Terreur (Revolution francaise)

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Terreur (Revolution francaise)

Terreur (Révolution française)

Estampe de la Guillotine, « la Garde qui veille aux barriĂšres du Louvre Â», durant la Terreur.

La Terreur est le nom par lequel on dĂ©signe[1] deux pĂ©riodes de la RĂ©volution française au cours desquelles la France est gouvernĂ©e par un pouvoir d’exception reposant sur la force, l’illĂ©galitĂ© et la rĂ©pression[2]; elle est principalement politique et rĂ©pressive[3].

Sommaire

Chronologie

Sa datation et sa dĂ©finition restent trĂšs fluctuantes[4]. Toutefois, on distingue deux pĂ©riodes "visibles" de Terreur[5] :

Entre l’étĂ© 1793 et l'Ă©tĂ© 1794, la Terreur atteignit, Ă  Paris et en province, son paroxysme, autorisant toutes les violences et toutes les surenchĂšres. Le ComitĂ© de salut public divisĂ© sur la rĂ©pression, crĂ©a, au printemps 1794, un « bureau de police Â» qui lui est propre pour contrĂŽler les dĂ©rives du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale que contrĂŽle Alexis Vadier - prĂ©sident inamovible de ce ComitĂ© de la Terreur -, AndrĂ© Amar et GrĂ©goire Jagot, eux-mĂȘmes sous la fĂ©rule de trois membres Ă©minents du ComitĂ© de salut public, Ă  savoir : Bertrand BarĂšre de Vieuzac - ami intime de Vadier -, Nicolas Billaud-Varenne et Jean-Marie Collot d’Herbois. Le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale n’est autre qu’une police politique, fonctionnant en liaison Ă©troite avec le Tribunal rĂ©volutionnaire. Il ressort que le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, et lui seul, a dĂ©livrĂ© infiniment plus de mandats d’arrĂȘt que toutes les autres autoritĂ©s rĂ©pressives rĂ©unies, notamment le ComitĂ© de salut public du dĂ©partement et les divers comitĂ©s de surveillance relevant de l’autoritĂ© de la Commune [10].

Ce n’est qu’au mois de mars 1794, aprĂšs le vote des lois de ventĂŽse, qu’on assista Ă  un renforcement des pouvoirs de l’État qui furent concentrĂ©s, hormis la partie financiĂšre[11], entre les mains du seul ComitĂ© de salut public[12] dont les membres se sont peu Ă  peu opposĂ©s sur la question des « sĂ©vĂ©ritĂ©s nĂ©cessaires Â» : Robespierre Ă©tait partisan de la modĂ©ration et des sĂ©vĂ©ritĂ©s motivĂ©es, contre l’avis de Bertrand BarĂšre de Vieuzac, Collot d'Herbois et Billaud-Varenne qui ont eu Ă  rĂ©pondre avec Vadier et AndrĂ© Amar du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, de nombreux crimes et actes de barbarie, ce qui valut aux trois premiers une condamnation Ă  la dĂ©portation en l’an III.

Au motif allĂ©guĂ© de la guerre et du « salut public Â», une politique de rĂ©pression a Ă©tĂ© instaurĂ©e par le gouvernement rĂ©volutionnaire, sous la pression d’évĂ©nements trĂšs graves menaçant la sĂ»retĂ© de l’État. C’est l’application outranciĂšre de ces sĂ©vĂ©ritĂ©s nĂ©cessaires, c’est-Ă -dire le terrorisme se superposant Ă  la rĂ©pression, qui ouvrit Ă  nouveau la porte Ă  une terreur que l’on n'avait pas connue depuis les massacres de septembre 1792, un an plus tĂŽt. Les rĂ©vĂ©lations de complots dans la Lettre anglaise qui fut publiĂ©e en juillet 1793 par la Convention, le soulĂšvement de Lyon puis de la VendĂ©e, la prise de Toulon, etc. furent chaque fois l’occasion, pour le ComitĂ© de salut public et la Convention, de rĂ©actions motivĂ©es, mais qui donnĂšrent lieu, chaque fois ou presque, dans les faits, Ă  des exagĂ©rations dans le dosage de la rĂ©pression, que ce soit en VendĂ©e ou Lyon, dans le Nord et dans le Midi, ou Ă  Paris. DĂšs la mise Ă  l’ordre du jour de la terreur par Bertrand BarĂšre de Vieuzac[13]., les libertĂ©s commencĂšrent Ă  ĂȘtre rĂ©duites et une politique de lutte contre les dangers intĂ©rieurs et extĂ©rieurs menaçants la RĂ©publique avait Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ©e et aussitĂŽt mise en application : d’abord la loi contre les Ă©trangers du 5 septembre, puis la si importante loi des suspects du 17 septembre 1793 qui eut des amĂ©nagements successifs jusqu’à sa suppression alors que l’Autriche et l’Angleterre Ă©taient toujours en guerre[14].

La loi du 22 prairial (10 juin 1794) qui simplifia Ă  l’extrĂȘme les procĂ©dures de mise en accusation et supprima toute dĂ©fense, instaura, Ă  Paris seulement, une sĂ©rie d’exĂ©cutions massives, toujours Ă  caractĂšre terroriste, et qu’on baptisa la Grande Terreur.

On considĂšre que la Terreur s’acheva le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) avec la chute de Robespierre et de ses partisans et leur exĂ©cution le lendemain. Les acteurs majeurs de la pĂ©riode sont, notamment, Bertrand BarĂšre de Vieuzac, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne et Lazare Carnot[15]. Contrairement Ă  une tradition bien ancrĂ©e dans les manuels scolaires, Maximilien de Robespierre, Saint-Just, Couthon n’ont jamais poussĂ© Ă  la surenchĂšre terroriste. Au contraire, Robespierre a fait obstacle, contre l’avis de ses collĂšgues, aux manƓuvres sanguinaires et parfois crapuleuses, en province, de FouchĂ©, de Le Bon, de Carrier et autres reprĂ©sentants proches de BarĂšre de Vieuzac. NĂ©anmoins le rĂŽle de Robespierre dans la Terreur a Ă©tĂ© amplifiĂ© Ă  cause de son discours restĂ© cĂ©lĂšbre, prononcĂ© Ă  la Convention nationale, le 25 dĂ©cembre 1793 (extraits) :

« Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la RĂ©publique ; celui du gouvernement rĂ©volutionnaire est de la fonder. [
] Le gouvernement rĂ©volutionnaire doit au bon citoyen toute la protection nationale ; il ne doit aux Ennemis du Peuple que la mort. Ces notions suffisent pour expliquer l’origine et la nature des lois que nous appelons rĂ©volutionnaires [
]. Si le gouvernement rĂ©volutionnaire doit ĂȘtre plus actif dans sa marche et plus libre dans ses mouvements que le gouvernement ordinaire, en est-il moins juste et moins lĂ©gitime ? Non ; il est appuyĂ© sur la plus sainte de toutes les lois : le salut du Peuple. Â»

En fait Robespierre ne parle que de rĂ©pression encadrĂ©e et non d’exactions et d’exagĂ©rations. Il fut le premier en effet Ă  dĂ©noncer les exagĂ©rations hĂ©bertistes de la Commune de Paris qu’il fit partiellement Ă©purer en fĂ©vrier et mars 1794, et celles des envoyĂ©s en mission sanguinaires - du moins ceux citĂ©s ci-dessus - qu’il voulut faire rappeler.

Les victimes les plus importantes de cette pĂ©riode sont aussi bien royalistes, comme l’ex-souveraine Marie-Antoinette, que rĂ©publicains comme Vergniaud, Danton, Camille Desmoulins, etc. D’autres personnes furent victimes de rĂšglements de compte (voir Vadier et Darmaing), d’autres avaient le tort d’ĂȘtre trop riches (Antoine Lavoisier et les fermiers gĂ©nĂ©raux)[16], d’autres encore Ă©taient des tĂ©moins gĂȘnants, d’autres enfin ne surent jamais pourquoi on les avait condamnĂ©s Ă  la peine de mort (CĂ©cile Renault).

Contexte et mise en place de la Terreur

Les origines de la Terreur

La Patrie en danger et la « premiĂšre Â» Terreur

Sans-culottes
Représentation populaire (1789).

Depuis le 20 avril 1792, la France a dĂ©clarĂ© la guerre Ă  deux des monarchies europĂ©ennes solidaires de la famille royale française, l’Autriche et la Prusse. Les dĂ©faites successives de l’armĂ©e française et l’entrĂ©e en guerre de la Prusse (6 juillet) ont contraint l’AssemblĂ©e lĂ©gislative Ă  proclamer, le 11 juillet suivant, la « patrie en danger Â». La provocation publiĂ©e dans le manifeste de Brunswick (25 juillet 1792)[17] dont le but principal est d’intimider les Parisiens en les menaçant de reprĂ©sailles en cas de violence contre le roi et sa famille[18], loin d’atteindre son objectif, contribue Ă  prĂ©cipiter les Ă©vĂ©nements d’aoĂ»t et de septembre[19].

Le 10 aoĂ»t, les sans-culottes et les fĂ©dĂ©rĂ©s, entraĂźnĂ©s par les principales tĂȘtes pensantes de la Commune insurrectionnelle de Paris, prennent d’assaut le palais des Tuileries oĂč rĂ©side Louis XVI. Celui-ci est incarcĂ©rĂ© Ă  la prison du Temple avec la famille royale tandis que les armĂ©es Ă©trangĂšres pĂ©nĂštrent sur le sol français.

Pendant cette pĂ©riode, dite de la « PremiĂšre Terreur Â» (Ă©tĂ© 1792), le pays a un gouvernement transitoire dont l’exĂ©cutif est confiĂ© Ă  la commune insurrectionnelle de Paris, nouveau pouvoir auto-proclamĂ©, qui dispose d’un conseil exĂ©cutif composĂ© de six membres[20]. L’AssemblĂ©e lĂ©gislative, que la nouvelle commune a dĂ©cidĂ© de supprimer subsiste provisoirement, mais doit reconnaĂźtre celle-ci que des Ă©lections ont portĂ©e Ă  288 membres[21] ; elle peut ainsi continuer de siĂ©ger normalement et valide le dĂ©cret de suspension de Louis XVI le soir du 10 aoĂ»t[22]. L’une de ses derniĂšres initiatives sera d’envoyer des reprĂ©sentants en mission auprĂšs des armĂ©es afin de purger le haut commandement et de lutter contre les accapareurs.

Dans le mĂȘme temps, elle dĂ©cide de mettre en accusation ceux que l’on appelle "les ennemis de la RĂ©volution et les suspects", dĂ©finition vague qui frappe pĂȘle-mĂȘle toutes sortes de citoyens : 3 000 personnes sont arrĂȘtĂ©es, pour souvent ĂȘtre relĂąchĂ©es les jours suivants[23]. Une partie des dĂ©fenseurs du palais des Tuileries, lors de l’insurrection du 10 aoĂ»t, sont exĂ©cutĂ©s sommairement[24]. Sous la pression des sans-culottes un tribunal d’exception est organisĂ© le 17  aoĂ»t  1792, avec un jury populaire composĂ© de membres des sections parisiennes ; ce sont aussi les sections parisiennes, qui Ă  la mĂȘme pĂ©riode, forment des comitĂ©s de surveillance, lesquels organisent des visites domiciliaires, des perquisitions et des arrestations [25].

L’annonce de la chute de Verdun aux mains des Prussiens (29 aoĂ»t 1792) et les rumeurs de complot crĂ©Ăšrent un climat favorable aux massacres qui se dĂ©roulĂšrent au dĂ©but du mois de septembre 1792 dans les prisons.

Article dĂ©taillĂ© : Massacres de septembre.

Ces opĂ©rations furent dĂ©cidĂ©es par le commandant de la garde nationale, le gĂ©nĂ©ral Santerre (qui prit sur lui de couvrir l’opĂ©ration) et les membres du ComitĂ© de surveillance de la Commune de Paris, Ă  savoir Étienne-Jean Panis, Pierre Jacques Duplain, Didier Jourdeuil et Antoine Sergent. Ces responsables s’adjoignirent l’aide d’un certain nombre de personnes parmi lesquelles Jean-Paul Marat. Celui-ci annonça lui-mĂȘme, la veille, les massacres dans son journal. Ces tueries prĂ©mĂ©ditĂ©es Ă  l’arme blanche contre lesquelles le maire de Paris JĂ©rĂŽme PĂ©tion et le prĂ©sident de l’assemblĂ©e nationale ne purent rien faire, durĂšrent trois jours et ne furent pas l’effet d’une folie collective ou d’une colĂšre. Les massacres de septembre 1792, qui prĂ©ludĂšrent Ă  la terreur de 1793, firent entre 1 000 et 1 400 morts. Les rĂ©actions indignĂ©es des Parisiens, malgrĂ© la peur, commencĂšrent Ă  s’exprimer Ă  partir de la mi-septembre - Roch Marcandier et Olympe de Gouges furent les premiers Ă  protester - et furent relayĂ©es par les dĂ©putĂ©s de la LĂ©gislative puis de la Convention qui rĂ©clamĂšrent une commission d'enquĂȘte parlementaire.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

AprĂšs les dĂ©faites Ă  rĂ©pĂ©tition de l’armĂ©e, la bataille de Valmy (20 septembre 1792) marqua un premier succĂšs militaire - mĂȘme si les raisons de ce succĂšs sont obscures[26] - et dĂ©clencha l’enthousiasme Ă  Paris. La PremiĂšre RĂ©publique fut proclamĂ©e le lendemain et la Convention nationale remplaça l’AssemblĂ©e lĂ©gislative.

Les débuts de la Convention nationale (septembre 1792-juin 1793)

Exécution de Louis XVI

La nouvelle assemblĂ©e de la Convention fut Ă©lue au suffrage universel, Ă  charge pour elle de rĂ©diger une nouvelle constitution pour le pays. Les dĂ©putĂ©s siĂ©gĂšrent selon leur appartenance politique : en haut des tribunes de la salle du manĂšge, situĂ©e dans le jardin des Tuileries, se trouvaient les Montagnards ; les Girondins prirent l’habitude de s’asseoir ailleurs, dans la "plaine". Le fossĂ© entre les deux « partis Â» s’agrandit au cours des premiers mois de 1793. Les Montagnards et les Girondins ne s’entendirent pas sur le contenu Ă  donner Ă  la RĂ©publique. Beaucoup de dĂ©putĂ©s, liĂ©s d'amitiĂ© profonde quelques mois plus tĂŽt se sĂ©parĂšrent sur des questions d’hommes et de projets. Ils se divisĂšrent sur diffĂ©rentes questions importantes. La premiĂšre, qui envenima leurs rapports jusqu’à l’élimination physique des uns par les autres fut celle des sanctions judiciaires Ă  donner aux responsables des tueries de septembre. Puis ils se divisĂšrent sur les pouvoirs de la Commune, exorbitants aux yeux des Girondins qui redoutaient le poids de son bras armĂ© sur l’indĂ©pendance et la sĂ©rĂ©nitĂ© des dĂ©bats parlementaires. Le troisiĂšme point d’achoppement tint au procĂšs de Louis XVI, Ă  son principe et Ă  sa forme puis Ă  son dĂ©roulement ; et le dernier aux questions diplomatiques relatives Ă  la Grande-Bretagne, Ă  la Hollande et aux pays qui n’étaient pas encore entrĂ©s dans la coalition.

AprĂšs le procĂšs de Louis XVI, la Convention nationale vota l’exĂ©cution du roi (21 janvier 1793), ce qui provoqua la formation d’une coalition europĂ©enne : les Britanniques attaquĂšrent les cĂŽtes mĂ©diterranĂ©ennes et du Nord-Ouest, les Espagnols tentĂšrent de passer les PyrĂ©nĂ©es, les Sardes franchirent les Alpes ; les frontiĂšres du nord et de l’est cĂ©dĂšrent devant les armĂ©es austro-prussiennes. Les armĂ©es rĂ©volutionnaires reculĂšrent (dĂ©faite de Neerwinden, le 18 mars 1793), Ă  cause des faiblesses du commandement et des effectifs. Les Ă©migrĂ©s français Ă©taient souvent d’anciens officiers : mĂȘme si leurs forces sont en rĂ©alitĂ© trĂšs faibles, elles alimentent l’idĂ©e du complot aristocratique[27].

Pour pallier le manque de soldats, la Convention dĂ©crĂ©ta en mars 1793 la levĂ©e en masse de 300 000 hommes, sur le principe du volontariat. Devant le manque de volontaires, on dĂ©cida de procĂ©der Ă  un tirage au sort. Les dĂ©partements de l’Ouest refusent de partir Ă  la guerre et dĂ©noncent les privilĂšges accordĂ©s aux notables. Avec la guerre de VendĂ©e, l’unitĂ© de la RĂ©publique est mise en pĂ©ril. La Convention rĂ©agit d’abord en envoyant des contingents armĂ©s en VendĂ©e et prit des mesures radicales : tout insurgĂ© serait condamnĂ© Ă  mort et des listes de rĂ©sidents seraient affichĂ©es sur les portes des immeubles de la capitale[28].

Au cours du printemps 1793, des pillages de magasins et de boulangeries eurent lieu dans Paris. L’approvisionnement que gĂ©rait la Commune, se faisait mal et on fit courir le bruit que la faute en incombait aux "aristocrates". Le 4 mai la Convention para aux manƓuvres destinĂ©es Ă  faire soulever la population en fixant un maximum des prix pour les grains et les farines, afin d’arrĂȘter le renchĂ©rissement des denrĂ©es.

Dans la rue et dans les sections parisiennes, les quelques meneurs de la commune qui avaient la force armĂ©e pour eux, rĂ©clamĂšrent, sous de fallacieux prĂ©textes, l’arrestation des dĂ©putĂ©s girondins qui rĂ©clamait avec insistance le renvoi des meneurs aristocrates de la commune devant le tribunal rĂ©volutionnaire. Devant l’intimidation crĂ©Ă©e par les canons de la Commune sur la Convention, et pour Ă©viter de nouveaux massacres, les dĂ©putĂ©s dĂ©cidĂšrent de prendre des mesures radicales et exceptionnelles. Danton affirmait : «  Soyons terribles pour Ă©viter au peuple de l’ĂȘtre Â»[29]. Le comitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, principal organe de la rĂ©pression eut des pouvoirs d’investigation Ă©tendus. Il Ă©tait issu du ComitĂ© des recherches de la Constituante auquel s’était substituĂ© sous la LĂ©gislative un comitĂ© de surveillance et de sĂ»retĂ© dont les principaux membres furent François Chabot, Claude Basire et Merlin de Thionville. Sous la Convention, le comitĂ© de surveillance fut trois fois rĂ©organisĂ© : le premier comitĂ© de surveillance, issu le 2 octobre 1792 de l’installation de la Convention[30], fut considĂ©rablement restructurĂ© en janvier 1793, et il fonctionna avec la mĂȘme composition de X membres jusqu’au 14 septembre suivant ; Ă  cette date, des scandales multipliĂ©s avaient amenĂ© le ComitĂ© de salut public et la Convention Ă  rĂ©organiser entiĂšrement et Ă  recomposer le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale (Ă  l’exception de Amar) que BarĂšre plaça sous l’autoritĂ© de son ami Vadier : c’est le « grand Â» comitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale qui donna consistance Ă  la rĂ©pression, dĂ©bouchant trĂšs vite sur la pĂ©riode dite de terreur[31]. Outrepassant ses droits au nom de l’efficacitĂ© rĂ©volutionnaire, pratiquant le zĂšle par calcul politique, le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale fut une vĂ©ritable police politique inquisitoriale, qui monta des affaires politico-policiĂšres et cultiva le secret sur ses opĂ©rations. Son influence dĂ©vastatrice fut combattue par Robespierre mais maintenu par BarĂšre, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois jusqu’au 9 thermidor. Les divers comitĂ©s de surveillance dont le ComitĂ© de salut public du dĂ©partement de paris et les comitĂ©s rĂ©volutionnaires de section qui furent instituĂ©s le 21 mars, complĂ©tĂšrent le dispositif : il leur fallait surveiller et dĂ©noncer, dans chaque dĂ©partement, dans chaque quartier ou section de chaque ville, les « ennemis de la RĂ©publique Â».

Un tribunal rĂ©volutionnaire rĂ©clamĂ© par les dĂ©putĂ©s de tous les bords fut chargĂ© de juger les "ennemis de la RĂ©publique" selon une procĂ©dure d’exception fondĂ©e par le dĂ©cret du 10 mars qui Ă©numĂ©rait ses prĂ©rogatives. Il fonctionna en liaison Ă©troite avec le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale auquel il Ă©tait subordonnĂ© sinon en principe du mois dans les faits. Ses membres principaux (prĂ©sidents successifs, accusateur publics, substituts et adjointe, et Ă©galement la composition de son jury, Ă  Paris, se caractĂ©risĂšrent, dĂšs le dĂ©but, par une forte homogĂ©nĂ©itĂ© politique de tendance exagĂ©rĂ©e.

Le 28 mars, l’appareil lĂ©gislatif contre les Ă©migrĂ©s rentrĂ©s fut revu et durci (Loi des tĂ©moins) .

Enfin et surtout le grand ComitĂ© de Salut Public oĂč entrĂšrent Bertrand BarĂšre de Vieuzac et Georges-Jacques Danton fut mis en place par dĂ©cret le 6 avril, en remplacement du comitĂ© de dĂ©fense gĂ©nĂ©ral : organe de gouvernement rĂ©volutionnaire, il Ă©tait en principe subordonnĂ© Ă  l’AssemblĂ©e et devait permettre de concentrer le pouvoir exĂ©cutif. BientĂŽt, la Convention nationale, dĂ©barrassĂ©e en deux fois d’une centaine de dĂ©putĂ©s Girondins[32], entĂ©rina ses dĂ©cisions dans la crainte puisque le ComitĂ© de salut public s’était donnĂ© le droit de faire arrĂȘter les dĂ©putĂ©s "suspects" Ă  titre prĂ©ventif. ComposĂ© de neuf puis de douze membres, le ComitĂ© de Salut Public fut l’un des organes de coordination de la rĂ©pression. Son membre le plus influent - et le premier rentrĂ© - ne fut pas Robespierre mais Bertrand BarĂšre de Vieuzac qui eut, aprĂšs le dĂ©part de Danton en juillet 1793, constamment une majoritĂ© pour lui et les dĂ©cisions qu’il voulait imposer Ă  la Convention devenue une chambre d’enregistrement.

En septembre 1793, Bertrand BarĂšre de Vieuzac mettait la terreur Ă  l’ordre du jour le 5 septembre 1793. Jouant avec les mots, celui-ci mĂȘlait deux concepts distincts : la rĂ©pression aussi sĂ©vĂšre soit-elle, prĂŽnĂ©e par Robespierre qui ne vit pas immĂ©diatement le danger, et le terrorisme d’État qui est l’exagĂ©ration de la rĂ©pression, selon la dĂ©finition qui en fut donnĂ©e au Tribunal rĂ©volutionnaire chargĂ© de juger en ventĂŽse an II ceux qui l’avaient pratiquĂ©e, du moins ceux que l’on avait identifiĂ© et dĂ©cidĂ© de sacrifier.[33] C’est de cette Ă©poque et sur cette question du terrorisme comme instrument de gouvernement que devait se fissurer l’unitĂ© apparente qui avait prĂ©valu au sein du ComitĂ© de salut public. Les divisions — qui devaient dĂ©boucher sur le 9 thermidor — sont en effet directement en rapport avec la question cruciale de la poursuite de la guerre et de la reconnaissance de la rĂ©publique, puisque, indĂ©pendamment des neutres (SuĂšde, Danemark, Turquie), plusieurs Ă©tats, comme la Prusse et l’Espagne, se disaient prĂȘts — si l’on arrĂȘtait le terrorisme — Ă  nĂ©gocier et reconnaĂźtre la RĂ©publique.

Le 4 frimaire an II (24 novembre 1793) fut prĂ©sentĂ© le dĂ©cret relatif Ă  l’organisation du gouvernement rĂ©volutionnaire, qui renforçait la centralisation du gouvernement.

Article dĂ©taillĂ© : Gouvernement rĂ©volutionnaire.

Les mesures de la Terreur (juin 1793-juin 1794)

La guerre contre les coalisés

Le général Custine, condamné par le tribunal révolutionnaire et guillotiné en août 1793

Plusieurs mesures sont prises pour rĂ©tablir la situation militaire de la RĂ©publique et Ă©viter un coup d’État : des reprĂ©sentants en mission sont envoyĂ©s pour inspecter les armĂ©es et surveiller les gĂ©nĂ©raux. Cette surveillance aboutit Ă  des exĂ©cutions de gĂ©nĂ©raux jugĂ©s trop tiĂšdes ou traĂźtres : en 1793, 11 d’entre eux sont exĂ©cutĂ©s comme Adam Philippe de Custine ou Jean Nicolas Houchard, 31 en 1794 (voir aussi Liste des gĂ©nĂ©raux de la RĂ©volution et du Premier Empire ayant Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©s). Ces gĂ©nĂ©raux sont remplacĂ©s par de jeunes officiers sortis du rang et fidĂšles Ă  la RĂ©publique. Ils mettent en pratique la stratĂ©gie offensive dĂ©cidĂ©e par le ComitĂ© de salut public. Ensuite, les Ă©trangers sont bannis de l’armĂ©e car ils sont considĂ©rĂ©s comme suspects[34].

Réorganisation des armées

Les armĂ©es rĂ©publicaines sont rĂ©organisĂ©es, notamment par Lazare Carnot, surnommĂ© l’Organisateur de la victoire : les effectifs augmentent grĂące Ă  la levĂ©e en masse (23 aoĂ»t 1793), qui porte momentanĂ©ment les effectifs de l’armĂ©e Ă  750 000 hommes fin 1794[35] (contre 270 000 fin 1792 et 550 000 fin 1793). Tous les hommes cĂ©libataires de 18 Ă  25 ans sont mobilisĂ©s de force. Le budget consacrĂ© Ă  l’effort de guerre est augmentĂ©. Les rĂ©giments sont transformĂ©s en demi-brigades, par l’amalgame de l’armĂ©e royale et des volontaires : chaque bataillon de soldats de l’armĂ©e d’Ancien RĂ©gime reçoit deux bataillons de volontaires ; ces derniers, plus jeunes et gĂ©nĂ©ralement plus enthousiastes envers la RĂ©volution, bĂ©nĂ©ficient de l’expĂ©rience des premiers, les entraĂźnent lors des combats et les surveillent, ce qui Ă©vite les trahisons d’unitĂ©s entiĂšres. L’amalgame est achevĂ© en 1796.

La mobilisation de tous pour l’effort de guerre

Pour combler le dĂ©ficit d’armes et de munitions, le ComitĂ© de salut public crĂ©e, en 1793, la commission des armes et des poudres, qui multiplie les manufactures d’armes et rĂ©organise la collecte des matiĂšres premiĂšres, et confie au comitĂ© militaire, rĂ©duit Ă  un rĂŽle technique et consultatif, l’organisation des levĂ©es d’hommes et leur encadrement, le dĂ©veloppement de la cavalerie et la rĂ©quisition des charrois, la surveillance des hĂŽpitaux militaires et des troupes cantonnĂ©es Ă  Paris[36]. La production d’armes augmente. Pour amĂ©liorer la qualitĂ© des mĂ©taux utilisĂ©s et les techniques de fabrication, le chimiste Gaspard Monge et l’ingĂ©nieur des mines Hassenfratz sont chargĂ©s de l’organisation de la manufacture d’armes de Paris, le chimiste Carny de faciliter l’extraction du salpĂȘtre, Berthollet et Choderlos de Laclos de travailler sur la composition de la poudre et expĂ©rimenter de nouveaux projectiles. Le 14 frimaire an II (4 dĂ©cembre 1793), tous les citoyens, y compris les enfants, sont invitĂ©s Ă  rĂ©colter le salpĂȘtre sur les murs de leurs caves[37]. La Convention dĂ©cide le 26 juillet 1793 la construction de relais pour le tĂ©lĂ©graphe par sĂ©maphore de Claude Chappe ; la premiĂšre ligne est installĂ©e entre Lille et Paris durant l’étĂ© 1794. DĂšs l’automne 1793, l’armĂ©e utilise des ballons captifs, dont le gĂ©nĂ©ral Jourdan se sert notamment Ă  Fleurus. Des camps d’entraĂźnement pour les nouvelles recrues sont amĂ©nagĂ©s.

Le 15 novembre 1793, la Convention dĂ©crĂšte que l’approvisionnement des armĂ©es doit primer sur celui des civils. En dĂ©cembre 1792, le ministre de la guerre Jean Nicolas Pache a remplacĂ© les intendants des armĂ©es, systĂšme qui favorise la corruption, par la rĂ©gie directe, pratique abandonnĂ©e par son successeur Beurnonville en fĂ©vrier 1793. Finalement, un dĂ©cret du 27 juillet 1793 rĂ©silie tous les marchĂ©s passĂ©s et leur substitue la rĂ©gie, et l’approvisionnement devient l’un des domaines de prĂ©dilection des envoyĂ©s en mission.

RĂ©sultats

AprĂšs l’étĂ© 1793, la situation militaire semble se redresser : le 2 septembre, Toulon est reprise par les armĂ©es rĂ©publicaines aprĂšs un long siĂšge. Ces derniĂšres remportent plusieurs victoires dans le nord et l’est : Hondschoote (8 septembre 1793), Wattignies (16 octobre 1793), Tourcoing (18 mai 1794) et enfin Fleurus (26 juin 1794). Par ces victoires, la RĂ©publique se renforce et exporte ses idĂ©aux rĂ©volutionnaires en dehors de la France.

LibĂ©ration ou conquĂȘte ?

Le but premier de la guerre est, pour la Convention, de dĂ©truire les forces contre-rĂ©volutionnaires et de libĂ©rer les peuples europĂ©ens qui leur sont soumis. Les premiĂšres RĂ©publiques-sƓurs sont constituĂ©es en 1793 (RĂ©publique rauracienne, dans le Jura suisse, et RĂ©publique de Mayence). Pourtant, les objectifs initiaux sont vite dĂ©voyĂ©s et font place Ă  une politique d’occupation des territoires conquis. L’armĂ©e doit rĂ©quisitionner du matĂ©riel et de la nourriture.

RĂ©pression ou terreur ?

La loi des suspects et répression

En juillet 1793, l’assassinat de Marat par Charlotte Corday renforce les sentiments anti-royalistes. Les insurgĂ©s fĂ©dĂ©ralistes de Normandie marchent sur Paris mais sont finalement arrĂȘtĂ©s Ă  Pacy-sur-Eure. Il faut attendre le mois d’octobre pour que Bordeaux et Lyon soient reprises par le gouvernement. En aoĂ»t, les sujets britanniques rĂ©sidant en France sont menacĂ©s d’ĂȘtre arrĂȘtĂ©s[38] et en octobre est instituĂ©e la Loi contre les Anglais. Le 12 aoĂ»t 1793, Robespierre dĂ©clare Ă  la Convention :

« Que le glaive de la loi, planant avec une rapiditĂ© terrible sur la tĂȘte des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices ! Que ces grands exemples anĂ©antissent les sĂ©ditions par la terreur qu’ils inspireront Ă  tous les ennemis de la patrie ! Â»

La loi des suspects est adoptĂ©e le 17 septembre 1793. Sont jugĂ©s « suspects Â» d’aprĂšs l’article 2 :

« Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs Ă©crits, se sont montrĂ©s partisans de la tyrannie ou du fĂ©dĂ©ralisme et ennemis de la libertĂ© [
]. Ceux Ă  qui il a Ă©tĂ© refusĂ© des certificats de civisme. Les fonctionnaires suspendus ou destituĂ©s de leurs fonctions par la Convention nationale ou ses reprĂ©sentants. Les nobles, les maris, les femmes, pĂšres, mĂšres, fils ou filles, frĂšres ou sƓurs, qui n’ont pas constamment manifestĂ© leur attachement Ă  la RĂ©volution. Ceux qui ont Ă©migrĂ© du 1er juillet 1789 au 8 avril 1792, bien qu’ils soient rentrĂ©s en France Â»

La justice rĂ©volutionnaire est chargĂ©e de juger les suspects : elle est exclusivement parisienne aprĂšs la crĂ©ation du tribunal rĂ©volutionnaire de Paris en mars 1793, puis elle se trouve Ă©tendue Ă  la province par plusieurs reprĂ©sentants en mission, avec la crĂ©ation de commissions rĂ©volutionnaires ou militaires dans les zones de guerre civile.

Le 10 octobre 1793 est proclamĂ© le gouvernement rĂ©volutionnaire : la constitution de 1793 n’est pas appliquĂ©e et les libertĂ©s sont suspendues en attendant le retour Ă  l’ordre et Ă  la paix. Le pouvoir est concentrĂ© et centralisĂ©. GrĂące Ă  la crĂ©ation du Bulletin des lois de la RĂ©publique, les dĂ©cisions de la Convention sont connues et applicables immĂ©diatement. C’est Ă  partir de cette date que Robespierre prend de plus en plus d’ascendant sur les diffĂ©rents acteurs politiques Ă  Paris. Le comitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©ral ainsi que les comitĂ©s locaux sont chargĂ©s d’appliquer les lois et de trouver les suspects. Ils font leur rapport hebdomadaire devant le ComitĂ© de salut public. En province, les institutions locales sont purgĂ©es. Finalement les agents nationaux surveillent les districts.

MalgrĂ© les victoires contre les fĂ©dĂ©ralistes (Lyon tombe le 9 octobre 1793), la Terreur continue en province comme Ă  Paris. La loi de ventĂŽse an II (fĂ©vrier-mars 1794) permet la redistribution des biens des opposants vers les alliĂ©s des dirigeants politiques du moment. L’obtention d’un certificat de civisme devient une nĂ©cessitĂ© vitale pour les nombreuses personnes suspectes.

Les Vendéens

Articles dĂ©taillĂ©s : Guerre de VendĂ©e et VirĂ©e de Galerne.
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Le dĂ©cret de destruction de la VendĂ©e (1er aoĂ»t 1793) tĂ©moigne de l’exaspĂ©ration de la Convention devant les victoires vendĂ©ennes (Vihiers en juillet 1793). En dĂ©pit des victoires des armĂ©es rĂ©publicaines Ă  Cholet (17 octobre 1793) ou Ă  Savenay (23 dĂ©cembre 1793), une guerre d’embuscades et de coups de main se poursuit, conduisant Ă  l’organisation de colonnes incendiaires par le gĂ©nĂ©ral Turreau. Certains ont parlĂ© de « volontĂ© gĂ©nocidaire Â» dans la rĂ©pression menĂ©e par plusieurs individus.

Les colonnes infernales dirigĂ©es de janvier Ă  mai 1794 font entre 20 000 et 40 000 morts[39]. Les massacres commis Ă  cette occasion sont qualifiĂ©s par certains historiens de « gĂ©nocide Â» vendĂ©en[40]. D’autres rappellent que la destruction de la VendĂ©e correspond Ă  une pratique propre aux guerres de l’époque moderne et la comparent Ă  la destruction du Palatinat par les armĂ©es de Louis XIV en 1689. Jean-ClĂ©ment Martin rappelle que le discours de BarĂšre du 1er aoĂ»t 1793, qui a servi pour justifier l’idĂ©e d’un « gĂ©nocide Â» commis par les rĂ©volutionnaires, prĂ©cise qu’il faut protĂ©ger les femmes, les enfants, les vieillards, et mĂȘme les hommes sans armes[41].

La devise des chouans Ă©tait « Pour Dieu et pour le Roi Â», les chouans avaient formĂ© l'ArmĂ©e Catholique et Royale. Leurs idĂ©aux que certains ont traduit par Ă©crit, rĂ©vĂšle un Catholicisme impliquant un royalisme. En effet, c’est Ă  cause de l’interdiction du culte puis par le rĂ©gicide que les chouans vont prendre les armes contre la rĂ©publique.

En revanche certains "catholiques" appartiennent, dans ces rĂ©gions comme dans le reste de la France, au camp rĂ©publicain, comme en tĂ©moignent les nombreux ex-voto fabriquĂ©s pour protĂ©ger des chouans ou les martyrs et les "saints" rĂ©publicains (non reconnus par Rome) vĂ©nĂ©rĂ©s par les villageois, en l’absence du curĂ© ou de l’évĂȘque. La parodie de la religion catholique a Ă©tĂ© souvent utilisĂ©e par les rĂ©volutionnaires.

Le reprĂ©sentant en mission Carrier incarne les abus de la politique de la Terreur contre les VendĂ©ens : de la fin dĂ©cembre 1793 Ă  la fin fĂ©vrier 1794, il fait fusiller 2 600 prisonniers[42], puis il organise les noyades dans la Loire qui font plusieurs centaines de victimes.

La chouannerie

Article dĂ©taillĂ© : Chouannerie.

La Grande Terreur (juin-juillet 1794)

L’exĂ©cution de Robespierre, le 28 juillet 1794
marque la fin de la Grande Terreur

La politique de Terreur inaugurĂ©e en juin 1793 semble porter ses fruits : les manifestations fĂ©dĂ©ralistes sont matĂ©es, les VendĂ©ens sont Ă©crasĂ©s, les attaques de la coalition sont repoussĂ©es. Cependant, le ComitĂ© de salut public souhaite asseoir la RĂ©publique. Pour ce faire, il lui faut exterminer ses ennemis, selon le mot de Couthon, dans son rapport de la loi de prairial, et dĂ©velopper une nouvelle classe de petits propriĂ©taires. Les dĂ©crets de ventĂŽse dĂ©cident la confiscation des biens de ces ennemis de la RĂ©publique, qui doivent ĂȘtre distribuĂ©s aux patriotes indigents ; ils prĂ©voient la constitution de listes d’indigents par les autoritĂ©s locales et la crĂ©ation de commissions rĂ©volutionnaires pour faire la part entre les vrais ennemis de la RĂ©publique et les personnes injustement emprisonnĂ©es (le tribunal rĂ©volutionnaire ne doit juger que des accusĂ©s triĂ©s, en contradiction avec le dĂ©cret du 19 mars 1793) ; une partie, seulement, verra le jour. En outre, le 27 germinal (17 avril 1794), un dĂ©cret ordonne la suppression des tribunaux populaires en province ; tous les suspects doivent passer devant le tribunal rĂ©volutionnaire de Paris, sauf dans le Nord et le Vaucluse, oĂč les commissions rĂ©volutionnaires d’Orange et de Cambrai sont maintenues.

La loi de prairial et les préparatifs du 9 thermidor

Enfin, la loi du 22 prairial An II (10 juin 1794), rĂ©digĂ©e par Robert Lindet et prĂ©sentĂ©e par Georges Couthon simplifiait les procĂ©dures et, appliquĂ©e sans le filtrage des commissions populaires dont la mise en fonctionnement fut sabotĂ©e par les partisans de l’exagĂ©ration, instaura ce que l’on a appelĂ© la Grande Terreur. La sentence Ă©tait rendue selon l’intime conviction morale des juges et des jurĂ©s. DĂ©sormais, il n’existait que deux issues aux procĂšs : l’acquittement ou la peine de mort[43] .

Ces dĂ©cisions appliquĂ©es dans une prĂ©cipitation calculĂ©e — avec l’aval de BarĂšre de Vieuzac, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, les membres du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale exceptĂ© Le Bas, et Fouquier-Tinville — dĂ©bouchĂšrent sur une accĂ©lĂ©ration des procĂ©dures de jugement et une augmentation des condamnations au Tribunal rĂ©volutionnaire, en juin et juillet 1794. Pour le seul mois de juin 1794, on procĂšde Ă  des exĂ©cutions massives Ă  Paris oĂč la guillotine fonctionna presque tous les jours[44]. Le 29 Prairial an II (17 juin 1794), 54 personnes sont condamnĂ©es Ă  mort dans le procĂšs des chemises rouges. Au dĂ©but de Thermidor, on comptait environ 8 000 suspects dans les prisons parisiennes[45]. Les prisonniers hanovriens et anglais sont massacrĂ©s[46] et la guĂ©rilla contre les chouans se poursuit avec violence. En fait, aussi paradoxal que cela puisse paraĂźtre, la loi de Prairial reprĂ©sentait pour ses initiateurs un moyen de ramener la Terreur aux strictes "sĂ©vĂ©ritĂ©s nĂ©cessaires", en limitant les causes d’exclusion politique : l’esprit de cette loi visait Ă  absoudre tous ceux qui avaient Ă©tĂ© entraĂźnĂ©s dans les excĂšs contre-rĂ©volutionnaires Ă  cause de leur ignorance (cela concernait beaucoup de fonctionnaires qui avaient suivi les sirĂšnes de l’hĂ©bertisme), elle remettait en cause la systĂ©maticitĂ© de la rĂ©pression en rapport avec la faute reprochĂ©e. De mĂȘme, elle offrait une dĂ©finition plus prĂ©cise des motifs d’accusation (article 6), ce qui rĂ©duisait l’arbitraire. DĂ©jĂ , en avril, Robespierre avait obtenu qu’on ne poursuive pas les nobles qui avaient achetĂ© leur noblesse. De mĂȘme, les articles 10, 11 et 18 stipulaient que les comitĂ©s de salut public et de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale devaient pouvoir contrĂŽler les poursuites engagĂ©es devant le Tribunal rĂ©volutionnaire[47].

Pour Jacques Godechot et Jean-ClĂ©ment Martin, comme autrefois pour Albert Mathiez et Olivier Blanc[48], la loi du 22 prairial a Ă©tĂ© sabotĂ©e par les adversaires de Robespierre pour le discrĂ©diter, ainsi le 17 juin quand Fouquier-Tinville envoya un groupe hĂ©tĂ©roclite de 54 condamnĂ©s (dont Henri Admirat et CĂ©cile Renault) Ă  l’échafaud, revĂȘtus des chemises rouges de « parricides Â» (laissant ainsi sous-entendre que Robespierre serait le « roi de France Â»)[49], des assassins et empoisonneurs[50]. Patrice Gueniffey, de son cĂŽtĂ©, prĂ©tend Ă  tort que Robespierre a eu un rĂŽle central dans l’élaboration de la loi du 22 prairial — rĂ©digĂ©e en fait par Georges Couthon et Robert Lindet[51] — conçue intentionnellement comme un moyen de destruction des "ennemis du peuple", dĂ©sormais dĂ©finis selon des critĂšres moraux et non politiques, indĂ©pendamment des pĂ©rils susceptibles de menacer la RĂ©volution[52].

Depuis le printemps 1794, en effet, des dissensions naissent au sein du gouvernement rĂ©volutionnaire. Le ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale est ulcĂ©rĂ© par la crĂ©ation du bureau de police gĂ©nĂ©rale, par le ComitĂ© de salut public, qui empiĂšte sur ses fonctions. De mĂȘme, quand Robespierre reprend le dossier de l’affaire Catherine ThĂ©ot, Ă  travers laquelle Vadier moquait le culte de l’Être suprĂȘme et tentait de compromettre l’Incorruptible, Billaud-Varenne et Collot d'Herbois profitent de son dĂ©part volontaire du ComitĂ© de salut public — ne voulant pas s'associer aux crimes de la Grande Terreur — et tentent de le faire passer pour un tyran et un dictateur[53].

Carnot et la victoire de Fleurus, le 8 messidor (26 juin 1794).

D’autant qu’en juillet, le malaise Ă©conomique s’aggrave (le 9 thermidor, des ouvriers manifestent contre la dĂ©cision de la Commune de Paris d’appliquer strictement le maximum des salaires).

Par ailleurs, au sein de la Convention nationale, les reprĂ©sentants en mission corrompus et prĂ©varicateurs, rappelĂ©s Ă  Paris par Robespierre pour exagĂ©ration dans l’accomplissement de leurs fonctions — ainsi Lebon Ă  Arras qui voulut faire arrĂȘter la sƓur de Robespierre — intriguaient en secret Ă  la mise en accusation de l’Incorruptible. FouchĂ© prit la tĂȘte des opĂ©rations en concertation avec Tallien et Bourdon de l’Oise qui se savaient menacĂ©s eux aussi. À son retour des armĂ©es, aprĂšs Fleurus, Saint-Just tenta de rĂ©tablir une apparence d’unitĂ© au sein du ComitĂ© de salut public[54] ; avec BarĂšre de Vieuzac, qui feignit de se rallier Ă  ce projet, ils organisent avec leurs collĂšgues une rĂ©conciliation de façade qui ne dura qu’un ou deux jours (4 et 5 thermidor). Sans mĂ©fiance Saint-Just se chargea de rĂ©diger un rapport manifestant l’unitĂ© retrouvĂ©e du gouvernement, et la crĂ©ation d’une seconde commission populaire (sur les quatre prĂ©vues Ă  l’origine) fut dĂ©cidĂ©e.

En fait les Ă©vĂ©nements du 9 thermidor Ă©taient programmĂ©s depuis un moment. Tout Ă©tait dĂ©sormais question d’opportunitĂ©. Ne croyant pas Ă  la sincĂ©ritĂ© de ses adversaires, l’Incorruptible dĂ©cida d’en appeler Ă  la Convention par un de ses plus beaux discours le 8 thermidor. Bien qu’applaudi dans un premier temps, il ne convainquit pas ceux qui Ă©taient dĂ©cidĂ©s Ă  l’abattre. Car il demandait la punition des "traĂźtres" (dans les diffĂ©rentes interventions, qu’il s’agisse de Robespierre ou de Couthon, ils sont au moins cinq ou six parmi lesquels FouchĂ©, Tallien, Bourdon, Legendre et probablement Barras), le renouvellement des bureaux du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, l’épuration de ce ComitĂ© lui-mĂȘme, subordonnĂ© au ComitĂ© de salut public, l’épuration du ComitĂ© de salut public lui-mĂȘme[55], l’établissement d’une rĂ©elle « unitĂ© du gouvernement sous l’autoritĂ© suprĂȘme de la Convention nationale, qui est le centre et le juge Â», et la fin des factions au sein de la Convention. Le soir, Robespierre relit son discours aux Jacobins, oĂč il fut vivement applaudi, tandis que Collot d’Herbois et Billaud-Varenne Ă©taient conspuĂ©s ; le peintre David promit alors Ă  son ami de boire la ciguĂ« avec lui.

De retour dans les locaux du ComitĂ© de salut public, Jean-Marie Collot d’Herbois et Billaud-Varenne aperçurent Saint-Just, qui Ă©tait occupĂ© Ă  rĂ©diger le rapport sur les Ă©vĂšnements au sein du gouvernement rĂ©volutionnaire, dont il avait Ă©tĂ© chargĂ©, suite aux rĂ©unions des 4 et 5 thermidor. Convaincus qu’il rĂ©digeait leur acte d’accusation, ils se jetĂšrent sur lui en l’insultant et en l’accusant de prĂ©parer leur dĂ©cret d’accusation. ChoquĂ©, Saint-Just quitta la salle ; on ne le reverra plus que le lendemain, Ă  la Convention oĂč, contrairement Ă  ses promesses, il commença Ă  lire son discours sans en avoir fait une lecture prĂ©alable Ă  ses collĂšgues du comitĂ©. Devant ce qu’ils prennent Ă  tort pour l’attaque dĂ©cisive des « robespierristes Â», les membres du ComitĂ© de salut public se joignirent alors au complot, qui s’était tramĂ© avec l’appui des anciens reprĂ©sentants en mission rappelĂ©s et qui redoutent d'avoir Ă  rendre des comptes (Tallien, Legendre, FouchĂ©, RovĂšre, Guffroy, etc.). Il savaient avoir l’appui des dĂ©putĂ©s du Marais Ă  qui on avait promis la fin de la Terreur. Le 9 thermidor, cette coalition hĂ©tĂ©roclite obtint la chute de Robespierre, puis son exĂ©cution sans procĂšs, aprĂšs l’insurrection de la Commune[56].

Article dĂ©taillĂ© : Convention thermidorienne.

Thermidoriens contre anciens terroristes

AprĂšs quelques semaines, cette coalition qui avait rĂ©alisĂ© le coup de force du 9 thermidor se dĂ©fit d’elle mĂȘme. Elle Ă©clata entre d’une part, les Thermidoriens, rĂ©unis autour de Tallien, Lecointre de Versailles ou encore Merlin de Thionville, etc., et les "Montagnards de l’an III", partisans d’une poursuite de la Terreur, rassemblĂ©s autour de BarĂšre, de Billaud-Varenne et de Collot d’Herbois, les anciens terroristes comme on les appelait dĂ©jĂ . À l’hiver 1794, les militants des sections populaires et les Babouvistes abandonnĂšrent leur dĂ©nonciation de la Terreur et des Jacobins et s’unissent aux CrĂȘtois. DĂšs l’étĂ© 1794, cependant, la rĂ©action thermidorienne commence : ce fut le temps des comptes, que les sections de Paris furent les premiĂšres Ă  rĂ©clamer. Les Thermidoriens mettent fin Ă  la terreur Ă©conomique et rĂ©intĂšgrent les anciens dĂ©putĂ©s girondins. Les sociĂ©tĂ©s jacobines sont dissoutes. Ils gardent cependant quelques Ă©lĂ©ments de la Terreur judiciaire, comme les lois contre les prĂȘtres rĂ©fractaires et les Ă©migrĂ©s. Jean-Baptiste Carrier est guillotinĂ© en novembre 1794, les membres du Tribunal rĂ©volutionnaire de Paris en mai 1795, Joseph Lebon en octobre 1795. De nombreux Jacobins sont emprisonnĂ©s et plusieurs fonctionnaires accusĂ©s de « robespierrisme Â» rĂ©voquĂ©s. Parmi les personnes concernĂ©es, on peut citer Louis David, Jean Antoine Rossignol ou NapolĂ©on Bonaparte (qui est d’ailleurs vite libĂ©rĂ©). Par divers artifices, les grands artisans de la terreur, et Ă  leur tĂȘte Bertrand BarĂšre de Vieuzac, bien que dĂ©noncĂ©s et dĂ©crĂ©tĂ©s d’arrestation puis mis en accusation[57], Ă©chappent Ă  la guillotine. Collot et Billaud-Varennes sont nĂ©anmoins dĂ©portĂ©s, l’un mourra en Guyane, l’autre deviendra nĂ©grier. D’autres terroristes, comme le riche Vadier[58] et ses collĂšgues du sanguinaire ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale, ou encore Joseph FouchĂ© l’auteur avec Collot d’Herbois des terrifiantes mitraillades de Lyon parviennent Ă  se faufiler entre les mailles du filet.

La loi du 10 juin 1794, 22 prairial An II, (extraits) :

« Article 4 : Le tribunal rĂ©volutionnaire est instituĂ© pour punir les ennemis du peuple.

Article 5 : Les ennemis du peuple sont ceux qui cherchent Ă  anĂ©antir la libertĂ© publique. [
]
Article 6 : Sont rĂ©putĂ©s ennemis du peuple, ceux qui auront provoquĂ© le rĂ©tablissement de la royautĂ©, ou cherchĂ© Ă  avilir ou Ă  dissoudre la Convention nationale et le gouvernement rĂ©volutionnaire et rĂ©publicain. [
] Ceux qui auront cherchĂ© Ă  empĂȘcher les approvisionnements de Paris, ou Ă  causer la disette dans la RĂ©publique. [
]

Article 7 : La peine portĂ©e contre tous les dĂ©lits, dont la connaissance appartient au gouvernement rĂ©volutionnaire, est la mort. [
] L’accusĂ© sera interrogĂ© Ă  l’audience et en public : la formalitĂ© de l’interrogatoire secret qui prĂ©cĂšde est supprimĂ©e comme superflue [
] S’il existe des preuves [
], il ne sera point entendu de tĂ©moins. [
] Â»

Bilan de la Terreur

Mesures Ă©conomiques

L’objectif principal fut, pour Ă©viter les insurrections populaires, d’assurer le ravitaillement des armĂ©es et de Paris contre les provocations des ExagĂ©rĂ©s de la Commune[59]. Pendant le printemps et l’étĂ© 1793, la situation est dramatique : la valeur des assignats s’est fortement dĂ©prĂ©ciĂ©e et la pĂ©nurie menace la population. Les pillages se multiplient et les sans-culottes rĂ©clament des mesures Ă©nergiques. Pour faire face, la Convention dĂ©cide de limiter certains prix dĂšs le 4 mai 1793. En juillet, les municipalitĂ©s peuvent utiliser la peine de mort contre les accapareurs (Loi sur l'accaparement) [60]. À partir du mois d’aoĂ»t, il est interdit d’envoyer des capitaux Ă  l’étranger. Les sociĂ©tĂ©s par action, la Bourse et la caisse d’escompte sont fermĂ©es. Le 29 septembre 1793 est passĂ©e la loi du maximum gĂ©nĂ©ral, (extraits) :

« Les objets que la Convention nationale a jugĂ©s de premiĂšre nĂ©cessitĂ© et dont elle a cru devoir fixer le maximum sont : le pain, la viande, le vin, les grains, les farines, les lĂ©gumes, les fruits, le beurre, le vinaigre, le cidre, l’eau-de-vie, le charbon, l’huile, le savon, le sel, les viandes et poissons, le miel, le sucre, le papier, le chanvre, les laines, les cuirs, le fer et l’acier, le cuivre, les draps, la toiles et toutes les Ă©toffes, les soieries exceptĂ©es. Le maximum du prix des denrĂ©es et des marchandises sera le prix que chacune d’elles avait en 1790. Â»

Le maximum général encourage le marché noir et met en difficulté les industries du textile.

  • Taxation du prix des grains.
  • Emprunts forcĂ©s sur les riches, confiscation des terres des « ennemis du peuple Â» et des suspects (dĂ©cret du 26 fĂ©vrier 1794), perquisitions chez les banquiers[61].
  • RĂ©quisitions encadrĂ©es par une ArmĂ©e rĂ©volutionnaire et les gardes nationaux, ce qui se rĂ©vĂšle efficace au moins jusqu’au dĂ©but de 1794.
  • Émission d’assignats, emprunts extĂ©rieurs
  • La « Terreur financiĂšre Â» est engagĂ©e pour Ă©viter l’hyperinflation, dĂšs le 2 juin 1793.
  • Dirigisme Ă©conomique.

Mesures sociales

Mesures religieuses et culturelles

CathĂ©drale de Clermont-Ferrand : « Le peuple français reconnoit l’Être SuprĂȘme Â» (marquage Ă  la peinture mis au jour lors d’une restauration).
  • Suppression de toutes les congrĂ©gations le 18 aoĂ»t 1792.
  • Suppression des universitĂ©s le 15 septembre 1793.
  • Suppression des acadĂ©mies en dĂ©cembre 1793.
  • CrĂ©ation d’un Calendrier rĂ©publicain.
  • CrĂ©ation d’un calendrier de fĂȘtes rĂ©publicaines, dont la fĂȘte de la Raison et la fĂȘte de l’Être suprĂȘme, fixĂ© par dĂ©cret du 18 florĂ©al an II (7 mai 1794).
  • Une vague de dĂ©christianisation se dĂ©veloppe dans la capitale sous la direction de la Commune, et dans plusieurs dĂ©partements de province, oĂč elle est encouragĂ©e par des reprĂ©sentants en mission comme FouchĂ©. 3 000 communes[63] changent de nom : par exemple, Versailles devient Berceau-de-la-LibertĂ©. Dans la NiĂšvre, les cloches des Ă©glises sont fondues et des mascarades anticlĂ©ricales sont organisĂ©es : on force les curĂ©s Ă  parader sur un Ăąne. FouchĂ© fait donner une fĂȘte civique dans la cathĂ©drale de Nevers[64]. Mais en novembre 1793, Robespierre prononce un discours aux Jacobins dans lequel il condamne l’athĂ©isme[65]. En 1794, alors qu’il contrĂŽle toutes les institutions rĂ©publicaines, l’Incorruptible impose le culte de l’Être suprĂȘme et proclame l’immortalitĂ© de l’ñme.
  • L’archevĂȘque de Paris, Mgr Gobel, et de nombreux prĂȘtres dĂ©missionnent, de nombreuses Ă©glises sont dĂ©saffectĂ©es ou transformĂ©es en temples de la Raison.
  • Confusion entre prĂȘtres rĂ©fractaires et prĂȘtres constitutionnels, qui semblent tous suspects.
  • Censure des thĂ©Ăątres parisiens : le ComitĂ© de Salut Public propose que soient jouĂ©es « des piĂšces au patriotisme reconnu Â»[66].
  • Culte de la Raison demandĂ© par Robespierre. FĂȘte de l’Être suprĂȘme (juin 1794).
Calendrier républicain de 1794, dessin de Louis-Philibert Debucourt.

Dans la nouvelle organisation administrative (découpage en départements), les représentants en mission sillonnent la France pour appliquer les consignes de la Révolution.

Les mesures de dĂ©christianisation commencent Ă  se faire sentir, comme le culte de la Raison, Ă  partir de 1792-1793. Les agendas Ă©taient le principal canal d’information des campagnes, faiblement alphabĂ©tisĂ©es. Il fallait donc supprimer le calendrier grĂ©gorien, et le remplacer par un nouveau calendrier.

Des mesures de rĂ©torsion sont prises vis-Ă -vis des prĂȘtres rĂ©fractaires.

  • Bilan de la dĂ©christianisation : 20 000 prĂȘtres ont abandonnĂ© leurs ministĂšres et 5 000 se sont mariĂ©s[67].

Administration

Les prisons se multiplient Ă  travers la France. Voir la Liste des prisons de Paris lors de la RĂ©volution.

La déchristianisation

Pierre-Antoine Demachy, FĂȘte de l’Être suprĂȘme au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794), 1794, MusĂ©e Carnavalet, Paris

La dĂ©christianisation, dĂ©jĂ  entamĂ©e avec le culte de la Raison, s’intensifie.

Dans le rapport du 18 florĂ©al, Robespierre prĂ©sente, au nom du comitĂ© de salut public un calendrier de fĂȘtes rĂ©publicaines devant remplacer les fĂȘtes catholiques, Ă  travers lequel sont affirmĂ©es les valeurs rĂ©publicaines et respectĂ© le sentiment religieux de la majoritĂ© des Français de l’époque. La Convention affirme la croyance du peuple français en l’immortalitĂ© de l’ñme et en l’Être suprĂȘme. La premiĂšre fĂȘte de l'Être suprĂȘme, le 20 prairial an II (8 juin 1794), est orchestrĂ©e par le peintre David.

Les rĂ©volutionnaires attaquent les symboles de la monarchie absolue : la nĂ©cropole royale de Saint-Denis est livrĂ©e au pillage et plusieurs tombes royales sont dĂ©vastĂ©es. La Sainte Ampoule, utilisĂ©e pour le sacre royal, est dĂ©truite. De nombreuses Ă©glises subissent des mutilations ou des destructions.

Le culte catholique est interdit. Les églises parisiennes sont fermées le 23 novembre 1793, pour ne rouvrir que le 31 mai 1795. Elles sont transformées en temples de la Raison, ou bien en entrepÎts. Le Concordat de 1802 entérine le retour au libre accÚs au culte.

Les agendas sont supprimĂ©s dans les campagnes, suite Ă  l’instauration du calendrier rĂ©publicain. Le calendrier grĂ©gorien n’est rĂ©tabli qu’en 1806.

Le bilan humain

Guillotines de 1792 (Ă  gauche) et de 1872 (Ă  droite)
  • Les exĂ©cutions

Durant cette pĂ©riode, de 16 000 Ă  17 000 personnes furent guillotinĂ©es[68], 25 000 furent victimes d’exĂ©cutions sommaires et environ 500 000 emprisonnĂ©es[69] Ă  un moment ou Ă  un autre, depuis le dĂ©but de 1793. Environ 2 500 personnes furent guillotinĂ©es rien qu’à Paris : 1 306 d’entre elles reposent dans la fosse commune du cimetiĂšre de Picpus[70]. Le Tribunal rĂ©volutionnaire de Paris n’a prononcĂ© que 16 % des sentences de mort, malgrĂ© la loi du 16 avril qui ordonnait que tous les suspects soient dĂ©sormais dĂ©fĂ©rĂ©s devant lui. GĂ©ographiquement, c’est l’Ouest, Ă  cause de la guerre de VendĂ©e, et la VallĂ©e du RhĂŽne, en raison de l’activisme fĂ©dĂ©raliste, qui ont Ă©tĂ© les plus touchĂ©s, ainsi que les provinces frontaliĂšres, oĂč se dĂ©roulaient les opĂ©rations militaires. PrĂšs de quatre condamnations sur cinq ont Ă©tĂ© rendues pour cause de rĂ©bellion ou de trahison, contre seulement 1 % pour des motifs Ă©conomiques, accaparement ou faux assignats, et 9 % pour dĂ©lit d’opinion.

  • La guerre de VendĂ©e : d’aprĂšs les estimations de l’historien Jean-ClĂ©ment Martin, en 1802, un manque de 200 000 personnes est dĂ©tectable, par rapport Ă  1790, si l’accroissement dĂ©mographique n’avait pas Ă©tĂ© Ă©branlĂ© par la guerre, dans les quatre dĂ©partements concernĂ©s. Ce manque est dĂ» pour une part aux pertes directes et indirectes de la guerre civile (hausse de la mortalitĂ©), pour une autre au dĂ©ficit des naissances (baisse de la natalitĂ©) et aux mouvements de population (solde migratoire nĂ©gatif), exacerbĂ©s par les violences.
  • Les massacres en province
    • À Nantes : entre 1793 et 1794, Jean-Baptiste Carrier, reprĂ©sentant de la Convention en mission Ă  Nantes, ordonne un grand nombre d’exĂ©cutions sommaires, certaines par noyade dans la Loire depuis des bateaux munis de trappes : les condamnĂ©s, attachĂ©s deux par deux (un homme, une femme), se noient mutuellement ; Jean-Baptiste Carrier avait baptisĂ© ces exĂ©cutions la « dĂ©portation verticale Â», elles sont restĂ©es cĂ©lĂšbres sous le nom de « mariages rĂ©publicains Â». Il est rappelĂ© Ă  Paris pour ĂȘtre jugĂ©, suite au rapport de l’agent du ComitĂ© de salut public, Jullien de Paris, fils du dĂ©putĂ© Jullien de la DrĂŽme et proche de Robespierre.
    • À Lyon : pendant la RĂ©volution française, Lyon prit en 1793 le parti des Girondins et se souleva contre la Convention. La ville subit un siĂšge de plus de deux mois avant de se rendre le 9 octobre 1793. La rĂ©pression de la Convention fut fĂ©roce. Environ 2 000 Lyonnais furent fusillĂ©s ou guillotinĂ©s, et plusieurs riches hĂŽtels particuliers autour de la place Bellecour dĂ©truits. Joseph FouchĂ©, l’un des reprĂ©sentants en mission en charge de la rĂ©pression, fut surnommĂ© le « mitrailleur de Lyon Â». Lyon fut renommĂ©e Ville-affranchie. Le 12 octobre 1793, parut un dĂ©cret stipulant :
Lyon fit la guerre Ă  la libertĂ©, Lyon n’est plus.

Jugements sur la Terreur

La Terreur a longtemps fait l’objet de dĂ©bats entre les historiens. Elle constitue l’un des Ă©pisodes les plus controversĂ©s et passionnĂ©s de l’Histoire de France. Les discussions portent sur les causes, les responsabilitĂ©s et le lien entre Terreur et RĂ©volution.

Jugement des contemporains

George Cruikshank. Caricature britannique, hostile à la Révolution française, 1819

À Marseille et dans quelques villes, des citoyens, notamment les lecteurs de l’ami du Peuple de Marat, inspirateur et auteur des massacres, et du PĂšre DuchĂȘne de Jacques-RenĂ© HĂ©bert, juge du peuple autoproclamĂ© Ă  la prison de la Force, se fĂ©licitent des meurtres pour des raisons qu’on n'a toujours pas fini d’élucider. Toutefois, plusieurs partisans de la RĂ©volution, en France et en Europe, sont profondĂ©ment choquĂ©s. En fait, ces massacres dans les prisons parisiennes, poursuivis en province les jours suivants, dĂ©clenchent une indignation gĂ©nĂ©ralisĂ©e et durable puisque le dossier des massacres de septembre a Ă©tĂ© rouvert par tous les gouvernements et tous les rĂ©gimes jusqu’à la Restauration[75].

Les libéraux européens, qui avaient placé leurs espérances dans la France révolutionnaire, désapprouvent les méthodes violentes et arbitraires du Comité de salut public.

Le Saint-SiĂšge condamna Ă©videmment les Ă©gorgements de prĂȘtres sans dĂ©fense. Les catholiques assimilĂšrent les VendĂ©ens et les prĂȘtres rĂ©fractaires Ă  des martyrs. Les monarques Ă©trangers ainsi que les royalistes rĂ©prouvent l’exĂ©cution de Louis XVI et des nobles.

DĂšs la pĂ©riode rĂ©volutionnaire, la RĂ©volution française et sa pĂ©riode terroriste, ont font l’objet de nombreux pamphlets et de nombreuses Ă©tudes, parmi les royalistes, qu’il s’agisse du roman l’ÉmigrĂ© (1797), oĂč Gabriel SĂ©nac de Meilhan dĂ©veloppe une analyse intelligente et pondĂ©rĂ©e, de l’Essai sur les rĂ©volutions (1797) de Chateaubriand, qui est fascinĂ© par la RĂ©volution mais bouleversĂ© par ses excĂšs, des essais de Joseph de Maistre, qui voit dans la guerre civile qui ensanglante la France sous la RĂ©volution une catastrophe d’ordre mĂ©taphysique, ou des MĂ©moires pour servir Ă  l’histoire du Jacobinisme de l’original abbĂ© Augustin Barruel, qui voit dans la RĂ©volution un complot des francs-maçons, thĂšse contrebattue par le Constituant Mounier et d'autres aprĂšs lui. De mĂȘme, parmi les rĂ©publicains libĂ©raux, on assiste Ă  une critique de l’égalitarisme de l’an II, avec une dĂ©nonciation de la loi agraire, qui aurait Ă©tĂ© prĂ©tendument dĂ©fendue par les Jacobins.

Jugements postérieurs

Plusieurs philosophes ont rĂ©flĂ©chi sur la portĂ©e et le "sens" Ă  donner Ă  l’épisode terrorriste dĂšs le XIXe siĂšcle : Madame de StaĂ«l, Benjamin Constant. Louis-Gabriel de Bonald estime qu’elle est le prĂ©lude nĂ©cessaire d’une rĂ©gĂ©nĂ©ration. Sous la Restauration, on enseigne aux Ă©lĂšves que la RĂ©volution française ne fut qu’une sĂ©rie de massacres et qu’une pĂ©riode d’anarchie gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Les Ă©crivains français Victor Hugo, HonorĂ© de Balzac ou Alfred de Vigny « voient dans la violence rĂ©volutionnaire l’expression de la crise radicale des valeurs que la France a traversĂ©e[76] 
 Â». L’historien Hippolyte Taine est clairement hostile Ă  la Terreur.

A la fin du XXe siĂšcle, de nombreux historiens ont mis en avant des documents relativisant la "thĂ©orie des circonstances" dĂ©fendue par l’école lĂ©niniste puis stalinienne pour justifier ses propres atrocitĂ©s. C’est la thĂšse selon laquelle le terrorrisme aurait constituĂ©, pour le gouvernement rĂ©volutionnaire, un instrument destinĂ© Ă  sauver la RĂ©publique de l’invasion militaire et de la contre-rĂ©volution. François Furet a indiquĂ© qu’une rĂ©pression modĂ©rĂ©e aurait suffi et il a mis en lumiĂšre les "dĂ©rapages" nombreux qui, en effet, ont accompagnĂ© la RĂ©volution. Olivier Blanc s’est interrogĂ© sur les raisons de ces dĂ©rapages dont certains, selon lui, n’étaient pas fortuits mais provoquĂ©s par certains rĂ©volutionnaires dont principalement BarĂšre de Vieuzac, qui, pour des raisons diverses, voulaient Ă©viter des nĂ©gociations de paix et faire reconnaĂźtre la RĂ©publique par les Ă©tats qui y Ă©taient disposĂ©s[77].

Plus rĂ©cemment, Patrice Gueniffey a consacrĂ© un essai Ă  la "politique de la Terreur"[78]. La dĂ©finissant comme une stratĂ©gie destinĂ©e Ă  provoquer un "degrĂ© de peur jugĂ© nĂ©cessaire Ă  l'accomplissement d'objectifs politiques", se basant intentionnellement sur l’arbitraire afin d’obtenir la soumission de tous les citoyens, l’auteur soutient que la Terreur est devenue un moyen de gouvernement destinĂ© Ă  asseoir la lĂ©gitimitĂ© du rĂ©gime rĂ©volutionnaire. Il la considĂšre comme une fatalitĂ© dans toute rĂ©volution "considĂ©rĂ©e comme modalitĂ© du changement". L’auteur tente de dĂ©montrer que, dĂšs 1789, est apparue au sein mĂȘme de l’AssemblĂ©e constituante une "rhĂ©torique implacable et meurtriĂšre". Peu Ă  peu, la concurrence entre les rĂ©volutionnaires a entraĂźnĂ© une surenchĂšre de la violence, dans un contexte de dĂ©composition de l’État. La RĂ©volution a fabriquĂ© et multipliĂ© ses propres adversaires, sous le prĂ©texte de complots, afin de permettre au systĂšme terroriste de se perpĂ©tuer, indĂ©pendamment des circonstances politiques et militaires. La pĂ©riode de la Terreur prĂ©sentĂ©e comme consubstantielle Ă  la RĂ©volution française a continuĂ© de servir de repoussoir pour tous les pouvoirs libĂ©raux, mais conservateurs. Pour les tenants des thĂšses adverses, elle continue Ă  justifier d'une part le rejet de l’hĂ©ritage rĂ©volutionnaire par les catholiques et les royalistes, d’autre part, de toute idĂ©ologie rĂ©volutionnaire (qualifiĂ©e par certains philosophes d’« utopistes Â», depuis les annĂ©es 1980) par les libĂ©raux et la gauche modĂ©rĂ©e.

Par comparaison, la Terreur blanche dĂ©signe deux Ă©pisodes de l’histoire de France au cours desquels la rĂ©pression est menĂ©e par les royalistes. AprĂšs la rĂ©volution russe d’octobre 1917, les communistes, autour de LĂ©nine instaurent ce qu’ils appellent la dictature du prolĂ©tariat qui se rĂ©clame de l’hĂ©ritage terroriste de l’an II, pour asseoir le rĂ©gime soviĂ©tique, tandis que, dans les territoires contrĂŽlĂ©es par les armĂ©es blanches, favorables au tsar, se dĂ©veloppe une autre terreur blanche, contre les communistes

Sens et contenu du mot terreur révolutionnaire

La Terreur comme instrument de gouvernement a pu ĂȘtre considĂ©rĂ© comme indispensable, avec des nuances, et dans des sens diffĂ©rents, parmi les mouvements dĂ©mocratiques des XIXe et XXe siĂšcles, selon qu’ils parlaient de "terrorrisme d'Ă©tat" ou de "rĂ©pression motivĂ©e en temps de guerre".

Certains rares auteurs acceptent le principe du terrorrisme d’état : c’est par exemple le cas de l’écrivain et rĂ©volutionnaire allemand Georg Forster (1754-1794)[79].

AprĂšs une lecture globalement hostile Ă  la terreur rĂ©volutionnaire, dans les premiĂšres dĂ©cennies du XIXe siĂšcle, un mouvement s’est dĂ©veloppĂ© parmi les historiens français pour expliquer, justifier et attĂ©nuer la portĂ©e des crimes commis durant cette pĂ©riode. Ils ont cherchĂ© Ă  voir la Terreur comme une rĂ©ponse liĂ©e aux circonstances, avec des lectures extrĂȘmement diffĂ©rentes selon ce qu’ils entendaient par "Terreur"[80], opposant des historiens modĂ©rĂ©s comme Edgar Quinet Ă  des historiens socialisants comme Louis Blanc.

Sous la IIIe RĂ©publique, l’opposition entre 1789 et 1793 qui prĂ©valait jusque-lĂ  parmi les rĂ©publicains modĂ©rĂ©s tend Ă  s’estomper (selon le mot de Georges Clemenceau : « la RĂ©volution est un bloc Â»).

Toutefois, un conflit opposa, sur ce point, Alphonse Aulard, l’un des principaux spĂ©cialistes de la RĂ©volution Ă  cette Ă©poque, dĂ©fenseur de Danton, contre son ancien Ă©lĂšve, Albert Mathiez, admirateur de Robespierre. Pour Mathiez, les sĂ©vĂ©ritĂ©s prĂ©conisĂ©es par Robespierre Ă©taient nĂ©cessaires, aussi dĂ©fend-il le rĂŽle du gouvernement rĂ©volutionnaire de l’an II et Ă©tablit les sources du socialisme dans le discours robespierriste. Albert Mathiez, mort prĂ©maturĂ©ment sans avoir eu le temps d’aborder la question de la responsabilitĂ© relative de Robespierre dans les dĂ©rapages de la terreur rĂ©volutionnaire[81], a eu une influence dĂ©cisive sur plusieurs grands noms de l’histoire, qu’il s’agisse de Lucien Febvre, de Georges Lefebvre ou de Albert Soboul[82], (qui reprend la grille de lecture marxiste de l’histoire et offre un regard plus amĂšne sur HĂ©bert et sur les exagĂ©rĂ©s). Les Ă©coles de la IIIe RĂ©publique justifient la Terreur et les manuels Lavisse qui approuvent la mort de Louis XVI, la prĂ©sentent sans nuance comme une rĂ©ponse appropriĂ©e au soulĂšvement vendĂ©en et Ă  la coalition. S’impose peu Ă  peu dans l’opinion française que la Terreur n’a Ă©tĂ© qu’une rĂ©ponse Ă  la violence de la monarchie absolue et aux agressions Ă©trangĂšres ; elle n’est exercĂ©e que par une minoritĂ© d’individus et ne doit pas faire oublier les sacrifices des autres Français.

La recherche historique de l’aprĂšs Seconde Guerre mondiale tente d’analyser le mouvement rĂ©volutionnaire et la rĂ©pression qu’il prĂ©conise dans ses structures politiques et socio-Ă©conomiques, avec l’étude des mercuriales[83], de l’organisation du foncier, des pratiques agricoles, des structures proto-industrielles, etc. Le courant de la Nouvelle histoire se lance dans de grandes Ă©tudes sĂ©rielles, privilĂ©giant les pĂ©riodes longues. À partir de l’entre-deux-guerres, le courant de l’École des Annales, initiĂ© par Marc Bloch et Lucien Febvre, puis Fernand Braudel, dĂ©nonce le primat de l’histoire politique Ă©vĂ©nementielle et la mĂ©thode positiviste de Langlois et Charles Seignobos, et base ses travaux sur des interrogations d’ordre Ă©conomique, social ou culturel en multipliant les types de sources correspondant.

Dans la mĂȘme orientation, les Annales historiques de la RĂ©volution française, revue de la SociĂ©tĂ© des Ă©tudes robespierristes (fondĂ©e en 1907, et dont le premier prĂ©sident fut Albert Mathiez) sous la direction de Georges Lefebvre et d’Albert Soboul, se dĂ©sintĂ©resse des Ă©pisodes sanglants de cette pĂ©riode, ne remet pas en cause "l'utilitĂ©" de la Terreur, s’attachant plutĂŽt Ă  l’analyse du rĂŽle des classes sociales. Titulaire de l’histoire de la RĂ©volution française Ă  la chaire de la Sorbonne, Soboul Ă©tudie le mouvement sans-culotte, le mouvement jacobin, etc. Dans les annĂ©es 1990, Michel Vovelle, membre de la sociĂ©tĂ© des Ă©tudes robespierristes, ne remet pas en cause les thĂšses de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Il cherchĂ© nĂ©anmoins Ă  renouveler les grandes Ă©tudes sociales et Ă©conomiques, avec une approche plus directe de l’individu, liĂ©e Ă  la micro-histoire et Ă  l’histoire culturelle.

En rupture profonde avec les thĂšses communisantes sur les "circonstances", François Furet et Denis Richet ont relancĂ© en 1989 le dĂ©bat historiographique, intĂ©grant les nouvelles problĂ©matiques et en plaçant la RĂ©volution dans la longue histoire. Ils se placent depuis les annĂ©es 1980 dans une perspective critique par rapport aux enseignements du rĂ©gime soviĂ©tique et de l’idĂ©ologie communiste[84].

Fondements idéologiques

Pour les RĂ©volutionnaires, la terreur va de pair avec la vertu rousseauiste.[rĂ©f. nĂ©cessaire] Saint-Just oppose, dans un discours Ă  la Convention du 23 PluviĂŽse an II, la terreur Ă  la vertu et la terreur aux aristocrates cachĂ©s sous le masque du patriotisme, dĂ©signant par lĂ  certains membres de la Commune et des clubs : « Il est temps que tout le monde retourne Ă  la morale, et l’aristocratie Ă  la terreur ; il est temps de faire un devoir de toutes les vertus, de faire la guerre Ă  toute espĂšce de perversitĂ©, de mettre la rĂ©volution dans l’état civil, d’immoler sans pitiĂ© sur la tombe du tyran tout ce qui regrette la tyrannie, tout ce qui est intĂ©ressĂ© Ă  la venger, tout ce qui peut la faire revivre parmi nous
 Il y a dans la rĂ©publique une conjuration ourdie par l’étranger pour empĂȘcher par la corruption que la libertĂ© ne s’établisse ; c’est la ligue de tous les vices armĂ©s contre la vertu. Que la justice et la probitĂ© soient mises Ă  l’ordre du jour ! Â»

Dans son Rapport sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans l’administration de la RĂ©publique du 18 pluviĂŽse, Robespierre fait allusion aux "affaires", entre autres celle de la liquidation de la Compagnie des Indes, Ă  quoi il oppose la vertu. Il Ă©crit que : « la premiĂšre maxime de notre politique doit ĂȘtre que l’on conduit le peuple par la raison, et les ennemis du peuple par la terreur. Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire, en rĂ©volution est Ă  la fois la vertu et la terreur. La vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sĂ©vĂšre, inflexible : elle est donc une Ă©manation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu’une consĂ©quence du principe gĂ©nĂ©ral de la dĂ©mocratie appliquĂ© aux plus pressants besoins de la patrie. Â»

Robespierre s’inscrit en faux contre Montesquieu[rĂ©f. nĂ©cessaire], qui avait thĂ©orisĂ© que les formes de gouvernement rĂ©publicain et despotique ont en commun, pour principe, la vertu et la crainte, en ajoutant : « On a dit que la terreur Ă©tait le ressort du gouvernement despotique. Le vĂŽtre ressemble-t-il au despotisme ? Oui, comme le glaive qui brille dans les mains des hĂ©ros de la libertĂ© ressemble Ă  celui dont les satellites de la tyrannie sont armĂ©s. Â»

Que le despote gouverne par la terreur ses sujets abrutis, il a raison comme despote. Domptez par la terreur les ennemis de la libertĂ©, et vous aurez raison comme fondateurs de la rĂ©publique. Le gouvernement de la rĂ©volution est le despotisme de la libertĂ© contre la tyrannie.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Cette vertu devient donc, comme celle du Prince de Machiavel, une vertu, moins morale que politique, dont l’ultime dessein est de conserver le pouvoir.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

À lire

Ouvrages en français

  • Daniel Arasse, La Guillotine et l’Imaginaire de la Terreur, Paris, Flammarion, 1987
  • Bronislaw Baczko, Comment sortir de la terreur. Thermidor et la RĂ©volution, Paris, Gallimard, 1989.
  • Biard Michel (sous la direction de), Les Politiques de la Terreur, Paris, SociĂ©tĂ© des Ă©tudes robespierristes et Presses universitaires de Rennes, 2008, 485 pages.
  • Roger Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine : Tome 2, La RĂ©publique jacobine : Terreur, guerre et gouvernement rĂ©volutionnaire 1792-1794, Paris, Seuil, 2005, (ISBN 2-02-039818-4).
  • Patrice Gueniffey, La politique de la Terreur. Essai sur la violence rĂ©volutionnaire (1789-1794), Paris, Fayard, 2000; Gallimard - TEL, 2003.
  • C. Kintzler, La RĂ©publique et la terreur, Paris, KimĂ©, 1998, (ISBN 2-84174-023-4)
  • Jean-ClĂ©ment Martin, Violence et RĂ©volution. Essai sur la naissance d’un mythe national, le Seuil, 2006.
  • Histoire de la France religieuse, sous la direction de Jacques Le Goff et RenĂ© RĂ©mond, le Seuil, Tome 3, XVIIIe siĂšcle - XIXe siĂšcle (Indications sur le culte de l’Être suprĂȘme et la dĂ©christianisation pendant la pĂ©riode).
  • Germain Sicard, Justice et politique : la Terreur dans la RĂ©volution française, Toulouse, Presses de l’UniversitĂ© des Sciences Sociales de Toulouse, 1997, (ISBN 2-909628-33-7)
  • Michel Vovelle, 1793, La RĂ©volution contre l’Église, de la Raison Ă  l’Être SuprĂȘme, Ă©ditions Complexe, 1988.
  • Sophie Wahnich, La LibertĂ© ou la mort. Essai sur la terreur et le terrorisme. Paris : La Fabrique Éditions, 2003.
  • MĂ©moires sur la RĂ©volution de France et recherches sur les causes qui ont amenĂ© la RĂ©volution de 1789 et celles qui l’ont suivie (4 volumes), de Vincent-Marie ViĂ©not de Vaublanc Texte en ligne : [2]. (spĂ©cialement le tome 2, livre IV, chapitre II de la pages 243 Ă  296), Ă©dition G-A Dentu, Paris, 1833.
  • Olivier Blanc
    • La derniĂšre lettre, prisons et condamnĂ©s de la RĂ©volution, prĂ©face de Michel Vovelle, Robert Laffont, 1984 & Collection Pluriel 1986 (avec Critiques et Commentaires).
    • Les hommes de Londres, histoire secrĂšte de la Terreur , Albin Michel, 1989.
    • La corruption sous la Terreur, Robert Laffont, 1992.
  • Antoine de Baecque (sous la dir.), Pour ou contre la RĂ©volution française, Paris, Bayard, 2002.

Articles

  • Jean-Maurice de Montremy, « 1789 et 1793 : la Terreur en question Â», dans L’Histoire, no 90, p 72-74
  • François Lebrun, « La logique de la Terreur Â», dans L’Histoire no 113
  • François Lebrun, La Terreur Ă  l’ordre du jour, dans Les collections de l’Histoire, no 25, p 74-79
  • Jean-ClĂ©ment Martin, « La RĂ©volution a coupĂ© la France en deux Â», dans L’Histoire no 311, juillet-aoĂ»t 2006
  • Alain Texier, « La terreur institutionalisĂ©e Â», dans Historia no 624, dĂ©cembre 1998
  • Antoine de Baecque, « Apprivoiser une histoire dĂ©chaĂźnĂ©e : dix ans de travaux historiques sur la Terreur Â», Annales, 2002, no 4, pp. 851-865. [lire en ligne]

Sources

Ces ouvrages ont Ă©tĂ© utilisĂ©s pour rĂ©diger cet article :

  • Collectif, Oublier nos crimes. L’amnĂ©sie nationale : une spĂ©cificitĂ© française, Paris, Autrement, SĂ©rie Mutations n°144, 1994, (ISBN 2-86260-470-4)
  • François Furet, Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la RĂ©volution française, Paris, Flammarion, 1988, (ISBN 2-08-211537-2)
  • Roger Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. Tome 2 : La RĂ©publique jacobine, Paris, Seuil, 2005, (ISBN 2-02-039818-4)
  • Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française. 1789-1799, Ă©d. Robert Laffont, coll. « Bouquins Â», Paris, 1987,1998 [dĂ©tail de l’édition]
  • Albert Soboul, Dictionnaire historique de la RĂ©volution française, Paris, PUF, Quadrige, 2005, (ISBN 2-13-053605-0)
  • François Furet, Denis Richet, La RĂ©volution française, Paris, Hachette LittĂ©ratures, 1999, (ISBN 2-01-278950-1)

Notes et références

  1. ↑ On trouve des dĂ©finitions de ce mot dans les dictionnaires historiques citĂ©s en bibliographie et dans la majoritĂ© des ouvrages sur la RĂ©volution tels ceux donnĂ©s en bibliographie
  2. ↑ DĂ©finition de J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1113 ; voir aussi P. Gueniffey, La politique de la Terreur, 2000, p.13 : la Terreur se caractĂ©rise par l’« emploi de la contraintes et de la violence Ă  des fins politiques et dans le silence des lois Â»
  3. ↑ Jacques Godechot Les RĂ©volutions, 1770-1799, P.U.F 1965 p. 169
  4. ↑ Jean-ClĂ©ment Martin, « La RĂ©volution a coupĂ© la France en deux Â», L’Histoire, n°311, p. 39 ; P. Gueniffey, La politique de la Terreur, 2000, p.13
  5. ↑ Sur ce dĂ©coupage voir : A. Soboul, La RĂ©volution française, 1981, page 253, F. Furet, D. Richet, La RĂ©volution française, 1999, p.158 et J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1113
  6. ↑ Pas plus que la chute de la royautĂ©, la premiĂšre rĂ©union de la Convention nationale n’aurait pu sauver la France des dangers qui la menaçaient.
  7. ↑ FrĂ©dĂ©ric Bluche, Septembre 1792. Logiques d’un massacre, Robert Laffont, 1986, p. 22
  8. ↑ Claude Mazauric propose de faire dĂ©buter la Terreur proprement dite le 17 septembre 1793, date de la « loi des suspects Â», dans Albert Soboul, Dictionnaire historique de la RĂ©volution française, 2005, p. 1021.
  9. ↑ Pour Patrice Gueniffey, le 9 thermidor tourne plutĂŽt une page de l’histoire de la Terreur qu’il n’en signe la fin. La politique de la Terreur. Essai sur la violence rĂ©volutionnaire 1789-1794, Gallimard 2003 p.16
  10. ↑ Alexandre Tuetey, RĂ©pertoire des sources manuscrites de l’Histoire de Paris pendant la RĂ©volution, (volumes IX, X et XI): la Commune de Paris, qui possĂšde, depuis le 10 aoĂ»t 1792, le pouvoir militaire, a participĂ© dans une moindre mesure Ă  la politique de rĂ©pression ; le ComitĂ© de surveillance du dĂ©partement de Paris a, en revanche, dĂ©livrĂ© un certain nombre d’ordres d’arrestation et entraĂźnĂ© le renvoi de nombreux suspects devant le Tribunal rĂ©volutionnaire
  11. ↑ Cambon fut le seul ministre en titre qui exerça ses fonctions avec une relative indĂ©pendance
  12. ↑ Jean-ClĂ©ment Martin, « La RĂ©volution a coupĂ© la France en deux Â», L’Histoire, no 311, page 39
  13. ↑ Selon BarĂšre, dans sa "carmagnole du 5/9/1793, c’est la "pression" des sans-culottes - autrement dit la pression de la Commune hĂ©bertiste ou exagĂ©rĂ©e de Paris qui avait dictĂ© ce choix. Cette interprĂ©tation de BarĂšre est validĂ©e par Diane Ladjouzi, « Les journĂ©es des 4 et 5 septembre 1793 Ă  Paris. Un mouvement d’union entre le peuple, la Commune de Paris et la convention pour un exĂ©cutif rĂ©volutionnaire Â», in Annales historiques de la RĂ©volution française, no 321, [En ligne], mis en ligne le : 21 fĂ©vrier 2006. URL : http://ahrf.revues.org/document178.html. ConsultĂ© le 24 mai 2007.
  14. ↑ Cette constatation montre que la "Loi des suspects" Ă©tait indĂ©pendante de l'Ă©tat de guerre comme BarĂšre l'avait fait croire Ă  l'opinion.
  15. ↑ Ils ont cosignĂ© de trĂšs nombreux sinon la plupart des mandats d’arrĂȘt que leur prĂ©sentaient Vadier et Amar du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale : voir A. Tuetey, RĂ©pertoire des sources manuscrites (
), vol IX, X et XI
  16. ↑ Dupin de Beaumont et son ami BarĂšre prĂ©levĂšrent une sorte de dĂźme sur l’argent rĂ©coltĂ© aprĂšs la saisie des biens des fermiers gĂ©nĂ©raux
  17. ↑ Et connue Ă  Paris le 1eraoĂ»t suivant
  18. ↑ « La ville de Paris et tous ses habitants sans distinction seront tenus de se soumettre sur le champ et sans dĂ©lai au roi. Leurs MajestĂ©s ImpĂ©riales et Royales rendant personnellement responsables de tous les Ă©vĂšnements, sur leur tĂȘte, pour ĂȘtre jugĂ©s militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l’AssemblĂ©e Nationale, du dĂ©partement du district, de la municipalitĂ© et de la garde nationale de Paris (
) dĂ©clarent (
) que si le chĂąteau des Tuileries est forcĂ© ou insultĂ©, que s’il est fait la moindre violence, le moindre outrage Ă  Leurs MajestĂ©s, le roi, la reine et la famille royale (
) elles en tireront une vengeance exemplaire et Ă  jamais mĂ©morable. Â» Extrait de manifeste de Brunswick, 25 juillet 1972»
  19. ↑ Dictionnaire historique de la RĂ©volution française Albert Soboul Ă©dition « Quadrige Â» P.U.F. 2005 p. 363
  20. ↑ J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1113 ; R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.156
  21. ↑ Georges Lefebvre, Raymond Guyot, Philippe Sagnac La RĂ©volution française Librairie FĂ©lix Alcan 1930, p.120
  22. ↑ Il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que la dĂ©chĂ©ance du roi ne peut ĂȘtre prise que par une Convention Ă©lue au suffrage universel
  23. ↑ J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1113 ; A. Soboul, Dictionnaire historique
, 2005, p.1020
  24. ↑ A. Soboul, Dictionnaire historique 
, 2005, p.1020
  25. ↑ François Furet et Denis Richet, La RĂ©volution française Fayard 1973, p. 169
  26. ↑ De nombreux contemporains ont avancĂ© que Brunswick s’était retirĂ© volontairement pour Ă©viter une nouvelle offensive de la Commune, cette fois sur la prison du Temple
  27. ↑ F. Furet, D. Richet, La RĂ©volution française, 1999, p.135
  28. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.59
  29. ↑ F. Furet, D. Richet, La rĂ©volution française, 1999, p.195
  30. ↑ Le nombre de membres fut fixĂ© Ă  trente le 17 octobre suivant
  31. ↑ ComposĂ© de douze membres ; Vadier, Voulland, Amar, Jagot, La Vicomterie, Dubarran Moyse Bayle, Elie Lacoste, Louis du Bas Rhin, Ruhl, David.
  32. ↑ Le 2 juin 1793, la Commune de Paris envoya 80 000 hommes poussant des canons devant eux encerclĂšrent la Convention et rĂ©clamĂšrent l’arrestation de 29 dĂ©putĂ©s et deux ministres girondins : F. Furet, D. Richet, La rĂ©volution française, 1999, p.200
  33. ↑ Principalement des individus qui avaient prĂŽnĂ© l’exagĂ©ration comme Chaumette, HĂ©bert, Desfieux, etc. que BarĂšre et Collot d’Herbois, leurs soutiens jusqu’alors, abandonnĂšrent Ă  contre cƓur. Ils devaient donner des gages Ă  Robespierre qui avait pris conscience du danger politique que reprĂ©sentait pour la RĂ©publique, l’exagĂ©ration de la rĂ©pression Ă  Paris et en province.
  34. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.174
  35. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.175
  36. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.176
  37. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.178
  38. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.146
  39. ↑ Bilan estimĂ© dans R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.267
  40. ↑ Expression reprise dans J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1113. À la suite des travaux de Reynald Secher, quelques historiens utilisent le terme de « gĂ©nocide Â». On peut citer ainsi StĂ©phane Courtois (« The crimes of Communism Â»), Reynald Secher (Le gĂ©nocide franco-français : la VendĂ©e vengĂ©e, PUF, Paris, 1986) ou Pierre Chaunu qui Ă©crit : « je reprends donc l’expression de gĂ©nocide franco-français pour la VendĂ©e. Â» (postface du livre La VendĂ©e aprĂšs la Terreur, la reconstruction, Librairie AcadĂ©mique Perrin, Paris, 1997). Pour une critique de ces thĂšses, on peut lire Peter McPhee (commentaire de la thĂšse de Secher), sur l’évolution de l’historiographie et l’influence de Chaunu, Julian Jackson (in Stefan Berger, Mark Donovan, Kevin Passmore (dir.), Writing National Histories - Western Europe Since 1800, Routledge, Londres, 1999, pp. 247 sq.)
  41. ↑ Jean-ClĂ©ment Martin, « Un gĂ©nocide ? Â», in L’Histoire, no 311, « La guerre civile. 2000 ans de combats fratricides Â»
  42. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.170
  43. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.263
  44. ↑ J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1114
  45. ↑ F. Furet, M. Ozouf, Dictionnaire critique de la RĂ©volution française, p.158
  46. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.266
  47. ↑ Jean-ClĂ©ment Martin, Violence et RĂ©volution. Essai sur la naissance d’un mythe national, Ă©ditions du Seuil, 2006, p. 221-226
  48. ↑ Olivier Blanc La Terreur, l’État de la France pendant le RĂ©volution, sous la direction de Michel Vovelle, 1989, p. 

  49. ↑ Olivier Blanc, Les hommes de Londres, Paris, Albin Michel, 1989; Jean-ClĂ©ment Martin, Violence et RĂ©volution. Essai sur la naissance d’un mythe national, Ă©ditions du Seuil, 2006, p. 226-233
  50. ↑ article 4, titre Ier, 1re partie, Code pĂ©nal de 1791
  51. ↑ Robespierre qui voyait surtout l’article 10 qui rĂ©duisait le pouvoir (le "vagabondage") des comitĂ©s rĂ©volutionnaires et donc de la Terreur, n’a pas mesurĂ© les inconvĂ©nients d’une application dĂ©tournĂ©e d’autres articles, comme l’article 13 sur les preuves matĂ©rielles et les tĂ©moins. Voir Philippe Le Bas, Annales de l’Histoire de France, p.377.
  52. ↑ La politique de la Terreur, Paris, 2000, p. 277-315
  53. ↑ Cette campagne Ă©tait menĂ©e par voie de presse et d’affiches, Ă©galement Ă  l’assemblĂ©e oĂč certains voulaient lui attribuer une garde prĂ©torienne, attribut des tyrans anciens et modernes.
  54. ↑ Mathiez, Autour de Robespierre
  55. ↑ Avec le remplacement du noyau dur des partisans de la continuation de la Terreur, formĂ© par Collot d’Herbois, BarĂšre de Vieuzac et Billaud-Varenne
  56. ↑ Le lendemain, 71 membres du conseil de la commune de Paris furent guillotinĂ©s puis enterrĂ©s dans des fosses communes. Voir R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.281
  57. ↑ Les dĂ©putĂ©s Lecointre de Versailles et Saladin ont publiĂ© tous les Ă©lĂ©ments accablants qui devaient servir Ă  instruite leur procĂšs
  58. ↑ L’un des plus gros contribuable de sa rĂ©gion
  59. ↑ Voir les travaux importants de Richard Cobb
  60. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.211
  61. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.207
  62. ↑ Nadine Vivier, PropriĂ©tĂ© collective et identitĂ© communale. Les Biens Communaux en France, 1750-1914, 1998
  63. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.223
  64. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.231
  65. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.235
  66. ↑ R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.222
  67. ↑ Chiffres donnĂ©s par R. Dupuy, Nouvelle histoire de la France contemporaine. La RĂ©publique jacobine, 2005, p.236-237
  68. ↑ Ces chiffres sont le fruit du travail de Donald Greer, The Incidence of the Terror during the French Revolution : A Statistical Interpretation, Cambridge (USA), Harvard University Press, 1935. Ils sont repris dans J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1114 et dans A. Soboul, Dictionnaire historique 
, 2005, p.1023 ; 50 000 personnes ont Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©es pour l’ouvrage collectif, Oublier nos crimes, 1994, p.94
  69. ↑ D’aprĂšs F. Furet, M. Ozouf, Dictionnaire critique de la RĂ©volution française, p.162 ; 300 000 dans Collectif, Oublier nos crimes, 1994, p.94
  70. ↑ Laurent Zecchini, « La Fayette, voilĂ  tes maires ! Â», dans Le Monde du 28-12-2007, mise en ligne le 27-12-2007, [lire en ligne]
  71. ↑ J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1114
  72. ↑ J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la RĂ©volution française, 1789-1799, 1987, p.1114
  73. ↑ A. Soboul, Dictionnaire historique 
, 2005, p.1023
  74. ↑ A. Soboul, Dictionnaire historique 
, 2005, p.1023
  75. ↑ Alexandre Tuetey, RĂ©pertoire des sources manuscrites de l’histoire de Paris pendant la rĂ©volution, volume VII (1905).
  76. ↑ Collectif, Oublier nos crimes, 1994, p.89
  77. ↑ Olivier Blanc, Les espions de la RĂ©volution et de l’Empire, Paris, Perrin, 1995
  78. ↑ La politique de la Terreur. Essai sur la violence rĂ©volutionnaire (1789-1794), Paris, Fayard, 2000.
  79. ↑ Collectif, Oublier nos crimes, 1994, p.87
  80. ↑ Le mot est toujours utilisĂ© voire instrumentalisĂ© avec des sens diffĂ©rents selon les buts que l’on veut atteindre. Depuis 1793, ce mot recouvre pĂȘle-mĂȘle, selon les utilisateurs, les expressions diffĂ©rentes de "terrorrisme d'Ă©tat" ou de "rĂ©pression motivĂ©e en temps de guerre".
  81. ↑ Il avait pressenti les divisions au sein du ComitĂ© de salut public que l’on croyait soudĂ©, et remarquĂ© aprĂšs Hamel l’influence particuliĂšre de Robespierre pour faire cesser, contre l’avis de ses collĂšgues, les exagĂ©rations terrorristes du ComitĂ© de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale. Mais ses travaux ont Ă©tĂ© (sciemment ?) abandonnĂ©s par ses successeurs des Études robespierristes.
  82. ↑ qui font partie du courant de l’historiographie rĂ©volutionnaire : lire P. Gueniffey, La politique de la Terreur, 2000, p.10
  83. ↑ Ă©bauchĂ©e avec l’étude des prix sous la Terreur, par Albert Mathiez
  84. ↑ Collectif, Oublier nos crimes, 1994, p.92
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