Tueries et massacres perpétrés durant la Guerre de Palestine de 1948

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Tueries et massacres perpétrés durant la Guerre de Palestine de 1948

Tueries et massacres de la Guerre de Palestine de 1948

Les tueries et massacres de la Guerre de Palestine de 1948 se soldĂšrent par la mort d’environ un millier de civils ou de soldats dĂ©sarmĂ©s palestiniens et israĂ©liens[1].

Sommaire

ÉvĂ©nements

Contexte

Conflit arabo-sioniste
en Palestine mandataire

Allenby enters Jerusalem 1917.jpg

Émeutes de 1920 - JĂ©rusalem
Émeutes de 1921 - Jaffa
Émeutes de 1929 - HĂ©bron
Grande RĂ©volte arabe de 1936-1939
Guerre civile de 1947-1948

AprĂšs environ 30 annĂ©es de conflit nationaliste en Palestine mandataire entre Arabes palestiniens et Juifs sionistes et tandis qu’aucun accord ne pouvait ĂȘtre trouvĂ© entre les parties, les Britanniques dĂ©cidĂšrent de remettre leur mandat en fĂ©vrier 1947 et le 30 novembre 1948, l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des Nations-Unies votait le Plan de partage de la Palestine.

Le vote fut immĂ©diatement d’une montĂ©e de la violence qui dĂ©gĂ©nĂ©ra en guerre civile dans laquelle les Arabes palestiniens, soutenus par l’ArmĂ©e de libĂ©ration arabe, et les Juifs palestiniens s’affrontĂšrent les uns les autres tandis que la rĂ©gion Ă©tait toujours sous contrĂŽle britannique. Le 15 mai 1948, une guerre rĂ©guliĂšre lui succĂ©da quand IsraĂ«l dĂ©clara son indĂ©pendance et que la Jordanie, l’Égypte, la Syrie et l’Irak envoyaient des corps expĂ©ditionnaires en Palestine pour y combattre les IsraĂ©liens.

La guerre causa la mort d’environ 20 000 personnes, civils et militaires, soit prĂȘt de 1 % de la population des deux communautĂ©s impliquĂ©es dans les combats. Parmi celles-ci, environ un millier furent victimes de massacres[1].

Ampleur

Massacres

Les massacres principaux perpĂ©trĂ©s par les Arabes palestiniens ou les Arabes furent ceux de la raffinerie d’HaĂŻfa quand 39 Juifs furent tuĂ©s et le massacre de Kfar Etzion quand environ 150 soldats dĂ©sarmĂ©s ou prisonniers furent exĂ©cutĂ©s avec la complicitĂ© de la LĂ©gion arabe[1]. Le massacre du convoi de l’hĂŽpital Hadassah est souvent citĂ© comme autre exemple de massacre parce qu’il inclut la mort de nombreux membres du personnel mĂ©dical, dĂ©sarmĂ©s[1].

Benny Morris répertorie une vingtaine environ de tueries ou massacres qui ont ou auraient été commis par les Israéliens durant la guerre[1]. Saleh Abdel Jawad en répertorie 70 dans une étude récente[2].

Selon Benny Morris, sur l’ensemble de la guerre « les troupes du Yichouv assassinĂšrent probablement plus de 800 civils et prisonniers de guerre arabes Â»[1]. La plupart des tueries et des massacres se produisirent lors de la capture de villages durant la pĂ©riode de guerre civile et durant les opĂ©rations Dani, Hiram et Yoav (en)[1]. Les « pires exemples Â» furent les massacres de Saliha (70 Ă  80 morts), de Deir Yassin (environ 100 morts), de Lydda (en) (environ 250 morts), d’al-Dawayima (en) (des centaines de morts) et d’Abou Shousha (en) (70 morts)[3]. De son cĂŽtĂ©, Saleh Abdel Jawad Ă©value Ă  455 le nombre de morts lors du massacre d'al-Dawayima, dont 170 femmes et enfants[2].

Il y a une controverse quant à savoir si un massacre fut perpétré ou non à al-Tantoura[1].

Attentats Ă  la bombe

Au dĂ©but de la guerre civile, les milices juives organisĂšrent plusieurs attentats Ă  la bombe. Le 4 janvier, le Lehi fit exploser un camion devant l’hĂŽtel de ville de Jaffa abritant le quartier gĂ©nĂ©ral du Najada, tuant 15 personnes et en blessant 80 dont 20 gravement[4]. La nuit du 6 au 7 janvier, Ă  Qatamon dans la banlieue de JĂ©rusalem, la Haganah fit exploser l’hĂŽtel Semiramis dont les services de renseignement avaient signalĂ© qu’il abritait des miliciens arabes. 24 personnes sont tuĂ©es[5]. Le 7 janvier, Ă  JĂ©rusalem, des membres de l’Irgoun lancent une bombe Ă  un arrĂȘt de bus, tuant 17 personnes[6]. Le 28 fĂ©vrier, le Palmach commet un attentat Ă  la voiture piĂ©gĂ©e dans un garage de la HaĂŻfa arabe faisant 30 morts et 70 blessĂ©s dans le camp arabe[7].

Le 22 fĂ©vrier 1948, des hommes d’Abd al-Kader al-Husseini organisĂšrent avec l’aide de dĂ©serteurs britanniques trois attaques contre la communautĂ© juive. Des voitures piĂ©gĂ©es explosĂšrent devant les bureaux du Palestine Post, dans le marchĂ© de la rue Ben Yehuda et dans l’arriĂšre-cour des bureaux de l’Agence juive. Ils firent respectivement 22, 53 et 13 victimes juives[8],[9].

Pendant les premiers mois de 1948, la ligne de chemin de fer entre Le Caire et HaĂŻfa fut souvent prise pour cible. Le 31 mars, elle fut minĂ©e prĂšs de Binyamina, une implantation juive au voisinage de CĂ©sarĂ©e, tuant 40 personnes et en blessant 60. Les pertes furent toutes civiles, principalement arabes bien qu’il y eut quelques soldats dans le train qui ne furent pas blessĂ©s. Le Palestine Post et le New York Times attribuĂšrent les attaques au Lehi[10],[11].

Causes

Benny Morris considÚre que les tueries et les massacres qui se produisirent lors de la guerre sont un événement qui accompagne toujours les guerres dans des circonstances analogues[1].

Pendant la guerre civile, la Haganah avait reçu l’ordre d’éviter toute action Ă  l’encontre des femmes et des enfants mais l’Irgoun et le Lehi ne pratiquĂšrent aucune discrimination. De l’autre cĂŽtĂ©, les « milices arabes palestiniennes ciblaient souvent dĂ©libĂ©rĂ©ment les civils Â»[1]. Suite au fait que les Britanniques ne s’étaient pas encore retirĂ©s, les deux camps ne purent pas Ă©tablir des camps de prisonniers et en consĂ©quence, n’en firent pas[1].

Pendant la guerre rĂ©guliĂšre, les armĂ©es combattantes furent plus ou moins disciplinĂ©es et les « tueries de civils ou de prisonniers de guerre stoppĂšrent quasiment, Ă  l’exception d’une sĂ©rie d’atrocitĂ©s commises par troupes de l’armĂ©e israĂ©lienne Â»[1].

En dĂ©pit de leur rhĂ©torique, les armĂ©es arabes perpĂ©trĂšrent peu d’atrocitĂ©s et aucun massacre de prisonniers de grande Ă©chelle bien qu’ils eurent l’occasion de le faire quand ils prirent la Vieille Ville de JĂ©rusalem ou les implantations d’Atarot (en), Neve Yaakov (en), Nitzanim (en), Gezer (en) et Mishmar-Hayarden[1]. Au contraire d’ailleurs, le 28 mai, quand les combattants et les habitants de la Vieille Ville se rendirent et tandis qu’ils craignaient pour leur vie, les soldats de la LĂ©gion arabe les protĂ©gĂšrent de la foule et tuĂšrent et blessĂšrent mĂȘme des arabes pour ce faire[12].

En ce qui concerne les massacres perpĂ©trĂ©s par l’armĂ©e israĂ©lienne Ă  la fin de la guerre et particuliĂšrement durant l’OpĂ©ration Hiram au cours de laquelle une dizaine de massacres se produisirent, un manque de discipline ne peut pas expliquer les Ă©vĂ©nements[1],[13]. Yoav Gelber souligne « les sentiments durs [des soldats] Ă  l’encontre des Palestiniens Â» et le fait que ces derniers n’avaient pas fui comme lors des opĂ©rations prĂ©cĂ©dentes[13]. Benny Morris pense qu’ils furent dus Ă  une « vengeance gĂ©nĂ©rale et un dĂ©sir des commandants locaux de prĂ©cipiter l’exode Â»[1].

Pour expliquer la diffĂ©rence dans le nombre de tueries et de massacres de part et d’autre, Benny Morris souligne que « ce fut probablement dĂ» aux circonstances qui ont fait que les IsraĂ©liens, victorieux, capturĂšrent prĂšs de 400 villages et villes arabes entre avril et novembre 1948 tandis que les Arabes palestiniens et l’ArmĂ©e de libĂ©ration arabe Ă©chouĂšrent dans la prise de quelques implantations et que les armĂ©es arabes qui envahirent Ă  la mi-mai capturĂšrent moins d’une demi-douzaine d’implantations juives Â»[1]. Il considĂšre aussi que les belligĂ©rants se comportĂšrent relativement bien et que la « [guerre] de 1948 est notable pour le relativement faible nombre de victimes civiles tant suite aux batailles elles-mĂȘmes que suite aux atrocitĂ©s qui les accompagnĂšrent [en comparaison, par exemple,] avec la Guerre de Yougoslavie des annĂ©es 1990 ou les Guerres civiles soudanaises des 50 derniĂšres annĂ©es Â»[1].

Conséquences

Article principal : Exode palestinien de 1948.

Selon les historiens, qu’ils soient dĂ©libĂ©rĂ©s ou non, les massacres eurent une influence importante sur l’exode de la population arabe palestinienne au cours de la guerre.

De plus, le massacre de Deir Yassin participa fortement Ă  la dĂ©cision des États arabes d’intervenir contre IsraĂ«l. Le chef de la Ligue arabe, Abdul Rahman Hassan Azzam dĂ©clara que « le massacre de Deir Yassin fut pour une grande part la cause de l’indignation des nations arabes et le facteur le plus important pour l’envoi des armĂ©es arabes Â»[14].

Évolutions historiographiques

Avertissements et menaces arabes

À l'encontre des Juifs de Palestine

AprĂšs le vote du plan de partage, certains leaders arabes menacĂšrent la population juive, invoquant « de jeter les Juifs Ă  la mer Â» ou de dĂ©barrasser la Palestine « du flĂ©au sioniste Â»[15]. À la veille de l’invasion des armĂ©es arabes, Azzam Pacha, le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Ligue arabe, « dĂ©crivant le destin des Juifs Â» dĂ©clara mĂȘme : « Ce sera une guerre d’extermination et un massacre mĂ©morable dont on parlera comme les massacres des Mongols et des croisades Â»[16].

Selon l’historiographie israĂ©lienne traditionnelle, ces propos reflĂ©taient les intentions arabes[17],[15]. Bien que Benny Morris considĂšre l’image Ă  donner aux intentions arabes comme plus complexe, notamment parce qu’ils Ă©taient bien conscients qu’ils ne pourraient vaincre les Juifs[15], il souligne que le Yichouv Ă©tait menacĂ© d’extermination et craignait ce qui se passerait si les Arabes venaient Ă  gagner[18]. Yoav Gelber voit nĂ©anmoins ces dĂ©clarations publiques comme « sans signification Â» et considĂšre que « les actions [de leurs armĂ©es] impliquent que les objectifs de l’invasion arabe Ă©taient limitĂ©s et focalisĂ©s sur le sauvetage des Arabes de Palestine d’une domination juive totale. Â»[19].

À l'encontre des Juifs d'en dehors de Palestine

Dans le contexte du vote du plan de partage, les populations juives des pays arabes en dehors de Palestine furent Ă©galement menacĂ©es. Le 14 novembre 1947, le dĂ©lĂ©guĂ© Ă©gyptien aux Nations Unies dĂ©clara que « la solution proposĂ©e pourrait mettre en danger un million de Juifs vivant dans les pays musulmans. Le partage de la Palestine pourrait crĂ©er dans ces pays un antisĂ©mitisme encore plus difficile Ă  dĂ©raciner que l’antisĂ©mitisme que les AlliĂ©s essayĂšrent d’éradiquer en Allemagne. Â»[20] Dans les faits, la dĂ©claration de partition servit de prĂ©texte Ă  un pogrom Ă  Aden oĂč le 2 dĂ©cembre 1947, 82 Juifs furent massacrĂ©s[21].

Dans son Ă©dition du 16 mai 1948, le New York Times rapporta un mĂ©morandum du CongrĂšs juif mondial exprimant ses craintes relatives Ă  cette situation dans un article intitulĂ© : « Jews in grave danger in all Moslem lands: Nine hundred thousand in Africa and Asia face thre wrath of their foes. Â»[22] Au Caire en Égypte, entre juin et novembre 1948, plusieurs attentats Ă  la bombe, certain suivant des attaques aĂ©riennes de la ville par l’armĂ©e israĂ©lienne, causĂšrent la mort d’une centaine de Juifs[23].

« PuretĂ© des armes Â»

Au cours du conflit entre Juifs et arabes en Palestine avant la guerre, le concept de « PuretĂ© des armes Â» Ă©tait utilisĂ© pour distinguer les attitudes respectives de l’Irgoun et de la Haganah Ă  l’encontre des Arabes, les seconds se vantant de leur adhĂ©sion au principe[24]. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le prĂ©cepte requiert que les « armes restent pures [et qu’]elles ne soient utilisĂ©es que pour l’auto-dĂ©fense et [jamais] contre des civils innocents ou des gens sans dĂ©fense. Â»[25] Toutefois, s’il « resta une valeur centrale dans l’éducation Â», il resta « plutĂŽt vague et intentionnellement flou Â» au niveau pratique[24].

En 1946, Ă  une confĂ©rence tenue entre lui et les chefs de la Haganah, Ben Gourion prophĂ©tisa la confrontation entre les Arabes de Palestine et les États arabes. En ce qui concerne le concept de « PuretĂ© des armes Â», il souligna que : « La fin ne justifie pas les moyens. Notre guerre est basĂ©e sur des principes moraux. Â»[26] et durant la guerre de 1948, le Mapam, le parti politique affiliĂ© au Palmach, demandĂ© « une observation stricte du [principe] juif de la « PuretĂ© des armes Â» pour garantir le caractĂšre moral de la guerre Â»[27].

Quand il fut critiquĂ© par les membres du Mapam concernant le problĂšme des rĂ©fugiĂ©s arabes, David Ben Gourion leur rappela les Ă©vĂ©nements de Lydda et Ramle et le fait que ce sont des officiers du Palmach qui furent responsables de l’« outrage qui avait encouragĂ© la fuite des arabes (
) mit le parti mal Ă  l’aise Â»[27].

Selon Avi Shlaim, la « PuretĂ© des armes Â» est un des points clĂ©s du « rĂ©cit conventionnel sioniste ou de la vieille histoire Â» dont la « version populaire-hĂ©roĂŻque-moralisatrice de la guerre de 1948 Â» est « enseignĂ©e dans les Ă©coles israĂ©liennes et utilisĂ©e intensivement Ă  l’étranger dans sa quĂȘte de lĂ©gitimitĂ© Â»[25]. Benny Morris ajoute qu’« aprĂšs la guerre, les IsraĂ©liens essayĂšrent de mettre en avant la « PuretĂ© des armes Â» de ses miliciens et de ses soldats, en contraste avec la barbarie arabe, qui Ă  l’occasion s’exprima dans la mutilation de corps de juifs capturĂ©s. Â» Selon lui, « elle renforça l’image auto-gratifiante des IsraĂ©liens et les aida Ă  « vendre Â» le nouvel État Ă  l’étranger et (
) diabolisa l’ennemi Â»[1].

ÉvĂ©nements d'al-Tantoura

Articles principaux : Massacre d'al-Tantoura et Affaire Tantoura.

Durant la nuit du 22 au 23 mai 1948, les hommes de la brigade Alexandroni prirent d’assaut le village d’al-Tantoura. Les combats se soldĂšrent par la morts de plusieurs dizaines de combattants arabes et de 14 soldats israĂ©liens. Il existe une controverse sur les Ă©vĂ©nements qui suivirent[28].

Ilan PappĂ© considĂšre que les tĂ©moignages des anciens soldats de la brigade Alexandroni ainsi que ceux des rĂ©fugiĂ©es palestiniens prouvent qu’au moins 200 villageois non armĂ©s furent tuĂ©s. Selon ses analyses, les exĂ©cutions furent perpĂ©trĂ©es par revanche pour les victimes de tirs de snipers palestiniens aprĂšs la bataille, et plus tard quand certains habitants, accusĂ©s de cacher des armes, furent abattus[29]. Selon les analyses de Yoav Gelber, le dĂ©compte entre le nombre d’habitants avant l’assaut et celui des rĂ©fugiĂ©s, des prisonniers de guerre et des victimes des combats, ne laisse aucune personne manquante ; ce qui lui fait conclure Ă  l’absence de massacre[28]. L’analyse de Benny Morris conclut que la documentation et les interviews rĂ©alisĂ©s auprĂšs de tĂ©moins ne prouvent pas qu’un massacre s’est produit mais que l’hypothĂšse ne peut pas ĂȘtre rejetĂ©e pour autant[30].

Historiographie palestinienne

Nadine Picaudou a Ă©tudiĂ© l’évolution de l’historiographie palestinienne de la guerre de 1948. Elle avance que si le massacre de Deir Yassin est longtemps restĂ© le seul discutĂ©, « comme si il suffisait pour rĂ©sumer la tragĂ©die des victimes palestiniennes. Â» Elle pense que durant la pĂ©riode pour laquelle « la mĂ©moire collective se mobilisait autour du nationalisme palestinien, une Ă©vĂ©nement exemplaire suffisait pour exprimer la tragĂ©die. Â» En rĂ©fĂ©rence Ă  l’étude publiĂ© en 2007 par Saleh Abdel Jawad, Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War, elle Ă©crit que les massacres n’intĂ©ressĂšrent les historiens palestiniens que relativement tard mais que quand les « Palestiniens commencĂšrent Ă  Ă©crire leur histoire, la problĂ©matique des massacres devint inĂ©vitablement un des facteurs prĂ©pondĂ©rants dans l’étude de l’exode de masse Â»[31].

Nadine Picaudou souligne Ă©galement que « l’historiographie palestinienne ne retient que le paradigme de la Nakba, qui rĂ©duit les Palestiniens au statut de victimes passives des politiques israĂ©liennes, comme [illustrĂ©] par l’attention limitĂ©e accordĂ©e par les chercheurs au batailles de 1947-48. Â»[31].

« Batailles Â» et « massacres Â»

Dans le contexte de la guerre de 1948, plusieurs historiens ont soulignĂ© la nuance, parfois de maniĂšre polĂ©mique, qui peut exister entre une « bataille Â» et un « massacre Â».

Convoi médical de l'hÎpital Hadassah

En 1948, l’hĂŽpital Hadassah est situĂ© dans l’enclave du Mont Scopus Ă  JĂ©rusalem d’oĂč il domine plusieurs quartiers arabes. Le 13 avril, un convoi devant permettre le transport de personnel et de quelques blessĂ©s mais Ă©galement de renforts et de munitions rejoint l’enclave. Il est protĂ©gĂ© par l’emblĂšme de la Magen David, reconnu par la Croix-Rouge, et par des soldats armĂ©s et des vĂ©hicules blindĂ©s. Les Arabes sont informĂ©s par un soldat australien que le convoi aurait pour mission de renforcer la position pour permettre Ă  la Hagannah d’attaquer et de couper la route de Ramallah. Plusieurs centaines de combattants arabes parviennent Ă  immobiliser plusieurs vĂ©hicules. Les autoritĂ©s britanniques tardent Ă  intervenir et les occupants ne sont secourus qu’aprĂšs plusieurs heures de combats au terme desquels on dĂ©nombre 79 morts. Suite aux Ă©vĂ©nements, Jacques de Reynier exige que tous les convois soient placĂ©s sous protection de la Croix-Rouge et dĂ©sarmĂ©s, ce qui se fera ensuite, et que l’enclave soit dĂ©militarisĂ©e, ce que les autoritĂ©s sionistes refusent[32].

Bien que l’ensemble des Ă©vĂ©nements sont gĂ©nĂ©ralement vus comme un massacre, Benny Morris considĂšre qu’il s’agit plutĂŽt d’une bataille Ă©tant donnĂ© que l’opĂ©ration arabe Ă©tait militaire et visait un convoi de ravitaillement armĂ©. Il souligne toutefois la mort massive de membres du personnel mĂ©dical, dĂ©sarmĂ©s, lors des Ă©vĂ©nements[1].

Deir Yassin

Article principal : Massacre de Deir Yassin.

En 1948, le village de Deir Yassin se situe dans les faubourgs de JĂ©rusalem. Il ne prĂ©sente nĂ©anmoins pas d’importance stratĂ©gique et ses habitants n’ont fait preuve d’aucune hostilitĂ©, au contraire. Le 9 avril, environ 120 hommes de l’Irgoun et du Lehi attaquent pourtant le village dans le contexte de l’OpĂ©ration Nahshon. Les habitants opposent une rĂ©sistance inattendue Ă  l’attaque. Les assaillants souffrent de lourdes pertes et des civils sont tuĂ©s dans les Ă©changes de tirs. Les miliciens prennent ensuite les habitations une Ă  une, les nettoyant souvent Ă  la grenade et des civils dĂ©sarmĂ©s sont abattus Ă  vue. AprĂšs les combats, quelques villageois sont exĂ©cutĂ©s aprĂšs avoir Ă©tĂ© exhibĂ©s dans les rues de JĂ©rusalem. Un groupe de prisonniers sont abattus dans une carriĂšre des environs et d’autres Ă  Sheikh Bader. Sur le 100 Ă  120 victimes des combats, environ 70 % sont des civils[33],[34],[35].

En 2007, Uri Milstein a publiĂ© un livre controversĂ© « Blood Libel at Deir Yassin (en) Â» dans lequel il souligne que les Ă©vĂ©nements de Deir Yassin furent avant tout le rĂ©sultat d’une bataille et non un massacre. Toutefois, il va plus loin et nie Ă©galement la rĂ©alitĂ© des atrocitĂ©s qui suivirent la prise du village et qui sont prises comme exemple par les autres historiens pour dĂ©crire le massacre[36]. Nadine Picadou nuance Ă©galement les mĂȘmes Ă©vĂ©nements et considĂšre que dans l’historiographe palestinienne « le massacre de Deir Yassin a Ă©clipsĂ© la bataille de Deir Yassin Â»[31]. Benny Morris, quant Ă  lui, considĂšre que la prise du village, insignifiante sur la plan militaire peut difficilement ĂȘtre qualifiĂ©e de « bataille Â»[35].

Lydda et Ramle

Lydda

En juillet 1948, les IsraĂ©liens lancent l’opĂ©ration Dani dont le but est la conquĂȘte des villes de Lydda et Ramle. La premiĂšre attaque contre Ludda se produit l’aprĂšs-midi du 11 juillet quand une colonne de vĂ©hicules blindĂ©s et de jeeps du 89e bataillon traverse la ville en « mitraillant tout ce qui bouge. Â» « Des douzaines d’arabes (peut-ĂȘtre pas moins de 200) Â» sont tuĂ©s[37]. Selon Benny Morris, la description de ce raid par un des soldats « combine les Ă©lĂ©ments d’une bataille et d’un massacre Â»[37].

Plus tard, les troupes israĂ©liennes entrent et prennent position dans le centre-ville. La seule rĂ©sistance vient du fort de police tenu par « un petit contingent de lĂ©gionnaires et d’irrĂ©guliers. Â» Des centres de dĂ©tention sont mis sur pied dans les mosquĂ©es et les Ă©glises pour les mĂąles adultes et entre 300 et 400 soldats israĂ©liens prennent garnison dans la ville. Le matin du 12 juillet, la situation est calme mais vers 11 h 30, un incident se produit. Deux ou trois vĂ©hicules blindĂ©s entrent dans la ville et des Ă©changes de tirs se produisent. Les escarmouches font penser aux habitants que la LĂ©gion arabe contre-attaque et probablement quelques douzaines de snipers[38] tirent sur les occupants. Les soldats israĂ©liens se sentent menacĂ©s et vulnĂ©rables parce qu’ils sont isolĂ©s parmi des milliers de citadins hostiles et sont « en colĂšre [parce qu’]ils considĂšrent que la ville s’est rendue. Â» « On leur ordonne de tirer sur toute cible visible Â» (ou sur « quiconque aperçu dans les rues Â». Les habitants arabes de leur cĂŽtĂ© paniquent et beaucoup se ruent Ă  l’extĂ©rieur oĂč ils sont abattus[39].

Il existe une controverse entre historiens pour ce qui concerne les Ă©vĂ©nements qui suivent. Selon Benny Morris, des prisonniers qui tentent de s’évader de la mosquĂ©e Dahaimash, sans doute par crainte d’ĂȘtre massacrĂ©s, sont abattus en masse[39]. L’historiographie palestinienne dĂ©crit les Ă©vĂ©nements diffĂ©remment. Selon elle, ce sont des civils qui se sont rĂ©fugiĂ©s dans la mosquĂ©e, pensant que les IsraĂ©liens n’oseraient pas profaner le sanctuaire. Mais les IsraĂ©liens tuent tous les gens lĂ -bas faisant entre 9"[Quoi ?] et 176 morts[40][rĂ©f. incomplĂšte]. Alon Kadish et Avraham Sela Ă©crivent qu’il y a une confusion entre deux mosquĂ©es. Selon eux, les dĂ©tenus sont seulement rassemblĂ©s dans la grande mosquĂ©e, oĂč aucun incident ne se produit tandis que c’est un groupe de 50 Ă  60 Arabes armĂ©s qui se sont barricadĂ©s dans la mosquĂ©e Dahaimash. La prise du bĂątiment se solde par la mort de 30 miliciens et civils, dont des vieillards, des femmes et des enfants[41].

Les morts du 12 juillet sont vus dans le monde arabe et par plusieurs historiens comme rĂ©sultant d’un massacre. Walid Khalidi parle d’une « orgie de tuerie sans discrimination Â»[42]. Benny Morris Ă©crits que « des Palmachniks nerveux massacrent des dĂ©tenus dans le complexe de la mosquĂ©e Â»[43]. Selon Yoav Gelber, ce fut un « massacre plus sanglant que Deir Yassin Â»[44] Alon Kadish et Avraham Sela Ă©crivent que ce fut « une bataille intense oĂč la dĂ©marcation entre civils, combattants irrĂ©guliers et unitĂ©s de l’armĂ©e rĂ©guliĂšres n’existait pas Â»[41].

Annexes

Documentation

Bibliographie

Liens externes

Notes et références

  1. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o , p , q , r  et s  Benny Morris (2008), p. 404-406.
  2. ↑ a  et b  Saleh Abdel Jawad (2007), Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War, E. Benvenisti & al, Israel and the Palestinian Refugees, Berlin, Heidelberg, New-York : Springer, p. 59-127.
  3. ↑ (en)Interview with Benny Morris by Ari Shavit, Ha'aretz, 1er septembre 2004.
  4. ↑ Yoav Gelber, Palestine 1948, p. 20.
  5. ↑ Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem revisited, p. 123.
  6. ↑ Dominique Lapierre et Larry Collins, Ô JĂ©rusalem, p. 200-204.
  7. ↑ Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem revisited, p. 221.
  8. ↑ Yoav Gelber (2006), p. 24
  9. ↑ EfraĂŻm Karsh, 2002, p. 36.
  10. ↑ The Palestine Post, 1er avril 1948
  11. ↑ New York Times, 1er avril 1948
  12. ↑ Benny Morris (2008), p. 219-220.
  13. ↑ a  et b  Yoav Gelber (2006), p. 227-228.
  14. ↑ Tom Segev, 1949: The First Israelis, 1986, p. 89.
  15. ↑ a , b  et c  Benny Morris (2008), p. 396.
  16. ↑ Howard Sachar (2007), p. 333.
  17. ↑ Mitchell Bard, 1948 War, sur le site de la Jewish Virtual Library
  18. ↑ Benny Morris (2004), p. 589-590.
  19. ↑ yoav Gelber, The Jihad that wasn’t, Automne 2008, no 34.
  20. ↑ Malka Hillel Shulewitz (2000), p. 84.
  21. ↑ Reuben Ahroni, The Jews of the British Crown Colony of Aden: history, culture, and ethnic relations, Brill, 1994, p. 210
  22. ↑ New York Times, 16 mai 1948, consultable ici
  23. ↑ Joel Beinin (en), (en)The Dispersion Of Egyptian Jewry Culture, Politics, And The Formation Of A Modern Diaspora, University of California Press, 1998, p. 68-69.
  24. ↑ a  et b  Anita Shapira (1992), p. 252.
  25. ↑ a  et b  Avi Shlaim, The Debate About 1948 [pdf], International Journal of Middle East Studies, 27:3, 1995, p. 287-304.
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