Tutoiement


Tutoiement

Distinction T-V

La distinction T(u)-V(ous) ─ ou « distinction entre le tutoiement et le vouvoiement/voussoiement » ─ est un concept grammatical et linguistique familier aux locuteurs de langues indo-européennes (sauf dans le cas de l'anglais moderne, et dans certaines langues nordiques comme l'islandais).

Il s'agit d'une opposition entre deux deuxièmes personnes (servant à s'adresser à un interlocuteur), le premier (tutoiement : « tu, te, toi, ton », etc.) utilisé pour les proches, les pairs (notamment dans le travail et les activités politiques et syndicales), les subalternes ou dans un registre de langue familier (voire insultant par sa familiarité) et le second (vouvoiement : « vous, votre ») pour les personnes auxquelles on doit un certain respect, ce qui peut comprendre les inconnus, les supérieurs, les personnes âgées, etc., et dans les contextes où un certain formalisme est de rigueur (réunions officielles, cérémonies, émissions télévisées[1]).

Le système peut fonctionner dans plusieurs langues romanes ou slaves : en effet, dans ces langues la personne du tutoiement débute par un t, et celle du vouvoiement par un v (tu, tu, tu, ti ~ você, vous, voi, vi en portugais, français, ancien italien et slovène).

langue verbe du T verbe du V nom du T nom du V
allemand duzen siezen das Duzen das Siezen
anglais to thou (vieilli) ' ' '
breton [2] teal c’hwial teerezh '
catalan tutejar dir vós/vostè el tuteig el tuteo
espagnol tutear tratar de usted ' '
espéranto cidiri (rare) vidiri cidiro (rare) vidiro
français [3] tutoyer vouvoyer tutoiement vouvoiement
hongrois tegez magáz tegezés magázás
italien dar del tu a dar del lei a ' '
slovène tikati vikati tikanje vikanje

Sommaire

Variétés de distinctions

Dans les grandes lignes, cette distinction permet de s'adresser à quelqu'und'une manière polie ou neutre (ce qui peut s'avérer familier dans certains contextes). Dans les faits, on constate que les types de personnes et situations appelant le choix entre tutoiement ou vouvoiement varient énormément entre les langues, les locuteurs, les situations, etc. C'est un jeu subtil et très subjectif qu'il n'est pas aisé de décrire grammaticalement, d'autant plus qu'il s'agit souvent d'automatismes peu pensés. La publicité espagnole, italienne ou néerlandaise, par exemple, tutoie très facilement son lectorat adulte, ce qui, pour le français de France, manquerait quelque peu de tenue. Des locuteurs d'une même langue auront une approche différente du vouvoiement selon la zone géographique. Ainsi, de nombreuses situations nécessitant le vouvoiement en Europe francophone donneront lieu à du tutoiement au Québec. De même, le tutoiement entre inconnus arrive plus vite en castillan qu'en français. À l'inverse, le vouvoiement est généralisé en wallon, y compris par exemple avec de très jeunes enfants ou des animaux, le tutoiement étant considéré comme grossier[4]. En anglais moderne, le tutoiement est un archaïsme sorti des usages courants sans pour autant que le vouvoiement de fait soit une marque de respect puisque tout le monde le pratique forcément.

Expression grammaticale de la distinction

Les moyens utilisés pour exprimer grammaticalement la distinction T-V sont très variés. Dans les langues indo-européennes concernées, c'est surtout le choix des pronoms et déterminants personnels qui marque l'opposition. Les verbes, quant à eux, suivent le modèle de conjugaison d'une autre personne. De plus, on considère que la personne non marquée (celle des paradigmes) est celle du tutoiement. C'est le plus souvent une personne héritée étymologiquement, tandis que le vouvoiement est une innovation.

Ce qui semble bien partagé entre les langues, toutes familles confondues, c'est qu'on retrouve très souvent comme indication du vouvoiement l'utilisation du pluriel à la place du singulier (avec, ou non, le pronom de 2e personne), ce qui ne permet pas d'opposer un locuteur vouvoyé à plusieurs locuteurs vouvoyés. Souvent même, la 2e personne de politesse est aussi confondue avec le pluriel de la 2e personne neutre. Notons parmi les exceptions l'espagnol et le portugais.

En allemand

En allemand, le vouvoiement consiste à utiliser à la place de du (deuxième personne du singulier : « Hörst du mich? ») ou de ihr (deuxième personne du pluriel : « Hört ihr mich? »), « Sie » (« Hören Sie mich? » ; noter la majuscule), qui n'est autre que la troisième personne du pluriel, à laquelle s'accorde le verbe. Sie ne demande pas d'accord au singulier.

À l'origine, le « pluralis majestatis » correspondait à la deuxième personne du pluriel (« Hört Ihr mich? »). Dans quelques régions, c'est la forme générale. Particulièrement dans les régions rhénanes, la troisième personne était utilisée dans l'administration pour s'adresser aux officiers - qui voulut utiliser la troisième personne du singulier à d'autre (« Hat Er mich gehört? »). Effectivement, on retrouve toutes les formes aux deuxième et troisième personnes du pluriel et du singulier mais la distinction T-V générale est formée sur du (deuxième personne du singulier) et Sie (troisième personne du pluriel).

En anglais

L'anglais moderne n'utilise qu'un seul pronom de deuxième personne, you, qui sert au singulier comme au pluriel. À la rigueur, c'est l'usage des prénoms qui aujourd'hui joue le rôle de cette distinction.

En moyen anglais (anglais parlé à la suite du débarquement de Guillaume le Conquérant au XIe siècle jusqu'au XVe siècle), il existait plusieurs formes différentes :

Nombre Cas sujet Cas régime Génitif [5]
Singulier thou thee thy/thine
Pluriel ye you your/yours

Le verbe recevait avec thou une désinence en -est ou en -st (Sauf avec le verbe to be, (être) dont la deuxième personne du singulier était thou art (tu es).) : thou lovest (tu aimes), thou loved(e)st (tu aimas). Thou et ye s'employaient sans opposition de registre de politesse. C'est par influence du français apporté par Guillaume le Conquérant après 1066, que la cour anglaise s'est graduellement mise à employer le pluriel pour s'adresser à un dignitaire, un roi, ou un seigneur. Ainsi, thou pouvait être senti familier, ye plus poli. L'usage n'a cependant jamais été autant fixé qu'en français et l'on rencontre de très nombreuses attestations semblant incohérentes dans le choix des pronoms quant au degré de politesse attendu (par exemple, chez William Shakespeare, chez lequel le thou est parfois utilisé de manière assez osée par les personnages).

À la moitié du XVIIe siècle, la flexion des pronoms s'étant simplifiée, c'est la série you/your/yours qui a remplacée chacune des autres formes, faisant ainsi disparaître la série thou/thee/thy/thine/ye. (sauf dans quelques variantes dialectales et dans des communautés, comme chez les Quakers jusqu'à il y a peu). Cependant que la distinction entre le singulier et le pluriel de la deuxième personne devenait impossible dans la langue d'alors, les philologues traduisant des textes antiques, dont la Bible, l'ont fait perdurer dans la langue liturgique. L'édition King James du texte sacré (première édition : 1611), en est la preuve. Depuis cette époque, thou est senti comme plus solennel, plus respectueux que you mais reste d'emploi littéraire et très limité : on l'utilise dans des textes religieux pour s'adresser à Dieu, dans des comptines, dans des poèmes...

En breton

En Bretagne, la distinction T-V dépend beaucoup des zones géographiques et du genre de la personne à laquelle on s'adresse.

De fait, le tutoiement est complètement ignoré dans le sud-est du territoire brittophone, approximativement la zone comprise entre Quimper, Brasparts, Corlay, Pontivy et Lorient[6], soit le bas-vannetais et la Cornouaille, mis à part la région côtière du Pays Bigouden, où le tutoiement est utilisé. Quand on remonte vers le nord, surtout dans le Léon, le tutoiement est courant.

Dans les régions où le tutoiement est utilisé, il est traditionnellement réservé aux hommes (les hommes entre eux, et les femmes s'adressant aux hommes) tandis que le vouvoiement est de mise pour les femmes (les femmes entre elles et les hommes s'adressant aux femmes). Les jeunes générations ont cependant plus tendance à ignorer ces traditions et à faire comme en français, c'est-à-dire tutoyer les personnes proches, sans distinction de sexe.[7]

En catalan

En catalan, il existe deux possibilités pour vouvoyer. La première consiste à utiliser le pronom vós avec, comme en français, un verbe à la 2e personne du pluriel et des adjectifs pouvant être accordés au singulier. Il existe un autre pronom, vostè, évolution phonétique de vostra mercè, calqué sur l'espagnol vuestra merced, usted. Il s'utilise, comme en espagnol, avec un verbe à la 3e personne du singulier.

Vostè en étant venu à détrôner vós, ce dernier se retrouve maintenant cantonné à des emplois limités : il s'utilise pour s'adresser respectueusement à Dieu, aux personnes âgées, aux proches à qui l'on témoigne un certain respect ; vostè sert à s'adresser aux étrangers ou aux personnes peu connues avec plus de distance. Le tutoiement avec tu se limite aux proches.

En espagnol

L'espagnol possède un pronom distinct des autres pour marquer le vouvoiement, tant au singulier qu'au pluriel : usted/ustedes (abrégés en Vd. et Vds. ou Ud. / Uds.). Le verbe et les autres déterminants concernés se mettent à la troisième personne, au nombre voulu : en effet, usted est le résultat par usure phonétique de vuestra merced, « votre grâce » (on pourrait traduire usted está cansada par « Votre Grâce est fatiguée »). Le système est donc complet et, du moins quand les pronoms sont utilisés, sans ambigüité :

  • singulier
    • neutre → (tú) cantas : « tu chantes »,
    • poli → (usted) canta : « vous (seul) chantez »,
  • pluriel
    • neutre → (vosotros) cantáis : « vous chantez »,
    • poli → (ustedes) cantan : « vous (tous) chantez ».

Le pronom personnel sujet ne servant que pour l'insistance, on rencontrera plus souvent des verbes seuls, dont la personne peut être ambigüe : canta, par exemple, peut signifier tout aussi bien « il/elle chante » que « vous (seul) chantez ». On ne peut cependant jamais confondre tutoiement et vouvoiement, dont les terminaisons sont toutes différentes.

Note

On rencontre parfois des étymologies populaires pour expliquer qu'usted viendrait de l'arabe أُسْتاذ (ʾustād) (professeur). Outre que la date d'apparition du terme espagnol est trop ancienne pour que le mot ait été emprunté à l'arabe, le lien entre vuestra merced et usted est très clair et bien attesté.

Ce système est largement différent en Amérique du Sud. En effet, le pronom neutre pluriel vosotros a été évincé au profit de ustedes. De plus, dans certains pays d'Amérique latine (comme en Colombie), n'est que rarement utilisé, même entre proches. Enfin, on note l'existence de vos, pronom neutre singulier équivalent à .

En espéranto

Le plus souvent, en espéranto, on ne distingue pas le tutoiement et le vouvoiement. Le pronom personnel vi « tu/vous » est utilisé dans les deux cas par la majorité des locuteurs.

Il existe cependant une forme de tutoiement singulier : ci. Ludwik Lejzer Zamenhof n'en fait pas mention dans les deux ouvrages qui sont le fondement de la langue internationale qu'il a établie, l'Unua Libro et le Fundamento de Esperanto ; il l'a introduite plus tard, pour les besoins de traduction en espéranto depuis des langues nationales faisant la distinction, mais ne l'a pas recommandée dans l'usage courant. De nos jours, certains dictionnaires d'espéranto[8] mentionnent la forme ci comme traduction du « tu » français, et certains espérantophones (surtout ceux qui utilisent le tutoiement dans leurs langues respectives) et associations espérantistes - par exemple la Sennacieca Asocio Tutmonda - l'utilisent : cet usage est appelé cidiro. Mais d'autres dictionnaires, dont le Plena Ilustrita Vortaro de Esperanto qui est le dictionnaire de référence de la langue, déconseillent l'usage du ci, le réservant aux usages poétiques ou littéraires, où sont cantonnés nombre de néologismes minoritaires.

Tutoyer se dit cidiri (« dire ci ») ou, plus familièrement et moins précisément, ciumi. De même, vouvoyer se dit vidiri (« dire vi ») ou plus familièrement et moins précisément viumi. Le pronom personnel vi étant utilisé dans les deux cas par la majorité des locuteurs, vidiro signifie dans ce cas aussi bien tutoiement que vouvoiment, et le verbe vidiri siginfie dans ce cas aussi bien tutoyer que vouvoyer.

En français

En français, par exemple, le vouvoiement consiste à utiliser à la place de tu (personne neutre du singulier : « tu t'entends ? »), « vous » (d'où vou-voiement : « vous vous entendez ? »), qui n'est autre que le pluriel de tu. Le verbe suit la flexion du pluriel de la 2e personne.

En somme, le vouvoiement ne permet de préciser le degré de politesse qu'au singulier : au pluriel, en effet, le même pronom est utilisé (ce qui n'est pas forcément le cas dans d'autres langues, comme le portugais). En sorte, « vous » peut s'adresser à :

  • une personne qu'on vouvoie ;
  • plusieurs personnes qu'on tutoie ;
  • plusieurs personnes qu'on vouvoie.

D'ailleurs, le vouvoiement crée parfois une ambiguïté sur le nombre de personnes ; ainsi dans la chanson Fontenay-aux-roses de Maxime Le Forestier, l'usage du "vous" et de mots dont la marque du pluriel est muette empêche (volontairement) de savoir s'il s'adresse à une jeune fille ou plusieurs[9].

Les mots dépendant d'un pronom de vouvoiement (adjectifs, participes) peuvent subir une syllepse : on accorde le plus souvent avec le sens. Par exemple :

  • vous m'êtes amical → un interlocuteur masculin ;
  • vous m'êtes amicale → une interlocutrice ;
  • vous m'êtes amicaux → plusieurs interlocuteurs masculins, etc.

Il existe aussi une forme de vouvoiement encore plus formelle, très similaire au système utilisé en espagnol et en portugais et dérivant d'une pratique similaire, celui employé pour les personnes de statut social privilégié : les ecclésiastiques de haut rang, les chefs de familles nobles et leurs conjoints, les ambassadeurs, etc. On utilise en ce cas le pronom votre / vos suivi d'une formule (grâce, seigneurie, excellence...) et d'une verbe à la troisième personne du singulier.

Autres langues fonctionnant selon ce principe (dans l'ordre : 2e sg neutre ~ 2e sg formel = 2e pl. neutre = 2e pl. formel) :

Certaines pratiques sociales instituent le tutoiement dans la communication, comme par exemple les radioamateurs, les enseignants, les militants politiques et syndicaux, les échanges sur forums internet (pour un courrier électronique en revanche, cela dépend surtout de la manière dont on aborde la personne). La motivation informelle commandant le tutoiement dans ces contextes est que tous les membres de la communauté concernée sont des pairs, et dans ces cas l'usage du vouvoiement établirait une distance ou une hiérarchie.

La distinction T-V varie également en fonction de la zone francophone : un Québécois, par exemple, utilise plus facilement le tutoiement qu'un Français, alors qu'à l'inverse (voir ci-après) un Wallon l'utilise moins facilement ou fera varier cet usage selon des conditionnements contextuels très différents.

Français de Belgique

En français pratiqué en Belgique, l'usage est généralement le même que celui du français standard. Cependant, il existe des interférences linguistiques d'une part avec le néerlandais (et plus généralement avec les dialectes germaniques de la région) et le wallon[10] pouvant influencer le français parlé par les personnes dont le néerlandais ou le wallon est la langue maternelle ou en tous cas régulièrement pratiquée :

  • les Flamands dont le néerlandais est la langue maternelle, auront généralement tendance lorsqu'ils s'expriment en français à utiliser le tu en d'autres contextes (formel et informels) que celà ne se pratique par des personnes dont le français est la langue maternelle, de la même façon qu'ils l'utilisent pour gij / ge en néerlandais. S'en suit ainsi un tutoiement plus généralisé et plus rapide que pour la plupart des francophones. Un tu utilisé en contexte formel — qui pourrait paraître incorrect ou délibérément impoli pour des francophones natifs — sera "excusé" lorsque prononcé par un locuteur néerlandophone (généralement identifiable par l'accent ou d'autres "néerlandismes").
  • en wallon, qui n'est plus utilisé qu'en contexte familier et informel, l'utilisation du vos (=vous) est l'usage, tant en contexte formel qu'informel. Il est y compris utilisé pour s'adresser aux animaux domestiques. Ti (=tu), au contraire, est vulgaire, et sera généralement mal et agressivement perçu par la personne à qui il est adressé. Il est régulièrement utilisé dans un contexte de colère. Cette influence du wallon sur tu et vous reste quelque peu, malgré la disparition du wallon en tant que langue de conversation. Ces usages ont tendance à disparaitre de par l'influence des médias employant des versions uniques pour les différents publics francophones.

En hongrois

Il existe en hongrois une distinction d'une part entre deux niveaux de politesse en plus du tutoiement, d'autre part de formes permettant toujours de différencier le nombre des personnes auxquelles on s'adresse.

tutoiement « vouvoiement 1 » « vouvoiement 2 »
verbe à la : 2e pers. 3e pers. 3e pers.
Singulier te maga ön
Pluriel ti maguk önök

On a donc six formes là où le français en a deux (tu, vous), l'allemand trois (du, ihr, Sie), l'espagnol standard quatre (tú, vosotros, usted, ustedes), l'anglais moderne une (you), et l'espéranto une (vi).

Remarques

  • le tutoiement (te/ti) est globalement d'emploi plus répandu qu'en français ;
  • le « vouvoiement 1 » utilisant maga/maguk est typiquement employé par respect de la distance existant entre des personnes qui ne se connaissent pas, mais dont on peut penser qu'elles pourraient se tutoyer, si elles se connaissaient ; l'usage du « vouvoiement 2 » n'est alors pas envisagé. Maga/maguk peut aussi, dans certains contextes, être employé avec une intention de mise à distance d'autrui qui relève d'une certaine rudesse ;
  • le « vouvoiement 2 » utilisant ön/önök, ressenti comme plus poli, est employé par égard à la position sociale de l'interlocuteur : âge, statut social, position hiérarchique ; mais cela ne signifie pas que la personne ainsi honorée doive tutoyer en retour. Le vouvoiement ön/önök est utilisé dans un milieu professionnel hiérarchisé, par exemple, entre enseignants d'université. En revanche, les enseignants et leurs étudiants se tutoient.

Grammaticalement, te et ti sont des pronoms personnels, tandis que maga, maguk, ön et önök sont traités comme des substantifs (noms). Maga/maguk est une forme également utilisée comme pronom réfléchi de troisième personne. Comme dans d'autres langues européennes (portugais, italien...), le vouvoiement est fréquemment exprimé par la reprise du titre porté par la personne, le verbe étant conjugué à la troisième personne : « Doktor úr szeretne még egy kávét? » = « Monsieur le Docteur aimerait-il encore un café ? »

Dans une langue qui peut être considérée comme provinciale ou désuète, le verbe plaire (tetszik, « il (vous) plaît) est utilisé comme auxiliaire de vouvoiement : « Honnan tetszik jönni ? » = « D'où vous plaît-il de venir ? (D'où venez-vous ?) ». Cet usage est à l'origine de la forme figée tessék, universellement employé comme auxiliaire de vouvoiement de l'impératif : « Tessék leülni » = « Qu'il vous plaise de vous asseoir (Veuillez vous asseoir) ». On peut rapprocher ces usages du verbe plaire de la formule française de demande polie « S'il te plaît »/« S'il vous plaît ».

La langue plus ancienne faisait également usage de pronoms tels que kend, issu de kegyelmed = « ta grâce ».

En irlandais

En irlandais, la distinction T-V dépend uniquement du nombre. « tú » (tu, prononcer tou) s'emploiera au singulier et « sibh » (vous, prononcer chive) s'emploiera au pluriel, sans notions de registres de politesse.[11]

En italien

En italien, il existe, en plus du tutoiement, une forme de politesse utilisant le pronom lei, signifiant « elle » (en forme nominative) accompagné du verbe à la 3e personne du singulier. Le lei s'écrit parfois avec un L majuscule en signe de respect, particulièrement dans la correspondance administrative ou commerciale. Il est également possible d'utiliser Ella pour signifier une niveau encore plus élevé de politesse, mais cette forme est très rarement utilisée et est perçue comme archaïque ou snob depuis qu'en italien les pronoms egli (« il »), essi (« ils ») et particulièrement ella (« elle ») ont cessé d'être utilisés dans la langue courante, étant remplacés par lui (« lui »), loro (« eux ») et lei (« elle » accusatif). Pour plus d'information sur l'utilisation du féminin singulier de la troisième personne comme pronom de politesse, voir la section Origine du Lei de politesse, ci-dessous.

De nos jours, lei s'accorde avec le genre de la personne à qui l'on s'adresse. Le pronom lui-même peut ne pas être présent dans la phrase puisque l'italien ne requiert pas l'utilisation des pronoms. En cas d'absence, la forme de politesse est exprimée par le verbe conjugué à la troisième personne.

  • « Êtes-vous déjà allé à Rome ? »
  • « [Lei] è mai stato a Roma?» (-o : masculin)
  • « [Lei] è mai stata a Roma?» (-a : féminin, ou un masculin très formel)

La forme de politesse au pluriel utilisant loro (« eux ») accompagnée par le verbe à la troisième personne du pluriel n'est utilisée que très rarement aujourd'hui. Voi est normalement utilisé autant dans un contexte formel qu'informel lorsqu'on s'adresse à plus d'une personne. Loro est utilisé principalement dans les restaurants, où les serveurs continuent de s'adresser aux clients à la troisième personne du pluriel.

  • « Que désirez-vous manger ? »
  • « Che cosa desiderate mangiare?» (Voi est sous-entendu)
  • « Che cosa desiderano mangiare?» (Loro est sous-entendu)

Lei s'utilise habituellement comme le « vous » en français : dans les situations formelles, ou avec des étrangers. L'usage est réciproque entre adultes, mais n'est pas nécessairement réciproque lorsque des jeunes personnes s'adressent à des étrangers plus âgés ou plus respectés.

Les enseignants tutoient leurs étudiants jusqu'à la fin du lycée. À l'université, le lei est utilisé. Les écoliers peuvent tutoyer leurs instituteurs à l'école primaire, mais utilisent le lei au lycée. Actuellement, les adultes de moins de trente ans tendent à tutoyer les étrangers du même âge. Le tutoiement est également la norme lorsqu'on s'adresse à des étrangers sur Internet. Plusieurs formes différentes peuvent être utilisées lors de la rédaction de guides d'utilisation : tu, lei et voi sont tous acceptables. Les instructions peuvent aussi être rédigées de façon impersonnelle en utilisant des verbes à l'infinitif, ce qui permet d'éviter de choisir un pronom. Dans la publicité, les compagnies tutoient habituellement leur clientèle, car le lei est trop distant. Le tu suggère une relation plus rapprochée entre le client et l'entreprise.

Voi est parfois utilisé au lieu de lei, surtout dans le sud de l'Italie, mais cette forme est souvent perçue comme vieillotte.

Origine du Lei de politesse

Au début de son histoire, durant le Moyen Âge, la langue italienne utilisait la distinction T(u)-V(oi) comme les autres langues romanes. Dans La Divine Comédie (débutée en 1307), Dante tutoie les gens qu'il rencontre, mais il utilise voi lorsqu'il veut exprimer le respect, comme par exemple lorsqu'il rencontre son ancien professeur (« Siete voi qui, ser Brunetto? »).

L'utilisation de lei comme pronom poli apparait durant la Renaissance et se confirme sous l'influence de l'espagnol. Son origine se situe dans les expressions telles que « Votre Seigneurie, Éminence, Majesté, Sainteté, etc. » qui sont toutes de genre féminin (Vostra Signoria/Eminenza/Maestà/Santità/...) et auxquelles on applique la troisième personne du singulier. Durant quelques siècles (probablement entre les XVIe et XXe siècles), un système de trois pronoms est utilisé, tu/voi/lei étant employés avec un degré croissant de politesse. Cet usage est visible dans le roman Les Fiancés d'Alessandro Manzoni, écrit en 1840-42 et se déroulant en 1628-30 : Les personnages parlent en utilisant les trois pronoms, souvent de façon non réciproque, les combinaisons étant basées sur l'âge et le statut social.

En 1938, les dirigeants fascistes de l'Italie interdisent l'utilisation de lei pour des raisons nationalistes, la forme tu/voi étant considérée « plus italienne ». Cet interdit ne sera en vigueur que durant quelques années, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale et n'aura donc laissé que peu de traces. Cependant, dans certaines régions d'Italie, en particulier dans le sud, voi a toujours été la forme préférée de politesse et continue de l'être localement, alors que lei représente la forme V standard au niveau national.

  • Sources : Cette section sur la Distinction T-V en italien est issue d'une traduction de la version anglaise de Wikipédia, intitulé « T-V distinction in Italian »

En mandarin

Il existe en mandarin actuel un pronom de vouvoiement, qui ne s'emploie normalement pas au pluriel : 您 nín. On obtient alors un tel système :

  • neutre : sg → 你 , « tu », pl. → 你們/你们 nǐmen, « vous (tous) » ;
  • poli : sg. → 您 nín, « vous (seul) », pas de pluriel.

Il est plus fréquent dans la langue écrite et d'emploi plus limité que le vouvoiement français. On passe en effet très vite au tutoiement, surtout dans la langue orale.

La langue classique, quant à elle, distinguait d'autres pronoms personnels marquant la politesse, comme 君 jūn, « gentilhomme » (terme d’adresse honorifique) et 卿 qīng, très respectueux, à utiliser entre époux ou pour une personne noble ; on peut donc le traduire par « chéri(e) » ou « Sire », selon le contexte.

En néerlandais

Il existe une forme de vouvoiement, qui utilise le pronom U, de la deuxième personne du singulier, à la place du pronom jij ou je. La forme du verbe reste donc identique. L'utilisation du vouvoiement est nettement plus rare qu'en français.

Notons que le pronom U s'exprime sous deux formes, l'une minuscule (u) et l'autre majuscule (U) qui revêt encore plus de solennité.

Cas sujet Cas régime Génitif
Tutoiement Jij/Je Jou/Je Jouw/Je
Vouvoiement (forme minuscule) u u uw
Vouvoiement (forme majuscule) U U Uw

Alors qu'elle est presque inusitée à l'oral, la forme minuscule ne se retrouve que dans certains écrits formels. Considérant que l'on n'adresse U qu'au roi et à Dieu, il n'est réservé qu'aux cas où le protocole ou la politesse l'exigent.

En norvégien

En norvégien, comme en allemand, on se vouvoie en utilisant les pronoms personels de la troisième personne au pluriel (De, Dem). Quand ils sont utilisés pour vouvoyer, ces pronoms s'écrivent toujours avec une majuscule (pour indiquer la troisième personne au pluriel, ils s'écrivent avec une minuscule). Cette forme de titulation ne s'utilise presque plus : les Norvégiens se tuttoient, même quand on parle avec des personnes que l'on n'a jamais vues. Parfois le vouvoiement peut s'utiliser dans les lettres formelles, mais cet usage est aussi en train de disparaître.

En adressant la famille royale, on ne vouvoie pas, mais on utilise soit le titre « Deres majestet » (votre majesté) soit le titre seul: « kongen » (le roi), « dronningen/dronninga » (la regne) etc. On ne vouvoie pas à Dieu, il est tutoié.

Il n'y a aucun verbe qui signifie « tutoyer/vouvoyer » ; on utilise les expressions « være dus/være Des » que l'on peut traduire « être tutoieurs/être vouvoyeurs ».

En polonais

Le polonais possède une forme de vouvoiement simple et originale, puisqu'il utilise le mot « Monsieur/Madame ».

On trouvera ainsi les formes pan (Monsieur), pani (Mademoiselle[12], Madame), panowie (Messieurs), panie (Mesdemoiselles, Mesdames), państwo (Mesdames et Messieurs). Le verbe se met logiquement à la troisième personne du singulier ou du pluriel.

À l'inverse, un vouvoiement par l'usage de wy (vous) sera souvent mal perçu, car considéré comme une imitation du vouvoiement russe et rappelant la période soviétique.

En russe

Le russe utilise essentiellement le même mécanisme que le français, faisant alterner ты (tu) et вы (vous, parfois avec majuscule). Néanmoins, le système est plus dynamique, et un dialogue commencé sur un tutoiement peut emprunter le vouvoiement quand un interlocuteur veut marquer son désaccord.

De plus, le russe dispose d'une particule de déférence, -сь -s´. Contraction jusqu'à l'excès de сударь soudar´ (monsieur), utilisée à l'origine par une certaine classe sociale, surtout les fonctionnaires, elle indique souvent une déférence abusive et est maintenant perçue comme persiflante ou comique. Un exemple de Pouchkine peut aider à faire comprendre le sens originel.

« Attendez-s´
— Comment osez-vous me dire : attendez ?
— J'ai dit : attendez-s´ Votre Excellence. »

Pour un autre exemple de son utilisation, voir le personnage de Lebedev dans l'Idiot de Fedor Dostoïevski, qui en use et abuse, à chaque contestation polie d'une personne de rang supérieur :

« Comment se peut-il que vous ne l'ayez pas remarqué à l'endroit principal ?
— C'est justement-s´, j'y ai regardé-s´. Je ne me souviens que trop bien d'y avoir regardé-s´. »

Notes

  1. Pour ce dernier cas, les choses ont évolué ces derniers lustres et dans certaines émissions télévisées « décontractées » censées s'adresser à un public d'adolescents et de jeunes adultes, le formalisme s'est inversé, la règle obligatoire étant le tutoiement
  2. Dictionnaire de Le Gonidec
  3. Il existe également les anciens termes voussoyer et voussoiement
  4. Et dès lors en certaines circonstances, le vouvoiement en wallon peut être considéré comme amical et informel alors que le tutoiement est agressif et formel, ce qui peut apparaître comme une utilisation inversée par rapport à celle de la plupart des autres langues. À l'inverse, les néerlandophones et flamandophones s'exprimant en français auront tendance à tutoyer facilement sous l'influence du néerlandais.
  5. Déterminant possessif (ton, votre, etc.) puis pronom possessif (le tien, le vôtre, etc.)
  6. Dictionnaire du Breton contemporain de Francis Favereau. Éditions Skol Vreeizh. ISBN 2-903313-41-5
  7. Le Breton de Poche de Divi Kervella, éditions Assimil, ISBN 978-2-7005-0308-1
  8. Grand Dictionnaire Français-Espéranto de Jacques le Puyl et Jean-Pierre Danvy déposé en 01/1993 ISBN 2-9507376-0-9
  9. http://www.lyricstime.com/maxime-le-forestier-fontenay-aux-roses-lyrics.html
  10. (fr) Grammaire wallonne en ligne - Li waibe del croejhete walone
  11. L'Irlandais de poche de Ciarán Mac Guill, éditions Assimil, ISBN 2-7005-0279-5
  12. Le mot panna (Mademoiselle) n'est pas utilisé en polonais actuel pour le vouvoiement

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  • TUTOIEMENT — n. m. Action de tutoyer …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

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