Ulrich Zwingli

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Ulrich Zwingli
Ulrich Zwingli
Portrait de Zwingli, peinture à l'huile de Hans Asper, 1531; Kunstmuseum Winterthour.
Portrait de Zwingli, peinture à l'huile de Hans Asper, 1531; Kunstmuseum Winterthour.

Nom de naissance Huldreich Zwingli
Activités Théologien
Pasteur protestant
Réformateur religieux
Homme de lettres
Naissance 1er janvier 1484
Wildhaus (Toggenbourg)
D√©c√®s 11 octobre 1531
Kappel am Albis
Langue d'écriture Allemand
Mouvement Réforme protestante
Genres Exégète
Sermon
Ňíuvres principales

Ulrich Zwingli ‚ÄĒ on trouve aussi Huldreich Zwingli et Huldrych Zwingli, et m√™me Zwingle ou Zvingle ou encore Zuingle Haudry, en francisant ‚ÄĒ (1484-1531) est un r√©formateur religieux suisse. En √©tudiant la Bible, ind√©pendamment de Martin Luther, il arrive √† des conclusions analogues et cela d√®s 1516 ‚ÄĒ c'est-√†-dire un an avant Luther. C'est tout du moins ce qu'il a toujours pr√©tendu.

Tr√®s pr√©sent dans la soci√©t√©, il est un des principaux artisans des diff√©rentes tentatives de convertir, y compris militairement, la Suisse √† la R√©forme. En 1523, il parvient √† faire adopter la r√©forme au canton de Zurich, premier canton √† le faire. Il est, depuis Zurich, √† l'origine des √Čglises r√©form√©es de Suisse al√©manique, tandis que Guillaume Farel et Jean Calvin sont les principaux r√©formateurs en Suisse romande. Il est aujourd'hui encore l'une des principales sources d'inspiration des √Čglises r√©form√©es, et notamment du protestantisme lib√©ral.

Apr√®s un minist√®re fructueux √† Glaris et √† Einsiedeln, o√Ļ il combattit la mariol√Ętrie, Zwingli fut appel√© comme pr√©dicateur √† Zurich. Logicien rigoureux, il alla plus loin que Luther. Tout ce qui n'√©tait pas positivement enseign√© dans l'√Čcriture sainte devait √™tre aboli √† ses yeux. La C√®ne n'√©tait qu'un m√©morial et le Christ n'y √©tait pas pr√©sent. Les images trait√©es d'idoles furent enlev√©es des √©glises. Rien ne restera plus de l'ancienne liturgie.

Sommaire

Sa vie

  • 1502 : S'inscrit √† l'universit√© de B√Ęle o√Ļ il obtient le grade de ma√ģtre en arts.
  • 1506 : Ach√®ve ses √©tudes de th√©ologie et est ordonn√© pr√™tre √† Constance.
  • 1506-16 : Cur√© de Glaris. Ses sermons anti-mercenariat ne plurent pas √† la communaut√© rurale.
  • 1516-18 : Chapelain de l'abbaye d'Einsiedeln (Notre-Dame des Ermites).
  • 1512 : Comme aum√īnier militaire des Suisses √† la solde du pape, il participe aux batailles de Novare (1513) et de Marignan 1515.
  • 1513 : Apprend le grec.
  • 1516 : Rencontre √Črasme et l'imprimeur Froben √† B√Ęle.
  • Fin 1518 : Il est appel√© comme Pr√©dicateur de la coll√©giale de Zurich.
  • 1519 : 1er janvier. Zwingli pr√™che pour la premi√®re fois √† la Grossm√ľnster de Z√ľrich. Marqu√© par l'√©pid√©mie de peste qui d√©cime plus du tiers des habitants de la ville cette ann√©e-l√†[1], il approfondit sa foi et devient peu √† peu un authentique r√©formateur.
  • 1519 : Devient cur√© de Zurich.
  • 1520 : Renonce volontairement √† sa pension papale.
  • 1522 : 16 mai. Par la publication de Vermahnung an die zu Schwyz, dass sie sich vor fremden Herren hutend, Zwingli commence √† se faire connaitre en dehors de Zurich.
  • 1523 : Il passe d√©finitivement √† la R√©forme avec la r√©daction des 67 Th√®ses (les Schlussreden) qu'il r√©dige pour participer √† la premi√®re dispute de Zurich qui se tient le 29 janvier. D√®s lors Zwingli va tout faire pour que Zurich devienne une cit√© r√©form√©e.
  • 1524 : √Čpouse la veuve Anna Reinhart. Ils auront quatre enfants.
  • 1525 : septembre. Zurich abolit la messe. Berne l'interdit en 1528, B√Ęle et Glaris en feront de m√™me en 1529.
  • 1526 : Mars. Le premier culte r√©form√© est c√©l√©br√©. Les moines se d√©pouillent de leurs habits religieux, la lecture du texte sacr√© se substitue au chant et les reliques sont abandonn√©es. Mai : Zwingli est excommuni√© √† la dispute de Baden (canton d'Argovie).
  • 1529 : Colloque de Marbourg. Sous la pr√©sidence du Landgrave Philippe de Hesse Zwingli y rencontre Luther pour faire le point de leurs accords et d√©saccords sur la doctrine eucharistique. 1re bataille de Kappel. La R√©forme, gr√Ęce √† la Ligue √©vang√©lique r√©unissant les cantons de Berne, Saint-Gall, B√Ęle et Zurich, et sous l'action de Zwingli, s'√©tend aux bailliages communs (¬ęalliance combourgeoise¬Ľ) apr√®s la premi√®re paix de Kappel.
  • 1531 : En octobre, les cantons suisses catholiques attaquent les Zurichois et les battent √† la 2e bataille de Kappel. Zwingli - aum√īnier des troupes zurichoises - est tu√© sur ce champ de bataille le 11 octobre 1531 alors qu'il assiste bless√©s et mourants.

Biographie

Jeunesse (1484-1518)

Ulrich Zwingli nait le 1er janvier 1484 √† Wildhaus dans le Toggenbourg (canton de Saint-Gall). Il a neuf fr√®res et sŇďurs. Son p√®re est un simple paysan, amman ou magistrat de sa paroisse qui, connaissant toute l'importance de l'instruction, ne n√©gligea rien pour lui en assurer les avantages. Zwingli en puisa les √©l√©ments √† B√Ęle et √† Berne. Les dominicains, augurant favorablement de ses d√©buts, cherch√®rent √† l'attirer dans leur ordre : mais son p√®re, voulant l'y soustraire, l'envoya se perfectionner √† l'universit√© de Vienne en Autriche au semestre d'hiver 1498. Cependant le jeune Zwingli n'y apprit qu'un peu d'astronomie, de physique et de la philosophie. Zwingli est exclu de l'universit√©. Deux ans plus tard, on le retrouve √† B√Ęle o√Ļ le professeur Thomas Wyttenbach l'encourage √† se consacrer √† des √©tudes de th√©ologie.

De retour dans sa patrie, apr√®s une absence de deux ans, il revint une seconde fois √† B√Ęle, o√Ļ il fut bient√īt nomm√© r√©gent. √Ä peine √Ęg√© de dix-huit ans, il se livra avec toute l'ardeur d'un jeune homme aux devoirs de sa place ; et il acquit une connaissance plus profonde des langues qu'il √©tait oblig√© d'apprendre √† ses √©l√®ves. Il avait une inclination prononc√©e pour Horace, Salluste, Pline le Jeune, S√©n√®que, Aristote, Platon et D√©mosth√®ne, dont la lecture l'occupait nuit et jour, et qui contribu√®rent si puissamment √† agrandir ses id√©es et √† polir son style. Il ne n√©gligea pas n√©anmoins l'√©tude des sciences n√©cessaires √† l'√©tat auquel il se destinait. Il eut pour professeur de th√©ologie Thomas Wyttenbach, dont l'enseignement, sans avoir rien d'extraordinaire, s'√©levait cependant au-dessus des pr√©jug√©s de ses contemporains[2].

D'autres historiens font l'√©loge de la m√©thode qu'il employait dans l'enseignement, et de la confiance qu'il inspirait √† ses disciples. En 1506, il prit le degr√© de ma√ģtre des arts, et fut promu √† la cure de Glaris. Ce b√©n√©fice lui convenait assez, parce qu'il le rapprochait de ses parents, et parce qu'il √©tait honorable d'√™tre √† vingt-deux ans pasteur d'un chef-lieu de canton. L'√©v√™que de Constance lui conf√©ra les ordres sans difficult√©, et souscrivit √† son installation.

Ulrich Zwingli

D√®s ce moment Zwingli crut devoir recommencer ses √©tudes th√©ologiques sur un nouveau plan qu'il s'√©tait form√©. Apr√®s avoir relu les auteurs classiques de l'ancienne Gr√®ce, pour se rendre leur langue famili√®re, et pour en approfondir toutes les beaut√©s, il se livra √† l'√©tude du Nouveau Testament, et √† la recherche des textes qui servent de fondement aux dogmes catholiques. Il suivit la m√©thode qui consiste √† interpr√©ter un passage obscur par un passage analogue plus clair, un mot inusit√© par des mots plus connus, ayant √©gard au lieu, au temps ; √† l'intention de l'√©crivain et √† une foule d'autres circonstances qui modifient et changent souvent la signification des mots : II se mit ensuite √† lire les P√®res de l'√Čglise, pour savoir de quelle mani√®re ils avaient entendu les endroits qui lui semblaient obscurs. Ce n'√©tait pas assez pour lui de conna√ģtre le sentiment des anciens th√©ologiens ; il voulut aussi consulter les modernes, m√™me les √©crivains qui avaient √©t√© frapp√©s d'anath√®me, comme John Wyclif et Jean Huss.

Il para√ģt cependant qu'il se borna d'abord √† g√©mir en secret sur les abus qui d√©shonoraient le clerg√©, et qu'il ne se pressa pas de les attaquer de front : le moment favorable n'√©tait pas encore venu, mais il s'avan√ßait √† grands pas : gardant sur les articles de foi qui lui d√©plaisaient le silence le plus absolu, il ne les approuvait ni ne les condamnait.

En 1512, lorsque 20 000 Suisses march√®rent √† la voix de Jules II, pour secourir l'Italie contre les armes de Louis XII, Zwingli accompagna le contingent de Glaris, en qualit√© d'aum√īnier. Le fameux Matthieu Schiner, cardinal √©v√™que de Sion, l√©gat a latere, le chargea de distribuer √† ses compatriotes les gratifications du pape.

Apr√®s la bataille de Novare, o√Ļ il avait √©t√© pr√©sent, Zwingli retourna dans sa paroisse reprendre ses fonctions pastorales, qu'il quitta de nouveau en 1515 pour marcher avec les Suisses au secours du duc de Milan, attaqu√© par Fran√ßois Ier, et il fut t√©moin de la bataille de Marignan, aussi fatale √† sa patrie que la victoire de Novare lui avait √©t√© glorieuse. Zwingli avait pr√©vu ce d√©sastre, et il s'√©tait efforc√© de le pr√©venir dans un discours qu'il adressa aux Suisses √† Monza, pr√®s de Milan. Zwingli interpr√©ta la d√©faite de Marignan comme une punition divine envers les mercenaires suisses, engag√©s par des princes √©trangers et menant la guerre par app√Ęt du gain[3].
Le manque d'harmonie entre les chefs dit son historien √† l'insubordination des soldats et leur penchant √† suivre tour √† tour des impulsions oppos√©es, lui faisaient craindre pour eux quelque grand revers dont il aurait d√©sir√© de les pr√©server par ses conseils. Il approuva le refus qu'ils avaient fait d'acc√©der au trait√© offert par le roi de France, avant de connaitre la volont√© de leurs gouvernements, Il donna de grands √©loges √† leur courage, les conjurant de ne pas se livrer √† une s√©curit√© doublement dangereuse, au moment o√Ļ ils √©taient en pr√©sence d'un ennemi sup√©rieur en nombre. Il pria les chefs de renoncer √† leurs rivalit√©s ; il exhorta les soldats √† n'√©couter que la vois de leurs officiers, et √† ne pas compromettre par une d√©ci marche imprudente leur propre vie et la gloire de leur pays.</ref>

Le d√©sastre de Marignan fortifia Zwingli dans son aversion pour toute guerre qui n'est point entreprise dans le dessein de d√©fendre la patrie. Peu de temps apr√®s son retour de Milan il fut nomm√© √† la cure d'Einsiedeln, autrement Notre-Dame des Ermites, L'aust√©rit√© de ses principes et la publication de la Fable du bŇďuf et de quelques autres animaux, contre l'usage barbare des Suisses de se mettre √† la solde de l'√©tranger lui avaient fait des ennemis √† Glaris.

Ne pouvant plus y rester sans √©prouver des d√©sagr√©ments, il prit possession d'Einsiedeln en 1516. Cette abbaye √©tait alors sous la direction de Th√©obald, baron de Geroldseck, qui en √©tait administrateur, √† cause de l'extr√™me vieillesse de l'abb√© Conrad de Rechberg quoique ce religieux e√Ľt plut√īt re√ßu l'√©ducation d'un soldat que celle d'un moine, il aimait les sciences et la r√©gularit√©, et il voulait qu'elles fussent en honneur dans son abbaye ; il y appela Zwingli.

Celui-ci accepta volontiers un poste qui le mettait en relation directe avec les hommes les plus √©clair√©s d√© la Suisse. Tout son temps fut employ√© √† l'√©tude ou √† l'accomplissement de ses devoirs. Il d√©buta dans la carri√®re de la r√©formation en conseillant √† l'administrateur d'effacer l'inscription plac√©e au-dessus de la principale porte de l'abbaye : Ici l'on obtient r√©mission pl√©ni√®re de tous les p√®ches[4], et de faire enterrer les reliques, objets de la d√©votion superstitieuse des p√®lerins. Il introduisit ensuite quelques changements dans la discipline d'un couvent de femmes qui √©tait sous sa direction.

Bient√īt il √©crivit √† Hugues de Landenberg, √©v√™que de Constance, pour l'engager √† supprimer dans son dioc√®se une foule de pratiques pu√©riles et ridicules, qui pouvaient entra√ģner des maux sans rem√®de. Il d√©veloppa les m√™mes id√©es dans un entretien avec le cardinal de Sion, et lui fit sentir la n√©cessit√© d'une r√©forme g√©n√©rale. La chose n'√©tait pas difficile[5].

Jusque-l√† Zwingli ne s'√©tait gu√®re communiqu√© qu'√† ses amis ou √† des hommes dont il connaissait la droiture. Le jour o√Ļ il devait commencer la pr√©dication de ce qu'il appelle le pur Evangile ne tarda pas √† luire. Ce fut le jour m√™me o√Ļ l'on c√©l√©brait la f√™te de la cons√©cration de l'√©glise d'Einsiedeln par les anges. Au milieu d'une nombreuse assembl√©e que la solennit√© avait attir√©e, il monta en chaire, et pronon√ßa le discours d'usage tous les sept ans. Apr√®s un exorde plein de chaleur et d'onction, qui avait dispos√© les auditeurs √† une attention soutenue, il passa aux motifs qui les r√©unissaient dans cette √©glise, d√©plora leur aveuglement sur les moyens qu'ils employaient pour plaire √† Dieu[6]

Ce discours produisit un effet √©tonnant : quelques auditeurs furent scandalis√©s d'une pareille doctrine, tandis que le plus grand nombre donna les marques les moins √©quivoques de son assentiment. On dit m√™me que quelques p√®lerins remport√®rent leurs offrandes, ne croyant pas devoir contribuer au luxe qui √©tait √©tal√© dans l'abbaye de Notre-Dame des Ermites. Ces circonstances excit√®rent l'animosit√© des moines contre celui qui diminuait ainsi leurs revenus.

Cependant, il ne para√ģt pas que les sup√©rieurs aient √©t√© irrit√©s de sa conduite, puisque le pape L√©on X lui fit remettre, vers la m√™me √©poque, par le nonce Pucci, un bref dans lequel Zwingli √©tait rev√™tu du titre de chapelain du Saint-Si√®ge, et gratifi√© d'une pension. Le sermon du r√©formateur fut prononc√© dans le courant de suivant ses historiens, d'o√Ļ il suit qu'il devan√ßa Luther d'un an dans ses pr√©dications, et que quand bien m√™me la pr√©dication des indulgences n'aurait point occasionn√© l'explosion, elle e√Ľt √©clat√© infailliblement d'elle-m√™me √† la premi√®re occasion qui se serait pr√©sent√©e.

Le chapitre de Zurich le nomma curé de cette ville, à la sollicitation de ses partisans. Il s'y rendit vers la fin de l'année, et peu de jours après son arrivée, il parut devant le chapitre, déclara qu'il abandonnerait, dans ses discours, l'ordre des leçons dominicales, qui avait été suivi depuis Charlemagne, et qu'il expliquerait sans interruption tous les livres du Nouveau Testament.

Il promit aussi de n'avoir en vue que la gloire de Dieu, l'instruction et l'√©dification des fid√®les Cette d√©claration fut approuv√©e par la majorit√© du chapitre. La minorit√© la regarda comme une innovation dangereuse. Zwingli r√©pondit aux objections qu'il revenait √† l'usage de l'√Čglise primitive, qu'on avait observ√© jusqu'√† Charlemagne ; qu'il se servirait de la m√©thode employ√©e par les P√®res de l'√Čglise dans leurs hom√©lies, et qu'avec l'assistance divine, il esp√©rait pr√™cher de mani√®re qu'aucun partisan de la v√©rit√© √©vang√©lique n'aurait lieu de se plaindre. On put voir, d√®s son premier sermon, prononc√© le jour de la Circoncision, 1519, qu'il serait fid√®le √† son plan. Il en fut comme de tout ce qu'il avait fait jusqu'alors : les uns s'en √©difi√®rent, les autres s'en scandalis√®rent. S'il se f√Ľt content√© d'attaquer les abus, qui oserait le bl√Ęmer maintenant ? Mais il mit beaucoup d'aigreur dans ses attaques ; et, en outre, il s'√©leva contre des pratiques v√©n√©rables, avec une amertume sans excuse. Il jugeait s√©v√®rement : il fut jug√© de m√™me.

Les esprits s'anim√®rent ; et il en naquit des temp√™tes. Du reste, il se fit remarquer par une conduite tr√®s r√©guli√®re. Il fit chasser de la ville par les magistrats toutes les filles publiques. Vers ce temps-l√†, L√©on X envoya le cordelier Bernard Samson dans les treize cantons, pour y pr√™cher les indulgences, dont le produit √©tait destin√© √† l'ach√®vement de la magnifique basilique de St-Pierre. Ce religieux √©hont√© ne craignit pas d'user de toutes sortes de supercheries pour tromper ses auditeurs. Il porta l'insolence √† un point inconcevable. Quand il paraissait en public, il faisait crier √† haute voix : Laissez approcher d'abord les riches, qui peuvent acheter le pardon de leurs p√©ch√©s ; apr√®s les avoir satisfaits, on √©coutera les pri√®res du pauvre. Tant d'exc√®s indign√®rent les plus patients.

L'√©v√™que de Constance d√©fendit aux cur√©s de son dioc√®se de le recevoir dans leurs paroisses. Presque tous ob√©irent ; mais aucun ne mit autant d'ardeur dans son ob√©issance que le cur√© de Zurich. Il avait pr√©venu les d√©sirs du pr√©lat : il les avait m√™me d√©pass√©s. En 1520, Zwingli renon√ßa √† la pension qu'il recevait du St-Si√®ge, et obtint du conseil de Zurich qu'on pr√™cherait purement l'√Čvangile dans le canton. L'ambition de Charles Quint et de Fran√ßois Ier, qui se disputaient la couronne imp√©riale, fournit √† Zwingli l'occasion de d√©velopper de nouveau ses talents. Les deux comp√©titeurs s'efforc√®rent d'int√©resser la conf√©d√©ration helv√©tique en leur faveur.

Zwingli √©tait d'avis de garder la plus stricte neutralit√© ; et il s'en expliqua ouvertement. Lorsque les deux rivaux se furent d√©clar√© la guerre, Zwingli, qui penchait pour la France, d√©tourna le canton de Zurich de se joindre aux autres cantons ; ce qui lui attira la haine des personnages les plus marquants de la conf√©d√©ration, et lui enleva plusieurs partisans dans sa propre paroisse. Bient√īt il engagea le conseil de Zurich √† refuser au pape un secours de troupes que le saint-p√®re demandait pour attaquer le Milanais ; et ce ne fut qu'apr√®s la promesse formelle d'employer ailleurs les Suisses que L√©on X put obtenir trois mille Zurichois. La sagesse des avis de Zwingli fut manifest√©e par l'√©v√®nement. Cependant son aversion pour une nouvelle alliance avec Fran√ßois Ier lui fit le plus grand tort dans l'esprit de beaucoup de personnes, qui ne furent pas f√Ęch√©es de pouvoir confondre dans la m√™me haine ses principes politiques et ses opinions religieuses.

Le 14 mai 1522, Zwingli adressa une allocution tr√®s √©loquente aux habitants de Schwyz, que la d√©faite de la Bicoque, commune √† tous les cantons, except√© celui de Zurich, avait port√©s √† r√©fl√©chir sur la position f√Ęcheuse dans laquelle ils se trouvaient engag√©s et sur les moyens d'en sortir[7]

Quoique cette allocution soit plus conforme aux r√®gles de la morale qu'√† celles de la politique, les habitants du canton de Schwyz l'accueillirent favorablement. Ils charg√®rent le secr√©taire d'√Čtat d'exprimer leur reconnaissance √† Zwingli ; et peu de temps apr√®s ils firent une loi dans leur assembl√©e g√©n√©rale pour abolir toute alliance et tout subside durant vingt-cinq ans.

Pendant le car√™me de cette m√™me ann√©e 1522, quelques personnes attach√©es √† la nouvelle doctrine avaient enfreint publiquement l'abstinence et le je√Ľne ; le magistrat les fit mettre en prison, et refusa de les √©couter. Zwingli entreprit de les justifier, dans un Trait√© sur l'observation du car√™me, qu'il terminait en priant les hommes vers√©s dans l'intelligence des √Čcritures de le r√©futer, s'ils croyaient qu'il avait fait violence au sens de l'√Čvangile. Cet ouvrage fut comme un manifeste de la part de Zwingli. Il jeta l'alarme parmi les eccl√©siastiques et tous ceux qui √©taient d√©vou√©s √† l'√Čglise catholique. L'√©v√™que de Constance, press√© par ses propres craintes, et par de nombreuses sollicitations, adressa un mandement √† ses dioc√©sains, pour les pr√©munir contre la s√©duction. Il √©crivit en m√™me temps au conseil de Zurich, qui ne r√©pondit pas de mani√®re √† le satisfaire ; et au chapitre de la m√™me ville, qui permit √† Zwingli de se d√©fendre par un trait√© publi√© le 22 ao√Ľt dans lequel il √©tablissait : que l'√Čvangile seul est une autorit√© irr√©cusable, √† laquelle il faut recourir pour terminer les incertitudes, et d√©cider toutes les disputes, et que les d√©cisions de l'√Čglise ne peuvent √™tre obligatoires qu'autant qu'elles sont fond√©es sur l'√Čvangile[8].

Pendant que Zwingli composait ce traité, la diète de Baden ordonna l'arrestation d'un curé de village qui avait prêché la nouvelle doctrine, et le fit transférer dans les prisons de l'évêché de Constance. Le réformateur n'eut pas de peine à voir que les gouvernements des cantons s'opposaient à la propagation de ses opinions. Dans le dessein de les gagner, il leur adressa, en son nom et en celui de neuf de ses amis, un précis de sa doctrine et une prière expresse de laisser libre la prédication de l'Evangile[9].

Zwingli finissait par demander aux cantons de tol√©rer le mariage des pr√™tres, et s'√©levait fortement contre les inconv√©nients du c√©libat. Il adressa une requ√™te √† l'√©v√™que de Constance pour l'engager √† se mettre √† la t√™te de la r√©forme, et √† permettre qu'on d√©molit avec prudence et pr√©caution ce qui avait √©t√© b√Ęti avec t√©m√©rit√©. Cette lev√©e de boucliers souleva contre lui les pr√™tres et les moines, qui le d√©cri√®rent, et le trait√®rent en chaire de luth√©rien, injure la plus forte que l'on conn√Ľt alors. Le scandale √©tait √† son comble. L'√©v√™que de Constance crut bien faire en interdisant toute esp√®ce de dispute jusqu'√† ce qu'un concile g√©n√©ral e√Ľt prononc√© sur les points controvers√©s. Mais il ne fut ob√©i ni des uns ni des autres ; et les discussions continu√®rent avec autant de violence et d'acharnement qu'auparavant.

Zwingli s'imagina qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour y mettre un terme que de se pr√©senter, dans les premiers jours de 1523, devant le grand conseil, et de solliciter un colloque public, o√Ļ il put rendre compte de sa doctrine en pr√©sence des d√©put√©s de l'√©v√™que de Constance. Il promit de se r√©tracter si on lui prouvait qu'il √©tait dans l'erreur ; mais il demanda la protection sp√©ciale du gouvernement, dans le cas o√Ļ il prouverait que ses adversaires avaient tort. Le grand conseil fit droit √† sa demande, et adressa, peu de jours apr√®s, une circulaire √† tous les eccl√©siastiques du canton, pour les convoquer dans la maison de ville le lendemain de la f√™te de Saint-Charlemagne (29 janvier), afin que chacun e√Ľt la libert√© de d√©signer publiquement les opinions qu'il regardait comme h√©r√©tiques, et p√Ľt les combattre l'√Čvangile √† la main. Il se r√©servait le droit de prononcer d√©finitivement sur ce qui serait dit de part et d'autres et de proc√©der contre quiconque refuserait de se soumettre √† sa d√©cision. Aussit√īt que cet acte fut devenu public, Zwingli fit paraitre soixante-sept articles qui devaient √™tre soumis au colloque : il y en avait de tr√®s raisonnables.

Au jour fix√© le colloque ouvrit ses s√©ances. L'√©v√™que de Constance y √©tait repr√©sent√© par Jean Faber, son grand vicaire, et par d'autres th√©ologiens ; le clerg√© du canton avait √† sa t√™te Zwingli et ses amis. Il y avait en tout pr√®s de six cents personnes. Le bourgmestre de Zurich exposa le but de la convocation, et exhorta les assistants √† manifester leurs sentiments sans crainte. Le chevalier d'Anweil, intendant de l'√©v√™que, Faber et Zwingli prirent successivement la parole. Celui-ci demanda instamment qu'on le convainqu√ģt d'h√©r√©sie, s'il en √©tait coupable, en se servant toutefois de la seule autorit√© de l'√Čcriture. Le grand vicaire √©luda la question, mais insensiblement et par son indiscr√©tion la dispute s'entama. Zwingli, qui s'exprimait avec beaucoup d'√©loquence et de facilit√©, le poussa vivement- Faber s'aper√ßut qu'on l'√©coutait avec d√©faveur et refusa de poursuivre. Alors la s√©ance fut lev√©e, et le conseil ordonna que Zwingli n'ayant √©t√© ni convaincu d'h√©r√©sie, ni r√©fut√©, continuerait √† pr√™cher l'Evangile comme il l'avait fait, que les pasteurs de Zurich et de son territoire se borneraient √† appuyer leur pr√©dication sur l'√Čcriture sainte, et que des deux c√īt√©s on e√Ľt √† s'abstenir de toute injure personnelle. Cette d√©cision de l'autorit√© civile en mati√®re de religion irrita les catholiques qui jet√®rent les hauts cris ; mais elle assura le triomphe de la r√©forme, qui, d√®s ce moment, ne cessa de se fortifier de jour en jour par les √©crits et les discours de Zwingli.

Vers la m√™me √©poque, le pape Adrien VI lui adressa, un bref tr√®s flatteur, pour l'engager √† maintenir les privil√®ges du Saint-Si√®ge. Il publia le proc√®s-verbal de la conf√©rence et √ģa d√©fense des soixante-sept articles sous le titre de Areheiel√®sgli. Cependant rien n'√©tait chang√© dans le culte, et les offices se faisaient comme par le pass√©, lorsqu'il parut un √©crit tr√®s v√©h√©ment intitul√© Jugement de Dieu sur les images. Les t√™tes ardentes en furent exalt√©es, et un cordonnier, nomm√© Klaus Hottinger, accompagn√© de quelques fanatiques, renversa un crucifix √©lev√© √† la porte de la ville. Cet homme fut arr√™t√© ; on voulait le punir, mais les avis furent partag√©s sur la culpabilit√©. Zwingli lui-m√™me, tout en convenant qu'Hottinger m√©ritait ch√Ętiment pour avoir agi sans l'autorisation du magistrat, d√©clarait formellement que la d√©fense d'adorer les images ne regardait pas moins les chr√©tiens que les Isra√©lites. Dans cette perplexit√©, le grand conseil convoqua un nouveau colloque pour examiner si le culte des images √©tait autoris√© par l'Evangile, et s'il fallait conserver ou abolir la messe. Le 28 octobre 1523, plus de neuf cents personnes des cantons de Schaffhouse, de Saint-Gall et de Zurich se trouvaient r√©unies dans cette derni√®re ville ; les autres cantons n'avaient pas voulu s'y rendre. Le colloque dura deux ou trois jours.

Zwingli parut avoir entrain√© la majorit√© de l'assembl√©e ; mais il ne r√©ussit pas √† persuader le grand conseil, qui ne prit aucune d√©termination, par la crainte peut-√™tre de choquer les autres cantons et les √©v√™ques qui avaient refus√© d'envoyer des d√©put√©s au colloque. En janvier 1524, il se tint une troisi√®me conf√©rence, qui fut un nouveau triomphe pour le r√©formateur. L'abolition de la messe en fut le r√©sultat, et d√©sormais le s√©nat et le peuple de Zurich montr√®rent la plus grande d√©f√©rence aux avis de Zwingli. Ce fait, consign√© dans le Mus√©e des protestants c√©l√®bres, ne se trouve pas dans la Vie de Zwingli, par Hess. Cet historien dit seulement que l'√©v√™que de Constance ayant envoy√© au s√©nat de Zurich une Apologie de la messe et du culte des images, le r√©formateur y r√©pondit avec tant de solidit√© que le gouvernement permit d'enlever des √©glises les statues et les tableaux, que l'on rempla√ßa par des inscriptions tir√©es des livres saints. Quant √† la messe, elle ne fut d√©finitivement supprim√©e qu'en 1525, le jour de P√Ęques, o√Ļ l'on c√©l√©bra la c√®ne. Il avait √©t√© question du c√©libat eccl√©siastique dans la conf√©rence d'octobre 1523 ; Zwingli s'√©tait attach√© √† prouver qu'il n'a aucun fondement dans le Nouveau Testament : c'√©tait tout pour lui. Le gouvernement de Zurich ne se pronon√ßa pas d'une mani√®re expresse sur ce point d√©licat : il se borna √† l√† simple tol√©rance du mariage des pr√™tres.

Zwingli en profita, et le 2 avril 1524, il √©pousa Anne Reinhart, veuve d'un magistrat, de laquelle il eut un fils. Dans le m√™me temps, il s'occupa de r√©former le chapitre de Zurich, l'abbaye de Fraum√Ľnster et les religieux mendiants. Les revenus des communaut√©s supprim√©es furent employ√©s √† la dotation des professeurs de l'universit√©, qu'il organisa avec autant de talent que de sagesse. Nomm√© recteur du gymnase en 1525, il appela aupr√®s de lui les hommes les plus distingu√©s dans la nouvelle r√©forme, les Pellican, les Gollinus, et leur confia l'enseignement du grec et de l'h√©breu.

Les autres chaires furent √† peu pr√®s aussi bien remplies. Tout allait suivant ses d√©sirs, sans secousses et sans effusion de sang ; il jouissait d'une grande consid√©ration quand les divisions intestines de la r√©forme vinrent troubler son repos et lui mettre les armes √† la main contre ceux m√™mes qui, √† son exemple, avaient secou√© le joug de l'autorit√©. Les chefs du parti des anabaptistes en Suisse, Mantz et Grebel, d'accord avec Thomas M√ľnzer, s'√©taient engag√©s en pr√©sence de Zwingli √† ne plus pr√™cher leurs opinions et lui, de son c√īt√©, avait promis de ne point les attaquer publiquement. Les fr√®res manqu√®rent les premiers √† leurs engagements, et le r√©formateur se crut affranchi des siens. Toute la Suisse retentit des d√©clamations contre les abus que la r√©forme avait laiss√© subsister et des d√©sirs de les voir disparaitre. Les opinions les plus extravagantes furent suivies des crimes les plus atroces. Le gouvernement de Zurich d√©sirait mettre un terme √† ce d√©bordement ; il for√ßa les anabaptistes d'entrer en conf√©rence avec Zwingli.

Ce moyen valait mieux que la pers√©cution ; mais il n'eut pas le succ√®s qu'on en avait attendu. Deux conf√©rences eurent lieu √† diff√©rentes reprises ; et, si quelques-uns des plus mod√©r√©s d'entre les anabaptistes se rendirent aux raisonnements de Zwingli, ils n'exerc√®rent aucune influence sur l'esprit de la multitude, qui pers√©v√©ra dans ses √©garements. Il faut le dire aussi : Zwingli, tr√®s louable sous le rapport de la tol√©rance qu'il professa constamment et sans restriction, ne s'√©loignait pas assez des erreurs de l'anabaptisme, ou ne les combattait que par d'autres erreurs aussi r√©pr√©hensibles, de l'aveu m√™me des protestants[10].

Une autre dispute qui tracassa beaucoup Zwingli fut celle qu'il eut √† soutenir contre Luther au sujet de la pr√©sence de J√©sus-Christ dans l'eucharistie. Le r√©formateur saxon admettait la r√©alit√© ; le r√©formateur de Zurich s'en tenait √† la figure. Celui-ci avait consign√© sa doctrine dans le Commentaire sur la vraie et la fausse religion, qu il publia en 1525. Imm√©diatement apr√®s, Ňícolampade fit para√ģtre, √† B√Ęle, une Explication des paroles de l'institution de la sainte C√®ne, suivant les anciens docteurs, dans laquelle il appuyait et d√©fendait les sentiments de son ami[11].

II fut sensible √† Luther de voir, non plus des particuliers !, mais des √©glises enti√®res de la r√©forme se soulever contre lui. Il traita d'abord Ňícolampade avec assez de m√©nagement, mais il s'emporta avec beaucoup de violence contre Zwingli et d√©clara son opinion dangereuse et sacril√®ge. Celui-ci n'√©pargna rien pour adoucir l'esprit de Luther, dont il estimait le courage et le talent ; il lui expliqua sa doctrine dans un langage plein de mod√©ration ; mais Luther fut inflexible et ne voulut entendre √† aucun accommodement. Tout √©tait brouill√© dans la r√©forme : les uns se pronon√ßaient en faveur du Saxon, et les autres en faveur du Zurichois. Le landgrave de Hesse, qui pr√©vit tous les maux que pouvait entra√ģner un si grave d√©m√™l√©, r√©solut de rapprocher les deux partis, et Marbourg fut choisi pour le lieu de la conf√©rence.

Zwingli s'y rendit en 1529, avec Rodolphe Collinus, Martin Bucer, H√©dion et Ňícolampade ; Luther avec Melanchthon, Osiander, Jonas, Agricola et Brentius. Apr√®s bien des entretiens particuliers et des contestations publiques, ces th√©ologiens r√©dig√®rent quatorze articles qui contenaient l'exposition des dogmes controvers√©s, et ils les sign√®rent d'un commun accord. Quant √† la pr√©sence corporelle dans l'eucharistie, il fut dit que la diff√©rence qui divisait les Suisses et les Allemands ne devait pas troubler leur harmonie, ni les emp√™cher d'exercer, les uns envers les autres, la charit√© chr√©tienne, autant que le permettait √† chacun sa conscience. Pour sceller la r√©conciliation des deux partis, le landgrave exigea de Luther et de Zwingli la d√©claration qu'ils se regardaient comme fr√®res. Zwingli y consentit sans peine ; mais on ne put arracher de Luther que la promesse de mod√©rer √† l'avenir ses expressions lorsqu'il parlerait des Suisses. Zwingli observa religieusement ses engagements, et la paix ne fut troubl√©e qu'apr√®s sa mort. Pendant qu'il √©tait en querelle avec Luther, il continuait ses controverses avec les catholiques. Eckius, chancelier d'Ingolstadt, et Jean Faber, grand vicaire de l'√©v√™que de Constance, lui firent proposer, en 1526, une conf√©rence √† Baden ; mais, comme il se doutait qu'on lui tendait un pi√®ge pour s'emparer de sa personne, il refusa de s'y trouver, et l'√©v√©nement justifia ses soup√ßons. Ňícolampade lui-m√™me, qui l'avait press√© de s'y rendre, lui √©crivit peu de jours apr√®s son arriv√©e √† Baden : Je remercie Dieu de ce que vous n'√™tes pas ici. La tournure que prennent les affaires me fait voir clairement que si vous √©tiez venu nous n'aurions √©chapp√© au b√Ľcher ni l'un ni l'autre.

Ne pouvant s√©vir contre sa personne, on condamna sa doctrine et ses √©crits ; ce qui ne nuisit point aux progr√®s de la r√©forme. Au commencement de 1528, Berne l'embrassa de la mani√®re la plus solennelle. Une assembl√©e nombreuse fut convoqu√©e dans cette ville ; Zwingli y assista, d'apr√®s l'invitation de Haller, qui avait compos√© dix th√®ses sur les points essentiels de la nouvelle doctrine. Elles furent discut√©es dans dix-huit s√©ances et sign√©es √† la fin par la majorit√© du clerg√© bernois, comme fond√©es sur l'√Čcriture, et autoris√©es par d√©lib√©ration des magistrats. L'√©loquence v√©h√©mente de Zwingli brilla dans cette occasion du plus vif √©clat et lui acquit l'ascendant le plus marqu√©. Apr√®s ce triomphe, tous ses coll√®gues le regard√®rent comme leur chef et leur soutien ; et l'autorit√© qu'ils lui accord√®rent tacitement contribua puissamment √† maintenir l'union parmi eux. De retour √† Zurich, apr√®s trois semaines d'absence, Zwingli y continua ses fonctions de pasteur, de pr√©dicateur, de professeur et d'√©crivain avec un z√®le et un talent remarquables ; il institua des synodes annuels, compos√©s de tous les pasteurs du canton, et devant lesquels devaient √™tre port√©es les affaires g√©n√©rales de l'√Čglise. Rien ne se faisait dans le canton, m√™me en mati√®re de l√©gislation, qu'il ne f√Ľt consult√©.

Il √©tait devenu l'oracle des Suisses qui partageaient ses opinions religieuses. Les catholiques, de leur c√īt√©, le d√©testaient autant que les protestants l'estimaient. Ils le regardaient g√©n√©ralement comme un boute-feu et comme la cause des maux de la patrie. Ils pers√©cutaient violemment les partisans des nouvelles id√©es, qui, √† leur tour, ne se montraient ni assez prudents, ni assez r√©serv√©s. Au milieu de tant de tracasseries, de tant de violations de la libert√© de conscience de part et d'autre, il √©tait impossible que la paix se conserv√Ęt. Elle fut rompue en 1529. Les Suisses s'arm√®rent et march√®rent les uns contre les autres ; mais, par la sagesse du landamman de Glaris, les deux partis parvinrent √† se concilier ; ils sign√®rent, √† Kappel, une tr√™ve qui mit fin aux hostilit√©s, tout en laissant subsister les passions intraitables qui pouvaient les renouveler √† chaque instant. En 1530, Zwingli envoya √† la di√®te d'Augsbourg une confession de foi approuv√©e de tous les Suisses, et dans laquelle il expliquait nettement que le corps de J√©sus-Christ, depuis son ascension, n'√©tait plus que dans le ciel, et ne pouvait √™tre autre part ; qu'√† la v√©rit√©, il √©tait comme pr√©sent dans la c√®ne par la contemplation de la foi, et non pas r√©ellement ni par son essence. Il accompagna sa confession de foi d'une lettre √† Charles-Quint, dans laquelle il tient le m√™me langage. La m√™me ann√©e, il envoya √† Fran√ßois Ier, par son ambassadeur, une autre confession de foi[12]

Luther ne l'épargna pas sur cet article, pas plus que sur d'autres non moins importants. Cependant la trêve de Kappel am Albis ne dura pas deux ans entiers. Les mêmes causes. produisirent les mêmes effets. Les hostilités n'avaient été que suspendues. Zwingli, dont l'influence était connue de tout le monde, fut accusé de fomenter le fanatisme des protestants et d'attiser le feu de la discorde. Sensible à cette accusation, et ne pouvant supporter l'idée des fléaux qui menaçaient la patrie, il conjura le conseil, dans le mois de juillet 1531, de lui accorder sa retraite. Le conseil s'y refusa, et Zwingli resta à son poste. La guerre était sur le point d'éclater. Les Zurichois montraient une exigence insatiable, et les catholiques devenaient de plus en plus intolérants. Zwingli plaidait avec éloquence la cause des victimes d'un zèle trop ardent[13].

Le 6 octobre de la m√™me ann√©e, les cinq cantons publi√®rent leur manifeste et entr√®rent en campagne. Les protestants arm√®rent aussi, et Zwingli re√ßut du s√©nat l'ordre de les accompagner. Il ob√©it. Un pressentiment funeste le tourmentait ; mais il n'en fit pas moins tous ses efforts pour encourager les Zurichois. ¬ę Notre cause est bonne, leur dit-il, mais elle est mal d√©fendue. Il m'en co√Ľtera la vie et celle d'un grand nombre d'hommes de bien, qui d√©siraient rendre √† la religion sa simplicit√© primitive, et √† notre patrie ses anciennes mŇďurs. N'importe : Dieu n'abandonnera pas ses serviteurs ; il viendra √† leur secours, lorsque vous croirez tout perdu. Ma confiance repose sur lui seul et non sur les hommes. Je me soumets √† sa volont√©. ¬Ľ II arriva le 10 √† Kappel am Albis avec les siens. Le combat s'engagea vers les trois heures de l'apr√®s-midi. Dans les premiers moments de la m√™l√©e, il re√ßut un coup mortel et tomba sans connaissance. Revenu √† lui, il se soul√®ve, croise ses mains sur sa poitrine, fixe ses regards vers le ciel et s'√©crie - Qu'importe que je succombe. : ils peuvent bien tuer le corps, mais ils ne peuvent rien sur l'√Ęme.

Quelques soldats catholiques, qui le voient dans cet √©tat, lui demandent s'il veut se confesser ; il fait un signe n√©gatif, mais qu'ils ne comprennent pas. Ils l'exhortent √† recommander son √Ęme √† la sainte Vierge ; et d'apr√®s son refus plus expressif, un d'entre eux lui plonge l'√©p√©e dans le cŇďur, en lui disant : Meurs donc, h√©r√©tique obstin√©. Le lendemain, Jean Schonbrunner, qui s'√©tait √©loign√© de Zurich par attachement pour la religion catholique, ne put s'emp√™cher de dire en le voyant : Quelle qu'ait √©t√© ta croyance, je sais que tu aimas ta patrie, et que tu fus toujours de bonne foi ; Dieu veuille avoir en paix ton √Ęme. La soldatesque fut moins tol√©rante et moins humaine : elle d√©chira son cadavre, livra ses lambeaux aux flammes et jeta les cendres aux vents. Zwingli avait 47 ans quand il mourut.

Bossuet a dit de lui, d'apr√®s L√©on de Juda : ¬ę C'√©tait un homme hardi, et qui avait plus de feu que de savoir. II y avait beaucoup de nettet√© dans son discours, et aucun des pr√©tendus r√©formateurs n'a expliqu√© ses pens√©es d'une mani√®re plus pr√©cise, plus uniforme et plus suivie : mais aussi aucun ne les a pouss√©es plus loin ni avec autant de hardiesse ¬Ľ Luther, oppos√© √† Zwingli sur un certain nombre de points dont l'Eucharistie, propose pour Zwingli, non sans provocation, la piquante √©pitaphe que voici "Celui qui tira l'√©p√©e, p√©rira par l'√©p√©e".

Apport théologique

En collaborant avec le magistrat (1519), cela aboutit en 1524 √† l'abolition de la messe. 1525 - La premi√®re communaut√© Anabaptiste na√ģt pr√®s de Zurich par les disciples de Zwingli. Zwingli nie toute influence qu'aurait eu Martin Luther sur lui mais admet apr√®s coup, que les √©crits du c√©l√®bre r√©formateur lui auraient √©t√© utiles.

Zwingli voit un seul pouvoir qui doit √™tre uni. c'est la diff√©rence avec Luther qui voyait le pouvoir divis√© en deux parties : - temporel (le roi sur Terre) - eternel (Dieu au ciel) Dans un premier temps, il pense que l'√Čglise doit par tous les moyens (Politiques, militaires etc....), gagner la conf√©d√©ration helv√©tique √† la R√©forme. Ce n'est que par la suite qu'il veut gagner l'Allemagne et faire progresser la R√©forme jusqu'√† Zurich puis la France. Il rencontre Luther pour mettre sur pied une grande alliance (1520-1529). En 1531 : affrontements entre Catholiques et Protestants. Zwingli accompagne ses troupes en tant qu'aum√īnier. Il est bless√© puis tu√©. La r√©forme en Suisse arr√™te son expansion.

Pour lui, l'√©glise visible doit √™tre int√©gr√©e dans la soci√©t√©. Le magistrat chr√©tien avait le droit et la responsabilit√© de d√©terminer les formes externes de la vie et du culte ainsi que de gouverner la r√©publique chr√©tienne. Le magistrat travail avec le "proph√®te" qui explique et proclame les √Čcritures pour le bien de toute la communaut√©.

Dans ses premières années à Zurich, il proclame la doctrine mémorialique (symbole de la cène). Il combattait la doctrine consubstantiationaliste de Luther. Zwingli développa une doctrine de la cène nommée plus-tard par Jean Calvin "Présence spirituelle".

Ňíuvres

Trait√©s :

  • 1522 : avril. De la Libert√© des mets.
  • 1522 : mai. Exhortation contre les enr√īlements et les pensions.
  • 1522 : juillet. Pri√®re et exhortation amicale en faveur du mariage des pr√™tres.
  • 1524 : Le Berger.
  • 1525 : De la vraie et fausse religion, en latin (commentarius de vera et falsa religione)

Ouvrages :

  • 1530 : Fidei Ratio.
  • 1531 : Expositio Fidei

Publications

Zwingli est l'auteur d'ouvrages imprim√©s en 4 volumes in-fol. publi√©s √† Zurich en 1544-1545 par Rodolphe Gualter qui est l'auteur de la Pr√©face apolog√©tique. Il est √©galement l'auteur de 4 tomes en 3 volumes in-fol. publi√©s √† Zurich en 1581. Les deux premiers tomes renferment ses trait√©s de controverse et des discours, dont quelques-uns avaient √©t√© imprim√©s s√©par√©ment de son vivant. Le troisi√®me et le quatri√®me contiennent ses commentaires sur l'√Čcriture sainte[14].

Bibliographie ancienne

MM. Usteri et Vogelin de Zurich ont publi√© depuis 1819, en allemand, des extraits des Ňíuvres compl√®tes de Zwingli, rang√©s par ordre de mati√®res. Ce r√©formateur a laiss√© un grand nombre d'ouvrages, qui sont encore in√©dits. On peut consulter sur sa vie et sur ses √©crits : Oswald Myconius, De cita et obitu Zwinglii ; J.-Gr. Hess, Vie de Zwingli Paris, 1810, in--8 ¬į ; Richard, Ulrich Zwingli, etc., Strasbourg, 1819 ; J. Willm, Mus√©e des protestants c√©l√®bres; Bayle, Chaufepi√©, Jurieu ; Mosheim, Histoire eccl√©siastique, et l'abb√© Pluquet, Dictionnaire des h√©r√©sies, t. 2.

La vie de Zwingli a √©t√© √©crite en allemand par H.-W. Rotermundt, Br√®me, 1819 ; par H. TMueller, Leipsick, 1819 ; par J.-M. Schuler, Zurich, 1818 ; par G. RŇďder, Coire, 1834 ; par J.-J. Hottinger, Zurich, 1842. C'est √©galement en langue allemande qu'est √©crit le livre de M. E. Zeller : Tableau du syst√®me th√©ologique de Zwingli, Tubingue, 1853, in-18. Le second volume des √Čtudes sur la r√©formation du XVIe si√®cle, par M. Victor Chauffour-Kestner Paris, 1833, 2 vol. in-18), est consacr√© √† Zwingli.

Principaux ouvrages

  • La foi r√©form√©e, 2000, √Čditeur / √Čdition : Bergers et Mages, (ISBN 2-85304-157-3)- traduction fran√ßaise de Fidei Ratio et de Expositio Fidei, les deux opuscules de la fin de la vie du r√©formateur.

Bibliographie

  • Ulrich Zwingli : Deux exhortations √† ses conf√©d√©r√©s, Gen√®ve: Labor & Fides, 1989-01-01.
  • J. V Pollet : Huldrych Zwingli: Biographie et th√©ologie, Gen√®ve: Labor & Fides, 1989-01-01.
  • P. Stephens : Zwingli le th√©ologien, Gen√®ve: Labor & Fides, collection Histoire et soci√©t√©, 1999
  • Huldrych Zwingli : La foi r√©form√©e, (96 pages), Editions Olivetan (Les Bergers et les Mages. Janvier 2000). Pr√©face d'Andr√© Gounelle.
  • J. V Pollet : Huldrych Zwingli et le Zwinglianisme: Essai de synth√®se historique et th√©ologique mis √† jour d'apr√®s les recherches r√©centes, Vrin, 2000-05-03.
  • Maimbourg : Histoire du Calvinisme, Paris, 1682

Annexes

Source

¬ę Ulrich Zwingli ¬Ľ, dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphab√©tique de la vie publique et priv√©e de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et litt√©rateurs fran√ßais ou √©trangers, 2e √©dition, 1843-1865 [d√©tail de l‚Äô√©dition]

Notes

  1. ‚ÜĎ Fran√ßois Walter, Histoire de la Suisse, tome 1, L'invention d'une Conf√©d√©ration (XV√®-XVI√® si√®cles), Neuch√Ętel, Alphil - Presses universitaires suisses, 2009.
  2. ‚ÜĎ Au milieu du travail le plus assidu, dit un de ses historiens, et des occupations les plus s√©rieuses, Zwingli ne perdit jamais sa douce gaiet√©, et ne cessa de cultiver un talent dont il avait appris les √©l√©ments dans son enfance, la musique. Cet art faisait alors une partie essentielle de l'instruction des jeunes gens destin√©s √† l'√©tat eccl√©siastique ; Zwingli le regardait comme une ressource pour reposer l'esprit apr√®s un travail fatigant, pour lui donner de nouvelles forces et adoucir la trop grande aust√©rit√© du caract√®re. Aussi recommanda-t-il souvent la musique aux hommes destin√©s √† une vie laborieuse et s√©dentaire. Vie de Zwingli, par Hess, p. 14.
  3. ‚ÜĎ Fran√ßois Walter, Histoire de la Suisse. Tome 1 : L'invention d'une Conf√©d√©ration (XV√®-XVIe si√®cles), Neuch√Ętel, Editions Alphil - Presses universitaires suisses, 2009
  4. ‚ÜĎ Vie de Zwingli, par Hess, p. 45.
  5. ‚ÜĎ Bossuet avoue dans son Histoire des variations que tout le monde en sentait le besoin, et que tout √©tait dispos√© pour la propager, lorsqu'elle √©clata en Allemagne. ¬ę Les nouvelles lumi√®res, dit Zwingli √† l'√©v√™que de Sion, qui se sont r√©pandues depuis la renaissance des a lettres, affaiblissent la cr√©dulit√© des peuples, lui ouvrent les yeux sur une foule de superstitions, et l'emp√™chent d'adopter aveugl√©ment ce que lui enseignent des pr√™tres sans vertus comme sans talents. Il commence √† bl√Ęmer hautement la fain√©antise des moines, l'ignorance des pr√™tres, l'inconduite des pr√©lats, et ne veut plus accorder sa confiance √† des hommes qu'il ne peut respecter. Si l'on n'y prend garde, la multitude perdra bient√īt le seul frein qui puisse retenir ses passions, et marchera de d√©sordre en d√©sordre. Le danger s'accro√ģt tous les jours, et le d√©lai peut devenir funeste. Il faut, sans perdre de temps, s'occuper d'une r√©forme ; mais elle doit commencer par les sup√©rieurs, et s'√©tendre de l√† aux inf√©rieurs. Si les princes de l'√Čglise donnaient l'exemple ; s'ils revenaient eux-m√™mes √† une conduite plus conforme √† l'Evangile ; si l'on ne voyait plus les √©v√™ques manier l'√©p√©e au lieu de la crosse, les pr√©lats se mettre √† la t√™te de leurs sujets pour se faire entre eux une guerre acharn√©e, les eccl√©siastiques de tout rang dissiper en d√©bauches honteuses les revenus des b√©n√©fices accumul√©s sur leur t√™te, alors on pourrait s'√©lever contre les vices des la√Įques, sans avoir √† craindre leurs r√©criminations, et l'on pourrait esp√©rer l'amendement du peuple. Mais une r√©forme dans les mŇďurs est impossible, si l'on ne fait disparaitre ces essaims de pieux fain√©ants qui se nourrissent aux d√©pens du citoyen laborieux ; si l'on n'abolit des c√©r√©monies superstitieuses et des dogmes absurdes, √©galement propres √† choquer le bon sens des hommes raisonnables, et √† effaroucher la pi√©t√© des hommes religieux.
  6. ‚ÜĎ Il s'√©cria : Cessez de croire que Dieu r√©side dans ce temple plus que partout ailleurs. Dans quelque r√©gion de la terre que vous habitiez, il est pr√®s de vous ; il vous entoure ; il vous exauce, si vos pri√®res sont dignes d'√™tre exauc√©es ; mais ce n'est point par des vŇďux st√©riles, par de longs p√®lerinages, par des offrandes destin√©es √† orner des images sans vie, que vous obtiendrez la faveur divine. R√©sister aux tentations, r√©primer les d√©sirs coupables, fuir toute injustice, soulager les malheureux, consoler l'afflig√©, voil√† les Ňďuvres qui sont agr√©ables au Seigneur. H√©las, je le sais, c'est nous- m√™mes, ministres des autels, nous qui devrions √™tre le sel de la terre ; c'est nous qui avons √©gar√© dans un labyrinthe d'erreurs la multitude ignorante et cr√©dule. C'est pour satisfaire notre avarice et accumuler des tr√©sors, que nous avons √©lev√© au rang des bonnes Ňďuvres d'inutiles et vaines pratiques. Trop dociles √† notre voix, les chr√©tiens de nos jours, n√©gligeant d'accomplir la loi de Dieu, ne songent qu'√† racheter leurs crimes sans y renoncer. Vivons au gr√© de nos d√©sirs, disent-ils, enrichissons-nous du bien d'autrui, ne craignons pas de souiller nos mains de sang et de meurtres ; nous a trouverons dans les gr√Ęces de l'√Čglise des expiations faciles. Oh ! les insens√©s √ģ croient-ils obtenir la r√©mission de leurs mensonges, de leurs impuret√©s, de leurs adult√®res, de leurs homicides, de leurs trahisons, au moyen de quelques pri√®res r√©cit√©es en l'honneur de la reine du ciel? comme si elle √©tait la protectrice de tous les malfaiteurs ! Ah ! d√©sabuse-toi, peuple √©gar√© ! Le Dieu de la justice ne se laisse pas fl√©chir par des paroles que la bouche prononce. et que le cŇďur d√©savoue. Il ne pardonne qu'√† celui qui pardonne lui-m√™me √† l'ennemi qui l'offense. Ces √©lus de Dieu, aux pieds desquels vous venez ici vous prosterner, sont-ils entr√©s dans la gloire du ciel en se reposant sur le m√©rite d'autrui? Non, c'est en marchant dans le sentier de la loi, en accomplissant la volont√© du Tr√®s-Haut, en affrontant la mort pour rester fid√®les √† leur r√©dempteur. Imitez la saintet√© de leur vie, marchez sur leurs traces ; ne vous en laissez d√©tourner ni par les dangers, ni par les s√©ductions : voil√† le culte que vous devez leur rendre. Mais, au jour de la d√©tresse, ne mettez votre confiance qu'en Dieu, qui d'un mot a cr√©√© les cieux et la terre. √Ä l'approche de la mort, n'invoquez que J√©sus-Christ, qui vous a rachet√©s au prix de son sang ; lui seul est m√©diateur entre Dieu et les hommes
  7. ‚ÜĎ Ah ! leur disait-il √† la fin, si vous avez encore soin de votre ancienne gloire, si vous vous souvenez de vos anc√™tres et des p√©rils qu'ils a ont brav√©s pour la d√©fense de leur libert√©, si le salut de la patrie vous est cher, repoussez les funestes dons de quelques princes ambitieux ; a repoussez-les, tandis qu'il en est temps encore. Ne vous laissez pas tromper par les promesses des uns ; ne vous laissez pas effrayer par les menaces des autres. Imitez vos alli√©s de Zurich, qui par des lois sages et s√©v√®res ont arr√™t√© les d√©bordements de l'ambition. Si vous vous joignez √† eux, bient√īt la Suisse enti√®re suivra votre exemple, et reviendra √† la conduite sage et mod√©r√©e de ses a√Įeux
  8. ‚ÜĎ Voici comment il conclut : Je vais vous apprendre maintenant quel est le christianisme que je professe, et que vous cherchez √† rendre suspect. Il commande √† chacun d'ob√©ir aux lois et de respecter les magistrats, de payer le tribut et les impositions √† qui il appartient, de ne rivaliser qu'en bienfaisance, d'user de support, de soulager le pauvre, de partager les peines du prochain, de regarder tous les hommes comme des fr√®res. Il veut enfin que le chr√©tien n'attende son salut que de Dieu et de J√©sus-Christ, son Fils unique, notre ma√ģtre et notre Sauveur, qui donne la vie √©ternelle √† ceux qui croient en lui. Tels sont les principes dont je ne me suis jamais √©cart√© dans ma pr√©dication
  9. ‚ÜĎ En nous accordant cette libert√©, leur disait-il, vous n'avez rien √† craindre. Il y a des signes certains auxquels chacun peut reconnaitre les pr√©dicateurs v√©ritablement √©vang√©liques. Celui qui, n√©gligeant son int√©r√™t personnel, n'√©pargne ni soins ni travaux pour faire connaitre et r√©v√©rer la volont√© de Dieu, pour ramener les p√©cheurs √† la repentance, et donner des consolations aux afflig√©s, celui-l√† est d'accord avec J√©sus-Christ. Mais quand vous voyez des docteurs pr√©senter tous les jours √† la v√©n√©ration du peuple de nouveaux saints, dont il faut gagner la faveur parades offrandes ; quand ces docteurs vantent sans cesse l'√©tendue du pouvoir sacerdotal et la puissance du pape, croyez qu'ils a songent beaucoup plus √† leurs richesses qu'au soin des √Ęmes confi√©es √† leur conduite. Si de tels hommes vous conseillent d'arr√™ter la pr√©dication de l'√Čvangile par des d√©crets publics, fermez l'oreille √† leurs insinuations, et soyez s√Ľrs que leur but est d'emp√™cher qu'on n'attente √† leurs b√©n√©fices et √† leurs honneurs : dites que cette Ňďuvre, si elle vient des hommes, se d√©truira d'elle-m√™me ; mais que si elle vient de Dieu, en vain toutes les puissances de la terre se ligueraient contre elle.
  10. ‚ÜĎ Bossuet les a relev√©es dans le second livre de son Histoire des variations, avec autant de force que d'impartialit√©. ¬ę Zwingli, dit son biographe Hess, n'attribuait pas au bapt√™me le pouvoir de laver le chr√©tien de la tache du p√©ch√© originel ; il ne croyait pas non plus qu'un enfant mort avant le bapt√™me ne p√Ľt pas √™tre sauv√©. Quant au p√©ch√© originel, il le regardait comme une disposition √† faire le mal, et non comme un p√©ch√© v√©ritable ; et il ne pensait pas qu'il p√Ľt attirer √† l'homme la damnation √©ternelle. Il comparait la nature humaine, apr√®s la chute d'Adam, √† un cep de vigne frapp√© par l√† gr√™le, qui a perdu une grande partie de sa vigueur naturelle ; ou √† une plante transport√©e des climats du Midi dans ceux du Nord, o√Ļ elle n'a plus la m√™me force de v√©g√©tation. ¬Ľ
  11. ‚ÜĎ ¬ę Zwingli disait positivement, suivant Bossuet, qu'il n'y avait point de miracle dans l'eucharistie, ni rien d'incompr√©hensible que le pain rompu nous repr√©sentait le corps immol√©, et le vin le sang r√©pandu ; que J√©sus-Christ, en instituant ces signes sacr√©s, leur avait donn√© le nom de la chose ; que ce n'√©tait pourtant pas un simple spectacle, ni des signes tout √† fait nus ; que la m√©moire et la foi du corps immol√© et du sang r√©pandu soutenaient notre √Ęme ; que cependant le Saint-Esprit scellait dans les cŇďurs la r√©mission des p√©ch√©s, et que c'√©tait l√† tout le myst√®re. La raison et le sens humain n'avaient rien √† souffrir dans cette explication. L'Ecriture faisait de la peine ; mais quand les uns opposaient, ceci est mon corps, les autres r√©pondaient : je suis la vigne, je suis la porte, la pierre √©tait Christ. ¬Ľ
  12. ‚ÜĎ O√Ļ l'on remarque le passage suivant : Lorsque St-Paul assure qu'il est impossible d'√™tre agr√©able √† Dieu sans la foi, il parle des incr√©dules qui ont connu l'Evangile et n'y ont pas ajout√© foi. Je ne puis croire que Dieu enveloppe dans la m√™me condamnation celui qui ferme volontairement les yeux √† la lumi√®re, et celui qui, sans le vouloir, vit dans les t√©n√®bres ; je ne puis croire que le Seigneur rejette loin de lui des peuples dont tout le crime est de n'avoir jamais entendu parler de l'Evangile. Non, cessons de poser des bornes t√©m√©raires √† la mis√©ricorde divine ; pour moi, je suis persuad√© que, dans cette r√©union c√©leste de toutes les cr√©atures admises √† contempler la gloire du Tr√®s-Haut, vous devez esp√©rer de voir l'assembl√©e de tout ce qu'il y a eu d'hommes saints, courageux, fid√®les et vertueux d√®s le commencement du monde. L√†, vous verrez les deux Adam, le rachet√© et le r√©dempteur. Vous y verrez un Abel, un Enoch, un No√©, un Abraham, un Isaac, un Jacob, un Juda, un Mo√Įse, un Josu√©, un G√©d√©on, un Samuel, un Phin√©es, un Elie, un Elis√©e, un Isa√Įe avec la Vierge, m√®re de Dieu, qu'il a annonc√©e, un David, un Ez√©chias, un Jonas, un Jean-Baptiste, un St-Pierre, un St-Paul. Vous y verrez Hercule, Th√©s√©e, Socrate, Aristide, Antigonus, Nurna, Camille, les G√Ętons, les Scipions. Vous y verrez vos pr√©d√©cesseurs et tous vos anc√™tres qui sont sortis de ce monde dans la foi. Enfin, il n'y aura aucun homme de bien, aucun esprit saint, aucune √Ęme fid√®le que vous ne voyiez l√† avec Dieu. Que peut-on penser de plus beau, de plus agr√©able, de plus glorieux que ce spectacle? Qui jamais, s'√©crie Bossuet, apr√®s avoir cit√© ce passage, s'√©tait avis√© de mettre ainsi J√©sus-Christ p√™le-m√™le avec les saints ; et √† la suite des patriarches, des proph√®tes, des ap√ītres et d√Ľ- Sauveur m√™me, jusqu'√† Numa, le p√®re de l'idolatrie romaine, jusqu'√† Caton, qui se tua m√™me comme un furieux ; et non-seulement tant d'adorateurs des fausses divinit√©s, mais encore jusqu'aux dieux et jusqu'aux h√©ros, un Hercule, un Th√©s√©e qu'ils ont ador√©? Je ne sais pourquoi il n'y a pas mis Apollon ou Bacchus, et Jupiter m√™me. ; s'il en a √©t√© d√©tourn√© par les infamies que les po√®tes leur attribuent, celles d'Hercule √©taient-elles moindres ? Voil√† de quoi le ciel est compos√©, selon ce chef du second parti de la r√©formation ; voil√† ce qu'il a √©crit dans une confession de foi, qu'il d√©die au plus ;grand roi de la chr√©tient√© ; et voil√† ce que Bullinger, son successeur, nous en a donn√© comme le chef-d'Ňďuvre et comine le dernier criant de ce cygne m√©lodieux.
  13. ‚ÜĎ Ce sont, disait-il, des Suisses auxquels une faction veut enlever une partie de la libert√© que leurs anc√™tres leur ont transmise. Autant il serait injuste de vouloir forcer nos adversaires √† abolir chez eux le catholicisme, autant il est injuste d'incarc√©rer, de bannir, de d√©pouiller de leurs biens des citoyens parce que leur conscience les pousse √† embrasser des opinions qui leur paraissent vraies.
  14. ‚ÜĎ Voici le jugement que porte Richard Simon de cette derni√®re partie des ouvrages de Zwingli : ¬ę II para√ģt assez simple dans ses Commentaires sur la Bible et peu exerc√© dans l'√©tude de la critique. Bien que plus modeste que Luther et Calvin, il ne laisse pas d'avoir les m√™mes d√©fauts qu'eux et de suivre ses pr√©jug√©s. Sa modestie, de plus, para√ģt encore, en ce qu'il ne semble pas avoir abandonn√© enti√®rement l'ancien interpr√®te latin, qui √©tait autoris√© depuis si longtemps dans toute l'√Čglise d'Occident.... Outre que ces patriarches des nouvelles r√©formes ne pouvaient pas donner autant de temps qu'il √©tait n√©cessaire √† des ouvrages de cette nature, les le√ßons de th√©ologie et de morale les occupaient presque enti√®rement. Aussi en ont-ils rempli tous leurs commentaires sur l'Ecriture. Ses remarques sur les Evangiles et sur quelques Ep√ģtres des ap√ītres sont des recueils de ses pr√©dications et de ses le√ßons, lesquels ont √©t√© publi√©s apr√®s sa mort. Bien qu'il suive la m√©thode des d√©clamateurs, il est pour l'ordinaire plus modeste dans ses instructions que la plupart des premiers protestants. Aussi y m√™le-t-il moins de controverse, s'arr√™tant assez sur le sens litt√©raire. Comme le fanatisme √©tait d√©j√† r√©pandu de son temps, et que plusieurs pr√©f√©raient leur esprit particulier √† la raison, il t√Ęche de concilier ces deux choses sans tomber dans la vision. Il suppose que cet esprit doit √™tre r√©gl√© par la parole de Dieu, parce qu'autrement il y aurait de l'illusion.... Ses notes sur quelques Ep√ģtres de St-Paul sont plus exactes et plus √† la lettre que ce que nous avons de lui sur les Evangiles.... √Čtant √©loign√© des sentiments de Luther, dans ce qui regarde la foi et les bonnes Ňďuvres, il n'a fait aucune difficult√© de mettre au nombre des livres sacr√©s l'√Čp√ģtre de St-Jacques, qu'il a aussi comment√©e.,., Enfin ses disciples ont publi√© sons son nom des remarques sur l'Ep√ģtre de St-Jean, d'o√Ļ il para√ģt qu'il n'a point eu dans son exemplaire grec le c√©l√®bre passage o√Ļ il est parl√© des trois personnes de la Trinit√©, car il ne l'explique point. Au reste, ce novateur s'exprime dans tous ses discours d'une mani√®re simple, nette, allant ordinairement droit √† son but, si ce n'est qu'il est quelquefois trop rh√©teur. ¬Ľ

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