Yougoslavie

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Yougoslavie

44°49â€Č14″N 20°27â€Č44″E / 44.82056, 20.46222

Territoire des entités politiques connues sous le nom de Yougoslavie.
Armoiries du royaume de Yougoslavie.
Drapeau de la RFSY

La Yougoslavie (Jugoslavija dans les langues slaves, en cyrillique ĐˆŃƒĐłĐŸŃĐ»Đ°ĐČОја, signifiant pays des Slaves du Sud en serbo-croate) Ă©tait le nom d'un État d'Europe du Sud-Est ayant existĂ© sous diffĂ©rentes formes entre 1918 et 2003 et ayant regroupĂ© les actuels pays de SlovĂ©nie, Croatie, Bosnie-HerzĂ©govine, MontĂ©nĂ©gro, Serbie, MacĂ©doine, ainsi que le Kosovo une rĂ©gion autonome de la Serbie dont l'indĂ©pendance auto-proclamĂ©e le 17 fĂ©vrier 2008 n'est reconnue que partiellement par la communautĂ© internationale.

La Yougoslavie a correspondu Ă  trois rĂ©alitĂ©s politiques diffĂ©rentes au cours du XXe siĂšcle :

  1. La premiĂšre Yougoslavie, fut une monarchie fondĂ©e le 1er dĂ©cembre 1918 par Pierre Ier de Serbie. Elle a Ă©tĂ© d'abord baptisĂ©e : Royaume des Serbes, Croates et SlovĂšnes, avant d'ĂȘtre renommĂ© Royaume de Yougoslavie, le 6 janvier 1929. Cet État subsista jusqu'Ă  l'invasion par les troupes de l'Axe le 6 avril 1941. La capitulation eut lieu 11 jours aprĂšs, le 17 avril 1941.
  2. La seconde Yougoslavie, fut une rĂ©publique fĂ©dĂ©rale Ă  parti unique communiste, et fondĂ©e le 29 novembre 1945. AprĂšs l'abolition officielle de la monarchie, elle prit le nom de RĂ©publique fĂ©dĂ©rative populaire de Yougoslavie peu avant l'adoption d'une nouvelle constitution le 31 janvier 1946, et enfin prit le nom dĂ©finitif de RĂ©publique fĂ©dĂ©rative socialiste de Yougoslavie le 7 avril 1963. Celle-ci survĂ©cut jusqu'au 15 janvier 1992, lorsque 4 de ses rĂ©publiques fĂ©dĂ©rĂ©es firent sĂ©cession : la SlovĂ©nie, la Croatie, la Bosnie-HerzĂ©govine et la MacĂ©doine.
  3. La troisiĂšme Yougoslavie, fut un État fĂ©dĂ©ral formĂ©e en 1992 sur le territoire de la Serbie (incluant les territoires de VoĂŻvodine et du Kosovo) et du MontĂ©nĂ©gro. Elle fut nommĂ©e RĂ©publique fĂ©dĂ©rale de Yougoslavie. Le 4 fĂ©vrier 2003, le nom « Yougoslavie Â» est abandonnĂ© et le pays est baptisĂ© CommunautĂ© d'États Serbie-et-MontĂ©nĂ©gro. Il fut dissout Ă  son tour le 3 juin 2006, suite Ă  l'indĂ©pendance du MontĂ©nĂ©gro.

Sommaire

Histoire de la Yougoslavie

Origine

Le Panslavisme a servi de base idéologique à la formation de la Yougoslavie.

Provinces illyriennes et romantisme nationaliste

Articles dĂ©taillĂ©s : Provinces illyriennes et nationalisme romantique.

En 1806, les armĂ©es napolĂ©oniennes conquiĂšrent la partie nord de la Dalmatie ainsi que l’Istrie, alors sous la domination de la RĂ©publique de Venise, puis en 1809, le sud de la Dalmatie jusqu'Ă  Dubrovnik, la cĂŽte montĂ©nĂ©grine, la Croatie militaire et la Croatie civile ainsi qu’une grande partie de la SlovĂ©nie. En 1810, le MarĂ©chal Auguste de Marmont crĂ©e les provinces illyriennes, y impose le code NapolĂ©on et des travaux de construction de route et de dĂ©forestation. Le rĂ©gime français impose aussi l’enseignement d’un mĂȘme dialecte, le Chtokavien (ĆĄtokavski) dans les Ă©coles et encourage son utilisation par les journaux[Lampe 1]. En 1812, Ć ime Starčević publie une grammaire illyrienne Ă  Trieste. Les dĂ©faites de l’armĂ©e napolĂ©onienne en Russie en 1812 puis celle de la bataille de Waterloo mettent fin Ă  la courte domination française mais suite Ă  la RĂ©volution française de 1789 et aux guerres napolĂ©oniennes, se sont rĂ©pandues en Europe de nouvelles idĂ©es politiques et une notion nouvelle de nationalisme et de dĂ©mocratie libĂ©rale[Hupchick 1]. AprĂšs 1814 et le CongrĂšs de Vienne, la diffusion de ces idĂ©es est combattue en France, en Russie, en Prusse et dans l’Empire des Habsbourg mais malgrĂ© la politique rĂ©pressive des monarchies les idĂ©es se rĂ©pandent et en rĂ©action naĂźt le mouvement des Romantiques et le nationalisme romantique[Hupchick 2].

Indépendance de la Serbie

La Serbie en 1809
Georges Petrović, dit Karageorges ("Georges le Noir"), hĂ©ros de la PremiĂšre rĂ©volte serbe contre les Turcs

Depuis 1739 et le retour du contrĂŽle ottoman sur la rĂ©gion de Belgrade, les autoritĂ©s ottomane et le sultan Selim III encourageaient l'autonomie locale des Serbes et finançait ses milices afin d'assurer une certain ordre. Cependant, suite Ă  l'alliance des Serbes avec les Habsbourgs pendant la guerre de 1788-1791 (ou guerre de Koča), et face Ă  la crainte du Sultan d'une alliance chrĂ©tienne menĂ©e par la France de NapolĂ©on contre l'Empire ottoman[Hupchick 3], Selim confisque les armes des milices serbes et les janissaires reprennent le contrĂŽle des provinces serbes en 1801. En 1802, le premier soulĂšvement serbe commence par une rĂ©volte locale contre les janissaires menĂ©e par Đorđe Petrović dit Karađorđe, Đorđe le noir, mais en 1804, alors que Selim fait assassiner un grand nombre de leaders locaux[Lampe 2], la rĂ©pression ottomane transforme ce qui n'Ă©tait qu'une rĂ©volte locale en un mouvement national populaire[Hupchick 4] ayant pour but de se sĂ©parer de la domination de l'empire. En 1806 les troupes de Karađorđe, soutenues matĂ©riellement par la Russie du Tsar Alexandre, prennent Belgrade. L'attaque de la Russie et de l'Angleterre contre l'Empire ottoman alliĂ© de NapolĂ©on pousse Selim Ă  proposer l'autonomie aux Serbes mais Karađorđe refuse et signe une alliance avec la Russie en 1807. Cependant en 1807 avec le TraitĂ© de Tilsit puis en 1812 avec le TraitĂ© de Bucarest la Russie cesse ses attaques contre l'Empire ottoman laissant celui-ci libre de mater la rebellion serbe. En 1813, Karađorđe fuit en Autriche et les ottomans ont repris le contrĂŽle des territoires serbes.

Le second soulĂšvement serbe dĂ©bute en 1815 et est menĂ© par MiloĆĄ Obrenović, qui avait obtenu des Ottomans le titre de knez, ou prince, alors que Karađorđe Ă©tait toujours en exil. Obrenović nĂ©gocie et obtient du sultan Mahmud II une certaine autonomie pour les provinces serbes dĂšs 1816. Les Serbes sont autorisĂ©s Ă  conserver leurs milices et Ă  se rĂ©unir en assemblĂ©es de notable (SkupĆĄtina) pour des gouvernements locaux mais les garnisons ottomanes restent prĂ©sentes et une partie des taxes est toujours payĂ©e Ă  l'empire[Hupchick 5]. Lorsqu'une nouvelle guerre Ă©clate entre la Russie et l'Empire ottoman en 1828 MiloĆĄ Obrenović est bien placĂ© pour nĂ©gocier une plus large autonomie pour la Serbie face Ă  la crainte de l'Empire ottoman d'une nouvelle alliance Serbo-Russe et, en 1829, le traitĂ© d'Edirne (ou traitĂ© d'Andrinople) donne Ă  la rĂ©gion de Belgrade le titre de principautĂ© autonome au sein de l'Empire ottoman gouvernĂ© par Obrenović en temps que prince hĂ©rĂ©ditaire. En 1842 Obrenović est contraint d'abdiquer face Ă  la montĂ©e en puissance de ses opposants religieux, marchands et diplomate qui placent l'hĂ©ritier de Karađorđe, Alexandre Karađorđević sur le trĂŽne. L'influence d'Alexandre est limitĂ©e face Ă  un de ses ministres, Ilija GaraĆĄanin surnommĂ©e Ă  l'Ă©poque par la presse europĂ©enne comme le « Bismarck serbe Â», il Ă©tait favorable Ă  l'Ă©tablissement d'un Ă©tat sud-slave (Yougoslavie) rassemblant la Bosnie-HerzĂ©govine, le MontĂ©nĂ©gro, la MacĂ©doine, le Kosovo et le nord de l'Albanie et centrĂ© sur Belgrade comme dĂ©crit dans le Načertanije rĂ©digĂ© en 1844[Lampe 3]. Aleksandar Karađorđević rĂšgne jusqu'en 1858 lorsque MiloĆĄ Obrenović, de retour d'exil, reprend le pouvoir. Obrenović dĂ©clare en 1860 la prĂ©sĂ©ance de la souverainetĂ© Serbe sur l'Empire ottoman mais meurt l'annĂ©e suivante donnant le trĂŽne Ă  son fils Mihajlo Obrenović. Mihajlo Obrenović modernise l'armĂ©e, obtient en 1867 le retrait de toutes les garnisons ottomanes de Serbie et s'allie avec la Roumanie, en 1865 et 1868, avec le MontĂ©nĂ©gro en 1866, avec la GrĂšce en 1867 et avec les rĂ©volutionnaires bulgares en 1866 pour chasser les Ottomans des Balkans mais il est assassinĂ© en juin 1868 ; son neveu Milan Obrenović lui succĂšde. Suite Ă  la Guerre russo-turque de 1877-1878, la Serbie obtient son indĂ©pendance en 1878 et Milan Obrenović devient Milan Ier de Serbie.

Indépendance du Monténégro

Chapeau traditionnel monténégrin

La principautĂ© du MontĂ©nĂ©gro au XIXe siĂšcle, dominĂ©e par l'Empire ottoman, Ă©tait sous-dĂ©veloppĂ©e et isolĂ©e en comparaison des autres territoires de la future Yougoslavie. Ses 60 000 habitants Ă©taient principalement rĂ©partis dans des villages de montagne[Lampe 4]. Plusieurs prĂȘtres orthodoxes, membre de l'Ă©glise orthodoxe serbe furent dĂ©signĂ©s, par le patriarche de l'Église serbe sous le titre de Princes-Ă©vĂȘques. BasĂ©s Ă  Cetinje et soutenus par les Russes, ils avaient tentĂ© de mettre en place un certain centralisme. Établi en 1851, Danilo promulgue un code lĂ©gislatif, unifie l'armĂ©e et agrandit la principautĂ© mais c'est son successeur le prince Nikola qui double la taille des territoires sous son contrĂŽle et gagne accĂšs Ă  l'Adriatique. GrĂące Ă  l'appui de la Russie, et suite Ă  la Guerre russo-turque de 1877-1878, le MontĂ©nĂ©gro obtient son indĂ©pendance au TraitĂ© de Berlin de 1878. L'Ă©tat investit fortement dans l'Ă©ducation et l'envoi d'Ă©tudiants Ă  Moscou mais aussi Ă  Zagreb (Agram) et bien sĂ»r Ă  Belgrade, il Ă©tablit des connexions intellectuelles avec les autres Ă©tats sud-slaves.

Mouvement des Illyriens

Représentation de renouveau croate (Hrvatski preporod) sur un rideau du théùtre national croate

Dans les annĂ©es 1830, un groupe de nobles et de publicistes croates, centrĂ© Ă  Zagreb et Ă  Karlovac, se rassemble autour de Ljudevit Gaj dans l’idĂ©e d’unir les sous-groupes sud slaves des SlovĂšnes aux Bulgares. Ljudevit Gaj, influencĂ© par le philosophe allemand Johann Gottfried Herder, considĂšre que la langue est le principal Ă©lĂ©ment fĂ©dĂ©rateur d’une nation devant les prĂ©cĂ©dents historiques [Lampe 5]. Gaj consolide les diffĂ©rents dialectes de Croatie en se basant sur le Chtokavien (ĆĄtokavski) et le mouvement publie en 1835 un dictionnaire qui est une premiĂšre dĂ©finition de la langue croato-serbe. À la mĂȘme Ă©poque en Serbie, Vuk Stefanović KaradĆŸić simplifie l’orthographe de la langue serbe et publie un dictionnaire et une grammaire serbes Ă©galement basĂ©s sur le dialecte chtokavien (ĆĄtokavski). En SlovĂ©nie c’est Jernej Kopitar qui codifie Ă  la mĂȘme Ă©poque le slovĂšne.

Le mouvement des Illyriens (Ilirski Pokret) gagne en influence face Ă  la menace de l’Empire hongrois qui se manifeste en 1827 par la volontĂ© d’imposer la langue hongroise Ă  la place du latin au parlement ainsi qu’en 1832 Ă  1836 par une loi d’inspiration libĂ©rale rĂ©duisant les droits de la noblesse sur les paysans[1]. Le mouvement obtient ainsi en 1840, la permission royale de faire de l’illyrien la langue d’instruction dans les Ă©coles Ă©lĂ©mentaires des territoires de Dalmatie, Slavonie et dans la Croatie civile. En 1850, Ă  l'initiative du SlovĂšne Franc MikloĆĄič, l'accord de Vienne est signĂ© entre deux Ă©crivains serbes, Vuk KaradĆŸić et Đuro Daničić, cinq hommes de lettres croates, Ivan MaĆŸuranić, Dimitrija Demeter, Stjepan Pejaković, Ivan Kukuljević et Vinko Pacel et le SlovĂšne MikloĆĄič concernant l'unification de la langue « croate ou serbe Â» ou serbo-croate dans le but de faciliter les interactions avec la bureaucratie autrichienne.

Dans les annĂ©es 1840, le mouvement des Illyriens se transforme en mouvement politique sous le nom de Parti national ou parti du peuple (Narodna Stranka), rassemblant des Serbes urbains et des Croates. Le parti gagne des siĂšges aux Ă©lections locales de 1841-1842 notamment Ă  Zagreb. Gaj, qui n'Ă©tait pas noble est contraint de cĂ©der la direction du parti Ă  la noblesse croate et particuliĂšrement au comte Janko DraĆĄković qui se concentre sur l'objectif d'un Royaume triunitaire de Croatie-Slavonie-Dalmatie aux dĂ©pens d'une alliance avec la Serbie. L'appui des troupes du nouveau Ban de Croatie-Slavonie dĂ©signĂ© par Vienne, Josip Jelačić, aux Habsbourgs et aux Serbes de VoĂŻvodine contre les Hongrois lors de la rĂ©volution hongroise de 1848 n'empĂȘche pas les autrichiens d'interdire le Sabor de 1849 Ă  1860 et de contrĂŽler maintenant directement la Dalmatie et la VoĂŻvodine.

Dans les annĂ©es 1860, l'Ă©vĂȘque croate Josip Juraj Strossmayer utilise pour la premiĂšre fois le terme « yougoslave Â». Lorsque le Sabor est de nouveau autorisĂ© en 1861, Strossmayer prend la direction du Parti national bien que celui-ci se divise en 1863. Il cofonde, avec Franjo Rački en 1866, l'AcadĂ©mie yougoslave des Arts et des Sciences de Zagreb. Strossmayer cherche l'union des Serbes et des Croates sur le plan linguistique, selon les idĂ©e de Gaj, mais aussi sur le plan religieux en s'opposant par exemple Ă  la dĂ©claration d'infaillibilitĂ© pontificale en 1870 et en suggĂ©rant aux Serbes de reconnaĂźtre loyautĂ© Ă  l'Église catholique romaine. Toujours en 1866, il entre en contacte avec le ministre des affaire Ă©trangĂšres serbe Ilija GaraĆĄanin pour former un systĂšme d'alliance. Strossmayer et GaraĆĄanin s'accordent sur un objectif de confĂ©dĂ©ration sud-slave bi-polarisĂ©e sur Zagreb et Belgrade ; cĂ©dant la domination de la Bosnie-HerzĂ©govine Ă  la Serbie en Ă©change de l'union de la frontiĂšre militaire, de la Slavonie et de la VoĂŻvodine avec la Croatie civile[Lampe 6]. Strossmayer quitte la politique en 1868 suite Ă  l'accord hongaro-croate, Nagodba, limitant l'autonomie de la Croatie civile.

Dans les annĂ©es 1860, une autre courant politique est incarnĂ© en Croatie par Ante Starčević et Eugen Kvaternik qui fondent, en 1861, le Parti du Droit pour combattre le centralisme du rĂ©gime autrichien mais le parti n'a que peu d'influence face au Parti national rĂ©unifiĂ© en 1873. Starčević, nĂ© d'un pĂšre croate et d'une mĂšre serbe, considĂšre les Serbes de Bosnie et des confins militaires comme des Croates orthodoxes, les Bosniaques comme des Croates musulmans et les SlovĂšnes comme des « Croates des montagnes Â»[Lampe 7], est opposĂ© Ă  une union avec la Serbie Ă  laquelle il prĂ©fĂšre la crĂ©ation d'une Grande Croatie par l'union de la Croatie civile avec la Dalmatie, l'Istrie, la Slavonie et la Bosnie-HerzĂ©govine[Lampe 8].

Lors des Ă©lections en Dalmatie Ă  partir de 1861, le Parti national utilise le terme « yougoslave Â» et Ă©vite de mentionner l'ethnonyme « Croate Â» afin de mĂ©nager Ă  la fois les Italiens et les Serbes[Lampe 9]. Aussi, en 1870 Ă  l'initiative des SlovĂšnes, courtisĂ©s par Strossmayer, se rĂ©unit Ă  Ljubljana une centaine de Croates, Serbes et SlovĂšnes afin de dĂ©cider d'une politique commune. Les SlovĂšnes poussent le Parti national croate Ă  inclure un nombre significatif de Serbes.

Bosnie-Herzégovine sous contrÎle austro-hongrois

Article dĂ©taillĂ© : Crise bosnienne.

Les reformes militaires entreprises par l'Empire ottoman en Bosnie-Herzégovine menaçaient directement la puissance de l'élite bosniaque. Les forces bosniennes musulmanes organisent entre 1815 et 1833 des expéditions contre les forces militaires ottomanes et résistent aprÚs 1839 à de nouvelles réformes visant à réduire leur pouvoir local[Lampe 10]. De 1848 à 1862 de nouvelles réformes fiscales provoquent plusieurs soulÚvements locaux des Serbes de Bosnie contre l'imposition des propriétaires terriens. En 1875, Croates et Serbes de Bosnie, soutenus par le Monténégro et par la Serbie, se soulÚvent contre les Ottomans et les Bosniaques, poussant l'Autriche-Hongrie à inclure l'annexion de la Bosnie-Herzégovine dans le Traité de Berlin de 1878. Il fallut 3 mois de combats aux forces austro-hongroises composées de Croates et de Serbes de la frontiÚre militaire pour soumettre les unités paramilitaires Bosniaques à l'autorité austro-hongroise. En 1882, le hongrois Béni Kållay est nommé administrateur de Bosnie-Herzégovine. Il modernise les infrastructures urbaines, les transports et crée plusieurs entreprises publiques[Lampe 11]. Sa volonté de créer une identité bosnienne n'obtient que peu de soutien[2] et les Serbes principalement se sentent lésés par rapport aux Bosniens musulmans et mais surtout par rapport aux Croates.

La question macédonienne

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Le sud des Balkans en 1899

AprĂšs le traitĂ© de Berlin de 1878 les contentieux dans les Balkans se sont portĂ©s principalement sur la MacĂ©doine, rĂ©gion contrĂŽlĂ©e par l'Empire ottoman et peuplĂ©e d'Albanais, de Bulgares, de Grecs, de Serbes et de Turcs. La MacĂ©doine Ă©tait revendiquĂ©e par la Bulgarie en tant que territoire de l'État mĂ©diĂ©val de Bulgarie, terre de naissance du Patriarcat d'Ohrid et du cyrillique bulgare. Les Serbes revendiquaient la MacĂ©doine comme terre appartenant Ă  l'Empire de Stefan DuĆĄan et conquise par les Ottomans. Les Grecs, quant Ă  eux, revendiquait la MacĂ©doine, selon la Grande IdĂ©e (en grec moderne : ÎœÎ”ÎłÎŹÎ»Î· ΙΎέα / MegĂĄli IdĂ©a) en tant que terre historique grecque d'Alexandre le Grand[Hupchick 6] et terre d'habitat de nombreux Grecs.

En 1893, un groupe de Slaves macĂ©doniens crĂ©e, Ă  Resen, l'Organisation rĂ©volutionnaire intĂ©rieure macĂ©donienne (VnatreĆĄna Makedonska Revolucionerna Organizacija, VMRO) ayant pour but la crĂ©ation d'un État macĂ©donien indĂ©pendant de la Bulgarie, de la GrĂšce et de la Serbie et revendiquant une identitĂ© macĂ©donienne. L'organisation rĂ©volutionnaire est unifiĂ© par Goce Delčev en 1894 et gagne en influence crĂ©ant une administration, des forces de police, des tribunaux, des journaux et un service de poste[Hupchick 7]. En 1895, la VMRO se divise en deux factions poursuivant des buts diffĂ©rents : l'Organisation rĂ©volutionnaire intĂ©rieure macĂ©donienne, conservant le but originel d'une MacĂ©doine indĂ©pendante, et l'Organisation rĂ©volutionnaire extĂ©rieure macĂ©donienne, soutenue par la Bulgarie et partisan de l'unification de la MacĂ©doine avec la Bulgarie. En Serbie, la SociĂ©tĂ© de Saint-Sava est crĂ©Ă© en 1866 avec pour objectif de dĂ©velopper le nationalisme serbe, notamment en MacĂ©doine[Hupchick 8],[3]. En GrĂšce, L'Ethniki Etairia, (SociĂ©tĂ© nationale) fondĂ© en 1894 aide et finance les « Makedonomakhoi Â» qui prennent les armes pour rĂ©clamer le rattachement de la MacĂ©doine au royaume grec. Le 2 aoĂ»t 1903, jour de la Saint-Élie (Ilinden), l'Organisation rĂ©volutionnaire intĂ©rieure macĂ©donienne dĂ©clenche le soulĂšvement d'Ilinden et parvient a gagner le contrĂŽle de la rĂ©gion de Bitola et dĂ©clarent une rĂ©publique autour de la ville de KruĆĄevo. Les Ottomans mirent 3 mois Ă  reprendre le contrĂŽle, rĂ©primant sĂ©vĂšrement la rĂ©bellion.

Guerres balkaniques

Carte des Balkans aprĂšs la premiĂšre et la seconde guerre balkanique

La ligue balkanique se forme en 1912 entre la Bulgarie, la GrĂšce, la Serbie et le MontĂ©nĂ©gro avec pour but d'affronter l'Empire ottoman. Le MontĂ©nĂ©gro dĂ©clare la guerre Ă  l'Empire ottoman le 7 octobre 1912 suivi par les autres membres de l'alliance. 350 000 hommes sont mobilisĂ©s, l'Empire ottoman est vaincu et le TraitĂ© de Londres est signĂ© le 30 mai 1913. Il Ă©tablit la naissance de l'Albanie et un partage des territoires de MacĂ©doine. La Bulgarie, qui conteste ce partage, s'oppose Ă  une coalition entre la Serbie, la GrĂšce, le MontĂ©nĂ©gro, la Roumanie et la Turquie. Le TraitĂ© de Bucarest est signĂ© le 10 aoĂ»t 1913 finalisant le partage des territoires.

PremiÚre Guerre mondiale et création de la Yougoslavie

Un groupe d'intellectuels rĂ©unis autour d'Aurel Popovic proposa en 1906 la crĂ©ation des États-Unis de Grande Autriche; passĂ© inaperçu Ă  l'Ă©poque, ce projet inspira finalement les nĂ©gociations de paix et le dĂ©mantĂšlement de l'Autriche-Hongrie en 1918. En 1908 la Bosnie-HerzĂ©govine est annexĂ©e par l'Empire austro-hongrois, dĂ©clenchant la crise bosniaque. L'annexion est condamnĂ©e par la Serbie et les Serbes de Bosnie mais satisfait les nationalistes croates partisans de l'unification de la Bosnie-HerzĂ©govine d'avec le Royaume de Croatie et de Slavonie auquel s'ajouterait le Royaume de Dalmatie. En 1908 la sociĂ©tĂ© de dĂ©fense nationale (en serbe, Narodna Odbrana) est crĂ©Ă© en Serbie pour promouvoir la rĂ©volte anti-Habsbourg. Les victoires de la Serbie lors des guerres balkaniques ainsi que la dĂ©ception des Serbes lors des reformes agraires de 1910 intensifie les tensions et les prĂ©tentions territoriales de la Serbie sur la Bosnie. La Main noire crĂ©Ă© en 1911 prend contact en 1912 avec le groupe Jeune Bosnie duquel est issu Gavrilo Princip qui assassine l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche le 28 juin 1914, Ă  Sarajevo (voir attentat de Sarajevo) dĂ©clenchant par le jeu des alliances la PremiĂšre Guerre mondiale.

Comité yougoslave

Carte des territoires offerts Ă  la Serbie par le Pacte de Londres en 1915

Au dĂ©but de la PremiĂšre Guerre mondiale, Nikola PaĆĄić envoie des reprĂ©sentants pour rencontrer Frano Supilo et Ante Trumbić, des politiciens croates de Dalmatie exilĂ©s en Italie et favorables Ă  la crĂ©ation d'un État des Slaves du sud. À Florence, le 22 novembre, Frano Supilo accepte le financement serbe pour la crĂ©ation d'un « ComitĂ© yougoslave Â» (Jugoslavenski odbor). Le 26 avril 1915, les alliĂ©s signent avec l’Italie le Pacte de Londres, qui, en Ă©change de l’entrĂ©e en guerre de l’Italie, lui promet une grande part de la Dalmatie et de l’Istrie. En rĂ©action[Lampe 12], le ComitĂ© yougoslave est officiellement formĂ© le 30 avril 1915 Ă  Londres Â» avec pour mission de reprĂ©senter les slaves du sud de l’Empire des Habsbourg et produit en mai un mĂ©morandum revendiquant les territoires d'Istrie ainsi que la SlovĂ©nie, ceci malgrĂ© la faible reprĂ©sentation des SlovĂšnes dans le comitĂ©.

Pacte de Corfou

Entre juin et juillet 1917, le comitĂ© yougoslave rencontre le gouvernement serbe Ă  Corfou et le 20 juillet, une dĂ©claration qui Ă©tablit la fondation d’un État est signĂ©e. Le prĂ©ambule dĂ©clare que les Serbes, Croates et SlovĂšnes sont identiques par le sang et la langue. Le nouvel État sera nommĂ© Royaume des Serbes, Croates et SlovĂšnes et sera une monarchie constitutionnelle sous la dynastie des Karađorđević. Le traitĂ© s'accorde aussi pour que les unitĂ©s de Slaves du sud dĂ©serteurs de l'armĂ©e austro-hongroise, prisonniers en Russie et mobilisĂ©s pour combattre avec les alliĂ©s combattraient sous le commandement de la Serbie et non au nom de la Yougoslavie.

Unification des SlovĂšnes, Croates et Serbes

L'Autriche-Hongrie en 1918
LĂ©gende :
* en couleurs, l'Empire en 1914 ;
* les traits rouges représentent les frontiÚres de 1920.

Quand l’Empire des Habsbourg s'effondre, un Conseil national des SlovĂšnes, Croates et Serbes a lieu Ă  Zagreb le 6 octobre 1918. Le 29 octobre le Sabor croate dĂ©clare son indĂ©pendance et la crĂ©ation de l’État des SlovĂšnes, Croates et Serbes. Le ComitĂ© yougoslave reçoit pour tĂąche de reprĂ©senter le nouvel Ă©tat Ă  l’étranger.

ImmĂ©diatement, des dĂ©saccords se manifestent Ă  propos des termes de l’union proposĂ©e avec la Serbie. Au projet fĂ©dĂ©raliste d'inspiration germanique, dĂ©fendu surtout par les SlovĂšnes et les Croates, s'oppose le projet jacobin et centralisateur d'inspiration française, dĂ©fendu surtout par les Serbes. Svetozar Pribićević, un Serbe de Croatie, prĂ©sident de la coalition croato-serbe et vice-prĂ©sident de l’état, souhaite une union immĂ©diate et sans conditions. D’autres, en faveur d’une fĂ©dĂ©ration yougoslave, Ă©taient plus hĂ©sitants, craignant que la Serbie n'annexe simplement les territoires sud-slaves de l’ex-Autriche-Hongrie.

L’autoritĂ© du Conseil national Ă©tait limitĂ©e et les Italiens avançaient pour annexer davantage de territoires que ceux qui leur avaient Ă©tĂ© concĂ©dĂ©s par l'accord avec le ComitĂ© yougoslave. Les opinions politiques Ă©taient divisĂ©es et les ministres serbes avaient dit que si les Croates insistaient sur leur propre rĂ©publique ou une sorte d’indĂ©pendance, alors la Serbie ne prendrait que les territoires habitĂ©s par des Serbes et dĂ©jĂ  occupĂ©s par l’armĂ©e serbe, laissant la Croatie se dĂ©brouiller seule face aux Italiens. AprĂšs de longs dĂ©bats, le Conseil national accepte l’union avec la Serbie, sous rĂ©serve que l’organisation finale de l’état soit dĂ©cidĂ©e par la future assemblĂ©e constituante (dĂ©claration finale).

Le plus farouche opposant Ă  cette dĂ©cision Ă©tait le croate Stjepan Radić, prĂ©sident du Parti paysan croate (HSS).

Le Royaume des Serbes, Croates et SlovĂšnes est dĂ©clarĂ© le 1er dĂ©cembre 1918 Ă  Belgrade, au balcon du Palais Royal temporaire par le rĂ©gent Aleksandar (futur roi Alexandre Ier de Yougoslavie) - le roi Pierre Ier est toujours vivant - selon une dĂ©claration rĂ©digĂ©e par son conseiller spĂ©cial, Miodrag Lazarević.

PremiĂšre Yougoslavie

Armoiries du royaume de Yougoslavie.

La premiĂšre Yougoslavie est crĂ©Ă©e le 1er dĂ©cembre 1918 sous le nom de Royaume des Serbes, Croates et SlovĂšnes. Le pays est constituĂ© par le regroupement de plusieurs territoires :

  • le royaume de Serbie (prĂ©cĂ©demment indĂ©pendant), de langue serbo-croate et Ă  majoritĂ© chrĂ©tienne orthodoxe, mais qui inclut l'actuelle MacĂ©doine Ă  majoritĂ© makĂ©dophone, et la Methohie (Kosovo) alors dĂ©jĂ  aux deux tiers albanophone et musulmane.
  • le royaume de MontĂ©nĂ©gro (prĂ©cĂ©demment indĂ©pendant pour l'essentiel, exceptĂ© les Bouches de Kotor qui relevaient de la couronne d'Autriche), de langue serbo-croate et Ă  majoritĂ© orthodoxe.
  • la VoĂŻvodine (prĂ©cĂ©demment hongroise), majoritairement de langue serbo-croate et orthodoxe, mais avec d'importantes minoritĂ©s allemandes (la plus nombreuse Ă  l'Ă©poque), magyares, roumaines et autres.
  • le territoire de Bosnie-et-HerzĂ©govine (prĂ©cĂ©demment austro-hongrois), de langue serbo-croate, et oĂč orthodoxes et musulmans Ă©taient en nombre sensiblement Ă©gal avec une forte minoritĂ© catholique.
  • la Croatie (relevant prĂ©cĂ©demment de la couronne de Hongrie pour le Zagorje et la Slavonie, et de la couronne d'Autriche pour la Dalmatie et Dubrovnik), de langue serbo-croate et Ă  2 tiers catholique et un tiers orthodoxe serbe.
  • le territoire de SlovĂ©nie (relevant prĂ©cĂ©demment de la couronne d'Autriche), de langue slovĂšne et entiĂšrement catholique.

Avec toute cette diversitĂ©, le pays connaĂźt pourtant un rĂ©gime de monarchie constitutionnelle, mĂȘme si des tensions subsistent. En 1921, juste aprĂšs la mort du roi Pierre Ier, le roi Alexandre Ier juge utile de dissoudre le Parti communiste. Mais les tensions s'exacerbent (non sans influences extĂ©rieures parfois) et en 1928, un dĂ©putĂ© du Parti paysan croate, Stjepan Radić, est assassinĂ© en plein Parlement par un collĂšgue montĂ©nĂ©grin acquis au nationalisme serbe. Le roi dĂ©cide alors en 1929 de suspendre la constitution et de rebaptiser le pays « Royaume de Yougoslavie Â». Il gouverne alors en monarque absolu.

Dictature du roi Alexandre

Les provinces yougoslaves en 1929.

Alexandre Ier s'inspire clairement du jacobinisme français. Il cherche Ă  apaiser les tensions nationalistes et a dĂ©courager les tendances sĂ©paratistes. Cherchant Ă  crĂ©er une nouvelle Yougoslavie unitaire, il abolit les rĂ©gions historiques et redessine les frontiĂšres intĂ©rieures en banovinas nommĂ©es d’aprĂšs les riviĂšres. De nombreux politiciens sont emprisonnĂ©s ou assignĂ©s Ă  rĂ©sidence sous surveillance policiĂšre, notamment les communistes et autonomistes croates et bulgares de MacĂ©doine[4]. La dictature ne fait qu’amplifier les tensions nationalistes.

MalgrĂ© le soutien français, la politique d’Alexandre Ier souffre bientĂŽt de l’opposition des autres puissances europĂ©ennes alors que le Fascisme et le Nazisme prennent le pouvoir en Allemagne et en Italie, et que Staline devient le dirigeant de l’URSS. Aucun de ces trois rĂ©gimes n'est favorable Ă  la politique d’Alexandre Ier. L’Italie et l’Allemagne souhaitent revoir les traitĂ©s signĂ©s Ă  la fin de la PremiĂšre Guerre mondiale et l’Union soviĂ©tique est dĂ©terminĂ©e Ă  retrouver sa puissance sur le plan international.

Le roi Alexandre Ier est assassinĂ© Ă  Marseille en 1934, par Vlado Černozemski (nĂ© Veličko Dimitrov Kerin) membre de l'Organisation rĂ©volutionnaire intĂ©rieure macĂ©donienne. Son fils de 11 ans, Pierre II lui succĂšde sous la rĂ©gence du Prince Paul.

Années 1930 en Yougoslavie

La scĂšne politique internationale Ă  la fin des annĂ©es 1930 est marquĂ©e par l’attitude agressive des rĂ©gimes totalitaires et la certitude que l’ordre mis en place Ă  la fin de la PremiĂšre Guerre mondiale perdait de sa stabilitĂ© et de sa force. Sous la pression et le support de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie, le Croate Vlatko Maček et son parti obtiennent la crĂ©ation de la Banovina de Croatie en 1939. L’accord spĂ©cifiait que la Croatie, dĂ©sormais autonome, resterait fĂ©dĂ©rĂ©e Ă  la Yougoslavie, mais aurait une identitĂ© politique indĂ©pendante dans les relations internationales.

Le Prince Paul cĂšde Ă  la pression des puissances fascistes et signe avec elles, le 25 mars 1941 Ă  Vienne (Autriche), le pacte tripartite, espĂ©rant ainsi garder la Yougoslavie en dehors de la guerre. Mais cette dĂ©cision affaiblit la popularitĂ© du rĂ©gent dans une opinion publique serbe largement pro-alliĂ©e, la population croate Ă©tant plus proche des nazis et des fascistes en raison de leur aide dans la crĂ©ation de la Banovina de Croatie. Des officiers serbes de l’armĂ©e, opposĂ©s Ă  ce traitĂ©, lancent un coup d’État au retour du prince, le 27 mars. Le gĂ©nĂ©ral DuĆĄan Simović prend le pouvoir, arrĂȘte la dĂ©lĂ©gation de Vienne, exile le prince Paul et met fin Ă  la rĂ©gence, donnant le pouvoir absolu au roi pro-alliĂ© Pierre II.

Hitler attaque donc la Yougoslavie le 6 avril 1941, et enchaĂźne par l’invasion de la GrĂšce, qui tenait les Italiens en Ă©chec depuis 6 mois en Albanie.

Seconde Guerre mondiale

Article dĂ©taillĂ© : Campagne de Yougoslavie (1941-1945).
Fascist occupation of yugoslavia.png

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie reste neutre jusqu'en 1941. Cette année-là, désirant venir en aide à l'armée italienne en difficulté en GrÚce, l'Allemagne demande un droit de passage pour ses troupes. AprÚs que le régent Paul a accepté de signer une alliance avec l'Allemagne et l'Italie, le Roi, sous l'influence de l'état-major de l'armée, pro-Allié comme l'opinion publique, met fin à la régence, décision courageuse puisqu'à cette date l'URSS est encore liée au pacte Germano-Soviétique, la France est tombée, les USA sont neutres et seul le Royaume-Uni continue de résister à Hitler. Cette décision entraßne l'invasion du pays par l'Allemagne.

Le Roi doit s'exiler, l'armĂ©e capitule et le pays est aussitĂŽt dĂ©mantelĂ©. Au nord, la SlovĂ©nie est partagĂ©e entre l'Allemagne, l'Italie et la Hongrie. Ante Pavelić crĂ©e l'État indĂ©pendant de Croatie (NDH, qui inclut la Bosnie-HerzĂ©govine), un État Oustachi alliĂ© Ă  l'Allemagne nazie, tandis que la Serbie est occupĂ©e et placĂ©e sous administration militaire allemande avec Ă  la tĂȘte d'un État croupion avec gouvernement fantoche, le Gouvernement de Salut National du gĂ©nĂ©ral Milan Nedić. Mais c'est une Serbie diminuĂ©e de la VoĂŻvodine (partagĂ©e entre la Hongrie et l'Allemagne), de la MacĂ©doine, partagĂ©e entre la Bulgarie et l'Albanie italienne. Le Kosovo aussi est annexĂ© Ă  l'Albanie italienne, tandis que l'Italie annexe une grande partie de la cĂŽte croate, et qu'un État "indĂ©pendant" sous occupation italienne est crĂ©Ă© au MontĂ©nĂ©gro.

La rĂ©sistance lĂ©gitimiste des TchĂ©tniks (envers les Oustachis d'abord, puis contre l'occupation allemande) s'organise autour de DraĆŸa Mihajlović, un royaliste serbe, surnommĂ© le "gĂ©nĂ©ral des Balkans", tandis que celle des Partisans communistes, en grande majoritĂ© des Serbes de Croatie qui fuient devant les massacres des Oustachis, mais aussi des Croates et Musulmans (nationalitĂ©) communistes se dĂ©veloppe sous la direction du Croate Josip Broz dit Tito. La Seconde Guerre mondiale se doubla d'une guerre civile entre communistes de Tito, nazis croates, Serbes royalistes, occupants allemands, italiens, albanais, hongrois et bulgares. AprĂšs la Pologne et l'URSS, la Yougoslavie perdra le plus grand pourcentage de sa population dans le second conflit mondial.

Au début de la guerre civile, les Alliés misent sur Mihajlovic, fidÚle au gouvernement exilé à Londres, mais aprÚs Téhéran et Yalta, c'est Tito qui bénéficie de la plupart des parachutages. En 1944-45, le "maréchal" Tito réussit à libérer le pays sans l'intervention directe des pays alliés.

Yougoslavie de Tito

La Yougoslavie devient un État communiste Ă©tabli dans la clandestinitĂ© le 29 novembre 1943 Ă  Jajce, sous le nom de FĂ©dĂ©ration dĂ©mocratique de Yougoslavie avec Tito pour prĂ©sident.

La pĂ©riode entre 1945 et 1950, la fĂ©dĂ©ration devenue RĂ©publique fĂ©dĂ©rative populaire de Yougoslavie, se caractĂ©rise par la mise en place d'un État communiste et le dĂ©veloppement de la rĂ©pression contre les non-communistes (Églises, mouvements nationalistes tant croates que serbes).

AprĂšs une brĂšve pĂ©riode d'alignement sur le modĂšle communiste soviĂ©tique, la Yougoslavie, Ă  la diffĂ©rence des autres pays communistes d'Europe centrale et orientale, choisit une voie indĂ©pendante de l'URSS. Cela fut possible parce que Tito s'est libĂ©rĂ© seul de l'occupation nazie, sans l'aide directe de l'ArmĂ©e rouge, et parce qu'Ă  TĂ©hĂ©ran et Yalta, les parts d'influence occidentale et soviĂ©tique avaient Ă©tĂ© fixĂ©es Ă  Ă©galitĂ© (contre 90% d'influence soviĂ©tique dans les autres pays de l'est europĂ©en, et 90% d'influence occidentale en GrĂšce). Fort de cet Ă©quilibre gĂ©opolitique, Tito rompt dĂ©finitivement avec Staline en 1948, et ne fait pas adhĂ©rer la Yougoslavie au pacte de Varsovie crĂ©Ă© en 1955. Sur le plan Ă©conomique, il met progressivement en place un systĂšme socio-Ă©conomique, l'autogestion oĂč les entreprises sont gĂ©rĂ©es par ceux qui y travaillent, et non de maniĂšre centralisĂ©e par l'État, comme dans le communisme orthodoxe.

Le maréchal Tito dans les années 1970

La RĂ©publique fĂ©dĂ©rative socialiste de Yougoslavie (qui fut proclamĂ©e en 1963) Ă©tait un État fĂ©dĂ©ral composĂ© de six rĂ©publiques :

La république de Serbie comprenait en outre deux régions autonomes (Kosovo et Voïvodine), depuis la réforme constitutionnelle de 1974.

Tito disait que « La Yougoslavie a six RĂ©publiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et un seul parti. Â»

Initialement il y avait en effet dans ces six rĂ©publiques, cinq nationalitĂ©s reconnues (Narodi): les SlovĂšnes de langue slovĂšne et de religion catholique, les Croates de langue serbo-croate et de religion catholique, les Serbes et les MontĂ©nĂ©grins de langue serbo-croate et de religion orthodoxe ou musulmane, et les MacĂ©doniens de langue macĂ©donienne et de religion orthodoxe. À ces Narodi s'ajoutaient les minoritĂ©s reconnues (narodnosti) comme les Albanais du Kosovo ou de MacĂ©doine, les Hongrois, les Bulgares ou les Slovaques de VoĂŻvodine, etc. (puisque les germanophones avaient Ă©tĂ© expulsĂ©s ou avaient fui). En 1971 la langue des MacĂ©doniens est dĂ©finie comme "macĂ©donienne" et une nouvelle nationalitĂ© est officiellement reconnue en Bosnie-HerzĂ©govine, distincte des Serbes et aussi des "musulmans" en gĂ©nĂ©ral (fidĂšles de l'islam): c'est le Narodi « Musulmans Â» (avec M majuscule), qui dĂšs lors bĂ©nĂ©ficie en Bosnie d'une reprĂ©sentation particuliĂšre, grĂące Ă  un systĂšme de quotas.

DĂ©membrement de la Yougoslavie

RĂ©surgences nationalistes

Principales nationalités en Yougoslavie en 2008

AprÚs la mort de Tito en 1980, les tensions se font jour, avec la montée du nationalisme dans les différentes républiques fédérées, longtemps contenu et canalisé par le pouvoir central.

AprĂšs l'arrivĂ©e au pouvoir, dans la RĂ©publique de Serbie, de Slobodan MiloĆĄević, la menace se fait plus prĂ©cise. En avril 1987, alors numĂ©ro deux du rĂ©gime yougoslave, il est envoyĂ© en mission au Kosovo, pour calmer les nationalistes serbes qui considĂšrent ĂȘtre victimes de discriminations et de violences de la part de la majoritĂ© albanaise. Lors de sa visite, les policiers locaux, albanais, rĂ©priment une foule de nationalistes serbes qui leur ont lancĂ© des pierres. MiloĆĄević, considĂ©rant probablement que la foule Ă©tait innocente, sera filmĂ© en train de dĂ©clarer aux Serbes : «On ne vous frappera plus jamais !». Il devint alors un hĂ©ros des nationalistes serbes. En mai 1989, il est Ă©lu prĂ©sident de la Serbie.

En juin 1989, pour le 600e anniversaire de la bataille de Kosovo Polje (marquant la dĂ©faite du royaume de Serbie contre l'Empire ottoman), Slobodan MiloĆĄević prononce un discours perçu comme nationaliste et belliqueux par la majoritĂ© albanaise du Kosovo, car annonçant notamment un programme de reconquĂȘte du Kosovo et faisant fortement allusion Ă  l'idĂ©e nationaliste de grande Serbie. Il est alors largement soutenu par la minoritĂ© serbe du Kosovo. Ses dĂ©tracteurs y voient l'arrĂȘt de mort de la Yougoslavie Ă  terme mais ses dĂ©fenseurs estiment que le discours montre plus de tempĂ©rance et son souhait de continuer l'hĂ©ritage titiste de cohabitation des peuples balkaniques en Serbie et en Yougoslavie : «Des rapports d'Ă©galitĂ© et de concorde entre les peuples yougoslaves reprĂ©sentent une condition indispensable pour la survie de la Yougoslavie, pour une issue victorieuse Ă  la crise et surtout pour la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique et sociale du pays.».

L'économie yougoslave est mal en point depuis le début des années 1980, une situation accentuée par la sortie du modÚle communiste. D'une part, le FMI prescrit des réformes draconiennes et d'autre part, les républiques aisées du nord (Croatie et Slovénie) se sentent dépossédées de leurs richesses, partagées avec les régions pauvres du sud de la Yougoslavie.

MalgrĂ© les quelques succĂšs Ă©conomiques du premier ministre Ante Marković permettant Ă  la Yougoslavie de se rapprocher de l'Ă©conomie de marchĂ©, le pouvoir central est prĂ©occupĂ© par cette crise et la remise en cause de l'unitĂ© du pays. Une des solutions envisagĂ©es par le gouvernement de Slobodan MiloĆĄević est la concentration des pouvoirs en Serbie, en supprimant l'autonomie des provinces comme la VoĂŻvodine et le Kosovo. Le Kosovo est peuplĂ© Ă  90% d'Albanais qui souhaitaient le statut de rĂ©publique et non plus de province pour leur rĂ©gion. L'autonomie implique notamment un droit de veto, ce qui, pour le pouvoir Ă  Belgrade, nuirait Ă  l'imposition de rĂ©formes Ă©conomiques.

Ce refus de crĂ©er une rĂ©publique au Kosovo fait aussi Ă©cho Ă  une peur des Serbes de voir les Albanais du Kosovo se dĂ©barrasser des Serbes du Kosovo, de plus en plus minoritaires. C'est ce qu'a voulu montrer le « Memorandum de l'acadĂ©mie des sciences de Belgrade Â» en 1985 (destinĂ© Ă  faire le point sur la situation de la rĂ©publique) en dĂ©nonçant un risque de « purification ethnique Â» de la part des Albanais. Cette crainte a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e comme l'idĂ©ologie nationaliste de Slobodan MiloĆĄević. En effet, ce dernier dĂ©veloppe l'idĂ©e qu'il faut protĂ©ger les Serbes, dans une Yougoslavie et une Serbie de plus en plus rongĂ©es par le nationalisme. La Ligue des communistes de Yougoslavie, ancien parti unique de Serbie et de Yougoslavie, considĂ©rait comme tabou le nationalisme et en rĂ©primait toute forme, jusqu'Ă  l'apparition de troubles au Kosovo et l'augmentation progressive des revendications des nationalistes albanais et serbes.

MiloĆĄević est considĂ©rĂ© par beaucoup, dans son parti, comme un nationaliste. Cette Ă©tiquette a Ă©tĂ© notamment propagĂ©e par DragiĆĄa Pavlović, membre influent de son parti et adversaire de Slobodan MiloĆĄević dans la conquĂȘte du pouvoir pour la prĂ©sidence en 1987. Cependant, cette expression prend un sens particulier au sein de la Ligue des communistes serbes. Elle dĂ©signe ceux, comme MiloĆĄević qui ont mis Ă  l'ordre du jour la question serbe en Serbie, face aux revendications des autres nationalitĂ©s, mĂȘme s'il a pu s'agir de rĂ©ussir une cohabitation (voir le discours de Kosovo Polje).

En 1990, les premiĂšres Ă©lections libres et pluralistes se dĂ©roulent en Bosnie-HerzĂ©govine, en MacĂ©doine, en Serbie, en SlovĂ©nie et en Croatie (voir Élection parlementaire croate de 1990 pour la Croatie) suivant en cela le mouvement de dĂ©mocratisation engagĂ© en Europe de l’Est un an auparavant. Bosnie-HerzĂ©govine, MacĂ©doine, SlovĂ©nie et Croatie Ă©lisent des prĂ©sidents favorables au pluralisme et indĂ©pendantistes. En Serbie, oĂč le Parti radical serbe de Vojislav Ć eĆĄelj est minoritaire et au MontĂ©nĂ©gro, le parti communiste conserve le pouvoir.

En Bosnie-Herzégovine, ce sont des partis nationalistes des trois nationalités (croate, musulmane et serbe) qui remportent les élections.

En SlovĂ©nie, Milan Kučan sort vainqueur. Il est favorable Ă  l'indĂ©pendance de la SlovĂ©nie.

Le nouveau prĂ©sident de la Croatie, Franjo Tuđman, est Ă©galement pour une dissociation de la Yougoslavie. Il cherche un financement auprĂšs des Croates expatriĂ©s, plus extrĂ©mistes que les Croates de Croatie. Cette influence se retrouve au HDZ, qui appelle Ă  l'Ă©tablissement de la Croatie dans ses frontiĂšres naturelles et historiques. Cela Ă©tendrait la Croatie jusqu'Ă  la riviĂšre Drina et inclurait une partie de la Bosnie-HerzĂ©govine peuplĂ©e majoritairement de Croates, ainsi qu'une partie de la Serbie d'aujourd'hui. Beaucoup de ses dĂ©cisions politiques sont vues par les Serbes comme une rĂ©habilitation implicite de l'idĂ©ologie des Oustachis, notamment le choix du drapeau Ă  damier rouge et blanc, symbole croate datant du roi Tomislav mais qui fut aussi utilisĂ© aussi par les Oustachis (en rĂ©ponse Ă  ces accusations, l'ordre du damier est inversĂ©). Le parti de Tudjman, le HDZ, purge la rĂ©publique de Croatie d'un grand nombre de fonctionnaires pro-communistes, un grand nombre de ces fonctionnaires Ă©tant serbes, cette mesure aussi est prise comme une attaque envers les Serbes de Croatie.

La SlovĂ©nie de Milan Kučan et la Croatie de Franjo Tuđman cherchent Ă  obtenir leur indĂ©pendance. Aussi tentent-ils de crĂ©er, de maniĂšre clandestine, une armĂ©e financĂ©e, en grande partie, par l'Allemagne. Ils tentent de faire passer la Yougoslavie pour une crĂ©ation artificielle et la Serbie comme le dernier bastion du communisme en Europe[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Bien que les SlovĂšnes aient souvent accusĂ© le Kosovo de dilapider leur richesse en aides au dĂ©veloppement, des milliers d'entre eux se mobilisent et apportent leur soutien aux mineurs grĂ©vistes kosovars.

Les Serbes de quelques municipalitĂ©s de Croatie se sentent lĂ©sĂ©s et persĂ©cutĂ©s. Contrairement aux Serbes de Zagreb, qui demandent des nĂ©gociations et un compromis, les Serbes de la Krajina prĂ©fĂšrent une voie violente, en s'en prenant aux Croates. La RĂ©publique serbe de Krajina, dont la capitale est Knin, est unilatĂ©ralement proclamĂ©e le 28 fĂ©vrier 1991 par le nationaliste serbe Milan Babić, et finit par s'Ă©tendre sur prĂšs d'un quart du territoire croate. Les premiers coups de feu sont tirĂ©s au printemps 1991. Les autoritĂ©s serbes de Belgrade apportent un soutien aux combattants nationalistes, allant jusqu'Ă  dissuader une intervention des forces croates, par l'emploi des forces aĂ©riennes fĂ©dĂ©rales.

Indépendances de la Slovénie et de la Croatie

En décembre 1990, les populations slovÚnes et croates se prononcent par référendum en faveur de l'indépendance. En janvier 1991, les deux républiques lancent un ultimatum aux autorités yougoslaves, demandant à mettre la question de l'indépendance à l'ordre du jour, faute de quoi elles déclareront leur indépendance unilatéralement avant le 1er juillet 1991. La question est ouvertement ignorée par Belgrade, ainsi d'ailleurs que par les chancelleries occidentales.

Suite à ce référendum, boycotté par la plupart des Serbes de Croatie, et comme le permet leur constitution, le 25 juin 1991, la Slovénie et la Croatie déclarent leur indépendance.

L'Allemagne, l'Autriche et le Vatican apportent leur soutien diplomatique et financier[citation nécessaire]. L'Allemagne est le premier pays européen, aprÚs le Vatican, à reconnaßtre la Croatie et la Slovénie le 23 décembre, suivie par les autres pays européens le 15 janvier 1992. L'Allemagne, récemment réunifiée, fait ainsi son retour sur la scÚne politique internationale et surtout européenne, cherchant à établir une sphÚre d'influence, dont la formation serait facilitée par la désintégration yougoslave, permettant d'y intégrer la Slovénie et la Croatie, jugées assimilables à l'Europe occidentale. L'éclatement de la Yougoslavie apparaßtrait, suivant ce schéma, comme une conséquence naturelle de l'impossibilité de cohabitation de deux zones culturelles, héritées au nord de l'Empire austro-hongrois, et au sud de l'Empire ottoman, disloqués lors des guerres des Balkans et la PremiÚre Guerre mondiale.

Le soutien du Vatican peut se comprendre aussi par le fait que l'Église cherche Ă  rĂ©tablir l'importance du christianisme dans les Balkans, en rĂ©gression depuis la disparition en 1918 de l'Empire austro-hongrois.

L'ArmĂ©e fĂ©dĂ©rale (JNA), majoritairement composĂ©e de Serbes et MontĂ©nĂ©grins et dirigĂ©e par le SlovĂšne Konrad Klosek, chargĂ©e de garantir l'unitĂ© yougoslave, intervient contre les deux RĂ©publiques sĂ©cessionnistes. De violents affrontements s'ensuivent, contre les milices de la Croatie et de la SlovĂ©nie. ÉparpillĂ©e le long de la frontiĂšre, des unitĂ©s de la JNA sont prises au piĂšge par des forces slovĂšnes dix fois plus nombreuses[rĂ©f. nĂ©cessaire], et se rendent rapidement. La SlovĂ©nie, par cette courte guerre (27 juin - 6 juillet) d'une dizaine de jours, se prĂ©sente Ă  la communautĂ© internationale comme une nation agressĂ©e.

La CommunautĂ© europĂ©enne, qui ne s'est pas encore prononcĂ©e sur la reconnaissance de ces deux RĂ©publiques, met en place, le 27 aoĂ»t 1991, la Commission Badinter, chargĂ©e de rĂ©flĂ©chir sur la question. Les dĂ©cisions finales ont un caractĂšre de jurisprudence. La Commission reconnaĂźt l'indĂ©pendance de la SlovĂ©nie et de la Croatie, en vertu du droit uti possidetis, appliquĂ© pour la dĂ©colonisation, qui reconnaĂźt l'indĂ©pendance Ă  l'intĂ©rieur des frontiĂšres administratives, dĂ©limitĂ©es par la Yougoslavie pour des besoins de dĂ©centralisation. La commission Badinter dĂ©clare la Yougoslavie « en dissolution Â», « en dĂ©sintĂ©gration Â», ou encore « en dĂ©membrement Â», ce qui rend caduque la constitution yougoslave du point de vue de la CommunautĂ© europĂ©enne, et encourage les sĂ©cessions.

Les États-Unis d'AmĂ©rique et le FMI reconnaissent aussi les deux RĂ©publiques.

En 1991, les complicitĂ©s entre les Serbes de Serbie, Serbes de la RĂ©publique serbe de Krajina et Serbes de Bosnie-HerzĂ©govine sont renforcĂ©es. Ces Serbes sont reprĂ©sentĂ©s par des partis nationalistes et conservateurs, notamment le Parti dĂ©mocratique serbe de Radovan KaradĆŸić. Cette situation de repli du pouvoir serbe en Serbie pour rassembler « tous les Serbes en un État Â», marque un tournant, puisqu'il s'allie avec le nationalisme violent et radical.

Indépendance de la Bosnie

En Bosnie, comme en Croatie et SlovĂ©nie, se dĂ©roule le mĂȘme processus d’indĂ©pendance. Suite Ă  un rĂ©fĂ©rendum boycottĂ© par la plupart des Serbes de Bosnie et comme le permet sa constitution, le 29 fĂ©vrier 1992, la Bosnie dĂ©clare son indĂ©pendance.

La reconnaissance de la rĂ©publique indĂ©pendante de Bosnie par la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne, s’est faite dans les mĂȘmes conditions que la reconnaissance de la Croatie et de la SlovĂ©nie, en date du 6 avril 1992. Cette reconnaissance a Ă©tĂ© suivie par celle des États-Unis et par son admission au Fonds monĂ©taire international. Suite Ă  quoi, le 22 mai 1992, la Bosnie, la Croatie et la SlovĂ©nie sont admises au sein de l’Organisation des Nations unies.

Cependant, comme pour la Croatie et la Slovénie, la Bosnie est attaquée par l'armée yougoslave sous commandement serbe, appuyée par les milices serbes et les Serbes de Bosnie.

Guerre d'indépendance croate

Article dĂ©taillĂ© : Guerre en Croatie.

Guerre en Bosnie

Article dĂ©taillĂ© : Guerre en Bosnie.
La Yougoslavie en 2003, au moment de sa dissolution

Guerre du Kosovo

Article dĂ©taillĂ© : Guerre du Kosovo.

En 1999, la milice kosovar de l'UÇK, luttant pour l'indĂ©pendance de la province, et l'armĂ©e serbe s'affrontent. L'OTAN intervient pour bombarder les positions serbes et aider l'UÇK au terme d'une guerre de 2 mois et demi contre la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale de Yougoslavie. Des centaines de milliers d'Albanais fuyant les combats rentrent au Kosovo[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Le Kosovo est placĂ© sous l'administration de l'organisation des Nations unies.

L'ONU, ainsi que de nombreux pays individuellement, refusĂšrent dans un premier temps de reconnaĂźtre la fĂ©dĂ©ration de la Serbie et du MontĂ©nĂ©gro comme le successeur de la RĂ©publique socialiste fĂ©dĂ©rative de Yougoslavie, bien qu'ils la reconnussent en tant qu'État indĂ©pendant. La situation a Ă©tĂ© rĂ©solue avec l'admission de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale de Yougoslavie aux Nations unies en 2000. Dans son dernier État, la Yougoslavie ne comprenait plus que les seules rĂ©publiques de Serbie et du MontĂ©nĂ©gro, le statut du Kosovo demeurant incertain. Le 17 fĂ©vrier 2008, le premier ministre du Kosovo dĂ©clare devant le parlement de la province la naissance du « Kosovo, libre et dĂ©mocratique Â».[rĂ©f. nĂ©cessaire] La communautĂ© internationale est partagĂ©e entre partisans de la reconnaissance de ce nouvel État (États-Unis, France...) et opposants (Russie, Serbie...).

Fin de la Yougoslavie

En 2002, la Serbie et le MontĂ©nĂ©gro parviennent Ă  un nouvel accord portant sur leur coopĂ©ration future, comportant, entre autres changements, la fin de la Yougoslavie. Le 4 fĂ©vrier 2003, le parlement fĂ©dĂ©ral de Yougoslavie dissout le pays et accepte la crĂ©ation d'une fĂ©dĂ©ration limitĂ©e des deux États restants. La nouvelle union des deux États est appelĂ©e Serbie-et-MontĂ©nĂ©gro. Le 3 juin 2006, le MontĂ©nĂ©gro a dĂ©clarĂ© son indĂ©pendance suite Ă  un rĂ©fĂ©rendum en faveur de la sĂ©paration de la Serbie faisant de facto de la Serbie l’hĂ©ritiĂšre juridique de l'État des Slaves du sud.

Économie de la Yougoslavie monarchique

Économie de la Yougoslavie socialiste

Autogestion

ModĂšle yougoslave

ModĂšle Ă  l'Est

En 1985-1986, Petr Aven Ă©conomiste russe et Egor GaĂŻdar ont reçu pour mission de prĂ©parer le programme des rĂ©formes Ă©conomiques. Ils dĂ©cident de se fonder sur un modĂšle Ă©conomique existant et qui a fait ses preuves. GaĂŻdar a proposĂ© la Hongrie ou la Yougoslavie[5]. Petr Aven a proposĂ© la SuĂšde. Et GaĂŻdar a rĂ©pondu :

« "Nous ne pouvons pas transformer l'URSS en SuĂšde... Â»

Géographie et géologie de l'espace yougoslave

Karst dans l'espace ex-yougoslave

voir aussi Karstologie

Le karst est un phĂ©nomĂšne gĂ©ologique spĂ©cifique qui provoque un mode de vie original. L'espace yougoslave a une zone de karst trĂšs Ă©tendue, avec tous les stades d'Ă©volution. C'est le pays « classique Â» du Karst pour les gĂ©ologues.

Zones karstiques

  • Le karst dinarique : il est orientĂ© N-O vers S-E et s'Ă©tale sur 700 km, avec une largeur d'environ 80/90 km. Sa surface est de 56 000 kmÂČ, soit 22% de l'espace yougoslave, et il est occupĂ© par seulement 12% la population.
  • Dans les Alpes juliennes
  • Zagreb : montagne de Samobor
  • Bosnie centrale
  • Bosnie orientale : vallĂ©e de la Drina
  • MontĂ©nĂ©gro : montagne de l'Orjen
  • Serbie : Sandjak, Serbie orientale, MacĂ©doine.

PhénomÚnes liés au karst

  1. Les vallĂ©es suspendues : les petits ruisseaux et les riviĂšres n'ont pas le mĂȘme rythme d'enfoncement, et cela crĂ©e des cascades. DifficultĂ©s de circulation.
  2. La roche soluble : l'eau de pluie contient du gaz carbonique qui dissout le calcaire, ce qui provoque des phĂ©nomĂšnes annexes : l'eau Ă©largit les diaclases progressivement, crĂ©ant des fissures Ă  la surface de plusieurs centimĂštres. Ce sont les lapiez ou chkrapa. Lorsque le lapiez s'effondre, des blocs de roches s'entassent les uns sur les autres.
  3. Les dolines : ou vrtatcha. Le calcaire contient un peu d'argile, qui se dĂ©pose au fond. L'eau ronge sur les cĂŽtĂ©s, crĂ©ant des dolines trĂšs rondes, qui peuvent atteindre des dizaines voire des centaines de mĂštres de diamĂštre.

Les territoires karstiques reprĂ©sentent 30% de l'espace yougoslave. C'est un phĂ©nomĂšne liĂ© Ă  la roche calcaire : 1 000 m de sĂ©diments quasi purs. Le calcaire dinarique se poursuit jusqu'en dessous du niveau de la mer. Cette roche dure et permĂ©able est parcourue de fissures microscopiques, les diaclases, dans lesquelles l'eau s'infiltre. La roche l'absorbe, il y a peu de ruissellement dans les zones de karst. Cependant, des riviĂšres la traversent, comme la Neretva, la Krka. Ces riviĂšres ne collectent pas d'eau dans le Karst. Elles en perdent une partie et ont tendance Ă  creuser des canyons dans le calcaire, ce qui crĂ©e des parois abruptes.

Uvala

De forme irréguliÚre, elle peut faire des kilomÚtres de large et est liée à la coalescence de plusieurs collines. Parfois, l'argile est balayée par le vent, il se crée alors une doline secondaire au fond de l'uvala. Le sol argileux est fertile, certaines uvalas sont habitées. Il existe un problÚme d'eau.

Polje karstique

Il peut ĂȘtre le rĂ©sultat de la jonction de plusieurs uvalas, mais en gĂ©nĂ©ral il est d'origine tectonique. Tous les polje de karst dinarique sont dans la mĂȘme direction (plissement du relief). Tous les polje ne sont pas karstiques.

L'uvala est sÚche, alors que le polje est traversé par un cours d'eau. En général, leur période d'inondation varie entre quelques jours et quelques mois.

Des travaux d'aménagement ont été effectués pour agrandir le Ponor. Son inondation bloque l'agriculture. La phase de Blato (gadoue) qui suit l'inondation peut durer plusieurs semaines. Certains polje sont bien agencés et n'ont pas d'inondation comme le polje de Cetinje.

Yougostalgie

À travers des parcs Ă  thĂšme, des cafĂ©s emplis de portraits de Tito, des projets comme le train bleu[6]. La Yougoslavie fait un retour surprenant dans les pays des anciennes rĂ©publiques, nostalgie d’un hĂ©ritage tout autant honorĂ© que condamnĂ©. Cela montre que les « Yougoslaves Â» assimilent leur passĂ© et l'acceptent, une autre façon de se rĂ©concilier. D’aprĂšs une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e par le quotidien serbe « Danas Â», 81 % des Serbes considĂšrent que la meilleure pĂ©riode qu’ils aient vĂ©cu reste celle de la Yougoslavie socialiste de Tito[7] cette enquĂȘte date du 16 novembre 2010, elle a Ă©tĂ© effectuĂ©e par le journal Danas.

En Bosnie, de nombreux bosniens laĂŻques ressentent une nostalgie pour la Yougoslavie, constatant dans les fait qu'il Ă©tait plus facile de vivre en Yougoslavie qu'en Bosnie. La Yougoslavie Ă©tait alors une vĂ©ritable petite sociĂ©tĂ© de consommation. L’accĂšs Ă  la santĂ© et Ă  l’éducation Ă©taient gratuits pour tous. Le mouvement des non-alignĂ©s dont la Yougoslavie Ă©tait un pays pivot au niveau de l'influence Ă©tait reconnue sur la scĂšne internationale, les Yougoslaves avaient l’impression de compter dans la politique mondiale. Aujourd’hui la Bosnie compte 40 % de chĂŽmage. Toutefois, cette nostalgie concerne un rĂ©gime quelque peu idĂ©alisĂ© et ceux qui l'expriment ne rĂȘvent pas de recrĂ©er une union des slaves du sud[8].

Notes et références

  1. ↑ (en) Elinor Murray Despalatović, Ljudevit Gaj and the Illyrian Movement, Columbia University Press, 1er janvier 1975, 271 p. (ISBN 978-0914710059) 
  2. ↑ Mustafa Imamović, Istorija BoĆĄnjaka, 1998 
  3. ↑ Nadine Lange-Akhund, « Nationalisme et terrorisme en MacĂ©doine vers 1900 Â» sur balkanologie.revues.org, Balkanologie : Revue d'Ă©tudes pluridisciplinaires, dĂ©cembre 2000. ConsultĂ© le 15 novembre 2008. « la SociĂ©tĂ© de Saint-Sava, dont les aspirations nationales sont similaires Ă  celles des associations bulgare ou grecque Â», p. 13
  4. ↑ Voir notamment la dĂ©nonciation de la dictature par Albert Einstein dans The New York Times, le 6 mai 1931 Albert Einstein, « Einstein accuses Yugoslav rulers Â», The New York Times, 6 aussi disponible sur croatianhistory.net : [http://www.croatianhistory.net/etf/nyt.html Einstein Accuses Yugoslavian Rulers in Savant's Murder], croatianhistory.net
  5. ↑ http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ce-qu-egor-gaidar-representait-en-russie_837014.html par Alla Chevelkina, publiĂ© le 18/12/2009 Ă  12:10
  6. ↑ Serbie : La « Yougonostalgie Â» sur les rails | Terra Incognita | Deutsche Welle
  7. ↑ http://bellaciao.org/fr/spip.php?article110593
  8. ↑ http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2454102&rubId=4077

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Diana Johnstone, La Croisade des fous : Yougoslavie, premiĂšre guerre de la mondialisation, 2005 (ISBN 2841095339)
  • Patrick Barriot et Ève CrĂ©pin, Le ProcĂšs MiloĆĄević ou l'inculpation du peuple serbe, L'Âge d'Homme, Lausanne, 2005 (ISBN 2825136204).
  • Ivan Djuric, Glossaire de l'espace yougoslave, L'Esprit des pĂ©ninsules, Paris, 28 septembre 1998 (ISBN 2910435482)
  • (en) (en) John R. Lampe, Yugoslavia as History: Twice there was a Country, Cambridge, Cambridge University Press, 28 mars 2000, 487 p. (ISBN 0521774012)  :
  1. ↑ p. 41-43
  2. ↑ p. 48-49
  3. ↑ p. 52
  4. ↑ p. 57
  5. ↑ p. 43-44
  6. ↑ p. 60
  7. ↑ p. 61-62
  8. ↑ p. 307
  9. ↑ p. 69
  10. ↑ p. 65-66
  11. ↑ p. 67
  12. ↑ p. 103
  1. ↑ p. 190-194
  2. ↑ p. 194
  3. ↑ p. 212-213
  4. ↑ p. 213-214
  5. ↑ p. 214-215
  6. ↑ p. 296-297
  7. ↑ p. 300
  8. ↑ p. 301
  • (fr) Paul Garde, Vie et mort de la Yougoslavie, Fayard, 2000 [dĂ©tail de l’édition] 
  • (en) (en) Stipe Mesić (trad. Milena Benini), The Demise of Yugoslavia: A Political Memoir, Budapest, Central European University Press, 2004 [dĂ©tail de l’édition] 
  • (en) (en) Laura Silber et Allan Little, The Death of Yougoslavia, Londre, Penguin Books Ltd, 27 juin 1996, 400 p. (ISBN 9780140261684) 

Documentaires

  • Yougoslavie, suicide d'une nation europĂ©enne Documentaire de Brian Lapping, BBC, 1995
  • The Death of Yugoslavia Documentaire d'Angus Macqueen, Brook/Lapping Productions, October Films, 1995.
  • The Death of Yugoslavia de Laura Silber et Allan Little, Royaume-Uni, septembre 1995.


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