Biographie de Sébastien Le Prestre de Vauban

Exposition chronologique de la vie de Vauban, une présentation centrale et plus générale figure sur l'article de Sébastien Le Prestre de Vauban.

Sommaire

Premières années : du Frondeur au Repenti

Nos connaissances sur le jeune Vauban tiennent en quelques lignes et le Vauban intime (une femme, des enfants, quelques maîtresses, de rares séjours dans ses terres), nous échappe, pour l’essentiel. De sa vie familiale, on ne sait presque rien. Et du reste, pendant les vingt premières années de son mariage, il n’a guère passé plus de six mois dans le Morvan de son enfance auprès de son épouse…

Ce que nous savons de son enfance

Sébastien Le Prestre de Vauban fut baptisé le 15 mai 1633 en l’église de Saint-Léger-de-Foucherets, dans le Morvan (un décret impérial transforma le nom en Saint-Léger-Vauban en 1867). Le nouveau-né était issu d’une famille de petits hobereaux nivernais récemment “ agrégés à la noblesse ” : les origines lointaines sont obscures et les “ brûlements ” et les pillages des guerres de religion ont permis, quand il fallut répondre aux enquêtes de noblesse ordonnées par Colbert, de camoufler l’absence de documents plus anciens.

Le Prestre furent sans doute des ruraux besogneux et très probablement d’anciens marchands : des Le Prestre s’installèrent à Dun-les-Places, puis à Bazoches où ils dirigèrent un flottage de bois vers Paris par la Cure, l’Yonne et la Seine. Nous savons aussi qu'Emery Le Prestre, l’arrière-grand-père paternel de Vauban, a acquis, vers 1550, le château de Bazoches, située à une lieue de Bazoches, et que Vauban rachètera… D’Hozier, examinant en 1705, les preuves de noblesse de Vauban, se gaussera de cette famille au sang à peine bleuté: “ quelle qualité que celle d’un bailli de village pour le père d’un chevalier du Saint-Esprit ? Et quelles alliances pour des tantes du maréchal que Millereau et Lambert ?… ”.

On ignore exactement où était située sa maison et en quoi consistait son aménagement intérieur… “ Vauban, écrira Saint-Simon, toujours cruel (et qui pourtant lui reconnaît bien des qualités), petit gentilhomme de campagne tout au plus […]. Rien de si court, de si nouveau, de si plat, de si mince.

Son père (il a trente ans à sa naissance), Albin ou Urbain Le Prestre, qualifié d’“ ecuyer ” sur le registre de baptême de son fils, appartenait à une lignée noble depuis trois générations seulement, mais cousinait par sa mère avec des maisons d’ancienne chevalerie, les Montmorillon et les Chastellux. Ce fut un homme discret, peu causant, dont la passion principale semble avoir été la greffe des arbres fruitiers (il a laissé à la postérité les pommes et les poires Vauban)…

Quant à la mère de Vauban, “ damoiselle Edmée de Carmignolles (ou Cormignolles), fille de Jehan Carmignolle, escuyer ”, âgée de vingt-deux ans à sa naissance, elle sortait d’une famille de marchands et de paysans enrichis, des “ principaux du village ”, comme le mentionnent les documents.

De son enfance et de son adolescence, on ignore à peu près tout. Nous pouvons simplement supposer qu’il a été élevé à la dure et que, très tôt, il apprit à monter à cheval pour devenir le parfait cavalier qu’il fut longtemps. Et qu’il a vécu toute son enfance dans une ambiance de guerre (c’est en 1635 que la France entre dans la guerre de Trente Ans), avec son cortège de violences et de maladies (les troupes provoquent dans leur sillage des épidémies de peste) : en 1636, on compte plus de cent villages détruits dans la vallée de la Saône.

On peut supposer aussi qu’entre 1643 et 1650, Sébastien Le Prestre aurait fréquenté le collège de Semur-en-Auxois, tenu par les carmes. Il y fait ses “ humanité ” : il y a appris à lire le latin, la grammaire, les auteurs antiques, notamment Cicéron et Virgile. Il dit de lui dans son Abrégé des services du maréchal de Vauban, qu’il avait reçu, à l’orée de sa carrière, “ une assez bonne teinture de mathématiques et de fortification, et ne dessinant d’ailleurs pas mal ”. On devine donc, pour la suite de sa vie, une enfance plutôt pauvre, au contact des campagnards, “ mal vêtus, été comme hiver, de toile à demi pourrie et déchirée, chaussés de sabots dans lesquels ils ont les pieds nus toute l’année ” (Description de l’élection de Vézelay, 1696). C’est parmi eux qu’il a mesuré l’âpreté de la vie et c’est eux sans doute qui lui ont transmis le goût de la terre : toute sa vie, il s’appliquera, avec persévérance, à se constituer un domaine, lopin par lopin…

Les « guerres domestiques » de la Fronde : Vauban condéen

Et puis c’est la Fronde (1648-1652). Vauban est présenté au prince de Condé par un oncle maternel qui est dans son état-major. Le voici engagé dans la rébellion : au début de 1651, probablement vers avril, à 17 ans, il entre comme cadet dans le régiment d’infanterie du prince de Condé, chef du parti frondeur, en suivant l’exemple de nombreux parents et voisins qui ont suivi, par fidélité quasi féodale, les Condé, qui sont gouverneurs de Bourgogne depuis 1631.

En novembre 1652, alors que Vauban expérimente, sur le terrain, ses talents d’ingénieur militaire, il se trouve impliqué dans le siège de Sainte-Menehould prise le 14 novembre par le prince de Condé, et il se distingue par sa bravoure : dans son Abrégé des services (le récit de sa carrière), il signale qu’il a été félicité par les officiers du prince pour avoir traversé l’Aisne à la nage sous le feu des ennemis. La place est finalement prise par les Frondeurs. Et Vauban est promu maistre (sous-officier) dans le régiment de Condé cavalerie.

Au début de 1653, alors que le prince de Condé est passé au service de l’Espagne, le jeune Vauban, lors d’une patrouille, face aux armées royales “ fit sa capitulation ”, mais avec les honneurs (il n’est pas démonté, on l’autorise à garder ses armes) et il est conduit au camp de Mazarin, qui le fait comparaître, l’interroge et se montre immédiatement séduit par ce Morvandais râblé et trapu, vigoureux, plein de vie, à la vivacité d’esprit et la repartie remarquable. Le jeune Vauban a-t-il compris qu’il joue là, avec cette entrevue, sa vie et son destin ? toujours est-il que le cardinal ministre n’a, semble-t-il, aucune peine à le “ convertir ”. Vauban change de camp. C’est là un décisif déplacement de fidélité : il passe de la clientèle de Monsieur le Prince à celle de Mazarin, c’est-à-dire à celle du roi.

Au service du roi

Il se trouve bientôt placé comme volontaire auprès de Louis Nicolas de Clerville, ingénieur et professeur de mathématiques, chargé du siège de Sainte-Menehould (la ville qui avait vu Vauban se distinguer dans l’armée rebelle). La ville capitule le 25 novembre 1653, et Vauban, chargé de réparer cette place forte, est nommé lieutenant au régiment d’infanterie de Bourgogne, bientôt surnommé le “ régiment des repentis ”, car il recueillait beaucoup d’anciens frondeurs de la province.

Dans les années qui suivent, placé sous la tutelle du chevalier de Clerville (Colbert créa pour lui la charge de Commissaire général des fortifications), il survit en Champagne et participa à de nombreux sièges : notamment Stenay (siège dirigé par le marquis Abraham de Fabert d'Esternay), une place forte lorraine que le prince de Condé avait obtenue, en 1648, en contrepartie de l’aide qu’il avait apportée à l’État royal, “ pour en jouir souverainement comme en jouissait Sa Majesté elle-même ”. Pour le jeune roi, qui venait d’être sacré à Reims, le 14 juin, prendre Stenay, c’est, d’une, certaine manière, outre accompagner l’onction divine d’un sacre militaire, achever la Fronde par la prise de cette ville au centre du territoire contrôlé par le prince de Condé. Le siège dura trente-deux jours et Vauban est assez sérieusement blessé au neuvième jour du siège. Rétabli, il est chargé de marquer l’emplacement où le mineur placera sa mine et il est à nouveau blessé, cette fois-ci par un coup de pierre alors que “ les assiégés allumaient un grand feu au pied du bastion de la gauche, devant le trou du mineur, qui l’en chassa sans retour ”. La ville est finalement prise en présence de Louis XIV, le 6 août.

Au lendemain de ce siège, il est promu capitaine (ce qui lui vaut une solde de 50 livres, que lui verse chaque mois le trésorier des fortifications au titre de sa fonction d’ “ ingénieur ordinaire ”), puis il participe au secours d’Arras (août 1654), au siège de Clermont-en-Argonne (novembre 1654), à la prise de Landrecies (juin-juillet 1655) – il est fait alors “ Ingénieur ordinaire ” du roi par brevet du 3 mai 1655, alors qu’il a vingt-deux ans -. L’année suivante, en 1656, il participe au siège de Valenciennes (juin-juillet), qui voit l’affrontement des troupes de Turenne (pour le roi) et de Condé (pour les Espagnols). Vauban, blessé au début du siège, a porté un jugement sévère sur cette opération (la ville fut obligée de se rendre, faute de vivres), dans son Mémoire pour servir d’instruction à la conduite des sièges. C’est, pour lui, une des opérations les plus mal dirigées (par Monsieur de la Ferté) auxquelles il a participé :

« Il n’est pas concevable combien les Français y firent de fautes ; jamais les lignes ne furent plus mal faites et plus mal ordonnées, et jamais ouvrage plus mal imaginé que la digue à laquelle on travailla prodigieusement pendant tout le siège, et qui n’était pas encore achevée lorsqu’on fut obligé de le lever[1]. »

Puis, en juin-juillet 1657, c’est le siège de Montmédy, en présence du roi, où Vauban est de nouveau blessé : ce fut un siège long – quarante-six jours de tranchée ouverte – particulièrement coûteux en vies humaines.

Vauban évoqua ce siège dans son Traité de l’attaque des places de 1704 :

« Il n’y avait que 700 hommes de garnison qui furent assiégés par une armée de 10 000 hommes, que de quatre (ingénieurs) que nous étions au commencement du siège, destinés à la conduite des travaux, je le me trouvais le seul cinq à six jours après l’ouverture de la tranchée, qui en dura quarante-six ; pendant lesquels nous eûmes plus de 300 hommes de tués et 1 800 blessés, de compte fait à l’hôpital, sans y comprendre plus de 200 qui n’y furent pas ; car dans ces temps là, les hôpitaux étant fort mal administrés, il n’y allait que ceux qui ne pouvaient faire autrement, et pas un de ceux qui n’étaient que légèrement blessés ; il faut avouer que c’était acheter les places bien cher… [2] »

Il a critiqué avec force la manière dont ce siège sanglant a été mené : “ elle (la citadelle) pouvait être (emportée) en quinze jours si elle eût été bien attaquée ”. Désormais, et ce sera son obsession tout au long de sa carrière militaire : il fera tout pour épargner le sang des hommes : “ il ne faut tenir pour maxime de ne jamais exposer son monde mal à propos et sans grande raison ”[2].

Il est encore à Mardyck en septembre 1657, à Gravelines dans l’été 1658, puis à Oudenarde, où il a été fait prisonnier, libéré sur parole, puis échangé. Il est enfin à Ypres, en octobre, sous les ordres de Turenne. La ville est rapidement enlevée, ce qui lui vaut un nouvel entretien avec Mazarin, que Vauban rapporte ainsi : “ Il le gracieusa fort et, quoique naturellement peu libéral, lui donna une honnête gratification et la flatta de l’espoir d’une lieutenance aux gardes ”[3]. En fait, cette promotion se fera attendre (comme bien d’autres promotions…) : contrairement aux promesse mazarines, il ne sera nommé lieutenant aux gardes que dix ans plus tard, en 1668.

À vingt-cinq ans, il a déjà le corps couturé de multiples blessures, mais sa bravoure et sa compétence sont reconnues, notamment par Mazarin.

Scènes de la vie familiale

Après la paix des Pyrénées le 8 novembre 1659 – il a alors vingt-sept ans -, un congé d’un an lui permet de rentrer au pays pour épouser le 25 mars 1660, une petite parente, demi-sœur de cousins germains, Jeanne d’Osnay ou d’Aunay, fille de Claude d'Osnay baron d'Epiry. Elle a 20 ans et est orpheline de mère, le jeune couple s'installe dans le chateau d'Epiry. À peine marié depuis deux mois, Vauban est rappelé par le service du roi pour procéder au démantèlement de la place forte de Nancy rendue au duc de Lorraine. En fait, par la suite il ne revit plus sa femme, que le temps de brefs séjours (en tout, pas plus de trois ans et demi soit 32 mois sur 449[4]!) et lorsque Jeanne, en juin 1661 met au monde une petite fille, Charlotte, son marie est à Nancy..

Mais ces rares séjours dans ses terres morvandelles, il y tient par dessus-tout, comme il l’explique au printemps 1680 :

« Le roi ne pouvait me faire un plus grand plaisir que de me permettre d’aller deux mois chez moi, même si la saison est peu propice à séjourner dans un si mauvais pays que le mien, j’aimerai beaucoup mieux y estre au cœur des plus cruels hivers que de ne point y aller du tout [réf. nécessaire] »

Un de ses plus longs séjours à Bazoches eut lieu en 1690 : le roi l’autorisa à y rester presque toute l’année pour soigner une fièvre et une toux opiniâtres. Mais même à Bazoches, il ne cesse de travailler : tout au long de l’année 1690, Louvois lui adressa de multiples mémoires…
Sa femme lui donnera deux filles survivantes (la progéniture mâle a prématurément disparu, ce qui fut un drame intime pour Vauban) :

  • Charlotte, née en juin 1661, épousera, le 26 mars 1680, en l’église d’Epiry, en Morvan, Jacques-Louis de Mesgrigny, neveu de Jean de Mesgrigny, grand ami de Vauban, compagnon de siège, ingénieur, lieutenant général et gouverneur de la citadelle de Tournai. Jean-Charles de Mesgrigny, comte d’Aunay (1680-1763), fils de Charlotte Le Prestre de Vauban et de Jacques de Mesgrigny, reçut les papiers de Vauban en héritage (dont les manuscrits des Oisivetés, désormais dans famille de Louis Le Peletier de Rosanbo, président à mortier au parlement de Paris et héritier de Charlotte de Mesgrigny dans la mesure où il a épousé sa fille unique, Marie-Claire Edmée de Mesgrigny, en 1738. Les manuscrits sont aujourd’hui conservés dans le château familial de Rosanbo dans les Côtes d’Armor et microfilmés aux Archives nationales.
  • La cadette, Jeanne-Françoise, se mariera, le 8 janvier 1691, en l’église Saint Roch à Paris, avec Louis Bernin, marquis de Valentinay, seigneur d'Ussé, apparenté au contrôleur général des finances Claude le Pelletier, à deux intendants des finances, à des membres de la cour des comptes et à des trésoriers généraux des fiances. Ce qui rapproche Vauban du monde des officiers de la finance et des parlementaires. Vauban séjournera souvent à Paris dans le faubourg Saint-Honoré, chez sa fille, tout en ne cessant de demander au roi une maison parisienne.

D’autres unions, de sa part, et passagères, engendreront une demi-douzaine d’enfants naturels, parsemés le long de ses voyages dans les provinces du royaume (sur ce sujet, nous disposons d’un testament émouvant dans lequel il prévoit de laisser des sommes d’argent aux femmes qui disent avoir eu un enfant de lui)…

Pour tous, Vauban apparaît avant tout comme un “ habile ingénieur ”. Mais rien encore ne le distingue du lot…

Ingénieur royal : le preneur de villes

« Ingénieur militaire responsable des fortifications »

Ses talents sont alors reconnus et le 3 mai 1655, à l'âge de 22 ans, il devient «ingénieur militaire responsable des fortifications» et en 1656 il reçoit une compagnie dans le régiment du maréchal de La Ferté[5]. De 1653 à 1659, il participe à 14 sièges et est blessé plusieurs fois. Il perfectionne la défense des villes et dirige lui-même de nombreux sièges. En 1667, Vauban assiège les villes de Tournai, de Douai et de Lille, prises en seulement neuf jours. Le roi lui confie l'édification de la citadelle de Lille qu'il appellera lui-même la "Reine des citadelles". C'est à partir de Lille qu'il supervise l'édification des nombreuses citadelles et canaux du Nord, lesquels ont structuré la frontière qui sépare toujours la France de la Belgique. Il dirige aussi le siège de Maastricht en 1673. Enfin, il succède le 4 janvier 1678 à Clerville au poste de commissaire général des fortifications[5].

1673. Le siège de Maastricht

Maastricht était une place stratégique, située au confluent des fleuves Jaar et Meuse, protégée par d’importantes fortifications et d’énormes travaux extérieurs l’enserrant dans une quadruple ceinture de pierres. L’effectif des assiégeants se montait à 26 000 fantassins et 19 000 cavaliers. L’artillerie disposait de 58 pièces de canon, un chiffre énorme pour l’époque, et les magasins renfermaient pour plus de dix semaines de vivres et de munitions. Jamais un aussi grand appareil de forces n’avait été déployé en vue d’un siège. Et pour la première fois, la direction supérieure des travaux était soustraite aux généraux et confiée à un ingénieur : Vauban, qui avait sous ses ordres le corps du génie tout entier et il était entièrement responsable de la conduite de tous les travaux du siège. Appuyé sur le corps du génie, il inaugure un nouveau mode d’approche des prises de places. Tout alors fut différent : jusqu’alors, les travaux d’approche consistaient en une tranchée unique fort étroite, derrière laquelle s’abritaient les travailleurs, mais qui ne donnait pas aux troupes un espace suffisant pour se mouvoir, et provoquait de terribles boucheries. “ Du temps passé, écrit dans ses Mémoires le comte d’Aligny, alors officier aux mousquetaires, c’était une boucherie que les tranchées ; c’est ainsi qu’on en parlait. Maintenant, Vauban les fait d’une manière qu’on y est en sûreté comme si l’on était chez soi ”. Vauban rationalisa, en effet, le procédé d'attaque mis au point par les Turcs lors du long siège de Candie qui s'acheva en 1669.

Les douze phases du siège

L’ensemble du siège, union de tactiques traditionnelles et nouvelles, se décompose en douze phases :

- Phase 1. Investissement de la place. Il faut agir rapidement et par surprise. L'armée de siège coupe la place en occupant toutes les routes d'accès et en la ceinturant rapidement de deux lignes de retranchement parallèles (un vieux procédé, mis au point par les Romains).

- Phase 2. Construction de deux lignes de retranchement autour de la place investie :

  • Une ligne de circonvallation, tournée vers l'extérieur et qui interdit toute arrivée de secours ou de vivres et de munitions venant de l'extérieur.
  • Une ligne de contrevallation est construite, tournée vers la place, elle prévient toute sortie des assiégés. Elle est située environ à 600 mètres, c'est-à-dire au-delà de la limite de portée des canons de la place assiégée.

L'armée de siège établit ses campements entre ces deux retranchements.

-Phase 3. Phase de reconnaissance. Intervention des ingénieurs assiégeants qui effectuent des reconnaissances pour choisir le secteur d'attaque qui est toujours un front formé de deux bastions voisins avec leurs ouvrages extérieurs (demi-lune, chemin couvert et glacis). Il faut souligner le rôle des ingénieurs dans cette phase et l'importance des études de balistique, de géométrie, de mathématiques. On oublie parfois que les premiers travaux de l'académie des sciences, fondée par Colbert en 1665, furent consacrés à des études qui avaient des relations directes avec les nécessités techniques imposées par la guerre. Colbert suscita ainsi, en 1675, des recherches sur l'artillerie et la balistique afin de résoudre la question de la portée et de l'angle des tirs d'après les travaux de Torricelli qui prolongeaient ceux de Galilée. L'ensemble aboutit à la rédaction du livre de François Blondel, L'art de jeter les bombes, publié en 1683. Depuis 1673, l'auteur donnait des cours d'art militaire au Grand Dauphin.

- Phase 4. Travaux d'approche. Cette fois, il s’agit des nouveautés introduites par Vauban. Les travaux d’approche s'effectuent à partir de la contrevallation et ils se présentent sous la forme de deux tranchées (et non plus une seule) creusées en zig zag (pour éviter les tirs d'enfilade des assiégés) qui s'avancent progressivement vers les deux saillants des bastions en suivant des lignes qui correspondent à des zones de feux moins denses de la part des assiégés.

- Phase 5. Construction d'une première parallèle (ou place d’armes). À 600 mètres de la place (limite de portée des canons), les deux boyaux sont reliés par une première parallèle (au front attaqué), appelée aussi “ place d’armes ”, qui se développe ensuite très longuement, à gauche et à droite, jusqu'à être en vue des faces externes des deux bastions attaqués et de leurs demi-lunes voisines. Cette première parallèle est une autre innovation de Vauban, inspirée d’une technique turque au siège de Candie. Pelisson écrit que “ Vauban lui a avoué qu’il avait imité des Turcs dans leurs travaux devant Candie ” (Lettres historiques, III, p. 270) La parallèle a plusieurs fonctions :

  • Relier les boyaux entre eux, ce qui permet de se prêter renfort en cas de sortie des assiégés sur l'un d'entre eux, et de masser à couvert des troupes et du matériel.
  • Placer des batteries de canons qui commencent à tirer en enfilade sur les faces des bastions et des demi lunes choisies pour l'assaut.

Le système des parallèles, fortifiées provisoirement, a l'avantage de mettre l'assaillant à couvert pour l'approche des défenses.

Louis XIV, lui-même, en témoigne, dans ses Mémoires :

“ La façon dont la tranchée était conduite, empêchait les assiégés de rien tenter ; car on allait vers la place quasi en bataille, avec de grandes lignes parallèles qui étaient larges et spacieuses ; de sorte que, par le moyen des banquettes qu’il y avait, on pouvait aller aux ennemis avec un fort grand front. Le gouverneur et les officiers qui étaient dedans n’avaient encore jamais rien vu de semblable, quoique Fargeaux [le gouverneur de Maastricht] se fût trouvé en cinq ou six places assiégées, mais où l’on n’avait été que par des boyaux si étroits qu’il n’était pas possible de tenir dedans, à la moindre sortie. Les ennemis, étonnés de nous voir aller à eux avec tant de troupes et une telle disposition, prirent le parti de ne rien tenter tant que nous avancerions avec tant de précautions ”.

- Phase 6. La progression des deux tranchées. Elle reprend, jusqu'à 350 mètres de la place, distance où l'on établit une deuxième parallèle tout à fait comparable à la première et jouant le même rôle.

- Phases 7, 8, 9. Progression à partir de la construction de trois tranchées : les deux précédentes, plus une nouvelle, suivant l'axe de la demi lune visée. Plus construction de tronçons de parallèles qui servent à faire avancer au plus près des canons.

- Phase 10. Tirs à bout portant sur les escarpes (parois des fossés) et les bastions pour les faire s'effondrer et pratiquer la brèche qui permettra l'assaut.

- Phase 11. Ouverture de la brèche par mine. Il s'agit là d'un travail de sape, long et dangereux pour les mineurs spécialisés dans ce type d'ouvrage.

- Phase 12. Assaut. Montée à pied sur l'éboulement de la brèche au sommet de laquelle on établit un "nid de pie" pour être sûr de bien tenir. À ce stade, le gouverneur de la place assiégée estime souvent que la partie est perdue, et il fait « battre la chamade » : offre de négociation en vue d'une reddition honorable.

Qu'est-ce qu'un « siège à la Vauban » ?

Au total, on le voit, le siège à la Vauban est une méthode raisonnée dans laquelle l'ingénieur mathématicien coordonne tous les corps de troupe. Ce qui n’évita pas de nombreux morts (d’Artagnan notamment). Parmi les ingénieurs, beaucoup sont tombés sous les yeux de Vauban : “ Je crois, écrivait-il à Louvois au début du siège, que Monseigneur sait bien que le pauvre Regnault a été tué roide, dont je suis dans une extrême affliction. Bonnefoi a été aussi blessé ce soir au bras. J’ai laissé sous les autres en bon état ; je prie Dieu qu’il les conserve, car bien le plus joli troupeau qu’il est possible d’imaginer ”.

À Maastricht, Vauban innova de plusieurs manières :

  • Il procéda, on l'a vu, selon un système de larges tranchées parallèles et sinueuses pour éviter le tir des assiégés et permettre une progression méthodique et efficace des troupes, la moins dangereuse pour elles.
  • Il ouvrit la brèche au canon.
  • Il perfectionna le tir d'enfilade.
  • Il multiplia les tranchées de diversion.
  • Surtout, il élargit les tranchées par endroit, en particulier aux angles et aux détours, pour former des "places d'armes" et des redoutes d'où les assiégeants pouvaient se regrouper, de cinquante à cent soldats, à l'abri des feux des canons et des mousquets. Il put ainsi réduire la place avec une rapidité qui étonna ses contemporains ("Treize jours de tranchée ouverte"), diminuant au minimum les pertes humaines, l'obsession qui, toute sa vie, poursuivit Vauban : “ la conservation de cent de ses sujets écrit-il à Louvois en 1676, lors du siège de Cambrai, lui doit être plus considérable que la perte de mille de ses ennemis ”.

Dans son traité de 1704, Traité des sièges et de l’attaque de places, Vauban a parfaitement décrit sa propre fonction en expliquant le rôle joué par le “directeur des attaques” :

“ Tout siège de quelque considération demande un homme d’expérience, de tête et de caractère, qui ait la principale disposition des attaques sous l’autorité du général ; que cet homme dirige la tranchée et tout ce qui en dépend, place les batteries de toutes espèces et montre aux officiers d’artillerie ce qu’ils ont à faire ; à qui ceux-ci doivent obéir ponctuellement sans y ajouter ni diminuer. Pour ces mêmes raisons, ce directeur des attaques doit commander aux ingénieurs, mineurs, sapeurs, et à tout ce qui a rapport aux attaques, dont il est comptable au général seul ”.

Et comme à son habitude, Vauban fit de ce siège une relation détaillée assortie de remarques critiques : il soulignait que “ ce siège fut fort sanglant à cause des incongruités qui arrivèrent par la faute de gens qu’il ne veut pas nommer ”. Et il termine par cette observation : “ Je ne sais si on doit appeler ostentation, vanité ou paresse, la facilité que nous avons de nous montrer mal à propos, et de nous mettre à découvert sans nécessité hors de la tranchée, mais je sais bien que cette négligence, ou cette vanité (comme on voudra l’appeler) a coûté plus de cent hommes pendant le siège, qui se sont fait tuer ou blesser mal à propos et sans aucune raison, ceci est un péché originel dont les Français ne se corrigeront jamais si Dieu qui est tout puissant n’en réforme toute l’espèce ”.

La gloire du roi de guerre

Vauban reçut 80 000 livres, ce qui lui permit de racheter le château de Bazoches en février 1675.

Mais à Versailles, sur les peintures de la Galerie des glaces, Charles Le Brun fit du roi le seul bénéficiaire de cette victoire ("Masstricht, prise en treize jours") dont Vauban, jamais représenté, n'était qu'un docile et invisible exécutant. Au début du mois de juillet 1673, Louis XIV écrivait à Colbert : maître d'œuvre de ce fameux siège, vantant sa prudence à "régler seul les attaques", son courage "à les appuyer et les soutenir", sa vigueur "dans les veilles et les fatigues", sa capacité "dans les ordres et dans les travaux".

Le 10 août, Vauban fit faire au prince de Condé, de passage dans la ville prise, le tour complet, “ par le dehors et par le dedans ”. Condé trouva les projets de Vauban très séduisants : “ Le poste me paraît le plus beau du monde et le plus considérable, et plus je l’ai examiné plus je trouve qu’il est de la dernière importance de le fortifier. M. de Vauban a fait deux dessins, le grand dessin est la plus belle chose du monde ” [6]

Commissaire général des fortifications : le bâtisseur

Il continue à ce poste de diriger les sièges : par exemple lors de la guerre de la ligue d'Augsbourg, les sièges de Philippsbourg en 1688, de Mons en 1691 et de Namur en 1692. En 1694, il organise avec succès la défense contre un débarquement anglais sur les côtes de Bretagne à Camaret.

C'est la victoire de Maastricht qui pousse le roi à lui offrir une forte dotation lui permettant d'acheter le château de Bazoches en 1675. Vauban est nommé «commissaire des fortifications» en 1678, lieutenant général en 1688[7], puis maréchal de France, en 1703. Il devint si fameux que l'on dit même : "Une ville construite par Vauban est une ville sauvée, une ville attaquée par Vauban est une ville perdue".[réf. nécessaire]

La frontière de fer

Le nom de Vauban reste attaché à la construction d'une "frontière de fer" qui a durablement protégé le royaume contre les attaques ennemies.

Afin de construire une frontière plus linéaire et cohérente, Vauban voulut avant tout rationaliser le système de défense déjà mis en place avant lui, en particulier dans le Nord, car il fallait répondre à la principale préoccupation stratégique du roi : protéger Paris (souvenir de l'année 1636, celle de Corbie, qui avait vu les troupes espagnoles avancer jusqu'à Pontoise). Par un jeu savant d'abandon et de restitution de villes fortifiées, le traité de Nimègue, en 1678, permit de diminuer les enclaves coûteuses et d'assurer ainsi une plus grande régularité du tracé de la frontière.

Vauban a multiplié les lettres, les rapports, les mémoires adressés à Louvois ou au roi ; dans ses lettres, rapports, mémoires, Vauban avait violemment dénoncé les méfaits de ce qu'il appelait l'"emmêlement de places". En novembre 1678 par exemple, rédigeant un Mémoire des places frontières de Flandres qu'il faudroit fortifier pour la sûreté du pays et l'obéissance du Roi, il insistait sur la nécessité de "fermer les entrées de notre pays à l'ennemi", et de "faciliter les entrées dans le sien". Aussi, pour le Nord du royaume, proposait-il d'installer deux lignes de places fortes se soutenant mutuellement, "à l'imitation des ordres de bataille".

La première ligne, la "ligne avancée", serait composée de treize grandes places et de deux forts, renforcée par des canaux et des redoutes, suivant un modèle déjà éprouvé dans les Provinces-Unies.

La seconde ligne, en retrait, comprendrait aussi treize places. Louvois lut le mémoire à Louis XIV qui souhaita aussitôt que la même politique défensive fût appliquée de la Meuse au Rhin. Cette année-là aussi, Vauban avait été nommé commissaire général des fortifications.

Si le Nord et l'Est furent l'objet d'un soin défensif particulier, l'ensemble des frontières du royaume bénéficia de la diligence de l'ingénieur bâtisseur : partout, imitant la technique mise au point en Italie puis en Hollande et en Zélande par les Nassau, Vauban conçut le réseau défensif à partir du modelé du terrain et des lignes d'obstacles naturels (les fleuves, les montagnes, la morphologie du littoral), adaptant au site chaque construction ancienne ou nouvelle. Il accorda une particulière attention au cours des rivières, à leurs débits, à leurs crues. Dans tous les cas, après une longue observation sur le terrain, il rédigeait un long rap¬port afin de résumer les obstacles et les potentialités de chaque site :

En avril 1679, par exemple, il rédigea pour Louvois un mémoire sur les fortifications à établir en Cerdagne au contact de la frontière espagnole : Qualités des scituations qui ont été cy devant proposées pour bastir une place dans la plaine de Cerdagne. Examinant six emplacements possibles, il en élimina cinq, découvrant enfin "la scituation idéale [...] justement à la teste de nos défilés comme si on l'y avoit mise exprès [...]" ; les rochers, "les meulières et fontaines du col de la Perche" forment autant de remparts naturels : la situation choisie offre de nombreux avantages, et elle "épargne au moins les deux tiers de remuement de terre, et plus d'un tiers de la maçonnerie et en un mot la moitié de la dépense de la place".

Dans la plupart des cas, comme dans cet exemple de la Cerdagne (il s'agissait du projet réalisé de la ville-citadelle de Mont-Louis), "parce qu'il est nécessaire d'assujettir le plan au terrain, et non pas le terrain au plan", il transforma les contraintes imposées par la nature en avantage défensif, dressant des forteresses sur des arètes rocheuses, ou les bâtissant sur un plateau dégagé pour barrer un couloir en zone montagneuse. Une des réussites les plus éclatantes fut celle de Briançon (musée des Invalides et des plans reliefs) : les chemins étagés sur les flancs de la montagne furent transformés en au¬tant d'enceintes fortifiées et im¬pre¬nables. Soit en les créant, soit en les modifiant, Vauban travailla en tout à près de trois cents places fortes. Sa philosophie d'ingénieur-bâtisseur tient en une phrase : "l'art de fortifier ne consiste pas dans des règles et dans des systèmes, mais uniquement dans le bon sens et l'expérience".

L’État des places fortes du royaume, dressé par Vauban en novembre 1705, se présente comme le bilan de l’œuvre bâtie suivant ces principes : il compte “ 119 places ou villes fortifiées, 34 citadelles, 58 forts ou châteaux, 57 réduits et 29 redoutes, y compris Landau et quelques places qu’on se propose de rétablir et de fortifier ”.

La liberté d'esprit de ce maréchal lui vaudra cependant les foudres du roi. Vauban meurt à Paris le 30 mars 1707 d'une inflammation des poumons. Il est enterré à l'église de Bazoches (dans le Morvan) et son cœur, sur l'intervention de Napoléon Ier, est conservé à l'hôtel des Invalides de Paris, en face de Turenne, depuis 1808.

Galerie

Notes et références

  1. Vauban, Mémoire pour servir d’instruction à la conduite des sièges
  2. a et b Vauban, Traité de l’attaque des places de 1704
  3. Vauban, Abrégé des services du maréchal Vauban
  4. La voix du combattant N°1733 de mars 2008
  5. a et b Michèle Virol,Un bon génie à la cour du Roi-Soleil, Historia thématique n°106, Mars-avril 2007, page 7
  6. cité par Bernard Pujo, Le Grand Condé, Paris, Albin Michel, 1995, p. 324.
  7. Bernard Pujo - Vauban - page 144, ce qui correspond au grade de général de division dans l'armée française

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