Ère commune


Ère commune
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L’ère commune (EC) est un système utilisé pour numéroter les années écoulées depuis la date supposée de la naissance de Jésus de Nazareth. Elle ne fait référence à aucune religion, à la différence de l'expression « Ã¨re chrétienne Â». L'an 1 correspond à l'an 753 de Rome, ab Urbe condita. L'abréviation « EC Â» a la même signification que « après Jésus-Christ Â».

Le terme « Ã¨re commune Â» est préconisé par différents auteurs qui considèrent qu'il n'impose pas une vision occidentale et chrétienne de l'histoire. Selon eux, si cette chronologie est arbitraire, elle est neutre. D'autres le tiennent pour un euphémisme superflu ou une tentative de politiquement correct, puisque l'année pivot (l’an 1) est toujours centrée sur la naissance de Jésus.

Sommaire

Notation

Ère commune (EC) - Avant l'ère commune (AEC)

En France, l'abréviation « ap. J.-C. Â» est considérée comme étant la norme conventionnelle, seule utilisable. D'autres soutiennent, au contraire, l'utilisation de l'abréviation « EC Â», car ils estiment qu'elle participe au respect de la neutralité, de la laïcité et de l'ouverture vers l'autre.

Selon cette dernière nomenclature, Genghis Khan est mort en 1227 EC (de l'ère commune) ; la Révolution française a débuté en 1789 EC ; le premier homme a marché sur la Lune en juillet 1969 EC. On trouve aussi exceptionnellement l'abréviation “EV” pour Era Vulgaris, formule latine signifiant « Ãˆre Commune Â». L'abréviation anglo-saxonne est “CE” : Common Era.

Les années précédant l'Ère commune sont notées AEC « Avant l'Ère Commune Â» (en anglais : “BCE” Before Common Era). Comme pour la nomenclature usuelle, l'année 0 n'est pas utilisée, excepté pour des usages astronomiques. Donc l'année 1 CE est immédiatement précédé dans la chronologie par l'année 1 AEC.

Les expressions « avant notre ère Â» et « de notre ère Â» sont couramment utilisées mais ne connaissent pas d'abréviation.

Dans l'usage courant, les datations ne sont qualifiées par un suffixe que lorsqu'ils s'agit de dates anciennes, particulièrement de dates voisines du début de l'ère chrétienne. L'utilisation de cette notation ne modifie donc pas les usages ordinaires. Il suffit de remplacer " « ap. J.-C. Â» par « EC Â» et « av. J.-C. Â» par « AEC Â» lorsque nécessaire.

D'autres pays ont une abréviation équivalente : par exemple, depuis que la République populaire de Chine a clos l'ère de la République de Chine en 1949, la langue chinoise utilise la traduction littérale de « Ã¨re commune Â», gōngyuán (公元), pour ses datations.

Avant le présent (BP : Before Present)

En archéologie et préhistoire, les méthodes de datation absolue (datation au Carbone 14 et autres), fournissent, pour les artefacts analysés, une durée écoulée jusque aujourd'hui. Aussi, les archéologues et préhistoriens préfèrent spécifier une durée écoulée “jusqu'au présent”. Le présent est fixé arbitrairement à l'année 1950, ce qui est, dans ces sciences, d'une précision souvent très suffisante[1] et permet surtout de ne pas rendre les datations obsolètes tous les ans.

Ainsi, par exemple, les préhistoriens diront que tel foyer néolithique est daté de 12 000 avant le présent, c'est-à-dire, environ, de 10 000 AEC.

Ère vulgaire (vulg.)

Au sein du Collège de 'Pataphysique, l'usage est d'utiliser la notation vulg. pour accompagner une date qui n'utilise pas le calendrier pataphysique[2].

Le terme vulgaire n'est pas employé ici de manière péjorative, il s'agit de signifier qu'on utilise le calendrier le plus courant. Pendant une période de 25 ans pendant laquelle le Collège de 'Pataphysique n'a eu aucune manifestation publique, le calendrier spécifiquement pataphysique n'était plus mentionné dans les publications pataphysiques. Parmi les pataphysiciens, toutes les dates de cette époque (de vulg. 1975 à vulg. 2000) étaient notées exclusivement de cette manière[3].

Origines

La numérotation des années à partir de la date supposée de la naissance de Jésus de Nazareth a été créée en 525 par le moine Dionysius Exiguus qui la baptisa Anno Domini. Deux siècles plus tard, Bède le Vénérable, érudit anglo-saxon, utilisa le terme latin ante incarnationis dominicae (« avant l'incarnation du maître de maison Â») pour nommer les années écoulées avant la première année de cette période.

Quoi qu’il en soit, le terme de « common era Â» a déjà été utilisé par le passé. Ainsi en 1716, dans son livre Hypomnemata, l’évêque de Worcester John Prideaux écrit « L’ère vulgaire, par laquelle nous comptons les années depuis Son incarnation… Â». En 1835, dans son livre Living Oracles, Alexander Campbell écrit « l’ère vulgaire ou Anno Domini, la quatrième année de Jésus Christ, dont la première ne compta que huit jours… Â». De même à l’entrée « chronologie Â», la Catholic Encyclopedia de 1908 utilise la phrase : « La plus utilisée d’entre elles [les ères de datation] et celle adoptée par toutes les peuples civilisés et connue sous le nom d’ère chrétienne, vulgaire ou commune pour laquelle nous vivons au XXe siècle. Â»

Le terme « vulgaire Â» vient du latin vulgāris (de vulgus, le peuple, la plèbe), et signifie « venant ou appartenant à la plèbe Â» et signifie que l’expression est d’usage commun, généralisé même chez les personnes ne croyant pas à la divinité du Christ. À la fin des années 1800, le mot vulgaire ayant pris le sens de cru, indécent le mot latin fut remplacé par son équivalent anglais : common.

La première utilisation juive de cette datation est une inscription mortuaire dans le cimetière juif de Plymouth (Angleterre) :

Ici est enterré l’honoré Judas fils de l’honoré Joseph, un prince et honoré entre tous les philanthropes qui a accompli de bonnes actions, mort en sa maison de Bath, mardi et enterré ici le dimanche, 19 Sivan de l’année 5585. À la mémoire de Lyon Joseph Esq. (marchand de Falmouth Cornouailles), mort à Bath juin AM 5585 / VE 1825. Aimé et respecté de tous

Cette inscription utilise le calendrier juif (5585), mais se termine en utilisant la datation de l’ère commune (1825). Vraisemblablement la notation « VE Â» signifie « Vulgar Era Â» et on peut supposer qu’elle était utilisée en lieu et place de ap. J.-C. pour éviter la référence au christianisme.

Usage

Certains spécialistes juifs ou musulmans et d’autres n’appartenant pas à la culture judéo-chrétienne ont utilisé cette notation. Certains chrétiens ont également utilisé la notation CE pour signifier « Christian era Â» (Ère chrétienne). Les Témoins de Jehovah l’utilisent dans toutes leurs publications et ont expliqué qu’elle était plus appropriée que les notations BC ou Av. J.-C. Beaucoup d’universitaires non religieux dans les domaines de l’histoire, de la théologie, de l’archéologie et de l’anthropologie ont adopté ce système ces dernières années.

Une utilisation bien plus visible de la notion d’ère commune : son utilisation dans les grands musées du monde anglophone. La Smithsonian Institution préfère également l’usage de l’ère commune, bien que les musées ou galeries liés à l’institution ne soient pas contraints de l’appliquer[4]. De même de nombreux guides utilisent cette notation ou mentionnent son usage[5]. Même certains guides des églises chrétiennes l’utilisent[6].

L’usage du BCE/CE est également grandissant dans les traités littéraires. Il est utilisé par le College Board (institution américaine fournissant des tests standardisés à près de 4 500 institutions de l’enseignement supérieur), dans ses tests d’histoire. La notation est également employée par la National Geographic Society et le United States Naval Observatory[7].

La chaîne histoire américaine (History Channel) utilise également la notation dans ses sujets sur des thèmes non reliés spécifiquement au christianisme comme l’importance religieuse de Jérusalem dans le Judaïsme[8] et la notation anglaise BC/AD dans d’autres cas[9].

Partisans

Les partisans de la notation CE la mettent en avant car elle est religieusement neutre et donc adaptée à une utilisation dans un contexte multiculturel et/ou religieux.

Parmi les arguments développés en faveur de la notation CE on peut citer :

  • le calendrier occidental est devenu une norme mondiale (présent dans tous les ordinateurs par exemple). Il devrait donc être religieusement et culturellement neutre par considération envers les cultures contraintes de l’utiliser[10].
  • ce système a été largement utilisé par la communautés des chercheurs et universitaires depuis presque un siècle.
  • dater les années selon un système théologique chrétien pourrait être diviseur sur le plan culturel quand il est employé à l’échelle planétaire. Nommer les jours et les mois en faisant référence à la religion romaine ou la mythologie nordique pose peu de problèmes car ces deux religions ont virtuellement disparu. Aucun système alternatif de dénomination des jours et des mois n’est particulièrement en usage. De plus, les noms des jours de la semaine dérivent des noms des planètes et autres objets célestes, et quatre mois sont nommés d’après leur numérotation. Les gens peuvent librement nommer les jours et les mois avec des appellations qui sont propres à leurs cultures mais les années sont juste des chiffres et il est donc plus facile de les rendre moins spécifiques sur le plan culturel[10].
  • L’utilisation de CE met en avant l’œcuménisme d’autant que « Christian Era Â» (Ere chrétienne) est interchangeable dans la notation CE.
  • Il est facile de remplacer la notation apr. J.-C./av. J.-C. par la notation CE/BCE car la numérotation des années est exactement la même dans les deux systèmes (33 av. J.-C. devient 33 BCE). Il n’est pas besoin de convertir les années.
  • La notation d’Ère commune est possible avec les siècles alors qu’Anno Domini (qui s’applique à des années et non à une période) est, elle, impossible. (« Au XVIIIe siècle de l’ère commune Â» est acceptable mais pas « au XVIIIe siècle de l’an de grâce Â»)

Détracteurs

Les efforts effectués pour appliquer la notation CE/BCE ont donné lieu à une opposition parfois assez forte. Parmi les arguments avancés par les détracteurs on peut citer :

  • Le terme d’ère commune est considéré comme un euphémisme de l’expression Anno Domini, Encarta donne comme définition « Ere chrétienne (ou commune) : période s’étendant après la naissance de Jésus Christ Â»[11] et utilise la notation apr. J.-C./av. J.-C. dans ses articles (et AD/BC pour la version anglaise)[12].
  • apr. J.-C./av. J.-C. sont utilisés depuis très longtemps et sont devenus en quelque sorte des termes génériques, ayant perdu leur contenu religieux.
  • La notation BCE/CE n’est encore pas assez répandue et doit être comprise par tous.
  • « BCE Â» et « CE Â» sont très similaires et risquent d’entraîner des confusions pour les lecteurs. Changer la notation risque de désorienter le public au profit d’une minorité.
  • Certains reprochent au système de l’ère commune de retenir comme première année de référence la naissance du Christ [réf. nécessaire]. Cela induirait une vision centrée sur le christianisme aux dépens d’un système de datation mondial totalement areligieux [réf. nécessaire]. Ces personnes sont les tenants d’une modification plus radicale du calendrier, qui induirait le changement de toutes les dates [réf. nécessaire].
  • Certains pensent également que l’imposition d’un calendrier à base chrétienne (par le choix de son année de référence) sous la dénomination religieusement neutre d’ère commune est trompeur [réf. nécessaire].
  • Le système d’ère commune ne résout pas le principal problème posé par le calendrier chrétien : l’absence d’année 0. Il serait préférable de basculer vers un système où 1 av. J.-C. deviendrait 0, 2 av. J.-C. devenant alors 1 av. J.-C. et ainsi de suite. Pour résumer leur argumentaire : rien ne sert de changer de système de datation si cela ne règle pas de problème.
  • Comme il n’existe pas d’autres mouvements militant pour la suppression des connotations religieuses dans les systèmes de datation (comme par exemple pour le renommage des jours de la semaine faisant appel à des dieux de la mythologie romaine), le mouvement visant à imposer la datation BCE/CE est spécifiquement antichrétien.
  • Certains voient les notations comme une tradition (qu’ils soient chrétiens ou non) et s’interrogent sur un changement qu’ils n’estiment pas opportun.
  • D’autres avancent l’argument suivant : utiliser la notation BCE/CE, alors qu’il n’existe pas à l’heure actuelle de définition de cette ère commune n’a aucune signification. Par exemple en quoi l’année 2 BCE n’est elle pas « commune Â» (i. e. n’appartient pas à l’ère commune) par rapport à l’année 1 CE qui elle fait partie de l’ère commune ? Pour certains, il s’agit encore une fois d’un euphémisme essayant de gommer une signification chrétienne de cette ère commune.

Exemples d’opposition :

  • quand la notation BCE a été utilisée lors d’examens dans l’État de Nouvelle-Galles-du-Sud en Australie, début 2005, le parlement de l’État ainsi que le ministère de l’éducation local reçurent de nombreuses protestations ;
  • quand l’État anglais en 2002 souhaita introduire dans les programmes scolaires des informations sur le système BCE/CE, de nombreux journaux nationaux reçurent des lettres perplexes quant à l’intérêt de la démarche ;
  • quand le Musée royal de l'Ontario adopta la nouvelle notation, il fut l’objet de moqueries ainsi que de plaintes relayées par la presse nationale canadienne.

Notes et références

  1. ↑ On remarquera une erreur répandue qui consiste à confondre les bornes d'un intervalle avec sa longueur : e.g. du 6 au 10 il n'y a pas quatre jours, mais cinq soit lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi
  2. ↑ Voir par exemple la publication du Second manifeste du Collère de 'Pataphysique
  3. ↑ "L'usage s'est donc établi de remplacer la date pataphysique par des points d'Occultation et de donner entre parenthèses la traduction dans le calendrier vulgaire. Par exemple, on ne date pas du « 27 sable 113 Â» mais du « .... (27 décembre 1985 vulg.) Â»" (Mémoire de diplôme de conservateur de bibliothèque. Alexandre Boutet. Décembre 2005) .
  4. ↑ (en) World History Content Standards sur smithsonianeducation.org (version du 28 septembre 2007 sur l'Internet Archive)
  5. ↑ (en) Submission Guidelines for The Ostracon on egyptstudy.org (version du 9 février 2006 sur l'Internet Archive), (en) « Historical Context Â» sur chass.colostate-pueblo.edu, (en) Guidelines of American Journal of Philology, (en) Manuscrit submission guidelines on sagepub.com, Canadian Journal of Cultural Studies, Style Guideline
  6. ↑ Celui-ci par exemple traite des églises anglicanes du diocèse de Maryland (en) Manuscrit submission guidelines [PDF]
  7. ↑ (en) Introduction to Calendars sur le site de l' United States Naval Observatory
  8. ↑ (en) Jerusalem Timeline on History Channel
  9. ↑ (en) Timeline sur History.com
  10. ↑ a et b (en) Guideline : « The 'Common Era' - a Secular Term for Year Definition Â» sur le site de la BBC, publié le 19 novembre 2004.
  11. ↑ Common Era sur Encarta
  12. ↑ Jésus-Christ on Encarta

Liens externes


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