Bagne

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Bagne
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Le bagne est un établissement pénitentiaire de travaux forcés. Toutefois, tous les bagnards ne sont pas condamnés aux travaux forcés. Les bagnes coloniaux français sont abolis en 1938, mais définitivement supprimés en 1945.

Bagnard, du bagne de Toulon (Musée du Bagne, Fort Balaguier, Toulon)

L'origine du mot ¬ę bagne ¬Ľ vient de l‚Äôitalien bagno, qui √©tait le nom d‚Äôanciens ¬ę bains publics ¬Ľ √† Constantinople, reconvertis en ¬ę prison d‚Äôesclaves ¬Ľ.

Sommaire

En France

En France, l‚Äôutilisation des condamn√©s comme rameurs sur les gal√®res royales semble remonter √† Jacques CŇďur au XVe si√®cle. La peine des Gal√®res fut syst√©matiquement appliqu√©e surtout √† partir de Louis XIV sous l'impulsion de Colbert. L'Arsenal des Gal√®res se situait √† Marseille. Les Gal√®res furent le premier syst√®me p√©nitentiaire organis√© √† l'√©chelle de l'ensemble du royaume, Elles sont √† l'origine des Bagnes maritimes.

Beaucoup de vocabulaire du bagne et de la prison provient du vocabulaire des galériens.

L'arsenal et le bagne, entreprise économique

Au XVIIIe et d√©but du XIX esi√®cle, rattacher le bagne √† la Marine conduit √† rechercher, r√©duire les d√©penses du fonctionnement du bagne, √† en faire au sein de l' arsenal un lieu de construction et de reconstruction des grands voiliers de ligne. L'utilisation de bagnards permet de r√©duire le co√Ľt[1]. La Guerre de Sept Ans (1756-1763) qui se solde par la perte du Canada et de l' Inde pour la France, a d√©montr√© l'importance de la Marine anglaise qui assure son h√©g√©monie sur les oc√©ans et les colonies pour un si√®cle et demi (jusqu'en 1914).

La Guerre d'ind√©pendance des √Čtats-Unis 1775 √† 1783, puis les Guerres r√©volutionnaires et napol√©oniennes, vont contraindre la France √† un effort tr√®s important, pour concurrencer la flotte britannique. La cr√©ation des arsenaux et bagnes de Toulon, Cherbourg, Brest, Rochefort sont directement li√© √† un besoin de main d'Ňďuvre pour construire la flotte fran√ßaise en utilisant le travail forc√©[2].

Les bagnes maritimes vont √™tre transf√©r√©s vers Noum√©a et Cayenne en 1850 au moment o√Ļ la Marine passe de la voile √† la vapeur, quand la machine permet de ne plus faire appel au travail de force des hommes.

Le 4 septembre 1891, le décret d'application sur les règlements disciplinaires des établissements pénitentiaires stipulait l'interdiction pour les condamnés de recevoir une quelconque rétribution de leur travail. Toutefois les relégués, après la publication du décret ( peines les plus légères et transportés ayant finis leur temps de condamnation ) continuaient à percevoir un salaire quand ils travaillait pour l'administration pénitentiaire. Ils pouvaient également travailler à leur propre compte.

Le transfert de l'Arsenal des galères

Les Gal√®res Royales, ayant √† leur t√™te un G√©n√©ral des gal√®res ind√©pendant de l'Amiral de France et servies par un corps sp√©cial, eurent d√®s l'origine leur base √† Marseille ; c'est √† Marseille que se trouv√®rent jusqu'au milieu du XVIIIe si√®cle toutes les installations du Bagne. Quand les gal√®res s√©journaient √† Toulon, les rameurs restaient en g√©n√©ral √† leur bord. Mais en 1748, Louis XV d√©cr√©ta la suppression du Corps des Gal√®res et le rattachement de celles-ci √† la Marine Royale.

Toulon devint ainsi la base des gal√®res qui quitt√®rent d√©finitivement Marseille, dont le Bagne fut supprim√©. Toulon dut d√®s lors loger les for√ßats. On le fit d'abord sur les gal√®res auxquelles on adjoignit des vaisseaux qui prirent le nom de bagnes flottants ; puis il fallut proc√©der √† des installations √† terre. √Ä la fin du XVIIIe si√®cle, on ne construisit plus de gal√®res mais on continuait √† envoyer des for√ßats √† Toulon. Il y en avait environ 3 000. Ces for√ßats ne faisaient plus office de rameurs ; on les employait √† des travaux de force, de terrassement, de construction, dans l‚ÄôArsenal et m√™me en ville. L'habillement des bagnards, compos√© d'un bonnet et d'un habit, avait une couleur diff√©rente suivant la nature et le motif de leur condamnation. Sous l'ancien R√©gime, ils √©taient marqu√©s au fer rouge. On encerclait un de leurs pieds d'un anneau muni d'un bout de cha√ģne permettant de les immobiliser. Les plus "durs" √©taient encha√ģn√©s deux √† deux ; le boulet au pied constituait une punition disciplinaire avec la bastonnade √† coups de corde. Ces ch√Ętiments s‚Äôadoucirent progressivement. La nourriture, qui comportait peu de viande et une ration de vin pour les travailleurs, √©tait surtout √† base de l√©gumes secs, d'o√Ļ le nom de "gourgane" (¬ę f√®ves ¬Ľ en proven√ßal) qu'ils donnaient √† leurs gardes-chiourme.

L'√©tat sanitaire n'√©tait gu√®re brillant, de sorte que, d√®s le d√©but, on avait d√Ľ se pr√©occuper de loger les malades √† terre et d'am√©nager un h√īpital du Bagne. Celui-ci fut install√© en 1777 dans les casemates du rempart Sud-Est de la Darse Vauban, o√Ļ des constructions suppl√©mentaires furent √©difi√©es, adoss√©es au rempart. Puis l'h√īpital se transporta en 1797 dans un immense b√Ętiment de 200 m√®tres de long, orient√© Nord-Sud, construit en 1783 le long du quai Ouest de la Vieille Darse, appel√© ¬ę Grand Rang ¬Ľ. Ce b√Ętiment avait un vaste rez-de-chauss√©e vo√Ľt√© √† trois trav√©es ; l‚Äôh√īpital occupa le 1er √©tage. Deux tours d'angle carr√©es √† toit pyramidal le terminaient au Nord et au Sud ; dans celle du Nord fut install√©e la Chapelle des For√ßats. Le reste du b√Ętiment √©tait occup√© par les Services Administratifs. Quant aux for√ßats valides, on les avait log√©s l√† o√Ļ se trouvait ant√©rieurement l‚Äôh√īpital ; mais en 1814, ils furent install√©s dans un b√Ętiment Est-Ouest de 115 m√®tres de long, perpendiculaire √† l‚Äôh√īpital, b√Ęti en 1783 sur le quai Sud-Ouest de la Vieille Darse, entre la Cha√ģne Vieille de la passe et le Grand Rang. Pr√®s de l√† se trouvait amarr√© un navire dit "Amiral" qui gardait la passe et tirait le coup de canon du matin et du soir. La R√©volution est marqu√©e dans un premier temps par la lib√©ration des victimes de l'arbitraire de l'Ancien r√©gime avec le code p√©nal de 1791. √Ä partir du Directoire puis de l'Empire, on assiste au retour √† une politique de r√©pression. On passe de 4 000 bagnards en 1795 √† 10 000 en 1812. La condamnation aux gal√®res est transform√© en peine des fers par le code p√©nal de 1804 . Cette condamnation ne change pas le fonctionnement des bagnes dans les arsenaux. Il faudra attendre la politique de transportation, pour que le syst√®me p√©nitentiaire fran√ßais change en 1850.

La transportation vers les colonies

√Ä partir des ann√©es 1840, les politiques souhait√®rent l'√©loignement des criminels hors de France. Cette politique de transportation d√©bute avec les bagnes militaires (compagnies de discipline) qui s'installent en Alg√©rie d√®s le d√©but de conqu√™te coloniale Ce transbordement est justifi√© par l'utopie de valoriser le d√©veloppement de la colonie gr√Ęce au travail des bagnards. Ce travail forc√© √©tant per√ßu comme un outil de r√©demption du bagnard. Enfin apr√®s leur peine, les condamn√©s ne peuvent pas revenir en m√©tropole. Ils doivent purger une double peine de rel√©gation √©quivalente √† la dur√©e de leur condamnation aux travaux forc√©s. Au Second Empire, la suppression des bagnes des ports militaires, jug√©s √† la fois peu d√©sirables et peu rentables, avait √©t√© envisag√©e mais elle ne fut effective que le jour o√Ļ les bagnes de Cayenne et de Noum√©a furent pr√™ts √† recevoir tous les condamn√©s. C'est en 1873 que le bagne de Toulon cessa d'exister. Ses b√Ętiments furent r√©partis entre divers services militaires, en particulier ceux de la d√©fense du littoral ; on y vit le Centre d'√©tudes de la Marine, l‚ÄôArtillerie de c√īte, etc. Ils surv√©curent jusqu'en 1944 o√Ļ ils subirent alors une destruction presque totale. Actuellement, des locaux occup√©s par les bagnards, il ne subsiste qu'un b√Ętiment appuy√© sur un fragment de l'ancien rempart sud-est de la Darse Vauban, conserv√© √† titre de souvenir ; ce b√Ętiment est utilis√© comme restaurant pour le personnel de l'Arsenal.

En 1836 le Bagne de Toulon comptait 4 305 d√©tenus, 1 193 condamn√©s √† perp√©tuit√©, 174 √† plus de vingt ans, 382 entre seize et vingt ans, 387 entre onze et quinze ans, 1 469 entre cinq et dix ans et 700 √† moins de cinq ans. De nombreux bagnards c√©l√®bres y s√©journ√®rent dont Vidocq en 1799, Marie Lafarge en 1840, l'imposteur Coignard, quant √† Jean Valjean, il ne fut que le fruit de l'imagination de Victor Hugo.

Bagnes britanniques

La Grande-Bretagne pratiquait la transportation des condamnés criminels au bagne dans les colonies britanniques: en Amérique , à partir les années 1610 jusqu'à la révolution américaine dans les années 1770, puis dans les colonies pénitentiaires en Australie entre 1788 et 1868. Notamment à Botany Bay qui fut la principale colonie pénitentiaire d' Australie.

Comme en France, la pratique des pontons-prisons dans les bagnes a été pratiquée jusqu'à la mise en place d'un système pénitentiaire moderne inspiré du système de Jeremy Bentham

Bagnes français

Congé délivré à un forçat libéré de Lorient en mars 1810 l'autorisant à se rendre dans sa commune et à se présenter au commissaire de police en application du décret impérial du 17 juillet 1806.

Métropole

Outre-mer

Guyane française

On ne parle que d'un seul bagne de la Guyane fran√ßaise mais il se compose de plusieurs camps et p√©nitenciers :

Plusieurs pénitenciers flottants se trouvaient au large de Cayenne et Kourou et se nommaient La Chimère, Le Grondeur et La Truite.

Catégories de peines en Guyane

  • La d√©portation : Inflig√©e sous le second empire et la III√®me R√©publique, elle √©tait r√©serv√©e aux espions, activistes politiques et tra√ģtres (Alfred Dreyfus). Prisonniers politiques fran√ßais, les d√©port√©s n'√©taient pas astreints au travail. Ce n"√©tait pas le cas des prisonniers originaires des colonies.
  • La transportation : Assortie du doublage, elle constituait les travaux forc√©s.

Peine inf√©rieure √† 8 ans : Le condamn√© devait rester sur la colonie pendant une dur√©e √©gale √† la peine. Le voyage retour est √† la charge du condamn√©. De par leur condition de vie mis√©rable, les lib√©r√©s n'√©taient jamais en mesure de se payer le billet retour.

Peine sup√©rieure √† 8 ans : Le condamn√© devait rester √† vie sur la colonie.

Les transport√©s se classaient en trois cat√©gories : - les assign√©s, ils travaillaient pour des particuliers, y compris les fonctionnaires de l'administration p√©nitentiaire (les gar√ßons de famille). C'est l'AP qui percevait les salaires, - les concessionnaires, qui recevaient un lopin de terre, - les concessionnaires employ√©s sur les chantiers de l'AP.

La rel√©gation : Cette peine ne frappait aucun d√©lit en particulier. Il suffisait d'avoir √©t√© condamn√© plusieurs fois (entre 4 et 7 ans ) pour √™tre rel√©gu√© en Guyane. Il existe deux types de rel√©gu√©s : - les collectifs, vivant en camp, nourris et log√©s mais ne percevant que les 2/3 du salaire, - les individuels, disposant de ressources personnelles et ne subissant qu'un appel trimestriel.

Nouvelle-Calédonie

Les communards y furent déportés.

Indochine

Madagascar

  • Bagne de Nosy Lava

Bagnes militaires

Article d√©taill√© : Bagne de Biribi.

L'arm√©e fran√ßaise cr√©e √©galement des bagnes militaires coloniaux en Afrique du nord destin√©s aux fortes t√™tes et au service militaire des condamn√©s de droit commun :

Les soldats condamnés s' appelaient par dérision des "joyeux"

Beaucoup des soldats des corps spéciaux (de Biribi) font à partir de 1889 (instauration du service national obligatoire, pour les condamnés des juridictions civiles) font le parcours dans l'archipel du bagne suivant: Maisons correctionnelles pour mineurs (Petite-Roquette et autres prisons pour mineurs ) et colonies pénitentiaires (Colonie de Mettray et autres colonies), Bagnes coloniaux d'Afrique du nord , Bagne de Cayenne ou ils y terminent leurs jours au mieux comme relégués

Bagnes pour enfants

Ce sont les colonies agricoles et maritimes pénitentiaires pour mineurs, véritables écoles du crimes, elles ne furent supprimées qu'avec l' Ordonnance de 1945 sur l'enfance délinquante La révolte de 1934 de la colonie de Belle Île en Mer[3] qui va conduire à cette réforme de 1945. Cette révolte à inspirée le poème de Jacques Prévert, La chasse à l'enfant. Jean Genet raconte son parcours de la colonie pénitentiaire de Mettray et à la Centrale de Fontevraux dans Mystère de la Rose

Bagnes d'autres pays

Belgique

Italie

Littérature sur le Bagne

La figure du bagnard et le p√©nitencier vont inspirer la litt√©rature du XIX et XX si√®cle. Victor Hugo, dans les Mis√©rables, Jean Valjean et la cha√ģne jusqu'au Bagne de Toulon. Mais aussi l'imaginaire de la culture populaire,

  • enqu√™tes journalistiques de Jacques Dhur sur Biribi avant 1914 d'Albert Londres sur Cayenne et Biribi en 1923 et 1924
  • internement du Bagne des opposants politiques

Communards à Nouméa, anarchistes et antimilitaristes à Biribi, Dreyfus à l' Île du Diable.

  • La chanson, en particulier

Aristide Bruand dans A Biribi Edith Piaf dans Mon Légionnaire.

Le Bataillon de la mauvaise chance. Un civil chez les joyeux, √Čditions de France, Paris, 1933

  • les souvenir des anciens bagnards:

Papillon d' Henri Charrière

René Belbenoit dans Dry guillotine, Les compagnons de la belle,

Georges Darien Dans Biribi, discipline militaire ...

Vidocq dans ses mémoires[4].

Jean Genet ses souvenirs, de la colonie pénitentiaire de Mettray et de prison dans le Miracle de la Rose

Filmographie

Référence

  1. ‚ÜĎ L'√©quipement et l'armement d'un b√Ętiment de 1er rang (plus de 100 canons, 3 ponts) co√Ľte en moyenne 1 million de livres tournois soit environ 150 million d'euro Une livre tournois en 1720 correspondait (0,31 grammes d'or pur). d' or, le Franc germinal de 1805 √† 1914 √† 0,3225 g d' or pur, le cours actuel de l'or s'√©tablie en sept 2011 √† 1 921,17 US dollar, l‚Äôonce (31,1034768 gr)
  2. ‚ÜĎ Quand les for√ßats construisaient les vaisseaux de la Guerre d' Am√©rique pages 134 √† 137 Histoire des gal√®res, bagnes et prison en France de l' Ancien R√©gime, Nicole Castan, Andr√© Zysberg √©dition Privat 2002
  3. ‚ÜĎ http://www.espiegle.org/agence/actu/ile/bagne.htm Reportage sur le bagne de Belle √ģle
  4. ‚ÜĎ M√©moires, suivi de Les Voleurs ‚Äď √Čdition √©tablie par Francis Lacassin, sous le titre d'appel Vidocq, Robert Laffont, coll. ¬ę Bouquins ¬Ľ, Paris, 1998, XXI + 983 p., (ISBN 2-221-08040-8) ‚Äď Contient en outre divers documents relatifs √† Eug√®ne-Fran√ßois Vidocq.

Bibliographie

  • Histoire des prisons en France 1789-2000 ouvrage collectif √©ditions Privat 2002
  • Histoire des gal√®res bagnes et prisons en France de l' Ancien R√©gime, Nicole Castan, Andr√© Zysberg √©ditions Privat 2002.
  • Dominique Kalifa, Biribi, √©dition Perrin 2009
  • Albert LONDRES, Au bagne √©ditions Albin Michel 1923
  • Ren√© Belbeno√ģt, Les compagnons de la belle, Traduit de l‚ÄôAm√©ricain " Dry guillotine " √©ditions de France, 1938.
  • Papillon, Poche Pocket Henri Charri√®re 1968
  • M√©moires de Vidocq, chef de la police de S√Ľret√©, jusqu'en 1827 . Robert Laffont, coll. ¬ę Bouquins ¬Ľ, Paris, 1998.

Voir aussi

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