Synagogue

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Synagogue
Vitrail de la synagogue Sixth and I, Washington D.C.

Une synagogue (du grec ő£ŌÖőĹőĪő≥ŌČő≥őģ / Sunag√īg√™, ¬ę assembl√©e ¬Ľ adapt√© de l'h√©breu ◊Ď◊ô◊™ ◊õ◊†◊°◊™ (Beit Knesset), ¬ę maison de l'assembl√©e ¬Ľ) est un lieu de culte juif[1].

L'origine de la synagogue, c'est-√†-dire d'un lieu de rassemblement des fid√®les dissoci√© de l'ancien rituel de l'autel du Temple, remonte peut-√™tre aux proph√®tes et √† leurs disciples[2] ; originellement elle ne poss√®de pas un caract√®re sacr√©, mais l'acquiert au fil du temps[3]. La synagogue en tant qu'institution caract√©ristique du juda√Įsme naquit avec l'Ňďuvre d'Ezra. Elle y a depuis pris une telle importance que ¬ę la Synagogue ¬Ľ en vient √† d√©signer figurativement le syst√®me du juda√Įsme, par opposition √† ¬ę l'√Čglise ¬Ľ[4].

Les synagogues poss√®dent habituellement un sanctuaire, c'est-√†-dire un grand hall de pri√®re, dans lequel sont contenus les Livres de la Torah. Elles peuvent aussi comporter une salle pour les √©v√©nements communautaires. Cependant, elles contiennent surtout des petites pi√®ces r√©serv√©es √† l'√©tude, voire un Beit midrash (¬ę maison d'√©tude ¬Ľ) : c'est que, bien qu'initialement destin√©e au culte, la synagogue devient au cours de l'histoire juive le lieu du Talmud Torah, c'est-√†-dire l'enseignement de la tradition et de la langue h√©bra√Įque, que ce soit pour les enfants ou les adultes. La pr√©pond√©rance de ce r√īle est telle que Philon d'Alexandrie[5], puis les Juifs de Venise et ceux des pays ashk√©nazes parlant le yiddish d√©signaient les synagogues du nom de ¬ę didaskaleia ¬Ľ, ¬ę scuola ¬Ľ ou ¬ę ◊©◊ē◊ú ¬Ľ (shoul, cf. all. Schule), c'est-√†-dire ¬ę √©cole ¬Ľ. Ce nom est toujours utilis√© pour d√©signer les synagogues de mani√®re informelle, surtout dans les milieux ashk√©nazes.

Philon d'Alexandrie et le Nouveau Testament utilisent aussi le terme proseuque du grec ancien ŌÄŌĀőŅŌÉőĶŌÖŌáőģ pri√®re puis lieu de pri√®re.

Sommaire

La synagogue dans les textes

Ni le terme, ni le concept d'une synagogue ne se retrouvent dans le Pentateuque (bien que la tradition rabbinique[6] ainsi que Philon d'Alexandrie[7] et Flavius Jos√®phe[8] affirment que l'institution remonte √† Mo√Įse). L'id√©e d'une pri√®re collective n'y est pas davantage mentionn√©e, et le seul lieu du culte d√©crit est le Tabernacle, un sanctuaire transportable abritant en son Saint des saints l'Arche d'alliance. Celle-ci se retrouve dans le Temple de Salomon, construit pour l'abriter de fa√ßon permanente.

La premi√®re √©vocation d'un rassemblement hors du Temple est trouv√©e dans Isa√Įe 8:16[9] : il s'agit d'un cercle de disciples r√©unis autour d'Isa√Įe, afin d'entendre de lui la parole de Dieu et la Torah. C'est √©galement le cas dans √Čz√©chiel 8:1[10], o√Ļ les anciens de Juda se r√©unissent dans la maison d'Ez√©chiel. Le psaume 74:8[11] probablement dat√© du premier exil, mentionne ¬ę les centres consacr√©s √† Dieu dans le pays ¬Ľ.

Il semblerait que les synagogues se soient multipli√©es apr√®s la destruction du premier et du second Temples : selon une tradition rabbinique consign√©e dans la Mishnah (laquelle fut compil√©e vers 200 EC, plus d'un si√®cle apr√®s la destruction du second Temple), une grande ville compte obligatoirement dix batlanim, sinon c'est un village[12] ; un batlan √©tant d√©fini comme un individu renon√ßant √† son travail pour aller prier, la Mishna enseigne qu'il existe une synagogue en tout endroit o√Ļ un minyan de dix hommes est capable, √† n'importe quel moment, de se r√©unir pour prier. Les Actes des Ap√ītres indiquent √©galement que les synagogues que l'on trouvait dans chaque ville existaient depuis de nombreuses ann√©es (Actes 15:21), et en citent plusieurs, dont celle des Affranchis, celle des Cyr√©n√©ens et celle des Alexandrins.

Le Talmud mentionne de nombreuses synagogues en M√©sopotamie, dont celle de N√©hard√©a, et plus de 400 synagogues √† J√©rusalem avant la destruction du second Temple (Keritot 105a), tandis que les √Čvangiles √©voquent celles de Nazareth[13] et de Capharna√ľm[14]. Paul pr√™che dans les synagogues de Damas[15], de Salamine en Chypre[16], d'Antioche[17], etc.

La chute du second Temple amplifie l'importance de la synagogue car c'est là que seront perpétués les rites du Temple à l'exception capitale du sacrifice et c'est dans les synagogues que pourra se réunir le minyan composé de 10 hommes[12]. Les synagogues vont donc se multiplier dans la diaspora. Celle d'Alexandrie décrite dans le Talmud était énorme puisque le chantre y indiquait aux fidèles à l'aide de drapeaux quand dire Amen[18].

Un Temple miniature

La synagogue consistoriale de Neuilly avant un mariage

Les synagogues orthodoxes comme réformées, se réfèrent, au moins symboliquement, au sanctuaire. Leur plan suit, à l'instar des Temples de Jérusalem et des shtiblekh (Le Shtibl est un mot yiddish pour un petit local servant à la prière et l'étude, mais moins formel qu'une synagogue[19]), celui du Tabernacle, tel qu'il est décrit dans la parashat Terouma.

Une synagogue contient donc un parvis o√Ļ se r√©unit l'assembl√©e, un cand√©labre, un endroit sur√©lev√© o√Ļ se tient le culte, et un endroit tr√®s saint o√Ļ est gard√©, dans une armoire prot√©g√©e de l'ext√©rieur par un rideau, le T√©moignage donn√© √† Mo√Įse par Dieu :

  • l'endroit sur√©lev√©, √©quivalent de l'autel √† l'√©poque du Tabernacle et des Temples, s'appelle la Tevah chez les s√©farades et Bimah chez les ashk√©nazes ; c'est l√† que se tient l'officiant et qu'on lit la Torah.
    Traditionnellement située au milieu de la prière, elle a été déplacée dans les temples réformés à l'avant de la salle, faisant face aux fidèles, par analogie à la chaire dans les temples protestants.
  • Dans l'√©quivalent du Saint des Saints, se trouve une armoire, √©quivalent de l'Arche d'alliance. Les ashk√©nazes l'appellent Arche sainte (Aron Haqodesh), tandis que les s√©pharades l'appellent Heikhal (Temple). Elle contient les rouleaux de la Torah. Ceux-ci sont indispensables pour qu'un lieu de rassemblement soit consid√©r√© comme une synagogue, sinon c'est une havourah.
    C'est depuis l'arche que les cohanim (fid√®les descendant d'Aaron, et remplissant symboliquement quelques t√Ęches d√©volues √† leurs anc√™tres de l'√©poque des Temples) b√©nissent l'assembl√©e.
    L'arche est située sur le mur orienté vers Jérusalem[20], donc à l'orient (Mizra'h) dans les pays situés à l'ouest de Jérusalem et à l'occident dans les pays situés à l'est. Beaucoup de synagogues sont orientées vers Jérusalem, bien que certaines dérogent à la règle pour des raisons structurelles.
  • Un cand√©labre, analogue de la menorah[21], est sp√©cialement allum√© durant les offices. Comme l'une des branches de la menorah br√Ľlait continuellement √† l'√©poque du Temple, une lampe ou une lanterne, souvent √©lectrique, tient actuellement le r√īle de ner tamid (h√©b. ◊†◊® ◊™◊ě◊ô◊ď ¬ę lampe perp√©tuelle ¬Ľ).
  • R√©miniscence du Temple de J√©rusalem, o√Ļ un balcon avait √©t√© install√© pour s√©parer hommes et femmes lors de la Sim'hat Bet HaSho√ęva[22], hommes et femmes sont s√©par√©s par une mekhitsa lors de la pri√®re dans les synagogues orthodoxes. Souvent les femmes disposent d'une galerie, quelque peu dissimul√©e aux hommes d'o√Ļ elles peuvent assister √† l'office. Dans l'Altneu Schule de Prague, les femmes disposent d'une salle s√©par√©e de la pi√®ce principale par un mur √©pais perc√© d'√©troites ouvertures. √Ä Pfaffenhoffen, en Alsace, les femmes sont derri√®re les hommes, s√©par√©es d'eux par une sorte de treillis en bois. Cette s√©paration a disparu dans les synagogues lib√©rales ou r√©form√©es, et dans la plupart des synagogues conservative aux √Čtats-Unis o√Ļ hommes et femmes prient c√īte √† c√īte.

On ne trouve pas non plus de mekhitsa dans les kenessot kara√Įtes, l'origine de cet usage ne figurant pas explicitement dans la Bible. Toutefois, hommes et femmes sont s√©par√©s par pudeur pour la pri√®re, car elle contient de nombreuses prosternations.

  • La synagogue contient souvent un local, appel√© gueniza (h√©b. ◊í◊†◊ô◊Ė◊Ē ¬ę d√©p√īt ¬Ľ) o√Ļ sont enterr√©s des textes p√©rim√©s ou effac√©s portant l'un des sept Noms de Dieu qu'il est interdit d'effacer[23]. La tradition juive interdit en effet de les d√©truire et demande qu'ils soient enterr√©s, quand bien m√™me il s'agirait de textes non-canoniques, voire h√©r√©tiques[24]. Les guenizot peuvent receler des tr√©sors d'arch√©ologie ; celle du Caire, qui contenait 250 000 fragments, dont la correspondance de Mo√Įse Ma√Įmonide[25] a √©t√© qualifi√©e de ¬ę fen√™tre sur la vie juive m√©di√©vale ¬Ľ[26] ; celle de la synagogue Vieille-Nouvelle abrite, selon la l√©gende, le Golem du Maharal de Prague[27].
    Les écrits de Philon et de Flavius Josèphe donnent à penser qu'à son époque, on déposait également dans les synagogues des donations pour le Temple de Jérusalem[28].
  • Il est de coutume d'installer la houppa (h√©b. ◊ó◊ē÷ľ◊§÷ł÷ľ◊Ē dais sous lequel sont c√©l√©br√©s les mariages) mais cette coutume n'a pas force de loi, et la houpah est souvent install√©e en ext√©rieur, particuli√®rement en Isra√ęl.
Fauteuil du proph√®te √Člie
  • On trouve souvent dans les synagogues un "fauteuil du proph√®te √Člie" qui est utilis√© lors des circoncisions.

Les synagogues antiques

Les plus anciennes synagogues connues aujourd'hui sont situ√©es en terre d'Isra√ęl et contemporaines de la destruction du Second Temple. Les synagogues ant√©rieures, s'il s'agit de centres de Dieu d√©crits dans les Psaumes, ont √©t√© d√©truites. Celles des si√®cles suivants ont souvent √©t√© d√©truites par les chr√©tiens ou transform√©es en √©glises[29] comme √† Stobi.

La synagogue la plus ancienne dont on ait des traces serait l'une de celles de J√©richo, situ√©e pr√®s des ruines d'un palais hasmon√©en, d√©couverte accompagn√©e d'un mikveh √† proximit√© du w√Ędi Kelt par le professeur Ehud Netzer et datant du premier si√®cle avant l'√®re commune[30],[31].

La synagogue la mieux connue actuellement[32] est celle de Massada, la forteresse qui domine la Mer Morte, cependant d'autres sont plus anciennes, comme la synagogue d'Herodion, une autre forteresse du roi H√©rode situ√©e √† 12 kilom√®tres de J√©rusalem o√Ļ ce roi s'est fait enterrer, et la synagogue de Gamla, antique capitale du Golan[33]. A J√©rusalem, on conna√ģt une synagogue du Ier si√®cle, celle de Th√©odotos, dans la cit√© de David. Selon sa d√©dicace d√©couverte en 1913, elle servait √† la lecture de la loi, √† son enseignement et √† l'h√©bergement des voyageurs[34].

Apr√®s la destruction du Temple, les Romains interdisent la construction de synagogues en Palestine. Les destructions se poursuivent avec la r√©volte de Bar-Kokhba de 132 √† 135 mais de nombreuses communaut√©s juives se maintiennent jusqu'√† la conqu√™te arabe, ainsi qu'en atteste la pr√©sence plus d'une centaine de ruines de synagogues[34], les plus vieilles datant du IIIe si√®cle. Elles sont pour la plupart situ√©es en Galil√©e mais aussi sur le Golan et dans le sud du pays. On en trouve aussi √† Beth Shean ou √† Gaza.
L'une des synagogues les plus c√©l√®bres de cette √©poque est celle de Capharna√ľm, situ√©e sur le lac de Tib√©riade, probablement sur les lieux √©voqu√©s dans les √Čvangiles. Ces synagogues adoptent souvent le plan basilical des b√Ętiments grecs, et si elles sont d√©cor√©es de symboles juifs comme la menora, la synagogue de Be√Įt-Alfa exhibe √©galement des mosa√Įques repr√©sentant le zodiaque, et celle de Hammath[35] des personnages de la mythologie grecque. √Ä Hammat Gader[36], sur le Yarmouk, les pavements de mosa√Įque √©taient agr√©ment√©s de motifs g√©om√©triques. Celui devant la bimah, le plus √©labor√©, repr√©sente deux cypr√®s et deux lions tourn√©s vers le centre et une guirlande entourant une d√©dicace qui s'ach√®ve sur ces mots en aram√©en : ¬ę ... dont les actes de charit√© sont en toute place constants et qui ont fait don ici de cinq pi√®ces d'or. Puisse le Roi de l'univers b√©nir leur Ňďuvre. Amen. Amen. Selah. ¬Ľ

Synagogues de la diaspora aux deux premiers siècles.

En diaspora, les synagogues se r√©pandent dans le monde hell√©nistique ou romain. Les plus anciennes, connues par des d√©dicaces, sont celles de Schedia[37] √† une vingtaine de kilom√®tres d'Alexandrie, de X√©n√©phyris, de Nitriai et de Naucratis[34] et datent du IIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., mais celles dont il reste des ruines sont beaucoup plus r√©centes.
La synagogue de Sardes en Lydie, situ√©e dans d'anciens thermes romains, est l'une des plus grandes synagogues connues, avec ses 122 m√®tres de longueur. Celle de Naro, aujourd'hui Hammam-Lif en Tunisie, pr√©sente de remarquables mosa√Įques.

La synagogue de Doura-Europos en Syrie sur l'Euphrate est, elle, d√©cor√©e de fresques. D√©couverte en 1920, elle avait √©t√© enfouie sous des remblais accumul√©s pour soutenir un si√®ge en 256 alors qu'elle n'√©tait vieille que de 12 ans. Les fresques qui l'ornent, aujourd'hui conserv√©es au mus√©e de Damas sont dans un excellent √©tat de conservation. Elles repr√©sentent des sc√®nes bibliques avec une multitude de personnages, y compris Mo√Įse et Ez√©chiel, ce qui est rare dans une synagogue du fait de l'interdit des images promulgu√© de longue date par les rabbins, m√™me s'il para√ģt exister d'autres exemples de synagogues peintes, comme √† Huseifa ou √† Ma'oz Hayyim. La synagogue de Doura-Europos est la premi√®re synagogue connue o√Ļ il semble y avoir une niche pour abriter l'arche sainte dans le mur ouest de la synagogue, permettant ainsi aux fid√®les de se tourner vers l'ouest et vers J√©rusalem lors de la pri√®re.

On distingue parfois deux types de synagogues antiques : les grands √©difices orient√©s vers J√©rusalem sans Arche d'alliance car les rouleaux de la Torah √©taient conserv√©s dans une pi√®ce attenante pour √™tre port√©s dans la salle de pri√®re lors de la lecture de la Torah, comme √† Capharna√ľm et les ¬ę basiliques ¬Ľ sur le plan des b√Ętiments publics romains, semblables aux √©glises d'Orient avec une nef centrale s√©par√©e de deux bas-c√īt√©s par des colonnes et dont l'abside orient√©e vers J√©rusalem abrite les rouleaux de la Torah[38].

L'ornementation des synagogues antiques du Moyen-Orient est donc fortement influencé par la culture environnante. Par exemple, les fresques de Doura-Europos et celles des églises chrétiennes byzantines postérieures ont une parenté qui peut laisser supposer des modèles communs.

En Occident, la plus vieille synagogue connue est celle d'Ostie[39], le port antique de Rome. Elle date originellement de la seconde partie du Ier si√®cle, mais a √©t√© agrandie et embellie par la suite. Construite le long du rivage, elle t√©moigne par ses vastes proportions et son d√©cor de la richesse de la communaut√© locale. Les inscriptions fun√©raires t√©moignent de l'existence d'une douzaine de synagogues √† Rome[40].

Synagogues du Moyen √āge

Au Moyen √āge, la plus importante partie de la communaut√© juive est install√©e en Babylonie, puis en Afrique du Nord et en √Čgypte. La communaut√© juive demeur√©e en terre d'Isra√ęl est fortement r√©duite, et soumise √† de multiples vicissitudes, la Palestine √©tant occup√©e tour √† tour par Byzance, les Arabes puis les Crois√©s, puis de nouveau les Arabes. Les communaut√©s rabbanites et kara√Įtes essuient des pertes irrempla√ßables (et fatales pour la pr√©dominance kara√Įte dans le pays) et perdent un grand nombre de fid√®les √† la suite des massacres de la Premi√®re croisade, pendant laquelle les Juifs sont regroup√©s dans la grande synagogue de J√©rusalem et br√Ľl√©s vifs. La kenessa enterr√©e √† J√©rusalem date du XIe si√®cle et demeure un lieu de p√®lerinage annuel des kara√Įtes √† Souccot. Les synagogues ont en effet souvent √©t√© enterr√©es √† J√©rusalem : il faut y descendre pour y entrer. Cela permet de construire avec une grande hauteur de plafond sans offenser les musulmans par la construction de b√Ętiments qui domineraient le voisinage. En 1267, Ramban restaure une maison en ruines, et en fait un lieu de culte, qui porte depuis son nom, la synagogue Ramban o√Ļ on peut encore voir des inscriptions pal√©o-h√©bra√Įques et des vo√Ľtes romanes. Autour d'elle se reconstitua le peuplement juif de J√©rusalem, qui avait √©t√© an√©anti lors de la prise de J√©rusalem par les Crois√©s.
En √Čgypte, la synagogue Ben Ezra du Caire, qui abrite la Gueniza du Caire, aurait √©t√© √©rig√©e en 1115 par Abraham Ben Ezra de J√©rusalem.

Synagogue Vieille-Nouvelle de Prague

En Europe, les synagogues deviennent de plus en plus le centre de la vie juive : outre les salles de pri√®re et d'√©tude, on y trouve souvent un mikv√©, un four pour les pains azymes et des salles pour les voyageurs.
En France, la premi√®re mention historique d'une synagogue est faite par Gr√©goire de Tours lors de sa destruction √† Clermont-Ferrand en 576. √Ä Rouen, certains reconnaissent une synagogue dans un b√Ętiment retrouv√© sous le palais de justice[41],[42], et il subsiste une maison qui servit de synagogue au XIIIe si√®cle √† Rouffach, en Alsace, qui ne faisait pas encore partie du royaume de France[43]. Quelques grandes synagogues refl√®tent l'essor de certaines communaut√©s. Il ne reste rien des synagogues des brillantes communaut√©s m√©di√©vales de Troyes ou de Paris. Worms en Allemagne a longtemps abrit√© la plus vieille synagogue d'Europe. Sa construction en style roman date du XIe si√®cle. Rachi y a √©tudi√©, et elle surv√©cut aux massacres et destructions de la Premi√®re Croisade, pour √™tre compl√®tement d√©truite par les nazis en 1938. Aussi la plus vieille synagogue encore en service en Europe est-elle la synagogue Vieille-Nouvelle de Prague, de style gothique, qui date de 1270.
La synagogue actuelle de Cavaillon est construite sur les lieux o√Ļ se situait la synagogue au XVe si√®cle. C'est en effet de cette √©poque-l√† que date l'essor des communaut√©s juives du Comtat Venaissin qui servit de refuge aux Juifs expuls√©s d√©finitivement du royaume de France en 1394.

Les synagogues espagnoles datant généralement de la Reconquête sont construites par des communautés riches. Elles ont été transformées en églises quand le pouvoir chrétien s'est affermi ou au plus tard après l'expulsion des Juifs d'Espagne. L'une d'elles, à Tolède, devint la maison du Greco. Les autres synagogues de Tolède (Synagogue Santa María la Blanca et Synagogue El Tránsito) sont de nos jours des musées. L'église Santa Maria la Blanca de Séville est également une ancienne synagogue. Barcelone passe pour abriter dans le quartier de Call la plus vieille synagogue d'Europe mais ceci n'est pas du tout formellement établi[44].
La plus ancienne synagogue s√©pharade encore en activit√©, construite au XIVe si√®cle, est situ√©e en Croatie, √† Dubrovnik[45].

De l'expulsion des Juifs d'Espagne aux révolutions américaine et française

Les synagogues du monde séfarade

Le expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 jette sur les routes et les voies maritimes européennes des dizaines de milliers de Juifs dits séfarades, qui essaiment dans le bassin méditerranéen et en Asie Mineure. Ceux qui sont restés en Espagne au prix de la conversion au christianisme, sont expulsés ou émigrent dans les deux siècles qui suivent, en Angleterre, dans le Sud de la France, particulièrement à Bordeaux ou Bayonne, dans les Flandres ainsi qu'aux Pays-Bas, et de là vers le Brésil quelque temps hollandais puis la Nouvelle-Amsterdam, qui deviendra New York.

Les synagogues de l'Empire ottoman

La synagogue Yohanan ben Zakka√Į, une des quatre synagogues s√©farades de J√©rusalem

C'est l'Empire ottoman, sous le règne du sultan Bayezid II qui se montre le mieux disposé à accueillir les Juifs chassés d'Espagne.

Les Juifs choisissent d'abord des grandes villes telles Salonique, Istanbul ou Smyrne. Lorsqu'en 1516, la Palestine devient ottomane, il se produit un flux migratoire vers Safed, en Galilée. S'y établissent des rabbins réputés, comme Isaac Louria, Isaac Aboab ou Joseph Caro, l'auteur du Choulhan Aroukh, qui inaugurent ou en l'honneur desquels on construit des synagogues, comme la synagogue Caro, la synagogue Aboab, connue pour abriter le plus vieux sefer Torah en usage aujourd'hui, ou la synagogue Ashkenazi Ha’Ari[46]. Ces synagogues ont été souvent reconstruites à la suite d'incendies ou de tremblements de terre.
√Ä J√©rusalem, diff√©rentes communaut√©s s√©farades √©tablissent quatre synagogues mitoyennes les unes des autres √† partir du XVIe si√®cle : la synagogue Eliyahou Hanavi qui servait plut√īt de lieu d'√©tude, la synagogue Yohanan ben Zakka√Į au XVIIe si√®cle, la synagogue Istanbul au XVIIIe si√®cle et la synagogue Emtsa'√Į au milieu de ces trois synagogues. Elles furent toutes restaur√©es en 1835 par autorisation du vice-roi d'√Čgypte M√©h√©met Ali, alors r√©gent de la Palestine, sous l'autorit√© formelle du sultan ottoman. De nouveau saccag√©es pendant l'occupation jordanienne de J√©rusalem, elles furent une nouvelle fois restaur√©es lors du retour des Juifs dans la vieille ville de J√©rusalem apr√®s 1967.

Les synagogues italiennes

Aron hakodesh de la synagogue italienne de Padoue (1617)

Naples fut la premi√®re terre d'accueil de Don Isaac Abravanel, qui avait √©t√© le conseiller et financier des rois d'Espagne. L'Italie du XVIe si√®cle n'√©tait pas unifi√©e : les Espagnols dominaient la Sicile, Naples et la Sardaigne, dont ils expuls√®rent les Juifs en 1492. Dans le reste de l'Italie, l'influence espagnole se fait sentir par la restriction du droit de r√©sidence des Juifs et la cr√©ation des ghettos, dont le premier fut le ghetto de Venise, √©tabli en 1516. La famille Abravanel y √©tablit la Scuola Levantina en 1538 et la Scuola Spagnola[47].
Dans le ghetto de Rome, le manque de place combin√© avec la diversit√© des √©coles d'interpr√©tation donna lieu √† la Piazza delle Cinque Scuole, un immeuble qui abrita cinq synagogues ou plut√īt cinq oratoires de diff√©rentes traditions : en effet, l'Italie abrite des Juifs de diff√©rentes origines, des S√©farades , des Ashk√©nazes mais aussi des Juifs de rite ¬ę italien ¬Ľ qui seraient les descendants des Juifs de Jud√©e √©migr√©s √† Rome lors de l'√©tablissement du protectorat romain sur la Jud√©e au premier si√®cle avant l'√®re commune. C'est ainsi qu'√† Padoue existaient jusqu'√† la seconde guerre mondiale une synagogue ashk√©naze d√©truite en 1943, reconstruite mais qui n'est plus utilis√©e en tant que telle, une synagogue sepharade disparue et une synagogue italienne toujours active.

Les synagogues du Maghreb

Le Maghreb, et en particulier le Maroc, √©tait une destination ais√©e pour les Juifs d'Espagne, d'autant que beaucoup y avaient d√©j√† des parents, install√©s lors d'une pers√©cution ou d'une expulsion pr√©c√©dente. Les Juifs d'Espagne s'√©tablirent donc en plusieurs villes du Maroc, √† T√©touan comme √† F√®s. Y fut √©rig√©e au XVIIe si√®cle la synagogue Aben Danan, restaur√©e en 1999.

Les synagogues hollandaises

Les Provinces-Unies ayant durement gagn√© leur ind√©pendance de l'Espagne au d√©but du XVIIe si√®cle, elles √©taient hostiles tant √† l'Espagne qu'au catholicisme. Elles apparurent donc comme autant de terres d'asiles pour de nombreux ¬ę Portugais ¬Ľ[48] qui particip√®rent √† l'essor d'Amsterdam et furent assez vite reconnus quasiment citoyens de plein-droit. La communaut√© prosp√©ra notamment par le commerce et se sentit assez assur√©e pour faire construire par Elias Bouman[49] une synagogue qui peut contenir 2 000 fid√®les, bien en vue le long d'un canal. La Synagogue portugaise[50] ou Esnoga en ladino fut inaugur√©e en pr√©sence des autorit√©s locales en 1675. Elle servit de mod√®le √† beaucoup d'autres, notamment par sa d√©coration de lustres hollandais.
Les Juifs de Hollande, et notamment Manasse ben Isra√ęl, ayant milit√© pour le retour des Juifs en Angleterre, le style hollandais s'y retrouve dans les synagogues. La synagogue Bevis Marks[51] √† Londres, connue aussi sous de le nom de ¬ę Synagogue espagnole et portugaise ¬Ľ fut inaugur√©e en 1701 et est aujourd'hui la plus vieille synagogue anglaise en service. Construite par le quaker Joseph Avis[52], elle s'inspire aussi des √©glises puritaines de l'√©poque.

Les premières synagogues américaines

L'Am√©rique √©tant presqu'enti√®rement occup√©e par l'Espagne, le Portugal, la France et l'Angleterre, toutes puissances qui interdisaient l'acc√®s de leur territoire aux Juifs en cette fin de XVIIe si√®cle, les Juifs s'√©tablirent dans les petites possessions n√©erlandaises.

La Synagogue Kahal Zur Israel[53] (le rocher d'Isra√ęl), √† Recife, Br√©sil, a √©t√© la premi√®re synagogue √©rig√©e dans les Am√©riques, en 1630 quand Recife √©tait possession hollandaise. On a r√©cemment d√©couvert ses fondations. Elle avait √©t√© b√Ętie par des Juifs portugais pass√©s par la Hollande. En 1654, les Portugais prennent le contr√īle de Recife et en expulsent les Juifs qui repartent vers l'Am√©rique du Nord et la Nouvelle-Amsterdam, plus tard appel√©e New York[54]. Une nouvelle synagogue a √©t√© construite au m√™me endroit dans les ann√©es 1990.

La plus vieille synagogue am√©ricaine continuellement en service se trouve donc dans la petite √ģle n√©erlandaise de Cura√ßao aux Antilles. Il semble bien qu'une premi√®re synagogue, Mikve Israel-Emanuel, y existait d√®s avant 1654. Le b√Ętiment actuel √† Willemstad, la capitale de Cura√ßao, date de 1732 et a √©t√© inspir√© de l'Esnoga[55].

Dans les possessions britanniques, la situation des Juifs varie selon les colonies. C'est √† Newport dans l'√ģle de Rhode Island, que les Juifs s'√©tablissent d√®s 1658, et la synagogue actuelle dite synagogue Touro, du nom de son fondateur et premier hazzan, un Juif portugais, est construite dans le style n√©o-palladien, en vogue dans les colonies am√©ricaines √† cette √©poque. Inaugur√©e en 1763, c'est la seule synagogue encore en service aux √Čtats-Unis datant de la p√©riode coloniale.

Les synagogues du sud de la France

La synagogue de Carpentras, la plus vieille synagogue de France en service aujourd'hui

Les Juifs ont √©t√© expuls√©s de France en 1394, et ceux qui y r√©sident aux XVIIe et XVIIIe si√®cles, la plupart ayant fui l'Espagne ou le Portugal, sont devenus, au moins nominalement, chr√©tiens. Ils s'√©tablissent au Pays basque √† Bayonne ou dans de petits bourgs tels La Bastide-Clairence (o√Ļ on peut encore voir le cimeti√®re juif), Peyrehorade ou Bidache, mais √©galement √† Bordeaux[56]. De fa√ßon √† ne pas heurter les autorit√©s, les offices juifs ont lieu dans de discrets oratoires.

C'est paradoxalement dans les √Čtats du Pape, le Comtat Venaissin, que les Juifs sont officiellement accept√©s dans les carri√®res (ghettos en Provence) d'Avignon, de Carpentras et de Cavaillon. Une relative prosp√©rit√© leur permet au XVIIIe si√®cle d'√©lever des synagogues de taille modeste mais assez travaill√©es[57], de style italianisant, ainsi qu'on le remarque aux ferronneries. Quatre √©difices furent ainsi construits : √† Carpentras, Cavaillon, l'Isle sur Sorgue et Avignon. Seules les deux premi√®res subsistent de nos jours, celle de l'Isle ayant √©t√© d√©truite, et celle d'Avignon ayant √©t√© reb√Ętie sur un autre mod√®le apr√®s un incendie survenu dans la premi√®re moiti√© du XIXe si√®cle. Pour la salle de pri√®re des quatre synagogues construites au XVIIIe si√®cle, il faut parler d'un m√™me mod√®le o√Ļ la table de lecture pour l'office (t√©bah) se trouve situ√©e en hauteur, accessible par des escaliers depuis l'espace de pri√®re. En face et en bas se trouve l'Haron Ha-qodesh, l'Arche sainte, dans laquelle sont entrepos√©s les rouleaux de Torah. Cette disposition particuli√®re pour la liturgie r√©pond √† un probl√®me d'espace. Les communaut√©s juives, importantes en nombre de fid√®les, disposaient de peu de surface pour b√Ętir leurs synagogues, et la salle de pri√®re ne constituait pas √† elle seule la globalit√© de la synagogue. Au XVIIIe si√®cle, pour les Juifs comtadins, le probl√®me d'espace n'est pas nouveau, les pr√©c√©dentes synagogues √©taient d√©j√† b√Ęties sur le m√™me principe. Certaines synagogues italiennes comme celle de Livourne (XVIIe si√®cle) respectent ce mod√®le comtadin.
La synagogue de Carpentras[58] est aujourd'hui la plus vieille synagogue de France en activité. Celle de Cavaillon n'accueille plus le culte.

Les synagogues du monde ashkénaze

Les massacres li√©s aux Croisades, les expulsions temporaires puis d√©finitives d'Angleterre, de France et de certains territoires allemands entra√ģn√®rent une migration des Juifs occidentaux vers l'Europe centrale slave et plus particuli√®rement polonaise[59]. Les ducs tel Boleslas III au XIIe si√®cle puis les rois de Pologne tel Casimir III le Grand au XIVe si√®cle favoris√®rent g√©n√©ralement l'accueil des Juifs jusqu'au XVIe si√®cle. Ceux-ci s'√©tablirent aussi bien √† la ville que dans les campagnes o√Ļ ils devinrent majoritaires dans certains villages appel√©s shtetl. Cela contribua √† l'apparition de deux types de synagogues, les synagogues de pierre, en ville et celles de bois, √† la campagne.

Les synagogues de Pologne et d'Europe orientale

Il n'est pas possible de r√©sumer en quelques lignes l'histoire de plusieurs milliers de synagogues construites du Moyen √āge √† la Shoah dont les t√©moignages ont presque tous disparu dans les incendies dus aux nazis, dans les destructions de la Seconde Guerre mondiale et dans leur abandon d√Ľ √† la disparition des Juifs de ces r√©gions. Le projet Wikip√©dia relatif aux synagogues de Pologne recense 1 400 synagogues[60].

  • Les synagogues de bois reprennent l'architecture du shtetl o√Ļ les maisons elles-m√™mes sont en bois. Les plus anciennes dataient du XVIIe si√®cle et se caract√©risaient par une d√©coration int√©rieure qui pouvait √™tre foisonnante. La synagogue de Gabin en Pologne (1710), √©tait remarquable par ses bas-reliefs, celle de Khodoriv en Ukraine (Chodorov en polonais) pr√®s de Lvov (datant de la m√™me √©poque) √©tait orn√©e d'un plafond √† la d√©coration florale et animale luxuriante peint par Israel Lisnicki dont la reconstitution est visible au mus√©e de la Diaspora[61] √† Tel-Aviv. Le mus√©e d'art et d'histoire du juda√Įsme √† Paris pr√©sente quelques remarquables maquettes de ces synagogues en bois, dont celle de Wolpa[62] en Bi√©lorussie, datant de 1643.
Intérieur de la synagogue Stara à Kazimierz avec la bimah entre les piliers et l'arche sainte au fond
  • Les synagogues de pierre sont un peu plus nombreuses √† avoir travers√© les guerres et la Shoah. Leur plan reprend souvent celui des √©glises des m√™mes √©poques, √† une, deux ou trois nefs. Une des plus anciennes est la synagogue Stara[63] de Kazimierz, l'ancien quartier juif de Cracovie. Construite au XVe si√®cle, elle fut r√©nov√©e au XVIe si√®cle par Mateo Gucci, architecte italien √©tabli en Pologne. De style Renaissance elle est constitu√©e de deux nefs et la bimah se situe au milieu de la salle entre les deux piliers centraux. Pill√©e et d√©vast√©e durant la Seconde Guerre mondiale, r√©nov√©e durant les ann√©es 1950, c'est aujourd'hui un mus√©e. La synagogue Remuh qui date de 1558 est la seule encore en service √† Cracovie. Elle poss√®de une seule nef et l√† encore la bimah est centrale.

Parmi les synagogues de pierre, on peut √©galement citer les originales synagogues fortifi√©es. La synagogue de Lesko en Galicie et celle de Pinsk datent du XVIIe si√®cle. La plus remarquable est celle de Lutzk dont il est dit qu'elle fut fortifi√©e par permission du roi de Pologne Sigismond III[64] et dont le toit aurait √©t√© pourvu de canons[65]. Ceci est probablement d√Ľ √† l'ins√©curit√© croissante pour les Juifs en Pologne au d√©but du XVIIe si√®cle qui culmine avec les massacres caus√©s par l'invasion des Cosaques men√©s par l'hetman Bogdan Khmelnitski.

Les synagogues ashkénazes d'Italie

Intérieur de la synagogue de Casale Monferrato (Piémont)

C'est en Italie que la d√©coration int√©rieure des synagogues ashk√©nazes atteindra un niveau in√©gal√©. L√† encore, le style de la r√©gion se retrouve dans les synagogues qui y empruntent beaucoup au baroque. La synagogue de Casale Monferrato a √©t√© construite en 1595, la Scuola Granda Tedesca de Venise (tout proche de la Scuola Grande Spagnola dans le ghetto) date de 1628. Les bimot (pluriel h√©bra√Įque de bimah) y prennent l'aspect de baldaquins.

Les synagogues ashkénazes de Hollande

Encore une fois, c'est la Hollande qui sera le meilleur refuge des Juifs expuls√©s ou fuyant les massacres. Ceux quittant la Pologne et les exactions de Bogdan Khmelnitski y seront rapidement plus nombreux que les s√©farades. Amsterdam devient pour un temps la capitale juive de l'Occident. Avant m√™me la synagogue portugaise, la synagogue ashk√©naze ou Grande Synagogue (Grote Synagoge) est construite en 1670-1671 par l'architecte Daniel Stalpaert, un des concepteurs du palais royal. Elle est mitoyenne de la Synagogue portugaise et aux XVIIe et XVIIIe si√®cles trois autres synagogues ashk√©nazes sont construites dans le m√™me quartier[66]. Toutes ces synagogues forment aujourd'hui le mus√©e juif d'Amsterdam, la communaut√© juive n√©erlandaise ayant √©t√© extermin√©e pendant la Shoah.

Les synagogues dans les √Čtats allemands

La situation des Juifs en Allemagne varie d'un √Čtat √† l'autre mais en r√®gle g√©n√©rale, les communaut√©s juives se d√©veloppent comme √† Berlin ou √† Francfort. La premi√®re synagogue de Berlin situ√©e Heidereutergasse (d√©truite en 1945) est inaugur√©e le 1er janvier 1714 en pr√©sence de la reine Sophie-Doroth√©e. Le roi Fr√©d√©ric-Guillaume Ier la visite en 1718[67]. Il ne reste gu√®re de traces des synagogues allemandes des XVIIe et XVIIIe si√®cles, le nazisme ayant entrepris leur destruction syst√©matique, amplifi√©e par la guerre. Il subsiste toutefois la synagogue de Celle[68] (Basse-Saxe) qui date de 1740 et celle de Michelstadt[69] (Hesse) datant de 1791, ainsi que la salle (datant de 1735) de la synagogue rurale de Horb sur le Main[70], d√©cor√©e √† la fa√ßon de Khodoriv au Mus√©e d'Isra√ęl √† J√©rusalem.

Le quartier juif de Josefov √† Prague, sous la domination des Habsbourg depuis le XVIe si√®cle abrite des synagogues de toutes les √©poques comme la synagogue Vieille-Nouvelle d√©j√† mentionn√©e mais aussi les synagogues Pinkas (XVIe si√®cle) et Klaus (XVIIe si√®cle). Ce sont encore de petits b√Ętiments, aujourd'hui parties du Mus√©e juif de Prague.

Les synagogues ashkénazes de Palestine ottomane

La synagogue Hourva en reconstruction (septembre 2009)

La plus ancienne synagogue ashkenaze de J√©rusalem alors dans l'Empire ottoman est la synagogue Hourba[71]. Le d√©but de sa construction remonte √† 1700 mais elle fut incendi√©e encore inachev√©e en 1721 par les cr√©anciers arabes furieux du retard de paiement de ses commanditaires. Reconstruite au XIXe si√®cle, elle sert de position d√©fensive √† la Haganah pendant le si√®ge de J√©rusalem en 1948. Apr√®s sa prise par la L√©gion arabe qui marque la victoire des Arabes dans la vieille ville de J√©rusalem, elle est dynamit√©e. La reconstruction commence en 2005 et la synagogue peut √™tre r√©inaugur√©e le 14 mars 2010, ce qui est le pr√©texte de la col√®re du Hamas[72].

La synagogue Abraham Avinou (¬ę notre p√®re Abraham ¬Ľ en fran√ßais) fut construite en 1540 par le rabbin Malkiel Ashkenazi non loin de J√©rusalem, √† H√©bron, o√Ļ est enterr√© Abraham d'apr√®s les traditions juive et musulmane. Elle fut le centre du quartier juif de H√©bron jusqu'√† sa destruction apr√®s les √©meutes anti-juives de 1929. Elle a √©t√© reconstruite au m√™me endroit en 1976.

Les synagogues ashkénazes de France

Synagogue de Pfaffenhoffen
Synagogue de Lunéville

Les Juifs de France ont √©t√© expuls√©s du royaume en 1394. Quand la France annexe la Provence √† la fin du XVe si√®cle, Louis XII en expulse les Juifs d√®s 1501[73]. Mais, un si√®cle et demi plus tard, lorsque la France annexe l'Alsace et formellement les Trois-√Čv√™ch√©s en 1648, ni les Juifs de Metz ni ceux d'Alsace ne sont expuls√©s et Louis XIV visite la synagogue de Metz en 1657[74].
La France, contrairement √† la Hollande ou √† l'Angleterre, n'accorde pas √† cette √©poque la libert√© de conscience et les Juifs conservent en Alsace leur statut personnel. Jusqu'√† la R√©volution fran√ßaise, ils n'ont pas le droit de r√©sider √† Strasbourg et pratiquent leur culte discr√®tement dans de petites synagogues qui deviennent relativement nombreuses au XVIIIe si√®cle. Cette discr√©tion est illustr√©e par l'existence, √† Traenheim (Bas-Rhin), d'une synagogue dissimul√©e dans un grenier, datant de 1723[75].
En 1766 la Lorraine, qui compte d'importantes communaut√©s juives √† Lun√©ville et Nancy, devient fran√ßaise √† la mort de Stanislas LeszczyŇĄski. Parall√®lement, les id√©es issues des Lumi√®res progressent et en 1787 Louis XVI publie un √©dit de tol√©rance, l'√Čdit de Versailles en faveur des protestants. De m√™me, les Juifs commencent √† √™tre mieux consid√©r√©s par le gouvernement et cela se traduit par l'autorisation de construction de nouvelles synagogues en Lorraine √† Phalsbourg[76] en 1772, √† Lun√©ville en 1786 puis √† Nancy en 1788 et en Alsace √† Mutzig[77] en 1787 puis √† Pfaffenhoffen en 1791. Ces synagogues sont encore tr√®s discr√®tes. √Ä Lun√©ville, elle est alors dissimul√©e derri√®re une maison et ne porte aucun signe distinctif. √Ä Pfaffenhoffen, seule la date de construction √©crite en h√©breu sur le linteau de la porte peut √©voquer une synagogue.

De la période révolutionnaire à la Shoah

La philosophie des Lumi√®res change le regard des Gentils sur les Juifs. Les notions de libert√© de conscience et d'√©galit√© des droits sont au moins en partie mises en pratique aux √Čtats-Unis et en France. Les arm√©es r√©volutionnaires puis imp√©riales vont propager ces id√©es dans une bonne partie de l'Europe, particuli√®rement en faisant tomber les murs des ghettos comme en Italie.
Chez les Juifs, la philosophie des Lumières donne naissance à la Haskala qui va changer le regard que les Juifs ou au moins tous ceux qui n'adhèrent pas à une stricte orthodoxie ont sur eux-mêmes. Ce double changement de la perception des Juifs dans la société ne va pas manquer d'influer sur l'architecture des synagogues.
Si les Juifs sont maintenant égaux en droit aux autres citoyens, ils peuvent construire des temples aussi grands que les églises chrétiennes. La plus grande d'Europe est construite à Budapest de 1854 à 1859. Et si la liberté de conscience devient la règle, il n'y a plus de raison de dissimuler les synagogues, au contraire on peut afficher clairement leur raison d'être par des symboles juifs bien visibles comme les tables de la loi, des citations de la bible en hébreu ou en langue vernaculaire, l'étoile de David ou la menorah.
La Haskala et la r√©forme du juda√Įsme n√©es en Allemagne changent la conception que les Juifs ont de leurs synagogues. Celles-ci deviennent m√™me des temples, mot toujours utilis√© en synonyme de synagogues. Cela influence l'architecture des synagogues qui peuvent ressembler √† des √©glises aussi bien ext√©rieurement qu'int√©rieurement. Elles sont de style roman comme la Victoire (1874)[78] √† Paris, de style gothique comme √† Savannah (G√©orgie) (1878), de style byzantin comme √† Neuilly sur Seine (1878)[79] (avant l'extension de la synagogue dans les ann√©es 1930), de style mauresque comme √† Besan√ßon ou √† Turin ou m√™me √©voquer un temple grec ou romain comme la synagogue the Temple (1875) √† Atlanta. Cette √©volution touche aussi la Pologne o√Ļ la Grande synagogue de Varsovie, de style classique est inaugur√©e en 1878 ou la Synagogue NoŇľyk, toujours √† Varsovie et en service de nos jours, de style n√©oroman avec de nombreux √©l√©ments byzantins, n√©o-renaissance et mauresques.
Si le gothique est peu courant probablement parce que trop typique du style des √©glises, il est curieux de constater que les styles orientaux, que ce soit le style hispano-mauresque ou le style byzantin sont les plus repr√©sent√©s. Plusieurs explications sont possibles : la plus simple est que les Juifs sont vus comme des orientaux par les architectes souvent non-juifs des synagogues. Mais aussi on peut penser que le style hispano-mauresque est rattach√© √† une Espagne o√Ļ juifs, chr√©tiens et musulmans auraient v√©cu en bonne intelligence. Quant au style byzantin, il est d√©j√† utilis√© dans de nombreuses √©glises et mosqu√©es, il doit donc pouvoir convenir aux synagogues. Dominique Jarass√© (voir bibliographie) parle aussi d'un responsum du rabbin Ez√©chiel Landau au XVIIIe si√®cle recommandant ce style.
L'int√©rieur des synagogues change aussi consid√©rablement au XIXe si√®cle. La Bimah est le plus souvent situ√©e √† l'extr√©mit√© de la nef pour que l'officiant puisse faire face aux fid√®les, au lieu d'√™tre au centre comme dans les synagogues orthodoxes. Il peut y avoir souvent un orgue et m√™me un chŇďur, deux dispositions non conformes √† la halakha.
Enfin, l'implantation g√©ographique des synagogues va petit √† petit changer. Elles vont quitter les anciens ghettos pour suivre les Juifs dans leur migration sociale vers des quartiers plus bourgeois et elles vont aussi se r√©pandre dans les pays accueillants aux Juifs, en Allemagne, en Europe occidentale et aux √Čtats-Unis.

La France

Synagogue de Bayonne[80], quartier Saint-Esprit

Cette p√©riode qui va de la R√©volution √† la guerre de 1914 donne lieu en France √† l'√Ęge d'or des synagogues, comme l'a √©crit Dominique Jarass√© (voir bibliographie). Les Juifs vont quitter leurs lieux traditionnels de r√©sidence (le Comtat-Venaissin, les campagnes alsaciennes ou lorraines, Bordeaux et Bayonne) pour de plus grandes villes dont Paris. Leur ascension sociale sera aussi marqu√©e par la construction de plus belles et plus grandes synagogues.
La construction des synagogues est g√©n√©ralement sous la ma√ģtrise d'ouvrage des Consistoires, subventionn√©e par les pouvoirs publics (l'√Čglise ne sera s√©par√©e de l'√Čtat qu'en 1905), et aid√©e par de riches m√©c√®nes tels les Rothschild ou les Furtado-Heine ou Daniel Osiris.
L'Ňďuvre est consid√©rable. Dominique Jarass√© indique :

  • 70 synagogues ont √©t√© √©difi√©es hors l'Alsace-Lorraine de 1791 √† 1914, dont 22 sont aujourd'hui disparues ;
  • 176 synagogues ont √©t√© √©difi√©es en Alsace-Lorraine de 1791 √† 1914, dont 91 sont aujourd'hui disparues.

Parmi les réalisations remarquables, on citera la synagogue de Lyon en 1864 par Abraham Hirsch[81], toujours cachée derrière un immeuble et celle de Marseille la même année par Nathan Salomon inspirée de la synagogue Nazareth. La plupart des grandes villes voient construire leur synagogue et même des stations balnéaires telles Biarritz ou Arcachon.

Les anciennes communautés séfarades du sud de la France

C'est d√®s 1793 et malgr√© l'hostilit√© du pouvoir r√©volutionnaire aux cultes que les Juifs du Comtat-Venaissin prennent avantage de leur toute nouvelle condition de citoyens de plein droit, √©migrent notamment vers N√ģmes et y construisent une synagogue encore tr√®s modeste (la fa√ßade actuelle date de 1893).
Il faut attendre encore pr√®s de 20 ans pour voir s'√©lever une nouvelle synagogue en France √† Bordeaux. Elle est construite en 1812 dans le quartier juif pour ces Portugais[48] qui ne pouvaient pas se dire ouvertement juifs sous l'Ancien R√©gime. Cette synagogue br√Ľle en 1873 et est remplac√©e par une plus grande synagogue, dans un quartier plus prestigieux en 1882.
La différence est notable quand en 1837 est construite la synagogue de Bayonne toujours dans le quartier juif mais dans un style néo-classique beaucoup plus noble que celui adopté en 1812 à Bordeaux.

Paris et sa région

Parallèlement, c'est en 1819 qu'est construite la première synagogue parisienne (les Juifs étaient bannis de Paris jusqu'à la Révolution) rue Notre-Dame de Nazareth[82]. Celle-ci comprend à l'origine une salle de prière ashkénaze et une autre séfarade.

C'est √† partir du Second Empire que la communaut√© juive prend son essor √† Paris et que s'y multiplient les synagogues. Certaines seront monumentales telle la Victoire mais elles sont rarement bien visibles : l'imp√©ratrice Eug√©nie s'oppose √† donner une fa√ßade sur une rue ou une place importantes aux synagogues de la Victoire et des Tournelles.

Deux des plus int√©ressantes synagogues d'un point de vue architectural sont construites au d√©but du XXe si√®cle : il s'agit de la synagogue de la rue Pav√©e de style Art nouveau dont l'architecte est Hector Guimard et de la synagogue de la rue Chasseloup-Laubat √† la charpente de bois, dont l'architecte est Lucien Bechmann.

La première synagogue de banlieue est inaugurée en 1878 à Neuilly-sur-Seine. Elle sera suivie de celle de Versailles inaugurée le 22 septembre 1886, sur le fronton de laquelle est ostensiblement déployé un sefer torah de pierre. Il faut aussi signaler la synagogue de Boulogne sur Seine construite sur le terrain d'une propriété de la famille Rothschild par Emmanuel Pontremoli.

L'Alsace et la Lorraine

Plus de la moiti√© de la population juive de France vit en Alsace (de 20 √† 25 000 personnes selon le recensement de 1784) et en Lorraine √† la fin du XVIIIe si√®cle. Cette population est principalement rurale puisqu'en Alsace les villes √©taient interdites aux Juifs jusqu'√† la R√©volution. Cette situation est unique en Europe occidentale. Dans quelques villages, les Juifs forment un groupe aussi nombreux que les catholiques ou les protestants et ils vont souhaiter disposer d'une synagogue comparable aux √©glises.
L'autre facteur d√©clencheur de la construction des synagogues est une loi vot√©e sous Louis-Philippe en 1831 d√©cidant que les ministres du culte isra√©lite seront pay√©s par l'√Čtat comme les pr√™tres catholiques ou les pasteurs protestants[83]. Les communaut√©s juives n'ont plus √† entretenir leurs rabbins et peuvent donc investir dans les synagogues.
Par exemple, d√®s 1836 est construite √† Struth, village du Bas-Rhin dont la population juive ne d√©passera jamais 168 personnes[84], une petite synagogue. Foussemagne, aujourd'hui dans le Territoire de Belfort, o√Ļ la synagogue date des ann√©es 1850, pr√©sentait m√™me la particularit√© d'√™tre le seul village de France avec une synagogue mais sans √©glise[85].

Les bourgs et les villes √©difient de plus grands b√Ętiments, souvent en gr√®s rose des Vosges comme √† S√©lestat, avec des bulbes tr√®s germaniques comme √† Saverne ou Wolfisheim[86], construite en 1890, et cet effort continuera sous la domination allemande de 1871 √† 1918. Le plus bel exemple en est donn√© par la synagogue consistoriale de Strasbourg de style n√©oroman construite en 1898 sur le quai Kl√©ber et pill√©e et incendi√©e en septembre 1940 par l‚Äôoccupant allemand.
Ce sont ainsi 176 synagogues qui sont b√Ęties en Alsace et en Lorraine de 1791 √† 1914. Seule la moiti√© d'entre elles subsiste de nos jours.

L'Italie

L'Italie a une petite communaut√© juive. Et pourtant, nulle part ailleurs ne peut-on comprendre mieux ce qu'y a signifi√© l'√©mancipation pour les Juifs. Si les synagogues italiennes ant√©rieures au XVIIIe si√®cle sont parmi les plus remarquables pour leur d√©coration int√©rieure, elles sont aussi parmi les plus discr√®tes ext√©rieurement. Que ce soit √† Venise, √† Ferrare ou √† Urbino, le passant peut marcher le long d'une synagogue sans en soup√ßonner l'existence √† moins d'un examen attentif.
L'√©galit√© des droits pour les Juifs est proclam√©e dans le royaume de Pi√©mont-Sardaigne en 1848 et √† Rome en 1870. D√®s lors vont s'√©lever en Italie quelques-unes des plus notables synagogues d'Europe. La synagogue de Rome visit√©e en 1986 par le pape Jean-Paul II, date du d√©but du XXe si√®cle et sa hauteur tout comme son originale coupole √† base carr√©e la font rep√©rer de loin parmi les toits romains.
La synagogue de Florence achev√©e en 1882 domine √©galement les toits florentins. Les plus nobles mat√©riaux comme le marbre, le travertin et cuivre ont √©t√© utilis√©s pour la construction de ce b√Ętiment d'inspiration byzantine.
√Ä Turin, qui √©tait la capitale du royaume de Pi√©mont-Sardaigne, la communaut√© juive d√©cida en 1862 d'√©lever une synagogue. L'architecte choisi, Alessandro Antonelli, voulut construire le plus haut b√Ętiment de ma√ßonnerie au monde, alors que le plan original n'indiquait qu'une hauteur de 47 m√®tres. Il acheva ce qu'on appelle aujourd'hui le Mole Antonelliana, b√Ętiment embl√©matique de Turin, haut de 167 m√®tres et aujourd'hui repr√©sent√© sur la pi√®ce de 2 centimes d'euro italienne. Entre-temps, la communaut√© juive, pour des raisons financi√®res ou de par une tardive modestie, s'√©tait retir√©e du projet. Elle se contenta d'une autre synagogue construite par Enrico Petiti en 1884[89] dont les bulbes dominent le quartier.

L'Allemagne et l'Empire austro-hongrois

Il ne reste souvent rien des centaines de synagogues allemandes construites au XIXe si√®cle. On peut toutefois visiter des synagogues virtuelles en se reportant au site de l'Universit√© de Darmstadt[90].
L'Allemagne est le pays de la Haskala et c'est dans ce pays que l'architecture des synagogues en a d'abord été marquée. C'est probablement là qu'avaient été construites quelques-unes des plus remarquables synagogues.
Aujourd'hui, on peut encore voir une partie de la Nouvelle synagogue de Berlin o√Ļ l'on reconna√ģt les bulbes germaniques d√©j√† cit√©s en Alsace. Elle fut inaugur√©e en 1866 en pr√©sence de Bismarck et pouvait contenir 3 000 personnes. Ayant subi des dommages durant la Nuit de cristal puis un bombardement lors de la Seconde Guerre mondiale, elle fut en grande partie ras√©e par les autorit√©s est-allemandes en 1958. Il en reste la fa√ßade sur la rue Oranienburg et la coupole recouverte de feuilles d'or. C'est de nos jours un centre communautaire juif.
La plus grande synagogue d'Allemagne, située Rykestrasse à Berlin, a quant à elle rouvert en septembre 2007[91]. De style roman, elle avait été inaugurée en 1904 et avait échappé à l'incendie durant la Nuit de cristal parce qu'elle était trop imbriquée dans le tissu urbain environnant.

La synagogue d'Essen[92] datant de 1913 a elle été reconstruite à partir de ses ruines et est aujourd'hui un centre de conférences.

L'Autriche-Hongrie a connu un essor extraordinaire de sa communaut√© juive pendant le r√®gne de l'empereur Fran√ßois-Joseph. De nombreuses personnalit√©s, telles Sigmund Freud, Stefan Zweig ou Franz Kafka en sont issues, sans omettre Theodor Herzl dont le cercueil, avant son transfert en Isra√ęl en 1949, fut expos√© dans la grande synagogue de Vienne[93]. Celle-ci, seul t√©moin de la communaut√© juive de Vienne, fut construite en 1826 √† condition de ne pas √™tre vue de la rue.

Les synagogues de l'empire reflètent cet essor. À Trieste, alors en Autriche-Hongrie, les architectes Ruggero et Arduino Berlam réalisent une des plus grandes synagogues européennes dans un style rappelant les églises syriennes datant de l'empire romain[94]. Mais c'est à Prague et Budapest que sont édifiées les synagogues les plus belles.

Prague

S'il ne reste que quelques monuments rappelant les quartiers juifs de Varsovie, Cracovie, ŇĀ√≥dŇļ ou Vilnius (que certains avaient surnomm√©e la J√©rusalem de la Baltique), Prague pr√©sente la plus grande collection de monuments juifs subsistant en Europe. Ils sont pour la plupart dans le quartier central de Josefov. Avec le cimeti√®re juif et l'h√ītel de ville juif dont les aiguilles de l'horloge tournent √† l'envers, on peut encore y voir la plus grande concentration de synagogues d'Europe. Outre les synagogues Vieille-Nouvelle, Pinkas et Klaus, Prague compte √©galement la synagogue Espagnole et la synagogue Maisel.

La synagogue Espagnole n'a jamais √©t√© fr√©quent√©e par des Juifs venus d'Espagne. Elle ne doit son nom qu'√† l'architecture et √† la d√©coration int√©rieure hispano-mauresques inspir√©es des synagogues de Tol√®de, choisies par les architectes Ullmann, Baum et Munzberg dans les ann√©es 1890. Quant √† la synagogue Maisel, elle a √©t√© √©difi√©e en style gothique √† la fin du XIXe si√®cle √† partir des restes de la synagogue fond√©e par le maire et bienfaiteur du quartier juif pendant la Renaissance, Mordechai Maisel[95]. Ces deux derni√®res synagogues font aujourd'hui partie du Mus√©e juif de Prague et ne sont plus utilis√©es pour des services religieux.

Dans le quartier de Nov√© Mńõsto, dans la rue Jeruzal√©msk√°, se trouve la plus grande synagogue de Prague, l'extravagante synagogue du Jubil√© aux d√©cors int√©rieurs et ext√©rieurs polychromes. Elle a √©t√© construite en 1906 par les architectes Wilhelm Stiassny[96] et Frantisek Fr√∂hlich et son style est un m√©lange d'Art nouveau et de style mauresque. Cette synagogue lib√©rale o√Ļ l'on peut toujours assister √† des services devrait son nom au jubil√© de l'empereur Fran√ßois-Joseph, t√©moignage de la volont√© d'assimilation de la communaut√© juive praguoise au d√©but du XXe si√®cle.

Budapest et le royaume de Hongrie

Budapest a longtemps abrit√© une tr√®s grande communaut√© juive et c'est l'une des rares villes d'Europe centrale o√Ļ cette communaut√© se compte encore en quelques dizaines de milliers de personnes. La grande synagogue de Budapest, rue Dohany, est des plus richement d√©cor√©es et la plus grande d'Europe. Elle peut accueillir 3 000 fid√®les. Elle a √©t√© construite de 1854 √† 1859 dans ce style hispano-mauresque tr√®s en vogue pour les synagogues de cette √©poque. Elle a sa place dans l'histoire juive √† deux titres : Theodor Herzl naquit dans une maison mitoyenne de la synagogue en 1860, comme l'atteste une plaque sur le mur de la synagogue ; en 1944, la synagogue √©tait transform√©e par les nazis en un camp d'internement o√Ļ Adolf Eichmann eut, dans la galerie des femmes, un de ses bureaux d'administrateur de la solution finale[97],[98]. Le quartier alentour servit alors de ghetto.
Dans ce m√™me quartier, rue Rumbach et rue Kazinczy, on trouve d'autres synagogues dont la restauration est en cours. Celle de la rue Rumbach dessin√©e par Otto Wagner offre une int√©ressante structure m√©tallique. Quant √† la synagogue du quartier √ďbuda, remarquable b√Ętiment au style classique de 1821, longtemps un studio de t√©l√©vision[99], elle a √©t√© r√©inaugur√©e le 5 septembre 2010 en pr√©sence de Zsolt Semj√©n, vice-premier ministre hongrois et de Yona Metzger, grand-rabbin ashk√©naze d'Isra√ęl[100].
Quant à la synagogue de Subotica, aujourd'hui en Serbie mais lors de sa construction en 1901 dans le royaume de Hongrie, c'est une remarquable synagogue de style Art Nouveau.

Les synagogues d'Afrique du nord

Les Juifs ont toujours habit√© les diff√©rentes r√©gions d'Afrique du nord bien avant que les Arabes n'en fassent la conqu√™te, comme en t√©moignent les √©crits d'Augustin ou l'histoire de la Kahena. Ils ont bien √©videmment pri√© dans des synagogues. Toutefois, leur statut de dhimmis leur interdisait de construire des b√Ętiments tant soit peu importants. La situation change quand les puissances europ√©ennes commencent √† dominer le Maghreb au XIXe si√®cle. L'Ňďuvre de l'Alliance isra√©lite universelle d'une part et d'autre part le d√©cret Cr√©mieux en Alg√©rie permettent aux Juifs de ces pays d'acqu√©rir un nouveau statut social.

La tradition veut que la plus vieille synagogue du monde datant de l'exil suivant la destruction du premier Temple soit la Ghriba dans l'√ģle de Djerba qui est toujours en service[101]. En tout √©tat de cause, la Ghriba est attest√©e depuis au moins le XVIe si√®cle mais le b√Ętiment actuel ne date que du XIXe si√®cle. D'autres synagogues subsistent en Tunisie ; celle de Zarzis, √©difi√©e au d√©but du XXe si√®cle, a √©t√© d√©truite par un incendie suspect en 1983[102] mais a depuis √©t√© reconstruite √† l'identique ; celle de Tunis a quant √† elle √©t√© inaugur√©e juste avant la Seconde Guerre mondiale.

En Alg√©rie, les Juifs deviennent citoyens fran√ßais en 1870 de par le d√©cret Cr√©mieux. Le Consistoire alg√©rien cr√©√© par le gouvernement fran√ßais avait d√©j√† pris en charge l'administration du juda√Įsme alg√©rien tout en se heurtant aux propri√©taires des petites synagogues ou oratoires existant depuis bien avant la conqu√™te fran√ßaise. Une vingtaine de synagogues sont construites de 1845 √† 1905[103]. Si la synagogue du march√© Randon √† Alger construite en 1865 √©tait inspir√©e du style des mosqu√©es, celle d'Oran inaugur√©e en 1918 apr√®s 38 ans de travaux ou celles de Constantine ou de Mostaganem (1857), sont dans la tradition monumentale des synagogues consistoriales de m√©tropole.

Si les synagogues de Tunisie sont encore ouvertes au culte de nos jours, celles d'Algérie sont pour certaines transformées en mosquées. Celle de Mostaganem était une menuiserie en 2004[104].

En √Čgypte, au Caire et √† Alexandrie, les synagogues sont √©galement nombreuses. On pourra citer au Caire la synagogue, toujours ouverte, des Portes du Ciel (Chaar Hachama√Įm ou en h√©breu ◊©◊Ę◊® ◊ź◊©◊ě◊ô◊Ě). Inaugur√©e en 1899 son style est, selon Sir Ronald Storrs, ¬ę pharaonique ¬Ľ[105].

Les synagogues en Palestine ottomane puis mandataire

La Palestine reste administr√©e par l'Empire ottoman jusqu'en 1917 quand elle passe sous le contr√īle des Britanniques qui re√ßoivent en 1920 mandat de l'administrer de la part de la Soci√©t√© des Nations. Les Juifs y disposent depuis longtemps comme on l'a vu de synagogues √† J√©rusalem, Safed, H√©bron et Tib√©riade. En 1872, des Hassidim aid√©s par l'empereur Fran√ßois-Joseph d'Autriche inaugurent la nouvelle synagogue Tiferet Israel[106] qui va s'√©lever au-dessus des toits de la vieille ville jusqu'√† la guerre d'ind√©pendance d'Isra√ęl en 1948, o√Ļ elle sera d√©truite. Les Juifs ont commenc√© √† √©migrer d'Europe vers la Palestine dans les ann√©es 1880 d√®s avant la formalisation du mouvement sioniste par Theodor Herzl. En r√®gle g√©n√©rale, ils n'√©taient gu√®re religieux et construire des synagogues n'√©tait pas leur premier souci. C'est donc dans les villages administr√©s et financ√©s par Edmond de Rothschild, dont les id√©es √©taient tr√®s diff√©rentes de celles des autres ¬ę sionistes ¬Ľ comme L√©on Pinsker, que sont √©lev√©es en 1885 √† Rishon LeZion et en 1886 √† Zihron Yaakov les premi√®res synagogues du nouveau yichouv.

Des synagogues urbaines modernes n'apparaissent qu'avec les premières nouvelles villes ou quartiers juifs. À Gedera la première synagogue, orthodoxe, est construite en 1912[107], la grande synagogue de Tel-Aviv, de style byzantin en 1926[108] et la synagogue Yechouroun de Jérusalem en 1936[109] sous l'impulsion du rabbin Abraham Isaac Kook.

Les synagogues aux √Čtats-Unis

Synagogue Historique Sixth & I néo-byzantine (Washington)

Le juda√Įsme y rencontre une situation exceptionnellement favorable. La libert√© de conscience y est proclam√©e et effective. L'√Čglise ou plut√īt les √Čglises y sont s√©par√©es de l'√Čtat. Le christianisme est dominant mais divis√© en tant d'ob√©diences que le juda√Įsme y repr√©sente un groupe religieux qui sera au XXe si√®cle comparable, en nombre de fid√®les, √† de nombreux autres.
Or, le d√©veloppement des transports d'une part mais surtout l'√©volution de la situation en Europe orientale et particuli√®rement dans l'empire russe o√Ļ les pogroms sont courants, vont favoriser une forte √©migration juive d'Europe vers les √Čtats-Unis. Les synagogues vont donc y devenir de plus en plus nombreuses, au fur et √† mesure que les Juifs se disperseront dans tout le pays.

Aux √Čtats-Unis, les terrains sont peu co√Ľteux et les Juifs n'ont plus peur de heurter la sensibilit√© de leurs voisins en construisant trop grand. De plus, le juda√Įsme r√©form√© y rencontre un grand succ√®s. Tout cela va favoriser l'√©dification de grandes synagogues souvent semblables √† des √©glises. Le style gothique trop associ√© en Europe √† celui des √©glises y sera plus utilis√© comme √† Anshe Chesed √† New York (datant de 1849) ou √† Savannah (G√©orgie)[110] (1878). On voit des synagogues se transformer en √©glises comme dans la 6e rue Est de New York lorsque les Juifs √©migrent vers d'autres quartiers et inversement la communaut√© juive racheter des √©glises comme dans le cas de la synagogue Bialystoker[111] qui occupe une ancienne √©glise m√©thodiste datant de 1826. De nombreuses synagogues seront construites √©galement en style n√©o-classique comme la synagogue de Charleston qui date de 1840 ou the Temple √† Atlanta √† l'imitation de la capitale Washington ou, comme en Europe, en style byzantin, comme la synagogue de Wilshire Boulevard √† Los Angeles.

Si les synagogues orthodoxes sont le plus souvent petites, quelques synagogues sont plus monumentales, telles la Central Synagogue √† New York[112] (1872) qui imite la Grande Synagogue de Budapest ou surtout le Temple Emanu-El[113] r√©form√©, Ňďuvre de Robert D. Kohn datant de 1929. Ce fut jusqu'√† r√©cemment la plus grande synagogue du monde.

√Ä Washington, la synagogue Historique Sixth & I de la communaut√© Adas Israel est √©lev√©e de 1906 √† 1908 en style n√©o-byzantin. Elle aura une vie mouvement√©e, devenant une √©glise dans les ann√©es 1950 pour redevenir une synagogue au d√©but du XXIe si√®cle et recevoir la visite du pr√©sident Bush.

Les synagogues durant la Shoah

Le nazisme avait pour but non seulement d'éliminer les Juifs mais aussi leur culture. Dès 1933 fut organisé le premier autodafé en Allemagne. Le pogrom de la nuit du 9 au 10 novembre 1938 appelé par les nazis Nuit de cristal en est la suite logique. Heydrich, dirigeant SS, cite le bilan de 267 synagogues détruites dans une lettre à Göring datée du 11 novembre 1938. Parmi ces synagogues détruites, on citera celle de Konstanz, d'Heilbronn, celles de Francfort et celle de Worms, la plus ancienne synagogue d'Europe en fonctionnement jusqu'alors. Plus d'un millier d'autres sont pillées.

Pendant la guerre, des milliers de synagogues disparaissent dans les flammes allum√©es par les nazis ou les bombardements en Allemagne, en Pologne, en URSS et dans bien d'autres pays. Peu apr√®s l'invasion polonaise, la Grande synagogue de Dantzig l'est √©galement, comme la synagogue de Gabin : le 21 septembre 1939, jour de Yom Kippour, peu apr√®s le d√©but de l'invasion de la Pologne par les troupes nazies, les Allemands accompagn√©s des fascistes locaux, mettent le feu √† la synagogue et √† l'√©cole talmudique. Un tr√©sor artistique, cultuel et culturel qui avait surv√©cu plus de 230 ans br√Ľle en quelques minutes. Toute la population juive de Gabin est alors rassembl√©e sur la place du ¬ę Nouveau March√© ¬Ľ et lorsque les maisons pr√®s de la synagogue s'enflamment √† leur tour, les Allemands forcent les Juifs √† y p√©n√©trer pour sauver les biens qui s'y trouvent, tandis que les troupes nazies hilares prennent des photos. Plusieurs personnes p√©rissent dans les flammes. Le 16 mai 1943, la Grande synagogue de Varsovie est dynamit√©e par le SS-Gruppenf√ľhrer J√ľrgen Stroop comme dernier acte de destruction du ghetto de Varsovie, et ne sera pas reconstruite apr√®s la Seconde Guerre mondiale.

Des villes ou des quartiers juifs entiers disparaissent comme à Salonique ou Odessa. L'entreprise nazie de destruction est souvent parachevée après la guerre par l'abandon des rares synagogues encore existantes, celles-ci n'ayant plus de fidèles.

Celui qui veut conna√ģtre les synagogues polonaises peut se reporter au projet Wikip√©dia les inventoriant[60].
Pour l'Allemagne, le site de l'universit√© de Darmstardt liste et renseigne plus de 2 200 synagogues allemandes[114] disparues ou abandonn√©es.

En France, les synagogues d√©truites ou tr√®s endommag√©es sont surtout situ√©es en Alsace et en Lorraine, dont la synagogue de Strasbourg incendi√©e en septembre 1940 et celles de Bischwiller, √Čpinal, Guebwiller, Saint-Di√©, Sarreguemines, Saverne, Thionville et Wissembourg mais aussi celle de Fontainebleau[115]. D'autres sont pill√©es comme √† Ingwiller ou Mulhouse. Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941, sept synagogues parisiennes, dont celles des Tournelles sont vis√©es par des attentats organis√©s par Helmut Knochen[116],[117],[118]. L'Association des rabbins fran√ßais adopte une d√©claration de protestation, le 15 octobre 1941 : ¬ę Comme les victimes humaines, les pierres sanctifi√©es par la pi√©t√©, les tabernacles qui renferment les rouleaux sacr√©s, nous √©meuvent et nous angoissent : o√Ļ s'arr√™tera cette fureur sacril√®ge, et toutes les synagogues de France, apr√®s celles d'Allemagne, vont-elles devenir des ruines comme celles de Galil√©e o√Ļ J√©sus avait pri√© ? ¬Ľ[119].

Mais de nombreuses autres synagogues sont perdues à la suite de la disparition des communautés rurales et certaines, dont les fidèles ont disparu pendant la Shoah, sont par la suite transformées en musées ou en centres culturels, comme cela a souvent été le cas en Allemagne.

Les synagogues de Prague ont été sauvées en partie par la volonté des nazis eux-mêmes qui en 1942 fondèrent le Musée juif central afin d'y rassembler tous les objets d'art et la littérature issus de toutes les communautés juives et synagogues en pays tchèque[120].

Le Royaume-Uni ne subit pas l'invasion allemande mais ses synagogues payent un lourd tribut aux bombardements allemands. La synagogue de New Cross Road est détruite par un bombardement le 27 décembre 1940[121] et la Synagogue Centrale de Londres le 11 mai 1941[122].

L'époque contemporaine

L'√©poque contemporaine est encore marqu√©e par quelques √©v√©nements majeurs qui ne manquent pas d'affecter la r√©partition ou le style des synagogues. D√®s apr√®s la guerre, l√† o√Ļ il y a encore des Juifs, la reconstruction s'av√®re n√©cessaire. Si ceux-ci ont pour la plupart disparu, comme en Europe centrale et orientale, il a fallu du temps pour que s'organise un travail de m√©moire et de r√©alisation de mus√©es.

En parall√®le, la renaissance de l'√Čtat d'Isra√ęl et l'immigration en provenance des pays o√Ļ les Juifs ne peuvent plus vivre sans discrimination comme l'Europe centrale et orientale, l'ancienne URSS ou les pays arabes, entra√ģnent le retour en masse des synagogues dans le pays o√Ļ elles √©taient les plus nombreuses il y a 2000 ans.

L'exil des Juifs des pays arabes vers Isra√ęl mais aussi vers la France ou l'Am√©rique fait appara√ģtre ou transformer des synagogues l√† o√Ļ parfois il n'y en a jamais eu, alors que d'autres, bi-mill√©naires, disparaissent.

Le phénomène le plus récent est la réapparition d'un terrorisme antisémite qui ne manque pas d'influencer le style des synagogues pour qui on doit de nouveau prévoir protections et discrétion.

Pendant toute cette p√©riode, le juda√Įsme le plus stable est le juda√Įsme am√©ricain dont les nombreuses synagogues modernes t√©moignent de la vigueur.

La reconstruction des synagogues

Une t√Ęche immense attend le juda√Įsme apr√®s la guerre. Des communaut√©s enti√®res ont disparu et souvent la reconstruction des synagogues n'est pas la priorit√© si m√™me elle est envisageable. En France, un quart de la communaut√© juive a disparu et sa r√©partition change. Les communaut√©s rurales d'Alsace et de Lorraine annex√©es par le Reich, d√©j√† d√©clinantes avant la guerre, sont particuli√®rement touch√©es et vont rarement et tr√®s difficilement se maintenir. C'est dans les grandes villes que le juda√Įsme continue √† exister, √† Paris ou √† Strasbourg particuli√®rement. Les r√©parations allemandes vont fournir les fonds indispensables √† la reconstruction[123].

Si les synagogues sont malgré tout reconstruites un peu partout en Alsace, elles ne reprennent pas nécessairement vie dans les petits bourgs et quelques-unes seront cédées aux municipalités comme à Bergheim, jadis le siège du rabbinat en Alsace. L'une de ces synagogues de campagne à l'abandon sera plus tard transformée en musée, le musée judéo-alsacien de Bouxwiller, inauguré en 1998.

C'est donc dans les grandes villes que la vie juive rena√ģt et c'est pourquoi la c√©l√©bration du centenaire de la synagogue de Mulhouse en 1949[124] et surtout l'inauguration de la nouvelle synagogue de Strasbourg le 23 mars 1958 furent les √©tapes-cl√©s de cette reconstruction. La nouvelle synagogue de la Paix de Strasbourg, noble b√Ętiment pouvant accueillir 1 600 fid√®les, est le symbole de la renaissance du juda√Įsme. Sa fa√ßade est un r√©seau d'√©toiles de David, souvenir de l'√©toile jaune mais aussi √©vocation d'Isra√ęl dont le nouvel √Čtat a repris ce symbole sur son drapeau. Ce sentiment est renforc√© par la menorah √† six branches qui se dresse sur la fa√ßade sud.

En Angleterre, c'est la réédification de la Central Synagogue qui symbolise cette renaissance exactement le même jour, le 23 mars 1958[125].

En Allemagne, en l'absence de communauté juive importante, la reconstruction consiste surtout à élever des musées ou des centres de conférences. Mais peu à peu, avec la prospérité allemande, une communauté significative se reconstitue de par l'immigration de Juifs des pays de l'est. Ceci amènera à la restauration de synagogues comme celle de la Rykkestrasse à Berlin en 2007[91].Dans les années 2000, de nouvelles synagogues sont créées et à Bielefeld, la Synagogue Beit Tikwa est même installée dans une ancienne église en 2008.

Le sort des synagogues séfarades

De 1948 √† 1975, des centaines de milliers de Juifs s√©farades qui depuis des g√©n√©rations et parfois depuis le premier exil il y a 2500 ans avaient toujours v√©cu dans les pays aujourd'hui arabes doivent les quitter soit par suite de pers√©cutions (comme en Irak), d'expulsions (comme en √Čgypte), d'ins√©curit√© et d'absence d'avenir (comme en Afrique du Nord) ou de guerre civile (comme au Liban). Ils vont s'√©tablir en Isra√ęl et contribueront √† l'√©dification des synagogues de ce pays. Ils choisissent aussi la France, principalement quand ils sont citoyens fran√ßais comme en Alg√©rie ou francophones dans les autres pays d'Afrique du nord. Ils choisissent √©galement les Am√©riques, notamment le Qu√©bec ou le Br√©sil.

Synagogue de Madrid, encore très discrète

En France, le Consistoire lance d√®s les ann√©es 1950 l'op√©ration des chantiers du Consistoire[123] sous l'impulsion d'Alain de Rothschild. Les besoins sont √©normes √† partir de 1962 avec l'arriv√©e des rapatri√©s d'Alg√©rie et les constructions, souvent plus fonctionnelles qu'esth√©tiques, se multiplient. √Ä Paris, rue de la Roquette, √† Villiers-le-Bel, Massy, Sarcelles et Fontainebleau des synagogues sont b√Ęties avant 1965. Peu √† peu, le mod√®le traditionnel d√©di√© au culte c√®de la place aux centres communautaires o√Ļ toutes les activit√©s culturelles de la communaut√© juive peuvent se d√©rouler et particuli√®rement les r√©ceptions familiales. En 1982, 36 nouvelles synagogues avaient √©t√© construites.

Beaucoup de Juifs sont connus comme des ¬ę Juifs de Kippour ¬Ľ car ils ne fr√©quentent la synagogue que ce jour de la f√™te la plus solennelle du calendrier juif. Les communaut√©s juives transforment donc en synagogues d'un jour des salles paroissiales, communales ou de spectacle que leur pr√™tent ou leur louent les autorit√©s ou les autres cultes. Il suffit pour cela d'y apporter une armoire avec un Sefer Torah et un pupitre pour le poser et la synagogue est pr√™te !

L'√©migration des Juifs s√©farades d'Afrique du Nord ram√®ne aussi des Juifs en Espagne o√Ļ, pour la premi√®re fois depuis 1492, une synagogue est officiellement inaugur√©e √† Madrid le 16 d√©cembre 1968 (des oratoires avaient exist√© depuis 1917) alors m√™me que la libert√© religieuse n'y avait √©t√© autoris√©e qu'un an auparavant[126]. 500 ans apr√®s l'expulsion des Juifs d'Espagne, le roi et la reine d'Espagne y particip√®rent √† une c√©r√©monie du souvenir le 31 mars 1992[127].

Parall√®lement, les synagogues des pays arabes sont abandonn√©es et tombent en ruines telle la Synagogue Maghen Abraham de Beyrouth ou sont transform√©es en mosqu√©es (comme souvent en Alg√©rie) ou parfois en centres culturels. En √Čgypte[128], quelques synagogues fonctionnent encore, ainsi qu'au Maroc et en Tunisie o√Ļ se sont maintenues de petites communaut√©s juives.

Les synagogues modernes des √Čtats-Unis

Aux √Čtats-Unis, les communaut√©s juives font appel aux meilleurs architectes pour construire de remarquables b√Ętiments. Ainsi Frank Lloyd Wright construit en 1955 ce qu'il appelle un ¬ę Sina√Į transparent ¬Ľ avec la synagogue d'Elkins Park en verre et aluminium.

√Ä Livingston (New Jersey), Peter Blake construit le temple Emanuel dont la forme √©voquerait la tente d'assignation d√©crite dans la bible. Mais Dominique Jarass√© pense √† un temple japonais !

Les synagogues en Isra√ęl

Le 14 mai 1948, l'√Čtat d'Isra√ęl redevient ind√©pendant pour la premi√®re fois depuis la tentative √©ph√©m√®re de Bar Kochba en 135. Pour la premi√®re fois depuis cette √©poque, les Juifs peuvent √©lever des synagogues dans un √Čtat juif. M√™me si beaucoup restent des shtiblekh[19], cela a des cons√©quences sur l'allure et le style des synagogues, bien que les premiers sionistes ne soient souvent gu√®re religieux. Ils sont plut√īt soucieux de construire des universit√©s et c'est sur le campus de l'universit√© de J√©rusalem qu'est b√Ętie en 1957 une des plus originales synagogues d'Isra√ęl : la synagogue de Givat Ram, par Heinz Rau et David Reznik. La salle de pri√®re est plac√©e sous une coupole en b√©ton blanc reposant sur de simples piliers.

En 1960, Marc Chagall orne la synagogue de l'h√īpital Hadassah de J√©rusalem de douze vitraux repr√©sentant les tribus d'Isra√ęl[129].

Les immigrants vers la Palestine d'avant la Seconde Guerre mondiale √©taient souvent mus par une id√©ologie sioniste non religieuse. Apr√®s la guerre, les rescap√©s de la Shoah puis les centaines de milliers de Juifs r√©fugi√©s des pays arabes ne partagent pas n√©cessairement les id√©aux sionistes. Mais ils sont souvent plus religieux et ils vont contribuer √† l'√©dification de nouvelles synagogues en Isra√ęl.

Le Grand-Rabbinat d'Isra√ęl, √©tabli √† J√©rusalem, inaugure la Grande Synagogue en 1982. Le b√Ętiment se veut √©voquer le Temple tel qu'il est d√©crit dans la Bible.

La synagogue Cymbalista[130],[131] √©lev√©e par le Suisse Mario Botta sur le campus de l'universit√© de Tel-Aviv, porte le nom du m√©c√®ne qui la fit construire. Elle est constitu√©e de deux tours cylindriques, pouvant symboliser les rouleaux de la Torah, qui se dressent progressivement √† partir d'un socle rectangulaire. Sa ressemblance avec la cath√©drale d'√Čvry, con√ßue par le m√™me architecte, est notable.

En 2000, la synagogue de Belz, aujourd'hui la plus grande du monde, est inaugur√©e √† J√©rusalem. Son nom √©voque les Hassidim de la ville de Belz en Ukraine. La salle de pri√®re peut accueillir jusqu'√† 6 000 fid√®les. Elle reprend beaucoup des fonctions de la synagogue traditionnelle avec des salles d'√©tude, des salles pour les kiddouch et autres r√©ceptions et des chambres pour les voyageurs.

La violence et le terrorisme contre les synagogues

En 1958, le ¬ę Temple ¬Ľ d'Atlanta est vis√© par une bombe probablement pos√©e par des sympathisants du Ku Klux Klan. En 1980, c'est devant la synagogue de la rue Copernic √† Paris qu'une bombe tue quatre passants. La synagogue de Zarzis est d√©truite la m√™me ann√©e par une √©meute. En octobre 1981, c'est la synagogue d'Anvers qui est vis√©e (3 morts, 100 bless√©s)[132]. En 1994, le centre communautaire de Buenos-Aires est vis√© par un attentat qui fait 85 morts. Le 11 avril 2002, la synagogue de Djerba est touch√©e par un attentat d'Al-Qaida qui tue une vingtaine de visiteurs. Le 15 novembre 2003 √† ńįstanbul, deux synagogues sont la cible d'un double attentat qui fait une vingtaine de morts[133]. En septembre 2005, √† la suite du d√©sengagement isra√©lien de la bande de Gaza, les synagogues laiss√©es sur place sont br√Ľl√©es par la foule[134]. Du 26 au 28 novembre 2008, le centre communautaire Loubavitch est une des cibles des terroristes islamistes qui attaquent plusieurs b√Ętiments de Bombay et y font plusieurs victimes dont le rabbin et sa femme[135].

La guerre de Gaza entra√ģne en France une recrudescence des actes antis√©mites. Le 5 janvier 2009, une voiture est lanc√©e contre les grilles d'une synagogue de Toulouse puis incendi√©e[136]. Le 11 janvier, 9 cocktails Molotov sont lanc√©s contre une synagogue de Saint-Denis[137]. Cette violence se retrouve aussi au Venezuela o√Ļ la synagogue de Caracas est vandalis√©e le 31 janvier 2009[138].

Pour se prot√©ger, les communaut√©s juives ont d√Ľ recourir aux m√©thodes de protection et de discr√©tion qui marquent les synagogues de nombreuses √©poques. En Europe, rares sont les synagogues qui affichent leurs heures de services religieux et aucune probablement n'est ouverte au public comme peuvent l'√™tre les √©glises. Les barri√®res de s√©curit√© ou les bornes de b√©ton et les cam√©ras de surveillance sont habituelles, tout comme la pr√©sence de forces de police lors des services rassemblant de nombreux fid√®les.

Inscription √† l'entr√©e de la synagogue de Rishon le Zion : ¬ę Qu'elles sont belles tes tentes, √ī Jacob ! Tes demeures, √ī Isra√ęl ! ¬Ľ (Nombres 24,5)

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

Les principaux musées traitant des synagogues

Bibliographie

Notes et références

Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901‚Äď1906, article ¬ę SYNAGOGUE ¬Ľ par Wilhelm Bacher & Lewis N. Dembitz, une publication tomb√©e dans le domaine public.[37]

  1. ‚ÜĎ Synagogue a de multiples √©quivalents, correspondant aux diff√©rentes langues des Juifs et aussi √† leur sensibilit√© religieuse. Le yiddish utilise le mot ◊©◊ē◊ú (shoul), ¬ę √©cole ¬Ľ et le ladino ◊ź◊°◊†◊ē◊í◊Ē (esnoga). Certaines congr√©gations emploient aussi le terme de Beit Tefila (¬ę maison de pri√®re ¬Ľ). Les Juifs persans et les kara√Įtes utilisent le terme voisin kenessa, d√©riv√© de l'aram√©en. Les juifs r√©form√©s et certains conservatives les nomment parfois ¬ę Temple ¬Ľ.
  2. ‚ÜĎ Voir en particulier Isa√Įe 8:16 et suivants
  3. ‚ÜĎ Dominique Iogna-Prat et Gilles Veinstein, ¬ę Lieux de culte, lieux saints dans le juda√Įsme, le christianisme et l‚Äôislam : Pr√©sentation ¬Ľ, Revue de l‚Äôhistoire des religions, n¬į4 | 2005.
  4. ‚ÜĎ (en)Synagogue, Encyclop√¶dia Britannica (1911). Consult√© le 28 ao√Ľt 2007
  5. ‚ÜĎ Philo, Spec. 2.61‚Äď62
  6. ‚ÜĎ Targoum de J√©rusalem sur Exode 18:20 et I Chron. 16:39 ; Rachi et Radak sur J√©r√©mie 39:8, la ¬ę maison du peuple ¬Ľ (bet amma en aram√©en) d√©signant la synagogue dans T.B Shabbat 32a.
  7. ‚ÜĎ De Vita Mosis III, 27
  8. ‚ÜĎ Contre Apion II, 17
  9. ‚ÜĎ Lire en ligne sur sefarim.fr
  10. ‚ÜĎ Lire en ligne sur sefarim.fr
  11. ‚ÜĎ Lire en ligne sur sefarim.fr
  12. ‚ÜĎ a et b Meguila 1:3 ; pour la signification du chiffre 10, voir T.B Berakhot 6a.
  13. ‚ÜĎ Matthieu. 13:54 ; Marc 6:2 ; Luc 4:16
  14. ‚ÜĎ Marc 1:21 ; Luc 7:5 ; Jean 6:59.
  15. ‚ÜĎ Actes 9:20
  16. ‚ÜĎ Actes 13:5
  17. ‚ÜĎ Actes 13:14
  18. ‚ÜĎ T.B. Soucca 51b
  19. ‚ÜĎ a et b Le ¬ę dictionnaire encyclop√©dique du juda√Įsme ¬Ľ(voir bibliographie) d√©finit le shtibl (pluriel shtiblekh) comme les lieux informels de pri√®res des juifs hassidiques qui font √† la fois office de synagogues, de lieux d'√©tudes et de centres communautaires.Shtibl est un diminutif, il s'agit donc d'une petite pi√®ce.
  20. ‚ÜĎ Le roi Salomon (I Rois 8:34, 44, 48; II Chron. 6:34) et Daniel (Dan. 6:11) prient en direction de J√©rusalem
  21. ‚ÜĎ Toutefois, la Halakha interdit d'y reproduire les accessoires du Temple et par exemple, les chandeliers sont diff√©rents du chandelier du Temple repr√©sent√© sur l'arc de Titus.
  22. ‚ÜĎ T.B. Soucca 51b-52a.
  23. ‚ÜĎ Mo√Įse Ma√Įmonide, Mishn√© Torah, Hilkhot Yessodei ha-Torah 6:1-2.
  24. ‚ÜĎ T.B. Shabbat 13b, 30b, 115a, Pessa'him 62a-b
  25. ‚ÜĎ Mo√Įse Ma√Įmonide La gu√©rison par l'esprit ; pr√©c√©d√© des Lettres de Fostat ; introduction, traduction et annotations par Laurent Cohen , √Čditions Bibliophane-Daniel Radford, 2003, collection L'entre nous, ISBN 2-86970-081-4
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  48. ‚ÜĎ a et b Synonyme, √† cette √©poque, de marrane. En effet, d'une part, un grand nombre de Juifs √©tait pass√© par le Portugal o√Ļ ils avaient connu une deuxi√®me expulsion en 1496, d'autre part ils ne pouvaient se d√©signer en tant que juifs car souvent ils n'√©taient tol√©r√©s qu'√† condition de se dire chr√©tiens, et enfin, se dire sujet d'Espagne √©tait mal vu. √Ä Paris, on dit encore que la synagogue de la rue Buffault est de rite portugais.
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  81. ‚ÜĎ Abraham Hirsch (1835-1912) deviendra l‚Äôarchitecte de la ville de Lyon.
  82. ‚ÜĎ En France et souvent en Europe, contrairement √† Isra√ęl et aux √Čtats-Unis, les synagogues ne portent pas de nom si ce n'est celui de leur commune ou de leur rue. Dans ce cas-ci, pour des raisons √©videntes, on pr√©f√®rera parler de la synagogue Nazareth.
  83. ‚ÜĎ Le 13 novembre 1830, un projet de loi ainsi con√ßu fut pr√©sent√© √† la Chambre : ¬ę √Ä compter du 1er janvier 1831, les ministres du culte isra√©lite recevront des traitements du Tr√©sor public ¬Ľ. Rapport√© par Augustin Perier, le projet fut adopt√© √† une grande majorit√© et passa √† la chambre des pairs, pr√©sid√©e par Pasquier. Celle-ci, sur le rapport de Portalis, vota √† son tour, par 57 voix contre 37, le 1er f√©vrier, l'adoption du projet. Voir Maurice Gelbard, ¬ę Culte isra√©lite ¬Ľ, Site internet La s√©paration des √Čglises et de l'√Čtat par les textes. Consult√© le 27 ao√Ľt 2007
  84. ‚ÜĎ En 1868, on comptait 161 juifs, 88 catholiques, 110 r√©form√©s et 100 luth√©riens (Voir l'article Struth).
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