Bastille (Paris)

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Bastille (Paris)
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Bastille
La Bastille, façade orientale, en 1790 ou 1791
La Bastille, façade orientale, en 1790 ou 1791
Présentation
Type ChĂąteau fort, arsenal et prison
Date de construction de 1370 Ă  1383
DĂ©molition en juillet 1789
Dimensions Hauteur : 24 m
Largeur : 34 m
Longueur : 66 m
GĂ©ographie
Pays France
Localité Paris
CoordonnĂ©es 48° 51â€Č 12″ N 2° 22â€Č 09″ E / 48.853333, 2.36916748° 51â€Č 12″ Nord
       2° 22â€Č 09″ Est
/ 48.853333, 2.369167
  

GĂ©olocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Bastille

GĂ©olocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Bastille

La Bastille, ou plus exactement la Bastille Saint-Antoine, Ă©tait une forteresse Ă©levĂ©e Ă  l'emplacement de l’actuelle place de la Bastille Ă  Paris. Elle fut entiĂšrement dĂ©truite aprĂšs la Prise de la Bastille le 14 juillet 1789.

Sommaire

Histoire

Forteresse

DestinĂ©e Ă  dĂ©fendre la porte Saint-Antoine et les remparts de l’est de Paris devenus plus vulnĂ©rables, la Bastille ou Bastille Saint-Antoine Ă©tait initialement un vĂ©ritable chĂąteau fort et un arsenal. Elle fut bĂątie sous le rĂšgne de Charles V, de 1370 Ă  1383, par Hugues Aubriot, sur le modĂšle Ă  quatre tours courant Ă  l’époque. Les autres tours lui furent ajoutĂ©es ultĂ©rieurement. Elle faisait 66 mĂštres de long pour 34 mĂštres de large et 24 mĂštres de hauteur au niveau des tours, et Ă©tait entourĂ©e d’un fossĂ© de 25 mĂštres de largeur par 8 mĂštres de profondeur alimentĂ© par les eaux de la Seine. Les huit tours se nommaient tours du Coin, de la Chapelle, du TrĂ©sor, de la ComtĂ©, de la BertaudiĂšre, de la BasiniĂšre, du Puits et de la LibertĂ©. L’entrĂ©e se faisait par la rue Saint-Antoine et donnait sur la Cour de l’AvancĂ©e qui abritait des boutiques et une caserne. À la mĂȘme Ă©poque est Ă©difiĂ© le donjon de Vincennes.

Appartenant au systĂšme dĂ©fensif de l'enceinte de Charles V, trĂšs vite, son utilitĂ© militaire s’avĂ©rant mĂ©diocre – « assiĂ©gĂ©e, elle s’est toujours rendue[1] Â» – une nouvelle enceinte fut construite. La forteresse fut occasionnellement prison d’État sous Louis XI puis utilisĂ©e comme coffre-fort et lieu de rĂ©ception par François Ier.

Durant la Journée des Barricades (huitiÚme guerre de religion), la Bastille se rendit le 13 mai 1588[2].

Sully, nommĂ© gouverneur en 1602, y abrita le trĂ©sor royal dans la tour du mĂȘme nom, qu’on dĂ©signa alors sous le terme de « buffet du roi[3] Â».

La Bastille est Ă  nouveau prise durant la Fronde en 1649 et un Frondeur en est nommĂ© gouverneur : Pierre Broussel.

Prison

Oubliettes de la Bastille - Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siÚcle, par EugÚne Viollet-le-Duc.
Plan de la Bastille

La Bastille fut utilisĂ©e occasionnellement comme cachot dĂšs le rĂšgne de Louis XI, mais c’est le cardinal de Richelieu qui la transforma en prison d’État Ă  laquelle restent attachĂ©es les lettres de cachet, lettres signĂ©es du roi (ou le plus souvent de ses ministres) ordonnant un emprisonnement sans jugement. Paris dispose de plusieurs types de prisons : prisons ordinaires, HĂŽpital gĂ©nĂ©ral et prisons d’État (Vincennes, For-l'ÉvĂȘque). La Bastille Ă©tait une prison plutĂŽt confortable pour les personnes de qualitĂ© (nobles, grands bourgeois) qui disposaient de grandes piĂšces avec repas fins et d’un domestique, de meubles et de bois de chauffage (grĂące Ă  la « pistole Â»[4]). Les prisonniers royaux sont autorisĂ©s Ă  correspondre avec l'extĂ©rieur, recevoir des visites et jouissent d'une relative libertĂ© de mouvement au sein de la forteresse. Le marquis de Sade y fut dĂ©tenu cinq ans et demi. Le nombre de ses prisonniers n’a d’ailleurs jamais dĂ©passĂ© 45. La Bastille comportait Ă©galement depuis la fin du XVIIe siĂšcle un quartier beaucoup moins agrĂ©able pour les prisonniers communs, ainsi que des cachots (et non des oubliettes), situĂ©s Ă  six mĂštres de profondeur et qui servaient de punition aux prisonniers insubordonnĂ©s comme, par exemple, le fameux Latude (Louis XVI fait supprimer ces cachots, tout comme la question et les lettres de cachet qu'il abolit le 26 juin 1789). Sous Louis XV, on retrouve beaucoup de convulsionnaires et jansĂ©nistes accusĂ©s de crime de lĂšse-majestĂ©. Entre 1661 et 1789, un prisonnier sur six est embastillĂ©[5] pour « faits de lettres Â» (libraire, imprimeur, colporteur ou auteur de libelle)[6].

L'arrivée d'un nouveau prisonnier est annoncée par une sonnerie de cloche. Les boutiques avoisinantes (notamment les échoppes le long du fossé qui sont louées au Gouverneur) ferment alors et les gardes se couvrent le visage pour ne pas voir le visage du nouveau venu. Ce culte du secret motive également l'enterrement des prisonniers de nuit sous de faux noms. Il participe grandement au mythe de l'homme au masque de fer[7].

Le premier tĂ©moignage Ă©crit sur la prison sont les pseudo-mĂ©moires d'un calviniste, Constantin de Renneville, qui donne une vision noire de la Bastille et son arbitraire, l'opposant Ă  la Tour de Londres[8]. Deux ouvrages publiĂ©s Ă  l'Ă©tranger poursuivent cette dĂ©nonciation et participent Ă  la construction de la lĂ©gende noire de la Bastille : Mirabeau avec Des lettres de cachet et des prisons d'Etat (Hambourg, 1782) et Simon Nicolas Henri Linguet, MĂ©moires sur la Bastille (Londres,1783). Un historien qualifie la Bastille de rendez-vous des intellectuels [9] puisque s’y retrouvaient aussi bien Voltaire (par deux fois en 1717 et 1726) que des pamphlĂ©taires comme Linguet ou Brissot, victimes de la censure.

C’était aussi un gouffre financier pour Louis XVI, en raison Ă  la fois du traitement du gouverneur d’environ 60 000 livres mais aussi de l’entretien du personnel, nombreux, ou de la nourriture. Necker, qui avait dĂ©jĂ  fermĂ© le donjon de Vincennes, souhaitait la faire abattre dĂšs 1784. Le peuple ne semble pas avoir rĂ©ellement craint ce bĂątiment, mais les cahiers de dolĂ©ances de la ville, rĂ©digĂ©s par des acteurs de la fronde des parlements[10], demandaient sa destruction et son remplacement par une place avec un monument Ă  la LibertĂ© retrouvĂ©e. Comme toute forteresse imposante, elle marquait le paysage parisien et rappelait l'autoritĂ© du roi (comme la tour du Temple).

La hiérarchie à l'intérieur de la prison

Le Gouverneur (charge vĂ©nale) gĂšre et dirige la prison. Il vit dans une maison d'une Cour de la Bastille, entourĂ©e d’un jardin Ă  la française. Il est assistĂ© par un lieutenant de roi responsable de la sĂ©curitĂ© et d'un major chargĂ© de l’économat, des archives. Les employĂ©s en contact direct avec les prisonniers (promenade, repas) sont les porte-clefs. Le « capitaine des portes Â» est l'officier responsable de l'entrĂ©e et la sortie de la prison. La surveillance de la forteresse est assurĂ©e par des « invalides Â», en faction de jour comme de nuit Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur de l'enceinte, tandis que le repas et les promenades des prisonniers sont assurĂ©s par les porte-clefs sous l’autoritĂ© des officiers. On trouve aussi comme personnel logeant un service mĂ©dical, un chapelain et un confesseur[11].

Le nombre de prisonniers

La prison ne peut accueillir plus de 45 prisonniers en mĂȘme temps. Du XIVe au milieu du XVIIesiĂšcle, elle aurait reçu 800 prisonniers, le nombre passe de 5 279 entre 1659 et 1789 (avec une durĂ©e moyenne de dĂ©tention de quelques mois Ă  deux ans) : 2 320 sous Louis XIV, 1 459 sous la RĂ©gence, 1 194 sous Louis XV et 306 sous Louis XVI[11].

Prise de la Bastille le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille, par Jean-Pierre Houël.
Article dĂ©taillĂ© : Prise de la Bastille.

La Bastille fut prise d’assaut le 14 juillet 1789 par le peuple parisien venu chercher de la poudre. Les rĂ©volutionnaires s'emparent notamment de ses archives, les dispersent en partie dans les fossĂ©s de la forteresse. DĂšs le 15 juillet, les autoritĂ©s municipales tentent de les rĂ©cupĂ©rer. Elles sont conservĂ©es Ă  la BibliothĂšque de l’Arsenal en 1798, dont le directeur est alors Hubert-Pascal Ameilhon, et cataloguĂ©es depuis le XIXe siĂšcle (60 000 dossiers comprenant 600 000 feuillets, essentiellement des lettres de cachet, interrogatoires, suppliques au roi, correspondances de l'embastillĂ©)[6].

La prise de la Bastille est aujourd’hui considĂ©rĂ©e comme le symbole de la RĂ©volution française dont elle marque le commencement.

Cependant, la fĂȘte nationale française commĂ©more la fĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, le 14 juillet 1790, qui coĂŻncidait avec le premier anniversaire de la prise de la Bastille.

DĂ©molition de la Bastille

Reste des murs de la Bastille déposés Boulevard Henri-IV
Pierre de la Bastille (conservée à la mairie de Pontoise)
Miniature de la Bastille sculptée dans une pierre de la Bastille (musée Carnavalet).

La Bastille fut abattue à partir du 15 juillet par un entrepreneur privé, Palloy, qui vendit une partie des pierres en guise de souvenirs (pierres sculptées représentant la Bastille en miniature), dont un certain nombre furent vendus en province (Palloy fit faire également des maquettes de l'édifice qui furent envoyées dans tous les chefs-lieux des départements français).

On peut y ajouter la transformation en objets de piĂ©tĂ© et de culte, de tout ce qu’il put rĂ©cupĂ©rer sur les boiseries et les ferronneries de la vieille forteresse. La plus grande part a servi Ă  construire le pont de la Concorde. Le marquis de La Fayette envoya une des clĂ©s de la Bastille Ă  George Washington, l’une des grandes figures de la RĂ©volution amĂ©ricaine et premier prĂ©sident des États-Unis[12]. Elle est aujourd’hui exposĂ©e Ă  la rĂ©sidence de Mount Vernon, transformĂ©e en musĂ©e. Une autre des clĂ©s fut envoyĂ©e Ă  Gournay-en-Bray, lieu de naissance, du premier rĂ©volutionnaire Ă  ĂȘtre entrĂ© dans la Bastille, Maillart. Cette derniĂšre clĂ© a depuis disparu.

C'est à la fonderie de Romilly, dans l'Eure, qu'ont été conservées jusqu'à sa fermeture l'horloge et les cloches de la forteresse. Le carillon quant à lui se trouve actuellement au Musée européen d'art campanaire, à L'Isle-Jourdain (Gers)

La disparition de la Bastille n'empĂȘche pas son mythe de renaĂźtre dĂšs la RĂ©volution sous la forme d'une mode « Ă  la Bastille Â» (bonnet, souliers, Ă©ventails
).

Détenus célÚbres

La prison de la Bastille abrita entre autres :

Moyen Âge et Renaissance

RĂšgne d'Henri IV et de Louis XIII

RĂšgne de Louis XIV

RĂ©gence et rĂšgne de Louis XV

RĂšgne de Louis XVI

DĂ©tenus Ă  la Bastille le 14 juillet 1789

Ils Ă©taient sept :

  • quatre faussaires : BĂ©chade, Laroche, La CorrĂšge, Pujade. Leur procĂšs Ă©tait en cours d'instruction ;
  • le comte de Solages, criminel enfermĂ© durant l'Affaire Barrau - Solages Ă  la demande de sa famille, qui payait sa pension ;
  • deux fous : Tavernier et de Whyte. Peu aprĂšs leur libĂ©ration, il fallut les enfermer Ă  nouveau, Ă  l'asile de Charenton.

La Bastille aujourd’hui

Article dĂ©taillĂ© : place de la Bastille.
Traces de la forteresse sur les pavés de la place de la Bastille.

On peut encore en voir des vestiges sur le quai de la ligne 5 du mĂ©tro de Paris, de la station Bastille, la tour de la libertĂ© (celle oĂč fut enfermĂ© Sade) dans le square Galli au dĂ©part du boulevard Henri-IV. Un pavage spĂ©cial a Ă©tĂ© dessinĂ© afin de retracer sur le sol les contours de la Bastille historique.

Depuis 1880, le 14 juillet est la fĂȘte nationale de la France. Toutefois, officiellement, cette fĂȘte nationale ne commĂ©more pas la prise de la Bastille, mais la FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration qui eut lieu un an plus tard, le 14 juillet 1790, sur l’esplanade du Champ-de-Mars. Mais l’inconscient collectif français semble bel et bien associer la fĂȘte nationale et l’évĂ©nement le plus marquant survenu un 14 juillet : une immense majoritĂ© ne se souvient que rarement du 14 juillet 1790. D'ailleurs, les pays anglophones parlent de "Bastille Day" quand ils font rĂ©fĂ©rence Ă  la fĂȘte nationale française.

Notes

  1. ↑ Claude QuĂ©tel, entretien radiophonique avec Patrice Gelinet, vendredi 12 novembre 1999, France inter, « 2000 ans d’histoire Â»
  2. ↑ Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Club France Loisirs, 1980 (ISBN 978-2-7242-0785-9) p 348
  3. ↑ Claude QuĂ©tel, entretien radiophonique avec Patrice Gelinet, ibid.
  4. ↑ LittrĂ©, Dictionnaire de la langue française (1872-77) : Dans les prisons, chambre Ă  part et autres commoditĂ©s qu'un prisonnier obtient moyennant la pistole, c'est-Ă -dire en payant la pension.
  5. ↑ NĂ©ologisme de Voltaire.
  6. ↑ a et b La Bastille ou « l’enfer des vivants Â»[PDF]
  7. ↑ Jean-Christian Petitfils, Une prison royale in Dans les secrets de la police
  8. ↑ Constantin de Renneville, L’Inquisition française ou l’histoire de la Bastille, 1719, t. 4
  9. ↑ FrĂ©dĂ©ric Lenormand, La Pension Belhomme, une prison de luxe sous la Terreur, Paris, 2002.
  10. ↑ Camus, Target, Le Chapelier, Guillotin
  11. ↑ a et b La Bastille ou « l’Enfer des vivants Â» ?[PDF]
  12. ↑ Silver & Other Metals, Mount Vernon Ladies' Association. ConsultĂ© le 17-10-2007

Divers

(M) Ce site est desservi par la station de mĂ©tro Bastille.

  • L’Histoire de la Bastille a Ă©tĂ© Ă©crite par Joseph Delort (1827) et par Arnold Pujol, et Marquet (1844).
  • La Bastille est une chanson de Jacques Brel.
  • La bastille est aussi un quartier de Saint-Jean-de-Maurienne

Bibliographie et sources

Bibliographie

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Sources

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