Basilique Saint-Denis

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Basilique Saint-Denis
Basilique Saint-Denis
Image illustrative de l'article Basilique Saint-Denis
Présentation
Nom local Basilique de Saint-Denis
Culte Catholique romain
Type Abbatiale puis Cathédrale
Rattaché à DiocÚse de Saint-Denis (siÚge)
Style(s) dominant(s) Gothique
Protection  ClassĂ© MH (1862, 1926)
GĂ©ographie
Pays Drapeau de France France
RĂ©gion Île-de-France
DĂ©partement Seine-Saint-Denis
Ville Saint-Denis
CoordonnĂ©es 48° 56â€Č 08″ N 2° 21â€Č 35″ E / 48.935556, 2.35972248° 56â€Č 08″ Nord
       2° 21â€Č 35″ Est
/ 48.935556, 2.359722
  

GĂ©olocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Basilique Saint-Denis

La basilique Saint-Denis est une église de style gothique située à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Fondée en tant qu'abbatiale, elle a aussi le statut de cathédrale du diocÚse de Saint-Denis depuis 1966.

Elle fut la nĂ©cropole des rois de France depuis les Robertiens et CapĂ©tiens directs, mĂȘme si plusieurs rois mĂ©rovingiens puis carolingiens choisirent d'y reposer.

La basilique Saint-Denis fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1]. Le jardin qui l'entoure fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 19 aoĂ»t 1926[1].

Sommaire

Position géographique

La basilique de Saint-Denis se trouve au centre-ville de la ville de Saint-Denis, elle-mĂȘme situĂ©e 5 kilomĂštres au nord de Paris. Elle est aisĂ©ment accessible par le mĂ©tro, la station Basilique de Saint-Denis se trouvant Ă  moins de cent mĂštres de la basilique.

Histoire de la Basilique

Une église et une nécropole contemporaine de la christianisation de la Gaule

DĂšs le Bas-Empire, un cimetiĂšre gallo-romain est attestĂ© sur le site de Saint-Denis. Au IVe siĂšcle, un mausolĂ©e fut Ă©levĂ© Ă  l'emplacement du maĂźtre-autel actuel et fit dĂ©jĂ  l'objet d'un culte. Puis, vers 475[2], sainte GeneviĂšve acheta les terres alentours et fit construire une Ă©glise.

Une nécropole royale parmi d'autres sous les Mérovingiens et les Carolingiens

L'Ă©glise sous les MĂ©rovingiens

Un premier agrandissement du mausolĂ©e est attestĂ© par une prolongation de 11 mĂštres plus Ă  l’ouest. Alors que Michel Fleury le situait entre 540 et 550, soit sous le rĂšgne de Childebert Ier, Patrick PĂ©rin l’a rĂ©cemment estimĂ© aux annĂ©es 451-459, proposant d’y reconnaĂźtre l’église de sainte GeneviĂšve.

De fait, le lieu avait un grand prestige comme en témoigne la découverte en 1959 du sarcophage de la reine Arégonde, épouse de Clotaire Ier et bru de Clovis, morte entre 573 et 579, premiÚre personne royale qui y fut inhumée[3].

L'Ă©glise fut agrandie une seconde fois sous Dagobert Ier qui y fit placer vers l'an 630, les corps de saint Denis (premier Ă©vĂȘque de Paris) et ses deux compagnons, le prĂȘtre Rustique et le diacre ÉleuthĂšre.

Dagobert Ier est le premier roi des Francs qui fut inhumé en l'église de Saint-Denis. Sous les Mérovingiens et les Carolingiens, cette nécropole royale partagea ce privilÚge avec d'autres églises. Vers 650, sont créés le monastÚre et une série de sanctuaires secondaires dédiés à saint Barthélemy, saint Paul et saint Pierre.

L'Ă©glise sous les Carolingiens

Les liens privilĂ©giĂ©s que l’abbaye entretenait avec la royautĂ© mĂ©rovingienne se renforcent sous les Carolingiens.

  • En 741, les funĂ©railles de Charles Martel inaugurent une deuxiĂšme sĂ©rie d’inhumations royales dans la basilique.
  • Vers 750, un nouveau sanctuaire fut entrepris vers 750 par PĂ©pin le Bref. L’abbĂ© Fulrad, en tant que reprĂ©sentant de PĂ©pin le Bref, avait effectuĂ© plusieurs voyages Ă  Rome d’oĂč il tira son inspiration pour reconstruire Saint-Denis. La consĂ©cration eut lieu en prĂ©sence de Charlemagne le 24 fĂ©vrier 775. Cette nouvelle Ă©glise, de plan basilical Ă  trois nefs comprenait un transept faiblement dĂ©bordant et ouvrant Ă  l’Est sur une abside semi-circulaire. La nef prĂ©sentait deux files de colonnes, neufs travĂ©es et mesurait intĂ©rieurement 20,70 mĂštres de large. Certains fĂ»ts de colonnes torsadĂ©es ont Ă©tĂ© prĂ©levĂ©s dans des monuments antiques d’Italie, notamment plusieurs fragments de marbre de Synnada (Turquie). Sous l’abside, une crypte annulaire, bĂątie Ă  la maniĂšre de celles de Rome, permettait aux pĂšlerins d’accĂ©der Ă  une confession dans laquelle devaient ĂȘtre exposĂ©es les reliques de saint Denis et de ses deux compagnons, saint Rustique, l’archiprĂȘtre, et saint EleuthĂšre, l’archidiacre. On peut encore voir dans la crypte actuelle les vestiges de ce corridor qui longeait l’intĂ©rieur de l’abside.
  • Vers 800, sont amĂ©nagĂ©s un baptistĂšre dĂ©diĂ© Ă  St-Jean Baptiste ou St-Jean-le-Rond, une chapelle dĂ©diĂ©e Ă  la Vierge en 832 qui fut le caveau royal au XIXe siĂšcle.
  • En 832, l’abbĂ© Hilduin agrandit la crypte vers l’Est. Il fit Ă©difier une chapelle Ă  trois vaisseaux dĂ©diĂ©e Ă  la Sainte Vierge, Ă  saint Jean et Ă  tous les saints. Les murs de la partie centrale conservaient les reliques de la Passion et Ă©taient dĂ©corĂ©s de pierres dorĂ©es. Il y avait aussi un puits aux eaux rĂ©putĂ©es curatives.
  • En 869, Charles II le Chauve devant la menace des invasions des Vikings fortifia le monastĂšre.

Le fait que les abbĂ©s Fulrad (750-784), Fardulf (797-807), Hilduin (814-843) et Louis (843-867) aient tous Ă©tĂ© des conseillers des rois prouvent l'importance de l'Ă©glise Saint-Denis dans la vie du royaume des Francs. Leur implication dans la vie politique va tellement progresser qu’en 867 l’empereur Charles II le Chauve finit par s’approprier le titre d’abbĂ© de Saint-Denis.

La reconstruction de la nécropole royale des Capétiens

L'Ă©glise du XIIe siĂšcle

Dans la premiĂšre moitiĂ© du XIIe siĂšcle, entre 1135 environ et 1144, l'abbĂ© Suger, conseiller des rois Louis VI et de Louis VII, agrandit l'abbatiale en remaniant le narthex d'une façade dotĂ©e pour la premiĂšre fois d'une rose et de trois portails de grandes dimensions. Il modifia aussi le chƓur en lui ajoutant des chapelles rayonnantes. L'abbaye bĂ©nĂ©dictine de Saint-Denis devint un Ă©tablissement prestigieux et riche, grĂące Ă  l'action de Suger, abbĂ© de 1122 Ă  1151. Ce dernier souhaita rĂ©nover la vieille Ă©glise carolingienne afin de mettre en valeur les reliques de saint Denis dans un nouveau chƓur : pour cela, il voulut une Ă©lĂ©vation importante et des baies qui laissent pĂ©nĂ©trer la lumiĂšre.

Suger dĂ©cida donc de la reconstruction de l'Ă©glise en s'inspirant du nouveau style entraperçu dans la cathĂ©drale Saint-Étienne de Sens. En 1140, il fit Ă©difier un nouveau massif occidental, en s'inspirant des modĂšles normands de l'Ăąge roman comme l'abbatiale Saint-Étienne de Caen. L'abbaye fut consacrĂ©e le 11 juin 1144, inaugurant le francigenum opus, appelĂ© plus tard l'art gothique. Reprenant le principe du dĂ©ambulatoire Ă  chapelle rayonnante en le doublant, Suger innova en prenant le parti de juxtaposer les chapelles autrefois isolĂ©es en les sĂ©parant par un simple contrefort. Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles munies de vitraux filtrant la lumiĂšre. Le voĂ»tement adopte la technique de la croisĂ©e d'ogives qui permet de mieux rĂ©partir les forces vers les piliers.

L'Ă©glise du XIIIe siĂšcle

La nef de la basilique reconstruite au XIIIe siĂšcle.

Par la suite, l'Ă©difice devint encore plus important. Le besoin d’espace pour la nĂ©cropole royale imposa la reprise des travaux de reconstruction lĂ  oĂč Suger les avait arrĂȘtĂ©s. L’église prĂ©sentait jusqu’ici une nef carolingienne, vĂ©tuste, coincĂ©e entre l’avant-corps et le chevet de Suger. Elle n’avait donc Ă©tĂ© reconstruite au XIIe siĂšcle qu’à ses deux extrĂ©mitĂ©s. On entreprit donc la reconstruction de la nef et d’un vaste transept, ainsi que le rehaussement du chƓur de Suger et la reconstruction des deux tours de la façade, dont la flĂšche Nord qui culminait Ă  86 mĂštres de hauteur (elle sera dĂ©truite en 1846). De l’église du XIIe siĂšcle, on ne conserve donc que la façade et la partie basse du chevet.

Ces travaux de grande ampleur ont Ă©tĂ© menĂ©s de 1231 Ă  1281, soit en moins de cinquante ans. la reconstruction fut entreprise grĂące Ă  l’association de trois figures d’exception : le jeune roi Louis IX, sa mĂšre Blanche de Castille, rĂ©gente durant la minoritĂ© de Louis et durant sa premiĂšre croisade, et l'abbĂ© de Saint-Denis, Eudes ClĂ©ment (1228-1245).

On conserva le dĂ©ambulatoire de Suger et les chapelles rayonnantes. On dĂ©truisit en revanche les parties hautes du chƓur de Suger. L’abbĂ© Eudes ClĂ©ment voulut que le nouveau plan puisse s’ajuster Ă  la hauteur de la façade de Suger, avec un chƓur et un transept plus hauts. Du coup, les colonnes de Suger furent enlevĂ©es et remplacĂ©es par des supports plus lourds composĂ©s d’une sĂ©rie de tambours horizontaux avec des fĂ»ts en saillie orientĂ©s vers l’autel. La croisĂ©e du transept, plus large que le chƓur, entraĂźna un Ă©vasement de la premiĂšre travĂ©e du chƓur vers le transept Ă  l’ouest, aussi bien du cĂŽtĂ© nord que du cĂŽtĂ© sud. L’idĂ©e du nouvel architecte Ă©tait de raccorder les constructions conservĂ©es de l’église de Suger, abside et narthex, avec le plan plus large du nouvel Ă©difice. La jonction du transept et de la nouvelle nef Ă  l’ancien chevet aboutit d’ailleurs Ă  une astuce de l’architecte : les arcs des arcades s’élĂšvent au fur et Ă  mesure que l’on se dirige vers l’ouest. En outre, la base du triforium monte aussi dans chaque travĂ©e en direction des piliers de la croisĂ©e. Les dimensions changent donc graduellement depuis les volumes intimes du chƓur de Suger, jusqu’au projet monumental et dĂ©finitif du transept et de la nef. Ce changement est accompli avec une grande subtilitĂ© pour la transition ne puisse pas se voir.

Ce dernier estimait sans doute que l’abbaye avait un rĂŽle politique Ă  jouer dans les premiĂšres annĂ©es de la minoritĂ© de Louis IX pour rĂ©affirmer l’antiquitĂ© et la dignitĂ© de la famille capĂ©tienne. De fait, aprĂšs l’achĂšvement du grand transept dans les annĂ©es 1260, le nouveau programme des monuments funĂ©raires royaux visait Ă  faire apparaĂźtre la continuitĂ© des trois races royales franques. En 1267, eut lieu l’inauguration du nouvel ensemble sĂ©pulcrale par Louis IX. La disposition avait Ă©tĂ© conçue pour illustrer visuellement l’explication des liens entre les trois dynasties royales que Vincent de Beauvais inclut dans son grand ouvrage historique, le Speculum historiale, achevĂ© en 1254, et qu’il reprend dans le De morali principis institutione, Ă©crit entre 1259 et 1261 pour Louis IX et son gendre Thibaut V de Champagne. Les idĂ©es de cet Ă©rudit dominicain, proche de la famille royale, sur la lĂ©gitimitĂ© dynastique et royale sont trĂšs semblables Ă  celles de la cour. Vincent affirmait le « retour du royaume des Francs Ă  la race de l’empereur Charlemagne Â» en la personne de Louis VIII, pĂšre de Louis IX, dont le sang carolingien lui avait Ă©tĂ© transmis par sa mĂšre Isabelle de Hainaut. Les monuments de Philippe Auguste et de Louis VIII situĂ©s au centre de l'Ă©difice tĂ©moignaient de l'union en leur personne des lignages mĂ©rovingien et carolingien d'une part (dont les rois avaient leurs tombeaux au sud) et capĂ©tien d'autre part (dont les rois avaient leurs tombeaux au nord)[4].

Le transept aux tombeaux royaux faisait ainsi le lien entre le haut chƓur oĂč se trouvaient les reliques Ă  l’Est, et le chƓur des moines Ă  l’Ouest oĂč retentissaient quotidiennement les priĂšre au saint patron de la monarchie.

Le 22 aoĂ»t 1291, une bulle du pape Nicolas IV, datĂ©e d'Orvieto, confirmant elle-mĂȘme une bulle de CĂ©lestin III, accorda aux religieux de Saint-Denis le privilĂšge de n'ĂȘtre soumis Ă  aucune sanction canonique, Ă©manĂ©e de qui que ce fĂ»t, hormis de leurs abbĂ©s, sans une licence spĂ©ciale du souverain pontife.

C'est Ă  l'abbaye de Saint-Denis que les rois de France se rendaient pour y prendre l'oriflamme avant de partir en guerre ou en croisade.

L'Ă©glise du XIVe au XVIIIe siĂšcle

Le choeur de la basilique d'aprĂšs Dom FĂ©libien (dessin d'EugĂšne Viollet-le-Duc).
  • En 1378, Charles IV, empereur du Saint Empire romain germanique, s'arrĂȘte Ă  l'abbaye pour se faire prĂ©senter les reliques et joyaux du trĂ©sor ; celui-ci jouit auprĂšs des amateurs d'art d'un prestige croissant.
  • En 1568, dĂ©butent les travaux de la Rotonde des Valois, chapelle dont la construction a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e par Catherine de MĂ©dicis et dont la vocation est d'accueillir les sĂ©pultures des souverains et prince de la Maison de Valois.
  • En 1576, pendant les guerres de religion, les protestants et les catholiques s'y livrĂšrent une furieuse bataille, et en 1593, Henri IV y abjura le protestantisme.
  • En 1663, la rĂ©forme de l'ordre de Saint-Maur est imposĂ©e Ă  l'abbaye de Saint-Denis par une sentence du Conseil d'Etat royal rendue le 21 juillet. DĂšs le mois d'aoĂ»t, les moines de la nouvelle congrĂ©gation prennent possession des lieux.
  • En 1665, Colbert demanda Ă  François Mansart de concevoir un projet de chapelle funĂ©raire des Bourbons. CommandĂ©e un an avant la mort de l'architecte, cette chapelle ne fut jamais Ă©difiĂ©e. Son projet pour la chapelle des Bourbons aurait abouti Ă  l'Ă©dification d'une vaste composition Ă  plan central coiffĂ©e d'un dĂŽme, Ă  l'extrĂ©mitĂ© est de la basilique Saint-Denis qui en possĂ©dait dĂ©jĂ  un, celui de la chapelle (inachevĂ©e) des Valois. Un certain nombre de chapelles Ă  dĂŽme, pour abriter les tombeaux, se seraient groupĂ©es autour de cet espace central circulaire qui devait ĂȘtre recouvert d'un dĂŽme tronquĂ© complexe, Ă©clairĂ© Ă  l'intĂ©rieur par des fenĂȘtres invisibles. Jules Hardouin-Mansart qui fut formĂ© tout jeune par son grand-oncle, s'inspira souvent des de dessins de celui-ci. En particulier, le plan de Hardouin pour la chapelle Ă  dĂŽme des Invalides doit beaucoup au projet non exĂ©cutĂ© de Mansart pour une chapelle des Bourbons Ă  la basilique Saint-Denis.
  • En 1691, Louis XIV supprima le titre d'abbĂ©. À partir de cette Ă©poque, les supĂ©rieurs de l'abbaye prirent le titre de grands prieurs. Les revenus de l'abbaye sont confiĂ©s au profit de la maison d'Ă©ducation de Saint-Cyr.
  • En 1698, Dom Arnoult de Loo, grand prieur de 1696 Ă  1702 et de 1708 Ă  1711, s'adressa Ă  Robert de Cotte, pour dresser les plans de nouveaux bĂątiments conventuels. Ce projet, qui entraine la destruction de tous les bĂątiments anciens, Ă  l'exception de la porte de Suger et de l'enceinte Ouest, fut approuvĂ© par le chapitre gĂ©nĂ©ral de la congrĂ©gation. Le plan publiĂ© en 1727 par Mariette prĂ©sente un grand quadrilatĂšre se dĂ©veloppant autour d'un cloĂźtre, avec deux ailes en retour au Sud. Dans les angles formĂ©s par ces ailes, l'architecte place, comme Jules Hardouin-Mansart aux Invalides, deux pavillons hors-oeuvre, contenant Ă  l'est le grand escalier monumental conduisant au dortoir et Ă  l'Ouest les cuisines. Il Ă©tablit Ă  l'est un parterre. Ce dessin est conforme Ă  l'esprit classique par sa rĂ©gularitĂ© et Ă  la tradition monastique par la disposition des bĂątiments. Par son ampleur, il traduit la double fonction du lieu, abbaye et palais.
  • En 1737, Dom Castel fit reprendre les travaux interrompus douze ans plus tĂŽt et modifia le projet pour l'aile ouest. Il souhaitait la mettre au goĂ»t du jour en l'agrĂ©mentant d'un avant-corps central et l'ouvrir vers la ville en supprimant l'enceinte et la porte de Suger, qu'il voulait remplacer par une grille "comme aux Invalides". Mais le dessin de Robert de Cotte fut conservĂ© pour le reste des Ă©lĂ©vations.
  • En 1752, frĂšre RenĂ© Laneau, supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de la congrĂ©gation de Saint-Maur Ă  Saint-Germain-des-PrĂ©s, approuve "le plan du rez-de-chaussĂ©e de ce qui reste Ă  faire Ă  l'abbaye royale de Saint-Denis pour fermer le cloĂźtre et ouvrir les communications avec l'Ă©glise". Le cloĂźtre fut ainsi dotĂ© de ses quatre galeries.
  • En 1774, Dom Boudier s'adresse aux architectes Samson-Nicolas Lenoir, François Franque et Charles de Wailly pour dresser le plan de la nouvelle cour d'entrĂ©e. Le projet De Wailly est retenu. Il reprend le parti dĂ©jĂ  utilisĂ© par lui au chĂąteau de Montmusard : un portail monumental en arc de triomphe avec porte cochĂšre entre deux portes piĂ©tonnes, donne accĂšs Ă  une cour d'honneur en hĂ©micycle. Cette cour est bordĂ©e de bĂątiments Ă  un Ă©tage, rythmĂ©s par des arcades en plein cintre semblables Ă  celles qui rĂšgnent dans l'ensemble du bĂątiment. Ainsi, malgrĂ© quatrevingts ans de travaux, l'abbaye de Saint-Denis prĂ©sente un dĂ©cor architectural d'une grande homogĂ©nĂ©itĂ©.
  • En 1790, l'abbaye est supprimĂ©e et il est dĂ©cidĂ© de crĂ©er un dĂ©pĂŽt de farines Ă  l'abbaye.
  • En 1791, le Directoire du dĂ©partement dĂ©cida aussi de s'installer dans les bĂątiments monastiques.

La profanation de la Basilique en 1793

En 1793, suite Ă  la profanation des tombes de la basilique Saint-Denis, les rĂ©volutionnaires jetĂšrent les cendres de quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes, dix serviteurs du royaume, ainsi que d’une trentaine d’abbĂ©s ou de religieux divers, « entre des lits de chaux Â», dans des fosses communes de l’ancien cimetiĂšre des moines alors situĂ© au Nord de la basilique.

Une partie du trĂ©sor de la basilique fut transformĂ©e en monnaie. Quant aux gisants, chefs-d’Ɠuvre de l'art funĂ©raire remontant au bas Moyen Âge pour les plus anciens, ils furent en grande partie dĂ©tĂ©riorĂ©s. Ainsi Charles V le Sage a perdu son sceptre. Le gisant de son Ă©pouse a Ă©galement disparu. C'est son gisant d'entrailles (sac dans ses mains) qui repose aux cĂŽtĂ©s de Charles V.

L'église sous Napoléon Ier

AprĂšs son sacre, NapolĂ©on Ier fixa le nouveau destin de l'Ă©difice : symbole de la continuitĂ© du pouvoir monarchique, il deviendrait le mĂ©morial des quatre dynasties ayant rĂ©gnĂ© sur la France. Le 20 fĂ©vrier 1805, il demandait qu'on lui fĂźt connaĂźtre l'Ă©tat de l'abbatiale et deux jours plus tard que le ministĂšre de l'IntĂ©rieur procĂšdĂąt Ă  sa restauration[5]. Un devis de 247 830 francs fut dressĂ©, la toiture entreprise, le dallage du sol commencĂ© (l'Ă©glise Ă©tait entiĂšrement dĂ©carrelĂ©e), la crypte et les caveaux dĂ©blayĂ©.

L'Empereur prĂ©cisa sa pensĂ©e en demandant que[6] :

  • trois autels expiatoires, "en mĂ©moire des trois races de rois dont les mĂąnes ont Ă©tĂ© dispersĂ©es" soient dressĂ©s ;
  • l'Ă©glise de Saint-Denis soit consacrĂ©e Ă  la sĂ©pulture des empereurs ;
  • l'Ă©glise soit dotĂ© d'un chapitre de dix chanoines dont les membres soient choisis parmi d'anciens Ă©vĂȘques ĂągĂ©s de plus de soixante ans ;
  • le grand aumĂŽnier de l'Empire soit le chef de ce chapitre ;
  • quatre chapelles soient Ă©rigĂ©es dans l'Ă©glise, dont "trois dans l'emplacement qu'occupaient les tombeaux des rois des trois races" et la quatriĂšme pour la quatriĂšme dynastie dans l'emplacement destinĂ© Ă  la sĂ©pulture des empereurs.

Ces instructions donnĂšrent une impulsion nouvelle aux travaux. Les baies furent garnies de verre blanc recouvert d'un vernis d'argent ou de verres jaunes ou violets qui donnĂšrent Ă  la nef, dit la presse du temps, "une physionomie des plus augustes". L'ancien caveau des Bourbons (chapelle d'Hilduin) fut transformĂ© en caveau impĂ©rial : la brĂšche des violeurs de tombe fut remplacĂ©e par une porte de bronze.

En 1809, NapolĂ©on Ier dĂ©cida que l'ancienne abbaye deviendrait une maison d'Ă©ducation de la LĂ©gion d'honneur. L'abbaye fut amĂ©nagĂ©e par l'architecte Peyre le jeune. Il conserva la salle capitulaire, ajourd'hui salle de Dessin, construisit une nouvelle chapelle Ă  l'emplacement de l'ancienne, transforma les cellules en dortoirs[7]. L'Ă©cole fut inaugurĂ©e le 1er juillet 1811 ; NapolĂ©on Ier et Marie-Louise lui rendirent visite le 5 aoĂ»t suivant.

De mĂȘme, en 1809, sur ordre de NapolĂ©on Ier, furent lancĂ©s les travaux de construction d'une nouvelle sacristie indispensable au service canonial . Elle se situe au flanc Sud du choeur, selon un axe oblique imposĂ© par la prĂ©sence des anciens bĂątiments abbatiaux. Jacques Cellerier mĂšne le gros oeuvre : c'est un parallĂ©lipipĂšde rectangle couvert d'un berceau en plein cintre et Ă©clairĂ© par deux lunettes hĂ©micirculaires dans l'axe longitudinal. Le dĂ©cor, les chapiteux et les colonnes doriques, la frise, les caissons de la voĂ»te furent sculptĂ©s par MĂ©ziĂšre en 1810 et 1811 ; Roguier y rĂ©alisa des anges en bois qui avaient toutefois Ă  l'origine Ă©tĂ© prĂ©vus en plomb. Au-dessus de la porte fut posĂ© un saint Denis revĂȘtu de ses habits pontificaux. Vivant Denon prĂ©conisa que le caveau impĂ©rial qui avait Ă©tĂ© recouvert de peinture rapidement dĂ©gradĂ©es par l'humiditĂ© soit revĂȘti de marbre pour ses murs et de porcelaine blanche couvertes d'abeilles d'or pour ses voĂ»tes.

AprĂšs la visite effectuĂ©e par le comte de Montalivet, ministre de l'intĂ©rieur, le 2 mai 1811, et Ă  l'inspiration de Vivant Denon[8], un projet de dĂ©coration pour la nouvelle sacristie fut arrĂȘtĂ© : dix toiles encastrĂ©es dans des compartiments rĂ©servĂ©s entre les colonnes doriques, cĂ©lĂ©braient l'histoire de Saint-Denis. Ce programme Ă©tait destinĂ© au regard des chanoines-Ă©vĂȘques et des visiteurs de marque. NapolĂ©on y apparaĂźt comme le continuateur des rois des premiĂšres dynasties. Il comptait d'ailleurs bien effacer les traces des violences et du dĂ©sordre rĂ©volutionnaires. Le souvenir des Bourbons en est totalement Ă©cartĂ©.

Le programme fut toutefois modifiĂ©. En effet, le cardinal Fesch, oncle de l'empereur, s'opposa Ă  un des tableaux qu'il jugeait non fondĂ© historiquement et portant atteinte Ă  la dĂ©cence et aux bonnes moeurs. Il s'agit de "Pierre le VĂ©nĂ©rable apportant le corps d'AbĂ©lard Ă  Saint-Denis". Alors lui fut prĂ©fĂ©rĂ© : "Le couronnement de Marie de MĂ©dicis". La rĂ©alisation de l'ensemble ne fut pas achevĂ©e avant 1823. Dans l'intervalle, le retour des Bourbons et quelques dĂ©fections d'artistes entrainĂšrent des changements de sujets et de peintres.

En 1811, l'empereur demanda la rĂ©alisation d'un appartement au rez-de-chaussĂ©e de la maison d'Ă©ducation, "pour les grandes cĂ©rĂ©monies". Il demanda que les noms des rois qui ont eu leur sĂ©pulture Ă  Sain-Denis soient gravĂ©s sur des tables de bronze ou de marbre[9]. AprĂšs avoir hĂ©sitĂ© Ă  faire installer Ă  nouveau les monuments funĂ©raires des rois, il renonça Ă  cette idĂ©e, finalement mise en Ɠuvre sous la restauration. OpposĂ© Ă  ce que l'on donne Ă  la dĂ©coration trop funĂ©raire, NapolĂ©on Ier fit enlever les ajouts de marbre noir ou blanc[10].

La restauration de la Basilique au XIXe siĂšcle

Projet de Viollet-le-Duc pour la reconstruction de la façade de l'église.

En 1816, Louis XVIII demanda Ă  Alexandre Lenoir de les remettre dans la basilique rĂ©habilitĂ©e en 1816. Le 19 janvier 1817, Louis XVIII fit ramener les restes de ses prĂ©dĂ©cesseurs, rĂ©cupĂ©rĂ©s dans les fosses, dans la crypte de la basilique, oĂč ils sont rassemblĂ©s (car la chaux a empĂȘchĂ© leur identification) dans un ossuaire scellĂ© par des plaques de marbre sur lesquelles sont inscrits les noms des personnages inhumĂ©s. L'ossuaire est situĂ© dans la crypte, dans l’ancien caveau oĂč se trouvait jusqu'en 1793 le corps de Turenne (sous l’ancienne chapelle de Notre-Dame-la-Blanche).

Par la suite, les travaux de restauration furent lancés, pour aboutir à l'état que nous connaissons aujourd'hui, notamment sous la direction d'EugÚne Viollet-le-Duc qui avait par ailleurs entrepris la restitution de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, elle aussi profanée.

Trois architectes ont dirigé à la restauration de la basilique de 1813 à 1879.

  • 1813 - 1819 : Jacques Cellerier fut le premier Ă  rĂ©utiliser le style gothique depuis l'achĂšvement de la CathĂ©drale Sainte-Croix d'OrlĂ©ans. La basilique Saint-Denis se vit ainsi dotĂ©e d'une chapelle gothique richement dĂ©corĂ©e.
  • 1813 - 1846 : François Debret. C'est sous sa direction que des lĂ©zardes apparaissent dans la tour nord reconstruite sous ses ordres aprĂšs avoir Ă©tĂ© frappĂ©e par la foudre en 1837 (celle-ci menaçant la stabilitĂ© de l’édifice sera par la suite dĂ©montĂ©e par Viollet-le-Duc). Suite Ă  cette mĂ©saventure, il paraĂźt Ă©vident que l'Ă©cole des Beaux-Arts ne forme pas des architectes capables d'intervenir sur les bĂątiments anciens. De lĂ  dĂ©coulera l'idĂ©e d'une formation spĂ©cifique pour les architectes qui se destinent Ă  intervenir sur les monuments historiques classĂ©s Ă  cette Ă©poque.
  • 1846 - 1879 : EugĂšne Viollet-le-Duc. Il reprend en main l'Ă©difice et le sauve sans doute de la ruine, en achevant la restauration et en gommant une partie des interventions de Debret, jugĂ©es fantaisistes. C'est lui qui rĂ©organise les tombes royales telles qu'elles se trouvent encore actuellement. Il fait appel au ferronnier d'art Pierre François Marie Boulanger pour rĂ©aliser de nombreux travaux de serrurerie et de ferronnerie, pour restaurer et complĂ©ter la crĂȘte en plomb au sommet des combles et forger deux crosses de suspension selon ses dessins[11]. C'est l'enduit qu'a fait apposer Viollet-le-Duc qui a rendu la façade de la Basilique si noire, avec le temps. Des tests pour un nouvel enduit sont rĂ©alisĂ©s depuis rĂ©cemment par endroits, sur la façade. Ainsi une rĂ©novation de la façade aura lieu prochainement. Viollet-le-Duc projeta Ă©galement de reconstruire la façade occidentale, comme en tĂ©moigne un dessin de janvier 1860. Mais trop coĂ»teuse, cette derniĂšre opĂ©ration ne put ĂȘtre menĂ©e Ă  bien avant sa mort.

Outre les nombreuses Ɠuvres d'art liĂ©es Ă  la nĂ©cropole, la basilique abrite Ă©galement le premier orgue construit par Aristide CavaillĂ©-Coll. Cet instrument, conçu en 1840 par ce facteur d'orgues alors ĂągĂ© de vingt-trois ans, comportait un nombre considĂ©rable d'innovations qui en faisaient un prototype unique au monde, ouvrant l'Ăšre de l'orgue romantique (bien qu'il s'inscrive encore largement dans la tradition de l'orgue classique français). DotĂ© de soixante-neuf jeux rĂ©partis en trois claviers et pĂ©dalier (mais sur quatre plans sonores manuels), il a Ă©tĂ© conservĂ© presque intĂ©gralement dans son Ă©tat d'origine, et est sans doute l'un des plus beaux instruments de France.

Sous le Second Empire, Napoléon III décida que la basilique Saint-Denis abriterait sa sépulture, celle de son épouse et de ses successeurs, à la différence des autres princes de la famille impériale, auxquels serait affectée la crypte de l'église Saint-Augustin[8]. Ce nouveau caveau impérial n'était pas celui prévu par Napoléon Ier, l'ancienne chapelle d'Hilduin dont Louis XVIII fit un caveau royal. En 1859, il fit donc aménager par EugÚne Viollet-le-Duc un nouveau caveau impérial situé à l'ouest du précédent, sous le maßtre-autel. Cette trÚs grande chapelle souterraine fut démolie en 1952.

L'Ă©glise au XXe siĂšcle

Un ensemble de fouilles furent conduite par Sumner Mc Knight Crosby[12], de 1939 Ă  1977, par Jules FormigĂ© puis par Édouard Salin[13] et Olivier Meyer[14] depuis la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle.

En 1966, la basilique a été promue cathédrale lors de la création du diocÚse de Saint-Denis.

En 1992, sous l'impulsion du maire communiste de Saint-Denis, Marcelin Berthelot (maire de 1971 Ă  1991), fut constituĂ© un ComitĂ© pour la reconstruction de la tour et de la flĂšche nord. Le maire mit pour la premiĂšre fois la question Ă  l'ordre du jour du conseil municipal le 25 juin 1987. Pour la premiĂšre fois depuis plus d'un siĂšcle, un mouvement populaire, soutenu par la municipalitĂ© de Saint-Denis, appelle Ă  l'achĂšvement d'un Ă©difice parmi les plus importants du Moyen Âge et au rĂ©tablissement d'un signe chargĂ© de sens, non seulement pour les chrĂ©tiens, mais aussi pour tous les habitants de la ville quelle que soit leur appartenance religieuse. Avant son dĂ©montage en 1847, la flĂšche Nord Ă©tait le symbole de la ville de Saint-Denis. Depuis 1987, la question de la reconstruction de la tour et de la flĂšche nord revient rĂ©guliĂšrement dans l'actualitĂ©.

La dĂ©gradation de la Basilique au XXIe siĂšcle

Si la basilique a bénéficié de plusieurs campagnes de restauration depuis le dix-neuviÚme siÚcle et qu'au début du vingt-et-uniÚme siÚcle, plusieurs vitraux ont fait l'objet de nettoyage, la dégradation de la nécropole n'a pas été interrompue pour autant.

Ainsi, malgré la réfection du chevet, le maire de Saint-Denis a déploré à l'occasion des Journées du Patrimoine 2006 l'absence de projets de réfection de la façade sud (14 millions d'euros), de la pierre et des portails romans de la façade ouest, alors que des vitraux ont été remplacés en 2003 par du plastique[15].

De plus, sous l’effet des travaux de construction du RER B, qui ont profondĂ©ment modifiĂ© le cours de riviĂšres souterraines, le sanctuaire royal est minĂ© par une sĂ©rie d’infiltrations dont l’action se conjugue Ă  la dissĂ©mination des sels de salpĂȘtre et Ă  la pollution moderne[16]. La soliditĂ© des caveaux est gravement fragilisĂ©e et nombre de monuments funĂ©raires sont dĂ©tĂ©riorĂ©s sous l’effet de l’humiditĂ©. Les ossuaires de tous les rois de France scellĂ©s en 1817 par des plaques de marbre sont victimes de graves infiltrations[17].

Par ailleurs, les cercueils de la crypte des Bourbons sont particuliĂšrement dĂ©tĂ©riorĂ©s. Certains sont posĂ©s sur de simples trĂ©teaux, d’autres ont Ă©tĂ© brisĂ©s et Ă©ventrĂ©s sous l’effet de l’humiditĂ©, laissant apparaĂźtre des ossements. La crypte n’est pas du tout mise en valeur, la grille d’accĂšs en est fermĂ©e, il n’y a aucun Ă©clairage ou information destinĂ©e au public[18].

En outre, aucun plan de sauvetage n’a Ă©tĂ© programmĂ© pour prĂ©server un site qui, par ailleurs, ne bĂ©nĂ©ficie plus, depuis vingt ans, des crĂ©dits budgĂ©taires qui lui permettraient de financer la reprise d’un chantier de fouilles pourtant jugĂ©es prometteuses par de nombreux historiens. Les chantiers de fouilles archĂ©ologiques du sous-sol sont arrĂȘtĂ©s depuis les annĂ©es 1990. Des sarcophages mĂ©rovingiens, comme le cercueil intact de la Reine ArĂ©gonde, n’ont pas fait l’objet d’études approfondies. En effet, les spĂ©cialistes souhaiteraient pouvoir accĂ©der au sous-sol de l’entrĂ©e oĂč se trouve la tombe du roi PĂ©pin, pĂšre de Charlemagne. Certains archĂ©ologues ont proposĂ© d’utiliser les camĂ©ras utilisĂ©es par les Ă©gyptologues pour Ă©tudier les nĂ©cropoles royales des Pharaons et les Pyramides[16].

Enfin, le projet d’inscrire la basilique de Saint-Denis et sa nĂ©cropole royale au patrimoine mondial de l’UNESCO semble bloquĂ© alors que la basilique est la premiĂšre Ă©glise construite dans le style dit gothique du monde[16].

Maquette reprĂ©sentant l'abbaye au XIXe siĂšcle.
Les grandes orgues de la basilique.
Le projet de François Mansart pour la chapelle des Bourbons.

Le trésor de Saint-Denis

Constitution du trésor

Le monastĂšre, de par sa renommĂ©e fut Ă  la tĂȘte d'un trĂ©sor, l'un des grands contributeurs fut Suger. Du fait de son statut de nĂ©cropole des rois de France, dĂ©finitivement acquis sous les CapĂ©tiens directs, la basilique fut un lieu de travail pour les artistes au service de l'alliance entre la royautĂ© française et l'Église catholique. Les rois enrichirent progressivement le trĂ©sor qui Ă©tait sans doute le plus riche d'Occident avec celui de Saint-Marc de Venise et qui attirait avant la rĂ©volution beaucoup de visiteurs français et Ă©trangers. Le trĂ©sor Ă©tait dans un bĂątiment d'un Ă©tage, sur le flanc sud de la basilique : il fut dĂ©truit au dĂ©but du XIXe siĂšcle.

En 1706, Dom Félibien représenta dans un ouvrage les cinq armoire du trésor (à la veille de la révolution, il y avait huit armoires). Si la tombe de Saint-Louis, ouvrage d'orfÚvrerie, a été détruite par l'envahisseur anglais lors de la guerre de Cent Ans, la plupart des atteintes au patrimoine de cette église sont beaucoup plus récentes. De fait, périodes de dégradations et de restaurations se succÚdent depuis la Révolution française qui dispersa et détruisit la majeure partie des piÚces du trésor.

Le trésor de l'église contenait les regalia, objets symbolisant la souveraineté et utilisés lors du sacre[19], dont de nombreux sceptres et couronnes. Les deux couronnes du sacre du roi et de la reine étaient des piÚces particuliÚrement prestigieuses.

Les couronnes du trésor

Le 14 aoĂ»t 1193, le roi Philippe Auguste Ă©pouse en seconde noce Ingelburge de Danemark. Le lendemain, elle est sacrĂ©e ; pour l'occasion le roi porte couronne. En 1223, le roi lĂšgue par un testament (conservĂ© Ă  l'abbaye) sa couronne ainsi que celle de la reine au trĂ©sor de saint Denis. Peu aprĂšs Louis VIII et Blanche de Castille sont couronnĂ©s Ă  Reims avec ces deux couronnes. Le roi ne respecte pas les volontĂ©s de son pĂšre et dĂ©cide moyennant une importante somme d'argent au moine de rĂ©cupĂ©rer les deux couronnes. En 1226, Louis IX monte sur le trĂŽne. En 1261, ce dernier dĂ©cide de rendre dĂ©finitivement Ă  l'abbaye de Saint-Denis les deux couronnes indiquant par un texte qu'elles furent faite pour le sacre des roi est des reines et que les jours de fĂȘte solennelle elles soient suspendue par des chaÏnettes au-dessus de l'autel matitutinal. C'est ainsi que ces deux couronnes du roi et de la reine furent intĂ©grĂ©es au trĂ©sor de l'Ă©glise.

L'inventaire du trĂ©sor de 1534 en donne une description prĂ©cise de la couronne du roi : elle Ă©tait d'or massif et pesait avec l'ensemble des pierres du bonnet et des chaines d'argent prĂšs de quatre kilogrammes. Cette couronne possĂ©dait une coiffe intĂ©rieure de forme conique et qui Ă©tait surmontĂ©e par un rubis de 200 carats. C'est le roi Jean II qui fit rĂ©aliser cette coiffe de couleur cramoisie. En 1547, Henri II fit refaire un nouveau bonnet doublĂ© de satins. En 1590, le duc de Mayenne s'empare de la couronne et la fond pour en tirer de l'argent et financer la Ligue catholique.

Par la suite, c'est la couronne de reine qui était quasiment identique qui servit pour les sacres. Ces deux couronnes furent appelées successivement[20] "couronne de Charlemagne".

Une autre couronne royale était dite abriter une épine de la couronne de Jésus-Christ et constituait avec le saint clou une des piÚces principales du trésor de l'église. Au Moyen Age, on l'appelait sainte couronne puis on prit l'habitude de l'appeler couronne de saint Louis[21]. Elle servit pour le sacre de Jean II et celui d'Anne de Bretagne et fut détruite avec les autres couronnes du trésor, comme celle dite de Charlemagne, celle de Jeanne d'Evreux et celle d'Henri IV[22].

Autres piÚces célÚbres du trésor

L'aigle de Suger.

Souvent constitués de parties antiques réutilisées, d'éléments de différentes époques assemblés, restaurés et modifiés au cours du temps, la classification proposée ici est purement indicative.

  • Les vases de Suger :
  • Les insignes royaux :
    • Joyeuse (Ă©pĂ©e) et Ă©perons (musĂ©e du Louvre)
    • Sceptre de Charles V (musĂ©e du Louvre)
    • Couronne de sacre de Louis XV (musĂ©e du Louvre)
    • le sceptre Ă  la rose des reines de France (disparu pendant les guerres de religion)
    • le sceptre dit de saint Louis (en argent dorĂ©, datant de vers 1300, dotĂ© d'un sommet en forme de feuillage et Ă©tait en argent dorĂ©)

L'autel matutinal

L'autel matutinal.

L'autel matutinal de l'Ă©glise Ă©tait cĂ©lĂšbre pour sa splendeur. Une peinture du MaĂźtre de Saint Gilles permet de se le reprĂ©senter prĂ©cisĂ©ment. La messe de Saint Gilles constitue une source de premier ordre sur l’organisation de l'espace entourant l'autel matutinal Ă  la fin du Moyen Age. On y trouvait une succession spectaculaire d’autels, de croix monumentales et de tombes, marquant l’axe du chƓur liturgique.

Selon la tradition dyonisienne, c’est le pape Etienne II qui aurait consacrĂ© le 28 juillet 754 l’autel majeur ou grand autel, dĂ©diĂ© aux apĂŽtres Pierre et Paul. Charles II le Chauve l’avait ornĂ© par devant du fameux panneau d’or repoussĂ© et gemmĂ© que Suger fit complĂ©ter sur les trois autres cĂŽtĂ©s. Au-dessus de la table d’autel s’élevait la cĂ©lĂšbre croix dite de « Saint Eloi Â».

Suger le dĂ©signait comme autel des saints martyrs « sanctorum martyrium altaria Â», autel du Saint Sauveur « sancti Salvatoris altare Â», ou autel principal « principale beati Dionysii altare Â».

A la suite d’un remaniement, sans doute au XVe siĂšcle, le panneau d’or de Charles II le Chauve qui ornait le devant de l’autel, fut montĂ© en retable.

Charles VI offrit Ă  l’abbaye la chĂąsse de saint Louis. Il fut montĂ© en 1398 sur le ciborium derriĂšre l’autel majeur.

Une balustrade en bois sculptĂ© fermait le chƓur Ă©levĂ© au-dessus de la crypte. Deux portes Ă©taient situĂ©es derriĂšre l’autel ; l’une permettait d’accĂ©der Ă  la chapelle Saint-DĂ©mĂštre de la crypte et l’autre au chƓur supĂ©rieur.

La vasque du cloĂźtre

La vasque du cloĂźtre des moines de Saint-Denis avait un diamĂštre d'environ 3,80 mĂštres ; cette Ɠuvre du XIIIe siĂšcle Ă©tait situĂ©e dans le pavillon du lavabo du cloĂźtre abbatial. Elle servait Ă  la fois de lieu d'ablutions pour les moines et de point de ravitaillement en eau. Ce cĂ©lĂšbre lavabo Ă©tait constituĂ© d'un bassin circulaire, d'une vasque supportĂ©e par des colonnettes et d'une fontaine. La vasque, bombĂ©e, permettait l'Ă©vacuation de l'eau par une sĂ©rie d'orifices, ornĂ©s de petits personnages, rĂ©partis rĂ©guliĂšrement sur tout le pourtour.

Lors de la RĂ©volution française, elle est sauvĂ©e par Alexandre Lenoir (1761-1893) qui l'exposa dans son musĂ©e des Monuments français installĂ© dans le couvent des petits-Augustins, Ă  Paris. Sous le Premier Empire, il fut envisagĂ© d'intĂ©grer cette vasque dans la nouvelle fontaine des Invalides oĂč elle aurait cohabitĂ©e avec le lion de Saint Marc de Venise mais l'architecte Guillaume Trepsat n'utilisa finalement pas la lavabo des moines.

Depuis 1954, la vasque est déposée dans l'orangerie abbatiale, réserve lapidaire de la basilique.

Galerie

Vues extérieures de la basilique Saint-Denis
Tombeaux de la basilique Saint-Denis
Vitraux de la basilique Saint-Denis
Quelques éléments encore existants du trésor de Saint-Denis
Portails de la basilique Saint-Denis

La nécropole de la Basilique

Monuments funéraires (non leurs tombes) de Louis XVI et Marie-Antoinette, par Edme Gaulle et Pierre Petitot en 1830.

DĂšs le Bas-Empire, un cimetiĂšre gallo-romain est attestĂ© sur le site de Saint-Denis. Au IVe siĂšcle, un mausolĂ©e fut Ă©levĂ© Ă  l'emplacement du maĂźtre-autel actuel et fit dĂ©jĂ  l'objet d'un culte. Puis, vers 475[2], sainte GeneviĂšve acheta les terres alentours et fit construire une Ă©glise pour y abriter la sĂ©pulture de saint Denis, premier Ă©vĂȘque de Paris martyrisĂ© au IIIe siĂšcle.

Cette Ă©glise est devenue une nĂ©cropole royale dĂšs les origines de la royautĂ© française puisque la reine ArĂ©gonde, bru de Clovis Ier, y repose. Dagobert fut le premier roi Ă  se faire inhumer en ce lieu ;son gisant est placĂ© dans le chƓur central et c'est le seul Ă  ĂȘtre positionnĂ© sur le cĂŽtĂ© et regardant en direction des reliques de saint Denis.

La Nécropole royale de Saint-Denis, abrite les tombes de nombreux souverains francs et français, depuis Dagobert Ier jusqu'à Louis XVIII. Cette nécropole se trouve dans la basilique de Saint-Denis. Mais si quelques rois mérovingiens puis carolingiens y établirent leur dernier séjour, c'est avec les Robertiens et les Capétiens, que la nécropole royale installée dans l'église de Saint-Denis acquiert son statut défintif de lieu de rassemblement des sépultures royales. Ainsi, les rois capétiens, à l'exception de Philippe Ier, de Louis VII et Louis XI y reposÚrent tous.

Progressivement, la nécropole reçut les sépultures, non seulement des rois et reines, mais aussi des membres de la famille royale, ainsi que de grands serviteurs du royaume que les rois voulaient honorer en les autorisant à reposer auprÚs d'eux.

L'Ă©glise du sacre des reines de France

Les sacres des reines de France eurent lieu en général à la basilique. Selon le Cérémonial du sacre des rois de France, de Pons Augustin Alletz paru à Paris en 1775, il y eut 29 princesses sacrées reine de France

Moins ritualisĂ©, le sacre de la reine n'Ă©tait pas systĂ©matique et peut avoir lieu des annĂ©es aprĂšs son accession au trĂŽne. Participant Ă  la dignitĂ© royale, mais Ă  un degrĂ© moindre que son Ă©poux, la reine communiait sous les deux espĂšces, Ă©tait ointe (Ă  deux endroits seulement et pas avec le baume de la sainte ampoule), dotĂ©e d'un petit sceptre et d'une couronne. Mais, exclue de la fonction souveraine, elle ne prĂȘtait pas serment, ne recevait ni les signes de l'autoritĂ© ni les habits sacerdotaux.

Le sacre reflĂšte bien la dualitĂ© de son statut : soulignant son caractĂšre royal qui la place au-dessus de la sociĂ©tĂ©, il marque aussi les limites de sa position d'exception, signifiant qu'elle n'est pas investie du pouvoir. La derniĂšre reine sacrĂ©e Ă  Saint-Denis, Marie de MĂ©dicis, l'est en 1610. On peut citer les sacres Ă  Saint-Denis de :

Le musée de la Basilique

Actuellement, la basilique est divisĂ© en trois espaces, dont les deux premiers sont ouverts au public :

  • la nef et les bas-cĂŽtĂ©s qui servent toujours la fonction d'Ă©glise, et oĂč ont lieu les cĂ©rĂ©monies catholiques ;
  • le transept, le chƓur et le dĂ©ambulatoire, ainsi que la crypte, accueillent un musĂ©e oĂč sont exposĂ©s les tombeaux des rois et reines de France, ainsi que de plusieurs de leurs serviteurs. Le musĂ©e est fermĂ© pendant les cĂ©rĂ©monies religieuses. On y remarque surtout les mausolĂ©es de Louis XII, d’Anne de Bretagne, de François Ier et de Henri II.
  • le dĂ©pĂŽt lapidaire de la basilique regroupe dans l'ancienne orangerie et dans le jardin se trouvant Ă  l'est du chevet de nombreuses piĂšces qui pourraient ĂȘtre mises en valeur dans le cadre d'un espace d'exposition. Le contenu du dĂ©pĂŽt lapidaire pourrait constituer le noyau de la constitution d'un musĂ©e de l'abbaye et centre d'interprĂ©tation semblables Ă  ceux existant Ă  l'abbaye de Westminster.

Les abbés du monastÚre

Le premier abbé mentionné est Dodon en 627, jusqu'à Dom François Verneuil en 1792.

Article dĂ©taillĂ© : Liste des abbĂ©s de Saint-Denis.

Notes et références

  1. ↑ a et b MinistĂšre de la Culture, base MĂ©rimĂ©e, « Notice no PA00079952 Â» sur www.culture.gouv.fr.
  2. ↑ a et b Ville de Saint-Denis : Saint Denis mort vers 250
  3. ↑ Ville de Saint-Denis : ArĂ©gonde.
  4. ↑ Alain Erlande-Brandenburg, BaptĂȘme de Clovis, son Ă©cho Ă  travers l'histoire - Clovis et les souverains mĂ©rovingiens : leur mĂ©moire visuelle au XIIe et XIIIe siĂšcles, Presses Paris Sorbonne, 1997, p. 798.
  5. ↑ Georges Poisson, NapolĂ©on chez les rois de France Ă  Saint-Denis, dans : Revue NapolĂ©on 1er, n° 31, mars-avril 2005, p. 41.
  6. ↑ Georges Poisson, NapolĂ©on chez les rois de France Ă  Saint-Denis, dans : Revue NapolĂ©on 1er, n° 31, mars-avril 2005, p. 42 et 43.
  7. ↑ Georges Poisson, NapolĂ©on chez les rois de France Ă  Saint-Denis, dans : Revue NapolĂ©on 1er, n° 31, mars-avril 2005, p. 45.
  8. ↑ a et b Georges Poisson, NapolĂ©on chez les rois de France Ă  Saint-Denis, dans : Revue NapolĂ©on 1er, n° 31, mars-avril 2005, p. 44.
  9. ↑ Georges Poisson, NapolĂ©on chez les rois de France Ă  Saint-Denis, dans : Revue NapolĂ©on 1er, n° 31, mars-avril 2005, p. 46.
  10. ↑ Georges Poisson, NapolĂ©on chez les rois de France Ă  Saint-Denis, dans : Revue NapolĂ©on 1er, n° 31, mars-avril 2005, p. 47.
  11. ↑ Raymond Subes, Pierre Boulanger, Ă©d. Presses du Compagnonnage, Paris, 1961.
  12. ↑ Sumner Mc Knight Crosby, L'Abbaye royale de Saint-Denis, 130 photographies de Pierre Devinoy, Ă©d. P. Hartmann, 1953, 192 pages.]
  13. ↑ Édouard Salin, Les tombes gallo-romaines et mĂ©rovingiennes de la Basilique de Saint-Denis (fouilles de janvier-fĂ©vrier 1957), Ă©d. Imprimerie nationale, 1958.
  14. ↑ Olivier Meyer, ArchĂ©ologie urbaine Ă  Saint-Denis, Ă©d. Maison des jeunes et de la culture de Saint-Denis, 1979, 68 pages.
  15. ↑ Le Journal de Saint-Denis n°673, 20-26 septembre 2006.
  16. ↑ a, b et c Le Figaro Magazine, n° 20454 du vendredi 7 mai 2010, page 65.
  17. ↑ Le Figaro Magazine, n° 20454 du vendredi 7 mai 2010, page 62.
  18. ↑ Le Figaro Magazine, n° 20454 du vendredi 7 mai 2010, page 63.
  19. ↑ Alain Erlande-Brandenburg, Le roi est mort, 1975, p. 85.
  20. ↑ HervĂ© Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siĂšcles, P.S.R. Ă©ditions, 2004, p. 294.
  21. ↑ HervĂ© Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siĂšcles, P.S.R. Ă©ditions, 2004, p. 291 et 292.
  22. ↑ HervĂ© Pinoteau, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siĂšcles, P.S.R. Ă©ditions, 2004, p. 293.

Annexes

Liens internes

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Liens externes

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Bibliographie

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