Beguinages flamands

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Beguinages flamands

BĂ©guinages flamands

BĂ©guinages flamands 1
Patrimoine mondial de l’UNESCO
BĂ©guinage d'Audenarde.

BĂ©guinage d'Audenarde.

Latitude
Longitude
51° 1â€Č 51.5″ Nord
       4° 28â€Č 25.5″ Est
/ 51.030972, 4.47375
Pays Belgique Belgique
Type Culturel
CritĂšres ii, iii, iv
Superficie 59,9500 ha
Subdivision Belgique : RĂ©gion flamande, Provinces d'Anvers, Limbourg, Flandre orientale, Flandre occidentale et Brabant flamand
No  identification (ID) 855
RĂ©gion 2 Europe et AmĂ©rique du Nord
AnnĂ©e d’inscription 1998 (22e session)

1 Descriptif officiel (UNESCO)
2 Classification UNESCO

World Heritage Emblem.svg
Documentation du modĂšle

Le terme de béguinage peut désigner 1) une communauté autonome de religieuses (les béguines), en particulier en Europe du nord, et 2) un ensemble de bùtiments intégrés, généralement construits autour d'une cour arborée, hébergeant une telle communauté, et comprenant non seulement les installations domestiques et monastiques, mais aussi des ateliers utilisés par la communauté, et une infirmerie.

En Flandre ― que nous entendons ici au sens moderne, c’est assavoir : la moitiĂ© nord de la Belgique actuelle ―, Ă  la diffĂ©rence du reste de l’Europe, des communautĂ©s de bĂ©guines ont pu, pour un certain nombre de raisons, se dĂ©velopper trĂšs largement, disposer d’effectifs suffisants pour construire des citĂ©s Ă  part (les bĂ©guinages) et y vivre, et se maintenir, avec des hauts et des bas, au fil des siĂšcles, jusqu’à l’époque contemporaine. Abstraction faite de trois bĂ©guinages aux Pays-Bas, la Flandre est aussi la seule rĂ©gion d’Europe oĂč de vastes bĂ©guinages au sens 2), vĂ©ritables villes en miniature, aient Ă©tĂ© conservĂ©s, plus ou moins intacts ; on en recense 27, sur les quelque quatre-vingts qui existaient autrefois, et il est peu de villes flamandes, grandes ou moyennes, qui n’aient leur begijnhof.

Le bĂ©guinisme s’est totalement Ă©teint en Flandre, et il n’y a plus aujourd’hui de bĂ©guines actives ; les bĂ©guinages ont reçu d’autres affectations.

Depuis 1998, treize béguinages de Flandre sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.


Sommaire

Singularité du béguinisme dans les Pays-Bas du sud

AprĂšs que les germes en eurent Ă©tĂ© semĂ©s en Wallonie Ă  la fin du XIIe siĂšcle, le bĂ©guinisme se dĂ©veloppa en Flandre, comme ailleurs en Europe, au dĂ©but du XIIIe siĂšcle. Le propos des communautĂ©s de bĂ©guines Ă©tait d’offrir une structure communautaire durable Ă  des groupes nombreux de femmes seules, dĂ©sireuses, dans l’esprit de mysticisme et de frugalitĂ© apostolique de cette Ă©poque, de mener une vie pieuse et contemplative, et de parvenir, par l’abnĂ©gation et la pĂ©nitence, Ă  s’unir avec le Sauveur, mais souhaitant en mĂȘme temps garder une certaine autonomie, ne pas s’engager pour la vie par des voeux dĂ©finitifs, et rester Ă©conomiquement actives. Les couvents, seule possibilitĂ© jusque-lĂ  de mener une vie contemplative dans un environnement sĂ©curisĂ©, se trouvant saturĂ©s (l’entrĂ©e dans un couvent Ă©tait par ailleurs conditionnĂ©e par l’apport d’une importante somme d’argent), le bĂ©guinisme sera, Ă  partir du XIIIe siĂšcle, la structure apte Ă  rĂ©pondre Ă  la demande nouvelle et Ă  permettre Ă  des femmes qui, tout d’abord, s’étaient installĂ©es individuellement Ă  proximitĂ© d’une Ă©glise, d’un couvent ou d’un hospice, Ă  se regrouper et Ă  mener une vie commune dans un mĂȘme immeuble ou ensemble d’immeubles, puis, plus tard, Ă  s’organiser en rĂ©seau.

Le mouvement, Ă  mesure qu’il se rĂ©pandait en Europe occidentale et centrale, donnait lieu Ă  une suspicion d’hĂ©rĂ©sie et suscita les rĂ©serves de l’église, jusqu’à entraĂźner l’interdiction, lors du concile de Latran de 1215, de toute nouvelle congrĂ©gation monastique. Dans quasi toute l’Europe, les bĂ©guines n’eurent dĂšs lors d’autre choix que d’entrer dans un ordre reconnu ― chez les cisterciens ou les franciscains.

Dans les Pays-Bas mĂ©ridionaux, le beguinisme apparaĂźt avoir pu se soustraire Ă  cet interdit de l’église. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce fait. Contrairement au reste de l’Europe, et sans doute sous l’effet notamment du haut degrĂ© d’urbanisation de la Flandre d’alors, plus particuliĂšrement du comtĂ© de Flandre et du duchĂ© de Brabant, les bĂ©guines flamandes eurent tĂŽt cessĂ© de mener une vie errante et peu structurĂ©e, et tendirent progressivement vers une institutionnalisation de leur mouvement. Ce processus d’institutionnalisation, qui se matĂ©rialisa, Ă  partir de 1230, par le regroupement dans un mĂȘme lieu, par une hiĂ©rarchisation des communautĂ©s (avec l’élection par chaque groupe de bĂ©guines d’une responsable), et par la rĂ©daction de statuts, sĂ©rie de rĂšgles prĂ©cises prĂ©alablement soumises pour approbation Ă  l’évĂȘque, rendait le mouvement bĂ©guinal plus acceptable pour l’église, car plus contrĂŽlable. La stade ultime de ce processus est la constitution de citĂ©s Ă  part, coupĂ©es du reste de la ville par un haut mur d’enceinte, et Ă©rigĂ©es en paroisses autonomes ayant leurs propres curĂ©s, jouissant de privilĂšges, et disposant de leurs propres sources de revenus (v. ci-dessous).

Dans la Wallonie actuelle, oĂč pourtant le mouvement bĂ©guinal avait pris naissance (Ă  LiĂšge, Nivelles, et Oignies, prĂšs de Namur), les bĂ©guines, moins nombreuses qu’en Flandre, continuĂšrent Ă  vivre Ă©parses dans la ville ou ensemble dans des maisons communautaires prĂšs des hĂŽpitaux et des Ă©glises, sans rĂ©ussir Ă  constituer de vĂ©ritables bĂ©guinages.

En outre, contrairement au clergĂ© des Pays-Bas du nord, oĂč les Ă©vĂȘques appliquĂšrent avec rigueur les prescriptions du concile de Vienne de 1312, les Ă©vĂȘques de Cambrai, de LiĂšge, de Tournai et d'Utrecht s’efforcĂšrent de dĂ©montrer l’orthodoxie des bĂ©guines dans leurs diocĂšses, notamment en rĂ©digeant en 1320, Ă  l’attention du pape Jean XXII, un rapport sur l’état de la foi dans les bĂ©guinages, dont les conclusions Ă©taient trĂšs favorables.

Les bĂ©guines flamandes, sĂ©dentarisĂ©es, n’erraient et ne mendiaient pas, contrairement Ă  leurs consoeurs rhĂ©nanes par exemple, mais travaillaient. La condition pour devenir bĂ©guine Ă©tait d’ĂȘtre veuve ou non mariĂ©e, et d’ĂȘtre capable de subvenir Ă  ses besoins. L’oisivetĂ© Ă©tait proscrite, y compris pour les bĂ©guines fortunĂ©es qui n’avaient pas besoin de travailler pour vivre. La plupart des bĂ©guines effectuaient des travaux de tissage, de filage, de couture ou de blanchissage.

GenÚse des cités béguinales

Aux Pays-Bas, comme il a Ă©tĂ© dĂ©crit ci-dessus, les bĂ©guines finirent par s’organiser dans de petites citĂ©s Ă  part, appelĂ©es bĂ©guinages. L’autoritĂ© ecclĂ©siastique en effet poussait Ă  un regroupement plus strict de ces femmes pieuses. Certaines vivaient encore Ă©parpillĂ©es dans la ville, sĂ©parĂ©es du groupe auquel elles voulaient appartenir ; pour y remĂ©dier, et pour les prĂ©server en mĂȘme temps des influences du siĂšcle et des tendances hĂ©rĂ©tiques, les Dominicains plus particuliĂšrement s’efforcĂšrent de les regrouper, tout d’abord dans des maisons de bĂ©guines, au dĂ©part desquelles elles pouvaient se rendre en commun aux offices et Ă  leurs rĂ©unions, ensuite, pour Ă©viter ces dĂ©placements, et pour faire face au nombre croissant de candidates, dans des bĂ©guinages, c'est-Ă -dire dans des citĂ©s Ă  part, formant paroisses autonomes, avec Ă©glise sĂ©parĂ©e, cimetiĂšre propre, curĂ©, et statuts diocĂ©sains propres. Cette citĂ©-bĂ©guinage, ultime Ă©tape dans le dĂ©veloppement du bĂ©guinisme aux Pays-Bas et en Flandre, naquit au milieu du XIIIe siĂšcle. Souvent, il s’agit de citĂ©s encloses d’un mur d’enceinte, dotĂ©es d’une Ă©glise et d’une infirmerie, et auxquelles donnait accĂšs un portail d’entrĂ©e Ă©troitement surveillĂ©. Elles furent gĂ©nĂ©ralement construites hors les murs des villes mĂ©diĂ©vales ; Ă  quelques occasions, elle servirent de point d’appui Ă  des armĂ©es Ă©trangĂšres venues assaillir ces villes (la crainte que cela ne se produisĂźt incita les dĂ©fenseurs de la ville d’Anvers en 1542, alors que des troupes de Gueldre la menaçaient, Ă  incendier prĂ©ventivement le bĂ©guinage, situĂ© alors en dehors des remparts. Celui-ci fut promptement reconstituĂ© intra muros).

Illustration du caractĂšre clos des bĂ©guinages : haut mur et portail d'entrĂ©e du bĂ©guinage d'Anvers.
Écriteau Ă  l'entrĂ©e : « priĂšre aux membres de la gent masculine de ne plus se prĂ©senter aprĂšs 18 h Â».
Serrures et verrous du portail.

Organisation hiérarchique des béguinages

À la tĂȘte d’un bĂ©guinage se trouvait la grande-maĂźtresse (magistra, nĂ©erl. grootmeesteresse). Élue par les maĂźtresses, elle Ă©tait chargĂ©e de faire respecter les statuts et de contrĂŽler l’organisation gĂ©nĂ©rale. Certains grands bĂ©guinages pouvaient en avoir plusieurs.

La grande-maĂźtresse se faisait assister par un ou plusieurs tuteurs (nĂ©erl. momboor), agents masculins chargĂ©s d’effectuer les transactions financiĂšres en vue de l’acquisition de propriĂ©tĂ©s et, le cas Ă©chĂ©ant, de mener des affaires en justice au nom du bĂ©guinage. Il Ă©tait en effet interdit aux bĂ©guines de poursuivre de telles activitĂ©s.

Au second rang on trouve la maĂźtresse de l’hĂŽpital. Celle-ci avait notamment dans ses attributions la gestion de la caisse (nĂ©erl. de kiste, appelĂ©e aussi table du Saint-Esprit), laquelle Ă©tait alimentĂ©e, outre par les modestes contributions hebdomadaires des bĂ©guines, par des donations et des legs, et qui permettait de financer le sĂ©jour Ă  l’infirmerie des bĂ©guines nĂ©cessiteuses qui en raison de maladie ou de vieillesse n’étaient plus en mesure de subvenir Ă  leurs besoins.

Vient ensuite la maĂźtresse de l’église (la sacristaine), Ă  qui Ă©taient confiĂ©s l’entretien et les dĂ©penses de l’église. Elle dirigeait aussi la chorale, destinĂ©e Ă  donner du lustre aux offices, et les exercices spirituels.

La concierge du bĂ©guinage faisait partie Ă©galement de ce second rang. Main-courantiĂšre du bĂ©guinage, son rĂŽle Ă©tait de surveiller les mouvements d’entrĂ©e et de sortie des bĂ©guines, des livreurs de matĂ©riaux et de vivres, des visiteurs et des travailleurs externes.

Au troisiĂšme rang se situent les maĂźtresses des convents : elles Ă©taient responsables du bon ordre gĂ©nĂ©ral, du respect des rĂšgles et du bon fonctionnement dans le convent qui leur a Ă©tĂ© attribuĂ©, et, s’il s’agissait d’un convent de novices, de la formation de celles-ci. Ces rĂšgles, qui peuvent avoir Ă©tĂ© prescrites par le fondateur, comprennent des devoirs de priĂšre ou des exercices religieux en mĂ©moire du fondateur et de sa famille.

Chez les bĂ©guines elles-mĂȘmes existaient Ă©galement des degrĂ©s de situation. Il y avait tout d’abord les beguines propriĂ©taires de leur propre maison, soit qu’elles l’avaient fait construire par leurs moyens propres, soit qu’elles avaient acquis une maison existante Ă  l’occasion d’une vente publique dans le bĂ©guinage. Le titre de propriĂ©tĂ© valait pour la vie ; aprĂšs le dĂ©cĂšs de la bĂ©guine, la maison revenait Ă  la communautĂ©, qui la remettait en vente. Venaient ensuite les bĂ©guines locataires d’une chambre dans un des grands immeubles, dont elles devaient assumer elles-mĂȘmes l’entretien. Enfin, il y avait les bĂ©guines dĂ©pourvues de revenus propres et les novices, qui Ă©taient hĂ©bergĂ©es dans les maisons communes (convents) et devaient travailler pour subvenir Ă  leurs besoins ; nĂ©anmoins, elles recevaient des aides pour l’achat de nourriture et de bois de chauffage (les frais d’entretien d’un convent Ă©taient couverts par le fondateur pour une longue pĂ©riode).

Cette hiĂ©rarchie dĂ©terminait l’ordre de prĂ©sĂ©ance dans l’église. Lors des offices, les grandes-maĂźtresses prenaient place tout Ă  l’avant, suivies des maĂźtresses, des bĂ©guines propriĂ©taires, puis des beguines sans fortune et des novices.

Histoire des béguinages de Flandre

Moyen-Âge

Le mouvement bĂ©guinal ne naquit pas en Flandre, mais en Wallonie (la moitiĂ© mĂ©ridionale de la Belgique actuelle), lorsqu’à la fin du XIIe siĂšcle, des femmes mues par le mĂȘme Ă©lan de dĂ©votion se groupĂšrent autour d’une figure charismatique, pour s’organiser et mener une activitĂ© commune ― Ă  LiĂšge d’abord, autour de l’hĂŽpital Saint-Christophe, puis Ă  Oignies, non loin de Namur, autour de la personne de Marie d’Oignies, Ă  Huy, autour d’Yvette d’Huy, et Ă  Nivelles, autour d’Ida de Nivelles. Mais il ne s’agissait encore que de communautĂ©s de bĂ©guines, non de vĂ©ritables bĂ©guinages, que l’on ne rĂ©ussit pas Ă  constituer de maniĂšre durable en Wallonie.

À la premiĂšre floraison du bĂ©guinisme au XIIIe siĂšcle succĂ©da une pĂ©riode de dĂ©clin au XIVe siĂšcle. L’épidĂ©mie de peste et le recul dĂ©mographique qu’elle provoque, la Guerre de Cent Ans, aux effets dĂ©lĂ©tĂšres sur l’activitĂ© Ă©conomique, en particulier sur l’industrie drapiĂšre en Flandre, le climat religieux, affectĂ© par le schisme d’Occident, et les toujours prĂ©sentes suspicions d’hĂ©rĂ©sie Ă  l’endroit des bĂ©guines, ravivĂ©es en Flandre par les accusations de Ruusbroec, expliquent ce dĂ©clin. Il ne sera fondĂ© durant cette pĂ©riode qu’un seul nouveau bĂ©guinage, celui de Hoogstraten.

Le XVe siĂšcle verra un temporaire rĂ©tablissement de l’ordre bĂ©guinal. Les bĂ©guinages, communautĂ©s auto-suffisantes ayant des revenus propres, sont dĂ©sormais des institutions intĂ©grĂ©es dans la sociĂ©tĂ©. Chaque bĂ©guine Ă©tait censĂ©e subvenir Ă  ses propres besoins, et les communautĂ©s de bĂ©guines, exonĂ©rĂ©es d’impĂŽts (au dam, du reste, des corporations de mĂ©tier), bĂ©nĂ©ficiaient de donations et de legs. Chaque bĂ©guinage Ă©tait dotĂ© d’une infirmerie, incarnation de l’idĂ©al apostolique de charitĂ© et de solidaritĂ©, oĂč sont prises en charge les bĂ©guines malades ou ĂągĂ©es.

Guerres de religion

Les guerres de religion du XVIe siĂšcle furent trĂšs nĂ©fastes au bĂ©guinisme. Nombre de bĂ©guinages furent saccagĂ©s ou dĂ©truits : notamment le Grand BĂ©guinage de Malines en 1578, et celui de Bruxelles l’annĂ©e d’aprĂšs.

Dans les Pays-Bas du nord, la diffusion de la RĂ©forme signa quasiment l’arrĂȘt de mort du bĂ©guinisme. Des bĂ©guinages du nord ne purent se maintenir que ceux de Breda et d’Amsterdam.

Restauration de l’autoritĂ© catholique et Contre-rĂ©forme

Dans le sud, le mouvement cependant parvint Ă  se redresser, d’abord sous l’impulsion de Nicolaas (ou Klaas, ou Claes) van Essche (ou van Esch, ou encore, de son nom latin, Esschius, 1507-1578), originaire de Bois-le-Duc et devenu curĂ© de bĂ©guinage dans la ville de Diest. Son action, qui prit valeur d’exemple dans le reste de la Flandre, consista Ă  Ă©dicter de nouveaux statuts, Ă  restaurer le caractĂšre clos de son bĂ©guinage et Ă  limiter le commerce avec l’extĂ©rieur, Ă  rĂ©tablir une attitude spirituelle faite de dĂ©pouillement et de priĂšre, et Ă  gĂ©nĂ©raliser un habit noir uniforme en remplacement de l’habit gris.

De grande importance furent Ă©galement les rĂ©formes menĂ©es par Jean Hauchinus, archevĂȘque de Malines Ă  partir de 1583. Il rĂ©digea un rĂšglement uniforme, applicable dans tous les bĂ©guinages de son diocĂšse, et sera imitĂ© en cela par les autres Ă©vĂȘques de Flandre. Ce rĂšglement, en plus de prĂ©ciser des normes et coutumes existantes, comportait quelques nouveautĂ©s, comme l’obligation faite aux bĂ©guines de cĂ©lĂ©brer toutes les fĂȘtes religieuses importantes (en particulier du saint patron du bĂ©guinage), le devoir d’obĂ©issance Ă  la direction du bĂ©guinage, et l’instauration d’un contrĂŽle rĂ©gulier de chaque bĂ©guinage par l’évĂȘque ou son reprĂ©sentant.

La Contre-rĂ©forme est une pĂ©riode faste pour le bĂ©guinisme. Le nouvel essor de la religiositĂ© entraĂźne une forte augmentation des donations et des adhĂ©sions : au Grand BĂ©guinage de Louvain, le nombre de bĂ©guines passa du simple au quadruple, pour atteindre 200 personnes. On estimĂ© Ă  5% la proportion de femmes qui au milieu du XVIIe siĂšcle avaient adoptĂ© le bĂ©guinat. Il s’ensuivit une fĂ©brile activitĂ© de construction, les habitations en torchis faisant place Ă  des maisons de pierre, les Ă©glises gothiques des bĂ©guinages se dotant d’ornements baroques, et plusieurs bĂ©guinages s’agrandissant d’une parcelle ou ajoutant une rue Ă  leur pĂ©rimĂštre. La plupart des maisonnettes de bĂ©guines visibles aujourd’hui datent de cette Ă©poque.

Époque autrichienne

L’époque autrichienne, ainsi qu’il est convenu d’appeler la pĂ©riode de domination des Habsbourg dans les Pays-Bas du sud entre 1713 et 1794, fut peu propice aux bĂ©guines. La propagation des idĂ©es des LumiĂšres entraĂźna une baisse des adhĂ©sions et, par consĂ©quent, des donations de la part de bĂ©guines fortunĂ©es. De surcroĂźt, l’impĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse dĂ©cida de lever un impĂŽt extraordinaire sur les biens de l’Église, ce qui acheva de ruiner nombre de bĂ©guinages, qui furent contraints de louer des immeubles devenus vacants Ă  des non religieux.

La suppression de plusieurs couvents, ordonnĂ©e sous Joseph II, profita en retour aux bĂ©guinages : les religieuses chassĂ©es, contraintes de se reloger ailleurs, vinrent accroĂźtre les effectifs de bĂ©guines.

Régime français

La victoire de Fleurus en 1794 permit aux rĂ©publicains français d’étendre leur domination sur les Pays-Bas autrichiens. En 1795, tous les ordres monastiques furent abolis et la prise en charge des indigents et malades fut confiĂ©e aux Commissions des Hospices civils placĂ©es sous l’autoritĂ© communale. En ce qui concerne les bĂ©guinages pouvaient alors se produire deux cas de figure : soit le bĂ©guinage Ă©tait considĂ©rĂ© comme une communautĂ© religieuse, et il sera donc aboli et ses biens immeubles vendus publiquement ; soit il Ă©tait considĂ©rĂ© comme une communautĂ© caritative, composĂ©e de femmes menant une vie pieuse certes, mais laĂŻques, et le bĂ©guinage pouvait continuer son existence, moyennant il est vrai cession des droits de propriĂ©tĂ© Ă  la Commission des Hospices civils. Jusqu’à la prise de pouvoir par Bonaparte, si certains bĂ©guinages purent ĂȘtre rachetĂ©s par les bĂ©guines par le truchement d’hommes de paille, des dizaines d’autres disparurent durant cette pĂ©riode.

Avec l’avĂšnement de Bonaparte, les Ă©glises furent rendues au culte, mais les biens confisquĂ©s ne furent pas restituĂ©s pour autant. Certains bĂ©guinages, comme celui de Bruxelles, pĂ©riclitĂšrent dĂ©finitivement, d’autres, comme celui d’Anvers, furent sĂ©vĂšrement entamĂ©s. Souvent, des institutions sociales, telles qu’orphelinats, hospices pour vieillards etc., Ă©taient installĂ©es Ă  demeure dans leurs infirmeries.

RĂ©gime hollandais

AprĂšs 1815, il ne se produisit guĂšre de changement dans la situation des bĂ©guinages en Flandre. Le fait que les Commissions des Hospices civils, dont les droits de propriĂ©tĂ© furent du reste confirmĂ©s, devaient s’opposer au recrutement de bĂ©guines dans leurs rangs, eut pour effet d’en diminuer encore le nombre ; par cette disposition, le bĂ©guinat allait ĂȘtre dĂ©sormais rĂ©servĂ© aux seules femmes nanties.

État belge

AprĂšs l’indĂ©pendance belge (1830), et dans les dĂ©cennies qui suivirent, les bĂ©guinages, comme les autres communautĂ©s religieuses, firent les frais de l’opposition entre catholiques et libĂ©raux. Ce fut le cas notamment Ă  Gand, oĂč, en 1874, la municipalitĂ© libĂ©rale entendit supprimer le bĂ©guinage dans le centre de la ville pour le rĂ©amĂ©nager en logements pour nĂ©cessiteux. En rĂ©action, un mĂ©cĂšne catholique fit construire en dehors de la ville un bĂ©guinage neuf, de style nĂ©ogothique, selon des plans de l’architecte Jean-Baptiste BĂ©thune.

Un dernier sursaut eut lieu au milieu du XIXe siĂšcle sous l’effet du renouveau catholique animĂ© principalement par l’archevĂȘque de Malines Engelbert Sterckx (1792 - 1867). Celui-ci rĂ©organisa complĂštement l'archidiocĂšse, en crĂ©ant des Ă©coles, des collĂšges, des petits sĂ©minaires, et en Ɠuvrant Ă  constituer un clergĂ© de bonne formation et loyal. Ce clergĂ© s’appliqua aussi Ă  prĂȘcher dans les bĂ©guinages, y suscitant une nouvelle ferveur religieuse et rehaussant le niveau spirituel des bĂ©guines, ce qui eut une rĂ©percussion positive sur les effectifs. Le culte marial, qu’avait ranimĂ© la proclamation en 1854 du dogme de l’immaculĂ©e conception et les apparitions de Lourdes, atteignit aussi les bĂ©guinages et conduisit certains Ă  Ă©riger des grottes artificielles au-dedans de leurs murs, qui devinrent des buts de pĂšlerinage.

Époque contemporaine

BĂ©guinage de Courtrai.

Au XXe siĂšcle, la perte progressive d’influence et d’autoritĂ© de l’Église catholique, associĂ©e Ă  l’émancipation de la femme qui dĂ©sormais a accĂšs Ă  toutes les professions, entraĂźne le dĂ©clin du bĂ©guinisme en Flandre. Si les bĂ©guinages flamands hĂ©bergeaient encore 1500 bĂ©guines au dĂ©but du siĂšcle, il n’en restait plus guĂšre que 500 en 1960, puis une cinquantaine au dĂ©but des annĂ©es 1980. AprĂšs la guerre, il restait douze bĂ©guinages actifs en Flandre, et deux aux Pays-Bas. En 2004 ne subsistaient plus en Flandre que 5 bĂ©guines actives, Ă  Courtrai et Ă  Gand ; en 2008, l’avant-derniĂšre bĂ©guine dĂ©cĂ©da Ă  Gand, Ă  l’ñge de 99 ans, et la toute derniĂšre vit Ă  Courtrai dans un hospice.

Sur les quatre-vingts bĂ©guinages environ que comptait jadis la Flandre, vingt-cinq environ ont Ă©tĂ© conservĂ©s et, devenus vacants par la disparition des bĂ©guines, ont reçu, aprĂšs restauration, d’autres destinations, comme musĂ©e (p.ex le musĂ©e d’art religieux Ă  Saint-Trond), centre culturel (Hasselt), citĂ© estudiantine (Louvain), ou ensemble de logements pour personnes ĂągĂ©es (Diest).

Typologie

Béguinage de Termonde, exemple type de béguinage à cour: maisonnettes disposées autour d'une vaste cour intérieure arborée.

Les bĂ©guinages peuvent se ramener Ă  deux configurations de base, selon la façon dont sont agencĂ©s les habitations des bĂ©guines et autres immeubles. Dans le premier type, les maisonnettes sont disposĂ©es autour d’une cour (parfois de deux), plus ou moins grande, souvent arborĂ©e et herbue, appelĂ©e dries (prononcer driss) ; ce sont les bĂ©guinages Ă  cour (nĂ©erl. pleinbegijnhof). L’exemple classique de ce type de bĂ©guinage est celui de Termonde : toutes les maisonnettes bordent une vaste place herbue triangulaire, dont l’église occupe le centre. Appartiennent Ă©galement Ă  ce type les bĂ©guinages de Hoogstraten, Turnhout, Herentals, Hasselt, Aarschot, Dixmude.

Les bĂ©guinages du deuxiĂšme type consistent en un rĂ©seau de rues et de placettes ; ce sont les bĂ©guinages Ă  rues (nĂ©erl. stratenbegijnhof). Peuvent y ĂȘtre rattachĂ©s les bĂ©guinages de Lierre, Malines (Grand bĂ©guinage), Tongres, Diest, les deux bĂ©guinages de Louvain.

Enfin, un troisiĂšme type, mixte, rĂ©unit les caractĂ©ristiques des deux prĂ©cĂ©dents, d’ordinaire par suite de l’extension d’un bĂ©guinage Ă  cour. C’est le cas d’Anvers, oĂč le bĂ©guinage s’agrandit par l’acquisition, vers 1650, d’une terrain adjacent, sur lequel ensuite une ruelle fut amĂ©nagĂ©e. On trouve des bĂ©guinages de type mixte Ă  Alost, Audenarde, Gand (les trois bĂ©guinages), Bruges, Courtrai.

Unesco

En 1998, treize bĂ©guinages de Flandre ont Ă©tĂ© inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Les trois critĂšres suivants ont justifiĂ© leur inscription sur cette liste :

  • spĂ©cificitĂ©s architecturales religieuses et traditionnelles, et planification urbaine et rurale typiques de Flandre ;
  • tĂ©moignage exceptionnel de la tradition des femmes religieuses indĂ©pendantes en Europe du nord-ouest au Moyen Âge ;
  • ensemble architectural exceptionnel associĂ© Ă  un mouvement religieux caractĂ©ristique du Moyen Âge associant valeurs sĂ©culiĂšres et monastiques.
Identifiant
UNESCO
Nom Situation Coordonnées Superficie
855-001 BĂ©guinage de Hoogstraten Hoogstraten, Anvers 51° 24â€Č 12″ N 4° 45â€Č 50″ E / 51.40331667, 4.7638 1,7 ha
855-002 BĂ©guinage de Lierre Lierre, Anvers 51° 07â€Č 42″ N 4° 34â€Č 06″ E / 51.12835278, 4.568263889 3,4 ha
855-003 Grand BĂ©guinage de Malines Malines, Anvers 51° 01â€Č 54″ N 4° 28â€Č 26″ E / 51.03165, 4.473927778 5,4 ha
855-004 BĂ©guinage de Turnhout Turnhout, Anvers 51° 19â€Č 36″ N 4° 56â€Č 35″ E / 51.32661111, 4.943111111 1,5 ha
855-005 BĂ©guinage de Saint-Trond Saint-Trond, Limbourg 50° 49â€Č 16″ N 5° 11â€Č 35″ E / 50.82116667, 5.193027778 22,8 ha
855-006 BĂ©guinage de Tongres Tongres, Limbourg 50° 46â€Č 44″ N 5° 28â€Č 09″ E / 50.77897222, 5.469138889 2,5 ha
855-007 BĂ©guinage de Termonde Termonde, Flandre-Orientale 51° 01â€Č 38″ N 4° 05â€Č 49″ E / 51.02725, 4.096972222 2,5 ha
855-008 Petit BĂ©guinage de Gand Gand, Flandre-Orientale 51° 02â€Č 46″ N 3° 44â€Č 10″ E / 51.04613889, 3.736083333 4,5 ha
855-009 BĂ©guinage de Mont-Saint-Amand-lez-Gand Mont-Saint-Amand-lez-Gand, Flandre-Orientale 51° 03â€Č 24″ N 3° 44â€Č 50″ E / 51.05677778, 3.747361111 5,7 ha
855-010 BĂ©guinage de Diest Diest, Brabant flamand 50° 59â€Č 16″ N 5° 03â€Č 42″ E / 50.98780833, 5.061575 4,5 ha
855-011 Grand BĂ©guinage de Louvain Louvain, Brabant flamand 50° 52â€Č 19″ N 4° 41â€Č 50″ E / 50.87192222, 4.697361111 4,2 ha
855-012 BĂ©guinage de Bruges Bruges, Flandre-Occidentale 51° 12â€Č 04″ N 3° 13â€Č 21″ E / 51.20122222, 3.222555556 0,55 ha
855-013 BĂ©guinage de Courtrai Courtrai, Flandre-Occidentale 50° 49â€Č 42″ N 3° 16â€Č 04″ E / 50.82833889, 3.267772222 0,7 ha

Liste des béguinages flamands

Par province

Bibliographie

(nl) Michiel HEIRMAN, Langs Vlaamse begijnhoven, Davidsfonds Ă©d., Louvain 2001.
(fr) Suzanne VAN AERSCHOT, les BĂ©guinages de Flandre. Un patrimoine mondial. Lannoo Ă©d., 2001.
(nl) Renaat TISSEGHEM & Jos DAEMEN, Begijnhoven, vroeger en nu. Globe/Fontein Ă©d., Groot-Bijgaarden 1994.

Voir aussi

Liens externes


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