Fleur Albert

Fleur Albert

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Naissance 17 mai 1972 (1972-05-17) (39 ans)
dans la région nantaise.
Nationalité Française
Films notables Ecchymoses, 2008. "Le silence des rizières", sortie en salle en 2006

Fleur Albert est une réalisatrice et documentariste française, née le 17 mai 1972.

Sommaire

Formation

Après deux années de Lettres Modernes, à l’Université de Nantes, Fleur Albert obtient en 1994 une maîtrise de Sciences et Techniques audiovisuelles, option cinéma documentaire, à l’Université de Poitiers. La même année, elle devient[1] l’assistante de production et de réalisation de Jean-Michel Carré sur le film Trottoirs de Paris, l’un des quatre documentaires tournés par le réalisateur sur la prostitution. Au cours des années qui suivent, elle sera à la fois deuxième assistante sur des courts, moyens et longs-métrages de fiction, et lectrice de scénarios[2]. Puis, entre 1999 et 2001, elle est engagée comme première assistante à la mise en scène sur le film de Jean-Luc Godard[3] Éloge de l’Amour[4]. En 2001, toujours comme assistante de réalisation et au montage, elle collabore aux documentaires de David Carr-Brown[5] La République Atomique[6], ainsi qu’à un Théma pour la chaîne Arte sur la Corée du Nord[7].

Style cinématographique

De ces expériences formatrices, Fleur Albert se souvient particulièrement d’un conseil que Godard lui a soufflé : « Continuez à faire des films pour ceux que vous aimez »[8]. Plus qu’un encouragement, ainsi formulé par cette figure du cinéma européen qui lui offrira une caméra, cette phrase compose un positionnement vis-à-vis de la création que Fleur Albert met en œuvre dans ses propres documentaires, qu’il s’agisse de Clarisse est partie…, Le Silence des rizières[9]. Au-delà de la nature des sujets, ces deux films tendent à révéler une part d’affect, une part cachée intimement liée à l’Histoire que le déploiement, parfois de façon inattendue, met au jour.

Le cinéma de Fleur Albert s’appuie sur une approche documentaire[10], où les lieux, les personnages, le récit imposent naturellement leur esthétique. Cette sobriété formelle accentue la narration ainsi que la force des passions en jeu ; la critique a d’ailleurs salué[11] sur ce point Le Silence des rizières lors de sa sortie en salle. Ce film concerne une part de l’histoire secrète de la guerre d’Indochine[12] où « quelques vérités traversent l’écran : les combattants vietnamiens, français loyalistes et communistes sont ici parfois bien différents de l’image d’Épinal véhiculée par le cinéma et l’Histoire [13]». « Un film sensible et passionnant »[14], « Fleur Albert prodigue dans notre présent un geste juste donc vrai[15].» « C'est dans l'entremélement de la mémoire individuelle et collective, du dit et du non-dit, que le film de Fleur Albert trouve toute sa force[16].» « Fleur Albert filme ses entretiens en laissant la parole libre à ses interlocuteurs et à leurs souvenirs. Elle laisse surtout parler et agir Maï, terrassée par ce passé, la tension du secret et son périple qui ne la mène ni à une révélation, ni à une catharsis, mais seulement à la conscience d’une histoire personnelle plus lourde encore. Incapable à son tour de parler de ce qu’elle porte en elle, Maï danse son incertitude à bout, dans un moment de beauté véritable. Et ceux des rizières, après quelques confidences, retombent dans un silence éloquent[17]. » « Pour ce film, j’ai tiré sur tous ces fils liés à l’histoire du colonialisme. L’obsession de l’origine du sentiment politique est sûrement ce que j’essaie de structurer dans Le Silence des rizières. Le Vietnam était un lieu de promesses et je voulais creuser l’idée d’un sentiment politique charnel et organique[18]», précise-t-elle.

Comme la critique l’a souligné, ce type d’approche se joue quelque peu des catégories habituelles du genre documentaire ; Julie Duquenne[19] évoque pour sa part une « fiction du réel » dans cet entrelacs et autres suspens entre petite et grande histoire. Cette incursion de l’intime et de ses mystères, en général propre à la fiction, mais qui constitue l’architecture du sens des êtres dont il est question, se retrouve à des différents degrés dans ses autres films, qu’il s’agisse de Clarisse est partie…, Ecchymoses, ou même Natacha Atlas, la rose pop du Caire.

Dans Ecchymoses, son dernier film qui a reçu le Prix Louis Marcorelles au festival du Cinéma du Réel au Centre Georges-Pompidou en 2009, Fleur Albert décèle les perturbations intérieures liées à l’adolescence, avec ses interrogations, ses craintes, ses secrets. Explorant le présent de façon frontal dans une chronique en cinéma direct, contrairement à ses films précédents, ce film dresse un portrait de l’adolescence vue à travers le huis-clos d’une infirmerie d’un collège rural du Jura où la réalisatrice a tourné tout au long d'une année scolaire[20]. Dans ce théâtre privilégié où il est question de ces corps en métamorphose et souvent en souffrance, chacun confie devant Annick, l'infirmière, son malaise social, familial, ses interrogations graves ou cocasses sur la société, l’avenir, l’amour, les adultes, l’autorité… « Mieux qu’édifiant, le film dans son apparente simplicité révèle un sous-texte scolaire rarement abordé au cinéma. Une belle réussite », écrivent à son propos Les Cahiers du Cinéma[21].

Espace d'exploration

Avec le film Natacha Atlas, la Rose Pop du Caire, 2007, sur la chanteuse d’origine égyptienne installée à Londres, on est dans ce qu’il est convenu d’appeler le concert documenté ; Natacha Atlas y révèle ce qui fait sens dans son parcours tant artistique que personnel. On y retrouve le goût du portrait musical que Fleur Albert a déjà affirmé avec son premier film The Next Generation, 1995, sur le blues des Alison père et fils, Luther et Bernard.

En 2009, dans Boys Tricky, film tourné au Cent Quatre[22] lors de sa résidence en 2009, Fleur Albert donne à voir une joute musicale de façon beaucoup plus radicale encore : les deux rappeurs que sont le quadragénaire Tricky[23] et le jeune H2[24], se rencontrent dans un studio d’enregistrement au Cent Quatre, rue d’Aubervilliers. Entre affrontement musical et physique, apprivoisement et admiration, il s'agit selon les propres termes de Fleur Albert d'une « chorégraphie de la rage au coeur et au ventre »[25]. « La force de ce qui se déploie progressivement sous nos yeux dépasse ce qui n’aurait pu être qu’un prétexte à documenter un simple moment d’improvisation musicale : ici, le langage des corps qui s’apprivoisent transcende la brutalité originelle des mots, le cri de rage et de révolte[25]

De ces modulations qui ne se nourrissent pas que de constats, en termes d’investigation, on comprend mieux l’intérêt de Fleur Albert pour les sujets en marge ou encore des personnages en marginalité. Dans Home Swiss Home, 2004, la marginalité y est d’ailleurs centrale ; il s’agit d’une chronique sur la vie des squats à Genève, et d’un collectif sans domicile qui occupe des terrains et vit en roulottes au milieu des banques. Semblable marginalité est convoquée dans Les élégies de Vincent[26], film dont la sortie est annoncée pour 2010, puisqu’il s’agit d’un portrait du réalisateur Vincent Dieutre qui, depuis une quinzaine d’années, réalise des films à la frontière entre le documentaire et l’autofiction.

Cette notion de marge traverse ses autres films par l’éclairage singulier qui est donné aux personnages, aux présences, qui évoluent entre « histoire collective et destin personnel »[27], dans le sens où le destin personnel chevauche toujours l’histoire collective, et que le pli de l’intime n’est souvent qu’un épi dans le pli de l’histoire.

Filmographie

Réalisatrice
  • 2009 : Boys, Tricky, 13 min, court métrage documentaire.
  • 2009 : À l'infirmerie, version de 52 min pour ARTE du film documentaire Ecchymoses, produit par Cauri Films, diffusé le 10 janvier 2010.
  • 2008 : Ecchymoses, 100 min, long métrage documentaire, produit par Cauri Films, Images Plus.
  • 2007 : Natacha Atlas, la rose pop du Caire, 52 min, documentaire musical, produit par La Huit Production, TV Nantes.
  • 2005 : Le Silence des rizières, 89 min, long métrage documentaire, produit par La Huit Production, distribution Eurozoom.
  • 2004 : Home Swiss Home, 55 min, film documentaire, produit par La Huit Production – TV 10 Angers - Mission du Patrimoine ethnologique.
  • 2002 : Clarisse est partie, 58 min, film documentaire, produit par Artline Films, France 3.
  • 2000 : L'eau du bain, 12 min, film expérimental.
  • 1995 : The Next Generation, 52 min, film documentaire, produit par Films Grain de Sable, Paris Première, Canal Jimmy.
Première assistante à la mise en scène
  • 1999 à 2001 : Éloge de l'amour de Jean-Luc Godard, long métrage de fiction, Périphéria Production, et coordinatrice des Histoires du cinéma aux éditions Gallimard.

Récompenses et nominations

Les films de Fleur Albert ont été plusieurs fois sélectionnés et récompensés lors de festivals de films en France et à l'étranger.

Récompenses

  • Lauréate du Prix Louis Marcorelles[28] au festival Cinéma du Réel, Centre Georges-Pompidou, Paris, en 2009, pour Ecchymoses, 100 min, long métrage documentaire, produit par Cauri Films.
  • Grand Prix du Festival Traces de Vies[29], novembre 2009, pour Ecchymoses.
  • Mention spéciale décernée par le jury du 5e Festival du film d’éducation d’Évreux, novembre 2009, pour Ecchymoses.
  • Prix du Meilleur long métrage documentaire festival International d’Ismaïlia, septembre 2005, pour Le Silence des Rizières, 89 min, long métrage documentaire, distribution Eurozoom[30], sortie en salle le 25 janvier 2006.

Nominations

  • Sélectionné en compétition au festival de film de Pantin, juin 2009, et au festival Filmer la musique au Point Ephémère, 2009 : Boys, Tricky, 13 min, court-métrage documentaire.
  • Sélectionné au Festival International de Belfort, et sélectionné en compétition française au festival Cinéma du Réel, 2009 : Ecchymoses, 100 min, long métrage documentaire, produit par Cauri Films.
  • Sélectionné au FIPATEL , FIPA Biarritz 2010 : À l'infirmerie, production Cauri Films.
  • Sélectionné au FIPATEL 2008 : Natacha Atlas, la rose Pop du Caire, 52 min, documentaire musical, La Huit Production, TV Nantes.
  • Sélectionné au festival En Route vers le monde, La Roche/Yon, aux Rencontres cinématographiques de Manosque, février 2006 ; sélectionné en compétition aux Escales Documentaires de la Rochelle 2005, au FIPATEL de Biarritz 2005, au festival Images d’Ailleurs, au Ciné Citoyen, au festival international de films asiatiques de Vesoul, 2005, au mois du documentaire à Hanoi, novembre 2004 : Le Silence des Rizières, 89 min, long métrage documentaire, produit par La Huit Production, distribution Eurozoom, sortie en salle le 25 janvier 2006.
  • Sélectionné au Festival International du Film d’Amiens, au festival international Lumières d’Afrique Besançon, 2005 : Clarisse est partie, 58 min, film documentaire, produit par Artline Films, France 3 La Case de l'Oncle Doc.
  • Sélectionné au festival international de films d’Amiens : The Next Generation, 52 min, film documentaire, produit par Films Grain de Sable, Paris Première, Canal Jimmy.
  • Sélectionné au Festival International de Paris-Berlin, 2000 : L'eau du bain, 12 min, court-métrage.

Liens externes

Notes et références

  1. Voir l'interview très complète de Johanna Diaz, du 14 février 2006, sur asiexpo.com [1]
  2. Eléments biographiques fournis par La Huit Production, voir son site officiel.
  3. Voir plus d'informations sur Eloge de l'Amour [2]
  4. Éloge de l’Amour de Jean-Luc Godard, 2001, l’histoire de trois couples, sur laquelle le réalisateur franco-suisse brode un éloge de l’amour au cinéma, à la littérature, à la peinture, à l'histoire de la résistance, à la magie et aux voitures de sport… Un film avec notamment Bruno Putzulu. Voir plus d'information sur ce film sur la page Wikipédia consacré à Jean-Luc Godard.
  5. David Carr-Brown, réalisateur britannique connu pour ses enquêtes d’investigation a réalisé La République Atomique film documentaire sur l’affaire Eurodif et le contentieux sanglant entre la France et l’Iran, à propos du prêt d’un milliard de dollars consenti par l’Iran en échange d’infrastructures nucléaires civiles et militaires.
  6. La République Atomique de David Carr-Brown [3]
  7. Théma réalisé par David Carr-Brown, une exploration de la face cachée de la Corée du Nord et une analyse du régime de Kim Jong Il à travers les images du cinéma nationaliste et les témoignages du public des salles obscures de la ville de Pyongyang.
  8. Interview de David Giraud, à propos du film Ecchymoses, La revue du soignant en santé publique n°29, janvier-février 2009.
  9. Lire sur Le Viêtnam aujourd'hui, le portail de l'actualité vietnamienne, l'interview intégrale réalisée par Michèle Levieux, L'Humanité 28 janvier 2006, et l'article d'Emile Breton, L'Humanité, 25 janvier 2006 [4]
  10. Voir interview de Johanna Diaz, du 14 février 2006 [5]
  11. "Un éclairage passionnant qui n'a guère trouvé de diffuseur sur les chaînes télé" Libération, 25 janvier 2006. "Un film dont le propos ne manque pas d'acuité, Studio, février 2006. "Un film en creux, fragile mais hautement estimable, le Figaro scope, n°19177, du 25 janvier 2006. "Un vibrant plaidoyer pour la mémoire", Zurban, n°184, 1er février 2006.
  12. "Télescopage entre histoire collective et destins individuels" Télérama, n°2925, 1er févier 2006.
  13. Emile Breton, L'Humanité, 25 Janvier 2006.
  14. Le Monde, 29 et 30 janvier 2006, Jacques Mandelbaum.
  15. Les Cahiers du Cinéma n°609, février 2006, François Bégaudeau
  16. Le Nouvel Observateur n° 2151, 26 janvier 2006.
  17. Article de Vincent Avenel à lire sur critikat.com [6]
  18. Interview par Michèle Levieux, L'Humanité, 28 Janvier 2006
  19. Métro, n°877, 25 janvier 2006.
  20. Voir l'interview réalisée par Johanna Diaz, lien en note 2.
  21. Les Cahiers du Cinéma n°609, février 2006.
  22. Le 104, Cent Quatre, établissement artistique de la Ville de Paris, site consultable www.104.fr/
  23. Tricky, de son vrai nom Adrian Thaws, est un musicien britannique, né le 27 janvier 1968, considéré comme un des piliers du trip hop, mouvement musical des années 1990.
  24. H2, rappeur de la Cité Riquet, située dans le XIXe arrondissement de Paris.
  25. a et b Texte de présentation du court métrage de 13 min, Boys Tricky, au festival Filmer la musique au Point Ephémère, juin 2009, à Paris.
  26. Les élégies de Vincent, portrait du cinéaste Vincent Dieutre, produit par l’Institut National de l’Audiovisuel en coprroduction avec la chaîne Ciné-Cinémas, 2010.
  27. Voir note n°17.
  28. Le Prix Louis Marcorelles décerné par Culturesfrance[7]
  29. Ecchymoses de Fleur Albert, Grand Prix Traces de Vies, Prix du Conseil général du Puy-de-Dôme[8]
  30. Eurozoom [9]

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Fleur Albert de Wikipédia en français (auteurs)


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