Uruk

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Uruk
Uruk
Localisation
Pays Drapeau d'Irak Irak
Province Al-Muthanna
Coordonn√©es 31¬į 19‚Ä≤ 28‚Ä≥ Nord
       45¬į 38‚Ä≤ 11‚Ä≥ Est
/ 31.324387, 45.63652
Localisation d'Uruk et des principales cités de Mésopotamie.
Localisation d'Uruk et des principales cités de Mésopotamie.
Iraq location map.svg
Uruk
Uruk

Uruk (ou Ourouk) est une ville de l'ancienne M√©sopotamie, dans le sud de l'Irak. Le site est aujourd'hui aujourd'hui appel√© Warka, terme d√©riv√© de son nom antique qui vient de l'akkadien, lui-m√™me issu du nom sum√©rien ou pr√©-sum√©rien UNUG, et qui a aussi donn√© l'h√©breu Erech dans la Bible[1]. Le site d'Uruk fut occup√© √† partir de la p√©riode d'Obeid et ce jusqu'au IIIe si√®cle. Cette ville joua un r√īle tr√®s important sur les plans religieux et politiques pendant quatre mill√©naires.

Uruk fut notamment la ville du roi mythique Gilgamesh. Elle passe √©galement pour √™tre la plus ancienne agglom√©ration √† avoir atteint le stade urbain dans la seconde moiti√© du IVe mill√©naire, et c'est potentiellement l√† que l'√©criture a √©t√© mise au point au m√™me moment. Le regain d'activit√© que la ville conna√ģt durant la seconde moiti√© du Ier mill√©naire en fait un des derniers lieux o√Ļ se conserve l'antique tradition m√©sopotamienne, avec sa litt√©rature et ses textes religieux et astronomiques r√©dig√©s en √©criture cun√©iforme. Uruk est donc un site capital situ√© aux deux extr√©mit√©s de la longue histoire de la M√©sopotamie, et le produit de ses fouilles est crucial pour comprendre cette civilisation.

Le site est organis√© autour de deux entit√©s, qui correspondent peut-√™tre √† deux villages unifi√©s pour former la cit√© d'Uruk : Kullab √† l'ouest, et Eanna √† l'est, s√©par√©s d'environ 500 m√®tres seulement, localis√©s au centre du tell. Mais la ville s'√©tendait bien au-del√† de ces quartiers, recouvrant √† son apog√©e durant les Dynasties archa√Įques (IIIe mill√©naire) une surface de 400 hectares.

Sommaire

Fouilles

Plan général du site d'Uruk/Warka.

Le site d'Uruk a √©t√© localis√© au milieu du XIXe si√®cle, gr√Ęce √† ses ruines rest√©es imposantes malgr√© le sable les recouvrant, par le g√©ologue anglais William Kenneth Loftus, qui entreprit les premi√®res fouilles en 1849 et en 1853. Walther Andrae y effectue quelques prospections en 1902. √Ä partir de 1912, elles sont r√©alis√©es sous la responsabilit√© de la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG), soci√©t√© scientifique allemande fond√©e en 1898 √† Berlin, √† la suite de l'int√©r√™t manifest√© √† la fin du XIXe si√®cle pour les nouvelles d√©couvertes concernant le ¬ę pays de la Bible ¬Ľ. La premi√®re campagne est dirig√©e par Julius Jordan, jusqu'en 1913, et se concentre surtout sur le secteur de l'Eanna, tout en explorant les restes des murailles qui ceignaient la cit√©.

Jordan revint √† Warka en 1928, toujours pour le compte de la DOG, associ√©e √† la Notgemeinschaft der Deutschen Wissenschaft (NG, ¬ę Association d'urgence de la science allemande ¬Ľ). Il y resta une dizaine d'ann√©es, avant de laisser sa place √† Arnold N√∂ldeke, puis Ernst Heinrich jusqu'en 1941. Les vestiges des √©poques r√©centes furent d√©laiss√©s, pour explorer les niveaux anciens de l'Eanna. Les arch√©ologues effectu√®rent un sondage du sol en 1931, pour bien se rendre compte des diff√©rentes √©poques de la cit√©, et reconstitu√®rent le plan g√©n√©ral de celle-ci. Ils d√©gag√®rent les deux secteurs des temples principaux, l'Eanna et le Bńęt Resh, et y trouv√®rent de nombreuses tablettes d'argile datant de diff√©rentes √©poques depuis les d√©buts de l'√©criture jusqu'√† la fin de la civilisation m√©sopotamienne, les premi√®res √©tant publi√©es par l'√©pigraphiste Adam Falkenstein. Interrompues en 1941, les fouilles d'Uruk furent poursuivies par diff√©rentes √©quipes sous l'√©gide de l'Institut allemand d'arch√©ologie, dirig√©es successivement par Heinrich Jacob Lenzen, J√ľrgen Schmidt et depuis 1980 Rainer Michael Boehmer. De 1982 √† 1984, un sondage fut r√©alis√© sur toute la surface du site. Les recherches sur place stopp√®rent en 1989. Trente-neuf campagnes avaient alors √©t√© men√©es sur le site d'Uruk.

Les r√©sultats des fouilles d'Uruk, dont les tablettes exhum√©es sur le site, ont √©t√© et sont encore publi√©s dans deux s√©ries successives :

  • Ausgrabungen der Deutschen Forschungsgemeinschaft in Uruk (ADFU), 17 vol., 1912-1985 ;
  • Ausgrabungen in Uruk-Warka, Endberichte (AUWE), 24 vol., 1987-2003 (s√©rie toujours en cours de publication)[2].


En avril 2003, une expédition allemande aurait découvert ce qui pourrait être le tombeau de Gilgamesh[3].

La p√©riode d'Uruk : la ¬ę premi√®re ville ¬Ľ

Article connexe : P√©riode d'Uruk.
Sceau-cylindre de la p√©riode d'Uruk, repr√©sentant une ¬ę ronde ¬Ľ de bovins.

Le choix du nom d'Uruk comme site √©ponyme pour d√©signer cette p√©riode est peu contestable compar√© √† d'autres p√©riodes, du fait de l'importance que la cit√© a manifestement √† cette p√©riode, et surtout pour l'historiographie de celle-ci, en raison de l'importance des d√©couvertes architecturales et √©pigraphiques qui ont r√©v√©l√© son caract√®re ¬ę r√©volutionnaire[4] ¬Ľ. La ville couvrait dans les 70 hectares au d√©but du IVe mill√©naire, elle atteint les 100 hectares au d√©but de l'Uruk final, puis 230 hectares √† l'extr√™me fin de la p√©riode. C'est alors, et de loin, la plus grande agglom√©ration de Basse M√©sopotamie. On y a identifi√© les caract√©ristiques majeures de la p√©riode d'Uruk. D'abord le d√©but de l'urbanisation, qui se marque par la taille croissante de l'agglom√©ration, les traits d'une soci√©t√© de plus en plus hi√©rarchis√©e, la pr√©sence d'une architecture monumentale montrant l'existence d'un pouvoir fort, qui atteint le stade de l'√Čtat. Cependant aucun quartier d'habitation n'a √©t√© mis au jour : on ne sait rien du cadre quotidien des habitants celle qui passe parfois pour √™tre la ¬ę premi√®re ville ¬Ľ. L'art de cette p√©riode appara√ģt dans les objets exhum√©s √† Uruk, notamment les sceaux-cylindres, qui sont une innovation de cette p√©riode, et repr√©sentent alors beaucoup de th√®mes religieux, ainsi que la vie quotidienne. C'est enfin sur ce site (avec celui de Suse) que sont repr√©sent√©s le plus clairement les progr√®s dans la comptabilit√© accomplis √† cette p√©riode, et surtout les d√©buts de l'√©criture, une autre des inventions majeure de la p√©riode d'Uruk. Le rayonnement de la cit√© au-del√† des limites de la Basse M√©sopotamie, est l√† encore incertain. Il est manifeste que la culture ¬ę uruk√©enne ¬Ľ exerce un rayonnement fort dans plusieurs r√©gions du Moyen-Orient dans les derniers si√®cles du IVe mill√©naire, mais il est impossible de le faire correspondre avec un √©ventuel ¬ę proto-empire ¬Ľ.

Chronologie

Les divers sondages effectu√©s √† Warka, et l'analyse des c√©ramiques qui en ont √©t√© extraites, r√©v√®lent que le site est occup√© √† partir de la fin de la p√©riode d'Obe√Įd, vers la fin du Ve mill√©naire, sur le bord de l'Euphrate, qui correspond aux niveaux arch√©ologiques d'Uruk XVIII √† XIII. La p√©riode suivante, √† laquelle la ville a donn√© son nom, la P√©riode d'Uruk, couvre les niveaux XII √† IV, plus le III pour la p√©riode dite de Djemdet Nasr qui est proche de celle d'Uruk. La chronologie de ces niveaux, qui couvrent en gros le IVe mill√©naire, est tr√®s approximative et d√©battue. Il est tr√®s complexe de dater les niveaux arch√©ologiques (chronologie absolue), et de les faire correspondre avec ceux des autres sites de la M√©sopotamie et des r√©gions voisines (chronologie relative). D. Surenhagen a distingu√© plusieurs phases[5]. Les premi√®res, celles de l'Obeid final, correspondant √† une phase formatrice de la p√©riode d'Uruk, voient l'introduction de nouveaux types de c√©ramiques (grise et rouge), ce qui refl√®te peut-√™tre l'arriv√©e de nouvelles populations, mais d'autres explications sont possibles. La phase suivante, l'Uruk ancien (niveaux XII √† IX) est celle durant laquelle se constituent les types de c√©ramiques caract√©ristiques de la p√©riode d'Uruk : d'abord les premi√®res poteries r√©alis√©es au tour, non peintes, de couleur grise ou √† engobe rouge, donc une vraie r√©volution, puis les √©cuelles √† bords biseaut√©s (beveled-rim bowls) r√©alis√©es en s√©rie √† la main. Le d√©but de la phase d'Uruk moyen (niveaux VIII √† VI) est marqu√© par une multiplications des formes de c√©ramiques, des d√©cors, qui traduisent manifestement de nouvelles mutations. Le mat√©riel c√©ramique conna√ģt √† nouveau une s√©rie de changements au d√©but de la p√©riode d'Uruk r√©cent (niveaux V √† IV). Ainsi se d√©gageraient plusieurs p√©riodes marqu√©es par des changements, dont l'interpr√©tation sociale, politique et encore plus ethnique est impossible √† faire en l'√©tat actuel de la documentation. Ce sont les traces architecturales qui permettent finalement de mieux conna√ģtre Uruk √† la p√©riode √† laquelle elle a donn√© son nom. L√† encore le constat est frustrant puisque les niveaux fouill√©s sont ceux de l'Uruk final et de Djemdet Nasr (niveaux V, IV et III), et ne concernent que les √©difices monumentaux dont l'interpr√©tation est difficile.

Les monuments de la période d'Uruk final

D√®s le niveau V (3500 av. J.‚ÄĎC.) et certainement bien avant, il est certain que l‚Äôagglom√©ration d'Uruk n'est plus un village mais est devenue une cit√©. On ne peut d√©crire l'organisation de la ville car les fouilles pratiqu√©es dans le secteur de l‚ÄôEanna et dans celui du temple Blanc ne donnent aucune indication sur la structure, ni sur les composantes de l'agglom√©ration. L'interpr√©tation des b√Ętiments mis au jour est d√©battue, m√™me s'il est manifeste qu'ils refl√®tent la pr√©sence d'un pouvoir de plus en plus fort qui souhaite √† y imprimer la marque de sa puissance. Il est capable de mobiliser bien plus de travailleurs que ceux mobilis√©s pour les constructions des p√©riodes pr√©c√©dentes, ce qui illustre le niveau de richesse qu'il a atteint. Ces constructions sont √©galement l'occasion de diverses innovations architecturales et artistiques, les diff√©rents chantiers d'Uruk ayant √©t√© une opportunit√© pour les artistes de l'√©poque de mettre en Ňďuvre leur imagination cr√©atrice.

Les constructions du niveau IVa de l'Eanna.
Les constructions du niveau IVb de l'Eanna.

Le premier groupe de constructions est celui de l'Eanna, le quartier de la ville qui voit le plus grand d√©veloppement architectural durant la p√©riode d'Uruk[6]. Les restes d'au moins sept temples superpos√©s ou juxtapos√©s, datant de la deuxi√®me moiti√© de la p√©riode, ont √©t√© retrouv√©s au pied de la ziggourat b√Ętie √† la fin du IIe mill√©naire. Ils sont remarquables par leur taille.

Le plus ancien b√Ętiment date du niveau VI, et ses colonnes sont orn√©es de c√īnes de terres cuite enfonc√©s dans l'enduit d'argile formant une mosa√Įque g√©om√©trique noire, blanche et rouge, comme dans certains √©difices construits plus tard dans l'Eanna. Il est recouvert par le ¬ę Temple calcaire ¬Ľ, datant du niveau V. Il est construit sur un soubassement en blocs de calcaire, extrait dans des carri√®res voisines d'Uruk. Son plan suit la forme tripartite d√©velopp√©e √† la p√©riode d'Obeid, mais de proportions grandioses : 30 m sur plus de 80 m, avec une salle centrale large de 12 m. Une nouvelle √©tape a √©t√© franchie dans la monumentalit√©.

Le Temple calcaire jouxte une grande cour de la p√©riode suivante, le niveau IVA, dont un c√īt√© est form√© d'un portique de huit colonnes en briques crues de 2,32 m de diam√®tre[7]. Les murailles de la cour, les colonnes et leur soubassement sont orn√©es de mosa√Įques, reprenant le proc√©d√© du b√Ętiment du niveau VI. On retrouve √©galement ce type de d√©coration dans un b√Ętiment situ√© √† l'ouest du complexe, de plan tripartite, et prot√©g√© par une petite enceinte int√©rieure. Les arch√©ologues ont baptis√© ces deux lieux respectivement ¬ę Hall aux mosa√Įques ¬Ľ et ¬ę Temple aux mosa√Įques ¬Ľ. Au sud-ouest du Hall aux mosa√Įques, se trouvait le ¬ę B√Ętiment carr√© ¬Ľ, nomm√© ainsi en raison de la forme de sa base, originale pour la p√©riode. Une grande cour occupe son centre. Les murs de cette derni√®re ainsi que ceux de l'ext√©rieur de l'√©difice sont trou√©s de niches, comme d'autres constructions de la m√™me √©poque. D'autres √©difices avaient √©t√© construits au nord-ouest du Hall aux mosa√Įques. Une autre construction, situ√©e √† l'emplacement de l'ancien Temple calcaire, doit son nom de ¬ę Temple rouge ¬Ľ au badigeon qui recouvrait ses murs.

Le niveau IVB voit la construction de grands b√Ętiments, alors que d'autres de la p√©riode pr√©c√©dente continuent √† √™tre en service[8]. La Cour situ√©e √† l'est de l'ancien emplacement du Temple aux mosa√Įques √©tait peut-√™tre un bassin. Au nord-ouest de complexe, le ¬ę Temple C ¬Ľ et le ¬ę Temple D ¬Ľ pr√©sentent un plan tripartite. Le second est le plus vaste b√Ętiment de l'Eanna, avec des dimensions de 80 m√®tres sur 50. Le premier est plus petit (54 x 22 m√®tres). Un ¬ę Grand hall ¬Ľ bord√© par des piliers est construit au nord-ouest.

Au niveau III, correspondant √† la p√©riode de Djemdet-Nasr, dat√©e des derniers si√®cles du IVe mill√©naire et qui marque la transition entre la P√©riode d'Uruk et celle des Dynasties archa√Įques, une grande rupture architecturale se produit[9]. Les constructions sont aras√©es, et on y construit une vaste terrasse de 2 m√®tres de haut, sur laquelle devait se trouver un √©difice dont il ne reste plus rien. Ce niveau arch√©ologique a √©galement livr√© des Ňďuvres d'art remarquables, dont certaines dans un d√©p√īt qui avait probablement une fonction culturelle, nomm√© Sammelfund par les fouilleurs du site.

Les niveaux VI-IV de l'Eanna auraient √©t√© occup√©s, selon les arch√©ologues allemands qui les ont mis au jour, par des temples[9]. En fait cette identification est loin d'√™tre assur√©e, car on ne sait rien de la nature exacte du pouvoir qui dominait Uruk √† cette √©poque. Aucun des √©difices d√©gag√©s ne pr√©sente la moindre installation cultuelle et n'ont √©t√© identifi√©s comme temples que parce que les th√©ories dominantes √† l'√©poque de leur d√©couverte voulaient que le pouvoir ait √©t√© exerc√© par une sorte de pouvoir th√©ocratique (on parlait de ¬ę cit√©-temple ¬Ľ). L'Eanna peut aussi bien √™tre consid√©r√© comme le centre du pouvoir politique. En r√©alit√©, il est probable que toutes les constructions n'aient pas une m√™me fonction, et qu'on doive y trouver des palais, des b√Ętiments administratifs et des temples[10]. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que le pouvoir qui dirige Uruk durant les derniers si√®cles du IVe mill√©naire est d'une importance bien sup√©rieure √† celui qui existait dans les p√©riodes pr√©c√©dentes[11]. Il a les moyens de mobiliser des ressources vari√©es pour cr√©er un vaste complexe monumental planifi√©, en stimulant le savoir-faire et la capacit√© d'innovation des artisans, qui peuvent y faire preuve de grande cr√©ativit√© dans le plan des √©difices ou encore les techniques employ√©es. Cet am√©nagement est sans pr√©c√©dent en M√©sopotamie, et montre bien la puissance d'Uruk √† cette p√©riode.

Le sanctuaire d'Anu à la période d'Uruk III.

√Ä 500 m √† l'ouest d'Eanna se dressait le deuxi√®me groupe monumental, dans le quartier de Kullab[12]. Sur une plate-forme de 13 m√®tres de haut et d'une quarantaine de m√®tres de c√īt√© avait √©t√© b√Ęti un temple de 22,30 m sur 17,50 m sur√©lev√© sur un socle de 30 cm √† 40 cm, le ¬ę Temple blanc ¬Ľ. Il doit son nom au pl√Ętre qui recouvre ses murs, encore conserv√©s sur trois m√®tres de haut et est dat√© de la p√©riode du niveau V d'Uruk. Organis√© autour d'une salle centrale rectangulaire ouvrant sur plusieurs salles situ√©es sur ses deux c√īt√©s les plus longs, il comprend toujours un autel, ce qui est exceptionnel. Les fouilles ont r√©v√©l√© que cet √©difice recouvre toute une s√©rie d'√©difices ant√©rieurs, et dessous, une autre terrasse et deux tr√®s grands sanctuaires de la p√©riode d'Obeid. Le Steingeb√§ude (¬ę B√Ętiment de pierre ¬Ľ), datant apparemment du d√©but de la p√©riode d'Uruk, situ√© au sud-ouest de la ziggurat, est celui dont les ruines sont encore les plus apparentes.

Un art novateur, reflet des évolutions socio-politiques

Les changements politiques et sociaux de la p√©riode d'Uruk r√©cent ont √©t√© accompagn√©s par des changements dans les arts visuels refl√©tant les √©volutions de l'id√©ologie, notamment dans les domaines politique et religieux[13]. La construction de plusieurs b√Ętiments de l'Eanna est l'occasion de la mise au point de d√©cors de mosa√Įques r√©alis√©s avec des c√īnes d'argile peints. La glyptique conna√ģt un fort d√©veloppement avec la mise au point des sceaux-cylindres, permettant de d√©rouler des images plus complexes que les sceaux-cachets des p√©riodes pr√©c√©dentes, notamment des frises se d√©roulant √† l'infini. L'art prend une tournure r√©aliste, dans la repr√©sentations des humains dans les activit√©s quotidiennes, ou de rondes d'animaux. Les animaux sont √©galement repr√©sent√©es par plusieurs statuettes. Les figures dominantes des diff√©rentes formes de gravure et de sculpture provenant d'Uruk sont de forme humaine. D'abord la grande d√©esse, sans doute Inanna, consid√©r√©e aux p√©riodes suivantes comme la ma√ģtresse de la ville, dont l'Eanna est justement le sanctuaire. La p√©riode d'Uruk porte les premi√®res traces d'un anthropomorphisme des divinit√©s m√©sopotamiennes. Le second personnage majeur est le ¬ę roi-pr√™tre ¬Ľ, un personnage barbu portant un bandeau, manifestement une figure royale, s'illustrant dans des sc√®nes de combat ou de d√©votion √† la grande d√©esse. Des Ňďuvres majeures montrant ces personnages ont √©t√© mises au jour dans le Sammelfund du niveau III, comme le grand vase en alb√Ętre mesurant 1,20 m√®tre de hauteur, sculpt√© sur trois registres, repr√©sentant notamment un sc√®ne d'offrande √† la grande d√©esse[14]. Un autre d√©couverte de ce niveau, la t√™te de la ¬ę Dame de Warka ¬Ľ, une sculpture grandeur nature d'un visage f√©minin tr√®s mutil√© dont il ne reste que le masque de marbre, pourrait repr√©senter cette d√©esse[15]. Le ¬ę roi-pr√™tre ¬Ľ est quant √† lui le personnage principal de la st√®le de la chasse, qui le montre en train de chasser des lions, attitude caract√©ristique des rois m√©sopotamiens qui culmine chez les Assyriens plus de deux mille ans apr√®s[14]. Plusieurs statues en ronde-bosse repr√©sentent √©galement cette figure.

Art de la période d'Uruk

Les débuts de l'écriture

Tablette administrative (détail) de la fin de la période d'Uruk.

C'est √† Uruk qu'apparaissent les plus anciennes tablettes √©crites en M√©sopotamie[16]. Cela concorde bien avec certains r√©cits l√©gendaires sum√©riens qui font de cette ville le lieu d'invention de l'√©criture. C'est au niveau IV (p√©riode d'Uruk finale) qu'ont √©t√© exhum√©es les plus anciennes tablettes, avant tout dans le secteur de l'Eanna, confirmant la vocation de celui-ci comme centre du pouvoir dans la ville. Pr√®s de 2 000 tablettes remontent √† cette p√©riode. Elles avaient √©t√© r√©utilis√©es dans des constructions peu de temps apr√®s leur r√©alisation, ce qui fait qu'elles ont √©t√© retrouv√©es hors de leur contexte de r√©daction. Il s'agit de textes de comptabilit√© avant tout, donc servant √† l'administration d'une institution, dont la nature exacte reste inconnue. Le niveau III (P√©riode de Djemdet Nasr) a lui livr√© plus de 3 000 tablettes, elles aussi avant tout comptables. Mais on trouve d√®s les premiers temps de l'√©criture des listes lexicales. Le corpus de textes mis au jour dans les niveaux IV et III s'√©l√®ve √† plus de 5 000 tablettes, ce qui constitue de loin le plus important lot de la p√©riode des d√©buts de l'√©criture[17].

Les tablettes se complexifient entre les p√©riodes IV et III : elles sont plus grandes et comprennent plus de signes plus on avance dans le temps, les dessins se simplifient, et elles sont plus pr√©cises, contiennent plus d'informations. C'est √©galement √† la p√©riode de Djemdet Nasr que l'on commence √† utiliser des calames √† l'extr√©mit√© taill√©e en triangle pour inciser les tablettes, ce qui aboutit finalement √† la graphie cun√©iforme. Robert Englund distingue trois types de tablettes pour le niveau IV : des √©tiquettes d'argile indiquant sans doute la personne recevant ou donnant un produit ; des petites tablettes avec des nombres associ√©s √† des pictogrammes repr√©sentant des objets ou personnes ; de plus grandes tablettes, divis√©es en plusieurs sections, comportant les deux m√™mes √©l√©ments que le type pr√©c√©dent, mais plus nombreux, constituant sans doute des r√©capitulatifs (parfois le total num√©rique des objets est not√© au revers de la tablette). Ce dernier type est celui qui est le plus courant au niveau III.

Les causes du d√©but de l'√©criture sont sujettes √† de nombreux d√©bats[18]. Elle est pr√©c√©d√©e par l'apparition aux p√©riodes ant√©rieures de proc√©d√©s que l'on identifie parfois comme de la ¬ę pr√©-√©criture ¬Ľ : des sceaux servant √† contr√īler des biens entrepos√©s ou transitant entre plusieurs endroits, dont les sceaux-cylindres qui apparaissent √† la p√©riode d'Uruk ; des jetons (calculi) servant sans doute √† indiquer quels √©taient les produits contr√īl√©s ; et des bulles d'argile contenant ces m√™mes jetons. Plus tard, √† la p√©riode pr√©c√©dent directement l'invention de l'√©criture (Uruk V), la bulle est aplatie, et devient une tablette, comportant des signes rudimentaires (des chiffres) et/ou des empreintes de sceaux. Mais les liens entre les jetons et les signes qu'ils comportent, et les premiers signes √©crits sont loin d'√™tre probants, et faire du second le d√©riv√© des premiers est sans doute trop h√Ętif.

Il est en tout cas √©vident que l'√©criture participe des innovations qui accompagnent √† la p√©riode d'Uruk la constitution de plus grandes entit√©s politiques, qui deviennent de v√©ritables √Čtats. Les tablettes retrouv√©es sont probablement issues des archives d'une grande institution (temple ou palais) qui dispose d'un grand poids dans l'√©conomie et la soci√©t√© d'Uruk au cours des derniers si√®cles du IVe mill√©naire. Les p√©riodes suivantes voient le d√©veloppement de l'√©criture se poursuivre, mais le site d'Uruk n'a offert aucun t√©moignage de cela.

P√©riode des dynasties archa√Įques

Les rois légendaires

Masse d'armes dédiée au roi d'Uruk Gilgamesh divinisé, Girsu, période d'Ur III.

La Liste royale sum√©rienne[19], montrant les souverains archa√Įques rapport√©s par la tradition sud-m√©sopotamienne, attribue √† Uruk une ¬ę premi√®re dynastie ¬Ľ qui aurait exerc√© la domination sur les royaumes voisins, vers une p√©riode que les historiens contemporains situent au Dynastique archa√Įque II (DA II, 2800-2600)[20]. Elle enl√®ve la supr√©matie au royaume de Kish sous les rois Dumuzi le p√™cheur (diff√©rent de Dumuzi le berger, dieu sum√©rien √©poux d'Inanna), qui aurait captur√© le roi Enmebaragesi de Kish, et sous son successeur Gilgamesh. Ces deux souverains sont en fait pr√©c√©d√©s par trois autres : le premier, Meskiangasher, est pr√©sent√© comme √©tant le fils du dieu-soleil Utu, et ayant r√©gn√© √† Eanna ; son successeur Enmerkar est quant √† lui pr√©sent√© comme roi d'Uruk, qu'il aurait construite ; son fils Lugalbanda r√®gne ensuite. Ce m√™me texte fait de Gilgamesh le roi de Kullab, et non d'Uruk.

Trois de ces souverains sont connus par des cycles de r√©cits √©piques qui les mettent en sc√®ne. Enmerkar et Lugalbanda sont souvent pr√©sent√©s comme luttant contre la cit√© d'Aratta, un royaume situ√© vers l'Iran actuel, auquel ils disputent les faveurs d'Inanna, qui finit par devenir la d√©esse d'Uruk[21]. C'est au cours d'un de ces conflits que le premier aurait invent√© l'√©criture. Gilgamesh est quant √† lui le h√©ros de nombreux r√©cits sum√©riens[22], avant la r√©daction de sa fameuse √©pop√©e au d√©but du IIe mill√©naire[23]. Divers r√©cits racontent sa lutte contre le roi Agga de Kish, qui est d'apr√®s la Liste royale le dernier souverain de la dynastie de Kish vaincue par Uruk : le passage de t√©moin entre les deux h√©g√©monies se ferait donc sous ces deux rois.

Mais la tradition sum√©rienne connue par d'autres textes est diverse voire parfois contradictoire, et on ne peut en tirer de certitude quant √† la r√©alit√© historique des faits qu'elle rapporte, d'autant plus que les r√©cits mis par √©crit ont souvent une vis√©e politique (la Liste royale servant √† l√©gitimer la dynastie r√©gnant √† Isin au d√©but du XIXe si√®cle). On peut au mieux en tirer quelques traits g√©n√©raux : l'importance du royaume d'Uruk durant les premiers si√®cles des Dynasties archa√Įques, avec apparemment des rois qui ont marqu√© l'histoire du pays de Sumer ; l'importance de la d√©esse Inanna dans la cit√© et dans son rayonnement ; divers conflits qui ont marqu√© l'histoire de la ville.

Les premiers rois ¬ę historiques ¬Ľ d'Uruk

Clou de fondation commémorant le traité de paix conclu entre Enmetena de Lagash et Lugal-kinishe-dudu d’Uruk.

C'est √† partir du DA III (2600-2340) que l'on dispose de sources plus fiables sur l'histoire du pays de Sumer, provenant avant tout de Girsu (Tello), dans le royaume de Lagash. Quelques documents font allusion √† des souverains d'Uruk. Si l'on se r√©f√®re √† la Liste royale sum√©rienne, une nouvelle dynastie d'Uruk exerce la domination √† Sumer, quand son roi Enshakushana bat Hadanish de Hamazi (un royaume situ√© dans le Zagros). Ce roi est connu par des inscriptions de la p√©riode, dont une qui le pr√©sente dans une inscription comme le fils d'un roi d'Ur, Elili : les liens entre Uruk et la cit√© voisine semblent forts √† cette p√©riode. D'autres documents indiquent qu'Enshakushana a r√©ussi √† atteindre √† un moment de son r√®gne une grande puissance, puisqu'il est le premier souverain connu √† se proclamer ¬ę EN (titre souverain) de Sumer (KI.EN.GI) ¬Ľ, et ¬ę roi du pays ¬Ľ (LUGAL.KALAM.MA)[24]. Il pr√©tend avoir vaincu Enbi-Ishtar de Kish, non pr√©sent dans la Liste royale. Il s'agit d'un des pr√©curseurs des premi√®res constructions proto-imp√©riales de M√©sopotamie. Lugal-kinishe-dudu, qui est sans doute son successeur, est connu par un clou d'argile comm√©morant un trait√© de paix qu'il conclut avec son homologue Enmetena de Lagash. Son fils Lugal-kisalsi monte ensuite sur le tr√īne d'Uruk. Les inscriptions de ces deux rois indiquent qu'ils domineraient plusieurs grandes villes importantes de Sumer[25]. Finalement, leur √Čtat tombe sous la coupe de Lugal-zagesi, originaire d'Umma vers 2350. Ce dernier se constitue un royaume dominant toute la Basse M√©sopotamie, dont il √©tablit la capitale √† Uruk : la Liste royale comme plusieurs de ses inscriptions le pr√©sentent comme un roi d'Uruk. Cela montre l'importance de cette ville en tant que capitale politique dans le sud de Sumer. Mais cette p√©riode est √©ph√©m√®re, puisque Lugal-zagesi est battu par Sargon d'Akkad, qui s'empare de ses possessions.

La cit√© au dynastique archa√Įque

Uruk atteint sa taille maximale au Dynastique archa√Įque, quand elle recouvre une surface de 400 hectares environ. C'est de cette p√©riode que date la construction de sa vaste muraille de 9 kilom√®tres de long, que la tradition attribue √† Gilgamesh. Les sondages r√©alis√©s dans la surface enceinte indiquent que c'est √† cette p√©riode que l'occupation du site est la plus dense, m√™me si toute la surface n'est pas b√Ętie. La ville est toujours organis√©e autour de ces deux centres, Eanna et Kullab. Le premier est l'un des sanctuaires les plus importants du pays de Sumer[26], sans doute m√™me le plus important, de par le rayonnement de ses deux divinit√©s tut√©laires, Anu et sa fille Inanna. Son centre bascule plus au nord des anciennes constructions des niveaux IVa et IVb, √† la p√©riode de Djemdet Nasr (niveau III et peut-√™tre II) et au d√©but des Dynasties archa√Įques. Un temple sur terrasse y est b√Ęti pour dominer ce nouvel ensemble. Il est agrandi √† la fin du DA III. La terrasse a une base de 23,50 x 18,30 m√®tres, et est orn√©e par des demi-colonnes sur un c√īt√©.

Premiers empires et derniers rois d'Uruk

Uruk sous les empires d'Akkad et d'Ur

Inscription d'Ur-Nammu commémorant la reconstruction de l'Eanna.

Sous l'empire d'Akkad (2340-2154), Uruk reste l'une des principales cit√©s du pays de Sumer, d'autant plus que sa d√©esse tut√©laire Inanna/Ishtar est la patronne de la dynastie r√©gnante (m√™me si les souverains semblent plut√īt privil√©gier Ishtar d'Akkad). Mais la cit√© reste insoumise, comme ses voisines, et participe aux grandes r√©voltes qui secouent les r√®gnes de Sargon et surtout Naram-S√ģn. C'est un certain Amar-girid, proclam√© roi d'Uruk, qui dirige la r√©volte des villes sum√©riennes contre ce dernier, et qui est difficilement r√©prim√©e[27]. La domination akkadienne s'ach√®ve quelques ann√©es apr√®s apr√®s, selon la tradition sous les coups de tribus Gutis. Une nouvelle dynastie r√®gne depuis Uruk. C'est un roi de cette cit√©, Utu-hegal, qui aurait d√©barrass√© vers la fin du XXIIe si√®cle la Basse M√©sopotamie de ces m√™mes Gutis en d√©faisant leur roi Tirigan. Ce succ√®s qui a √©t√© comm√©mor√© dans un texte litt√©raire sum√©rien lui a valu de voir son souvenir pr√©serv√© par la tradition m√©sopotamienne post√©rieure[28],[29].

Mais son r√®gne s'ach√®ve peu apr√®s, quand il est vaincu par Ur-Nammu, qui est sans doute son propre fr√®re, mais choisit de r√©gner depuis Ur, dont il fonde la Troisi√®me dynastie (abr√©g√©e en Ur III). Son successeur Shulgi fait de cet √Čtat un v√©ritable empire. C'est √† ces deux rois que l'on doit des restaurations effectu√©es √† Uruk, ainsi que la construction de la ziggurat de l'Eanna, l'√Č.GIPAR.INIM, au-dessus de l'ancien temple sur terrasse de la p√©riode protodynastique[30]. Elle a une base presque carr√©e de 55 x 51,5 m√®tres de c√īt√©, et ses ruines s'√©l√®vent encore sur 14 m√®tres. Comme les autres ziggurats de cette p√©riode, on parvient √† son sommet par un triple escalier (deux escaliers accol√©s √† la fa√ßade et un escalier perpendiculaire rejoignant le centre de l'√©difice). La ziggurat est accol√©e sur trois c√īt√©s √† des murailles abritant des pi√®ces servant sans doute aux besoins du culte, avec probablement le sanctuaire abritant la statue de la d√©esse principale, et bord√©e par plusieurs cours mur√©es. Des parties de colliers en agate inscrits aux noms de Kubatum l'√©pouse du roi Shu-S√ģn et de sa concubine Tiamat-Bashti ont √©t√© exhum√©s. Le sanctuaire est compl√©t√© par un temple d√©di√© au dieu Ningishzida. Shu-S√ģn semble s'√™tre fait enterrer dans un mausol√©e situ√© dans les alentours d'Uruk, qui sert √©galement √† son culte fun√©raire[31]. Cela indique que les rois d'Ur III ont peut-√™tre continu√© √† se faire ensevelir pr√®s de la cit√© dont leur dynastie est originaire.

Plusieurs textes de cette p√©riode font r√©f√©rence √† un rituel important qui se d√©roule √† Uruk, le ¬ę mariage sacr√© ¬Ľ (ou hi√©rogamie), qui a pour origine les r√©cits sur les amours de la d√©esse Inanna avec le dieu Dumuzi, pr√©sents dans plusieurs textes qui ont peut-√™tre √©t√© r√©dig√©s par le clerg√© de l'Eanna[32]. Mais √† la p√©riode d'Ur III le roi prend la place symbolique du dieu et devient ainsi l'√©poux de la d√©esse. Un hymne pr√©sente le rituel avec la roi Shulgi comme acteur principal : il se rend √† Uruk en bateau, avant de se rendre dans l'Eanna o√Ļ a lieu le rituel, v√™tu d'habits d'apparat. Le d√©roulement exact du rituel d'union nous √©chappe. Des hymnes d'amours dans lesquels Inanna c√©l√®bre Shulgi et son deuxi√®me successeur Shu-S√ģn sont √©galement issus de cette tradition, qui se diffuse dans d'autres villes m√©sopotamiennes durant les si√®cles suivants.

Les derniers rois d'Uruk durant la période amorrite

La dynastie d'Ur III s'effondre en 2004 sous les coups des √Člamites. Uruk subit peut-√™tre des destructions √† ce moment-l√†. Un texte appartenant √† la s√©rie des ¬ę Lamentations ¬Ľ sur les malheurs villes de Sumer, r√©dig√© quelques d√©cennies apr√®s les faits, lui est en tout cas d√©di√© (Lamentation sur la destruction d'Uruk[33]). Mais il n'est pas s√Ľr que cela se soit produit ainsi, √©tant donn√© que ce type de textes r√©pond plus √† un topos litt√©raire qu'√† une volont√© de rapporter un √©v√©nement r√©el. Ce sont les Amorrites qui tirent parti de la situation suivant la chute d'Ur, puisque plusieurs dynasties issues de cette ethnie s'installent √† la t√™te de royaumes en basse M√©sopotamie. Le premier royaume √† dominer la r√©gion est celui d'Isin, dans lequel Uruk est inclus, avant de passer sous la coupe de Larsa apr√®s les victoires de son roi Gungunnum (1932-1906). Uruk conna√ģt un bref √©pisode d'ind√©pendance autour de 1900, avec les rois Alila-had√Ľm et SŇęmŇę-El, avant de repasser sous la coupe de Larsa en 1891.

En 1860, la cit√© redevient ind√©pendante gr√Ęce √† S√ģn-kashid, qui fonde une nouvelle dynastie, plus durable[34]. Mal document√©e depuis Uruk, cette p√©riode reste surtout connue par les sources ext√©rieures √† la cit√©. S√ģn-kashid construit un grand palais royal √† l'ouest du quartier de Kullab, donc en p√©riph√©rie de la ville, ce qui est inhabituel. Il n'en reste que les fondations permettant d'en distinguer le plan[35]. Il est organis√© en deux grandes parties : √† l'est, une grande cour ouvrait sur la salle du tr√īne au nord. A l'ouest se trouvaient plusieurs pi√®ces, comprenant un espace central dont le toit √©tait support√© par six piliers en briques cuites dispos√©s en deux rang√©es parall√®les. Ces espaces devaient correspondre √† des zones de stockages et des bureaux administratifs, les pi√®ces r√©sidentielles priv√©es du roi et √† de maisonn√©e devaient se trouver √† l'√©tage. S√ģn-kashid a aussi entreprit la construction de plusieurs temples, un √©tant d√©di√© √† Lugalbanda, l'ancien roi de la cit√© divinis√©, accompagn√© du b√Ętiment (le Giparu) servant √† loger la grande pr√™tresse de l'institution, qui est la propre fille du roi, Nish-inishu. L'Eanna est une nouvelle fois restaur√© √† cette p√©riode. Quelques lots d'archives datant de cette p√©riode ont √©t√© exhum√©s : des tablettes administratives du palais de S√ģn-kashid[36], et des textes divers datant r√®gnes suivants[37]. L'occupation du site s'est r√©tract√©e par rapport √† la p√©riode pr√©c√©dente, autour des temples et du palais, alors que les jardins et palmeraies ont pris une place importante dans le paysage urbain.

Uruk est alors un royaume peu puissant et peu √©tendu, menac√© en permanence par Larsa, qui en fait peut-√™tre son vassal √† certains moments[34]. Les rois de Babylone, puissance montante du sud m√©sopotamien √† partir du XIXe si√®cle, sont les alli√©s de ceux d'Uruk, depuis le mariage de S√ģn-kashid avec la fille du roi babylonien Sumu-la-El. Les deux cit√©s coalis√©s partent en guerre contre Larsa en 1809, mais sont vaincues par son roi R√ģm-S√ģn. En 1802, ce dernier finit par annexer Uruk en battant son dernier roi, Nabi-ilishu. C'est probablement √† ce moment que le palais de S√ģn-kashid est d√©truit. R√ģm-S√ģn perd la ville quelque temps en 1787, quand Hammurabi de Babylone s'en empare, avant de devoir se retirer. Quand celui-ci prend Larsa en 1763, Uruk passe sous sa domination.

L'abandon d'Uruk

Sous le r√®gne du successeur de Hammurabi, Samsu-iluna, les cit√©s de l'extr√™me-sud m√©sopotamien se r√©voltent contre Babylone. Uruk en fait partie, et un d√©nomm√© R√ģm-Anum y prend le pouvoir quelque temps. Il est connu par quelques tablettes dat√©es de son r√®gne. Mais Samsu-iluna reprend les choses en main entre 1740 et 1739, et Uruk repasse sous son contr√īle comme les autres cit√©s rebelles. Le roi babylonien proclame avoir abattu les murailles d'Uruk.

Apr√®s cet √©pisode dramatique, la cit√© d'Uruk est d√©sert√©e, comme plusieurs de ses voisines (Eridu, Ur, Girsu). Une partie de ses habitants se r√©fugie √† Kish, o√Ļ des tablettes datant des r√®gnes des derniers souverains de la Ire dynastie de Babylone attestent de la pr√©sence de membres du clerg√© d'Ishtar et Nanaia, d√©esses originaires d'Uruk, qui ont migr√© pour sauver le culte de leurs divinit√©s[38]. D'autres Uruk√©ens sont attest√©s dans des archives administratives de la r√©gion de Kish comme travailleurs agricoles. Ce ph√©nom√®ne est sans doute li√© aux √©v√©nements politiques du r√®gne de Samsu-iluna, mais √©galement au contexte √©conomique de l'ancien pays de Sumer, qui semble conna√ģtre une crise qui empire au cours du XVIIIe si√®cle.

La réoccupation du site à la période kassite

Reliefs en briques cuites moulées du temple de Kara-indash, milieu du XVe siècle, Pergamon Museum.

Apr√®s plusieurs si√®cles durant lesquels l'occupation du site d'Uruk est r√©siduelle, la cit√© se repeuple progressivement dans le courant de la seconde moiti√© du IIe mill√©naire, √† partir de la p√©riode de domination de la dynastie kassite de Babylone, qui prend le contr√īle de l'extr√™me-sud m√©sopotamien vers le d√©but du XVe si√®cle. L'occupation de la ville reste cependant tr√®s faible au regard des p√©riodes pr√©c√©dentes. Le culte de l'Eanna reprend, sans doute sous l'impulsion des rois kassites : Kurigalzu Ier (d√©but du XIVe si√®cle) a restaur√© le sanctuaire, et lui a sans doute fait une donation de terres pour soutenir son fonctionnement[39].

L'√©difice le mieux connu de cette p√©riode est le petit temple situ√© dans la zone de l'Eanna b√Ęti sous le r√®gne de Kara-indash, qui est novateur sur plusieurs de ses aspects[40]. D√©j√† par sa forme : c'est un √©difice de taille r√©duite (14 x 18 m√®tres de base au sol), avec des tours aux anges de sa fa√ßade ext√©rieure. Il est divis√© en trois parties : deux pi√®ces qui se suivent au centre, sans doute la cella et le vestibule qui y m√®ne ; et deux couloirs lat√©raux, ouvrant √©galement sur la cella. L'autre aspect remarquable de ce temple sont les reliefs qui ornaient sa fa√ßade. Ils √©taient r√©alis√©s en briques cuites moul√©es, et repr√©sentaient des dieux barbus alternant avec des d√©esses aux vases jaillissant.

La p√©riode n√©o-babylonienne : la richesse de l'Eanna

Apr√®s que la Basse M√©sopotamie a travers√© des temps difficiles au d√©but du Ier mill√©naire, suite √† l'arriv√©e des populations aram√©ennes et chald√©ennes, la situation s'am√©liore vers la fin du IXe si√®cle. Uruk et la campagne environnante connaissent alors une forte expansion d√©mographique[41]. Sur le plan politique, la p√©riode ¬ę n√©o-babylonienne ¬Ľ est marqu√©e dans un premier temps par une instabilit√© et un √©clatement du pouvoir politique, les rois se succ√©dant sur le tr√īne de Babylone au gr√© d'√©v√©nements souvent chaotiques, sans continuit√© dynastique, alors qu'√©mergent des puissances politiques locales, comme celles de la tribu chald√©enne du Bit Dakkuri qui est install√©e au nord-ouest d'Uruk en direction Borsippa, et le Bit Ammukani qui se situe plus pr√®s vers l'est, ou encore le Bit Yakin au sud, et qui disposent chacun de leurs territoires, avec plusieurs √©tablissements fortifi√©s et de nombreux hameaux agricoles, t√©moignant de leur prosp√©rit√©. L'autre √©l√©ment-cl√© de l'√©volution politique de la p√©riode est l'intervention croissante des Assyriens dans les affaires de la Babylonie, qui culmine au moment o√Ļ ils √©tablissent leur contr√īle direct sur la r√©gion au cours de la seconde moiti√© du VIIIe si√®cle. Uruk et sa r√©gion sont marqu√©s par ces changements, puisqu'elles passent en partie ou en totalit√© sous contr√īle des conf√©d√©rations chald√©ennes, des rois babyloniens et des rois assyriens en alternance, et que ceux-ci y restaurent parfois des √©difices. Malgr√© son faible r√īle politique, Uruk dispose toujours d'un grand prestige religieux, notamment gr√Ęce au sanctuaire d'Ishtar, d√©esse extr√™mement populaire √† cette p√©riode. Par la suite, le roi de Babylone Nabopolassar, apparemment originaire du sud de la Babylonie, repousse puis d√©fait les Assyriens avec l'aide des M√®des, et restaure une paix durable en M√©sopotamie. Son fils Nabuchodonosor II et ses successeurs (dont Nabonide) entreprennent de grands travaux, notamment de restauration des canaux d'irrigation, des murailles et des temples, ce dont b√©n√©ficient Uruk et son arri√®re-pays agricole. C'est de cette p√©riode, pr√©c√©dant la conqu√™te de la Babylonie par Cyrus II de Perse en 539, que datent les nombreuses tablettes administratives et √©conomiques n√©o-babyloniennes retrouv√©es √† Uruk, illustrant la puissance et le prestige de son grand sanctuaire, l'Eanna[42].

Un vaste complexe cultuel

Les VIIIe-Ve si√®cles d'Uruk sont surtout connus par les documents provenant du sanctuaire de l'Eanna, qui occupe alors une place majeure dans la vie de la cit√©. Le sanctuaire lui-m√™me est restaur√© plusieurs fois durant ces ann√©es[43]. Sargon II reb√Ętit les murs prot√©geant la zone sacr√©e. Merodach-baladan II fait construire plusieurs petits temples. D'autres rois assyriens et babyloniens restaurent le complexe par la suite, jusqu'√† Cyrus II le perse au d√©but de la domination ach√©m√©nide. L'Eanna forme alors un vaste complexe cultuel de 330 x 350 m√®tres, comme il s'en trouve dans les principales villes de Babylonie √† cette p√©riode. Il est organis√© autour de la ziggurat, et d'un ensemble de cours desservant plusieurs sanctuaires, d√©limit√©es par des murs √©pais qui abritent des pi√®ces et parfois m√™me des temples. Les textes de la p√©riode nomment plusieurs b√Ętiments et cours du complexe cultuel, sans qu'il soit toujours possible de les faire correspondre avec ceux qui ont √©t√© mis au jour lors des fouilles. Dans la cour entourant la ziggurat (nomm√©e Egiparminbi), sans doute le ¬ę parvis sup√©rieur ¬Ľ (kisallu Ň°aplu) des textes, se trouvent plusieurs temples et chapelles. D'abord le temple sup√©rieur (gigun√Ľ) surmontant la tour √† √©tages et qui a disparu enti√®rement, puis deux nouveaux petits temples construits sous Merodach-baladan II situ√©s devant celle-ci, d√©di√©s aux divinit√©s principales de l'Eanna, Ishtar (Enirgalanna) et Nanaya (Ehilianna). Un troisi√®me a √©t√© fouill√© dans le mur d'enceinte situ√© au nord-est de celle-ci. Ils ont un plan ¬ę babylonien ¬Ľ classique caract√©ris√© par la succession align√©e cour-vestibule-cella. Dans le c√īt√© oppos√© de la grande cour (au nord) se trouve un b√Ętiment o√Ļ ont √©t√© retrouv√©es les archives du temple. Cette zone comprenait des b√Ętiments connus par les textes cultuel qui n'ont pas pu √™tre localis√©s de fa√ßon assur√©e, comme le bńęt hilŠĻ£i et le bńęt ter√™t, ce dernier servant peut-√™tre pour des oracles. La deuxi√®me grande cour, sans doute le ¬ę parvis inf√©rieur ¬Ľ (kisallu el√Ľ), situ√©e √† l'est de la premi√®re, abrite le temple de Kara-indash qui est toujours en usage. Il est bord√© par un temple d√©di√© √† Ningishzida, inclus dans l'enceinte, qui n'a √©t√© d√©gag√© que de fa√ßon incompl√®te, mais semble avoir √©t√© de plan classique. Au sud, les deux cours sont bord√©es par d'autres cours plus petites d√©limit√©es par une enceinte ext√©rieure. Le complexe sacr√© est entour√© de zones r√©sidentielles denses, o√Ļ vivent notamment ses desservants.

La vie religieuse d'Uruk

La vie religieuse d'Uruk est traditionnellement domin√©e par ses deux divinit√©s majeures, Anu et Ishtar. C'est le temple de cette derni√®re qui est alors pr√©pond√©rant, et donc le culte de cette d√©esse qui semble le plus important, en tout cas c'est celui qui se voit le plus dans les textes connus, qui proviennent de l'Eanna[44]. Ishtar d'Uruk y appara√ģt alors sous l'√©pith√®te de ¬ę Dame d'Uruk ¬Ľ, alors que la seconde divinit√© principale du sanctuaire, Nanaya, est dite ¬ę Reine d'Uruk ¬Ľ, suivant une bipartition entre deux d√©esses tut√©laires qui se retrouve √† Babylone et √† Nippur √† la m√™me p√©riode. Une troisi√®me d√©esse, Bńďltu-Ň°a-RńďŇ°, compl√®te cette triade de d√©esses tut√©laires de l'Eanna qui sont peut-√™tre toutes consid√©r√©es comme des hypostases d'Ishtar. D'autres temples du secteur de l'Eanna h√©bergent d'autres divinit√©s, formant une sorte de cour aupr√®s des d√©esses majeures, et d'autres sanctuaires se trouvent dans le reste de la ville, consacr√©s notamment √† Nergal, Ninurta, Marduk qui occupe une position plus importante √† l'√©poque de l'empire babylonien en tant que divinit√© patronne de cet √Čtat.

Les offrandes re√ßues par les deux grandes d√©esses de l'Eanna sont particuli√®rement riches et vari√©es : des denr√©es alimentaires, des v√™tements et bijoux pour orner leurs statues, des meubles et autres objets, etc.[45]. Les offrandes alimentaires quotidiennes d'Ishtar sont particuli√®rement impressionnantes, puisqu'il a √©t√© √©valu√© qu'elles n√©cessitaient par exemple 360 litres d'orge et 66 de froment, soit de quoi subvenir aux besoins quotidiens de 100 personnes suivant les rations alimentaires de l'√©poque. Elle recevait √©galement des animaux, notamment des moutons et des bŇďufs, et des boissons. Ces offrandes alimentaires √©taient en fait redistribu√©es au personnel cultuel et au roi qui avait la meilleure part, en tant que premier pourvoyeur du culte. Toutes ces offrandes n√©cessitaient la participation d'artisans, de brasseurs, de cuisiniers, et d'un personnel sp√©cialis√© dans l'ex√©cution des rituels quotidiens, le tout constituant une vaste population gravitant autour du temple[46]. Les charges de culte pouvaient mobiliser leurs d√©tenteurs en permanence, ou bien √™tre divis√©es en portions de services ne requ√©rant leur participation que quelques jours voire une partie de la journ√©e, suivant le principe des pr√©bendes. Chacune de ces charges impliquait des revenus ou l'attribution de terres, la participation au culte √©tant alors un moyen d'enrichissement et de prestige pour les √©lites locales.

L'administration et les activités économiques du temple

Un lot d'archives cons√©quent a √©t√© exhum√© lors des fouilles clandestines dans l'Eanna, nous informant sur les activit√©s √©conomiques du temple aux VIIe-VIe si√®cles. Le temple est alors le principal acteur √©conomique de la r√©gion d'Uruk. Sagestion est assur√©e par un intendant en chef (Ň°atammu), et un d√©l√©gu√© en chef (qńępu), assist√©s par le ¬ę scribe de l'Eanna ¬Ľ (ŠĻ≠upŇ°ar Eanna), qui dirige les scribes du temple, et qui est une sp√©cificit√© locale[47]. Ce dernier est √©cart√© sous le r√®gne de Nabonide au profit d'un agent royal qui surveille les activit√©s du temple : le contr√īle du pouvoir sur le sanctuaire se renforce donc (le roi nomme √©galement un agent charg√© de g√©rer sa propre caisse servant au financement de l'Eanna). Ces administrateurs ont avant tout la gestion des affaires √©conomiques du sanctuaire. Ils s'occupent √©galement d'autres temples dont la gestion leur a √©t√© conc√©d√©e. Le personnel religieux charg√© du culte (ńďrib bńęti) est quant √† lui supervis√© par un Grand pr√™tre. Ces personnages ont tous une grande importance dans la vie de la cit√© d'Uruk. Ils se succ√®dent souvent √† un m√™me poste au sein de dynasties familiales, comme celles des descendants de Dabibi (souvent scribes de l'Eanna) et S√ģn-leqe-uninni (dont une branche se sp√©cialise dans la gestion du b√©tail du temple)[48].

Il poss√®de environ 17 000 hectares de terres cultivables[49]. Celles-ci s'√©tendent gr√Ęce √† des donations, avant tout celles faites par les souverains. Ses palmeraies sont particuli√®rement bien connues : le temple en poss√®de jusque dans la ville m√™me, et elles lui rapportent environ 18 000 hectolitres par an. Elles sont octroy√©es en fermage √† des ¬ę jardiniers ¬Ľ (nukurribu), contre un salaire. Les champs c√©r√©aliers sont quant √† eux exploit√©s par des ¬ę laboureurs ¬Ľ (ikkribu) sous contrat de fermage avec le temple, ou de fa√ßon directe par le biais de d√©pendants du temple, des ¬ę oblats ¬Ľ (Ň°irku), une cat√©gorie sociale semi-libre (qui peut √™tre rapproch√©e d'une forme de servage), organis√©s en √©quipes de labour dirig√©es par des chefs. La gestion des terres du temple est en partie supervis√©e par le personnage charg√© de la supervision de l'irrigation (gugallu), qui coordonne √©galement les travaux agricoles avec ses assistants. Les agents du temple estimaient les rendements attendus √† partir desquels ils d√©terminaient la redevance √† verser par les cultivateurs. Certaines terres peuvent √©galement √™tre octroy√©es √† des personnes ind√©pendantes du temple contre redevance. Un dernier syst√®me d'attribution des terres est connu √† partir du r√®gne de Nabonide, la ¬ę ferme g√©n√©rale ¬Ľ, cas dans lequel un domaine de taille importante est conc√©d√© contre redevance √† des notables (parfois m√™me issus du personnel cultuel) qui doivent le faire exploiter par leurs propres moyens humains et mat√©riels. L'Eanna dispose √©galement de nombreux troupeaux, avant tous les ovins (pr√®s de 100 000 selon les estimations). Ils sont envoy√©s en saison chaude vers les zones de p√Ętures situ√©es sur le Haut Tigre, dans la r√©gion de Takrit, sous la direction de pasteurs et la surveillance d'archers r√©tribu√©s par le temple. Les √©leveurs avaient conclu un contrat avec le temple qui impliquait qu'ils remettent une quantit√© d√©termin√©e d'animaux et de laine, principal but de l'√©levage des moutons. Les jeunes agneaux servaient souvent pour les sacrifices. Les bŇďufs, quoi que sacrifi√©s √©galement, sont avant tout √©lev√©s pour √™tre des animaux de trait. L'Eanna disposait d'une grande quantit√© de volaille, servant pour les offrandes, confi√©s l√† aussi √† des √©leveurs sous contrat.

La campagne uruk√©ennes est alors une zone irrigu√©e riche, parcourue par plusieurs canaux servant √©galement pour le transport fluvial quand le niveau de l'eau est suffisamment haut. Le principal √©tait le ¬ę Canal du Roi ¬Ľ, qui est un ancien bras naturel de l'Euphrate devenu un cours d'eau artificiel apr√®s le d√©placement du cours du fleuve, joignant la ville par le nord-ouest ; le second grand canal est le Takkiru, qui semble venir du sud-ouest ou de l'ouest[50]. Plusieurs canaux secondaires sont d√©riv√©s des ces cours principaux pour arroser Uruk et la campagne environnante. Le Canal du Roi parvient dans la ville jusqu'au ¬ę quai de l'Eanna ¬Ľ, √† proximit√© du complexe cultuel. L'espace urbain est alors loin d'√™tre recouvert par l'urbanisation, puisque des champs et des marais se trouvent √† l'int√©rieur des murailles.

Le temple d'Ishtar est √©galement actif dans d'autres domaines. Il commandite des op√©rations commerciales √† longue distance, confi√©es √† des marchands, qui sont ind√©pendants du temple et s'organisent dans des sortes de firmes commerciales, auxquels il confie des achats √† effectuer en leur confiant de l'argent pour ceux-ci, et aussi une autre somme sous forme d'un pr√™t commercial √† int√©r√™t pour que les marchands puissent profiter du voyage pour r√©aliser des affaires pour leur propre compte[51]. Le trajet le mieux connu est celui qui relie Uruk aux cit√©s marchandes du Levant. A une √©chelle locale, les marchands se chargent d'√©couler les surplus agricoles du temple. L'Eanna embauche √©galement des artisans pour la confection d'objets du culte et d'autres servant pour le fonctionnement courant du temple[52]. Il confie la mati√®re premi√®re √† l'artisan pour qu'il effectue la t√Ęche, et lors de la livraison les gestionnaires du temple inspectent le produit fini et v√©rifient que les mati√®res premi√®res aient bien √©t√© utilis√©es. Enfin, d'autres tablettes montrent que le temple poss√®de plusieurs r√©sidences urbaines qu'il loue √† des artisans ou certains de ses d√©pendants, le pr√©l√®vement des loyers √©tant confi√© √† des entrepreneurs ind√©pendants[53].

La prépondérance du temple d'Anu à la période hellénistique

Sous la domination ach√©m√©nide (539-330), l'Eanna perd sa pr√©pond√©rance dans la cit√© d'Uruk au profit du sanctuaire d'Anu, le Bit Resh, situ√© √† l'ouest, dans le quartier de Kullab. Celui-ci tend √† concentrer la gestion de l'essentiel du culte des sanctuaires de la ville d'Uruk, dont l'Eanna. Son apog√©e est √©vident dans les archives de la p√©riode hell√©nistique (IIIe-IIe si√®cles) qui nous sont parvenues de la cit√©. Les p√©riodes de domination s√©leucide et parthe voient le sud de la Basse M√©sopotamie conna√ģtre une croissance d√©mographique et √©conomique importante[54]. Uruk (appel√©e Orcho√Į en grec), la plus grande cit√© de la r√©gion et sans doute son centre administratif, en profite beaucoup. Elle dispose apparemment d'un statut particulier sous les S√©leucides, ces rois nommant directement son gouverneur.

Un nouveau contexte religieux

Plan simplifié de localisation des principaux sanctuaires d'Uruk aux périodes séleucide et parthe.

La fin de l'empire babylonien et le d√©but de l'empire perse voient le contexte religieux d'Uruk se modifier profond√©ment : les archives de l'Eanna cessent vers le fin du r√®gne de Darius Ier et le d√©but de celui de Xerx√®s Ier, peut-√™tre en lien avec la r√©pression d'une r√©volte dans la r√©gion par ce dernier, √©v√©nement sur la r√©alit√© duquel les sp√©cialistes d√©battent[55]. Quoi qu'il en soit, la figure majeure du panth√©on d'Uruk √† la p√©riode suivante, celle des S√©leucides, est Anu, associ√© √† sa par√®dre Antu, alors qu'Ishtar et Nanaya restent importantes mais subordonn√©es √† cette nouvelle paire majeure. Anu prend alors √† Uruk les traits d'une divinit√© supr√™me, chef des dieux, similaires √† ceux de Marduk durant l'empire babylonien. Il se pourrait que le retrait de l'influence babylonienne sur la ville apr√®s la chute de l'empire ait entra√ģn√© une r√©action √† Uruk o√Ļ l'affirmation d'une vieille divinit√© locale servirait √† marquer l'autonomie nouvelle face √† l'ancienne puissance dominante, accompagnant le d√©veloppement √©conomique de la ville[56]. L'Eanna cest restaur√© et continue de fonctionner, mais il perd de l'importance et son culte est dirig√© par le nouveau temple d'Anu et d'Antum, le Bit Resh (Bńęt RńďŇ°), situ√© √† l'ancien emplacement de Kullab, o√Ļ le culte principal d'Ishtar et Nanaya est transport√©. Le temple d'Anu centralise √©galement le culte du grand temple de la ville voisine de Larsa, l'Ebabbar d√©di√© au dieu soleil Shamash.

Cette √©volution s'accompagne d'un vaste programme de construction vers le milieu du IIIe si√®cle, qui est aussi la derni√®re r√©alisation d'un sanctuaire de tradition m√©sopotamienne qui soit connu. Il est partag√© entre Anu et sa par√®dre Antu et les d√©esses Ishtar et Nanaya, qui occupent chacun les deux grands ensemble du complexe. Le Bit Resh √† proprement parler, d√©di√© aux deux premiers, occupe un espace de 213 x 167 m√®tres, comprenant en tout plus de 22 chapelles[57]. Il est organis√© autour d'au moins neuf cours. Le sanctuaire des deux divinit√©s principales est un b√Ętiment de 74,60 x 52,75 m√®tres. Une large ziggurat (environ 110 m√®tres de c√īt√©) dont il ne reste aujourd'hui que peu de traces dominait le tout. Au sud, une autre grande construction est √©rig√©e √† la m√™me p√©riode, l'Irigal, prot√©g√© par une enceinte int√©rieure de 205 x 198 m√®tres, o√Ļ √©taient notamment v√©n√©r√©es Ishtar et Nanaya. Il est restaur√© en 201 par le gouverneur de la cit√©, Anu-uballit, qui porte aussi le nom grec Kephal√īn. √Ä l'ext√©rieur de la ville, au nord-est, un temple d√©di√© √† une f√™te religieuse, le Bit akitu (Bńęt akńętu, ¬ę maison/temple de l'akńętu ¬Ľ), a √©t√© construit vers la m√™me p√©riode. Il est de plan carr√©, de 140 m√®tres de c√īt√©, et est organis√© autour d'une grande cour de 90 m√®tres de c√īt√©, ouvrant sur une vaste pi√®ce de 31,5 m√®tres de long servant pour la f√™te akńętu. Un texte montre ainsi une procession partant du Bit Resh et rejoignant Bit akitu lors d'une telle c√©r√©monie.

Le culte d'Uruk √† la p√©riode s√©leucide est en effet bien connu gr√Ęce aux textes cultuels de cette √©poque qui ont √©t√© mis au jour dans le temple et dans des biblioth√®ques priv√©es[58]. Les rituels li√©s au culte d'Anu et d'Antu suivent l'antique tradition m√©sopotamienne, m√™me si de nouveaux rituels se constituent aux c√īt√©s d'autres plus anciens, bien qu'il soit difficile de savoir si tous les rituels recopi√©s √©taient effectivement pratiqu√©s. √Ä c√īt√© des rituels d'offrandes quotidiennes, plusieurs f√™tes rythmaient l'ann√©e liturgique[59]. Ainsi, une f√™te nocturne appel√©e bayńĀtu et d√©di√© au couple divin, dont la fonction est peut-√™tre d'assurer la p√©rennit√© de la lumi√®re dans un feu sacr√©, en lien avec les astres auxquels les deux divinit√©s sont assimil√©s. Apr√®s des libations et des sacrifices effectu√©s dans une cour du temple, des pr√™tres montent sur le sommet de la ziggurat et attendent l'apparition des √©toiles divines pour entonner des chants liturgiques, puis effectuer d'autres sacrifices avant d'allumer une torche transportant un feu sacr√©, √† laquelle on a effectu√© un ¬ę lavage de bouche ¬Ľ, rituel consistant √† insuffler de la vie dans des objets sacr√©s. Le feu sacr√© est ensuite transport√© dans d'autres endroits du temple, puis √©teint, et le rituel se poursuit dans le reste de la ville o√Ļ des torches sont allum√©s en diff√©rents endroit jusqu'√† l'aube. Toute la communaut√© se retrouve donc autour du culte des divinit√©s principales √† cette occasion.

Les élites d'Uruk

Uruk est donc aux IIIe-IIe si√®cles une ville disposant d'une relative autonomie, autour de ses institutions h√©rit√©es des p√©riodes plus anciennes et adapt√©es au nouveau contexte de l'empire s√©leucide, qui leur laisse manifestement plus de libert√©s que l'empire babylonien, voire celui des Ach√©m√©nides (encore que cette derni√®re p√©riode soit mal connue). La ville est dirig√©e par un groupe de plusieurs familles constituant les √©lites locales, impliqu√©es dans l'administration du la cit√© et/ou du temple d'Anu (les deux se confondant), et bien connues gr√Ęce aux sources √©crites cun√©iformes de cette p√©riode, qui souvent √©taient d√©j√† pr√©sentes durant la p√©riode de l'empire n√©o-babylonien[60]. Elles sont toutes li√©es au temple, que ce soit par la d√©tention de charges administratives ou cultuelles, qui donnent droit √† des revenus, notamment ceux associ√©s √† des pr√©bendes qui sont cumulables et peuvent fournir l'occasion de disposer de plusieurs terres. Ces activit√©s sont combinables √† des affaires men√©es en dehors du cadre du temple, notamment la possession et la location de terrains ou de maisons. Ces familles sont nomm√©es en fonction d'un anc√™tre fondateur qui est parfois un personnage l√©gendaire. La famille de S√ģn-leqe-uninni, d√©j√† li√©e √† l'Eanna √† la p√©riode pr√©c√©dente, qui fournit une dynastie de lamentateurs (kal√Ľ) au temple d'Anu, se rattache ainsi √† la personne qui aurait r√©dig√© la version finale de l'√Čpop√©e de Gilgamesh √† la fin du IIe mill√©naire[61]. Une famille riche est celle des descendants de Hunzu, qui dispose d'un patrimoine diversifi√©, et de charges importantes. Toutes ces familles sont li√©es par des relations matrimoniales, ou professionnelles.

Le plus puissant groupe familial est celui des descendants de Ah'√Ľtu, dont Anu-uballit qui porte aussi le nom de Kephal√īn, ou son fr√®re Anu-belshunu, contemporains d'Antiochos III, qui ont un riche patrimoine et sont impliqu√©s dans l'administration de la cit√©. Cette famille les plus hautes charges administratives, √† savoir celle de gouverneur (Ň°aknu, correspondant au grec epistates) au nom du roi s√©leucide qui le nomme en personne, et celle de dirigeant des affaires du temple et de la ville, charge tant√īt nomm√©e ¬ę chef des officiers de la ville ¬Ľ (rab Ň°a rńďŇ° ńĀli) ou ¬ę pr√©pos√© aux affaires du temple ¬Ľ (paqdu ou Ň°a bńęt ilńĀni). Un autre personnage local important ayant v√©cu plus t√īt porte aussi le nom akkadien Anu-uballiŠĻ≠ et le nom grec Nikarchos, qu'il a re√ßu par d√©cret du roi Antiochos II[62]. Ces personnages issus de l'√©lite locale servent donc de relais avec le pouvoir central, et l'usage de deux noms illustre cette double identit√©. Le pouvoir royal √©tait aussi repr√©sent√© sur place par un ¬ę chreophylax d'Orcho√Į ¬Ľ connu par des empreintes de sceaux, charg√© notamment du pr√©l√®vement des taxes[63]. Les textes mentionnent qu'il existait un ¬ę palais royal ¬Ľ (bńęt Ň°arri) dans la ville, mais il n'a pas √©t√© retrouv√© sur place.

En revanche, une manifestation d'un pouvoir local se rep√®re en p√©riph√©rie d'Uruk, dans des tombes retrouv√©es sous deux tumuli mis au jour √† Frehat en-Nufegi, auparavant dat√©s de la p√©riode parthe mais qui ont depuis √©t√© remont√©s √† la p√©riode s√©leucide[64]. Leur riche mat√©riel fun√©raire (notamment une couronne en or) illustre la puissance des personnes qui y reposent, qui ont atteint un niveau de richesse et de prestige important, mais dont l'identit√© est inconnue. En l'√©tat actuel des connaissances, les meilleurs candidats restent des hauts administrateurs issus d'une grande famille locale et proches du pouvoir royal, √† savoir les deux Anu-uballit dont le r√īle a pu √™tre celui de quasi-princes locaux, comme l'illustre l'implication de l'un d'entre eux dans la restauration d'un sanctuaire et leur volont√© de se rapprocher du mod√®le grec par l'adoption d'un nom dans cette langue.

Un des derniers foyers de la culture mésopotamienne antique

Tablette de la liste lexicale ¬ę canonique ¬Ľ HA.RA = hubullu, Uruk, fin du Ier mill√©naire av. J.-C., Mus√©e du Louvre.

Si Uruk est connu pour √™tre l'endroit o√Ļ les plus vieilles formes de l'√©criture m√©sopotamienne sont attest√©es, c'est aussi l'un des derniers endroits o√Ļ la pratique de celle-ci est connu, pour √™tre plus pr√©cis l'avant-dernier, les tablettes cun√©iformes les plus r√©centes ayant √©t√© mises au jour √† Babylone[65]. Plusieurs lots de tablettes de la p√©riode s√©leucide, qui ont √©t√© qualifi√©s en raison de leur contenu rituel, technique et litt√©raire comme des biblioth√®ques, ont √©t√© mis au jour √† Uruk. Ils ont √©t√© trouv√©s en deux endroits diff√©rents. Le premier groupe provient du Bit Resh, o√Ļ une partie des tablettes ont √©t√© trouv√©es lors de fouilles clandestines, avant que les fouilles r√©guli√®res ne rep√®rent une salle servant de biblioth√®que dans la partie sud-est du temple[66]. Il s'agissait de tablettes de pr√™tres-lamentateurs (kal√Ľ), qui occupent une place majeure dans les rituels. Les pr√™tres dont les activit√©s sont document√©es ici sont les membres de l'honorable famille des descendants de S√ģn-leqe-uninni, en premier lieu un d√©nomm√© Anu-belshunu, qui occupent cette charge depuis longtemps. Les tablettes du Bit Reshsont de nature vari√©e : des textes math√©matiques, astronomiques, mais aussi des rituels, ainsi que des textes priv√©s conserv√©s par les pr√™tres dans le temple, etc. L'autre groupe de texte provient de plusieurs niveaux d'une m√™me r√©sidence, occup√©e par des exorcistes (aŇ°ipu), en dernier lieu la famille des descendants d'Ekur-zakir, dont le membre le mieux connu est Iqishaya[67]. Il s'agit l√† de tablettes essentiellement destin√©e √† l'activit√© exorcistique, dont la famille d√©tient l√† aussi la charge au Bit Resh sur plusieurs g√©n√©rations.

Les tablettes scolaires, rituelles et litt√©raires d'Uruk sont donc essentielles pour conna√ģtre les derniers traits de la culture m√©sopotamienne, et la fa√ßon dont elle √©tait transmise au sein des familles de notables qui officiaient pour l'un des derniers grands sanctuaires de la r√©gion en activit√©[65]. L'int√©r√™t de ces textes pour l'histoire religieuse a d√©j√† √©t√© √©voqu√©, et √† cela s'ajoute le fait que nombre d'entre eux donnent des renseignements sur les math√©matiques et surtout l'astronomie/astrologie, discipline-reine des derniers lettr√©s m√©sopotamiens[68]. Les tablettes sont souvent des textes scolaires, qui montrent que l'enseignement du cun√©iforme et de sa culture s'effectuaient √† l'√©poque hell√©nistique comme durant les grands si√®cles de la culture m√©sopotamienne, en deux phases : d'abord l'apprentissage des bases de l'√©criture par l'apprenti (Ň°umallu) autour de quelques textes essentiels, notamment des listes lexicales ; puis un stade d'apprentissage sp√©cialis√© o√Ļ l'√©tudiant se forme dans une des trois sp√©cialit√©s cultuelles qui dominent alors, devin, exorciste ou lamentateur[69]. Le corpus de textes classiques ou canoniques de la tradition m√©sopotamienne se retrouve ainsi √† Uruk, √† savoir des listes lexicales et textes rituels ou techniques standardis√©s depuis les si√®cles pr√©c√©dents. Les savants d'Uruk pratiquent parfois une sorte de savoir √©sot√©rique, en complexifiant parfois l'√©criture, en pratiquant parfois un langage cod√©. Certains textes anciens, comme l'√Čpop√©e de Gilgamesh, sont parfois remani√©s et r√©interpr√©t√©s dans un sens diff√©rent √† celui des p√©riodes pr√©c√©dentes. La culture d'Uruk porte en fin de compte peu de traces d'hell√©nisation, malgr√© la r√©daction de quelques textes dits ¬ę gr√©co-babyloniens ¬Ľ, des listes lexicales ou textes savants comportant une partie en cun√©iforme, et sa transcription (et non sa traduction) en caract√®res alphab√©tiques grecs, sans doute pour faciliter sa compr√©hension dans un monde o√Ļ les utilisateurs du cun√©iforme se rar√©fient face au triomphe des alphabets aram√©en et grec[70].

Les dernières périodes

Sous la domination parthe (qui est définitive après 125 av. J.-C. et s'achève en 224 de notre ère), Uruk reste un grand centre provincial. Elle est peut-être incorporée dans le royaume de Characène, vassal des Parthes. La documentation cunéiforme s'arrête autour de 100 av. J.-C., un contrat daté de 108 av. J.-C. montrant que le temple d'Anu fonctionne encore. Pour le siècle suivant, l'histoire de la ville est inconnue.

La construction la plus importante r√©alis√©e √† la p√©riode parthe est plus tardive. Il s'agit d'un temple entour√© d'une enceinte sacr√©e mesurant 60 x 63 m√®tres, construit aux alentours de 100 de notre √®re, et qui refl√®te un m√©lange de traditions m√©sopotamiennes et gr√©co-romaines[71]. D'apr√®s l'inscription en grec qui y a √©t√© retrouv√©e, il est d√©di√© √† une divinit√© inconnue par ailleurs, nomm√©e Gareus, ce qui montre que le culte ancien a disparu. Il a √©t√© construit par un peuple nomm√© Dollamenoi, peut-√™tre li√© √† un peuple du m√™me nom que Strabon situe en Haute M√©sopotamie, ce qui expliquerait alors ses ressemblances avec un temple contemporain retrouv√© √† Hatra. Le petit temple qui se trouve au centre de l'enceinte mesure 13,7 x 10,5 m√®tres, et ses murs sont encore bien conserv√©s. L'int√©rieur, refl√©tant une √©volution des traditions babyloniennes, est divis√© en deux parties par deux courts murs lat√©raux, un petit vestibule et une cella de plan carr√©e, cette derni√®re comprenant une niche dans l'axe de l'entr√©e. Des objets ant√©rieurs √† la p√©riode parthe, dont des sceaux-cylindres du Dynastique archa√Įque, ont √©t√© entrepos√©s dans le sanctuaire. Le d√©cor ext√©rieur du temple, d'inspiration gr√©co-romaine, est constitu√© de plusieurs moiti√© ou trois-quart de colonnes s√©par√©es par des arcades aveugles. Devant l'√©difice, six bases de colonnes align√©es subsistent, rappelant les dispositifs des temples pseudopt√©ript√©raux gr√©co-romains. Des chapiteaux de type ionique qui devaient appartenir aux colonnes surmontant ces bases ont √©t√© retrouv√©s √† proximit√©.

Un autre √©difice cultuel de la p√©riode parthe a √©t√© mis au jour, tant√īt interpr√©t√© comme un mithraeum, ou comme une √©glise d'une des premi√®res communaut√©s chr√©tiennes ou gnostiques. Une tombe richement dot√©e d'√©poque parthe a √©galement √©t√© retrouv√©e. Il s'agit peut-√™tre de celle d'un potentat local. La ville d'Uruk conna√ģt en tout cas un d√©clin marqu√© durant la p√©riode tardive de la domination parthe, et finit par √™tre abandonn√©e sous les premiers rois Sassanides (apr√®s 224 de notre √®re).

Notes

  1. ‚ÜĎ Ge 10. 10
  2. ‚ÜĎ (de) Liste des publications de la s√©rie, site de l'Institut allemand d'arch√©ologie
  3. ‚ÜĎ (en) http://news.bbc.co.uk/1/hi/sci/tech/2982891.stm
  4. ‚ÜĎ (it) M. Liverani, Uruk, la prima citt√†, Rome et Bari, 1998. Sur la p√©riode d'Uruk : (en) G. Algaze, The Uruk World System: The Dynamics of Early Mesopotamian Civilization, Chicago, 1993 ; (en) M. S. Rothman (dir.), Uruk Mesopotamia and its Neighbours: Cross-cultural Interactions in the Era of State Formation, Santa Fe, 2001 ; P. Butterlin, Les temps proto-urbains de M√©sopotamie : Contacts et acculturation √† l'√©poque d'Uruk au Moyen-Orient , Paris, 2003
  5. ‚ÜĎ (de) D. Surenhagen, ¬ę Archaische Keramik aus Uruk-Warka. I : Die Keramik der Schichten XVI-VI aus den Sondagen "Tiefschnitt" und "S√§gegraben" in Eanna ¬Ľ, dans Baghdader Mitteilungen 17, 1986, p. 7-95. Sur les probl√®mes de chronologie, voir les discussions dans P. Butterlin, Les temps proto-urbains de M√©sopotamie : Contacts et acculturation √† l'√©poque d'Uruk au Moyen-Orient , Paris, 2003, p. 37-41 et 295-297
  6. ‚ÜĎ R√©sum√© des constructions des niveaux d'Uruk durant l'Uruk r√©cent dans Benoit 2003, p. 190-195. La meilleure pr√©sentation avec des propositions de r√©vision de chronologie est d√©sormais dans (de) R. Eichmann, Uruk, Architektur I, Von den Anf√§ngen bis zur fr√ľhdynastischen Zeit, AUWE 14, Mainz, 2007
  7. ‚ÜĎ Benoit 2003, p. 193
  8. ‚ÜĎ Benoit 2003, p. 193-194
  9. ‚ÜĎ a et b Benoit 2003, p. 195
  10. ‚ÜĎ J.-D. Forest, M√©sopotamie, L'apparition de l'√Čtat, VIIe-IIIe mill√©naires, Paris, 1996, p. 133-137
  11. ‚ÜĎ Benoit 2003, p. 132
  12. ‚ÜĎ Benoit 2003, p. 191-193
  13. ‚ÜĎ Benoit 2003, p. 62
  14. ‚ÜĎ a et b Benoit 2003, p. 208-211
  15. ‚ÜĎ Benoit 2003, p. 212-213
  16. ‚ÜĎ (en) R. K. Englund, ¬ę Texts From the Late Uruk Period ¬Ľ, dans J. Bauer, R. K. Englund et M. Krebernik, Mesopotamien, Sp√§turuk-Zeit und Fr√ľhdynastische Zeit, Fribourg et G√∂ttingen, 1998, p. 15-233
  17. ‚ÜĎ Editions dans la s√©rie Archaische Texte aus Uruk (ATU), inaugur√©e en 1936 par Adam Falkenstein, dans la s√©rie ADFU, Leipzig puis Berlin, 5 vol. parus. Les tablettes archa√Įques exhum√©es √† Uruk sont en ligne sur le site de la CDLI List of Found Texts
  18. ‚ÜĎ (en) H. J. Nissen, P. Damerow et R. K. Englund, Archaic Bookkeeping, Chicago, 1993 ; J.-J. Glassner, √Čcrire √† Sumer : l'invention du cun√©iforme, Paris, 2001
  19. ‚ÜĎ (en) Traduction sur le site de l'ETCSL
  20. ‚ÜĎ D. Charpin et F. Joann√®s (dir.), ¬ę Uruk (rois) ¬Ľ, dans Joann√®s (dir.) 2001, p. 890-891 ; F. Joann√®s et B. Lafont, ¬ę Sum√©riens archa√Įques (rois) ¬Ľ, dans Joann√®s (dir.) 2001, p. 801-803
  21. ‚ÜĎ (en) Traductions sur le site de l'ETCSL
  22. ‚ÜĎ (en) Traductions sur le site de l'ETCSL
  23. ‚ÜĎ J. Bott√©ro, L'√Čpop√©e de GilgameŇ°, le grand homme qui ne voulait pas mourir, Paris, 1992 ; R.-J. Tournay et Aaron Shaffer, L'√Čpop√©e de Gilgamesh, Paris, 1998
  24. ‚ÜĎ E. Sollberger et J.-R. Kupper, Inscriptions royales sum√©riennes et akkadiennes, Paris, 1971, p. 90-91
  25. ‚ÜĎ Ibid., p. 85 et 70-71
  26. ‚ÜĎ F. Joann√®s, ¬ę Eanna ¬Ľ, dans Joann√®s (dir.) 2001, p. 255
  27. ‚ÜĎ (de) C. Wilcke, ¬ę Amar-girids Revolte gegen Naram-Su'en / Amar-girid's Revolt against Naram-Su'en ¬Ľ, dans Zeitschrift f√ľr Assyriologie und vorderasiatische Arch√§ologie 87/1, 1997, p. 11-32
  28. ‚ÜĎ (en) R√©cit de la Victoire d'Utu-hegal (traduction de l'ETCSL).
  29. ‚ÜĎ E. Sollberger et J.-R. Kupper, Inscriptions royales sum√©riennes et akkadiennes, Paris, 1971, p. 130-133
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Bibliographie

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