Biedermeier

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Biedermeier

La p√©riode Biedermeier s'√©tend de 1815 (Congr√®s de Vienne) √† 1848 (R√©volution de Mars 1848) dans les √Čtats de la Conf√©d√©ration germanique et dans l'Empire d'Autriche. En politique, elle est li√©e √† la Restauration allemande et au d√©veloppement de ces √©tats apr√®s la p√©riode napol√©onienne et le Congr√®s de Vienne.

Contemporain des styles Restauration et Louis-Philippe, le Biedermeier d√©signe d'une part la culture et l'art bourgeois apparus √† cette √©poque, et d'autre part la litt√©rature de ce temps, qui tous deux sont m√©pris√©s parce que ¬ę terre-√†-terre ¬Ľ et ¬ę conservateurs ¬Ľ. La restriction des libert√©s et, surtout, une certaine d√©fiance √† l'encontre de l'action politique entra√ģnent un repli des artistes vers la sph√®re priv√©e, la famille et le foyer. La fuite dans l'idylle et la vie priv√©e sont par cons√©quent des th√®mes typiques. Le po√®te Jean Paul parlait d√©j√† de ¬ę bonheur total dans la limitation ¬Ľ, et le secr√©taire de Goethe, Johann Peter Eckermann, croyait reconna√ģtre ¬ę une r√©alit√© pure √† la lumi√®re de modestes √©clairages ¬Ľ.

En litt√©rature, on oppose le Biedermeier conservateur √† la ¬ę Jeune Allemagne ¬Ľ (Vorm√§rz), courant √† tendance r√©volutionnaire qui se d√©veloppe √† partir des ann√©es 1830.

Sommaire

La situation politique

Metternich à l'époque du Congrès de Vienne

Après la chute de Napoléon à la bataille de Waterloo et son bannissement, les résolutions négociées au Congrès de Vienne furent mises en application. L'ordre de Vienne s'établit en Europe selon les idées directrices de la Restauration. À cette fin, le monarque conservateur François Ier d'Autriche, l'empereur Alexandre Ier de Russie et le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse conclurent la Sainte-Alliance. Ils y furent poussés en dernier lieu par le spectre de la Révolution française, dont ils voulaient en éviter à tout prix la répétition.

Le prince Klemens Wenzel von Metternich, rh√©nan de naissance et travaillant au service de l'empereur d'Autriche, joua un r√īle politique de premier plan. Il fit adopter les ¬ę d√©crets de Karlsbad ¬Ľ de 1819, qui restreignirent fortement les activit√©s politiques. Une stricte censure de toutes les publications fut introduite, y compris pour les Ňďuvres musicales. Des √©crivains comme Heinrich Heine et Georg B√ľchner √©migr√®rent, de m√™me que Karl Marx, alors r√©dacteur en chef de la Rheinische Zeitung √† Cologne.

Sans les décrets de Karlsbad, l'époque Biedermeier est impensable. Hors d'Europe Centrale et de Scandinavie, le terme Biedermeier n'existe donc pas, car le développement des sociétés prit ailleurs d'autres voies.

Origine du Biedermeier

Le terme de Biedermeier n'apparut pour d√©signer une √©poque que vers 1900. Il vient du pseudonyme Gottlieb Biedermeier, que le juriste et √©crivain Ludwig Eichrodt et le docteur Adolf Ku√ümaul prirent √† partir de 1855 pour publier des po√®mes vari√©s dans les Fliegende Bl√§tter munichoises, parodiant en partie les po√©sies du bien r√©el instituteur de village Samuel Friedrich Sauter. Le nom vient de deux po√©sies, Biedermanns Abendgem√ľtlichkeit (Le Bonheur vesp√©ral de Biedermann) et Bummelmaiers Klage (La Plainte de Bummelmaier), publi√©es en 1848 par Joseph Victor von Scheffel dans le m√™me magazine. Jusqu'en 1869 on √©crivit ¬ę Biedermaier ¬Ľ, l'usage du ¬ę ei ¬Ľ ne vint qu'ensuite. Le Monsieur Biedermeier fictif √©tait un instituteur de village souabe √©crivant de la po√©sie, √† l'√Ęme simple, et que selon Eichrodt ¬ę sa petite chambre, son √©troit jardin, son insignifiante bourgade et le pauvre destin de ma√ģtre d'√©cole m√©pris√© portaient √† la f√©licit√© terrestre ¬Ľ. Dans les publications l'on caricature et moque la probit√©, la mesquinerie et les positions apolitiques d'une grande partie de la bourgeoisie.

Il est vrai que le po√®te r√©volutionnaire Ludwig Pfau avait √©crit d√®s 1847 un po√®me titr√© Herr Biedermeier, d√©non√ßant la prudhommerie et la duplicit√© morale. Il d√©bute par ces vers :

¬ę Schau, dort spaziert Herr Biedermeier
und seine Frau, den Sohn am Arm;
sein Tritt ist sachte wie auf Eier,
sein Wahlspruch: Weder kalt noch warm. ¬Ľ
¬ę Vois l√†-bas se prom√®ne Monsieur Biedermeier
et sa femme, le fils au bras ;
son pas est pr√©cautionneux comme sur des Ňďufs,
sa devise : ni froid, ni chaud. ¬Ľ

Eichrodt n'aurait eu connaissance de ce poème que bien après la publication de ses propres poèmes Biedermeier. Cette affirmation est à vrai dire invérifiable.

Après 1900, le terme Biedermeier devint pratiquement neutre, synonyme de la nouvelle culture bourgeoise centrée sur le chez-soi et la vie privée, ayant marqué la période de paix avant les grands bouleversements. Il en vint à qualifier au sens large l'art, la littérature et la mode de cette époque.

Une nouvelle culture bourgeoise

Femme habill√©e √† la ¬ę mode Biedermeier ¬Ľ (daguerr√©otype de 1840 environ).

Le terme de Biedermeier d√©signe avant tout la culture bourgeoise qui apparut pendant la premi√®re moiti√© du XIXe si√®cle. La bourgeoisie cultiva la vie priv√©e et familiale √† un point in√©gal√© jusque-l√†. Les marques ext√©rieures de prosp√©rit√© passaient au second plan, derri√®re le bonheur domestique entre quatre murs, dans ce qui devenait un lieu de retraite. Des vertus bourgeoises comme le z√®le, la probit√©, la fid√©lit√©, le sens du devoir, la modestie, furent √©lev√©s au rang de principes universels. La chambre de s√©jour du Biedermeier est l'anc√™tre de l'actuelle salle de s√©jour, et l'expression de confort domestique fut probablement introduite √† cette √©poque. La sociabilit√© fut cultiv√©e dans des cadres restreints, dans les cercles, aux tables des habitu√©s, √† travers la musique de salon, mais aussi dans les caf√©s viennois.

La structure familiale bourgeoise était patriarcale, l'homme était le chef de famille, et la femme voyait sa sphère d'activité limitée au ménage. Le bourgeois aisé employait du personnel, entre autres une cuisinière, un cocher, une gouvernante, pour les nouveau-nés une nourrice, et parfois un précepteur. Les loisirs féminins prédominants étaient les travaux manuels et le piano, que chaque fille de bourgeois devait apprendre. Une attention considérablement plus importante qu'avant fut portée à l'éducation des enfants et à leurs chambres. Une mode enfantine apparut, qui n'était pas seulement une copie de la mode des adultes. L'industrie du jouet connut un premier apogée. Friedrich Fröbel créa en 1840 à Bad Blankenburg le premier jardin d'enfants.

Au temps du Biedermeier, la f√™te de No√ęl prit dans les maisons la forme que nous connaissons tous aujourd'hui, avec le sapin de No√ęl, les chants et la distribution des cadeaux.

Littérature

L'homme de l'√©poque Biedermeier vu par les caricaturistes est d√©politis√©, c'est un petit bourgeois aux aspirations na√Įves et respectueuses des autorit√©s et il est maniaque de l'harmonie. Ces caract√©ristiques et quelques autres du m√™me genre restent attach√©es √† la litt√©rature Biedermeier jusqu'√† nos jours, comme dans Der Traum eines Lebens (Le R√™ve d'une vie) de Franz Grillparzer, que l'on peut difficilement lire sans ironie aujourd'hui :

¬ę Eines nur ist Gl√ľck hienieden,
Eins: des Innern stiller Frieden
Und die schuldbefreite Brust!
Und die Größe ist gefährlich,
Und der Ruhm ein leeres Spiel,
Was er gibt, sind nicht'ge Schatten,
Was er nimmt, es ist so viel! ¬Ľ
¬ę Un seul bonheur ici-bas,
Un : la calme paix int√©rieure
Et le cŇďur innocent !
Et la grandeur est dangereuse,
Et la gloire un vain jeu,
Ce qu'elle donne, des spectres futiles,
Ce qu'elle prend, si d√©mesur√© ! ¬Ľ

Quelques auteurs de l'√©poque Biedermeier √©taient motiv√©s par une opinion conservatrice ou m√™me r√©actionnaire, et regrettaient la vie simple et harmonieuse, dans un monde de plus en plus marqu√© par l'industrialisation et l'urbanisation associ√©e. La litt√©rature Biedermeier, comme c'√©tait d√©j√† parfois le cas pour le Romantisme, est une idylle et se d√©tourne des √©v√©nements contemporains, refl√©tant ainsi la soci√©t√© de son temps, ali√©n√©e et vide de sens, qui s'√©chappe par un retour √† une vie et une cr√©ation primaires. Les auteurs du Biedermeier, contrairement aux romantiques dont les √©crivains se recrutaient pour la plupart dans la noblesse, √©taient des bourgeois, souvent d'extraction plut√īt modeste.

La Nature n'√©tait plus pour les po√®tes Biedermeier un monde o√Ļ projeter de nostalgiques maux universels ou int√©rieurs, mais le symbole du Bien et de la Cr√©ation. L'apparition des voyages d'exploration servaient √† l√©gitimer chacun des √©l√©ments de cette Nature, dont beaucoup furent volontiers collectionn√©s, catalogu√©s et expos√©s √† la maison. Et comme cette valorisation renvoyait pr√©cis√©ment √† la qualit√© de Cr√©ateur du dieu chr√©tien, la religion ne combattit pas, bien au contraire, elle encouragea la curiosit√© empirique. La critique de l'ali√©nation aux passions engendra un √©litisme qui s'opposait √† la l√©g√®ret√© et √† la dissolution.

Stifter nomma cela la ¬ę douce loi ¬Ľ :

¬ę ¬ę [...] Telle est la nature au-dehors, telle est-elle aussi √† l'int√©rieur, celle du genre humain. Une vie enti√®re pleine de probit√©, de simplicit√©, de soumission du moi, de jugement mod√©r√©, d'activit√© limit√©e √† son milieu, d'admiration de la beaut√©, puis une mort calme et sereine, je tiens cela pour grand ; les forts mouvements de l'√Ęme, les effroyables emportements qui en naissent, le d√©sir de vengeance, l'esprit enflamm√© qui aspire √† l'action et renverse, change, d√©truit, et dans l'agitation jette aussi souvent sa propre vie, je ne tiens pas cela pour plus grand, mais au contraire pour moindre, car aussi bien ce ne sont que les produits de forces isol√©es et unilat√©rales, comme les temp√™tes, les montagnes crachant le feu, les tremblements de terre. Nous voulons chercher √† apercevoir la douce loi par laquelle le genre humain doit √™tre men√©. [...] C'est [...] la loi de la probit√©, la loi des habitudes, la loi qui veut que chacun vive respect√©, honor√© et en s√©curit√© √† c√īt√© de l'autre, qu'il puisse suivre sa voie humaine sup√©rieure, gagner l'amour et l'admiration de ses semblables, que l'on veille sur lui comme sur un tr√©sor, de m√™me que chaque homme est un tr√©sor pour tous les autres. Cette loi vaut partout, o√Ļ les hommes vivent c√īte-√†-c√īte. ¬Ľ (Avant-propos √† Bunte Steine, 1853) ¬Ľ

Adolph von Menzel en chapeau de castor, 1837, aquarelle de Eduard Magnus

L'Ňďuvre d'Adalbert Stifter est g√©n√©ralement consid√©r√©e comme fondamentale pour cette √©poque. Son premier roman, L'Arri√®re-saison (qu'il qualifia lui-m√™me de ¬ę r√©cit ¬Ľ), paru il est vrai seulement en 1857, passa imm√©diatement pour la quintessence de la p√©riode Biedermeier. Stifter influa aussi sur Peter Rosegger et Ludwig Ganghofer, sur Paul Heyse, Gustav Freytag et Ernst Wildenbruch, ainsi que sur le courant allemand du R√©alisme qui lui succ√©da, avec Theodor Storm et Theodor Fontane, et √† travers eux sur Thomas Mann et Hermann Hesse.

L'Ňďuvre de Stifter, qui fut r√©guli√®rement √† l'origine de controverses, pr√©sente √©galement des √©l√©ments d√©passant d√©j√† la th√©matique du Biedermeier. Ainsi trouve-t-on par exemple dans le roman Brigitta, outre un fatalisme √† la Sophocle, une √©mancipation l√©gale de la femme.

Les autres √©crivains appartenant plus ou moins au style Biedermeier sont Annette von Droste-H√ľlshoff, Franz Grillparzer, Wilhelm Hauff, Karl Leberecht Immermann, Nikolaus Lenau, Wilhelm M√ľller ("M√ľller le Grec"), Johann Nepomuk Nestroy, Ferdinand Raimund, Friedrich R√ľckert, Leopold Schefer et Eduard M√∂rike. La pure litt√©rature du Biedermeier se trouve cependant plus dans des publications triviales, comme les almanachs litt√©raires. Il ne faut pas non plus oublier que Stifter ainsi que Raimund se suicid√®rent. Chez eux, la mentalit√© du Biedermeier n'√©tait qu'une fa√ßade, qui n'avait rien √† voir avec la r√©alit√© int√©rieure.

Peinture

Carl Spitzweg ¬ę L'Ami des cactus ¬Ľ - parodie d'une vie combl√©e

Dans la peinture du Biedermeier, les sc√®nes de genre et les paysages dominent, mais aussi les portraits. Les motifs religieux et historiques sont pratiquement absents. Le style est r√©aliste, les tableaux sont souvent proches d'une reproduction photographique. L'inspiration vient de la peinture n√©erlandaise du XVIIe si√®cle. Le r√©sultat vis√© est un pseudo-r√©alisme qui id√©alise volontiers et ¬ę am√©liore ¬Ľ un peu la r√©alit√©. La technique de l'aquarelle atteint un niveau √©lev√©. La lithographie est de plus en plus utilis√©e pour illustrer les livres. On compte parmi les peintres Biedermeier Moritz von Schwind, Friedrich Gauermann, Eduard G√§rtner, Adolph von Menzel (Ňďuvre de jeunesse), Ludwig Richter, Carl Spitzweg, Joseph Kriehuber et Ferdinand Georg Waldm√ľller. Richter √©tait surtout recherch√© comme illustrateur, il contribua √† environ 150 livres. Dans la peinture sur verre et sur porcelaine, l'√©poque est li√©e aux Hausmaler[1] Samuel Mohn et Anton Kothgasser. L'objet typique de cette √©poque est le verre souvenir des curistes[2].

Musique

Fanny Elssler, gravure de Grevedon. Paris, BNF

La musique fut aussi marqu√©e par le go√Ľt bourgeois pendant la p√©riode du Biedermeier. La musique de salon prit une grande importance. Un piano tr√īnait dans presque chaque salle de s√©jour. Les pi√®ces de musique de chambre √©taient recherch√©es. Partout dans les villes furent cr√©√©es des soci√©t√©s de musique et des chorales. Les maisons d‚Äô√©dition musicale diffusaient les Ňďuvres l√©g√®res et joyeuses des compositeurs, car le go√Ľt des clients d√©terminait les ventes. Auparavant on ne composait jamais uniquement pour les salons, on n‚Äôy jouait que des arrangements. Les airs de piano √©taient le plus souvent de Robert Schumann, qui n‚Äô√©tait pourtant pas un compositeur Biedermeier. Franz Schubert fut √©galement de temps √† autre injustement class√© dans cette cat√©gorie. Il faut plut√īt citer Ludwig Berger, Christian Heinrich Rinck ou Leopold Schefer. Les lieder de Wilhelm M√ľller √©taient par exemple populaires.

L‚Äô√©poque Biedermeier est aussi celle de la valse, dont la capitale √©tait naturellement Vienne. Elle naquit des L√§ndler, danses folkloriques pratiqu√©es en toute libert√©. Les masses affluaient aux bals, o√Ļ les r√©jouissances exub√©rantes √©taient permises. Compositeurs et chefs d‚Äôorchestre √©taient parfois f√™t√©s comme des c√©l√©brit√©s, surtout Johann Strauss p√®re et Joseph Lanner. Les ballets √©taient aussi tr√®s appr√©ci√©s, la danseuse Fanny Elssler √©tait port√©e en triomphe √† Vienne. Les chanteuses les plus c√©l√®bres √©taient Henriette Sontag et Jenny Lind.

Th√©√Ętre

Le th√©√Ętre connut aussi un apog√©e au temps du Biedermeier, mais au lieu de l'√©dification on y recherchait la distraction, et l'on se d√©tourna des id√©aux du Si√®cle des Lumi√®res. Les th√©√Ętres nationaux devinrent √† nouveau des th√©√Ętres de cour, comme √† Berlin, o√Ļ le programme √©tait d√©termin√© par le roi de Prusse. Les m√©tropoles th√©√Ętrales de ce temps √©taient Vienne et Berlin. Entre 1815 et 1830, il y eut 300 premi√®res de com√©dies au Berliner Schauspielhaus, mais seulement 56 trag√©dies. Les parodies √©taient aussi tr√®s appr√©ci√©es du public, m√™me Goethe et Shakespeare ne furent pas √©pargn√©s. Nestroy r√©ussit m√™me en 1857 √† pr√©senter une parodie du Tannh√§user de Wagner avant la premi√®re repr√©sentation de l'original.

Les pi√®ces de th√©√Ętre et les op√©ras subirent bien s√Ľr aussi la censure. En Autriche, les censeurs √©taient m√™me pr√©sents dans le public lors des repr√©sentations. Les auteurs traitaient la censure de diverses mani√®res : beaucoup se soumettaient, comme Raimund ; Grillparzer, qui √©tait aussi fonctionnaire, √©crivit parfois sans publier, tandis que Nestroy eut plusieurs amendes, et dut m√™me purger une peine de prison.

Architecture et mobilier

Façade Biedermeier à Baden près de Vienne.
Salon Biedermeier, tableau d'Otto Erdmann (1834‚Äď1905).

Le trait principal de l'architecture Biedermeier est un style √©l√©gant mais plut√īt sobre, ce qui en fait une variante du Classicisme. Ce style marque les √©difices monumentaux de l'√©poque et l'empreinte du Biedermeier reste visible dans les quartiers bourgeois. L'architecte Biedermeier le plus significatif est s√Ľrement Joseph Kornh√§usel, dont les ouvrages sont visibles avant tout √† Vienne et √† Baden. Un exemple significatif est la r√©sidence estivale des empereurs autrichiens, qui fut enti√®rement reconstruite en 1812 apr√®s un incendie. Comme Kornh√§usel √©tait tr√®s connu, il re√ßut aussi commandes des nobles. L'architecte le plus connu de cette p√©riode est le berlinois Karl Friedrich Schinkel, mais ses projets n'√©taient pas d'influence Biedermeier.

Les meubles Biedermeier, bien qu'ils n'aient pas un style homog√®ne, se distinguent par une √©l√©gance discr√®te. Ils n'ont pas vocation √† impressionner, mais √† contribuer √† une sensation de confort et doivent surtout √™tre fonctionnels. Les premiers meubles de ce style furent cr√©√©s √† Vienne, prenant son inspiration du mobilier anglais. Vu la grande importance et la valeur accord√©e √† la fabrication artisanale, les meubles typiques du Biedermeier sont plut√īt de petites pi√®ces, tel que des commodes, des secr√©taires ou des tables √† couture. Le fabricant de meubles Joseph Danhauser p√®re marqua √† Vienne une nouvelle √®re du mobilier d'int√©rieur. Cette √©poque fit aussi le succ√®s du meuble en bois courb√© (bugholzm√∂bel) de Michael Thonet (natif de Boppard et amen√© √† Vienne en 1842 par la cour autrichienne). Il a con√ßu notamment l'ameublement du Palais Lichtenstein √† Vienne.

Mode

Apr√®s le style Empire (1795-1820), la mode f√©minine du Biedermeier fut plus sage, mais aussi nettement plus inconfortable. La taille fut marqu√©e √† partir de 1835, les robes √† panier et les corsets devinrent des accessoires vestimentaires indispensables dans les classes sup√©rieures. D√®s 1820 les manches des habits de jour devinrent si volumineuses qu'elles √©taient g√™nantes pour jouer du piano. On les qualifia m√™me de ¬ę manches en gigot ¬Ľ. Les formes √©taient obtenues gr√Ęce √† du crin et des baleines. Les tissus √† motifs √©taient tr√®s pris√©s : carreaux, rayures ou fleurs. Pour le soir on portait volontiers de la soie chatoyante. Le couvre-chef typique de l'√©poque est la capote, un chapeau en forme de bonnet. Les chaussures √©taient plates, sans talons. Le ch√Ęle en cachemire et l'ombrelle √©taient des accessoires essentiels. Les coiffures du Biedermeier furent tout d'abord g√©n√©reuses, orn√©es de rubans et de nŇďuds, puis apr√®s 1835 les cheveux furent coiff√©s en chignon avec des boucles en tire-bouchon sur les c√īt√©s.

La mode masculine du Biedermeier √©tait aussi tout sauf confortable. Le mod√®le d'√©l√©gance entre 1800 et 1830 √©tait le dandy, dont le prototype √©tait l'Anglais George Bryan Brummell. Les v√™tements masculins √©taient aussi tr√®s ajust√©s pendant cette p√©riode, si bien que beaucoup d'hommes adopt√®rent la ceinture de toile. Les chemises avaient un col s√©par√©, dit ¬ę parasite ¬Ľ, qui ceinturait le cou. De plus, le pantalon long est port√© pour la premi√®re fois √† partir de 1815, ainsi que le gilet ray√© ou √† fleur, la redingote ou le frac. Le couvre-chef √©tait un haut de forme. Les accessoires indispensables sont la cravate artistiquement nou√©e, la canne, les gants et la montre de poche, parfois m√™me le face-√†-main. Apr√®s 1820, les favoris, la moustache et le bouc ne sont plus des signes r√©volutionnaires, en revanche la barbe enti√®re √©tait un symbole de lib√©ralisme. Les longs favoris √©taient √† l'√©poque indispensables.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ peintres sur porcelaine allemands vivant de leur art sans se lier fermement √† une fabrique
  2. ‚ÜĎ voir (de) Ansichtenglas

Voir aussi

Articles connexes

Sources

Bibliographie

  • Robert Waissenberger (dir.), Vienne 1815-1848 : L'√Čpoque du Biedermeier : histoire, soci√©t√©, danse, arts d√©coratifs, architecture, peinture, sculpture, mode, litt√©rature, musique, Seuil, Paris, 1985, ISBN 2-02-009091-0
  • William M. Johnson, Vienne Imp√©riale 1815-1914 Fernand Nathan, 1982, ISBN 9782092845769
  • (de) Joachim Bark: Biedermeier und Vorm√§rz/B√ľrgerlicher Realismus. Geschichte der deutschen Literatur, Bd.3, Klett Verlag, 2001, ISBN 3-12-347441-0
  • (de) Marianne Bernhard: Das Biedermeier: Kultur zwischen Wiener Kongre√ü und M√§rzrevolution, D√ľsseldorf, Econ Verlag, 1983
  • (de) Helmut Bock: Aufbruch in die B√ľrgerwelt: Lebensbilder aus Vorm√§rz und Biedermeier, M√ľnster, 1994
  • (de) Klaus D. F√ľller: Erfolgreiche Kinderbuchautoren des Biedermeier. Christoph von Schmid, Leopold Chimani, Gustav Nieritz, Christian Gottlob Barth. Francfort, 2005, ISBN 3-63-1545169
  • (de) Johann Kr√§ftner: Biedermeier im Haus Liechtenstein Wien, Vienne, Verlag Prestel, 2005, ISBN 3-79-1334964
  • (de) Renate Kr√ľger: Biedermeier: eine Lebenshaltung zwischen 1815 und 1848, Vienne, 1979
  • (de) Konstanze Mittendorfer: Biedermeier oder das Gl√ľck im Haus: Bauen und Wohnen in Wien und Berlin 1800-1850, Vienne, 1991
  • (de) Hans Ottomeyer: Biedermeiers Gl√ľck und Ende ... die gest√∂rte Idylle 1815-1848, Munich, Verlag Hugendubel, 1987
  • (de) Gerhard Schildt: Aufbruch aus der Behaglichkeit: Deutschland im Biedermeier 1815-1847, Braunschweig 1989
  • (de) Angus Wilkie: Biedermeier: Eleganz und Anmut einer neuen Wohnkultur am Anfang des 19. Jahrhunderts, Cologne, Verlag DuMont, 1987

Liens externes


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