Vraie Croix

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Vraie Croix
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La Vraie Croix, dite √©galement Sainte Croix, est la croix sur laquelle J√©sus-Christ aurait √©t√© crucifi√©. Elle est devenue √† partir du IVe si√®cle une des principales reliques de la chr√©tient√©, faisant l'objet d'une v√©n√©ration particuli√®re. Des reliquaires portant le nom de stauroth√®ques sont sp√©cialement fabriqu√©s pour abriter les fragments.

Stauroth√®que byzantine du d√©but du IXe si√®cle

Pour le christianisme, la Croix du Christ est en effet consid√©r√©e comme l'instrument du salut de l'humanit√© puisque, selon cette religion, le Christ, par sa mort, a rachet√© les hommes de leurs p√©ch√©s, et particuli√®rement du p√©ch√© originel. Deux f√™tes marquent, dans le calendrier liturgique catholique, l'importance de cette relique : l'Invention (du latin Inventio : d√©couverte) de la Croix (3 mai) et l'Exaltation de la Croix (14 septembre).

Sommaire

Les données historiques

Peinture d'Hans Pleydenwurff, 1470, une représentation de la croix en forme de T avec le titulus lui donnant l'aspect d'une croix latine

Les √Čvangiles sont les seuls documents canoniques permettant de conna√ģtre les circonstances de la mort de J√©sus de Nazareth. Selon ce que rapporte l'√Čvangile de Marc (le plus ancien en date), r√©dig√© en grec, J√©sus est mort juste en dehors des murailles de J√©rusalem, en un lieu appel√© calvaire ou Golgotha (c'est-√†-dire ¬ę lieu du cr√Ęne ¬Ľ). L√†, il a √©t√© clou√© sur un stauros (¬ę croix ¬Ľ en grec) et pendu √† un xylon (¬ę bois ¬Ľ en grec) entre deux malfaiteurs que la tradition populaire chr√©tienne d√©signe sous le nom de bon et mauvais larrons. Toujours selon ce texte, une inscription portant le motif de sa condamnation accompagnait son supplice et il mourut au bout de quelques heures.

On sait gr√Ęce √† l'arch√©ologie[1], et aux textes antiques[2] comment se d√©roulait ce supplice que nous appelons crucifiement. Le condamn√© √©tait d'abord attach√© ou clou√© (par les poignets et non par la paume des mains) √† une traverse de bois (stauros en grec, patibulum en latin). Puis cette traverse √©tait fich√©e dans un pieu vertical (en grec xylon, c'est-√†-dire bois, et en latin crux ou furca) moins √©lev√© qu'on ne l'imagine en g√©n√©ral, les pieds du supplici√© touchant presque le sol. Le tout formait ce que les Romains appelaient une crux (d'o√Ļ l'origine du fran√ßais ¬ę croix ¬Ľ). On pense qu'elle avait la forme d'un T. Le condamn√© mourait par asphyxie, apr√®s plusieurs heures de terribles souffrances. Particuli√®rement douloureux et humiliant, ce genre de mort √©tait, dans l'Empire romain, r√©serv√© aux esclaves et aux non-citoyens.

√Ä partir du IVe si√®cle, l'Empire romain √©tant devenu chr√©tien, ce supplice fut abandonn√© car il ne convenait plus √† un Empire se r√©clamant officiellement d'un Dieu ayant √©t√© ex√©cut√© de cette mani√®re. On oublia donc les circonstances r√©elles de la mort du Christ, et l'image de la ¬ę croix ¬Ľ se modifia pour devenir cet objet √† quatre directions couramment repr√©sent√© dans les ¬ę croix ¬Ľ et les ¬ę crucifix ¬Ľ des √©glises chr√©tiennes. En outre, la traduction latine de la Bible (la Vulgate) ayant √©t√© faite apr√®s la disparition de ce supplice, cette traduction ne comprend plus les termes employ√©s par le texte grec et traduit stauros par crux, et xylon par lignum (qui signifie ¬ę bois ¬Ľ). D'o√Ļ l'image courante repr√©sentant J√©sus en train de porter sa croix : en r√©alit√©, le condamn√© ne portait la plupart du temps que le patibulum.

Il existe une interpr√©tation[r√©f. n√©cessaire] selon laquelle le titulus serait √† l'origine de l'erreur de repr√©sentation de la Croix du Christ. Ce support clou√© au-dessus de la croix, sur le patibulum, lui aurait donn√© un peu la forme caract√©ristique de la croix latine. Ponce Pilate aurait fait mettre sur le titulus de la Vraie Croix un texte en latin (Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum), h√©breu et grec :

¬ę J√©sus le Nazar√©en, le roi des Juifs. ¬Ľ

Les grands pr√™tres demand√®rent au Procurateur romain de rajouter ¬ę Cet homme a dit... je suis le roi des Juifs ¬Ľ. Pilate r√©pondit : ¬ę ce que j'ai √©crit est √©crit ¬Ľ. Par la suite, les repr√©sentations chr√©tiennes ont abr√©g√© le texte en le limitant aux initiales INRI, (en latin I et J sont la m√™me lettre).

Légendes sur l'origine de la Croix

La reine de Saba vénère le bois de la Vraie Croix. Légende de la Vraie Croix (Piero della Francesca), église San Francesco, Arezzo

De nombreuses légendes ont été diffusées sur l'origine du bois de la Croix.

Selon une premi√®re tradition, elle aurait √©t√© faite de quatre bois diff√©rents[3] (car il faut compter le montant transversal - le patibulum, le vertical - le stipes, la tablette portant l'inscription - le titulus, et la traverse pour les pieds du Christ - le suppedaneum) : bois d'olivier (symbole de la r√©conciliation), de c√®dre (symbole de l'immortalit√© et l'incorruptibilit√©), de cypr√®s et de palmier.

Une autre tradition m√©di√©vale, remontant √† l'√Čvangile apocryphe de Nicod√®me, est reprise au XIIIe si√®cle dans la L√©gende Dor√©e du dominicain Jacques de Voragine. La Croix du r√©dempteur fut taill√©e dans le bois de l'arbre ayant pouss√© sur la tombe d'Adam, traditionnellement localis√©e √† J√©rusalem, sur l'emplacement m√™me de la crucifixion. Or, cet arbre n'est autre que celui qui a pouss√© √† partir d'une graine de l'Arbre de la Vie, sem√©e dans la bouche d'Adam apr√®s sa mort par son fils Seth. C'est l'archange Michel qui l'a apport√©e √† Seth depuis le paradis terrestre afin de permettre √† terme le rachat du p√©ch√© originel. En effet, le Christ est √©galement d√©sign√© comme le ¬ę nouvel Adam ¬Ľ par saint Paul, qui rach√®te le p√©ch√© introduit dans le monde par le premier homme.

L'arbre ayant pouss√© sur le tombeau d'Adam est alors abattu sur ordre du roi Salomon pour servir de bois d'Ňďuvre. Destin√© d'abord √† la construction du Temple, il est finalement affect√© √† celle d'un pont, celui de Silo√©. La reine de Saba, rendant visite √† Salomon, s'agenouille devant cette poutre de bois, avec la pr√©monition qu'il servira √† fabriquer la croix de la passion de J√©sus.

Selon une autre version, la reine aurait √©crit √† Salomon pour lui dire qu'√† ce bois serait un jour attach√© l'homme dont la mort mettrait fin au royaume des Juifs. Touch√© par cette pr√©monition, Salomon ordonne alors aux ouvriers de retirer le bois sacr√© du pont sur le Silo√© et de l'enfouir profond√©ment sous terre. Et, √† l'endroit o√Ļ l'arbre √©tait enfoui, se forma plus tard la piscine probatique : si bien que l'eau gu√©rissait les malades. Cette version est illustr√©e par exemple par les fresques de Piero della Francesca √† Arezzo. Il fallait encore rendre compte de la disparition du bois de la croix apr√®s la mort du Christ. Selon les versions les plus courantes, les trois croix (celle du Christ et celles des larrons) auraient √©t√© jet√©es dans un foss√©, pr√®s des remparts de J√©rusalem √† quelques m√®tres du Golgotha. La L√©gende dor√©e de Voragine et sa repr√©sentation picturale de la L√©gende la Vraie Croix de Piero della Francesca en relate les p√©r√©grinations et sa red√©couverte par l'imp√©ratrice H√©l√®ne (m√®re de Constantin), les preuves de sa v√©racit√©.

Histoire des reliques de la Vraie Croix

Le nom de ¬ę Vraie Croix ¬Ľ a plus particuli√®rement √©t√© donn√© √† un ensemble de reliques remontant √† la croix d√©couverte par sainte H√©l√®ne au d√©but du IVe si√®cle. D√©coup√© en plusieurs fragments et dispers√© entre plusieurs sanctuaires chr√©tiens, en particulier J√©rusalem et Constantinople, le bois de la Vraie Croix repr√©sente au Moyen √āge une relique tr√®s r√©pandue. √Ä partir du XIIIe si√®cle, nombreux sont les sanctuaires qui pr√©tendent en poss√©der des fragments.

Au IVe si√®cle : sainte H√©l√®ne et l'Invention de la Croix

Hélène et Constantin autour de la Vraie Croix, Sazonov.

Au IVe si√®cle, l'Empire romain devient peu √† peu chr√©tien sous le r√®gne de l'empereur Constantin Ier, le Grand. Ce dernier, converti au christianisme en 337 et baptis√© dans l'arianisme sur son lit de mort, fait construire de nombreuses basiliques dans l'ensemble de l'Empire, en particulier sur les lieux ayant abrit√© la vie du Christ. L'une de ces basiliques, le Saint-S√©pulcre √† J√©rusalem, est √©rig√©e sur l'emplacement pr√©sum√© du tombeau du Christ et du Golgotha. Rapidement, cette basilique pr√©tend poss√©der une relique particuli√®rement prestigieuse : la Vraie Croix.

Selon des r√©cits en partie l√©gendaires[1] qui apparaissent √† partir des ann√©es 350[4], soit une dizaine d'ann√©es apr√®s la mort de Constantin, c'est sainte H√©l√®ne, la m√®re de l'empereur, qui aurait d√©couvert la Croix de J√©sus lors d‚Äôun p√®lerinage en Palestine entrepris en 326. Le bois de la croix fut d√©couvert sur le lieu du calvaire, apr√®s que l'on fit d√©truire le temple de V√©nus b√Ęti par Hadrien, afin d'y √©riger la basilique du Saint-S√©pulcre. C'est au cours du chantier que trois croix auraient √©t√© trouv√©es. Un miracle (ou une inscription, selon les versions), aurait permis de distinguer la croix du Christ de celles des deux larrons.

Il existe trois récits primitifs de cette inventio reliquarum.

L'Invention de la Croix, Agnolo Gaddi, Florence, 1380.

En 395, l'√©v√™que de Milan saint Ambroise pr√©cise qu'H√©l√®ne aurait retrouv√© les croix dans une ancienne citerne, et qu'elle aurait reconnu celle du Christ gr√Ęce √† son inscription : ¬ę J√©sus de Nazareth, roi des Juifs. ¬Ľ Une version identique est rapport√©e par saint Jean Chrysostome √† la m√™me √©poque.

La l√©gende prend alors de l'ampleur. L'historien Sozom√®ne (d√©but du Ve si√®cle) et d‚Äôautres auteurs comme Th√©odoret de Cyr (m√™me √©poque) pr√©cisent que les reliques furent partag√©es entre plusieurs √©glises du monde chr√©tien, tout particuli√®rement Rome et Constantinople. En effet, d'autres √©glises que celle du Saint-S√©pulcre commencent √† revendiquer la possession de fragments de la relique. On explique ainsi que la sainte imp√©ratrice aurait install√© un fragment du bois de la Croix dans le palais construit par son fils Constantin dans sa nouvelle capitale, Constantinople ; elle aurait par la m√™me occasion retrouv√© les clous par lesquels le Christ avait √©t√© crucifi√©, autre relique revendiqu√©e par la capitale imp√©riale. De m√™me, en partance pour Rome, la m√®re de Constantin aurait emport√© avec elle d‚Äôimportants morceaux du bois sacr√© et d'autres reliques ayant trait √† la Passion du Christ. Elle aurait plac√© les reliques dans son palais, appel√© ¬ę palais Sessorien ¬Ľ, et serait morte peu de temps apr√®s.

La d√©couverte des trois croix. Un jeune homme bless√© est gu√©ri par la Vraie Croix. Fresque de la basilique San Francesco, Arezzo, Piero della Francesca XVe si√®cle.

Au cours du VIe si√®cle, Rufin d'Aquil√©e rapporte les circonstances de la d√©couverte dans un r√©cit consid√©r√© comme classique, et qui repr√©sente en quelque sorte l'aboutissement de l'√©laboration de la l√©gende :

¬ę H√©l√®ne vint √† J√©rusalem, inspir√©e par Dieu. Un signe c√©leste lui indiqua le lieu qu‚Äôelle devait creuser. Elle en retira trois croix, celle du Christ et celles des deux larrons. H√©l√®ne demeura perplexe car comment reconna√ģtre parmi elles le bois sur lequel J√©sus avait subi sa douloureuse agonie ? Macaire, l‚Äô√©v√™que de J√©rusalem, qui assistait l‚Äôimp√©ratrice dans ses recherches, demanda qu‚Äôon amen√Ęt sur une civi√®re une femme mourante. Au contact de la premi√®re croix, la moribonde demeura insensible : la seconde croix elle aussi, ne produisit aucun effet, mais √† peine la femme eut-elle touch√© la troisi√®me qu‚Äôaussit√īt elle se leva et se mit √† marcher avec entrain et √† louer Dieu. Ce miracle permit ainsi de distinguer la vraie croix. H√©l√®ne fit trois parts de cette croix, l‚Äôune destin√©e √† J√©rusalem, la seconde √† Constantinople, la troisi√®me √† Rome. ¬Ľ

‚ÄĒ Rufin d'Aquil√©e

Rapportant un d√©veloppement ult√©rieur de la l√©gende, la L√©gende dor√©e de Jacques de Voragine, fait allusion √† la r√©v√©lation de l'emplacement de la croix par un juif nomm√© Judas. Suite √† cette d√©couverte, il se serait converti au christianisme, aurait pris comme nom de bapt√™me Quiriace (Cyriaque de J√©rusalem (en) ou Judas Cyriaque), serait devenu √©v√™que de J√©rusalem et serait mort martyr sous l'empereur Julien, connu sous le nom de Julien l'Apostat (ou Julien le Philosophe).

L'importance de la d√©couverte de la relique, dont la date suppos√©e serait le 3 mai 326, donna naissance √† la f√™te du Recouvrement de la Sainte Croix ou de l‚ÄôInvention de la Sainte Croix (le mot ¬ę invention ¬Ľ, du latin inventio, est ici √† prendre dans le sens de ¬ę d√©couverte ¬Ľ, comme pour les mises au jour de vestiges divers, le verbe latin invenire signifiant trouver en fran√ßais).

Dans le calendrier du rite de l'√Čglise de J√©rusalem, attest√© d√®s le d√©but du Ve si√®cle, la f√™te de l'invention de la Croix est dat√©e du 7 mai, date retenue aujourd'hui par les Orthodoxes. L'Exaltation de la Croix le 14 septembre, en partie emprunt√©e √† la liturgie du Vendredi saint, est aussi attest√©e d√®s cette √©poque.

Au VIIe si√®cle : H√©raclius, l'Exaltation de la Croix et la semaine de la tyrophagie

Dans les siècles suivant la diffusion des récits concernant l'Invention de la Croix, le culte se développe dans plusieurs points du bassin méditerranéen, en particulier à Jérusalem et à Constantinople.

La Palestine reste relativement paisible jusqu'au VIIe si√®cle. Mais en 614, J√©rusalem, centre de p√®lerinage chr√©tien, tombe aux mains des Perses du roi Chosro√®s II, en guerre alors contre l'Empire romain d'Orient (ou Empire byzantin). Les Perses emportent avec eux, dans leur butin, la Vraie Croix ainsi que plusieurs autres reliques, et br√Ľlent les √©glises de J√©rusalem. Ils conservent n√©anmoins la relique car elle repr√©sente une v√©ritable ¬ę monnaie d'√©change ¬Ľ en cas de n√©gociations avec Byzance.

Quelques années plus tard, l'empereur byzantin Héraclius Ier, vainqueur des Perses à Ninive en 627, force le successeur de Chosroès à signer un traité de paix, et obtient la restitution de la Croix. Il rapporte alors la relique à Jérusalem, la porte solennellement au Calvaire et restaure l'église du Saint-Sépulcre. Cette cérémonie est célébrée dans la liturgie catholique et orthodoxe le 14 septembre, sous le nom d'Exaltation de la Sainte Croix.

Le retour de la Croix √† J√©rusalem, en 630, a donn√© lieu √† des pogroms antijuifs, qui est la raison de l'institution d'un je√Ľne expiatoire, qui deviendra la semaine de la tyrophagie, la huiti√®me semaine avant P√Ęques. Diverses sources font allusion √† ce je√Ľne expiatoire, notamment le Triodion, ainsi que l'historien arabo-melkite Eutych√®s d'Alexandrie[5].

La Croix à Constantinople et à Jérusalem

Quelques années seulement après la réinstallation triomphale de la Croix à Jérusalem commence la conquête arabe, qui fait passer Jérusalem sous domination musulmane. L'Empire romain d'orient perd la Palestine en 638. Le culte de la sainte Croix continue à Jérusalem, mais il s’intensifie surtout dans les territoires restés chrétiens, et tout particulièrement à Constantinople.

Cette m√™me ann√©e, deux autres reliques de la Passion, la Sainte √Čponge et la Sainte Lance sont r√©cup√©r√©es par le patrice Nic√©tas, qui les envoie √† Constantinople, la capitale de l‚ÄôEmpire, o√Ļ elles sont solennellement montr√©es au peuple rassembl√© dans la basilique Sainte-Sophie le jour de la f√™te de l‚ÄôExaltation de la Croix. C‚Äôest l√† un √©pisode de cette longue ¬ę migration des reliques de la vie de J√©sus ¬Ľ, de J√©rusalem vers Constantinople et au-del√†. La capitale byzantine, au m√™me titre qu'elle √©tait devenue la ¬ę nouvelle Rome ¬Ľ depuis Constantin, prenait d√©sormais l‚Äôaspect d‚Äôune ¬ę nouvelle J√©rusalem ¬Ľ. L'√©glise de la ¬ę Vierge du Phare ¬Ľ, situ√©e au cŇďur du palais imp√©rial, abrite ainsi de nombreuses reliques de la Passion : la Sainte Lance ayant perc√© le flanc du Christ, les clous ayant servi √† l‚Äôattacher √† la Croix, la couronne d‚Äô√©pines ou encore l‚Äô√©ponge utilis√©e pour abreuver J√©sus de posca.

√Ä J√©rusalem, le culte de la Sainte Croix continue d'abord sans grandes difficult√©s, m√™me si les p√®lerins sont n√©cessairement moins nombreux. Les musulmans accordent en effet aux chr√©tiens de la ville la possibilit√© de conserver leurs sanctuaires et de pratiquer leur culte jusqu'au Xe si√®cle o√Ļ des difficult√©s surgissent. Face aux pers√©cutions du calife fatimide al-H√Ękim, les chr√©tiens de J√©rusalem doivent, en 1009, cacher le fragment de la sainte Croix conserv√©e jusque l√† au Saint-S√©pulcre. Elle serait rest√©e dissimul√©e pendant quatre-vingt dix ans.

La Vraie Croix à l'épreuve des Croisades

La redécouverte de la Croix d'après Gustave Doré

En 1099 les crois√©s de Godefroy de Bouillon prennent J√©rusalem et √©tablissent les royaumes crois√©s de Terre Sainte. Le fragment de la Vraie Croix cach√© en 1009 est miraculeusement red√©couvert et r√©install√© avec honneur dans la basilique du Saint-S√©pulcre. Les p√®lerins viennent en masse se prosterner devant elle. Elle devient alors le symbole du royaume crois√© de J√©rusalem : les Crois√©s l'emm√®nent en effet au-devant de l‚Äôennemi √† chaque bataille.

En 1187, Saladin remporte sur les Crois√©s la bataille de Hattin. Il met alors la main sur la Sainte Croix, que le roi Guy de Lusignan avait emport√©e avec lui au combat. J√©rusalem tombe peu apr√®s aux mains de Saladin. A la nouvelle du d√©sastre, le pape Urbain III serait mort sur le coup. Ce fragment de la Vraie Croix dispara√ģt alors : l‚Äôhistoire en perd d√©sormais la trace, et il n‚Äôa jamais √©t√© retrouv√©.

En 1203, une nouvelle croisade (la quatri√®me) est pr√™ch√©e par le pape Innocent III dans le but de reprendre J√©rusalem. Elle est cependant d√©tourn√©e vers Constantinople, √† l'instigation des V√©nitiens, qui assuraient le transport des crois√©s sur leurs vaisseaux, la R√©publique de Venise trouvant l√† l'opportunit√© de d√©truire la puissance de Constantinople, concurrente commerciale dans la M√©diterran√©e. Les crois√©s se retournent contre leur ancien alli√©. La ville est prise d‚Äôassaut le 12 avril 1204, et mise √† sac durant trois jours. N√©anmoins les reliques de la chapelle palatine du Phare, dont le fragment de la Croix conserv√© √† Constantinople, √©chappent pour un temps √† leur convoitise et au pillage. Elles sont attribu√©es en partage √† l‚Äôempereur Baudouin VI de Hainaut que les Crois√©s √©lisent parmi leurs chefs et placent √† la t√™te du nouvel empire qu‚Äôils fondent alors, l‚Äô¬ę Empire latin de Constantinople ¬Ľ.

De Constantinople à Paris

Mais cet empire est fragile et artificiel, menac√© de toutes parts, toujours au bord de la faillite financi√®re : cela oblige les empereurs latins √† se r√©soudre √† mettre en gage aupr√®s des V√©nitiens, puis √† leur c√©der, les derniers tr√©sors qui leur restent, notamment les reliques de la chapelle imp√©riale du Phare. Si la Sainte Croix, comme les autres reliques christiques, t√©moignait de la ferveur religieuse des rois, elle servait surtout √† assurer la l√©gitimit√© de leur pouvoir aupr√®s du peuple.

En atteste l'int√©r√™t de saint Louis pour ces derni√®res. En 1238, il rach√®te aux V√©nitiens une partie des reliques gag√©es par l'empereur latin de Constantinople, dont la couronne d'√©pines. Le 30 septembre 1241, la Vraie Croix et sept autres reliques du Christ, notamment le ¬ę Saint Sang ¬Ľ et la ¬ę Pierre du S√©pulcre ¬Ľ sont acquises. Enfin, en 1242, neuf autres reliques, dont la ¬ę Sainte Lance ¬Ľ et la ¬ę Sainte √Čponge ¬Ľ venaient rejoindre les pr√©c√©dentes.

Pour accueillir l'ensemble des reliques, dont le fragment de la Croix, le roi fait construire et consacrer en 1248 la ¬ę Sainte-Chapelle ¬Ľ, un lieu sacr√© au centre de Paris, dans l'√ģle de la Cit√©, au cŇďur du palais royal (l'actuel Palais de Justice). √Ä la Sainte-Chapelle, √† l‚Äôint√©rieur de la chapelle haute, la Sainte Croix et les autres reliques venues de Constantinople sont enferm√©es jusqu‚Äô√† la R√©volution dans une ¬ę Grande Ch√Ęsse ¬Ľ monumentale d‚Äôorf√®vrerie, haute de plus de trois m√®tres. La Croix √† double traverse, haute de pr√®s d‚Äôun m√®tre √† elle seule, avait √©t√© retir√©e de son √©crin byzantin. Afin qu'elle p√Ľt √™tre visible de tous, elle avait √©t√© enti√®rement rev√™tue de cristal, recouverte √† l‚Äôint√©rieur de dorures et sertie de perles et de pierres pr√©cieuses.

La Révolution marque la disparition de cette relique. En effet, le 25 avril 1794, la Vraie Croix est dépouillée des matières précieuses qui l’ornaient et sa trace se perd. Néanmoins il reste des reliques du bois de la Croix et un clou de celle-ci dans le Trésor de la sacristie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Autres sanctuaires possédant des reliques de la Croix

Tableau-reliquaire de la Vraie Croix et couvercle √† glissi√®re. Reliquaire de Byzance, XIe si√®cle, Mus√©e du Louvre

Il est difficile de retracer l'histoire de la Vraie Croix car celle-ci fut d√©coup√©e en de nombreux morceaux distribu√©s √† de nombreux b√©n√©ficiaires. Aujourd'hui, les morceaux de la croix du Christ sont tr√®s dispers√©s, et la liste de ces reliques est longue :

  • Un fragment est poss√©d√© par la confr√©rie de Sainte-Croix √† Bonifacio en Corse.
  • Un fragment est poss√©d√© √† Saint-Sernin de Toulouse, o√Ļ il se trouve encore aujourd'hui.
  • Un fragment se trouve dans la sacristie de l'√©glise Saint Calixte de Pontpierre.
  • Un morceau de la Vraie Croix serait miraculeusement arriv√© dans un lieu-dit du Morbihan √† l'√©poque des croisades. Une chapelle a √©t√© b√Ętie √† cet emplacement puis le village s'est d√©velopp√© pour devenir une commune √† part enti√®re qui porte le nom de la relique : La Vraie-Croix.
  • Un autre morceau de la Vraie Croix est conserv√© en Anjou, dans la chapelle des Incurables de l'hospice de Baug√©.
  • Il existe aussi dans la coll√©giale Sainte-Croix √† Li√®ge, quatre fragments dispos√©s en une petite croix en or bord√©e d'un gr√®netis et ponctu√©e de perles, le centre √©tant occup√© par une pierre fine sur un triptyque reliquaire en ch√™ne recouvert de cuivre dor√©, repouss√©, √©maill√© et cisel√©. L'empereur Henri II du Saint-Empire aurait offert en 1006 √† la coll√©giale Sainte-Croix, les reliques de la Vraie Croix re√ßues du roi de France Robert II dit le Pieux. Jusqu'en 1996, avant qu'il ne soit restaur√©, le reliquaire du tr√©sor √©tait visible dans le tr√©sor de la cath√©drale. Il est actuellement expos√© au MARAM (Mus√©e d'art religieux et d'art mosan √† Li√®ge) o√Ļ il est conserv√© par mesure de s√©curit√© mais aussi dans le but d'√™tre pr√©sent√© √† un large public. Cette stauroth√®que (ou reliquaire de la Vraie Croix) porte au revers une inscription d√©dicac√©e au nom de Constantin VII et de son fils Romain II. Constitu√©e d'or, d'argent dor√©, d'√©mail cloisonn√© sur or, de perles et de pierres pr√©cieuses, elle fut r√©alis√©e au milieu du Xe si√®cle (entre 945 et 959) et le reliquaire √† compartiments, au nom du pro√®dre Basile le parakoimom√®ne, b√Ętard de l'empereur byzantin Romain Ier L√©cap√®ne, fut ex√©cut√© √† la fin du Xe si√®cle (entre 968 et 985). Il fut r√©alis√© dans les ateliers imp√©riaux de Constantinople. Des fragments de la relique sont ench√Ęss√©s en forme de croix dans la monture orf√©vr√©e. Plusieurs logettes portant des inscriptions en grec renferment d‚Äôautres objets sacr√©s comme des fragments de la tunique, du linceul, de la couronne d'√©pines ou bien encore des clous.
  • Un morceau de la sainte croix est aussi d√©tenu √† la paroisse copte orthodoxe de Sarcelles en r√©gion parisienne.
  • Un morceau de la Vraie Croix est visible dans un reliquaire en Allemagne √† Limbourg-sur-la-Lahn.
  • Un morceau de la Vraie Croix est conserv√© √† l'abbaye de Saint-Guilhem-le-D√©sert (H√©rault). En 804, Guillaume de Gellone fonde l'abbaye de Gellone. Apr√®s son d√©c√®s, le 28 mai 812, celle-ci devient l'abbaye de Saint-Guilhem (Guilhem √©tant la forme occitane de Guillaume). La relique d'un morceau de la vraie croix conserv√©e par l'abbaye attire la d√©votion des p√®lerins de Saint-Jacques. Cette abbaye se trouve sur le territoire de l'ancien dioc√®se de Lod√®ve alors que l'abbaye d'Aniane, toute proche, est sur celui de Maguelone.
  • L' abbaye de Wiblingen, en Allemagne, fond√©e en 1093 par les comtes Hartmann et Otto von Kirchberg, re√ßut de ceux-ci un morceau de la Vraie Croix qu'ils avaient acquis au cours de leur participation √† la premi√®re croisade. Pendant la guerre de Trente Ans, l'abbaye a subi des dommages √† plusieurs reprises. √Ä l'initiative de l'abb√© Johannes Schlegel, le reliquaire de la Vraie Croix a √©t√© cach√© afin de le prot√©ger du pillage des troupes su√©doises protestantes. Toutefois, apr√®s le retrait des troupes su√©doises, la relique n'a pas pu √™tre r√©cup√©r√©e, car il n'y avait plus personne en vie qui se souvenait de sa cachette, les t√©moins de sa dissimulation ayant tous succomb√© √† la peste. Ce n'est que bien des ann√©es plus tard, que la relique, emmur√©e, fut red√©couverte.

Nombreuses sont donc les √©glises qui pr√©tendent poss√©der des fragments de la Vraie Croix. Une √©tude du d√©but du XXe si√®cle √©tablit que le morceau le plus volumineux serait conserv√© en Gr√®ce dans le monast√®re du Mont Athos. Les autres fragments seraient, par taille d√©croissante, conserv√©s √† Rome, Bruxelles, Venise, Gand et Paris.

Contestations

La grande diffusion des reliques de la Vraie Croix, ainsi que la minceur de la cha√ģne de transmission, entra√ģna bien entendu un certain nombre de contestations. √Ä la fin du Moyen √āge, le nombre d'√©glises pr√©tendant poss√©der un fragment de la Vraie Croix √©tait tel, en Occident comme en Orient, que le doute devint monnaie courante √† mesure que la croyance dans les reliques d√©cline. Calvin √©crit dans son Trait√© des reliques que l'ensemble des fragments pourrait ais√©ment remplir un navire. Selon un adage c√©l√®bre, avec tout le bois de la croix, ¬ę on aurait pu chauffer Rome pendant un an ¬Ľ !

Ces critiques, m√™me si elles peuvent para√ģtre exag√©r√©es, sont historiquement fond√©es. Si l'ensemble des reliques conserv√©es √† ce jour ne repr√©sente pas une quantit√© sup√©rieure √† celle d'une croix telle qu'elle aurait pu exister au Ier si√®cle de notre √®re, cela ne signifie pas pour autant qu'ils sont tous d'authentiques descendants des fragments de bois d√©couverts √† J√©rusalem au d√©but du IVe si√®cle ‚ÄĒ et encore moins d'authentiques fragments de la croix ayant r√©ellement servi √† la crucifixion. Le hiatus d'environ trois cents ans entre la mort de J√©sus et la d√©couverte de la croix par sainte H√©l√®ne, ainsi que les quarante ans qui s√©parent cette ¬ę d√©couverte ¬Ľ, de l'apparition des reliques dans les √©glises de Rome, J√©rusalem et Constantinople, justifient les doutes √©mis depuis maintenant cinq si√®cles, d'abord par les th√©ologiens protestants puis aujourd'hui par une majorit√© d'historiens.

Bibliographie

  • Jean-Luc Deuffic (ed.), Reliques et saintet√© dans l'espace m√©di√©val, Pecia 8/11, 2005.

Autres articles

Références

  1. ‚ÜĎ a et b Jacques Briens, La J√©rusalem byzantine reconstitu√©e, in Le Monde de la Bible, hors-s√©rie trois religions √† J√©rusalem, 2008, pp. 32-34
  2. ‚ÜĎ chez Plutarque et Art√©midore
  3. ‚ÜĎ Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, publi√© par Guien, 1821, p. 191
  4. ‚ÜĎ Cyrille de J√©rusalem, Les Cat√©ch√®ses baptismales et mystagogiques, coll. ¬ę Les P√®res dans la foi ¬Ľ, Migne, Paris, 1993 : Cat√©ch√®ses 4, 10 ; 9, 19 ; 13, 4)
  5. ‚ÜĎ S. Verhelst: Histoire ancienne de la dur√©e du car√™me √† J√©rusalem, Questions liturgiques, 84 (2003), 23-50 (compl√©ments dans l'introduction du volume Jean de Bolnisi √† para√ģtre dans la collection des Sources chr√©tiennes, √©d. du Cerf).


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