Betje Wolff

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Betje Wolff
Elizabeth Wolff-Bekker
Portrait de Betje Wolff, vers 1754
Portrait de Betje Wolff, vers 1754

Nom de naissance Elizabeth Bekker
Autres noms Betje Wolff
Naissance 24 juillet 1738
Flessingue
Provinces-Unies Provinces-Unies
D√©c√®s 5 novembre 1804 (√† 66 ans)
La Haye
Nl-batr.gif R√©publique batave
Langue d'écriture Néerlandais
Mouvement Les Lumières
Genres Prose
Roman épistolaire
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bekker.

Betje Wolff, ou encore Elizabeth Bekker de son nom de jeune fille, autrice n√©erlandaise, n√©e √† Flessingue, le 24 juillet 1738, morte √† La Haye, le 5 novembre 1804 a donn√© en n√©erlandais plusieurs romans qui se distinguent par l'int√©r√™t et par la v√©rit√© des mŇďurs et des caract√®res : Corn√©lie Wildschut et Abraham Blankaart sont devenus populaires.

Sommaire

Biographie

1738 - 1758 : Enfance, √©ducation

Ses parents, Jan Bekker en Johanna Boudrie, des bourgeois aisés de Flessingue, passaient les étés dans leur maison de campagne Altijt wel, près de West-Souburg[1].

Des enfants de cette famille r√©form√©e orthodoxe de marchands, qui poursuivit la vieille tradition patriotique, elle √©tait le petit retardataire. Elizabeth (¬ę Betty ¬Ľ) re√ßut n√©anmoins une √©ducation moderne. Elle aurait eu un caract√®re vif et s√©rieux, choisissant parfois de briller en soci√©t√©, tandis que, √† d‚Äôautres moments, elle pr√©f√©rera la solitude et les r√©flexions religieuses[2].

Sa m√®re mourut lorsqu'elle eut treize ans. Puis, son p√®re, bienveillant, la n√©gligeant et la g√Ętant √† la fois, la donna libre cours de sorte qu'elle p√Ľt s'adonner, sans retenue, √† sa passion pour la lecture et la po√©sie, ainsi qu'√† son avidit√© d'apprendre[3].

Le 25 juillet 1755, elle s'est fait enlever, √† l'√Ęge d'√† peine 17 ans, par un porte-√©tendard r√©form√© de 24 ans, Matthijs Gargon. La fuite aventureuse, qui durera une nuit, eut un effet contraire : la possibilit√© d'un engagement ou d'un mariage avec Gargon, qui √©tait d√©muni, devint exclue. En outre, les deux furent plac√©s sous la censure du consistoire[2].

1758 - 1777 : L‚Äô√Čpouse d‚Äôun pr√©dicateur

Lorsqu'elle n'avait que 21 ans, elle √©pousa Adriaan Wolff, un pr√©dicateur du Beemster et veuf √Ęg√© de 52 ans ; par son mariage, conclu le 18 novembre 1759 et pr√©c√©d√© par une correspondance intensive de quelques mois, elle put √©chapper au milieu hypocrite et m√©disant de Flessingue. D√©cisif pour le choix du partenaire furent sans doute des consid√©rations pratiques. Elle-m√™me qualifia cette union de ¬ę mariage philosophique ¬Ľ. En pr√©sence de tiers, elle prit ses distances par rapport √† son mari. Lorsque Wolff, en 1772, d√©fendit par √©crits sa femme d√©consid√©r√©e, elle accepta ce soutien avec gratitude. Son respect pour son mari allant croissant, elle honorera en lui le bon pr√©dicant, orthodoxe dans la doctrine et tol√©rant dans la pratique[2]. Les portraits qu‚Äôelle fit dans ses romans tardifs de dignes ministres, semblent √™tre un hommage rendu √† sa m√©moire[1]. Cependant, ce mariage ne lui satisfaisant pas en ce qui concerne le c√īt√© affectif, elle compensa par l'amiti√© et la litt√©rature[2].

Dans l'enfance, elle avait lu beaucoup de litt√©rature contemporaine. √Ä l'√Ęge de 16 ans, elle se fit repr√©senter de fa√ßon voyante avec l‚ÄôEssay on Man (Essai sur l'homme) de Pope dans la main[1]. Dans le Beemster, Betje trouvait √† peine l'occasion de suivre la litt√©rature de son temps : les compagnies de lectures et les biblioth√®ques manquaient et elle ne disposait pas d'assez de ressources propres. Elle essaya de briser l'isolement au Beemster par la publication de ses premiers essais en po√©sie : en 1763 elle entame le recueil Bespiegelingen over het genoegen (en fran√ßais : R√©flexions sur le plaisir), par lequel, dans un style po√©tique √©lev√©, de fa√ßon ambitieuse, elle suivit les traces de son idole Lucretia van Merken. Bespiegelingen comprend de la po√©sie r√©flexive, philosophique et morale, o√Ļ la question de la poursuite du bonheur et de la sagesse est trait√©e de fa√ßon conventionnelle[2].

Ses Bespiegelingen over den staat der rechtheid (R√©flexions sur l'√©tat de la rectitude, 1765), qui contiennent une fois de plus de la po√©sie √©lev√©e et philosophique, prouvent que sa force ne r√©sidait pas dans la contemplation. Mieux r√©ussies furent ses descriptions directes et satiriques. Dans la pr√©face de ce livre, s√Ľre de soi et en m√™me temps plein de d√©rision, elle d√©fendit la cause des femmes. Dans ce recueil, elle s‚Äôappuya fortement sur la profession de foi chr√©tienne dans la r√©v√©lation[2].

√Ä ce recueil, elle ajouta un po√®me en louange √† son beau-fr√®re E. Hollebeek, √† l'occasion de sa nomination comme professeur √† Leyde, le 26 novembre 1762. Nieuw Scheepslied ter eere van Willem V (La nouvelle chanson marini√®re de 1766 en l'honneur du stathouder, Guillaume V). Dans De grijsaard (Le vieillard, 1767-1769), elle √©mit des discours qu'elle signe du nom de Silviana ; en 1770 elle traduisit en n√©erlandais An Essay on the life of Jesus Christ de Craig comme Het leven van Jezus Christus (La vie de J√©sus Christ), travail qui ne laissait plus aucun doute sur la nature lib√©rale de ses id√©es sur la religion[1].

Avec la critique litt√©raire elle sera en ind√©licatesse toute sa vie. Elle √©tait allergique aux commentaires critiques et ne se laissait pas commander : vuln√©rable, elle provoqua une critique qui la traitait de mal en pis. Elle trouvait une compensation dans des amiti√©s personnelles avec, parmi d'autres, l'avocat amstellodamois Herman Noordkerk et son mentor litt√©raire et ami de cŇďur Cornelis Loosjes, pasteur mennonite et fondateur des Vaderlandsche Letter-Oefeningen (Exercices litt√©raires patriotiques, 1761-1876), ainsi qu'avec de nombreuses jeunes filles sensibles √† la litt√©rature. Ces amiti√©s violentes et √©motionnelles, mais certes jamais de nature √©rotique, furent rarement de longue dur√©e[2].

Pour la perc√©e po√©tique, il fallait attendre la publication de la grande √©pop√©e Walcheren (1769), dans laquelle des sc√®nes de genre, des histoires locales et des id√©es politiques et √©clair√©es se r√©unissent et o√Ļ la r√©flexion fait place pour la description. √Ä part le respect g√©n√©ral, Walcheren lui procura des admirateurs hauts plac√©s en Z√©lande, ce que Betje, tellement diffam√©e dans ces r√©gions, per√ßut comme une r√©habilitation. Elle s'attaqua √† la profession de foi religieuse inalt√©rable de Santhorst[4] - lieu o√Ļ se trouvait la maison de campagne de son ami le professeur Burman[5] - dans De onveranderlyke Santhorstsche geloofsbelydenis (1772), ce qui ne fut point appr√©ci√© par la faction orthodoxe. Entre 1772 et 1777, elle acquit une grande renomm√©e, mais se fait aussi des ennemis, lorsqu'elle critique l'intol√©rance des ¬ę fins ¬Ľ orthodoxes dans des vers satiriques. Toutefois, la dure attaque compromit le parti de la libert√© et de tol√©rance de Santhorst, de laquelle Betje prit la d√©fense. Petrus Burmannus Secundus, le chef de file du groupe de Santhorst, prit alors ses distances avec cet avocat trop z√©l√©. Toutefois, dans ces circonstances difficiles, se retrouvant abandonn√©e par des √Ęmes sŇďurs, elle obtint le soutien de son mari. Son De menuet en de dominees pruik (Le menuet et la perruque du ministre, 1772) fait accro√ģtre sa renomm√©e ; dans ce r√©cit satirique en vers, l'orthodoxie √©troite devint pour la √©ni√®me fois l'objet de ris√©e. Sa d√©fense fanatique de la tol√©rance, fit de Betje une c√©l√©brit√© nationale √† l'honneur de laquelle m√™me le stathouder Guillaume d'Orange-Nassau, lors de sa visite √† Beemster en 1773, √©mit des mots en louange[4].

Devenue une c√©l√©brit√© nationale, la po√©tesse ne put que devenir le sujet de toutes sortes de rumeurs qui vinrent √† l'oreille d‚ÄôAagje Deken √† Amsterdam. En 1776, Aagje √©crivit √† ce sujet une lettre s√©v√®re √† Betje Wolff, √Ęg√©e de trois ans de plus qu‚Äôelle, dans laquelle, cependant, retent√ģt tant de sympathie que Betje put surmonter son indignation initiale pour r√©pondre par une lettre franche et amicale. L'amiti√© qui en r√©sultait s'av√©rera d‚Äôune signification d√©cisive pour la carri√®re litt√©raire et la vie de Betje[6].

1777 - 1804 : Un partenariat litt√©raire

Double portrait des écrivaines Elizabeth Wolff et Agatha Deken par A. Cardon d'après W. Neering, paru comme frontispice des Fabelen (fables), publiées en 1784

De Rijp - Beverwijk

Les amies vont habiter ensemble apr√®s le d√©c√®s du mari de Betje, survenu le 29 avril 1777, et toutes deux se mettent √† √©crire, en cr√©ant de multiples Ňďuvres collectives auxquelles elles devront par la suite leur popularit√©[6]. En mai 1778 Wolff et Deken d√©m√©nagent pour s'installer √† De Rijp[5] (Graft-De Rijp, un village de l'actuelle province de Hollande-Septentrionale)[6].

Bien qu‚Äôayant des caract√®res oppos√©s, Betje Wolff et Aagje Deken, partageant plus ou moins la m√™me vision critique et sarcastique du monde, ont pu devenir les co-autrices de plusieurs ouvrages. Et plus important encore, elles avaient un grand talent litt√©raire. Les deux √©taient des observatrices implacables et poss√©daient un style d'√©criture aussi fort que pr√©cis. Dans un nombre de romans sous forme de correspondance et con√ßus en plusieurs volumes, qui connurent un succ√®s retentissant, elles d√©crivirent les Pays-Bas √† la fin du XVIIIe si√®cle et d√©peignirent la bourgeoisie n√©erlandaise. Il est difficile d'√©tablir l'apport de chacun des deux autrices dans leurs ouvrages, mais elles ne purent vraisemblablement pas se passer l'un de l'autre[7].

Leurs plus grands succès furent les romans épistolaires Historie van mejuffrouw Sara Burgerhart (Histoire de mademoiselle Sara Burgerhart, 1782) et Historie van den heer Willem Leevend (Histoire du sieur Willem Leevend, 1784-1785). En 1782, elles s'établirent à Beverwijk, une ville de l'actuelle province de Hollande septentrionale.

Wolff et Deken écrivirent sur l'éducation qui ne devait non seulement éclairer son semblable, mais aussi promouvoir le sentiment patriotique pour donner naissance à la solidarité nationale, qui, à son tour, se devait de causer la restauration nécessaire à l'économie nationale et à la culture[6].

Un h√©ritage rendit possible √† Aagje Deken d'acqu√©rir un domaine modeste, Lommerlust, √† Beverwijk, o√Ļ les amies atteignirent le sommet de leur carri√®re litt√©raire[6]. Dans le jardin se trouvait un petit ermitage en roseau, une cabane de jardin dans laquelle les dames purent se retirer pour √©crire leurs ouvrages. Le premier fruit de leur collaboration a √©t√© Economische liedjes (Chansons √©conomiques, 1781), de simples chansons visant √† stimuler la classe laborieuse qui put lire que le travail acharn√© est en fait une sorte de patriotisme[7]. L'intention qu'elles avaient avec ces chansons √©conomiques, parues en 3 volumes, a donc √©t√© √† la fois √©ducative, √©conomique et patriotique[6]. Ce type de message est √©mis dans toutes leurs autres Ňďuvres : √† travers leurs romans, les √©crivaines offraient √† leurs lecteurs un moyen pour r√©fl√©chir sur des questions telles que l'√©ducation, le patriotisme et l'utilit√© ou l'inutilit√© de la religion[7].

√Ä partir de l√†, elles font tout ensemble. ¬ę Hoor baasje! Regarde maman! Wij doen alles in compagnie, tot verzen maken in t kluis ¬Ľ (√Čcoutez, bonhomme ! Regarde maman ! Nous faisons tout ensemble ; m√™me √©crire des vers dans la cabane), √©crit Deken √† un bon ami. Jusqu'√† ce jour, la fa√ßon dont elles ont √©crit leurs travaux demeure un myst√®re. Ainsi, on ne sait pas comment elles ont collabor√© √† leur roman le plus connu, Sara Burgerhart, ni comment les t√Ęches se partageaient mais, indubitablement, Aagje Deken ne fit pas moins d'efforts que Betje Wolff. Selon le jeune po√®te Jacobus Bellamy, elles se seraient parfaitement compl√©ment√©es : ¬ę Bekker is de azijn. --- Deken de olie --- dat maakt samen een goede saus. ¬Ľ (Bekker est le vinaigre. --- Deken l'huile --- √ßa fait une bonne sauce)[7].

En 1782 elles surprennent leurs lecteurs avec Historie van mejuffrouw Sara Burgerhart (L'histoire de mademoiselle Sara Burgerhart), un roman en deux parties sous forme de correspondance[6]. Dans ce premier roman √©pistolaire original en n√©erlandais, la jeune Sara explore les limites de sa libert√©[7]. Il demeure difficile de savoir si cet ouvrage, qui ne s'inscrit apparemment pas dans la tradition n√©erlandaise de romans, a √©t√© inspir√© par des exemples, en langues √©trang√®res, tels que ceux de Richardson et Gellert. Le travail, qui obtint de toute fa√ßon un grand succ√®s, donna, en premier lieu, une le√ßon d'√©ducation aux jeunes filles. Sauf des fins √©ducatives, le roman eut des objectifs √©conomiques et patriotiques, ainsi que religieux : les √©changes commerciaux nationaux et un christianisme pratique et tol√©rante y sont glorifi√©s[6]. Apr√®s ce grand succ√®s, le couple litt√©raire perdit leur qui√©tude : Wolff se plaignit incessamment du fait que son travail litt√©raire fut constamment perturb√© par des admirateurs indiscrets voulant voir travailler les deux amies dans leur cabane[7].

Encourag√©es par leur succ√®s, les autrices s'attel√®rent √† la r√©daction d'un ouvrage plus ambitieux dans le m√™me genre, Historie van den heer Willem Leevend (Histoire de Monsieur Guillaume Vivant, 1784-1785). Par ce roman en huit parties, les autrices ont voulu d√©montrer le triomphe du christianisme biblique sur l'incr√©dulit√©. Les autrices exposent l‚Äôhorreur qu‚Äôelles √©prouvent face √† l'intol√©rance et l'incr√©dulit√©. L'√©tudiant en th√©ologie William Leevend, qui se dirigeait dangereusement dans le sens de l'incr√©dulit√©, se convertit, trouvant le bonheur dans le mariage. En outre, dans leur roman les √©crivaines r√©pondirent au sentimentalisme d√©g√©n√©r√©[6]. Elles mettent en garde leurs lecteurs et lectrices pour la na√Įvet√© avec laquelle les jeunes confondent amour et amiti√©[8]. Pr√©c√©demment, Betty Wolff avait d√©j√† particip√© √† la cr√©ation de la th√©orie du sentimentalisme, ou Empfindsamkeit, mais apr√®s Julia (1783) de Rhijnvis Feith, le sentimental prit le dessus. Dans Willem Leevend, la sentimentale Lotje Roulin trouva donc une mort pr√©coce ; les lecteurs ont √©t√© avertis. Par contre, une sensibilit√© saine conduirait √† des contrats de succ√®s et m√©rite d'√™tre imit√©e. Pour Willem Leevend, les auteurs re√ßurent une r√©mun√©ration consid√©rable de leurs √©diteurs, alors que le succ√®s se fit attendre. Entre-temps, elles avaient confi√©es la gestion de ce qui √©tait devenu un capital important au marchand d'Amsterdam, Christiaan Nissen[6].

Lorsque l'hostilité entre les orangistes et patriotes prit des proportions inquiétantes et l'arrestation, provoquée par la princesse Wilhelmine, près de Goejanverwellesluis a été suivie par l'intervention prussienne en septembre 1787, de nombreux patriotes cherchaient refuge dans les pays étrangers. Si Wolff et Deken eurent d'abord des sympathies pour Guillaume V, ses actes considérés comme tyranniques lui firent perdre celles-ci[6].

Trévoux

Page de titre du tome premier de la traduction fran√ßaise d‚Äôapr√®s la seconde √©dition du fameux roman de Betje Wolff et Aagje Deken, sous le titre Histoire de Mademoiselle Sara Burgerhart, Publi√©e ¬ę en forme de lettres ¬Ľ, traduction jadis attribu√©e √† Isabelle de Charri√®re et actuellement √† H. Rieu, publi√©e √† Lausanne en 1787, chez Fran√ßois Grasset & Comp[9].

Apr√®s la victoire du stathouder sur le mouvement des patriotes en 1787, les dames patriotiques d√©cid√®rent de quitter la R√©publique des Sept Pays-Bas Unis. Les autrices, qui propageaient le mouvement de relance √©conomique et patriotique, se d√©velopp√®rent dans les ann√©es quatre-vingt politiquement dans une voie mod√©r√©ment patriotique et estim√®rent en 1788 qu'il √©tait pr√©f√©rable de partir pour le Tr√©voux bourguignon. Leur colocataire √† Lommerlust, Caroline Victoire Ravanel, avait de la famille √† Tr√©voux et Wolff et Deken s'√©tablirent avec leur amie Ravanel dans la maison de campagne Les Corcelles[6], apr√®s la vente de leur maison de campagne Lommerlust √† Beverwijk et la mise aux ench√®res de leurs livres et gravures[7]. Outre les consid√©rations d'instabilit√© politique, la sant√© fragile de Betje a probablement jou√© un r√īle dans leur d√©cision[6], voulant b√©n√©ficier de la nature au centre de la France. Pendant des ann√©es, Wolff et Deken men√®rent une vie tranquille : ¬ę Wij leven allen gezond, geacht, bemind en vrolijk, gaan 's morgens ontbijten bij onze vrienden, dan de heerlijkste wandelingen doen, dan schrijven, dan eten, dan wat rusten, dan weer go√Ľteren, dan op het een of andere buitengoed dansen, of naar de comedie. ¬Ľ (¬ę Nous vivons tous en bonne sant√©, nous sommes estim√©es, aim√©es et heureuses, et prenons notre petit d√©jeuner le matin avec nos amis, par la suite nous faisons les plus belles promenades, puis on se met √† √©crire, puis manger, puis un peu de repos, puis le go√Ľter, ensuite on va danser sur l'un ou l'autre domaine, ou √† la com√©die ¬Ľ)[7].

En 1789 parut Wandelingen door Bourgogne (Promenades en Bourgogne), sur leurs promenades √† travers la Bourgogne, un ouvrage dans lequel elles fournissent un t√©moignage de leur confrontation avec le nouvel environnement de Bourgogne et le catholicisme. Elles continu√®rent √† √©crire pour un public duquel elles se trouvaient tr√®s √©loign√©es. Lorsque, en 1791, elles apprirent que leur agent Nissen avait perdu leur capital, la plume ne fut plus une occupation non contraignante¬ł mais devint leur gagne-pain quotidien[6]. Ce ne fut par leur vŇďu de retourner en R√©publique des Sept Pays-Bas Unis, mais puisque leur capital, par une mauvaise gestion, √©tait parti en fum√©e, elles finirent par ne voir aucune autre r√©solution que d'aller requ√©rir une pension de veuve, action impliquant le rapatriement[7].

Entre 1793 et 1796 elles écrivirent encore une Historie van Mejuffrouw Cornelia Wildschut, of De gevolgen van de opvoeding (Histoire de Mademoiselle Cornelia Wildschut, ou Les conséquences de l'éducation), un roman en 6 tomes.

La R√©volution fran√ßaise ne les a pas laiss√©es insensibles. Elles durent para√ģtre devant le comit√© r√©volutionnaire de Tr√©voux et leur maison fut assi√©g√©e par une foule en col√®re. Toutefois, elles trouv√®rent un protecteur dans la personne du jacobin Merlino, qui r√©ussira m√™me √† obtenir une allocation pour l'h√©ro√Įne populaire Betje √† la Convention nationale[10]. En outre, Wolff, √©chapp√©e √† la guillotine gr√Ęce √† sa pr√©sence d'esprit, son √©loquence et ses r√©pliques intelligentes, aida √† sortir de la prison de la Terreur le mari de son amie Renauld[11].

La Haye

Le manque d'argent ne leur permit pas de rapatrier avant 1797. Apr√®s s'√™tre install√©es √† La Haye, elles essay√®rent de vivre par la plume, mais avec peu de succ√®s. Les √©diteurs payaient mal ou pas, et les √©crivaines avaient perdu leur public entre-temps. L‚ÄôHistorie van mejuffrouw Cornelia Wildschut (Histoire de mademoiselle Cornelia Wildschut, 1793-1796), en six volumes, fut un √©chec. Les critiques et d'autres anciens ennemis √©taient pr√™ts √† remuer le couteau dans la plaie[6]. Les malheurs v√©cus, leur √Ęge avanc√© et la toute nouvelle g√©n√©ration √† laquelle elles se voyaient confront√©es et des sentiments auxquels elles se sentaient √©trang√®res : tout cela a, √©videmment, affect√© l'esprit de Wolff et de Deken. Demeurant en France, les deux amies se trouv√®rent dans l'incapacit√© de suivre l'√©volution des esprits dans leur pays natal. Elles n'√©prouv√®rent point de contentement lorsqu'elles s'aper√ßurent de l'aveuglement provoqu√© par la pi√®ge √† libert√©s dans laquelle √©taient tomb√©s les N√©erlandais, car, en aucune fa√ßon, ceux-ci allaient √† la rencontre de l'√Ęge d'or auquel beaucoup aspiraient de bonne foi et que les Fran√ßais all√®rent soi-disant apporter √† la R√©publique batave[12].

En 1798 les √©crivaines revinrent sur sc√®ne, plus engag√©es et id√©alistes que jamais. Elles √©crivirent un magazine politique radical, le Politique Afleider (1798), qui n'a jamais √©t√© publi√© puisque, depuis la mi 1798, par un coup d'Etat un gouvernement mod√©r√© vint au pouvoir. D√©√ßues mais non abattues, Wolff et Deken, continu√®rent √† √©crire et √† traduire, leur humeur n'en souffrant gu√®re. Un proche parent, qui eut Wollf et Deken comme h√ītes pendant un mois √† la fin de 1799, put √©crire : ¬ę Pendant le mois qu‚Äôelles ont pass√© ici, on a rit plus que d'habitude ¬Ľ[7].

L'ouvrage le plus important √©crit durant leurs ann√©es √† La Haye, fut Geschrift eener bejaarde vrouw (L‚Äô√©crit d‚Äôune femme √Ęg√©e, 2 vol., 1802), con√ßu comme une autobiographie fictive[6].

Apr√®s avoir souffert de maladies et maux trois ans durant[12], Wolff mourut √† La Haye[13], suivie neuf jours plus tard[7] par Deken, qui trouvait encore le temps d'√©crire que sa ¬ę ch√®re amie ¬Ľ √©tait all√©e ¬ę √©prouver le pourquoi ¬Ľ[5]. Wolff fut enterr√©e, d‚Äôapr√®s sa volont√©, au cimeti√®re Ter Navolging √† Scheveningen[13].

√Čvaluation de l‚Äôimportance de l‚ÄôŇďuvre

En guise de conclusion, on cite Romein et Romein-Verschoot qui estiment que Wolff et Deken ont accept√© avec enthousiasme, puis diffus√©, les grandes pens√©es du XVIIIe si√®cle : le rejet de la croyance dogmatique et de celle en l'autorit√©, l'id√©e de tol√©rance et de valeurs humaines et le principe de l'√©ducabilit√© de l'homme ; des pens√©es qu'il ne faut pas designer innocemment comme ¬ę le ¬Ľ progr√®s afin de se r√©aliser quels champs infinis du d√©veloppement humain ils ont ouverts. Repr√©sentants typiques de la bourgeoisie du XVIIIe si√®cle, elles ont √©t√©, dans la mesure o√Ļ elles se sont distanci√©es du stathouder, enseign√©es graduellement et par les faits. Elles n‚Äôont jamais accept√© sans r√©serve les pens√©es de leurs grands contemporains, Rousseau, Voltaire ou Lessing qui pos√®rent leur regard au-del√† de leur propre si√®cle, parce que, par leur sobri√©t√© m√©nag√®re limit√©e et limitante, elles pressentirent les cons√©quences pernicieuses pour la classe bourgeoise bien avant les chanteurs emport√©s de ¬ę √áa ira ¬Ľ[14].

Bibliographie & Biographies

Une riche source de donn√©es en ligne, comprenant une bibliographie, plusieurs biographies et quelques ouvrages de l‚Äôautrice, est :

Plusieurs ouvrages de Betje Wolff sont disponibles en ligne sur google :

Sources

Références


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