Tibere

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Tibere

TibĂšre

TibĂšre
Empereur romain
Tiberius palermo.jpg
Buste de TibÚre, musée archéologique de Palerme.

RĂšgne
octobre 14 - 16 mars 37 (~23 ans)
PĂ©riode Julio-Claudiens
Prédécesseur(s) Auguste
Successeur(s) Caligula
Biographie
Naissance 16 novembre 42 av. J.-C. - Rome
Nom originel Tiberius Claudius Nero
DĂ©cĂšs 16 mars 37 (77 ans)
MisĂšne, Italie
Inhumation Mausolée d'Auguste
PĂšre Tiberius Claudius Nero
MĂšre Livia Drusilla
Consort(s) (1) Vipsania Agrippina
20 - 12 av. J.-C.) puis
(2) Julia l'Aßnée (12 - 2 av. J.-C.)
Descendance Drusus II (de Vipsania)
un décédé enfant (de Julia)
Adoption(s) Germanicus

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Liste des empereurs romains
SĂ©rie Rome antique

TibĂšre (latin : Tiberius Caesar Divi Augusti Filius Augustus), nĂ© Ă  Rome le 16 novembre 42 av. J.-C. et mort Ă  MisĂšne le 16 mars 37 ap. J.-C., est le deuxiĂšme empereur romain de 14 Ă  37. Il appartient Ă  la dynastie Julio-Claudienne.

C'est un descendant de la gens Claudia et il porte Ă  la naissance le nom de Tiberius Claudius Nero. Durant sa jeunesse, TibĂšre se distingue par son talent militaire conduisant brillamment de nombreuses campagnes militaires le long de la frontiĂšre septentrionale de l'Empire et en Illyrie, souvent aux cĂŽtĂ©s de son frĂšre Drusus I, qui meurt en Germanie. AprĂšs une pĂ©riode d'exil volontaire dans l'Ăźle de Rhodes, il retourne Ă  Rome en 4 ap. J.-C. oĂč il est adoptĂ© par Auguste et devient le dernier des successeurs potentiels de l'empereur, se nommant dorĂ©navant Tiberius Iulius Caesar. Il mĂšne alors d'autres expĂ©ditions en Illyrie et en Germanie afin de remĂ©dier aux consĂ©quences de la bataille de Teutobourg.

À la mort de son pĂšre adoptif, le 19 aoĂ»t 14, il obtient le nom de Tiberius Iulius Caesar Augustus et il peut lui succĂ©der officiellement dans la fonction de princeps senatus car il est depuis 12 associĂ© au gouvernement de l'Empire romain, dĂ©tenant aussi l'imperium proconsulaire et la puissance tribunicienne, les deux pouvoirs majeurs des empereurs du Principat. Il met en place d'importantes rĂ©formes dans les domaines Ă©conomiques et politiques, met un terme Ă  la politique d'expansion militaire, se limitant Ă  sĂ©curiser les frontiĂšres grĂące Ă  l'action de son neveu Germanicus. AprĂšs la mort de ce dernier et de celle de son fils Drusus II, TibĂšre favorise la montĂ©e du prĂ©fet du prĂ©toire SĂ©jan. Il s'Ă©loigne de Rome et se retire sur l'Ăźle de Capri. Lorsque le prĂ©fet essaie de prendre possession du pouvoir, TibĂšre le fait destituer et assassiner. L'empereur ne retourne plus dans la capitale oĂč il est haĂŻ jusqu'Ă  sa mort en 37. Caligula, fils de Germanicus et d'Agrippine l'AĂźnĂ©e, lui succĂšde.

TibÚre a été durement critiqué par les historiens antiques tels que Tacite et Suétone, mais sa personnalité a été réévaluée par les historiens modernes comme étant celle d'un politicien habile et prudent.

Sommaire

Avant l'accession à l’Empire

Origines de la famille et jeunesse (42 - 26 av. J.-C.)

Sa naissance et son enfance mouvementée

TibĂšre naĂźt Ă  Rome[N 1],[1],[2] le 16 novembre 42 av. J.-C.[N 2] de l'homonyme Tiberius Claudius Nero, cĂ©sarien et prĂ©teur la mĂȘme annĂ©e, et de Livie, de prĂšs de trente ans plus jeune que son mari. Aussi bien par la branche paternelle que maternelle, il appartient Ă  la gens Claudia, une vieille famille patricienne arrivĂ©e Ă  Rome lors des premiĂšres annĂ©es de la pĂ©riode rĂ©publicaine et qui se distingue au cours des siĂšcles par l'obtention de nombreux honneurs et de hautes magistratures[3]. Depuis l'origine, la gens Claudia se divise en de nombreuses branches familiales, parmi lesquelles celle qui prend le cognomen Nero (qui, en langue sabine, signifie « fort et valeureux Â»[3]) Ă  laquelle appartient TibĂšre. Il peut donc se dire membre d'une lignĂ©e qui a donnĂ© naissance Ă  des personnages d'un rang trĂšs Ă©levĂ©[4], comme Appius Claudius Sabinus ou Appius Claudius Caecus, qui comptent parmi les dĂ©fenseurs de la suprĂ©matie des patriciens lors de la Guerre des ordres[N 3],[5].

Un buste de TibÚre conservé à Paris au musée du Louvre.

Son pĂšre est parmi les plus fervents partisans de Jules CĂ©sar, et aprĂšs sa mort, il se range aux cĂŽtĂ©s de Marc Antoine, lieutenant de CĂ©sar en Gaule et pendant la guerre civile, et entre en conflit avec Octave, hĂ©ritier dĂ©signĂ© de Jules CĂ©sar. AprĂšs la constitution du second triumvirat entre Octave, Antoine et LĂ©pide, et suite aux proscriptions, les dĂ©saccords entre les partisans d'Octave et ceux de Marc Antoine aboutissent Ă  un conflit ouvert et le pĂšre de TibĂšre continue Ă  soutenir l'ancien lieutenant de CĂ©sar. Avec la guerre de PĂ©rouse suscitĂ©e par le consul Lucius Antonius Pietas et Fulvie, Ă©pouse de Marc Antoine, le pĂšre de TibĂšre rejoint les partisans de Marc Antoine, fomentant des troubles qui se dessinent dans de nombreuses rĂ©gions de l'Italie. AprĂšs la victoire d'Octave qui rĂ©ussit Ă  vaincre Fulvie Ă  PĂ©rouse et Ă  rĂ©tablir son contrĂŽle sur l'ensemble de la pĂ©ninsule italienne, le pĂšre de TibĂšre est obligĂ© de fuir avec sa femme et son fils. La famille se rĂ©fugie Ă  Naples puis en Sicile, qui est contrĂŽlĂ©e par Sextus PompĂ©e. De lĂ , la famille rejoint l'AchaĂŻe oĂč se rassemblent les troupes de Marc Antoine qui ont quittĂ© l'Italie. Le petit TibĂšre, obligĂ© de prendre part Ă  l'Ă©vasion et Ă  subir les incertitudes du voyage, vit une enfance douloureuse et mouvementĂ©e[6] jusqu'Ă  l'accord de Brindisi qui rĂ©tablit une paix prĂ©caire et permet aux partisans de Marc Antoine en fuite de revenir en Italie.

Mariage de sa mĂšre Livie avec Octave

Buste de Livie (Rome, Musée dell'Ara Pacis, copie de l'original de l'époque augustéenne conservée au museo Oliveriano de Pesaro).

En 39 av. J.-C., Octave dĂ©cide de divorcer de sa femme Scribonia de laquelle il a une fille, Julia, pour Ă©pouser la mĂšre du petit TibĂšre, Livie, dont il est sincĂšrement amoureux. Le mariage prĂ©sente aussi un intĂ©rĂȘt politique : Octave espĂšre se rapprocher du camp de Marc Antoine alors que le pĂšre de TibĂšre a l'intention, en accordant sa femme Ă  Octave, d'Ă©loigner le rival Sextus PompĂ©e, qui est l'oncle de Scribonia[7]. Le triumvirat demande pour le mariage l'autorisation du collĂšge des pontifes Ă©tant donnĂ© que Livie a dĂ©jĂ  un enfant et qu'elle en attend un second. Les prĂȘtres accordent le mariage, en demandant, comme unique clause, que soit confirmĂ©e la paternitĂ© de l'enfant Ă  naĂźtre. Le 17 janvier 38 av. J.-C., Octave se marie avec Livie, qui aprĂšs trois mois donne naissance Ă  un fils qui reçoit le nom de Nero Claudius Drusus. La question de la paternitĂ©, en effet, est restĂ©e incertaine : certains affirment que Drusus est nĂ© d'une relation adultĂšre entre Livie et Octave, tandis que d'autres ont saluĂ© le fait que le bĂ©bĂ© soit conçu en seulement quatre vingt dix jours soit le temps Ă©coulĂ© entre le mariage et la naissance[8],[9]. Il est ensuite admis que la paternitĂ© de Drusus incombe au pĂšre de TibĂšre car Livie et Octave ne se sont pas encore rencontrĂ©s lorsque l'enfant est conçu[9].

Alors que Drusus est Ă©levĂ© par sa mĂšre dans la maison d'Octave, TibĂšre reste auprĂšs de son pĂšre jusqu'Ă  l'Ăąge de neuf ans. En 33 av. J.-C., celui-ci meurt et c'est le jeune enfant qui prononce l'Ă©loge funĂšbre (laudatio funebris) sur les rostres du Forum Romanum[6]. TibĂšre se retrouve dans la maison d'Octave avec sa mĂšre et son frĂšre alors mĂȘme que les tensions entre Octave et Marc Antoine provoquent un nouveau conflit qui prend fin en 31 av. J.-C. avec la bataille navale dĂ©cisive d'Actium. En 29 av. J.-C., lors de la cĂ©rĂ©monie du triomphe d'Octave pour la victoire finale sur Marc Antoine et ClĂ©opĂątre VII Ă  Actium, TibĂšre prĂ©cĂšde le char du vainqueur, conduisant le cheval intĂ©rieur gauche, tandis que Marcus Claudius Marcellus, le neveu d'Octave, monte celui Ă  l'extĂ©rieur droit, et se trouvant ainsi Ă  la place d'honneur[6] (Auguste, qui pense d'ores et dĂ©jĂ  Ă  la succession, favorise son neveu Marcellus). TibĂšre dirige les jeux urbains et participe, Ă  la tĂȘte de l'Ă©quipe des « enfants les plus grands Â», aux Ludus Troiae qui ont lieu dans le cirque[6].

À l'Ăąge de quinze ans, il revĂȘt la toge virile, et il est donc initiĂ© Ă  la vie civile : il se distingue comme dĂ©fenseur et accusateur dans de nombreux procĂšs[10], et il se consacre, en mĂȘme temps, Ă  l'apprentissage de l'art militaire, montrant des aptitudes particuliĂšres pour l'Ă©quitation[11]. Il entreprend avec beaucoup d'intĂ©rĂȘt des Ă©tudes d'art oratoire latin, de rhĂ©torique grecque et de droit ; il frĂ©quente des cercles culturels liĂ©s Ă  Auguste oĂč on parle aussi bien grec que latin. Il fait la connaissance de MĂ©cĂšne qui finance des artistes comme Horace, Virgile et Properce. La mĂȘme passion l'anime pour la composition de textes poĂ©tiques, Ă  l'imitation du poĂšte grec Euphorion de Chalcis sur des sujets mythologiques, dans un style tortueux et archaĂŻque, avec une grande utilisation de mots rares et dĂ©suets[12],[13].

TibĂšre dans la dynastie des Julio-Claudiens

CarriĂšre militaire (25 - 7 av. J.-C.)

Si TibĂšre doit beaucoup de son ascension politique Ă  sa mĂšre Livie, troisiĂšme Ă©pouse d'Auguste, ses capacitĂ©s de commandement et de stratĂ©gie ne peuvent cependant pas ĂȘtre mises en doute : il est restĂ© invaincu au cours de toutes ses longues et frĂ©quentes campagnes, au point de devenir, au fil des annĂ©es, l'un des meilleurs lieutenants de son beau-pĂšre.

Dans la péninsule ibérique et à Rome (25 - 21 av. J.-C.)

L'Auguste de Prima Porta, statue d'Auguste en tenue militaire de parade. Il est possible que TibÚre soit représenté sur le relief de l'armure[N 4],[14].

En raison de l'absence de réelles écoles qui permettent d'acquérir une expérience militaire, Auguste décide d'envoyer TibÚre, ùgé de seize ans, en Hispanie en 25 av. J.-C., et Marcellus en qualité de tribuns militaires[15]. Les deux jeunes gens, qu'Auguste envisage comme possibles successeurs, participent aux phases initiales de la guerre cantabre qui a commencé l'année précédente avec Auguste et qui se termine en 19 av. J.-C. sous le général Marcus Vipsanius Agrippa[16],[17],[18].

Deux ans plus tard, en 23 av. J.-C., Ă  l'Ăąge de dix-huit ou dix-neuf ans, TibĂšre est nommĂ© questeur de l'annone[N 5], en avance de cinq ans sur le traditionnel cursus honorum[10],[19]. Il s'agit d'une tĂąche particuliĂšrement dĂ©licate puisqu'il est nĂ©cessaire d'assurer l'approvisionnement en blĂ© de la ville de Rome, qui compte alors plus d'un million d'habitants, dont deux cent mille d'entre eux ne peuvent survivre que grĂące Ă  la distribution gratuite de blĂ© par l'État. La ville passe par une pĂ©riode de famine en raison d'une crue du Tibre qui dĂ©truit de nombreuses cultures dans les campagnes du Latium, empĂȘchant mĂȘme les navires de rejoindre Rome avec l'approvisionnement nĂ©cessaire[17]. TibĂšre fait face Ă  la situation avec vigueur : il achĂšte, Ă  ses propres frais, le blĂ© dont les spĂ©culateurs disposent dans leurs magasins et le distribue gratuitement. Il est saluĂ© comme un bienfaiteur de Rome[17]. Il est ensuite chargĂ© de contrĂŽler les ergastules, ces lieux souterrains pour les voyageurs et ceux qui cherchent refuge pour Ă©chapper au service militaire et qui servent aussi de cachots pour les esclaves[10],[17]. Il s'agit, cette fois-ci, d'une tĂąche peu prestigieuse mais tout aussi dĂ©licate[17], parce que les patrons des lieux se sont rendus odieux auprĂšs de toute la population crĂ©ant ainsi une situation de tension[10].

En Orient (20 - 16 av. J.-C.)

Buste de TibÚre (Rome, Musée dell'Ara Pacis, copie de l'original de l'époque augustéenne conservée à la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague).

Au cours de l'hiver 21-20 av. J.-C., Auguste ordonne Ă  TibĂšre, ĂągĂ© de vingt ans, de commander une armĂ©e de lĂ©gionnaires, recrutĂ©e en MacĂ©doine et en Illyrie, et de se rendre en Orient, en ArmĂ©nie[16],[18],[20],[21],[22]. En effet, cette rĂ©gion est d'une importance vitale pour l'Ă©quilibre politique de l'ensemble de la zone orientale, jouant un rĂŽle d'Ă©tat tampon entre l'Empire romain Ă  l'ouest et celui des Parthes Ă  l'est, et les deux veulent en faire un Ă©tat vassal afin d'assurer la protection des frontiĂšres contre leur ennemi respectif[23],[24]. AprĂšs la dĂ©faite de Marc Antoine et l'effondrement du systĂšme qu'il a imposĂ© en Orient, l'ArmĂ©nie est retournĂ©e sous l'influence des Parthes, ce qui a favorisĂ© l'accession au trĂŽne d'Artaxias II. Auguste ordonne donc Ă  TibĂšre de chasser Artaxias dont les ArmĂ©niens pro-romains demandent la destitution et d'imposer sur le trĂŽne son plus jeune frĂšre, pro-romain, Tigrane. Les Parthes, effrayĂ©s par l'avancĂ©e des lĂ©gions romaines acceptent un compromis et un accord de paix est signĂ© par Auguste arrivĂ© en Orient depuis Samos. Ils restituent les insignes et les prisonniers qu'ils ont en leur possession aprĂšs la dĂ©faite de Crassus lors de la bataille de Carrhes en 53 av. J.-C[25]. De la mĂȘme maniĂšre, la situation en ArmĂ©nie est rĂ©solue avant l'arrivĂ©e de TibĂšre et de son armĂ©e par le traitĂ© de paix entre Auguste et le souverain parthe PhraatĂšs IV : le parti pro-romain peut ainsi prendre le dessus et des agents envoyĂ©s par Auguste Ă©liminent Artaxias. À son arrivĂ©e, TibĂšre ne peut donc que couronner Tigrane qui prend le nom de Tigrane III au cours d'une cĂ©rĂ©monie paisible et solennelle sous la surveillance des lĂ©gions romaines[23]. À son retour Ă  Rome, le jeune gĂ©nĂ©ral est cĂ©lĂ©brĂ© par de nombreuses fĂȘtes et la construction de monuments en son honneur tandis que Ovide, Horace et Properce Ă©crivent des vers pour cĂ©lĂ©brer l'entreprise[26]. Le plus grand mĂ©rite de la victoire revient cependant Ă  Auguste en tant que commandant en chef de l'armĂ©e[26] : il est proclamĂ© imperator pour la neuviĂšme fois[16],[27],[28],[29],[30] et il peut annoncer au SĂ©nat que l'ArmĂ©nie devient un vassal sans en dĂ©crĂ©ter l'annexion[31]. Il Ă©crit dans ses Res Gestae Divi Augusti (son testament politique) :

« Alors que je pouvais faire de la Grande ArmĂ©nie une province, une fois le roi Artaxias mort, j'ai prĂ©fĂ©rĂ©, Ă  l'exemple de nos ancĂȘtres, confier ce royaume Ă  Tigrane, fils du roi Artavasde et petit-fils du roi Tigrane, par l'intermĂ©diaire de TibĂšre qui Ă©tait alors mon beau-fils. Â»

— Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 27.

En 19 av. J.-C., TibÚre est promu au rang de ex-préteur ou ornamenta praetoria et il peut donc siéger au Sénat parmi les ex-praetores[32].

En Gaule, Rhétie et Vindélicie (16 - 14 av. J.-C.)

Bien qu'Auguste, aprĂšs la campagne en Orient, ait officiellement dĂ©clarĂ© au SĂ©nat qu'il abandonne la politique d'expansion sachant qu'une extension territoriale serait excessive pour l'Empire romain, il dĂ©cide de rĂ©aliser de nouvelles campagnes pour sĂ©curiser les frontiĂšres. En 16 av. J.-C., TibĂšre, rĂ©cemment nommĂ© prĂ©teur, accompagne Auguste en Gaule oĂč ils passent les trois annĂ©es suivantes, jusqu'en 13 av. J.-C., afin de l'aider dans l'organisation et la direction des provinces gauloises[18],[33]. Le Princeps senatus se fait aussi accompagner par son beau-fils lors de la campagne punitive au-delĂ  du Rhin contre les tribus des Sicambres et de leurs alliĂ©s les TenctĂšres et les UsipĂštes, qui, au cours de l'hiver de 17-16 av. J.-C., ont causĂ© la dĂ©faite du proconsul Marcus Lollius et la destruction partielle de la Legio V Alaudae et la perte des insignes[34],[35],[36],[37].

Buste de Drusus, frÚre de TibÚre (Rome, Musée dell'Ara Pacis, copie de l'original de la période de TibÚre conservée aux musées du Capitole de Rome).

En 15 av. J.-C., TibĂšre, avec son frĂšre Drusus, mĂšne une campagne contre la population rhĂšte, rĂ©partie entre la Norique et la Gaule[38], contre les VendĂ©liques[16],[39]. Drusus a dĂ©jĂ  prĂ©cĂ©demment chassĂ© des territoires italiques les RhĂštes mais Auguste dĂ©cide d'envoyer TibĂšre afin de rĂ©soudre dĂ©finitivement le problĂšme[40]. Les deux hommes attaquent sur deux fronts par une opĂ©ration d'encerclement de l'ennemi sans leur laisser d'Ă©chappatoire. Ils conçoivent « l'opĂ©ration en tenaille Â» qu'ils mettent en Ɠuvre grĂące aussi Ă  l'aide de leurs lieutenants[41] : TibĂšre se dĂ©place depuis l'HelvĂ©tie tandis que son jeune frĂšre vient de'AquilĂ©e et de Tridentum, parcourant la vallĂ©e de l'Adige et de l'Isarco (Ă  leur jonction est construit le Pons Drusi (« Pont de Drusus Â») Ă  proximitĂ© de l'actuelle Bolzano) pour remonter enfin par l'Inn. TibĂšre, qui avance depuis l'ouest, bat les VendĂ©liques autour de BĂąle et du lac de Constance. C'est en ce lieu que les deux armĂ©es se rejoignent et se prĂ©parent Ă  envahir la BaviĂšre. L'action conjointe conduite par les deux frĂšres permet d'avancer jusqu'Ă  la source du Danube oĂč ils remportent la victoire dĂ©finitive sur les VendĂ©liques[42]. Ces succĂšs permettent Ă  Auguste d'assujettir les peuples de l'arc alpin jusqu'au Danube, et lui vaut, de nouveau, d'ĂȘtre acclamĂ© imperator tandis que Drusus, le prĂ©fĂ©rĂ© d'Auguste, reçoit plus tard un triomphe pour cette victoire et d'autres. Sur la montagne prĂšs de Monaco, Ă  proximitĂ© de La Turbie, le trophĂ©e d'Auguste est Ă©rigĂ© pour commĂ©morer la pacification d'une extrĂ©mitĂ© Ă  l'autre des Alpes et se rappeler les noms de toutes les tribus soumises.

De l'Illyrie à la Macédoine et à la Thrace (13 - 9 av. J.-C.)

En 13 av. J.-C., en gagnant la rĂ©putation d'un trĂšs bon commandant[42], TibĂšre est nommĂ© consul[16],[43] et il est envoyĂ© par Auguste en Illyrie[44] : le valeureux Agrippa, qui a longuement combattu les populations rebelles de la Pannonie, meurt Ă  peine rentrĂ© en Italie[45]. La nouvelle de la mort du gĂ©nĂ©ral provoque une nouvelle onde de rĂ©bellion chez les populations soumises par Agrippa[46], en particulier les Dalmates et les Breuces. Auguste confie Ă  son beau-fils la tĂąche de les pacifier. TibĂšre, prenant le commandement de l'armĂ©e en 12 av. J.-C., met en dĂ©route les forces ennemies grĂące Ă  sa stratĂ©gie et Ă  la ruse dont il fait preuve[43]. Il soumet les Breuces avec l'aide de la tribu des Scordisques soumise peu de temps plus tĂŽt par le proconsul Marcus Vinicius[47],[48]. Il prive ses ennemis de leurs armes et il vend comme esclave la majoritĂ© des jeunes aprĂšs les avoir dĂ©portĂ©s. Il obtient une victoire totale en moins de quatre ans notamment avec l'aide de grands gĂ©nĂ©raux comme Marcus Vinicius, gouverneur de la MacĂ©doine et Lucius Calpurnius Piso. Il met en place une politique de rĂ©pression trĂšs dure contre les vaincus[16]. En mĂȘme temps, sur le front oriental, le gouverneur de la Galatie et Pamphylie, Lucius Calpurnius Piso, est contraint d'intervenir en Thrace car la population, et en particulier les Besses, menacent le souverain thrace, RhĂ©mĂ©talcĂšs Ier, alliĂ© de Rome[49],[50],[51],[52].

En 11 av. J.-C., TibĂšre est engagĂ© contre les Dalmates qui se sont rebellĂ©s Ă  nouveau, et assez vite contre la Pannonie qui a profitĂ© de son absence pour conspirer Ă  nouveau. Le jeune gĂ©nĂ©ral est donc fortement impliquĂ© dans la lutte simultanĂ©e contre plusieurs peuples ennemis, et il est obligĂ©, Ă  plusieurs reprises, de se dĂ©placer d'un front Ă  l'autre. En 10 av. J.-C., les Daces poussent au-delĂ  du Danube et font des raids dans les territoires de Pannonie et de Dalmatie. Ces derniers, harcelĂ©s par les peuples soumis Ă  Rome, se rebellent Ă  nouveau. TibĂšre, qui s'est rendu en Gaule avec Auguste au dĂ©but de l'annĂ©e, est donc contraint de retourner sur le front illyrien, pour les affronter et les vaincre Ă  nouveau. À la fin de l'annĂ©e, il peut finalement revenir Ă  Rome avec son frĂšre Drusus et Auguste.

La longue campagne se conclue, la Dalmatie est dĂ©sormais intĂ©grĂ©e de façon permanente dans l'État romain et elle subit le processus de romanisation. Elle est confiĂ©e, comme province impĂ©riale, au contrĂŽle direct d'Auguste : une armĂ©e y est stationnĂ©e en permanence, prĂȘte Ă  repousser toutes attaques le long des frontiĂšres et Ă  rĂ©primer d'Ă©ventuelles nouvelles rĂ©voltes[43]. Auguste Ă©vite dans un premier temps d'officialiser la salutatio imperatoria dont les lĂ©gionnaires ont acclamĂ© TibĂšre (nommĂ© imperator par ses troupes) et il se refuse Ă  rendre les honneurs Ă  son beau-fils ainsi qu'Ă  autoriser la cĂ©rĂ©monie du triomphe contre l'avis du SĂ©nat[53]. TibĂšre est autorisĂ© Ă  parcourir la Via Sacra sur un char dĂ©corĂ© de l'insigne du triomphe et Ă  cĂ©lĂ©brer une ovation exceptionnelle[53] (pĂ©nĂ©trer Ă  Rome en char, honneur qui n'avait encore Ă©tĂ© accordĂ© Ă  personne) : il s'agit d'un nouvel usage qui, bien que de moindre importance que la cĂ©lĂ©bration de la victoire par un triomphe, constitue nĂ©anmoins un grand honneur[16],[54].

Campagne de Drusus en Germanie de 12 Ă  9 av. J.-C.

En 9 av. J.-C., TibĂšre se consacre entiĂšrement Ă  la rĂ©organisation de la nouvelle province de l'Illyrie. Alors qu'il quitte Rome oĂč il a cĂ©lĂ©brĂ© sa campagne victorieuse pour se rendre sur les frontiĂšres orientales, TibĂšre est informĂ© que son frĂšre Drusus, qui se trouve sur les rives de l'Elbe pour lutter contre les Germains[55], est tombĂ© de son cheval, se fracturant le fĂ©mur[54]. L'incident semble banal et est donc nĂ©gligĂ©. Les conditions de Drusus se dĂ©gradent fortement en septembre et TibĂšre le rejoint Ă  Mogontiacum afin de le rĂ©conforter, aprĂšs avoir parcouru en un seul jour, plus de deux cents miles[56]. Drusus, Ă  la nouvelle de l'arrivĂ©e de son frĂšre, ordonne que les lĂ©gions le reçoivent dignement, et il meurt un peu plus tard dans ses bras[57]. À pied, TibĂšre conduit le cortĂšge funĂšbre qui ramĂšne la dĂ©pouille de Drusus Ă  Rome[56],[58]. ArrivĂ© Ă  Rome, il prononce l'Ă©loge funĂšbre (laudatio funebris) pour son frĂšre dĂ©funt sur le Forum Romanum alors qu'Auguste prononce le sien dans le cirque Flaminius ; le corps de Drusus est ensuite incinĂ©rĂ© sur le champ de Mars et placĂ© dans le mausolĂ©e d'Auguste[59].

En Germanie (8 - 7 av. J.-C.)

Au cours des annĂ©es 8-7 av. J.-C., TibĂšre se rend de nouveau en Germanie, envoyĂ© par Auguste, pour continuer le travail commencĂ© par son frĂšre Drusus, aprĂšs sa mort prĂ©maturĂ©e, et combattre les populations locales. Il traverse donc le Rhin[60], et les tribus barbares, Ă  l'exception des Sicambres, font, par peur, des propositions de paix qui reçoivent un net refus de la part du gĂ©nĂ©ral, car il est inutile de conclure une paix sans l'adhĂ©sion des dangereux Sicambres ; quand ceux-ci envoient des hommes, TibĂšre les fait massacrer ou dĂ©porter[60]. Pour les rĂ©sultats obtenus en Germanie, TibĂšre et Auguste obtiennent encore l'acclamation d’imperator[61] et TibĂšre est nommĂ© consul en 7 av. J.-C[62]. Il peut donc terminer les travaux de consolidation du pouvoir romain dans la rĂ©gion par la construction de plusieurs ouvrages, y compris les camps romains de Oberaden et Haltern[N 6], Ă©largissant l'influence romaine jusqu'au fleuve Weser.

Éloignement de la vie politique (6 av. J.-C. - 4 ap. J.-C.)

Un buste de TibÚre conservé au musée romain-germanique de Cologne.

Poursuivant des intĂ©rĂȘts politiques familiaux, TibĂšre est poussĂ© par Auguste en 12 av. J.-C. Ă  divorcer de sa premiĂšre femme, Vipsania Agrippina, fille de Marcus Vipsanius Agrippa, qu'il a Ă©pousĂ©e en 16 av. J.-C. et de qui il a eu un fils, Julius Caesar Drusus. L'annĂ©e suivante, il Ă©pouse Julia, la fille d'Auguste, et donc sa demi-sƓur, veuve du mĂȘme Agrippa[63],[64],[65]. TibĂšre est sincĂšrement amoureux de sa premiĂšre femme Vipsania et il ne s'en Ă©loigne qu'avec beaucoup de regrets[N 7]. L'union avec Julia connaĂźt d'abord de l'amour et de l'harmonie[58], puis elle se dĂ©grade rapidement aprĂšs la mort de leur fils, nĂ© Ă  AquilĂ©e[58]. L'attitude de Julia, entourĂ©e de nombreux amants, contraste avec le caractĂšre de TibĂšre, particuliĂšrement rĂ©servĂ©[66].

En 6 av. J.-C., Auguste dĂ©cide de confĂ©rer Ă  TibĂšre la puissance tribunicienne pour 5 ans[16],[67],[68] : sa personne devient ainsi sacrĂ©e et inviolable et cela lui donne le droit de veto. De cette façon, Auguste semble vouloir amener Ă  lui son beau-fils, et il peut de plus mettre un frein Ă  l'exubĂ©rance de ses jeunes petits-fils, Caius et Lucius CĂ©sar, les fils d'Agrippa, qu'il a adoptĂ©s et qui semblent ĂȘtre les favoris pour la succession[69].

MalgrĂ© cet honneur, TibĂšre dĂ©cide de se retirer de la vie politique et de quitter la ville de Rome pour s'en aller dans un exil volontaire sur l'Ăźle de Rhodes qui le fascine depuis la pĂ©riode oĂč il y avait sĂ©journĂ©, de retour d'ArmĂ©nie[18],[70]. Certains affirment, comme Grant, qu'il est indignĂ© et consternĂ© par la situation[65], d'autres estiment qu'il sent le manque de considĂ©ration d'Auguste Ă  son Ă©gard pour l'avoir utilisĂ© comme tuteur de ses deux petits-fils, Caius et Lucius CĂ©sar, les hĂ©ritiers dĂ©signĂ©s, en plus d'un malaise grandissant et du dĂ©goĂ»t envers sa nouvelle femme[71].

Il s'agit d'un choix Ă©trange et soudain que TibĂšre prend au moment mĂȘme oĂč il reçoit de nombreux succĂšs alors qu'il est au milieu de sa jeunesse et en pleine santĂ©[72]. Auguste et Livie tentent en vain de le retenir et le princeps Ă©voque cette question au SĂ©nat. TibĂšre, en rĂ©ponse, dĂ©cide de cesser de manger et jeĂ»ne pendant quatre jours, jusqu'Ă  ce qu'on l'autorise Ă  quitter la ville pour aller lĂ  oĂč il veut[72]. Les historiens anciens ne donnent pas une interprĂ©tation unique de cet Ă©vĂ©nement, en effet, assez Ă©trange. SuĂ©tone rĂ©sume toutes les raisons qui ont conduit TibĂšre Ă  quitter Rome :

« [...] soit par dĂ©goĂ»t de sa femme qu'il n'osait ni accuser ni rĂ©pudier, et que pourtant il ne pouvait plus souffrir, soit pour Ă©viter une assiduitĂ© fastidieuse, et non seulement affermir son autoritĂ© par l'absence, mais l'accroĂźtre mĂȘme, dans le cas oĂč la rĂ©publique aurait besoin de lui. Quelques-uns pensent que, les enfants d'Auguste Ă©tant adultes, TibĂšre leur abandonna de son plein grĂ© le second rang qu'il avait longtemps occupĂ©, Ă  l'exemple d'Agrippa, qui, lorsque Marcellus eut Ă©tĂ© appelĂ© aux charges publiques, s'Ă©tait retirĂ© Ă  MytilĂšne, pour que sa prĂ©sence ne lui donnĂąt point l'air d'un concurrent ou d'un censeur. TibĂšre lui-mĂȘme avoua, mais plus tard, ce dernier motif. [...] Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 10 (Trad. DĂ©sirĂ© Nisard - 1855)

Dion Cassius ajoute Ă  ses thĂšses, qu'il Ă©numĂšre toutes aussi, que « Caius et Lucius se crurent mĂ©prisĂ©s ; TibĂšre craignit leur colĂšre[73] Â» ou encore qu'Auguste l'exile pour complots contre les jeunes princes qui sont ses hĂ©ritiers, voire « que TibĂšre Ă©tait mĂ©content de ne pas avoir Ă©tĂ© nommĂ© CĂ©sar[73] Â».

Buste de Caius enfant (Rome, Musée dell'Ara Pacis, copie de l'original de l'époque augustéenne conservée au museo Oliveriano de Pesaro).

Pendant toute la durĂ©e de son sĂ©jour Ă  Rhodes (prĂšs de huit ans[18]), TibĂšre tient une position sobre, Ă©vitant de se trouver au centre de l'attention et de prendre part aux Ă©vĂ©nements politiques de l'Ăźle sauf dans un seul cas. En fait il n'a jamais utilisĂ© son pouvoir issu de la puissance tribunicienne dont il est investi[70]. Cependant, quand en 1 av. J.-C. il cesse d'en bĂ©nĂ©ficier, il dĂ©cide de demander la permission de revoir ses parents : il estime que, quand bien mĂȘme il participerait Ă  la politique, il n'aurait plus pu, en aucune maniĂšre, mettre en danger la primautĂ© de Caius et Lucius CĂ©sar. Il reçoit un refus[70] et dĂ©cide alors de faire appel Ă  sa mĂšre qui ne peut rien obtenir d'autre que TibĂšre soit nommĂ© lĂ©gat d'Auguste Ă  Rhodes, et donc que sa disgrĂące soit en partie cachĂ©e[74]. Il se rĂ©signe donc Ă  continuer Ă  vivre comme un simple citoyen, inquiet et mĂ©fiant, Ă©vitant tous ceux qui viennent lui rendre visite sur l'Ăźle. En 2 av. J.-C., sa femme Julia est condamnĂ©e Ă  l'exil sur l'Ăźle de Ventotene (anciennement Pandataria), et son mariage avec elle est annulĂ© par Auguste : TibĂšre, heureux de cette nouvelle, cherche Ă  se montrer magnanime envers Julia, dans une tentative de retrouver l'estime d'Auguste[70].

Buste de Lucius enfant (Rome, Musée dell'Ara Pacis, copie de l'original de l'époque augustéenne conservée au museo Oliveriano de Pesaro).

En 1 av. J.-C., il dĂ©cide de rendre visite Ă  Caius CĂ©sar, qui vient d'arriver Ă  Samos, aprĂšs qu'Auguste lui ait attribuĂ© l’imperium proconsulaire et l'a chargĂ© d'effectuer une mission en Orient oĂč est mort Tigrane III. La question armĂ©nienne est rouverte. TibĂšre l'honore en mettant de cĂŽtĂ© toutes les rivalitĂ©s et en s'humiliant, mais Caius, poussĂ© par son ami Marcus Lollius, ferme adversaire de TibĂšre, le traite avec dĂ©tachement[74]. Ce n'est qu'en 1 ap. J.-C., soit sept ans aprĂšs son dĂ©part, que TibĂšre est autorisĂ© Ă  rentrer Ă  Rome, grĂące Ă  l'intercession de sa mĂšre Livie, mettant fin Ă  ce qui a Ă©tĂ© un exil volontaire : en fait, Caius CĂ©sar, qui n'est plus sous la coupe de Lollius, accusĂ© d'extorsion et traĂźtrise et qui s'est suicidĂ© pour Ă©viter une condamnation, consent Ă  son retour et Auguste, qui a confiĂ© la question Ă  son petit-fils, le rappelle en lui faisant jurer qu'il ne se serait intĂ©ressĂ© en aucune maniĂšre au gouvernement de l'État[75].

À Rome, pendant ce temps, les jeunes nobiles qui soutiennent les deux CĂ©sars, ont dĂ©veloppĂ© un fort sentiment de haine Ă  l'Ă©gard de TibĂšre, et ils continuent Ă  le voir comme un obstacle Ă  l'ascension de Caius CĂ©sar. Le mĂȘme Marcus Lollius, avant le dĂ©saccord avec Caius CĂ©sar, s'offre d'aller Ă  Rhodes pour tuer TibĂšre[75] et bien d'autres nourrissent le mĂȘme projet[76]. À son retour Ă  Rome, donc, TibĂšre doit agir avec beaucoup de prudence, sans jamais renoncer Ă  la rĂ©solution de retrouver le prestige et l'influence qu'il a perdus au cours de son exil Ă  Rhodes[N 8],[18],[77].

Juste au moment oĂč leur popularitĂ© atteint le niveau le plus Ă©levĂ©, Lucius et Caius CĂ©sar meurent respectivement en 2 et 4, non sans que Livie soit soupçonnĂ©e : le premier tombe mystĂ©rieusement malade, tandis que le second est tuĂ© par trahison en ArmĂ©nie alors qu'il nĂ©gocie avec ses ennemis une proposition de paix[78]. TibĂšre qui, Ă  son retour, a quittĂ© son ancienne maison pour s'installer dans les jardins de MĂ©cĂšne (connus aujourd'hui sous le nom de Auditorium Mecenate, peut-ĂȘtre dĂ©corĂ©s avec des peintures de jardin par TibĂšre) et a Ă©vitĂ© de participer Ă  la vie publique[79], est adoptĂ© par Auguste, qui n'a pas d'autres hĂ©ritiers. Le princeps, toutefois, l'oblige Ă  adopter Ă  son tour son neveu Germanicus, fils de son frĂšre Drusus, bien que TibĂšre ait dĂ©jĂ  un fils conçu avec sa premiĂšre femme, Vipsania, nommĂ© Julius Caesar Drusus et plus jeune d'un an seulement[65],[80]. L'adoption de TibĂšre, qui prend le nom de Tiberius Julius Caesar, est cĂ©lĂ©brĂ©e le 26 juin 4 avec une grande fĂȘte, et Auguste ordonne la distribution Ă  ses troupes de plus d'un million de sesterces[79],[81],[82]. Le retour de TibĂšre au pouvoir suprĂȘme donne, non seulement au principat une stabilitĂ©, une continuitĂ© et une harmonie interne mais aussi une nouvelle impulsion Ă  la politique d'Auguste en matiĂšre de conquĂȘte et de gloire Ă  l'extĂ©rieur des frontiĂšres impĂ©riales[83].

Nouveaux succĂšs militaires (4 - 11)

En Germanie (4 - 6)

Les campagnes de Lucius Domitius Ahenobarbus (3 Ă  1 av. J.-C.) et de TibĂšre (4 Ă  6) en Germanie.

ImmĂ©diatement aprĂšs son adoption, TibĂšre est de nouveau investi de l’imperium proconsulaire et de la puissance tribunicienne quinquennale[84] ou dĂ©cennale[82] et il est envoyĂ© par Auguste en Germanie parce que les prĂ©cĂ©dents gĂ©nĂ©raux (Lucius Domitius Ahenobarbus, lĂ©gat de 3 Ă  1 av. J.-C. et Marcus Vinicius de 1 Ă  3 ap. J.-C.) n'ont pas Ă©tĂ© en mesure d'Ă©tendre la zone d'influence conquise antĂ©rieurement par Drusus entre 12 Ă  9 av. J.-C.. TibĂšre veut aussi retrouver la faveur des troupes aprĂšs une dĂ©cennie d'absence[85].

AprĂšs un voyage triomphal au cours duquel il est Ă  plusieurs reprises cĂ©lĂ©brĂ© par les lĂ©gions qu'il a dĂ©jĂ  commandĂ©es prĂ©cĂ©demment, TibĂšre arrive en Germanie, oĂč, au cours de deux campagnes menĂ©es entre 4 et 5, il occupe de maniĂšre permanente, par de nouvelles actions militaires, toutes les terres de la zone septentrionale et centrale comprises entre le Rhin et l'Elbe[86]. En 4, il soumet les Cananefates, les Chattuares et les BructĂšres, et place sous domination romaine les ChĂ©rusques qui s'en Ă©taient soustraits. Avec le lĂ©gat Caius Sentius Saturninus, il dĂ©cide d'avancer encore plus dans les territoires germaniques et passe au-delĂ  de la Weser, et en 5, il organise une opĂ©ration de grande envergure qui implique l'utilisation de forces terrestres et de la flotte de la mer du Nord. AssistĂ© des Cimbres, des Chauques et des SĂ©nons, qui ont Ă©tĂ© forcĂ©s de dĂ©poser les armes et de se rendre Ă  la puissance de Rome, TibĂšre peut Ă©treindre dans un Ă©tau meurtrier les redoutables Lombards[87],[88].

Le dernier acte nĂ©cessaire est celui d'occuper la partie mĂ©ridionale de la Germanie et la BohĂȘme des Marcomans de Marobod afin de complĂ©ter le projet d'annexion et de faire du Rhin Ă  l'Elbe, la nouvelle frontiĂšre[83],[89]. TibĂšre conçoit un plan d'attaque impliquant l'utilisation de plusieurs lĂ©gions lorsqu'une rĂ©volte Ă©clate en Dalmatie et en Pannonie ce qui arrĂȘte l'avancĂ©e de TibĂšre et de son lĂ©gat Caius Sentius Saturninus en Moravie. La campagne, conçue comme une « manƓuvre Ă  tenaille Â» est une opĂ©ration stratĂ©gique majeure dans laquelle les armĂ©es de Germanie (2-3 lĂ©gions), de RhĂ©tie (2 lĂ©gions) et d'Illyrie (4-5 lĂ©gions) doivent se rĂ©unir en un point convenu et lancer l'attaque concertĂ©e[90]. Le dĂ©clenchement de la rĂ©volte en Pannonie et en Dalmatie, empĂȘche les lĂ©gions de l'Illyrie de rejoindre celles de Germanie et il y a le risque que Marobod s'allie aux rebelles pour marcher sur Rome : TibĂšre, qui est Ă  quelques jours de marche de l'ennemi, conclut hĂątivement un traitĂ© de paix avec le chef marcoman et se dirige au plus vite en Illyrie[84],[90].

En Illyrie (6 - 9)

La campagne de TibĂšre en Illyrie en 6.
La campagne de TibĂšre en Illyrie en 7.
La campagne de TibĂšre en Illyrie en 8.
La campagne de TibĂšre en Illyrie en 9.

AprĂšs quinze annĂ©es de paix relative, en 6, l'ensemble du secteur dalmate et pannone reprend les armes contre le pouvoir de Rome[83] : la raison est l'incompĂ©tence des magistrats envoyĂ©s par Rome pour gĂ©rer la province qui ont mis en place de lourdes taxes[91]. L'insurrection commence dans la rĂ©gion sud-orientale de l'Illyrie avec les Daesitiates commandĂ©s par un certain Baton, dit de « Dalmatie Â»[92], qui est rejoint par la tribu pannone des Breuces sous le commandement d'un certain Pinnes et d'un second Baton, dit de « Pannonie Â»[93].

En raison de la crainte d'autres rĂ©voltes dans tout l'Empire, le recrutement de soldats devient problĂ©matique, de nouvelles taxes sont mises en place pour rĂ©pondre Ă  l'urgence[83]. Les forces mises en Ɠuvre par les Romains sont aussi importantes que lors de la deuxiĂšme guerre punique : dix lĂ©gions et plus de quatre-vingts unitĂ©s auxiliaires, ce qui Ă©quivaut Ă  environ cent Ă  cent vingt mille hommes[94].

TibĂšre envoie ses lieutenants en avant-garde afin de dĂ©barrasser la route des ennemis au cas oĂč ils auraient dĂ©cidĂ© de marcher contre l'Italie[95] : Marcus Valerius Messalla Messallinus rĂ©ussit Ă  vaincre une armĂ©e de 20 000 hommes et se barricade Ă  Sisak pendant que Aulus Caecina Severus dĂ©fend la ville de Sirmium afin d'Ă©viter sa prise et il repousse Baton de Pannonie sur la Drave[96]. TibĂšre arrive sur le thĂ©Ăątre des opĂ©rations vers la fin de l'annĂ©e lorsqu'une grande partie du territoire, Ă  l'exception des places-fortes, est aux mains des rebelles, et la Thrace entre aussi en guerre aux cĂŽtĂ©s des Romains.

Comme Ă  Rome, on est inquiet par le fait que TibĂšre tarde Ă  rĂ©gler le conflit, en 7, Auguste lui envoie Germanicus en qualitĂ© de questeur[97] ; le gĂ©nĂ©ral, pendant ce temps, pense Ă  rĂ©unir les armĂ©es romaines engagĂ©es dans la rĂ©gion le long de la riviĂšre Save, afin de disposer de plus de dix lĂ©gions. De Sirmium, Aulus Caecina Severus et Marcus Plautius Silvanus conduisent l'armĂ©e vers Sisak, Ă©liminant les forces combinĂ©es des rebelles dans une bataille prĂšs des marais VolcĂ©es[98]. AprĂšs avoir rejoint les forces armĂ©es, TibĂšre inflige des dĂ©faites successives Ă  ses ennemis, rĂ©tablissant l'hĂ©gĂ©monie romaine sur la vallĂ©e de la Save et consolidant les conquĂȘtes obtenues grĂące Ă  la construction de plusieurs forts. En prĂ©vision de l'hiver, il sĂ©pare les lĂ©gions, il en conserve cinq avec lui Ă  Sisak et envoie les autres protĂ©ger les frontiĂšres[98].

En 8, TibĂšre reprend les manƓuvres militaires et bat en aoĂ»t une nouvelle armĂ©e pannone. À la suite de la dĂ©faite, Baton de Pannonie trahit Pinnes en le donnant aux Romains mais il est par la suite capturĂ© et exĂ©cutĂ© par ordre de Baton de Dalmatie qui prend Ă©galement le commandement des forces de la Pannonie[99]. Un peu plus tard, Marcus Plautius Silvanus rĂ©ussit Ă  vaincre les Breuces de Pannonie qui Ă©taient parmi les premiers Ă  se rebeller[100]. DĂ©bute alors l'invasion romaine en Dalmatie, TibĂšre dispose ses troupes pour ĂȘtre en mesure de lancer l'attaque finale de l'annĂ©e suivante.

En 9, TibĂšre reprend les hostilitĂ©s en divisant l'armĂ©e en trois colonnes et en mettant Germanicus Ă  la tĂȘte de l'une d'entre elles. Alors que ses lieutenants mettent fin aux derniers foyers de rĂ©bellion, il part en Dalmatie Ă  la recherche du chef de la rĂ©bellion Baton le Dalmate[101], se joignant Ă  la colonne du nouveau lĂ©gat Marcus Aemilius Lepidus. Il le rejoint dans la ville d'Andretium oĂč les rebelles se rendent, mettant fin aprĂšs quatre ans, au conflit[102].

Par cette victoire, TibÚre est encore une fois acclamé imperator et il obtient le triomphe qu'il célÚbre seulement un peu plus tard[103], alors qu'à Germanicus sont accordés les honneurs du triomphe (ornamenta triumphalia)[104].

De nouveau en Germanie (9 - 11)

La Germanie romaine de 7 à 9 (défaite de Varus à Teutobourg).
La Germanie redevenue indépendante en 10.

En 9, aprĂšs que TibĂšre eut dĂ©fait avec succĂšs les rebelles dalmates, l'armĂ©e romaine stationnĂ©e en Germanie et dirigĂ©e par Varus[105], est attaquĂ©e et battue dans une embuscade tendue par une armĂ©e dirigĂ©e par le germain Arminius alors qu'il traverse la forĂȘt de Teutobourg. Trois lĂ©gions, composĂ©es des hommes les plus expĂ©rimentĂ©s sont totalement anĂ©anties[106], et les conquĂȘtes romaines au-delĂ  du Rhin sont perdues car elles restent privĂ©es d'une armĂ©e de garnison pour les garder. Auguste craint Ă©galement que, aprĂšs une telle dĂ©faite, les Gaulois et les Germains, s'alliant, marchent contre l'Italie. La dĂ©cision du souverain marcoman Marobod est importante, et il reste fidĂšle aux pactes passĂ©s avec TibĂšre en 6 et refuse l'alliance avec Arminius.

TibĂšre, aprĂšs avoir pacifiĂ© l'Illyrie, rentre Ă  Rome oĂč il dĂ©cide de reporter la cĂ©lĂ©bration du triomphe de maniĂšre Ă  respecter le deuil imposĂ© par la dĂ©faite de Varus[107]. Le peuple aurait voulu qu'il prenne un surnom, comme le Pannonique (Pannonicus), l'Invincible (Invictus) ou le Pieux (Pius), qui permettrait de se souvenir de ses grandes entreprises. Auguste, pour sa part, rejette la demande en rĂ©pondant que, un jour, il prendrait lui aussi le titre d'Auguste[107], puis il l'envoie sur le Rhin afin d'Ă©viter que l'ennemi germanique attaque la Gaule romaine et que les provinces, Ă  peine pacifiĂ©es, puissent se rĂ©volter de nouveau Ă  la recherche de leur indĂ©pendance.

ArrivĂ© en Germanie, TibĂšre peut mesurer la gravitĂ© de la dĂ©faite de Varus et ses consĂ©quences qui empĂȘchent d'envisager une nouvelle reconquĂȘte des terres qui vont jusqu'Ă  l'Elbe[108],[109]. Il adopte, par consĂ©quent, une conduite particuliĂšrement prudente prenant toutes les dĂ©cisions avec le conseil de guerre et Ă©vitant de faire appel, pour la transmission des messages, Ă  des hommes du cru comme interprĂštes. De la mĂȘme façon il choisit avec soin les endroits oĂč installer les camps afin d'Ă©viter tout risque d'ĂȘtre victime d'une nouvelle embuscade[108]. Il met en place, pour les lĂ©gionnaires, une discipline de fer, punissant de maniĂšre trĂšs sĂ©vĂšre tous ceux qui transgressent les ordres[110]. Par cette stratĂ©gie, il obtient un grand nombre de victoires et maintient la frontiĂšre le long du Rhin en s'assurant de la fidĂ©litĂ© Ă  Rome des peuples germaniques, parmi lesquels les Bataves, les Frisons et les Chauques qui habitent ces lieux[110].

Succession (12 - 14)

La procession de la famille d'Auguste sur le cÎté sud de l'autel de la paix.

La succession est l'une des plus grandes préoccupations de la vie d'Auguste. Il est souvent atteint de maladies qui font craindre, à maintes reprises, une mort prématurée. Le princeps épouse en 42 av. J.-C. Clodia Pulchra, belle-fille de Marc Antoine qu'il répudie l'année suivante pour épouser Scribonia et peu aprÚs Livie.

Pendant quelques annĂ©es, Auguste espĂšre avoir comme hĂ©ritier son gendre Marcus Claudius Marcellus, le fils de sa sƓur Octavie, qui s'est mariĂ© avec sa fille Julia en 25 av. J.-C[63]. Marcellus est adoptĂ© mais il meurt jeune, deux ans plus tard. Auguste contraint alors Agrippa Ă  Ă©pouser la jeune Julia, choisissant comme successeur son ami de confiance Ă  qui il attribue l’imperium proconsulaire et la puissance tribunicienne[63]. Agrippa dĂ©cĂšde avant Auguste en 12 av. J.-C., alors que se mettent en valeur pour leurs entreprises les frĂšres Drusus, favori d'Auguste, et TibĂšre[111],[112]. AprĂšs la mort prĂ©maturĂ©e de Drusus, le princeps donne sa fille Julia en mariage Ă  TibĂšre[63], mais adopte les enfants d'Agrippa, Caius et Lucius Caesar[113] : ceux-ci meurent jeunes non sans suspecter une implication de Livie. Auguste, par consĂ©quent, ne peut qu'adopter TibĂšre, parce que le seul autre descendant direct masculin encore en vie, le fils d'Agrippa, Agrippa Postumus, paraĂźt brutal et dĂ©pourvu de toutes qualitĂ©s, et il est pour cela envoyĂ© dans l'Ăźle de Pianosa[114],[115],[116].

Buste d'Auguste ceint de la couronne civique (Rome, Musée dell'Ara Pacis, copie de l'original de l'époque augustéenne conservée au museo Oliveriano de Pesaro).

Selon SuĂ©tone[117], Auguste, bien que plein d'affection envers son beau-fils, critique souvent certains aspects, mais il choisit de l'adopter pour plusieurs raisons :

« [...] que les seules instances de Livie lui firent adopter TibĂšre ; ou que son ambition mĂȘme l'y dĂ©termina, afin qu'un jour un tel successeur le fĂźt d'autant plus regretter. [...] [ou plutĂŽt qu'ayant] mis dans la balance les vices et les qualitĂ©s de TibĂšre, il trouva que celles-ci l'emportaient. [...] dans l'intĂ©rĂȘt de la rĂ©publique ; [...] un gĂ©nĂ©ral trĂšs habile, et comme l'unique appui du peuple romain. [...] le plus vaillant et le plus illustre des gĂ©nĂ©raux. [...] Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 21 (Trad. DĂ©sirĂ© Nisard - 1855)

TibĂšre, aprĂšs avoir effectuĂ© les opĂ©rations en Germanie, cĂ©lĂšbre Ă  Rome le triomphe, pour la campagne en Dalmatie et en Pannonie d'octobre 12[118], au cours duquel il se prosterne publiquement devant Auguste[119], et il obtient en 13 le renouvellement de la puissance tribunicienne et de l’imperium proconsulare maius, titres qui le dĂ©signent comme successeur. Il est Ă©levĂ© au rang effectif de co-rĂ©gent avec Auguste[65],[120] : il peut administrer les provinces, commander les armĂ©es et exercer pleinement le pouvoir exĂ©cutif, bien que dĂšs l'Ă©poque de son adoption, TibĂšre ait commencĂ© Ă  prendre une part active dans le gouvernement de l'État, aidant son beau-pĂšre pour la promulgation de lois et pour l'administration[121].

En 14, Auguste, dĂ©sormais proche de la mort, appelle auprĂšs de lui TibĂšre sur l'Ăźle de Capri : l'hĂ©ritier, qui n'y a jamais Ă©tĂ©, reste profondĂ©ment fascinĂ©. C'est lĂ  qu'est dĂ©cidĂ© que TibĂšre se rendra de nouveau en Illyrie pour se consacrer Ă  la rĂ©organisation administrative de la province. Les hommes repartent ensemble Ă  Rome, mais Auguste, saisi par une soudaine maladie, est contraint de s'arrĂȘter dans sa villa de Nola, l'Octavianum, tandis que TibĂšre poursuit jusqu'Ă  Rome et part pour l'Illyrie, comme cela est convenu[122]. Alors qu'il s'approche de la province, TibĂšre est rappelĂ© en urgence parce que son beau-pĂšre, qui ne s'est plus dĂ©placĂ© de Nola, est dĂ©sormais mourant[117]. Selon SuĂ©tone, l'hĂ©ritier rejoint Auguste et les deux ont un dernier entretien avant la mort du prince[117]. Selon d'autres versions, au contraire, TibĂšre arrive Ă  Nola quand Auguste est dĂ©jĂ  mort. Dion Cassius ajoute que Livie provoque la mort de son mari par empoisonnement, et bien que TibĂšre arrive Ă  Nola quand Auguste est dĂ©jĂ  mort[123]. Tacite raconte que c'est Livie qui tue Auguste parce qu'il s'est rĂ©cemment rapprochĂ© de son neveu Agrippa Postumus, craignant que la succession de TibĂšre puisse ĂȘtre remise en question[124].

TibĂšre annonce la mort d'Auguste alors qu'arrive la nouvelle du mystĂ©rieux assassinat d'Agrippa Postumus par le centurion chargĂ© de sa garde. Tacite signale que le meurtre est ordonnĂ© par TibĂšre ou Livie[125] ; SuĂ©tone raconte qu'on ne sait pas si l'ordre est donnĂ© par Auguste sur son lit de mort, ou par d'autres, et que TibĂšre soutient qu'il est Ă©tranger Ă  ce crime (premier acte de gouvernement de TibĂšre ou derniĂšre volontĂ© d'Auguste, difficile Ă  dire.)[126]. Craignant d'Ă©ventuels attentats sur sa personne, TibĂšre se fait escorter par des militaires, et il convoque le SĂ©nat pour le 17 septembre afin de discuter des funĂ©railles d'Auguste et de la lecture de son testament. Auguste laisse comme hĂ©ritiers de son patrimoine TibĂšre et Livie (qui prend le nom d'Augusta), mais il fait Ă©galement de nombreux dons au peuple de Rome et aux lĂ©gionnaires prĂ©sents dans les armĂ©es[127],[128]. Les sĂ©nateurs dĂ©cident de rĂ©aliser des funĂ©railles solennelles au princeps dĂ©funt, le corps est incinĂ©rĂ© au champ de Mars[129], et ils commencent Ă  prier TibĂšre d'assumer le rĂŽle et le titre de son pĂšre, et donc de gouverner l'Empire romain. TibĂšre d'abord refuse, selon Tacite[130] et SuĂ©tone[131], voulant ĂȘtre suppliĂ© par les sĂ©nateurs afin que le gouvernement de l'État ne semble pas prendre une forme autocratique mais que le systĂšme rĂ©publicain reste, au moins formellement, intact. À la fin, TibĂšre accepte l'offre du SĂ©nat, avant d'en irriter les mĂȘmes esprits[118], probablement s'Ă©tant rendu compte qu'il y a l'absolue nĂ©cessitĂ© d'une autoritĂ© centrale : le corps (l'Empire) a besoin d'une tĂȘte (TibĂšre), d'aprĂšs les propos de Gaius Asinius Gallus selon Tacite : « la RĂ©publique, formant un seul corps, devait ĂȘtre rĂ©gie par une seule Ăąme[132] Â». L'argument avancĂ© par les auteurs pro-TibĂšre est plus probable : ils indiquent que les hĂ©sitations de TibĂšre pour prendre la direction de l'État sont dictĂ©es par une rĂ©elle modestie, plutĂŽt que par une stratĂ©gie prĂ©mĂ©ditĂ©e, peut-ĂȘtre suggĂ©rĂ©e par l'empereur Auguste[133],[134].

Empereur romain

Histoire de son Principat (14 - 37)

Le princeps et Germanicus (14 - 19)

Buste de Germanicus (copie romaine en marbre d'un buste réalisé en 4 à l'occasion de l'adoption de Germanicus par TibÚre, Paris, musée du Louvre.

AprĂšs la sĂ©ance du SĂ©nat du 17 septembre 14, TibĂšre devient le successeur d'Auguste Ă  la tĂȘte de l'État romain, regroupant la puissance tribunicienne, l’imperium proconsulare maius et d'autres pouvoirs dont bĂ©nĂ©ficiaient Auguste, et prenant le titre de princeps. TibĂšre reste empereur pendant plus de vingt ans, jusqu'Ă  sa mort en 37. Son premier acte est de ratifier la divinisation de son pĂšre adoptif, Auguste (Divus Augustus), comme cela fut fait prĂ©cĂ©demment pour Jules CĂ©sar, en confirmant aussi le legs aux soldats[120],[135].

DĂšs le dĂ©but de son principat, TibĂšre se trouve devoir vivre avec l'important prestige que Germanicus, le fils de son frĂšre Drusus qu'il a adoptĂ© sur l'ordre d'Auguste, acquiert auprĂšs de tout le peuple de Rome[136]. Ce prestige provient des campagnes sur le front septentrional que Germanicus a menĂ©es Ă  leurs termes ce qui lui a valu l'estime de ses collaborateurs et des lĂ©gionnaires, rĂ©ussissant Ă  rĂ©cupĂ©rer deux des trois « aigles lĂ©gionnaires Â» perdues lors de la bataille de Teutobourg[137]. Sa popularitĂ© est telle qu'il aurait pu prendre le pouvoir en chassant son pĂšre adoptif dont l'accession au principat s'est accompagnĂ©e de la mort de tous les autres parents qu'Auguste a indiquĂ©s comme hĂ©ritiers[138]. Le ressentiment[139] conduit TibĂšre Ă  donner Ă  son fils adoptif une mission particuliĂšre en Orient de maniĂšre Ă  l'Ă©loigner de Rome. Le SĂ©nat dĂ©cide de donner au jeune homme l’imperium proconsulare maius sur toutes les provinces orientales[140]. TibĂšre, cependant, n'a aucune confiance en Germanicus, qui en Orient, se serait trouvĂ© sans aucun contrĂŽle et exposĂ© Ă  l'influence de son entreprenante femme Agrippine l'AĂźnĂ©e. Il dĂ©cide donc de placer Ă  ses cĂŽtĂ©s un homme de confiance[141] : le choix de TibĂšre se porte sur Gnaeus Calpurnius Piso qui est un homme dur et inflexible et qui a Ă©tĂ© consul avec TibĂšre en 7 av. J.-C. Germanicus part en 18 pour l'Orient avec Piso qui est nommĂ© gouverneur de la province de la Syrie[142].

Buste d'Agrippine l'AĂźnĂ©e rĂ©alisĂ© au Ie siĂšcle av. J.-C. (Istanbul, musĂ©e archĂ©ologique).

Germanicus, revient en Syrie en 19, aprĂšs avoir rĂ©sidĂ© en Égypte au cours de l'hiver. Il entre en conflit ouvert avec Piso, qui a annulĂ© toutes les mesures que Germanicus a prises[143] ; Piso, en rĂ©ponse, dĂ©cide de quitter la province pour retourner Ă  Rome. Peu de temps aprĂšs le dĂ©part de Piso, Germanicus tombe malade et meurt aprĂšs de longues souffrances, Ă  Antioche, le 10 octobre[138]. Avant de mourir, Germanicus exprime sa conviction d'avoir Ă©tĂ© empoisonnĂ© par Piso et adresse une derniĂšre priĂšre Ă  Agrippine afin qu'elle venge sa mort[144]. AprĂšs les funĂ©railles, Agrippine rentre Ă  Rome avec les cendres de son mari oĂč la peine de tout le peuple est grande[145]. TibĂšre, pour Ă©viter d'exprimer publiquement ses sentiments, n'assiste mĂȘme pas Ă  la cĂ©rĂ©monie au cours de laquelle les cendres de Germanicus sont placĂ©es dans le mausolĂ©e d'Auguste[146]. En fait, Germanicus pourrait ĂȘtre dĂ©cĂ©dĂ© de mort naturelle, mais sa popularitĂ© croissante accentue l'Ă©vĂ©nement, qui est Ă©galement amplifiĂ© par l'historien Tacite[135].

DĂšs le dĂ©but, une suspicion s'installe alimentĂ©e par les paroles prononcĂ©es par Germanicus mourant qui accuse Piso d'avoir provoquĂ© sa mort en l'empoisonnant. Ainsi, la rumeur d'une participation de TibĂšre se propage, presque comme l'instigateur de l'assassinat de Germanicus, ayant choisi personnellement d'envoyer Piso en Syrie[137],[147],[148]. Lorsque Piso est jugĂ©, accusĂ© d'avoir commis, Ă©galement, de nombreux dĂ©lits, l'empereur tient un discours trĂšs modĂ©rĂ© dans lequel il Ă©vite de prendre position pour ou contre la condamnation du gouverneur[149]. Piso ne peut pas ĂȘtre imputĂ© d'une accusation d'empoisonneur, ce qui apparaĂźt, mĂȘme pour les accusateurs, impossible Ă  prouver, et le gouverneur, certain d'ĂȘtre condamnĂ© pour d'autres dĂ©lits qu'il a commis, dĂ©cide de se suicider avant que soit prononcĂ© un verdict[N 9],[137],[150].

La popularitĂ© de TibĂšre sort amoindrie de cet Ă©pisode car Germanicus Ă©tait trĂšs aimĂ©. Tacite Ă©crit de lui dix ans aprĂšs sa mort[151] :

« [...] [Germanicus avait] l'esprit populaire et les maniĂšres affables du jeune CĂ©sar [qui] contrastaient merveilleusement avec l'air et le langage de TibĂšre, si hautain et si mystĂ©rieux [...] Â»

— Tacite, Les Annales, Livre I, 33 (Trad. Jean-Louis Burnouf - 1859)

Les deux personnages ont des maniĂšres de faire trĂšs diffĂ©rentes : TibĂšre se distingue par sa froideur, sa rĂ©serve et son pragmatisme, tandis que Germanicus se fait remarquer par sa popularitĂ©, sa simplicitĂ© et sa fascination[138]. Ronald Syme soutient qu'il est vraisemblable que TibĂšre choisit Piso comme son confident, lui confĂ©rant un secreta mandata (« ordres confidentiels Â») pour Ă©viter que le jeune Ăąge de l'hĂ©ritier au trĂŽne puisse conduire Germanicus Ă  une inutile et coĂ»teuse guerre contre les Parthes. La situation, cependant, Ă©chappe Ă  Piso, probablement en raison des frictions entre les Ă©pouses du lĂ©gat impĂ©rial et du titulaire de l’imperium proconsulaire, de sorte que l'inimitiĂ© entre les deux dĂ©gĂ©nĂšre en conflit ouvert. La mort de Germanicus ne fait que donner un aspect nĂ©gatif au personnage du princeps dans l'historiographie[152].

Mort de son successeur Julius Caesar Drusus (19 - 23)

La villa de TibÚre à proximité de Sperlonga.

La mort de Germanicus ouvre la voie de la succession à l'unique fils naturel de TibÚre, Julius Caesar Drusus, qui a, jusque-là, accepté un rÎle mineur par rapport à son cousin Germanicus[153]. Il a seulement un an de moins que le défunt et il est aussi intelligent, comme cela apparaßt clairement dans la façon dont il fait face à la révolte en Pannonie.

Pendant ce temps, SĂ©jan, nommĂ© prĂ©fet du prĂ©toire aux cĂŽtĂ©s de son pĂšre en 16, rĂ©ussit rapidement Ă  gagner la confiance de TibĂšre. Aux cĂŽtĂ©s de Drusus, favori pour la succession, s'ajoute le personnage de SĂ©jan qui acquiert une grande influence sur l'Ɠuvre de TibĂšre : le prĂ©fet du prĂ©toire, qui fait preuve d'une rĂ©serve en tous points similaire Ă  celle de l'empereur, est en fait animĂ© d'un fort dĂ©sir de pouvoir et il aspire Ă  devenir le successeur de TibĂšre[154]. SĂ©jan voit Ă©galement croĂźtre Ă©normĂ©ment son pouvoir lorsque les neuf cohortes prĂ©toriennes sont regroupĂ©es dans la ville de Rome, prĂšs de la Porte Viminale[155]. Entre SĂ©jan et Drusus s'installe une situation de rivalitĂ©[156], et le prĂ©fet commence Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  la possibilitĂ© d'assassiner Drusus et les autres successeurs possibles de TibĂšre[157]. Il sĂ©duit la femme de Drusus, Livilla, et a avec elle une relation[158]. Peu aprĂšs, en 23, Drusus meurt empoisonnĂ©, et le public suspecte, sans aucun fondement, que TibĂšre aurait pu ordonner le meurtre de Drusus, mais il semble plus probable que Livilla soit seule impliquĂ©e[159].

Huit ans plus tard, TibÚre viendra à apprendre que son fils a été assassiné par sa belle-fille Livilla et son conseiller dans lequel il plaçait toute sa confiance, Séjan[160],[161].

DĂ©part pour Capri et ascension de SĂ©jan (23 - 31)

Marbre de TibĂšre, dĂ©couvert Ă  Capri, hauteur de 2 mĂštres, musĂ©e du Louvre Ă  Paris.

TibÚre se trouve une fois de plus, à l'ùge de 64 ans, sans héritier, parce que les jumeaux de Drusus, nés en 19, sont trop jeunes, et que l'un d'entre eux est décédé peu aprÚs son pÚre. Il choisit de proposer comme successeur les jeunes fils de Germanicus qui ont été adoptés par Drusus et qu'il place sous la protection des sénateurs. Séjan a, alors, de plus en plus de pouvoir, de sorte qu'il espÚre devenir empereur aprÚs la mort de TibÚre. Il commence une série de persécutions envers les enfants et la femme de Germanicus, Agrippine[162], puis contre les amis de Germanicus et beaucoup d'entre eux sont contraints à l'exil ou choisissent le suicide pour éviter une condamnation[163].

TibÚre, attristé par la mort de son fils et excédé par l'hostilité de la population de Rome, décide de se retirer d'abord en Campanie en 26, puis à Capri l'année suivante, sur les conseils de Séjan, pour ne plus jamais revenir à Rome[160],[164]. Il a déjà soixante-sept ans et il est probable que l'envie de s'éloigner de Rome le tente déjà depuis un certain temps. Il semble qu'aprÚs avoir vu son fils mourir, il ait parlé de sa démission. Il ne peut plus supporter de voir des gens autour de lui qui lui rappellent Drusus, sans oublier la proximité de Livie qui lui est devenue insupportable. Une maladie qui le défigure augmente sa susceptibilité mais son retrait est une trÚs grave erreur, bien qu'il continue à gérer les problÚmes de l'Empire depuis Capri[165].

Le préfet du prétoire, pendant ce temps, profitant de la pleine confiance de l'empereur[166] prend le contrÎle de toutes les activités politiques, devenant le représentant incontesté de la puissance impériale[160]. Il réussit également à convaincre le princeps de concentrer l'ensemble des neuf cohortes prétoriennes, auparavant réparties entre Rome et les autres villes italiques, dans Rome (dans la caserne de la Garde prétorienne) à sa disposition, alors que TibÚre a quitté Rome[167].

Buste d'Antonia Minor (Rome, Musée dell'Ara Pacis, copie de l'original de l'époque augustéenne conservée au museo Oliveriano de Pesaro).

TibÚre, cependant, se tient informé de la vie politique de Rome, et il reçoit réguliÚrement des notes qui l'informent des discussions menées au Sénat. Il peut, grùce à la création d'un véritable service postal, exprimer son point de vue, et il est également en mesure de donner des ordres à ses émissaires à Rome[168]. L'éloignement de TibÚre de Rome conduit à une progressive diminution du rÎle du Sénat au profit de l'empereur et de Séjan[168].

Le prĂ©fet du prĂ©toire commence Ă  persĂ©cuter ses opposants, les accusant de lĂšse-majestĂ© afin de les Ă©liminer de la scĂšne politique[169]. Cette situation conduit Ă  la crĂ©ation d'un climat de suspicion gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui, Ă  son tour, provoque de nouvelles rumeurs sur la participation de l'empereur aux nombreux procĂšs politiques intentĂ©s par SĂ©jan et ses collaborateurs[170]. En 29, lorsque Livie qui, avec son caractĂšre autoritaire, a toujours influencĂ© le gouvernement[171], meurt Ă  l'Ăąge de 86 ans, son fils refuse de retourner Ă  Rome pour les funĂ©railles et interdit sa divinisation[160],[172]. SĂ©jan peut procĂ©der, sans ĂȘtre dĂ©rangĂ©[173], Ă  une sĂ©rie d'actions contre Agrippine et son fils aĂźnĂ© Nero Iulius Caesar[174] qui est accusĂ© notamment de tentatives de subversion, ce qui lui vaut d'ĂȘtre condamnĂ© au confinement sur l'Ăźle de Ponza oĂč il meurt de faim en 30[175]. Agrippine, accusĂ©e d'adultĂšre, est expulsĂ©e sur l'Ăźle Pandataria oĂč elle meurt en 33[160],[176].

Le projet de SĂ©jan a prĂ©cisĂ©ment pour objectif de s'assurer de la succession de l'empereur. AprĂšs avoir Ă©liminĂ© les descendants directs de TibĂšre, le prĂ©fet est dĂ©sormais le seul candidat Ă  la succession, et il tente en vain de devenir parent de l'empereur par son mariage avec la veuve de Drusus, Livilla[177]. Il commence Ă  viser l'attribution de la puissance tribunicienne qui aurait officiellement permis sa nomination suivante en tant qu'empereur, le rendant ainsi sacrĂ© et inviolable, et il obtient, en 31, le consulat avec TibĂšre[160],[178]. Dans le mĂȘme temps, la veuve de Nero Claudius Drusus, Antonia Minor, se fait la porte-parole des sentiments d'une grande partie de la classe sĂ©natoriale et dĂ©nonce dans une lettre Ă  TibĂšre toutes les intrigues et les actes de sang dont SĂ©jan, qui est en train d'ordonner une conspiration contre l'empereur, est responsable[179]. TibĂšre, alertĂ©, dĂ©cide de destituer le puissant prĂ©fet et il organise une habile manƓuvre avec l'aide du prĂ©fet de Rome Macron[160].

Monnaie de TibĂšre portant sur une face une lĂ©gende sur laquelle a Ă©tĂ© abrasĂ© le nom de SĂ©jan frappĂ© de la damnatio memoriae. La piĂšce date du cinquiĂšme consulat de TibĂšre et porte la mention : TI CAESAR DIVI AVGVSTI F AVGVSTVS et MVN AGVSTA BILBILIS TI CAESARE V L. AELIO SEIANO COS.

Afin de ne pas Ă©veiller les soupçons, l'empereur nomme SĂ©jan pontife, promettant de lui donner au plus tĂŽt la puissance tribunicienne. En mĂȘme temps, TibĂšre quitte la charge de consul ce qui oblige SĂ©jan Ă  y renoncer aussi. Le 17 octobre 31 enfin, TibĂšre, nomme secrĂštement prĂ©fet du prĂ©toire et chef des cohortes urbaines le prĂ©fet de Rome, Macron. Il l'envoie Ă  Rome avec l'ordre de se mettre d'accord avec Lacon, prĂ©fet des vigiles et avec le nouveau consul dĂ©signĂ© Publius Memmius Regulus, afin de convoquer le lendemain le SĂ©nat dans le temple d'Apollon, sur le mont Palatin. Ainsi, TibĂšre obtient l'appui des cohortes urbaines et des vigiles contre une Ă©ventuelle rĂ©action des prĂ©toriens en faveur de SĂ©jan.

Quand SĂ©jan arrive au SĂ©nat, il est informĂ© par Macron de l'arrivĂ©e d'une lettre de TibĂšre annonçant l'attribution de la puissance tribunicienne[180]. Ainsi, pendant que SĂ©jan, jubilant, prend place parmi les sĂ©nateurs, Macron, restĂ© en dehors du temple, Ă©loigne les prĂ©toriens de garde, les remplaçant par les vigiles de Lacon. Puis, confiant la lettre de TibĂšre au consul pour qu'il la lise devant le SĂ©nat, il rejoint la caserne de la Garde prĂ©torienne pour annoncer sa nomination comme prĂ©fet du prĂ©toire[180]. Dans cette lettre, dĂ©libĂ©rĂ©ment trĂšs longue et trĂšs vague, TibĂšre Ă©voque diffĂ©rents sujets, tantĂŽt louant SĂ©jan, tantĂŽt le critiquant, et Ă  la fin seulement, l'empereur accuse le prĂ©fet de trahison, ordonnant sa destitution et son arrestation[180]. SĂ©jan, consternĂ© par la tournure inattendue, est immĂ©diatement emmenĂ©, enchaĂźnĂ© par les vigiles et peu aprĂšs sommairement jugĂ© par le SĂ©nat qui s'est rĂ©uni au temple de la Concorde : il est condamnĂ© Ă  mort et Ă  la damnatio memoriae[181],[182].

La sentence est exĂ©cutĂ©e la nuit mĂȘme dans la prison du Tullianum par strangulation, et le corps du prĂ©fet est laissĂ© Ă  la population qui le traĂźne dans les rues de la ville[182]. À la suite des mesures prises par SĂ©jan Ă  l'encontre d'Agrippine et de la famille de Germanicus, le peuple a dĂ©veloppĂ© une forte aversion envers le prĂ©fet[183]. Le SĂ©nat dĂ©clare le 18 octobre fĂȘte publique et ordonne l'Ă©rection d'une statue Ă  la LibertĂ©.

Ruines de la Villa Jovis sur l'Ăźle de Capri.

Quelques jours plus tard, les trois jeunes fils du préfet sont sauvagement étranglés dans la prison du Tullianum[182]. Son ex-femme, Apicata, se suicide aprÚs avoir envoyé une lettre à TibÚre révélant les fautes de Séjan et de Livilla à l'occasion de la mort de Drusus[184]. Livilla est jugée, et pour éviter une condamnation certaine, elle se laisse mourir de faim[184]. AprÚs la mort de Séjan et de sa famille, une série de procÚs à l'encontre des amis et collaborateurs du défunt préfet provoque leur condamnation à mort ou les contraint au suicide[185].

DerniĂšres annĂ©es : un nouvel exil (31 - 37)

La Mort de TibÚre, par Jean Paul Laurens, 1864 (Musée des Augustins, Toulouse).

TibĂšre passe la derniĂšre partie de son rĂšgne sur l'Ăźle de Capri, entourĂ© par des hommes de savoir, des avocats, des Ă©crivains et mĂȘme des astrologues[186]. Il fait construire douze maisons pour ensuite vivre dans celle qu'il prĂ©fĂšre, la Villa Jovis. Tacite et SuĂ©tone racontent qu'Ă  Capri, TibĂšre laisse libre cours Ă  ses vices, s'abandonnant Ă  ses dĂ©sirs effrĂ©nĂ©s mais il semble plus probable que TibĂšre ait maintenu sa coutumiĂšre rĂ©serve, Ă©vitant les excĂšs comme il l'a toujours fait[187] et sans nĂ©gliger ses devoirs envers l'État et continuant Ă  travailler dans son intĂ©rĂȘt[186].

AprĂšs la chute de SĂ©jan, la question de la succession ressurgit, et en 33, Drusus Iulius Caesar, le plus grand des enfants de Germanicus restĂ© en vie, meurt de faim aprĂšs avoir Ă©tĂ© condamnĂ© au confinement en 30 suite Ă  une accusation d'avoir conspirĂ© contre TibĂšre[188]. Quand TibĂšre, en 35, dĂ©pose son testament, il ne peut choisir que parmi trois successeurs possibles, il inclut son petit-fils Tiberius Gemellus, fils de Julius Caesar Drusus, et son petit-neveu Caligula, fils de Germanicus. Reste donc exclus du testament, le frĂšre de Germanicus, Claude, qui est considĂ©rĂ© comme inadaptĂ© au rĂŽle de princeps en raison de sa faiblesse physique et de doutes sur sa santĂ© mentale[188]. Le favori Ă  la succession semble ĂȘtre immĂ©diatement le jeune Caius, mieux connu sous le nom de Caligula, parce que Tiberius Gemellus, Ă©galement soupçonnĂ© d'ĂȘtre le fils de SĂ©jan (en raison de ses relations adultĂšres avec l'Ă©pouse de Drusus, Livilla[189]), a dix ans de moins : deux raisons suffisantes pour ne pas lui laisser le principat[190]. Le prĂ©fet du prĂ©toire Macron fait preuve de sympathie Ă  l'Ă©gard de Caius, gagnant par tous les moyens sa confiance[189].

Buste de Caligula en marbre, musée du Louvre à Paris.

En 37, TibĂšre quitte Capri, comme il l'a fait prĂ©cĂ©demment, peut-ĂȘtre avec l'idĂ©e de revenir enfin Ă  Rome pour passer ses derniers jours. EffrayĂ© par les rĂ©actions que la population pourrait avoir, il s'arrĂȘte Ă  seulement sept milles de Rome et dĂ©cide de repartir vers la Campanie[189]. Il est saisi d'une maladie et transportĂ© dans la villa de Lucullus Ă  MisĂšne. AprĂšs une premiĂšre amĂ©lioration, il tombe le 16 mars dans un Ă©tat de dĂ©lire et on le croit mort. Alors que beaucoup se prĂ©parent dĂ©jĂ  Ă  cĂ©lĂ©brer la prise de pouvoir de Caligula, TibĂšre rĂ©cupĂšre une fois de plus, provoquant des ravages parmi ceux qui ont saluĂ© le nouvel empereur. Le prĂ©fet Macron ordonne que TibĂšre soit Ă©touffĂ© dans des couvertures[191],[192]. Le vieil empereur, faible et incapable de rĂ©agir, expire Ă  l'Ăąge de soixante-dix-sept ans[190].

Le peuple romain rĂ©agit avec une grande joie Ă  la nouvelle de la mort de TibĂšre, fĂȘtant sa disparition. Beaucoup de monuments qui cĂ©lĂšbrent les entreprises de l'empereur sont dĂ©truits ainsi que de nombreuses statues qui le reprĂ©sentent. Certains essaient de faire pratiquer la crĂ©mation du corps Ă  MisĂšne mais sa dĂ©pouille est transportĂ©e Ă  Rome oĂč il est incinĂ©rĂ© sur le Champ de Mars et inhumĂ©, au milieu d'insultes, dans le mausolĂ©e d'Auguste le 4 avril, gardĂ© par les prĂ©toriens[190],[193]. Alors que l'empereur dĂ©funt reçoit de modestes funĂ©railles, le 29 mars, Caligula est acclamĂ© princeps par le SĂ©nat.

Politique interne

TibĂšre ne se distingue pas pour ses tendances Ă  la rĂ©novation. Au cours de son rĂšgne, il fait preuve d'un strict respect de la tradition augustĂ©enne, essayant d'appliquer toutes les instructions d'Auguste. Son but est de prĂ©server l'Empire, d'assurer la paix interne et externe tout en consolidant le nouvel ordre et en Ă©vitant qu'il ne prenne les caractĂ©ristiques d'un dominat[194],[195]. Pour mettre en Ɠuvre son plan, il utilise des collaborateurs et de nombreux conseillers personnels qui sont des officiels qui l'ont suivi au cours des longues et nombreuses campagnes militaires qui ont durĂ© prĂšs de quarante ans[85]. Il convient d'ajouter que l'administration de l'État durant les premiĂšres annĂ©es de son rĂšgne est reconnue, par tous, comme excellente par son bon sens et sa modĂ©ration. Tacite apprĂ©cie les capacitĂ©s du nouveau princeps au moins jusqu'Ă  la mort de son fils Drusus qui a lieu en 23[196],[197].

La mĂȘme chose s'applique pour les relations entre TibĂšre et la nobilitas sĂ©natoriale qui sont cependant diffĂ©rentes de celles qui s'Ă©taient instaurĂ©es avec Auguste[194]. Le nouvel empereur semble diffĂ©rent de son beau-pĂšre par ses mĂ©rites et son ascendant, celui-ci ayant mis fin aux guerres civiles, apportĂ© la paix Ă  l'Empire et obtenu par consĂ©quent une grande autoritĂ©[198]. TibĂšre doit baser le rapport entre le princeps et la noblesse sĂ©natoriale sur un moderatio qui augmente la puissance des deux, superposant l'ordre hiĂ©rarchique traditionnel[199]. Il Ă©tablit une nette distinction entre les honneurs destinĂ©s aux empereurs vivants et le culte de ceux morts et divinisĂ©s[199]. MalgrĂ© ces mesures qui contribuent Ă  maintenir en vie la « fiction rĂ©publicaine Â»[200], il ne manque pas de membres de la classe sĂ©natoriale pour s'opposer fermement Ă  son Ɠuvre[199]. Mais TibĂšre au cours des premiĂšres annĂ©es, suivant le modĂšle d'Auguste, cherche sincĂšrement Ă  obtenir la coopĂ©ration avec le SĂ©nat, assistant souvent Ă  ses rĂ©unions, en respectant la libertĂ© de discussion, en le consultant Ă©galement sur des questions qu'il est en mesure de rĂ©soudre par lui-mĂȘme et en accroissant les fonctions administratives du SĂ©nat. Celui-ci fait valoir que « le princeps doit servir le SĂ©nat Â» (bonum et salutarme principem senatui servire debere)[201].

La Curie Julia sur le Forum Romanum oĂč se rĂ©unit habituellement le SĂ©nat.

Les magistratures conservent leur dignitĂ© et le SĂ©nat, que TibĂšre consulte souvent avant de prendre des dĂ©cisions dans tous les domaines, est favorisĂ© par la plupart des mesures[202] : MĂȘme s'il est d'usage que l'empereur signale certains candidats Ă  la magistrature, les Ă©lections continuent d'avoir lieu, au moins formellement, par l'assemblĂ©e des comices centuriates. TibĂšre dĂ©cide de mettre un terme Ă  la coutume, et les sĂ©nateurs ont le privilĂšge de l'Ă©lection des juges[203]. De la mĂȘme maniĂšre, TibĂšre dĂ©cide d'allouer aux sĂ©nateurs la tĂąche de juger les sĂ©nateurs eux-mĂȘmes, ou les chevaliers de haut rang qui se sont rendus coupables de crimes graves comme le meurtre ou la trahison ; les SĂ©nateurs sont Ă©galement chargĂ©s de juger sans l'intervention de l'empereur le travail des gouverneurs de province ; enfin, est confiĂ©e au SĂ©nat la juridiction dans le domaine religieux et social dans toute l'Italie[204].

Au cours de la pĂ©riode de son sĂ©jour Ă  Capri, TibĂšre, pour empĂȘcher que le SĂ©nat prenne des mesures qui ne lui conviennent pas, en particulier en ce qui concerne les nombreux procĂšs de lĂšse-majestĂ© menĂ©s par SĂ©jan, dĂ©cide que toute dĂ©cision adoptĂ©e par le SĂ©nat doit ĂȘtre appliquĂ©e uniquement dix jours plus tard, de sorte qu'il peut contrĂŽler, en dĂ©pit de la distance, le travail des sĂ©nateurs[205].

Le prince consulte souvent le SĂ©nat par des senatus consulta, parfois sur des questions hors de sa compĂ©tence, comme par exemple les questions de caractĂšre religieux, TibĂšre ayant une aversion particuliĂšre pour les cultes orientaux. En 19 les cultes chaldĂ©en et juif sont rendus illĂ©gaux et ceux qui les professent sont obligĂ©s de s'enrĂŽler ou d'ĂȘtre expulsĂ©s d'Italie[204]. Il ordonne de brĂ»ler tous les parements et les objets sacrĂ©s utilisĂ©s pour les cultes en question, et, par l'enrĂŽlement, il peut envoyer les jeunes juifs dans les rĂ©gions les plus reculĂ©es et les plus insalubres afin d'infliger un coup sĂ©vĂšre Ă  la propagation du culte[206].

TibĂšre rĂ©forme, au moins en partie, l'organisation augustĂ©enne contre le cĂ©libat, mettant l'accent sur la lex Papia Poppaea : sans abolir les dispositions de son beau-pĂšre, il nomme une commission qui s'occupe de rĂ©former l'organisation et de rendre moins sĂ©vĂšre les peines en commençant par les cĂ©libataires ou ceux qui, bien que mariĂ©s, n'ont pas d'enfants[207]. Des mesures sont adoptĂ©es pour freiner le luxe et garantir la moralitĂ© des coutumes[208],[209].

Parmi les mesures les plus importantes, on trouve l'adoption de la lex de Maiestate qui prĂ©voit que soient poursuivis et passibles de condamnation tous ceux qui offensent la majestĂ© du peuple romain. Sur la base d'une loi aussi vague, sont considĂ©rĂ©s coupables ceux qui sont responsables d'une dĂ©faite militaire, d'une sĂ©dition ou qui ont mal gĂ©rĂ© l'administration. La loi, qui entre en vigueur aprĂšs avoir Ă©tĂ© abrogĂ©e, devient un outil entre les mains de l'empereur, du SĂ©nat, et en particulier du prĂ©fet SĂ©jan afin de criminaliser les opposants politiques[210]. TibĂšre, cependant, s'oppose Ă  plusieurs reprises Ă  ces jugements politiques, incitant les juges Ă  agir en toute honnĂȘtetĂ©[209].

Administration financiĂšre et provinciale

TibĂšre est excellent en gestion financiĂšre, il laisse Ă  sa mort un surplus considĂ©rable dans les coffres de l'État. Pour ne citer que quelques exemples, les biens du roi ArchĂ©laos de Cappadoce deviennent une propriĂ©tĂ© impĂ©riale ainsi que plusieurs mines gauloises de son Ă©pouse Julia, une mine d'argent des RuthĂ©niens, une mine d'or d'un certain Sestus Marius confisquĂ©e en Hispanie en 33, et d'autres encore[211]. Il confie l'administration des biens de l'État Ă  des fonctionnaires particuliĂšrement compĂ©tents, dont la charge ne prend fin qu'avec l'Ăąge[212].

Il est toujours prĂȘt et gĂ©nĂ©reux pour intervenir en toutes circonstances lors de difficultĂ©s internes comme lorsque la plĂšbe urbaine souffre au cours de famine ou comme lorsqu'en 36 il instaure une aide, Ă  la suite d'un incendie sur l'Aventin, de cent millions de sesterces. En 33, aprĂšs avoir pris certaines mesures contre l'usure, il rĂ©ussit Ă  attĂ©nuer une grave crise agraire et financiĂšre causĂ©e par une rĂ©duction de la circulation monĂ©taire, instituant, avec sa propre fortune, un fond pour financer les prĂȘts de plus de cent millions de sesterces. Les dĂ©biteurs peuvent emprunter pendant trois ans sans intĂ©rĂȘts en apportant en garantie des terrains d'une valeur double du prĂȘt demandĂ©[213],[214],[215]. DĂšs que possible, il tente de rationaliser les dĂ©penses publiques en matiĂšre de spectacles, en rĂ©duisant les salaires des acteurs et en diminuant le nombre de paires de gladiateurs participant aux jeux[216]. Il rĂ©duit de 1% Ă  0,5 % l'impopulaire taxe sur les ventes, et il laisse, Ă  sa mort, 2 700 millions de sesterces dans les caisses du trĂ©sor. Aux gouverneurs provinciaux qui lui demandent d'imposer de nouvelles taxes, il s'oppose fermement, rĂ©pondant que « c'est le travail du bon berger de tondre les moutons et non de les Ă©corcher Â»[217].

Il sait choisir, en outre, des administrateurs compĂ©tents et il soigne en particulier le gouvernement des provinces. Les gouverneurs qui obtiennent de bons rĂ©sultats et qui se sont distinguĂ©s pour leur honnĂȘtetĂ© et leur compĂ©tence reçoivent, en rĂ©compense, la prorogation de leur mandat. Tacite voit, en cet usage, la volontĂ© de l'indĂ©cis TibĂšre de reporter sur les gouverneurs la prĂ©occupation de la gestion des provinces et d'Ă©viter que des personnes puissent profiter de bĂ©nĂ©fices issus de leur charge de haut magistrat[218]. La collecte des impĂŽts dans les provinces est confiĂ©e aux chevaliers, qui s'organisent en sociĂ©tĂ©s d'adjudication. TibĂšre Ă©vite l'imposition de nouvelles taxes aux provinces et Ă©carte ainsi le risque de rĂ©voltes[212],[219]. Il fait Ă©galement construire des routes en Afrique, en Hispanie (surtout dans le nord-ouest), en Dalmatie et en MĂ©sie jusqu'aux portes de Fer, le long du Danube, et d'autres sont rĂ©parĂ©es comme dans la Gaule narbonnaise[220].

Politique extérieure et politique militaire

Les conquĂȘtes romaines (vert) sous le rĂšgne d'Auguste (-30 - 14).
Les conquĂȘtes romaines (vert) sous le rĂšgne de TibĂšre (14 - 37).

TibĂšre reste fidĂšle au consilium coercendi intra terminos imperii d'Auguste (« conseil de ne plus reculer les bornes de l'Empire Â»)[221], c'est-Ă -dire la dĂ©cision de maintenir les frontiĂšres de l'Empire inchangĂ©es. Il essaie de protĂ©ger les territoires internes et d'en assurer la tranquillitĂ© et il Ɠuvre uniquement pour des changements nĂ©cessaires Ă  la sĂ©curitĂ©[222]. Il rĂ©ussit Ă  Ă©viter des guerres ou des expĂ©ditions militaires inutiles avec les rĂ©percussions sur les dĂ©penses publique qu'on imagine et en plaçant une plus grande confiance dans la diplomatie. Il Ă©loigne les rois et les gouverneurs qui se rĂ©vĂšlent inaptes Ă  leur fonction et il cherche Ă  assurer une plus grande efficacitĂ© du systĂšme administratif. Les seules modifications territoriales concernent l'Orient lorsqu'Ă  la mort des rois clients : la Cappadoce, la Cilicie et la CommagĂšne sont incorporĂ©es dans les frontiĂšres de l'Empire[223]. Toutes les rĂ©voltes qui s'ensuivent, au cours de son long principat qui dure 23 ans, sont Ă©touffĂ©es dans le sang par ses gĂ©nĂ©raux, comme celle de Tacfarinas et des Musulames de 17 Ă  24, en Gaule par Julius Florus et Julius Sacrovir en 21 ou encore en Thrace avec le roi client des Odryses autour du 21[224].

Pendant le rĂšgne de TibĂšre, les forces militaires sont dĂ©ployĂ©es avec la disposition suivante : la protection de l'Italie est confiĂ©e Ă  deux flottes, celle de Ravenne et du cap MisĂšne, et Rome est dĂ©fendue par neuf cohortes prĂ©toriennes que SĂ©jan a rĂ©unies dans un camp Ă  la pĂ©riphĂ©rie de la ville et trois cohortes urbaines. Le nord-ouest de l'Italie est gardĂ© par une flotte au large des cĂŽtes de la Gaule composĂ©e de navires qu'Auguste avait capturĂ©s Ă  Actium. Le reste des forces est stationnĂ© dans les provinces dans le but de garantir les frontiĂšres et de rĂ©primer d'Ă©ventuelles rĂ©voltes internes : huit lĂ©gions sont dĂ©ployĂ©es dans la rĂ©gion du Rhin pour se protĂ©ger des invasions germaniques et des rĂ©voltes gauloises, trois lĂ©gions sont en Hispanie, et deux dans les provinces d'Égypte et d'Afrique oĂč Rome peut aussi compter sur l'aide du royaume de MaurĂ©tanie. En Orient, quatre lĂ©gions sont rĂ©parties entre la Syrie et l'Euphrate. En Europe orientale, enfin, deux lĂ©gions sont stationnĂ©es en Pannonie, deux en MĂ©sie pour protĂ©ger les frontiĂšre du Danube, et deux en Dalmatie. De petites flottes de trirĂšmes, des bataillons de cavalerie et des troupes auxiliaires recrutĂ©es parmi les habitants des provinces, sont rĂ©partis sur tout le territoire afin qu'ils puissent intervenir lĂ  oĂč le besoin s'en fait sentir[225].

En Germanie

Arminius, jeune chef des tribus germaniques (monument achevé en 1875).

En ce qui concerne la politique extĂ©rieure le long des frontiĂšres septentrionales, TibĂšre suit une dĂ©marche de maintien et de consolidation d'une barriĂšre contre les Germains le long du Rhin en mettant fin, quelques annĂ©es aprĂšs son accession au trĂŽne, aux opĂ©rations militaires improductives et dangereuses que Germanicus a entreprises dans les annĂ©es 14-16[222]. Tacite, qui admire Germanicus et a peu de sympathie pour TibĂšre, impute la dĂ©cision du princeps Ă  sa jalousie Ă  l'encontre des succĂšs obtenus par son neveu. TibĂšre lui reconnaĂźt le mĂ©rite d'avoir rĂ©tabli le prestige de l'Empire romain auprĂšs des Germains, il considĂšre au contraire et Ă  juste titre, qu'une nouvelle tentative d'Ă©tablir la frontiĂšre sur l'Elbe conduirait Ă  un Ă©loignement de la politique d'Auguste que TibĂšre considĂšre comme un praeceptum ainsi qu'Ă  une augmentation significative des dĂ©penses militaires et Ă  l'obligation d'engager une campagne en BohĂȘme contre Marobod, roi des Marcomans. TibĂšre ne le juge ni nĂ©cessaire ni utile. Les dissensions internes au sein des tribus germaniques donnent lieu Ă  une guerre entre Chattes et ChĂ©rusques puis Ă  une autre entre Arminius et Marobod jusqu'Ă  ce que ce dernier soit exilĂ© en 19, alors que le premier est assassinĂ© (en 21)[195]. Scullard estime, en effet, que cette dĂ©cision est motivĂ©e et de plus judicieuse[226].

En 14, alors que la rĂ©volte des lĂ©gions en Pannonie est en cours[227], les hommes stationnĂ©s Ă  la frontiĂšre germanique se rebellent, provoquant des actes de violence et des massacres. Germanicus, qui est alors Ă  la tĂȘte de l'armĂ©e en Germanie et qui bĂ©nĂ©ficie de beaucoup de prestige[228], se charge de calmer la situation, affrontant personnellement les soldats sĂ©ditieux. Ceux-ci demandent, comme leurs camarades de Pannonie, la rĂ©duction de la durĂ©e du service militaire et l'augmentation de la solde. Germanicus dĂ©cide de leur accorder le congĂ© aprĂšs vingt ans de service et d'y inclure tous les soldats de rĂ©serve qui ont combattu pendant seize ans, les exemptant de toutes obligations sauf pour repousser les attaques ennemies. Il double, dans le mĂȘme temps, l'hĂ©ritage auquel ils ont droit, selon le testament d'Auguste[229]. Les lĂ©gions, qui ont appris depuis peu le dĂ©cĂšs d'Auguste, assurent de leur soutien le gĂ©nĂ©ral s'il souhaitait prendre le pouvoir par la force, mais il refuse, faisant preuve de respect envers son pĂšre adoptif TibĂšre et d'une grande fermetĂ©[138],[230]. La rĂ©volte, qui touche un grand nombre des lĂ©gions stationnĂ©es en Germanie, est difficile Ă  rĂ©primer et se termine par le massacre de nombreux lĂ©gionnaires rebelles[231]. Les mesures prises par Germanicus pour satisfaire aux exigences des lĂ©gions sont officialisĂ©es plus tard par TibĂšre qui attribue les mĂȘmes indemnitĂ©s aux lĂ©gionnaires de Pannonie[232].

La campagne de Germanicus en 14.
La campagne de Germanicus en 15.
La campagne de Germanicus en 16.

Germanicus, aprÚs avoir repris la situation en main, décide d'organiser une expédition contre les peuples germaniques qui ont appris la nouvelle de la mort d'Auguste et la rébellion des légions. Ils pourraient décider de lancer une nouvelle attaque contre l'Empire. Germanicus confie une partie des légions au lieutenant Aulus Caecina Severus puis il attaque les tribus des BructÚres, des Tubantes et des UsipÚtes qu'il bat nettement, accompagnant ses victoires de nombreux massacres[233]. Il attaque les Marses obtenant neuf victoires et pacifiant ainsi la région à l'ouest du Rhin. De cette façon, il est en mesure de préparer pour 15 une expédition à l'est du grand fleuve par laquelle il aurait vengé Varus et freiné toute volonté expansionniste des Germains[234].

En 15, Germanicus traverse le Rhin avec le lieutenant Aulus Caecina Severus qui vainc de nouveau les Marses[235] tandis que le gĂ©nĂ©ral obtient une large victoire sur les Chattes[236]. Le prince des ChĂ©rusques, Arminius, qui avait battu Varus Ă  Teutobourg, incite tous les peuples germaniques Ă  la rĂ©volte en leur demandant de combattre les envahisseurs romains[237]. Il se forme mĂȘme un petit parti pro-romain conduit par le beau-pĂšre d'Arminius, SĂ©geste, qui offre son aide Ă  Germanicus[238]. Celui-ci se rend vers Teutobourg oĂč il retrouve un des aigles lĂ©gionnaires perdu au cours de la bataille, six ans plus tĂŽt. Il rend les honneurs funĂšbres aux morts dont les dĂ©pouilles sont restĂ©es sans sĂ©pulture[239].

Germanicus décide de poursuivre Arminius afin de l'affronter au cours d'une bataille, le prince germanique attaque les escadrons de cavalerie que Germanicus envoie en avant-garde, sûr de pouvoir surprendre l'ennemi. L'armée entiÚre des légionnaires est alors obligée d'intervenir pour éviter une nouvelle défaite désastreuse[240]. Germanicus décide de retourner à l'ouest du Rhin avec ses hommes. Alors qu'il se trouve sur le chemin du retour prÚs du pontes longi, Aulus Caecina Severus est attaqué et battu par Arminius ce qui l'oblige à se retirer dans son campement. Les Germains, convaincus de pouvoir vaincre les légions, attaquent le camp mais ils sont sévÚrement battus à leur tour et Aulus Caecina Severus peut conduire ses légions saines et sauves à l'ouest du Rhin[241].

Victoire Ă©crasante des Romains Ă  la bataille d'Idistaviso.

Bien qu'ayant remportĂ© une importante victoire, Germanicus est conscient que les Germains sont encore capables de se rĂ©organiser et il dĂ©cide, en 16, d'engager une nouvelle campagne dont l'objectif est d'anĂ©antir dĂ©finitivement la population entre le Rhin et l'Elbe[242]. Pour rejoindre sans problĂšme les territoires ennemis, il fait prĂ©parer une flotte qui doit conduire les lĂ©gions jusqu'Ă  l'embouchure de fleuve Amisia. En peu de temps, il rĂ©unit plus d'un millier de bateaux, lĂ©gers et rapides, capables de transporter de nombreux hommes, mais aussi Ă©quipĂ©s de machines de guerre pour la dĂ©fense[243]. Les Romains dĂ©barquent Ă  peine en Germanie que les tribus du lieu, rĂ©unies sous le commandement d'Arminius, se prĂ©parent Ă  faire face aux envahisseurs et se rĂ©unissent pour combattre prĂšs du fleuve Weser (bataille d'Idistaviso)[244]. Les hommes de Germanicus, bien mieux prĂ©parĂ©s que leurs ennemis[245], affrontent les Germains et remportent une Ă©crasante victoire[246]. Arminius et les siens se retirent prĂšs du val angrivarien puis subissent une nouvelle dĂ©faite contre les lĂ©gionnaires romains[247]. Les personnes qui habitent entre le Rhin et l'Elbe sont ainsi Ă©liminĂ©es[248]. Germanicus reconduit ses troupes en Gaule, mais, sur le chemin du retour, la flotte romaine est dispersĂ©e par une tempĂȘte et elle subit de nombreuses pertes[249]. L'incident donne l'espoir aux Germains d'inverser le sort de la guerre, mais les lieutenants de Germanicus prennent le dessus sur leurs ennemis[250].

Bien que Rome ne soit pas en mesure d'Ă©tendre sa zone d'influence, la limite fixĂ©e par le Rhin la protĂšge d'une Ă©ventuelle rĂ©volte germanique et un Ă©vĂ©nement majeur met fin aux rĂ©bellions : en 19, aprĂšs avoir battu le roi pro-romain des Marcomans, Marobod, Arminius meurt, trahi et tuĂ© par ses compagnons qui ambitionnent le pouvoir[251].

En Orient

Monnaie du roi Hérode Philippe II représentant TibÚre.

En Orient, la situation politique, aprĂšs une pĂ©riode de calme relatif suite aux accords entre Auguste et les souverains parthes, se transforme en confrontation en raison de troubles internes, PhraatĂšs IV et ses enfants meurent Ă  Rome alors qu'Auguste rĂšgne encore. Les Parthes demandent donc que VononĂšs, fils de PhraatĂšs, envoyĂ© prĂ©cĂ©demment comme otage, puisse revenir en Orient afin de monter sur le trĂŽne comme le dernier membre encore en vie de la dynastie arsacide[252]. Le nouveau roi, Ă©tranger aux traditions locales, se montre dĂ©sagrĂ©able aux Parthes et il est vaincu et chassĂ© par Artaban III, et se rĂ©fugie en ArmĂ©nie. LĂ , les rois imposĂ©s par Rome sur le trĂŽne Ă©tant morts, VononĂšs est donc choisi comme nouveau souverain mais Artaban fait pression sur Rome pour que TibĂšre destitue le nouveau roi armĂ©nien. L'empereur, pour Ă©viter d'avoir Ă  entreprendre une nouvelle guerre contre les Parthes fait arrĂȘter VononĂšs par le gouverneur romain de la Syrie[253].

La mort du roi de la Cappadoce, ArchĂ©laos, qui est venu Ă  Rome rendre hommage Ă  TibĂšre, celle de Antiochos III, roi de CommagĂšne, et de Philopator, roi de Cilicie, viennent perturber la situation en Orient. Les trois États, qui sont des vassaux de Rome, sont dans un fort contexte d'instabilitĂ© politique que les dĂ©saccords entre les partis pro-romain et les dĂ©fenseurs de l'autonomie accroissent[254].

La difficultĂ© de la situation en Orient rend nĂ©cessaire une intervention romaine. TibĂšre, en 18, envoie son fils adoptif, Germanicus, qui est nommĂ© consul et qui se voit octroyer l'imperium proconsolaris maius sur toutes les provinces orientales. Dans le mĂȘme temps, l'empereur nomme un nouveau gouverneur de la province de Syrie, Gnaeus Calpurnius Piso, qui fut consul avec TibĂšre en 7 av. J.-C[255]. Le royaume d'ArmĂ©nie est restĂ© sans souverain aprĂšs la destitution de VononĂšs, aussi, aprĂšs son arrivĂ©e en Orient, Germanicus confĂšre la charge de roi, avec le consentement des Parthes, Ă  ZĂ©non fils du souverain du Pont PolĂ©mon Ier. Il est couronnĂ© Ă  Artashat[256]. Germanicus impose que CommagĂšne relĂšve de la compĂ©tence d'un prĂ©teur, tout en conservant son autonomie formelle, que la Cappadoce soit transformĂ©e en province et que la Cilicie soit incluse dans la province de Syrie[257]. Germanicus a si brillamment rĂ©solu tous les problĂšmes qu'il aurait pu craindre une nouvelle situation conflictuelle dans la rĂ©gion.

Il reçoit un ambassadeur du roi parthe Artaban qui est prĂȘt Ă  confirmer et Ă  renouveler l'amitiĂ© et l'alliance des deux empires. En signe d'hommage Ă  la puissance romaine, Artaban dĂ©cide de rendre visite Ă  Germanicus sur les rives de l'Euphrate, et demande, en Ă©change, que VononĂšs soit chassĂ© de la Syrie oĂč il se situe depuis son arrestation, Ă©tant soupçonnĂ© de fomenter la discorde[258]. Germanicus accepte de renouveler les liens d'amitiĂ© avec les Parthes, et consent Ă  l'expulsion de VononĂšs qui a liĂ© amitiĂ© avec le gouverneur Piso[259]. L'ex-roi de l'ArmĂ©nie est donc confinĂ© dans la ville de Pompeiopoli en Cilicie oĂč il dĂ©cĂšde peu de temps aprĂšs, tuĂ© par des cavaliers romains alors qu'il essaie de s'Ă©chapper[260]. En 19 Germanicus meurt[138],[261] aprĂšs avoir Ă©vitĂ©, par des mesures adaptĂ©es, une famine qui se dĂ©veloppe depuis l'Égypte avec des consĂ©quences catastrophiques[262].

La rĂ©organisation mise en place par Germanicus en Orient garantit la paix jusqu'en 34 : cette annĂ©e-lĂ , le roi Artaban de Parthie, est convaincu que TibĂšre, dĂ©sormais ĂągĂ©, ne s'opposera pas, depuis Capri, Ă  la mise en place de son fils Arsace sur le trĂŽne d'ArmĂ©nie aprĂšs la mort d'Artaxias[263]. TibĂšre dĂ©cide d'envoyer Tiridate, descendant de la dynastie arsacide tenu en otage Ă  Rome, disputer le trĂŽne parthe d'Artaban et il soutient l'installation de Mithridate, frĂšre du roi d'IbĂ©rie, sur le trĂŽne d'ArmĂ©nie[223],[264]. Mithridate, avec l'aide de son frĂšre Pharsman, rĂ©ussit Ă  s'emparer du trĂŽne d'ArmĂ©nie : les serviteurs d'Arsace, corrompus, tuent leur maĂźtre, les IbĂšres envahissent le royaume et battent, s'alliant aux populations locales, l'armĂ©e des Parthes dirigĂ©e par Orode, fils d'Artaban[265].

Artaban, craignant une intervention massive des Romains, refuse d'envoyer plus de troupes contre Mithridate et abandonne ses revendications sur le royaume d'ArmĂ©nie[266]. Dans le mĂȘme temps, la haine que Rome fomente auprĂšs des Parthes envers le roi Artaban le contraint Ă  quitter le trĂŽne et Ă  se retirer tandis que le trĂŽne passe Ă  l'arsacide Tiridate[267]. AprĂšs un rĂšgne d'un an de Tiridate, Artaban rassemble une grande armĂ©e et marche contre l'arsacide qui se rĂ©fugie Ă  Rome, oĂč il est contraint de se retirer, et TibĂšre doit accepter que la Parthie soit gouvernĂ©e par un roi hostile aux Romains[268].

En Afrique

TĂȘte en bronze de TibĂšre, musĂ©e archĂ©ologique national de Florence.

En 17, le numide Tacfarinas, qui a servi dans les troupes auxiliaires de l'armée romaine, rassemble autour lui de nombreux brigands, puis plus tard, il devient le meneur de la population musulames, les nomades qui vivent dans les zones désertiques à proximité du Sahara occidental. Il organise une armée pour faire des raids et tenter de détruire la domination romaine et attire à ses cÎtés les Maurétaniens dirigés par Mazippa. Le proconsul d'Afrique Marcus Furius Camillus, s'empresse de marcher contre Tacfarinas et ses alliés, de crainte que les rebelles refusent d'engager la bataille, et il les bat nettement, obtenant les insignes du triomphe[269].

L'année suivante, Tacfarinas reprend les hostilités, débutant une série d'attaques et de raids contre les villages et accumulant un gros butin. Il encercle une cohorte d'armée romaine qu'il réussit à battre[270]. Le nouveau proconsul, Lucius Apronius qui a succédé à Camillus, envoie le corps des vétérans contre Tacfarinas qui est battu. Le Numide entreprend alors une tactique de guérilla contre les Romains, mais aprÚs quelques succÚs, il est de nouveau battu et repoussé dans le désert[271].

AprĂšs quelques annĂ©es de paix, en 22, Tacfarinas envoie des ambassadeurs Ă  Rome auprĂšs de TibĂšre afin de lui demander pour lui et ses hommes la possibilitĂ© de rĂ©sider en permanence sur les territoires romains. Le Numide menace de dĂ©clencher une nouvelle guerre si TibĂšre n'accĂšde pas Ă  sa requĂȘte. L'empereur considĂšre la menace de Tacfarinas comme une insulte Ă  la puissance de Rome, et ordonne de mener une nouvelle offensive contre les rebelles numides[272]. Le commandant de l'armĂ©e romaine, le nouveau proconsul Quintus Junius Blaesus, dĂ©cide d'adopter une stratĂ©gie similaire Ă  celle adoptĂ©e par Tacfarinas en 18 : il divise son armĂ©e en trois colonnes, avec lesquelles il peut Ă  maintes reprises attaquer l'ennemi et le contraindre Ă  se retirer. Le succĂšs semble ĂȘtre dĂ©finitif, de sorte que TibĂšre consent Ă  proclamer Blesus imperator[273].

La guerre contre Tacfarinas prend seulement fin en 24. Malgré toutes les défaites subies, le rebelle numide continue à résister et décide de mener une offensive contre les Romains[274]. Il assiÚge une petite ville, mais il est immédiatement attaqué par l'armée romaine et forcé à la retraite. De nombreux chefs rebelles sont capturés et tués. Les bataillons de cavalerie et les cohortes légÚres, renforcés aussi par les hommes envoyés par le roi Ptolémée de Maurétanie, se lancent à la poursuite des fugitifs. Ces alliés des Romains décident d'entrer en guerre contre Tacfarinas car ce dernier a attaqué leur royaume[275]. Rejoints, les rebelles numides engagent une nouvelle bataille mais ils sont durement défaits. Tacfarinas, certain de la défaite finale, se jette sur les rangs ennemis et meurt sous les coups, ce qui met fin à la révolte[276].

En Gaule

En 21, les habitants de la Gaule, Ă©crasĂ©s par les taxes, se rebellent, dirigĂ©s par Julius Florus et Julius Sacrovir. Les deux organisateurs de la rĂ©volte, un membre de la tribu des TrĂ©vires, l'autre de celle des Éduens, ont la citoyennetĂ© romaine que leurs ancĂȘtres ont reçue pour les services rendus Ă  l'État et ils connaissent le systĂšme politique et militaire romains[277]. Afin de mettre tous les atouts de leurs cĂŽtĂ©s, ils essayent d'Ă©tendre la rĂ©volte Ă  toutes les tribus gauloises, entreprenant de nombreux voyages et gagnant Ă  leur cause, la Gaule belgique[278].

TibÚre tente d'éviter une intervention directe de Rome, mais, quand les Gaulois enrÎlés dans les troupes auxiliaires font défection, les légions romaines marchent contre Florus et le battent prÚs des Ardennes[279]. Le chef des Trévires, voyant que son armée n'a pas d'autre possibilité que la fuite, se suicide, pour les siens qui sont restés sans chef, c'est la fin de la rébellion[280].

Julius Sacrovir prend le commandement gĂ©nĂ©ral de la rĂ©bellion et rassemble autour de lui toutes les tribus encore prĂȘtes Ă  se battre contre Rome[281]. PrĂšs d'Autun, il est attaquĂ© par l'armĂ©e romaine et malgrĂ© sa valeur, il est battu[282]. Pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis, il dĂ©cide de se suicider ainsi que ses plus fidĂšles collaborateurs[283].

AprÚs la mort de ceux capables d'organiser la révolte, celle-ci se termine sans la moindre réduction d'impÎts[284].

En Illyrie et dans les Balkans

L'Empire romain en 14, au début du rÚgne de TibÚre.
L'Empire romain en 37, Ă  la fin du rĂšgne de TibĂšre.

En 14, les lĂ©gions ont Ă  peine pris leurs quartiers dans la rĂ©gion de l'Illyrie qu'elles apprennent la mort d'Auguste. Une rĂ©volte Ă©clate fomentĂ©e par les lĂ©gionnaires Percennius et Vibulenus[285]. Ils espĂšrent enclencher une nouvelle guerre civile Ă  partir de laquelle ils tireront d'importants revenus et, en mĂȘme temps, ils veulent amĂ©liorer les conditions dans lesquelles vivent les militaires, demandant une rĂ©duction des annĂ©es de service militaire, et que leur salaire quotidien soit portĂ© Ă  un denier[286]. TibĂšre, rĂ©cemment arrivĂ© au pouvoir, refuse d'intervenir personnellement et envoie auprĂšs des lĂ©gions son fils Drusus avec quelques citoyens romains et deux cohortes prĂ©toriennes avec SĂ©jan, fils du prĂ©fet du prĂ©toire Lucius Seius Strabo[287]. Drusus met fin Ă  la rĂ©volte en Ă©liminant les chefs Percennius et Vibulenus[288] et par une rĂ©pression Ă  l'encontre des rebelles[289]. Les lĂ©gionnaires ne bĂ©nĂ©ficient de concessions qu'aprĂšs celles accordĂ©es par Germanicus aux lĂ©gions de Germanie[232].

Sur le secteur de l'Illyrie, TibÚre obtient, en 15, que les provinces sénatoriales de l'Achaïe et de Macédoine soient réunies à la province impériale de Mésie, prorogeant le mandat du gouverneur Caius Poppeus Sabinus (qui reste en fonction 21 ans, de 15 à 36[290],[291]) et de ses successeurs[292].

MĂȘme en Thrace, la situation de quiĂ©tude de l'Ă©poque d'Auguste se termine aprĂšs la mort du roi RhĂ©mĂ©talcĂšs, alliĂ© de Rome. Le royaume est divisĂ© en deux parties, qui sont rĂ©parties entre le fils et le frĂšre du roi dĂ©funt, Cotys VIII et Rhescuporis III. Cotys reçoit la rĂ©gion proche de la cĂŽte et des colonies grecques. Rhescuporis, celle sauvage et inculte de l'intĂ©rieur, exposĂ©e Ă  des attaques hostiles des peuples voisins[293]. Rhescuporis dĂ©cide de s'accaparer les terres de son neveu, et mĂšne Ă  son encontre une sĂ©rie d'actions violentes[294]. En 19, TibĂšre, dans une tentative d'empĂȘcher une nouvelle guerre qui aurait probablement nĂ©cessitĂ© l'intervention des troupes romaines, envoie des Ă©missaires aux deux rois thraces afin de favoriser l'ouverture de nĂ©gociations de paix[295]. Rhescuporis ne renonce pas Ă  son ambition, il fait emprisonner Cotys et prend possession de son royaume[296] puis demande que Rome reconnaisse sa souverainetĂ© sur toute la Thrace. TibĂšre invite Rhescuporis Ă  rejoindre Rome pour justifier l'arrestation de Cotys[297]. Le roi thrace refuse et tue son neveu[298]. TibĂšre envoie alors chez Rhescuporis le gouverneur de la MĂ©sie Lucius Pomponius Flaccus qui, vieil ami du roi trace, le convainc d'aller Ă  Rome[299]. Rhescuporis est jugĂ© et condamnĂ© Ă  une peine de confinement pour le meurtre de Cotys, et il meurt un peu plus tard alors qu'il se trouve Ă  Alexandrie[300]. Le royaume de Thrace est divisĂ© entre RhĂ©mĂ©talcĂšs II, fils de Rhescuporis qui s'est ouvertement opposĂ© aux plans de son pĂšre, et les trĂšs jeunes enfants de Cotys, Cotys IX puis RhĂ©mĂ©talcĂšs III, au nom desquels le proprĂ©teur Titus Trebellenus Rufus est nommĂ© rĂ©gent[301].

TibĂšre dans l'historiographie

La tradition historiographique ancienne, reprĂ©sentĂ©e principalement par SuĂ©tone et Tacite, oublie souvent les entreprises militaires que TibĂšre a rĂ©alisĂ©es sous Auguste et les mesures politiques prises au cours de la premiĂšre pĂ©riode de son principat pour ne prendre en compte, particuliĂšrement, que les critiques et les calomnies que les ennemis ont dĂ©versĂ©es sur TibĂšre, ce qui a donnĂ© une description assez nĂ©gative. TibĂšre, d'autre part, ne fit rien pour repousser les critiques et la suspicion, sans doute sans fondement, en raison de sa personnalitĂ© renfermĂ©e, mĂ©lancolique et suspicieuse. Il rĂ©ussit Ă  empĂȘcher, par sa gestion ferme, ordonnĂ©e et respectueuse des rĂšgles Ă©tablies par Auguste, que l'Ɠuvre de ce dernier ait un caractĂšre provisoire et soit perdue. Il parvient, en effet, au cours de son rĂšgne Ă  assurer la continuitĂ© du systĂšme de principat, et Ă  Ă©viter que la situation dĂ©gĂ©nĂšre en guerre civile, en modifiant la maniĂšre de gouverner Rome et ses provinces, comme cela s'Ă©tait produit lors des guerres civiles entre Caius Marius et Sylla, Jules CĂ©sar et PompĂ©e ou Marc Antoine et Octave.

Dans l'historiographie antique

Portrait fictif de Tacite.

TibĂšre est dĂ©crit par Tacite (dans les Annales) comme un tyran qui encourage la dĂ©nonciation en tant que systĂšme, et rĂ©compense les dĂ©lateurs mĂȘme s'ils sont employĂ©s pour prĂȘcher le faux avec des faveurs de toutes sortes. Les derniĂšres annĂ©es du gouvernement de TibĂšre sont dĂ©crites par Tacite comme des annĂ©es noires, oĂč on pouvait ĂȘtre jugĂ© pour avoir simplement parlĂ© en mauvais termes de l'empereur, si quelqu'un pouvait en tĂ©moigner. MĂȘme au niveau politique, Tacite critique fortement la mollesse qui caractĂ©rise la politique Ă©trangĂšre des derniĂšres annĂ©es de TibĂšre : l'empereur, en effet, accepte, Ă  son avis, l'affront fait par les Parthes, et refuse d'Ă©tendre l'autoritĂ© de Rome sur le grand empire oriental[302]. Voici le jugement que Tacite relate aprĂšs le rĂ©cit sur la mort de TibĂšre[303] :

« [...] honorable dans sa vie et sa rĂ©putation, tant qu'il fut homme privĂ© ou qu'il commanda sous Auguste ; hypocrite et adroit Ă  contrefaire la vertu, tant que Germanicus et Drusus virent le jour ; mĂȘlĂ© de bien et de mal jusqu'Ă  la mort de sa mĂšre ; monstre de cruautĂ©, mais cachant ses dĂ©bauches, tant qu'il aima ou craignit SĂ©jan, il se prĂ©cipita tout Ă  la fois dans le crime et l'infamie, lorsque, libre de honte et de crainte, il ne suivit plus que le penchant de sa nature. Â»

— Tacite, Les Annales, Livre VI, 51 (Trad. Jean-Louis Burnouf - 1859)

Le jugement de Tacite sur TibĂšre est considĂ©rĂ© comme peu fiable[304] : l'historien ressent la nĂ©cessitĂ© d'expliquer chaque action de l'empereur par le dĂ©sir de cacher ses intentions, et attribue le mĂ©rite des actions habiles de TibĂšre Ă  ses collaborateurs[304]. L'Ă©tat d'esprit de Tacite est celui de l'Ă©crivain qui dĂ©nonce le systĂšme du principat[305] regrettant l'ancien systĂšme rĂ©publicain. Tacite rĂ©alise un portrait du physique de TibĂšre ĂągĂ© en dĂ©nonçant la dĂ©bauche de l'empereur qui s'abandonne au dĂ©sir effrĂ©nĂ©. L'historien dĂ©crit briĂšvement son apparence[306] :

« [...] Sa haute taille Ă©tait grĂȘle et courbĂ©e, son front chauve, son visage semĂ© de tumeurs malignes, et souvent tout couvert d'emplĂątres. [...] Â»

— Tacite, Les Annales, Livre IV, 57 (Trad. Jean-Louis Burnouf - 1859)

Buste de TibÚre conservé à la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague.

MĂȘme SuĂ©tone fournit, dans le troisiĂšme livre de sa « Vie des douze CĂ©sars Â», un portrait de TibĂšre qui est nĂ©gatif. Les entreprises de TibĂšre lors de sa jeunesse sont rĂ©sumĂ©es en peu de chapitres alors que le rĂ©cit de la pĂ©riode de l'accession au trĂŽne jusqu'Ă  la mort occupe une grande place. SuĂ©tone, comme d'habitude, analyse minutieusement le comportement de l'empereur et Ă©voque d'abord sa vertu[307] :

« [26] Affranchi de crainte, il se conduisit d'abord avec beaucoup de modĂ©ration, et presque comme un particulier. Parmi beaucoup d'honneurs Ă©clatants qu'on lui offrait, il n'accepta que les moindres, et en petit nombre. [27] Il avait une telle aversion pour la flatterie, qu'il ne permit jamais Ă  aucun sĂ©nateur d'accompagner sa litiĂšre [...] Parlait-on de lui d'une maniĂšre trop flatteuse, dans une conversation ou dans un discours soutenu, il n'hĂ©sitait point Ă  interrompre, Ă  reprendre et Ă  changer aussitĂŽt l'expression. Quelqu'un lui donna le nom de maĂźtre : il lui signifia de ne plus lui faire dĂ©sormais cet affront. [...] [28] Insensible aux propos injurieux, aux mauvais bruits et aux vers diffamatoires rĂ©pandus contre lui et contre les siens, il disait souvent que, dans un Ă©tat libre, la langue et l'esprit devaient ĂȘtre libres. [...] [29] Cette conduite [envers le SĂ©nat] Ă©tait d'autant plus remarquable, que, par ses dĂ©fĂ©rences et ses respects envers chacun et envers tous, il avait lui-mĂȘme presque dĂ©passĂ© les bornes de la politesse. [...] Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 26-29 (Trad. DĂ©sirĂ© Nisard - 1855)

Les dĂ©fauts que le biographe attribue Ă  TibĂšre semblent beaucoup plus nombreux[308] :

« [42] À la faveur de la solitude et pour ainsi dire loin des regards de la citĂ©, il donna libre carriĂšre Ă  la fois Ă  tous les vices qu'il avait jusque lĂ  mal dissimulĂ©s. Je les ferai connaĂźtre tous dĂšs leur origine. À ses dĂ©buts militaires, sa grande passion pour le vin le faisait appeler Biberius au lieu de Tiberius, Caldius, au lieu de Claudius, Mero au lieu de Nero. [...] [43] Dans sa retraite de CaprĂ©e, il avait imaginĂ© des chambres garnies de bancs pour des obscĂ©nitĂ©s secrĂštes. C'est lĂ  que des groupes de jeunes filles et de jeunes libertins, ramassĂ©s de tous cĂŽtĂ©s, et les inventeurs de voluptĂ©s monstrueuses qu'il appelait « spintries Â», formaient entre eux une triple chaĂźne, et se prostituaient ainsi en sa prĂ©sence pour ranimer par ce spectacle ses dĂ©sirs Ă©teints. [...] [44] On suppose qu'il accoutumait des garçons dĂšs l'Ăąge le plus tendre. [...] [46] Chiche et avare, jamais il ne donnait de salaire Ă  ceux qui l'accompagnaient dans ses voyages ou dans ses expĂ©ditions ; il se bornait Ă  leur distribuer des vivres. [...] [57] Sa nature insensible et cruelle se dĂ©cela dĂšs son enfance. [...] [61] BientĂŽt il s'abandonna Ă  toute espĂšce de cruautĂ©. Les sujets ne lui manquaient pas. Il persĂ©cuta d'abord les amis de sa mĂšre, puis ceux de ses petits-fils et de sa belle-fille, enfin ceux de SĂ©jan, et mĂȘme leurs simples connaissances. Ce fut surtout aprĂšs la mort de SĂ©jan, qu'il mit le comble Ă  ses fureurs. [...] Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 43-61 (Trad. DĂ©sirĂ© Nisard - 1855)

La cruautĂ© et les vices de TibĂšre sont stigmatisĂ©s dans certains versets satiriques trĂšs populaires Ă  Rome[309]. Sur la cruautĂ© de TibĂšre, il se murmure[309] :

« Je serai bref : Ă©coute. Inhumain sanguinaire,
Tu ne peux qu'inspirer de l'horreur Ă  ta mĂšre. Â»
« De ton rĂšgne, CĂ©sar[N 10], Saturne n'est pas fier :
Par toi son siĂšcle d'or sera toujours de fer. Â»
« Quoi ! sans payer le cens (vraiment ! c'est fort commode),
Tu te crois chevalier, pauvre exilĂ© de Rhodes ? Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 59 (Trad. Nisard - 1855)

Sur les nombreux faits de sang pour lesquels on suspecte la participation de TibĂšre[309] :

« Il veut du sang ; le vin lui devient insipide.
Comme de vin jadis, de sang il est avide. Â»
« Vois le cruel Sylla de meurtres s'enivrant,
Vois de ses ennemis Marius triomphant,
Vois Antoine excitant des guerres intestines,
Et de sa main sanglante entassant des ruines,
Quiconque de l'exil passe au suprĂȘme rang,
Ne fonde son pouvoir que dans des flots de sang. Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 59 (Trad. DĂ©sirĂ© Nisard - 1855)

SuĂ©tone fournit Ă©galement un portrait du physique de TibĂšre, qui est similaire Ă  celui de Tacite, mais plus ample et plus dĂ©taillĂ©[310] :

« TibĂšre Ă©tait gros, robuste et d'une taille au-dessus de l'ordinaire. Large des Ă©paules et de la poitrine, il avait, de la tĂȘte aux pieds, tous les membres bien proportionnĂ©s. Sa main gauche Ă©tait plus agile et plus forte que la droite. Les articulations en Ă©taient si solides, qu'il perçait du doigt une pomme rĂ©cemment cueillie, et que d'une chiquenaude il blessait Ă  la tĂȘte un enfant et mĂȘme un adulte. Il avait le teint blanc, les cheveux un peu longs derriĂšre la tĂȘte et tombant sur le cou ; ce qui Ă©tait chez lui un usage de famille. Sa figure Ă©tait belle, mais souvent parsemĂ©e de boutons. Ses yeux Ă©taient trĂšs grands, et, chose Ă©tonnante, il voyait dans la nuit et dans les tĂ©nĂšbres, mais seulement lorsqu'ils s'ouvraient aprĂšs le sommeil et pour peu de temps ; ensuite sa vue s'obscurcissait. Il marchait, le cou raide et penchĂ©, la mine sĂ©vĂšre, habituellement silencieux. [...] TibĂšre jouit d'une santĂ© inaltĂ©rable pendant presque tout le temps de son rĂšgne, quoique, depuis l'Ăąge de trente ans, il la gouvernĂąt Ă  son grĂ©, sans recourir aux remĂšdes ni aux avis d'aucun mĂ©decin. Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 68 (Trad. DĂ©sirĂ© Nisard - 1855)

Alors que Dion Cassius fournit de TibÚre un descriptif négatif, d'autres auteurs, parmi lesquels Velleius Paterculus, Flavius JosÚphe, Pline le Jeune, ValÚre Maxime, SénÚque, Strabon et Tertullien en donnent une image positive et ils ne font pas allusion à la scélératesse dont l'empereur aurait fait preuve lors de sa présence à Capri[311].

Dans l'Ă©vangile et dans la tradition religieuse

« Le Christ couronnĂ© d'Ă©pines Â», Ɠuvre du Titien (conservĂ©e Ă  Paris, musĂ©e du Louvre). En haut, Ă  droite, on voit le buste de TibĂšre et l'inscription TIBERIVS CAESAR, afin de rappeler que l'arrestation et la crucifixion de JĂ©sus a eu lieu pendant le rĂšgne de l'empereur.

Dans le Nouveau Testament, TibĂšre n'est mentionnĂ© qu'une seule fois dans un chapitre de l'Ă©vangile selon Luc qui affirme que Jean le Baptiste a commencĂ© sa prĂ©dication publique dans la quinziĂšme annĂ©e du rĂšgne de TibĂšre. Les Ă©vangiles se rĂ©fĂšrent Ă  Caesar ou Ă  l'empereur, sans autre prĂ©cision pour indiquer l'empereur romain rĂ©gnant. Les relations entre TibĂšre et la religion chrĂ©tienne ont fait l'objet d'une enquĂȘte historiographique : certaines hypothĂšses, soutenues par Tertullien, Ă©voquent un prĂ©tendu message de Ponce Pilate Ă  TibĂšre concernant la crucifixion de JĂ©sus. L'empereur aurait discutĂ© de la question au SĂ©nat et proposĂ© la promulgation d'une loi interdisant la persĂ©cution des disciples de JĂ©sus[312]. On ne sait rien de l'attitude de l'empereur envers des chrĂ©tiens, aucune mesure officielle ne fut prise mais il est certain que les disciples de JĂ©sus n'ont jamais Ă©tĂ© persĂ©cutĂ©s sous le rĂšgne de TibĂšre[312].

TibĂšre, qui est tolĂ©rant envers tous les cultes Ă  l'exception de ceux chaldĂ©ens et juifs, n'a jamais eu confiance dans la religion alors qu'il se consacre Ă  l'astrologie et aux prĂ©visions du futur[312]. À ce propos SuĂ©tone Ă©crit[310] :

« Il s'occupait d'autant moins des dieux et de la religion, qu'il s'Ă©tait appliquĂ© Ă  l'astrologie et qu'il croyait au fatalisme. [...] Â»

— SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 69 (Trad. DĂ©sirĂ© Nisard - 1855)

Dans l'historiographie moderne et contemporaine

TibĂšre
Photo de James Anderson

L'historiographie moderne a rĂ©habilitĂ© le personnage de TibĂšre, dĂ©nigrĂ© par les principaux historiens de son Ă©poque, manquant de cette communication propre Ă  son prĂ©dĂ©cesseur Auguste, bien qu'Ă©tant d'un naturel menaçant, sombre et soupçonneux[313]. Sa discrĂ©tion associĂ©e Ă  sa timiditĂ© n'est pas Ă  son avantage. Le constant dĂ©sintĂ©rĂȘt manifestĂ© par Auguste Ă  son Ă©gard lui donne l'impression de n'avoir Ă©tĂ© adoptĂ© que par une solution de repli. Et quand il devient princeps, il est dĂ©sormais dĂ©senchantĂ©, dĂ©sabusĂ© et aigri[120].

On reconnait Ă  l'empereur de grandes capacitĂ©s. DĂšs sa jeunesse au service d'Auguste, TibĂšre fait preuve d'une grande intelligence politique dans la rĂ©solution de nombreux conflits, et il rĂ©ussit Ă  obtenir de nombreux succĂšs sur le plan militaire, dĂ©montrant une grande maĂźtrise en stratĂ©gie militaire[311]. De la mĂȘme maniĂšre, on reconnaĂźt la validitĂ© des choix opĂ©rĂ©s au cours des premiĂšres annĂ©es de son rĂšgne, jusqu'au moment de son dĂ©part pour Capri et la mort de SĂ©jan. TibĂšre sut Ă©viter d'employer les forces romaines dans des guerres Ă  l'issue incertaine au-delĂ  de ses frontiĂšres tout en rĂ©ussissant Ă  crĂ©er un systĂšme d'Ă©tats vassaux qui garantissaient la sĂ©curitĂ© des frontiĂšres[311]. En politique Ă©conomique, il sut mettre en Ɠuvre une sage politique de maĂźtrise des coĂ»ts qui a conduit Ă  la restauration des caisses de l'Ă©tat sans avoir recours Ă  de nouvelles taxes. Il se rĂ©vĂ©la ĂȘtre un habile administrateur avec une incontestable compĂ©tence organisationnelle adhĂ©rant pleinement Ă  la politique de son prĂ©dĂ©cesseur. Son drame fut qu'il a Ă©tĂ© entraĂźnĂ©, en raison de son sens innĂ© du devoir, Ă  tenir un rĂŽle auquel il n'Ă©tait pas adaptĂ©, ce rĂŽle qu'il n'avait pas cherchĂ©, et qui au contraire nĂ©cessitait des compĂ©tences diffĂ©rentes des siennes. Sa tragĂ©die est de s'en ĂȘtre rendu compte trop tard[314],[315].

Plus controversĂ©e est l'analyse du comportement de TibĂšre au cours de la longue retraite Ă  Capri, et il n'existe pas encore d'interprĂ©tation universellement partagĂ©e[316] : les informations laissĂ©es par Tacite et SuĂ©tone apparaissent gĂ©nĂ©ralement comme faussĂ©es ou ne correspondant pas Ă  la rĂ©alitĂ©[317],[167]. Il reste possible que l'empereur ait donnĂ© libre cours Ă  ses vices pendant le sĂ©jour sur l'Ăźle, mais il est peu probable que, aprĂšs s'ĂȘtre distinguĂ© par un comportement modĂ©rĂ©, il se soit abandonnĂ© aux excĂšs dĂ©crits par les historiens[318]. Il est admis que la diabolisation de TibĂšre, qui devient un monstre aussi bien par le comportement que physiquement chez Tacite et SuĂ©tone, est liĂ©e au manque d'adhĂ©sion Ă  la rĂ©alitĂ© des deux historiens : d'une part, SuĂ©tone, dĂ©sireux de raconter tous les dĂ©tails scabreux, d'autre part, Tacite, regrettant le systĂšme rĂ©publicain[311].

Parmi les chercheurs qui, au cours de leurs travaux, ont rĂ©habilitĂ© le personnage de TibĂšre, on trouve Amedeo Maiuri, Santo Mazzarino, Antonio Spinosa, Axel Munthe, Paolo Monelli, Giovanni Papini et Maxime Du Camp. Voltaire commenta aussi de maniĂšre positive l'Ɠuvre de l'empereur[311].

Noms et titres

Monnaie représentant TibÚre et sur le verso sa mÚre Livie.

Noms successifs

Titres et magistratures

Titulature Ă  sa mort

Quand il meurt en 37, TibĂšre dĂ©tient la titulature suivante :

TIBERIVS‱CAESAR‱DIVI‱AVGVSTI‱FILIVS‱AVGVSTVS, PONTIFEX‱MAXIMVS, TRIBVNICIAE‱POTESTATIS‱XXXVIII, IMPERATOR‱VIII, CONSVL‱V

Devise

Selon SuĂ©tone, TibĂšre dit de temps en temps : Oderint, dum probent[309] (« Qu'ils me haĂŻssent, pourvu qu'ils m'approuvent. Â»), phrase empruntĂ©e Ă  la tragĂ©die AtrĂ©e de Lucius Accius. Cela est parfois considĂ©rĂ© comme une devise de l'empereur, dont la forme originelle dans la tragĂ©die serait plutĂŽt Oderint, dum metuant (« Qu'ils me haĂŻssent, pourvu qu'ils me craignent. Â»). TibĂšre en attĂ©nue quelque peu la violence en remplaçant metuant par probent contrairement Caligula qui fera de la forme originelle sa devise, toujours selon SuĂ©tone[322], dont les propos sont Ă  prendre avec beaucoup de modĂ©ration.

Voir aussi

  • (it) Cet article est en totalitĂ© issu d’une traduction de l’article de WikipĂ©dia en italien intitulĂ© « Tiberio Â».

Notes et références

Notes
  1. ↑ Longtemps, on a cru que TibĂšre Ă©tait nĂ© dans la ville aurunce de Fondi oĂč sa grand-mĂšre possĂ©dait une villa. Il naĂźt, comme le tĂ©moignent les actes officiels, en rĂ©alitĂ© Ă  Rome sur le Mont Palatin, dans la maison de ses ancĂȘtres.
  2. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 5 indique que certains auteurs, contredisant les documents officiels, racontent que TibĂ©re est nĂ© en 43 av. J.-C. ou 41 av. J.-C.
  3. ↑ SuĂ©tone fait noter que l'unique Claudius Ă  ne pas appartenir Ă  la faction aristocratique est le tribun de la plĂšbe Publius Clodius Pulcher, cĂ©sarien, qui se fait adopter par un plĂ©bĂ©ien et transforme son nomen de Claudius en Clodius, abandonnant son ordre les patriciens.
  4. ↑ Le relief de l'armure reprĂ©sente Crassus remettant les insignes des lĂ©gionnaires de la part du roi de Parthie, PhraatĂšs IV, Ă  un gĂ©nĂ©ral romain, probablement TibĂšre, accompagnĂ© d'un chien. Les personnages sur les cĂŽtĂ©s reprĂ©sentent les provinces de Germanie et de Pannonie conquises par le mĂȘme TibĂšre entre 12 av. J.-C. et 8 av. J.-C
  5. ↑ Questeur de l'Annone : magistrat romain chargĂ© de la politique des stocks de cĂ©rĂ©ales et des autres denrĂ©es alimentaires. Annona est une ancienne dĂ©esse italique, dĂ©esse de l'abondance et de l'approvisionnement, Ă  ne pas confondre avec la dĂ©esse Abundantia car Annona prĂ©side une seule saison.
  6. ↑ Selon Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 33, les deux castra sont fondĂ©es par Drusus en 11 av. J.-C.
  7. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 7 raconte que, aprĂšs avoir revu Vipsania aprĂšs la sĂ©paration, TibĂšre resta Ă©mu.
  8. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 14 affirme que TibĂšre pouvait rentrer Ă  Rome, en aoĂ»t 2, certain de pouvoir atteindre le pouvoir suprĂȘme grĂące Ă  une sĂ©rie de prĂ©sages qu'il avait reçus.
  9. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Caligula, 2 raconte que, en raison des soupçons de participation Ă  la mort de Germanicus, Piso fut presque lynchĂ© par la foule et condamnĂ© Ă  mort par le SĂ©nat.
  10. ↑ CĂ©sar est le nom par lequel les Romains s'adressent habituellement Ă  l'empereur.

Références
  1. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 5.
  2. ↑ Antonio Spinosa, Tiberio, p. 16.
  3. ↑ a  et b  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 1.
  4. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 2.
  5. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 3.
  6. ↑ a , b , c  et d  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 6.
  7. ↑ A. Spinosa, op. cit., pp. 22-23.
  8. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Claude, 1
  9. ↑ a  et b  A. Spinosa, op. cit., p. 22.
  10. ↑ a , b , c  et d  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 8.
  11. ↑ A. Spinosa, op. cit., p .28.
  12. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Auguste, 86
  13. ↑ A. Spinosa, op. cit., p. 29.
  14. ↑ Santo Mazzarino, L'impero romano, p. 80.
  15. ↑ Ronald Syme, L'aristocrazia augustea, p.92 & p.147.
  16. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 9.
  17. ↑ a , b , c , d  et e  A. Spinosa, op. cit., p. 38.
  18. ↑ a , b , c , d , e , f , g , h  et i  Chris Scarre, Chronicle of the roman emperors, p. 29.
  19. ↑ R. Syme, op. cit., p. 464.
  20. ↑ Strabon, GĂ©ographie, Livre XVII, 821.
  21. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 9 (4-5).
  22. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, Livre II, 94.
  23. ↑ a  et b  A. Spinosa, op. cit., p. 39.
  24. ↑ R. Syme, op. cit., p. 128 & p. 147.
  25. ↑ Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 29.
  26. ↑ a  et b  A. Spinosa, op. cit., p. 40.
  27. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 8 (1).
  28. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, Livre II, 91.
  29. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, Livre CXLI (Periochae).
  30. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Auguste, 21.
  31. ↑ Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 27.
  32. ↑ R. Syme, op. cit., pp. 587 et suivantes.
  33. ↑ R. Syme, op. cit., p. 587.
  34. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 20.
  35. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, Livre II, 97.
  36. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Auguste, 23.
  37. ↑ Tacite, Les Annales, Livre I, 10.
  38. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 22 (1).
  39. ↑ SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Claude, 1.
  40. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 22 (2).
  41. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 22 (4).
  42. ↑ a  et b  A. Spinosa, op. cit., p. 41.
  43. ↑ a , b , c  et d  A. Spinosa, op. cit., p. 42.
  44. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 31 (1-2).
  45. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 28.
  46. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 31 (2).
  47. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, Livre II, 39.
  48. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 31 (3).
  49. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 34.
  50. ↑ SĂ©nĂšque, Lettres Ă  Lucilius, 83.
  51. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, Livre II, 98.
  52. ↑ Tacite, Les Annales, Livre VI, 10.
  53. ↑ a , b  et c  Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LIV, 31 (4)
  54. ↑ a  et b  A. Spinosa, op. cit., p. 43.
  55. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 1.
  56. ↑ a  et b  Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 2 (1).
  57. ↑ A. Spinosa, op. cit., p. 44.
  58. ↑ a , b  et c  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 7.
  59. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 2 (2).
  60. ↑ a  et b  Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 6 (1).
  61. ↑ a  et b  Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 6 (4).
  62. ↑ a  et b  Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 6 (5).
  63. ↑ a , b , c  et d  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, Ausguste, 63.
  64. ↑ R. Syme, op. cit., p. 204 & p. 473.
  65. ↑ a , b , c  et d  Michael Grant, Gli imperatori romani, p. 23.
  66. ↑ A. Spinosa, op. cit., p. 48.
  67. ↑ a  et b  Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 9 (4).
  68. ↑ a  et b  S. Mazzarino, op. cit., p. 79.
  69. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 9 (1).
  70. ↑ a , b , c  et d  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 11.
  71. ↑ Howard Scullard, Storia del mondo romano, p. 323.
  72. ↑ a  et b  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 10
  73. ↑ a  et b  Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 9
  74. ↑ a  et b  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 12
  75. ↑ a  et b  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 13.
  76. ↑ A. Spinosa, op. cit., p. 61.
  77. ↑ A. Spinosa, op. cit., p. 66.
  78. ↑ A. Spinosa, op. cit., p. 67.
  79. ↑ a  et b  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 15.
  80. ↑ R. Syme, op. cit., p. 146.
  81. ↑ Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 13.
  82. ↑ a  et b  A. Spinosa, op. cit., p. 68.
  83. ↑ a , b , c  et d  R. Syme, op. cit., p. 156.
  84. ↑ a  et b  SuĂ©tone, Vie des douze CĂ©sars, TibĂšre, 16.
  85. ↑ a  et b  R. Syme, op. cit., p. 155.
  86. ↑ A. Spinosa, op. cit., p. 69.
  87. ↑ Velleius Paterculus, Histoire romaine, Livre II, 107 (2-3).
  88. ↑ A. Spinosa, op. cit., pp. 69-70.
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Bibliographie

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Liens externes

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