grande-Bretagne, car la propagande nazie en avait fait le symbole du challenge contre la marine britannique. Toutefois, si au-del√† des pertes humaines la perte du Hood n'affaiblissait pas la Royal Navy, celle du Bismarck modifia totalement la strat√©gie du Haut Commandement Allemand. Si le Prinz Eugen, apr√®s avoir ravitaill√© aupr√®s d'un p√©trolier au large des Canaries, r√©ussit √† regagner Brest d√©but juin, le concept de guerre de course dans l'Atlantique avec des croiseurs isol√©s fut abandonn√©, d'autant plus que la capture d'une machine Enigma par les Britanniques leur permit de connaitre les positions des p√©troliers ravitailleurs qui furent tous d√©truits les uns apr√®s les autres dans les semaines suivantes. Le Prinz Eugen, le Scharnhost et le Gneisenau r√©ussirent √† regagner l'Allemagne par la Manche peu de temps apr√®s, o√Ļ ils furent endommag√©s par des mines. Ils ne s'aventur√®rent plus en mer, √† l'exception du Scharnhost qui mena√ßa peu apr√®s No√ęl 1943 un convoi ravitaillant l'URSS, et o√Ļ il fut coul√© pendant l'attaque (bataille du Cap Nord) par le Duke of York (un autre "sister ship" du King George V et du Prince Of Wales).

Quant au "sister ship" du Bismarck, le Tirpitz, il ne s'écarta pas de l'abri des fjords norvégiens et fut coulé par la RAF lors d'un raid aérien. Comme en 1914-1918 la marine de surface allemande connut une fin peu glorieuse.

Le retentissement de l'√©pisode du Bismarck est d√Ľ √† plusieurs facteurs :

  • tout d'abord par le danger qu'il repr√©sentait pour la Grande-Bretagne qui en mai 1941 se battait encore seule contre les nazis ;
  • ensuite par l'importance des moyens mis en Ňďuvre pour le d√©tecter, le poursuivre et le combattre : 8 cuirass√©s et croiseurs de bataille, 2 porte-avions, 11 croiseurs, 21 destroyers et 6 sous-marins. 300 sorties a√©riennes eurent lieu et pr√®s de 60 torpilles furent tir√©es. Entre Gdynia et le lieu o√Ļ il sombra, le navire avait parcouru pr√®s de 4 000 miles. Les rebondissements de l'action et les retournements de situation, ainsi que le professionnalisme des Britanniques oppos√© aux nombreuses erreurs tactiques et strat√©giques commises par les Allemands ont √©galement contribu√© √† l'impact aupr√®s du public.

Ce fut aussi un des derniers combats navals entre des navires de ligne (l'avant dernier en Europe). L'√©pisode de l‚ÄôArk Royal fit appara√ģtre la vuln√©rabilit√© des grandes unit√©s vis-√†-vis des attaques a√©riennes et provoqua progressivement leur remplacement par le porte-avions en tant que "capital ship", ce qui fut confirm√© par la guerre du Pacifique de mani√®re √©clatante. Les Britanniques n'en tir√®rent n√©anmoins pas de suite toutes les conclusions car, en d√©cembre 1941, les cuirass√©s Prince of Wales et Repulse furent encore envoy√©s sans couverture a√©rienne √† l'attaque des convois de d√©barquement japonais en Malaisie. Ils furent surpris par une attaque de bombardiers et d'avions torpilleurs japonais, et tous deux coul√©s.

La postérité

Avec les ann√©es, le navire entra dans la l√©gende. Son histoire fut popularis√©e par un film en 1960, ¬ę Coulez le Bismarck ! ¬Ľ, puis une chanson homonyme la m√™me ann√©e de Johnny Horton.

L'√©pave fut d√©couverte le 8 juin 1989 par une exp√©dition men√©e par Robert D. Ballard, √©galement d√©couvreur de l'√©pave du Titanic, √† une profondeur d'environ 4700 m, 650 km au nord-ouest de Brest. L'analyse de l'√©pave montre des dommages nombreux sur la superstructure caus√©s par les obus et quelques d√©g√Ęts mineurs caus√©s par les tirs de torpille mais sugg√©ra dans un premier temps que les Allemands aient pu saborder le navire pour h√Ęter son naufrage. Cela n'avait jamais √©t√© prouv√© auparavant par des investigations marines mais toujours affirm√© par les marins survivants. Ballard garda secret l'emplacement exact de l'√©pave pour pr√©venir d'autres plong√©es et d'√©ventuels pr√©l√®vements sur l'√©pave, pratiques qu'il consid√®re comme une forme de vol aggrav√©.

Plus tard, une autre plongée identifia l'épave et ramena des images pour un documentaire sponsorisé par la chaine britannique Channel 4 sur le Bismarck et le Hood.

Une troisième plongée sur l'épave est réalisée en 2002 à l'initiative du réalisateur canadien James Cameron pour la réalisation d'un film documentaire, Expedition: Bismarck, sorti la même année. Ce film raconte l'histoire du cuirassé allemand, en associant images de la plongée sur et dans l'épave et reconstitution numérique de la bataille, du naufrage jusqu'à son glissement sur le fond de l'océan. Ses découvertes étaient qu'il n'y avait pas assez de dommages sous la ligne de flottaison pour confirmer que le Bismarck ait été coulé par les obus ou les torpilles britanniques, confirmant même après une inspection sous-marine à l'intérieur du navire qu'aucun obus ou torpille n'avait pénétré la partie blindée de la coque, renforçant la thèse allemande de sabordage du navire. Puis cette thèse fut encore renforcée quand on découvrit d'autres images de la coque, qui prouvèrent sans conteste que c'étaient les Allemands qui avait sabordé leur navire.

Liens externes

Bibliographie

  • The Battleship Bismarck. The Complete History of a Legendary Ship, livre sous format √©lectronique de Jos√© M Rico, avril 2004.
  • Philippe Caresse, Le Bismarck, √©ditions Lela Presse, 2004.
  • Coulez le Bismarck ! de C.S. Forester; Editions "J'ai lu leur aventure" n¬įA25 .
  • "Pursuit. the sinkink of the Bismark" de Ludovic Kennedy, WM Collins, 1974.

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