Tristan Tzara

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Tristan Tzara
Tristan Tzara par Tihanyi

Tristan Tzara, de son vrai nom Samuel Rosenstock, né le 16 avril 1896 à Moinești, Roumanie et mort le 25 décembre 1963 à Paris, est un écrivain, poète et essayiste de langue roumaine et française et l'un des fondateurs du mouvement Dada dont il sera par la suite le chef de file.

Sommaire

Biographie

La famille Rosenstock fait partie des 800 000 personnes juives recens√©es √† qui le code civil en vigueur, √† l'√©poque, interdit la citoyennet√© roumaine. √Člev√© dans une certaine aisance mat√©rielle gr√Ęce au p√®re qui est cadre dans une soci√©t√© d'exploitation p√©troli√®re, Samuel conna√ģt une enfance et une adolescence sans histoire. Il suit un cours sur la culture fran√ßaise dans un institut priv√©, s'√©veille √† la litt√©rature au lyc√©e Saint-Sava et s'inscrit en section scientifique pour le certificat de fin d'√©tudes au lyc√©e Mihai-Viteazul. C'est un bon √©l√®ve et ses professeurs notent son ouverture d'esprit et sa curiosit√© intellectuelle infatigable[1].

La litt√©rature roumaine du d√©but du XXe si√®cle est fortement influenc√©e par le symbolisme fran√ßais. La revue Litteratorul d'Alexandru Macedonski (en) tout en proposant des po√®mes de Charles Baudelaire, Ren√© Ghil, Maurice Maeterlinck ou St√©phane Mallarm√© n'en combat pas moins la tradition romantique. Avec son camarade de lyc√©e Marcel Janco, Samuel cr√©e, en 1912, sa premi√®re revue, Simbolul, et s'imagine en ¬ę ange noir du symbolisme triomphant ¬Ľ. Il y publie l'un de ses premiers po√®mes, Sur la rivi√®re de la vie.
En 1915, il adopte le pseudonyme de Tristan Tzara : Tristan en r√©f√©rence au h√©ros de l'op√©ra de Richard Wagner, Tristan et Isolde, et Tzara parce que cela signifie ¬ę terre ¬Ľ ou ¬ę pays ¬Ľ en roumain[2].

Tristan Tzara ne d√©teste pas ¬ę choquer le bourgeois ¬Ľ. Il fait para√ģtre dans diverses revues des po√®mes comme Les Faubourgs, o√Ļ il √©voque l'¬ę ouragan d√©vastateur de la folie ¬Ľ, ou bien Doute, qui insiste sur le r√īle du hasard dans la cr√©ation po√©tique : ¬ę J'ai sorti mon vieux r√™ve de sa bo√ģte, comme tu prends un chapeau / Le sommeil est un jardin entour√© de doutes / On en distingue pas la v√©rit√© du mensonge. ¬Ľ
Il se passionne pour l'Ňďuvre d'Arthur Rimbaud, fait des Galgenlieder (Les Chants du gibet) de Christian Morgenstern son livre de chevet, tandis que le Bucarest intellectuel r√©sonne des ¬ę pages bizarres ¬Ľ d'un certain Urmuz (en) (alias Demetru Demetrescu Buzau), dont Eug√®ne Ionesco dira qu'il √©tait ¬ę une sorte de Kafka plus m√©canique, plus grotesque, pr√©curseur de la r√©volte litt√©raire universelle, un des proph√®tes de la dislocation des formes sociales de pens√©e et de langage ¬Ľ.
Ayant obtenu son certificat de fin d'études, Tzara s'inscrit à l'université de Bucarest en mathématiques et philosophie (septembre 1914). Son ami Janco s'inscrit en polytechnique[3].

L'atmosph√®re provinciale de Bucarest ennuie Tzara qui r√™ve de partir. Contre l'avis de son p√®re, mais encourag√© par Janco qui le presse de le rejoindre √† Zurich, il quitte la Roumanie pour la Suisse, pays neutre accueillant la jeunesse d'Europe refusant la guerre. Il s'inscrit √† l'universit√© en classe de philosophie. Mais l'ennui le gagne √† nouveau : ¬ę les sensations de bien-√™tre devinrent rares et tous les plaisirs √©taient catalogu√©s : les excursions, les caf√©s, les amis... ¬Ľ Il faut l'enthousiasme contagieux de Janco pour l'emp√™cher de retourner √† Bucarest.
Tzara rencontre l'Allemand Hugo Ball accompagn√© de sa femme Emmy Hennings, danseuse et chanteuse. Il se pr√©sente comme un r√©volutionnaire professionnel, disciple de Mikha√Įl Bakounine, ayant quitt√© l'Allemagne pour cause d'incitations √† l'√©meute. Convaincu qu'en Suisse, il trouverait quelques jeunes gens comme lui avec la volont√© de ¬ę jouir de leur ind√©pendance ¬Ľ, Ball confie √† Tzara son projet d'ouvrir un lieu o√Ļ se rassembleraient toutes les dissidences. Le 2 f√©vrier 1916, para√ģt dans la presse zurichoise un communiqu√© annon√ßant la cr√©ation d'un ¬ę centre de divertissement artistique ¬Ľ qui s'adresse √† tout le monde sauf aux ¬ę petites mondanit√©s de l'avant-garde ¬Ľ. Le rendez-vous est fix√© dans une taverne de la Spiegelstrasse pour des soir√©es quotidiennes[4].

Le 5 février, Ball, Hennings, Richard Huelsenbeck, Tzara et les peintres Jean Arp, Janco et Sophie Taeuber inaugurent le Cabaret Voltaire et transforment l'endroit en café littéraire et artistique dont les murs sont couverts de tableaux créant une ambiance à la fois intime et oppressante[5]. Le succès est immédiat.

Tzara : ¬ę Chaque soir, on chante, on r√©cite - le peuple - l'art nouveau le plus grand au peuple - [‚Ķ] balala√Įka, soir√©e russe, soir√©e fran√ßaise - des personnages √©dition unique apparaissent r√©citent ou se suicident, va et vient, la joie du peuple, cris ; le m√©lange cosmopolite de dire et de BORDEL, le cristal et la plus grosse femme "sous les ponts de Paris". ¬Ľ
Jean Arp : ¬ę Janco a √©voqu√© et fix√© Le Cabaret sur la toile de l'un de ses tableaux. Dans un local bariol√© et surpeupl√© se tiennent sur une estrade quelques personnages fantastiques qui sont cens√©s repr√©senter Tzara, Janco, Ball, Huelsenbeck, Hennings et votre serviteur. Nous sommes en train de mener un grand sabbat. Les gens autour de nous crient, rient et gesticulent. ¬Ľ
Hugo Ball : ¬ę Nous sommes tellement pris de vitesse par les attentes du public que toutes nos forces cr√©atives et intellectuelles sont mobilis√©es. [..] Aussi longtemps que toute la ville ne sera pas soulev√©e par le ravissement, Le Cabaret n'aura pas atteint son but[6]. ¬Ľ

Il a particip√© √† la naissance du mot ¬ę Dada ¬Ľ √† Zurich et a √©t√© le plus actif propagandiste du mouvement. Huelsenbeck, autre fondateur du mouvement dada, pr√©tend en 1922, dans son histoire du dada√Įsme, que Tzara n'a jamais √©t√© dada√Įste, ce qui s'explique par la rivalit√© qui r√©guli√®rement les opposera). Tandis que certains po√®tes contemporains voient en Tzara le chef de file de l'art nouveau.

Il a √©crit lui-m√™me les premiers textes "dadas" :

  • La Premi√®re Aventure c√©leste de Mr Antipyrine (1916),
  • Vingt-cinq po√®mes (1918),
  • et Sept manifestes Dada (1924), recueil de manifestes lus ou √©crits entre 1916 et 1924.

Cela l'a lancé (avec ses amis André Breton, Philippe Soupault et Louis Aragon) dans une grande variété d'activités destinées à choquer le public et à détruire les structures traditionnelles du langage[7].

Par la suite, il a longtemps tenté de réconcilier surréalisme et communisme (il a même adhéré au parti communiste en 1936, avant de rejoindre la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale). Il est inhumé à Paris, au cimetière du Montparnasse (8e division).

Ňíuvres

  • La Premi√®re Aventure c√©leste de Mr Antipyrine, premi√®re √©dition 1916, avec des bois grav√©s et colori√©s par Marcel Janco, r√©√©d. 2005, √Čditions Dilecta.
  • Vingt-cinq po√®mes, 1918. r√©√©d. 2006, √Čditions Dilecta.
  • Cin√©ma calendrier du cŇďur abstrait maisons, premi√®re √©dition 1920, r√©√©d. 2005, √Čditions Dilecta.
  • Le CŇďur √† barbe, 1922.
  • Sept manifestes Dada, premi√®re √©dition 1924, avec des dessins de Francis Picabia, r√©√©d. 2005, √Čditions Dilecta.
  • Mouchoir de nuages, 1924.S√©lection, Anvers
  • Sonia Delaunay, 1925.
  • De nos oiseaux : po√®mes, 1923.
  • L‚ÄôArbre des voyageurs, 1930.
  • Essai sur la situation de la po√©sie, 1931
  • L‚ÄôHomme approximatif, 1931.
  • O√Ļ boivent les loups, 1932.
  • L‚ÄôAntit√™te, 1933.
  • Grains et Issues, 1935.
  • La main passe, 1935.
  • Ramures, 1936.
  • Sur le champ, 1937.
  • La Deuxi√®me Aventure c√©leste de M. Antipyrine, 1938.
  • Midis gagn√©s, 1939.
  • √áa va, 1944.
  • Entre-temps, 1946.
  • Le CŇďur √† gaz, 1946.
  • Terre sur terre, 1946.
  • La Fuite : po√®me dramatique en quatre actes et un √©pilogue, 1947.
  • Le Surr√©alisme et l‚ÄôApr√®s-guerre, 1947.
  • Le Poids du monde, 1951.
  • La Face int√©rieure, 1953.
  • L'√Čgypte face √† face, 1954.
  • √Ä haute flamme, 1955.
  • La Bonne Heure, 1955.
  • Parler seul, 1955.
  • Le Fruit permis : po√®mes, 1956.
  • La Rose et le Chien, 1958.
  • Juste pr√©sent, 1961.
  • Lampisteries, pr√©c√©d√© de Sept manifestes Dada, 1963.
  • 40 chansons et d√©chansons, 1972.
  • Ňíuvres compl√®tes, Flammarion, 1975-1982, 5 volumes.
  • Cin√©ma calendrier du cŇďur abstrait maisons, 2005.
  • D√©couverte des arts dits primitifs, suivi de Po√®mes n√®gres, Hazan, 2006.

Bibliographie

  • Henri B√©har, Tristan Tzara, Oxus, Collection ¬ę Les Roumains de Paris ¬Ľ, Paris, 2005 (ISBN 2-84898-048-6).
  • Fran√ßois Buot, Tristan Tzara, Grasset, Paris, 2002
  • Marc Dachy, Tristan Tzara, dompteur des acrobates, L'Echoppe, Paris, 1992
  • Christian Nicaise, Tristan Tzara : les livres, √Čd. L'Instant perp√©tuel, Rouen, 2005 (ISBN 2-905598-90-5).

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Articles connexes

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Fran√ßois Buot, Tristan Tzara, Grasset, Paris, 2002, p. 15 √† 18.
  2. ‚ÜĎ Buot, op. cit., p. 20 √† 22.
  3. ‚ÜĎ Buot, op. cit., p. 24 √† 30.
  4. ‚ÜĎ Buot, op. cit., p. 31 √† 40.
  5. ‚ÜĎ Dada, sous la dir. de Laurent Lebon, catalogue de l'exposition pr√©sent√©e au Centre Pompidou du 5 octobre 2005 au 9 janvier 2006, Centre Pompidou, Paris, 2005, p. 219.
  6. ‚ÜĎ Buot, op. cit., p. 40 et 41 ; et Marc Dachy Journal du mouvement Dada, Skira, Gen√®ve, 1989.
  7. ‚ÜĎ Tristan Tzara, Aragon, Philippe Soupault et Breton, entre autres, participent notamment √† la revue SIC cr√©√©e par Pierre Albert-Birot en 1916.


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