Valencien


Valencien
Situation du valencien (en vert clair) sur une carte dialectale du catalan.

Le valencien (valencià en catalan) est le nom traditionnel donné à la langue traditionnellement parlée dans la plus grande partie du Pays valencien (actuelle Communauté valencienne), en Espagne. Il s'agit d'un ensemble de modalités du catalan[1],[2],[3],[4],[5], issu des variétés introduites par les colons de la principauté de Catalogne dans le Royaume de Valence nouvellement constitué, après la reconquête des territoires musulmans par Jacques Ier d'Aragon au XIIIe siècle.

Il rassemble près du tiers de l'ensemble des locuteurs de la langue catalane mais, reflétant les conflits portant sur sa dénomination ou sa classification en tant que dialecte survenus depuis la Transition démocratique, il est toutefois considéré comme une langue distincte par une grande partie des Valenciens. Suite à différentes sentences ou déclarations impliquant l'Académie valencienne de la langue, l'Institut d'Estudis Catalans, ainsi que le Tribunal constitutionnel espagnol, le conflit semble toutefois réglé d'un point de vue légal, académique et institutionnel. Depuis 2006, le terme de « valencien » est académiquement et institutionnellement reconnu comme glottonyme officiel pour faire référence à la langue dénommée « catalan » dans le reste du domaine linguistique.

Sommaire

Histoire

La langue catalane est implantée dans le royaume de Valence par les colons venus d'autres territoires de la couronne d'Aragon à la suite de la conquête du territoire menée par Jacques Ier.

Dans la plus grande partie du territoire, dominent les colons venus de différentes parties de la Catalogne. Cependant, la prépondérance de colons venus d'Aragon dans les zones intérieures du royaume explique que la langue traditionnelle de cette langue soit le castillano-aragonais. Ces régions, plus montagneuses, moins densément peuplées et avec des terres moins fertiles, n'ont cependant pas joué de rôle directeur dans le royaume, dont la langue dominante et administrative est restée le castillan (ou aragonais). La configuration particulière du territoire, en particulier la séparation entre territoires contrôlés par des nobles d'origine aragonaise sous un régime féodal et des territoires contrôlés par une bourgeoisie majoritairement issue de Catalogne sous un régime plus libéral, peut expliquer l'absence d'assimilation des premiers par les seconds[6].

Usage

Le statut d'autonomie de la Communauté valencienne définit le valencien comme sa langue propre et elle a un caractère officiel en son sein avec le castillan[7]. Près de 94% de la population le comprend, et environ 78% affirment savoir le parler et le lire ; enfin, 50% des gens disent savoir l'écrire, selon une enquête réalisée en 2005 par le Service de Recherche et d'Études sociologiques de la Communauté valencienne[8],[9]. La politique de valorisation du valencien entreprise depuis l'avènement de la démocratie, avec en particulier l'approbation en 1983 de la Loi d'usage et d'enseignement du valencien (Llei d'Ús i Ensenyament del Valencià ou LUEV), explique ce relativement fort taux d'alphabétisation en valencien, particulièrement chez les jeunes. La chaîne de télévision de la Communauté Valencienne, Canal Nou a également contribué à la familiarisation d'une grande partie des habitants de la communauté avec le valencien, y compris dans les zones castillanophones.

Carte de densité de locuteurs de valencien

Les locuteurs du valencien se concentrent notamment dans la plaine de la Province de Castellón (Castelló), la côte méditerranéenne de Valence et le nord d'Alicante. De façon générale le castillan est surtout dominant dans les zones intérieures de ces deux dernières provinces, régions semi-montagneuses et peu denses démographiquement.

Aujourd'hui, dans la plus grande partie du territoire, et particulièrement dans les grandes villes, le valencien est en position d'infériorité par rapport au castillan, et cela est dû en grande partie au manque de soutien politique, qui a contrarié de manière générale le regain d'intérêt qu'il a connu après la période franquiste. Plus précisément, le fait que la capitale Valence ne soit plus depuis de nombreuses années un foyer actif de rayonnement du valencien contribue à la fragmentation de celui-ci.

Description

Classification

Carte dialectale du diasystème catalan ; le valencien est rattaché au bloc occidental.

Langues indo-européennes > Italique > Groupe roman > langues occitano-romanes > Catalan-valencien-baléare Le valencien est un ensemble de modalités appartenant au groupe dialectal occidental du catalan. Le code ISO 639 est donc commun (cat), mais la dénomination diffère selon le territoire.

Dialectologie

Article connexe : Dialectologie catalane.

Le valencien est un ensemble de modalités rattachées au bloc catalan occidental. La traditionnelle articulation dialectale du catalan en deux blocs verticaux se base sur une différence de traitement des voyelles atones (3 voyelles pour le bloc oriental, 5 pour le bloc occidental)[10].

D'un point de vue dialectologique, le valencien ne peut être strictement considéré comme un dialecte clairement différencié et parlé dans le territoire administratif de la Communauté valencienne. L'existence d'un continuum linguistique et d'une large zone de transition avec les zones catalanophones contigües implique qu'une grande partie des traits dialectaux du valencien se retrouvent également dans les terres de l'Ebre catalanes et aragonaises (catalanophones), jusqu'au Baix Campet ay Baix Cinca, de même que certaines caractéristiques du catalan nord-occidental commencent à apparaître dans la Plana Alta (province de Castellón) et s'affirment de plus en plus lorsqu'on se dirige vers le nord.

Différentes isoglosses peuvent être choisies pour tracer la frontière dialectale du valencien : limite du parler de Tortosa (terminaison -e / -o de la première personne du présent de l'indicatif) ou, en incluant dans le valencien le parler de la Frange d'Aragon (terminaison -és /-ara).

Selon Sanchís Guarner, les divergences observées entre le valencien et les autres dialectes catalans, en particulier au niveau lexical, sont en grande partie imputables à une influence du substrat mozarabe[11].

Dialectes valenciens

Carte dialectale du valencien
Article connexe : Dialectologie catalane.

Cette zone est caractérisée par le croisement de trois isoglosses importantes: conjugaisons de la première personne en -o/-e, prononciation ou non du -r de l'infinitif, et enfin désinences en -ara, -era, -ira /és (às), -is du subjonctif imparfait.

  • Valencien septentrional ou de Castillon (valencià septentrional ou castellonenc)

Ce dialecte se caractérise notamment par une réduction du système phonologique consonantique (passant de 23 à 21 phonèmes d'après Joan Veny[12]).

  • Valencien central ou apitxat (valencià central)
Article détaillé : apitxat.

Parlée autour de Valence même, cette variété est la plus différenciée ; elle se caractérise notamment par un assourdissement de plusieurs consonnes fricatives et affriquées sonores[13].

  • Valencien méridional (valencià meridional)
  • Majorquin à Tàrbena et La Vall de Gallinera (parlars mallorquins a Tàrbena i La Vall de Gallinera)
  • Valencien d'Alicante (valencià alacantí)

Phonétique

Le valencien ne connaît par le yéïsme.

Vocalisme

Le système vocalique tonique est constitué des sept phonèmes /a ɛ e i ɔ o u/.

La diphtongue ui tend à être articulé de façon croissante : cuina > [ˈkwina], hui > [ˈwi][14]. À Alicante toutefois, son articulation est en général décroissante : cuina > [ˈkujna], buit > [ˈbujt] (mais hui > [wi]).

Le système vocalique atone se compose des cinq voyelles [a e i o u] caractéristiques du bloc occidental.

La voyelle atone /e/ est parfois réduite en [a] devant consonnes nasales et fricatives : enveja [aɱˈvedʒa], espill [asˈpiʎ], eixugar [ajʃuˈɣaɾ]. Dans d'autres cas, la réduction se produit devant n'importe quelle consonne : terròs [taˈrɔs], trepitjar [tɾaˈpidʒaɾ], lleganya [ʎaˈɣaɲa].

De la même manière, /o/ atone peut être réduit en [u] devant les consonnes bilabiales (cobert > [kuˈβɛɾt]), suivie d'une syllabe tonique avec ‹i›: conill [kuˈniʎ] et dans certains anthroponymes comme Josep(a), Joan(a) et Joaquim(a).

Consonantisme

g devant ‹e› et ‹i› et j dans toutes les positions adoptent une prononciation affriquée [dʒ]

Le x est prononcé affriqué [tʃ] à l'initiale ou derrière une consonne : xiquet > [tʃiˈket], marxar > [maɾˈtʃaɾ]. Il existe cependant de nombreuses exceptions : Xàtiva > [ˈʃativa], xarxa ou xàrcia > [ˈʃaɾʃa]/[ˈʃaɾsia]. Le digraphe ix (prononcé [jʃ] derrière voyelle ou [iʃ] derrière consonne et [ʃ] en valencien d'Alicante) maintient ainsi une prononciation fricative : calaix [kaˈlajʃ], guix [ˈgiʃ].

Excepté dans certaines zones septentrionales le r final est prononcé.

De la même manière, le t des groupes finaux -nt, -lt et rt reste audible, une caractéristique commune avec une partie du catalan baléare. Des exceptions se rencontrent dans la zone de Castellón, le Maestrat, la Costera, Vall d'Albaida, l'Alcoià et le Vinalopó.

Comme en baléare et en alguérois, le v maintient généralement sa prononciation labiodentale /v/, bien qu'il tende par endroit à se prononcer en bilabiale /b/, comme dans une grande partie du domaine linguistique.

Comme en baléare, le groupe -tll- est prononcé -tl- dans certains mots : ametla ('ametlla'), vetlar ('vetllar').

Le digraphe -tz (>/dz/ en catalan standard) se réduit à [z] dans le suffixe -itzar : realitzar > [realiˈzaɾ].

Comme en castillan (voir Dialectologie de la langue espagnole#Traitement de .2Fd.2F), le d intervocalique (prononcé [ð] de façon standard) tend à disparaître du langage parlé familier, particulièrement derrière a : mocador > [mokaˈoɾ], cadira > [kaˈiɾa]. La terminaison -ada est ainsi prononcée -à (> [aː] avec prolongation vocalique : cremada [kɾeˈmaː]).

Morphologie

L'inventaire des articles définis (el, la, els et les) coïncide avec celui du catalan oriental, et diffère du nord-occidental[15].

Comme en portugais et en castillan, il y a conservation de trois degrés de démonstratifs et d'adverbes de lieux[16], et absence de formes renforcées pour les démonstratifs de 1er et 2e degré : este, eixe, aquell; açò, això, allò; ací, aquí/ahí, allí ou allà.

Les pronoms faibles conservent leur forme pleine devant verbes commençant par consonne : me dutxe, te dic, se pentina[16] etc. Les variantes alicantines et la majorité des variétés méridionales utilisent toutefois la forme faible, sauf devant /s/ : em dutxe, et dic, es canvia, se sap, se certifica,

À l'oral, le pronom faible standard ens devient mos, comme dans le reste du bloc occidental et en baléare, une forme non admise dans le standard. De façon générale, dans le langage oral, les formes ens et us sont remplacées par mos et vos. Devant le verbe, cette dernière forme est considérée comme normative par l'AVL.

Le pronom faible indirect li précède toujours le pronom faible direct lorsqu'il est présent, ce qui donne lieu à des combinaisons originales : li'l (li'l done > l'hi dono), li la (li la done > la hi dono), li'ls (li'ls done > els hi dono), li les (li les done > les hi dono).

L'usage du suffixe diminutif -et/-eta est très répandu[16].

Morphologie verbale

La morphologie verbale est sans doute l'un des aspects sur lesquels le valencien est le plus différencié des autres variantes de la langue catalane[17]. Le linguiste Abelard Saragossà considère que les conjugaisons constituent l'un des plus grands obstacles à la compatibilité interdialectale du catalan actuel[18].

La première personne des verbes du premier groupe (-ar) prend le morphème -e : jo cante (au lieu de jo canto). Les conjugaisons des deuxièmes et troisièmes groupes sont caractérisée par une syncope vocalique : jo tem, jo dorm. Dans la plus grande partie du Maestrat toutefois, on trouve le phonème -o, comme en catalan nord-occidental (jo canto, jo temo, jo dormo)

Les terminaisons du présent du subjonctif ignorent les grammèmes en -i caractéristiques du catalan central. Ainsi, les terminaisons sont :

  • Premier groupe : -e, -es, -e, -em, -eu, -en
  • Deuxième et troisième groupe : -a, -es, -a, etc.

La conjugaisons de l'imparfait du subjonctif se différencie également des autres variantes dominantes, avec des terminaisons en -ara, -ares, -ara, -àrem, -àreu, -aren, issues de l'indicatif plus-que-parfait latin, là où les autres dialectes utilisent de préférence des terminaisons en -essi etc., issues du subjonctif plus-que parfait latin.

Dans certaines zones, en particulier en apitxat et en valencien d'Alicante, le passé-simple du catalan classique (jo cantí, jo fiu...) est encore conservé avec une notable vitalité, tandis qu'il a été remplacé dans la plus grande partie du reste du domaine linguistique par la forme analytique anar + infinitif (jo vaig cantar, jo vaig fer...)[17],[19].

Lexique

Quelques mots caractéristiques du valencien (entre parenthèse est indiquée la variante dominante dans le reste du domaine linguistique) :

  • bou (toro) : taureau
  • brossat (mató) : mató
  • corder (xai) : agneau
  • creïlla (patata) : pomme-de-terre
  • fraula (maduixa) : fraise
  • granera (escombra) : balai
  • eixir (sortir) : sortir
  • espill ou lluna (mirall) : miroir
  • llaurador (pagès) : agriculteur
  • paréixer (semblar) : sembler/paraître
  • rabosa (guineu)
  • roig (vermell) : rouge
  • xiquet (nen) : enfant

De façon générale, il est délicat d'émettre des conclusions catégoriques en matière de lexique, celui-ci constituant la partie la plus flexible d'une variété linguistique. Ainsi par exemple, on trouve vermell notamment à la Marina, et sortir est présent dans le valencien de transition.

Les conflits linguistiques

Conflit historique : la diglossie castillan-valencien

On doit à Rafael Ninyoles, sociolinguiste valencien divulgateur du concept de diglossie, la popularisation de l'expression de « conflit linguistique » appliquée au contexte valencien, avec la publication en 1969 de Conflicte lingüístic valencià. Aux côtés d'autres chercheurs, notamment Lluís Vicent Aracil et Francesc Vallverdú, ils publient différents travaux en rapport avec cette thématique, ouvrages par ailleurs considérés comme fondateurs de la sociolinguistique catalane.

Dans ces derniers, ils analysent les étapes du processus diglossique qui, fomenté par les usages culturels de l'aristocratie du Royaume de Valence à partir du XVIe siècle, a mené à la perte de valorisation sociale du valencien puis sa lente substitution par le castillan dans une grande partie de la région[20].

Pour Ninyoles, il n'existe que deux issues possibles à la situation diglossique du Pays valencien : l'assimilation (disparition du valencien au profit du castillan) ou normalisation (processus de valorisation de la langue visant à maximiser ses possibilités d'usages, en particuliers formels).

Controverse récente : valencien contre catalan

Il existe une controverse portant sur l'origine du valencien et sur la question de l'unité de la langue catalane et du valencien, également connue comme la « bataille de la langue ».

Depuis les années de la Transition démocratique en Espagne et faisant suite aux conflits identitaires virulents qui ont agité la dénommée Bataille de Valence, il existe une vive controverse sur la nature de la langue valencienne, en particulier alimentée par certains secteurs sécessionnistes dits blavéristes, dont le principal trait idéologique est un anticatalanisme marqué. Refusant catégoriquement l'appellatif de « catalan » pour la langue de la communauté[21], ils défendent l'idée d'un valencien indépendant du diasystème catalan et des normes orthographiques distinctes de l'écriture standard, basée sur les Normes de Castellón élaborées en 1932 en coordination avec les autorités académiques catalanes.

Pour expliquer les origines du valencien, différents types d'arguments ont été retenus par les partisans du sécessionnisme. Une part d'entre eux soutiennent qu'il proviendrait du mozarabe de Valence (sans aucune trace documentaire pour attester cette hypothèse)[22] ; d'autres, admettant que le valencien est bien dérivé du catalan, soutiennent qu'il s'en est depuis suffisamment différencié pour constituer une langue différente. D'autres encore prétendent que le catalan n'existait pas à l'époque de la reconquête de Valence, et que dans ces conditions, il n'a donc pu être importé à ce moment[23],[24]. Selon ces derniers, les colons auraient apporté une forme de parler roman, qui aurait évolué in situ pour devenir le valencien, tandis qu'il aurait débouché sur le catalan en Catalogne. Ces théories, globalement rejetées par la communauté scientifique[25], semblent démenties par la situation linguistique, notamment l'existence d'une large frange de parler de transition dans la zone intermédiaire entre valencien et catalan nord-occidental, ainsi que par la grande homogénéité dialectale du catalan occidental, qui inclut l'ensemble des modalités du valencien, mais aussi celles parlées dans la région de Lérida et une grande partie de la province de Tarragone. Ainsi, un locuteur catalan de Lérida et un locuteur valencien de Castellón de la Plana parlent des variétés fondamentalement proches, toutes deux relativement fort éloignées du catalan oriental tel qu'il est par exemple parlé à Barcelone.

Le journal régional Las Provincias joue un rôle fondamental dans la diffusion des thèses sécessionnistes et anticatalanistes, qui seront reprises, par électoralisme opportuniste selon un grand nombre d'analystes, dans les milieux de l'Union du centre démocratique (UCD), parti en charge du pouvoir central à Madrid durant la Transition (1977-1982) qui concluera diverses alliances avec les partis blavéristes (notamment Unio Valenciana), au moment où se mettaient en place de façon décisive le système démocratique en Espagne et la configuration des régimes autonomiques. Le modèle dit pancatalaniste forgé par l'intellectuel valencien Joan Fuster, prônant le resserrement des liens culturels et politiques entre les régions de langue catalane[26], repris (avec plus ou moins de conviction et d'opportunisme) par une large part du spectre politique de la gauche valencienne, fut stigmatisé et représenté comme une menace à l'intégrité communautaire[27]. Le panorama politique valencien est depuis resté dominé par les deux principaux partis étatiques, le PSOE et le Parti populaire espagnol, dont les gouvernements successifs à la tête de la Communauté ont pendant longtemps entretenu l'ambigüité sur le sujet de la langue valencienne[28], en dépit de l'univocité de la communauté académique et universitaire dans son ensemble[29],[22],[30],[21] et d'une grande partie du monde politique valencianiste.

L'emploi ou l'exclusion du terme « catalan » pour désigner la langue propre de la communauté valencienne est ainsi toujours l'objet d'une forte controverse et, selon une enquête du CIS réalisé en 2004, la grande majorité des Valenciens (64,4%) considèrent que valencien et catalan sont deux langues différentes[31].

Pour leur part, certains universitaires valenciens et catalans, sans remettre en question l'unité de la langue, critiquent la politique de normalisation menée par l'Institut d'Estudis Catalans et les médias de la Generalitat de Catalogne, qu'ils jugent trop centraliste. Selon eux, la prépondérance des variantes orientales (en particulier le catalan dit « central », parlé dans la région de Barcelone, d'où était originaire Fabra), au détriment des autres variantes dont le valencien, contribue au manque d'identification des locuteurs des zones occidentales avec le catalan « officiel » et nuit à la diffusion et à la standardisation de la langue[32],[33]. Le linguiste Abelard Saragossà, connu pour ses positions conciliatrices[34],[35], critique l'appellation même de « catalan central », car elle ne correspond en rien à la réalité géographique du domaine linguistique, et propose de la remplacer par « catalan nord-oriental », actuellement utilisée pour faire référence au roussillonnais, auquel il réserverait le qualificatif de « septentrional »[36]. De même, il critique certains aspects de la normative fabrienne qui posent des problèmes encore irrésolus dans les normes catalanes actuelles et qui mériteraient selon lui d'être profondémment révisés et concertés, comme par exemple des choix opérés en matière de morphologie verbale, domaine qui constitue selon lui le principal écueil des normes de Fabra en termes de compatibilité interdialectale[18].

Cependant, malgré l'absence jusqu'en 1998 d'entité normative officiellement habilitée à définir le valencien d'un point de vue légal et linguistique, les normes orthographiques utilisées « par défaut », aussi bien dans les textes institutionnels (comme par exemple le Statut d'autonomie de la Communauté valencienne lui-même) que dans l'enseignement, ainsi que, très majoritairement, chez les éditeurs, sont restées conformes au standard de 1932. Les normes sécessionnistes ne se sont pas étendues de manière significative au-delà des milieux les ayant élaborées et revendiquées. Parmi les normes alternatives proposées par les sécessionnistes, les Normes del Puig, élaborées par la Real Academia de Cultura Valenciana (entité sous la dépendance de la province de Valence) et publiées en 1981, sont sans doute celles ayant connu la plus grande, bien que relative, diffusion. Le 21 septembre 1998, une sentence du Tribunal suprême espagnol interdit à la municipalité de Benifayó d'en faire usage dans sa communication interne, et établit une jurisprudence confirmant que les questions de normalisation linguistique sont du seul ressort de la Communauté autonome[37],[38]. La même année, sous l'impulsion de son président Eduardo Zaplana (un proche des milieux blavéristes[39]), la Generalitat valencienne fonde la première institution normative officielle du valencien, l'Académie valencienne de la Langue (AVL), dans l'optique de mettre fin au conflit sur la langue. Il faudra toutefois attendre juin 2001 pour que ses membres soient nommés et qu'elle entame la mise en place d'un corpus normatif, conforme aux Normes de Castellón[40]. Depuis 1998, le nombre d'ouvrages publiés dans les Normes del Puig est en recul[41] mais le conflit perdure dans certains milieux, davantage alimenté par des motivations idéologiques et identitaires que philologiques[22].

Pour tenter de mettre fin au conflit, l'AVL dans sa déclaration du 9 février 2005[42] affirme la pertinence de l'emploi du terme « valencien », lorsqu'il s'applique à ladite région, tout en demandant de ne pas l'utiliser dans la seule intention de créer de vaines polémiques ou de se livrer à des manipulations de nature culturelle, sociale ou politique qui contribuent à « diviser les locuteurs, à rendre difficile sa promotion et à empêcher sa pleine normalisation ». La même position a été appuyée par le Tribunal suprême espagnol dans une sentence rendue le 4 avril 2006.

Notes et références

  1. (en)Article Catalan-Valencian-Balear - A language of Spain sur ethnologue.com
  2. Article « Catalan language », Encyclopædia Britannica, version en ligne consultable au 21/02/2011.
  3. Entrée « valenciano » (5e ac.) du Diccionario de la lengua española de la Real Academia Española, 22e édition.
  4. (ca)Acord de l’Acadèmia Valenciana de la Llengua (AVL), adoptat en la reunió plenària del 9 de febrer del 2005, pel qual s’aprova el dictamen sobre els principis i criteris per a la defensa de la denominació i l’entitat del valencià
  5. (es)Declaració sobre la denominació de la llengua catalana, Consell Permanent de l’Institut d’Estudis Catalans, 23 février 2006.
  6. Fuster 2008, p. 34-40
  7. (ca)Ley orgánica 5/1982, De 1 de julio, de Estatuto de Autonomía de la Comunidad Valenciana [DOGV n° 74, de 15 de julio
  8. http://www.cult.gva.es/sies/desplegable/desp_interactiu/llibre.html
  9. http://www.cult.gva.es/sies/indexdatac.htm
  10. Veny 2002, p. 17-19.
  11. Sanchís Guarner, 1985, p. 122.
  12. Veny 2002, p. 118
  13. Veny 2002, p. 117.
  14. Veny 2002, p. 111.
  15. Veny 2002, p. 112.
  16. a, b et c Veny 2002, p. 113.
  17. a et b Veny 2002, p. 114.
  18. a et b Saragossà, pp. 90-95.
  19. De la même manière, le français a substitué le passé-simple, sauf dans le cadre d'un langage châtié, par la forme analogique du passé-composé "auxilaire+participe-passé".
  20. (ca)Vicent Pitarch, Un cas singular de conflicte lingüístic: La situació actual del País Valencià.
  21. a et b (fr)Henri Boyer, Langue et nation : le modèle catalan de nationalisme linguistique, ARSer / Laboratoire DIPRALANG, Université Paul-Valéry Montpellier 3, p. 29.
  22. a, b et c (ca) Vicent Climent-Ferrando, L'origen i l'evolució argumentativa del secessionisme lingüístic valencià. Una anàlisi des de la transició fins a l'actualitat, Mercator, 2005.
  23. Les documents les plus anciens permettant de situer l'apparition d'un catalan littéraire, bien que rares, remontent au IXe siècle.
  24. (ca)Josep Moran, Joan Anton Rabella, Els primers textos en català - Textos anteriors a les Homilies d'Organyà
  25. Quelques universitaires les ont néanmoins défendues depuis la fin des années 1970. Les principaux sont le philologue Leopoldo Peñarroja Torrejón (El mozárabe de Valencia: nuevas cuestiones de fonología mozárabe, Gredos, Madrid, 1990) et l'historien Antonio Ubieto (Origenes del reino de Valencia: cuestiones cronológicas sobre su reconquista, Anubar, Valence, 1976). On peut également citer la philologue et professeur d'anglais Teresa Puerto Ferre qui défend activement la diffusion de ces théories.
  26. (ca) Joan Fuster, Qüestió de noms.
  27. (es)Miquel Alberola, La clave de la 'batalla de Valencia' - Attard propició el 'blaverismo' al cerrar la puerta de UCD a los reformistas del régimen, El País, 19/02/2007.
  28. Maria Josep Cuenca, Valencià i català: breu història d'una instrumentalització, L'Espill n°15, pp. 108-116, (ISSN 0210-587x)
  29. (es)Emilio García Gómez, El "apitxat" de Valencia, el ejército y otras cuestiones delicadas sur etnografo.com
  30. (es)La lengua de los valencianos, document de 1975 signé par 25 membres de l'Académie royale espagnole et l'Académie royale d'histoire défendant l'unité du catalan et du valencien et condamnant les manipulations dont cette question fait l’objet.
  31. CIS. Estudio Sociológico de la Comunidad Valenciana (III)
  32. (ca)El català, llengua nacional o idioma municipal?, document des professeurs du département de Philologie catalane de l'université de Lérida.
  33. Voir par exemple Saragossà, 2002, p. 148 et p. 154.
  34. (es)Abelard Saragossà: «El model lingüístic de Fuster només té com a destinatari el gremi dels lletraferits», Levante-EMV.
  35. (es)Filología catalana en Lo Rat Penat - El profesor de la Universitat de València Abelard Saragossà imparte una conferencia en la institución cultural sobre Josep Nebot, una figura "olvidada" que acerca a secesionistas y catalanistas, Levante-EMV.
  36. Saragossà, 2002, p. 93.
  37. (es)Jurisprudencia: Tribunal Supremo Sala III de lo Contencioso-Administrativo. Sentencia de 16 de noviembre de 1998
  38. (es)Jurisprudencia: Tribunal Supremo Sala III de lo Contencioso-Administrativo. Sentencia de 21 de septiembre de 1998.
  39. (es), El sector contrario a la unidad de la lengua intenta reactivar el conflicto del valenciano - La RACV y Lo Rat Penat abandonan la cautela con la AVL y presionan contra el proyecto de ortografía, Levante-EMV, 23/03/2004, p. 28.
  40. Saragossà, 2002, p.169.
  41. (ca)Àngel V. Calpe, La producció editorial en Normes del Puig, XIII Jornades de l'Associació d'Escritors en Llengua Valenciana: 25 anys de les Normes valencianes de la RACV, Valence, 22 - 24 novembre 2004 (ISBN 84-89737-75).
  42. (ca)L'Acadèmia aprova per unanimitat el Dictamen sobre els principis i criteris per a la defensa de la denominació i l'entitat del valencià

Annexes

  • code de langue IETF : ca-valencia

Bibliographie

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  • (ca) Carles Salvador, Gramàtica valenciana, 3i4, Valence, 1978 (nombreuses réimpr.), 7e éd. (1re éd. Lletres valencianes, 1952), 210 p. (ISBN 82-85211-71-5)
  • (ca) Pompeu Fabra, Grammaire catalane, Les Belles Lettres, Paris, 1946 (réimpr. 1984), 2e éd. (1re éd. 1941), 132 p. (ISBN 2-251-37400-0)
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