Barrage

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Barrage
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Barrage Hoover, √Čtats-Unis
Barrage de Limmern (canton de Glaris, Suisse)
√Čvacuateur de crues du barrage de Matsumoto (pr√©fecture de Nagano, Japon)
L'écologie des berges des plans d'eau artificiels peut être perturbée par variations brutales de niveau.

Un barrage est un ouvrage d'art construit en travers d'un cours d'eau et destin√© √† r√©guler le d√©bit du cours d'eau et/ou √† en stocker l'eau pour diff√©rents usages tels que : contr√īle des crues, irrigation, industrie, hydro√©lectricit√©, pisciculture, r√©serve d'eau potable, etc.

Par extension, on appelle barrage tout obstacle plac√© sur un axe de communication et destin√© √† permettre un contr√īle sur les personnes et/ou les biens qui circulent (barrage routier, barrage militaire). Toutefois, il n'existe pas de d√©finition uniforme du terme ¬ę barrage ¬Ľ. Le seul recensement existant est celui des ¬ę grands barrages ¬Ľ r√©guli√®rement tenu √† jour par la Commission internationale des grands barrages (CIGB).

Quand le barrage est submersible, on parle plut√īt de chauss√©e, seuil ou de digue ; ce dernier terme est √©galement pr√©f√©r√© √† celui de barrage lorsqu'il s'agit de canaliser un flot et non de cr√©er une √©tendue d'eau stagnante.

Un barrage fluvial permet par exemple la r√©gulation du d√©bit d'une rivi√®re ou d'un fleuve (favorisant ainsi le trafic fluvial), l'irrigation des cultures, une pr√©vention relative des catastrophes naturelles (crues, inondations), par la cr√©ation de lacs artificiels ou de r√©servoirs. Un barrage autorise aussi, sous certaines conditions, la production de force motrice (moulin √† eau) et d'√©lectricit√© - on parle alors de barrage hydro√©lectrique -, √† un co√Ľt √©conomique acceptable, le co√Ľt environnemental √©tant plus discut√© ; voir √† ce sujet la fragmentation √©copaysag√®re, ph√©nom√®nes d'envasement √† l'amont du barrage, d√©gradation de la qualit√© de l'eau.

Toutefois, plus un projet est ambitieux, plus ses cons√©quences sont lourdes : en noyant des vall√©es enti√®res, la construction d'un barrage peut provoquer √† la fois des bouleversements humains en for√ßant des populations enti√®res √† se d√©placer, et avoir un impact √©cologique non n√©gligeable en changeant fondamentalement l'√©cosyst√®me local. Dans la plupart des cas, la loi ou le droit coutumier imposent un d√©bit r√©serv√© (d√©bit minimal r√©serv√© aux usagers de l'aval et pour le maintien de l'√©cosyst√®me aquatique et des esp√®ces en d√©pendant).

Sommaire

Histoire

Le barrage romain de Cornalvo en Espagne est toujours utilisé après deux millénaires.
Chapelets d'√©tangs cr√©√©s par des barrages sur petits cours d'eau, du Moyen √āge au XVIIIe si√®cle (France, d'apr√®s la carte de Cassini)

Les barrages existent probablement depuis la préhistoire (réserve d'eau potable, d'irrigation, viviers, piscicultures).

D'après N. Schnitter-Reinhardt, le plus ancien barrage connu serait un barrage poids construit près de Jawa, en Jordanie, construit vers la fin du 4e millénaire avant J.-C.[1] Hérodote cite un barrage construit par le pharaon Ménès, fondateur de la première dynastie, à Kosheish, pour alimenter la ville de Memphis.

La premi√®re rupture de barrage connue est celui de Sadd El Kaffara, sur le Wadi Garawi, 30 km au sud du Caire. Elle se serait produite entre 2650 et 2465 avant J.-C. C'est probablement la rupture de ce barrage qui en a arr√™t√© la construction pendant un mill√©naire[2].

Les Romains ont construit des barrages : par exemple, deux barrages en Espagne, dans la r√©gion de M√©rida, les barrages de Proserpina et de Cornalvo, d'une hauteur de 12 √† 19 m, construits vers 25 avant J.-C., ou encore, au Portugal, le barrage romain de Belas.

Mais c'est au Moyen √āge qu'ils se sont fortement d√©velopp√©s en Europe pour alimenter les moulins √† eau. Il semble qu'ils aient parfois pu s'appuyer sur des s√©diments accumul√©s en amont d'emb√Ęcles naturels, ou sur les lieux de barrages de castors dont la toponymie conserve des traces (par exemple en France avec le mot bief et bi√®vre (ancien nom de castor) qui pourraient √™tre li√©s, ou avec des noms de communes tels que Beuvry (un des anciens noms de castor) ou Labeuvri√®re (la ¬ę castori√®re ¬Ľ). Les cartes anciennes, de Cassini par exemple, portent t√©moignage des nombreux barrages de petites rivi√®res faits par les paysans ou les moines locaux, pour conserver l'eau et y √©lever du poisson ou pour le rouissage du lin ou du chanvre.

En conservant des volumes d'eau et une hauteur d'eau plus importante en saison s√®che, ces barrages ont √©galement pu tamponner les fluctuations estivales des nappes (car toutes choses √©gales par ailleurs, c'est la hauteur d'eau qui contr√īle la vitesse de percolation, cf. Loi de Darcy).

Quelques exemples de grands barrages dans le monde

Barrage sur la Toutle River (comt√© de Cowlitz, √Čtat de Washington (√Čtats-Unis), √©difi√© en 1986-1989 par le g√©nie militaire am√©ricain non pas pour retenir de l'eau mais pour stocker une partie des s√©diments provenant de l'√©ruption majeure du volcan de Mont Saint Helens en 1980.

Techniques de construction

Généralités

Un barrage est soumis √† plusieurs forces. Les plus significatives sont :

Pour r√©sister √† ces forces, deux strat√©gies sont utilis√©es :

  • construire un ouvrage suffisamment massif pour r√©sister par son simple poids, qu'il soit rigide (barrage-poids en b√©ton) ou souple (barrage en remblai) ;
  • construire un barrage capable de reporter ces efforts vers des rives ou une fondation rocheuse r√©sistantes (barrage-vo√Ľte, barrage √† vo√Ľtes multiples‚Ķ).

√Čl√©ments de calcul

Un barrage est soumis à une force horizontale liée à la pression exercée par l'eau sur sa surface immergée. La pression hydrostatique p en chaque point est fonction de la hauteur d'eau au-dessus de ce point.

p = ŌĀgh

o√Ļ ŌĀ est la masse volumique de l'eau, environ 1000 kg/m¬≥ ; g est la pesanteur, environ 9,81 m/s¬≤ ; h est la hauteur d'eau au-dessus du point consid√©r√©.

La force F résultante est l'intégrale des pressions hydrostatiques s'exerçant sur la surface immergée du barrage.

F=\int_{S} p\,\mathrm dS

Cette formule ne s'int√®gre pas ¬ę √† la main ¬Ľ pour les barrages √† g√©om√©trie compliqu√©e. En revanche, une expression analytique peut √™tre obtenue pour un √©l√©ment de barrage poids (un ¬ę plot ¬Ľ, de largeur L, et de hauteur immerg√©e constante H) :

F = \rho g L \int_{0}^{H} h\,\mathrm dh

d'o√Ļ :

F=\rho g L \frac{H^2}{2}

On voit dans cette formule que la pouss√©e exerc√©e par l'eau sur un barrage augmente avec le carr√© de la hauteur de la retenue (ce qui est vrai pour tout type de barrage). Elle ne d√©pend bien s√Ľr pas du volume d'eau stock√© dans la retenue. Le point d'application de cette force se situe au barycentre du diagramme des pressions, soit g√©n√©ralement au tiers de la hauteur de retenue.

Les calculs ci-dessus ne concernent que les barrages en mat√©riaux rigides (b√©ton, ma√ßonnerie‚Ķ), quel que soit leur type (poids, vo√Ľte, contreforts‚Ķ). En revanche l'int√©gration par plots n'int√©resse que les barrages de type poids ou contreforts, qui sont r√©gis par la statique du solide. Pour les vo√Ľtes, les efforts √©tant report√©s lat√©ralement par des m√©canismes de flexion et de compression, un calcul par plots ne prenant en compte que les forces verticales n'est pas suffisant et il est n√©cessaire de recourir √† la r√©sistance des mat√©riaux (D√©formation √©lastique) et souvent √† des m√©thodes num√©riques avanc√©es (m√©thode des √©l√©ments finis lin√©aires voire non-lin√©aires).

En revanche, en ce qui concerne les barrages en matériaux meubles (sol, terre, enrochements, remblais…), les calculs sont apparentés à des calculs de stabilité de pente des talus qui doivent prendre en compte l'état saturé ou non de ces remblais.

√Čtudes hydrauliques

En hydraulique, le modèle réduit est très utilisé pour les études de mécanique des fluides des ouvrages tels que ports, digues, barrages, etc. On utilise dans ces cas-là la similitude du nombre de Froude. Des modèles numériques bi- ou tridimensionnels sont également souvent utilisés.

Types de barrages

Barrage poids

Un barrage-poids √©vid√© : le barrage amont d'Aussois en Savoie
Barrage poids

Un barrage poids est un barrage dont la propre masse suffit à résister à la pression exercée par l'eau. Ce sont des barrages souvent relativement épais, dont la forme est généralement simple (leur section s'apparente dans la plupart des cas à un triangle rectangle. On compte deux grandes familles de barrages-poids, les barrages poids-béton, et les barrages en remblais (ces derniers n'étant d'ailleurs généralement pas qualifiés de barrage-poids, mais de barrage en remblais).

M√™me si les barrages vo√Ľtes ou √† contrefort n√©cessitent moins de mat√©riaux que les barrages poids, ces derniers sont encore tr√®s utilis√©s de nos jours. Le barrage-poids en b√©ton est choisi lorsque le rocher du site (vall√©e, rives) est suffisamment r√©sistant pour supporter un tel ouvrage (sinon, on recourt aux barrages en remblais), et lorsque les conditions pour construire un barrage vo√Ľte ne sont pas r√©unies (cf. ci-dessous). Le choix de la technique est donc d'abord g√©ologique : une assez bonne fondation rocheuse est n√©cessaire. Mais il faut √©galement disposer des mat√©riaux de construction (granulats, ciment) √† proximit√©.

La technologie des barrages-poids a √©volu√©. Jusqu'au d√©but du XXe si√®cle (1920-1930), les barrages-poids √©taient construits en ma√ßonnerie (il existe beaucoup de barrages de ce type en France, notamment pour l'alimentation en eau des voies navigables). Plus tard, c'est le b√©ton conventionnel qui s'est impos√©.

Depuis 1978, une nouvelle technique s'est substituée au béton conventionnel. Il s'agit du béton compacté au rouleau. C'est un béton (granulats, sable, ciment, eau) avec peu d'eau, qui a une consistance granulaire et pas liquide. Il se met en place comme un remblai, avec des engins de terrassement. Il présente le principal avantage d'être beaucoup moins cher que le béton classique.

Le barrage de la Grande-Dixence en Suisse, exploité par Alpiq, est le plus haut barrage-poids du monde (285 m).

Barrage en remblais

Long de 2 123 m, le barrage KA-5 est un ouvrage en enrochement de 47 m de hauteur qui ferme le bras Ouest de la rivi√®re Caniapiscau, dans le nord du Qu√©bec. Le barrage est form√© d'un noyau de moraine, de plusieurs filtres en pierre tamis√©e, le tout √©tant recouvert d'une couche de blocs d'un m√®tre. Son volume est 5 620 000 m3[3].

On appelle barrages en remblais tous les barrages constitués d'un matériau meuble, qu'il soit très fin ou très grossier (enrochements).

Cette famille regroupe plusieurs catégories, très différentes. Les différences proviennent des types de matériaux utilisés, et de la méthode employée pour assurer l'étanchéité.

Le barrage homogène est un barrage en remblai construit avec un matériau suffisamment étanche (argile, limon). C'est la technique la plus ancienne de barrages en remblais.

Le barrage √† noyau argileux comporte un noyau central en argile (qui assure l'√©tanch√©it√©), √©paul√© par des recharges constitu√©es de mat√©riaux plus perm√©ables. Cette technique poss√®de au moins deux avantages sur le barrage homog√®ne : (1) les mat√©riaux de recharge sont plus r√©sistants que les mat√©riaux argileux, on peut donc construire des talus plus raides et (2) on contr√īle mieux les √©coulements qui percolent dans le corps du barrage.

Le barrage en à noyau en moraine est souvent utilisé dans les régions marquées par le retrait des glaciers. Ces ouvrages sont généralement constitués d'un noyau imperméable de moraine, récupérée à proximité du site, qui est protégé par des filtres en granulaire. La coupe type d'un barrage en enrochement comprend également une zone de transition située entre le filtre et la recharge[4].

Quelques cousins des barrages √† noyau : les barrages en remblai √† paroi centrale √©tanche (paroi moul√©e en b√©ton, paroi en b√©ton bitumineux).

Plus r√©cente, la famille des barrages √† masque amont. L'√©tanch√©it√© est assur√©e par un ¬ę masque ¬Ľ, construit sur le parement amont du barrage. Ce masque peut √™tre en b√©ton arm√© (il se construit actuellement de nombreux et tr√®s grands barrages en enrochements √† masque en b√©ton arm√©), en b√©ton bitumineux, ou constitu√© d'une membrane mince (les plus fr√©quentes : membrane PVC, membrane bitumineuse).

Le barrage de Mattmark en Suisse, celui de ҆ance en R√©publique tch√®que sont de ce type. En France, le barrage de Serre-Pon√ßon (deuxi√®me plus grande retenue d'Europe) est un barrage en remblai. Les barrages en enrochement sont les plus fr√©quents dans le parc de barrage d'Hydro-Qu√©bec. Ils repr√©sentent 72 % des 600 barrages exploit√©s par l'entreprise en 2002[5].

Barrage vo√Ľte

Article principal : Barrage vo√Ľte.
Barrage vo√Ľte
Un barrage-vo√Ľte : le barrage de Monteynard

La pouss√©e de l‚Äôeau est report√©e sur les flancs de la vall√©e au moyen d'un mur de b√©ton arqu√© horizontalement, et parfois verticalement (on la qualifie alors de vo√Ľte √† double courbure).

La technique de barrage-vo√Ľte n√©cessite une vall√©e plut√īt √©troite (m√™me si des barrages-vo√Ľtes ont √©t√© parfois construits dans des vall√©es assez larges, poussant cette technologie √† ses limites) et un bon rocher de fondation. M√™me lorsque ces conditions sont r√©unies, le barrage-vo√Ľte est aujourd'hui souvent concurrenc√© par les barrages-poids en b√©ton ou le barrage en enrochements, dont la mise en Ňďuvre peut √™tre davantage m√©canis√©e.

Par le peu de matière utilisée, c'est évidemment une technique très satisfaisante économiquement.

Cependant, la plus grande catastrophe de barrage v√©cue en France (Malpasset, au-dessus de Fr√©jus, le 2 d√©cembre 1959) concernait un barrage-vo√Ľte en cours de mise en eau ; c'est la fondation (et non pas le barrage lui-m√™me) qui n'a pas support√© les efforts appliqu√©s par la retenue.

Avant cet accident (et, pour certains, aujourd'hui encore), la vo√Ľte est consid√©r√©e comme le plus s√Ľr des barrages. Malpasset est le seul cas connu de rupture d'un barrage-vo√Ľte.

On rencontre aussi des barrages avec plusieurs vo√Ľtes comme le barrage de l'Hongrin en Suisse.

Barrage contreforts ou multivo√Ľtes

Les vo√Ľtes multiples et contreforts du barrage Daniel-Johnson.
Barrage contreforts

Lorsque les appuis sont trop distants, ou lorsque le matériau local est tellement compact qu'une extraction s'avère presque impossible, la technique du barrage à contreforts permet de réaliser un barrage à grande économie de matériaux.

Le mur plat ou multivo√Ľtes (Vezins, Migo√ęlou ou Bissorte) en b√©ton s‚Äôappuie sur des contreforts en b√©ton arm√© encastr√©s dans la fondation, qui reportent la pouss√©e de l‚Äôeau sur les fondations inf√©rieures et sur les rives.

Un des exemples le plus important de ce type est le barrage Daniel-Johnson au Qu√©bec, compl√©t√© en 1968 dans le cadre du projet Manic-Outardes. Haut de 214 m et large de 1 312 m, le barrage, con√ßu par Andr√© Coyne[6], est soutenu par deux contreforts centraux √©cart√©s par 160 m √† leur base. Les 13 vo√Ľtes lat√©rales forment des demi-cylindres inclin√©s qui ont 76 m d'entraxe. Au-del√† des consid√©rations esth√©tiques, Hydro-Qu√©bec a choisi de construire un barrage en vo√Ľtes et contreforts pour des raisons √©conomiques. Selon les √©tudes de conception, la construction de l'ouvrage a requis un peu plus de 2,2 millions de m¬≥ de b√©ton, soit cinq fois moins qu'un barrage poids[7].

Barrages mobiles à aiguilles

Syst√®me Poir√©e : 1 = aiguille,2 = appui, 3 = passerelle, 4 = fermette, 5 = pivot, 6 = heurtoir, 7 = radier
Barrage √† aiguilles de Givet - D√©pose d'une aiguille

Le barrage mobile ou √† niveau constant, a une hauteur limit√©e ; il est g√©n√©ralement √©difi√© en aval du cours des rivi√®res, de pr√©f√©rence √† l‚Äôendroit o√Ļ la pente est la plus faible. On utilise g√©n√©ralement ce type de barrage dans l‚Äôam√©nagement des estuaires et des deltas.

Selon le type de construction le barrage mobile peut √™tre :

Barrage à aiguilles, Fumay, Ardennes
  • Le barrage √† aiguilles, cr√©e par l‚Äôing√©nieur Charles Antoine Fran√ßois Poir√©e en 1834, qui, s‚Äôinspirant des anciens pertuis, √©tendit le syst√®me sur toute la largeur du cours ; am√©liorant consid√©rablement la navigation fluviale d√®s la moiti√© du XIXe si√®cle. Le premier fut √©tabli par Charles Antoine Fran√ßois Poir√©e sur l'Yonne, √† Basseville, pr√®s de Clamecy (Ni√®vre). Le syst√®me Poir√©e consiste en un rideau de madriers mis verticalement c√īte √† c√īte barrant le lit du fleuve. Ces madriers ou aiguilles d‚Äôune section de 8 √† 10 cm et longues de 2 √† 4 m, selon les barrages, viennent s‚Äôappuyer contre un butoir (ou heurtoir) du radier (sur le fond) et sur une passerelle m√©tallique constitu√©e de fermettes. Ces fermettes peuvent pivoter pour s‚Äôeffacer sur le fond en cas de crue et laisser le libre passage aux eaux. Les fermettes sont reli√©es entre elles par une barre d‚Äôappui qui retient les aiguilles et une barre de r√©union, de plus elles constituent la passerelle de manŇďuvre. Les aiguilles √† leur sommet pr√©sentent une forme qui permet une saisie ais√©e. N√©anmoins c‚Äôest un travail fastidieux, long et dangereux (il faut plusieurs heures et le travail de plusieurs hommes pour mener √† bien la t√Ęche). Bien que ce type de barrage soit remplac√© par des techniques plus modernes et automatiques ; sur certains barrages encore existants, les aiguilles de bois sont remplac√©es par des aiguilles en aluminium remplies de polystyr√®ne (pour la flottabilit√© en cas de chute dans la rivi√®re), d‚Äôun poids bien moindre et plus facilement manŇďuvrable.
  • √Ä effacement sur le fond de la rivi√®re (seuil (barrage)) pour permettre l‚Äô√©coulement total ou en position interm√©diaire pour cr√©er un d√©versoir.

Barrages mobiles à battant

1 = battant, 2 = d√©versoir, 3 = vanne √† volet, 4 = vanne √† secteur
  • √Ä battant √† axe horizontal avec possibilit√© d‚Äô√©chapper en a√©rien lorsque le d√©bit devient critique, ce qui √©vite de constituer un obstacle √† l'√©coulement des eaux en temps de crue. Ce type de barrage est g√©n√©ralement employ√© pour emp√™cher l'eau sal√©e de remonter l'estuaire, comme √† Volta Scirocco en Italie.
    • La partie fixe correspond √† une plate-forme (ou radier) √©tanche.
    • Une grande vanne √† secteur, qui en position de fermeture totale d√©termine un battant qui s‚Äôappuie sur la plate-forme, pendant qu'en position de soul√®vement complet, il laisse l'√©coulement compl√®tement libre.
    • Une vanne √† volet, mont√©e sur la g√©n√©ratrice sup√©rieure de la vanne √† secteur, qui permet de r√©gler l‚Äô√©coulement dans le d√©versoir et le niveau d‚Äôeau d√©sir√© en amont du barrage. L'√©coulement de l'eau peut se produire par le dessous du battant lorsque la vanne √† secteur inf√©rieure est soulev√©e (ce qui permet aussi de nettoyer la surface de la plate-forme), ou bien par le dessus en d√©versoir, lorsque la vanne sup√©rieure √† volet est abaiss√©e.
Vanne par gravit√© : A = lagune, B = mer, 1 = socle b√©ton, 2 = battant de vanne, 3 = air inject√©, 4 = eau expuls√©e
  • Barrage mobile √† gravit√©, d‚Äôun fonctionnement th√©oriquement tr√®s simple, la vanne √† gravit√© ne comporte que peu d‚Äô√©l√©ments m√©caniques. Il s‚Äôagit d‚Äôun battant, sorte d‚Äôenveloppe creuse articul√©e autour d‚Äôune charni√®re fix√©e sur un socle de b√©ton.
    • En position repos l‚Äôenveloppe se remplit d‚Äôeau et descend de son propre poids sur le radier.
    • En position active, de l‚Äôair inject√© chasse l‚Äôeau et permet au battant de remonter par gravit√©. La hauteur d√©pend de la quantit√© d‚Äôair insuffl√©e.
    • Un tel proc√©d√© est en application dans le Projet Mose qui doit prot√©ger la lagune de Venise des hautes eaux de l‚ÄôAdriatique (Acqua alta).
Nouveau barrage à vannes-clapets en construction à Givet.
  • Barrage mobile √† clapets, d‚Äôun fonctionnement comparable au barrage √† mobile √† gravit√© ci-avant √† la diff√©rence pr√®s qu'il est m√Ľ par deux v√©rins hydrauliques[8] situ√©s de part et d'autre du clapet. Il respecte parfaitement sa fonction : r√©guler l'√©coulement de la rivi√®re pour maintenir un niveau sensiblement constant dans le bief amont. Son principal inconv√©nient est d'√™tre excessivement dangereux pour le touriste nautique. Les poissons ne peuvent le remonter que lorsque la rivi√®re est en hautes eaux et le clapet compl√®tement baiss√©[9].

D'autres types de barrages

Un barrage fait à la main sur un ruisseau.

Il existe d'autres catégories de barrages, en général de taille plus réduite.

Les barrages de stériles miniers sont des barrages construits avec des résidus d'exploitation minière pour créer une zone de stockage de ces stériles. Les barrages sont montés au fur et à mesure de l'exploitation de la mine. Ils s'apparentent aux barrages en remblai.

Les barrages de montagne sont des ouvrages destin√©s √† lutter contre les effets de l'√©rosion torrentielle. Ce sont des ouvrages construits en travers des torrents. Ils peuvent interrompre (partiellement ou compl√®tement) le transport solide ; ils peuvent √©galement fixer le profil en long d'un thalweg en diminuant l'agressivit√© des √©coulements.

Les digues filtrantes sont des ouvrages construits en pierres libres √† travers un talweg ou bas-fond dans lequel des eaux de ruissellement se concentrent lors des grandes pluies. La digue sert √† freiner la vitesse de l'eau des crues, et elle √©pand ces eaux sur une superficie au c√īt√© amont, action par laquelle l'infiltration est augment√©e et des s√©diments sont d√©pos√©s. La superficie inondable constitue un champ cultivable sur laquelle sont obtenus de bons rendements gr√Ęce √† une meilleure disponibilit√© en eau et en √©l√©ments nutritifs pour les cultures comme le sorgho. En m√™me temps, l'√©rosion de ravine dans le talweg est arr√™t√©e ou √©vit√©e[10].

√Čl√©ments constitutifs

Selon le type d'utilisation auquel il est destin√©, le barrage pourra comprendre plusieurs √©l√©ments constitutifs parmi les suivants :

Machines hydroélectriques

Article d√©taill√© : turbine.

Instrumentation et outils de contr√īle

Déversoirs de crue

Le déversoir du réservoir de Kangaroo Creek en Australie-Méridionale, lors de la crue de novembre 2005.

Le d√©versoir est une partie du barrage destin√©e √† √©vacuer un d√©bit depuis le r√©servoir amont vers un canal de d√©charge. Il sera notamment utilis√© en cas de crue qui pourrait mettre en p√©ril le barrage en faisant augmenter le niveau amont de mani√®re excessive. Certains d√©versoirs de crue sont √©quip√©s de syst√®me de vannes permettant de contr√īler le d√©bit restitu√© ; les autres d√©versoirs, dits ¬ę √† seuil libre ¬Ľ, sont plus fiables en regard des ruptures ou des pannes m√©caniques. Le d√©versoir est l'un des principaux syst√®mes assurant la s√©curit√© des ouvrages. Il existe plusieurs types de d√©versoirs parmi lesquels : le d√©versoir principal qui permet d'√©vacuer les crues les plus courantes, les d√©versoirs auxiliaires qui permettent d'√©vacuer les exc√©dents de d√©bit du d√©versoir principal, le d√©versoir d'urgence qui est d√©fini pour √©vacuer les crues exceptionnelles (pouvant aller jusqu'√† des crues d'occurrence tr√®s faible, avec des p√©riodes de retour de plus de 10 000 ans pour certains ouvrages). La conception d'un d√©versoir doit r√©pondre √† arbitrage entre : les dimensions du d√©versoir, la quantit√© d'eau stock√©e et la quantit√© d'eau √©vacu√©e. Plus cette derni√®re est grande, plus le d√©versoir doit √™tre large ou profond. Le d√©versoir peut √™tre confront√© √† des probl√®mes d'√©rosion, parfois li√©s √† la cavitation ou √† la turbulence, qui peuvent entra√ģner sa destruction.

La gestion de la crue est un arbitrage entre le débit envoyé en aval, et le risque de noyer l'amont de la retenue par la montée des eaux retenues. La réglementation française impose de ne pas aggraver le débit maximum (pic) de la crue.

Bassins dissipateur d'énergie

Article d√©taill√© : Bassin de dissipation.

Sert à dissiper l'énergie présente dans l'eau circulant dans le canal de décharge. Le bassin dissipateur d'énergie permet de prévenir l'érosion à l'aval.

Vie des barrages

Entretien des barrages

Accumulation de débris naturels et anthropiques contre le mur d'un barrage.
Les restes du barrage de Malpasset, d√©truit le 2 d√©cembre 1959.

Un barrage n'est pas un simple mur plus ou moins solide. Il n'est pas inerte et fait l'objet surveillance sismologique et technique sous plusieurs critères. L'ouvrage vit, travaille et se fatigue en fonction des efforts auxquels il est soumis.

Tout barrage peut √™tre expos√© √† 4 types de risque :

  • les d√©fauts de maintenance et de contr√īle, eu √©gard √† l'obsolescence des mat√©riaux ;
  • les crues ;
  • les accidents de terrain, mouvements ou glissements ;
  • les s√©ismes, celui de r√©f√©rence se situant √† 3,5 sur l'√©chelle de Richter.

L'obsolescence des mat√©riaux est principalement li√©e √† la d√©gradation du mat√©riau b√©ton, qui peut √™tre sujet √† deux maladies : l'alcali-r√©action (dont souffre le barrage du Chambon, en France) et la r√©action sulfatique interne (dont souffre le barrage de Bimont, en France)[11].

G√©n√©ralement, on estime qu'au cours du 20e si√®cle, 1 % des barrages √† travers le monde se sont rompus[11].

Pour des raisons de maintenance des ouvrages, les barrages sont r√©guli√®rement inspect√©s. Chaque ann√©e, l'aspect ext√©rieur du barrage est examin√©, et p√©riodiquement (tous les 10 ans en France) la retenue d'eau est vid√©e afin de permettre l'acc√®s √† la fois √† la partie inf√©rieure de l'ouvrage et aux √©quipements (conduites d'eau, grilles, vannes, etc.).

Les ouvrages intéressant la sécurité publique sont également auscultés, par des capteurs permettant de mesurer leurs comportements (mesures de déplacements, de pression d'eau, de débit…). De son état dépend la sécurité des populations installées en aval.

Pour autant la probabilit√© de rupture est extr√™mement faible : statistiquement, une rupture par an sur un parc mondial de 16 000 barrages, Chine exclue. En Europe, la probabilit√© est encore plus basse. En fait le danger est le plus √©lev√© au moment du premier remplissage, le risque √©tant cependant bien moins √©lev√© pour les ouvrages en b√©ton que pour ceux en remblais.

En France, les dispositions r√©glementaires relatives √† la s√©curit√© et √† la s√Ľret√© des ouvrages hydrauliques sont assur√©es par le d√©cret 2007-1735 du 11 d√©cembre 2007. Ce dernier a √©tabli une nouvelle classification des digues et barrages et a clarifi√© les mesures √† prendre pour assurer leur contr√īle, leur mise s√©curit√© et leur maintenance.

Les barrages construits dans les Alpes, dans les ann√©es 1950 et 1960, au plus fort de l'√Ęge d'or de la houille blanche, sont aujourd'hui parvenus dans une phase de vieillissement qui n√©cessite des frais de maintenance de plus en plus √©lev√©s. EDF estime que la plupart des ouvrages hydrauliques atteignent seulement la moiti√© de leur esp√©rance de vie mais a annonc√© un important programme d'investissements pour la maintenance et la r√©habilitation. Selon le rapport de l'OPCEST (office parlementaire d‚Äô√©valuation des choix scientifiques et technologiques) fran√ßais du 9 juillet 2009, les principales inqui√©tudes r√©sident moins dans les grands ouvrages que dans la multitude de petits barrages en France pour lesquels les niveaux d'entretien et de contr√īle sont insuffisants.

Catastrophes

Un d√©faut de conception ou d'entretien peut conduire √† une catastrophe : si le barrage c√®de alors que la retenue d'eau est relativement importante, un raz-de-mar√©e peut d√©ferler sur les populations vivant en aval, plus ou moins canalis√© par la topographie du cours d'eau sur lequel le barrage √©tait implant√© (voir l'article Catastrophe). En France, une telle catastrophe a eu lieu en 1959 pr√®s de Fr√©jus, au Barrage de Malpasset.

Le film La Folie des hommes (2001) relate les d√©boires du barrage de Vajont, en Italie, au d√©but des ann√©es 1960. Tir√© d'un fait r√©el, le film montre les causes et l'encha√ģnement des √©v√®nements qui conduisirent √† un glissement de terrain de 270 millions de m√®tres cubes dans les eaux du lac de retenue du barrage. La vague gigantesque qui s'ensuivit fit 2 000 victimes, le 9 octobre 1963.

La principale catastrophe li√©e a un barrage est la rupture du barrage de Banqiao en Chine en 1975 qui causa la mort de 26 000 personnes directement √† cause de l'inondation.

Séismes

Les séismes font partie des événements susceptibles de nuire à la stabilité des barrages.

Cependant, historiquement, les ruptures causées par des séismes sont très peu nombreuses comparées à celles dues à des défauts de conception.

En France, les grands barrages font l'objet d'une simulation informatique de comportement dans le cas du plus fort s√©isme historique connu dans la r√©gion (souvent estim√© d'apr√®s des documents anciens, mais n'allant pas bien au-del√† de 500 ans environ). Ainsi le s√©isme de r√©f√©rence dans les Pyr√©n√©es est celui du 21 juin 1660, de magnitude estim√©e autour de 6 et dont l'intensit√© a √©t√© de IX √† Bagn√®res-de-Bigorre). Un tel s√©isme causerait aujourd'hui des d√©g√Ęts importants dans les Hautes-Pyr√©n√©es, mais serait n√©anmoins support√© par tous les grands barrages[r√©f. n√©cessaire].

Les ruptures les plus fr√©quentes ont concern√© des ouvrages en remblai de taille mod√©r√©e, construits avec des mat√©riaux sableux ou silteux, ou fond√©s sur des sols de cette nature ; il peut en effet se d√©velopper dans ce cas un ph√©nom√®ne appel√© thixotropie, qui fait perdre toute r√©sistance au sable ou au silt satur√©.

Le contr√īle des barrages en France

La s√Ľret√© de fonctionnement des barrages est de la responsabilit√© civile et p√©nale de ses exploitants. N√©anmoins, compte tenu du risque et de l'ampleur des cons√©quences potentielles, le domaine est contr√īl√© par des services d'√Čtat. Les barrages situ√©s dans les concessions hydro√©lectriques font partie du Domaine Public Hydro√©lectrique. Les DREAL (ex-DRIRE, division √Čnergie) sont en charge de la tutelle de ces ouvrages appartenant √† l'√Čtat et confi√©s par concession √† un am√©nageur / exploitant. Les MISE (Mission Interservice sur l'Eau, au sein des DDEA) sont en charge des ouvrages r√©alis√©s et exploit√©s sous le r√©gime de l'autorisation (petite hydro√©lectricit√©, et ouvrages sans utilisation √©nerg√©tique).

Apr√®s la catastrophe de Malpasset (2 d√©cembre 1959), le Minist√®re des Travaux Publics a r√©dig√© la circulaire n¬į 70-15 du 14 ao√Ľt 1970, encadrant les missions des services de contr√īles et les obligations des exploitants. Le minist√®re de l'Industrie a compl√©t√© la circulaire 70-15 par une circulaire BMI (barrages de moyenne importance) le 23 mai 1995, applicable aux seuls ouvrages conc√©d√©s. Parall√®lement, a √©t√© cr√©√© le CTPB en 1963 (Comit√© technique permanent des barrages), r√©unissant les plus grands experts fran√ßais, et depuis 1992 les plus grands barrages sont soumis √† un PPI (plan particulier d'intervention) o√Ļ sont analys√©s les risques (dont les s√©ismes et les glissements de type barrage de Vajont).

Avec l'ouverture du march√© de l'√©lectricit√© et le changement de statut des principaux exploitants (EDF, CNR, SHEM) les circulaires devenaient inefficaces, et apr√®s r√©flexion commune une r√©glementation nouvelle a √©t√© d√©finie par le d√©cret n¬į 2007-1735, reprenant en les accentuant les dispositions mises en place pour ausculter les barrages et analyser leur comportement.

En premier lieu, le d√©but de l'ann√©e 2008 voit le classement de tous les barrages, hydro√©lectriques ou non, en 4 classes :

  • A pour les barrages de plus de 20 m de hauteur au-dessus du terrain naturel ;
  • B pour les barrages de plus de 10 m et dont le rapport BMI est sup√©rieur √† 200 ;
  • C pour les barrages de plus de 5 m et dont le rapport BMI est sup√©rieur √† 20 ;
  • D pour les autres barrages de hauteur sup√©rieure √† 2 m.

Ce rapport [Contradiction !] BMI = H2 . V1/2 [Contradiction !], o√Ļ H est la hauteur maximale au-dessus du terrain naturel et V le volume (en millions de m√®tres cubes) retenu par le barrage, conjugue le risque (hauteur) et les cons√©quences d'une rupture √©ventuelle (volume). Il a √©t√© introduit par Andr√© Goubet, ancien pr√©sident du CTPB, d√®s 1995 pour un √©largissement du classement de l'√©poque, dont d√©cembre 2007 est le dernier d√©veloppement.

Les barrages de classe A font l'objet tous les 10 ans d'une √©tude de dangers (EDD), un examen technique complet (ETC, rempla√ßant l'ancienne visite d√©cennale) et une revue de s√Ľret√© (RPS). Les barrages de classe B font l'objet d'une √©tude de dangers tous les 10 ans.

Tous les barrages class√©s (A, B, C et D) doivent disposer :

  • d'une consigne de crue ;
  • d'une consigne d'auscultation et de surveillance (CSA) ;
  • d'un dispositif d'auscultation adapt√©.

Ils font l'objet :

  • d'un rapport annuel de l'exploitant, incluant tous les faits notables pour la s√Ľret√© ;
  • d'une analyse biennale des mesures d'auscultation ;
  • d'une d√©claration syst√©matique de tout √©v√©nement significatif pour la s√Ľret√© hydraulique (EISH).

Démantèlement des barrages

Le démantèlement d'un barrage n'est pas affaire d'écologie, mais d'atteinte de la limite de vie du barrage, même si cela permet, en partie, aux écosystèmes fluviaux de fonctionner de manière plus satisfaisante. L'investissement initial réalisé par le constructeur, toujours pour satisfaire un besoin de service public (eau potable, irrigation, électricité) avec des moyens de développement durable, n'a pas vocation à être abandonné ou détruit. On notera l'absence de financement de ces démantèlements pour l'usage piscicole (essentiellement de loisir), et l'absence de planification de moyens durables de remplacement de la production d'énergie ainsi perdue.

En France, le barrage de Pout√®s (Haute-Loire) pourrait ainsi √™tre d√©mantel√©. Le premier barrage hydro√©lectrique √† avoir √©t√© d√©mantel√© est celui de Kernansquillec √† Ploun√©vez-Mo√ędec dans les C√ītes d'Armor. ¬ę En 1996, la d√©molition du barrage hydro-√©lectrique, une premi√®re en France sur une rivi√®re √† saumons, a permis au paysage englouti de refaire surface ¬Ľ[12].

De m√™me, parce que ne satisfaisant plus aux obligations de s√©curit√© publique, le barrage du Piney (eau potable, ma√ģtrise d'ouvrage communale) √† Saint-Chamond a √©t√© mis en s√©curit√© en 2000 par percement d'un pertuis au pied du barrage.

Conséquences environnementales

Article d√©taill√© : Impact environnemental des barrages.
Les grands barrages sont de puissants facteurs de fragmentation écologique pour les poissons migrateurs.

Impacts négatifs

Un barrage peut g√©n√©rer une fragmentation √©cologique, lorsqu'il est un frein ou blocage √† la migration d'esp√®ces aquatiques. Il y a dans certains pays obligation depuis quelques ann√©es sur les ouvrages neufs (en France, sur les rivi√®res class√©es ¬ę migrateurs ¬Ľ depuis la Loi ¬ę P√™che ¬Ľ n¬į 84-512 du 29 juin 1984) de cr√©er des √©chelles √† poissons. Celles-ci sont encore rares sur les ouvrages anciens ou sur les rivi√®res o√Ļ la pr√©sence d'esp√®ces migratrices n'est pas identifi√©e. R√©ciproquement, certains ouvrages sont √©quip√©s sans obligation, par la volont√© de l'exploitant. Certaines √©chelles √† poissons mal con√ßues ou mal construites peuvent se r√©v√©ler peu efficaces. Le transport des poissons en camion est parfois la solution alternative retenue, par exemple sur la Garonne entre Carbonne et Camon, o√Ļ l'encha√ģnement de cinq barrages importants aurait n√©cessit√© des √©quipements on√©reux, et un trajet tr√®s √©prouvant pour le migrateur. Les poissons sont donc ¬ę pi√©g√©s ¬Ľ √† une extr√©mit√© de la cha√ģne, identifi√©s et transport√©s par camion-citerne √† l'autre extr√©mit√©.

Un barrage peut générer des modifications hydrauliques, lorsqu'il bouleverse le débit naturel et saisonnier du cours d'eau, affecte le niveau des nappes et le transfert des matières en suspension et sédiments. Il a des effets différés sur les écosystèmes d'une vaste zone en raison de l'inondation de la zone amont, et de la forte modification du régime d'écoulement des eaux de la zone aval, ainsi que de la modification de la qualité des eaux provoquée par la retenue.

Un barrage peut g√©n√©rer une modification des structures √©cologiques et faciliter des ¬ęinvasions biologiques¬Ľ. Un √©cosyst√®me sub-naturel et plus ou moins √©quilibr√© se reconstitue dans ces zones plus ou moins rapidement (en l'espace d'environ 30 ans, l'√©cosyst√®me serait recr√©√© √† 99 %[r√©f. n√©cessaire], y compris en aval dans les anciennes zones ass√©ch√©es). N√©anmoins, cet √©cosyst√®me n'est jamais identique √† celui d'origine : la disparition des courants en amont, et la tr√®s forte diminution du d√©bit en aval, ainsi que la disparition ou le lissage des d√©bits saisonniers provoque g√©n√©ralement la disparition de certaines esp√®ces autochtones. De plus, une √©tude[13] publi√©e en septembre 2008 a confirm√© aux √Čtats-Unis que dans les bassins versants, les milieux artificiels que sont les lacs de retenues √©taient beaucoup plus propices au d√©veloppement d‚Äôesp√®ces aquatiques dites ¬ę invasives ¬Ľ que les lacs naturels, Cette √©tude a cherch√© √† corr√©ler dans la r√©gion des grands lacs l‚Äôimportance des invasions biologiques avec la physico-chimie de la masse d‚Äôeau, l‚Äôintensit√© et la nature des activit√©s nautiques avec la distribution g√©ographique de cinq esp√®ces non indig√®nes[14]. L‚Äô√©tude a montr√© que le risque d‚Äôinvasion biologique est (pour la r√©gion des grands lacs) de 2,4 √† 300 fois plus √©lev√© dans les lacs de retenue que dans les lacs naturels (vers 2005/2008). Ce risque a augment√© avec les temps, et la menace augmente pour les lacs naturels car l‚Äôaugmentation du nombre de retenues touch√©es a presque partout diminu√© la distance entre eaux ¬ę contamin√©es ¬Ľ et eaux naturelles. C‚Äôest dans ce cas l‚Äôhomme qui joue le r√īle principal de colporteur et en particulier selon Pieter TJ Johnson l'un des auteurs de l'√©tude, les activit√©s de p√™che et de nautisme qui favorisent la diss√©mination de nombreux organismes, dont la moule z√©br√©e (accroch√©e sous les bateaux), les myriophylles invasifs accroch√©s aux remorques porte-bateaux, et les √©perlans arc-en-ciel et une √©crevisse invasive qui a √©t√© utilis√©e comme app√Ęt (aujourd‚Äôhui interdit).

Impacts positifs

Un lac de barrage peut être un accueil d'oiseaux migrateurs, lieux de reproduction de certaines espèces aquatiques,

Un lac de barrage peut am√©liorer les conditions d'√©coulement en √©tiage. De plus en plus, les barrages hydro√©lectriques participent √† un soutien d'√©tiage, permettant une vie estivale de rivi√®res par ailleurs affect√©es par de nombreux pr√©l√®vements (autoris√©s ou non), d'am√©liorer le refroidissement des eaux, et la dilution des pollutions en aval. En France, depuis la m√™me Loi P√™che de 1984, tous les obstacles sur les rivi√®res fran√ßaises doivent obligatoirement laisser dans le cours d'eau 1/40 du module (moyenne de d√©bit), et 1/10 pour tous les ouvrages neufs ou dont le titre est renouvel√©. Afin de mettre fin √† cette situation in√©galitaire (posant de nombreux probl√®mes de variation des d√©bits sur un m√™me cours d'eau), la nouvelle loi sur l'eau et les milieux aquatiques[15] a fix√© au 1er janvier 2014 la date limite de d√©livrance de 1/10 pour tous les ouvrages. Cette LEMA introduit cependant l'exception des barrages de haute chute, assurant le soutien du r√©seau √©lectrique, auxquels le d√©bit r√©serv√© pourra √™tre limit√© √† 1/20 (une liste devant √™tre fix√©e par d√©cret). De m√™me, sur justification par une √©tude adapt√©e, le d√©bit pourra √™tre modul√© sur l'ann√©e (r√©gime r√©serv√©).

Un lac de barrage peut être une source de production d'énergie renouvelable, lorsqu'il s'agit d'un barrage hydroélectrique.

Les barrages d'irrigation ou d'eau potable sont aussi construits pour apporter des bienfaits pour l'agriculture et l'alimentation en eau. Ces impacts doivent donc être pesés au même titre que les inconvénients portés au milieu aquatique ou à la pêche de loisir.

Le saviez vous ?

Annexes

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Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Patrick Le Delliou, Les barrages, conception et maintenance, Presses Universitaires de Lyon, 2003, 270 pages
  2. ‚ÜĎ Jacques Bonnin, L'eau dans l'Antiquit√©. L'hydraulique avant notre √®re, Paris, √Čditions Eyrolles, 1984, 135-149 p. (ISBN 978-2-212-01580-5) 
  3. ‚ÜĎ SEBJ 1987, p. 328-329
  4. ‚ÜĎ SEBJ 1987, p. 70
  5. ‚ÜĎ Hydro-Qu√©bec 2003, p. 14
  6. ‚ÜĎ (en) ¬ę Under the influence - 60 most influential people in the industry ¬Ľ, dans International Water Power and Dam Construction Magazine, 6 octobre 2009 [texte int√©gral (page consult√©e le 2010-08-19)] 
  7. ‚ÜĎ Paul Paradis, Manic-Outardes, Montr√©al, Hydro-Qu√©bec, 1967, p. 16 
  8. ‚ÜĎ M√Ľ par des v√©rins hydrauliques ou √©ventuellement par deux treuils √©tant donn√© que les efforts sur le clapet sont toujours dans le m√™me sens.
  9. ‚ÜĎ VNF : Barrage des quatre chemin√©es
  10. ‚ÜĎ J. C. J. Vlaar, A. J. Wesselink, Am√©nagement de conservation des eaux et des sols par digues filtrantes; exp√©rimentations dans la r√©gion de Rissiam, Burkina Faso, 1986-1989. Tome I: Aspects techniques et agronomiques., Ouagadougou (BF), Comit√© Interafricain d'√©tudes hydrauliques, 1990, 93-90 p. : ill., tab., r√©f. p. 
  11. ‚ÜĎ a et b Christian Kert, La s√©curit√© des barrages en question, Rapport de l'OPCEST (office parlementaire d‚Äô√©valuation des choix scientifiques et technologiques), 9 juillet 2008.
  12. ‚ÜĎ D√©mant√®lement du barrage de Kernansquillec
  13. ‚ÜĎ (en) Pieter TJ Johnson, Julian D Olden et M Jake Vander Zanden, ¬ę Dam invaders: impoundments facilitate biological invasions into freshwaters ¬Ľ, dans Frontiers in Ecology and the Environment, vol. 6, no 7, septembre 2008, p. 357-363 (ISSN 1540-9295) [lien DOI] 
  14. ‚ÜĎ Esp√®ces choisies parce que consid√©r√©es comme tr√®s invasives en Am√©rique du nord et repr√©sentatives de quatre groupes d'organismes aquatiques (plante, crustac√©, poisson, mollusque) ; ce sont un myriophylle eurasiatique, la moule z√©br√©e, un crustac√© spiny water fleas (Bythotrephes longimanus) qui est source d'une r√©duction de la diversit√© planctonique (N.D. Yan, R. Girard, S. Boudreau, ¬ę An introduced invertebrate predator (Bythotrephes) reduces zooplankton species richness ¬Ľ, Ecology Letters, 5, 2002, p. 481‚Äď485), l'√©perlan arc-en-ciel et une esp√®ce introduite d'√©crevisse. Cette √©tude a port√© sur 4 200 lacs naturels et plus de 1 000 lacs de retenue (dans le Wisconsin et le Michigan
  15. ‚ÜĎ LEMA, loi n¬į 2006-1772 du 30 d√©cembre 2006.
  16. ‚ÜĎ Les ouvrages molinologiques de r√©f√©rence

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Barrage de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • barrage ‚ÄĒ [ bara í ] n. m. ‚ÄĘ XIIe; de barrer ‚Üí barre 1 ‚ô¶ Action de barrer (un passage). Le barrage d une rue. Tir de barrage. Loc. Faire barrage √† (qqn, qqch.) :emp√™cher de passer, et fig. d agir (cf. Barrer la route, faire obstacle). 2 ‚ô¶ Ce qui barre, sert ‚Ķ   Encyclop√©die Universelle

  • barrage ‚ÄĒ barrage1 [b…ô r√§zh‚Ä≤, b…ôr√§j‚Ä≤] n. [Fr, in tir de barrage, barrier fire: see BARRAGE2] 1. a curtain of artillery fire laid down to keep enemy forces from moving, or to cover or prepare the way for one s own forces, esp. in attack 2. a heavy,… ‚Ķ   English World dictionary

  • barrage ‚ÄĒ (n.) 1859, action of barring; man made barrier in a stream, from Fr. barrer to stop, from barre bar, from O.Fr. barre (see BAR (Cf. bar) (n.1)). Artillery sense is 1916, from World War I French phrase tir de barrage barrier fire intended to… ‚Ķ   Etymology dictionary

  • Barrage ‚ÄĒ Linen cloth of fine quality in fancy designs, made at Caen. The makers supply three standard cloths, fine, common, small barrage. The figures have the ornament developed with worsted ‚Ķ   Dictionary of the English textile terms

  • barrage ‚ÄĒ [n1] weapon fire battery, blast, bombardment, broadside, cannonade, crossfire, curtain of fire, discharge, enfilade, fire, fusillade, gunfire, hail, salvo, shelling, shower, storm, volley; concept 320 barrage [n2] profusion of something assault,… ‚Ķ   New thesaurus

  • Barrage ‚ÄĒ Bar rage, n. [F., fr. barrer to bar, from barre bar.] (Engin.) An artificial bar or obstruction placed in a river or watercourse to increase the depth of water; as, the barrages of the Nile. [1913 Webster] ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

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  • Barrage ‚ÄĒ (fr., spr. Barrahsch), Br√ľckenzoll, Wegegeld ‚Ķ   Pierer's Universal-Lexikon

  • Barrage ‚ÄĒ (franz., spr. ńĀsch ), Sperre, die einen Weg oder Flu√ü sperrende Schranke; das hier zu erhebende Wegegeld; Sicherung der Lagerf√§sser vor dem Fortrollen durch Querh√∂lzer ‚Ķ   Meyers Gro√ües Konversations-Lexikon

  • Barrage ‚ÄĒ (frz., spr. ahsch), Absperrung (einer Stra√üe, eines Flusses); Schlagbaum; Wegegeld; Sicherung der Lagerf√§sser vor dem Wegrollen durch Querh√∂lzer ‚Ķ   Kleines Konversations-Lexikon

  • Barrage ‚ÄĒ (frz. ‚Äďasch), Weggeld, Br√ľckenzoll, die Strebh√∂lzer am Fa√üboden ‚Ķ   Herders Conversations-Lexikon


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