Benjamin Constant

ÔĽŅ
Benjamin Constant
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Benjamin Constant (homonymie) et Constant.
Benjamin Constant
Portrait de Benjamin Constant (1767-1830)
Portrait de Benjamin Constant (1767-1830)

Activités Romancier Essayiste
Naissance 25 octobre 1767
Lausanne
D√©c√®s 8 d√©cembre 1830
Paris
Mouvement Libéralisme Romantisme
Ňíuvres principales

Benjamin Constant de Rebecque, n√© √† Lausanne le 25 octobre 1767, d√©c√©d√© √† Paris le 8 d√©cembre 1830, inhum√© au cimeti√®re du P√®re-Lachaise[1], est un romancier, homme politique, et intellectuel engag√© franco-suisse.

R√©publicain et engag√© en politique depuis 1795, il soutiendra le Coup d'√Čtat du 18 fructidor an V, puis celui du 18 Brumaire. Il devient sous le Consulat le leader de l'opposition lib√©rale d√®s 1800. Apr√®s avoir quitt√© la France pour la Suisse puis l'Allemagne, il se rallie √† Napol√©on pendant les Cent jours, et il revient en politique sous la Restauration. √Člu d√©put√© en 1818, il le sera encore √† sa mort en 1830. Chef de file de l'opposition lib√©rale, connue sous le nom des ¬ę Ind√©pendants ¬Ľ, il est l'un des orateurs les plus en vue de la Chambre des d√©put√©s et d√©fend le r√©gime parlementaire. Lors de la R√©volution de juillet, il soutient l'installation de Louis-Philippe sur le tr√īne.

Auteur de nombreux essais sur des questions politiques ou religieuses, Benjamin Constant est aussi l'auteur de romans psychologiques sur le sentiment amoureux comme Le Cahier rouge (1807), o√Ļ se retrouvent des √©l√©ments autobiographiques de son amour pour Madame de Sta√ęl, et Adolphe (1816).

Sommaire

Biographie

Benjamin Constant na√ģt le 25 octobre 1767 √† Lausanne, fils de Louis-Arnold-Juste Constant de Rebecque (colonel dans un r√©giment suisse au service de la Hollande, √† Huningue en septembre 1772) et d'Henriette-Pauline de Chandieu (morte des suites de ses couches le 10 novembre suivant), dans une famille de descendant de r√©fugi√©s huguenots du d√©but du XVIIe si√®cle.

Suivant son p√®re constamment en voyage, il ach√®ve ses √©tudes √† l'universit√© de Nuremberg en Bavi√®re (1782), puis en √Čcosse √† l'universit√© d'√Čdimbourg (1783). Il passe la plus grande partie de sa vie en France, en Suisse et en Grande-Bretagne. En 1787, il rencontre √† Paris Mme de Charri√®re, avec laquelle il entame une liaison et une longue correspondance. Son p√®re l'attache en mars 1788 comme chambellan √† la cour de Brunswick, o√Ļ il √©pouse le 8 mai 1789 Johanne Wilhelmine Luise, dite Minna, baronne de Cramm (1758-1825) et dame d'honneur de la duchesse de Brunswick Augusta de Hanovre, puis devient conseiller de l√©gation.

Le 11 janvier 1793, il rencontre Charlotte de Hardenberg (1769-1845), fille d'un conseiller de l√©gation et ni√®ce de Hardenberg, mari√©e depuis 1787 √† Wilhelm Albrecht Christian, baron de Mahrenholz (1752-1808), avec laquelle il se lie d'amiti√©. Charlotte divorce, tandis que les Constant se s√©parent fin mars 1793, avant d'engager en juin 1794 une proc√©dure de divorce, lequel est prononc√© le 18 novembre 1795[2],[3],[4]. Apr√®s le d√©part de Constant en ao√Ľt 1794, Charlotte se remarie √† Brunswick le 14 juin 1798 avec le vicomte Alexandre Maximilien du Tertre (1774-1851), un √©migr√© fran√ßais dont elle divorce en mai 1807. Le 5 juin 1808, Benjamin et Charlotte se marient en secret. Charlotte restera l'√©pouse de Benjamin jusqu'√† la mort de celui-ci en 1830, et mourra elle-m√™me en juillet 1845.

Il entretient de 1794 √† 1810 une liaison fameuse avec Germaine de Sta√ęl, et la richesse de leurs √©changes intellectuels au sein du Groupe de Coppet en fait l'un des couples les plus en vue de leur √©poque. Il √©change une longue correspondance avec sa cousine Rosalie pour qui il a beaucoup d'affection. Il est tr√®s actif dans la vie publique durant la deuxi√®me moiti√© de la R√©volution fran√ßaise puis sous la Restauration fran√ßaise.

Sous la Révolution française

Quittant la Suisse, Benjamin Constant arrive √† Paris avec Mme de Sta√ęl le 25 mai 1795, peu apr√®s la journ√©e de prairial, et fait ses d√©buts politiques. Il commence par faire para√ģtre un violent r√©quisitoire contre le projet de d√©cret des deux-tiers, avant de faire volte-face, un mois plus tard, et d'appeler, sous l'influence de Jean-Baptiste Louvet de Couvray, avec lequel il s'est li√© d'amiti√©, au soutien de la constitution de l'an III et des conventionnels qui l'ont enfant√©e[5]. Il publie les ¬ę Lettres √† un d√©put√© de la Convention ¬Ľ dans les Nouvelles politiques, nationales et √©trang√®res de Suard (24-26 juin 1795). Le 15 octobre 1795, le Comit√© de salut public exilant Mme de Sta√ęl, il la suit dans son retour en Suisse.

Entre la journ√©e de vend√©miaire et celle de fructidor, il s'√©mancipe de la tutelle et du salon de Mme de Sta√ęl et se lie avec Paul Barras, s'engageant en faveur de la politique directoriale[5]. Mi-avril 1796, il publie sa premi√®re brochure politique importante : De la force du gouvernement actuel et de la n√©cessit√© de s'y rallier, ins√©r√©e dans Le Moniteur. Fin mai-d√©but juin 1797, il publie Des effets de la Terreur √† la suite de la seconde √©dition de De la force du gouvernement actuel et de la n√©cessit√© de s'y rallier. Devenu orateur au Cercle constitutionnel de la rue de Lille, qui r√©unit les r√©publicains mod√©r√©s, il s'oppose au club de Clichy.

Apr√®s la coup d'√Čtat du 18 fructidor an V, il sollicite aupr√®s de Barras, dans une lettre dat√©e du 27 mars 1798, d'√™tre agr√©√© par le gouvernement comme candidat officiel, mais sans succ√®s. Le virage √† gauche du Directoire et la pouss√©e √©lectorale des N√©o-jacobins le marginalisent. La presse directoriale et n√©o-jacobine lancent de vives campagnes de presse contre ce ¬ę professeur d'oligarchie ¬Ľ. Lors des √©lections de l'an VI, il subit un √©chec cuisant. Malgr√© la mobilisation des r√©seaux de Mme de Sta√ęl, il ne parvient pas √† devenir d√©put√© du L√©man. De retour √† Paris, exclu de la comp√©tition √©lectorale de l'an VII, il se lie avec Siey√®s, nomm√© au Directoire le 16 mai 1799, et soutient ses projets de r√©vision constitutionnelle[5].

Absent de Paris du 14 au 17 brumaire pour se porter √† la rencontre de Mme de Sta√ęl, alors de retour dans la capitale, il y arrive en sa compagnie le soir du 18 brumaire (9 novembre 1799). Le lendemain, il assiste √† Saint-Cloud au coup d'√Čtat de Bonaparte. Le 24 d√©cembre, Siey√®s, qui est alors occup√© √† placer ses amis et alli√©s, le fait nommer au Tribunat, malgr√© de nombreuses oppositions et les r√©ticences de Bonaparte[6].

Avec d'autres lib√©raux, il s'y oppose bient√īt √† la monarchisation du r√©gime, s'opposant √† l'√©tablissement des tribunaux sp√©ciaux, et participe √† la r√©daction d√©finitive du Code civil. Le 5 janvier 1800, il prononce au Tribunat son premier discours, qui le fait appara√ģtre comme le leader de l'opposition lib√©rale, dans lequel il d√©nonce ¬ę le r√©gime de servitude et de silence ¬Ľ qui se pr√©pare. L'√©t√© 1801 voit son d√©part pour la Suisse, et, le 17 janvier 1802 il est √©limin√© du Tribunat.

√Čloign√© de Paris avec Mme de Sta√ęl sur l'ordre de Napol√©on en 1803, il passe en Allemagne. √Ä Weimar, il rencontre Friedrich von Schiller, Johann Wolfgang von Goethe, Christoph Martin Wieland et Johann Gottfried von Herder. Nomm√© membre de l'acad√©mie de G√∂ttingen, il traduit en vers fran√ßais le Wallenstein de Schiller (1809).

Sous l'Empire

En d√©cembre 1804, il retrouve √† Paris Charlotte de Hardenberg, avec laquelle il entame une liaison en octobre 1806. Charlotte et le vicomte du Tertre divorcent en 1807 et, Mme de Sta√ęl ayant refus√© de l'√©pouser apr√®s le d√©c√®s de son mari, il se marie secr√®tement avec Charlotte √† Besan√ßon le 5 juin 1808[7]. Entr√© vers la m√™me √©poque en relations avec Bernadotte, il est d√©cor√© de l'√Čtoile polaire.

En 1814, il fait para√ģtre De l'esprit de conqu√™te et d'usurpation dans leurs rapports avec la civilisation actuelle, hostile √† Napol√©on. Par l'entremise de Mme R√©camier, il est charg√© par la reine de Naples de d√©fendre ses int√©r√™ts au Congr√®s de Vienne. Sous la Premi√®re Restauration, il d√©fend l'alliance des Bourbons avec l'h√©ritage issu de la R√©volution dans Le Journal des D√©bats. Aussi, quand lui parvient la nouvelle du retour de l'√ģle d'Elbe de Napol√©on, il publie le 19 mars 1815 un article dans lequel il le traite ¬ę d'Attila, de Gengis Khan, plus terrible, plus odieux encore ¬Ľ, affirmant : ¬ę Je n'irai pas, mis√©rable d√©serteur, me tra√ģner d'un pouvoir √† l'autre, couvrir l'infamie par le sophisme, et b√©gayer des paroles profan√©es pour racheter une existence honteuse ¬Ľ. Puis il part pour Nantes avec l'id√©e de s'exiler aux √Čtats-Unis, avant de rentrer √† Paris, o√Ļ Napol√©on le fait appeler le 14 avril pour lui demander un projet de constitution.

Les Cent-Jours

Ralli√© √† l'Empire, il est nomm√© au Conseil d'√Čtat (20 avril 1815) et participe √† la r√©daction de l'Acte additionnel (24 avril 1815). Il formule sa th√©orie du r√©gime parlementaire dans Principes de politique applicables √† tous les gouvernements repr√©sentatifs (29 mai 1815).

Apr√®s la seconde abdication de Napol√©on, il se r√©fugie √† Bruxelles (1er novembre 1815), puis en Angleterre (27 janvier 1816), bien que sa condamnation √† l'exil, prononc√©e le 19 juillet 1815, ait √©t√© r√©voqu√©e par le Roi le 24 juillet suivant, et y publie Adolphe.

Sous la Restauration

Benjamin Constant reprend la route de Paris le 27 septembre 1816, suite √† la dissolution de la Chambre des d√©put√©s des d√©partements, le 10. Oppos√© aux Ultras, il fait para√ģtre Des moyens de rallier les partis en France, collabore au Mercure, fonde La Minerve et fait des conf√©rences √† l'Ath√©n√©e. Candidat √† Paris aux √©lections d'octobre 1818, il √©choue de quelques voix du fait de l'opposition du minist√®re. Toutefois, le 25 mars 1819, il est √©lu d√©put√© de la Sarthe avec 667 voix sur 1 051 votants et 1 490 inscrits. Si√©geant dans l'opposition lib√©rale, il d√©fend les principes de la Charte, s'oppose √† la loi contre la libert√© de la presse et les lois d'exception. En juin 1822, apr√®s une pol√©mique dans la presse, il se bat en duel avec Forbin des Issarts. R√©√©lu lors des √©lections de 25 f√©vrier 1824 d√©put√© du 4e arrondissement de Paris par 737 voix sur 1 355 votants 1 475 inscrits. Contest√©e √† cause de sa nationalit√© suisse, son √©lection est finalement valid√©e. Puis, lors des √©lections du 17 novembre 1827, il est r√©√©lu √† la fois dans la circonscription de la Seine, o√Ļ il obtient 1 035 voix sur 1 183 votants et 1 291 inscrits, et dans le 2e arrondissement √©lectoral du Bas-Rhin (Strasbourg), avec 124 voix sur 243 votants et 268 inscrits ; il choisit la seconde. Durant ces deux l√©gislatures, il s'oppose aux lois sur le sacril√®ge, sur le droit d'a√ģnesse (1826) et ¬ę de justice et d'amour ¬Ľ contre la presse (1827). L'un des 221 en 1830, il est r√©√©lu √† Strasbourg le 23 juin 1830 par 201 voix sur 275 votants et 296 inscrits.

Chef de file de l'opposition lib√©rale de gauche (connue sous le nom des ¬ę Ind√©pendants ¬Ľ), il est l'un des orateurs les plus √©loquents de la Chambre des d√©put√©s. Pass√© sans enthousiasme dans l'opposition dynastique apr√®s les ordonnances de juillet, il contribue √† l'av√®nement de Louis-Philippe, qui le soulage de ses soucis financiers en lui faisant un don de 300 000 francs, tout en protestant que ¬ę la libert√© passe avant la reconnaissance ¬Ľ. Le 27 ao√Ľt 1830, apr√®s l'abdication de Charles X, le 2 ao√Ľt, il est nomm√© pr√©sident d'une section au Conseil d'√Čtat. R√©√©lu le 21 octobre 1830 avec 208 voix sur 237 votants et 279 inscrits, il prononce son dernier discours √† la Chambre le 19 novembre.

Tombe de Benjamin Constant

Malade, il d√©c√®de le 8 d√©cembre 1830. Des fun√©railles nationales lui sont organis√©es le 12 d√©cembre 1830. Lors de la c√©r√©monie, des jeunes gens veulent porter son cercueil au Panth√©on, mais ils en sont emp√™ch√©s. Un d√©put√© ayant √©galement sollicit√© cet honneur pour le d√©funt, la proposition est mise au vote, mais n'obtient pas la majorit√©. Benjamin Constant est en cons√©quence inhum√© au cimeti√®re parisien du P√®re-Lachaise (29√®me division).

L'affaire Wilfrid Regnault

En 1817, il prend fait et cause pour Wilfrid Regnault. Celui-ci, accus√© d'avoir assassin√© une veuve √† Amfreville, un village de Normandie, est condamn√© √† mort le 29 ao√Ľt 1817 par la Cour d'assises de l'Eure. Ce jacobin normand avait v√©cu √† Paris et √©tait soup√ßonn√© d'avoir particip√© aux massacres de septembre sous la R√©volution.

Benjamin Constant, √† la suite du jeune Odilon Barrot, avocat de Regnault, estime que la r√©putation de Regnault a contribu√© grandement √† sa condamnation. Le maire d'Amfreville-la-Campagne est en effet un noble, ancien d√©put√© ultra de la Chambre introuvable de 1815. Il a particip√© √† l'enqu√™te, et s'est par la suite av√©r√© l'auteur d'une note, parue dans la presse, calomnieuse √† l'√©gard de Regnault. Constant reprend tous les √©l√©ments de l'enqu√™te et poursuit comme publiciste la d√©marche que les avocats de Regnault avaient initi√©e : il confronte les t√©moignages, fait dresser un plan du village d'Amfreville, r√©pertorie les incoh√©rences et les contradictions des t√©moignages et lance une campagne de presse en faveur de Regnault, analysant toutes les incoh√©rences de l'accusation une √† une, avec autant de pr√©cision, de verve et de rigueur que Voltaire dans l'affaire Calas.

Les diff√©rentes voies judiciaires n'ayant pas abouti √† sauver la t√™te de Regnault, le dernier recours est en effet l'instance royale, au moyen de l'opinion publique. Constant obtient, √† la suite de la publication de deux brochures intitul√©es Lettres √† Odilon Barrot, et de la campagne de presse qui suit, la commutation de la peine en vingt ans d'emprisonnement (au grand dam des ultras) √† d√©faut de la reconnaissance de son innocence et de la gr√Ęce. Regnault sortira de prison en octobre 1830, et n'aura jamais rencontr√© Benjamin Constant.

√Ä travers cette affaire particuli√®re, c'est le droit, pour chaque personne, de combattre une d√©cision judiciaire inique que d√©fendait Constant. Dans un article paru dans la Minerve en mars 1818, il explique : ¬ę Encore un mot sur le proc√®s de Wilfrid-Regnault ¬Ľ, il √©crit : ¬ę C'est aujourd'hui plus que jamais que les formes doivent √™tre respect√©es [...], que tout Fran√ßais a le droit de s'enqu√©rir si on les observe, si toutes les vraisemblances ont √©t√© pes√©es, tous les moyens de d√©fense appr√©ci√©s √† leur juste valeur. ¬Ľ Il ajoutait que ¬ę mille motifs se r√©unissent pour entra√ģner les hommes, sans qu'ils s'en doutent, hors de la ligne, devenue √©troite et glissante, de la scrupuleuse √©quit√©[8]. ¬Ľ

Ňíuvre

Les commentateurs ont longtemps tenu le lib√©ralisme de Constant pour une simple rationalisation de l'√©go√Įsme et de l'int√©r√™t mat√©riel ou comme un √©cran id√©ologique au triomphe d'un gouvernement √©litiste. Ces reproches, comme ceux qui associent Constant √† une girouette, datent de l'√©poque m√™me de Constant, et l'historien pol√©miste Henri Guillemin s'en est fait l'un des plus bruyants porte-parole.

Depuis une trentaine d'ann√©es cependant, les travaux sur les √©crits, les manuscrits et la pens√©e de Constant ont compl√®tement invalid√© cette vision. L'√©dition des Principes de politique (1806-1810), manuscrit rest√© in√©dit jusqu'en 1980, a constitu√© un moment important √† cet √©gard. On s'est de m√™me rendu compte de l'unit√© de l'Ňďuvre de Constant, loin des images de girouette : tant que les principes qu'il promeut peuvent √™tre appliqu√©s, peu lui importe en somme le mode de gouvernement (r√©publique, Empire ou monarchie constitutionnelle), d'o√Ļ cette image qui lui a longtemps coll√© √† la peau de serviteur d√©loyal aux r√©gimes qui l'emploient.

Les sources : Benjamin Constant, lecteur

Avant d'être un philosophe, Constant fut un lecteur passionné et un écrivain. Il avait une excellente connaissance de la philosophie et du romantisme allemand (Kant, Schelling, Schlegel). Il entra en 1796, dans une vive polémique avec le philosophe de Koenigsberg qui soutenait que dire la vérité était un devoir moral indépendant du contexte. Il fut également volontiers lecteur des nombreux libéraux français dont Voltaire et des écrits de Condillac (il a fréquenté le milieu de Fauvel et de Cabanis).

Adolphe, l'écrivain

Constant est connu pour son abondante correspondance, son journal intime, ses récits autobiographiques dont Adolphe publié en 1816 à Paris.

Le critique Charles Du Bos (1882-1939) a dit de lui : ¬ę l'√©gal de quiconque (...) mais, pas plus que son esprit, sa langue ne t√©moigne d'aucun indice national. Elle est classique mais sans le tour classique.  ¬Ľ.

La liberté chez les Modernes

Constant se distingue de ses a√ģn√©s Rousseau et Montesquieu quant √† sa vision du pouvoir de l'√Čtat. Pour lui, en sch√©matisant, peu importe l'origine ou la nature du pouvoir (monarchie, r√©publique‚Ķ) du moment qu'il est d√©ploy√© de fa√ßon acceptable : le peuple reste souverain, sans quoi ce serait la r√®gne de la force, mais son pouvoir doit s'arr√™ter au seuil de l'individu. Le bonheur et les besoins de la soci√©t√© ne recouvrent pas n√©cessairement ceux des individus : il faut donc conjuguer le pouvoir du peuple avec la protection de ceux-l√†. La soci√©t√© ne saurait avoir tous les droits sur l'individu ; il est des choses sur lesquelles la collectivit√© et les lois n'ont pas √† s'exprimer, qu'elles n'ont pas le droit d'interdire, et que les individus ont le droit de faire : c'est ainsi que Constant donne une d√©finition de la libert√©. Il ajoute que l'homme souffrant naturellement du besoin d'agir et du plaisir √† se croire n√©cessaire, le pouvoir occup√© par un homme tend en g√©n√©ral √† s'accro√ģtre : il faut ainsi prendre des pr√©cautions contre le pouvoir lui-m√™me (plut√īt que contre l'homme qui le poss√®de), comme d'une arme qui pourrait tomber en des mains incertaines : ¬ęc'est contre l'arme et non contre le bras qu'il faut s√©vir¬Ľ[9].

¬ę Toute autorit√© qui n'√©mane pas de la volont√© g√©n√©rale est incontestablement ill√©gitime. [‚Ķ] L'autorit√© qui √©mane de la volont√© g√©n√©rale n'est pas l√©gitime par cela seul [‚Ķ]. La souverainet√© n'existe que d'une mani√®re limit√©e et relative. Au point o√Ļ commence l'ind√©pendance de l'existence individuelle, s'arr√™te la juridiction de cette souverainet√©. Si la soci√©t√© franchit cette ligne, elle se rend aussi coupable de tyrannie que le despote qui n'a pour titre que le glaive exterminateur. La l√©gitimit√© de l'autorit√© d√©pend de son objet aussi bien que de sa source ¬Ľ[10]. Constant th√©orise ainsi l'exp√©rience v√©cue sous la Terreur : le peuple souverain sans limite conduit √† des formes aussi abominables que la plus brutale monarchie de droit divin.

La multiplication des pouvoirs pour limiter les pouvoirs entre eux peut mener, selon Constant, √† une escalade ind√©sirable et √† une forme de tyrannie du nombre : plus les b√©n√©ficiaires et les lieux du pouvoir sont nombreux, plus violente risque d'√™tre leur tyrannie ainsi d√©multipli√©e. Pour Constant, les garanties constitutionnelles et l'opinion publique constituent les plus s√Ľrs garde-fous √† un emballement du pouvoir √©tatique, d'o√Ļ l'importance qu'il accorde dans ses √©crits, particuli√®rement pendant la Restauration, √† la libert√© de la presse : ¬ę Toutes les barri√®res civiles, politiques, judiciaires deviennent illusoires sans libert√© de la presse ¬Ľ[11]. Sans elle, le peuple se d√©tacherait entre autres des affaires publiques ; l'activit√© et l'√©mulation des √©crits permettent aux esprits d'√™tre stimul√©s, de parvenir √† plus de p√©n√©tration et de justesse. Constant a une vision perfectibiliste de l'histoire.

Il insiste √©galement sur la garanties des formes, en particulier judiciaires, en tant que rempart contre l'arbitraire et les abus, arguant que la seule utilit√© n'est pas un principe satisfaisant ni suffisant : ¬ę L'on peut trouver des motifs d'utilit√© pour tous les commandements et pour toutes les prohibitions. [‚Ķ] C'est avec cette logique que de nos jours on a fait de la France un vaste cachot ¬Ľ[12]. √Ä la Chambre, le 3 mai 1819, il combattra aussi ce syst√®me qui dit qu'il vaut mieux pr√©venir les d√©lits que les punir, ¬ę syst√®me toujours mis en avant par le despotisme pour encha√ģner les innocents, sous le pr√©texte qu'ils pourraient bien devenir coupables ; syst√®me qui s'√©tend d'un individu √† tous les individus, d'une classe √† toutes les classes, et ourdit un vaste filet dans lequel tous, sous le pr√©texte d'√™tre garantis, se trouvent envelopp√©s ¬Ľ. Constant soutient que le gouvernement doit absolument respecter les formes, c'est-√†-dire ne pas c√©der √† la violence ill√©gitime, √† l'arbitraire, √† l'injustice ou √† l'irr√©gularit√©, m√™me contre ses ennemis, sous pr√©texte de perdre de sa l√©gitimit√©, du respect qu'il doit inspirer, et de sacrifier le but qu'il veut atteindre aux moyens trop importants qu'il y emploie.

Auteur lib√©ral, c'est de l'Angleterre plus que de la Rome antique qu'il tire son mod√®le pratique de la libert√© dans de vastes soci√©t√©s commer√ßantes. Il √©tablit en effet une distinction entre la ¬ę libert√© des Anciens ¬Ľ et celle des ¬ę Modernes ¬Ľ. Il d√©finit la premi√®re comme une libert√© r√©publicaine participative conf√©rant √† chaque citoyen le pouvoir d'influer directement sur la politique √† travers des d√©bats et des votes √† l'assembl√©e publique. Le pendant de ce pouvoir politique est ¬ę l'asservissement de l'existence individuelle au corps collectif ¬Ľ, la libert√© individuelle √©tant totalement soumise aux d√©cisions du corps politique. Pour assurer la participation √† la vie politique, la citoyennet√© est un lourd fardeau et une obligation morale n√©cessitant un investissement consid√©rable en temps et en √©nergie. En g√©n√©ral ceci ne peut se faire sans une sous-soci√©t√© d'esclaves charg√©e de l'essentiel du travail productif, permettant ainsi aux citoyens de se consacrer aux affaires publiques. En outre, la ¬ę libert√© des Anciens ¬Ľ concerne des soci√©t√©s homog√®nes et de petite taille, dans lesquelles la totalit√© des citoyens peut sans difficult√© se rassembler en un m√™me lieu pour d√©battre.

La ¬ę libert√© des Modernes ¬Ľ, par opposition, est selon Benjamin Constant fond√©e sur les libert√©s civiles, l'exercice de la loi, et l'absence d'intervention excessive de l'√Čtat. La participation directe des citoyens y est limit√©e : c'est la cons√©quence n√©cessaire de la taille des √Čtats modernes. C'est aussi le r√©sultat in√©vitable du fait d'avoir cr√©√© une soci√©t√© commer√ßante d√©pourvue d'esclaves dont tous les membres ou presque sont dans l'obligation de gagner leur vie par leur travail. Dans ces soci√©t√©s, les citoyens √©lisent des repr√©sentants, qui d√©lib√®rent en leur nom au parlement et leur √©pargnent ainsi la n√©cessit√© d'un engagement politique quotidien.

De plus, Constant pense que le commerce, qui vaut mieux que la guerre, est naturel aux soci√©t√©s modernes. En cons√©quence, il critique les app√©tits de conqu√™te de Napol√©on comme non lib√©raux et non adapt√©s √† l'organisation des soci√©t√©s modernes, fond√©es sur le commerce. La libert√© ancienne tendrait naturellement vers la guerre, tandis qu'un √Čtat organis√© selon les principes de la libert√© moderne serait en paix avec toutes les nations pacifiques.

Sentiment religieux et méliorisme

En plus de ses travaux litt√©raires et politiques, Constant a travaill√© durant une quarantaine d'ann√©es sur la religion et le sentiment religieux. Ses ouvrages t√©moignent d'une ambition de saisir un ph√©nom√®ne social inh√©rent √† la nature humaine qui, dans les formes qu'il prend, est soumis au concept de perfectibilit√©. Si les formes se figent, la rupture est in√©vitable : les formes que prend le sentiment religieux doivent donc s'adapter et √©voluer.

Constant refuse √† l'autorit√© politique le droit de se m√™ler de la religion de ses sujets, m√™me pour la d√©fendre. Il estime que chaque individu doit pouvoir conserver le droit de trouver o√Ļ il le souhaite consolation, morale et foi : ¬ę L'autorit√© ne peut agir sur la conviction. Elle n'agit que sur l'int√©r√™t ¬Ľ[13]. Il condamne de m√™me la vision d'une religion vulgairement utile, au nom de la d√©gradation du sentiment.

Il consid√®re le d√©clin du polyth√©isme comme un fait n√©cessaire depuis le progr√®s de l'humanit√©. ¬ę Plus l'esprit humain se perfectionne, plus les r√©sultats du th√©isme doivent √™tre heureux ¬Ľ[14]. Le th√©isme connait lui-aussi une √©volution. Le christianisme, en particulier sous sa forme protestante est, √† ses yeux, la forme la plus tol√©rante et le degr√© sup√©rieur de l'√©volution intellectuelle, morale et spirituelle.

√Čdition de son Ňďuvre

Pour toutes les Ňďuvres de Constant, l'√©dition de r√©f√©rence, riche en introductions, notes et variantes, est celle des Ňíuvres Compl√®tes, en cours d'√©dition (17 tomes parus dont dix d'Ňďuvres et sept de Correspondance, 21 volumes). Un volume de ses Ňďuvres regroup√©es sous le titre √Čcrits autobiographiques ‚Äď Litt√©rature et politique ‚Äď Religion est paru dans la Biblioth√®que de la Pl√©iade (√©dition et pr√©face d'Alfred Roulin, 1957).

Essais

  • De la force du gouvernement actuel de la France et de la n√©cessit√© de s'y rallier (1796)
  • Des r√©actions politiques (1797)
  • Des effets de la Terreur (1797)
  • Fragments d'un ouvrage abandonn√© sur la possibilit√© d'une constitution r√©publicaine dans un grand pays (publi√© en 1991 chez Aubier, ouvrage in√©dit probablement r√©dig√© entre 1795 et 1810)
  • De l'esprit de conqu√™te et de l'usurpation dans leurs rapports avec la civilisation europ√©enne (1814)
  • R√©flexions sur les constitutions, la distribution des pouvoirs et les garanties dans une monarchie constitutionnelle (1814)
  • Principes de politique applicables √† tous les gouvernements repr√©sentatifs (1815)
  • M√©moires sur les Cent-Jours
  • Cours de politique constitutionnelle (1818-1820)
  • ¬ę De la libert√© des Anciens compar√©e √† celle des Modernes ¬Ľ (c√©l√®bre discours prononc√© en 1819)
  • De la religion consid√©r√©e dans sa source, ses formes et son d√©veloppement (1824-1830)
  • Appel aux Nations chr√©tiennes en faveur des Grecs. (1825)
  • M√©langes de litt√©rature et de politique (1829)
  • Du polyth√©isme romain consid√©r√© dans ses rapports avec la philosophie grecque et la religion chr√©tienne (1833)
  • Correspondance de Benjamin Constant et d'Anna Lindsay - L'Inconnue d'Adolphe, publi√©e par la baronne Constant de Rebecque. (Plon, 1933).

Romans

Lettres

  • Lettre √† M. Odillon-Barrot, avocat en la Cour de Cassation, sur l'affaire de Wilfrid Regnault, condamn√© √† mort (1818 puis publi√© chez P. Plancher en 1819)
  • Deuxi√®me lettre √† M. Odillon-Barrot, avocat en la Cour de Cassation, sur l'affaire de Wilfrid Regnault, condamn√© √† mort (1818 puis publi√© chez P. Plancher en 1819)
  • De l'appel en calomnie de M. le marquis de Blosseville, contre Wilfrid-Regnault (1818 puis publi√© chez P. Plancher en 1819)

Postérité

Ses essais sur l'évolution des religions et le sentiment religieux soumis au concept de perfectibilité sont parfois rapprochés avec Auguste Comte et Ernest Renan.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Pr√©cision : dans la division 29.
  2. ‚ÜĎ Daniel Robert, ¬ę Constant (de Rebecque), Henri Benjamin ¬Ľ, dans Jean-Marie Mayeur, Yves-Marie Hilaire, Andr√© Encrev√© (dir.), Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, √Čditions Beauchesne, 1993, 531 pages, p. 138-140 (ISBN 2701012619).
  3. ‚ÜĎ ¬ę Benjamin Constant ¬Ľ, dans Jean-Claude Polet, Patrimoine litt√©raire europ√©en, tome 10: ¬ę Gestation du romantisme, 1778-1832 ¬Ľ, De Boeck Universit√©, 1998, 1200 pages, p. 645-647.
  4. ‚ÜĎ Dominique Verrey, √Čtienne Hofmann, Chronologie de la vie et de l'Ňďuvre de Benjamin Constant, Slatkine, 1992, tome I, 740 pages (ISBN 2051011990).
  5. ‚ÜĎ a, b et c Claudine Wolikow, ¬ę Henri Grange, Benjamin Constant amoureux et r√©publicain 1795-1799 ¬Ľ, Annales historiques de la R√©volution fran√ßaise, n¬į 343, janvier-mars 2006, p. 232-234.
  6. ‚ÜĎ √Čtienne Hofmann, Les ¬ę Principes de politique ¬Ľ de Benjamin Constant, Librairie Droz, 1980, vol. 1, 419 pages, p. 187-193 (ISBN 2600046747).
  7. ‚ÜĎ Jean Ren√© Derr√©, introduction √† Wallstein : trag√©die en cinq actes et en vers, de Benjamin Constant, Les Belles lettres, 1965, 262 pages, p. 4 ; Germaine de Sta√ęl-Holstein, Correspondance g√©n√©rale : 9 novembre 1805 - 9 mai 1809 (√©dition √©tablie par B√©atrice Watson Jasinski), Klincksieck, 1993, 671 pages, p. 622 (ISBN 2252027797).
  8. ‚ÜĎ La Minerve, tome 1, p. 266, mars 1818.
  9. ‚ÜĎ Principes de politique, Livre I, chapitre VI
  10. ‚ÜĎ Principes de politique, Livre II, chapitre I
  11. ‚ÜĎ Principes de politique, Livre VII, chapitre III
  12. ‚ÜĎ Principes de politique, Livre III, chapitre I
  13. ‚ÜĎ Principes de politique, Livre VIII, chapitre IV
  14. ‚ÜĎ Polyth√©isme romain, II, p. 312

Voir aussi

Bibliographie

  • ¬ę Benjamin Constant : l'illusion lucide du lib√©ralisme ¬Ľ, pr√©face √† Benjamin Constant, √Čcrits politiques, collection ¬ęPluriel¬Ľ, Paris, L.G.F., 1980 (textes choisis, pr√©sent√©s et annot√©s par Marcel Gauchet).
  • Paul Bastid, Benjamin Constant et sa doctrine, 2 vol., Paris, Armand Colin, 1966, 1107 p.
  • Henri Guillemin, Benjamin Constant, muscadin, Paris, Gallimard, 1958
  • Georges Poulet, Benjamin Constant par lui-m√™me, Paris, √Čditions du Seuil, 1968, 188 p.
  • Andrew Oliver, Benjamin Constant, √©criture et conqu√™te du moi, Paris, Lettres modernes, 1970, 285 p.
  • Kurt Kloocke, Benjamin Constant : une biographie intellectuelle, Gen√®ve, Droz, 1984, 374 p.
  • √Čmile-Fran√ßois Callot, La Pens√©e lib√©rale au XIXe si√®cle √† travers trois moments de sa formation : Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Lucien A. Pr√©vost-Paradol, Lyon, L'Herm√®s, 1987, 146 p. (ISBN 2-85934-192-7)
  • B√©atrice Fink (dir.), Benjamin Constant : philosophe, historien, romancier et homme d'√Čtat (actes du colloque de l'universit√© du Maryland, octobre 1989), Lausanne, Institut Benjamin Constant ; Paris, J. Touzot, 1991, 186 p.
  • Tzvetan Todorov, Benjamin Constant : la passion d√©mocratique, Paris, Hachette litt√©ratures, 1997, 214 p. (ISBN 2-01-235329-0)
  • Emeric Travers, Benjamin Constant, les principes et l'histoire, Paris, Honor√© Champion, 2005, 659 p.(ISBN: 2-7453-1407-6)
    • "Benjamin Constant, un lib√©ralisme enracin√©",Raison Publique, Paris, Presses de l'Universit√© Paris -Sorbonne, 2007.
    • "Benjamin Constant et Chateaubriand, deux d√©fenses de la monarchie", Paris, Revue Fran√ßaise d'Histoire des Id√©es Politiques, 2004.
  • Adolphe Robert, Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires fran√ßais de 1789 √† 1889, Paris, Edgar Bourloton, 1889, tome 2 (de Constans √† Corcelles), p. 172-173.

Liens internes

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes


Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Benjamin Constant de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Benjamin Constant ‚ÄĒ Benjamin Constant, eigentlich Henri Benjamin Constant de Rebecque (* 25. Oktober 1767 in Lausanne; ‚Ć 8. Dezember 1830 in Paris) war ein franz√∂sisch schweizerischer Schriftsteller, Politiker und Staatstheoretiker ‚Ķ   Deutsch Wikipedia

  • Benjam√≠n Constant ‚ÄĒ Saltar a navegaci√≥n, b√ļsqueda Benjam√≠n Constant puede referirse a: Benjamin Constant de Rebecque, pol√≠tico y fil√≥sofo franc√©s; Benjamin Constant Botelho, pol√≠grafo brasile√Īo; Benjamin Constant do Sul, municipio de Brasil. Obtenido de… ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol

  • Benjamin Constant ‚ÄĒ (Niter√≥i, R√≠o de Janeiro, 1836 1891) Estadista, militar y profesor. Perdi√≥ a su padre con trece a√Īos, qued√°ndose al cuidado de su madre y sus cuatro hermanos menores. Con ayuda de vecinos y amigos, curs√≥ sus primeros estudios en el colegio del… ‚Ķ   Enciclopedia Universal

  • Benjamin Constant ‚ÄĒ This article concerns the European writer and politician; for others see Benjamin Constant (disambiguation). Constant Rebecque redirects here; see also Jean Victor de Constant Rebecque. Benjamin Constant Born 25 October 1767(17 ‚Ķ   Wikipedia

  • Benjamin Constant ‚ÄĒ Original name in latin Benjamin Constant Name in other language Benjamim Constant, QAV State code BR Continent/City America/Eirunepe longitude 4.37739 latitude 70.02857 altitude 75 Population 13998 Date 2013 04 28 ‚Ķ   Cities with a population over 1000 database

  • Benjamin Constant ‚ÄĒ Admin ASC 2 Code Orig. name Benjamin Constant Country and Admin Code BR.04.1300607 BR ‚Ķ   World countries Adminstrative division ASC I-II

  • Benjamin-Constant ‚ÄĒ /baonn zhann maonn kawonn stahonn /, n. Jean Joseph /zhahonn zhaw zef /. See Constant, Jean Joseph Benjamin. * * * ‚Ķ   Universalium

  • Benjamin-Constant ‚ÄĒ /baonn zhann maonn kawonn stahonn /, n. Jean Joseph /zhahonn zhaw zef /. See Constant, Jean Joseph Benjamin ‚Ķ   Useful english dictionary

  • Benjamin Constant de Rebecque ‚ÄĒ Benjamin Constant Pour les articles homonymes, voir Benjamin Constant (homonymie) et Constant. Benjamin Constant ‚Ķ   Wikip√©dia en Fran√ßais

  • Benjamin Constant de Rebecque ‚ÄĒ Benjamin Constant de Rebecque. Henri Benjamin Constant de Rebecque (Lausana, 25 de octubre de 1767 8 de diciembre de 1830). Fil√≥sofo, escritor y pol√≠tico franc√©s de origen suizo ‚Ķ   Wikipedia Espa√Īol


Share the article and excerpts

Direct link
… Do a right-click on the link above
and select ‚ÄúCopy Link‚ÄĚ

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.