Benito Mussolini

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Benito Mussolini
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Benito Mussolini
Photo mussolini
Benito Mussolini, le 19 mars 1938

Mandats
40e président du Conseil italien
31 octobre 1922 – 25 juillet 1943
&&&&&&&&&&&0757220 ans, 8 mois et 24 jours
Monarque Victor-Emmanuel III d'Italie
Prédécesseur Luigi Facta
Successeur Pietro Badoglio
44e, 46e et 48e ministre des Affaires Ă©trangĂšres
1922 – 1929
PrĂ©sident du Conseil lui mĂȘme
Prédécesseur Carlo Schanzer
Successeur Dino Grandi
1932 – 1936
PrĂ©sident du Conseil lui mĂȘme
Prédécesseur Dino Grandi
Successeur Galeazzo Ciano
1943 –
PrĂ©sident du Conseil lui mĂȘme
Prédécesseur Galeazzo Ciano
Successeur Raffaele Guariglia
48e et 50e ministre de l'Intérieur
31 octobre 1922 – 17 juin 1924
Prédécesseur Paolino Taddei
Successeur Luigi Federzoni
6 novembre 1926 – 25 juillet 1943
Prédécesseur Luigi Federzoni
Successeur Bruno Fornaciari
Chef de l'État et du gouvernement (Duce) de la RĂ©publique sociale italienne
23 septembre 1943 – 28 avril 1945
Prédécesseur Poste créé
Successeur Poste supprimé
Biographie
Date de naissance 29 juillet 1883
Lieu de naissance Drapeau : Italie Predappio
Date de dĂ©cĂšs 28 avril 1945 (Ă  61 ans)
Lieu de dĂ©cĂšs Drapeau : Italie Giulino di Mezzegra
Nationalité italienne
Parti politique Parti socialiste italien
(1901-1914)
Parti national fasciste
(1921-1943)
Parti fasciste républicain
(1943-1945)
Conjoint Rachele Guidi
Enfants Edda Ciano
Anna Maria Mussolini
Vittorio Mussolini
Bruno Mussolini
Romano Mussolini
Profession Journaliste
Signature Benito Mussolini Signature.svg

Greater coat of arms of the Kingdom of Italy (1929-1944).svg
Présidents du Conseil italien

Benito Amilcare Andrea Mussolini, (nĂ© le 29 juillet 1883 Ă  Dovia di Predappio dans la province de ForlĂŹ-Cesena dans la rĂ©gion Émilie-Romagne en Italie, mort le 28 avril 1945 Ă  Giulino di Mezzegra), est un journaliste, homme politique et dictateur italien.

Fondateur du fascisme, il est prĂ©sident du Conseil du Royaume d'Italie, avec des pouvoirs dictatoriaux, du 31 octobre 1922 au 25 juillet 1943, premier marĂ©chal d'Empire du 30 mars 1938 au 25 juillet 1943, et prĂ©sident de la RĂ©publique sociale italienne (RSI) de septembre 1943 Ă  avril 1945. Il est couramment dĂ©signĂ© du titre de Duce, mot italien dĂ©rivĂ© du latin Dux et signifiant « Chef Â» ou « Guide Â».

Il est d'abord membre du Parti socialiste italien (PSI) et directeur du quotidien socialiste Avanti! Ă  partir de 1912. Anti-interventionniste convaincu avant la PremiĂšre Guerre mondiale, il change d'opinion en 1914, se dĂ©clarant favorable Ă  l'entrĂ©e en guerre de l'Italie. ExpulsĂ© du PSI en novembre 1914, il crĂ©e son propre journal, Il Popolo d'Italia (Le peuple d'Italie) qui prend des positions nationalistes proches de celles de la petite bourgeoisie. Dans l'immĂ©diat aprĂšs-guerre, profitant du mĂ©contentement de la « victoire mutilĂ©e Â», il crĂ©e le Parti national fasciste (PNF) en 1921 et se prĂ©sente au pays avec un programme politique nationaliste, autoritaire, antisocialiste et antisyndical, ce qui lui vaut l'appui de la petite bourgeoisie et d'une partie des classes moyennes industrielles et agraires.

Dans le contexte de forte instabilitĂ© politique et sociale qui suit la Grande Guerre, il vise la prise du pouvoir, en forçant la main aux institutions avec l'aide des actions de squadristi et l'intimidation qui culminent le 28 octobre 1922 avec la Marche sur Rome. Mussolini obtient la charge de constituer le gouvernement le 30 octobre 1922. En 1924, aprĂšs la victoire contestĂ©e des Ă©lections et l'assassinat du dĂ©putĂ© socialiste Giacomo Matteotti, Mussolini assume l'entiĂšre responsabilitĂ© de la situation et engage l'Italie dans la dictature.

AprĂšs 1935, il se rapproche du national-socialisme d'Adolf Hitler avec qui il Ă©tablit le Pacte d'Acier (1939). Convaincu d'un conflit Ă  l'issue rapide, il entre dans la Seconde Guerre mondiale au cĂŽtĂ© de l'Allemagne nazie. AprĂšs la dĂ©faite italienne et sa mise en minoritĂ© par le Grand Conseil du fascisme le 24 juillet 1943, il est arrĂȘtĂ© par ordre du roi. LibĂ©rĂ© par les Allemands, il instaure en Italie septentrionale la RĂ©publique sociale italienne. Le 25 avril 1945, alors qu'il tente de fuir pour la Valteline dĂ©guisĂ© en soldat allemand, il est capturĂ© par les partisans qui le fusillent avec sa maĂźtresse Clara Petacci.

Sommaire

La jeunesse, les premiÚres activités politiques et la grande guerre

La naissance et l'origine du prénom

Fils du forgeron Alessandro Mussolini et de l'institutrice Rosa Maltoni, il naĂźt le 29 juillet 1883 dans une petite maison Ă  Varani dei Costa, un hameau de la commune de Dovia di Predappio dans la province de ForlĂŹ-CĂ©sĂšne en Émilie-Romagne.

Les prĂ©noms Benito Amilcare Andrea lui sont donnĂ©s par son pĂšre[1], socialiste Ă  la limite de l'anarchisme, dĂ©sireux de rendre hommage Ă  Benito JuĂĄrez, hĂ©ros libĂ©ral et rĂ©publicain face Ă  l'intervention française et ex-prĂ©sident du Mexique, Ă  Amilcare Cipriani, patriote italien et socialiste, et Ă  Andrea Costa, premier dĂ©putĂ© socialiste Ă©lu au parlement italien. Il a un frĂšre, prĂ©nommĂ© Arnaldo en hommage au moine rĂ©volutionnaire romagnol de Brescia[2],[3] et une sƓur prĂ©nommĂ©e Edwige[2].

Jeunesse et Ă©tudes

Le jeune Mussolini frĂ©quente les deux premiĂšres classes Ă©lĂ©mentaires Ă  Dovia, puis Ă  Predappio (1889-1891). Il entre au collĂšge des salĂ©siens de Faenza (1892-1894)[4]. C'est un Ă©lĂšve turbulent, voire violent : il manque de peu le renvoi en 1893 lorsqu'il blesse un de ses camarades avec un couteau et il est expulsĂ©[4]. Il poursuit ses Ă©tudes au collĂšge Carducci de Forlimpopoli[4], oĂč il obtient en septembre 1898 le diplĂŽme technique infĂ©rieur.

C'est Ă  Forlimpopoli, sous l'influence de son pĂšre, que Mussolini se rapproche du militantisme socialiste[5]. Il finit ses Ă©tudes obtenant en 1901 un diplĂŽme d'enseignement[6]. Le 13 fĂ©vrier 1902, il est nommĂ© maĂźtre supplĂ©ant Ă  l'Ă©cole Ă©lĂ©mentaire de Pieve Saliceto, hameau de Gualtieri[5].

Le 9 juin 1902, il termine l'annĂ©e scolaire et, probablement pour fuir le service militaire[7], s'Ă©tablit Ă  Lausanne, aprĂšs avoir sĂ©journĂ© dans deux autres villes suisses, Yverdon-les-Bains et Orbe, oĂč il vit misĂ©rablement[7]. Il s'inscrit auprĂšs du syndicat des maçons et des manƓuvriers et en devient le secrĂ©taire[8]. Il publie son premier article dans L'avvenire del lavoratore (L'avenir du travailleur). Il est arrĂȘtĂ© pour vagabondage par la police dans la matinĂ©e du 24 juillet 1902 sous les arches du Grand-Pont Ă  Lausanne, oĂč il avait passĂ© la nuit. Dans ses poches sont trouvĂ©s son passeport, son diplĂŽme de l'Ă©cole normale et 15 centimes.

La Suisse

Photographie signalétique de Mussolini au cours de sa période suisse (1903). L'ardoise porte la nom de Moussolini Benedetto

Jusqu'en novembre 1904, Mussolini vit en Suisse, se dĂ©plaçant de ville en ville et occupant des emplois occasionnels (maçon, manƓuvre, etc.). Il est expulsĂ© d'un canton par deux fois : le 18 juin 1903, il est arrĂȘtĂ© comme agitateur socialiste, maintenu en prison douze jours et expulsĂ© le 30 juin[9] ; le 9 avril 1904, il est emprisonnĂ© pendant sept jours Ă  Bellinzone Ă  cause d'un faux permis de sĂ©jour. Il surmonte ces difficultĂ©s grĂące Ă  l'aide de socialistes et anarchistes du canton du Tessin[9].

Au cours de ces annĂ©es, il collabore comme journaliste Ă  des pĂ©riodiques locaux d'inspiration socialiste, parmi lesquels le Proletario[10]. Il frĂ©quente deux mois la facultĂ© des sciences sociales de Lausanne, oĂč il prĂ©tend avoir suivi les cours de l'Ă©conomiste Vilfredo Pareto, critique acerbe de la dĂ©mocratie libĂ©rale. On sait qu'il n'a assistĂ© qu'Ă  un de ses cours[10].

À cette Ă©poque, il se range dans l'aile rĂ©volutionnaire du Parti socialiste italien (PSI) dirigĂ©e par Arturo Labriola et envoie des articles au journal milanais l'Avangardia socialista. C'est au cours de cette pĂ©riode qu'il fait preuve de la plus grande affinitĂ© idĂ©ologique avec le syndicalisme rĂ©volutionnaire.

En 1904, il rencontre l'activiste socialiste russe Angelica Balabanova[10]. Il rencontre aussi une autre figure du socialisme italien en exil, Giacinto Menotti Serrati[11]. Il discute avec le pasteur évangélique Alfredo Taglialatela sur le thÚme de l'existence de Dieu[N 1].

Le retour en Italie

En novembre 1904, en raison de l'amnistie accordĂ©e lors de la naissance de l'hĂ©ritier du royaume, Mussolini revient en Italie alors qu'il est sous le coup d'une condamnation pour refus du service militaire[12]. Il effectue son service militaire, affectĂ© le 30 dĂ©cembre 1904 au dixiĂšme rĂ©giment bersaglier de VĂ©rone et il obtient un certificat de bonne conduite. Entre temps, sa mĂšre dĂ©cĂšde le 19 janvier 1905[12]. LibĂ©rĂ© au terme prĂ©vu, Mussolini rentre Ă  Dovia di Predappio le 4 septembre 1906 et il est maĂźtre supplĂ©ant Ă  Tolmezzo du 15 novembre jusqu'Ă  la fin de l'annĂ©e scolaire, son poste ne lui est pas renouvelĂ© en raison de sa vie dissipĂ©e[13]. En novembre 1907, il obtient l'habilitation pour l'enseignement du français et Ă©choue Ă  celle d'allemand et en mars 1908, il obtient la charge de professeur de français au collĂšge de Oneglia[14], oĂč il enseigne aussi l'italien, l'histoire et la gĂ©ographie. À Oneglia, il dirige l'hebdomadaire socialiste La Lima sous le pseudonyme de « Vero Eretico Â» (vrai hĂ©rĂ©tique)[15].

Il revient Ă  Predappio, oĂč il dirige la grĂšve des journaliers agricoles. Le 18 juillet 1908, il est arrĂȘtĂ© pour menaces envers un dirigeant des organisations patronales. JugĂ©, il est condamnĂ© Ă  trois mois de prison et il est relaxĂ© en appel[16]. En septembre, il est de nouveau incarcĂ©rĂ© pendant dix jours pour avoir tenu Ă  Meldola une rĂ©union non autorisĂ©e. En novembre, il s'installe Ă  ForlĂŹ oĂč il vit avec son pĂšre qui crĂ©e avec sa compagne Anna Lombardi (veuve de Guidi, mĂšre de la future femme du duce) la taverne Il bersagliere[17]. Au cours de cette pĂ©riode, Mussolini Ă©crit dans Pagine libere (Pages libres), revue du syndicalisme rĂ©volutionnaire Ă©ditĂ©e Ă  Lugano et dirigĂ©e par Angelo Oliviero Olivetti, l'article La filosofia della forza (La philosophie de la force) oĂč il fait rĂ©fĂ©rence Ă  la pensĂ©e de Nietzsche.

En fĂ©vrier 1909, il s'Ă©tablit Ă  Trente alors autrichienne, oĂč il est secrĂ©taire de la chambre du travail et il dirige L'avvenire del lavoratore (L'avenir du travailleur) avant de diriger en juillet, le Popolo (Le peuple) qui appartient Ă  l'irrĂ©dentiste Cesare Battisti. Il a pour mission d'organiser les socialistes de la rĂ©gion[18]. Le 7 mars, il tient une joute journalistique avec Alcide De Gasperi d'orientation catholique, directeur du pĂ©riodique Il Trentino[19]. Le 10 septembre, il est emprisonnĂ© Ă  Rovereto pour diffusion de journaux instigateurs de violences envers l'Empire d'Autriche et le 29 il est expulsĂ© et retourne Ă  ForlĂŹ[19].

Au Parti socialiste et Ă  l'Avanti!

À partir de janvier 1910, il est secrĂ©taire de la fĂ©dĂ©ration socialiste de ForlĂŹ et il dirige le pĂ©riodique officiel L'idea socialista(L'idĂ©e socialiste) rebaptisĂ© par Mussolini Lotta di classe (Lutte des classe)[19].

Il publie son roman Claudia Particella, l'amante del cardinale Madruzzo, en 1910, dans le journal de Trente de Cesare Battisti Il popolo, avec qui il avait collaborĂ© en 1910. L'Ɠuvre contient une satire anti-clĂ©ricale[20],[21].

Le 17 janvier, il commence Ă  vivre avec Rachele Guidi, sa future femme[20]. Il commence en outre Ă  collaborer Ă  la revue socialiste Soffitta. Le 23 aoĂ»t, il participe au congrĂšs socialiste de Milan oĂč dans un discours violent, il prend parti contre le suffrage universel et les rĂ©formes sociales qui seraient les moyens de faire avancer le socialisme[22].

Le 11 avril 1911, la section socialiste de ForlĂŹ emmenĂ©e par Mussolini vote l'autonomie du PSI[23]. En mai, il fait publier son essai Il Trentino veduto da un socialista (Le Trentino vu par un socialiste) sur le journal Quaderni della Voce.

Il est arrĂȘtĂ© le 14 octobre, jugĂ© et condamnĂ© (23 novembre) Ă  un an de rĂ©clusion pour avoir participĂ© le 25 septembre, avec son ami rĂ©publicain Pietro Nenni, Ă  une manifestation contre la guerre de Libye qui se termine par de violents affrontements avec la police. Il voit dans cette guerre un crime contre l'humanitĂ© avant d'ĂȘtre en 1920, un fervent dĂ©fenseur de l’impĂ©rialisme[24]. Mussolini dĂ©finit l'aventure coloniale africaine du gouvernement de Giovanni Giolitti d'« acte de brigandage international Â». Le 19 fĂ©vrier 1912, la cour d'appel de Bologne rĂ©duit la peine Ă  cinq mois et demi et le 12 mars suivant, Mussolini est relĂąchĂ©.

Le 8 juillet 1912, au congrĂšs du PSI de Reggio d'Émilie, il prĂ©sente une motion d'expulsion contre les rĂ©formistes, qui sont favorables Ă  une solution par Ă©tapes, Leonida Bissolati, Ivanoe Bonomi, Angiolo Cabrini et Guido Podrecca, qui est acceptĂ©e, les quatre exclus donnent vie au Parti socialiste rĂ©formiste et Mussolini entre donc dans la direction nationale du parti[25]. Il collabore Ă  Folla (La foule), journal de Paolo Valera signant sous le pseudonyme de « L'homme qui cherche Â» [N 2]. GrĂące aux Ă©vĂšnements de 1912 et Ă  sa qualitĂ© d'orateur, Mussolini monte au sommet de la scĂšne politique nationale : en novembre 1912, il devient le membre principal de l'aile maximaliste du socialisme italien et directeur de L'Avanti!, quotidien officiel du Parti socialiste italien[26]. En novembre 1913, il crĂ©e la revue Utopia[26].

Au congrĂšs socialiste du PSI d'AncĂŽne de 1914, il prĂ©sente une motion, qui est acceptĂ©e, qui dĂ©clare l’appartenance Ă  la maçonnerie et au socialisme incompatible[27]. Battu Ă  la dĂ©putation dans la circonscription de ForlĂŹ lors des Ă©lection gĂ©nĂ©rale d'octobre 1913, quelques mois plus tard, conseiller municipal Ă  Milan[28] et au cours de la Semaine Rouge, il reste rivĂ© Ă  sa fonction de rĂ©dacteur (il participe Ă  une manifestation) contrairement Ă  Nenni et Malatesta[29].

La guerre: exclusion du PSI et ralliement Ă  l'interventionnisme

Au dĂ©but de la PremiĂšre Guerre mondiale, il s'aligne sur les positions de l'Internationale socialiste, se dĂ©clarant ouvertement opposĂ© Ă  l'intervention de l'Italie qui, d'aprĂšs lui, ne servirait que l'intĂ©rĂȘt de la bourgeoisie[29]. Il est forcĂ© Ă  la dĂ©mission, le 20 octobre 1914, de L'Avanti![30], puis expulsĂ© du PSI le 29 novembre 1914, suite Ă  la publication, le 18 octobre, de l'article Dalla neutralitĂ  assoluta alla neutralitĂ  attiva ed operante[31] (De la neutralitĂ© absolue Ă  la neutralitĂ© active et agissante), qui signe son ralliement Ă  la campagne interventionniste entamĂ©e le 5 octobre par le manifeste des Faisceaux d'action internationaliste. Mussolini prĂ©conise dĂ©sormais une politique militariste ainsi que l'entrĂ©e en guerre de l'Italie en 1915 aux cĂŽtĂ©s de l'Entente, notamment Ă  fin d'obtenir de nouveaux territoires (en particulier les terres irredentes).

Le 15 novembre 1914 soit trois semaines aprĂšs sa dĂ©mission, paraĂźt Il Popolo d'Italia (Le Peuple d'Italie), « quotidien socialiste Â» comme l'annonce le bandeau sous le titre[32] et financĂ© par certains belligĂ©rants, des industriels italiens et indirectement du gouvernement italien ce qui marque un changement radical dans son Ă©volution politique[33]. En dĂ©cembre, il prend part Ă  Milan Ă  la crĂ©ation des Fasci d'azione rivoluzionaria[34], participant Ă  leur premier congrĂšs les 24 et 25 janvier 1915 [35]. AprĂšs l'entrĂ©e en guerre de l'Italie suite au Pacte de Londres (mai 1915), Mussolini est affectĂ© en aoĂ»t 1915 au 11e bersaglier puis envoyĂ© sur le front alpin le 2 septembre 1915.

Dans son journal de guerre, outre raconter la vie dans les tranchĂ©es, il s'imagine comme hĂ©ros charismatique dans une communautĂ© nationale guerriĂšre et obĂ©issante. NommĂ© caporal le 1er mars 1916, ses supĂ©rieurs Ă©crivent dans son fascicule militaire : « ActivitĂ© exemplaire, qualitĂ© de combattant, esprit de sĂ©rĂ©nitĂ©, volontaire, zĂ©lĂ©, rĂ©gularitĂ© dans la rĂ©alisation de ses devoirs Â». BlessĂ© par l'explosion d'un mortier pendant un exercice, le 23 fĂ©vrier 1917, il est rĂ©formĂ©. De retour du front, en dĂ©cembre, il publie dans Il Popolo d'Italia l'article Trincerocrazia dans lequel il revendique, pour les futurs anciens combattants, le « droit Â» de gouverner l'Italie aprĂšs la fin de la guerre.

À partir de l'automne 1917, il reçoit 100 livres sterling par semaine du MI5 (l'Ă©quivalent, en 2009, de 6 000 livres) afin non seulement de faire de la propagande militariste, mais aussi de mener les assauts violents contre les manifestants pacifiques, notamment Ă  Milan, afin d'Ă©viter toute paralysie de l'industrie [36]. AprĂšs le retrait de la Russie rĂ©volutionnaire, Londres craint en effet que l'Italie ne fasse aussi faux bond Ă  l'Entente [37]. Ces paiements, qui ont durĂ© au moins un an, ont Ă©tĂ© autorisĂ©s par le dĂ©putĂ© britannique et homme du M15 en Italie Samuel Hoare (en), qui rĂ©vĂ©la leur existence dans ses MĂ©moires publiĂ©es en 1954[37].

Mussolini en 1918 - 1919

Acheté par les Alliés, il craint en 1918, lors des armistices, de se retrouver seul, sans soutien, sans argent. Le 10 novembre, il participe à Milian au CortÚge de la victoire, harangue les Arditi présents et se constitue une garde personnelle[38].

Dans le mĂȘme temps, il soutient dans son journal l'ensemble des mouvements italiens de grĂšve ou de protestation:

  • les postiers
  • les cheminots
  • les mĂ©tallurgistes
  • les Ă©meutiers de mai-juin 1919, contre la chertĂ© de la vie[39]

Le fascisme et la « rĂ©volution fasciste Â»

Mussolini crĂ©e les Faisceaux de combat, futur noyau de son Parti national fasciste, le 23 mars 1919 Ă  Milan, dans une salle prĂȘtĂ©e par le Cercle des intĂ©rĂȘts industriels et commerciaux.

Les faisceaux de combat sont un amalgame d'ex-syndicalistes rĂ©volutionnaires (tel Michele Bianchi) dont Benito Mussolini Ă©tait lui-mĂȘme proche, de nationalistes déçus par la non-satisfaction de certaines revendications territoriales Ă  la fin de la guerre et de futuristes tels Mario Carli et Marinetti. Le programme mĂȘle revendications sociales et nationalistes, se dĂ©clare en faveur de la SociĂ©tĂ© des Nations (SDN), critique l'impĂ©rialisme et exige la dissolution des sociĂ©tĂ©s anonymes et la suppression de toute spĂ©culation boursiĂšre. Le programme hĂ©risse un peu les nationalistes et les patrons du Cercle des intĂ©rĂȘts industriels et commerciaux, mais il rassure ceux-ci en disant qu'il ne s'opposera Ă  l'impĂ©rialisme et soutiendra la SDN que lorsque les revendications sur Fiume seront satisfaites, ce qui contredit nettement le programme lui-mĂȘme [40]. Le jour mĂȘme, il Ă©crit dans Il Popolo d'Italia:

« Nous nous permettons le luxe d'ĂȘtre aristocrates et dĂ©mocrates, conservateurs et progressistes, rĂ©actionnaires et rĂ©volutionnaires, lĂ©galistes et illĂ©galistes, selon les circonstances, le lieu et le cadre dans lequel nous sommes contraints de vivre et d'agir. Â»[40]

Le 12 septembre 1919, devant le siĂšge du Popolo d'Italia, Mussolini appuie une souscription en faveur de l'entreprise de Fiume de Gabriele D'Annunzio aprĂšs avoir rencontrĂ© ce dernier pour la premiĂšre fois Ă  Rome en juin. Le 7 octobre, il est Ă  Fiume oĂč il discute avec D'Annunzio, les rapports sont extrĂȘmement fugaces en raison d'une rĂ©ciproque mĂ©fiance et peut-ĂȘtre rivalitĂ©.

Le 9 octobre, Ă  Florence, le premier congrĂšs des Faisceaux de combat se tient et aux Ă©lections politiques du 16 novembre, les fascistes, malgrĂ© les candidatures de Mussolini et de Filippo Tommaso Marinetti Ă  Milan et dans la province de Milan ne recueillent que 4 795 voix. En outre, le 18 novembre, Mussolini est arrĂȘtĂ© pendant quelques heures pour dĂ©tention d'armes et d'explosifs. Il est relĂąchĂ© grĂące Ă  l'intervention du sĂ©nateur libĂ©ral Luigi Albertini qui deviendra quelque temps aprĂšs un de ses principaux opposants. Les 24 et 25 mai 1920, Mussolini participe au second congrĂšs des Faisceaux de combat qui se tient au thĂ©Ăątre lyrique de Milan.

En juin, il se range aux cĂŽtĂ©s de Giolitti, qu'il rencontre en octobre, pour la rĂ©solution de la question de Fiume. Le 12 novembre, avec l'article Rapallo, il commente assez favorablement le traitĂ© italo-yougoslave signĂ© par Giolitti qui permet Ă  Fiume de devenir une ville libre. Le 28 mars 1921, il dĂ©file avec les squadristi en chemise noire Ă  l'occasion des funĂ©railles des victimes[N 3] de l'attentat [N 4],[N 5] anarchiste du thĂ©Ăątre Diana qui visait le commissaire de police Gasti. En tĂ©moignage du rapprochement entre Mussolini et Giolitti, le futur Duce se prĂ©sente comme alliĂ© du parti d'État Ă  MondovĂŹ aux Ă©lections du 15 mai 1921 sur la liste "blocs nationaux" anti-socialistes, il obtient 35 siĂšges et il est Ă©lu dĂ©putĂ©.

Vers le pouvoir

À partir de ce succĂšs, les chemises noires se rendent coupables de nombreux Ă©pisodes de violences et d'agressions physiques et verbales contre les adversaires politiques du fascisme, surtout contre les socialistes, les communistes et les syndicalistes qui organisent les grĂšves. Ils se font ainsi connaĂźtre et apprĂ©cier des milieux d'affaires et du patronat (Confindustria et Confagricoltura). Ce phĂ©nomĂšne prend le nom de squadrismo (de squadre, escouades), les squadristi se constituent en milices et ils sont issus en grande partie des rangs des arditi, venant des troupes d'Ă©lite dĂ©mobilisĂ©es en 1918, dont l'uniforme est la chemise noire — qui deviendra un des symboles du fascisme. De 1919 Ă  1922, l'Italie est secouĂ©e par une grave crise sociale et Ă©conomique.

Le 22 juillet 1921, Mussolini invite les socialistes, dans un article du Il Popolo d'Italia Ă  un pacte de pacification pour la cessation des violences squadristes, signĂ© le 21 aoĂ»t grĂące Ă  la mĂ©diation du prĂ©sident de la Chambre Enrico De Nicola; la violence ne cesse pas parce que l'exĂ©cution de l'accord est laissĂ©e Ă  la discrĂ©tion des ras [N 6] locaux.

À propos de l'autonomie dont bĂ©nĂ©ficient les groupes squadristi, Renzo De Felice rapporte que le futur duce entre en dĂ©saccord avec certains membres qui mettent en doute son rĂŽle de guide du mouvement et qui n'acceptent pas la volontĂ© mussolinienne de prĂ©senter celui-ci comme « normalisateur Â» de l'ordre public. EmblĂ©matique de ce point de vue, selon De Felice, lorsque Mussolini Ă©crit « Le fascisme peut faire sans moi ? mais moi aussi, je peux faire sans le fascisme Â».

Les divergences sont surmontées et le 7 novembre se tient à Rome le troisiÚme congrÚs des faisceaux de combat qui sont transformés en Parti national fasciste avec Michele Bianchi comme premier secrétaire.

Le 1er janvier 1922, Mussolini crĂ©e le mensuel Gerarchia, auquel collabore sa maĂźtresse Margherita Sarfatti.

En aoĂ»t 1922, la gauche lance une grĂšve contre les violences des chemises noires qui interviennent provoquant l'Ă©chec du mouvement. Entre temps, entre le 3 aoĂ»t et le 5 septembre, les squadristi fascistes occupent les mairies d'AncĂŽne, Milan, GĂȘnes, Livourne, Parme, Bolzano, Trente, aprĂšs de violents combats armĂ©s. Certaines villes rĂ©sistent comme Parme.

Il s'agit du dĂ©but de la « rĂ©volution fasciste Â» avec lequel Mussolini tente un ambitieux coup de main pour prendre possession du pouvoir. Le 24 octobre dĂ©filent Ă  Naples 40 000 chemises noires affirmant le droit du fascisme Ă  gouverner l'Italie.

La marche sur Rome

Article dĂ©taillĂ© : Marche sur Rome.

Entre les 27 et 31 octobre 1922, la rĂ©volution fasciste atteint son apogĂ©e avec la marche sur Rome, opĂ©ration des groupes de chemises noires provenant de diffĂ©rentes rĂ©gions d'Italie et commandĂ©s par un quadriumvirat (Italo Balbo, Cesare Maria De Vecchi, Emilio De Bono et Michele Bianchi). Le nombre de personnes n'a jamais Ă©tĂ© Ă©tabli avec prĂ©cision, il oscille entre 30 000 et 100 000.

Mussolini ne prend pas part directement Ă  la marche. En effet, il craint que le gouvernement ne lui oppose l'armĂ©e, ce qui aurait provoquĂ© l'Ă©chec de l'opĂ©ration. Il reste Ă  Milan en attendant le dĂ©veloppement de l'opĂ©ration et il ne se rend Ă  Rome que plus tard, une fois connu le bilan de ce dĂ©ploiement de forces. À Milan, le soir du 26 octobre, Mussolini affiche sa tranquillitĂ© auprĂšs de l'opinion publique en assistant au Cigne de MolnĂ r au thĂ©Ăątre Manzoni. Au cours de ces jours, il traite directement avec le gouvernement de Rome sur les concessions que celui-ci est prĂȘt Ă  faire au fascisme et le futur Duce nourrit des incertitudes sur le rĂ©sultat de la manƓuvre.

Victor-Emmanuel III ne proclame pas l'Ă©tat de siĂšge proposĂ© par le prĂ©sident du conseil Luigi Facta et propose Ă  Mussolini la charge d'un nouveau gouvernement de coalition (29 octobre). Ce dernier bĂ©nĂ©ficie en effet du soutien des officiers supĂ©rieurs et des industriels, traditionnels soutiens de la maison de Savoie, qui voient en Mussolini l'homme fort qui peut ramener l'ordre dans le pays en « normalisant Â» la situation sociale italienne

Trait particulier du fascisme : le corporatisme

La principale particularitĂ© du fascisme italien est son corporatisme : ministĂšre des Corporations, Conseil national des Corporations, Chambre des Faisceaux et Corporations. Au premier abord, ce corporatisme fait songer Ă  la doctrine de l’Action française, Ă  la thĂ©orie des corps intermĂ©diaires ; aussi la doctrine de Mussolini Ă©tait-elle mentionnĂ©e avec Ă©loges par toute une fraction de la droite française qui ne dissimulait pas son hostilitĂ© Ă  l’Allemagne hitlĂ©rienne.

En fait le corporatisme fasciste ne ressemblait que superficiellement au corporatisme de l’Action française, qui Ă©tait essentiellement un moyen de contrebalancer l’influence de l’État. Les corporations italiennes, au contraire, sont au service de l’État. Comme dit GaĂ«tan Pirou, « il s’agit beaucoup moins d’un systĂšme auto-organisateur des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques que d’une ingĂ©nieuse prĂ©sentation derriĂšre laquelle s’aperçoit le pouvoir politique, qui exerce sa dictature sur l’économie comme sur la pensĂ©e Â». Il s’agit moins d’un corporatisme analogue Ă  celui de l’Ancien RĂ©gime que d’une thĂ©orie de l’État corporatif. Les institutions corporatives ne font qu’attester la domestication des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques. Le mot de corporation, pour Mussolini, doit ĂȘtre pris dans son sens Ă©tymologique de « constitution en corps Â», cette constitution en corps qui est la fonction essentielle de l’État, celle qui assure son unitĂ© et sa vie.

Mussolini président du Conseil

Le 16 novembre Mussolini se prĂ©sente Ă  la Chambre et obtient la confiance avec 316 voix en sa faveur, 116 contre et seulement 7 abstentions et il tient son premier discours comme prĂ©sident du Conseil dans lequel il dĂ©clare :

« Je me suis refusĂ© de remporter une victoire Ă©clatante, et je pouvais remporter une victoire Ă©clatante. Je me suis imposĂ© des limites. Je me suis dit que la meilleure sagesse est celle qui ne s'abandonne pas aprĂšs la victoire. Avec trois cent mille jeunes armĂ©s, dĂ©cidĂ©s Ă  tout et presque mystiquement prĂȘts Ă  un de mes ordres, moi, je pouvais punir tous ceux qui ont diffamĂ© ou tentĂ© de salir le fascisme. Je pouvais faire de cette salle sourde et grise un bivouac de pantins : je pouvais barrer le Parlement et constituer un gouvernement exclusivement de fascistes. Je pouvais : mais je n'ai pas, au moins dans ce premier temps, voulu. Â»

Le 24 novembre 1922, il obtient les pleins pouvoirs en matiÚre économique et administrative jusqu'au 31 décembre 1923 afin de rétablir l'ordre. Le 15 décembre 1922, le Grand Conseil du fascisme se réunit pour la premiÚre fois. Le 14 janvier 1923, les chemises noires sont institutionnalisées par la création de la Milice volontaire pour la sécurité nationale (MVSN). Le 9 juin, il présente la nouvelle loi Acerbo en matiÚre électorale, approuvée le 21 juillet. Toujours en juillet, grùce à l'appui britannique, à la conférence de Lausanne, la présence italienne en DodécanÚse, occupée depuis 1912 est reconnue.

Le 28 août, l'expédition militaire Enrico Tellini, dont l'objectif est de définir la frontiÚre entre la GrÚce et l'Albanie est massacrée à Ioannina. Mussolini envoie un ultimatum à la GrÚce pour demander réparation et suite au refus du gouvernement grec, la marine italienne reçoit l'ordre d'occuper Corfou. Avec cette action le nouveau président du Conseil démontre vouloir poursuivre une politique extérieure forte et il obtient, grùce à la Société des Nations les réparations demandées aprÚs l'abandon de l'ßle occupée.

Le 19 dĂ©cembre, il prĂ©side Ă  la signature de l'accord entre la Confindustria et la ConfĂ©dĂ©ration des Corporations fascistes. Le dĂ©cret royal du 30 dĂ©cembre 1923 numĂ©ro 284 Ă©tablit la crĂ©ation des agences communales d'assistance (ECA) avec pour objectif la « coordination de toutes les activitĂ©s, publiques et privĂ©es, destinĂ©es au secours des indigents, et promouvant l'Ă©ducation, l'instruction et l'accĂšs aux mĂ©tiers et aux arts». Ceux-ci seront unifiĂ©s dans deux agences territoriales au sein de l'assistance sanitaire et matĂ©rielle des pauvres et de l'enfance abandonnĂ©e par le dĂ©cret royal du 31 mars 1933 numĂ©ro 383.

Le 27 janvier 1924, le traitĂ© de Rome entre l'Italie et la Yougoslavie est signĂ© dans lequel celle-ci reconnaĂźt l’« italianitĂ© Â» de Fiume annexĂ© le 16 fĂ©vrier. Le Roi confĂšre Ă  Mussolini le collier de l’ordre suprĂȘme de la trĂšs Sainte Annunziata. À partir du 7 fĂ©vrier, le gouvernement italien Ă©tablit des rapports diplomatiques avec l'URSS. Un accord avec le Royaume-Uni permet Ă  l'Italie d'acquĂ©rir l'autre rive du fleuve Jubba, rĂ©gion qui est annexĂ©e Ă  la Somalie italienne.

Aux élections du 6 avril 1924, la liste nationale (désignée comme " Listone ") obtient 60,1% des voix et 356 députés et à ceux-ci s'ajoutent 4,8% de voix et 19 siÚges correspondant à la " liste bis ". Les deux listes gouvernementales recueillent au total 64,9% des votes élisant 375 parlementaires dont 275 inscrits au parti national fasciste. Dans le " Listone " est entrée la majorité des membres libéraux et démocrates parmi lesquels Vittorio Emanuele Orlando, Antonio Salandra et Enrico De Nicola qui retire sa candidature peu avant les élections, et de nombreuses personnalités de la droite italienne.

Les consultations se déroulent dans un climat de violence et d'intimidation, et les abus perpétrés par les fascistes sont dénoncés le 10 mai par le député socialiste Giacomo Matteotti qui par un discours virulent à la chambre demande d'annuler les résultats des élections.

Le 11 juin 1924, Matteotti est enlevĂ© et assassinĂ© par des squadristi fascistes. L'Ă©vĂšnement provoque la " sĂ©cession sur l'Aventin ", c'est-Ă -dire le dĂ©part des dĂ©putĂ©s d'opposition du parlement pour protester contre l'assassinat. Tout cela n'affecte pas le pouvoir de Mussolini car il n'est suivi d'aucune action politique concrĂšte. Fort de l'indĂ©cision des opposants, le 3 janvier 1925, le Duce tient un discours au parlement dans lequel l'Ă©quilibre effectif des forces prĂ©sentes dans le pays devient manifeste : afin de dĂ©montrer sa propre force, il dĂ©clare assumer « toutes les responsabilitĂ©s historiques, politiques et morales Â» de l'assassinat.

Le discours du 3 janvier 1925 est considĂ©rĂ© comme le dĂ©but du rĂ©gime fasciste dictatorial : le Duce est nĂ©.

Une sĂ©rie d’attentats

AprĂšs ĂȘtre devenu chef du gouvernement, Mussolini est l’objet d’une sĂ©rie d’attentats. Le premier est conçu, le 4 novembre 1925, par le dĂ©putĂ© socialiste et adhĂ©rent Ă  la chambre maçonnique Tito Zaniboni, mais l'OVRA[N 7] Ă©carte la menace.

Le 7 avril 1926 Violet Gibson, une irlandaise prĂ©sentĂ©e comme dĂ©sĂ©quilibrĂ©e tire un coup de feu en direction de Mussolini, le manquant de peu.

Le 11 septembre 1926 l'anarchiste Gino Lucetti lance un engin explosif vers la voiture du Premier ministre. La bombe rebondit sur la portiĂšre de la voiture et explose dans la rue blessant huit personnes.

Le soir du 31 octobre 1926 Ă  Bologne, pendant la commĂ©moration de la marche sur Rome, Anteo Zamboni ĂągĂ© de 15 ans tire un coup de pistolet vers le chef du gouvernement, effleurant la poitrine. IdentifiĂ© par les fascistes, il est lynchĂ© sur place par les chemises noires de Leandro Arpinati. Selon certaines rĂ©centes recherches, l’attentat aurait Ă©tĂ© le rĂ©sultat d’une conspiration des fascistes opposĂ©s Ă  la «normalisation» mise en Ɠuvre par Mussolini, hostile aux excĂšs rĂ©volutionnaires et au pouvoir des formations squadristi.

Mussolini Ă©chappe Ă  d’autres attentats en 1931 et en 1932, respectivement de la part des anarchistes Michele Schirru et Angelo Pellegrino Sbardellotto, qui sont condamnĂ©s Ă  la peine de mort pour avoir complotĂ© contre le chef du gouvernement.

Mussolini Premier ministre : la dictature fasciste

Mussolini discourant.

Avec la loi du 17 avril 1925 n.473 sont Ă©tablies les nouvelles normes d’hygiĂšne pour les entreprises et l’obligation de pourvoir au service sanitaire dans l’établissement, de ne pas faire porter des poids excessifs par les femmes et les enfants et signaler et surveiller les substances nocives. Les conventions collectives du travail ont force de loi et les « patrons Â» peuvent utiliser des contrats individuels diffĂ©rents des conventions collectives seulement si les conditions sont meilleures pour les travailleurs. L’application de ces rĂšgles est surveillĂ©e par un inspecteur corporatiste.

Par le dĂ©cret royal du 1er mai n.582 naĂźt l'ƒuvre nationale du temps libre (Opera Nazionale Dopolavoro - OND) avec l’objectif de " promouvoir le sain et profitable emploi du temps libre des travailleurs intellectuels et manuels pour dĂ©velopper leur capacitĂ© physique, intellectuelle et morale ". L'organisme promeut, au cĂŽtĂ© des autres organismes concernĂ©s, la lutte contre l’alcoolisme et la « bataille contre la malaria Â», il organise des concerts publics, des reprĂ©sentations thĂ©Ăątrales populaires et des colonies de vacances Ă  la mer et Ă  la montagne pour les enfants de familles nĂ©cessiteuses.

Le 11 juin 1925, le PrĂ©sident du Conseil annonce la bataille du grain[41]. La campagne a pour objectif d'atteindre l’autosuffisance de l’Italie envers l’étranger en ce qui concerne la production des produits agricoles et particuliĂšrement du blĂ© dont l’importation est Ă  l’origine Ă  50 % du dĂ©ficit de la balance des paiements. Le programme qui se termine en 1931 n’a pas le succĂšs escomptĂ©, l’objectif n’étant pas atteint. Le projet est rĂ©alisĂ© surtout grĂące Ă  la bonification, entre 1928 et 1932 des terres paludĂ©ennes prĂ©sentes dans la pĂ©ninsule italienne parmi lesquelles les marais Pontins[42]. La bonification permet la mise en Ɠuvre d’un programme sanitaire qui permet de vaincre la malaria ainsi que l’obtention de rĂ©sultats significatifs contre la tuberculose, la variole et la rage. De nouvelles communes naissent, souvent appelĂ©es d'aprĂšs la destination Ă©conomique qui justifie leur crĂ©ation, par exemple Carbonia pour l’exploitation des gisements de charbon.

Le 21 juin 1925 a lieu le quatriĂšme et dernier congrĂšs du PNF. Mussolini invite les chemises noires Ă  abandonner dĂ©finitivement la violence. Par la rĂ©forme du systĂšme policier renforçant ainsi le pouvoir exĂ©cutif, Ă  la fin de l’annĂ©e 1925, les Ă©lĂ©ments squadristi sont rendus inopĂ©rants[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Le 18 juillet, l’Italie et la Yougoslavie signent le traitĂ© de Neptune qui dĂ©finit les frontiĂšres respectives de la zone dalmatienne.

Le 30 aoĂ»t, l’arme de l’aĂ©ronautique est crĂ©Ă©e.

Le 20 octobre Mussolini nomme Cesare Mori prĂ©fet de Palerme, avec des pouvoirs extraordinaires et des compĂ©tences Ă©tendues Ă  toute la Sicile, afin de freiner le phĂ©nomĂšne mafieux dans l’üle. Le « prĂ©fet de fer Â» obtient des rĂ©sultats significatifs et son action continue pendant les annĂ©es 1926-1927. Rapidement, les enquĂȘtes montrent des rapports entre la mafia et des hommes d’État. Ainsi Mori est rappelĂ© Ă  Rome par Mussolini et nommĂ© sĂ©nateur le 16 juin 1929, alors que la propagande dĂ©clare orgueilleusement que la mafia a Ă©tĂ© vaincue.

Entre 1925 et 1926, les lois fascistissimes inspirées par le juriste Alfredo Rocco sont approuvées.

La loi du 26 novembre 1925, n. 2029, oblige les organismes collectifs Ɠuvrant en Italie, associations, instituts, sur demande de l’autoritĂ© publique de sĂ©curitĂ© (autoritĂ  di pubblica sicurezza), Ă  dĂ©clarer leurs statuts, leurs actes collectifs, leurs rĂšglements intĂ©rieurs et la liste des associĂ©s et des dirigeants sous peine, en cas de dĂ©claration omise ou incorrecte, de dissolution, de sanctions pĂ©nales avec emprisonnement d’une durĂ©e indĂ©terminĂ©e et de sanctions financiĂšres de 2 000 Ă  30 000 lires. De cette maniĂšre, le gouvernement dispose d’une cartographie du type et du nombre d’associations non gouvernementales prĂ©sentes sur le sol italien.

La loi du 24 dĂ©cembre 1925, n. 2300, Ă©tablit que tous les fonctionnaires qui refusent de jurer fidĂ©litĂ© Ă  l’État italien seront destituĂ©s.

La loi du 24 dĂ©cembre 1925, n. 2263, prĂ©voit que le titre « prĂ©sident du conseil» est transformĂ© en «chef du gouvernement, Premier ministre et secrĂ©taire d’État Â» ; le «chef du gouvernement Â» est nommĂ© et rĂ©voquĂ© seulement par le roi et il n’est responsable qu’envers lui. Les ministres deviennent responsables aussi bien envers le roi qu’envers Mussolini.

La loi sur la presse du 31 dĂ©cembre 1925 indique que les journaux ne peuvent ĂȘtre dirigĂ©s, Ă©crits et imprimĂ©s que s'ils ont un responsable accrĂ©ditĂ© par le prĂ©fet et donc indirectement par Mussolini.

La loi du 31 janvier 1926, n. 100, attribue Ă  Mussolini, en sa qualitĂ© de chef du gouvernement, la possibilitĂ© de promulguer des rĂšgles juridiques.

Avec la loi du 4 février, n. 237, les conseillers municipaux et les maires sont supprimés et remplacés par des podestà nommé par décret royal, qui exercent les fonctions de maire et du conseil municipal.

Le 3 avril 1926 le droit de grĂšve est supprimĂ© et il est Ă©tabli que les conventions collectives ne peuvent ĂȘtre nĂ©gociĂ©es que par les syndicats lĂ©galement reconnus par l’État ; pour cela, le 8 juillet 1926, le ministĂšre des corporations est crĂ©Ă© et Mussolini en assume la direction.

Dans le mĂȘme temps, Mussolini impose Ă  l’Albanie de Ahmet Zogu une forme non officielle de protectorat. De plus, l'Italie adhĂšre au Pacte de Locarno qui garantit les frontiĂšres et la sĂ©curitĂ©. En avril 1926, dans un discours Ă  Tripoli, Mussolini avance l’idĂ©e d’une mer mare nostrum, avec une thalassocratie italienne sur la MĂ©diterranĂ©e, et oppose pour la premiĂšre fois fascisme et dĂ©mocratie. Toujours en 1926, les frontiĂšres de la Libye italienne sont redĂ©finies en faveur de l’Italie qui acquiert ainsi le Fezzan.

Toujours le 3 avril, l’Opera Nazionale Balilla (ONB) est crĂ©Ă©, avec l’objectif de « rĂ©organiser la jeunesse d’un point de vue moral et physique Â», ainsi qu’à l’éducation spirituelle et culturelle et Ă  l’instruction prĂ©-militaire, des jeunes Italiens de 8 Ă  18 ans. En 1927, toutes les autres organisations sont dissoutes par dĂ©cret Ă  l’exception de la jeunesse italienne catholique (GioventĂč Italiana Cattolica). En 1937, l’ONB sera remplacĂ© par la GioventĂč Italiana del Littorio (GIL).

Le 18 aoĂ»t, le duce tient Ă  Pesaro un discours dans lequel il proclame que pour combattre la dĂ©valuation, le taux de change lire-sterling est fixĂ© Ă  la fatidique « cote 90 Â», objectif qui sera atteint avec de grandes difficultĂ©s.

Le 8 octobre le Grand Conseil du fascisme promulgue un nouveau statut du PNF par lequel sont abolies les Ă©lections internes des membres du parti. Le 12 octobre Mussolini assume la direction de la MVSN.

Le 5 novembre 1926 tous les partis hors du PNF sont dissous et la presse est placĂ©e sous le contrĂŽle de la censure. La peine de mort[N 8] et le confinement policier sont introduits[N 9] pour les attentats perpĂ©trĂ©s ou organisĂ©s Ă  l’encontre des principaux personnages de l’État[N 10] et le tribunal spĂ©cial pour la sĂ©curitĂ© de l’État (Tribunale Speciale per la sicurezza dello Stato) est crĂ©Ă©.

Le 30 dĂ©cembre le fascio est dĂ©clarĂ© symbole de l’État.

Le 15 janvier 1927 Winston Churchill, alors Chancelier de l'Échiquier, est reçu Ă  Rome par Mussolini. Entre temps, Mussolini lance la campagne de soutien de la croissance dĂ©mographique : les cĂ©libataires doivent payer une taxe spĂ©ciale et Ă  l’occasion des mariages, l’État offre une prime de mariage aux Ă©poux et s’ils prĂ©voient des prĂȘts, des facilitĂ©s Ă©conomiques leur sont accordĂ©es ainsi que des exemptions de taxes pour les familles nombreuses. Les Gruppi Universitari Fascisti ( " GUF " ) sont crĂ©Ă©s, pour la formation de la future classe dirigeante.

Toujours en 1927, le ComitĂ© olympique national italien (CONI) est crĂ©Ă© avec l’objectif d’amĂ©liorer la compĂ©titivitĂ©. PrĂ©cĂ©demment la gestion de l’activitĂ© sportive Ă©tait confiĂ©e Ă  l’initiative privĂ©e.

Le 21 avril, le Grand Conseil crĂ©e la carte du travail. Le 5 juin, s'adressant au sĂ©nat, Mussolini affirme la ligne du rĂ©visionnisme en matiĂšre de politique Ă©trangĂšre, dĂ©clarant que les traitĂ©s signĂ©s aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale sont valides mais qu’ils ne sont pas considĂ©rĂ©s Ă©ternels et immuables.

Avec la loi du 9 dĂ©cembre, n. 2693, le Grand Conseil du fascisme est institutionnalisĂ© comme l’organisme principal du PNF, prĂ©sidĂ© en personne par le duce qui est reconnu comme organisme constitutionnel suprĂȘme de l’État.

Le 15 janvier 1928, l’Agence italienne des diffusions radiophoniques (Ente Italiano Audizioni Radiofoniche - EIA) est crĂ©Ă©e et est seule compĂ©tente pour la gestion publique du service radiophonique sur le territoire national. En 1944, elle sera rebaptisĂ©e RAI (Radio Audizioni Italiane).

Le 14 mars, Mussolini prĂ©sente Ă  la chambre un projet de loi de rĂ©forme qui sera approuvĂ©, dans lequel il propose la rĂ©duction Ă  400 du nombre des dĂ©putĂ©s, lesquels seront Ă©lus dans un unique collĂšge national ; la confĂ©dĂ©ration nationale des syndicats fascistes et les associations culturelles habilitĂ©es ont la charge de prĂ©senter les candidatures.

Le 11 février 1929, Mussolini propose de mettre fin à la question romaine en signant avec le cardinal Pietro Gasparri les accords du Latran, ratifiés par la chambre en mai.

Les Ă©lections du 24 mars 1929 pour le renouvellement de la chambre des dĂ©putĂ©s, se transforment en plĂ©biscite en faveur de Mussolini. Les Ă©lecteurs sont appelĂ©s Ă  voter sĂŹ ou no pour approuver une grande liste de dĂ©putĂ©s fixĂ©e par le Grand Conseil du fascisme. La consultation se tient dans un climat d’intimidation ; la carte pour le oui est tricolore, celle pour le non simplement blanche rendant identifiable le vote exprimĂ©. La participation du vote est de 90 % et les votes favorables au listone, la fameuse grande liste, atteignent 98,4 %.

Le 2 avril, le duce rencontre le ministre des Affaires extĂ©rieures britannique Neville Chamberlain. Vers la fin de l’annĂ©e, le siĂšge du gouvernement est transfĂ©rĂ© du palazzo Chigi au palazzo Venezia.

Discours enflammé de 1932

En 1930, l'Italie signe un traitĂ© d’amitiĂ© avec l’Autriche. En janvier 1931, Mussolini, dans une interview au Daily Mail, affirme la nĂ©cessitĂ© d’une rĂ©vision du traitĂ© de paix de la grande guerre. Le 9 juillet il reçoit le secrĂ©taire d’État amĂ©ricain Henry Lewis Stimson, et en octobre il accueille le Mahatma Gandhi au palais Venezia. Entre le 23 mars et le 4 avril 1932, le duce rencontre plusieurs fois Emil Ludwig qui Ă©crira Colloqui con Mussolini.

Durant cette pĂ©riode, il s’éloigne de sa maĂźtresse Margherita Sarfatti en raison de sa liaison avec Clara Petacci.

Le 12 avril au salon international de l’automobile de Milan est prĂ©sentĂ©e la nouvelle FIAT Balilla, qui, dans les intentions de Mussolini, doit ĂȘtre l’automobile de tous les Italiens; Ă  partir de cette annĂ©e, l'attribution des voitures se fait par prĂ©fĂ©rence et n’atteindra jamais les rĂ©sultats espĂ©rĂ©s (Adolf Hitler adoptera la mĂȘme initiative avec la Volkswagen). Le 23 octobre, Mussolini participe aux cĂ©lĂ©brations de la Fiat avec Giovanni Agnelli et Vittorio Valletta.

En juin, sur l'encyclopĂ©die Treccani, un article Fascismo signĂ© par Mussolini et Ă©crit en collaboration avec Giovanni Gentile est publiĂ© ; on y trouve l'explication de la doctrine propre au parti fasciste. À l’occasion du dixiĂšme anniversaire de la rĂ©volution fasciste, la Via dell'Impero est inaugurĂ©e et les inscriptions au PNF sont rouvertes aprĂšs leurs fermetures de 1928. Le 18 dĂ©cembre Mussolini inaugure Littoria, la premiĂšre ville neuve construite dans les Marais Pontins.

Le 29 mars 1933, Mussolini rencontre Ă  Rome le ministre allemand de la Propagande Joseph Goebbels. Sur l'initiative de Mussolini, le 7 juin, le Pacte Ă  quatre est signĂ© Ă  Rome par l’Italie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, les États qui assument la responsabilitĂ© de la paix et de l’organisation de l’Europe dans le respect des principes et des procĂ©dures prĂ©vues par le statut de la SociĂ©tĂ© des Nations.

Toujours en 1933, l’Institut national fasciste de la prĂ©voyance sociale (INFPS) est crĂ©Ă©, qui prendra en 1943 le nom de INPS, une agence de droit public dotĂ©e d’une gestion autonome avec l’objectif de garantir la prĂ©voyance sociale aux travailleurs. C'est le premier vrai systĂšme italien de pension qui est crĂ©Ă© : l'INFPS a, Ă  sa charge, l’assurance obligatoire Ă©tendue des employĂ©s du secteur public Ă  ceux du secteur privĂ©. La mĂȘme annĂ©e, les caisses d’accidents du travail dont dĂ©pendent les travailleurs, et dont les cotisations sont obligatoires dans certains secteurs depuis 1919, sont unifiĂ©es dans l’Institut national fasciste pour l’assurance contre les accidents du travail (Istituto Nazionale Fascista per l'Assicurazione contro gli Infortuni sul Lavoro - INFAI), rebaptisĂ© INAIL en 1943.

Le 5 fĂ©vrier 1934, sont instituĂ©es les 22 corporations. Le 14 mars, Mussolini rencontre Ă  Rome le chancelier autrichien Dollfuss et le chef du gouvernement hongrois Gyula Gombos pour discuter d’une rĂ©vision de l’organisation territoriales dans les Balkans. Le 17 mars, un pacte Ă  trois, anti-allemand et anti-français, est conclu avec la Hongrie et l’Autriche (protocole de Rome).

Les Ă©lections du 25 mars 1934 pour le renouvellement de la chambre des dĂ©putĂ©s – tenues suivant le schĂ©ma du listone unique dĂ©jĂ  adoptĂ© en 1924, avec carte tricolore pour le oui et blanche pour le non – se transforment en un nouveau plĂ©biscite : le nombre de participants augmente et les votes nĂ©gatifs atteignent 15 201 voix soit 0,15 % des votants.

Les loi des 22 mars 1934 n. 654 et 26 avril 1934 n. 653 pour le travail des femmes et des enfants donnent le droit Ă  la conservation du poste de travail pour les travailleuses enceintes, une pĂ©riode d’arrĂȘt avant et aprĂšs l’accouchement et les permissions obligatoires pour l’allaitement (pour les entreprises de plus de 50 ouvriĂšres, il y a l’obligation de disposer d’un local adaptĂ© Ă  cet usage).

La loi 24 dĂ©cembre 1934 n.2316 Ă©tablit la crĂ©ation de l’ONMI ou ƒuvre nationale pour la protection de la maternitĂ© et de l’enfance (Opera Nazionale per la Protezione della MaternitĂ  e dell'Infanzi) ; l'agence peut financer des institutions privĂ©es travaillant dans le mĂȘme champ d’activitĂ©. En 1935, il y a l’instauration du samedi fasciste.

Les 14 et 15 juin Mussolini et Hitler se rencontrent Ă  Stra et Venise, les rĂ©unions concernent essentiellement la question autrichienne. Le chancelier allemand envisage l’annexion de l’Autriche. Les rapports entre les deux dirigeants restent tendus : le 25 juillet, suite Ă  l’échec du coup d’État en Autriche par lequel l’Allemagne nationale-socialiste espĂšre annexer le pays (Dollfuss est assassinĂ©), Mussolini envoie deux divisions au Brenner (retirĂ©es le 16 aoĂ»t) pour dĂ©fendre l’indĂ©pendance autrichienne[N 11]. La situation se rĂ©sout lorsque Hitler abandonne la partie.

Au cours de cette pĂ©riode, Mussolini considĂšre qu'Hitler est un ĂȘtre « fĂ©roce Â» et « cruel Â», comparable Ă  Attila, – « Ă©ternel ennemi de Rome Â» –, et que le nazisme va ruiner sa pensĂ©e politique, – le fascisme italien[43] ; ainsi, Ă  Ostie, en aoĂ»t 1934, Mussolini dĂ©clare :

« Hitler est un affreux dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© sexuel et un fou dangereux. Le national-socialisme en Allemagne reprĂ©sente la barbarie sauvage et ce serait la fin de notre civilisation europĂ©enne si ce pays d'assassins et de pĂ©dĂ©rastes devait submerger le continent. Toutefois, je ne puis ĂȘtre toujours le seul Ă  marcher sur le Brenner (allusion au col du Brenner qui sĂ©pare l'Autriche de l'Italie, Mussolini craignant dĂ©jĂ  Ă  l'Ă©poque l'Anschluss[43]). Â»

Le cĂ©lĂšbre Ă©crivain italien Gabriele D'Annunzio – trĂšs antinazi – adresse toujours ses fĂ©licitations Ă  Mussolini lors de ses vives critiques envers « l'Attila barbouilleur Â», Hitler[43].

Le 21 août, Mussolini rencontre Kurt von Schuschnigg, successeur de Dollfuss.

Le 6 septembre, Ă  Bari, il prend position sur la politique extĂ©rieure du national-socialisme et la doctrine raciste hitlĂ©rienne, proclamant que « trente siĂšcles d’histoire nous permettent de regarder avec une souveraine pitiĂ© certaines doctrines venues de l’autre cĂŽtĂ© des Alpes Â»[44].

La guerre d'Éthiopie et le rapprochement avec l'Allemagne national-socialiste

Article dĂ©taillĂ© : Seconde guerre italo-Ă©thiopienne.

« L'Italie a finalement son empire Â»

— lors de la constitution de l'Afrique Orientale italienne

Le 5 dĂ©cembre 1934, se produit un incident prĂšs de Ual Ual, localitĂ© entre la Somalie italienne et l'Éthiopie: 1 500 soldats Ă©thiopiens agressent un poste frontiĂšre italien composĂ© de 200 militaires. Mussolini demande des excuses officielles en plus du paiement d'une indemnitĂ© de la part du gouvernement Ă©thiopien, conformĂ©ment Ă  ce qui est prĂ©vu dans un traitĂ© signĂ© en 1928 entre l'Italie et l'Éthiopie. Cependant le Negus Haile Selassie a la possibilitĂ©, en vertu du mĂȘme accord, de faire appel Ă  la SociĂ©tĂ© des Nations (SDN) (2 janvier). Pour faire la lumiĂšre sur l'Ă©vĂ©nement, celle-ci s'affaire dans l'arbitrage, temporisant : les rapports italo-Ă©thiopiens sont irrĂ©mĂ©diablement compromis et Mussolini fait rĂ©fĂ©rence Ă  cet Ă©pisode pour dĂ©clarer la guerre. Des franchissements de frontiĂšre de troupes abyssiniennes se sont dĂ©jĂ  produits, par exemple, le 14 novembre 1934, quand le consulat italien Ă  Gondar s'est fait attaquer par un groupe armĂ© Ă©thiopien. La tension italo-Ă©thiopienne est due au dessein italien d'unifier territorialement l'ÉrythrĂ©e et la Somalie et le dĂ©sir Ă©thiopien de conquĂ©rir un dĂ©bouchĂ© sur la mer.

Entre les 4 et 7 janvier 1935, Mussolini rencontre Ă  Rome le ministre français des Affaires Ă©trangĂšres Pierre Laval : des accords en vertu de quoi la France cĂšde Ă  l'Italie la Somalie française (actuellement Djibouti) sont signĂ©s ainsi que la reconnaissance de la minoritĂ© italienne prĂ©sente en Tunisie (qui avait Ă©tĂ© l'objet de revendications de la part de l'Italie) et l'engagement d'appuyer diplomatiquement l'Italie en cas de guerre contre l'Éthiopie [45]. Laval espĂšre ainsi rapprocher Mussolini de la France afin de donner naissance Ă  une alliance anti-nazie.

Le 16 janvier, Mussolini prend la direction du ministĂšre des colonies. Le 19 janvier, la SDN reconnaĂźt la « bonne foi Â» de l'Italie et de l'Éthiopie dans l'incident de Ual Ual et dĂ©cide que le cas doit ĂȘtre traitĂ© par les deux parties. Le 17 mars, les Abyssiniens prĂ©sentent un nouveau recours, faisant appel Ă  l'article XV de l'organisation.

Lors de la conférence de Stresa qui se déroule du 11 au 14 avril, l'Italie, le Royaume-Uni et la France condamnent conjointement les violations allemandes du traité de Versailles.

Le 8 juin Ă  Cagliari, Mussolini revendique le droit de l'Italie Ă  avoir sa propre politique coloniale, ce qui indispose le Royaume-Uni. Le 18 septembre, dans un article publiĂ© dans le Morning Post, Mussolini garantit que les intĂ©rĂȘts français et britanniques en Afrique orientale ne seront pas touchĂ©s.

Le 2 octobre, il annonce la dĂ©claration de guerre Ă  l'Éthiopie du balcon du palais Venezia[46]. En attaquant ce pays, membre de la SDN, Mussolini viole l'article XVI de l'organisation, qui stipule : « Si un membre de la ligue recourt Ă  la guerre, enfreignant ce qui est indiquĂ© dans les articles XII, XIII et XV, il sera jugĂ© ipso facto comme s'il avait commis un acte de guerre contre tous les membres de la ligue, qui, ici prennent l'engagement de le soumettre Ă  la rupture immĂ©diate de toutes les relations commerciales et financiĂšres, Ă  l'interdiction des relations entre les citoyens et ceux de la nation qui enfreint le pacte, Ă  l'abstention de toutes relations financiĂšres, commerciales et personnelles entre les citoyens de la nation violatrice du pacte et les citoyens de n'importe quel autre pays, membre de la ligue ou non».

Entre temps, il inaugure dans les Marais Pontins les nouvelles villes de Guidonia (27 avril) et Pontinia (13 novembre).

Le 18 novembre, l'Italie est frappĂ©e par les sanctions Ă©conomiques de la SDN que 52 Ă©tats approuvent. L'Autriche, la Hongrie et l'Albanie votent contre. En guise de riposte, l'Italie met en Ɠuvre des programmes Ă©conomiques autarciques. Les sanctions se montrent en fait inefficaces, parce que de nombreux pays les ayant votĂ©es officiellement maintiennent de bons rapports avec l'Italie, l'approvisionnant en matiĂšres premiĂšres. L'Allemagne nazie est l'un de ceux-ci et la guerre d'Éthiopie est le point de dĂ©part du rapprochement entre Mussolini et Hitler.

La conduite du conflit et les crimes de guerre commis sur ordre de Mussolini

Carte d'Éthiopie

La défaite subie par les troupes italiennes à Adoua est toujours en mémoire des Italiens. Mussolini suit en personne les préparatifs ainsi que le déroulement des opérations militaires.

En Éthiopie, un embargo sur les armes, imposĂ© en 1918 par les trois puissances coloniales limitrophes (France, Royaume-Uni et Italie), ont fortement limitĂ© pendant prĂšs de 20 ans l'armement de l'empire. L'armĂ©e Ă©thiopienne de l’empereur HaĂŻlĂ© SelassiĂ© est composĂ©e d’environ 500 000 hommes, dont beaucoup ne sont souvent armĂ©s que de lances et de boucliers. Seuls quelques soldats disposent d’armes modernes, l'armĂ©e Ă©thiopienne dispose de 25000 fusils Mauser FN model 24 carbine[N 12], mais certains fusils usagĂ©s datent d’avant 1900[47]. Il faudra nĂ©anmoins sept mois pour conduire Ă  la destruction des forces armĂ©es du dernier Ă©tat indĂ©pendant d'Afrique, l'antique empire Ă©thiopien[48].

Pour s'assurer une rapide victoire, Mussolini, examinant les demandes des Ă©tat-majors militaires, triple les moyens en hommes : en mai 1936, presque un demi-million d'hommes est engagĂ© sur le thĂ©Ăątre des opĂ©rations dont 87 000 askari, 492 tankettes, 18 932 vĂ©hicules et 350 avions. Dans l'arsenal Ă  disposition des Italiens, il y a aussi des armes chimiques et bactĂ©riologiques interdites par la convention de GenĂšve et dĂ©barquĂ©es en grand secret Ă  Massaoua : 60 000 grenades Ă  l'arsine pour l'artillerie, 1 000 tonnes de bombes Ă  ypĂ©rite pour l'aĂ©ronautique et 270 tonnes de produits chimiques agressifs pour l'emploi tactique[49].

DÚs le début des opérations, le 3 octobre, Mussolini prend la direction des opérations et envoie presque quotidiennement des ordres radiotélégraphiés à ses généraux présents sur le champ de bataille (Rodolfo Graziani sur le front Sud, Emilio De Bono puis Pietro Badoglio sur celui Nord). Parmi ses ordres, figurent ceux relatifs à l'emploi des armes chimiques[50].,[N 13].

Le premier ordre qui concerne l'emploi des armes chimiques arrive de Mussolini Ă  Graziani : le 27 octobre 1935, Graziani prĂ©pare l'assaut de la place forte de Gorrahei. Les six tonnes de grenades conventionnelles sont insuffisantes pour avoir raison des dĂ©fenseurs. Le 29, Graziani demande Ă  Mussolini l'autorisation d'utiliser des armes chimiques pour des " opĂ©rations dĂ©fensives " et il l'obtient rapidement avec le mandat d'exterminer l'entiĂšre formation ennemie[51].

Dans la mĂȘme pĂ©riode, entre le 22 dĂ©cembre 1935 et les premiers jours de 1936, sur le font Nord, Badoglio reçoit l'ordre d'employer les bombes chimiques contre les Abyssiniens passĂ©s Ă  l'offensive dans le ScirĂ©. L'ordre, dĂ©jĂ  en cours d'exĂ©cution, soumet les civils, le bĂ©tail et les rĂ©coltes Ă  une importante pluie de gaz. Le bombardement est suspendu pour des raisons politiques en vue d'une rĂ©union de la SDN prĂ©vue Ă  GenĂšve le 5 janvier mais Badoglio l'ignore et poursuit les bombardements chimiques jusqu'au 7, puis de nouveau les 12 et 18 janvier[52].

Le 9 janvier, Mussolini autorise la guerre totale avec ces paroles :

« J'autorise Votre Excellence Ă  employer tous les moyens de guerre, je dis tous, qu'ils soient aĂ©riens comme de terre. DĂ©cision maximum.  Â»

— TĂ©lĂ©gramme secret de Mussolini Ă  Pietro Badoglio [53].>

Les bombardements chimiques d'artillerie et par avions se poursuivent aussi bien sur le front Nord (jusqu'au 29 mars 1936) que sur le front Sud (jusqu'au 27 avril), employant un total de 350 tonnes d'armes chimiques. Dans ce contexte, fin janvier, malgré l'emploi massif d'armes chimiques, les armées italiennes du front Nord sont en graves difficultés (harcelé par les troupes du ras Cassa, Badoglio est sur le point d'ordonner l'évacuation de Mékélé). Mussolini n'hésite pas à proposer à son général l'emploi d'armes bactériologiques. Badoglio exprime sa nette divergence d'opinion, mettant en évidence auprÚs de Mussolini les réactions internationales que ce choix provoquerait et sa propre crainte sur les conséquences incontrÎlables d'une arme jamais essayée jusque là. Le duce reçoit ces observations et le 20 février retire sa proposition[54].

L'utilisation des armes chimiques dont Mussolini est directement et pleinement responsable est cachĂ©e Ă  l'opinion publique italienne et le duce ordonne le dĂ©menti lorsque leur emploi est Ă©voquĂ© dans la presse internationale[55].. La conduite d'une vraie politique d'extermination envers les Éthiopiens ne se limite pas Ă  l'emploi des armes chimiques mais est conduit avec d'autres moyens, comme l'ordre de ne pas respecter les marquages de la Croix rouge ennemie ce qui conduit Ă  la destruction d'au moins 17 hĂŽpitaux (dont un suĂ©dois) et installations mĂ©dicales abyssiniennes ou par l'emploi de troupes askari (libyens de religion musulmane) contre les armĂ©es et la population christiano-copte abyssinienne. Les troupes libyennes se rendent coupables de massacres envers les civils et les prisonniers, au point que le gĂ©nĂ©ral Guglielmo Nasi instaure une prime de cent lires pour tout prisonnier vivant qui lui est confiĂ©[56].

Les crimes envers les rebelles, la population et les moines abyssiniens dans les sanctuaires christano-coptes (ils sont tuĂ©s par centaines Ă  Debra Libanos et ailleurs) se poursuivent mĂȘme lorsque la guerre est finie et au moins jusqu'en 1940[57]

La victoire en Éthiopie, l'apogĂ©e de Mussolini et du fascisme

Victor-Emmanuel III

Le 7 mai 1936, Mussolini reçoit de Victor-Emmanuel III la Grande Croix de l’Ordre militaire de Savoie. Le souverain, par l’attribution de la plus haute dĂ©coration militaire du royaume, reconnaĂźt l'implication de Mussolini: « ministre des forces armĂ©es, il prĂ©para, conduisit et gagna la plus grande guerre coloniale dont l’histoire se souvienne. Â»

Le 9 mai, toujours du balcon du Palais Venezia, il annonce la fin de la guerre d’Éthiopie et proclame la naissance de l’empire. Le roi d’Italie prend le titre d’empereur d’Éthiopie. La campagne abyssinienne reprĂ©sente le moment du plus fort consensus du peuple italien envers le fascisme. Mussolini impose, pour indiquer la date sur les documents officiels et sur les journaux, d'Ă©crire l’annĂ©e en commençant le 28 octobre 1922 (une telle mesure est dĂ©jĂ  utilisĂ©e depuis le 31 dĂ©cembre 1926) accompagnĂ©e de celle de la fondation de l’empire (par exemple, 1936 est indiquĂ© comme « annĂ©e 1936, XIV de l'Ăšre Fasciste, I de l’Empire Â»).

Le 4 juillet, la SDN dĂ©crĂšte la fin de l’application de l’article XVI et les sanctions cessent le 15 (l’unique pays qui s’y oppose est l’Afrique du Sud) ; Mussolini obtient le titre de marĂ©chal d’Italie le 30 mars 1938.

Le 9 juin, il confie Ă  son gendre Galeazzo Ciano le ministĂšre des affaires Ă©trangĂšres.

Le 24 juillet 1936, il se met d’accord avec Hitler pour l’envoi de contingents militaires en Espagne en soutien Ă  Franco dont le coup d’État du 18 juillet a dĂ©clenchĂ© la guerre civile espagnole. Le fils de Mussolini Bruno participe Ă  la guerre comme chef d’une escadrille aĂ©rienne. Le 1er novembre, il annonce dans un discours la crĂ©ation (signĂ© le 24 octobre) de l'Axe Rome-Berlin (il ne s’agit pas encore d’une vraie alliance militaire qui sera scellĂ©e seulement avec le Pacte d’acier).

Ailleurs en Europe, d'autres partis fascisants voient le jour, notamment le Parti populaire français de Jacques Doriot en 1936. En 1937, Mussolini obtient un Doctorat Honoris Causa décerné par l'Université de Lausanne.

Le 2 janvier 1937, un gentlemen's agreement est signĂ© entre l’Italie et le Royaume-Uni par lequel sont dĂ©finis les droits d’entrĂ©e et de sortie de la MĂ©diterranĂ©e et il se dĂ©cide d’éviter de modifier le « statu quo relatif Ă  la souverainetĂ© nationales des territoires du bassin mĂ©diterranĂ©en Â» y compris l’Espagne. Cet accord est confirmĂ© par le Pacte de PĂąques du 16 avril 1938.

Le 20 mars, dans l’oasis de BugĂ ra prĂšs de Tripoli, Mussolini reçoit du chef berbĂšre Yusuf Kerbisc, l’« Ă©pĂ©e de l’islam Â», symbole de l’approbation d’une partie de la sociĂ©tĂ© libyenne envers le rĂ©gime mussolinien.

Le 21 avril, il inaugure CinecittĂ , conçue comme le siĂšge de l’industrie cinĂ©matographique italienne, largement financĂ©e par le gouvernement (le premier pĂ©plum, Scipion l'Africain, date de 1937).

Le 22 avril, il rencontre Ă  Venise le chancelier autrichien Schuschnigg et se dĂ©clare opposĂ© Ă  l’Anschluss de l’Autriche avec l’Allemagne. Toujours en avril, il rencontre le ministre allemand de l’AĂ©ronautique Hermann Göring et le ministre des Affaires Ă©trangĂšres Von Neurath.

Les 25 et 29 septembre, il rencontre Hitler, d’abord Ă  Munich puis Ă  Berlin. Le 6 novembre l'Italie adhĂšre au Pacte anti-soviĂ©tique, dont l’Allemagne et le Japon sont dĂ©jĂ  signataires.

Le 3 dĂ©cembre 1937, il signe un traitĂ© d’amitiĂ©, de commerce Ă  Bangkok avec le Siam, l’actuelle ThaĂŻlande. Le 11 dĂ©cembre, il annonce la sortie de l’Italie de la SociĂ©tĂ© des Nations. Il accueille, du 3 au 9 mai 1938, Hitler, lequel est en visite en Italie. Mussolini appuie, dans un premier temps, la volontĂ© allemande d'annexer la TchĂ©coslovaquie avant de soutenir la cause tchĂ©coslovaque&nbsp[58]. Face Ă  l’éventualitĂ© d’un conflit entre le bloc franco-britannique et l’Allemagne, le 29 septembre se tient la confĂ©rence de Munich. À celle-ci sont prĂ©sents Mussolini, Hitler, Daladier pour la France et Chamberlain pour la Grande-Bretagne : la lĂ©gitimitĂ© sur la politique de l’Allemagne en TchĂ©coslovaquie est reconnue : la guerre n'aura pas lieu. Mussolini est fĂȘtĂ© comme « le sauveur de la paix Â».

Mussolini, sur la lancée d'Hitler, essaie d'intimider, &nbsp[59] sans succÚs, les Français. Il cultive l'espoir de forcer les Français à abandonner la Corse et Nice et d'établir un condominium en Tunisie et en Somalie[60]. L'ambassadeur de France en est avisé le 30 novembre aprÚs le discours de Ciano devant le parlement italien, rappelé aprÚs six mois d'interruption. Une campagne anti-française est organisée par la presse[59].

Entre le 11 et le 14 janvier 1939, Ă  Rome, il rencontre Chamberlain et le ministre britannique des Affaires Ă©trangĂšres Lord Halifax. Le 19 janvier 1939 la Chambre des dĂ©putĂ©s est supprimĂ©e et remplacĂ©e par la Camera dei Fasci e delle Corporazioni.

Fin mars, la guerre d'Espagne prend fin. Elle a coûté à l'Italie le chiffre contradictoire, en raison des désertions, de trois à six mille hommes. FinanciÚrement, l'impact est considérable, il équivaut à plus de la moitié du revenu fiscal annuel, sans compter le matériel abandonné sur place[61].

En mars, Hitler envahit la TchĂ©coslovaquie sans en aviser Mussolini qui, mĂ©content[62], ordonne l’occupation et l’annexion de l’Albanie. L’Italie y bĂ©nĂ©ficie dĂ©jĂ  d’un protectorat non officiel depuis de nombreuses annĂ©es. L'Ă©conomie et l'armĂ©e sont largement dĂ©pendantes de l'Allemagne, et par l’« invasion Â» Mussolini montre sa volontĂ© de se placer sur un plan d'Ă©galitĂ© avec l'Allemagne[61]. Cette annexion rapporte peu Ă  l'Italie et l'Ă©loigne progressivement des dĂ©mocraties pour la rapprocher toujours plus du rĂ©gime nazi[63].

La création du consensus

La stabilitĂ© de la dictature fasciste s’inscrit en grande partie dans la capacitĂ© de Mussolini Ă  crĂ©er autour de sa personne un fort consensus. L'habiletĂ© dont il fait preuve pour faire de sa personnalitĂ© l'objet d’un vĂ©ritable culte se reflĂšte non seulement dans l’approbation que la sociĂ©tĂ© italienne lui montra longtemps, mais aussi dans l’admiration qu’il rĂ©ussit Ă  gagner auprĂšs de nombreux chefs d’État Ă©trangers, d’intellectuels et auprĂšs de l’opinion publique internationale, surtout aux États-Unis et au Royaume-Uni. De ce point de vue, Mussolini devient un modĂšle d’inspiration pour beaucoup de futurs dictateurs, parmi lesquels Hitler et Staline.

La popularitĂ© de Mussolini trouve certainement son origine dans l’insatisfaction du peuple italien envers les classes dirigeantes libĂ©rales en raison des traitĂ©s de paix, jugĂ©s par beaucoup dĂ©favorables, que l’Italie a dĂ» accepter Ă  la fin de la PremiĂšre Guerre mondiale malgrĂ© les 650 000 morts et les sacrifices Ă©normes supportĂ©s par le pays. Gabriele D'Annunzio parle de « victoire mutilĂ©e Â». L'Italie gagne du territoire, seul engagement qui avait Ă©tĂ© pris par le pacte de Londres. Le mĂ©contentement gĂ©nĂ©ral ainsi que la terrible crise Ă©conomique de l’aprĂšs-guerre font croĂźtre le dĂ©sir d’un gouvernement fort.

Mussolini profite habilement de cette situation : il se prĂ©sente comme le restaurateur de l’ordre et de la paix sociale. De ce point de vue, beaucoup de squadristi fascistes intransigeants critiquent la collaboration (en 1922-1924) du PNF, au niveau gouvernemental, avec les vieux partis. À partir de 1925, avec la promulgation des lois fascistissimes et le dĂ©but de la dictature, toute forme de collaboration avec les vieux partis est abandonnĂ©e. Le consensus est alors alimentĂ© grĂące au contrĂŽle de la presse et du monde culturel italien. En outre, toute forme active de divergence d’opinion est rĂ©primĂ©e Ă  travers l'OVRA, le Tribunal SpĂ©cial, et l'institut juridique du confinement.

Mussolini dĂ©montre une personnalitĂ© charismatique, comme en tĂ©moignent les discours tenus face aux foules et une importante habiletĂ© oratoire qui puise en partie ses origines chez D'Annunzio. Mussolini augmente sa popularitĂ© en se prĂ©sentant comme « le fils du peuple Â», recourant Ă  l’organisation et Ă  l’embrigadement des masses, appelĂ©es en permanence Ă  participer Ă  des initiatives de nature variĂ©e, mais grĂące aussi Ă  l’appui d’intellectuels (Gabriele D'Annunzio, Mario Sironi, le futuriste, Giovanni Gentile). Mussolini profite habilement, comme personne avant lui, des nouveaux moyens de communications (la radio, le cinĂ©ma et le cinĂ©journal) ainsi que des succĂšs sportifs de l'Italie fasciste (comme les Coupe du monde de football de 1934 et de 1938, et le titre mondial de poids lourds conquis par Primo Carnera), qui sont largement utilisĂ©s Ă  des fins de propagande.

Mussolini rĂ©ussit souvent Ă  interprĂ©ter correctement la volontĂ© de la majoritĂ© du peuple italien, rĂ©alisant d’importantes rĂ©formes sociales, sanitaires, Ă©conomiques et culturelles.

Il faut souligner que la " politique de puissance " inaugurĂ©e par l’Italie fasciste est vue favorablement par une grande partie de la population. Mussolini cherche Ă  faire de l’Italie un pays craint et respectĂ©, restaurant les fastes de l’Empire romain, rĂ©alisant le contrĂŽle italien sur la MĂ©diterranĂ©e (il mare nostro). Cette politique produit peu de rĂ©sultats et pousse l’Italie vers le dĂ©sastre de la Seconde Guerre mondiale.

Hitler considĂšre Mussolini comme son « maĂźtre Â» ; Churchill, en 1926, le dĂ©finit comme « le plus grand lĂ©gislateur vivant Â» et encore en 1940, « un grand homme Â» ; le Pape l’appelle « l'homme de la providence Â» et lui confĂšre, en 1932, l’ordre du Speron d'Or ; beaucoup en Europe, en 1933, l’appellent « le sauveur de la paix Â» ; Franklin Delano Roosevelt lui prodigue des commentaires flatteurs ; Gandhi affirme que « le Duce est un homme d’État de premier plan, complĂštement dĂ©sintĂ©ressĂ©, un super-homme Â»[N 14].

Le racisme et l'antisémitisme

Avant les lois raciales de 1938

Mussolini est trĂšs tĂŽt raciste et antisĂ©mite. L'auteur italien Mauro Suttora (en) dans Mussolini segreto[64],[65] rĂ©vĂšle des passages du journal intime de la maĂźtresse de Mussolini, Clara Petacci, qui l'Ă©tablit clairement : «  Moi, j'Ă©tais raciste dĂšs 1921. Je ne sais pas comment on peut penser que j'imite Hitler [concernant les lois antijuives de 1938], il n'Ă©tait mĂȘme pas nĂ© [politiquement]. Ils me font rire (...) Il faut donner un sens de la race aux Italiens pour qu'ils ne crĂ©ent pas de mĂ©tisses, qu'ils ne gĂąchent pas ce qu'il y a de beau en nous (...) Ces saloperies de juifs, il faut tous les dĂ©truire. Je ferai un massacre comme les Turcs ont fait. [...] Je ferai un Ăźlot et les y enfermerai tous. Ce sont des charognes, nuisibles et lĂąches (...) Il est temps que les Italiens comprennent qu'ils ne doivent plus ĂȘtre exploitĂ©s par ces reptiles.  Â»[66],[67] ; le 28 aoĂ»t 1938 : « Chaque fois que je reçois un rapport de l'Afrique je suis dĂ©pitĂ©. Aujourd'hui encore, cinq arrestations parce qu'ils vivaient avec des nĂšgres [...] Ah ! Ces Italiens dĂ©goĂ»tants, ils dĂ©truiraient un empire en 7 mois. Ils n'ont pas conscience de la race  Â»[67].

Mais Mussolini, comme Hitler, n'est pas Ă  un paradoxe prĂšs : il a eu ainsi pour maĂźtresses une juive, Margherita Sarfatti), mais il rompt avec elle en 1934 ; il emploie Gui Yung comme ministre des finances ; l'amiral Ascoli commandant en chef des forces navales durant la guerre d'Ethiopie Ă©galement[68]. À Ostie, en aoĂ»t 1934, Mussolini dĂ©clare :

« Il n'y a plus de races Ă  l'Ă©tat pur. MĂȘme les Juifs ne sont pas demeurĂ©s sans mĂ©lange. Ce sont prĂ©cisĂ©ment ces croisements heureux qui ont trĂšs souvent produit la force et la beautĂ© d'une nation. Je ne crois pas qu'on puisse apporter la preuve biologique qu'une race est plus ou moins pure, plus ou moins supĂ©rieure. Ceux qui proclament la noblesse de la race germanique, sont, par un curieux hasard, des gens dont aucun n'est rĂ©ellement germain... Une chose analogue ne se produira jamais chez nous. La fiertĂ© ne nĂ©cessite pas un Ă©tat de transe provoquĂ© par la race. L'antisĂ©mitisme n'existe pas en Italie. Les Juifs italiens se sont toujours bien comportĂ©s comme citoyens et bravement battus comme soldats. Ils occupent des situations Ă©minentes dans les universitĂ©s, dans l'armĂ©e, dans les banques[69]. Â»

La guerre d'Éthiopie marque le dĂ©but d'une politique raciste contre les noirs : pour Ă©viter tout mĂ©tissage, il est interdit Ă  tout italien d'entretenir une relation avec une femme indigĂšne (Ă©dit royal de avril 1937) ; on fait venir d'Italie des prostituĂ©es pour satisfaire les besoins sexuels des soldats[70]. Mussolini interdit Ă  ses soldats de chanter « Frimousse noire, belle Abyssinie Â» qui fait l'Ă©loge de la beautĂ© des Éthiopiennes[70]. La rĂ©pression brutale, aveugle et sanguinaire qui frappe l’Éthiopie aprĂšs l'attentat manquĂ© contre le MarĂ©chal Graziani (19 fĂ©vrier 1937), connue sous le nom « Massacre de Graziani Â», marque l'orientation raciste du rĂ©gime : de 5 000 (selon les fascistes) Ă  30 000 personnes sont assassinĂ©es, leurs corps jetĂ©s dans le fleuve, dans des puits que l'on brĂ»le au pĂ©trole[71] ; Mussolini ordonne Ă  Graziani quatre jours aprĂšs d'« Ă©liminer tous les suspects sans faire d'enquĂȘte Â»[71].

De 1936 Ă  1938, plusieurs publications et dĂ©clarations de hauts dignitaires fascistes sont antisĂ©mites ; une manifestation antisĂ©mite est mĂȘme organisĂ©e Ă  Ferrare, une des quatre villes italiennes qui regroupent une importante communautĂ© juive (avec Rome, Livourne et AncĂŽne)[72],[73].

Application législative du racisme et de l'antisémitisme mussolinien 1938-39

Mais Ă  partir de 1938, le rĂ©gime fasciste promulgue une sĂ©rie de dĂ©crets, dont l’ensemble porte le nom de lois raciales, qui introduisent des mesures de discrimination et de persĂ©cution Ă  l’encontre des Juifs italiens[74]. Le 22 mars 1938 il fait voter la loi de « DĂ©fense de la race Â» qui frappe tous les Ă©trangers, particuliĂšrement juifs, qui ont fui le rĂ©gime nazi installĂ© en Allemagne, Autriche. Du 3 au 9 mai 1938, Hitler rend visite officiellement au Duce [N 15],[75].

Parmi les divers documents et mesures lĂ©gislatives qui contribuent aux lois raciales se trouve le Manifeste de la race (Manifesto della razza) ou plus exactement le Manifeste des scientifiques racistes (Manifesto degli scienziati razzisti), publiĂ© une premiĂšre fois d’une maniĂšre anonyme dans le Giornale d’Italia le 15 juillet 1938 sous le titre « Le Fascisme et les problĂšmes de la race Â» (Il Fascismo e i problemi della razza) et publiĂ© de nouveau dans le numĂ©ro 1 de la La difesa della razza le 5 aoĂ»t 1938, qui a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© par Mussolini lui-mĂȘme, selon Ciano. On peut y lire une dĂ©claration clairement raciste et antisĂ©mite : « Les races humaines existent, il y a des races infĂ©rieures et supĂ©rieures, le concept de race est purement biologique, les juifs n'appartiennent pas Ă  la race italienne Â» [72].

Le 25 juillet, aprĂšs une rencontre entre dix rĂ©dacteurs de la thĂšse, le ministre de la Culture populaire Dino Alfieri et le secrĂ©taire du PNF Achille Starace font communiquer le texte dĂ©finitif, depuis le secrĂ©tariat politique du parti, comprenant la liste complĂšte des signataires et des adhĂ©sions, adhĂ©rents ou sympathisants du PNF. AprĂšs le dĂ©cret royal du 5 septembre 1938 – qui fixe les « mesures pour la dĂ©fense de la race dans l’école fasciste Â» - et celui du 7 septembre – qui fixe les « mesures Ă  l’égard des juifs Ă©trangers Â» - fait suite (6 octobre) une « dĂ©claration sur la race Â» Ă©mise par le Grand Conseil du fascisme ; la dĂ©claration est par la suite adoptĂ©e par l’État par un dĂ©cret royal en date du 17 novembre.

Antisémitisme et racisme pendant la guerre 1939-1943

Jusqu'alors les mesures visaient les juifs Ă©trangers, mais avec la guerre elles visent dĂ©sormais mĂȘme les juifs italiens. DĂšs avant l'occupation allemande de 1943, 3.552 familles juives sur 15.000 sont victimes de la persĂ©cution fasciste[76]. MĂȘme s'il est vrai que le racisme et l'antisĂ©mitisme mussolinien n'ont pas atteint le degrĂ© qu'ils avaient chez Hitler, il demeure qu'Ă  la veille de l'occupation allemande, les nazis trouvaient dans l'Italie mussolinienne un terrain prĂ©parĂ© pour leurs dĂ©portations massives[76]. En mars 1943, Mussolini, prend connaissance d'un rapport sur les atrocitĂ©s nazies commises Ă  l'Est contre les Juifs[77].

La collaboration sous occupation allemande 1943-1944

Entre 1943 et 1945, le gouvernement de la RĂ©publique sociale italienne se rend complice de la dĂ©portation dans les camps de concentration nazis de nombreuses femmes, hommes et enfants de religion juive[74],[77]. En territoire italien, dans la Risiera di San Sabba, prĂšs de Trieste, existe un camp de regroupement avant la dĂ©portation des Juifs vers les camps de concentration allemands. À l’intĂ©rieur du camp qui dispose d’un four crĂ©matoire, les autoritĂ©s allemandes commettent de nombreux meurtres[78].

Le second conflit mondial

Mussolini Ă  Berlin

De la « non belligĂ©rance Â» Ă  la « guerre parallĂšle Â»

« La dĂ©claration de guerre a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© remise aux ambassadeurs de Grande-Bretagne et de France  Â»

— L'annonce par Mussolini de l'entrĂ©e en guerre de l'Italie

Le 6 mai 1939, Mussolini signe le pacte d'Acier[N 16] avec l'Allemagne, qui scelle officiellement la naissance du pacte italo-allemand et qui, à la demande du Duce, ne se limite pas à une alliance défensive mais aussi offensive[63].

L'invasion de la Pologne se profile. Ciano se rend en Allemagne et tente d'expliquer que l'Italie ne dispose pas des moyens nĂ©cessaires pour s'engager aux cĂŽtĂ©s de l'Allemagne. Les Allemands le rassurent sur une non-intervention anglaise et russe, font miroiter la possibilitĂ© d'obtenir la GrĂšce et la Yougoslavie et indiquent que la participation de l'Italie n'est pas requise. L'Allemagne, en ne consultant pas Rome et par le pacte germano-soviĂ©tique (21 aoĂ»t), viole les termes de l'alliance[79]. Le 1er septembre, l'Allemagne envahit la Pologne, mettant en marche la Seconde Guerre mondiale. Mussolini dĂ©clare la « non belligĂ©rance Â» et non la neutralitĂ© de l'Italie[80], le terme de « neutre Â» Ă©tant contraire au principe du fascisme[81], ce qui permet Ă  l'État italien de se maintenir momentanĂ©ment en dehors du conflit.

Le 10 mars 1940, il accueille Ă  Rome le ministre allemand des Affaires Ă©trangĂšres Joachim von Ribbentrop, qui le sollicite pour entrer en guerre[82]. Le 18 mars, il rencontre Hitler au Brenner. Les 16, 22, 24 et 26 avril, il reçoit des messages de Churchill, de Paul Reynaud, de Pie XII et de Roosevelt, qui lui demandent de rester neutre. La France et la Grande-Bretagne sont prĂȘtes Ă  lui garantir une place Ă  la table des nĂ©gociations dans le cadre d'un rĂšglement de paix et quelques concessions en Afrique mĂȘme si l'Italie ne participe pas au conflit, ce que Mussolini refuse[83].

Suite aux extraordinaires et inattendus succĂšs de l'Allemagne nazie entre avril et mai 1940 (chute de Calais, de la Belgique et dĂ©but de l'Ă©vacuation de Dunkerque), Mussolini pense que l'issue de la guerre est dĂ©sormais dĂ©cidĂ©e et le 10 juin il dĂ©clare la guerre Ă  la France et Ă  la Grande-Bretagne[84], ce qui a Ă©tĂ© qualifiĂ© de « coup de poignard dans le dos Â»[N 17] par l'« Ă‰cho de la Falaise Â» (13 juin 1940).

Face aux contrariĂ©tĂ©s et aux remontrances de certains collaborateurs importants et de militaires parmi lesquels Dino Grandi, Galeazzo Ciano et le gĂ©nĂ©ral Enrico Caviglia, Mussolini rĂ©pond Ă  Badoglio[85] : « J'ai besoin de quelques milliers de morts pour m'asseoir Ă  la table des nĂ©gociations Â».

Dans la guerre contre la France, les troupes italiennes prennent au dĂ©but une attitude dĂ©fensive[86] en raison d'un matĂ©riel inadaptĂ©, du temps nĂ©cessaire pour mobiliser les moyens qui ne sont pas suffisants et de la rĂ©ticence Ă  attaquer les « cousins Â» français. En aoĂ»t 1939, l'armĂ©e italienne dispose de 67 divisions composĂ©es de 43 divisions classiques trĂšs mal Ă©quipĂ©es en moyens de transport, 24 divisions spĂ©ciales dont 3 cuirassĂ©es, 2 motorisĂ©es, 3 d'intervention rapide et 5 divisions alpines. AprĂšs la mobilisation de 1940, les effectifs ne dĂ©passent pas 1 600 000, moins qu'en 1915 par manque d'Ă©quipements[87]. Les moyens italiens sont cependant d'une Ă©crasante supĂ©rioritĂ© numĂ©rique sur les Français, car les exigences du front du Nord-Est et l'expĂ©dition de NorvĂšge ont vidĂ© les casernes françaises du Sud-Est. Les premiers Ă  prendre l'initiative sont les alliĂ©s : des avions britanniques dĂ©collent des aĂ©roports français et bombardent Turin dans la nuit de 11 au 12 juin.

Par mesure de rĂ©torsion, les avions italiens bombardent les bases militaires d'HyĂšres et de Toulon. Le 14, la zone industrielle de GĂȘnes est bombardĂ©e par la Marine française et l'armĂ©e italienne reçoit l'ordre de lancer dans les Alpes une offensive programmĂ©e le 18 : Mussolini prend conscience de la nĂ©cessitĂ© d'occuper des territoires avant la fin du conflit, qui semble inĂ©vitable[86]. Les Italiens attaquent aussi Bizerte, Bastia et Calvi.

Alors que la France demande un armistice Ă  l'Allemagne le 17 juin[86], dans les Alpes, une rĂ©sistance acharnĂ©e des Français met en dĂ©route les soldats italiens. Le fort de la Redoute est Ă©vacuĂ© seulement le 3 juillet. En Briançonnais, en Ubaye, en Maurienne, les Italiens n'ont pas rĂ©ussi Ă  passer la frontiĂšre malgrĂ© des pertes importantes. Par endroits, ils perdent mĂȘme du terrain : le redoutable fort italien du Charberton (3136 m) est rĂ©duit au silence le 21 juin en une aprĂšs-midi par seulement 4 mortiers français[88]. MalgrĂ© quelques infiltrations momentanĂ©es, les troupes italiennes ne dĂ©passent pas Menton lors de leur offensive sur Nice. La bataille des Alpes met en lumiĂšre l'extrĂȘme inefficacitĂ© de l'armĂ©e italienne.

Mussolini participe Ă  un sommet Ă  Munich avec Hitler pour discuter de l'inattendue et imprĂ©vue reddition française face Ă  la Wehrmacht : les conditions de paix demandĂ©es par le Duce[N 18] sont acceptĂ©es partiellement.

Le 24 juin, la France signe la paix avec l'Italie, lui reconnaissant en plus de la demande d'occupation, la cession d'une portion du territoire français frontalier et la démilitarisation d'une large bande le long des frontiÚres franco-italienne et libyo-tunisienne.

À la nouvelle d'un dĂ©barquement allemand imminent au Royaume-Uni (OpĂ©ration Seelöwe) auquel l'Allemagne ne veut pas associer l'Italie[89], Graziani et Italo Balbo, gouverneur de Libye, reçoivent l'ordre d'avancer vers l'Égypte, qui est un protectorat britannique[rĂ©f. nĂ©cessaire] (25 juin). Mais le 28, alors qu'il survole Tobrouk bombardĂ©e par les Britanniques, Balbo est abattu par les batteries anti-aĂ©riennes italiennes qui l'ont pris pour un avion ennemi. Les premiĂšres victoires se rĂ©vĂšlent Ă©phĂ©mĂšres parce que la guerre se prolonge au-delĂ  de ce qui est prĂ©vu, en raison de l'imprĂ©paration, la dĂ©sorganisation et l'insuffisance de l'armĂ©e italienne.

Le 27 septembre 1940 l'Italie, l'Allemagne et le Japon s'unissent par le pacte tripartite, auquel adhĂšrent, dans l'ordre tout au long de la guerre, la Hongrie (20 novembre 1940), la Roumanie (23 novembre), la Slovaquie (24 novembre), la Bulgarie (1er mars 1941) et la Yougoslavie (27 mars).

Le 4 octobre 1940, Mussolini rencontre Hitler au Brenner pour établir d'un commun accord une stratégie militaire; le 12 octobre, les Allemands prennent le contrÎle de la Roumanie, située dans la zone d'influence italienne et riche de gisements pétrolifÚres nécessaires à l'Italie[N 19], sans prévenir une nouvelle fois les Italiens.

En consĂ©quence, Mussolini dĂ©cide de se lancer dans une « guerre parallĂšle Â» Ă  cĂŽtĂ© de l'alliĂ© allemand, afin de ne pas trop dĂ©pendre de l'initiative militaire et politique d'Hitler. Il est toujours convaincu que la Grande-Bretagne sera amenĂ©e rapidement Ă  pactiser avec le FĂŒhrer et que le principal front de guerre sera ainsi terminĂ©. Le 15 aoĂ»t 1940, le sous-marin italien « Delfino Â», torpille prĂšs de l'Ăźle de Tinos, un vieux croiseur lĂ©ger grec, l'« Helli Â», qui participe, Ă  la demande du gouvernement grec, Ă  des festivitĂ©s. Tout ceci se produit sur ordre prĂ©cis de Mussolini, transmis par lettre Ă  l'amiral Cavagnari, sous-secrĂ©taire Ă  la marine militaire. Il y a de nombreuses frictions avec les Ă©tats-majors et avec Pietro Badoglio alors chef d'Ă©tat-major, en raison du manque d'approvisionnements envoyĂ©s dans les Ăźles et de son opposition Ă  une guerre contre la GrĂšce. Le 19 octobre, Mussolini envoie une lettre dans laquelle il communique l'intention italienne d'attaquer la GrĂšce. Hitler se rend Ă  Florence, le 28 octobre, pour dissuader le Duce d'entreprendre l'opĂ©ration, craignant qu'un revers militaire n'affecte les relations avec les États neutres et ne donne une base d'opĂ©ration aux Britanniques[90]. L'attaque a dĂ©butĂ© depuis quelques heures.

L'attaque contre la GrĂšce se conclut par un dĂ©sastre[91] : l'hiver, le territoire montagneux ainsi qu'un Ă©quipement totalement inadaptĂ© empĂȘchent toutes les tentatives d'avancĂ©es. L'armĂ©e grecque, renforcĂ©e par l'arrivĂ©e de plus de 70 000 soldats britanniques, se rĂ©vĂšle plus aguerrie et organisĂ©e que prĂ©vu. L'appui des nombreuses escadrilles aĂ©riennes et navales britanniques est dĂ©terminant : les Italiens sont obligĂ©s de se replier en territoire albanais, transformant le conflit en une guerre de position. Le marĂ©chal Badoglio qui critique ouvertement le Duce pour son amateurisme est limogĂ©[91]. Un autre dĂ©sastre accable Mussolini : la moitiĂ© de la flotte italienne stationnĂ©e Ă  Tarente est mise hors de combat le 11 novembre par l'aviation britannique[91].

En Afrique, en janvier 1941, les Britanniques procĂšdent Ă  une vigoureuse contre-offensive qui conduit Ă  la conquĂȘte de l'Afrique orientale italienne vers juin 1941[N 20]. Les derniĂšres troupes italiennes se rendent Ă  Gondar le 21 novembre. La supĂ©rioritĂ© numĂ©rique et technologique des Britanniques[N 21] et la progressive perte d'initiative de la marine italienne[N 22] ne peuvent que conduire Ă  la dĂ©faite.

Par la suite, les combats entre les deux marines ennemies se limitent du cÎté italien à la guerre sous-marine, à la protection des voies d'approvisionnements entre la Sicile et la Libye italienne, à de sporadiques tentatives d'interceptions de convois britanniques sur la voie Gibraltar-Alexandrie et à des opérations téméraires réalisées par des équipages d'assaut (les MAS, petites barques chargées de tritole qui causent la destruction de nombreux bateaux britanniques et des sous-marins miniatures).

La guerre « allemande Â»

Les 19 et 20 janvier 1941, Ă  Berchtesgaden, Mussolini rencontre Hitler, lequel lui promet l'envoi de rĂ©giments allemands en GrĂšce et en Afrique du Nord pour soutenir les troupes italiennes, qui peu Ă  peu dĂ©pendent toujours plus de l'aide de son puissant alliĂ©. Cette rencontre constitue l'abandon dĂ©finitif, de la part de l'Italie, de la stratĂ©gie de la «guerre parallĂšle» qui s'est rĂ©vĂ©lĂ©e un Ă©chec. Ceci se traduit par un conflit toujours plus conforme aux directives des intĂ©rĂȘts national-socialistes.

Le 9 fĂ©vrier, la marine britannique bombarde GĂȘnes. Le 11 fĂ©vrier, le Duce rencontre Franco Ă  Bordighera pour le convaincre d'entrer en guerre aux cĂŽtĂ©s des forces de l'Axe, mais c'est un Ă©chec.

Erwin Rommel pendant la campagne africaine

À partir du 12 fĂ©vrier, les aides militaires promises par le FĂŒhrer arrivent en Libye : les Deutsches Afrika Korps, composĂ©s principalement de panzers et de renforts aĂ©riens sous le commandement de Erwin Rommel.

Prenant de facto le rĂŽle de commandant suprĂȘme des troupes italiennes de la rĂ©gion (mĂȘme si officiellement il est sous le commandement du gĂ©nĂ©ral Italo Gariboldi, commandant supĂ©rieur des forces armĂ©es en Afrique), le « renard du dĂ©sert Â» rĂ©ussit rapidement Ă  les rĂ©organiser et Ă  mener une offensive qui commence le 24 mars contre les armĂ©es britanniques du gĂ©nĂ©ral major Richard O'Connor, qui, entretemps, a conquis la CyrĂ©naĂŻque (avec l'opĂ©ration Compass). En mai, les troupes de l'Axe reprennent le contrĂŽle de la Libye (exceptĂ© Tobrouk qui rĂ©siste Ă  un long siĂšge, commencĂ© le 10 avril, grĂące aux forces d'occupation britanniques), repoussant une tentative de contre-offensive (l'opĂ©ration Brevity) et elles conquiĂšrent une partie du territoire Ă©gyptien.

Suite Ă  la dĂ©faite, le commandement des troupes du Royaume-Uni est confiĂ© au gĂ©nĂ©ral Claude Auchinleck : il commande de novembre Ă  dĂ©cembre une grande offensive, l'opĂ©ration Battleaxe, avec l'objectif de lever le siĂšge de Tobrouk, mais il Ă©choue.

Le 27 mars en Yougoslavie, qui a adhĂ©rĂ© deux jours auparavant au pacte tripartite, les Britanniques organisent avec succĂšs un coup d'État par le gĂ©nĂ©ral nationaliste serbe DuĆĄan Simović (le rĂ©gent Paul est exilĂ© et son ministre des Affaires Ă©trangĂšres et son Premier ministre sont destituĂ©s). Le nouveau gouvernement yougoslave signe un traitĂ© d'amitiĂ© avec l'Union SoviĂ©tique (5 avril).

Face aux risques de l'excessif renforcement de la prĂ©sence britannique dans les Balkans et d'une Ă©ventuelle alliance de la Yougoslavie et de l'URSS contre l'Axe, l'Allemagne, la Hongrie et la Bulgarie attaquent la Yougoslavie. Le 6 avril, l'Italie lui dĂ©clare la guerre. L'avancĂ©e italienne se rĂ©vĂšle un succĂšs et la Yougoslavie capitule rapidement (17 avril) : Pierre II s'enfuit Ă  Londres. L'Italie obtient des territoires : la plus grande partie de la cĂŽte dalmate, la province de Ljubljana et le Kosovo qui est annexĂ© Ă  l'Albanie italienne.

Entre-temps, les troupes italiennes, aprĂšs plusieurs mois d'arrĂȘt, reprennent leur avance en Albanie (13 avril), qui est totalement reconquise en peu de jours, et en Épire. Toujours au mois d'avril, les armĂ©es italienne et allemande attaquent conjointement la GrĂšce qui rapidement signe la reddition avec l'Allemagne (21 avril) et avec l'Italie (23 avril). Le 3 mai, les troupes italo-allemandes dĂ©filent Ă  AthĂšnes et le 1er juin la CrĂšte tombe, dernier avant-poste alliĂ© restĂ© dans la rĂ©gion. L'Italie obtient le droit d'occuper l'Ăźle et la plus grande partie de la GrĂšce.

Le 2 juin 1941, Mussolini rencontre de nouveau Hitler, qui, le 22, ordonne l'attaque de l'Union SoviĂ©tique (opĂ©ration Barbarossa). En juillet, le CSIR (composĂ© de 58 800 soldats commandĂ©s par le gĂ©nĂ©ral de corps d'armĂ©e Giovanni Messe) est envoyĂ© en Russie en soutien de l'alliĂ© allemand. Le 25 aoĂ»t, le chef du gouvernement rencontre Hitler au quartier gĂ©nĂ©ral allemand de Rastenburg, en Prusse-Orientale.

Le 7 dĂ©cembre, la flotte japonaise attaque Pearl Harbor, base militaire amĂ©ricaine, provoquant l'entrĂ©e en guerre des États-Unis. Le 12 dĂ©cembre 1941, l'Italie dĂ©clare la guerre aux États-Unis, suivant l'initiative de son alliĂ© allemand qui a procĂ©dĂ© de mĂȘme le jour prĂ©cĂ©dent. Le 18 dĂ©cembre, une incursion italienne dans le port d'Alexandrie cause d'importants dommages Ă  la marine britannique.

Le début de la fin

Rencontre avec Hitler en avril 1943

À partir du 15 fĂ©vrier 1942, de nombreux renforts italiens rejoignent la Russie pour soutenir l'avancĂ©e allemande. En 5 mois, 160 000 soldats sont envoyĂ©s sur le front. Le 9 juillet, le CSIR, confiĂ© au gĂ©nĂ©ral Italo Gariboldi (qui remplace le gĂ©nĂ©ral Giovanni Messe), se transforme en ARMIR (ARMata Italiana in Russia) et compte 200 000 hommes. L'armĂ©e italienne participe Ă  la bataille de Stalingrad qui se rĂ©vĂšle dĂ©cisive pour le destin de la campagne de Russie et plus globalement pour le sort de la guerre : entre le 3 janvier et le 2 fĂ©vrier 1943, les forces de l’Axe sont battues et repoussĂ©es. Les armĂ©es italiennes rentrent en Italie entre avril et mai 1943 avec des pertes estimĂ©es Ă  60 000 hommes.

Les restrictions alimentaires touchent l’Italie : la ration ordinaire de pain est fixĂ©e Ă  150 grammes par jour (250 pour les travailleurs) et la ration semestrielle de pommes de terre Ă©tablie Ă  quinze kilos par personne. La production agricole italienne s’effondre et la ration en calories des Italiens atteint 50 % de celle des Allemands.

Le 29 avril 1942, Mussolini rencontre Hitler Ă  Salzbourg : pendant cette rĂ©union, les deux chefs de gouvernement se mettent d'accord pour lancer une grande offensive en Afrique septentrionale. Entre le 26 mai et le 21 juin, les troupes de l’Axe rĂ©alisent une avancĂ©e victorieuse en Libye (bataille de Gazala), qui provoque la chute de Tobrouk (20 juin), assiĂ©gĂ©e depuis plus d’un an. Le 29 juin, Mussolini part pour la Libye oĂč il reste jusqu'au 20 juillet. Entre le 1er et le 29 juillet, a lieu la premiĂšre bataille d'El Alamein : les troupes italo-allemandes tentent d'enfoncer les lignes britanniques. Entre le 31 aoĂ»t et le 5 septembre, la derniĂšre tentative de percĂ©e par les armĂ©es de l’Axe, au cours de la bataille d'Alam el Halfa, est un Ă©chec. Pendant la seconde bataille d'El Alamein, (entre le 23 octobre et le 3 novembre), les troupes britanniques du gĂ©nĂ©ral Bernard Montgomery (qui a remplacĂ© en aoĂ»t le gĂ©nĂ©ral Claude Auchinleck) battent leurs adversaires, les obligeant Ă  un repli dĂ©sastreux.

L'avancĂ©e britannique se rĂ©vĂšle impossible Ă  contenir : le 8 novembre, l'Afrique française, administrĂ©e jusqu’alors par le rĂ©gime de Vichy et thĂ©oriquement neutre, est conquise par les troupes amĂ©ricano-britanniques (opĂ©ration Torch). La Libye est rapidement perdue (le 23 janvier 1943, Tripoli tombe), et entre le 19 et le 25 fĂ©vrier 1943 les forces italo-allemandes sont de nouveau battues Ă  la Kasserine en Tunisie, que Rommel a fait occuper en janvier. Le 7 mai, les derniĂšres troupes de l’Axe abandonnent l’Afrique.

En novembre et en décembre 1942, Mussolini, abattu et dépressif, se laisse remplacer par Ciano à deux réunions avec Hitler. Le 2 décembre, aprÚs 18 mois de silence, il revient parler au peuple italien depuis le Palais de Venise.

Le 7 avril 1943, il rencontre Hitler Ă  Salzbourg et propose sans succĂšs de nĂ©gocier un armistice avec les SoviĂ©tiques afin de concentrer les forces armĂ©es sur les autres fronts de la guerre[92].

Le 9 juillet les AmĂ©ricano-Britanniques dĂ©barquent en Sicile, conquĂ©rant l’üle entiĂšre le 17 aoĂ»t.

Le 16 juillet, un groupe de dirigeants menĂ© par Dino Grandi demande la rĂ©union du Grand Conseil du fascisme qui n’avait plus Ă©tĂ© convoquĂ© depuis 1939. Le 19 juillet, Rome est bombardĂ©e alors que Mussolini se trouve Ă  Feltre avec Hitler. Les bombardements occasionnent de 2 800 Ă  3 000 victimes et 10 000 blessĂ©s[93].

L’arrestation et le dĂ©but de la guerre civile

Benito Mussolini

Le 19 juillet 1943, le Duce tient sa derniĂšre rĂ©union avec Hitler Ă  Feltre comme chef du gouvernement italien, il s'efforce d'empĂȘcher l'Italie de signer une paix sĂ©parĂ©e[94].

Le 24 juillet, dans un climat politique pesant, une session du Grand Conseil du fascisme se tient en prĂ©sence du Duce. Elle se conclut, aux premiĂšres heures du jour suivant (25 juillet), par l’approbation de l'ordre du jour prĂ©sentĂ© par Dino Grandi[95] : l'abandon des charges du gouvernement par Mussolini est demandĂ© au profit du roi. Mussolini reste apathique, sans rĂ©action. Il avouera par la suite qu'il regrette de ne pas avoir fait arrĂȘter les dix-neuf membres rebelles[96]. Ce vote est rĂ©alisĂ© par les hauts reprĂ©sentants du fascisme, dont le gendre de Mussolini, Galeazzo Ciano. Toutefois, le Grand Conseil n'a aucun moyen de faire exĂ©cuter sa dĂ©cision, qui n'a qu'une portĂ©e symbolique, mais elle servira de prĂ©texte constitutionnel Ă  l'action du roi.

Mussolini, aprĂšs s'ĂȘtre rendu comme d'habitude Ă  son bureau du palais Venezia, demande au souverain de pouvoir anticiper l'habituelle rĂ©union hebdomadaire prĂ©vue le jour suivant et arrive Ă  17 heures Ă  la Villa Savoia. Victor-Emmanuel III informe Mussolini de son remplacement par le gĂ©nĂ©ral(puis MarĂ©chal)Pietro Badoglio[97], lui garantissant l'immunitĂ©. Mussolini, abandonnĂ© de tous, n'est cependant pas au courant des rĂ©elles intentions du monarque, qui place sous escorte le chef du gouvernement et fait encercler le bĂątiment par deux cents carabiniers.

Le lieutenant-colonel Giovanni Frignani, qui coordonne l'opĂ©ration, expose tĂ©lĂ©phoniquement aux capitaines Paolo Vigneri et Raffaele Aversa les modalitĂ©s d'exĂ©cution de l'arrestation. En rĂ©alitĂ©, Victor-Emmanuel III a ordonnĂ© l'arrestation de Mussolini afin de sauver sa dynastie, qui risque d'ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme trop compromise avec le fascisme.

Mussolini, tout de suite aprÚs son arrestation, est d'abord enfermé dans une caserne de carabiniers à Rome. Il est ensuite détenu à Ponza (à partir du 27 juillet), puis sur l'ßle de La Maddalena (7 août - 27 août 1943)[98]. Badoglio fait conduire Mussolini dans une ambulance de la Croix rouge à Campo Imperatore sur le Gran Sasso[99].

L'armistice de Cassibile entre l'Italie et les alliés (8 septembre) est rendu public sans instructions précises aux troupes italiennes, ce qui met le pays, déjà à l'abandon, dans la plus grande confusion. Cet armistice est le prétexte à l'invasion de l'Italie par les troupes allemandes qui occupent rapidement l'Italie septentrionale et centrale[98]. L'Italie se divise pour ce qui a été défini comme une guerre civile, entre ceux qui soutiennent les Alliés, qui contrÎlent une partie du sud et la Sicile, et ceux qui acceptent de poursuivre la guerre au cÎté des Allemands, qui occupent désormais une grande partie de la péninsule.

Entre-temps le roi, avec une partie de sa famille, Badoglio et ses principaux collaborateurs rĂ©apparaissent dans les Pouilles, se mettant sous la protection de leurs ex-adversaires : Badoglio constitue un gouvernement sous la supervision alliĂ©e. L'Italie dĂ©clare la guerre Ă  l'Allemagne le 13 octobre 1943. Le gros de l'armĂ©e italienne est internĂ© en Allemagne. Fin 1944, il y a encore prĂšs d'un million de soldats italiens emprisonnĂ©s[100].

Image de la propagande, Mussolini avec Otto Skorzeny Ă  Gran Sasso

Le 12 septembre, les FallschirmjĂ€ger du Lehr-Bataillon Mors menĂ©s par le major Harald Mors libĂšrent Mussolini au cours de l'opĂ©ration Eiche, placĂ©e sous la responsabilitĂ© et le contrĂŽle opĂ©rationnel du gĂ©nĂ©ral des parachutistes de la Luftwaffe, Kurt Student. Mussolini est libĂ©rĂ© sans l'Ă©change d'un coup de feu entre le commando et les carabinieri chargĂ©s de le surveiller[98],[101], puis est emmenĂ© en Allemagne par le capitaine SS Otto Skorzeny, dont la propagande SS s'empare de l'image pour lui attribuer Ă  tort tout le mĂ©rite[102],[103]. Deux jours aprĂšs l'opĂ©ration, il rencontre Hitler, le 14 septembre Ă  Munich. Le FĂŒhrer l'« invite Â» Ă  former une rĂ©publique protĂ©gĂ©e par les Allemands[100]. Toujours depuis l'Allemagne, le 18 septembre, par un discours Ă  la radio de Munich, Mussolini proclame la reconstruction du parti fasciste avec pour nom le Parti fasciste rĂ©publicain (Partito Fascista Repubblicano - PFR")[104].

Mussolini arrive en Italie le 23 septembre et constitue son nouveau gouvernement qui se réunit pour la premiÚre fois le 27 septembre.

La RĂ©publique sociale italienne ou RĂ©publique de Salo

Article dĂ©taillĂ© : RĂ©publique sociale italienne.

La nouvelle RĂ©publique sociale italienne est un État fantoche contrĂŽlĂ© par les Allemands[100]; Hitler a mis sous contrĂŽle direct du Reich l'entiĂšre zone nord-orientale de l'Italie (l'Istrie, le Frioul, le Trentin et une partie de la VĂ©nĂ©tie). Les troupes allemandes occupent cette zone dans les jours qui suivent l'armistice du 9 septembre sans les annexer officiellement mais seulement de fait. Hitler a de plus fait en sorte que les troupes de la RSI soient directement sous le contrĂŽle et le commandement des officiers allemands et des milliers d'Italiens sont contraints au travail forcĂ© comme dans n'importe quel autre territoire occupĂ© par l'Allemagne[100].

Entre le 23 et le 27 septembre 1943, le gouvernement de la RSI s'installe Ă  SalĂČ (certains bureaux gouvernementaux sont rĂ©partis dans les localitĂ©s limitrophes) d'oĂč le nom non officiel de « RĂ©publique de SalĂȠ».

Le 14 novembre, se tient Ă  VĂ©rone la premiĂšre assemblĂ©e nationale du parti fasciste rĂ©publicain, au cours de laquelle est rĂ©digĂ© le manifeste de VĂ©rone, le programme du gouvernement du PFR. Mussolini, qui a la charge de « chef de la rĂ©publique Â» comme le prĂ©voit le manifeste, annonce que la convocation d'une assemblĂ©e constitutionnelle pour la rĂ©daction de la constitution de la RSI, est renvoyĂ©e Ă  la fin du conflit.

Le 8 dĂ©cembre, la garde nationale rĂ©publicaine (GNR) est constituĂ©e par dĂ©cret et placĂ©e sous le commandement de Renato Ricci. Dans celle-ci, affluent les effectifs des carabiniers royaux, corps qui vient d'ĂȘtre dissout, la police d'Afrique italienne et de la MSVN (jamais officiellement dissoute jusqu'Ă  cette date). De plus, quelques milliers de combattants italiens sont envoyĂ©s en Allemagne pour y ĂȘtre entraĂźnĂ©s.

Entre le 8 et le 10 janvier 1944, se tient le procĂšs de VĂ©rone, oĂč sont jugĂ©s les dirigeants qui ont « trahi Â» en s'opposant Ă  Mussolini le 25 juillet 1943 : cinq des six accusĂ©s sont condamnĂ©s Ă  mort, parmi ceux-ci, le gendre du Duce, Galeazzo Ciano[105].

Le 21 avril, le Duce rencontre Hitler à Klessheim, et le 15 juillet il se rend en Allemagne pour inspecter les quatre divisions italiennes que les Allemands ont entraßnées.

Le 16 décembre, au théùtre lyrique de Milan, il prononce son dernier discours public[106].

En avril 1945, toujours plus isolĂ© et impuissant aprĂšs que le front de la ligne gothique eut cĂ©dĂ©, Mussolini, s'installe Ă  Milan oĂč il obtient une rencontre avec le cardinal Ildefonso Schuster, qui, tenant le rĂŽle de mĂ©diateur auprĂšs de la CLNAI (ComitĂ© de libĂ©ration nationale Nord Italie)[107], nĂ©gocie la reddition des forces fascistes, dans l'espoir d'Ă©viter de futures effusions de sang. L'indĂ©cision de Mussolini et l'intransigeance des partis rendent impossible le moindre accord. Les Allemands, peu avant l'arrivĂ©e du Duce, font savoir au cardinal qu'ils n'ont plus besoin de lui, ayant entre-temps Ă©tabli un pacte sĂ©parĂ© avec les AlliĂ©s (bien Ă©videmment en cachette d'Hitler) et avec des hommes proches de la CLN. Apprenant la nouvelle par Schuster, Mussolini se sent trahi et, dĂ©finitivement abandonnĂ© par les Allemands, il quitte prĂ©cipitamment l'archevĂȘchĂ©[107].

MalgrĂ© l'avis contraire de sa suite, Mussolini dĂ©cide de quitter Milan tĂŽt le matin, juste avant que la ville soit libĂ©rĂ©e par le CLNAI. Les motifs de sa dĂ©cision ne sont pas trĂšs clairs : dans les jours prĂ©cĂ©dents, une ultime rĂ©sistance dans le fantomatique « rĂ©duit de la Valteline Â» avait Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e[108]. Certains pensent qu'une rencontre secrĂšte aurait Ă©tĂ© organisĂ©e avec des Ă©missaires alliĂ©s provenant de Suisse, Ă  qui Mussolini se serait rendu, emmenant avec lui d'importants documents. Certains notent que si l'intention Ă©tait seulement de fuir, Mussolini aurait pu utiliser le trimoteur SM79 prĂȘt Ă  l'aĂ©roport de Bresso aux portes de Milan. Certains personnages mineurs de la RSI et une partie de la famille Petacci l'utiliseront pour rĂ©apparaĂźtre en Espagne le 26 avril. En fin d'aprĂšs-midi du 25 avril, la colonne de Mussolini part de la prĂ©fecture en direction de Come, puis poursuit vers Menaggio, le long de la berge occidentale du lac. Mussolini passe sa derniĂšre nuit d'homme libre dans une auberge de la petite commune de Grandola, prĂšs de la frontiĂšre suisse. Le jour suivant, Mussolini, avec ses fidĂšles et Clara Petacci, qui l'a entre-temps rejoint, redescend vers le lac. Sur la route nationale Regina, il rejoint une colonne allemande (troupes anti-aĂ©riennes) en retraite et la colonne Pavolini (it), qui, arrivĂ©e Ă  Come le matin, a immĂ©diatement poursuivi le long du lac.

La colonne est arrĂȘtĂ©e une premiĂšre fois Ă  Musso oĂč le lieutenant SS Birzer, chargĂ© peu avant son dĂ©part de Gargnano de protĂ©ger Mussolini par sa hiĂ©rarchie, le convainc de se cacher dans un camion de la colonne allemande en endossant un manteau de sergent de l'aviation allemande[108],[109]. Peu de kilomĂštres aprĂšs, la colonne est de nouveau arrĂȘtĂ©e Ă  Dongo par un petit groupe de partisans de la 52a Brigade Garibaldi[108] sous le commandement du comte florentin Pier Luigi Bellini delle Stelle (it), d'appartenance monarchiste. Pendant l'inspection, Mussolini est reconnu par le partisan « Bill Â» (Urbano Lazzaro) et il est arrĂȘtĂ©. Il est d'abord retenu Ă  Domaso, dans la caserne des guardia di finanza, avant d'ĂȘtre transfĂ©rĂ© dans la nuit du 27 au 28 avril dans une maison de paysan de Bonzanigo.

La mort de Mussolini

Croix marquant l'emplacement de la fusillade Ă  Mezzegra.

« Ici Radio Milan libĂ©rĂ©e!  Â»

— Rapide communiquĂ© de Radio Milan qui par la suite annonce la capture et l'exĂ©cution par les Volontaires de la libertĂ© de Benito Mussolini, Clara Petacci et d'autres dignitaires fascistes dans la localitĂ© de Giulino di Mezzegra sur le lac de CĂŽme.

Les commandants de la résistance discutent sur ce qu'il y a lieu de faire[N 23] jusqu'à l'arrivée depuis Rome d'un communiqué du comité de libération national [N 24] qui exprime la nécessité d'une renaissance sociale, politique et morale de l'Italie au travers de l'exécution de Mussolini et la destruction de tous les symboles du parti fasciste présents en Italie. Le document est signé par toutes les composantes du CLN (Parti communiste italien, Parti socialiste italien de l'unité prolétarienne, Démocratie du travail, Parti d'action, Démocratie chrétienne, Parti libéral italien).

La dĂ©cision est exĂ©cutĂ©e le 28 avril 1945 ; Mussolini et Clara Petacci sont fusillĂ©s, selon la version officielle Ă  Giulino di Mezzegra, Ă  proximitĂ© de Dongo par le Comandante Valerio, nom de guerre de Walter Audisio (it)[N 25].

Les corps de Mussolini et Clara Petacci exposés Piazzale Loreto.

Les dĂ©pouilles de Mussolini, de Clara Petacci et des seize autres personnes[N 26] sont transportĂ©es Ă  Milan. Les corps subissent des outrages[N 27]. Afin d'y mettre fin, on les pend par les pieds Ă  la balustrade du distributeur d'essence, et chacun des spectateurs peut s'il le souhaite cracher sur les dĂ©pouilles de maniĂšre Ă  humilier cette famille et le mouvement fasciste, place Loreto oĂč, l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, quinze partisans ont Ă©tĂ© fusillĂ©s et exposĂ©s en reprĂ©sailles d'un attentat contre les Allemands[110].

Mussolini est enterré à Predappio dans le caveau de famille. Chaque année, les nostalgiques du fascisme italien se retrouvent autour de son tombeau.

Les circonstances de la mort de Mussolini restent cependant obscures. Des tĂ©moignages racontent que le Comandante Valerio a Ă©tĂ© remplacĂ© en route par le n°2 du Parti communiste italien, Luigi Longo (it). La « thĂšse de la correspondance Churchill - Mussolini Â» est aussi Ă©voquĂ©e : l’exĂ©cution du Duce aurait Ă©tĂ© commanditĂ© par des membres de l'Intelligence service qui cherchaient Ă  rĂ©cupĂ©rer la correspondance des deux chefs d'État qui nĂ©gociaient notamment en ce qui concerne leurs empires coloniaux, ce qui aurait compromis Churchill[111]. Le seul fait certain est qu'on peut observer qu'en Italie il n'y a pas eu de procĂšs Ă  l'encontre des dignitaires fascistes comparable Ă  celui du procĂšs de Nuremberg contre le nazisme.

Pensée politique

En 1932, certainement avec Giovanni Gentile sinon sous son influence, Mussolini Ă©crit l'article fascisme de l'encyclopĂ©die Treccani, dans lequel il prĂ©cise la doctrine de son parti. Mussolini admet qu'il n'y a pas eu de principe inspirateur qui mena Ă  la crĂ©ation du mouvement : Ă  l'origine, il y avait un " besoin d'action et ce fut l'action ". Pour ce motif, pendant vingt ans, le fascisme se caractĂ©risa par la coexistence en son sein d'instances et de courants de pensĂ©e minoritaires fortement diffĂ©rents et apparemment peu compatibles entre eux.

EmblĂ©matique, de ce point de vue, est le programme San Sepolcro par lequel le mouvement des faisceaux de combat se prĂ©sente aux Ă©lections de 1919. Dans celui-ci sont exprimĂ©es des propositions fortement progressistes, mais beaucoup de celles-ci sont progressivement abandonnĂ©es par le mouvement et cela jusqu'en octobre 1922 (parmi celles-ci, le caractĂšre anti-monarchique et anti-clĂ©rical du fascisme qui aurait empĂȘchĂ© tout compromis avec la monarchie italienne et le clergĂ©). Elles seront rĂ©affirmĂ©es seulement au titre de la propagande par le Parti fasciste rĂ©publicain. Le fascisme sansepolcrain demande la consĂ©cration du suffrage universel, une rĂ©forme Ă©lectorale qui introduise le vote proportionnel, l'abaissement du droit de vote Ă  18 ans, l'horaire journalier du travail Ă  8 heures, les salaires minimums garantis, la gestion de l'État (ou mieux de la part de coopĂ©ratives des travailleurs), des services publics, la progressivitĂ© de l'impĂŽt, la nationalisation des usines d'armes, la suppression de la nomination des SĂ©nateurs par le Roi et la convocation d'une assemblĂ©e qui permette aux citoyens de choisir si l'Italie doit ĂȘtre une monarchie ou une rĂ©publique.

Reprenant ce qui est dit au-dessus, la note dominante de la pensée mussolinienne est l'activisme, ceci est l'une des principales raisons qui exalta la vitalité de la jeunesse faisant de Giovinezza l'hymne du parti, et l'idée d'un homme actif et préparé: " ne compte pas ce qui s'est fait, mais ce qui est encore à faire ".

Les principales ambitions du fascisme furent :

  • la refondation de l'Empire romain, Ă  travers une politique agressive de puissance (la guerre est «positive» parce qu'elle « imprime un sceau de noblesse au peuple qui l'affronte Â») par laquelle l'Italie aurait assumĂ© le rĂŽle de guide et de modĂšle pour les autres nations d'un point de vue politique, Ă©conomique et spirituel. Dans cet objectif, il y a nĂ©cessitĂ© d'une armĂ©e forte et bien structurĂ©e.
  • la crĂ©ation d'un « italien neuf Â», hĂ©roĂŻque, dotĂ© du sens d'appartenir Ă  la nation, en mesure par sa propre action de forger l'histoire, insĂ©rĂ© dans un État qui en rĂ©assume les aspirations. Cela aurait dĂ» se rĂ©aliser au travers du complet surpassement de l'individualisme et la connexe concession individuelle de la libertĂ© : l'individu doit expliquer sa propre libertĂ© non pas de maniĂšre Ă©goĂŻste, dans une perspective concurrentielle avec les autres sujets, mais de maniĂšre ordonnĂ©e et disciplinĂ©e s'acceptant comme une partie de la collectivitĂ© (la nation italienne incarnĂ©e dans l'État fasciste) adressĂ©e vers une fin commune et non divisĂ©e par la haine des classes ((le concept socialiste de « lutte des classes Â» est abandonnĂ©). À cette fin, la nĂ©cessitĂ© de raffermir le sentiment d'appartenance nationale Ă  travers l'exaltation de l'esprit patriotique italien et de l'histoire italienne s'affirme. Dans un tel contexte idĂ©ologique, l'État est hĂ©gĂ©lianement conçu comme Ă©thique donc comme fin et non comme moyen. L'intĂ©rĂȘt de l'État prĂ©vaut sur celui du particulier au nom du bien commun.

Émerge donc comment le fascisme s'est caractĂ©risĂ©, dans sa rĂ©alisation concrĂšte historique, comme un mouvement autoritaire, nationaliste et anti-dĂ©mocratique. En 1931, Mussolini explique son refus de la dĂ©mocratie, dĂ©finissant l'inĂ©galitĂ© comme « fĂ©conde et bĂ©nĂ©fique Â».

Enfin, il faut souligner que le fascisme fut toujours considĂ©rĂ© par ses adhĂ©rents comme un mouvement rĂ©volutionnaire, transgresseur et rebelle. EmblĂ©matique est la devise « je m'en fous Â» (« me ne frego Â»), en radicale opposition avec le libĂ©ralisme de l'Italie prĂ©-fasciste.

Famille

  • Officiellement, Mussolini Ă©tait mariĂ© civilement depuis 1915 (puis religieusement en 1925) Ă  Rachele Guidi avec laquelle il eut cinq enfants :
    • Edda Mussolini (1910-1995), devenue Edda Ciano comtesse de Cortellazzo et de Buccari Ă  la suite de son mariage avec comte Galeazzo Ciano ;
    • Vittorio Mussolini (1916-1997), scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma ;
    • Bruno Mussolini (1918-1941), aviateur dans l'armĂ©e de l'air ;
    • Romano Mussolini (1927-2006), pianiste de jazz, qui Ă©pousa Anna Maria Scicolone, la sƓur cadette de l'actrice Sophia Loren, dont il eut une fille Alessandra Mussolini, actuellement dĂ©putĂ©e au Parlement europĂ©en ;
    • Anna Maria Mussolini (1929-1968), prĂ©sentatrice de tĂ©lĂ©vision.
  • S'il exalte la famille traditionnelle, Mussolini n'en est pas moins adepte de l'union libre, n'hĂ©sitant pas Ă  sacrifier ses proches. Ainsi, au milieu des annĂ©es 1910, il rencontre Ida Dalser (originaire du village de Sopramonte, prĂšs de Trente), alors qu'il a dĂ©jĂ  une liaison avec Rachele. On prĂ©tend mĂȘme que Benito et Ida se seraient mariĂ©s religieusement en 1914. Ida lui donne mĂȘme un fils, Benito Albino un an aprĂšs. Le futur Duce aurait acceptĂ© de reconnaĂźtre ce dernier. NĂ©anmoins, tous les documents officiels relatifs Ă  ce mariage et la reconnaissance de paternitĂ© ont disparu. La mĂȘme annĂ©e que la naissance de Benito Albino, en 1915, il finit par abandonner Ida et son fils pour se marier avec Rachele. Ida tente alors dĂ©sespĂ©rĂ©ment de faire valoir ses droits de premiĂšre Ă©pouse lĂ©gitime (du moins au regard de l'Église). Souhaitant la rĂ©duire au silence, Mussolini cherche Ă  soustraire l'enfant Ă  sa mĂšre. Pour y parvenir, il essaye en vain de faire emprisonner Ida en raison de sa nationalitĂ© autrichienne (un « corbeau Â» l'ayant accusĂ©e d'espionnage au profit des Austro-hongrois), alors que l'Italie est engagĂ©e contre ces derniers dans le premier conflit mondial. Quand il arrive au pouvoir en 1922, plus rien ne rĂ©siste Ă  Mussolini. Ida est internĂ©e dans un asile d'aliĂ©nĂ©s dĂšs 1926 oĂč elle meurt onze ans plus tard d'une hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale. C'est alors Albino, tĂ©lĂ©graphiste dans la marine de guerre italienne, qui est Ă  son tour internĂ© et dĂ©cĂšde en 1942.
  • Mussolini eut aussi plusieurs maĂźtresses :
    • Margherita Sarfatti, issue d'une grande famille juive, journaliste qui lui inspira certaines idĂ©es du fascisme et qui Ă©crivit la biographie du Duce.
    • Madeleine Coraboeuf alias Magda Fontanges, fille du peintre Jean Coraboeuf, journaliste, espionne pour le compte de l'Abwehr, le service de renseignements de l'Ă©tat-major de l'armĂ©e allemande[112].
    • Clara Petacci, femme divorcĂ©e d'un officier de l'armĂ©e de l'air italienne, elle-mĂȘme issue de la haute bourgeoisie romaine, elle devint la compagne du Duce Ă  partir de 1932 et partagea ses derniers moments jusqu'Ă  la mort en 1945.

Distinctions

italiennes
Order of the Most Holy Annunciation BAR.svg
 : Chevalier de l’Ordre SuprĂȘme de la TrĂšs Sainte Annonciade, 1924
Cavaliere di gran Croce Regno SSML BAR.svg
 : Chevalier Grand-croix de l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, 1924
Cavaliere di Gran Croce OCI Kingdom BAR.svg
 : Chevalier Grand-croix l’Ordre de la Couronne d'Italie, 1924
Cavaliere di gran croce OMS BAR.svg
 : Chevalier Grand-croix de l’Ordre Militaire de Savoie, 7 mai 1936, dĂ©cret royal numĂ©ro 177
Chevalier Grand-croix de l’Ordre Colonial de l'Étoile d'Italie
Ordine della Besa - gran croce.png
 : Chevalier Grand-croix de l’Ordre de la Besa, Albanie
Chevalier Grand-croix de l’Ordre de Scanderbeg, Albanie
AquilaRomana3.png
 : Grand-croix de l’ordre Civil et Militaire de l'Aigle romain, classe militaire, Royaume d'Italie
Croce di guerra al merito BAR.svg
 : Croix de la valeur militaire, Italie
Commemorative Italian-Austrian war medal BAR.svg
 : MĂ©daille commĂ©morative de la guerre Italo-Autrichienne 1915-1918
Médaille commémorative Italienne de la Victoire
Medaglia a ricordo dell'UnitĂ  d'Italia BAR.svg
 : MĂ©daille commĂ©morative de l'UnitĂ© d'Italie
Médaille commémorative en or de la Marche sur Rome
Croix d'Ancienneté de Service dans la Milice Volontaire pour la Sécurité Nationale, 20 ans
AquilaRomana0.png
 : Chef et Grand Chancelier de l'Ordre civil et militaire de l'Aigle romain, 2 mars 1944, RSI
SantiPatroni.png
 : Chef et Grand Chancelier de l'Ordre des Saints patrons d'Italie, 11 fĂ©vrier 1945, RSI
Ă©trangĂšres
Chevalier de l’Ordre de l’Éperon d’or
Chevalier Grand-croix de l’Ordre de Pie IX,
Equestrian order of the Holy Sepulcher of Jerusalem BAR.svg
 : Chevalier Grand-croix l’Ordre de la Couronne d'Italie, 1924
Order of St. Giovanni of Gerusalem-Rhodes-Malta BAR.svg
 : Grand-croix d'honneur et de dĂ©votion du Souverain miliaire de l'Ordre de Malte, Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de JĂ©rusalem, de Rhodes et de Malte, 2 avril 1923
Chevalier Grand-croix en or et diamant de l’Ordre de l'Aigle allemand, 25 septembre 1937
Grand-croix de la Croix-rouge allemande, 1934
Grand-croix de la Croix-rouge allemande, Classe spéciale en or et diamants, 1937
Lacplesis Military Order Ribbon.png
 : Ordre de Lāčplēơis, Lettonie
Order of the Bath (ribbon).svg
 : Chevalier Grand-croix de l'Ordre du Bain, Royaume-Uni, 1923, retirĂ© en 1940
Croix de la Liberté, Estonie
Chevalier Grand-croix de l'Ordre de la Croix du Sud, BrĂ©sil, 12 janvier 1934
Seraphimerorden ribbon.svg
 : Chevalier de l'Ordre du SĂ©raphin, SuĂšde
DEN Elefantordenen BAR.png
 : Chevalier de l'Ordre de l'ÉlĂ©phant, Danemark
Ribbon of Supreme Order of the Chrysanthemum.gif
 : Grand-cordon de l'Ordre du ChrysanthĂšme, Japon
Star of Romania Ribbon.PNG
 : Chevalier Grand-croix de l'Ordre de l'Étoile de Roumanie, Roumanie
Cavaliere SSML BAR.svg
 : Chevalier Grand-croix de l'Ordre du Sceau de Salomon, Éthiopie

Notes et références

Notes

  1. ↑ Les opinions exprimĂ©es par Mussolini seront recueillies par Taglialatela dans l'opuscule L'uomo e la divinitĂ  (L'Homme et la divinitĂ©).
  2. ↑ en français
  3. ↑ 21 morts et 80 blessĂ©s parmi les spectateurs
  4. ↑ AGUGGINI, Ettore sur le Dictionnaire international des militants anarchistes
  5. ↑ GrĂ©goire Seither, « Les victimes m'importent peu, c'est l'objectif qui compte Â», RĂ©seau Voltaire, 23 mars 2005
  6. ↑ Les ras sont les chefs locaux traditionnels Ă©thiopiens. AprĂšs la conquĂȘte de l'Éthiopie par l'Italie, ce nom est utilisĂ© pour dĂ©signer certains responsables fascistes.
  7. ↑ la signification de ce sigle est inconnue par manque de document. Selon certains historiens, il signifierait Organisation de Vigilance et de RĂ©pression de l’Antifascisme « Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell'Antifascismo Â», alors que d’autres pensent que le sigle Ă©tait privĂ© de sens.
  8. ↑ Loi du 25 novembre 1926, n. 2008.
  9. ↑ DĂ©cret royal 6 novembre 1926, n. 1848.
  10. ↑ Roi, reine, rĂ©gent, prince hĂ©ritier et Premier ministre.
  11. ↑ Au moment de l’assassinat de Dollfuss, sa femme et ses enfants sont les hĂŽtes de Mussolini dans une de ses rĂ©sidences balnĂ©aires
  12. ↑ Mauser Military Rifles of the World: Military Rifles of the World De Robert W. D. Ball PubliĂ© par Gun Digest, 2006
  13. ↑ Pour une Ă©tude complĂšte, Ă©tude systĂ©matique des armes chimiques pendant la pĂ©riode 1935-1940 sur le font Éthiopien, voir Angelo Del Boca, I gas id Mussolini, Il fascismo e la guerra d'Etiopia, Editori Riuniti, Roma, 1996.
  14. ↑ Berstein et Milza, 1988, p. 322 qui mentionne « Dans les annĂ©es 1933-1935, on peut citer parmi les tĂ©moignages admiratifs les plus vibrants ceux de Winston Churchill, de Lloyd George, de G.B. Shaw, de Gandhi qui voit en Mussolini le sauveur de l'Italie et de l'Europe, aprĂšs l'avoir rencontrĂ© en 1931
 Â»
  15. ↑ Cette journĂ©e est Ă©voquĂ©e dans le film Une journĂ©e particuliĂšre (1977) d'Ettore Scola oĂč apparaissent des images d'archive.
  16. ↑ Les termes d'« Axe Â» et de « pacte d'Acier» sont inventĂ©s par Mussolini, (Smith, 1981, p. 278, 279)
  17. ↑ L'expression serait de Roosevelt, (Smith, 1981, p. 312)
  18. ↑ Occupation et administration de la Corse, Tunisie, Somalie française et du territoire français jusqu'au Rhin, concession de bases militaire Ă  Oran, Alger et Casablanca, confiscation de la flotte et de l'aviation, dĂ©nonciation de l'alliance avec le Royaume-uni.
  19. ↑ L'Italie, fin 1941 ne dispose que d'un stock de 220 000 tonnes de pĂ©trole, soit l’équivalent d'un mois de consommation, la Roumanie assurant l'approvisionnement de 60 000 tonnes de pĂ©trole (Berstein et Milza, 1980, p. 395)
  20. ↑ Notamment bataille d'Amba Alagi (1941)
  21. ↑ Des milliers de soldats qu'il n'avait pas Ă©tĂ© possible de mobiliser plus tĂŽt arrivent des colonies britanniques, en particulier de l'Inde.
  22. ↑ dĂ©jĂ  au Cap Spada, le 19 juillet, un croiseur italien a Ă©tĂ© coulĂ© et le 11 novembre 1940, plusieurs bateaux italiens sont coulĂ©s dans le port de Tarente. Le dernier combat a lieu au Cap Matapan, le 28 mars 1941. De plus, en raison du manque de carburant, les unitĂ©s sont immobilisĂ©es dans les ports. (Berstein et Milza, 1980, p. 395)
  23. ↑ Une clause de l'Armistice de Cassibile prĂ©voit toutefois qu'en cas d'arrestation de dirigeants fascistes (dont Mussolini), ils soient livrĂ© aux AlliĂ©s.
  24. ↑ suite Ă  l'armistice, la CNL a par dĂ©cret pris tous les pouvoirs constitutionnels
  25. ↑ Valerio modifie plusieurs fois la version de cette exĂ©cution dans ses articles de L'UnitĂ , pour aboutir Ă  ses mĂ©moires In nome del popolo italianoen 1975.
  26. ↑ parmi lesquels un inconnu jamais identifiĂ©, le frĂšre de Clara Petacci, le recteur de l'universitĂ© Bologne (le philologue Goffredo Coppola) et Nicola Bombacci, qui est un des fondateurs du Parti communiste d'Italie.
  27. ↑ Parmi les nombreux tĂ©moins, le journaliste Indro Montanelli est prĂ©sent.

Références

  1. ↑ Smith, 1981, p. 11
  2. ↑ a et b Beauval, 1971, p. 12
  3. ↑ Brissaud, 1976, p. 17
  4. ↑ a, b et c Smith, 1981, p. 13
  5. ↑ a et b Smith, 1981, p. 16
  6. ↑ Smith, 1981, p. 15
  7. ↑ a et b Smith, 1981, p. 17
  8. ↑ Smith, 1981, p. 18
  9. ↑ a et b Smith, 1981, p. 19
  10. ↑ a, b et c Smith, 1981, p. 20
  11. ↑ Berstein et Milza, 1980, p. 92
  12. ↑ a et b Smith, 1981, p. 21
  13. ↑ Smith, 1981, p. 22
  14. ↑ Smith, 1981, p. 22-23
  15. ↑ Biografia: Benito Mussolini. ConsultĂ© le 22 aoĂ»t 2011
  16. ↑ Smith, 1981, p. 23
  17. ↑ Smith, 1981, p. 25
  18. ↑ Smith, 1981, p. 26
  19. ↑ a, b et c Smith, 1981, p. 27
  20. ↑ a et b Smith, 1981, p. 30
  21. ↑ Benito Mussolini : L’amante del cardinale. Claudia Particella. Romanzo storico. ConsultĂ© le 22 aoĂ»t 2011
  22. ↑ Smith, 1981, p. 31
  23. ↑ Smith, 1981, p. 32
  24. ↑ Smith, 1981, p. 33-34
  25. ↑ Smith, 1981, p. 34
  26. ↑ a et b Smith, 1981, p. 35
  27. ↑ Merloni, Giovanni. ConsultĂ© le 22 aoĂ»t 2011
  28. ↑ Smith, 1981, p. 38
  29. ↑ a et b Smith, 1981, p. 39
  30. ↑ Smith, 1981, p. 40
  31. ↑ Dalla neutralitĂ  assoluta alla neutralitĂ  attiva ed operante. ConsultĂ© le 23 aoĂ»t 2011
  32. ↑ Angelo Tasca, Naissance du Fascisme, Gallimard 1938, p.29 (Ă©dition de 2003)
  33. ↑ Smith, 1981, p. 40-41
  34. ↑ The Birth of Fascist Ideology, Zeev Sternhell, pg 303.
  35. ↑ Fascism, NoĂ«l O'Sullivan, J. M. Dent & Sons, Londres, 1983. pg 207
  36. ↑ En 1917, Mussolini Ă©tait un agent des services secrets de Sa MajestĂ©, Le Monde, 15 octobre 2009.
  37. ↑ a et b Tom Kington, Recruited by MI5: the name's Mussolini. Benito Mussolini, The Guardian, 13 octobre 2009
  38. ↑ A. Tasca, Naissance du Fascisme, Gallimard, coll. Tel, p.53.
  39. ↑ A. Tasca, Naissance du Fascisme, p.54.55
  40. ↑ a et b Berstein et Milza, 1980, p. 90
  41. ↑ (it)La bataille du grain
  42. ↑ (it)Discours sur la bonification des marais Pontins
  43. ↑ a, b et c Chroniques de l'Histoire, Mussolini, 2000
  44. ↑ (it)Le discours de Bari
  45. ↑ William L. An Encyclopaedia of World History, Houghton Mifflin Company, Boston, 1948, pag. 990.
  46. ↑ (it)Les crimes de l'impĂ©rialisme italien en Éthiopie, 1935/1937.
  47. ↑ The condition of the Ethiopian Army on the eve of the war is discussed by Richard Pankhurst, Economic History of Ethiopia (Addis Ababa: Haile Selassie I University, 1968), pp. 605-608.
  48. ↑ Del Boca, 2005, p. 192
  49. ↑ Ministùre de la Guerre, Relazione dell'attività svolta per l'esigenza A.O., Istituto Poligrafico dello Stato, Roma, 1936, allegato n. 76.
  50. ↑ Del Boca, 2005, p. 193
  51. ↑ Del Boca, 2005, p. 194
  52. ↑ Del Boca, 2005, p. 194, 195
  53. ↑ Del Boca, 2005, p. 196
  54. ↑ Del Boca, 2005, p. 196, 197
  55. ↑ Del Boca, 2005, p. 197
  56. ↑ Del Boca, 2005, p. 198-200
  57. ↑ (it)Évocation des massacres) Del Boca, 2005, p. 200-201 et 205-224
  58. ↑ Smith, 1981, p. 278, 279
  59. ↑ a et b Smith, 1981, p. 282
  60. ↑ Smith, 1981, p. 281
  61. ↑ a et b Smith, 1981, p. 287
  62. ↑ Smith, 1981, p. 285
  63. ↑ a et b Smith, 1981, p. 289
  64. ↑ (it)Clara Petacci. Mussolini segreto. Diari 1932-1938 par Mauro Suttora. Rizzoli, 2009 (ISBN 978-88-17-03737-2)
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  67. ↑ a et b Mussolini entre racisme et passions Ă©rotiques, dixit sa maĂźtresse
  68. ↑ Brissaud p.369
  69. ↑ Chroniques de l'Histoire, Mussolini, 2000, p. 68
  70. ↑ a et b Milza, 1999, p. 753
  71. ↑ a et b Milza, 1999, p. 754
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  73. ↑ Marie Anne Matard, Italie, fascisme et antisĂ©mitisme d’État, Les collections de l'histoire n°3, 1999, p.52
  74. ↑ a et b Ebrei e fascismo, storia della persecuzione. ConsultĂ© le 21 juillet 2011
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  76. ↑ a et b Brissaud, 1976, p. 369
  77. ↑ a et b (it)site Chronologie est extraite de La persecuzione degli ebrei durante il fascismo. Le leggi del 1938, Camera dei deputati, Rome 1998, pp. 185-187. ConsultĂ© le 21 juillet 2011
  78. ↑ (it)La Risiera di San Sabba. ConsultĂ© le 22 juillet 2011
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  84. ↑ (it)DĂ©claration de la guerre
  85. ↑ Berstein et Milza, 1980, p. 398
  86. ↑ a, b et c Smith, 1981, p. 314
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  88. ↑ Les fortifications des Alpes de Vauban Ă  Maginot, Éditions du DauphinĂ© LibĂ©rĂ©
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  111. ↑ Pierre Milza, Les derniers jours de Mussolini, Ă©d. Fayard, 2010
  112. ↑ Magda Fontanges, maĂźtresse du Duce, Ă©crouĂ©e Ă  Mauzac, Arkheia. Revue d'histoire, Montauban, n°17-18, 2007.

Bibliographie

Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article : Ouvrage utilisĂ© comme source pour la rĂ©daction de cet article

de Mussolini
  • La filosofia della forza (1908)
  • La santa di SusĂ  (opuscule d'une interview recueillit comme journaliste et publiĂ© le 12 juin 1909)
  • Claudia Particella, l'amante del Cardinal Madruzzo (roman paru par Ă©pisodes sur le Il Popolo pendant 57 jours Ă  partir du 20 janvier 1910);
  • La tragedia di Mayerling (1910) non publiĂ©
  • Il Trentino veduto da un socialista (1911)
  • L'amante del cardinale(1911)
  • La mia vita (1911-12);
  • Giovanni Huss il veridico (1913);
  • Vita di Arnaldo (1932);
  • Scritti e discorsi (1914-39, 12 vol.);
  • Parlo con Bruno ou Je parle avec Bruno, publiĂ© par Il populo d'Italia soit Le Peuple de l'Italie, 1941
  • Il tempo del bastone e della carota (1944 - Recueil d'articles publiĂ©s dans le Corriere della Sera entre 1940 et 1943);
  • Pensieri pontini e sardi (1943)
  • Storia di un anno (il tempo del bastone e della carota) (1944)
sur Mussolini
  • Pierre Milza, Mussolini, Fayard, 1999 (ISBN 2-213-60447-9) Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article 
  • Didier Musiedlak, Mussolini, Presses de Sciences Po, 2004, 436 p. (ISBN 2-7246-0806-2) 
  • AndrĂ© Brissaud, Mussolini, le fascisme, Paris, Ă©d. Robert Langeac, 1976 
  • Margherita Sarfatti, Mussolini, L'Homme et le Chef : traduit de l'italien par Maria Croci et EugĂšne Marsan, Paris, Éditions Albin Miche, 1927, 365 p. 
  • Christopher Hibber, Mussolini, J'ai lu, A106/107e Ă©d. 
  • Denis Mack Smith, Mussolini, Flammarion, 1981, 495 p. (ISBN 2-08-064655-9) Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article 
  • François Beauval, Mussolini, vie et mort d'un dictateur, GenĂšve, 1971 
  • Chroniques de l'Histoire, Mussolini, Paris, Ă©ditions BrochĂ©, 2000, 495 p. (ISBN 290596992X9) Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article 
  • (it)Pierluigi Baima Bollone, Le ultime ore di Mussolini, Milan, Mondadori, 2005. (ISBN 88-04-53487-7)
  • (it)Pierluigi Baima Bollone, La psicologia di Mussolini, Milan, Mondadori, 2007. (ISBN 978-88-04-56423-2)
  • (it)Pier Luigi Bellini delle Stelle, Dongo: la fine di Mussolini, Milao, Mondadori, 1962.
  • (it)Giovanni Cecini, I soldati ebrei di Mussolini, Milano, Mursia, 2008. (ISBN 978-88-425-3603-1)
  • (it)Pietro Ciabattini, Il Duce, il Re e il loro 25 luglio, Bologne, Lo Scarabeo, 2005.
  • (it)Richard Collier, Duce! Duce! Ascesa e caduta di Benito Mussolini, Mursia, 1983. (ISBN 88-425-8658-7)
  • (it)Renzo De Felice, Mussolini il rivoluzionario: 1883-1920, Einaudi, 1995. (ISBN 88-06-13990-8)
  • (it)Renzo De Felice, Mussolini il fascista, Einaudi, 1995.
  • (it)Renzo De Felice, Mussolini l'alleato, 1940-1945, Einaudi.
  • (it)Renzo De Felice, Storia del Fascismo, Luce/Libero, 2004.
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  • (it)Aurelio Lepre, Mussolini l'italiano: il duce nel mito e nella realtĂ , 2a ed., Milan, Laterza, 1997. (ISBN 88-04-42682-9)
  • (it)Indro Montanelli, Il buonuomo Mussolini, Milan, Edizioni riunite, 1947.
  • (it)Romano Mussolini, Il duce, mio padre, Rizzoli, 2004. (ISBN 88-17-00848-6)
  • (it)Romano Mussolini, Ultimo atto - Le veritĂ  nascoste sulla fine del duce, Rizzoli, 2005. (ISBN 88-17-00745-5)
  • (en)Paul O'Brien, Mussolini in the First World War. The Journalist, The Soldier, The Fascist, Oxford, Berg Publishers, 2005.
  • (it)Marco Palla, Mussolini e il fascismo, Florence, Giunti, 1994. (ISBN 978-88-09-20272-6)
  • (it)Luisa Passerini, Mussolini immaginario: storia di un biografia, 1915-1939, 2a ed., Laterza, 1991. (ISBN 88-420-3738-9)
  • (it)Arrigo Petacco, L'uomo della provvidenza, Mondadori, 2004. ISBN 88-04-53466-4
  • (it)Giorgio PisanĂČ, Gli ultimi cinque secondi di Mussolini, Milan, Il saggiatore, 1996. (ISBN 88-428-0350-2)
  • (it)Antonello Spinosa, Mussolini. Il fascino di un dittatore, Milan, Mondadori, 1989. (ISBN 978-88-04-43290-6)
  • (it)Marcello Staglieno, Arnaldo e Benito, due fratelli, Mondadori, 2004.
  • (it)Remigio Zizzo, Mussolini. Duce si diventa, Gherardo Casini Editore, 2003/2010.
sur la période
  • Serge Berstein et Pierre Milza, Le Fascisme italien, 1919-1945, Seuil, Points Histoire, 1980 (ISBN 2-02-005513-9) Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article 
  • (it) Lorenzo Del Boca, Italiani, brava gente? Un mito duro a morire, Vicenza, Neri Pozza Editore, 2005 (ISBN 88-545-0013-5)Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
    Italiens, braves personnes ? un mythe dur Ă  mourir
     
  • Marc Ferro, Ils Ă©taient sept hommes en guerre, Ă©d. Robert Lafont, 2007 Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article 
  • (it)Emilio Gentile, Fascismo. Storia e interpretazione, Laterza, 2002-2005.
  • (it)Indro Montanelli, L'Italia in Camicia Nera, Rizzoli, 1977. (ISBN 88-17-42017-4)

Cinématographie

  • Benito Mussolini (1962) Documentaire. De Pasquale Prunas
  • All'armi siam fascisti (1962) Documentaire. De Lino Del Fra, Lino MiccichĂš et Cecilia Mangini
  • Il mio amico Benito (1962) di Giorgio Bianchi. avec Peppino De Filippo
  • Men of our time: Mussolini (1970) Documentaire. De Alan J. P. Taylor
  • Mussolini ultimo atto (1974) de Carlo Lizzani avec Rod Steiger
  • Quando c'era lui...caro lei! (1978) de Giancarlo Santi
  • Io e il Duce (1985) d'Alberto Negrin
  • Mussolini: the Untold story (1985) MinisĂ©rie. De William A. Graham
  • Fascist Legacy (1989) Ken Kirby, Royaume-Uni, 2x50min [lire en ligne]
  • (it) Fascist Legacy sur YouTube [vidĂ©o]
  • Il giovane Mussolini (in inglese: Benito: the rise and fall of Mussolini) (1993) de Gianluigi Calderone avec Antonio Banderas.
  • Mussolini, Churchill e cartoline (2004) Documentaire. De Villi Hermann
  • Vincere film de Marco Bellocchio en 2009

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

Sources


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Luigi Facta
Fasces2.png
Président du Conseil des Ministres
31 octobre 1922 - 25 juillet 1943
Pietro Badoglio

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Regardez d'autres dictionnaires:

  • Benito Mussolini — Mussolini redirects here. For other uses, see Mussolini (disambiguation). Benito Mussolini 
   Wikipedia

  • Benito Mussolini — «Mussolini» redirige aquĂ­. Para otras acepciones, vĂ©ase Mussolini (desambiguaciĂłn). Benito Amilcare Andrea Mussolini 
   Wikipedia Español

  • Benito Mussolini — Benito Amilcare Andrea Mussolini (* 29. Juli 1883 in Dovia; † 28. April 1945 in Giulino di Mezzegra) war von 1922 bis 1943 der Diktator Italiens. Mussolini war wĂ€hrend der gesamten Zeit MinisterprĂ€sident und Capo del Governo 
   Deutsch Wikipedia

  • Benito Mussolini — (29. juli 1883 28. april 1945), italiensk diktator 1922 43 og leder af det fascistiske parti. I april 1945 skydes han af italienske partisaner, som fanger ham i nĂŠrheden af Como sĂžen 
   Danske encyklopĂŠdi

  • Benito Mussolini — Benito Amilcare Andrea Mussolini naciĂł en un pequeño pueblo llamado Predappio, en la provincia de Forli, regiĂłn de Emilia Romaña (Italia) el (29 de julio de 1883 y muriĂł en Lecco el 27 de abril de 1945) Jefe de Estado dictatorial de Italia… 
   Enciclopedia Universal

  • Benito Mussolini — noun Italian fascist dictator (1883 1945) ‱ Syn: ↑Mussolini, ↑Il Duce ‱ Instance Hypernyms: ↑dictator, ↑potentate 
   Useful english dictionary

  • Benito Mussolini — (1883 1945) Italian Fascist leader, dictator of Italy (1922 1943) 
   English contemporary dictionary

  • Faschismus in Italien: Benito Mussolini —   Der Begriff »Faschismus« bezieht sich auf ein aus der Antike ĂŒbernommenes Symbol der Amtsgewalt. Die römischen Magistrate trugen die Faszes, ein RutenbĂŒndel mit Beil, die fĂŒr das Recht, zu zĂŒchtigen und die Todesstrafe zu verhĂ€ngen, standen. Ab 
   Universal-Lexikon

  • Mussolini — Benito Mussolini « Mussolini Â» redirige ici. Pour les autres significations, voir Mussolini (homonymie) 
   WikipĂ©dia en Français

  • Benito Amilcare Andrea Mussolini — Benito Mussolini Benito Amilcare Andrea Mussolini (* 29. Juli 1883 in Dovia di Predappio bei ForlĂŹ in der Region Emilia Romagna; † 28. April 1945 in Giulino di Mezzegra am Comer See) war von 1922 bis 1943 
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