Bertrand Barere de Vieuzac

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Bertrand Barere de Vieuzac

Bertrand BarĂšre de Vieuzac

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BarĂšre de Vieuzac
Portrait de BarĂšre (1793-1794)par Jean-Louis Laneuville
Portrait de BarĂšre (1793-1794)
par Jean-Louis Laneuville

Nom de naissance Bertrand BarĂšre de Vieuzac
Naissance 10 septembre 1755
Tarbes
DĂ©cĂšs 13 janvier 1841 (Ă  85 ans)
Tarbes
NationalitĂ© France France
Profession(s) Avocat et homme politique
Autres activitĂ©s ReprĂ©sentant du Tiers État de la sĂ©nĂ©chaussĂ©e de Bigorre aux Etats GĂ©nĂ©raux et dĂ©putĂ© des Hautes-PyrĂ©nĂ©es Ă  la Convention nationale.
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Bertrand BarĂšre de Vieuzac, restĂ© cĂ©lĂšbre sous le simple nom de BarĂšre, nĂ© le 10 septembre 1755 Ă  Tarbes oĂč il est mort le 13 janvier 1841, est un homme politique et juriste français.

BarĂšre commença sa carriĂšre politique avec la RĂ©volution comme dĂ©putĂ© du tiers Ă©tat des Hautes-PyrĂ©nĂ©es aux États gĂ©nĂ©raux, puis membre de la Convention nationale. Son action au cours de la Terreur dont il fut l’inspirateur, l’ñme et le metteur en Ɠuvre lui valut, du penseur contre-rĂ©volutionnaire Edmund Burke, le surnom d’« AnacrĂ©on de la guillotine Â», de Camille Desmoulins celui de « Janus Ă  trois faces Â»[1] et de Robespierre celui d’« Ă‰quivoque Â»[2]. Pendant la guerre, il affecta de vouer l’Angleterre aux gĂ©monies, tout en correspondant en grand secret avec lord Stanhope, le beau-frĂšre de William Pitt et cousin par alliance de lord Grenville, directeur du Foreign office[3]. AprĂšs les Ă©vĂ©nements terrifiants dont il fut le responsable et dont une certaine historiographie[4] continue par calcul ou par aveuglement d’accabler la mĂ©moire de Robespierre, BarĂšre, agent d'influence du gouvernement Pitt, avait beau jeu de parler de « cette terrible RĂ©volution dont les despotiques rĂ©sultats seront si funestes Ă  mon pays[5] Â».

Sommaire

Origine

Bertrand BarĂšre de Vieuzac Ă©tait petit-fils de Laurent BarĂšre (1695-1750), notaire Ă  Bernac-Debat. Celui-ci eut un premier fils, Bertrand BarĂšre, Ă©poux de Grantianne DambarrĂšre, oncle du conventionnel, qui fut notaire Ă  Tarbes, et joua par la suite un rĂŽle important dans les mouvements d’argent entre les diffĂ©rents membres du clan BarĂšre, et un autre fils, Jean BarĂšre (1728-1788), mariĂ© Ă  Catalina Marrast de Nays, issue de la bourgeoisie, dont il eut deux garçons - Bertrand et Jean-Pierre - et trois filles. Consul et Ă©chevin puis Procureur du sĂ©nĂ©chal de Tarbes. Jean BarĂšre, qui possĂ©dait par sa femme un domaine fĂ©odal dans la vallĂ©e d’ArgelĂšs Ă  Vieuzac, transmit plus tard Ă  son fils Bertrand, outre cette seigneurie, dont celui-ci porta le nom au dĂ©but de la RĂ©volution, des biens situĂ©s dans la Bigorre, notamment des fermages trĂšs importants Ă  Mauvezin, Vignerie, Abedeille, NĂ©bouzan, etc., issus de la succession du prince Camille de Lorraine[6].

À quinze ans, le jeune Bertrand BarĂšre obtint une dispense d’ñge pour commencer ses Ă©tudes de droit Ă  Toulouse oĂč il avait grandi, prĂȘta serment (1775) et devint avocat au Parlement de Toulouse, postulant en la SĂ©nĂ©chaussĂ©e de Bigorre[7]. ÉlevĂ© comme un gentilhomme dont il avait les maniĂšres, assure FĂ©licitĂ© de Genlis dans ses MĂ©moires, il Ă©tait « l’homme de toutes les acadĂ©mies, l’homme de tous les salons Â». PrimĂ© Ă  Montauban pour un panĂ©gyrique du roi de France Louis XII, membre de l’AcadĂ©mie des Sciences de Toulouse pour avoir Ă©tudiĂ© une vieille pierre avec trois mots d’inscription latine, il fut reçu en 1788 membre de l’AcadĂ©mie des Jeux floraux pour ses petites piĂšces de vers et fit partie de la loge maçonnique « l’EncyclopĂ©dique Â»[8]. Deux ans plus tĂŽt, le 14 mai 1785, il avait Ă©pousĂ© Ă  Vic-de-Bigorre la trĂšs jeune (12 ans !) Catherine-Elisabeth (1772-1852), fille de noble Antoine de Monde et ThĂ©rĂšse de Briquet[9], dont il semble avoir eu un fils, mais dont il vĂ©cut sĂ©parĂ©[10]. DouĂ© d’une solide culture historique et politique, d’un esprit supĂ©rieur Ă  la moyenne, BarĂšre parlait couramment l’anglais – il a laissĂ© plusieurs traductions – et l’italien. C’était enfin un ennemi des philosophes, si on lit son panĂ©gyrique de Lefranc de Pompignan – cĂ©lĂšbre antagoniste de Voltaire et des LumiĂšres –, sensible aux arts et extrĂȘmement sociable[11]. Mais il ne faut pas s’arrĂȘter Ă  ce seul Ă©loge acadĂ©mique. Bertrand BarĂšre a Ă©galement Ă©crit un Ă©loge de Louis XII pour les Jeux Floraux de 1782, de Georges d'Amboise pour ceux de 1785, de Jean-Jacques Rousseau (dont il ne voit que le crĂ©ateur de la sensibilitĂ© de la fin du XVIIIe siĂšcle et qu'il admire surtout en tant qu'Ă©crivain[12]) pour ceux de 1787, du chancelier SĂ©guier pour l'AcadĂ©mie des belles-lettres de Montauban en 1784[13] et de Montesquieu pour l'AcadĂ©mie de Bordeaux en 1788[14],[15].

En 1788, il partit Ă  Paris pour suivre un procĂšs familial, y passant une partie de l’hiver. Ayant appris la mort de son pĂšre, il revint chez lui au dĂ©but de 1789. Quelques semaines plus tard, il participait Ă  la rĂ©daction des cahiers de dolĂ©ances oĂč il se fit remarquer. Il prĂ©senta sa candidature pour reprĂ©senter la noblesse aux États gĂ©nĂ©raux, mais, comme il voulait Ă©tendre la fiscalitĂ© Ă  la noblesse d’épĂ©e, elle ne fut pas acceptĂ©e, ce qui l’humilia profondĂ©ment. Il ne fut « que Â» dĂ©putĂ© du tiers Ă©tat de la sĂ©nĂ©chaussĂ©e de Bigorre, et il repartit pour Versailles, oĂč s’ouvraient les États gĂ©nĂ©raux[16].

Assemblée constituante

BarĂšre discourant Ă  l’AssemblĂ©e (dessin tirĂ© de l'Histoire-musĂ©e de la rĂ©publique Française, depuis l’assemblĂ©e des notables d’Augustin Challamel, 1842).

Il se fit remarquer dans l’AssemblĂ©e nationale par sa participation Ă  divers dĂ©bats et par des propositions de rĂ©forme des institutions judiciaires, des finances et de l’administration. Il prit part Ă  la discussion sur la dĂ©nomination de la premiĂšre assemblĂ©e parlementaire et souscrivit Ă  la proposition de Legrand, qui proposa la formule « assemblĂ©e nationale Â». Il entra au ComitĂ© des lettres de cachet que prĂ©sidait Mirabeau, puis au comitĂ© des domaines et de fĂ©odalitĂ© oĂč il mit Ă  l’ordre du jour la question de la restitution des biens confisquĂ©s aux Protestants depuis la rĂ©vocation de l'Ă©dit de Nantes, ce qui n’était pas de nature Ă  allĂ©ger la dette de l’état.

Il avait crĂ©Ă© le Point du Jour, ou RĂ©sultat de ce qui s’est passĂ© la veille Ă  l’AssemblĂ©e, un journal dont il se flattait qu’il fĂ»t le premier quotidien. La publication en avait commencĂ© le 19 juin 1789, mais il fit prĂ©cĂ©der l’édition complĂšte de ce journal, qui cessa le 21 octobre 1791, d’un « discours prĂ©liminaire Â» faisant l’historique de la RĂ©volution depuis le 27 avril 1789 jusqu’à la constitution des communes en AssemblĂ©e nationale (17 juin 1789). Ce quotidien rend compte des discussions et dĂ©crets de la premiĂšre assemblĂ©e et se caractĂ©rise par sa modĂ©ration. Il y avait associĂ© l’abbĂ© Nicolas Madget Ă  qui il confia la traduction des articles pour l’Angleterre.

Les opinions de BarĂšre l’inclinent Ă  penser dĂšs cette Ă©poque que le modĂšle politique et Ă©conomique de l’Angleterre est celui qui convient Ă  la France, c’est-Ă -dire la monarchie constitutionnelle et le bicamĂ©risme. BarĂšre fit l’éloge de Necker en 1789, fut reçu dans le salon de Mme Necker dont il flatta l’esprit, frĂ©quenta le comte et la comtesse de Guibert, et fut un zĂ©lateur de Mirabeau qui fut pour lui une sorte de modĂšle Ă  suivre. C’est d’ailleurs lui qui devait prononcer son oraison funĂšbre en avril 1791. AprĂšs les Ă©vĂ©nements du 6 octobre 1789 et le retour de l’AssemblĂ©e nationale Ă  Paris, il prit un logement dans l’hĂŽtel particulier du maire de Paris Jean-Sylvain Bailly avec lequel il semble avoir eu une intimitĂ©, « assez grande pour disposer des loges de thĂ©Ăątre dont sa femme jouissait aux divers spectacles de Paris Â».

Il avait Ă©tĂ© introduit dĂšs 1789 au Palais-Royal, rĂ©sidence du duc d’OrlĂ©ans, cousin de Louis XVI, par l’intermĂ©diaire de la princesse de Rohan-Rochefort qui avait Ă©tĂ© tĂ©moin Ă  son mariage. Cette princesse, connue pour son originalitĂ©, Ă©tait nĂ©e Rothelin, et elle appartenait donc Ă  la famille d’OrlĂ©ans. Elle avait un salon et des relations Ă©tendues dans le monde aristocratique et il est probable qu’elle fut l’indispensable marche-pied de BarĂšre pour accĂ©der au cercle fermĂ© des familiers du duc d’OrlĂ©ans.

Il effectua un premier voyage Ă  Londres, probablement pendant l’étĂ© 1790 accompagnĂ© de sa femme et de leur fils, sans doute pour bĂ©nĂ©ficier des ouvertures politiques et relations ministĂ©rielles du duc d’OrlĂ©ans lui-mĂȘme exilĂ© en Angleterre suite aux Ă©vĂ©nements du 6 octobre 1789[17]. Il fut reçu membre honoraire de la sociĂ©tĂ© constitutionnelle de Londres qui devait passer sous l’influence des Tories. Il prit un logement dans le quartier de Westminster, et y installa son Ă©pouse qui y vivait apparemment toujours en 1793 sous un nom d’emprunt[18]. BarĂšre lui fera dĂšs lors parvenir une pension par l’intermĂ©diaire de Perregaux qu’il protĂ©gea au temps de la Terreur. D’aprĂšs quelques tĂ©moignages recueillis par Thomas Macaulay, Mme BarĂšre n’était pas heureuse et cette sĂ©paration dut la satisfaire.

De retour Ă  Paris, BarĂšre de Vieuzac frĂ©quenta les cercles maçonniques, notamment le Cercle social et d’autres lieux comme le club de Valois oĂč, pratiquement, toutes les opinions Ă©taient reprĂ©sentĂ©es, puis il eut ses habitudes Ă  Monceau et au chĂąteau du Raincy, prĂšs de Paris, oĂč venaient les intimes du duc d’OrlĂ©ans.[19]. Il connut ainsi AgnĂšs de Buffon, la maĂźtresse du duc d’OrlĂ©ans - qui le sollicita vainement sous la Terreur pour son mari-, le comte de Pestre de Seneffe, Antoine Omer Talon et son oncle Maximilien Radix de Sainte-Foix, le docteur Geoffroy Seiffert, les marquis de Travanet, de Sillery et de Livry, ou encore Nathaniel Parker-Forth, l’un des agents d’influence - on ne parlait pas encore de lobbying politique, du gouvernement britannique en France. L’un des salons oĂč il Ă©tait habituellement conviĂ© Ă©tait celui de la comtesse Genlis Ă  Bellechasse, dans le Faubourg Saint-Germain oĂč le futur Louis-Philippe Ier l’y voyait souvent. LĂ , brillaient la fille du duc, AdĂ©laĂŻde et ses probables demi-sƓurs, Henriette et PamĂ©la, que, probablement, le duc avait eu autrefois de sa liaison avec Mme de Genlis et qu’il avait fait adopter par l'intermĂ©diaire de Nathaniel Parker-Forth. À l’époque oĂč il entra au club des Feuillants, BarĂšre obtint la charge de « tuteur Â» de Melle Pamela, la future Mrs. Fitz-Gerald (en 1792)[20]. À ses importants revenus et fermages, s’ajoutĂšrent dĂ©sormais les revenus de la rente correspondant Ă  cette charge, d’un montant de 12 000 livres formant les intĂ©rĂȘts annuels d’un capital de 240 000 livres qui Ă©tait une donation dĂ©guisĂ©e. Par la suite, en 1793, BarĂšre de Vieuzac essaira d’effacer toute trace de ce cadeau princier en dĂ©tournant[21] des papiers provenant du duc d’OrlĂ©ans dont l’exĂ©cution fut prĂ©cipitĂ©e par ses soins empressĂ©s malgrĂ© les promesses qui avaient Ă©tĂ© faites de l’épargner[22].

À l’AssemblĂ©e, depuis son retour de Londres, il parut avoir gagnĂ© en assurance et ses interventions furent plus consistantes. En fĂ©vrier 1791, il dĂ©fendit le principe d’un jury populaire au civil et ne fut pas suivi puisque la Constituante rĂ©serva le jury aux seules procĂ©dures criminelles (septembre 1791). Avec Barnave, Merlin de Douai - avec lequel il lia - et quelques autres, il proposa un dĂ©cret - ajournĂ© pour examen- qui prohibait et punissait l’émigration, prenant ainsi quelques distances avec Mirabeau[23].

Il appartint Ă  d’autres commissions dont celle qui fut chargĂ©e de prĂ©parer la crĂ©ation de son dĂ©partement d’origine, les Hautes-PyrĂ©nĂ©es ou soutint d’autres projets de loi, notamment sur la fiscalitĂ© (27 aoĂ»t). Lors du dĂ©bat sur l’abolition de la peine de mort, il prit une position inverse de Robespierre, et justifia le maintien du chĂątiment suprĂȘme en ces termes :

« Sommes-nous dans les circonstances, sommes-nous dans le degrĂ© de perfection sociale qui puisse appeler l’abolition de la peine de mort ? Cette peine est-elle, dans l’état actuel des choses et dans la situation oĂč sont les esprits, une peine moins rĂ©primante que celle de la perte de l’honneur et de la libertĂ© ? Â». D’un autre cĂŽtĂ©, il se dĂ©clare maintenant clairement un admirateur de Voltaire et de son Ɠuvre et, afin que nul ne doute de ses opinions, insiste pour ĂȘtre un des dĂ©putĂ©s qui seront chargĂ©s d’assister le 12 juillet suivant Ă  la cĂ©rĂ©monie de transfert des cendres du philosophe Ă  l’église Sainte-GeneviĂšve devenue le PanthĂ©on. Ce jour lĂ , il fut accompagnĂ© de Garat[24] et de Vadier, son vieux complice, qui, comme lui, sont devenus des « aristocrates rĂ©volutionnaires Â» invoquant Ă  tour de bras la philosophie des lumiĂšres pour justifier leurs actions.

Avec Antoine Barnave, Bertrand BarĂšre de Vieuzac fut l’un des commissaires chargĂ©s par l’AssemblĂ©e de ramener le roi Louis XVI Ă  Paris, aprĂšs son arrestation Ă  Varennes, mais, lors des dĂ©bats houleux qui suivirent le retour du roi, il ne joignit pas sa voix Ă  ceux qui demandaient la destitution du monarque. Cette position, ce choix politique rĂ©vĂ©lateur, devait entraĂźner son dĂ©part du club des Jacobins.

Le Feuillant

BarĂšre de Vieuzac.

Membre du club des Jacobins dans sa version initiale, il se dĂ©marqua des RĂ©publicains favorables Ă  la dĂ©chĂ©ance de Louis XVI, et il rejoignit le club royaliste des Feuillants dont il fut prĂ©sident dans les semaines qui suivirent sa crĂ©ation Ă  la fin du mois de juin 1791. Contrairement Ă  Condorcet, Ă  Camille Desmoulins ou Ă  Maximilien de Robespierre qui se sont publiquement rĂ©vĂ©lĂ©s rĂ©publicains dĂšs cette Ă©poque, BarĂšre est donc lui, ouvertement royaliste. La porte du club des Jacobins lui sera dorĂ©navant fermĂ©e et, pour des raisons tactiques, il fera tout pour y ĂȘtre admis Ă  nouveau. En vain. C’est seulement sous la grande Terreur que, sĂ»r de son pouvoir de vie et de mort sur n’importe quel citoyen, il forcera la porte des Jacobins pour mieux contrĂŽler le dernier lieu de (relative) libre expression politique face aux comitĂ©s tout puissants.

Au club des Feuillants se retrouvaient les membres de l’aristocratie marchande et de nombreux propriĂ©taires coloniaux comme les Lameth et des gens de finance qui avaient soutenu Necker, BarĂšre noue de nouvelles relations avec les milieux de la banque. Il noua en particulier des relations Ă©troites avec Charles Pierre Paul Savalette de Lange, homme de finances issu d’une famille extrĂȘmement fortunĂ©e, et dont la personnalitĂ© le fascinait. Pendant plusieurs annĂ©es, il occupa un appartement dans le somptueux hĂŽtel Savalette rue Saint-HonorĂ© (restes Ă  l’actuel n°350). Paul de Savalette de Lange Ă©tait prĂ©sident de la loge maçonnique des « Amis rĂ©unis Â», et comme beaucoup de maçons de cette Ă©poque un mĂ©lomane, protecteur du grand compositeur Dallayrac, de LanglĂ© et autres musiciens; il disposait d’un thĂ©Ăątre privĂ© dans son chĂąteau de la Chevrette Ă  Saint-Ouen, et il jouissait d’une fortune considĂ©rable constituĂ©es non seulement de sa terre gigantesque de Magnanville, mais de celle de Lange dans l’Ain, ou encore Ă  Longjumeau et de biens immobiliers nombreux – immeubles et domaines en Île de France –, accrus d’acquisitions nouvelles de biens nationaux comme le domaine de Boisville. Mais aprĂšs sa banqueroute provoquĂ©e de 1791 qui ruina ses petits clients, – dont le musicien Dallayrac –, il plaça l’essentiel de sa fortune Ă  l’étranger, probablement en grande partie Ă  la City de Londres avec les grandes fortunes française comme celle du duc d’OrlĂ©ans. Chose assez peu connue c’est cet ami paradoxal de BarĂšre qui finança discrĂštement l’émigration du comte d’Artois, frĂšre de Louis XVI, Ă  raison de trois millions audacieusement gagĂ©s sur l’espoir d’un retour prochain du prince[25]. Les intĂ©rĂȘts colossaux de cette somme, qui vont continuer de courir pendant vingt-cinq ans, jusqu’à la Restauration, ne seront jamais remboursĂ©s en totalitĂ©. On se rappelle que, dans la sĂ©ance du 9 juillet 1791, c’était BarĂšre qui avait rĂ©clamĂ© avec vĂ©hĂ©mence des mesures Ă  prendre contre les biens des ÉmigrĂ©s. GrĂące Ă  Savalette, la fortune de BarĂšre est parfaitement gĂ©rĂ©e.

En dehors de l’AssemblĂ©e, BarĂšre n’est donc autre, Ă  cette Ă©poque, qu’un « muscadin Â» appartenant Ă  la cour dorĂ©e de Savalette dont il est le commensal, et ses discours, Ă  l’AssemblĂ©e constituante, n’illusionnent guĂšre ceux qui le connaissent intimement. Mais BarĂšre pratique le cloisonnement, il a l’art de donner le change et il sait ĂȘtre convaincant. Au reste, il est opportuniste, et bien malin qui peut dire, sinon Savalette qui l’hĂ©bergera toujours en l’an III, ce qu’il sera demain.

1792

RetournĂ© Ă  la « vie civile Â» aprĂšs la fin de la Constituante, BarĂšre, qui avait abandonnĂ© le 20 octobre 1791 la rĂ©daction de son journal Le Point du Jour, ne se dĂ©sintĂ©ressa pas pour autant des affaires politiques. On le voit ainsi adresser, le 15 novembre 1791, une lettre en faveur du gĂ©nĂ©ral Valence, gendre de la comtesse de Genlis, dont il frĂ©quente le salon. Il est Ă©tabli qu’il rĂ©pondit aux avances de la Cour et notamment Radix de Sainte-Foix[26], Talon et les conseillers secrets des Tuileries qui, cherchant Ă  s’attacher en secret des complicitĂ©s nouvelles, distribuaient Ă  cet effet des fonds importants de la Liste civile des Tuileries. Son nom figure dans les papiers trouvĂ©s dans l’armoire de fer, mais, Ă©crit le ministre Bertrand de Molleville dans ses MĂ©moires, les Ă©lĂ©ments matĂ©riels ne furent pas suffisants, aprĂšs le 10 aoĂ»t, pour l’inculper[27]. Selon d’autres sources, il avait perçu de l’argent du comte de Narbonne, ministre de la guerre[28], toujours dans le mĂȘme but de l’attacher au parti de la cour. Il promit, mais sa promesse n’engagea que ceux qui Ă©taient portĂ©s Ă  lui faire confiance.

Pendant la LĂ©gislative, l’ancien constituant semble avoir accompli un voyage, certainement dans sa province, oĂč il acheta des biens nationaux – notamment l'abbaye de Saint-LĂ©zer, non loin du Gers, qu'il fit dĂ©manteler pour en vendre les matĂ©riaux –, et peut-ĂȘtre aussi en Angleterre oĂč vivait son Ă©pouse.

En juillet 1792, il Ă©tait Ă  Paris, affectant de soutenir la politique menĂ©e par les Girondins et nommĂ©ment Brissot qui fut l’artisan de la dĂ©claration de guerre contre l’avis exprimĂ© par Robespierre au club des Jacobins. Il entretient d’excellentes relations avec Dumouriez, alors ministre de la Guerre, et qui fait doter son ministĂšre de fonds extraordinaires, des fonds secrets dont il n’a pas Ă  justifier l’emploi et dont le vote ou l’utilisation furent, jusqu’en l’an II, l’objet d’ñpres controverses.

AprĂšs les Ă©vĂ©nements du 10 aoĂ»t 1792, auxquels il ne participa pas, BarĂšre, fortement recommandĂ© par son ami Target, entra au conseil de justice sous le ministĂšre Danton (comitĂ© des jurisconsultes patriotes). Il reprocha Ă  cette Ă©poque Ă  Jacques-Guillaume Thouret, magistrat qui fit dĂ©crĂ©ter la division administrative de la France en dĂ©partements et qui Ă©tait alors prĂ©sident de la cour de cassation, de l’avoir traitĂ© avec peu de faveur, en l’obligeant Ă  choisir entre rester membre du tribunal de cassation ou secrĂ©taire du ministre de la justice Danton. Il ne devait pas oublier ce qu’il considĂ©ra comme une offense faite Ă  sa personne.

DĂ©putĂ© des Hautes-PyrĂ©nĂ©es, lors de la formation de la nouvelle assemblĂ©e - la Convention nationale - qui succĂ©da le 22 septembre Ă  la LĂ©gislative, il en Ă©tait le prĂ©sident lorsque le procĂšs de Louis XVI s’ouvrit. Lorsque Malesherbes vint le voir pour lui faire part de son intention de dĂ©fendre Louis XVI, il rĂ©pondit : « Je briguerais moi-mĂȘme une si noble tĂąche si je n’étais prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale ! Â»

AprĂšs que son ami toulousain Mailhe eut lu l’acte Ă©nonciatif des faits reprochĂ©s au monarque, il procĂ©da le 11 dĂ©cembre Ă  l’interrogatoire du roi Ă  la Convention, et, par la suite, il entraĂźna le Centre hĂ©sitant Ă  voter la condamnation.

AussitĂŽt aprĂšs qu’il fut descendu de la tribune, la clĂŽture de la discussion avait Ă©tĂ© prononcĂ©e. Il vota la mort du roi sans sursis aprĂšs avoir proclamĂ©, reprenant une phrase de Thomas Jefferson suite Ă  la rĂ©pression sanglante de la RĂ©volte de Shays, durant la RĂ©volution amĂ©ricaine, en 1787[29] : « L’arbre de la libertĂ© croĂźt lorsqu’il est arrosĂ© du sang des tyrans. Â» Il eut plus de part qu’aucun de ses collĂšgues Ă  la condamnation du roi dĂ©chu, contre l’avis de Brissot et de Paine, qui cherchĂšrent vainement Ă  justifier le sursis. Sa ligne, pendant tout le procĂšs, a Ă©tĂ© de reprĂ©senter Louis XVI « comme une victime qu’on est forcĂ© d’immoler Ă  la Concorde Â». Les mois suivants, la guerre totale et les graves dĂ©chirements intĂ©rieurs tinrent lieu de « concorde Â».

Son rÎle au Comité de salut public

Bertrand BarĂšre de Vieuzac fut le premier dĂ©putĂ© Ă  avoir Ă©tĂ© Ă©lu au ComitĂ© de salut public, dĂšs sa crĂ©ation le 6 avril 1793. Il remplit les fonctions de rapporteur de cette commission qu’il appela plus tard la « fosse aux lions Â» mais qu’il contribua Ă  avilir par une extraordinaire surenchĂšre terroriste. Il en fut membre inamovible pendant dix-sept mois, Carnot arrivant au second rang avec quatorze mois.

Ayant d’abord cherchĂ© Ă  dĂ©fendre les projets fĂ©dĂ©ralistes des Girondins, il prĂ©tendit combattre le pouvoir grandissant de la Commune en oubliant qu’il avait appuyĂ© son ami le ministre de la justice Garat lorsque celui-ci enterra les procĂ©dures engagĂ©es contre les auteurs des massacres du 2 au 6 septembre 1792. C’est donc BarĂšre, qui, en mai 1793, proposa et fit nommer la fameuse commission des douze, d’inspiration girondine, « pour la recherche des complots et l’examen des arrĂȘtĂ©s de la MunicipalitĂ© de Paris Â»[30], laquelle fit procĂ©der Ă  l’arrestation provisoire de Jacques-RenĂ© HĂ©bert et instruisit contre Panis et Sergent, deux conventionnels alors administrateurs de police accusĂ©s d’avoir instrumentĂ© de façon crapuleuse les massacres de septembre.

Le ComitĂ© de salut public qui comprenait plusieurs divisions, Ă©tait chargĂ© d’examiner les projets qui devaient ĂȘtre prĂ©sentĂ©s Ă  la Convention nationale laquelle, avec le temps, les valida quasi-automatiquement, dĂšs lors que le ComitĂ© de salut public s’arrogea le pouvoir - exercĂ© avec les dĂ©putĂ©s dit Girondins puis ceux dits Dantonistes, etc. - d’envoyer des dĂ©putĂ©s en prison, et par la suite, de les faire exĂ©cuter de façon rĂ©volutionnaire, hors dĂ©bat ou sans procĂšs. Ce point extrĂȘmement important, cette Ă©pĂ©e de DamoclĂšs, explique le mĂ©canisme d’homologation, par la Convention, des dĂ©rives de la Terreur[31].

Au ComitĂ© de salut public, BarĂšre fut tour Ă  tour ou en mĂȘme temps chargĂ© des Affaires Ă©trangĂšres et de l’espionnage, de la Marine et des Colonies, de l’Instruction publique, des affaires militaires et surtout de la rĂ©pression, en concertation avec son confident Vadier qui avait une influence prĂ©pondĂ©rante au ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, la police politique de l’an II, le bras armĂ© du gouvernement, dont il Ă©tait le patron. Ce ComitĂ© de s^retĂ© gĂ©nĂ©rale, sous Vadier, fut le principal pourvoyeur du Tribunal rĂ©volutionnaire.

Rapporteur, BarĂšre fit de terribles rapports sur la nĂ©cessitĂ© absolue de la guerre et les dĂ©penses qu’elle entraĂźnait, les dangers immenses de la VendĂ©e, le rĂŽle prĂ©tendu des Espagnols et des GĂȘnois dans l’incendie de la flotte française Ă  Toulon, la nĂ©cessitĂ© de dĂ©truire la ville de Lyon, l’urgence du renvoi de Marie-Antoinette devant le Tribunal rĂ©volutionnaire, la confiscation des biens des suspects, la culpabilitĂ© supposĂ©e de Danton et Desmoulins, les expĂ©ditions punitives dans le Midi - et Orange en particulier -, le danger reprĂ©sentĂ© par les anciens constituants, les anciens parlementaires, les anciens fermiers gĂ©nĂ©raux, les complots prĂ©tendus des prisons, les complots rĂ©els et imaginaires, les victoires vraies ou fausses des armĂ©es et de la marine, etc. BarĂšre qui, en matiĂšre de discours politique, maĂźtrisait l’art de faire prendre une signification pour une autre, est restĂ©e cĂ©lĂšbre pour ses « carmagnoles Â», un mot qui est entrĂ© dans le vocabulaire français. Il a en tout cas trompĂ© ses contemporains, certains de ses collĂšgues qui lui ont fait confiance comme Robespierre, les conventionnels et, ce qui est trĂšs Ă©trange, des gĂ©nĂ©rations d’historiens, universitaires ou non, qui mĂ©connaissant le contexte, continuent d’analyser sans recul, au premier degrĂ©, les « carmagnoles Â» de BarĂšre.

AprĂšs le renouvellement du premier ComitĂ© de Salut Public, qui vit l’éviction de son ancien collĂšgue Danton, seuls Bertrand BarĂšre et Robert Lindet y furent maintenus. Le comitĂ©, composĂ© de neuf membres, se substituant peu Ă  peu aux ministĂšres anciens - Ă  l’exception de Cambon qui, de façon exclusive, dirigea les affaires financiĂšres -, BarĂšre eut ainsi la haute main sur les Affaires Ă©trangĂšres - Chemin-Deforgues, le ministre en titre qui Ă©tait Ă  sa dĂ©votion Ă©tait consultĂ© aprĂšs coup ou pour la forme. Outre Robert Lindet - le rĂ©dacteur de la tristement cĂ©lĂšbre loi du 22 prairial an II- , BarĂšre savait aussi pouvoir compter sur Jean-Marie Collot d'Herbois, Billaud-Varenne et Lazare Carnot qui ont pratiquement toujours votĂ© comme lui. En revanche, Georges Couthon, Antoine de Saint-Just et Maximilien Robespierre ne le suivaient pas toujours et se sont dĂ©solidarisĂ©s certaines fois - et de plus en plus souvent Ă  partir de l’hiver 1793-94 - de leurs autres collĂšgues, surtout dans certaines affaires de rĂ©pression et plus gĂ©nĂ©ralement sur l’opportunitĂ©, pour eux, de ralentir la Terreur et d’ouvrir des nĂ©gociations avec les neutres, les deux Ă©tant liĂ©s.

La question des signatures des registres, et donc des responsabilitĂ©s individuelles ou collectives, souvent invoquĂ©e, bien qu’au cƓur de la rĂ©alitĂ© des faits, est une question sans rĂ©ponse satisfaisante car plusieurs registres et non des moindres ont, selon le comte d’Allonville et d’autres contemporains, Ă©tĂ© falsifiĂ©s dĂšs le 9 thermidor an II, et plusieurs doubles ont Ă©tĂ© enlevĂ©s par Bertrand BarĂšre avec l’aval de Joseph FouchĂ©, l'artisan avec Collot d'Herbois du massacre de centaines de Lyonnais[32] ou mĂȘme Lazare Carnot – dĂ©jĂ  attentif Ă  consolider sa lĂ©gende d’organisateur de la victoire, fabriquĂ©e pour lui par BarĂšre, et que fixera son fils Hyppolite, au prix de gros mensonges –, et on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. En consĂ©quence, la prĂ©sence ou non de telle ou telle signature sur un registre ou un document doit ĂȘtre envisagĂ©e avec circonspection. Il en est de mĂȘme concernant les registres du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale qui sont lacunaires.

L’historiographie thermidorienne – dont s’inspire sur ce point l’historiographie communiste –, comme l’historiographie royaliste, a toujours insinuĂ© que Robespierre avait eu une influence prĂ©pondĂ©rante au ComitĂ© de salut public, en perdant de vue que BarĂšre, dont les ressources financiĂšres semblaient inĂ©puisables, qui Ă©tait cultivĂ©, dĂ©terminĂ©, capable de duplicitĂ© et certainement beaucoup plus psychologue que ne l’était son collĂšgue Robespierre, avait su asseoir sa domination au sein des comitĂ©s et dans une partie de la Convention. Pour Louis Blanc et d’autres historiens moins souvent citĂ©s comme Hamel, l’influence de Robespierre Ă©tait, au contraire, trĂšs contestable et trĂšs contestĂ©e[33]. Il n’était « que Â» populaire, trĂšs populaire, certainement aux Jacobins et dans les sections, c’est-Ă -dire dans la rue, et c’était le souci majeur de BarĂšre qui, bien que principal inspirateur des mesures ultra-violentes, sentait qu’il Ă©tait de moins en moins suivi sur cette voie. Robespierre, Saint-Just et Couthon contribuĂšrent Ă  la formation d’un relatif contre-pouvoir au sein du grand comitĂ©, et ils obtinrent la crĂ©ation d’un Bureau de police en pensant que, dĂ©gagĂ© de la sphĂšre d’influence du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale Ă  qui non sans raison ils attribuaient les premiers « dĂ©rapages Â» de la Terreur, celui-ci permettrait de mieux cadrer les activitĂ©s de rĂ©pression. Ce contre-pouvoir Ă©tait encore trop pour BarĂšre qui ne laissa jamais rien paraĂźtre. Avec sa garde rapprochĂ©e (Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Lazare Carnot, AndrĂ© Amar et Vadier) il imagina d’ailleurs que, une fois Robespierre Ă©liminĂ©, la Terreur survivrait au 9 thermidor et se dĂ©velopperait plus que jamais[34].

Au ComitĂ© de salut public, BarĂšre a fait passer un certain nombre de mesures trĂšs spectaculaires, inflĂ©chissant chaque fois un peu plus la politique du gouvernement dans la voie de l’exagĂ©ration rĂ©volutionnaire, damant le pion aux « exagĂ©rĂ©s Â» de la Commune hĂ©bertiste, la question Ă©tant toujours de savoir si ces mesures ont eu une rĂ©elle utilitĂ© pour le pays.

Pour fĂȘter la prise des Tuileries du 10 aoĂ»t 1792, lors de la sĂ©ance du 31 juillet 1793, BarĂšre, proposa de dĂ©truire des tombeaux de la basilique Saint-Denis (instigateur du dĂ©cret qui ordonna que les tombeaux des rois seraient ouverts et leurs cendres jetĂ©es au vent).

Il proposa et fit passer la loi dite du maximum avec l'appui de Cambon, le grand argentier de la République en l'an II, son compatriote toulousain et son protégé. La politique économique de Cambon fut critiquée par Robespierre qui la jugeait inefficace ce qui ajouta aux divisions au sein du Comité de salut public

Le 1er aoĂ»t 1793, Ă  la Convention, BarĂšre avait fait un terrible rĂ©quisitoire contre la VendĂ©e, exagĂ©rant le pouvoir de nuisance de cette province et de ses habitants, puis Ă  nouveau, le 25 septembre, il harangua la Convention, Ă©voquant la nĂ©cessitĂ© de requĂ©rir une armĂ©e de 400 000 hommes. Quoi qu’il en soit, ses diatribes provoquĂšrent la destruction totale de l’armĂ©e vendĂ©enne Ă  Savenay le 23 dĂ©cembre 1793. MalgrĂ© cette dĂ©faite, au lieu de commencer la pacification, il exhorta ses concitoyens Ă  anĂ©antir les populations et Ă  brĂ»ler les villages, ce dont se chargea, parmi d’autres, le gĂ©nĂ©ral Turreau de LiniĂšres. C’est lui, et non Robespierre, qui dĂ©cida du renvoi de Marie-Antoinette devant le Tribunal rĂ©volutionnaire. Par la suite, Ă  nouveau contre la volontĂ© de Robespierre, il poussa avec SiĂ©yĂšs au renvoi de Madame Elisabeth devant le Tribunal rĂ©volutionnaire[35].

Le grand orateur de la Gironde Vergniaud, quoique arrĂȘtĂ© depuis le 2 juin avec ses amis, suite au coup de force du bras armĂ© de la Commune hĂ©berto-maratiste contre la Convention, et en instance de comparaĂźtre au Tribunal rĂ©volutionnaire, le prĂ©senta dans une brochure publiĂ©e le 23 juin 1793, soit trois semaines aprĂšs son arrestation, comme un « imposteur Â» doublĂ© d’un « assassin Â»[36].

Un mois aprĂšs cette publication qui fut plus ou moins censurĂ©e - les exemplaires en sont trĂšs rares -, BarĂšre arrachait un dĂ©cret Ă  la Convention pour mettre en jugement neuf dĂ©putĂ©s girondins et en envoyer seize autres directement Ă  la guillotine. Il joua un rĂŽle de premier plan dans l’arrestation et le « procĂšs Â» Ă  huis-clos puis l’exĂ©cution de vingt et un dĂ©putĂ©s ayant en commun de s’ĂȘtre opposĂ©s Ă  l’installation de la dictature du ComitĂ© de salut public: en fait, BarĂšre ne produisit jamais le rapport argumentĂ© sur lequel il prĂ©tendait se fonder pour justifier leur chĂątiment. Pendant plusieurs mois, les Girondins illĂ©galement arrĂȘtĂ©s, avaient nĂ©anmoins Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s Ă  l’opinion publique française, sans apporter de preuves, comme des factieux, fauteurs de troubles et « instigateurs de guerre civile Â», ce qui n’a jamais Ă©tĂ© prouvĂ© mais entĂ©rinĂ© aux yeux de l’histoire par le procĂšs truquĂ© du 30 octobre 1793[37]. BarĂšre a co-signĂ© le dĂ©cret renvoyant le duc d’OrlĂ©ans, son ancien protecteur, au Tribunal rĂ©volutionnaire. Il a cherchĂ© Ă  Ă©touffer toute preuve ou tout tĂ©moin de ses propres engagements politiques du temps de la Constituante. Imaginant que la piĂšce « PamĂ©la Â» montĂ©e par les artistes du ThĂ©Ăątre national français Ă©tait une allusion dĂ©guisĂ©e Ă  son rĂŽle de tuteur grassement rĂ©munĂ©rĂ© de Melle PamĂ©la, la fille du duc d’OrlĂ©ans, il fit envoyer François de NeufchĂąteau, l’auteur de cette piĂšce, et tous les comĂ©diens en prison. La mort de l’ancien maire Bailly, tenu responsable des fusillades du Champ de Mars le 17 juillet 1791, au terme d’un procĂšs « rĂ©volutionnaire Â», obĂ©it Ă  cette mĂȘme logique selon laquelle, selon ses propres mots, « les morts ne reviennent pas Â».

Surpris par certaines de ses mesures, mais confiant dans la sincĂ©ritĂ© de ses principes jusqu’à la fin de l’hiver 1794, Robespierre avait toutefois fini par le nommer « l’Équivoque Â»[38]. Une guerre d'influence, un bras de fer avait commencĂ© au sein du ComitĂ© de salut public oĂč Robespierre, gĂ©nĂ©ralement suivi par Saint-Just et Couthon, n'avait pas la majoritĂ© des voix.

BarĂšre et l’Angleterre : la « Lettre anglaise Â»

Début de la Lettre Anglaise telle que publiée par la Convention nationale en 1793.

Les rapports de BarĂšre sur William Pitt et l’Angleterre sont Ă  mettre en parallĂšle avec des dĂ©cisions essentielles qu’il a cherchĂ© et souvent rĂ©ussi Ă  faire passer au ComitĂ© de salut public et Ă  la Convention, dĂ©cisions qui semblent vĂ©ritablement avoir Ă©tĂ© de nature Ă  satisfaire le premier ministre anglais. Sur la question de l’Espagne, William Pitt avait diligentĂ© Ă  Paris des agents d’influence pour intervenir auprĂšs des membres des commissions parlementaires chargĂ©es d’élaborer de futurs dĂ©crets dans les matiĂšres sensibles, entre autres la diplomatie. C’est ainsi que Mirabeau avait Ă©tĂ© approchĂ© pour obtenir la suppression du pacte de famille qui, depuis 1761, Ă©tait non pas seulement une alliance dynastique mais une alliance politique et commerciale, une sorte de pacte de non agression entre la France et l’Espagne. Ce pacte avait prouvĂ© son utilitĂ© pendant la guerre d’AmĂ©rique. Or, en 1793, Camille Desmoulins s’est Ă©tonnĂ© que ce soit BarĂšre qui ait fait dĂ©clarer la guerre Ă  l’Espagne, « sans savoir dans quelle position Ă©taient nos frontiĂšres de ce cĂŽtĂ© Â». « Il me parut facile, ajoute-t-il, de voir que BarĂšre n’avait pas mĂȘme parcouru les piĂšces Â»[39].

Pour le gouvernement anglais qui avait rejoint la coalition en mĂȘme temps que l’Espagne, sans avoir l’air d’avoir voulu dĂ©clarer la guerre Ă  la France, il fallait compter non seulement sur la cohĂ©sion et la force des puissances coalisĂ©es - pas un Ă©tat d’Europe ne devait manquer Ă  l’appel, mais favoriser en France mĂȘme une guerre civile qui affaiblirait le pays. Le projet a donc Ă©tĂ©, pour le gouvernement britannique, de favoriser, autant que faire se peut, toutes les entreprises Ă  caractĂšre « contre-rĂ©volutionnaire Â» qui permettraient de justifier une surenchĂšre dans la rĂ©pression laquelle appellerait de nouveaux soulĂšvements et toujours plus de sang. Ce « programme de guerre Â», rarement citĂ©, a pourtant Ă©tĂ© reconnu, validĂ© et publiĂ© par la Convention, suite Ă  la dĂ©couverte inopinĂ©e, Ă  Lille, d’un document manuscrit en langue anglaise, de premier ordre, publiĂ© sous le titre la Lettre anglaise. Il Ă©manait d’une autoritĂ© politique supĂ©rieure, susceptible de coordonner diverses entreprises en divers lieux, et dont le but avouĂ© Ă©tait de crĂ©er des foyers de sĂ©dition ou de dĂ©sorganisation un peu partout sur le territoire, des attentats contre les biens - fabriques de poudre ou autres - ou diverses actions de sabotage[40]. Il n’était pas prĂ©vu que cette lettre privĂ©e tombĂąt par hasard entre les mains du gouvernement français. PrĂ©venu, BarĂšre s’en saisit le premier et se chargea de la prĂ©senter aux dĂ©putĂ©s. Faute de pouvoir incriminer les Girondins, il ne manqua pas d’attribuer ces projets aux royalistes vivant encore en France, coupables de tous les maux - par exemple au baron de Batz, ancien dĂ©putĂ©, ou au gĂ©nĂ©ral Arthur Dillon, alors en rĂ©serve de la RĂ©publique[41] -, cherchant Ă  justifier contre eux une surenchĂšre dans la rĂ©pression. Cette rĂ©pression outranciĂšre ne manqua pas de se produire avec la Terreur que BarĂšre se chargea lui-mĂȘme de mettre Ă  l’ordre du jour le 5 septembre 1793. Il en donna une traduction lĂ©gislative immĂ©diate avec la loi des suspects concoctĂ©e par lui sous le direction du grand juriste Merlin de Douai.

Or, beaucoup de royalistes s’étaient dĂ©tournĂ©s de l’Angleterre, surtout depuis la prise de Toulon, car le gouvernement britannique, par la voix de ses commissaires Ă  Toulon, avait clairement laissĂ© entendre que le rĂ©tablissement des Bourbons ne pourrait se faire que sous condition (amputation d’une partie du territoire)[42]. Ces subtilitĂ©s n’étaient pas Ă  l’ordre du jour, et la rĂ©pression contre les royalistes de Lyon, de VendĂ©e ou d’ailleurs promettait d’ĂȘtre impitoyable, au-delĂ  du nĂ©cessaire ainsi que l’on admit les esprits raisonnables, comme le gĂ©nĂ©ral Gourgaud et beaucoup d’autres contemporains. Certains positionnements de BarĂšre qui n’étaient pas d’une grande lisibilitĂ© sur le moment, et d’autres dĂ©cisions ou commentaires Ă©tranges[43], qui apparaissent en grande contradiction avec ses dĂ©clamations sur Pitt et l’Angleterre, ont permis plus tard Ă  Laurent Lecointre, Saladin et autres dĂ©putĂ©s de l’accuser, avec vraisemblance, d’avoir favorisĂ© en tout point la politique du cabinet britannique.

BarÚre et les représentants en mission

Lorsque la ville de Lyon se souleva, Dubois-CrancĂ© y fut envoyĂ© pour contrĂŽler la situation, une mission au terme de laquelle il put Ă©crire: « Cette ville (Lyon) est rentrĂ©e le 9 octobre dans l’obĂ©issance : j’en suis parti le 12 et je n’ai plus eu, depuis ce temps, rien de commun avec ses malheureux habitants Â». À son retour, BarĂšre l’accusa de tiĂ©deur et le persĂ©cuta pour ce motif et aussi, souligne Dubois-CrancĂ©, pour avoir cherchĂ© Ă  « sauver le Midi et la Bretagne d’une guerre civile qui eĂ»t entraĂźnĂ© la perte de la France entiĂšre Â»[44]. Quand on lit le rapport de BarĂšre sur le projet de dĂ©cret aboutissant Ă  raser Lyon et son enthousiasme de rapporteur du ComitĂ© de salut public en imaginant la beautĂ© de cette mesure, on croyait, dit Camille Desmoulins, entendre N. dans Voltaire : - BĂątir est beau mais dĂ©truire est sublime ![45]

A leur tour envoyĂ©s Ă  Lyon oĂč il se signalĂšrent par des exactions sans nombre, assassinats en masse et dilapidations, FouchĂ©, Collot d’Herbois et Javogues eurent BarĂšre comme meilleur avocat aux Jacobins et Ă  la Convention: contrĂŽlant toute la communications politique sur la rĂ©pression ou ce qui en tenait lieu, s’appuyant sur des rapports pipĂ©s, il alarmait les dĂ©putĂ©s en exagĂ©rant les dangers de la contre-rĂ©volution, ne rendait pas compte fidĂšlement des missions en cours, Ă  Lyon ou ailleurs, et insistait sans rĂ©pit sur la nĂ©cessitĂ© du « salut public Â».

Pendant l’hiver 1793-1794, il justifia les exactions des gĂ©nĂ©raux Fayau, Westermann ou Thureau - metteurs en Ɠuvre des colonnes infernales - et, contre l’avis de Robespierre favorable Ă  la pacification, rĂ©clame une mise Ă  feu et Ă  sang de la rĂ©gion VendĂ©e. ImitĂ© en cela par Collot d’Herbois et Billaud-Varenne, mais aussi par Carnot qui avaient dressĂ© un rapport infidĂšle Ă  la Convention sur les cruautĂ©s de Joseph le Bon, reprĂ©sentant sanguinaire et sadique Ă  Arras, en les dĂ©guisant, BarĂšre insista avec force pour son maintien en place, contre l’avis de Robespierre :

« Le ComitĂ© de salut public applaudit aux mesures que vous avez prises, avaient ils Ă©crit Ă  Le Bon - de sinistre mĂ©moire pour les arrageois-, toutes vos mesures sont non seulement permises, mais encore commandĂ©es par votre mission: rien ne doit faire obstacle Ă  votre marche rĂ©volutionnaire. Abandonnez-vous Ă  votre Ă©nergie, vos pouvoirs sont illimitĂ©s Â»[46]. DĂ©goĂ»tĂ© par les tueries de Le Bon, telles que sa sƓur Charlotte[47] les lui avait rapportĂ©es, Robespierre et Couthon ont provoquĂ© le rappel de cet homme sanguinaire qui, s’il a rĂ©pondu Ă  une convocation en pluviĂŽse an II, repartit quelques jours plus tard en vertu d’un nouvel ordre arrachĂ© par BarĂšre et ainsi conçu : « Le ComitĂ© de salut public arrĂȘte que le citoyen Lebon retournera dans le dĂ©partement du Pas-de-Calais en qualitĂ© de reprĂ©sentant du peuple pour y suivre les opĂ©rations dĂ©jĂ  commencĂ©es. Il pourra les suivre dans les dĂ©partements environnants..( SignĂ© BarĂšre, Collot, Carnot) Â»[48]. De retour Ă  Arras Lebon fit rĂ©gner de plus belle la Terreur. Les citoyens Boissard, Triboulet et Langlet, membres de la SociĂ©tĂ© populaire d’Arras, s’adressĂšrent plus tard, en dĂ©sespoir de cause, Ă  la Convention, s’élevant contre le protection qu’avait trouvĂ© auprĂšs de BarĂšre le « tigre-prĂȘtre Â». Lors de ses passages Ă  Paris, Le Bon faisait, Ă©crivent-ils, « perpĂ©tuellement antichambre chez BarĂšre avec lequel il se concerta pour son rapport dans lequel il associe aux hĂ©ros de Fleurus le bourreau de notre contrĂ©e; oĂč (BarĂšre) proclame sauveur du Nord celui qui avait mis le patriotisme en deuil Â». Et ils ajoutent : « BarĂšre vint vous arracher un dĂ©cret qui renvoyait Ă  leur mandat d’arrĂȘt tous ces fonctionnaires publics courageux du sang desquels Joseph Lebon Ă©tait altĂ©rĂ© Â»[49]. MalgrĂ© la loi du 30 germinal an II qui supprimait les tribunaux rĂ©volutionnaires en province, Le Bon avait obtenu, grĂące Ă  l’appui de BarĂšre, de maintenir celui d’Arras et d’en crĂ©er un second Ă  Cambrai[50]. BarĂšre prit la dĂ©fense d’autres reprĂ©sentants sanguinaires dont Roux-Fazillac et gĂ©nĂ©ralement tous ceux qu’il avait lui-mĂȘme appuyĂ©s dans des missions punitives en province.

Pour la guerre Ă  outrance

Pendant l’hiver 1793-1794, tandis que le gouvernement britannique faisait voter au parlement un budget considĂ©rable pour la poursuite de la guerre, le ComitĂ© de salut public faisait procĂ©der Ă  l’arrestation en sĂ©rie des anciens cadres de l’armĂ©e et de la marine, souvent les plus expĂ©rimentĂ©s. Non seulement les cadres de l’armĂ©e de terre, comme Houchard, LamarliĂšre, Brunet, Chamron, Donadieu, Granges de La FerriĂšre, Buchold, Lazare Hoche [51] Ă©taient destituĂ©s sous des prĂ©textes divers, et arrĂȘtĂ©s mais Ă©galement les cadres de la marine[52] Dans une lettre datĂ©e Toulon le 26 ventĂŽse an II, le citoyen Roubaud dĂ©plore que les officiers de la marine de guerre, royalistes d’origine, comme la plupart des cadres de l’armĂ©e, sont « presque tous Ă©migrĂ©s, guillotinĂ©s - comme Kersaint, Grimouard ou d’Estaing - ou en Ă©tat d’arrestation Â». Ce sont, ajoute-t-il, « les hommes les plus expĂ©rimentĂ©s dans l’art de la navigation, les hommes les plus exercĂ©s dans les dĂ©tails immenses des arsenaux maritimes... Â»[53]. Pour remĂ©dier Ă  la pĂ©nurie d’officiers, force fut d’en prendre issu de rangs infĂ©rieurs.

BarĂšre a ainsi produit, tout le temps qu’il a Ă©tĂ© au ComitĂ© de salut public, une sĂ©rie de rapports Ă  la Convention, prsĂ©entĂ©s au nom du ComitĂ© de Salut public ou des comitĂ©s rĂ©unis: « sur le mouvement des armĂ©es sur les frontiĂšres du Nord Â», « sur la prise de Bruxelles Â», « sur le progrĂšs des armĂ©es de la RĂ©publique Â», « sur la prise de Charleroi Â», « sur la suite des Ă©vĂšnements du siĂšge d'Ypres Â», « sur l’hĂ©roĂŻsme des RĂ©publicains montant le vaisseau le Vengeur Â», « sur les succĂšs de l’armĂ©e du Rhin Â». Ses rapports sont, on l’a dit, restĂ©s cĂ©lĂšbres car ils dĂ©naturaient la rĂ©alitĂ© des choses et on les appelĂ©s des « Carmagnoles Â». Le mot a Ă©tĂ© utilisĂ© jusque sous l’Empire pour dĂ©signer les discours prononcĂ©s par Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly au SĂ©nat lorsque l’Empereur chargeait celui-ci de justifier la levĂ©e d’un nombre grandissant chaque annĂ©e de conscrits. BarĂšre « taillait des Carmagnoles Â» dans le but de maintenir l’illusion, auprĂšs de la Convention et de l’opinion, de la justesse de la politique de guerre Ă©puisante qu’il prĂ©conisait, et de la nĂ©cessitĂ© des dĂ©penses gigantesques dĂ©cidĂ©es au ComitĂ© de salut public et que la Convention avalisait Ă  l’image de ce que fit plus tard le SĂ©nat napolĂ©onien.

Cependant, les sommes englouties pour la diplomatie secrĂšte et la guerre n’étaient pas rigoureusement justifiĂ©es. BarĂšre met par exemple Ă  la disposition du ministre de la marine un million de numĂ©raire, et plus en cas de succĂšs, pour envoyer un agent secret pour financer les indĂ©pendantistes Ă©cossais - qui ne virent jamais cet argent -, et 400 000 livres pour un agent pour l’Irlande chargĂ© de la mĂȘme mission impossible. Ces missions se soldĂšrent dans les deux cas par un Ă©chec puisque les agents secrets irlandais ou plus rarement Ă©cossais « indĂ©pendantistes Â», employĂ©s par la France, Ă©taient dĂ©noncĂ©s au gouvernement anglais par Charles Marien Somers, lui-mĂȘme renseignĂ© par Nicolas Madgett, agent britannique de haute volĂ©e installĂ© par BarĂšre au service des traductions du ComitĂ© de salut public [54]. En fait les discours alambiquĂ©s de BarĂšre ont souvent peu Ă  voir avec la rĂ©alitĂ© des faits tels qu’ils se sont produit, ainsi qu’on peut encore le constater en comparant par exemple le rapport de Renaudin et celui de BarĂšre sur le combat naval oĂč sombra le navire « le Vengeur Â»[55]

Camille Desmoulins fut un des tout premier Ă  user de sa notoriĂ©tĂ© pour Ă©lever publiquement des doutes sur la sincĂ©ritĂ© et la loyautĂ© de BarĂšre, et il s’en Ă©tait fait l’écho dans son journal le Vieux Cordelier : BarĂšre y est regardĂ© comme un « scĂ©lĂ©rat et un Tartuffe Â»[56], reprenant Ă  son compte les doutes argumentĂ©s par Vergniaud. Camille Desmoulins devait ĂȘtre arrĂȘtĂ© avant d’avoir pu envoyer Ă  son imprimeur, le citoyen Desenne[57], l’épreuve corrigĂ©e de son dernier numĂ©ro du Vieux Cordelier oĂč il appelait Ă  la vigilance rĂ©publicaine sur BarĂšre[58].

Barùre et l’affaire Danton, Desmoulins, Philippeaux

Pour faire cesser les violences et les crimes commis par les « colonnes infernales Â» en VendĂ©e, Pierre Philippeaux avait rĂ©digĂ©, ce mĂȘme hiver 1793-94, une lettre sur la VendĂ©e que, selon Barras, Danton aurait pu lui-mĂȘme publier: « Lisez donc le mĂ©moire de Philippeaux, disait Danton aux comitĂ©s de gouvernement, il vous fournira les moyens de terminer cette guerre de VendĂ©e que vous avez perpĂ©tuĂ©e pour rendre nĂ©cessaires vos pouvoirs Â». Vadier, Voulland, BarĂšre et Amar accusĂšrent alors Danton d’avoir lui-mĂȘme fait imprimer et distribuer ce mĂ©moire. Danton leur rĂ©pondit seulement: « Je n’ai point Ă  m’en dĂ©fendre Â» et, signant son arrĂȘt de mort, il menaça de les accuser de malversation et de tyrannie Ă  la Convention nationale [59]. TĂ©moin de ces scĂšnes, Barras dit Ă  Brune, le gĂ©nĂ©ral d’Empire, trĂšs proche du couple Desmoulins: « Veillez sur Danton, il a menacĂ© au lieu de frapper. Â»

DĂšs lors, comme Philippeaux, comme Desmoulins, Danton Ă©tait perdu. Les motifs pour le perdre ne sont pas exactement ceux en rapport avec la VendĂ©e, comme on pouvait s’y attendre, mais une vague mention de Danton dans le long rapport de Antoine de Saint-Just, sur les menaces intĂ©rieures et le complot de l'Ă©tranger. Cette affirmation de Antoine de Saint-Just, reprise imprudemment d’une dĂ©nonciation du 11 germinal an II[60] selon laquelle Danton avait Ă©tĂ© vu dans un restaurant oĂč venaient parfois des contre-rĂ©volutionnaires, a Ă©tĂ© montĂ©e en Ă©pingle par BarĂšre et Vadier, et a, Ă  elle seule, « justifiĂ© Â» l’arrestation du dĂ©putĂ©, sans qu’on lui ait laissĂ© le loisir de s’expliquer sur ce dĂ©jeuner rue Grange-BateliĂšre chez le traiteur Rose[61]. Robespierre s’est Ă©tonnĂ© de l’empressement avec lequel BarĂšre et son bras armĂ© - Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Vadier, Amar et le reste du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale - a voulu faire condamner Danton et son « complice Â» Desmoulins. Cette prĂ©cipitation tient d’abord au fait que le mandat d’arrĂȘt le frappant avec Desmoulins et Pierre Philippeaux n’annonce aucun motif et n’est pas signĂ©, mais surtout, que le vĂ©ritable motif de l’arrestation de Danton tenait aux soupçons fondĂ©s, par au moins une lettre datĂ©e Whitehall le 13 (septembre 1793) qu’il possĂ©dait[62] - il y en avait probablement d’autres qui furent saisies et dĂ©truites entre deux levĂ©es de scellĂ©s chez lui -, selon lesquelles l’Angleterre distribuait de l’argent par l’intermĂ©diaire du banquier Perregaux, du ministre des affaires Ă©trangĂšres Michel Chemin-Deforgues, crĂ©ature de BarĂšre, et l’anglais Worsley, son correspondant. Pour arriver Ă  ses fins, il repoussa violemment l’idĂ©e Ă©mise par Robespierre de permettre Ă  Danton de se justfifier Ă  la Convention de l’accusation inepte qui le frappait et qui lui aurait offert l’occasion de contre-attaquer en soulevant la grave question des « fuites Â» et d’une Ă©ventuelle trahison au sein du ComitĂ© de salut public[63].

Pour forcer le destin et obtenir l’élimination rapide et « silencieuse Â» de Danton et de ses co-accusĂ©s, BarĂšre intrigua avec Vadier[64], et, trompant la Convention sur la rĂ©alitĂ© de la situation rĂ©elle, il obtint qu’elle vote un dĂ©cret mettant les accusĂ©s hors dĂ©bat, au prĂ©texte d’une fausse conspiration dans la prison du Luxembourg oĂč se trouvaient dĂ©jĂ  Lucile Desmoulins- placĂ©e au secret par Dossonville depuis le 14 germinal - et le gĂ©nĂ©ral Arthur Dillon, dont il voulait Ă©galement se dĂ©barrasser. Ainsi, il obtint que la fin du procĂšs de Danton et consort fĂ»t jugĂ© Ă  huis clos, comme l’avaient Ă©tĂ© les Girondins et comme le furent tous ceux qui l’avaient connu et eussent pu articuler quoi que ce soit sur sa conduite passĂ©e et prĂ©sente.

Danton et Camille Desmoulins, Ă  qui on avait agrĂ©gĂ© Ă  dessein des dĂ©putĂ©s prĂ©venus par dĂ©cret du 29 ventĂŽse d’ĂȘtre impliquĂ©s dans des affaires de pots-de-vin versĂ©s par des administrateurs de la Compagnie des Indes ou des personnes menacĂ©es d’arrestation, furent guillotinĂ©s avec autant de prĂ©cipitation qu’on en avait mis fin octobre 1793 pour les dĂ©putĂ©s Girondins. Huit jours plus tard, le gĂ©nĂ©ral Arthur Dillon et Lucile Desmoulins comparurent Ă  leur tour au Tribunal de Antoine-Quentin Fouquier-Tinville, et, sans ĂȘtre interrogĂ©s, ils furent guillotinĂ©s au prĂ©texte d’avoir fomentĂ© une rĂ©volte dans la prison du Luxembourg. On leur adjoignit le dĂ©putĂ© Philibert Simond qui, le 20 nivĂŽse an II, avait prononcĂ© un discours courageux, aux Jacobins, sur la nĂ©cessitĂ© d’arrĂȘter la guerre, contrariant largement l’argumentation de BarĂšre. Il avait surtout mis ses amis en garde ses compatriotes sur la distinction essentielle entre les conspirations chimĂ©riques et celles, d’une autre ampleur, ourdies « dans les brouillards de la Tamise Â». Ce positionnement qui risquait d’ouvrir les yeux de ses compatriotes sur les vĂ©ritables dangers, reprĂ©sentait un risque pour BarĂšre et ses employeurs[65]. Ils se connaissaient fort bien et, d’aprĂšs la correspondance de l’ambassadeur Ă  Milan Francis Drake[66] Ă  lord Grenville[67], lord Mulgrave correspondait avec les espions infiltrĂ©s dans les rouages du gouvernement français. Par ailleurs, BarĂšre avait une correspondance avec lord Stanhope qui n’était autre que le gendre de Grenville et le beau-frĂšre de William Pitt[68]. Avec Dillon, Simond et Mme Desmoulins pĂ©rirent ce jour lĂ  des personnes qui ne se connaissaient pas entre elles et qui passĂšrent aux yeux de l'opinion pour avoir conspirĂ© dans la prison.

Robespierre pouvait-il rĂ©sister sans risquer le sort de Danton ?

Alors que Robespierre dĂ©sire un retour progressif Ă  la paix en nĂ©gociant avec les Ă©tats disposĂ©s Ă  reconnaĂźtre la RĂ©publique, BarĂšre qui a la majoritĂ© des voix pour lui au ComitĂ© de salut public, maintient le principe de la guerre Ă  outrance et, dans le mĂȘme temps, il s’efforce de rendre la RĂ©publique « hideuse Â» par la Terreur en VendĂ©e, Ă  Lyon, Ă  Paris, etc.

Barùre et l’Irlande

Selon Lewis Goldsmith, l’« ami de trente-trois ans Â» de BarĂšre[69], Bertrand BarĂšre a recrutĂ© des membres du contre-espionnage britannique et notamment Nicolas Madget et Charles Marien Somers, devenu le premier agent d’espionnage en France aprĂšs le dĂ©part de Georges Munro au moment du procĂšs de Louis XVI[70]. Les documents d’archives français et anglais confirment son assertion.

Les projets français de descente en Irlande pour soutenir les indépendantistes avaient pris une nouvelle importance avec la guerre (février 1793).

La nĂ©cessitĂ©, pour l’Angleterre, de neutraliser tous les projets français Ă  destination de l’Irlande, son talon d’Achille, Ă©tait vitale.

BarĂšre et l’abbĂ© Nicolas Madget, qu’il avait autrefois connu Ă  Toulouse, entretiennent des liens Ă©troits et discrets. Nicolas Madget avait Ă©tĂ© employĂ© en 1789 au quotidien de Bertrand BarĂšre le Point du Jour pour les « articles de Londres Â»[71] BarĂšre devait ensuite le proposer comme tuteur ou prĂ©cepteur du fils de Louis XVI et Marie-Antoinette en 1792[72]. InfiltrĂ© au sein des collĂšges irlandais de Paris, l’ancien prĂȘtre avait captĂ© la confiance des Irlandais Unis (indĂ©pendantistes) et, jusque sous le Directoire, certains d’entre eux comme Wolfe Tone lui confiaient imprudemment leurs projets[73]. Son rĂŽle Ă©tait en effet de dĂ©manteler les rĂ©seaux irlandais sur le continent, aussi BarĂšre le fit-il travailler sous le ministĂšre Chemin-Deforgues - il fut chargĂ© de plusieurs missions -, et le recruta officiellement - mais discrĂštement - au ComitĂ© de salut public, en pluviĂŽse an II.

Madget Ă©tait associĂ© Ă  son vieil ami Charles Marien Somers, nĂ© Ă  la JamaĂŻque, agent principal de lord Grenville, actif Ă  Paris depuis 1791. Ses missions Ă©taient financĂ©es par De Berdt un des secrĂ©taires de William Pitt[74] qui dĂ©posait des fonds chez le banquier Gregory - correspondant parisien de Turnbull et Forbes de Londres. Il s’agissait d’un espionnage trĂšs organisĂ©, trĂšs sophistiquĂ©, que BarĂšre semble avoir Ă©tĂ© seul Ă  connaĂźtre avec sans doute Michel Chemin-Deforgues[75], avec infiltration progressive des ministĂšres Lebrun puis surtout Chemin-Deforgues puis Buchot Ă  qui furent proposĂ©s des « agents Â» pour « opĂ©rer la division en Angleterre Â» ou pour observer l’état de l’opinion en Irlande et en Écosse. Certains d’entre eux Ă©taient, en rĂ©alitĂ©, Ă  la solde de l’Angleterre : un troisiĂšme larron, Richard Ferris, qui joua le rĂŽle de porteur de dĂ©pĂȘches, fut imprudemment chargĂ© de mission par Deforgues. Madget et Somers, probablement sur ordre, dĂ©cidĂšrent de tendre un traquenard Ă  William Jackson, un des hĂ©ros de l’indĂ©pendance irlandaise, envoyĂ© en mission secrĂšte - qui s'avĂ©ra suicidaire - en Grande-Bretagne et en Irlande Ă  la fin de l’hiver 1794. ArrĂȘtĂ© pratiquement Ă  son arrivĂ©e, Jackson fut jugĂ©, chargĂ© par Charles Marien Somers venu sur place, et condamnĂ© Ă  la pendaison (1794). En septembre 1795, Charles Somers revenait d’Angleterre par Brest et, des lettres signĂ©es par lui concernant le gĂ©nĂ©ral Francisco de Miranda[76], ayant Ă©tĂ© dĂ©couvertes chez Nicolas Madget son « ami pour la vie Â»[77], il fut recherchĂ© en rĂ©gion parisienne avec le nommĂ©s (Georges) Ellis, anglais, « ami de Pitt et du lord Mulgrave Â»[78],[79]. RecrutĂ© par Nicolas Madget comme interprĂšte, pour la 1e division Ă  Brest le sieur Sullivan fut envoyĂ© en florĂ©al an II Ă  Brest. Quelques mois plus tard, il Ă©tait arrĂȘtĂ© et ramenĂ© Ă  Paris pour avoir favorisĂ© l’évasion de prisonniers anglais[80].

Tous ceux qui avaient travaillĂ© sous le ministĂšre Lebrun Ă  des projets français relatifs Ă  l’Irlande furent, comme par hasard, guillotinĂ©s, tel Le Chapelier qui se livra imprudemment Ă  BarĂšre, ou le dĂ©putĂ© Rabaut Saint-Etienne, ou encore l’écrivain Chamfort qui prĂ©fĂ©ra se suicider: leurs papiers furent Ă©videmment rĂ©cupĂ©rĂ©s par BarĂšre qui en fit bon usage[81]. Le cĂ©lĂšbre Thomas Paine, cĂ©lĂšbre pour son enthousiasme et son amitiĂ© pour la France de 1789, fut arrĂȘtĂ© Ă  son tour le 2 nivĂŽse an II, sur ordre de BarĂšre, et il Ă©tait inscrit sur les listes de « conspirateurs Â» de prisons lorsque le 9 thermidor le sauva miraculeusement[82]. Le gĂ©nĂ©ral Arthur Dillon, pĂšre de Mmes Bertrand et de la Tour du Pin, avait lui-aussi un projet de descente en Irlande remis Ă  Lebrun en dĂ©cembre 1792/janvier 1793) et qu’il avait prĂ©alablement fait connaĂźtre Ă  la Convention nationale. Son arrestation fut dĂ©cidĂ©e sur ordre de BarĂšre au prĂ©texte que son nom apparaissait dans la « Lettre anglaise Â». C’est du moins ce que le rapporteur du ComitĂ© de salut public rĂ©ussit Ă  faire croire Ă  ses collĂšgues. En fait, il s’agissait du rĂ©vĂ©rend pĂšre Dillon, supĂ©rieur du collĂšge irlandais de Douai, qui, avec le docteur Gregory Stapelton, prĂ©sident du collĂšge irlandais de Saint-Omer, fut de ces quelques Irlandais qui Ă©taient secrĂštement Ă  la solde des Britanniques. Depuis sa prison, le gĂ©nĂ©ral Dillon rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  mettre en garde le couple Desmoulins contre les manƓuvres de BarĂšre[83].

Georges-Jacques Danton et Camille Desmoulins Ă©liminĂ©s le 5 avril 1794 pour les motifs indiquĂ©s ci-dessus, le gĂ©nĂ©ral Arthur Dillon et Lucile Desmoulins furent renvoyĂ©s devant le Tribunal rĂ©volutionnaire[84]. On voit mal comment Dillon et Mme Desmoulins pouvaient conspirer ensemble puisqu’ils Ă©taient dĂ©tenus sĂ©parĂ©ment et elle Ă©tait au secret depuis son arrestation par Dossonville, sur ordre des comitĂ©s, le 15 germinal an II. Mais on avait sollicitĂ© de faux tĂ©moignages pour charger Lucile Desmoulins et ses co-accusĂ©s au Tribunal rĂ©volutionnaire et ce procĂ©dĂ© permit d’expĂ©dier son affaire et celle de Dillon sans que cela donne lieu Ă  un dĂ©bat public, qui eĂ»t Ă©tĂ© gĂȘnant pour BarĂšre et les « amis de l’Angleterre Â»[85]. Il n’était pas question d’attirer l’attention publique, par un procĂšs Ă©quitable du gĂ©nĂ©ral Dillon, sur le vrai dĂ©bat, celui de la gestion par BarĂšre du dossier Irlande. Car tous les rapports, plans et projets sur l’Irlande furent dorĂ©navant communiquĂ©s au ministĂšre britannique, interceptĂ©s et copiĂ©s au fur et Ă  mesure par Nicolas Madget qui, officiellement recrutĂ© depuis le 14 ventĂŽse an II, fut placĂ© Ă  partir du 2 florĂ©al an II[86], a la tĂȘte du dĂ©partement des traductions, un excellent poste d’observation et une couverture[87]. Nicolas Madget et Richard Ferris survĂ©curent sous l’Empire, continuant Ă  se voir et Ă  communiquer avec Charles Marien Somers[88]. Ce dernier seul, suite Ă  une erreur fatale - des papiers imprudemment laissĂ©s Ă  son domicile le trahiront -, sera arrĂȘtĂ©, jugĂ© et condamnĂ© Ă  mort pour espionnage au profit de la Grande-Bretagne. Il sera fusillĂ© en 1812 dans la plaine de Grenelle[89].

Au printemps 1794 et pratiquement jusqu’au 18 fructidor an V, grĂące Ă  BarĂšre, le contre-espionnage britannique est installĂ© au sein du gouvernement. L’arrestation de Hoche fut, selon Barras l’Ɠuvre de BarĂšre, et Ă  nouveau en service sous le Directoire, le valeureux gĂ©nĂ©ral de la RĂ©publique Ă©prouva les pires difficultĂ©s pour organiser le financement de son expĂ©dition projetĂ©e en Irlande. Car « toutes les dispositions arrĂȘtĂ©es par le Directoire n’étaient exĂ©cutĂ©es que suivant les opinions ou les convenances des commissaires du TrĂ©sor qui se trouvaient Ă  son Ă©gard dans une certaine indĂ©pendance Â».[90].. À cet Ă©gard, divers recoupements pourraient laisser supposer que l’inertie calculĂ©e de Paul Savalette de Langes, commissaire Ă  la TrĂ©sorerie, chez qui BarĂšre logea longtemps, qui Ă©tait son confident intime, ne fut pas Ă©tranger Ă  cet Ă©chec[91].

Barùre et les services secrets en l’an II

Nicolas Madget n’est pas le seul agent infiltrĂ©. Les papiers ministĂ©riels anglais et les archives diplomatiques et policiĂšres françaises font Ă©tat de plusieurs agents de renseignements placĂ©s comme lui dans les comitĂ©s de gouvernement. L’un d’eux est dĂ©signĂ© dans les archives britanniques comme Ă©tant l’un des (nombreux) secrĂ©taires du ComitĂ© de salut public : il pourrait en l’occurrence s’agir de Dominique Demerville placĂ© par Bertrand BarĂšre au ComitĂ© de salut public, dĂšs sa crĂ©ation, et qui demeura en poste jusqu’au 9 thermidor oĂč il participa activement Ă  l’élimination Robespierre.

Dominique Juveniau, dit Demerville, qui se chargea en effet pour BarĂšre de commissions ou affaires dans lesquelles il ne pouvait pas se permettre d’apparaĂźtre directement, Ă©tait nĂ© Ă  Tarbes le 21 avril 1767, fils naturel de Jeanne-Marie Donat. Il fut adoptĂ© par Pierre Demerville dont il porta le nom. Venu Ă  Paris avec BarĂšre, il demeura Ă  son service jouant vĂ©ritablement le rĂŽle d’un Figaro dĂ©vouĂ© et astucieux, tĂ©moin de toutes ses pensĂ©es et actions qu’il avait un intĂ©rĂȘt essentiel Ă  dissimuler. En rĂ©compense, BarĂšre favorisa sa fortune et le 17 dĂ©cembre 1793, il devint le propriĂ©taire du fabuleux domaine de SĂ©mĂ©ac, issu des princes de Bidache, la plus belle propriĂ©tĂ© disait-on, non seulement du Bigorre mais de toutes les provinces du Languedoc, qui semble avoir Ă©tĂ© entiĂšrement dĂ©mantelĂ©e avant ou aprĂšs sa vente par Demerville, sous le Directoire, Ă  Jean-Pierre BarĂšre. AprĂšs la dĂ©claration de guerre avec l’Angleterre, Demerville paraĂźt avoir Ă©tĂ© appelĂ© Ă  jouer le rĂŽle que le gĂ©nĂ©ral Le Michaud d’Arçon[92] joua pour Carnot au ComitĂ© de la guerre, c’est-Ă -dire qu’il renseignait le ministĂšre anglais, par le moyen de bulletins, sur les travaux hebdomadaires du ComitĂ© de salut public, sous une forme habile, qui ne permĂźt pas d’identifier la provenance de ces bulletins. Or si l’on passe en revue les secrĂ©taires du ComitĂ© de salut public en l’an II, avec leurs dates respectives d’entrĂ©e et de sortie, le profil de Demerville est le seul qui corresponde parfaitement Ă  celui de l’expĂ©diteur de ces bulletins[93]. Lord Stanhope, beau-frĂšre de Pitt et gendre de lors Henry Grenville, lord Portland, lord Mulgrave[94], lord Wyndham, sir Robert Worsley, sir Robert Fiz-Gerald, ambassadeur anglais en Suisse (avant d’ĂȘtre remplacĂ© par sir Wickham), sir Francis Drake et son correspondant le comte Rocco de San Fermo[95] et d’autres encore, Ă©taient au courant de cet espionnage multiforme qui avait Ă©tĂ© mis en place avant le 2 septembre 1793 si l’on s’en tient aux dĂ©pĂȘches adressĂ©es par Francis Drake, ambassadeur anglais Ă  Venise et Ă  GĂȘnes, au directeur du Foreign Office, lord Grenville.

L’intĂ©rĂȘt de ces informations venant de Paris ne semble pas avoir Ă©tĂ© remis en cause par lord Grenville, qui, alors, supervisait les opĂ©rations britanniques Ă  l’intĂ©rieur de la France, en liaison avec ses ambassadeurs et les autres ministres du gouvernement Pitt, qui connaissait l’identitĂ© de la personne « employĂ©e par ce comitĂ© (de salut public) et qui cache ses vĂ©ritables convictions sous l’apparence du jacobinisme le plus extravagant Â». « Lord Mulgrave expliquera Ă  votre Seigneurie, Ă©crivait Francis Drake Ă  lord Grenville, par quelles voies ces communications me sont transmises. Je prie humblement votre seigneurie d’observer que si la note incluse Ă©tait vue par d’autres que les ministres de sa majestĂ©, sa divulgation aurait les consĂ©quences les plus fatales pour celui qui l’a Ă©crite Â».

En fait, il n’y avait pas un seul mais plusieurs informateurs du gouvernement britannique dans diffĂ©rentes sphĂšres de l’administration rĂ©publicaine, que ce soit Ă  la guerre ou Ă  la marine qui avait en charge les colonies[96]. Parmi ces espions, l’un des plus actifs, au printemps 1794, fut Samuel Baldwyn, ancien maĂźtre de langue des comtes de Provence et d’Artois, frĂšres de Louis XVI. Il avait pris la rĂ©sidence du diplomate anglais Georges Straton, rue du Coq-saint-HonorĂ©, aprĂšs que ce dernier fĂ»t retournĂ© en Angleterre pendant le procĂšs de Louis XVI. AprĂšs quelques dĂ©convenues - il fut arrĂȘtĂ© deux fois en 1793 mais chaque fois discrĂštement protĂ©gĂ© par BarĂšre -, Samuel Baldwyn obtint un emploi au ComitĂ© de salut public (il faisait parvenir ses dĂ©pĂȘches Ă  sir Robert Worsley et Ă  Francis Drake qui retransmettaient Ă  Grenville) dont il fut une des « taupes Â», jusqu’en prairial, Ă©poque oĂč, ayant paru suspect, il fut placĂ© en dĂ©tention Ă  la maison de dĂ©tention des Écossais. Il avait de fortes protections, notamment celle de BarĂšre qui bien entendu lui Ă©vita la guillotine. Il fut libĂ©rĂ© aprĂšs le 9 thermidor et put reprendre ses anciennes occupations.

L’ancien dĂ©putĂ© Bailleul rapporte non sans quelque apparence de raison que BarĂšre faisait placer des « aristocrates Â» dans tous les rouages de l’administration[97]. Or Ă  l’époque, les personnes intĂ©ressĂ©es Ă  « surprendre les secrets du gouvernement Â» avaient intĂ©rĂȘt Ă  se doter d’une couverture. Mais depuis la promulgation du dĂ©cret des 28 et 29 germinal an II sur la rĂ©sidence des nobles, les personnes indĂ©sirables (comme les anciens nobles et les ressortissants Ă©trangers) Ă©taient interdites de sĂ©jour Ă  Paris, et obligĂ©es de vivre dans les villages de la pĂ©riphĂ©rie. Or c’est BarĂšre qui, avec habiletĂ©, avait rĂ©ussi Ă  faire voter le 13 ventĂŽse an II un texte d’aprĂšs lequel les ressortissants Ă©trangers auraient, eux, le droit de demeurer Ă  Paris[98]. C’est ainsi que plusieurs espions ou agents d’influence Ă  la solde de puissances Ă©trangĂšres, souvent des gens de finances[99], virent s’ouvrir la possibilitĂ© pour eux d’infiltrer certaines sphĂšres de la haute administration rĂ©publicaine. Un certain abbĂ© d’Alençon, ancien noble, qui avait apparemment pour mission de torpiller les projets des petits rĂ©seaux royalistes subsistant Ă  Paris, obtint discrĂštement de BarĂšre une autorisation de sĂ©jour Ă  Paris, avec Ă  la clĂ©, une possibilitĂ© de dĂ©crocher un poste au dĂ©partement de la Marine et des Colonies, un des ministĂšres clĂ©s[100].

Pour servir ses tortueux projets, BarĂšre se servit aussi occasionnellement d’une femme, Pierre-Jeanne dite « Sophie Â» Charpentier, Ă©pouse sĂ©parĂ©e de Demailly, miniaturiste de Catherine II. Barras assure qu’elle servait l’Angleterre et lui vendait les secrets du ComitĂ© de salut public que son amant barĂšre mettait Ă  sa disposition.[101]. Robert Launay juge cela « Ă©norme Â» et ne va pas plus loin, quant Ă  LĂ©o Gershoy, lui-mĂȘme ancien agent des services secrets de son pays pendant la guerre froide, il Ă©lude la question, et consolide l’image de « puretĂ© Â» et de patriotisme intransigeant de BarĂšre. Les affirmations de Barras sont, en rĂ©alitĂ©, fondĂ©es sur des rapports adressĂ©s au Directoire et dont il a eu connaissance, rapports qui, sans dĂ©tour, constatent que Mme Demailly rencontra plusieurs fois lord Malmesbury Ă  Paris, mais qu’elle alla Ă  sa rencontre lorsqu’il Ă©tait Ă  Lille en 1797. D’autres sources, qui citent Grace Elliott, ancienne maĂźtresse du duc d'OrlĂ©ans et du prince d’Aremberg, ayant comme Mme Demailly une rĂ©sidence Ă  Meudon, vont dans le mĂȘme sens[102]. Elle avait eu de brillantes liaisons, entre autres avec le comte de CesselĂšs et la tragĂ©dienne Mademoiselle Raucourt, qui se soldĂšrent chaque fois par des passages chez le notaire, puis elle vĂ©cut rue de Grammont chez le ci-devant marquis de Travanet. AprĂšs les premiĂšres lois sur les biens nationaux, ce dernier avait Ă©tĂ© au centre de ce qu’on a appelĂ© la « bande noire Â» et il fut probablement lui aussi un des correspondants du gouvernement britannique et peut-ĂȘtre un distributeur d’argent aux conventionnels corrompus, tels que Étienne-Jean Panis, qui logeait Ă©galement chez lui rue de Grammont, ou encore Armand-Joseph Guffroy[103]. BarĂšre frĂ©quenta Mme Demailly au printemps 1793 alors qu’elle dirigeait le tripot de luxe de la « bande noire Â» Ă  la chancellerie d’OrlĂ©ans, hĂŽtel construit par De Wailly sur le modĂšle de l’Erechteion, qu’elle louait depuis sa confiscation Ă  la famille d’OrlĂ©ans. VisĂ©e par la loi des suspects et une dĂ©nonciation du robespierriste HĂ©ron, elle fut arrĂȘtĂ©e et BarĂšre la fit presque aussitĂŽt libĂ©rer ainsi que Travanet, mais il garda Mme Demailly comme maĂźtresse, ainsi qu’en tĂ©moigne leur correspondance[104]. Celle-ci joua dĂ©sormais pour lui, un rĂŽle d’intermĂ©diaire ou porteur de dĂ©pĂȘches, un rĂŽle d’espionnage comparable Ă  celui de Demerville[105]. GrĂące Ă  Sophie Demailly, le sieur Parisau, directeur de l’hĂŽtel de Londres, relais essentiel du rĂ©seau d’espionnage anglais Ă  Paris, quoique dĂ©noncĂ© et arrĂȘtĂ© par HĂ©ron, fut discrĂštement libĂ©rĂ© Ă  la demande de BarĂšre, et il alla se faire oublier Ă  Meudon[106].

Si les circonstances ne permirent jamais d’élucider sous la Terreur l’implication de BarĂšre dans les complots de l’Angleterre, c’était de notoriĂ©tĂ© publique. Les langues se dĂ©liĂšrent en l’an III quand il fut question de faire son procĂšs: « Si, Ă©crivait Laurent Lecointre, monsieur BarĂšre de Vieuzac, qui a fait semblant de haĂŻr si fort les Anglais pour mieux les servir, a des relations secrĂštes avec le cabinet de Saint-James - par l’entremise d’un agent des puissances neutres - bien payĂ© pour cela, il est naturel qu’il s’assure des moyens de n’ĂȘtre pas dĂ©couvert... Â»[107].

BarĂšre et les dilapidations

L’Angleterre, cela a Ă©tĂ© maintes fois dĂ©montrĂ©[rĂ©f. nĂ©cessaire], ne souhaitait Ă©videmment pas le rĂ©tablissement des Bourbons - dont elle sabotait discrĂštement les malheureuses et hasardeuses entreprises en VendĂ©e ou ailleurs -, mais un dĂ©mantĂšlement de la RĂ©publique et une main-mise sur l’ensemble des colonies françaises[108]. Les agents d’influence diligentĂ©s par le ministĂšre britannique Ă©taient, Ă  tous niveaux, chargĂ©s d’orienter insidieusement ou d’exagĂ©rer, au nom du « salut public Â», la politique du gouvernement dans un sens conforme aux intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs de la Grande-Bretagne. La rĂ©pression sanglante, les rodomontades et provocations de BarĂšre - sur l’exĂ©cution systĂ©matique des prisonniers de guerre, mesure qui donne des arguments Ă  William Pitt[109] - aboutissaient Ă  maintenir l’isolement diplomatique tandis que plusieurs États comme la Turquie, la SuĂšde ou les États-Unis, et mĂȘme l’Espagne, se disaient prĂȘts Ă  Ă©tablir des relations diplomatiques avec une France rĂ©conciliĂ©e avec elle-mĂȘme. La guerre Ă  outrance occasionnait aussi une extraordinaire dĂ©perdition d’énergie, d’abord en hommes, mais aussi du point de vue Ă©conomique. Avec Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, Vadier, Amar, Voulland et David, il fut accusĂ© d’actes ou de dĂ©cisions contraires aux intĂ©rĂȘts de l’État. Une dĂ©nonciation du 12 fructidor an II, paragraphe 26, leur reprochait Ă  tous, et BarĂšre en particulier, d’avoir protĂ©gĂ© ou employĂ© pour le service de la guerre « des hommes reconnus pour contre-rĂ©volutionnaires Â», tels que Beaumarchais, moins connu comme marchand d’armes en affaires avec la coalition; LanchĂšres, fournisseur de charrois depuis le ministĂšre Narbonne en 1792, et discrĂštement protĂ©gĂ© par BarĂšre et Carnot aprĂšs son arrestation en 1794[110]; l’ex-abbĂ© d’Espagnac, fournisseur aux armĂ©es sous le ministĂšre Dumouriez et qui, malgrĂ© les efforts de BarĂšre pour le faire Ă©vader, finit guillotinĂ© pour ses marchĂ©s frauduleux et ses relations avĂ©rĂ©es avec les banquier anglais Walter Boyd, William Ker et William Herries[111]; Emmanuel Haller, banquier et marchand d’armes protĂ©gĂ© par Voulland. On reprocha Ă  BarĂšre de leur avoir confiĂ©, au nom du ComitĂ© de salut public, des marchĂ©s considĂ©rables pour la fourniture des armĂ©es de la RĂ©publique, c’est-Ă -dire des sommes non moins considĂ©rables qu’ils ont systĂ©matiquement fait passer Ă  l’étranger en fournissant du matĂ©riel de qualitĂ© mĂ©diocre. S’étant saisi de ce dossier en l’an III, Laurent Lecointre attira l’attention de la Convention sur le rĂŽle de BarĂšre : « En vain BarĂšre vous dit que si l’article 26 avait Ă©tĂ© rĂ©digĂ© Ă  Londres, il en reconnaĂźtrait les auteurs. Dieu veuille que je me trompe, BarĂšre, mais je crains bien de dire - aussi vrai que du temps de Narbonne - mon opinion sur toi, BarĂšre, qui nous parle si souvent de (William) Pitt, de Georges (III), de Londres, de Cobourg (...) Il faut avoir toute l’effronterie de BarĂšre pour se jouer aussi impudemment de la crĂ©dulitĂ© de la Convention nationale et du peuple français. Le temps de l’illusion est passĂ©, BarĂšre. Â»

Dans ces affaires louches, BarĂšre sut apparemment ramasser quelques Ă©pingles comme on disait par euphĂ©misme: ainsi, depuis la dĂ©cisions par la Constituante de supprimer les anciennes charges vĂ©nales s’était posĂ©e la question de la liquidation de ces charges, ce qui donna lieu Ă  un extraordinaire trafic d’influence et Ă  des pressions constantes sur les membres du ComitĂ© de liquidation (les rapports, sur chaque cas, devaient ensuite ĂȘtre validĂ©s par l’AssemblĂ©e). Il s’agissait Ă©videmment, pour leurs titulaires, de liquider ces charges le plus avantageusement, Ă©galement pour ceux qui avaient des crĂ©ances Ă  exercer sur ces charges anciennes (pour certaines, les intĂ©rĂȘts des crĂ©ances couraient depuis prĂšs de cinquante ans), et l’on vit des particuliers spĂ©culer sur le rachat et la liquidation de crĂ©ances qu’ils avaient rachetĂ©. En 1794, il restait encore un certain nombre d’offices Ă  ĂȘtre liquidĂ©s, et c’était autant qui disparaissait des caisses de l’état (heureusement remplies au fur et Ă  mesure, selon le mot de BarĂšre, « en battant monnaie sur la place de la RĂ©volution Â», c’est-Ă -dire grĂące Ă  la guillotine et aux confiscations des biens des condamnĂ©s). D’aprĂšs Joachim Vilate[112] qui fut suffisamment proche de Vadier et donc de BarĂšre pour ĂȘtre invitĂ© Ă  ses sĂ©jours de campagne Ă  Clichy-la-Garenne, celui-ci aurait empochĂ© une somme considĂ©rable dans la liquidation de la charge de Pierre-Armand Vallet de Villeneuve. Ce dernier, ancien receveur des domaines, ancien trĂ©sorier de la commune de Paris, fut en effet remboursĂ© en nivĂŽse an II de sa charge par dĂ©cision de la Convention pour un montant de un millions de livres, ce qui Ă©tait Ă©norme[113]. Il fut aussitĂŽt arrĂȘtĂ© mais, pour Ă©viter la guillotine et la spoliation de ses biens, il se suicida en prison[114]; sa veuve, nĂ©e Suzanne-Madeleine Dupin de Francueil, qui ne voulait pas risquer sa tĂȘte, fit alors passer une partie des fonds au nom de BarĂšre et elle en fut quitte pour la peur[115].

BarĂšre et les colonies

Lorsque tout danger parut Ă©cartĂ© aprĂšs la Terreur, de nombreux citoyens vinrent contester la version de faits importants, tels que BarĂšre avait pris l’habitude de les rapporter Ă  la Convention nationale. Certains d’entre eux, revenus des Antilles, assurĂšrent que l’assemblĂ©e avait Ă©tĂ© trompĂ©e sur l’affaire des colonies et les raisons vĂ©ritables de la prise de Saint-Domingue par les anglais[116]. BarĂšre de Vieuzac fut ainsi rendu responsable d’avoir sciemment « prĂ©parĂ© les Ă©vĂ©nements Â» permettant aux anglais de s’emparer de l’üle. Quelques annĂ©es plus tĂŽt, la Constituante, pressĂ©e par les « Amis des Noirs Â», avait Ă©tĂ© amenĂ©e Ă  dĂ©battre de la question de la suppression immĂ©diate de la traite dans les colonies, idĂ©e soutenue par une majoritĂ© de citoyens gĂ©nĂ©reux, habitĂ©s par l’idĂ©al de 1789, et par d’autres, plus calculateurs, qui savaient que cette mesure entrainerait infailliblement des troubles graves. Un certain nombre d’observateurs en avaient mĂȘme dĂ©duit que Brissot, par son insistance Ă  abolir la traite immĂ©diatement et non par Ă©tapes, faisait secrĂštement le jeu du gouvernement anglais[117]. Quoiqu’il en soit, la Constituante - dont Ă©tait BarĂšre de Vieuzac -, n’avait pas suivi les abolitionnistes, et cette dĂ©cision Ă©tait surtout motivĂ©e par le fait que plusieurs dĂ©putĂ©s influents - constituĂ©s en lobby - avaient aux mĂȘmes des propriĂ©tĂ©s aux colonies et qu’ils ne voulaient pas risquer dĂ©sordres et pillages. Dans cette perspective, la dĂ©cision d’abolir l’esclavage en l’an II, ajoutĂ©e Ă  la dĂ©cision par le ComitĂ© de salut public de faire arrĂȘter le commissaire des colons de Saint-Domingue et de transmettre son dossier Ă  Fouquier-Tinville, pourraient bien avoir eu pour effet de prĂ©cipiter en quelques semaines des violences et la prise de l’üle par la marine britannique. La question reste posĂ©e.

Les deux complots de l’étranger

BarĂšre, qui finissait par se contredire de temps en temps, a Ă©tĂ© nommĂ© « l’Équivoque Â» par Robespierre (voir plus haut). Pourtant celui-ci a tardĂ© Ă  rĂ©aliser que, malgrĂ© les discours enflammĂ©s de son collĂšgue sur les complots de l’intĂ©rieur - la main ou l’or de Pitt se glissait partout, aux quatre coins de l’hexagone, affirmait-il, et il appelait Ă  la vigilance et aux dĂ©nonciations -, ces conspirations Ă©taient chimĂ©riques, que ce soit celles dites la conspiration des prisons ou bien celle dite du baron de Batz ou « de l’étranger Â». Il n’a pas compris ou trop tard que ces conspirations chimĂ©riques pouvaient cacher une vraie conspiration de l’étranger celle-lĂ , visant Ă  affaiblir la France, et dont les rouages secrets Ă©taient au sein mĂȘme des comitĂ©s de gouvernement.

Dans son rapport du 4 prairial an II sur les prĂ©tendues conspirations du baron de Batz, projets nĂ©buleux qui n’eurent jamais de commencement d’exĂ©cution et qui furent promptement baptisĂ©s « conspiration ou complot de l’étranger Â», un rapport ahurissant de faussetĂ© dĂ©veloppĂ© et prĂ©sentĂ© deux semaines plus tard par Elie Lacoste, BarĂšre mit en cause une poignĂ©e de royalistes impuissants et sans grands moyens dont les entreprises et les initiatives, si tant est qu’elles eussent existĂ©, avaient apparemment toujours Ă©tĂ© vouĂ©es Ă  l’échec.. C’est ainsi que cinquante-quatre personnes inconnues les unes aux autres, dont certaines Ă©taient, certes, royalistes par leur naissance, mais d’autres nullement politisĂ©s ou incarcĂ©rĂ©es depuis des mois, furent convaincues d’avoir voulu Ă©branler l’état par leurs machinations criminelles et condamnĂ©es Ă  mort, avant mĂȘme avoir pratiquement pu articuler un mot pour protester. Tous ces gens furent conduits Ă  l’échafaud revĂȘtus de la chemise rouges des assassins et empoisonneurs[118] au prĂ©texte qu’ils Ă©taient complices de la jeune CĂ©cile Renault transformĂ©e pour la circonstance en « vierge rouge Â» et d’Henri Admirat, supposĂ©s assassins des « pĂšres du peuple ».

Impuissant Ă  empĂȘcher de nouveaux crimes, les exĂ©cutions massives de messidor et thermidor, Robespierre, en minoritĂ© depuis des mois sur la plupart les dossiers traitĂ©s par les ComitĂ© de salut public et de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale rĂ©unis, visait BarĂšre et ses complices[rĂ©f. insuffisante] lorsqu’il disait :« Vous tuez la RĂ©publique, vous ĂȘtes les fidĂšles agents de l’étranger qui redoute le systĂšme de modĂ©ration qu’il faudrait adopter Â». Le vrai complot de l’étranger Ă  ses yeux, se dĂ©veloppait depuis des mois au sein de comitĂ©s gangrenĂ©s par l’argent ou la peur et oĂč, Ă  coups de dĂ©crets et d’arrĂȘtĂ©s, BarĂšre imposait des dĂ©cisions qui ne favorisaient ni le succĂšs des forces armĂ©es ni l’avenir de la RĂ©publique.

Quelques unes des victimes particuliĂšres de BarĂšre

BarĂšre a reçu de la famille de Chaudot, notaire rue PlĂątriĂšre Ă  Paris, une somme de 90 000 livres pour faire casser par la Convention le jugement condamnant ce notaire Ă  la peine de mort. De fait, Chaudot obtient un sursis Ă  exĂ©cution et se croit sauvĂ©. Il est exĂ©cutĂ© quelques jours plus tard[119].

- Dupin, BarĂšre et l’affaire des fermiers gĂ©nĂ©raux[120].

Le 22 germinal an II, les comitĂ©s envoyĂšrent Malesherbes et sa famille au Tribunal rĂ©volutionnaire, avec quelques personnes dont Rosalie Chodkiewicz, d’origine ukrainienne, mariĂ©e au prince polonais Alexandre Lubomirski. En 1791, la princesse Lubomirska quitta soudain Paris, oĂč elle rĂ©sidait, pour soutenir la rĂ©volution nationale polonaise, contre les ambitions de la Prusse et de la Russie. Lorsque les choses tournĂšrent mal pour ses amis politiques, elle organisa la sauvegarde de certains d’entre eux et sauva la vie du sĂ©nateur ThadĂ©e Mostowski qui, grĂące Ă  elle, parvint sain et sauf Ă  Paris oĂč, fin 1792, il reçut les honneurs de la Convention nationale. La princesse « rĂ©volutionnaire Â» fut nĂ©anmoins arrĂȘtĂ©e et condamnĂ©e Ă  mort au prĂ©texte d’une vague correspondance avec la comtesse du Barry et au prĂ©texte de son Ă©migration. C’était une vraie provocation car Ă©tant Ă©trangĂšre, son cas ne ressortissait pas des lois françaises. S’étant dĂ©clarĂ©e enceinte pour gagner du temps – ce qui Ă©tait inexact –, elle fut transfĂ©rĂ©e Ă  l’hospice du Tribunal, tandis que le gouvernement polonais, plusieurs personnalitĂ©s et, principalement, le gĂ©nĂ©ral Koƛciuszko, alors mondialement reconnu pour ses idĂ©es libĂ©rales, intervenaient auprĂšs de la Convention pour la sauver. À Paris, l’abbĂ© de La TrĂ©moille, n’écoutant que son courage, proposa de grosses sommes d’argent Ă  BarĂšre qui le fit emprisonner Ă  la Force, tout en empochant l’argent[121]. Dans une ultime tentative, La TrĂ©moille rĂ©ussit Ă  se faire transfĂ©rer de la prison de La Force Ă  l’Hospice, toujours Ă  prix d’argent, oĂč il convainquit la princesse Lubomirska de la nĂ©cessitĂ© d’un rapport sexuel susceptible de provoquer une grossesse. On dit qu’ils furent surpris. Ils furent dĂ©capitĂ©s l’un aprĂšs l’autre. La mort de la princesse Rosalie, ĂągĂ©e de vingt-trois ans, fut une nouvelle occasion pour Pitt et sa presse de souligner, en direction des États europĂ©ens, des États-Unis, de la Russie et de la Turquie, le non-respect Ă©lĂ©mentaire, par la France, du droit des gens et de refuser toute reconnaissance de la RĂ©publique.

Lazare Carnot, « l’organisateur de la victoire Â», dont la rĂ©putation doit beaucoup aux « carmagnoles Â» de son ami BarĂšre, a, entre autres victimes, fait exĂ©cuter le gĂ©nĂ©ral Alexandre de Beauharnais et le gĂ©nĂ©ral Victor de Broglie, ancien prĂ©sident de l’AssemblĂ©e constituante, pour des motifs toujours inexpliquĂ©s puisqu’ils sont morts sans dĂ©bats publics. Ce dernier ayant reçu son acte d’accusation, sa famille fit dĂ©pĂȘcher auprĂšs de BarĂšre une pianiste concertiste, la plus cĂ©lĂšbre de son Ă©poque, Mme de Montgerould, qui a racontĂ© au baron de TrĂ©mont, cĂ©lĂšbre collectionneur d’autographes et de tĂ©moignages sur le RĂ©volution, qu’étant venue implorer la grĂące de Broglie, BarĂšre lui avait rĂ©pondu : « C’est impossible Â».
« Elle lui peignit en pleurant l’injustice et l’horreur de cette mort.
- Avez vous bien dormi, cette nuit ? demanda-t-il d’un ton lĂ©ger
- Quelle Ă©trange question !
- Eh bien, ce n’est que cela Â»[122].
Victor de Broglie fut décapité le 22 messidor an II.

Jean-François PĂ©rĂšs, conseiller au parlement de Toulouse, fut traduit avec ses collĂšgues au Tribunal rĂ©volutionnaire qui, de façon inespĂ©rĂ©e, reconnut son innocence. Rendu Ă  la libertĂ© par un dĂ©cret spĂ©cial de la Convention, il fut Ă  nouveau dĂ©crĂ©tĂ© d’arrestation Ă  la demande de BarĂšre - qui avait ses raisons -, puis mis Ă  mort sans jugement le 18 messidor an II. Son nom ne figure dans aucune piĂšce des suppliciĂ©s de ce jour. Sans un certificat du bourreau Sanson, en date du 7 frimaire an III qui affirma l’avoir bien exĂ©cutĂ©, on pourrait penser que Jean-François PĂ©rĂšs survĂ©cut Ă  la RĂ©volution[123]. C’est encore BarĂšre qui fit rĂ©voquer les jurĂ©s du Tribunal comme Ă©tant contre-rĂ©volutionnaires: c’est qu’ils avaient osĂ© acquitter un ancien Constituant, Emmanuel FrĂ©teau, que les nouveaux jurĂ©s, dans un second jugement, condamnĂšrent d’une seule voix Ă  ĂȘtre guillotinĂ©.

Une des plus cĂ©lĂšbre victimes de BarĂšre est le poĂšte AndrĂ© ChĂ©nier, arrĂȘtĂ© par hasard Ă  Passy, alors qu’il se rendait chez Mme de Pastoret, son amie. Dans le dossier de police concernant le poĂšte on voit que la police politique avait ordre de mettre la main sur un dossier qu’il possĂ©dait et qui prĂ©sentait un grand intĂ©rĂȘt pour BarĂšre ou une puissance dĂ©sirant nuire Ă  la rĂ©putation de probitĂ© des conventionnels. En effet, quelques semaines avant la mort de Louis XVI, la cour d’Espagne, par l’intermĂ©diaire de François Cabarrus, pĂšre de la future ThĂ©rĂ©sa Tallien, et des banquiers Le Couteulx Ă  Paris, avait mis Ă  disposition de quelques royalistes dĂ©sirant sauver Louis XVI, des fonds importants destinĂ©s Ă  acheter les consciences parlementaires. Plusieurs dĂ©putĂ©s furent approchĂ©s et reçurent de l’argent sans pourtant toutefois voter comme ils s’y Ă©taient engagĂ©. Au centre de ce dispositif, AndrĂ© ChĂ©nier, Richer de SĂ©rizy, Michel Regnaud de Saint-Jean d'AngĂ©ly et la femme du chargĂ© d’affaires espagnol Ă  Paris JosĂ© Ocariz, nĂ©e LucrĂšce d’Estat. AprĂšs la dĂ©claration de guerre avec l’Espagne, Mme Ocariz Ă©tait recherchĂ©e - son frĂšre et sa sƓur venaient d’ĂȘtre guillotinĂ©s - et elle avait confiĂ© ses papiers Ă  ChĂ©nier qu’elle accompagnait Ă  Passy quand ils furent arrĂȘtĂ©s. ChĂ©nier, qui pensait ne rien redouter par la notoriĂ©tĂ© de son frĂšre, le conventionnel Marie-Joseph, et les prĂ©cieux documents qu’il possĂ©dait, s’était mis en avant, et elle put s’esquiver. Mais aprĂšs la loi du 22 prairial, ChĂ©nier, qui Ă©tait dĂ©tenu Ă  la prison Saint-Lazare, rĂ©alisa que son dossier, oĂč se trouvait la liste des conventionnels achetĂ©s par l’or espagnol, ne le protĂ©geait plus et, sa mort ayant Ă©tĂ© programmĂ©e - pour paraphraser une formule de BarĂšre « les morts ne parlent pas Â»[124] -, il fut citĂ© Ă  comparaĂźtre au Tribunal du 22 prairial. BarĂšre avait des griefs particuliers contre ChĂ©nier qui, parlant du « sot fatras Â» de BarĂšre Ă  la tribune, « gros de pathos et de douleur Â», avait composĂ© ces vers:

L’un pousse et fait bondir sur les toits, sur les vitres,

Un ballon tout gonflé de vent,

Comme sont les discours de sept cent plats bélßtres

Dont BarĂšre est le plus savant.


Malgré les efforts de son pÚre et de son frÚre, qui intercédÚrent auprÚs de BarÚre pour le sauver, le poÚte fut compris dans la fausse conspiration de Saint-Lazare et il périt décapité le 7 thermidor an II.

9 thermidor

Le but de BarĂšre de Vieuzac Ă©tait d’aboutir Ă  que les partis s’anĂ©antissent mutuellement, Ă  ce que la Convention timorĂ©e, littĂ©ralement paralysĂ©e par la peur, se dĂ©truise par elle-mĂȘme. C’est sur sa motion qu’elle avait rendu contre elle-mĂȘme, rappelle Camille Desmoulins[125] le dĂ©cret le plus inconcevable qu’aucun sĂ©nat n’ait jamais rendu[126], le dĂ©cret suicidaire qui permettait qu’un de ses membres investi de la confiance de milliers de citoyens qu’il reprĂ©sente Ă  l’AssemblĂ©e nationale[127], fĂ»t conduit en prison sans avoir Ă©tĂ© entendu, sur le simple ordre des deux comitĂ©s et, ajoutait Camille Desmoulins « d’aprĂšs cette belle raison qu’on avait point entendu les Brissotins Â», mis hors dĂ©bat sur la motion de BarĂšre lui-mĂȘme. C’est cela que les amis de Danton redoutaient et particuliĂšrement Courtois, Jean-Lambert Tallien, FrĂ©ron, Barras et Louis Legendre lui-mĂȘme particuliĂšrement menacĂ© pour avoir dit, au sujet de l’apparente versatilitĂ© de BarĂšre qui avait successivement trahi tous ceux qu’il avait approchĂ©: « Le petit BarĂšre se met toujours en croupe de ceux qui sont le mieux montĂ©s Â».

Trois mois aprĂšs la mort de Camille Desmoulins, ces remarques sur la dĂ©pendance des dĂ©putĂ©s aux comitĂ©s de gouvernement trouvĂšrent encore une illustration avec l’arrestation et l’exĂ©cution sans procĂšs de Robespierre, Saint-Just et Couthon.

Jusqu’au 9 thermidor BarĂšre joua double jeu[rĂ©f. insuffisante] : aux anciens reprĂ©sentants en mission, qui s’étaient rendus coupables de prĂ©varication et de cruautĂ©, il laissait entendre que la vengeance de Robespierre serait terrible; Ă  Robespierre, il cherchait Ă  signifier que ses ennemis, cachĂ©s dans l’ombre, complotaient contre lui. Pour inspirer confiance Ă  l’Incorruptible et l’engager Ă  « frapper Â» un grand coup, il avait prononcĂ© un discours Ă  sa louange le 5 thermidor. Mais il n’en pensait pas un mot[rĂ©f. nĂ©cessaire] : le but Ă©tait de laisser croire Ă  l’Incorruptible qu’il pourrait dĂ©gager une majoritĂ© au ComitĂ© de salut public pour abattre FouchĂ© et ceux qui complotaient avec lui[128]. On[Qui ?] dit que, n’étant pas absolument sĂ»r de la tournure que prendraient ces Ă©vĂ©nements, BarĂšre avait prĂ©parĂ© deux discours, l’un en faveur de Robespierre et de ses amis, l’autre destinĂ© Ă  voler au secours des dĂ©putĂ©s qui seraient parvenus Ă  terrasser le « monstre Â».

Apparemment, Robespierre n’avait pas suffisamment prĂȘtĂ© attention Ă  certaines mises en garde anonymes qui parvenaient jusqu’à lui: « Je crois que tant que BarĂšre et ses complices existeront, Ă©crivait un de ces anonymes Ă  Robespierre peu avant le 9 thermidor, les patriotes, les sociĂ©tĂ©s populaires, les Jacobins et toi le premier, Robespierre, ne serez point hors de danger. Il viendra un temps oĂč, Ă  dĂ©faut d’autres moyens, on te fera assassiner Â»[129]. Comme on pouvait s’y attendre, BarĂšre, qui ne laissait rien soupçonner de ses intentions, se dĂ©voila soudain et se retourna activement[rĂ©f. insuffisante] contre Robespierre, Couthon et Saint-Just, et il participa activement Ă  la curĂ©e, avec une idĂ©e en tĂȘte, poursuivre la Terreur et contrĂŽler au plus prĂšs les lettres ou documents qui, tant dans les comitĂ©s qu’au domicile des condamnĂ©s pourraient ultĂ©rieurement lui nuire. Cette obsession du contrĂŽle des archives et la tentation qu’il avait de revisiter sans cesse son propre passĂ© - Antoine Dufourny fut exĂ©cutĂ© pour avoir osĂ© rappeler que BarĂšre avait autrefois prĂ©sidĂ© le club des Feuillants -, l’amena assez vite Ă  se servir de ses propres dossiers pour en faire endosser la responsabilitĂ© Ă  Robespierre abattu. Une des premiĂšres entreprises du genre est en rapport avec un ancien membre du parlement d’Angleterre qui faisait office d’agent de renseignement pour son gouvernement. Malheureusement pour lui, il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©. BarĂšre et Carnot, prĂ©venus, l’avaient discrĂštement fait sortir de la prison des Carmes le 30 messidor an II, et ils lui avaient octroyĂ© un passeport pour s’enfuir Ă  BĂąle, en compagnie d’un autre espion, John Hurford Stone[130]. Ils parvinrent ainsi Ă  gagner la Suisse peu avant le 9 thermidor. Quand Robespierre fut terrassĂ©, BarĂšre exhuma soi-disant dans les papiers de l’Incorruptible une lettre que Benjamin Vaughan « espion anglais en Suisse Â» lui avait adressĂ©e, maniĂšre d’insinuer une possible trahison auprĂšs de ceux qui Ă©taient disposĂ©s Ă  le croire. Cette manipulation est la premiĂšre d’une dizaine d’autres du mĂȘme genre, qui, grĂące Ă  la saisie d’archives au domicile des condamnĂ©s du 10 thermidor, permirent d’accabler la mĂ©moire de l’Incorruptible et de ses amis, tout en Ă©loignant les soupçons susceptibles de peser sur les vĂ©ritables protecteurs d’espions anglais[131].

Il est admis que, si plusieurs de ceux qui Ă©levĂšrent les Ă©chafauds au prĂ©texte de la guerre les abattirent au lendemain du 9 thermidor, alors que la guerre continuait, ce ne fut nullement par amour de l’humanitĂ©, mais par nĂ©cessitĂ© stratĂ©gique et mĂ©fiance des uns vis Ă  vis des autres. BarĂšre est le seul Ă  avoir dĂ©fendu jusqu’au bout, bec et ongles, le Tribunal rĂ©volutionnaire dans sa version du 22 prairial avec, comme changements consentis par lui, de remplacer ceux des jurĂ©s qui passaient pour avoir Ă©tĂ© dĂ©vouĂ©s Ă  Robespierre. Il accusa d’ailleurs au passage celui-ci et Saint-Just d’avoir cherchĂ© Ă  « entraver Â» le Tribunal du 22 prairial. À cette sĂ©ance du 10 aoĂ»t 1794, CambacĂ©rĂšs appuyait BarĂšre dans son projet lorsqu’un dĂ©putĂ© demanda la destitution de Fouquier-Tinville, contre l’avis de BarĂšre, ce qui fut accordĂ©. Un peu plus tard, un dĂ©cret fut prĂ©sentĂ© par quelques dĂ©putĂ©s dont « l’ñme s’était ouverte aux regrets Â»: il prĂ©voyait de limiter les attributions des comitĂ©s de salut public et de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale. LĂ  encore, BarĂšre, dĂ©putĂ© inamovile du ComitĂ© de salut public depuis sa crĂ©ation[132] s’y opposa de toutes ses forces, mais en vain. ce jour lĂ , un grand pas fut fait et la dĂ©mocratie respira. Le ComitĂ© de salut public a Ă©tĂ© renouvelĂ© ou pour mieux dire prorogĂ© quatorze fois depuis sa crĂ©ation le 6 avril 1793 jusqu’au 12 thermidor ou 30 juillet 1794, c’est-Ă -dire quatre jours aprĂšs la chute de Robespierre. BarĂšre y a siĂ©gĂ© dix-sept mois, Carnot quatorze mois. Les renouvellements Ă©taient devenus illusoires parce qu’ils consistaient ordinairement dans la rĂ©Ă©lection ou la prorogation des mĂȘmes membres. BarĂšre avait d’ailleurs dit : « le grand motif de sa crĂ©ation est la nĂ©cessitĂ© reconnue d’écraser les aristocrates. Ce comitĂ© doit donc ĂȘtre renouvelĂ© rarement afin que ceux qui ont fait les premiĂšres informations puissent les continuer: experto crede Roberto Â».

Le Directoire

ArrĂȘtĂ© en mĂȘme temps que Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, du ComitĂ© de salut public, et Vadier, prĂ©sident du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, BarĂšre fut dĂ©noncĂ© par Lecointre de Versailles, FrĂ©ron, Audouin, ChĂąles, Massigeon de Nantes, Courtois et beaucoup d’autres conventionnels, fonctionnaires, gens de plume, souvent par d’anciens amis de Danton qui lui reprochaient sa mort et celle de Desmoulins[133]. Ces accusations presque toujours fondĂ©es sur des piĂšces issues des anciens comitĂ©s, notamment les arrĂȘtĂ©s dirigĂ©s contre des individus et revĂȘtus de sa signature, furent publiĂ©es dans les semaines prĂ©cĂ©dant le procĂšs qui devait se tenir en germinal an III. BarĂšre rechercha des dĂ©fenseurs et prit Le Doulcet de PontĂ©coulant comme avocat. Mais son affaire se prĂ©sentait mal.

Des Ă©meutes ayant, par chance pour lui, Ă©clatĂ© Ă  Paris, la Convention en tira prĂ©texte pour se dispenser de la publicitĂ© d’un procĂšs susceptible d’attiser les passions, mais surtout de la discrĂ©diter un peu plus, puisqu’elle avait validĂ©, dans la peur certes, la plupart des dĂ©crets liberticides. Les Parisiens disaient que « la Convention se faisait reconnaĂźtre coupable en ne jugeant pas dĂ©finitivement les citoyens BarĂšre, Collot et Billaud, et qu’elle craignait des Ă©claircissements qu’ils pourraient donner sur leurs complices Â»[134]. De fait, on prĂ©fĂ©ra un dĂ©cret de dĂ©portation qui fut votĂ© Ă  la sauvette, dans la nuit du 12 au 13 germinal an III, avec la volontĂ© manifeste d’éloigner le plus vite possible les membres gĂȘnants des anciens comitĂ©s qui furent donc condamnĂ©s Ă  la dĂ©portation en Guyane (la « guillotine sĂšche Â»). Les Parisiens furent mĂ©contents, et lorsque BarĂšre, libre jusqu’alors, fut arrĂȘtĂ© chez lui rue Saint-HonorĂ©, il manqua d’ĂȘtre lynchĂ© par la foule en colĂšre et ne dut son salut qu’à la troupe conduite par Raffet. Plus tard, le cortĂšge eut beaucoup de mal Ă  sortir de Paris et la voiture oĂč se trouvaient Billaud et BarĂšre ne purent sortir des barriĂšres que grĂące Ă  une grande escorte de soldats.

Avec ses collĂšgues - Ă  l’exception de Vadier qui s’était bien cachĂ© -, les condamnĂ©s furent placĂ©s dans les prisons d’OlĂ©ron en attendant d’embarquer. Mais aprĂšs l’insurrection du 1er prairial an III Ă  la Convention[135], dont un des motifs avait Ă  voir avec l’indulgence de la Convention pour les terroristes, la Convention fut contrainte de faire rapporter son dĂ©cret et d’ordonner que les prisonniers seraient traduits devant le Tribunal criminel de la Charente infĂ©rieure. Mais quand ce dĂ©cret arriva, Collot d’Herbois et Billaud-Varenne Ă©taient dĂ©jĂ  en route pour la Guyane. Ce dĂ©part fit ajourner la procĂ©dure et, par la mĂȘme occasion, sauva BarĂšre qui fut transfĂ©rĂ© Ă  Saintes.

En vendĂ©miaire an IV, le dĂ©cret ordonnant sa traduction devant le Tribunal criminel de la Charente infĂ©rieure fut annulĂ© par le Directoire, mais sa dĂ©portation fut maintenue et ordre fut donnĂ© de le transfĂ©rer Ă  Rochefort en vue de son embarquement pour Madagascar[136]. On allait mettre cette mesure Ă  exĂ©cution lorsqu’il s’échappa des prisons de Saintes oĂč il avait Ă©tĂ© conduit. BarĂšre se cacha Ă  Bordeaux, puis compta sur ses protections Ă  Paris pour tenter, en germinal an V, un retour en politique. GrĂące Ă  ses appuis locaux il obtint sans mal un siĂšge de dĂ©putĂ© des hautes PyrĂ©nĂ©es, il demanda un passeport pour Paris[137]. mais les deux chambres invalidĂšrent cette Ă©lection le 1er prairial. DĂšs lors BarĂšre se consacra Ă  ses affaires privĂ©es - la gestion de ses domaines et sa fabrique de l’üle Louviers -, vivant agrĂ©ablement chez la comtesse de Guibert son amie qui se partageait entre son hĂŽtel particulier de la rue de MĂ©nars et son chĂąteau d’EpĂŽne.

GrĂące Ă  l’appui de son vieil ami FouchĂ© qui ne l’avait pas abandonnĂ©, BarĂšre obtint d’ĂȘtre compris dans la liste des anciens Jacobins amnistiĂ©s par le coup d'État du 18 brumaire, rendu possible par une coalition d’anciens constituants comme Regnaud de Saint-Jean d’AngĂ©ly, et de conventionnels comme SiĂ©yĂšs. Mais il fut refusĂ© par le SĂ©nat comme candidat au corps lĂ©gislatif. Il offrit en dĂ©sepoir de cause ses services Ă  NapolĂ©on Bonaparte qui le chargea de la rĂ©daction d’un bulletin hebdomadaire sur l’état d’esprit de l’opinion publique. Il fut rapidement remerciĂ© par NapolĂ©on qui disait de son style: « Beaucoup de rhĂ©torique, peu de fond, des coglionerie enveloppĂ©es dans de grands mots Â» et il lui fit donner congĂ© par Duroc comme Ă  un domestique inutile [138]. Il vĂ©cut oubliĂ© sous l’Empire, retirĂ© Ă  EpĂŽne dans le chĂąteau de son amie la comtesse de Guibert.

Pendant les Cent-Jours, il fut membre de la Chambre des représentants.

La Restauration

À la Restauration, il fut exilĂ© par les Bourbons comme rĂ©gicide. Compris dans l’article 2 de l’ordonnance du 24 juillet 1815, il obtint de FouchĂ©, son ami de toujours, un passeport pour la Prusse. ArrivĂ© aux Pays-Bas, il demanda un visa pour Londres. Il fut autorisĂ© Ă  se rendre en Angleterre, Ă  la condition qu’il ne porte pas son nom vĂ©ritable (son passeport fut Ă©tabli au nom de « Roquefeuil Â»). À Londres, le comte Mulgrave (futur lord Normanby)[139], s’intĂ©ressa pour lui auprĂšs des lords Sidmouth et Castlereagh: « Ces seigneuries rĂ©pondirent que BarĂšre pouvait rester Ă  Londres oĂč nul mal ne lui arriverait quand bien mĂȘme il viendrait Ă  ĂȘtre reconnu Â». Pour Ă©viter la confiscation de tous ses biens immobiliers formant une grande fortune, sans compter ce qu’il avait accumulĂ© Ă  l’étranger - au moins sept millions placĂ©s en Italie et au Danemark, selon le comte de Montgaillard, son compatriote[140] -, ses parents « s’occupĂšrent avec assez d’activitĂ© de vendre partie des propriĂ©tĂ©s qu’il avait dans le dĂ©partement des Hautes PyrĂ©nĂ©es Â». Il avait toujours son frĂšre Jean-Pierre BarĂšre, conseiller de prĂ©fecture, son cousin germain Jacques, vice-prĂ©sident du Tribunal de Tarbes qui rĂ©cupĂ©rĂšrent avantageusement, par l’intermĂ©diaire du notaire Frech, une partie de ces biens. La famille BarĂšre, devint ainsi, selon les travaux de l’historien David Higgs, l’une des plus imposĂ©e du dĂ©partement. Quant Ă  BarĂšre, l’annĂ©e suivante, il ne possĂ©dait plus localement, en biens immeubles, qu’une fortune Ă©valuĂ©e Ă  4 000 livres de revenus. Il avait possĂ©dĂ© d’autres biens considĂ©rables, notamment en Île-de-France : une fabrique et les terrains de l’üle Louviers, Ă  Paris (le bras de Seine a Ă©tĂ© depuis comblĂ© et rattachĂ© au quartier de l’Arsenal), et une propriĂ©tĂ© d’une dizaine d’hectares Ă  Meudon, provenant du domaine royal, rachetĂ©e le 24 prairial an XI Ă  sa maĂźtresse, Sophie Demailly, sous son prĂȘte-nom habituel (« Jean Focquier, rue Le Pelletier Â»). Montgaillard assure l’avoir entendu dire avoir placĂ© d’autres fonds en Italie et au Danemark[141].

Revenu en France aprĂšs le dĂ©part de Charles X, il rĂ©ussit Ă  se faire nommer dĂ©putĂ© sous le gouvernement de juillet, puis il finit ses jours prĂ©sident du conseil de son dĂ©partement. Il mourut Ă  Tarbes le 13 juillet 1841 plus qu’octogĂ©naire aprĂšs avoir Ă©crit, avec l’aide de Carnot, des « MĂ©moires Â» sujets Ă  caution - souvent en contradiction avec ce qu’on trouve dans « le Moniteur Â» - dans lesquels il a abondamment revisitĂ© son propre passĂ© et entiĂšrement rĂ©interprĂ©tĂ© l’histoire de Robespierre sous la Terreur.

Papiers

En homme d’expĂ©rience, Bertrand BarĂšre prit toujours grand soin de contrĂŽler les traces Ă©crites de ses actions politiques et privĂ©es.

Les papiers des comitĂ©s rĂ©volutionnaires de l’an II ont Ă©tĂ© considĂ©rablement expurgĂ©s aprĂšs le 9-Thermidor, notamment les papiers des comitĂ©s de salut public et de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale. Beaucoup de piĂšces ont Ă©tĂ© enlevĂ©es, d’autres falsifiĂ©es (sur quelques ordres d’arrestation, la signature de Robespierre a parfois Ă©tĂ© rajoutĂ©e quand elle ne s’y trouvait pas Ă  l’origine).

Pour ce qui le concerne, BarĂšre avait rĂ©cupĂ©rĂ© un certain nombre de ces archives qu’il conservait prĂ©cieusement chez lui rue Saint-HonorĂ©, au domicile du banquier Savalette de Lange, son ami, qui eut la haute main sur la TrĂ©sorerie nationale au dĂ©but du Directoire. Lorsque BarĂšre fut arrĂȘtĂ©, une partie de ses papiers furent saisis et examinĂ©s. Mais, par suite de diverses manƓuvres, il n’y eut pas de procĂšs, mais un dĂ©cret de dĂ©portation.

Ayant d’abord Ă©chappĂ© Ă  la dĂ©portation, BarĂšre, qui, grĂące Ă  des complicitĂ©s monnayĂ©es, avait pu ensuite s’évader de sa prison, attendit le moment oĂč Joseph FouchĂ© serait Ă  nouveau au ministĂšre pour recevoir l’autorisation de reprendre une pleine malle de papiers saisis chez lui et notamment les piĂšces qui devaient servir Ă  rĂ©diger une accusation contre lui[142].

Ni Robert Launay ni LĂ©o Gershoy, les deux biographes de BarĂšre, ni les quelques personnes qui ont publiĂ© des articles sur lui dans les revues d'histoire, n’ont eu accĂšs Ă  ces papiers que l’on a cru ĂȘtre les mĂȘmes que ceux laissĂ©s par l’ancien dĂ©putĂ© Ă  Tarbes. Or une lettre de BarĂšre Ă  David d’Angers, autrefois publiĂ©e dans l'IntermĂ©diaire (N° 529) en dit ceci: « J’ai reçu votre lettre signĂ©e David et Carnot, par laquelle vous acceptez mes propositions de vente de mes manuscrits politiques. Mais je vous aurais dĂ©jĂ  envoyĂ© le sous-seing, si mon conseil jurisconsulte ne m’avait fait observer que l’acte serait dĂ©clarĂ© avoir Ă©tĂ© signĂ© Ă  Tarbes, tandis que les deux acquĂ©reurs habitent et sont restĂ© Ă  Paris. Je n’ai pas cru devoir accepter l’idĂ©e d’une procuration de vous deux envoyĂ©e Ă  Tarbes, pour stipuler pour vous la vente, parce qu’il m’importe d’îter aux Tarbiens litigieux et envieux toute connaissance de mes affaires et volontĂ©s, ainsi que leur dĂ©rober toute trace de mes papiers, Ă  eux ainsi qu’à tous autres. Vous me comprendrez (..) Je n’ai pas parlĂ© de mon projet de vente de mes manuscrits Ă  vous et Ă  M. Carnot, parce que cela s’ébruiterait dans le pays et que les gens de cette ville sont avides et prĂ©tentieux Â».

Dans une autre lettre datĂ©e du 7 juin 1838 au mĂȘme, il dĂ©sire que personne ne sache la vĂ©ritĂ© sur ceux de ses manuscrits et autographes qu’il a vendus Ă  Hippolyte Carnot. Ce qui reste de ces papiers de premiĂšre importance pour rĂ©aliser une biographie de BarĂšre digne de ce nom, forme un ensemble remarquable sur la RĂ©volution, la Terreur et le Directoire. Quelques unes des piĂšces ont Ă©tĂ© utilisĂ©es par Hippolyte Carnot dans son essai historique sur BarĂšre (1842) oĂč le but avouĂ© est de laver son pĂšre de tous soupçons sur sa participation aux crimes des comitĂ©s. Quoiqu’il en soit, sur celles des piĂšces numĂ©rotĂ©es qui devaient servir Ă  nourrir, en l’an III, une accusation contre BarĂšre, les piĂšces 5, 6, 9 Ă  14, 16, 18, 20-23, 25-27 ont disparu. Les piĂšces existantes, les « notes de la main de BarĂšre Â», divers extraits et articles de presse de 1789 Ă  1845 forment une remarquable documentation. Ces documents ont en partie Ă©tĂ© exploitĂ©s par Olivier Blanc dans ses travaux publiĂ©s entre 1989 et 1995.

MĂ©moires de BarĂšre

RĂ©digĂ©s par Bertrand BarĂšre et lĂ©gĂšrement reprise par Hippolyte Carnot[143] qui a entrepris une rĂ©vision « profonde Â» de l’histoire du « grand Â» ComitĂ© de salut public auquel appartenait son pĂšre condamnĂ© Ă  la dĂ©portation en fructidor an V avec les « amis de l’Angleterre Â».

L’éditeur, M. Jules Labitte, reconnaĂźt (I, p.216) les « nombreuses erreurs de dĂ©tail Â» de cette Ă©dition (1842), qu’il ne relĂšve pas systĂ©matiquement « pour ne pas fatiguer l’attention du lecteur Â».

Lord Macaulay est le premier (1844) Ă  avoir commencĂ© Ă  relever les plus grosses « erreurs de dĂ©tail Â» sur Marie-Antoinette, les Girondins, etc. Il justifie chacune de ses remarques et donne les rĂ©fĂ©rences exactes aux documents officiels qu’il a consultĂ©s, ainsi le Moniteur qu’il a dĂ©pouillĂ© avec soin. Comme Jules Michelet, Louis Blanc et d’autres historiens du XIXe siĂšcle Ă  qui on ne songe pas Ă  en faire reproche, il ne cache pas son indignation contre le personnage - qui est d’ailleurs son quasi contemporain - et ses procĂ©dĂ©s, qu’il dĂ©nonce.


Historiographie

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Il est intĂ©ressant de s’attarder sur les Ă©tudes qui ont pu ĂȘtre menĂ©es sur Bertrand BarĂšre, c’est-Ă -dire le sort que lui a rĂ©servĂ© l’historiographie, puis sur les recherches concernant l’influence de l’AntiquitĂ© sur la RĂ©volution française. Cela dans le but de mettre en perspective ces deux sujets.

Bertrand BarĂšre compte parmi les membres influents du personnel dirigeant de la RĂ©volution française. En cela, il n’a pas laissĂ© les historiens et les commentateurs indiffĂ©rents ; la polĂ©mique se dĂ©veloppant de son vivant mĂȘme: il a Ă©tĂ© vĂ©ritablement ostracisĂ© par la sociĂ©tĂ© française Ă  partir de 1795, ne parvenant jamais Ă  effacer la rĂ©putation effrayante qu'il s'Ă©tait acquise.

Aujourd’hui encore, les notices bibliographiques et les passages d’ouvrages qui lui sont consacrĂ©s restent prudents sur la personnalitĂ© de l’individu. À l’inverse de Robespierre ou de Danton, aucune personne ou groupe de personnes ne s’est jamais rĂ©clamĂ© d’une filiation politique ou idĂ©ologique avec Bertrand BarĂšre, il ne semble pas qu’il existe des « BarĂšrist Â»[144], selon l’expression de Leo Gershoy.

Il y a lĂ  un point que l’on retrouve frĂ©quemment au sujet de sa personnalitĂ©. Il est gĂ©nĂ©ralement dĂ©crit comme un homme intelligent, cultivĂ© et bon technicien de la politique, douĂ© d’une trĂšs grande capacitĂ© de travail: « Ă€ la suite d’un rĂ©sumĂ© rapide et lumineux il posait nettement la question et nous n’avions plus qu’un mot Ă  dire pour la rĂ©soudre. Â»[145], comme le dit Carnot, ou encore Robespierre en juillet 1793 : « BarĂšre sait tout, connaĂźt tout, est propre Ă  tout Â»[146]. Mais on relĂšve sa tendance Ă  suivre la conjoncture politique au grĂ© des mouvements et des renversements qui peuvent avoir lieu. Ainsi Robespierre, Ă  une Ă©poque oĂč il avait encore beaucoup d'illusions sur son collĂšgue au ComitĂ© de salut public : « Je dĂ©clare que j’ai vu dans BarĂšre un homme faible, mais jamais l’ennemi du bien public. [
] Je le vis toujours au ComitĂ© s’occupant avec ardeur des intĂ©rĂȘts de la patrie, cherchant, saisissant tous les moyens qui pouvait conduire au grand but de la rendre heureuse, et depuis que BarĂšre est Ă©clairĂ© sur les crimes d’une faction, dont il n’avait pas d’abord conçu toute la scĂ©lĂ©ratesse, il a trouvĂ© l’occasion de tĂ©moigner combien il abhorrait leurs principes ; 
 Â»[147].

La « faction Â», dont il est question ici, est celle des Girondins, qui furent Ă©vincĂ©s par une autre « faction Â», minoritaire Ă  la Convention mais soutenue par certains membres des Jacobins et les « ExagĂ©rĂ©s Â» de la Commune de Paris qui, en mai 1793, avaient pris la Convention en otage et permis le coup d'État entraĂźnant la proscription et l'arrestation, en deux fois, de plus de cent dĂ©putĂ©s « girondins Â».

Ses hĂ©sitations politiques ont Ă©tĂ© remarquĂ©es par plusieurs auteurs tels que l’historien amĂ©ricain H. Morse Stephens, qui affirme qu’à l’exception de Marat, aucun homme de la RĂ©volution n’a Ă©tĂ© si durement jugĂ©: « no prominent statesman, except perhaps Marat, has been so persistently vilified and deliberately misunderstood as BarĂšre Â»[148].

L'historien britannique Macaulay Thomas Babington, dans son ouvrage biographique sur Bertrand BarĂšre, dans lequel il s'appuie sur des sources connues (le Moniteur), a expliquĂ© la rĂ©putation de terroriste sanguinaire que BarĂšre traĂźna toute sa vie[149] :

« Our opinion then is this, that BarĂšre approached nearer than any person mentioned in history or fiction, whether man or devil, to the idea of consummate depravity. In him the qualities which are the proper objects of hatred and the qualities which are the proper object of contempt, preserve an exquisite and absolute harmony. [
] But when we put everything together, sensuality, barbarity, poltroonery, baseness, effrontery, the result is something to which, we venture to say, parallel can’t be found in history. Â»

Mais cette damnatio memoriae Ă  laquelle Bertrand BarĂšre a Ă©tĂ© condamnĂ© a trouvĂ© ses limites grĂące Ă  l’historien amĂ©ricain Leo Gershoy, qui a critiquĂ© Macaulay en ces termes: « His terrible judgement has been quoted in the preface. The vindictive boast with which he terminated his demolition is also worthy of note, not for his acumen of charity but for the accuracy of his prediction. Â»[150]

Parmi les derniers biographes de BarĂšre, on peut signaler Robert Launay qui a signĂ© une biographie de Bertrand BarĂšre[151] en 1929. Bernard Gainot n’hĂ©site pas Ă  qualifier cet ouvrage de : « trĂšs hostile, dĂ©veloppe sans recul la lĂ©gende noire Â»[152]. MalgrĂ© tout, bien que relativement ancien, l'ouvrage de Launay a le mĂ©rite de soulever des questions sur le rĂŽle et l’attitude de Bertrand BarĂšre au moment du 9 thermidor an II. S’agit-il de passivitĂ© ou au contraire d’une vĂ©ritable prise de position de Bertrand BarĂšre dans la chute des robespierristes ? Les divisions profondes au sein du ComitĂ© de salut public qui se firent jour aprĂšs la mort de Danton permettent de penser que BarĂšre a Ă©tĂ© logique avec sa ligne de conduite concernant Robespierre et ses amis, dont il Ă©tait Ă©loignĂ©.

les historiens issus de la SociĂ©tĂ© des Études robespierristes ont, Ă  l'Ă©poque de la Guerre froide, trouvĂ© un auteur amĂ©ricain qui a cherchĂ© Ă  rĂ©Ă©valuer le rĂŽle de Bertrand BarĂšre, faisant preuve d'une plus grande clĂ©mence Ă  son Ă©gard.

Ainsi la biographie que LĂ©o Gershoy a consacrĂ© Ă  Bertrand BarĂšre reste intĂ©ressante, mĂȘme si l'auteur n'a pas eu accĂšs aux archives laissĂ©es par BarĂšre, aujourd'hui conservĂ©es dans une collection privĂ©e, et il a ainsi Ă©tĂ© privĂ© d'un Ă©clairage essentiel sur le personnage. Son ouvrage, qui nĂ©glige la deuxiĂšme partie de la vie de BarĂšre, se concentre sur sa carriĂšre politique de 1789 Ă  1795. C’est Ă  la pĂ©riode de dĂ©putĂ© des Hautes-PyrĂ©nĂ©es Ă  la Convention nationale que Leo Gershoy attache le plus d’importance, mĂȘme si cela ne suffit pas. La pĂ©riode qui s’écoule de janvier 1793 Ă  juillet 1794 (un an et demi) occupe les chapitres huit Ă  treize, soit six chapitres (113 pages). Son exil de 15 ans en Belgique durant la Restauration n’occupe que 20 pages ! C’est donc le Bertrand BarĂšre conventionnel et membre du grand ComitĂ© du Salut Public qui attire l’attention de l’auteur.

C’est aussi un ouvrage qui tente une rĂ©habilitation relativement prudente du dĂ©putĂ© des Hautes-PyrĂ©nĂ©es et qui cerne les ambiguĂŻtĂ©s du personnage : « He was too much a Montagnard for the Girondins ; for rabid Jacobins he was too lukewarm Â»[153]. La biographie en français la plus rĂ©cente, sortie Ă  l’occasion du bicentenaire de 1989, est celle de Jean-Pierre Thomas[154] qui, sans pour autant ĂȘtre marginale, n’est pas la plus complĂšte sur Bertrand BarĂšre. Elle comporte quelques imprĂ©cisions concernant la localisation des citations et des sources. Cependant, cet ouvrage a le mĂ©rite de faire le point sur quelques aspects dĂ©jĂ  connus de la vie de Bertrand BarĂšre. Le personnage de Bertrand BarĂšre peut donc ĂȘtre maintenant abordĂ© de maniĂšre apaisĂ©e.

Peut-ĂȘtre mĂȘme de maniĂšre trop apaisĂ©e. En effet, Ă  l’occasion des 250 ans de sa naissance, a Ă©tĂ© organisĂ©e par les archives municipales une exposition Ă  son sujet. À l’issue de cette exposition a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© un catalogue, celui-ci est sobrement intitulĂ© Bertrand BarĂšre, un parcours [155]. Le titre en lui-mĂȘme illustre bien que l’on cherche Ă  Ă©vacuer, voire Ă  gommer tous les aspects polĂ©miques du personnage. Dans cet ouvrage, la partie consacrĂ©e Ă  la pĂ©riode rĂ©volutionnaire (1789-1799) n’excĂšde pas trois pages ! Il en va de mĂȘme pour le chapitre consacrĂ© Ă  sa proscription de 15 ans en Belgique. En revanche son action comme crĂ©ateur du dĂ©partement des Hautes-PyrĂ©nĂ©es est largement valorisĂ©e, avec plus de 14 pages. Il faut donc y voir la marque d’un ouvrage Ă  forte coloration locale.

Mis Ă  part cette manifestation, Bertrand BarĂšre n’a laissĂ© que peu de postĂ©ritĂ© dans son dĂ©partement. Il ne reste de lui que le nom d’une avenue, sans prĂ©cision de ses fonctions passĂ©es et une plaque Ă  la façade de sa maison natale, sur laquelle il est uniquement signalĂ© comme crĂ©ateur du dĂ©partement des Hautes-PyrĂ©nĂ©es. On peut Ă©galement signaler que, quelques pas plus loin, la statue d’un rĂ©volutionnaire cĂ©lĂšbre s’élĂšve place de la mairie, il s’agit de
 Danton, victime de BarĂšre en germinal an II. SuprĂȘme paradoxe quand on connaĂźt la forte animositĂ© qui existe entre les deux personnages. Un autre ouvrage local sur Bertrand BarĂšre fut Ă©crit Ă  l’occasion du bicentenaire de 1789, mais d’un style bien diffĂ©rent du prĂ©cĂ©dent, puisqu’il s’agit d’une piĂšce de thĂ©Ăątre[156]. MĂȘme si hĂ©sitations et revirements de Bertrand BarĂšre sont illustrĂ©s, l’ensemble lui reste favorable ainsi qu’à Robespierre et Saint-Just.

Il est Ă©galement utile de relever les travaux les plus rĂ©cents qui font rĂ©fĂ©rence Ă  Bertrand BarĂšre, notamment ceux de Pierre Serna. Il analyse la formation du Centre dans la vie politique. Celui-ci demeure trĂšs rĂ©actif aux extrĂȘmes, notamment par le rejet des factions et la dĂ©fense de la RĂ©publique. C’est ce que ce chercheur baptise du nĂ©ologisme d’« extrĂȘme-centre Â», une expression qui conserve malgrĂ© tout toute son obscuritĂ©. Selon lui, Bertrand BarĂšre est un cas d’école de ce « Centre Â» introuvable, il en est l’un des reprĂ©sentants les plus Ă©minents[157]. C’est dans son ouvrage La RĂ©publique des girouettes[158], que Pierre Serna dĂ©veloppe son jugement sur Bertrand BarĂšre.

« En soulignant le pire danger de la RĂ©volution, transformĂ©e en Terreur, dirigĂ©e par des hommes flexibles Ă  toute forme de pouvoir, indiffĂ©rents Ă  toute espĂšce d’idĂ©ologie, ces « immobiles Â» qui suivent « l’impulsion du gouvernement du des plus forts Â», ces techniciens de la guillotine, ces bureaucrates de la Terreur, ces crĂ©atures du centre dont BarĂšre est le plus reprĂ©sentatif, ces alliĂ©s objectifs de Robespierre, le « vieux Â» Cordelier [Camille Desmoulins] sait-il qu’il vient de signer son arrĂȘt de mort ?  Â»[159]

À noter que l’on retrouve encore ici la vision de Macaulay ou de Launay d’un BarĂšre opportuniste, sans idĂ©ologie et envoyant sans sourciller ses adversaires politiques Ă  la guillotine. En exhumant les papiers BarĂšre, lĂ©guĂ©s par l'intĂ©ressĂ©s Ă  Hippolyte Carnot, Olivier Blanc, dans trois ouvrages publiĂ©s entre 1989 et 1995, renouvelle entiĂšrement les points de vue anciens et pointe les aspects biographiques mĂ©connus ou volontairement dĂ©laissĂ©s par LĂ©o Gershoy, qui n'a pas eu accĂšs aux archives de Lazare et Hippolyte Carnot. GrĂące aux Archives des notaires parisiens et surtout aux papiers BarĂšre conservĂ©s depuis le milieu du XIXe siĂšcle, il a dĂ©couvert les piĂšces accusatrices que BarĂšre avait saisies de son propre chef, avec l'accord de Joseph FouchĂ© qui a signĂ© une dĂ©charge, dans les dĂ©pĂŽts de la police et de la justice. BarĂšre a ainsi fait main basse sur les documents qui, en l'an III, devaient servir Ă  son procĂšs et, Ă  la suite d'artifices de procĂ©dure, Ă©vitĂ© des dĂ©bats redoutĂ©s. Or Macaulay, Launay et Gershoy ne connaissaient pas ces documents pas plus que les quelques auteurs d'articles rĂ©cents. Olivier Blanc a aussi pu mettre en lumiĂšre sa posture protĂ©iforme dans divers aspects de son action politique au sein des comitĂ©s. BarĂšre, qui avait la haute main sur la diplomatie rĂ©publicaine, sur ses fonds immenses et sur le recrutement de ses agents, fut souvent en contradiction avec son discours - celui adressĂ© Ă  la Convention (cf. les « carmagnoles Â», un mot fabriquĂ© Ă  son intention) - et la stratĂ©gie qu'il prĂ©tendait imposer. Son attitude en matiĂšre diplomatique et son opposition frontale Ă  Robespierre sur la question essentielle de la poursuite de la guerre au cƓur de l'hiver 1793-94 ne laissent pas d'interroger sur la justesse de la qualification d'imposteur dont Pierre Vergniaud le qualifiait en aoĂ»t 1793, et du surnom de « Janus aux trois visages Â» que Camille Desmoulins, dĂ©cillĂ© sur son compte, lui appliquait dans un de ses derniers numĂ©ros du Vieux Cordelier. Olivier Blanc a enfin montrĂ©, preuves Ă  l'appui, que Bertrand BarĂšre, qui rĂ©ussit Ă  faire illusion auprĂšs de Robespierre, s'est considĂ©rablement enrichi pendant la RĂ©volution. Les biens nationaux qu'il acquit dans sa province et dans l'Ăźle Louviers, au centre de paris, les fonds qu'il avait placĂ©s en Grande-Bretagne - qu'il chercha Ă  rĂ©cupĂ©rer au dĂ©but de la Restauration - modifient trĂšs profondĂ©ment le regard « sentimental Â» que certains auteurs posent encore sur l'AnacrĂ©on de la guillotine[160].

Rapports

Dans un rapport fait Ă  la Convention nationale, au nom du ComitĂ© de Salut public, il se prononça sur « l’éducation rĂ©volutionnaire, rĂ©publicaine & militaire Â».

Contre les langues autres que le français Le 27 janvier 1794 (8 pluviĂŽse an II), il avait dĂ©clarĂ© dans un discours que « le Français deviendra la langue universelle, Ă©tant la langue des peuples Â».

« Parmi les idiomes anciens, welches, gascons, celtiques, wisigoths, phocĂ©ens ou orientaux, {..} nous avons observĂ© que l’idiome appelĂ© bas-breton, l’idiome basque, les langues allemande et italienne ont perpĂ©tuĂ© le rĂšgne du fanatisme et de la superstition, assurĂ© la domination des prĂȘtres, des nobles et des patriciens, empĂȘchĂ© la rĂ©volution de pĂ©nĂ©trer dans neuf dĂ©partements importants, et peuvent favoriser les ennemis de la France.

Le fĂ©dĂ©ralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et la haine de la RĂ©publique parlent allemand; la contre-rĂ©volution parle italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d’erreur.
Le despotisme maintenait la variété des idiomes.
D’ailleurs combien de dĂ©penses n’avons nous pas faites pour la traduction des lois des deux premiĂšres assemblĂ©es nationales dans les divers idiomes parlĂ©s en France! Comme si c’était Ă  nous Ă  maintenir ces jargons barbares et ces idiomes grossiers qui ne peuvent servir que les fanatiques et les contre-rĂ©volutionnaires !
Laisser les citoyens dans l’ignorance de la langue nationale, c’est trahir la patrie ; c’est laisser le torrent des lumiĂšres empoisonnĂ© ou obstruĂ© dans son cour; c’est mĂ©connaĂźtre les bienfaits de l’imprimerie, car chaque imprimeur est un instituteur public de langue et de lĂ©gislation.
Citoyens, la langue d’un peuple libre doit ĂȘtre une et la mĂȘme pour tous.
[...]

Tandis que les peuples Ă©trangers apprennent sur tout le globe la langue française [...] on dirait qu’il existe en France six cent mille français qui ignorent absolument la langue de leur nation [...] il n’appartient qu’à elle [la langue française] de devenir universelle Â»

.

Précédé par Bertrand BarÚre de Vieuzac Suivi par
Henri Grégoire
Président de la Convention
13-27 décembre 1792
Jacques Defermon

Publications

Outre plusieurs Ă©crits politiques et de nombreux Discours, BarĂšre est l’auteur de plusieurs Ă©crits littĂ©raires, parmi lesquels des Éloges de Louis XII, de l'HĂŽpital, de Montesquieu, de Jean-Jacques Rousseau, les BeautĂ©s poĂ©tiques des Nuits d’Young et les VeillĂ©es du Tasse. Ses MĂ©moires ont Ă©tĂ© publiĂ©s par Lazare Hippolyte Carnot, auteur d’une notice historique, et David d'Angers en 1834.


Sources

Notes et références

  1. ↑ Le Vieux Cordelier, n° 7 (l’an II).
  2. ↑ Lombard de Langres, Des jacobins, Paris, 1823, p. 90.
  3. ↑ (en) Ghita Stanhope and George Peabody Gooch, The Life of Charles, Third Earl Stanhope, 1914, p. 134. Charles Stanhope, qui se prĂ©sentait comme un ami de la France rĂ©volutionnaire, avait Ă©pousĂ© Louisa Grenville, fille de sir Henry Grenville, le diplomate.
  4. ↑ Dans L'Express du 7 juillet 1989, François Furet Ă©crivait : « Dans cette sagesse fin de siĂšcle, Robespierre n’a pas vraiment Ă©tĂ© rĂ©intĂ©grĂ© dans la dĂ©mocratie française. Le droite veille sur cet ostracisme en brandissant les mauvais souvenirs. Mais l’Incorruptible a plus Ă  craindre de ses amis que de ses ennemis. En l’embrassant trop Ă©troitement, l’historiographie communiste l’a entraĂźnĂ© dans un redoublement de dĂ©saffection Â».
  5. ↑ Pages mĂ©lancoliques, 1797.
  6. ↑ AN, MC, Et. Gondouin, le 10/3/1783 ; Et. Moreau, le 19 fĂ©vrier 1793, etc.; BN, Ms. fichier Charavay (BarĂšre, quittances de 1777 et 1793).
  7. ↑ AN, MC, Et. XXVII/489.
  8. ↑ RĂ©volution française, tome XL, 1901, p. 234-270.
  9. ↑ R. Launay, « le mariage de BarĂšre Â», le Correspondant, 1929, tome I, p. 737-752.
  10. ↑ Voir Le Temps du 28 aoĂ»t 1829.
  11. ↑ Selon Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) pour le 250e anniversaire de sa naissance, SociĂ©tĂ© des Ă©tudes robespierristes, 1963, 208 pages, p.  72, « BarĂšre passe rapidement sur la querelle entre Voltaire et Pompignan Â», rendant « un hommage dithyrambique au poĂšte Â».
  12. ↑ Annales de la SociĂ©tĂ© Jean-Jacques Rousseau, SociĂ©tĂ© Jean-Jacques Rousseau, GenĂšve, A. Jullien., 1965, vol. 36 (1963-1965), p. 350.
  13. ↑ Jean-Pierre Thomas, Bertrand BarĂšre: la voix de la RĂ©volution, Éditions DesjonquĂšres, 1989, 343 pages, p. 44.
  14. ↑ Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) pour le 250e anniversaire de sa naissance, SociĂ©tĂ© des Ă©tudes robespierristes, 1963, 208 pages.
  15. ↑ Shojiro Kuwase, Les confessions de Jean-Jacques Rousseau en France, 1770-1794: les amĂ©nagements et les censures, les usages, les appropriations de l'ouvrage, Champion, 2003, 328 pages, p. 171 (ISBN 2745307509).
  16. ↑ David Higgs, dans sa thĂšse, a trĂšs bien vu que BarĂšre, tout comme son ami Mailhe, dĂ©sirait partager les privilĂšges de la noblesse plutĂŽt que de dĂ©fendre les principes nouveaux, p. 18.
  17. ↑ Papiers Carnot.
  18. ↑ Morning Herald du 3 septembre 1793.
  19. ↑ C’est Ă  l’influence de ce prince qu’il obtint d’intĂ©grer la cour de cassation.
  20. ↑ Papiers Carnot, Acte sous seing privĂ© enregistrĂ© par le notaire Rouen le 28 juin 1791.
  21. ↑ Avec Merlin de Douai et Clarke, futur duc de Feltre.
  22. ↑ Lorsque les comĂ©diens français se chargĂšrent de monter la piĂšce « PamĂ©la Â», de François de Neufchateau, en 1793, BarĂšre y vit une allusion menaçante, et il fit aussitĂŽt envoyer les comĂ©diens français en prison : voyant qu’ils n’étaient toujours pas guillotinĂ©s comme prĂ©vu en messidor an II, il lancera contre eux une nouvelle accusation dans son discours du 5 thermidor.
  23. ↑ Le 9 juillet suivant, un dĂ©cret taxa Ă  triple imposition les Ă©migrĂ©s non rentrĂ©s avant deux mois : « Ă€ l’époque oĂč un citoyen prend ce nom d’émigrant, dit alors BarĂšre, il perd celui de citoyen Â».
  24. ↑ Garat devait son assension politique Ă  la protection de Jean-Joseph de Laborde, ancien trĂ©sorier royal et l’une des premiĂšres fortunes de France, formant une sorte de parallĂšle avec l’association BarĂšre/Savalette.
  25. ↑ New-York, Cornell University Library, et Paris, AN, F7/4386.
  26. ↑ À qui il Ă©vitera la peine de mort sous la Terreur.
  27. ↑ Voir le Moniteur, tome XIV, pp.639-640, 645 et 678, et Bertrand de Molleville, MĂ©moires, vol. X.
  28. ↑ CĂ©lĂšbre pour avoir confiĂ© le gigantesque marchĂ© des transports militaires et des armes Ă  des entrepreneurs acquis Ă  la contre-rĂ©volution monarchique comme LanchĂšres ou Beaumarchais.
  29. ↑ La phrase complĂšte de Thomas Jefferson : « L’arbre de la libertĂ© doit ĂȘtre arrosĂ© de temps en temps avec le sang des patriotes et des tyrans. C’est son engrais naturel. Â»
  30. ↑ Voir Buchez et Roux, Histoire parlementaire, XXVII, 130-132.
  31. ↑ Voir les dĂ©crets des 25 mars, 6 avril, 4 mai et 10 octobre 1793 sur les attributions exorbitantes du ComitĂ© de salut public qui furent balayĂ©es par dĂ©cret du 24 aoĂ»t 1794.
  32. ↑ Voir plus bas « Papiers de BarĂšre Â»; voir aussi d’Allonville, MĂ©moires secrets, III et, sur les falsifications, O. Blanc, MĂ©langes Michel Vovelle, Paris, 1997; La corruption sous la Terreur, biblio, p.211.
  33. ↑ Histoire de la RĂ©volution française.
  34. ↑ GĂ©nĂ©ral Gourgaud, p...; comtesse de Bohm, mĂ©moires, p.
  35. ↑ C'est grĂące Ă  Robespierre en revanche, selon les informations qu'avait recueillies lord Grenville, que Madame Elisabeth ne suivit pas immĂ©diatement sa belle-soeur sur l'Ă©chafaud. Son exĂ©cution n'eut lieu qu'en mai Ă  un moment oĂč Robespierre n'avait plus de moyens d'opposition au sein du ComitĂ© de salut public.
  36. ↑ Vergniaud dĂ©putĂ© du dĂ©partement de la Gironde Ă  BarĂšre et Ă  Robert Lindet, membres du ComitĂ© de salut public de la Convention nationale, Paris le 23 juin 1793, de l’imprimerie Robert, cf. AN, AFII/46.
  37. ↑ Le huit clos avait Ă©tĂ© obtenu par lui par dĂ©cret du 8 brumaire.
  38. ↑ Lombard de Langres, Des Jacobins, Paris, 1823, p.90.
  39. ↑ AN,446AP/15. Au moment du procĂšs de Louis XVI, BarĂšre alla mĂȘme jusqu’à anticiper la dĂ©claration de guerre avec l’Angleterre et l’Espagne, pour justifier la nĂ©cessitĂ© de mettre Louis XVI Ă  mort.
  40. ↑ La prĂ©cision des dĂ©tails, les lieux dĂ©signĂ©s, la mention des « collĂšges irlandais Â», l’énoncĂ© en clair de certains noms comme William Herries, dit, Ă  la française,HĂ©rrissĂ© (d’autres sont cryptĂ©s comme K..., c’est Ă  dire le banquier Guillaume Ker dont Albert Mathiez et de nombreux historiens aprĂšs lui ont Ă©tudiĂ© le rĂŽle dans les affaires de corruption parlementaire)ne laissent aucun doute, pour qui connaĂźt l’organisation du contre-espionnage britannique en France en 1793 sur l’authenticitĂ© du document.
  41. ↑ Dans une contrefaçon de l’édition de la Lettre anglaise, on trouve ainsi insĂ©rĂ© le nom reconnaissable de « B.t.z Â» qui ne se trouve pas dans la traduction originale.
  42. ↑ L’Alien bill de 1793 devait, en outre, provoquer l’expulsion de nombreux Ă©migrĂ©s français rĂ©fugiĂ©s Ă  Londres, dont Talleyrand qui partit aux États-Unis.
  43. ↑ RelevĂ©es pour certaines dans le Vieux Cordelier de Camille Desmoulins sur la responsabilitĂ© de l’incendie de la flotte Ă  Toulon qu’il attribuait aux Espagnols et aux Napolitains mais non aux Anglais.
  44. ↑ AN, F/74435.
  45. ↑ Camille Desmoulins, ƒuvres publiĂ©es par Albert Mathiez, II, p.293.
  46. ↑ CitĂ© par Hamel, p.451-452.
  47. ↑ Elle faillit elle-mĂȘme ĂȘtre mise en arrestation sur ordre de Le Bon: Annales rĂ©volutionnaires, 1939, p.340.
  48. ↑ Voir l’éloge de Le Bon par BarĂšre dans RĂ©volution française, tome XXII, 2296 (messidor an II).
  49. ↑ AN, F7/4435.
  50. ↑ Revue d’Histoire de la RĂ©volution, 1919, p.301.
  51. ↑ Lazare Hoche qui s’était distinguĂ© pour son intrĂ©piditĂ© et sa bravoure, qui avait Ă©voquĂ© la nĂ©cessitĂ© d’un soutien des Irlandais, fut, dit Paul Barras, arrĂȘtĂ© sur recommandation de BarĂšre et Carnot, contre l’avis de Robespierre, MĂ©moires, I, p.340 et Hamel.
  52. ↑ Tels les contre-amiraux Morard de Galle, Kerguelen, La Touche-TrĂ©ville ; les commandants Bruix, Lacrosse, Richery, Bouvet, Blanquet, Du Chayla, etc.
  53. ↑ Revue rĂ©trospective, 1901(2), p. 427.
  54. ↑ RĂ©volution française, vol. 54, 1908, p. 160-1.
  55. ↑ R. (L.), L’histoire et la lĂ©gende. Le rapport de BarĂšre et le rapport de Renaudin sur le combat du Vengeur, RĂ©volution française, 1881, t. 1, p. 407-419.
  56. ↑ « C’est cet homme atroce qui, Ă©crivit le conventionnel Courtois, le premier, attaqua Camille Desmoulins au sujet de ses numĂ©ros du Vieux Cordelier : il avait comme Ă  Florence le miel Ă  la bouche et le rasoir Ă  la ceinture Â», in Courtois, « Notes Â», RĂ©volution française, p. 934 et AndrĂ© Dumont, Compte-rendu, Paris, pluviose an V.
  57. ↑ Qui fut lui aussi arrĂȘtĂ©.
  58. ↑ La publication ultĂ©rieure du n° 7, par l’ex-dĂ©putĂ© Étienne-Jean Panis, proche de BarĂšre avec RovĂšre, Joseph FouchĂ©, Guffroy et autres, passe pour avoir subi des modifications et est trĂšs infidĂšle au manuscrit original dont l’avocat Matton de La Varenne avait eu copie. Voir les archives et papiers de Camille Desmoulins Ă  la BibliothĂšque historique de la ville de Paris, l’essai d’édition critique par A. Mathiez et H. Calvet et surtout les travaux de Charles Vellay.
  59. ↑ Barras, MĂ©moires, I, p.156.
  60. ↑ Voir la Gazette nationale ou Moniteur du 11 germinal an II: « dans ce temps mĂȘme, Danton dĂźna souvent rue Grange-BateliĂšre avec des Anglais, il dĂźnait avec Andres Maria Guzman, Espagnol, trois fois par semaine, et avec l’infĂąme Sainte-Amaranthe, le fils de Sartines, gendre de la Sainte-Amaranthe, et Lacroix. C’est lĂ  que ce sont fait quelques uns des repas Ă  cent Ă©cus par tĂȘte Â».
  61. ↑ Jean-François Rose, cĂ©lĂšbre traiteur installĂ© rue Grange-BateliĂšre n°26. A ne pas confondre avec l'espion anglais Augustus Rose, huissier Ă  la Convention nationale
  62. ↑ Elle est conservĂ©e aux AN, AFII/49 et a Ă©tĂ© publiĂ©e pour la premiĂšre fois par M. Alger, Atheneum, 1898, II, p.455.
  63. ↑ Tashereau de Fargues, Robespierre aux enfers, an III, p.17.
  64. ↑ Le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale joue un rĂŽle essentiel dans l’affaire Danton/Desmoulins, et c’est de cette Ă©poque que date la mĂ©fiance de Robespierre vis-Ă -vis du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale dont il cherchera vainement Ă  limiter la sphĂšre d’influence.
  65. ↑ Il est vraisemblable qu’un des interlocuteurs privilĂ©giĂ©s de BarĂšre au cabinet britannique ait Ă©tĂ© lord Mulgrave, qui entra Ă  Toulon en septembre 1793, puis fut envoyĂ© en mission aux Pays-Bas
  66. ↑ Le mĂȘme dont Bonaparte, grĂące Ă  MĂ©hĂ©e de Latouche, rĂ©vĂ©la les intrigues "criminelles" lorsqu'il Ă©tait ambassadeur Ă  Munich
  67. ↑ Leveson Gower, comte Grenville, secrĂ©taire des Affaires Ă©trangĂšres sous Pitt. CitĂ© par Claphan, A Royalist Spy during the Reign of Terror, English Historical Review, 1897
  68. ↑ Cf. The Life of Charles, Third earl of Stanhope, p.134.
  69. ↑ Papiers Carnot, Lettre de Barùre à Lewis Goldsmith du 29/8/1828.
  70. ↑ Anti-gallican monitor du 14 mars 1813; Olivier Blanc, Les espions de la RĂ©volution et de l’Empire, paris, 1995, p.39, 56-59 et 132.
  71. ↑ AN, W548.
  72. ↑ ibid.
  73. ↑ Sur le sujet voir les travaux de Richard Hayes.
  74. ↑ Le cĂ©lĂšbre ministre Ă©tait connu par sa dĂ©termination anti-française, pendant la rĂ©volution et l’Empire, et il ne recula devant aucun moyen pour nuire aux RĂ©publicains puis Ă  l’Empereur.
  75. ↑ Sa CarriĂšre diplomatique s'en ressentit par la suite car on le lui confia jamais de responsabilitĂ©s importantes. Voir Masson, Le DĂ©partement des Affaires Ă©trangĂšres sous la RĂ©volution.
  76. ↑ Ce gĂ©nĂ©ral originaire d’AmĂ©rique du Sud est mort en laissant tous ses papiers - publiĂ©s Ă  Caracas en 1930 - rĂ©vĂ©lant son implication pleine, entiĂšre et continue d’espion du gouvernement britannique, tant Ă  l’armĂ©e de Dumouriez en 1792 que dans le Paris de thermidor, puis chassĂ©, et passĂ© de Londres en AmĂ©rique du sud oĂč il avait pour mission de faire tomber le Mexique dans l’escarcelle britannique.
  77. ↑ AN, W548, dossier Madget.
  78. ↑ Troisiùme baron Mulgrave qui accompagna l'amiral Hood à Toulon en 1793
  79. ↑ AN, F74701/III (8 vendĂ©miaire an III).
  80. ↑ AN, AFII*226 fol.503 (autorisation de sĂ©jour Ă  paris le 11 florĂ©al an II); arrĂȘtĂ© Ă  Brest en l’an III.
  81. ↑ Olivier Blanc, Les espions, op. cit., p. 33-4.
  82. ↑ F. Rabbe « Thomas Paine Â», RĂ©volution française, tome XXXVI, 1899, p. 81, et O. blanc, Les Espions, op.cit., p.307.
  83. ↑ Il Ă©crivit le 4 aoĂ»t 1793 Ă  Desmoulins, demandant Ă  ĂȘtre conduit au ComitĂ© de salut public, s’engageant Ă  dĂ©montrer en prĂ©sence d’experts que la fameuse lettre anglaise et les notes du portefeuille imprimĂ©s chez Baudouin oĂč son nom se trouvait inscrit sont « fausses, archifausses et controuvĂ©es Â». Catalogue de lettres de M. J. L. de Nancy, vente du 25/1/1855, BHVP cote 32924. Camille Desmoulins avait alors pensĂ© que Arthur Dillon pourrait se disculper de façon Ă©clatante au Tribunal rĂ©volutionnaire sans encore rĂ©aliser que le gouvernement rĂ©volutionnaire Ă©tait dĂ©jĂ  instrumentĂ© par une poignĂ©e d’hommes - tant au ComitĂ© de salut public qu'aux Jacobins et Ă  la Convention -, ainsi qu’il eut le loisir de le constater avec le montage du procĂšs des Brissotins (au prĂ©texte de leur comportement BarĂšre les fit juger Ă  huis-clos): Lettre de Camille Desmoulins, dĂ©putĂ© de Paris, au Arthur Dillon-gĂ©nĂ©ral Dillon en prison aux Magdelonnettes (1793).
  84. ↑ Comme instigateurs prĂ©tendus de conspiration des prisons qui fut montĂ©e au Luxembourg, par les soins du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, lors du procĂšs de Danton: Acte d’accusation de Dillon conservĂ© Ă  la BM de Toulouse, Ms.984, fol.165.
  85. ↑ Cette expression qui dĂ©signe les partisans du gouvernement anglais et de son systĂšme politique et Ă©conomique, et non les « amis Â» de la nation anglaise, sera appliquĂ©e sous le Directoire aux membres et sympathisants du parti « Clychiste Â» dont quelques uns furent dĂ©portĂ©s aprĂšs le 18 fructidor an V.
  86. ↑ AN, AFII60, dos.436,p.51.
  87. ↑ AN, AFII/60, dos.436, p.51. BarĂšre a Ă©galement fait recruter le sieur Ganganelli, que l’on disait ĂȘtre le « neveu du pape Â», dans ce mĂȘme service.
  88. ↑ AN, MC DesprĂšs, 11/6/1813, testament de Nicolas Madget qui nomme Ferris son exĂ©cuteur testamentaire.
  89. ↑ Olivier Blanc, La Corruption sous la Terreur, Paris, Robert Laffont, 1989.
  90. ↑ Sur ce point d’histoire trĂšs important, il est essentiel de prendre connaissance des mĂ©moires du duc de GaĂ«te (p. 37) et de La RevelliĂšre-LĂ©peaux.
  91. ↑ Il est possible, en outre, que le « Vannelet Â» en poste Ă  la TrĂ©sorerie nationale, citĂ© par Jacques Godechot dans son brillant essai sur la contre-rĂ©volution, et Paul Savalette de Lange aient formĂ© une seule et mĂȘme personne.
  92. ↑ NommĂ©ment citĂ© dans les archives du ministre Grenville conservĂ©es au Public record office, voir O. Blanc, Les espions, op.cit., 79-82.
  93. ↑ Olivier Blanc, Les Espions de la RĂ©volution, Paris, Perrin, 1995, p. 50-1.
  94. ↑ Henry Phipps, troisĂšme baron Mulgrave colonel du 31 rĂ©giment d'infanterie, vice-amiral, qui occupa Toulon en 1793, puis fut chargĂ© de commandement en Hollande
  95. ↑ Ancien ambassadeur de la RĂ©publique de Venise Ă  Londres puis chargĂ© d’affaires de son gouvernement Ă  BĂąle, participant Ă  plusieurs rĂ©unions informelles avec des membres du ComitĂ© de salut public en septembre 1793, d’aprĂšs la correspondance de lord Grenville (qui parle curieusement de « HĂ©bert Â» au lieu de « BarĂšre Â», cf. Fortescue manuscripts). Il a probablement Ă©tĂ© l’un des informateurs de Drake et de Grenville.
  96. ↑ Parmi eux deux royalistes, LemaĂźtre, dĂ©noncĂ© et guillotinĂ© en l’an III, et Sandrier des Pommelles qui recueillit de Mme Blondel Ă  Arcueil le codicille secret au testament de Louis XVI provenant de Malesherbes, qu’il remit en main propre en l’an III en Suisse au comte d’Antraigues, son correspondant, Ă  qui il adressait des bulletins depuis 1791: LĂ©once Pingaud et Jacques Godechot ont Ă©tudiĂ© les modifications apportĂ©es par d’Antraigues Ă  ces informations avant de les rĂ©expĂ©dier aux gouvernements espagnols, russes ou britanniques. Quand d’Antraigues fut assassinĂ© Ă  Londres, probablement par les services secrets britanniques, le gouvernement anglais rĂ©cupĂ©ra aussitĂŽt ses archives. Voir aussi J. H. Claphan, « A royalist spy during the reign of terror Â», The English Historical Review, vol. 12, n° 45 (janvier 1897) p. 67-84 ; O. Blanc, Les Espions, op. cit..
  97. ↑ Bailleul, Almanach des bizarreries humaines, p.
  98. ↑ « La Convention nationale interdit Ă  toute autoritĂ© constituĂ©e d’attenter en aucune maniĂšre Ă  la personne des envoyĂ©s des gouvernements Ă©trangers. Les rĂ©clamations qui pourraient s’élever contre eux seront portĂ©es au ComitĂ© de salut public qui seul est compĂ©tent pour y faire droit. Â»
  99. ↑ Un registre des archives nationales conserve une liste de ces personnes, parmi lesquelles on trouve aussi bien des interprĂštes comme Samuel Baldwyn ou les espions Auguste Miles ou encore Sullivan qui fut envoyĂ© Ă  Brest, que des « manieurs d’argent Â» dont certains avaient des instructions et des fonds ouverts par leurs gouvernements : AN, AFII*226.
  100. ↑ Arnaud de Lestapis, « Autour d’Admirat Â», Annales historiques de la RĂ©volution, 1957.
  101. ↑ MĂ©moires, III, 257.
  102. ↑ AN, F7/3036 p.53.
  103. ↑ Jean-Hoseph-Guy-Henry de Guilhem du Bourguet, marquis de Travanet, ancien banquier de jeu de la reine, administrateur de la Cie des Eaux de Paris, agioteur et spĂ©culateur sur les biens nationaux - il est l’acquĂ©reur, en mai 1791, de l’abbaye de Royaumont pour en faire une carriĂšre de pierres: son exemple sera suivi. Voir Claude Hohl, Contribution Ă  l’histoire de la Terreur, Paris, BN, p.49. Un document publiĂ© par Albert Mathiez semble indiquer que le banquier d’origine suisse Jean-FrĂ©dĂ©ric Perregaux, fut aussi, au dĂ©but de la RĂ©volution, mĂȘlĂ© aux tentatives de pourrissement de la Convention. L’enrichissement subi de certains conventionnels, indĂ©niable, tient toutefois beaucoup moins Ă  l’or anglais qu’aux dĂ©tournements de biens confisquĂ©s ou aux spĂ©culations sur les biens nationaux.
  104. ↑ A. Aulard, Cent lettres de BarĂšre, RĂ©volution française, t. 49, 1905.
  105. ↑ Mme Demailly possĂ©dait une imprimerie rue de la Perle Ă  Paris et son frĂšre Gilles, qui en assurait la direction, Ă©tait dĂ©vouĂ© Ă  BarĂšre qui lui confiait d’importantes publications officielles.
  106. ↑ Fondateur avec l’abbĂ© Arthur Dillon, dit Coquillard, de la Feuille du Jour, journal ultra-royaliste, rĂ©chappĂ© avec l’abbĂ© Dillon des prisons de septembre 1792, grĂące Ă  Manuel, le citoyen Parisau survĂ©cut Ă  la Terreur.
  107. ↑ SupplĂ©ment Ă  l’accusation de Laurent Lecointre, Paris, l’an III, p.9.
  108. ↑ Le principe d'une cession des colonies contre la neutralitĂ© de l'Angleterre avait Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par certains dĂ©putĂ©s comme PĂ©tion
  109. ↑ Lire le Moniteur, vol.XX, p.580 et «  Â».
  110. ↑ BarĂšre Ă©tait dĂ©jĂ  en relation le 30 avril 1790 avec l’abbĂ© d’Espagnac, AN, 315AP, IV, dossier 3 (n°20).
  111. ↑ Dont les Ă©crits sont beaucoup plus exacts qu'on l'avait cru jusqu'Ă  maintenant
  112. ↑ voir sur ce point l’ouvrage de Foiret, une corporation..., p.440. Le mĂȘme jour on liquida les charges de Jean Bernard, receveur particulier des impositions de la Ville de Paris, et le 28 pluviĂŽse celle de Benoit Chauchat, payeur de rentes, ou encore de Pierre-Basile Thion de la Chaume, contrĂŽleur des payeurs de rentes de la Ville, et les charges de bien d’autres administrateurs et commissionnaires qui pour beaucoup allĂšrent en prison.
  113. ↑ « Il n’a fait que devancer la guillotine Â» disait BarĂšre avec une pointe de dĂ©ception. DĂ©pĂŽt de titres et testament dĂ©posĂ© chez le notaire Delarue, les 19 et 21 germinal an II.
  114. ↑ Foiret, Une corporation....; R. Hesdin, op. cit., p....: « au moyen de la femme Villeneuve, de fortes sommes de l’argent public sont passĂ©es Ă  BarĂšre Â».
  115. ↑ Le masque de verre ou Notes historiques pour servir au procùs qui s’instruit dans l’opinion publique contre Barùre de Vieuzac, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois, Paris, de l’Imprimerie des droits du peuple, rue de la Loi, l’an III.
  116. ↑ Cette idĂ©e a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par ThĂ©veneau de Morande et fut reprise par Camille Desmoulins et autres.
  117. ↑ article 4, titre Ier, 1re partie, Code pĂ©nal de 1791.
  118. ↑ H. Foignet, Une corporation parisienne..., p..., et Olivier Blanc, Les espions, p.84.
  119. ↑ AN, DIII/346; Ă©voquĂ© par l’auteur des MĂ©moires de Vilate, etc.
  120. ↑ CitĂ© par Montgaillard dans Olivier Blanc, Les espions de la RĂ©volution et de l’Empire, paris, 1995, p. 84, et duchesse d’AbrantĂšs, Les salons... ; Olivier Blanc, La DerniĂšre lettre, Paris, 1985.
  121. ↑ Revue des CuriositĂ©s rĂ©volutionnaires, II, 1911-1912.
  122. ↑ Voir sur cette affaire, Dubedat, Histoire du Parlement de Toulouse, Paris, 1885. Il y eut plusieurs personnes qui furent exĂ©cutĂ©s sans que leurs noms aient Ă©tĂ© enregistrĂ©s. Il en est ainsi, entre autres, de Rousseau, fameux architecte de la ville de Paris, qui disparut anonymement dans une de ces fausses conspirations de prisons et dont on n’a pas l’extrait mortuaire.
  123. ↑ « Les morts ne reviennent pas. Â».
  124. ↑ ƒuvres publiĂ©es par Albert Mathiez, tome II, p. 293.
  125. ↑ Il s’agit du dĂ©cret du 10 mars 1793 sur l’inviolabilitĂ© des dĂ©putĂ©s: dix jours aprĂšs la chute de Robespierre, au moment de la rĂ©organisation des comitĂ©s, on entendit CambacĂ©rĂšs insister avec chaleur pour leur interdire la facultĂ© d’attenter Ă  la libertĂ© des Conventionnels, facultĂ© que le mĂȘme CambacĂ©rĂšs avait proposĂ© le 10 mars 1793 de leur attribuer dans toute sa latitude.
  126. ↑ Camille Desmoulins parle Ă©videmment de la Convention. Les Brissotins ont Ă©tĂ© jugĂ©s Ă  l’époque de la Convention nationale (octobre 1793).
  127. ↑ Il le reconnut lui mĂȘme dans sa dĂ©fense publiĂ©e en l’an III; BarĂšre de Vieuzac, DĂ©fense. Appel Ă  la Convention nationale et aux rĂ©publicains français. 26 pluviose an III, paris, Charpentier an III.
  128. ↑ SupplĂ©ment Ă  l’accusation de Laurent Lecointre. PiĂšce trouvĂ©e dans les papiers de Robespierre (an III), p.7.
  129. ↑ L’imprimeur anglais Stone qui avait une couverture de patriote ami de la France et de la RĂ©volution, est citĂ© par Lewis Goldsmith comme Ă©tant une des « recrues Â» de BarĂšre[rĂ©f. insuffisante], au mĂȘme titre que Madget et Charles Somers. Avec son frĂšre William, les Stone Ă©taient connus des services de police du Consulat et de l’Empire comme agents d’influence du gouvernement britannique.
  130. ↑ O. Blanc, Les espions, op. cit., p.63, 66-67, 311.
  131. ↑ Il y entra dĂšs le dĂ©but, et Carnot vint l’y rejoindre. Robespierre n’y entra que plus tard.
  132. ↑ C’est le 7 nivĂŽse an III qu’une commission avait commencĂ© d’instruire la procĂ©dure; voir AN, DIII/344 (dĂ©nonciations reçues), et Laurent Lecointre, Les crimes de sept membres des anciens comitĂ©s de salut public et de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, Paris, Maret (nivĂŽse) an III (251p.); Suite Ă  l’accusation de Laurent Lecointre, Paris, an III; Jean-baptiste Saladin, rapport... pour l’examen de la conduite des reprĂ©sentants du peuple Billaud-varenne, Collot d’Herbois et BarĂšre (...) Fait le 1Ă© ventĂŽse an III, paris, baudouin, an III; « Le masque de verre ou Notes historiques pour servir au procĂšs qui s’instruit dans l’opinion publique contre BarĂšre de Vieuzac, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois Â», etc.
  133. ↑ F1c/III/Seine/16.
  134. ↑ OĂč pĂ©rit le dĂ©putĂ© FĂ©raud.
  135. ↑ AN, AFIV/II/301.
  136. ↑ F7*/642, n°4951 demande de passeport pour Barùre et son frùre le 15 pluviose an V.
  137. ↑ Cuvilliers-Fleury, Portraits politiques et rĂ©volutionnaires, Paris, 1852, p.121.
  138. ↑ SecrĂ©taire d’état pour les affaires Ă©trangĂšres en 1807-1809 et premier lord de l’AmirautĂ©.
  139. ↑ O. Blanc, Les espions, op. cit., p.84-85.
  140. ↑ Vraisemblablement Ă  Altona ville frontiĂšre Ă  la sortie de Hambourg, mais en territoire danois, plaque tournante de l’espionnage international pendant les guerres de la RĂ©volution et de l’Empire. Roques de Montgaillard, l’État de la France en 1794, p. .
  141. ↑ AN, F/7/6678/12: Paris, le 12 pluviose an VIII « le ministre de la police gĂ©nĂ©rale de la RĂ©publique charge le chef de bureau des archives de remettre au citoyen BarĂšre les papiers qui lui appartiennent et qui proviennent des archives du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale Â» SignĂ© : FouchĂ© et « reçu le 12 pluviĂŽse an VIII, BarĂšre Â».
  142. ↑ Luzzatto Sergio, MĂ©moire de la Terreur, Lyon, Presse Universitaires de Lyon (pour la traduction française), 1991 (1988 en italien), 223 p.
  143. ↑ Leo Gershoy, Bertrand BarĂšre, A reluctant terrorist, Princeton, Princeton university press, 1962, p. 293.
  144. ↑ CitĂ© par Jean-RenĂ© Suratteau, « BarĂšre Â», dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la RĂ©volution française, Paris, PUF, 1989, p. 76.
  145. ↑ Ibid., p. 76.
  146. ↑ Maximilien Robespierre, « discours du 4 septembre 1793 Â» (18 fructidor an I), ƒuvres ComplĂštes, Paris, PUF et SociĂ©tĂ© des Ă©tudes robespierristes, 1967, p. 96.
  147. ↑ CitĂ© par Leo Gershoy, Bertrand BarĂšre, A reluctant terrorist, op. cit, p. IX.
  148. ↑ Macaulay Thomas Babington, Bertrand BarĂšre, Paris, Dentu, 1888. On trouve encore aujourd’hui des traces de ce rejet sous la plume d’historiens pourtant reconnus : « et les vocifĂ©rations de BarrĂšre (sic) contre la « race infĂąme Â» des VendĂ©ens en 1793. Â» Emmanuel de Waresquiel, « La RĂ©volution selon Guenniffey Â», Le Monde, 21 Septembre 2000.
  149. ↑ Leo Gershoy, Bertrand BarĂšre a reluctant terrorist, op. cit, p. 388.
  150. ↑ Robert Launay, BarĂšre de Vieuzac, L'AnacrĂ©on de la guillotine, Paris, Taillandier, 1929, 325 pages.
  151. ↑ Bernard Gainot, Dictionnaire des membres du ComitĂ© de Salut Public, Paris, Tallandier, 1990, p. 84.
  152. ↑ Leo Gershoy, Bertrand BarĂšre a reluctant terrorist, op. cit, p. 401.
  153. ↑ Jean-Pierre Thomas, Bertrand BarĂšre, la voix de la RĂ©volution, Paris, DesjonquĂšres, 1989, 343 pages.
  154. ↑ Jean-François Soulet (prĂ©face de), Bertrand BarĂšre un parcours, Tarbes, Mairie de Tarbes, 2005, 134 pages.
  155. ↑ RenĂ© Trusses, BarĂšre Ă  la tribune, Tarbes, ComitĂ© LibertĂ© EgalitĂ© FraternitĂ© des Hautes-PyrĂ©nĂ©es, 1989, 54 p.
  156. ↑ Pierre Serna, « BarĂšre penseur et acteur d'un premier opportunisme rĂ©publicain face au directoire exĂ©cutif Â», Annales Historiques de la RĂ©volution française, avril 2003, numĂ©ro 332, p. 101-128.
  157. ↑ Pierre Serna, La RĂ©publique des girouettes, Seyssel, Champ Vallon, 2005, 570 pages.
  158. ↑ Ibid., p. 363.
  159. ↑ Voir Olivier Blanc, « BarĂšre Vieuzac Â», in Les hommes de Londres, Histoire secrĂšte de la Terreur, Paris, Albin Michel, pp. 59-77 et 90-185; « Autour de BarĂšre Â», in La corruption sous la Terreur, Paris, Robert Laffont, 1992, pp. 98-117; et surtout « les espions du ComitĂ© de salut public Â», in Les espions de la RĂ©volution et de l'Empire, Paris, 2003, pp. 50-72.

Articles connexes

Bibliographie

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  • Olivier Blanc, Les espions de la RĂ©volution et de l’Empire, Paris, Perrin, 1995.
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    • « le proscrit, le malheureux, l’infortunĂ©, le pauvre: le libĂ©ralisme Ă©galitaire de Bertrand BarĂšre Â», Mulhouse, IIIe symposium humaniste de Mulhouse, 1991.
    • Trente ans aprĂšs: Bertrand BarĂšre sous la Restauration ou la rhĂ©torique du TĂ©nare, UniversitĂ© Paris 1 PanthĂ©on Sorbonne, mĂ©moire de thĂšse, 1992.
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  • Michel Vovelle, La RĂ©volution française, image et rĂ©cit, Paris, Messidor, 1986, tome 3, chapitre 16, p. 300-335 (On peut aussi apprĂ©cier le jugement de l'historien Michel Vovelle : « Recrue relativement tardive du parti montagnard, BarĂšre a jouĂ© un rĂŽle important dans le gouvernement rĂ©volutionnaire... Sa personnalitĂ© a Ă©tĂ© diversement apprĂ©ciĂ©e : on ne peut lui dĂ©nier une constance qui en fait au-delĂ  de Thermidor un Montagnard fidĂšle. Â» (La RĂ©volution française, images et rĂ©cit, Paris, Messidor, 1989, tome IV p. 31.)
  • Sophie Wahnich, Marc Belissa, « Les Crimes des Anglais, trahir le droit Â», Annales Historiques de la RĂ©volution française', 1995, no 300, p. 233-248.
  • Koichi Yamazaki, « Un discours de BarĂšre prononcĂ© avant la RĂ©volution Â», Paris, Annales Historiques de la RĂ©volution française, novembre 1985, no 262, p. 500-509.
  • Koichi Yamazaki, « Les Ă©loges de Montesquieu par BarĂšre Â», dans Study Series, Hitotsubashi university, Center for historical science literature, mars 1989, no 18, 49 pages.

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