Transylvanie historique

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Transylvanie historique

Transylvanie (principauté)

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Transylvanie
Région historique
XIe si√®cle-1867
Armes de Transylvanie Carte de Transylvanie
La principauté de Transylvanie (en jaune) dans la région de Transylvanie actuelle (en jaune et brun)
Subdivisions actuelles
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Villes
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Chronologie
XIe si√®cle
XIe si√®cle : vassale du royaume m√©di√©val de Hongrie
1438 : Unio Trium Nationum
1541 : D√©tachement du royaume de Hongrie
1690 : Domination directe des Habsbourg
1867 : Dans l'√Čtat hongrois
1er d√©cembre 1918 : Proclamation d'Alba Iulia
1918: Rattachement à la Roumanie
Souverains
Vo√Įvodes (premier connu: Duc Gelou des Valaques Xe si√®cle [1]; dernier: comte Louis Folliot de Crennville, 1861-1867)
Populations
Roumains : 80%
Hongrois : 7%
Roms : 0,5%
Allemands : moins de 0,5%
Sicules : moins de 7,5%

La principauté de Transylvanie occupait un territoire qui correspond actuellement à la partie centrale de la région de Transylvanie, en Roumanie.

Sommaire

Origines du nom

Comme la toponymie, ses diverses appellations (et leurs origines supposées) témoignent de la présence millénaire sur ce territoire de populations de langues latine (Roumains), finno-ougrienne (Hongrois, Sicules), ou germanique (Saxons):

Par ailleurs, Ion Maiorescu notait dans L.R. von Heufler: √Ėsterreich und seine Kronl√§nder (L'Autriche et ses pays de la Couronne), que ¬ę Ardeal ¬Ľ viendrait du celte, car si l'on en croit l'introduction par Leibnitz[2] ardal avait en celtique le m√™me sens que le mot roumain Ň£arńÉ (pays). Or les Scordisques (peuple celte) s'√©taient install√©s en Transylvanie parmi les Daces (Thraces du nord).

Arde pourrait aussi d√©river directement de l'indo-europ√©en, avec le sens de ¬ę for√™t ¬Ľ (voir Forest of Arden, Angleterre, et for√™t belge d'Ardenne).

Histoire

Avant la formation de la principauté

Article d√©taill√© : Origine du peuple roumain.
Médaille frappée par les Romains à l'occasion de la fondation de la province de Dacie.

La région était, dans l'Antiquité, le centre politique du royaume des Daces, avec comme capitale Sarmizegetusa, dans les montagnes.

En 106, elle est conquise par l'empereur romain Trajan (Marcus Ulpius Nerva Traianus) et devient la province romaine de Dacia Felix, avec pour capitale Ulpia Traiana Sarmizegetusa. Cette province romaine ne correspondait que partiellement aux limites de la future Transylvanie du Moyen √āge.

Apr√®s le d√©part des Romains en 271, la r√©gion entre dans une longue p√©riode de ¬ę si√®cles obscurs ¬Ľ pour les historiens, car peu document√©e par les sources comme partout en Europe. N√©anmoins une pr√©sence chr√©tienne est bien attest√©e √† partir du IVe si√®cle, tandis que toponymie et linguistique montrent une longue cohabitation de populations d'origines diverses. Par exemple, la rivi√®re ArieŇü/Aranyos tire son nom du latin Auraneus (orpailleur), la bourgade de SńÉvńÉdisla/Szent-Laszlo vient du slavon Sveti Vladislav (Saint Ladislas), tandis que le pays de T√Ęrnava/K√ľk√ľll√∂ a un nom √† la fois slavon et finnois (signifiant respectivement √©pineux et prunier). Les noms de montagnes (Pietrosu, GńÉina, Codru, PleŇüu, CńÉpńÉŇ£√Ęna, etc.) presque tous roumains, montrent que les "Valaques" (comme on appelait alors les latinophones) vivaient surtout au pied des massifs montagneux o√Ļ ils s'adonnaient √† l'√©levage extensif surtout ovin (c'√©tait encore le mode de vie traditionnel de la plupart des Roumains transylvains au XIX√®me si√®cle).

√Ä partir du IVe si√®cle, s‚Äôy succ√©d√®rent les Huns (des turcophones), les G√©pides (des germains), les Avars puis les Bulgares (autres turcophones) et les Slavons (des Slaves). Un exemple connu pour l‚Äôarch√©ologie du temps des grandes migrations est constitu√© par les tombes g√©pides d'Apahida.

Moyen √āge : Une province du Royaume de Hongrie

√Ä partir du IXe - Xe si√®cle, des Magyars, parlant une langue du groupe finno-ougrien, install√©s d'abord au nord de la Mer Noire (pays d'Etelk√∂z) puis au centre du bassin danubien, √©tendent progressivement leur autorit√© vers les montagnes qui ceinturent ce bassin. Vers l'Est ils trouvent les Monts Apuseni, les Carpates), en direction de ce qui devient alors pour eux "le pays au-del√† des for√™ts": la Transylvanie. Alors qu'ils adoptent le christianisme catholique, les Magyars, appel√©s "Hongres" ou "Hongrois" par confusion avec leurs alli√©s Onogoures, √©tendent leur domination sur les populations locales majoritairement "Slavonnes" (slaves), qui rel√®vent du patriarcat orthodoxe d'Ohrid, et plus pr√©cis√©ment de la M√©tropolie de P√©c et de l'√©parchie de Turnu-Severin. L'√©v√™ch√© catholique d'Alba Iulia est fond√© √† cette √©poque, pour contrer l'orthodoxie. Plus tard, les nouveaux seigneurs Hongrois s√©dentarisent dans la partie orientale de la Transylvanie des mercenaires, les Szeklers (dits Sicules), colons aux origines incertaines (finnoises ? turques ? mongoles ?), mais de langue hongroise. Devenus eux aussi catholiques, ils prennent en charge la garde des fronti√®res .

√Čglise paroissiale saxonne √† Hermannstadt (Sibiu).

Du XIe si√®cle au d√©but du XVIe si√®cle, la Transylvanie est un vo√Įvodat, une province avec une plus grande autonomie par rapport aux comitats hongrois, parce qu'elle √©tait loin du centre du royaume. Le vo√Įvode a √©t√© nomm√© par le roi de Hongrie. Le vo√Įvode le plus connu √©tait J√°nos/Jean Hunyadi (d'origine valaque/roumain du cot√© de son p√®re Iancou de Hunedoara), le vainqueur de la bataille de Belgr√°d (N√°ndorfeh√©rv√°r) en 1456 et le p√®re du roi Matthias Corvin (Matthias Ier de Hongrie, Matei Corvin) Les Hongrois √©tendent le syst√®me des comitats en Transylvanie. Pour d√©velopper les mines, le roi de Hongrie fait appel √† des colons allemands (appel√©s Saxons m√™me s'ils ne viennent pas tous de Saxe; environ 10% √©taient de parler roman (Wallons, Lorrains), comme en t√©moignent diverses r√©f√©rences wallen). Leurs privil√®ges et droits sont consign√©s en 1224 dans le dipl√īme Andreanum). Ils s'installent sur des terres royales (Fundus Regius) o√Ļ ils fondent, dit-on, sept cit√©s (d'o√Ļ le nom allemand de Siebenb√ľrgen). Ils consolident leurs privil√®ges, qui seront abolis en 1867, en m√™me temps que la Principaut√© de Transylvanie qui fut alors rattach√©e au Royaume de Hongrie au sein de la double monarchie Austro-Hongroise.

Au Moyen √āge, les Valaques de Transylvanie, populations de langue latine, avaient initialement √©t√© organis√©s en "vlachf√∂lds": communaut√©s territoriales nomm√©es par eux "Ň£ńĀri" (du latin terra). Les historiens les d√©finissent comme des "Romanies populaires" ou "Valachies". A mesure que l'aristocratie roumaine (les boyards), somm√©e de renoncer √† l'orthodoxie ou de partir, quittait le pays vers la Moldavie et la Valachie, au-del√† des Carpates, les "Ň£ńĀri" furent tour √† tour int√©gr√©es aux comitats hongrois et aux fiefs allemands, durant les XIIIe et XIVe si√®cle[3], pp. 13 √† 19. :

  • ŇĘara PńÉdurenilor (pays des forestiers)
  • ŇĘara LńÉpuŇüului (pays de LńÉpuŇü)
  • ŇĘara NńÉsńÉudului (en allemand N√∂snerland)
  • ŇĘara Gurghiului (pays du Gurghiu)
  • ŇĘara VlńÉhiŇ£ei (pays de VlńÉhiŇ£a qui veut dire "petite Valachie")
  • ŇĘara B√Ęrsei (en allemand Burzenland, fief de l'ordre Teutonique de 1211 √† 1225)
  • ŇĘara FńÉgńÉraŇüului (pays de FńÉgńÉraŇü)
  • ŇĘara HaŇ£egului (pays de (HaŇ£eg) et
  • ŇĘara MoŇ£ilor (pays des MoŇ£es).

Il y avait √©galement des "vlachf√∂lds" √† c√īt√© du vo√©vodat de Transylvanie proprement dit:

  • ŇĘara MaramureŇüului (pays du (MaramureŇü), d'o√Ļ sont partis les vo√©vodes fondateurs de la Moldavie)
  • ŇĘara Bihorului (pays du Bihor) dit aussi ŇĘara CriŇüurilor (pays des CriŇü) et
  • ŇĘara ZńÉrandului (pays du ZńÉrand).

Jusqu'en 1366 la Transylvanie a connu une organisation politique o√Ļ, outre l'aristocratie magyare, les "Saxons", les "Szeklers" et les "Valaques" (Roumains) √©taient repr√©sent√©s √† la Di√®te (Universis nobilibus, Saxonibus, Syculis et Olachis). Ils formaient ensemble un Tiers √©tat (congregatio generalis) pouvant proposer et voter des lois, et √™tre d√©l√©gu√© pour prendre des mesures ex√©cutives concernant l'ordre public, les relations entre groupes ethniques et confr√©ries professionnelles, voire les questions militaires.

Mais en 1366, par l'√Čdit de Turda, le roi Louis Ier de Hongrie red√©finit l'accessibilit√© √† la congregatio generalis et √† la Di√®te, d√©somais conditionn√©e par l'appartenance √† l'√Čglise catholique. Bien que l'√©dit ne le mentionne pas ouvertement, cela en exclut la majorit√© orthodoxe roumaine, c'est √† dire la majorit√© des Transylvains. La noblesse roumaine doit se convertir (et se magyariser) ou s'exiler (en Moldavie et Valachie), et la fin des "Ň£ńĀri" ou "vlachf√∂lds" abandonn√©s par cette noblesse place les "valaques" orthodoxes en situation de servage, de soumission ("iobńÉgie"). A partir de l√†, seuls les catholiques, Hongrois, Szeklers (ou Sicules) et Saxons sont reconnus comme "nations" (Unio Trium Nationum de 1438). La Transylvanie subit de plein fouet les troubles de la fin du Moyen √āge en Europe centrale et orientale : la "iobńÉgie" (servage) engendre de grandes r√©voltes paysannes (jacquerie de Gheorghe Doja, en magyar D√≥zsa Gy√∂rgy en 1514, raidissement des Ordres et des privil√©gi√©s, prosp√©rit√© des villes menac√©es par les guerres civiles et le d√©clin √©conomique).

La Principauté de Transylvanie (XVIe-XVIIe siècles)

Le prince de Transylvanie Gabriel Bethlen (en hongrois Bethlen G√°bor) en 1620

L'irruption des turcs Ottomans dans le bassin danubien et le d√©sastre hongrois de Moh√°cs (1526) , provoquent la d√©sint√©gration de la Hongrie m√©di√©vale, apr√®s pr√®s de dix ans de lutte contre les turcs et de batailles dynastiques entre les Zapolya, les Jagellon et les Habsbourg pour le tr√īne de Hongrie. Tandis que la Hongrie centrale devient un pachalik ottoman, les Habsbourg d'Autriche s'emparent de la Hongrie occidentale et de la Hongrie du Nord (en partie l'actuelle Slovaquie), la Hongrie royale, tandis que la Transylvanie est donn√©e √† Jean Ier Zapolya par la paix de Nagyv√°rad, en 1538. Mais deux ans plus tard, le roi meurt, laisse un tr√īne convoit√© par le Saint-Empire entre les mains de son fils Jean II de Hongrie, qu‚Äôon s‚Äôempresse d‚Äô√©lire roi, sous r√©gence de sa femme Isabelle Jagellon et de son conseiller Giorgio Martinuzzi.

Mais Soliman ne cesse ses ambitions de conqu√™te : quinze ans apr√®s Moh√°cs il renvoie ses arm√©es en Hongrie, qui p√©n√®trent jusqu‚Äô√† Buda, sans pour autant manifester de volont√© de gouverner par lui-m√™me : il souhaite laisser la Transylvanie jusqu‚Äôau fleuve Tisza, √† Jean II, contre 10.000 Florints d‚Äôimp√īt par an. Le Parlement transylvain accepte ces conditions et √©l√®ve Jean-Sigismond au titre de prince de Transylvanie, retirant ainsi tout droit aux Habsbourg. Cependant en 1546, le sultan demande la remise de deux ch√Ęteaux se trouvant √† l‚Äôouest de la Transylvanie, et le moine Gheorghe, concluant √† la volont√© toujours vive de conqu√™te du turc, entre en n√©gociations avec Ferdinand Ier du Saint-Empire, ce qui aboutit en 1549 √† la Convention de Nyirbator, reconnaissant les droits de Ferdinand sur la Hongrie en √©change de la s√©curit√© de la Transylvanie. En apprenant les clauses de ce trait√© secret, la reine m√®re se rapproche du Sultan et lui d√©nonce le ¬ę tra√ģtre moine ¬Ľ, demandant en √©change la s√©curit√© de son fils et son accession au tr√īne de ¬ę roi de la Transylvanie ¬Ľ.

Mais une guerre se d√©clenche et la reine m√®re chute face aux arm√©es autrichiennes. Elle se voit oblig√©e de d√©missionner avec son fils, Ferdinand reprend le tr√īne de Hongrie, et la Transylvanie est reconnue comme un √©tat ind√©pendant, un royaume avec √† sa t√™te Martinuzzi nomm√© vo√Įvode, la guerre avec les turcs √©tant suspendue diplomatiquement. Le 16 d√©cembre 1551 cependant Ferdinand fait assassiner Martinuzzi, dont il se m√©fiait, ce qui a pour effet de remettre le sultan dans la course. Au d√©but 1552, il rappelle la reine m√®re et son fils sur le tr√īne de Hongrie, l‚Äôempereur affaibli ne pouvant riposter. Le 12 mars 1556, le Parlement transylvain se d√©cide √† faire revenir la reine m√®re Isabelle et son fils, tandis que l‚Äôempereur Ferdinand, dans sa lettre au sultan, √©non√ßait la remise de la Transylvanie √† Jean Sigismond. Dor√©navant la Transylvanie est une monarchie ind√©pendante, mais qui doit bient√īt accepter, comme avant elle la Valachie et la Moldavie, le statut de vassale de l'Empire ottoman. Vassale ne signifie pourtant pas annex√©e, et c'est pourquoi les cartes qui montrent la Transylvanie, la Valachie et la Moldavie comme territoires ottomans, sont fausses. En effet les trois Vo√Įvodats gardent leur statut d'√©tats chr√©tiens autonomes, leurs arm√©es, leurs institutions, leurs lois et leurs ambassadeurs. Le trait√© de Speyer, du 10 mars 1571, sign√© par l‚Äôempereur Maximilien et le prince, ent√©rinait cette position de la Transylvanie.

La Transylvanie est donc une Principaut√© √©lective dirig√©e par un Vo√Įvode hongrois (dont les prestigieuses familles Bethlen ou B√°thory), et o√Ļ les pouvoirs de la di√®te sont r√©els. Les ¬ę valaques ¬Ľ en sont exlus : ils sont orthodoxes. Lors de la R√©forme, alors que la Contre-R√©forme s√©vit en France et dans les possessions des Habsbourg (Autriche, Boh√™me, Hongrie royale), la Di√®te transylvaine, par l'√©dit de tol√©rance de 1571, passe en majorit√© au protestantisme, soit luth√©rien (adopt√© par les Saxons), soit calviniste (adopt√© par les Szeklers occidentaux), soit unitarien (adopt√© par une partie des Hongrois). Dans cet √©dit de tol√©rance transylvain, ces quatre confessions (profess√©es par les aristocrates, les bourgeois et les fermiers libres, magyarophones ou germanophones) sont d√©clar√©es ¬ę accept√©es ¬Ľ (recept√¶), alors que la foi orthodoxe de la majorit√© des Transylvains (profess√©e par les serfs roumanophones) est seulement ¬ę tol√©r√©e ¬Ľ (tolerata). Du point de vue des Magyars et des Saxons, c'est un √āge d'Or de la Transylvanie au XVIIe si√®cle, mais du point de vue de la paysannerie, en majorit√© roumaine et orthodoxe (m√™me si les crit√®res ethnico-religieux n'ont pas la m√™me valeur √† cette √©poque que de nos jours), c'est un √Ęge obscur. Pendant toute cette p√©riode, la plupart du temps, les Vo√Įvodes de Transylvanie, comme leurs homologues de Moldavie et Valachie, jouent double jeu : ils paient un tribut aux Ottomans tout en reconnaissant, √† plusieurs reprises, l'autorit√© lointaine des Habsbourg.

Apr√®s la mort de Jean Sigismond le 14 mars 1571, √Čtienne B√°thory est √©lu vo√Įvode de Transylvanie. Le sultan agr√©e cette d√©cision, consid√©rant Bathory comme le successeur l√©gitime de Jean Sigismond, mais ordonnant une collaboration diplomatique √©troite entre le prince B√°thory et le bey de Buda, premier fonctionnaire du sultan en Hongrie. Mais en 1575, la noblesse polonaise demande √† B√°thory, fianc√© √† Anne, la sŇďur de Sigismond II Auguste, d‚Äôacc√©der au tr√īne de Pologne, et celui-ci accepte, laissant la Transylvanie √† son fr√®re Christophe. Suivront les princes Sigismond Ier B√°thory, oblig√© de d√©missionner en 1596 apr√®s une d√©faite contre les turcs, un bref passage de Rodolphe II, qui sera renvoy√© par la noblesse en 1601, noblesse qui rappellera Sigismond, qui abdiquera de nouveau en 1602, suite √† une nouvelle d√©faite, contre le Saint-Empire cette fois. Cette fois c‚Äôest √Čtienne II Bocskai, ancien conseiller des B√°thory, qui est √©lu prince de la Transylvanie en 1605, puis roi de Hongrie, auquel il renonce, conform√©ment √† la volont√© de l‚ÄôEmpire Ottoman, qui pousse le Saint-Empire √† reconna√ģtre cet √©tat de fait.

Il faut enfin mentionner, pour cette p√©riode, la br√®ve conqu√™te de la Transylvanie entre novembre 1599 et ao√Ľt 1600 par le prince de Valachie Michel le Brave (Mihai Viteazul), condottiere au service de l'empereur Habsbourg de Vienne mais agissant ensuite pour son compte personnel et unissant bri√®vement la Transylvanie √† la Valachie et √† la Moldavie : cet √©pisode, relativement mineur √† l'√©poque, a √©t√© consid√©r√© par les historiens roumains, √† partir de l'√Ęge romantique (XIXe si√®cle), comme une ¬ę pr√©monition ¬Ľ de la formation de la Roumanie actuelle. Cependant aucun √©l√©ment factuel ne permet d'√©tayer cette th√®se[4] Pire encore: c'est lui qui a l√©galis√© le servage en Valachie m√™me.

A l‚Äôarriv√©e au pouvoir de G√°bor B√°thory, fils d‚ÄôEtienne, le sultan renon√ßa √† l‚Äôimp√īt annuel pour un sur trois ans. G√°bor engage des pourparlers avec l‚Äôempereur pour une alliance contre les turcs, mais son conseiller, Gabriel Bethlen, en informe le sultan qui lui c√®de en 1613 le droit de d√©poser le monarque. Le 21 octobre 1613, le Parlement transylvain, convoqu√© par le sultan, √©lit Bethlen prince. Il fut un prince protestant, qui d√©sirait unifier les contr√©es protestantes contre l‚Äôabsolutisme catholique des Habsbourg. En 1619, il s‚Äôengage dans la guerre de Trente Ans aux cot√©s de la Boh√™me, rejoints en 1626, gr√Ęce √† son mariage avec Catherine de Brandebourg, par les Pays-Bas, le Danemark et la Pologne. Il meurt en 1629 et le candidat soutenu par les turcs, Georges Ier R√°k√≥czi, lui succ√®de, continuant sa lutte contre Ferdinand, qui meurt en 1637, la guerre de Trente Ans entrant alors dans sa derni√®re p√©riode, un conflit entre Allemands et Fran√ßais, alli√©s de R√°k√≥czi. Ce dernier demande en 1643, en contrepartie d‚Äôune alliance militaire non souhait√©e par le sultan, une protection militaire de la France et de la Su√®de, sans d√©sir de possession de la Hongrie et de la Transylvanie. Un accord secret entre Louis XIV et avec le prince R√°k√≥czi compl√®te en 1645 ces donn√©es.

Le sultan voit cependant d‚Äôun mauvais Ňďil ce prince qui devient trop fort et poss√®de de grands alli√©s, et interdit au prince de continuer dans ses volont√©s militaires. En d√©cembre 1645, le prince ob√©it et retire ses troupes de la Moravie, signant la paix √† Linz avec Ferdinand III, mettant fin √† la participation de la Hongrie et de la Transylvanie dans la guerre de Trente Ans. En 1648, √† la paix de Westphalie qui met fin √† la Guerre de Trente Ans, ils agissent comme puissance souveraine participant aux n√©gociations. C'est en 1699 que cette souverainet√© prend fin, lorsque les Habsbourg conqui√®rent la Transylvanie et en font un Archiduch√© int√©gr√© √† leur empire.

La domination directe des Habsbourg (1690-1867)

Iohann Haller, gouverneur de la Transylvanie en 1750.

√Ä partir de 1688-1690, la r√©gion passe sous le contr√īle de l'empire des Habsbourg qui vient de reconqu√©rir le bassin danubien apr√®s 150 ans d'occupation ottomane. L'empereur L√©opold s'engage √† reconna√ģtre l'autonomie transylvaine (Diploma Leopoldinum) mais il met en place un gouverneur, entour√© d'un Conseil (Gubernium), charg√© de le repr√©senter personnellement dans ce qui devient, peu √† peu, une simple province de son Empire. La religion catholique reprend une place importante et en 1698 une partie des orthodoxes acceptent de reconna√ģtre l'autorit√© du Pape (√©glise gr√©co-catholique de Transylvanie). Les gr√©co-catholiques de Transylvanie ouvriront des √©coles et seront le moteur de l'√©mancipation des Roumains, developpant un esprit de r√©sistance qui les fera interdire et pers√©cuter entre 1946 et 1989 lors de la p√©riode communiste.

C'est aux XVIIe et XVIIIe si√®cles si√®cles, sous l'influence de l'esprit des Lumi√®res, que commencent √† se d√©velopper les consciences nationales modernes[5]. Quoi qu'il en soit, les √©lites gr√©co-catholiques de langue roumaine souffrent de n'avoir aucune participation au pouvoir[6]. √Ä la fin du XVIIIe si√®cle, un embryon de bourgeoisie roumaine est n√©anmoins form√©, et ses revendications sont formul√©es par les penseurs de l'√©cole transylvaine (Ňěcoala ardeleanńÉ). Entre 1784 et 1792, ils r√©clament la reconnaissance des Roumains comme ¬ę Quatri√®me nation ¬Ľ en Transylvanie, notamment dans le (Supplex Libellus Valachorum, texte traduit √† Paris dans le Mercure de France, et de m√™me inspiration que la D√©claration d'ind√©pendance am√©ricaine ou que celle des Droits de l'homme et du citoyen fran√ßaise. Le leader de la r√©volution transylvaine de 1784, "Horea", avait d'ailleurs √©t√© instruit par des humanistes fran√ßais.

De leur c√īt√© les Habsbourg aussi se laissent s√©duire par l'esprit des Lumi√®res: Joseph II, entre 1781 et 1787, m√®ne des r√©formes audacieuses: suppression du servage, d√©mant√®lement des privil√®ges des Ordres (hongrois, sicule, saxon) issus du Moyen √āge. Mais impos√©es autoritairement et unilat√©ralement, ces r√©formes √©chouent et sont annul√©es en 1790, dans le contexte de la r√©volution fran√ßaise qui effraie toutes les cours imp√©riales d'Europe. Ces r√©formes qui mettaient les Roumains √† √©galit√© avec les autres ¬ę nations ¬Ľ reconnues de Transylvanie, sont un √©lectrochoc pour les Hongrois de Transylvanie, nobles mais aussi bourgeois, qui commencent √† r√©clamer l'abolition de l'Archiduch√© et le rattachement de la Transylvanie (Uni√≥) √† la ¬ę Grande Hongrie ¬Ľ comprenant √©galement le Royaume de Croatie-Slavonie. Les Sicules, de langue hongroise, s'identifient, eux aussi, de plus en plus, √† la ¬ę cause nationale ¬Ľ Hongroise.

Le révolutionnaire roumain Avram Iancu en 1849.

√Ä partir de cette √©poque, la Transylvanie va de plus en plus devenir l'enjeu des luttes nationales et les revendications identitaires, dont elle n'est toujours pas compl√®tement sortie au d√©but du XXIe si√®cle. En 1848, le nationalisme romantique du ¬ę Printemps des peuples ¬Ľ qui lutte pour la libert√© et la d√©mocratie contre les tyrans souverains, r√©v√®le vite ses limites et ses na√Įvet√©s en Europe centrale, et particuli√®rement en Transylvanie. La r√©volution jacobine qui triomphe √† Budapest reprend √† son compte les revendications des partisans de la ¬ę Grande Hongrie ¬Ľ et s'empresse de proclamer le rattachement de la Transylvanie √† la ¬ę m√®re-patrie ¬Ľ hongroise et la suppression de la di√®te transylvaine.

Les mouvements roumain et saxon ne l'entendent pas de cette oreille. Les Saxons regardent de plus en plus vers l'Allemagne qui cherche, √† Francfort, les voies de son unification. Quant aux Roumains, rassembl√©s sous la banni√®re d'Avram Iancu lors de la grande assembl√©e de Blaj le 15 mai 1848, ils construisent une identit√© forte, ancr√©e dans le pass√© romain de la province, et militent pour une Transylvanie autonome. Les tentatives de conciliation ayant √©chou√©, les troupes r√©volutionnaires hongroises tentent de r√©duire militairement les l√©gions d'Avram Iancu et ainsi se dispersent, alors que les Habsbourg rassemblent les leurs et font appel au Tzar pour mettre fin √† la R√©volution hongroise (1849). Lajos Kossuth, leader de la r√©volution hongroise, doit s'exiler apr√®s le martyre de treize de ses g√©n√©raux √† Arad le 6 octobre 1849. Aux yeux des nationalistes hongrois, les Roumains ont ¬ę trahi la cause r√©volutionnaire ¬Ľ.

Suit une courte p√©riode de transition dite du n√©o-absolutisme autrichien : la Transylvanie devient une coquille vide, dissoute dans un syst√®me r√©pressif et bureaucrate, qui n'en poursuit pas moins les r√©formes de modernisation de 1848-1849 (fin du servage, modernisation des codes juridiques). Dans les ann√©es 1860 l'Autriche subit plusieurs graves d√©faites en Italie puis √† Sadowa en 1866, et l'empereur Fran√ßois-Joseph doit rel√Ęcher la pression sur les nationalit√©s. Une di√®te transylvaine se r√©unit √† Sibiu o√Ļ, pour la premi√®re fois, les Roumains sont repr√©sent√©s, et vote l'usage √† √©galit√© des trois langues, roumaine, hongroise et allemande dans l'administration (1863-1864). Un projet est pr√©sent√© √† l'empereur: l'Autriche, comme l'Allemagne, deviendrait une f√©d√©ration de sept monarchies dont il serait le roi ou l'archiduc: Autriche, Boh√™me-Moravie, Galicie-et-Lodom√©rie, Hongrie, Croatie-Slavonie, Transylvanie, Dalmatie. Mais, pour le pas contrarier les magnats d'Autriche et de Hongrie, l'empereur choisit de ne faire reposer l'√©quilibre de l'Empire que sur un pacte avec les seuls Hongrois : c'est le Compromis de 1867 (Ausgleich) qui fonde l'Autriche-Hongrie. Pour sa part, la Transylvanie est int√©gr√©e dans la ¬ę Grande-Hongrie ¬Ľ.

En Autriche-Hongrie, dans l'√Čtat hongrois (1867-1918)

Apr√®s 1867, les Hongrois ont carte blanche pour r√©organiser la partie de l'Empire qui leur est d√©volue (Transleithanie) : ils construisent le projet de la ¬ę Grande Hongrie unitaire ¬Ľ. La Transylvanie dispara√ģt d√©finitivement des cartes administratives, le territoire hongrois est d√©coup√© en ¬ę comitats ¬Ľ (megyek) uniformes (1876). La di√®te de Szeben, renvoy√©e par l'empereur d√®s 1865, est remplac√©e par une di√®te √† Kolozsv√°r qui s'auto-dissout (1868). Le Parlement est d√©sormais √† Budapest.

Apr√®s une premi√®re p√©riode plut√īt conciliatrice[7], le gouvernement hongrois m√®ne en Transylvanie une politique de magyarisation de plus en plus pouss√©e et agressive (elle culmine en 1907 avec la Loi scolaire Apponyi) dans une province constitu√©e, √† l'√©poque, d'environ 55 % de Roumains, 10 % de Saxons et 35 % de Hongrois. Cette politique aboutit √† un effet contraire √† celui recherch√©: les manifestations identitaires tant roumaines que saxonnes se renforcent. Les associations nationales de tout type (sport, arts, culture, banque) se multiplient, comme partout en Europe centrale.

Autonomistes roumains de Transylvanie en 1894, à l'occasion d'un procès intenté contre eux pour "trahison" par l'Etat hongrois (Procès du Memorandum).

Du c√īt√© roumain, apr√®s une p√©riode de boycott ( dite "passiviste": 1867-1902), une √©lite politique d√©termin√©e se forme au d√©but du XXe si√®cle (Iuliu Maniu, Vaida-Voievod) qui oblige le gouvernement hongrois (Istv√°n Tisza) √† n√©gocier √† deux reprises en 1910 et en 1913-1914. En outre, l'unification de la Valachie et de la Moldavie en un seul √Čtat de Roumanie (autonome en 1859, ind√©pendant en 1878) est un message fort pour les Roumains de Transylvanie, m√™me si l'on ne peut parler de v√©ritable irr√©dentisme. Quant aux Saxons qui ont perdu leurs privil√®ges en 1867, ils choisissent majoritairement la voie du compromis avec Budapest (1890) mais, forts de leur avance √©conomique et sociale, ils d√©veloppent des strat√©gies de r√©sistance √† la magyarisation et, d√©√ßus par Vienne, regardent de plus en plus vers Berlin, o√Ļ ils envoient leurs enfants faire leurs √©tudes universitaires.

Pendant la Grande guerre, la Transylvanie va devenir l'objet des tractations et des convoitises entre puissances. Le pays concern√© en premier chef est le Royaume de Roumanie. Dans les mouvements nationalistes roumains de ce pays, depuis les ann√©es 1880-1890, la revendication du rattachement de la Transylvanie, volontiers qualifi√©e de ¬ę troisi√®me pays roumain ¬Ľ (avec la Valachie et la Moldavie), est devenue un leit-motiv. Le jeune royaume roumain, alli√© √† la Triplice et gouvern√© par un roi allemand (Hohenzollern) qui ne peut gu√®re laisser libre cours √† de telles ambitions. La donne change √† partir de 1913 (Deuxi√®me guerre balkanique). Au d√©but de la Premi√®re Guerre mondiale, la monarchie roumaine reste prudemment neutre, n√©gociant avec les deux camps. Farouchement francophile, son opinion la pousse, n√©anmoins, √† une alliance avec la France, l'Angleterre et la Russie contre l'Autriche-Hongrie, pour lib√©rer les ¬ę fr√®res transylvains opprim√©s ¬Ľ (et qui l'√©taient en effet culturellement, mais b√©n√©ficiaient d'un niveau de vie et d'instruction sup√©rieur aux Moldaves et aux Valaques).

Le 27 ao√Ľt 1916, la Roumanie d√©clare la guerre √† l'Autriche-Hongrie et les troupes roumaines entrent en Transylvanie, mais apr√®s quelques semaines de combats et quelques victoires (prise de BraŇüov), la contre-offensive allemande les repousse au-del√† des cols des Carpates. La Roumanie est envahie par les Allemands, les Austro-hongrois et les Bulgares. Malgr√© sa r√©sistance √† Marasesti (le "Verdun roumain") durant l'ann√©e 1917, en fin de compte la d√©fection russe et l'√©puisement des ressources la contraignent √† la capitulation en mai 1918 (Trait√© de Bucarest).

En Transylvanie, de nouvelles associations ultra-nationalistes hongroises font la chasse aux Roumains ¬ę tra√ģtres ¬Ľ, et le gouvernement m√®ne une politique de colonisation rurale anti-roumaine. Les √©coles roumaines sont ferm√©es. Certains dirigeants et militants roumains transylvains passent clandestinement dans la petite partie de la Roumanie rest√©e non occup√©e par les Puissances centrales et forment une ¬ę L√©gion de volontaires transylvains ¬Ľ incorpor√©e dans l'arm√©e roumaine (juin 1917). √Ä l'automne 1918, quand l'Autriche-Hongrie s'effondre, les Roumains de Transylvanie proclament logiquement l'Union de la Transylvanie √† la Roumanie (Assembl√©e d'Alba Iulia, 1er d√©cembre 1918, actuellement f√™te nationale de la Roumanie). Les repr√©sentants saxons valident l'union le 15 d√©cembre 1918 √† MediaŇü, les hongrois quant √† eux s'y opposent le 22 d√©cembre de la m√™me ann√©e. Les Transylvains roumains leur donnent des garanties pour le respect de leurs droits (ces garanties seront in√©galement respect√©es par la suite: plut√īt bien durant la d√©mocratie parlementaire de 1921 √† 1938, plut√īt moins durant les p√©riodes de dictature de 1938 √† 1989, malgr√© l'√©tablissement d'une "r√©gion autonome hongroise" dans l'ouest de la Transylvanie par le r√©gime communiste, entre 1947 et 1968). Une commission interalli√©e pr√©sid√©e par le g√©ographe fran√ßais Emmanuel de Martonne trace la nouvelle fronti√®re entre la Hongrie et la Roumanie, qui est jusqu'√† ce jour la fronti√®re occidentale de la Transylvanie roumaine.

Le royaume de Roumanie de 1918

√Ä la suite de la victoire des Alli√©s en 1918, la Bucovine et la Transylvanie votent √©galement leur rattachement √† la Grande Roumanie, dont la population passe subitement de 8 millions √† 18 millions d'habitants. L'unification du pays est reconnue (sauf par les Sovi√©tiques) au (trait√© de Saint-Germain-en-Laye (1919)). La nouvelle fronti√®re entre Hongrie et Roumanie est trac√©e par une commission de l'Entente, pr√©sid√©e par le g√©ographe fran√ßais Emmanuel de Martonne. Cette question des fronti√®res, √©videmment consid√©r√©e par la Hongrie comme un r√©sultat injuste, installe pour longtemps un contentieux avec la Hongrie, qui s‚Äôaggrave au printemps 1919 lorsque le gouvernement bolch√©vique hongrois de Budapest tente de reprendre la Transylvanie. Ce gouvernement est vaincu par l'arm√©e roumaine encadr√©e par les officiers fran√ßais de la mission Berthelot. Les franco-roumains occupent Budapest le 6 ao√Ľt 1919. Le trait√© de Trianon (1920) attribuera finalement la Transylvanie et la moiti√© orientale du Banat √† la Roumanie, ainsi que divers territoires de la Hongrie orientale.

Mais durant l'√©t√© 1919, la constitution √† Budapest de la R√©publique bolch√©vique de Hongrie par le gouvernement B√©la Kun, qui reprend √† son compte le projet de la "Grande Hongrie", relance la guerre entre la Hongrie et les Alli√©s. Les troupes de B√©la Kun tentent de reprendre la Transylvanie et sont repouss√©es par l'arm√©e fran√ßaise Berthelot encadrant l'arm√©e roumaine reconstitu√©e. La contre-offensive franco-roumaine conduira Berthelot et les Roumains jusqu'√† Budapest, o√Ļ ils remettront le pouvoir √† l'ex-amiral Horthy, nomm√© r√©gent de Hongrie, qui m√®nera la r√©pression anti-communiste et dirigera la Hongrie jusqu'en 1944.

Deux histoires contradictoires et une légende

Avec les revendications roumaines et les r√©futations austro-hongroises, se sont construites autour de la Transylvanie, aux XIXe et XXe si√®cles, deux histoires antagonistes du peuple roumain. La th√®se roumaine, d√©velopp√©e par des historiens comme Xenopol ou Iorga, affirme la permanence d'une population latinophone nombreuse en Transylvanie depuis la Dacie romaine √† nos jours. C'est le "s√©dentarisme". Il admet la pr√©sence d'autres populations au milieu des roumanophones (germaniques, slaves, turcophones) et s'appuie sur l'arch√©ologie[r√©f. n√©cessaire]. La th√®se austro-hongroise, et plus tard germano-hongroise, d√©velopp√©e par Robert R√∂ssler, affirme la disparition des latinophones apr√®s les 170 ans de pr√©sence romaine, et leur retour apr√®s mille ans d'absence, √† l'appel des rois de Hongrie, depuis la Mac√©doine o√Ļ ces latinophones ont surv√©cu. C'est le "migrationnisme", pour qui les Roumains descendent des Aroumains. Il s'appuie sur les r√©cits d'Eutrope et certaines donn√©es toponymiques et linguistiques. Les pol√©miques entre ces deux √©coles d'histoire militante ont rendu toute l'histoire roumaine controvers√©e et ont occult√© la recherche purement scientifique, dont les r√©sultats semblent indiquer que depuis 1500 ans, les latinophones, les slavophones et les autres ont v√©cu √©troitement m√™l√©s sur un territoire beaucoup plus vaste que la Transylvanie, allant de l'Adriatique √† la Mer Noire et de l'actuelle Ukraine au centre de l'actuelle Gr√®ce. Ces controverses et cette occultation aboutissent dans les atlas historiques actuels √† ignorer toute pr√©sence latinophone entre l'an 270 et le XIVe si√®cle dans le bassin du bas-Danube et les Balkans, ce qui est √† la fois inexact et absurde: puisque les Roumains et les Aroumains actuels existent, c'est qu'ils ont √©videmment surv√©cu √† la disparition de l'Empire romain. Les donn√©es scientifiques (notamment toponymiques) indique qu'ils √©taient, √† la mani√®re des Romanches, des Ladins, des Frioulans, des Istriens et des Dalmates, localement majoritaires autour de certains massifs montagneux tels que les cha√ģnes Dinariques, le Pinde, les Balkans occidentaux, le massif du Bihor, les Carpates m√©ridionales et le Macin. Autour de ces massifs, la population √©tait majoritairement slave: de l'osmose entre romanophones et slavophones sont issus les Roumains actuels et une partie des Serbes, des Bulgares et des Hongrois actuels, tandis que les Aroumains ont au contraire tr√®s peu subi d'influences slaves: linguistique et toponymie le confirment. Les historiens peuvent √™tre nationalistes, le pass√© ne l'est pas.

La l√©gende de "Dracula" est li√©e √† la Transylvanie. Mais quoi que puissent en dire certains guides et agences de tourisme, les deux Vlad, "Dracul" et "Tsepes" (le "dragon" et "l'empaleur") √©taient Vo√©vodes de Valachie, et non de Transylvanie. Vlad "Dracul" (le "dragon"), Basarab de son vrai nom, √©tait ainsi surnomm√© parce que le roi de Hongrie Sigismond de Luxembourg l'avait adoub√© chevalier de l'Ordre du Dragon Ourobore, vou√© √† la lutte contre les Turcs ottomans. Vlad "Tsepes" ("l'empaleur"), son fils, devait son surnom √† une transgression de l'immunit√© diplomatique: il avait empal√© un ambassadeur turc, Hamza-Bey, et son secr√©taire Thomas Catavolinos, parce que ceux-ci avaient cherch√© √† l'enlever. Vlad "Tsepes" ayant augment√© les droits de douane en Valachie des marchands Saxons de BraŇüov, ceux-ci publi√®rent contre lui (Gutenberg venait de r√©inventer l'imprimerie) des gravures le traitant de monstre et de vampire, ou le montrant devant une for√™t de pals: il y figurait sous le surnom de son p√®re augment√© d'un "a": "Dracula". Au XIXe si√®cle, l'√©crivain irlandais Bram Stoker tomba en arr√™t devant quelques-unes de ces gravures √† la Royal Library de Londres, et y puisa le titre de son fameux roman, o√Ļ figurent aussi des √©lements de biologie sud-am√©ricaine (les chauves-souris vampires Desmodus rotundus). "Dracula" n'est pas une l√©gende transylvaine, mais une l√©gende romantique de l'√©poque victorienne, dont l'action se situe en Transylvanie...

Notes

  1. ‚ÜĎ Gesta Hungarorum
  2. ‚ÜĎ de la Collectanea etymologica, Hannoverae 1717, ¬ę Celtica ¬Ľ, page 90.
  3. ‚ÜĎ M√°ty√°s Unger, T√∂rt√©nelmi Atlasz, V√°llalat, Budapest 1989, ISBN 963-351-422-3CM
  4. ‚ÜĎ Michel n'a aucune action √©mancipatrice pour les paysans transylvains de langue roumaine lors de sa br√®ve conqu√™te.
  5. ‚ÜĎ . Compte tenu du bilinguisme et du caract√®re non-nationaliste de ces consciences nationales avant le XX√®me si√®cle, il est difficile de faire une comptabilit√© fiable par nationalit√©s avant 1780 : le fait de savoir s'il y avait une majorit√© hongroise ou roumaine avant 1700 en Transylvanie reste, actuellement, objet de pol√©miques nationalistes entre historiens hongrois et roumains. Mais ces pol√©miques n'ont aucun int√©r√™t scientifique. Tout ce que la toponyme r√©v√®le, c'est que les Hongrois dominaient dans les plaines et le long des grands fleuves, tandis que les Roumains dominaient dans les pi√©monts (pays de Marmatie, OaŇü, Crasna, SńÉlaj, LńÉpuŇü, NńÉsńÉud, Gurghiu, TopliŇ£a, VlńÉhiŇ£a, Bihor, ZńÉrand, MoŇ£ilor, CaraŇü, V√Ęlcu, Montana, HaŇ£eg, PetroŇüani, AmlaŇü, Cibin, FńÉgńÉraŇü et B√Ęrsa).
  6. ‚ÜĎ comme le montre l'argumentaire de l'√©v√™que uni roumanophone Micu/Klein au milieu du XVIIIe si√®cle.
  7. ‚ÜĎ Loi E√∂tv√∂s sur les nationalit√©s de 1868.

Bibliographie

  • B√©la K√∂peczi (dir.), History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002. (Traduction anglaise d'un ouvrage c√©l√©bre, tr√®s document√© et pr√©cis mais contest√© car restant attach√© au point de vue "hongrois" sur la question. Il est paru en 1986 en Hongrie. Il existe une version abr√©g√©e en fran√ßais disponible sur internet : Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akademiai Kiad√≥, 1992).
  • A. Dragoescu (√©d.),Transilvania, istoria Rom√Ęniei, 2 vol., Cluj, 1997-99. (Ces volumes collectifs en roumain se veulent une r√©plique aux trois volumes dirig√©s par K√∂peczi).
  • Jean Nouzille, La Transylvanie, Strasbourg, Revue d‚ÄôEurope Centrale, 1993.
  • Harald Roth, Kleine Geschichte Siebenb√ľrgens, K√∂ln, B√∂hlau Verlag, 1996. (Ouvrage bref mais qui s'efforce de garder l'√©quilibre entre les points de vues pol√©miques roumains et hongrois).

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