Barbey D'Aurevilly

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Barbey D'Aurevilly

Jules Barbey d'Aurevilly

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Jules AmĂ©dĂ©e Barbey d’Aurevilly
Jules Barbey d'Aurevilly par Émile LĂ©vy.
Jules Barbey d'Aurevilly par Émile LĂ©vy.

Activité(s) Romancier, Essayiste, Critique, Journaliste
Naissance 2 novembre 1808
DĂ©cĂšs 23 avril 1889
Genre(s) réalisme, fantastique, surnaturalisme, dandysme

Jules Barbey d’Aurevilly, (Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Basse-Normandie, 2 novembre 1808 - Paris, 23 avril 1889) est un Ă©crivain français ; surnommĂ© le « ConnĂ©table des lettres Â», il a contribuĂ© Ă  animer la vie littĂ©raire française de la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle. Il a Ă©tĂ© Ă  la fois romancier, nouvelliste, poĂšte, critique littĂ©raire, journaliste et polĂ©miste.

NĂ© au sein d’une ancienne famille normande, Jules Barbey d’Aurevilly baigne dĂšs son plus jeune Ăąge dans les idĂ©es catholiques, monarchistes et rĂ©actionnaires. Un moment rĂ©publicain et dĂ©mocrate, Barbey finit, sous l’influence de Joseph de Maistre, par adhĂ©rer Ă  un monarchisme intransigeant, mĂ©prisant les Ă©volutions et les valeurs d’un siĂšcle bourgeois. Il revient au catholicisme vers 1846 et se fait le dĂ©fenseur acharnĂ© de l’ultramontanisme et de l’absolutisme, tout en menant une vie Ă©lĂ©gante et dĂ©sordonnĂ©e de dandy. Il thĂ©orise d'ailleurs, avant Baudelaire, cette attitude de vie dans son essai sur le dandysme et George Brummell. Ses choix idĂ©ologiques nourriront une Ɠuvre littĂ©raire, d’une grande originalitĂ©, fortement marquĂ©e par la foi catholique et le pĂ©chĂ©.

A cĂŽtĂ© de ses textes de polĂ©miste, qui se caractĂ©risent par une critique de la modernitĂ©, du positivisme ou des hypocrisies du parti catholique, on retient surtout, mĂȘme s'ils ont eu une diffusion assez limitĂ©e, ses romans et nouvelles, mĂ©langeant des Ă©lĂ©ments du romantisme, du fantastique (ou du surnaturalisme), du rĂ©alisme historique et du symbolisme dĂ©cadent. Son Ɠuvre dĂ©peint les ravages de la passion charnelle (Une vieille maĂźtresse, 1851), filiale (Un prĂȘtre mariĂ©, 1865 ; Une histoire sans nom, 1882), politique (Le Chevalier des Touches, 1864) ou mystique (L’EnsorcelĂ©e, 1855). Son Ɠuvre la plus cĂ©lĂšbre aujourd'hui est son recueil de nouvelles Les Diaboliques, paru tardivement en (1874), dans lesquelles l’insolite et la transgression, plongeant le lecteur dans un univers ambigu, ont valu Ă  leur auteur d’ĂȘtre accusĂ© d’immoralisme.

Son Ɠuvre a Ă©tĂ© saluĂ©e par Baudelaire et plusieurs Ă©crivains ont louĂ© son talent extravagant, notamment Ă  la fin de sa vie, mais Hugo, Flaubert ou Zola ne l'apprĂ©ciaient pas. Ses « hĂ©ritiers Â» ont pour nom LĂ©on Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau ou Paul Bourget et sa vision du catholicisme exercera une profonde influence sur l’Ɠuvre de Bernanos.

Sommaire

Biographie

Les racines normandes (1808-1816)

Jules-AmĂ©dĂ©e Barbey naĂźt le 2 novembre 1808[1], le jour des Morts, Ă  Saint-Sauveur-le-Vicomte, commune française situĂ©e dans le dĂ©partement de la Manche et la rĂ©gion Basse-Normandie. Jules est l’aĂźnĂ© de trois enfants : LĂ©on (nĂ© en 1809), Édouard (nĂ© en 1810), Ernest (nĂ© en 1811). Son pĂšre ThĂ©ophile Barbey[2] appartient Ă  une famille dont la prĂ©sence Ă  Saint-Sauveur est attestĂ©e dĂšs la fin du XIVe siĂšcle. La famille Barbey accĂšde Ă  la noblesse en 1756, lorsque Vincent Barbey, avocat au bailliage de Valognes, acquiert une charge[3]. Sa mĂšre Ernestine Ango[4], issue d’une famille de bonne bourgeoisie installĂ©e Ă  Caen au XVIe siĂšcle est la fille du dernier bailli de Saint-Sauveur.

Maison familiale Ă  Saint-Sauveur-le-Vicomte.

L’enfance de Barbey se dĂ©roule entre Saint-Sauveur, Valognes et le bord de mer Ă  Carteret, dans une atmosphĂšre conservatrice et ultra : la RĂ©volution a durement touchĂ© les deux familles[5]. Les Barbey vivent dans l’attente du retour Ă  la monarchie, au milieu des souvenirs et des vieilles coutumes normandes. Jules grandit entre une mĂšre peu aimante[6] et un pĂšre austĂšre. Il est attentif aux rĂ©cits de coin du feu de sa vieille bonne Jeanne Roussel et de Louise Lucas-Lablaierie, sa grand-mĂšre : les exploits plus ou moins mythiques de son oncle le chevalier de Montressel, qui se serait illustrĂ© lors des guerres de la chouannerie, impressionnent l’enfant[7].

Les années de formation (1816-1830)

Barbey d’Aurevilly jeune homme, par Martinez, d’aprùs une miniature de Finck.

En 1816, l’admission de Jules est refusĂ©e Ă  l'Ă©cole militaire[8]. Il poursuit ses Ă©tudes au collĂšge de Valognes. En 1818, il habite chez son oncle le docteur Pontas-DumĂ©ril[9], un esprit libĂ©ral qui encourage l’émancipation intellectuelle et morale de son neveu - dans les Diaboliques, Barbey peindra son oncle sous les traits du docteur Torty[10]. Cet ancien maire de Valognes attise son imagination lorsqu’il lui confie les dĂ©tails intimes et croustillants des personnalitĂ©s de la ville - le « dessous des cartes Â» de la haute sociĂ©tĂ© valognaise[11]. Son cousin Edelestand du MĂ©ril, un poĂšte et philosophe Ă©rudit, lui communique son admiration pour Walter Scott, Lord Byron, Robert Burns, ainsi que son goĂ»t pour l’histoire et la mĂ©taphysique[12].

En 1823, Barbey compose sa premiĂšre Ɠuvre, une Ă©lĂ©gie Aux hĂ©ros des Thermopyles, dĂ©diĂ©e Ă  Casimir Delavigne et qu’il publie l’annĂ©e d’aprĂšs[13]. Il compose dans la foulĂ©e un recueil de vers, qu’en 1825 il brĂ»le de dĂ©pit faute d’avoir pu l’éditer. En 1827, il entre en classe de rhĂ©torique au collĂšge Stanislas Ă  Paris. Il y rencontre Maurice de GuĂ©rin avec lequel il noue une amitiĂ©. AprĂšs son baccalaurĂ©at en 1829, il rentre Ă  Saint-Sauveur la tĂȘte pleine d’idĂ©es politiques et religieuses nouvelles, contraires Ă  celles de sa famille. Il souhaite ardemment, contre la volontĂ© de son pĂšre, entamer une carriĂšre militaire mais il cĂšde et accepte de faire son droit Ă  l'universitĂ© de Caen[14]. À la mort de son oncle Jean-François Barbey d’Aurevilly, il refuse temporairement, par conviction rĂ©publicaine, de reprendre la particule[15].

L’élan romantique de la jeunesse (1830-1836)

Portrait par Haussoulier

Vers 1830, Barbey rencontre Guillaume-Stanislas TrĂ©butien[16], libraire Ă  Caen et correspondant essentiel, et tombe amoureux de Louise du MĂ©ril, la femme de son cousin Alfred. Leur liaison est incertaine mais c’est pour Barbey « l’époque de sa vie la plus malheureuse Â»[17]. Il est alors trĂšs marquĂ© par l’influence des romantiques. En 1831, il Ă©crit sa premiĂšre nouvelle Le cachet d’onyx[18] (inĂ©dite jusqu’en 1919, et dont il rĂ©utilisera le dĂ©nouement dans Un dĂźner d’athĂ©es), puis LĂ©a[19] en 1832, publiĂ©e dans l’éphĂ©mĂšre Revue de Caen qu’il a fondĂ©e avec TrĂ©butien et Edelestand du MĂ©ril.

En juillet 1833, Barbey soutient sa thĂšse, Des causes qui suspendent le cours de la prescription, puis s’installe Ă  Paris oĂč il retrouve Maurice de GuĂ©rin. Il fonde en 1834 une Revue critique de la philosophie, des sciences et de la littĂ©rature avec TrĂ©butien et du MĂ©ril, oĂč il publie pendant quelques mois des articles de critique littĂ©raire. Il retourne Ă  Caen en dĂ©cembre dans l’espoir de revoir Louise et Ă©crit lĂ -bas en une nuit La Bague d’Annibal[20], poĂšme en prose d’inspiration byronienne, qui ne trouve acquĂ©reur qu’en 1842. En 1835, il compose un autre poĂšme en prose, AmaĂŻdĂ©e (publiĂ© en 1889), et un roman, Germaine ou La PitiĂ© (qui deviendra Ce qui ne meurt pas en 1883)[21]. En 1836, il rĂ©dige les deux premiers Memoranda Ă  l’intention de GuĂ©rin et rompt avec sa famille.

Le dandy : Sardanapale d’Aurevilly (1836-1845)

Peint en 1840 par Octave Tassaert

De retour Ă  Paris, Barbey vit sur l’hĂ©ritage de son oncle et rĂȘve d’une carriĂšre politique en lisant nombre d’ouvrages historiques. Il collabore au Nouvelliste, un journal politique, rencontre Hugo[22] et se lie avec EugĂ©nie de GuĂ©rin - la trĂšs dĂ©vote sƓur de Maurice. Ses ambitions mondaines l’amĂšnent Ă  composer un personnage de parfait dandy : il s’applique Ă  « se froidir Â», se perfectionne dans l’art de la toilette, frĂ©quente Roger de Beauvoir[23] et le cafĂ© Tortoni, cultive l’ironie, l’art de l’épigramme et le mystĂšre. Il mĂšne une vie dĂ©sordonnĂ©e : il se jette dans les fĂȘtes et les plaisirs, les soirĂ©es noyĂ©es dans l’alcool et enchaĂźne les passades. Il consomme du laudanum pour s’endormir[24] et ses amis le surnomment « Roi des ribauds Â» ou encore « Sardanapale d’Aurevilly Â»[25].

Du dandysme et de George Brummell.

Ses causeries spirituelles lui valent de nombreuses conquĂȘtes et lui ouvrent les portes des salons - il frĂ©quente avidement celui de la marquise Armance du Vallon, qu’il entreprend de sĂ©duire. Cette bataille l’occupe quotidiennement pendant quelques mois, sans succĂšs : elle se rĂ©vĂšle plus dandy que lui. Elle lui inspire une longue nouvelle, L’amour impossible, « tragĂ©die de boudoir Â» publiĂ©e en 1841 et qui passe inaperçue. La mort de GuĂ©rin en 1839 l’affecte profondĂ©ment. Il frĂ©quente le salon Ă  tendance catholique et lĂ©gitimiste de la baronne Amaury de Maistre, niĂšce par alliance de Joseph de Maistre, et en 1842 il collabore au Globe, un journal politique qui publie sa Bague d’Annibal remaniĂ©e. On le dĂ©tache Ă  Dieppe, faire campagne pour le baron Levavasseur, armateur Ă  la fortune considĂ©rable, et qui possĂšde des parts dans le journal[26]. En 1843 il collabore au Moniteur de la Mode sous le pseudonyme de Maximilienne de SyrĂšne et commence son Ă©tude sur Brummell. Il entretient une liaison avec une mystĂ©rieuse Vellini, la future hĂ©roĂŻne d'Une vieille maĂźtresse. Du dandysme et de George Brummell paraĂźt en 1845, Ă©ditĂ© Ă  une trentaine d’exemplaires. L’Ɠuvre est un succĂšs de salon[27]. Il commence un autre ouvrage sur le dandysme, le TraitĂ© de la princesse, manuel de sĂ©duction sous forme d’aphorismes, inspirĂ© du Prince de Machiavel. Il le reprendra souvent pour l’enrichir mais l’ensemble restera inachevĂ©[28].

Le retour à l’enfance et au catholicisme (1845-1851)

AprĂšs une tentative infructueuse pour collaborer Ă  la Revue des Deux Mondes, puis au Journal des DĂ©bats, Barbey passe les annĂ©es 1845/46 Ă  sa Vieille maĂźtresse. Il en compose la moitiĂ© avant de connaĂźtre une panne d’inspiration passagĂšre. Fin 1846 il voyage dans le centre de la France en quĂȘte de fonds pour un projet de SociĂ©tĂ© catholique[29]. Il passe un mois dans le Forez, Ă  Bourg-Argental, thĂ©Ăątre de la future Histoire sans nom, et rĂ©apparaĂźt assagi Ă  la fin de l’annĂ©e : mĂȘme s’il ne pratique pas encore, la lecture de Joseph de Maistre, sa rencontre avec EugĂ©nie de GuĂ©rin, ses Ă©changes avec son frĂšre LĂ©on Barbey d’Aurevilly, qui a embrassĂ© la prĂȘtrise, ont amorcĂ© sa conversion[30]. La lecture des Docteurs du jour devant la famille de Raymond Brucker, paru en 1844, et dans lequel l’auteur raconte son propre retour au catholicisme, a pu aussi jouer un rĂŽle important.[31] Le retour au catholicisme lui renouvelle l’inspiration : l’écrivain de 38 ans qui sent au mĂȘme moment resurgir le passĂ© lointain et les impressions de l’enfance[32] reprend son roman dans de nouvelles dispositions. Il place la seconde partie non plus Ă  Paris mais en Normandie, dans le Carteret de sa jeunesse.

La Revue du Monde catholique, journal ultramontain dont il est rĂ©dacteur en chef, l’occupe constamment en 1847. Il achĂšve son roman Ă  la fin de l’annĂ©e, mais ne peut le publier : la RĂ©volution de 1848 perturbe les dĂ©lais de parution. Dans la confusion qui suit les journĂ©es de fĂ©vrier, il tente de s’adapter Ă  la nouvelle situation et va jusqu’à prĂ©sider un club d’ouvriers durant quelques semaines[33]. La revue cesse de paraĂźtre et Barbey, Ă©cƓurĂ© par le prĂ©sent, se retire dans la solitude pour prĂ©parer des Ɠuvres trĂšs diffĂ©rentes, mais toutes en rapport avec le passĂ©. Il passe le reste de l’annĂ©e et une partie de 1849 Ă  lire et se documenter. Il rĂ©vise Une vieille maĂźtresse, en mĂȘme temps qu’il prĂ©pare un grand article sur Jacques II Stuart[34] et Les prophĂštes du passĂ© - essai de philosophie politique sur Maistre, Bonald, Chateaubriand et Lamennais - ces hommes supĂ©rieurs « qui cherchent les lois sociales lĂ  oĂč elles sont Â», c’est-Ă -dire « dans l’étude de l’histoire et la contemplation des vĂ©ritĂ©s Ă©ternelles Â». Il conçoit dans sa retraite le plan d’une sĂ©rie de romans au titre d’ensemble Ouest - il veut ĂȘtre le « Walter Scott de la Normandie Â». Ricochets de conversation : Le dessous de cartes d’une partie de whist, la premiĂšre des Diaboliques, est publiĂ©e en 1850.

Le critique littéraire et le romancier (1851-1874)

Portrait de Nadar

En 1851 paraissent simultanĂ©ment Une vieille maĂźtresse et Les ProphĂštes du passĂ© - Ɠuvres trĂšs contrastĂ©es qui Ă©tonnent la critique : on comprend mal que le mĂȘme Ă©crivain livre en mĂȘme temps un pamphlet catholique et monarchiste et un roman de mƓurs aux pages sensuelles et passionnĂ©es. La parution d’Une vieille maĂźtresse est l’occasion de soulever le problĂšme du roman catholique, de la morale et de l’art. La mĂȘme annĂ©e Barbey rencontre chez Mme de Maistre Françoise Émilie Sommervogel, baronne de Bouglon, veuve du baron Rufin de Bouglon. Celle qu’il surnomme « l’Ange blanc Â» va dominer sa vie pour les dix annĂ©es Ă  venir. Elle trouve le talent de son fiancĂ© trop fĂ©roce: il se modĂšre pour Le Chevalier des Touches, roman historique sur un hĂ©ros chouan, commencĂ© l’annĂ©e suivante. Il rentre au Pays, un journal bonapartiste, en 1852. Au dĂ©part il s’y occupe de critique littĂ©raire en attendant de se voir confier une chronique politique. Il restera 10 ans Ă  cet office. L'EnsorcelĂ©e, l’histoire du retour Ă  son village d’un prĂȘtre chouan dĂ©figurĂ© par une tentative de suicide, est publiĂ©e cette mĂȘme annĂ©e en feuilleton puis en volume en 1854, mais passe inaperçue. Baudelaire toutefois considĂšre ce roman comme un chef-d’Ɠuvre[35]. Les deux hommes se rencontrent Ă  cette Ă©poque. Il publie aussi des PoĂ©sies. En 1855, Barbey se tourne vers la pratique religieuse. Il publie avec TrĂ©butien les Reliquiae de son amie EugĂ©nie de GuĂ©rin (dĂ©cĂ©dĂ©e en 1848) et commence Un prĂȘtre mariĂ©, roman frĂ©nĂ©tique mettant en scĂšne un prĂȘtre impie et sa fille. En 1856, Ă  l’occasion d’un voyage en Normandie et de sa rĂ©conciliation avec ses parents, il Ă©crit le troisiĂšme Memorandum. Il publie une critique audacieuse contre Les Contemplations de Victor Hugo, gloire intouchable[36].

Par ses articles, il contribue Ă  faire dĂ©couvrir Stendhal et Ă  rĂ©habiliter Balzac. Il dĂ©fend Ă©galement Les Fleurs du mal de Baudelaire et consacre Ă  Madame Bovary de Flaubert une critique favorable mais sĂ©vĂšre. Il dĂ©clare son goĂ»t pour les romantiques et n’hĂ©site pas Ă  tailler en piĂšces le rĂ©alisme, le naturalisme et les parnassiens : Champfleury, Jules et Edmond de Goncourt, Banville, Leconte de Lisle, et plus tard Émile Zola figurent parmi ses cibles. En 1858, il fonde Le RĂ©veil, un journal littĂ©raire, catholique et gouvernemental. Les articles qu’il publie lui valent des inimitiĂ©s : Sainte-Beuve, Pontmartin, Veuillot. Il fait encore parler de lui avec Une vieille maĂźtresse : l’Ɠuvre est rĂ©Ă©ditĂ©e et crĂ©e le scandale.

En 1860, il s’installe au 25 rue Rousselet Ă  Paris, qui sera jusqu’à sa mort son « tournebride de sous-lieutenant Â», et publie le 1er volume des ƒuvres et les hommes, vaste ensemble de recueils critiques oĂč il entend juger la pensĂ©e, les actes et la littĂ©rature de son temps. En 1862, ses articles contre Les MisĂ©rables crĂ©ent le scandale. Il quitte Le Pays Ă  la suite d’un autre article contre Sainte-Beuve et part quelques mois travailler Ă  ses romans chez Mme de Bouglon Ă  la Bastide-d’Armagnac. En 1863, une chronique au Figaro qui ridiculise Buloz et la Revue des Deux Mondes lui vaut un procĂšs[37]. Il persĂ©vĂšre et s’en prend Ă  l’AcadĂ©mie en publiant dans le Nain jaune les Quarante mĂ©daillons de l’AcadĂ©mie, pamphlet contre les membres de l’Institut. Le Chevalier des Touches paraĂźt la mĂȘme annĂ©e, Un prĂȘtre mariĂ© paraĂźt l’annĂ©e suivante. Le dernier Memorandum est composĂ© en 1864, Ă  l’occasion d’un voyage Ă  Saint-Sauveur.

Signature autographe

En 1865, il quitte dĂ©finitivement Le Pays et retourne au Nain jaune, devenu dĂ©mocrate et anticlĂ©rical. Ses opinions sont diamĂ©tralement opposĂ©es Ă  celles du journal, mais on le laisse libre de ses propos[38]. Il y publie les Ridicules du temps et des articles de critique dramatique. Cette collaboration dure quatre ans. En 1867, il rencontre LĂ©on Bloy, qui devient rapidement son disciple[39]. En 1869, il entre au Constitutionnel oĂč il s’occupera jusqu’à sa mort de critique littĂ©raire. Les annĂ©es suivantes, il alterne vie parisienne et sĂ©jours plus ou moins prolongĂ©s en Normandie. A la fin du siĂšge en 1871, il retourne Ă  Valognes oĂč il achĂšve Les Diaboliques. Il entretient la flamme polĂ©miste en publiant des articles antirĂ©publicains.

Le connétable des lettres (1874-1889)

Les Diaboliques sont publiĂ©es en novembre 1874. Les exemplaires sont immĂ©diatement saisis et l’auteur est poursuivi pour « outrage Ă  la morale publique et aux bonnes mƓurs, et complicitĂ© Â». Barbey fait intervenir ArsĂšne Houssaye et Gambetta pour Ă©viter le procĂšs. Il accepte de retirer l’ouvrage de la vente et le juge d'instruction conclut au non-lieu[40]. L’Ɠuvre sera rĂ©Ă©ditĂ©e en 1883 avec une prĂ©face, ajoutĂ©e par prĂ©caution. Durant les annĂ©es qui suivent, il se rapproche de la gĂ©nĂ©ration montante : Bloy, VallĂšs, Daudet, Bourget, Rollinat, Jean Lorrain, Richepin, PĂ©ladan, Huysmans, CoppĂ©e, Hello, Uzanne, Octave Mirbeau... ainsi que d’écrivains autrefois Ă©reintĂ©s : Banville, HĂ©rĂ©dia, Taine. Edmond de Goncourt l’inscrit sur une des premiĂšres listes de l’AcadĂ©mie des Dix. En 1878, il publie Les Bas-bleus, cinquiĂšme volume des ƒuvres et les hommes, consacrĂ© « aux femmes qui Ă©crivent, car les femmes qui Ă©crivent ne sont plus des femmes. Ce sont des hommes - du moins de prĂ©tention - et manquĂ©s Â»[41].

En 1879, il rencontre Louise Read, sa derniĂšre amie et celle qui va se dĂ©vouer Ă  sa gloire. En 1880, il publie Goethe et Diderot, un pamphlet. Une histoire sans nom, autre roman catholique dans lequel un moine capucin qui prĂȘche l’Enfer croise la route d’une jeune fille innocente et somnambule, paraĂźt en 1882 - c’est un succĂšs. Il collabore au Gil Blas et publie en 1883 deux histoires d’inceste et d’adultĂšre : Retour de Valognes (Une page d’histoire) et Ce qui ne meurt pas (un roman Ă©crit presque 50 ans plus tĂŽt).

Il donne Ă©galement les troisiĂšme et quatriĂšme Memorandum. En 1884, il publie des poĂ©sies, Les Rythmes oubliĂ©s et ses derniers articles de critique - il salue notamment A rebours le roman-manifeste fin de siĂšcle de Huysmans[42]. Malade du foie, il continue de frĂ©quenter les salons de la baronne de Poilly, des Daudet et des Hayem, oĂč ses causeries Ă©merveillent. Il soutient les dĂ©buts Ă  la scĂšne de la jeune Marthe BrandĂšs. En 1888, il publie LĂ©a, l’une de ses premiĂšres nouvelles, puis AmaĂŻdĂ©e en 1889, avant de tomber malade. Il s’éteint le 23 avril 1889. Les circonstances de sa mort vaudront de violentes attaques autour de son testament (Louise Read est instituĂ©e lĂ©gataire universelle), en mai 1891, du journal La France sous la plume du SĂąr Josephin PĂ©ladan, et un procĂšs de ce dernier Ă  l’encontre de LĂ©on Bloy et de LĂ©on Deschamps rĂ©dacteur en chef de la revue La Plume. La quasi-totalitĂ© de la presse d’alors salue la condamnation du SĂąr en octobre 1891[43]. L’écrivain normand est inhumĂ© au cimetiĂšre Montparnasse avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ© en 1926 au chĂąteau de Saint-Sauveur-le-Vicomte. C’est Louise Read qui poursuivra la publication des ƒuvres et les hommes.

Les influences et modĂšles

Les modĂšles romantiques

Dans ses premiĂšres Ɠuvres, Barbey imite souvent les romantiques. Son premier poĂšme Aux hĂ©ros des Thermopyles est dans la maniĂšre de Casimir Delavigne, alors le chantre des vaincus, auquel il est dĂ©diĂ©. Les modĂšles lui servent souvent de repoussoir, il crĂ©e par opposition[44] : Le cachet d’onyx est inspirĂ© de la jalousie d'Othello, de Julie et des thĂ©ories de Madame de StaĂ«l (Corinne). Germaine ou La pitiĂ© (Ce qui ne meurt pas) est influencĂ© par LĂ©lia de George Sand[45], La bague d’Annibal par Musset (Mardoche)[46]. Une vieille maĂźtresse est « l’antithĂšse complĂšte Â» de Adolphe de Benjamin Constant[47] et de Leone Leoni (George Sand), Ă  laquelle il emprunte son sujet - l’amour d’une femme pour un amant dont elle dĂ©couvre peu Ă  peu la dĂ©pravation. La lecture de Stendhal en 1839, pendant qu’il compose L’amour impossible, le marque profondĂ©ment : il admire la sĂ©cheresse et la nettetĂ© de l’analyse[48]. Les patriotes Ă©cossais des Chroniques de la Canongate de Walter Scott lui inspirent vers 1850 l’idĂ©e d’une sĂ©rie de romans normands sur la chouannerie, dont le titre collectif devait ĂȘtre Ouest[49].

Lord Byron

Barbey, dĂšs son plus jeune Ăąge, est un passionnĂ© de Lord Byron : « Byron et Alfieri, n’ont que trop empoisonnĂ© les dix premiĂšres annĂ©es de ma jeunesse. Ils ont Ă©tĂ© Ă  la fois ma morphine et mon Ă©mĂ©tique Â»[50]. Byron domine son imagination, aucun Ă©crivain n’aura sur lui une influence aussi profonde[51] : « C’est dans Byron que j’ai appris Ă  lire littĂ©rairement. Â»[52]. Il possĂšde les Ɠuvres complĂštes et en anglais du poĂšte de Childe Harold, et les connaĂźt « Ă  la virgule prĂšs Â»[53].

Les hĂ©ros de Byron, « sombres figures de la Force blessĂ©e au cƓur Â», qui ont « ce charme de la goutte de lumiĂšre dans l’ombre et d’une seule vertu parmi plusieurs vices Â», l’ensorcellent et influencent les personnages de ses romans[54] : JehoĂ«l de La Croix-Jugan dans l'EnsorcelĂ©e, Monsieur Jacques du Chevalier des Touches, Sombreval dans Un prĂȘtre mariĂ©.

Le couple de Satan et de l’Ange, thĂšme satanique trĂšs prĂ©sent chez Byron, mais Ă©galement chez Vigny (Éloa), est rĂ©current chez Barbey : JehoĂ«l de La Croix-Jugan et Jeanne Le Hardouey (L'EnsorcelĂ©e), Hermangarde et Vellini (Une vieille maĂźtresse), Sombreval et sa fille Calixte (Un prĂȘtre mariĂ©). Les personnages de prĂȘtre coupable et impĂ©nitent symbolisent la chute de l'ange et Satan. Comme lui, ils pĂšchent contre l'esprit et choisissent la damnation : La Croix-Jugan, Sombreval, mais aussi le pĂšre Riculf (Une histoire sans nom) supportent comme le Manfred de Byron une malĂ©diction et le poids d'une lourde faute.

Joseph de Maistre

Joseph de Maistre est un des plus fermes partisans de la contre-rĂ©volution et un ennemi des LumiĂšres. Il soutient l'ultramontanisme, la thĂ©ocratie, l'intolĂ©rance religieuse et l'absolutisme. Barbey dĂ©couvre Les soirĂ©es de Saint-PĂ©tersbourg vers la fin 1838[55]. Il se dĂ©lecte de la lecture de cet « ouvrage qui coupe la respiration Ă  force d'idĂ©es et d'images Â», Ă  la « mĂ©taphysique toute puissante Â»[56]. Il lui consacre ensuite une sĂ©rie d'Ă©tudes importantes : Maistre figure au premier rang, avec Bonald, des ProphĂštes du passĂ© (1851). Il lui rend hommage lors de la parution en 1853 des MĂ©moires de Mallet du Pan[57], puis en 1858 et 1860 lors de la publication de la Correspondance diplomatique[58], enfin en 1870 lors de la parution de ses ƒuvres inĂ©dites[59]. Les connivences de Maistre et de Barbey sont Ă  la fois Ă©thique, mĂ©taphysique et esthĂ©tique[60].

Sur le plan moral, Maistre fait preuve d'une extrĂȘme rigueur dogmatique qui le conduit Ă  lĂ©gitimer l'Inquisition et Ă  dĂ©fendre le rĂŽle social du bourreau. Ce goĂ»t de la posture provocante et polĂ©mique se retrouve chez Barbey. Maistre combat Ă©galement l'idĂ©e, selon lui nĂ©faste Ă  toute critique, de distinguer la personne des opinions qu'elle formule dans ses Ă©crits[61]. Barbey sera fidĂšle Ă  ce principe dans ses critiques littĂ©raires[62].

La mĂ©taphysique de Maistre accorde une large place au mal, dont l'origine est la Chute de l'homme. Le dogme de la rĂ©versibilitĂ©, souffrance volontaire des hommes offerte Ă  Dieu pour appeler la misĂ©ricorde et la rĂ©demption de leurs frĂšres, est considĂ©rĂ© par Maistre comme l'une des vĂ©ritĂ©s les plus importantes de l'ordre spirituel. Maistre affirme la possibilitĂ© pour tout innocent d'acquitter par sa souffrance le crime des coupables : toute vie Ă©tant coupable par nature, tout ĂȘtre vivant Ă©tant souillĂ© par la Chute, il lui est possible de rĂ©pondre Ă  la place d'un autre, et mĂȘme d'un crime qu'il n'a pas commis[63]. Cette idĂ©e de rĂ©versibilitĂ© se retrouve dans Un prĂȘtre mariĂ©. La nouvelle Le bonheur dans le crime illustre une autre idĂ©e maistrienne[64].

Les deux Ă©crivains partagent certaines valeurs esthĂ©tiques, opposĂ©es Ă  la modernitĂ© littĂ©raire : Barbey d'Aurevilly comme Joseph de Maistre affirment la supĂ©rioritĂ© des classiques et de la tradition littĂ©raire française du XVIIe siĂšcle sur les Ă©crivains de leur temps. Tous deux ils citent la Bible et les PĂšres de l'Eglise[65]. Barbey critique subordonne comme de Maistre la crĂ©ation au vrai et au bien, idĂ©al de BeautĂ© classique. Enfin le style net et Ă©nergique, parsemĂ© d'ironie de l'Ă©crivain savoyard, plaĂźt Ă  Barbey dont le style partage les mĂȘmes caractĂ©ristiques.

Les contemporains avaient remarquĂ© l'influence de Maistre sur Barbey. Pontmartin ironisera sur le paradoxe de cette parentĂ© littĂ©raire entre les deux hommes qui conduit Barbey Ă  « penser comme M. de Maistre et Ă  Ă©crire comme le marquis de Sade Â».

Honoré de Balzac

C'est vers 1849 que Barbey d'Aurevilly dĂ©couvre La ComĂ©die humaine. ImmĂ©diatement, il dĂ©clare admirer leur auteur « comme les Alpes Â»[66]. Il se charge de l'Ă©dition de ses PensĂ©es et maximes, recueil d'aphorismes sĂ©lectionnĂ©s dans son Ɠuvre et publiĂ© en 1854. Il prend sa dĂ©fense en 1857 dans Le Pays, en rĂ©ponse Ă  une attaque de La Revue des deux mondes. Le 1er fĂ©vrier sa veuve lui envoie une lettre de remerciement et le mĂ©daillon de son mari par David d'Angers.

Des Ɠuvres comme La vieille fille ou Le rĂ©quisitionnaire vont l'aider Ă  trouver sa voie[67]. La lecture de Balzac lui enseigne tout ce que sa propre expĂ©rience renferme de thĂšmes romanesques, notamment la peinture de la vie provinciale, l'atmosphĂšre des petites villes et leurs drames secrets[68]. Barbey a hĂ©ritĂ© de Balzac son esthĂ©tique de la nouvelle - ce qu'il nomme « le dessous de cartes Â» ou « le fantastique de la rĂ©alitĂ© Â»[69] : vectorisation implacable vers un Ă©vĂšnement (la nouvelle est comme « un roman en raccourci Â»), jeu du dehors et du dedans, plongĂ©e dans les mystĂšres et faux-semblants de la conscience, rĂ©vĂ©lation de la face cachĂ©e des faits et des individus - autant de procĂ©dĂ©s que l'on retrouve dans Les Diaboliques. L'oralitĂ© est trĂšs prĂ©sente dans les Ɠuvres des deux auteurs. Elle permet des effets de rĂ©verbĂ©ration, de carambolage, et dĂ©multiplient les perspectives[70]. Les Diaboliques s'appelaient primitivement Ricochets de conversation, en rĂ©fĂ©rence Ă  Une conversation entre onze heures et minuit.

Le roman aurevillien

Un écrivain régionaliste normand

Granville, lieu de naissance de Jacques Destouches

DĂšs Une vieille maĂźtresse, les rĂ©cits de Barbey se dĂ©roulent systĂ©matiquement dans sa Normandie natale.[71] Cela fait-il de Barbey d'Aurevilly un Ă©crivain normand, et de ses romans des « romans de terroir Â» ?

La Normandie, ses paysages, ses coutumes, son histoire tiennent une grande place dans ses romans. Les poissonniers dans Une vieille maĂźtresse y parlent « comme des poissonniers vĂ©ritables Â»[72], c'est-Ă -dire en patois normand. Dans L'EnsorcelĂ©e, son roman suivant, et malgrĂ© les objections de ses amis TrĂ©butien et Baudelaire, l'emploi du patois est plus accentuĂ© encore : on n'y parle pas « normand du bout des lĂšvres Â». Cette langue devient un Ă©lĂ©ment essentiel de son esthĂ©tique : les langues sont « le clavier des Artistes Â», « le moule-Ă -balles du GĂ©nie dans lequel il coule l'or Â». La poĂ©sie pour lui « n'existe qu'au fond de la rĂ©alitĂ© et la rĂ©alitĂ© parle patois Â».

Barbey demeure fidĂšle Ă  son pays. L'Ă©vocation des paysages de cette rĂ©gion donnent de la profondeur Ă  ses romans. La lande de Lessay dans L'EnsorcelĂ©e, l'Ă©tang du Quesnoy dans Un prĂȘtre mariĂ©, Valognes sont au centre du rĂ©cit, et ces romans ne pourraient pas se situer ailleurs[73]. Ces paysages ne sont pas des cadres choisis et adaptĂ©s en fonction d'une histoire, ils proviennent des souvenirs de l'Ă©crivain, et ne sont pas toujours fidĂšles Ă  la rĂ©alitĂ©.

La Normandie et la vie provinciale, fortement associĂ©es Ă  ses impressions de l'enfance, est un atout majeur de son talent : « Le premier Milieu dans lequel ont trempĂ© les poĂštes, voilĂ  l'Ă©ducation ineffaçable, la vĂ©ritable origine de leur genre de talent, ce qui damasquine et fourbit leur acier, ce qui en dĂ©cide le fil et les reflets. Â»[74]. DĂšs qu'il y revient, qu'il fait cette dĂ©couverte aux alentours de 1850, il devient grand romancier et Ă©crit successivement la fin d' Une vieille maĂźtresse, Le dessous de cartes d'une partie de whist et L'EnsorcelĂ©e.

Un romancier catholique

Barbey d'Aurevilly dĂ©veloppe lui-mĂȘme sa thĂ©orie du roman catholique en 1866 dans la prĂ©face d'Une vieille maĂźtresse alors rĂ©Ă©ditĂ©e, Ɠuvre pour laquelle son catholicisme est mis en cause. Barbey se dĂ©fend en rappelant que « le catholicisme n'a rien de prude, de bĂ©gueule, de pĂ©dant, d'inquiet Â», que le catholicisme est « la science du Bien et du Mal Â», et que son but a Ă©tĂ© de montrer « non seulement les ivresses de la passion, mais ses esclavages Â».

Barbey estime avoir peint la passion « telle qu'elle est et telle qu'il l'a vue Â», mais qu'en la peignant, il l'a « Ă  toute page de son livre condamnĂ©e Â». Il n'a fait que l'exprimer. Un catholique peut-il toucher au roman et Ă  la passion ? Barbey estime que l'art est permis par le catholicisme, il est mĂȘme encouragĂ© et protĂ©gĂ© par lui. Le catholicisme absout le procĂ©dĂ© de l'art qui consiste Ă  « ne rien diminuer du pĂ©chĂ© ou du crime qu'on avait pour but d'exprimer. Â» Quand on lui reproche l'immoralitĂ© de son livre, Barbey oppose que la moralitĂ© de l'artiste est « dans la force et la vĂ©ritĂ© de sa peinture Â» : en Ă©tant vrai, l'artiste est suffisamment moral.

Sa thĂ©orie du roman catholique se retrouve dans ses romans oĂč le personnage du prĂȘtre est omniprĂ©sent : l'abbĂ© JĂ©hoĂ«l de La Croix-Jugan (L'EnsorcelĂ©e), Jean Sombreval (Un prĂȘtre mariĂ©), le pĂšre Riculf (Une histoire sans nom). Les Diaboliques, oĂč s'Ă©panouissent Ă  chaque page le Mal, les passions et le sadisme, sont l'illustration parfaite de ces idĂ©es.

L'Ɠuvre critique

Avec les vingt volumes des ƒuvres et les hommes, Barbey d'Aurevilly a voulu dresser l'inventaire intellectuel du XIXe siĂšcle. Sa critique littĂ©raire est une grande chasse Ă  la sottise[75]. Injustes souvent, mais toujours logiques et en concordance avec ses principes, ses jugements sont lĂ©gitimĂ©s par le talent et par le courage[76].

Ses victimes portent des noms illustres : Victor Hugo, George Sand, Madame de StaĂ«l, Jules Michelet, MĂ©rimĂ©e, Ernest Renan, ThĂ©ophile Gautier, Flaubert, les Goncourt, Émile Zola. Les Parnassiens, les bas-bleus, l'Ă©cole naturaliste ont fait les frais de sa plume. Il est Ă©galement l'auteur de plusieurs pamphlets contre Buloz, l'AcadĂ©mie française, et Sainte-Beuve - Ă  travers Goethe et Diderot[77]. Les rĂ©Ă©ditions d'auteurs classiques lui donnent l'occasion de stigmatiser la philosophie des LumiĂšres, responsable du positivisme, du matĂ©rialisme et de l'idĂ©ologie dominante du progrĂšs, qui heurtent son catholicisme et son idĂ©al.

Mais il voit juste lorsqu'il dĂ©fend Les Fleurs du mal (Baudelaire), Madame Bovary (Flaubert), les Ɠuvres de Balzac et celles de Stendhal, Emaux et camĂ©es (Gautier), A rebours (Huysmans).

Le théoricien du dandysme

Le dandysme en 1840

Sous le pseudonyme de Maximilienne de SyrĂšne, Barbey signe en 1843 des « impertinences raffinĂ©es Â» dans le Moniteur de la Mode, ainsi qu'un article intitulĂ© De l'Ă©lĂ©gance[78]. S'appuyant sur une biographie de George Brummell qui vient de paraĂźtre Ă  Londres[79], il en extrait quelques anecdotes et le prend pour prĂ©texte afin d'Ă©crire le rĂ©cit de son propre dandysme[80]. Du dandysme et de George Brummell paraĂźt en 1845. Il est rĂ©Ă©ditĂ© et augmentĂ© en 1861, puis en 1879, enrichi d'un texte consacrĂ© Ă  Lauzun et intitulĂ© Un dandy d'avant les dandys.

Il y dĂ©veloppe et analyse les principes du dandysme, plus intellectuels que vestimentaires, le dandy n'Ă©tant pas « un habit qui marche tout seul Â». Le dandysme est une maniĂšre d'ĂȘtre tout en nuances, qui rĂ©sulte d'un « Ă©tat de lutte sans fin entre la convenance et l'ennui Â»[81]. Le dandy est le « souverain futile d'un monde futile Â» et se caractĂ©rise par l'absence d'Ă©motion, l'horreur de la nature, l'audace et l'impertinence, la passion du luxe, l'artificialitĂ©, et le besoin d'individualitĂ©.

Cet essai est l'un des trois principaux sur la question, avec le Traité de la vie élégante de Balzac et Le Peintre de la vie moderne de Baudelaire.

Barbey d'Aurevilly et la postérité

RĂ©ception de ses contemporains

Barbey d'Aurevilly a fait l'objet de critiques contrastĂ©es. Presque tous s'accordent Ă  trouver dans son art originalitĂ© et noblesse. Sainte-Beuve le juge « homme d'un talent brillant et fier, d'une intelligence haute et qui va au grand Â», « une plume de laquelle on peut dire sans flatterie qu'elle ressemble souvent Ă  une Ă©pĂ©e Â»[82]. Lamartine, lorsqu'il le rencontre, aprĂšs l'avoir lu, dĂ©clare qu'il est le « Duc de Guise des belles-lettres françaises Â»[83]. Pour Baudelaire, c'est un « vrai catholique, Ă©voquant la passion pour la vaincre, chantant, pleurant et criant au milieu de l'orage, plantĂ© comme Ajax sur un rocher de dĂ©solation Â»[84]. Paul de Saint-Victor : « le polĂ©miste intraitable est en mĂȘme temps un Ă©crivain de l'originalitĂ© la plus fiĂšre Â»[85]. Jules VallĂšs lui trouve « un talent bizarre, tourmentĂ© et fier Â»[86]. Maupassant trouve dans ses Ɠuvres quelques merveilles[87]. Edmond de Goncourt Ă©met des rĂ©serves, mais l'inscrit dans ses premiĂšres listes de l'AcadĂ©mie en projet.

Ceux qu'il a Ă©reintĂ©s par ses articles lui rendent en gĂ©nĂ©ral la politesse. Victor Hugo le pastiche en le surnommant « Barbey d'or vieilli Â». La lĂ©gende veut qu'il ait composĂ© un vers inĂ©dit en « l'honneur Â» du critique : « Barbey d'Aurevilly, formidable imbĂ©cile ! Â»[88]. Flaubert dans sa correspondance en parle franchement comme de son ennemi. Il juge Les Diaboliques « Ă  se tordre de rire Â» et trouve qu'« on ne va pas plus loin dans le grotesque involontaire Â»[89]. Zola le rejoint et trouve qu'il a « deux ou trois siĂšcles de retard Â». Il condamne son attitude au moment des poursuites contre Les Diaboliques, lorsque Barbey accepte de retirer son Ɠuvre de la vente[90].

Sa personnalitĂ© inspire au moins par deux fois les romanciers : le personnage de Franchemont, apparaissant dans Charles Demailly des frĂšres Goncourt, un roman sur les hommes de lettres[91], en est inspirĂ©. Le ConnĂ©table des lettres sert Ă©galement de modĂšle Ă  Monsieur de Bougrelon, roman de Jean Lorrain[92].

La génération symboliste et décadente

Paul Verlaine dĂ©plore les systĂšmes mais ne peut s'empĂȘcher de lui reconnaĂźtre « un style de race Â» et une « maniĂšre originale Â». Il admire la « profusion des images souvent rĂ©ussies et toujours poĂ©tiques, des hardiesses parfois heureuses, et jamais vulgaires Â»[93]. Jean Lorrain le trouve « admirablement taillĂ© Â»[94] pour la gĂ©nĂ©ration littĂ©raire fin de siĂšcle. Pour Huysmans, il fut « le seul artiste, au sens pur du mot, que produisit le catholicisme de ce temps Â», ainsi qu'un « grand prosateur Â» et un « romancier admirable Â»[95]. Dans A rebours, il fait figurer ses Ɠuvres parmi les prĂ©fĂ©rĂ©es de la bibliothĂšque Ă©litiste de Des Esseintes. Pour RĂ©my de Gourmont, Barbey d'Aurevilly est « l'une des figures les plus originales de la littĂ©rature du dix-neuviĂšme siĂšcle Â», qui « excitera longtemps la curiositĂ© Â» et « restera longtemps un de ces classiques singuliers et comme souterrains qui sont la vĂ©ritable vie de la littĂ©rature française Â»[96].

Jugements posthumes

Julien Green lit Les Diaboliques avec « une admiration Ă©tonnĂ©e Â»[97]. Paul Morand prĂ©face en 1967 Une vieille maĂźtresse. Marcel Proust dans La PrisonniĂšre rend hommage Ă  l'Ɠuvre romanesque de l'Ă©crivain normand : la preuve du gĂ©nie n'est pas dans le contenu de l'Ɠuvre mais dans la qualitĂ© inconnue d'un monde unique rĂ©vĂ©lĂ© par l'artiste. Chez Barbey, cette qualitĂ© se manifeste par « une rĂ©alitĂ© cachĂ©e rĂ©vĂ©lĂ©e par une trace matĂ©rielle Â» : la rougeur d'AimĂ©e de Spens (Le Chevalier Des Touches), les us et coutumes de sa rĂ©gion, l'histoire orale, les nobles citĂ©s normandes, les malĂ©dictions etc. Autant de dĂ©tails qui marquent l'identitĂ© et l'unitĂ© d'un artiste.

Editions et adaptations

Ses Ɠuvres romanesques ont fait l'objet d'une Ă©dition complĂšte en deux volumes dans la prestigieuse collection de la PlĂ©iade. Son Ɠuvre critique est rĂ©Ă©ditĂ©e aux Belles Lettres, tandis que les Archives KarĂ©line s'est chargĂ©e rĂ©cemment de l'Ɠuvre poĂ©tique.

Ses nouvelles et romans ont fait l'objet d'une douzaine d'adaptations Ă  l'Ă©cran[98]. La plus rĂ©cente, Une vieille maĂźtresse, prĂ©sentĂ©e Ă  Cannes en 2007, est l'Ɠuvre de Catherine Breillat.

Jacques Debout a adaptĂ© au thĂ©Ăątre, sous le titre de Sombreval, le roman Un prĂȘtre mariĂ©, crĂ©Ă© Ă  Paris le 5 fĂ©vrier 1932. Le bonheur dans le crime, l'une des six Diaboliques, a inspirĂ© en 2003 une bande dessinĂ©e, Hauteclaire, du nom de son hĂ©roĂŻne.

MusĂ©e et Ɠuvres commĂ©moratives

Le 28 juin 1925 est inaugurĂ©, dans le vieux chĂąteau de Saint-Sauveur-le-Vicomte, un musĂ©e en l'honneur de l'Ă©crivain. FondĂ© par Louis Yver, qui en sera le premier conservateur, le musĂ©e est rĂ©installĂ© aprĂšs la guerre au logis Robessard, suite Ă  l'occupation du chĂąteau par les Allemands. Il dĂ©mĂ©nage une troisiĂšme fois en 1989, et « rĂ©intĂšgre Â» la maison familiale de Saint-Sauveur. On y trouve rĂ©unis la plupart des objets mobiliers et souvenirs ayant appartenu Ă  Barbey d'Aurevilly. Sa derniĂšre demeure, le 25 de la rue Rousselet Ă  Paris, est dĂ©corĂ©e d'une plaque. Le collĂšge de Saint-Sauveur-le-Vicomte et un collĂšge de Rouen, situĂ© au 39, boulevard de la Marne, portent son nom[99].

Le syndrome de Ferjol

Dans son roman Une histoire sans nom, Barbey met en scÚne une jeune fille, Lasthénie de Ferjol, qui éprouve le besoin de se rendre volontairement malade en se faisant saigner pour évacuer de grandes quantités de sang. Cette pathologie, connue sous le nom de syndrome de Lasthénie de Ferjol, a fait l'objet d'études médicales.

ƒuvres

Manuscrit des Diaboliques

ƒuvres romanesques

ƒuvres poĂ©tiques

  • Ode aux HĂ©ros des Thermopyles, 1825
  • PoussiĂšres, 1854
  • AmaĂŻdĂ©e, 1889
  • Rhythmes oubliĂ©s, 1897

Essais et textes critiques

  • Du Dandysme et de Georges Brummel, 1845
  • Les ProphĂštes du passĂ©, 1851
  • Les ƒuvres et les hommes 1860-1909
  • Les quarante mĂ©daillons de l'AcadĂ©mie, 1864
  • Les ridicules du temps, 1883
  • PensĂ©es dĂ©tachĂ©es, Fragments sur les femmes, 1889
  • PolĂ©miques d'hier, 1889
  • DerniĂšres PolĂ©miques, 1891
  • Goethe et Diderot, 1913
  • L'Europe des Ă©crivains (recueil d'articles rassemblĂ©s en 2000)

MĂ©moires, notes et correspondance

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Wikisource propose un ou plusieurs textes Ă©crits par Jules Barbey d’Aurevilly.

  • Correspondance gĂ©nĂ©rale (1824-1888), 9 volumes de 1980 Ă  1989
  • Memoranda, Journal intime 1836-1864
  • Disjecta membra (cahier de notes)
  • Omnia (cahier de notes)

Bibliographie

  • Remy de Gourmont, Promenades littĂ©raires, 1904
  • Octave Uzanne, Barbey d'Aurevilly, 1927
  • Jean Canu, Barbey d'Aurevilly, 1945
  • Hermann QuĂ©ru, Le Dernier grand seigneur : Jules Barbey d'Aurevilly, 1946
  • Roger BĂ©sus, Barbey d'Aurevilly, 1958
  • Gilles Buisson, avec LĂ©on Blouet et Pierre Leberruyer, Etudes aurevilliennes : le pĂšlerinage des Amis de Barbey d'Aurevilly dans le Mortainais, Revue du DĂ©partement de la Manche, n° 27, octobre 1963
  • Hubert Juin, Barbey d'Aurevilly, 1972
  • Arnould de Liedekerke, Talon rouge. Barbey d'Aurevilly : le dandy absolu, 1986
  • Jean-Marie Jeanton Lamarche, Pour un portrait de Jules-AmĂ©dĂ©e Barbey d'Aurevilly : regards sur l'ensemble de son Ɠuvre, tĂ©moignages de la critique, Ă©tudes et documents inĂ©dits, 2000
  • Fiona McIntosh, La Vraisemblance narrative en question, Walter Scott, Barbey d'Aurevilly, Presses Sorbonne Nouvelle, 2002
  • Patrick Avrane, Barbey d'Aurevilly, solitaire et singulier, 2005
  • Jean-Pierre Thiollet, Barbey d'Aurevilly ou le triomphe de l'Ă©criture, 2006
  • Barbey d'Aurevilly, l'ensorcelĂ© du Cotentin, textes de Barbey rassemblĂ©s par Christine et Michel LĂ©cureur, 2007
  • Jean-Pierre Thiollet, CarrĂ© d'Art : Jules Barbey d'Aurevilly, lord Byron, Salvador Dali, Jean-Edern Hallier, 2008
  • Pierre Leberruyer, Au pays et dans l'Ɠuvre de Jules Barbey d'Aurevilly : paysages envoĂ»tants et demeures romantiques, 2008
  • Michel LĂ©cureur, Jules Barbey d'Aurevilly : Le Sagittaire, 2008
  • François Taillandier, Un rĂ©fractaire : Barbey d'Aurevilly, 2008
  • MĂ©lanie Leroy-Terquem, Barbey d'Aurevilly contre son temps : Un Ă©crivain dans la tourmente du XIXĂšme siĂšcle, Archives dĂ©partementale de la Manche, 2008

Notes et références

  1. ↑ L’état civil donne la date du 2 novembre 1808, trois heures du matin, ce qui le place sous le signe du scorpion. Ernestine Barbey ressent les premiĂšres contractions vers deux heures du matin, pendant une partie de whist Ă  l’hĂŽtel particulier du chevalier de Montressel, grand-oncle de l’écrivain. Michel LĂ©cureur, Barbey d’Aurevilly : le Sagittaire, p. 25
  2. ↑ Dans le cinquiĂšme memorandum, Jules livre un portrait de son pĂšre : « un despotisme, sans distraction, de toutes les minutes. (...) Il mange de trĂšs bon appĂ©tit, mais il dĂźne Ă  cinq heures et se couche Ă  sept, ce qui supprime toute espĂšce de monde, le soir, de notre maison. Â»
  3. ↑ Le 24 mai 1756, Vincent Barbey (1692-1770) est « pourvu de l’office de Conseiller secrĂ©taire du Roi Â» pour jouir des « honneurs, privilĂšge de noblesse et autres droits attribuĂ©s. Â» Jules fut souvent attaquĂ© par des adversaires contestant la noblesse qu’il revendiquait, sa famille n’ayant pas satisfait Ă  toutes les conditions pour qu’elle devienne hĂ©rĂ©ditaire (sur la noblesse personnelle et les conditions de transmission de la noblesse acquise par charge, lire A. Texier, Qu’est-ce que la noblesse, Ă©ditions Tallandier). NĂ©anmoins il conservait prĂ©cieusement chez lui le brevet dĂ©livrĂ© par Louis XV Ă  son arriĂšre grand-pĂšre, les lettres d’enregistrement et le rĂšglement d’armoiries. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 17
  4. ↑ « Brillante, mondaine, un goĂ»t prononcĂ© pour l’indĂ©pendance. Comme, plus tard, son fils Jules, elle aime manier l’épigramme et choquer par son langage audacieux. Sa vivacitĂ© contraste avec l’apathie de son mari. Â» Catherine Boschian-Campaner, Barbey d’Aurevilly, p. 14
  5. ↑ « Depuis la Restauration, M. ThĂ©ophile Barbey s’est rangĂ© dans le parti ultra. Il a suivi les missionnaires avec ferveur et il agit plus par conviction que par haine. Son Ă©pouse suit la mĂȘme banniĂšre. Â» Lettre de Clamorgan du 11 mai 1831, citĂ©e dans Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 23
  6. ↑ « J’ai bien des choses tristes, douloureuses Ă  dire de ma mĂšre et de ses rapports avec moi, mais elle a le titre et le nom sacrĂ© : Elle est ma mĂšre. Â» Lettre Ă  TrĂ©butien, 11 mai 1856.
  7. ↑ Barbey, enfant, entendit notamment le rĂ©cit des aventures de Jacques Destouches, futur hĂ©ros d’un des ses romans normands. Son pĂšre avait bien connu l’un des douze Chouans qui le firent dĂ©livrer. Jacques Petit, dans Le chevalier des Touches, Ă©d. Folio classique, p. 242
  8. ↑ Et ce malgrĂ© les dĂ©marches de son grand-oncle auprĂšs du prĂ©fet de la Manche. Son pĂšre est mortifiĂ© car il espĂ©rait pousser Jules vers une grande carriĂšre militaire. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 37
  9. ↑ La carriĂšre de Pontas DumĂ©ril ne se limite pas au monde mĂ©dical : ce notable. qui Ă  la veille de la RĂ©volution frĂ©quentait les loges maçonniques, devient maire de Valognes en 1807. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 43 et s.
  10. ↑ Les sources des Diaboliques sont prĂ©sentĂ©es dans n’importe quelle Ă©dition de poche.
  11. ↑ Il initie Jules Ă  la vie mondaine durant les premiĂšres annĂ©es de la Restauration. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 47
  12. ↑ Parlant d’Edelestand du MĂ©ril : « il a mis la poudre et le feu dans ce cerveau, qui a Ă©tĂ© souvent appelĂ©, un cerveau brĂ»lĂ©, par les sages - et qui brĂ»le toujours par tout ce qui lui plaĂźt et ce qu’il aime. Ce fut mon initiateur aux choses littĂ©raires. Â» Lettre Ă  Louise Read, 24 aoĂ»t 1880.
  13. ↑ L’édition est prĂ©cĂ©dĂ©e d’une lettre de remerciement de la part du dĂ©dicataire gallica.bnf.fr
  14. ↑ « C’est lĂ  que mon pĂšre, craignant les excĂšs d’une fougue intraitable m’avait envoyĂ©, afin d’éviter que je ne fisse des folies Ă  Paris, ou bien que je ne devinsse un homme politique, ce qui Ă©tait l’impardonnable infamie Ă  ses yeux ! Â» CitĂ© par Octave Uzanne, op. cit., p. 73-74
  15. ↑ DĂ©tail de Philippe Berthier, Un prĂȘtre mariĂ©, Ă©d. Flammarion, p. 467
  16. ↑ Barbey a lui-mĂȘme racontĂ© Ă  Octave Uzanne sa rencontre avec le libraire de la Place Royale. Octave Uzanne, Barbey d’Aurevilly, p. 74.
  17. ↑ Quelle qu’ait Ă©tĂ© la relation de Barbey avec Louise, elle fut son premier grand amour, et il l’évoquera toujours avec tendresse. À l’annonce de son dĂ©cĂšs, en dĂ©cembre 1887, il Ă©crit Ă  Stylite, la fille de Louise : « Je ne devais plus la revoir, mais je savais qu’elle existait prĂšs de vous ; Ă  prĂ©sent elle n’existera plus que dans mon cƓur
 et silencieusement pour n’en jamais sortir. Â» Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 64
  18. ↑ InspirĂ©e par une lecture. Dans les mĂ©moires de la princesse Palatine, Charles de Bourbon-CondĂ© imagine de faire boire Madame de Saint-Sulpice, de la dĂ©shabiller et de lui appliquer un pĂ©tard enflammĂ© sur le sexe, avant de la renvoyer chez elle vĂȘtue d’un drap, ainsi brĂ»lĂ©e. Dans la nouvelle, Barbey substitue au pĂ©tard le fameux cachet d’onyx.
  19. ↑ On ignore tout de la genĂšse de LĂ©a, le manuscrit Ă©tant perdu. On suppose qu’il a dĂ» puiser largement dans ses sentiments pour Louise pour Ă©crire ce court rĂ©cit d’un romantisme excessif, mĂ©lange de mort et de passion. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 69
  20. ↑ InspirĂ©e d’une histoire rĂ©elle, et vraisemblablement destinĂ©e Ă  Louise : « Plein et brĂ»lant de Lord Byron, j’avais pris le ton du Juan sans y ĂȘtre encore autorisĂ© par les expĂ©riences de la vie et j’avais Ă©crit le tout dans une nuit. Â» Lettre Ă  George Landry, 2 septembre 1875
  21. ↑ GuĂ©rin, puis TrĂ©butien Ă©chouent Ă  placer ce roman qui ne plaĂźt Ă  personne. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 101
  22. ↑ Episode relatĂ© dans le premier memorandum, au 16 mars 1837 : « j' ai passĂ© une heure et demie avec Hugo et chez lui - dĂ©sirais depuis longtemps le connaĂźtre. (...) Il m' a paru clair, net, simple, mais sans aucun trait dans la conversation. Â»
  23. ↑ En 1884, une Ă©dition de L’Amour impossible, suivi de La Bague d’Annibal, porte une dĂ©dicace au dandy parisien.
  24. ↑ Les rĂ©fĂ©rences Ă  l’opium dans sa correspondance sont nombreuses Ă  cette Ă©poque. Michel LĂ©cureur, Barbey d’Aurevilly : le Sagittaire, p. 184
  25. ↑ Cette pĂ©riode de sa vie est dĂ©taillĂ©e dans l’ouvrage de Arnould de Liedekerke, Talon rouge
  26. ↑ Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 155
  27. ↑ Ouvrage qui eut « sa trentaine de lecteurs pour sa trentaine d’exemplaires Â». Du dandysme et de George Brummell, prĂ©face.
  28. ↑ Des extraits de cette Ɠuvre longtemps caressĂ©e se retrouveront dans les Fragments sur les femmes, publiĂ©s en 1889
  29. ↑ Mission que lui a confiĂ©e son ami Alphonse de Calonne, rĂ©dacteur Ă  La Sylphide, hebdomadaire de modes, de littĂ©rature, de thĂ©Ăątre et de musique. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 184
  30. ↑ Il le revoit d’ailleurs en aoĂ»t 1847, lorsque LĂ©on vient prĂȘcher Ă  Montfort l’Amaury. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 188
  31. ↑ Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 188
  32. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.1289
  33. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.1342
  34. ↑ PubliĂ© dans La Mode du 25 fĂ©vrier 1850. Jacques II est un roi qui s’est toujours refusĂ© Ă  faire le moindre compromis.
  35. ↑ « Je viens de relire ce livre qui m’a paru encore plus chef-d’Ɠuvre que la premiĂšre fois Â», Ă©crit Baudelaire Ă  Poulet-Malassis, le 13 novembre 1858
  36. ↑ Parue en deux fois dans Le Pays, les 19 et 25 juin 1856. Extrait : « C’est lĂ , en effet, un livre accablant pour la mĂ©moire de M. Victor Hugo, et c’est Ă  dessein que nous Ă©crivons la mĂ©moire. A dater des Contemplations, M. Hugo n’existe plus. Â»
  37. ↑ Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 354
  38. ↑ Le Nain jaune est alors dirigĂ© par GrĂ©gory Ganesco. Barbey remercie le journaliste rĂ©publicain et salue son courage dans un article du 1er dĂ©cembre 1865, Ă  l’occasion duquel il thĂ©orise sa conception du journalisme. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 366
  39. ↑ « L’amitiĂ© entre les deux hommes est importante, dans la mesure oĂč le jeune LĂ©on aura Ă  cƓur de faire connaĂźtre le vieux MaĂźtre Ă  ses amis et relations comme Paul Bourget, Paul FĂ©val et Jean Richepin. Â» Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 398
  40. ↑ Les dĂ©tails de l’affaire sont dans la prĂ©face des Diaboliques rĂ©digĂ©e par Jean-Pierre SĂ©guin (Ă©d. Flammarion)
  41. ↑ Barbey d’Aurevilly, Introduction. Du bas-bleuisme contemporain, in Les Bas-bleus, 1878
  42. ↑ Dans Le Constitutionnel du 24 juillet 1884, A rebours par J-K Huysmans
  43. ↑ La crise avait Ă©clatĂ© en avril 1888, lorsque Mme de Bouglon apprend que le « secrĂ©taire Â» de Barbey est en rĂ©alitĂ© une femme - Louise Read. DĂšs lors se dessinent deux partis qui s’affrontent pour la succession de l’écrivain : celui de Bouglon, soutenue par PĂ©ladan, et celui de Louise Read, la lĂ©gataire de Barbey, soutenue par LĂ©on Bloy. Michel LĂ©cureur, op. cit., p. 451
  44. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.1232
  45. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.XII
  46. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.XIII
  47. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.1288
  48. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.1246
  49. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.1343
  50. ↑ Octave Uzanne, Barbey d’Aurevilly, p.17
  51. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.XXIX
  52. ↑ Lettre, 4 juin 1875
  53. ↑ Lettre Ă  TrĂ©butien, 7 novembre 1844
  54. ↑ Jacques Petit, Barbey d’Aurevilly, ƒuvres romanesques complĂštes I, p. XXX
  55. ↑ Barbey d'Aurevilly, Memorandum, 19 septembre 1838
  56. ↑ Barbey d'Aurevilly, Memorandum, 21 septembre 1838
  57. ↑ Le Pays, 13 mars 1853
  58. ↑ Le Pays, 8 septembre 1858 et 12 dĂ©cembre 1860
  59. ↑ Le Constitutionnel, 4 juillet 1870
  60. ↑ Pierre Glaudes, Joseph de Maistre, ƒuvres, p1133
  61. ↑ Maistre Ă©crit en 1818 : « On n'a rien fait contre les opinions tant qu'on n'a pas attaquĂ© les personnes Â»
  62. ↑ Barbey Ă©crit aussi que « les hommes tiennent plus de place qu'on ne croit dans leurs doctrines, et la meilleure maniĂšre d'atteindre ces derniĂšres, c'est de les frapper, Ă  travers eux Â»
  63. ↑ Les soirĂ©es de Saint-PĂ©tersbourg, huitiĂšme entretien
  64. ↑ DĂ©veloppĂ©e dans le premier entretien des SoirĂ©es de Saint-PĂ©tersbourg
  65. ↑ ainsi que le rapporte LĂ©on Daudet dans Souvenirs et polĂ©miques, p50-51
  66. ↑ Philippe Berthier, Balzac, Nouvelles, p.8
  67. ↑ D'aprĂšs les Cahiers de Maurice BarrĂšs, Barbey aurait dit que toute son Ɠuvre sortait du RĂ©quisitionnaire
  68. ↑ Jacques Petit, Barbey d'Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.XIX
  69. ↑ Philippe Berthier, Balzac, Nouvelles, p.11
  70. ↑ Philippe Berthier, Balzac, Nouvelles, p.15
  71. ↑ Le site Terre des Ă©crivains fournit une liste des lieux de la rĂ©gion qui ont servi de dĂ©cor Ă  l'Ă©crivain
  72. ↑ Jacques Petit, Barbey d'Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.1342
  73. ↑ Jacques Petit, Barbey d'Aurevilly, ƒuvres romanesques complùtes I, p.XVII
  74. ↑ Lettre Ă  TrĂ©butien
  75. ↑ Formule de RĂ©my de Gourmont, dans Promenades littĂ©raires
  76. ↑ RĂ©my de Gourmont, Promenades littĂ©raires
  77. ↑ voir la prĂ©face de Lionel Richard dans Contre Goethe, Ed. Complexe
  78. ↑ FrĂ©dĂ©ric Schiffter, Jules Barbey d'Aurevilly, Du dandysme et de George Brummell, p.15
  79. ↑ William Jesse, The life of George Bryan Brummell, esq. commonly called « Beau Brummell Â»
  80. ↑ FrĂ©dĂ©ric Schiffter, Jules Barbey d'Aurevilly, Du dandysme et de George Brummell, p.15
  81. ↑ Jules Barbey d'Aurevilly, Du dandysme et de George Brummell, p.47
  82. ↑ Causeries du lundi, 9 fĂ©vrier 1856. Les jugements sur Barbey et son Ɠuvre ont Ă©tĂ© compilĂ©s dans l'ouvrage de Jean-Marie Jeanton Lamarche, Pour un portrait de Jules-AmĂ©dĂ©e Barbey d'Aurevilly : regards sur l'ensemble de son Ɠuvre, tĂ©moignages de la critique, Ă©tudes et documents inĂ©dits
  83. ↑ Octave Uzanne, Barbey d'Aurevilly
  84. ↑ L'artiste, 18 octobre 1857
  85. ↑ La Presse, 1861
  86. ↑ Les Francs-parleurs, 1866
  87. ↑ Le Gil Blas, 17 mai 1882
  88. ↑ Anecdote rapportĂ©e Paul Verlaine, Vingt-sept biographies de poĂštes et de littĂ©rateurs [1]
  89. ↑ Lettre Ă  George Sand, 2 dĂ©cembre 1874
  90. ↑ La critique contemporaine, Documents littĂ©raires. Études et portraits.
  91. ↑ Voir les clĂ©s de Charles Demailly
  92. ↑ Portrait entre l'hommage et la caricature : Le goĂ»t du rare et de l'artifice par Arnould de Liedekerke, Lire (juin 1999)
  93. ↑ L'Art, 30 dĂ©cembre 1865
  94. ↑ L'Echo de la semaine, 5 mai 1889
  95. ↑ PrĂ©face d'A rebours, 1903
  96. ↑ Promenades littĂ©raires, 1904
  97. ↑ Journal, 5 mars 1952
  98. ↑ Voir la liste complùte, IMDb
  99. ↑ Histoire du musĂ©e

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Études de contemporains

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