Tsunami

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Tsunami
Temps de parcours estimé de l'onde du tsunami induit par le tremblement de terre de Sendai du 11 mars 2011.

Un tsunami est une onde ocĂ©anique ou marine provoquĂ©e par un mouvement rapide d'un grand volume d'eau (ocĂ©an ou mer) dont l'origine est gĂ©ologique (le plus souvent l'effet d'un tremblement de terre ou d'une Ă©ruption volcanique). Il est associĂ© Ă  la naissance et au dĂ©ploiement d'une immense vague qui devient dĂ©ferlante et destructrice au contact des rivages terrestres. Bien que les tsunamis puissent atteindre une vitesse de 800 km/h quand le fond de l'ocĂ©an est profond, ils sont imperceptibles au large, car leur amplitude y dĂ©passe rarement le mĂštre pour une pĂ©riode (temps entre deux vagues successives) de plusieurs minutes Ă  plusieurs heures. Ils peuvent toutefois provoquer d'Ă©normes dĂ©gĂąts sur les cĂŽtes oĂč ils se manifestent par :

  • une baisse du niveau de l'eau et un recul de la mer dans les quelques minutes qui les prĂ©cĂšdent;
  • et/ou une Ă©lĂ©vation rapide du niveau des eaux pouvant atteindre 60 mĂštres provoquant un courant puissant capable de pĂ©nĂ©trer profondĂ©ment Ă  l'intĂ©rieur des terres lorsque le relief est propice (plat).

Dans certains cas assez rares, le tsunami peut prendre la forme d'une Ă©norme vague dĂ©ferlante ou, en remontant un fleuve, d'un mascaret extraordinaire. 75 % des tsunamis se produisent dans l'ocĂ©an Pacifique et la plupart des autres sont observĂ©s dans l’ocĂ©an Indien, en raison de la forte activitĂ© tectonique sur le pourtour de ces deux ocĂ©ans.

En fonction de l'intensitĂ© de l'action mĂ©canique qui les produit et de la gĂ©omĂ©trie de l'ocĂ©an, ils peuvent se propager sur des milliers de kilomĂštres et peuvent toucher plusieurs continents, dans des zones oĂč le sĂ©isme ou l'Ă©ruption volcanique n'ont pas Ă©tĂ© ressentis ; on parlera alors de tĂ©lĂ©-tsunami ou tsunami transocĂ©anique.

Le terme de raz-de-marĂ©e que les appellations traditionnelles rĂ©servaient indiffĂ©remment aux accidents marins qui « faisaient dĂ©border la mer Â» (transgressions marines subites, marĂ©es monstrueuses, ondes de tempĂȘte, refoulement d'eau provenant de la chute d'un pan de falaise ou de glacier) fait rĂ©fĂ©rence plus aux effets plus qu’à la cause du phĂ©nomĂšne selon le gĂ©ographe Charles Le CƓur[1], faisant de ce terme un synonyme vague et imprĂ©cis, devenu dĂ©suet dans le domaine scientifique mais correspondant mieux Ă  son sens figurĂ© actuel dans les domaines mĂ©diatiques, politiques, Ă©conomiques, psychiques (tsunami mental) ...

Le tsunami n'est pas à confondre avec le coup de mer qui est un raz-de-marée trÚs localisé et d'origine éolienne.

Sommaire

Étymologie

du terme tsunami

La Grande Vague de Kanagawa (ç„žć„ˆć·æȖæ”ȘèŁ, Kanagawa oki nami ura?).
Gravure sur bois polychrome par Katsushika Hokusai (vers 1831), Trente-six vues du mont Fuji

Le terme tsunami (æŽ„æłą?) est un mot japonais composĂ© de tsu (掄?), « port Â», « guĂ© Â», et de nami (æłą?), « vague(s) Â» ; il signifie littĂ©ralement « vague portuaire Â» ou « vague de port Â». Elle serait nommĂ©e ainsi par les pĂȘcheurs qui, n'ayant rien perçu d'anormal au large, retrouvaient leur ville portuaire ravagĂ©e. Le mot intraduisible a Ă©tĂ© employĂ© en anglais pour la premiĂšre fois en 1896 par la gĂ©ographe amĂ©ricaine Eliza Ruhamah Scidmore (en) qui, Ă  la suite d'un voyage au Japon, dĂ©crit dans National Geographic Society le sĂ©isme de Meiji-Sanriku (en) qui se produit le 15 juin 1896[2]. Il est francisĂ© depuis 1915 par les gĂ©ographes et journalistes, il prend donc un s au pluriel (des tsunamis). L'emploi vĂ©ritablement popularisĂ© de ce premier terme scientifique ou Ă  usage restreint date du sĂ©isme de 2004 dans l'ocĂ©an Indien.

À noter que la vague d'Hokusai (prĂ©sentĂ©e ici) ne reprĂ©sente en aucun cas un tsunami, comme il est coutume de l'utiliser en illustration de ces derniers, mais bien une vague scĂ©lĂ©rate[3].

du terme raz-de-marée

Dans le composĂ© raz-de-marĂ©e, le terme « raz Â» (ou ras) dĂ©signe un courant rapide. C'est un mot d'origine norroise rĂĄs[4] qui aurait Ă©tĂ© importĂ© lors de l'Ă©tablissement de populations anglo-scandinaves en Normandie. Il est attestĂ© en français pour la premiĂšre fois chez Froissard, Ă  la fin du XIVe siĂšcle au sens de « courant marin violent, qui se fait sentir dans un passage Ă©troit Â»[5]. Le mot anglais race « course Â» partage la mĂȘme Ă©tymologie et avait autrefois Ă©galement le sens du mot français[6]. Il a servi Ă  qualifier diffĂ©rents endroits comme le Raz Blanchard ou le Raz de la PercĂ©e en Normandie, ainsi que la pointe du Raz en Bretagne (breton Beg-ar-Raz).

L'utilisation du terme marĂ©e, un phĂ©nomĂšne provoquĂ© par l'attraction de la lune et du soleil, est trompeur car le « raz-de-marĂ©e Â» est provoquĂ© par des Ă©vĂ©nements d'origine terrestre uniquement. L'association avec les marĂ©es est en fait une rĂ©fĂ©rence Ă  son apparence, comme une hausse extrĂȘmement rapide du niveau de la mer, plutĂŽt que comme une vague sĂ©ismique gĂ©ante.

Il peut donc ĂȘtre parfois confondu avec une onde de tempĂȘte ou surcote. Cette derniĂšre est cependant due Ă  l'effet des vents associĂ©s Ă  la dĂ©pression d'une tempĂȘte. Par exemple, le passage d'un cyclone tropical Ă©lĂšve le niveau de l'eau d'un Ă  plusieurs mĂštres et provoque des inondations similaires au raz-de marĂ©e comme avec l'ouragan Katrina Ă  la Nouvelle-OrlĂ©ans.

Certaines baies ou certains ports ayant une configuration particuliĂšre peuvent aussi rĂ©agir au passage d'une onde crĂ©Ă©e par une « marche baromĂ©trique Â» : cette onde, ou mĂ©tĂ©otsunami (en) (rissaga en catalan) entraĂźne des phĂ©nomĂšnes de rĂ©sonance dans certains ports, qui vont alors se vider et/ou se remplir rapidement du fait de l'oscillation de rĂ©sonance, phĂ©nomĂšne assez frĂ©quent en MĂ©diterranĂ©e (BalĂ©ares, mer Adriatique) et qui peut entraĂźner des dĂ©gĂąts.

Alors que le terme tsunami est popularisĂ© dans la littĂ©rature scientifique suite au sĂ©isme sur les Ăźles AlĂ©outiennes en 1946 (en) et au sĂ©isme de 1960 au Chili, les scientifiques des annĂ©es 1950-1960 ne se contentent plus de dĂ©crire ce phĂ©nomĂšne mais recherchent leurs causes. La communautĂ© scientifique s'accorde alors pour dĂ©signer les dĂ©bordements de mer par tsunami lorsque la cause est gĂ©ologique (sĂ©isme, Ă©ruption volcanique, instabilitĂ©s gravitaires, glissements de terrain), raz-de-marĂ©e lorsque l'origine est mĂ©tĂ©orologique (tempĂȘtes, accidents atmosphĂ©riques majeurs)[1].

Cependant les mĂ©dias entretiennent la confusion entre ces deux termes[7] et font l'association fausse des raz-de-marĂ©e avec les marĂ©es (le terme raz-de-marĂ©e Ă©tant passĂ© par ailleurs dans la langue courante en 1915[8]), mĂȘlant mĂȘme la cause et l'effet dans le terme mĂ©tĂ©otsunami. Ces confusions et imprĂ©cisions poussent les scientifiques Ă  abandonner le terme de raz-de-marĂ©e et officialiser le terme tsunami lors d'une confĂ©rence internationale en 1963[9],[10].

Création, propagation et déferlement

Fig. 1 - Vie d'un tsunami : crĂ©ation par un sĂ©isme, propagation et dĂ©ferlement sur les cĂŽtes

Un tsunami est crĂ©Ă© lorsqu'une grande masse d'eau est dĂ©placĂ©e. Cela peut ĂȘtre le cas lors d'un sĂ©isme important, d'une magnitude de 6,3 (valeur « seuil Â» d'aprĂšs les catalogues de tsunamis disponibles : NOA, catalogue de Novossibirsk, etc) ou plus, lorsque le niveau du plancher ocĂ©anique le long d'une faille s'abaisse ou s'Ă©lĂšve brutalement (voir Fig. 1), lors d'un glissement de terrain cĂŽtier ou sous-marin, ou lors d'un impact par un astĂ©roĂŻde ou une comĂšte. Un fort sĂ©isme ne produit pas nĂ©cessairement un tsunami : tout dĂ©pend de la maniĂšre (vitesse, surface, etc) avec laquelle la topographie sous-marine (bathymĂ©trie) Ă©volue aux alentours de la faille et transmet la dĂ©formation Ă  la colonne d'eau sous-jacente.

Les mouvements de l'eau provoque un mouvement de grande longueur d'onde (généralement quelques centaines de kilomÚtres) et de grande période (quelques minutes dans le cas d'un glissement de terrain à quelques dizaines de minutes dans le cas d'un séisme).

Certains tsunamis sont capables de se propager sur des distances de plusieurs milliers de kilomĂštres et d'atteindre l'ensemble des cĂŽtes d'un ocĂ©an en moins d'une journĂ©e. Ces tsunamis de grande Ă©tendue sont gĂ©nĂ©ralement d'origine tectonique, car les glissements de terrain et les explosions volcaniques produisent gĂ©nĂ©ralement des ondes de plus courte longueur d'onde qui se dissipent rapidement : on parlera de dispersion des ondes.

Les différentes étapes d'un tsunami.

Ce n'est pas principalement la hauteur du tsunami qui fait sa force destructrice, mais la durĂ©e de l'Ă©lĂ©vation du niveau de l'eau et la quantitĂ© d'eau dĂ©placĂ©e Ă  son passage : si des vagues de plusieurs mĂštres de hauteur, voire d'une dizaine de mĂštres, sont lĂ©gion sur les cĂŽtes de l'ocĂ©an Pacifique, elles ne transportent pas assez d'Ă©nergie pour pĂ©nĂ©trer profondĂ©ment Ă  l'intĂ©rieur des terres. On peut voir le phĂ©nomĂšne sous un autre angle : une vague classique, d'une pĂ©riode d'eau plus une minute, n'Ă©lĂšve pas le niveau de l'eau suffisamment longtemps pour qu'elle pĂ©nĂštre profondĂ©ment, tandis que le niveau des eaux s'Ă©lĂšve au-dessus de son niveau normal pendant 5 Ă  30 minutes lors du passage d'un tsunami.

La force destructrice provient de l'Ă©nergie considĂ©rable qu'il vĂ©hicule : contrairement Ă  la houle ou aux vagues classiques qui sont des phĂ©nomĂšnes de surface et de faible longueur, le tsunami impacte l'ocĂ©an sur toute sa profondeur et sur une longueur d'onde bien plus importante. L'Ă©nergie dĂ©pendant de la vitesse et de la masse, celle-ci est considĂ©rable, mĂȘme pour une faible Ă©lĂ©vation de surface au large prĂšs de l'Ă©picentre. C'est cette Ă©nergie qui est rĂ©vĂ©lĂ©e par l'Ă©lĂ©vation de la vague Ă  l'approche des cĂŽtes. D'oĂč son impact sur le littoral.

Dangers liés

Les dangers liés aux tsunamis sont liés à l'inondation qui en résulte, à la force du courant qu'ils engendrent tant lors du flux que du reflux et à leur capacité à happer les personnes vers le large.

Pertes humaines

Les victimes emportĂ©es par un tsunami peuvent recevoir divers coups par les objets charriĂ©s (morceaux d'habitations dĂ©truites, bateaux, voitures, etc.) ou ĂȘtre projetĂ©es violemment contre des objets terrestres (mobilier urbain, arbres, etc.) : ces coups peuvent ĂȘtre mortels ou provoquer une perte des capacitĂ©s, perte menant Ă  la noyade. Certaines victimes peuvent aussi ĂȘtre piĂ©gĂ©es sous les dĂ©combres d'habitations. Enfin, le reflux du tsunami est capable d'emmener des personnes au large, oĂč elles dĂ©rivent et, sans secours, meurent de noyade d'Ă©puisement ou de soif.

Dans les jours et les semaines suivant l'Ă©vĂ©nement, le bilan peut s'alourdir, en particulier dans les pays pauvres. Mais de temps a autres des victimes survivent et restent des jours, des semaines voir des mois sous les dĂ©combres. L'aprĂšs-tsunami peut ĂȘtre plus mortel que la vague elle-mĂȘme. Les maladies liĂ©es Ă  la putrĂ©faction de cadavres, Ă  la contamination de l'eau potable et Ă  la pĂ©remption des aliments sont susceptibles de faire leur apparition. La faim peut survenir en cas de destruction des rĂ©coltes et des stocks alimentaires.

Pour exemple, le tsunami du 26 dĂ©cembre 2004 a fait plus de 200 000 morts[11].

DĂ©gĂąts

Train renversé par le tsunami du 26 décembre 2004 au Sri Lanka.

Les tsunamis sont susceptibles de dĂ©truire habitations, infrastructures et flore en raison :

  • du fort courant qui emporte les structures peu ancrĂ©es dans le sol (voir la photo ci-contre) ;
  • de l'inondation qui fragilise les fondations des habitations, parfois dĂ©jĂ  atteintes par le tremblement de terre prĂ©cĂ©dant le tsunami ;
  • de dĂ©gradations dues aux chocs d'objets charriĂ©s Ă  grande vitesse par la crue.

De plus, dans les rĂ©gions plates, la stagnation d'eaux maritimes saumĂątres peut porter un coup fatal Ă  la faune et Ă  la flore cĂŽtiĂšres, ainsi qu'aux rĂ©coltes. Sur les cĂŽtes sableuses ou marĂ©cageuses, le profil du rivage peut ĂȘtre modifiĂ© par la vague et une partie des terres, immergĂ©es.

  • des pollutions induites par la destruction d'installations dangereuses et de dispersion de toxiques, de pathogĂšnes Ă  partir de ces installations (usines, dĂ©charges sous-marines..) ou par dispersion de sĂ©diments polluĂ©s (estuaires, ports, en aval d'Ă©missaires industriels, dĂ©charges sous-marines ou littorales). Lors du tsunami du 26 dĂ©cembre 2004, un dĂ©pĂŽt de munitions immergĂ©es a par exemple Ă©tĂ© dispersĂ© sur les fonds marins sur de grandes distances. Il existe plusieurs centaines de dĂ©charges sous-marines dans le monde, contenant notamment des dĂ©chets nuclĂ©aires et des dĂ©chets militaires ou industriels hautement toxiques.

Les rĂ©cifs coralliens peuvent Ă©galement ĂȘtre disloquĂ©s et mis Ă  mal par le tsunami lui-mĂȘme et par la turbiditĂ© de l'eau qui peut s'ensuivre les semaines suivantes, ainsi que par les polluants (engrais, pesticides..) que l'eau a pu ramener.

  • Un tsunami ne modifie pas en profondeur le climat
  • Le tsunami affecte profondĂ©ment les bandes du littoral mais peu les terres intĂ©rieures

Prévention

La présence d'un systÚme d'alerte permettant d'alerter la population quelques heures avant la survenue d'un tsunami, la sensibilisation des populations cÎtiÚres aux risques et aux gestes de survie, et la sécurisation de l'habitat permettent de sauver la plupart des vies humaines.

Au Japon, habituĂ© Ă  ce genre de catastrophes, les habitants ont pris des prĂ©cautions systĂ©matiques. Ils ont mis en place un systĂšme dotĂ© d'ordinateurs trĂšs performants, systĂšme qui peut dĂ©tecter la formation d'un tsunami, en dĂ©duire la hauteur des vagues ainsi que la vitesse de leur propagation et le moment oĂč les vagues atteindront les cĂŽtes grĂące Ă  l'Ă©picentre et Ă  la magnitude du sĂ©isme. Ils transmettent aussi ces donnĂ©es aux pays du Pacifique, mĂȘme Ă  leurs concurrents, contrairement Ă  la surveillance de l'ocĂ©an Indien[12].

SystĂšme d'alerte

Les habitants de Sydney continuant à se baigner malgré l'alerte au tsunami lancée suite au séisme de 2010 au Chili

Il suffit gĂ©nĂ©ralement de s'Ă©loigner de quelques centaines de mĂštres Ă  quelques kilomĂštres des cĂŽtes ou d'atteindre un promontoire de quelques mĂštres Ă  quelques dizaines de mĂštres de hauteur pour ĂȘtre Ă©pargnĂ©. La mise Ă  l'abri ne prend donc que quelques minutes Ă  un quart d'heure, aussi un systĂšme d'alerte au tsunami permet-il d'Ă©viter la plupart des pertes humaines.

Un systĂšme de bouĂ©es adaptĂ©es Ă  la rĂ©ception des mouvements (capteurs de pression disposĂ©s sur les fonds ocĂ©aniques) peut ĂȘtre installĂ© le long des cĂŽtes et ainsi prĂ©venir du danger.

Un dispositif de surveillance et d'alerte, utilisant une maille de sondes subocĂ©aniques et traquant les sĂ©ismes potentiellement dĂ©clencheurs de tsunamis, permet d'alerter les populations et les plagistes de l'arrivĂ©e d'un tsunami dans les pays donnant sur l'ocĂ©an Pacifique : le Centre d'alerte des tsunamis dans le Pacifique, basĂ© sur la plage d'Ewa Ă  Hawaii, non loin d'Honolulu.

SĂ©curisation de l'habitat

À Hawaii, oĂč le phĂ©nomĂšne est frĂ©quent, les rĂšglements d'urbanisme imposent que les constructions proches du rivage soient bĂąties sur pilotis.

À MalĂ©, la capitale des Maldives, une rangĂ©e de tĂ©trapodes en bĂ©ton dĂ©passant de 3 mĂštres le niveau de la mer est prĂ©vue pour diminuer l'impact des tsunamis.

Sensibilisation

Panneau de prĂ©vention des tsunami en Alaska, États-Unis

La sensibilisation au phĂ©nomĂšne et Ă  ses dangers est Ă©galement un facteur dĂ©terminant pour sauver des vies humaines, car toutes les cĂŽtes ne possĂšdent pas de systĂšme d'alarme - les cĂŽtes des OcĂ©ans Atlantique et Indien en sont notamment dĂ©pourvues. De plus, certains tsunamis ne peuvent ĂȘtre dĂ©tectĂ©s Ă  temps (tsunamis locaux).

Deux indices annonçant la survenue possible d'un tsunami sont Ă  reconnaĂźtre et impliquent qu'il faut se rendre en lieu sĂ»r :

  • retrait rapide et inattendu de la mer, car il annonce la survenue d'un tsunami ;
  • tremblement de terre, mĂȘme de faible densitĂ©, car il peut s'agir d'un sĂ©isme majeur distant provoquant un tsunami.

Si l'on est surpris par le tsunami, grimper sur le toit d'une habitation ou la cime d'un arbre solide, tenter de s'accrocher Ă  un objet flottant que le tsunami charrie sont des solutions de dernier recours. En aucun cas, il n'est sĂ»r de revenir auprĂšs des cĂŽtes dans les heures suivant le tsunami car celui-ci peut ĂȘtre composĂ© de plusieurs vagues espacĂ©es de quelques dizaines de minutes Ă  plusieurs heures.

Sources : voir Bibliographie thĂ©matique : prĂ©vention.

Les barriĂšres naturelles

Un rapport publiĂ© par le PNUE suggĂšre que le tsunami du 26 dĂ©cembre 2004 a causĂ© moins de dĂ©gĂąts dans les zones oĂč des barriĂšres naturelles, telles que les mangroves, les rĂ©cifs coralliens ou la vĂ©gĂ©tation cĂŽtiĂšre, Ă©taient prĂ©sentes. Une Ă©tude japonaise sur ce tsunami au Sri Lanka, Ă©tablit Ă  l’aide d’une modĂ©lisation sur image satellite, les paramĂštres de rĂ©sistance cĂŽtiĂšre en fonction de diffĂ©rentes classes d’arbres[13].

Fréquence et localisation du phénomÚne

Au XXe siĂšcle, dix tsunamis par an furent enregistrĂ©s, dont un et demi par an a provoquĂ© des dĂ©gĂąts ou des pertes humaines. Sur cette pĂ©riode d'un siĂšcle, sept provoquĂšrent plus d'un millier de morts, soit moins d'un tous les dix ans.

80% des tsunamis enregistrĂ©s le sont dans l'ocĂ©an Pacifique ; parmi les huit tsunamis ayant causĂ© plus d'un millier de victimes depuis 1900, seul le tsunami du 26 dĂ©cembre 2004 n'a pas eu lieu dans l'ocĂ©an Pacifique.

Sources : voir Bibliographie thĂ©matique : statistiques sur les tsunamis.

Caractéristiques physiques

Propagation en haute mer

Fig. 2 - Mouvement d'une particule d'eau lors du passage d'un tsunami en haute mer. Le mouvement des particules et l'amplitude du tsunami sont exagérés pour rendre le graphique lisible.

En pleine mer, le tsunami se comporte comme la houle : c'est une onde Ă  propagation elliptique, c'est-Ă -dire que les particules d'eau sont animĂ©es d'un mouvement elliptique Ă  son passage. Il n'y a (presque) pas de dĂ©placement global de l'eau, une particule retrouve sa position initiale aprĂšs le passage du tsunami. La figure 2 illustre le dĂ©placement des particules d'eau au passage de la vague.

Mais, contrairement Ă  la houle, le tsunami provoque une oscillation de l'eau aussi bien en surface (un objet flottant est animĂ© d'un mouvement elliptique Ă  son passage, cf. point rouge du haut sur la Fig. 2) qu'en profondeur (l'eau est animĂ©e d'une oscillation horizontale dans le sens de la propagation de l'onde, voir le point rouge du bas sur la Fig. 2). Ce fait est liĂ© Ă  la grande longueur d'onde du tsunami, typiquement quelques centaines de kilomĂštres, qui est trĂšs supĂ©rieure Ă  la profondeur de l'ocĂ©an - une dizaine de kilomĂštres tout au plus. Il en rĂ©sulte que la quantitĂ© d'eau mise en mouvement est bien supĂ©rieure Ă  ce que la houle produit ; aussi le tsunami transporte-t-il beaucoup plus d'Ă©nergie que la houle.

Caractéristiques fondamentales

Fig. 3 - SchĂ©ma d'une vague de tsunami : longueur d'onde et amplitude (notĂ©e I sur la figure).

Un tsunami possĂšde deux paramĂštres fondamentaux :

  • l'Ă©nergie mĂ©canique E libĂ©rĂ©e ;
  • pour simplifier, sa pĂ©riode T, c'est-Ă -dire la durĂ©e d'une oscillation complĂšte (Dans la pratique, un tsunami est un court train d'onde qui est caractĂ©risĂ© par son spectre de pĂ©riodes – voir transformĂ©e de Fourier pour une explication dĂ©taillĂ©e).

Ces paramĂštres sont sensiblement constants au cours de la propagation du tsunami, dont la perte d'Ă©nergie par friction est faible du fait de sa grande longueur d'onde.

Les tsunamis d'origine tectonique ont des périodes longues, généralement entre une dizaine de minutes et plus d'une heure. Les tsunamis créés par des glissements de terrain ou l'effondrement d'un volcan ont souvent des périodes plus courtes, de quelques minutes à un quart d'heure.

Les autres propriĂ©tĂ©s du tsunami comme la hauteur de la vague, la longueur d'onde (distance entre les crĂȘtes) ou la vitesse de propagation sont des quantitĂ©s variables qui dĂ©pendent de la bathymĂ©trie et/ou des paramĂštres fondamentaux E et T.

Longueur d'onde

Fig. 4 - Propagation du tsunami en profondeur variable : augmentation de l'amplitude, diminution de la longueur d'onde et de la vitesse en milieu peu profond

La plupart des tsunamis ont une longueur d'onde supĂ©rieure Ă  la centaine de kilomĂštres, bien supĂ©rieure Ă  la profondeur des ocĂ©ans qui ne dĂ©passe guĂšre 10 km, de sorte que leur propagation est celle d'une vague en milieu « peu profond Â». La longueur d'onde λ dĂ©pend alors de la pĂ©riode T et de la profondeur de l'eau h selon la relation :

\lambda = T \sqrt{gh},

oĂč g = 9,81 m.s-2 est la gravitĂ©, ce qui donne numĂ©riquement

\lambda \approx 870 \left( \frac{T}{60\ \mathrm{min} }\right) \sqrt{\frac{h}{6\ \mathrm{km}}} km.

La pĂ©riode spatiale ou longueur d'onde est le plus souvent comprise entre 60 km (pĂ©riode de 10 min et profondeur de 1 km), typique des tsunamis locaux non tectoniques, et 870 km (pĂ©riode de 60 min et profondeur de 6 km), typique des tsunamis d'origine tectonique.

Vitesse de propagation ou célérité

Fig. 5 - Propagation du tsunami du 26 décembre 2004.

Pour les tsunamis de pĂ©riode suffisamment longue, typiquement une dizaine de minutes, soit la plupart des tsunamis d'origine tectonique, la vitesse v de dĂ©placement d'un tsunami est fonction de la seule profondeur d'eau h :

v = \sqrt{gh}.

Cette formule peut ĂȘtre utilisĂ©e pour obtenir une application numĂ©rique :

v \approx 870 \sqrt{\frac{h}{6\,\mathrm{km}}} km/h,

ce qui signifie que la vitesse est de 870 km/h pour une profondeur de 6 km et de 360 km/h pour une profondeur d'un kilomĂštre. La figure 4. illustre la variabilitĂ© de la vitesse d'un tsunami, en particulier le ralentissement de la vague en milieu peu profond, notamment Ă  l'approche des cĂŽtes.

De la variabilité de cette vitesse de propagation, il résulte une réfraction de la vague dans les zones peu profondes. Ainsi, le tsunami a rarement l'allure d'une onde circulaire centrée sur le point d'origine, comme le montre la Fig. 5. Toutefois, l'heure d'arrivée d'un tsunami sur les différentes cÎtes est prévisible puisque la bathymétrie des océans est bien connue. Cela permet d'organiser au mieux l'évacuation lorsqu'un systÚme de surveillance et d'alerte est en place.

Il est ainsi possible de calculer et de retracer les temps de parcours de différents tsunamis historiques à travers un océan comme le fait le National Geophysical Data Center[14]

Amplitude

Pour des tsunamis de longue pĂ©riode, qui prĂ©sentent peu de dissipation d'Ă©nergie mĂȘme sur de grandes distances, l'amplitude A du tsunami est donnĂ©e par la relation :

A∌E1 / 2r − 1 / 2h − 1 / 4, c'est-Ă -dire que l'amplitude augmente lorsque l'eau devient moins profonde, en particulier Ă  l'approche des cĂŽtes (voir Fig. 4) et quand l'Ă©nergie est plus Ă©levĂ©e. Elle diminue avec la distance, typiquement en 1/\sqrt{r} car l'Ă©nergie se rĂ©partit sur un front d'onde plus grand.

Pour les tsunamis de faible pĂ©riode (souvent ceux d'origine non sismique) la dĂ©croissance avec la distance peut ĂȘtre beaucoup plus rapide.

DĂ©ferlement sur les cĂŽtes

Mouvement horizontal de l'eau

Lorsque le tsunami s'approche des cÎtes sa période et sa vitesse diminuent, son amplitude augmente. Lorsque l'amplitude du tsunami devient non négligeable par rapport à la profondeur de l'eau, une partie de la vitesse d'oscillation de l'eau se transforme en un mouvement horizontal global, appelé courant de Stokes. Sur les cÎtes, c'est davantage ce mouvement horizontal et rapide (typiquement plusieurs dizaines de km/h) qui est la cause des dégùts que l'élévation du niveau de l'eau.

À l'approche des cĂŽtes, le courant de Stokes d'un tsunami a pour vitesse thĂ©orique

u \approx \frac{A^2}{2 h^2} v,

soit

u \approx 18 \,\left(\frac{A}{h}\right)^2 \left(\frac{h}{10\,\mathrm{m}}\right)^{1/2}\ \mathrm{km/h}.

Complexité des effets en zones cÎtiÚres

Cependant, contrairement à la propagation en haute mer, les effets d'un tsunami sur les cÎtes sont difficiles à prévoir, car de nombreux phénomÚnes peuvent avoir lieu.

Contre une falaise, par exemple, le tsunami peut ĂȘtre fortement rĂ©flĂ©chi ; Ă  son passage on observe une onde stationnaire dans laquelle l'eau a essentiellement un mouvement vertical.

  • Selon l'angle d'attaque du tsunami sur la cĂŽte et la gĂ©omĂ©trie de celle-ci, le tsunami peut interfĂ©rer avec sa propre rĂ©flexion et provoquer une sĂ©rie de vagues stationnaires avec des zones cĂŽtiĂšres non inondĂ©es (« nƓuds Â») et des zones avoisinantes particuliĂšrement touchĂ©es (« ventres Â»).
  • Un tsunami Ă  l'approche d'une Ăźle est capable de contourner celle-ci en raison du phĂ©nomĂšne de diffraction liĂ© Ă  sa grande longueur d'onde ; en particulier la cĂŽte opposĂ©e Ă  la direction d'arrivĂ©e du tsunami peut Ă©galement ĂȘtre touchĂ©e. Lors du tsunami du 26 dĂ©cembre 2004, la ville de Colombo au Sri Lanka fut inondĂ©e bien que protĂ©gĂ©e des effets directs du tsunami par le reste de l'Ăźle (voir la Fig. 5).
  • Dans les fjords et les estuaires Ă©troits, l'amplitude de la vague peut ĂȘtre amplifiĂ©e, comme c'est le cas pour les marĂ©es (cette derniĂšre peut atteindre dix mĂštres d'amplitude sur certaines cĂŽtes, comme au Mont Saint-Michel, alors qu'elle n'atteint pas un mĂštre sur des Ăźles, comme MadĂšre). Par exemple la baie de Hilo a une pĂ©riode d'oscillation typique de 30 min et fut davantage ravagĂ©e que le reste de l'Ăźle lors du passage du tsunami de 1946, qui avait une pĂ©riode de 15 min : la premiĂšre vague du tsunami interfĂ©rait constructivement avec la troisiĂšme, et ainsi de suite.
  • Le confinement des vagues dans une baie Ă©troite peut produire des effets aussi spectaculaires que limitĂ©s : le sĂ©isme du 9 juillet 1958 en Alaska (magnitude de 8,3) a provoquĂ© une vague record de 524 mĂštres de hauteur dans la baie Lituya, un fjord situĂ© Ă  20 km au Nord de l'Ă©picentre[15].

Liste de tsunamis de grande importance

Les magnitudes des sĂ©ismes dans la liste ci-dessous ne sont donnĂ©es que pour les Ă©vĂ©nements rĂ©cents. Le nombre de victimes des tsunamis est arrondi ; il s'agit d'estimations pour les catastrophes antĂ©rieures au XXe siĂšcle.

Sont reportĂ©s ci-dessous les tsunamis ayant fait plus de 1 000 victimes estimĂ©es, ainsi que quelques autres moins meurtriers, mais d'amplitude ou d'Ă©tendue considĂ©rables :

  • AntiquitĂ© et Moyen Âge
  • XVIIe siĂšcle
  • XVIIIe siĂšcle
    • 1703, Japon, 5 000 victimes.
    • 1707, Japon, 30 000 victimes.
    • 17 octobre 1737, Kamtchatka et Ăźles Kouriles : un tsunami consĂ©cutif au sĂ©isme du Kamtchatka atteint 50 m de hauteur au nord des Ăźles Kouriles.
    • 1746, PĂ©rou, 4 000 victimes, essentiellement Ă  Lima.
    • 1er novembre 1755, Portugal et MadĂšre, 90 000 victimes : un sĂ©isme violent Ă  Lisbonne provoque un tsunami et 85 % de la ville est ravagĂ©e. Des chutes de cheminĂ©es favorisent alors l'Ă©parpillement des feux domestiques et provoque un gigantesque incendie, qui durera cinq jours. La revue amĂ©ricaine Science of Tsunamis Hazards, Ă©ditĂ©e par la Tsunami Society basĂ©e Ă  HawaĂŻ, a citĂ© le cas du capitaine d'un navire britannique mouillant au large de la Barbade, dans les Antilles (Ă  plus de 4 000 km de distance du Portugal), qui nota dans son journal de bord, le 1er novembre 1755, le dĂ©ferlement d'une vague de plus de trois mĂštres de haut sur les plages de l'Ăźle. D'autres tĂ©moignages comparables rapportent les effets du tsunami dans les autres Ăźles des Antilles dans l'aprĂšs-midi du mĂȘme jour, le sĂ©isme europĂ©en ayant eu lieu plusieurs heures auparavant.
    • 1766, Japon, 1 500 victimes.
    • 1782, Asie du Sud-Est, 40 000 victimes : un tsunami touche l'Asie du Sud-Est, principalement en Chine.
    • 1792, Japon, 15 000 victimes.
  • XIXe siĂšcle
Gens fuyant, Ă  l'approche d'un tsunami, Ă  Hilo (Hawaii), le 1er avril 1946.
  • XXe siĂšcle
    • 28 dĂ©cembre 1908, Messine et Calabre, 95 000 victimes, dont 80 000 Ă  Messine sur une population de 140 000 habitants.
    • 1923, Japon, 2 000 victimes.
    • 18 novembre 1929, Terre-Neuve, 28 victimes, un sĂ©isme de magnitude 7,2 Ă  400 km au sud de Terre-Neuve sur le bord des Grands Bancs provoque un tsunami qui frappe la cĂŽte sud de Terre-Neuve avec 3 vagues de 15 mĂštres de haut
      Article dĂ©taillĂ© : Tremblement de terre des Grands Bancs.
    • 1933, Japon, 3 000 victimes.
    • 1er avril 1946, ocĂ©an Pacifique, 2 000 victimes : un sĂ©isme de magnitude 8,6 au large de l'Alaska provoque un tsunami qui atteint 30 m en Alaska, 12 m Ă  Hawaii, et touche le Japon ainsi que la cĂŽte ouest des États-Unis.
    • 5 novembre 1952, Îles Kouriles, 2 336 victimes : un sĂ©isme de magnitude 8,5 au large des kouriles y provoque un tsunami de 15 m Ă  18 m de hauteur.
    • 9 juillet 1958, Alaska, 2 victimes : un glissement de terrain consĂ©cutif Ă  un fort sĂ©isme dans la baie de Lituya en Alaska provoque le plus grand tsunami connu - il dĂ©vaste la vĂ©gĂ©tation sur l'un des flancs jusqu’à une hauteur de 500 m - mais la gĂ©ographie de la baie l'empĂȘche de se propager dans l'ocĂ©an Pacifique.
    • 22 mai 1960, Chili et ocĂ©an Pacifique, 5 000 victimes : un sĂ©isme de magnitude 9,5 au Chili provoque un tsunami meurtrier d'une hauteur allant jusqu’à 25 m au Chili, 10 m Ă  Hawaii et 3 m au Japon.
      Article dĂ©taillĂ© : SĂ©isme de 1960 de Valdivia.
    • 27 mars 1964, Ouest des États-Unis, 100 victimes : un sĂ©isme de magnitude 9,3 au large de l'Alaska y provoque un tsunami de 15 m, qui touche la Californie oĂč le niveau des eaux s'Ă©lĂšve de 6 m.
    • 1976, IndonĂ©sie, 8 000 victimes dans l'Ăźle de CĂ©lĂšbes.
    • 1992, IndonĂ©sie, 2 200 morts dans l'Ăźle de Flores.
    • 12 juillet 1993, Ăźle Okushiri, Japon, vague de 31 m de haut, seulement 239 victimes grĂące au systĂšme d'alerte[16].
    • 17 juillet 1998, Papouasie-Nouvelle-GuinĂ©e, 2 000 victimes : un glissement de terrain provoquĂ© par un sĂ©isme de magnitude 7,0 engendre un tsunami local d'une hauteur maximale d'une quinzaine de mĂštres.
Arrivée du tsunami du 26 décembre 2004 à Ao Nang, en Thaïlande

MĂ©gatsunamis

Article dĂ©taillĂ© : MĂ©gatsunami.

On définit comme mégatsunami un tsunami dont la hauteur au niveau des cÎtes dépasse cent mÚtres. Un mégatsunami, s'il se propage librement dans l'océan, est capable de provoquer des dégùts majeurs à l'échelle de continents entiers. Les séismes étant incapables a priori d'engendrer de telles vagues, seuls des événements cataclysmiques, tels un impact météoritique de grande ampleur ou l'effondrement d'une montagne dans la mer, en sont la cause possible.

Aucun mégatsunami non local n'a été rapporté dans l'histoire de l'humanité. Notamment, l'explosion du Krakatoa en 1883 et l'effondrement de Santorin dans l'Antiquité n'en ont pas produit.

Les causes possibles d'un mĂ©gatsunami sont des phĂ©nomĂšnes rares, espacĂ©s d'Ă©chelles de temps gĂ©ologiques —­ au bas mot plusieurs dizaines de milliers d'annĂ©es, si ce n'est des millions d'annĂ©es. Certains scientifiques estiment cependant qu'un mĂ©gatsunami aurait rĂ©cemment Ă©tĂ© provoquĂ© par l'effondrement du Piton de la Fournaise sur lui-mĂȘme, Ă  la RĂ©union : l'Ă©vĂ©nement remonterait Ă  2 700 av. J.‑C. environ.

Les glissements de terrain produisent des tsunamis de courte période qui ne peuvent se propager sur plusieurs milliers de kilomÚtres sans dissiper leur énergie. Par exemple, lors des glissements de terrain à Hawaï en 1868 sur le Mauna Loa et en 1975 sur le Kilauea, des tsunamis locaux importants furent créés, sans que les cÎtes américaines ou asiatiques distantes ne fussent inquiétées.

Le risque de mĂ©gatsunami reste cependant mĂ©diatisĂ© et surĂ©valuĂ©. Des modĂšles controversĂ©s prĂ©disent en effet deux sources possibles de mĂ©gatsunami dans les prochains millĂ©naires : sont envisagĂ©s un effondrement le long des flancs du Cumbre Vieja aux Canaries (mettant la cĂŽte est du continent amĂ©ricain en danger) et un autre au Kilauea Ă  HawaĂŻ (menaçant la cĂŽte ouest de l'AmĂ©rique et celles de l'Asie). Des Ă©tudes plus rĂ©centes remettent en cause le risque d'effondrement sur les flancs de ces volcans, d'une part, et le caractĂšre non local des tsunamis engendrĂ©s, d'autre part.

Sources : Bibliographie thĂ©matique : mĂ©gatsunamis.

PhénomÚnes comparables

Certains raz-de-marée causés par le creusement et l'atténuation brutale des cyclones les plus violents peuvent avoir un comportement similaire au tsunami (y compris dans son intensité, sa propagation sous forme d'onde sur de grandes distances, ou ses effets dévastateurs sur les cÎtes).

Le BRGM a par exemple rĂ©pertoriĂ© un « mouvement singulier de la mer Â» Ă  Marseille, le 27 fĂ©vrier 1843, puis le 14 juillet 1841, et un autre le 8 juillet 1829, cataloguĂ©s depuis comme faux sĂ©isme ou sĂ©isme douteux[18].

Dans certains cas, l'origine sismique ou cyclonique du tsunami ne peut pas ĂȘtre complĂštement dĂ©terminĂ©e avec certitude.

En Europe

Les derniers tsunamis vraiment importants de la période historique ont concernés la Méditerranée et datent de l'Antiquité[19]. Ils peuvent aussi naßtre dans la mer du nord située au dessus de ce qui a été la jonction de trois plaques tectoniques continentales dans la premiÚre période de l'Úre paléozoïque (des mouvements et failles résiduels peuvent encore provoquer des tremblements de terre et les tsunamis de petite taille[20]. Quelques petits tsunamis semblent avoir eu lieu dans les 20 derniers siÚcles dans de détroit du Pas de Calais, dont lors du tremblement de terre de 1580.

En France

La France Métropolitaine a connu des tsunamis de faible amplitude en 1564 et 1887 sur la cÎte d'Azur, en 1775 sur la façade ouest de la Corse et en Atlantique suite au séisme de Lisbonne, en 1846 sur la région de Marseille et en 1986 aux Saintes-Maries-de-la-Mer. En 1979, l'effondrement d'une partie du remblai de l'aéroport de Nice (construction d'un port de commerce) génÚre un tsunami local inondant les quartiers de la Garoupe et de La Salis à Antibes, atteignant à La Salis une altitude 3,5m[21]. Plus récemment, le 21 mai 2003, le séisme de BoumerdÚs-Zemmouri (Algérie) a généré un tsunami affectant les cÎtes française de la Méditerranée, générant la perte de plusieurs embarcations. Il a notamment affecté les ports du Lavandou, de Fréjus, de Saint-Raphaël, de la Figueirette, de Cannes, d'Antibes ou encore de Menton[22].

L'outre-mer est bien plus exposé à l'aléa tsunami que la France Métropolitaine de par la localisation des ses territoires et départements dans des bassins océaniques plus propices au déclenchement de tsunami par des séismes de forte magnitude, notamment dans les zones de subduction. De nombreux catalogues de ces tsunamis existent dans la littérature scientifique pour la Polynésie Française[23], la Guadeloupe[24], la Martinique[25] ou encore la Nouvelle-Calédonie[26]. A noter l'événement meurtrier du 28 mars 1875, tuant 25 personnes sur l'ßle de Lifou en Nouvelle-Calédonie.

La recherche publique concernant le risque tsunami en France

En France MĂ©tropolitaine, le programme MAREMOTI[27] financiĂšrement soutenu par l'ANR dans le cadre de RiskNat 2008 et ayant dĂ©butĂ© le 24 mars 2009[28]. Il associe plusieurs disciplines : la marĂ©graphie, l'observation historique et de traces de palĂ©o-tsunamis d'Ă©vĂ©nements anciens (aux BalĂ©ares et sur la cĂŽte Nord-Est Atlantique notamment), la modĂ©lisation (notamment pour la crĂ©ation d'outils d'alerte) et des Ă©tudes de vulnĂ©rabilitĂ©. Le CEA coordonne les 10 partenaires (CEA/DASE, SHOM, UniversitĂ© La Rochelle, Noveltis, GEOLAB - UniversitĂ© Blaise Pascal, LGP - UniversitĂ© Paris 1, GĂ©osciences Consultants, GESTER - UniversitĂ© Montpellier, Centro de Geofisica da Universidade de Lisboa (portugal), Laboratoire de GĂ©ologie - ENS).

En outre-mer, le programme de recherche PREPARTOI[29] s'intĂ©resse Ă  l'Ă©valuation et la rĂ©duction du risque tsunami Ă  La RĂ©union et Ă  Mayotte. Également pluridisciplinaire, ce projet se veut intĂ©grĂ© et systĂ©mique, tout comme le programme MAREMOTI, apportant des solutions opĂ©rationnelles aux services de l'Etat.

Un centre d'alerte aux tsunamis pour l'Atlantique Nord-Est et la Méditerranée occidentale est en cours d'installation à BruyÚres-le-Chatel.

Notes et références

  1. ↑ a et b CĂ©cile Dehesdin , Quelle est la diffĂ©rence entre un tsunami et un raz-de-marĂ©e ?, Slate.fr, 24 mars 2011
  2. ↑ (en) E. R. Scidmore, « The recent earthquake wave on the coast of Japan Â», dans National Geographic Society, vol. 7, septembre 1896, p. 285–289 
  3. ↑ Cartwright, J.H.E. and Nakamura, H. (2009). What kind of a wave is Hokusai's great wave off Kanagawa? Notes Rec. R. Soc., 63, 119-135.
  4. ↑ Site du cnrtl : Ă©tymologie de raz
  5. ↑ Ibidem.
  6. ↑ T. F. Hoad, English Etymology, Oxford University Press, 1993 (ISBN 0-19-283098-8), p. 386.
  7. ↑ Emploi du mot « tsunami Â» et « raz-de-marĂ©e Â» dans les livres en français entre 1930 et 2008, d'aprĂšs Google Ngrams
  8. ↑ Dictionnaire Robert
  9. ↑ (en) « NOAA reacts quicly to indonesian tsunami Â», dans NOAA magazine, 26 dĂ©cembre 2004 [texte intĂ©gral] 
  10. ↑ (en) Julyan H.E Cartwright1 & Hisami Nakamura, « Tsunami: a history of the term and of scientific understanding of the phenomenon in Japanese and Western culture Â», dans The Royal Society, vol. 62, no 2, 20 juin 2008, p. 151-166 [lien DOI] 
  11. ↑ Le bilan du tsunami s'Ă©lĂšve Ă  219.000 morts
  12. ↑ Le Japon dispose d'un systĂšme d'alerte au tsunami perfectionnĂ© mais pas infaillible
  13. ↑ La forĂȘt arrĂȘte les tsunamis, une modĂ©lisation avec des images satellites
  14. ↑ NGDC Tsunami Travel
  15. ↑ Ressources naturelles Canada, Tsunamis. ConsultĂ© le 2010-07-24
  16. ↑ [1]
  17. ↑ Outreach and Public Relations Office
  18. ↑ SisFrance : catalogue des faux sĂ©ismes et sĂ©ismes douteux
  19. ↑ Les raz-de-marĂ©e ou tsunamis dans le Golfe de Naples A Malladra - Bulletin Volcanologique, 1929 - Springer
  20. ↑ Articoli Enciclopedici Online (Article "Mer du nord")
  21. ↑ SAHAL, A. et LEMAHIEU, A. The 1979 Nice airport tsunami: mapping of the flood in Antibes. Natural Hazards, 2011, vol. 56, n°3, p. 833-840. DOI: 10.1007/s11069-010-9594-6 Disponible en ligne.
  22. ↑ SAHAL, A., ROGER, J., ALLGEYER, S., LEMAIRE, B., HÉBERT, H., SCHINDELÉ, F. et LAVIGNE, F. The tsunami triggered by the 21 May 2003 Boumerdùs-Zemmouri (Algeria) earthquake: field investigations on the French Mediterranean coast and tsunami modelling. Natural Hazards and Earth System Science, 2009, vol. 9, n°6, p. 1823-1834. DOI: 10.5194/nhess-9-1823-2009 Disponible en ligne.
  23. ↑ SCHINDELÉ, F., HÉBERT, H., REYMOND, D. et SLADEN, A. L'alĂ©a tsunami en PolynĂ©sie française : synthĂšse des observations et des mesures. C. R. Geoscience, 2006, vol. 338, p. 1133-1140.
  24. ↑ BEAUDUCEL, F., BAZIN, S. et LE FRIANT, A. Étude du risque tsunami en Guadeloupe. In. Le HouĂ«lmont, Gourbeyre, Guadeloupe, France: IPGP, 2006, p. 21.
  25. ↑ ACCARY, F. et ROGER, J. Tsunami catalog and vulnerability of Martinique (Lesser Antilles, France). Science of Tsunami Hazards, 2010, vol. 29, p. 148-174.
  26. ↑ SAHAL, A., PELLETIER, B., CHATELIER, J., LAVIGNE, F. et SCHINDELÉ, F. A catalog of tsunamis in New Caledonia from 28 March 1875 to 30 September 2009. C. R. Geoscience, 2010, vol. 342, p. 434-447. DOI: 10.1016/j.crte.2010.01.013.
  27. ↑ MAREMOTI (pour MAREgraphie, observations de tsunaMis, mOdĂ©lisation et Ă©tudes de vulnĂ©rabilitĂ© pour le nord-est Atlantique et la MĂ©diterranĂ©e occidentale) ; Financement 762 k€ pour 3 ans.
  28. ↑ Annonce du dĂ©marrage du projet MAREMOTI
  29. ↑ PREPARTOI (pour PrĂ©vention et REcherche Pour l'AttĂ©nuation du Risque Tsunami dans l'OcĂ©an Indien ; Financement Fondation MAIF et CNRS.

Annexes

Articles connexes

Lien externe

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Bibliographie et données thématique

Bibliographie

  • Carole Bruzzi , AndrĂ© Prone  ; Une mĂ©thode d'identification sĂ©dimentologique des dĂ©pĂŽts de tempĂȘte et de tsunami : l'exoscopie des quartz, rĂ©sultats prĂ©liminaires (A method of sedimentological identification of storm and tsunami deposits : exoscopic analysis, preliminary results) ; Quaternaire ; 2000 ; Volume 11 , n°11-3-4, pp. 167-177. (RĂ©sumĂ©)

Étymologie

Statistiques

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MĂ©gatsunamis

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