Izatès II

Izatès II
Titre
Rois d'Adiabène
34 – v. 57
Prédécesseur Monobaze Ier d'Adiabène
Successeur Monobaze II d'Adiabène
Biographie
Dynastie Monobaze d'Adiabène
Date de naissance v. 1
Date de décès v. 57
Père Monobaze Ier
Mère Hélène d'Adiabène
Conjoint Symacho fille du roi Abennerigos de Charax Spasinu

Izatès II ou Izatès bar Monobaze (également connu sous le nom d'Izaatès ou Izaat) (v.1 - v. 55) était un prosélyte du judaïsme qui est devenu roi d'Adiabène[1], un royaume théoriquement vassal du Royaume d'Arménie, mais en fait très fortement autonome (les fontières de ce royaume correspondent à peu près aux territoires des Kurdes aujourd'hui). Selon Flavius Josèphe, Izatès II était l'un des fils de la reine Hélène d'Adiabène et de Monobaze Ier. Le Talmud précise que la reine Hélène d'Adiabène avait sept fils.

Sommaire

Biographie

Conversion au judaïsme

Durant sa jeunesse, le futur Izatès II fut envoyé par son père à la cour du roi Abennerigos (ou Abinerglo)[N 1] dans la cité fortifiée de Spasinès (ou Charax Spasinu) (Σπασίνου Χάραξ)[N 2], capitale du royaume de Characène aussi connu comme Mésène[2].

Monobaze Ier « craignant vivement que la haine de ses frères ne lui portât malheur, il l'envoya, après lui avoir fait de grands présents, chez Abennerigos, roi du Camp de Spasinès à qui il confia sa sécurité. Abennerigos reçut le jeune homme avec empressement, manifesta une grande affection, lui donna pour femme sa fille nommée Symacho et le gratifia d'un pays qui lui rapporterait de gros revenus[3],[4]. »

Alors qu'il était à Spasinès, Izatès fit connaissance avec un riche marchand juif nommé Ananias, par ailleurs rabbi qui pratiquait un prosélytisme[2] militant et efficace pour sa religion à destination des classes supérieures des pays de la région[5]. Celui-ci le familiarisa avec les principes de la religion juive, ce qui l'intéressa vivement[1]. Izatès se maria avec Symacho la fille du roi Abennerigos[6] qui elle aussi avait été convertie au judaïsme par le prosélitisme d'Ananias[2],[5].

« Ananias, qui avait accès dans le gynécée royal, apprit aux femmes à adorer Dieu selon la coutume nationale des Juifs. Grâce à elles il se fit connaître d'Izatès et le persuada aussi[7],[5],[4]. »

Sans qu'il le sache, la mère d'Izatès, Hélène d'Adiabène s'était à peu près au même moment convertie au judaïsme, mais de façon indépendante de lui[2],[1], puisqu'ils habitaient alors dans deux pays différents. En rentrant chez lui afin de monter sur le trône à la mort de son père, Izatès a découvert la conversion de sa mère et manifesta l'intention d'adopter le judaïsme. Il voulut même se soumettre à la circoncision. Il en a toutefois été dissuadé à la fois par son maître Ananias et par sa mère[2],[5],[1].

« En effet, il était roi, disait-elle, et il s'aliénerait beaucoup ses sujets s'ils apprenaient qu'il désirait adopter des mœurs étrangères et opposées aux leurs, car ils ne supporteraient pas d'avoir un roi juif[8]. »

Mais finalement, il s'est quand même fait circoncire, après en avoir été convaincu par Eléazar un autre Rabbi Juif, originaire de Galilée[2],[5],[1].

Ananias et Hélène « furent aussitôt saisis de stupeur et d'une grande crainte, se disant que, si la chose était connue, le roi risquerait de se voir chasser du pouvoir, parce que ses sujets ne supporteraient pas d'être gouvernés par un zélateur des coutumes étrangères, et qu'eux-mêmes seraient en danger, parce que la responsabilité en serait rejetée sur eux. Mais Dieu empêcha leurs craintes de se réaliser[8],[5]. »

Quand plusieurs parents du roi Izatès II, dont son frère Monobaze, ont ouvertement reconnu leur conversion au judaïsme, quelques nobles d'Adiabène ont alors conspiré pour le destituer. Ils paient notamment Abia, un roi arabe, puis après son échec Vologèse Ier, roi des Parthes, pour que ceux-ci fassent la guerre au roi Izatès II. Mais celui-ci sort victorieux de chacune des confrontations.

Seigneur de Carrhès

Carte situant l'Adiabène, la Gordyène (ou Corduène), l'Osroène, la Sophène, la Commagène et l'Atropatène à l'époque de l'apogée de l'Arménie sous Tigrane II.

Son père lui donne le pays de Carrhes (au sud d'Edesse, à la frontière turco-syrienne), probablement après la mort du roi Abennerigos, vers 21.

«  Monobaze était déjà vieux et comprenait qu'il n'avait plus guère de temps à vivre ; aussi voulut-il voir son fils avant de mourir. Il le fit donc venir, l'embrassa avec beaucoup d'affection et lui donna le pays dit de Carrhes[N 3] cette terre est très propre à produire en abondance de l'amome (une plante avec laquelle était fabriqué des onguents). C'est là également que se trouvent les restes de l'arche où, dit-on, Noé échappa au déluge, restes qui, jusqu'à nos jours, sont montrés à ceux qui veulent les voir. Izatès vécut donc dans cette région jusqu'à la mort de son père[9]. »

Ce don de la région de Carrhes par son père était semble-t-il la façon pour Monobaze Ier d'officialiser la désignation d'Izatès comme son successeur. Izatès était en quelque sorte son Dauphin[N 4]. Ce don par Monobaze Ier, montre aussi que ce territoire qui appartenait à l'Osroène à l'époque de la bataille de Carrhes (-53) était passé sous le contrôle du royaume d'Adiabène. Ce n'est pas le seul, au premier siècle, sous Monobaze Ier (v. 20 - v. 30), on constate que plusieurs autres territoires qui appartenaient à l'Osroène à l'époque de Pompée étaient aussi passés sous le contrôle du royaume d'Adiabène. C'est le cas de Singara, mais aussi de la région de la rivière Khabour (Chaboras) qui dépendaient de l'Osroène à l'époque de Tigrane II d'Arménie. Ce mouvement de territoires de l'Osroène vers l'Adiabène sera encore renforcé par le don de Nisibe par Artaban III en 36. Par ailleurs la Corduène avait été rattaché à l'Adiabène après l'invasion de l'Arménie par Pompée, en -63. L'Adiabène représentait donc alors une puissance considérable, mésestimée par beaucoup d'historiens.

Il faut noter que cet important transfert de territoires de l'Osroène vers l'Adiabène s'est semble-t-il effectué sans guerre et même sans protestations des nobles d'Osroène. On peut en déduire que les deux dynasties Abgar et Monobaze avaient largement dû pratiquer des mariages entre elles et que les Monobaze étaient considérés comme des Abgar.


Quant à Ananias qui avait converti Izatès et sa femme au Judaïsme, le futur roi l'emmena avec lui, montrant qu'il lui reservait une haute destinée.

Lorsque Izatès « fut rappelé par son père en Adiabène, Ananias l'accompagna, obéissant à ses pressantes sollicitations[7]. »

Accession au trône

Carte de la région, avant le partage du royaume d'Hérode (4 av. J.-C.).
* 7) Adiabène ;
* 8) Atropatène ;
* 9) Characène, Mésène ;
* 10) Élymaïde ;
* 2) Royaume d'Hérode ;
* 3) Royaume dIturée » ;
* 4) Royaume de Chacis ;
* 6) Commagène
Article détaillé : Adiabène.

A la mort de son père Monobaze Ier, sa mère Héléne eut à gérer une transition difficile au cours de laquelle elle parvint à ce que son fils Izatès soit reconnu comme successeur légitime, tout en sauvant la vie de ses autres fils[2]. La transmission dynastique se faisait par désignation de son successeur par le roi encore vivant. Monobaze Ier avait désigné Izatès pour lui succéder, bien que son fils aîné soit Monobaze qui d'ailleurs succédera à Izatès sous le nom de Monobaze II. Pour justifier son choix Monobaze Ier invoquait une voix divine qui lui aurait parlé alors qu'Hélène était enceinte d'Izatès.

A la mort de son père, Izatès vivait toujours dans le pays de Carrhes. Les grands du royaume d'Adiabène acceptèrent qu'Izatés succède à son père, mais demandèrent que ses autres frères soient exécutés. C'était en effet une pratique courante dans la région pour éviter les guerres pouvant résulter de conflits dynastiques entre frères[2]. Hélène parvint à sauver la vie de ses autres fils en temporisant, mais fut contrainte toutefois de mettre ses fils en prison comme ceux des autres épouses de Monobaze Ier. Elle obtint toutefois que la mise à mort ne puisse être décidée que par Izatès, lorsque celui-ci serait rentré. Elle obtint aussi de pouvoir "établir provisoirement comme régent du royaume" Monobaze[N 5], son fils aîné[2],[9]. Izatès « revint, rapidement lorsqu'il eut appris la mort de son père et succéda à son frère Monobaze, qui lui céda le pouvoir[2],[10]. »

« Quand Izatès eut pris la royauté et qu'arrivant en Adiabène il vit ses frères et ses autres parents enchaînés, il fut mécontent de ce qui était arrivé. Regardant comme impie de les tuer ou de les garder enchaînés, mais jugeant dangereux de les laisser libres auprès de lui alors qu'ils se souviendraient des offenses reçues, il envoya les uns comme otages à Rome près de l'empereur Claude (l'empereur Claude) avec leurs enfants et il expédia les autres sous un prétexte analogue chez Artabane (Artaban III) le Parthe[7],[4]. »

Ce statut d'otage ne semble avoir concerné que les fils des autres femmes de Monobaze Ier, en effet la présence des fils d'Hélène (donc frères d'Izatès) est mentionnée plusieurs fois par Flavius Josèphe en Judée et à Jérusalem dans les années suivantes. Flavius Josèphe raconte qu'Hélène et ses fils possédaient un palais à Jérusalem. Les ruines de celui-ci ont d'ailleurs été découvertes en 2007. Le roi Monobaze II possédera lui même un palais à Jérusalem, indépendant de celui construit par sa mère. Hélène et ses fils semblent avoir eu deux autres résidences dans la région palestine, l'une à Lod (Lydda), l'autre à Migdal près de Tarycchée (la future Magdala).


Assez curieusement, après les conversions d'Hélène et d'Izatès et son accession au pouvoir, tous ses autres frères et la totalité de ses parents semblent s'être aussi convertis au Judaïsme simultanément. Cette appartenance au Judaïsme sera de plus révèlée publiquement. Quand plusieurs parents d'Izatès ont ouvertement reconnu leur conversion au judaïsme, quelques nobles d'Adiabène ont secrètement écrit à Abia, un roi Arabe, «en lui promettant une grosse somme d'argent» pour qu'il déclare la guerre à Izatès. Mais Izatès vaincra son ennemi, qui se suicidera de désespoir. Les nobles, conspireront alors avec Vologèse Ier, roi des Parthes, mais au dernier moment celui-ci sera empêché de mettre son plan à exécution. Izatès continuera donc de régner en paix et son règne durera vingt-quatre ans.

Un royaume de plus en plus autonome

Alors que plusieurs guerres se déclenchent dans les pays alentours, Izatès parvient à maintenir son royaume à l'écart de ces conflits. Bien qu'il soit théoriquement vassal de l'Empire Parthe, il observe une stricte neutralité, lorsqu'en 34, à la mort d'Artaxias III d'Arménie, le roi Parthe Artaban III (roi de 12 à 38), tente de mettre son fils Arsace sur le trône d'Arménie, qui était un protectorat romain depuis 65 av. J.-C.. Cette action déclencha deux années de guerre, pendant lesquelles les Romains suscitèrent l'invasion de l'Arménie par des forces Sarmates[N 6], Ibéres[N 7] et Albaniennes (Daghestan) et différents complots pour que les nobles Parthes déposent Artaban III et le remplacent par un roi favorable aux romains. Pendant toute cette période troublée, l'Adiabène ne fit aucun acte hostile envers les romains et l'on peut supposer que des accords avaient été passés entre Izatès et Lucius Vitellius, le légat romain de Syrie. Les romains parviendront à installer Mithridate d'Arménie sur le trône et Artaban III faillira perdre le sien[11],[12].

Au sortir de cette crise, l'Adiabène n'est plus vassale des Parthes mais du royaume d'Arménie. Elle a en fait gagné une plus large autonomie. Surtout parce qu'à la mort de Tibère (mars 37), la folie de Caligula vient tout compromettre pour les romains. Sans raison, l'Empereur convoque Mithridate d'Arménie à Rome et le déchoit de sa royauté (37). Les Parthes ne manquent pas de profiter de cette faute pour réoccuper l'Arménie, et l'Adiabène en profite pour affirmer encore plus son autonomie en rejetant sa vassalité arménienne, qui de fait n'a guère duré plus d'un an[13].

Nisibe
Nusaybin
Administration
Pays Drapeau de Turquie Turquie
Géographie
Coordonnées 37° 04′ 00″ Nord
       41° 13′ 00″ Est
/ 37.066667, 41.216667
Altitude {{{altitude}}} m
Démographie
Population {{{population}}} hab.
Localisation
Turkey location map.svg
City locator 11.svg
Nisibe
Sources
World Gazetteer
Index Mundi/Turquie


Artaban III est alors en butte à une terrible fronde de ses nobles qui se sont choisis un roi, soutenu secrètement par les romains. Il demande à Izatès d'accepter qu'il se réfugie chez lui[14].

Il arriva donc chez Izatès, entouré d'environ mille parents et serviteurs, et le rencontra en route[15].

Izatès s'empresse d'accepter[14] en réservant à son invité tous les honneurs dus à un « roi des rois ». Cette attitude le propulse au niveau du « roi des rois », car cette décision n'est due qu'à sa seule volonté, puisqu'il n'est plus le vassal des rois Parthes.

« Prends courage: lui dit-il, ô roi, et que la présente calamité ne te bouleverse pas comme si elle était irréparable : ton chagrin se changera rapidement en joie. Tu trouveras en moi un ami et un allié meilleur que tu ne l'espérais ; en effet, où je te réinstallerai dans le royaume des Parthes, ou je perdrai le mien »[15].

Vers 36 et donc parallèlement à ces événements, Moïse de Khorène nous apprend qu'Izatès « fournit des auxiliaires » au roi Nabatéen, Arétas IV. Ceux-ci combattent « sous la conduite de Kosran[N 8] Ardzrouni[N 9], pour faire la guerre à Hérode (Antipas) »[16]. Selon Flavius Josèphe, l'armée d'Hérode Antipas est « taillée en pièce à cause de la trahison de transfuges qui, tout en appartenant à la tétrarchie de Philippe (Hérode Philippe qui vient de mourir (en 34)), étaient au service d'Hérode (Antipas) ». Cette trahison est intervenue « en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste (Jean Baptiste)[17] » qui venait d'être exécuté par Hérode Antipas.

Expansion du royaume

Izatès est alors tellement respecté qu'il parvient à se poser comme arbitre entre le roi Parthe Artaban III, ses nobles en rébellion[1],[14] et l'usurpateur appelé Cinname[2]. Cela montre aussi que le royaume d'Adiabène était parvenu à un niveau de puissance qui lui permettait presque de faire jeu égal avec les rois Parthes. Grâce à l'aide d'Izatès, Artaban retrouva son trône (v. 36). En remerciement, il donna à Izatès quelques cadeaux, dont la ville de Nisibe et sa région[14].

« [Artaban] ne fut pas ingrat pour les services qu'il avait reçus et il en récompensa Izatès par les plus grands honneurs : il lui permit de porter la tiare droite (réservée normalement aux rois Parthes, symbole de royauté absolue) et de coucher dans un lit d'or, alors que cet honneur et cet insigne sont réservés aux seuls rois des Parthes. Il lui donna aussi un grand pays fertile qu'il détacha des possessions du roi d'Arménie. Ce pays s'appelle Nisibis. Les Macédoniens y fondèrent autrefois la ville d'Antioche qu'ils nommèrent Epimygdonienne.'[7]. »

Ces symboles (tiare droite, lit en or) plaçait Izatès au même niveau que les rois des rois d'Arménie et de l'Empire Parthe.

Neutralité envers les empires Romains et Parthe

Mais une première cause de friction naquit après la mort du monarque Parthe:

Artabane mourut en laissant le trône à son fils Vardane (Vardanès Ier de Parthie). Celui-ci se rendit auprès d'Izatès et essaya de le convaincre, comme il était sur le point de faire la guerre aux Romains, de s'allier avec lui et de lui fournir son appui. Mais il ne le convainquit point, car Izatès connaissait la puissance et la fortune des Romains et croyait l'entreprise impossible. [...] Le Parthe, irrité de cela, déclara immédiatement la guerre à Izatès ; mais il ne retira aucun profit de cette entreprise, car Dieu anéantit toutes ses espérances. En effet, lorsque les Parthes apprirent les projets de Vardane et sa décision de combattre les Romains, ils se débarrassèrent de lui et donnèrent le pouvoir à son frère Cotardès[N 10] (Gotarzès II de Parthie)[8],[4].

Vers 47-49, après la mort de Vardanès Ier, l’empereur Claude soutient le parti Parthe qui tente de porter au pouvoir Meherdatès de Parthie contre le roi Gotarzès II de Parthie[14]. Cassius, le gouverneur de Syrie et Carénès, le principal partisan parthe de Merherdatès, rallient à Méherdatès, Izatès et l'Arabe Abgar V Ukomo Bar Ma'Nu (13-50), roi d'Édesse. Mais selon Richard Gottheil, « Izatès joue double jeu, alors qu'il a secrêtement pris parti pour Gotarzès[14]. » Il en est probablement de même pour son parent Abgar V. Après avoir perdu trop de temps à Edesse, ils commencent à faire mouvement vers l'Adiabène en passant par l'Arménie, alors que l'hiver approche.

« Ils passent le Tigre et traversent l'Adiabénie, dont le roi Izatès, en apparence allié de Méherdate, penchait secrètement pour Gotarzès et le servait de meilleure foi[18]. »

Mais Gotarzès se retranche derrière le fleuve Corma et refuse le combat, jugeant son armée insuffisante.

« il temporisait, changeait de positions, envoyait des corrupteurs acheter la trahison dans les rangs ennemis. Bientôt Izatès, et ensuite Acbare, se retirèrent avec les Adiabéniens et les Arabes : telle est l'inconstance de ces peuples[19]. »

Merherdatès, Carénès et Cassius affrontent quand même Gotarzès et sont vaincus.

Bienfaiteur du peuple juif

«  Hélène, la mère du roi, voyait que la paix régnait dans le royaume et que son fils était heureux et même envié de tous, jusque chez les peuples étrangers, grâce à la providence divine. Elle eut le désir de se rendre dans la ville de Jérusalem pour se prosterner devant le temple de Dieu, célèbre dans tout l'univers, et y offrir des sacrifices d'actions de grâces, et en demanda la permission à son fils. Izatès consentit avec le plus grand empressement à la demande de sa mère, fit pour son voyage de grands préparatifs et lui donna même une très grande quantité d'argent. Elle descendit donc dans la ville de Jérusalem, non sans que son fils l'eût accompagnée fort loin[20]. »

À partir de son accession au trône, Hélène et ses fils semblent avoir passé une bonne partie de leur vie en Judée[2]. « Izatès envoya cinq de ses fils à Jérusalem pour les faire instruire dans la religion et la langue des Judéens[2]. » Flavius Josèphe mentionne qu'Hélène possédait un palais à Jérusalem[2]. Il semble que la famille avait aussi un palais fortifié (avec une tour) en Galilée dans le bourg de Migdal, près de Tarychée. Monobaze, le frère aîné, possédait lui aussi un palais à Jérusalem[2]. Selon Heinrich Graetz, la petite-fille d'Hélène d'Adiabène, la princesse Grapté, en avait fait bâtir un autre dans le quartier de l’Ophel[2].

Flavius Josèphe ne donne malheureusement le détail des noms des fils et parents présents avec la reine Hélène dans aucun des épisodes où elle apparaît. Le Talmud fait aussi référence à elle et à ses fils dans la ville de Lod (Lydda), où la famille pourrait aussi avoir eu une résidence. Il mentionne à plusieurs reprises Hélène d'Adiabène accompagné de ses fils et précise qu'ils étaient sept.

« Quelle ne dut pas être l’ivresse des Jérusalémites en voyant entrer dans leurs murs une reine, venue de l’extrême Orient pour rendre hommage à leur Dieu et à leur Loi ! Ne voyaient-ils pas se réaliser cette parole du prophète : Que le second temple serait plus glorieux que le premier, parce que les païens y viendraient adorer le Dieu Un[2] ? »

Les Juifs de Judée, de Galilée et les Samaritains semblent avoir voué une quasi dévotion à "la précieuse princesse Hélène", en dépit des aspects de sa personnalité, difficile à accepter pour un Juif du Ier siècle[2] (mariage avec son frère et probablement un fils né d'une relation hors mariage).

Hélène et ses fils sont célèbres pour leur générosité et le soutien qu'ils apportèrent en toutes circonstances au peuple Juif de Judée et de Galilée. Lors d'une famine à Jérusalem, Hélène envoya des navires pour chercher du blé ou d'autres céréales à Alexandrie et chercher des figues sèches à Chypre et les fit distribuer aux victimes de la famine[2],[21]. Dans le Talmud (BB 11a), cette action est mise au crédit de Monbaz, sans plus de précision. Cette référence à Monbaz est parfois considérée comme désignant non pas le monarque mais la dynastie[22] et donc les deux souverains et leurs enfants[N 11]. Mais au moment de la famine (en 46 - 48), le roi Monobaze Ier est mort depuis longtemps. Cette désignation peut donc tout aussi bien désigner celui qui deviendra Monobaze II.

Cette grande famine a eu lieu alors que Tiberius Julius Alexander (Tibère Alexandre) était Procurateur de Judée, donc vers 46-48[23].

« A Fadus succéda Tiberius Alexander (le neveu de Philon d'Alexandrie), fils d'Alexander, l'ancien alabarque d'Alexandrie [...] C'est sous ce dernier qu'arriva en Judée la grande disette où la reine Hélène acheta à grand prix de blé en Égypte pour le répartir aux indigents, ainsi que je l'ai dit plus haut[24]. »

Mort et succession

Selon Heinrich Graetz, Izatès mourut vers 55, à l'âge de 55 ans[2]. Hélène, sa mère, semble avoir été profondément affectée par sa mort dont on ne connaît pas les circonstances.

Un peu plus tard Izatès mourut, après avoir achevé sa cinquante-cinquième année et après vingt-quatre ans de règne (v. 34–58), laissant vingt-quatre fils et vingt-quatre filles. La succession au trône devait revenir selon ses ordres à son frère Monobaze, en récompense de la fidélité avec laquelle il lui avait conservé son pouvoir en son absence, après la mort de leur père[25],[1].

Monobaze II succédera effectivement à son frère Izatès.

Sépulture

Entrée ouest du tombeau des Rois. XIXe siècle
Article détaillé : Tombeau des Rois.

Hélène, la mère d'Izatès ne lui survécut que peu de temps. Monobaze II enverra les reste d'Izatès et ceux de la reine Hélène, morte peu après son fils, à Jérusalem pour qu'ils y soient enterrés[1].

Monobaze envoya [les] os [d'Hélène] et ceux de son frère à Jérusalem et les fit ensevelir dans les trois pyramides que sa mère avait fait construire à trois stades de la ville[25].

Ces catacombes sont désormais appelées le Tombeau des Rois. Ce tombeau, bien que situé à Jérusalem, appartient à la France[N 12].

Traducteur de la Torah en syriaque ?

Article détaillé : Abgar V.

La traduction de la Torah en syriaque date du règne d'Izatès II. L'initiative est traditionnellement attribuée au roi d'Osroène Abgar V, probablement un parent d'Izatès et qui lui aussi s'est converti au judaïsme dans les années 30. Il semble d'ailleurs qu'à partir de cette période, lui aussi ait vécu une bonne partie du temps en Judée. Toutefois, à la suite de Wichelhaus quelques auteurs pensent que le Abgar qui a pris cette initiative pourrait plutôt être Izatès II.

La version syriaque de la Bible est bien plus ancienne que la dénomination « Peshitta », ainsi Méliton de Sardes, qui vivait au IIe siècle, parle d'une version syriaque de l'Ancien Testament. Méliton de Sardes s'était rendu en Palestine pour effectuer des recherches sur la Bible hébraïque, vers l'année 170[26]. La future Peshitta est aussi souvent mentionnée par les Pères de l'Église du IVe siècle, comme saint Augustin, saint Jean Chrysostome et d'autres. Il en est de même pour Éphrem le Syrien qui naquit à Nisibe et vécut à Édesse au IVe siècle[27].

Article détaillé : Peshitta.
Extrait d'une Peshitta, bible en syriaque oriental.

Pour Moïse de Khorène ainsi que différentes traditions juives ou chrétiennes, la Peshitta aurait été traduite sur l'ordre de Abgar V[28]. En fait, il s'agit plutôt de l'époque à laquelle les textes juifs qui constitueront la Bible par la suite, ont commencé à être traduits en syriaque (dialecte de l'araméen). Des recherches ont montré que la version syriaque, même celle de l'Ancien Testament, n'a été faite ni par un traducteur unique, ni à un moment donné, mais que la traduction de tous les textes s'est prolongée pendant plusieurs siècles[28].

Selon la Jewish Encyclopedia, « la tradition qui relie cette traduction avec Abgar, roi d'Édesse, est la plus probable[28]. » D'après l'historien jacobite Bar-Hebraeus, Abgar aurait envoyé des hommes en Palestine pour traduire la Bible en Syriaque[29],[28]. Les cinq premiers livres de la Bible (la Torah) pourraient avoir été traduits sous les ordres du roi Abgar.

Toutefois, cette attribution traditionnelle est contestée et l'initiative de cette traduction est alors mise au compte d'Izatès II d'Adiabène, faisant partie lui aussi de la dynastie Abgar. Pour la Jewish Encyclopedia, Wichelhaus[30] fut le premier à identifier Abgarus (Abgar) avec Izatès, roi d'Adiabène. L'argumentation de Wichelhaus est fondé sur le compte rendu de l'Abgarus (Abgar) en question, donné par Moïse de Khorène, qui affirme que le père de cet Abgar a été appelé Monobaze, et sa mère Hélène[31]. On trouve le même type d'affirmations chez Léroubna d'Édesse[32], toutefois cette identification est contestée. Des indications de ces deux historiens antiques, on peut retenir que les Monobaze étaient des Abgar, ce qui est confirmé par d'autres éléments.

Pour la Jewish Encyclopedia, ces deux sources sont en accord avec ce qu'écrit Flavius Josèphe lorsqu'il dit qu'Izatès II a envoyé ses cinq fils à Jérusalem pour étudier la langue Hébraïque et recevoir une éducation Juive[33],[31].

Palais de Jérusalem

Pendant le règne d'Izatès, deux palais appartenant à la famille furent construits. L'un d'eux est le palais de sa mère Hélène, l'autre le palais des Monobaze, du nom de la dynastie. Izatès a probablement résidé dans ce palais quand il venait à Jérusalem. Au moment de la prise de Jérusalem (70), la famille possédait un troisième palais, celui de la princesse « Grapte, parente du roi Izatès ».

La reconstitution du palais d'Hélène d'Adiabène à Jérusalem (un immense palais, avec une enceinte fortifiée).

Le palais royal de la reine Hélène est censé avoir été découvert par l'archéologue Doron Ben-Ami lors de fouilles dans le quartier arabe de Jérusalem en 2007[34]. Sous les couches datant du début de la période islamique et byzantine, les archéologues ont découvert les restes d'un bâtiment monumental de la période de hérodienne[35]. Le palais était un ensemble monumental situé juste au sud du Mont du Temple (appelé aussi esplanade des Mosquées) et a été détruit par les Romains lors de la prise de Jérusalem, en 70 de notre ère, quelques jours avant la destruction du Temple. Flavius Josèphe raconte:

Les soldats se tinrent en repos ce jour-là, mais le lendemain ils mirent le feu aux archives, à l'Akra, à la salle du Conseil, au quartier d'Ophlas ; les flammes s'étendirent jusqu'au palais d'Hélène, qui se trouvait au milieu de l'Akra. Ruelles et maisons, pleines de cadavres de ceux qui étaient morts de faim, furent la proie de l'incendie[36].

Les murs du « Palais d'Hélène », composés de blocs de pierre massifs ont été préservés jusqu'à une hauteur de cinq mètres. Les fouilles ont montré que les étages supérieurs se sont effondrés sur les dépendances qui étaient coiffées d'un plafond voûté. Les caves du palais, sont apparemment, resté quelque temps aux mains des Juifs insurgés. Deux squelettes (un homme et un adolescent) ont été retrouvés avec des embouts de flèches romaines. Ils ont probablement été tués par les soldats romains lors de la prise de la ville[35].

Les ruines du Palais contenaient des pièces de monnaie datables, des vases de pierre et des poteries ainsi que des vestiges de fresques antiques. Le sous-sol renfermait aussi un Mikveh[37].

Précédé par Izatès II Suivi par
Monobaze Ier
Roi des Adiabèniens
3457
Monobaze II

Notes et références

Notes

  1. Abennerigos (ou Abinerglo d'après un de ses tétradrachmes) régna sur Charax Spasinu de 5 à 21 ap. J.-C. (cf. Georges MATHIEU)
  2. Charax Spasinu ou Spasinès était la capitale du royaume de Characène, aussi connu comme Mesene (חבל ימא), un royaume tributaire de l'Empire Parthe situé au sommet du Golfe Persique.
  3. Carrhes en Mésopotamie (l'ancienne Charan; cf. Besnier, Lexique de géographie ancienne) Quand plus tard Izatès reçoit la possession de Nisibe, cette acquisition doit assurer ses communications entre l'Adiabène et la Mésopotamie. (Georges MATHIEU)
  4. La région de Carrhes jouant ici pour l'Adiabène le rôle que joua le Dauphiné en France sous les Capétiens, à partir de 1349
  5. Hélène « investit de la royauté Monobaze, le fils aîné du roi, en lui imposant le diadème et en lui donnant l'anneau portant le sceau de son père et ce qu'on nomme dans ce pays sampséra (C'était un sceptre portant l'image du soleil) » (Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 2)
  6. Appelés Alains (Ἀλαοὺς) par Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques XVIII-IV, 4
  7. Les Ibéres selon Tacite et Ibernes selon Flavius Josèphe appartenaient à un royaume correspondant approximativement aux parties méridionale et orientale de l'actuelle République de Géorgie
  8. Khosran est peut-être une altération pour Khouran qu’on lit dans Thomas Arçrouni.
  9. Probablement un ancêtre des Arçrouni, qui régneront sur la Sophène puis deviendront une des quatre grandes familles arméniennes (avec les Mamikonian, les Bagratouni et les Siouni).
  10. Gotarzès selon Tacite, Annales, XI, 8-17.
  11. Dans la Tradition Juive cette interprétation est toutefois contestée par le Rabi Rashi
  12. A comparer avec "L'histoire ecclésiastique", Eusèbe de Césarée, ii., ch. 12

Références

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  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, Chapitre XVI — Dispersion de la nation judaïque et diffusion de sa doctrine — (40-49)
  3. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 1
  4. a, b, c et d Voir aussi Heinrich Graetz, op. cit.
  5. a, b, c, d, e et f H. G. Enelow, (en) « Ananias of Adiabene », sur Jewish Encyclopedia.
  6. Christian Settipani, Nos ancêtres de l'antiquité: études des possibilités de liens généalogiques entre les familles de l'antiquité et celles du haut Moyen-Age européen, Editions Christian, 1991, Paris, p. 80.
  7. a, b, c et d Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 3
  8. a, b et c Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 4
  9. a et b Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 2
  10. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 2
  11. Tacite, Anales Livre VI, de XXXI à XXXVIII
  12. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, XVIII-IV, 4-5
  13. René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 (ISBN 2-228-13570-4), p.  105.
  14. a, b, c, d, e et f (en) Richard Gottheil « Adiabene » sur Jewish Encyclopedia
  15. a et b Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX III - 1.
  16. Moïse de Khorène, « Histoire de l'Arménie », Livre II chapitres 29, sur http://remacle.org
  17. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XVIII, V, 1.
  18. Tacite, Annales, Livre XII, § XIII.
  19. Tacite, Annales, Livre XII, § XIV.
  20. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques Livre XX V - 5
  21. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 5
  22. Rabbi Nehemiah Brüll, "Jahrb." i. 76.
  23. Vers l'an 47, selon Heinrich Graetz, op. cit.
  24. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques Livre XX V - 2
  25. a et b Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX IV - 3
  26. Robin Lane Fox, Paï̈ens et chrétiens: la religion et la vie religieuse dans l'Empire romain de la mort de Commode au concile de Nicée, éd. Presses Universitaires du Mirail, 1997, p.493 extrait en ligne
  27. (en) Jewish Encyclopedia : article Peshitta : par Emil G. Hirsch et M. Seligsohn : Introduction
  28. a, b, c et d (en) Jewish Encyclopedia : article Peshitta : par Emil G. Hirsch et M. Seligsohn : "Traditional Ascription to Abgarus"
  29. Bar-Hebræus, commentaire du Psaume X. Cet auteur étant arabe et originaire des environs d'Édesse, son témoignage est d'autant plus important et semble être indépendant des autres sources.
  30. Wichelhaus, De Novi Testamenti Versione Syriaca Antiqua, pp.  97 et suiv.
  31. a et b (en) Emil G. Hirsch et M. Seligsohn, « Peshitta » sur Jewish Encyclopedia. Consulté le 23 janvier 2011.
  32. Léroubna d'Édesse, « Histoire d'Abgar »
  33. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XX, 3, § 4
  34. Israeli archaeologists uncover 2,000-year-old mansion06/12/2007 [1]
  35. a et b Michael Shenkar, (ru) Résultats des fouilles dans la « Cité de David »
  36. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs Livre VI (VI – 3)
  37. Dec 5, 2007 | Updated Dec 24, 2007 Second Temple palace uncovered By ETGAR LEFKOVITS , Jerusalem Post, [2]

Bibliographie

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