Sylvestre II

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Sylvestre II
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Sylvestre II
Pape de l’Église catholique

Gerbert d'Aurillac Ă©colĂątre Ă  Reims, enseignant Saint Fulbert et Robert le Pieux enfant.
Gerbert d'Aurillac Ă©colĂątre Ă  Reims, enseignant Saint Fulbert et Robert le Pieux enfant.

Nom de naissance Gerbert d'Aurillac
Naissance entre 945 et 950, Auvergne
Élection au pontificat 2 avril 999
Fin du pontificat 12 mai 1003
Rome
Prédécesseur Grégoire V
Successeur Jean XVII
Listes des papes : chronologie · alphabĂ©tique

Gerbert d'Aurillac (nĂ© entre 945 et 950 en Auvergne – mort le 12 mai 1003 Ă  Rome), pape sous le nom de Sylvestre II de 999 Ă  1003, est un philosophe et mathĂ©maticien. Il favorise l'introduction et l'essor des chiffres dĂ©cimaux, dits arabes[note 1], en Occident.

Il Ɠuvre Ă  restaurer un empire universel sur les bases de l'Empire Carolingien. Dans ce but, Otton III - dont il fut le prĂ©cepteur - favorise son Ă©lection au Saint-SiĂšge. Il est un acteur scientifique et politique majeur du renouveau de l'Occident mĂ©diĂ©val de l'an mille.

Il est le premier pape d'origine française.

Sommaire

Biographie

Enfance

On a peu d'information sur le dĂ©but de la vie de Gerbert jusqu'Ă  son entrĂ©e possible comme oblat, Ă  l'abbaye Saint-GĂ©raud d'Aurillac. Gerbert d'Aurillac serait nĂ© entre 945 et 950(RichĂ© 1987, p. 18) Ă  Belliac, un hameau situĂ© aujourd'hui dans la commune de Saint-Simon, en Auvergne. Cette localisation, qui appartient Ă  une tradition locale[note 2], n'a cependant pas Ă©tĂ© confirmĂ©e par les travaux de Pierre RichĂ© sur la biographie de Gerbert d'Aurillac (il se limite Ă  confirmer que Gerbert est Aquitain)(RichĂ© 1987, p. 19). L'affirmation selon laquelle des moines de l'abbaye d'Aurillac auraient remarquĂ© ce jeune pĂątre qui observait le ciel Ă  l'aide d'une branche de sureau Ă©vidĂ©e appartient Ă  la lĂ©gende, mais elle tend Ă  indiquer qu'il Ă©tait originaire d'une paroisse proche et dĂ©pendante de l'abbaye oĂč il a fait ses Ă©tudes. En tout cas, il dit lui-mĂȘme qu'il n'est pas d'origine noble ou mĂȘme notable, et d'ailleurs aucune famille n'a revendiquĂ© de parentĂ© avec lui.

Le moine

Fils d'un pauvre pĂątre du voisinage[1], il est admis vers l'Ăąge de douze ans au monastĂšre bĂ©nĂ©dictin fondĂ© par saint GĂ©raud Ă  Aurillac et y Ă©tudie les arts libĂ©raux qui comprennent le trivium et le quadrivium sous l'enseignement de l'Ă©colĂątre Raymond de Lavaur(RichĂ© 1987, p. 20-21). L'abbaye se dĂ©veloppe parallĂšlement Ă  celle de Cluny depuis l'abbatiat d'Odon de Cluny(RichĂ© 1987, p. 20). Depuis que Garin, abbĂ© de Saint-Pierre-de-LĂ©zat, (monastĂšre rattachĂ© Ă  Cluny en 940) est devenu abbĂ© de Saint-Michel de Cuxa, beaucoup d'abbayes bĂ©nĂ©dictines d'Aquitaine et de Catalogne se regroupent dans la sphĂšre clunisienne(RichĂ© 1987, p. 22). Cependant, Aurillac restera une abbaye chef d'ordre avec une multitude de filiales dans toute l'Aquitaine.

En 963, le comte Borrell II de Barcelone se rend dans le Rouergue pour Ă©pouser Leutgarde la fille du comte (qui est aussi marquis de Gothie) et fait Ă©tape Ă  l'abbaye d'Aurillac pour vĂ©nĂ©rer les reliques de saint GĂ©raud(RichĂ© 1987, p. 21). L'abbĂ© Adralde l'interroge sur le savoir des abbayes catalanes. Borrell lui confirme l'excellence de ces monastĂšres et l'abbĂ© convainc le comte d'emmener Gerbert qui est particuliĂšrement brillant y poursuivre sa formation(RichĂ© 1987, p. 22).

Le comtĂ© de Barcelone correspond Ă  la rĂ©gion de Catalogne que Charlemagne a Ă©rigĂ© en marche dĂ©fendant son empire contre les menĂ©es Ă©ventuelles des Sarrasins. À cette Ă©poque, le califat omeyyade est Ă  son apogĂ©e et la cour de Cordoue est le plus grand centre intellectuel d'Europe : la bibliothĂšque du calife Al-Hakam II contient des milliers de volumes(RichĂ© 1987, p. 24). La rĂ©putation des savants de Cordoue a gagnĂ© la Catalogne et beaucoup de leurs Ɠuvres sont connues et traduites de l'arabe en latin. Au monastĂšre de Ripoll, dirigĂ© par Arnulf entre 948 et 970, les moines recopient des traductions d'ouvrages d'astronomie, d'arithmĂ©tique ou de gĂ©omĂ©trie(RichĂ© 1987, p. 25).

En 967, introduit par Borrell, Gerbert est pris en charge par Hatton, le trĂšs Ă©rudit Ă©vĂȘque de Vich, particuliĂšrement fĂ©ru de mathĂ©matiques[2]. Gerbert poursuit son instruction dans les abbayes catalanes de Vich et de Ripoll[3] oĂč il peut approfondir son savoir en sciences (quadrivium).

Il perfectionne sa connaissance de la culture antique Ă  travers Virgile, Porphyre de Tyr, Aristote, CicĂ©ron et surtout BoĂšce. C'est par les Apices de BoĂšce qu'il s'initie Ă  l'arithmĂ©tique. Il y remarque la numĂ©rotation dĂ©cimale (sans le zĂ©ro) notĂ©e en chiffres ghubar, dans le Codex Vigilanus, datant de 976 et provenant du monastĂšre aragonais d'Albelda[4] (province de Huesca). Ces chiffres sont utilisĂ©s par les nombreux marchands arabes Ă  Barcelone. LibĂ©rĂ© de la lourdeur des chiffres romains, il peut ainsi aborder les calculs pratiques, et imaginer une table Ă  compter — l’abaque de Gerbert — qui systĂ©matise le principe de la numĂ©ration de position et le procĂ©dĂ© de calcul matriciel de nos quatre opĂ©rations et de nos tableurs. Le monastĂšre de Ripoll abrite aussi une Ă©cole musicale (la musique fait partie du quadrivium) et ses moines recopient des hymnaires et antiphonaires en utilisant la notation neumatique(RichĂ© 1987, p. 26).

Sceaux d'Otton Ier

AprĂšs trois ans d'Ă©tude, en 970, Gerbert accompagne Ă  Rome Hatton de Barcelone et Borrell II qui cherchent Ă  Ă©manciper l'Église catalane de la tutelle de l'archevĂȘque de Narbonne(RichĂ© 1987, p. 27).

Hatton et Borrell obtiennent du pape Jean XIII d’élever Vich au rang de mĂ©tropole ce qui autonomise les Ă©vĂȘchĂ©s catalans et les dĂ©gage de la tutelle de l’archevĂȘchĂ© de Narbonne(RichĂ© 1987, p. 32). C'est Ă  cette occasion que Gerbert est prĂ©sentĂ© au pape qui, voyant qu’il maĂźtrise parfaitement la musique et l’astronomie mal connues en Italie, envoie un lĂ©gat pour en informer l'empereur Otton Ier. Ce dernier, recherchant des maĂźtres capables d’encourager un renouveau culturel, apprend ainsi qu’il y a « un jeune homme versĂ© dans les mathĂ©matiques et capable de les enseigner avec zĂšle Â»(RichĂ© 1987, p. 27). Ayant dĂ©jĂ  fait venir Étienne de Novare Ă  Wurzbourg et Gunzo Ă  Saint-Gall puis Ă  Reichenau, l'empereur demande Ă  voir Gerbert(RichĂ© 1987, p. 27).

Une fois qu'il eut rencontrĂ© Gerbert, Otton Ier veut absolument le conserver dans son entourage, il demande Ă  Jean XIII de trouver un moyen de le retenir Ă  Rome. Alors qu'Hatton est assassinĂ© Ă  Rome le 22 aoĂ»t 971, Gerbert, ayant perdu son maĂźtre, n’a plus d’intĂ©rĂȘt Ă  retourner en Catalogne. Il reste au service de l’empereur et devient le prĂ©cepteur de son fils Otton II. Pendant cette pĂ©riode Gerbert se lie d’amitiĂ© avec le jeune Otton et sa mĂšre l’impĂ©ratrice AdĂ©laĂŻde, ainsi qu’avec de nombreux membres de la cour(RichĂ© 1987, p. 27).

Le 14 avril 972, Otton II Ă©pouse ThĂ©ophane, Ă  Saint-Pierre de Rome. Lors de ces festivitĂ©s, Gerbert rencontre Garamnus, archidiacre de Reims et dialecticien rĂ©mois de renom, venu probablement reprĂ©senter AdalbĂ©ron de Reims et le roi Lothaire Ă  ces noces(RichĂ© 1987, p. 34). Garamnus est fort savant en dialectique, discipline que Gerbert veut travailler. Quant Ă  Garamnus, celui-ci est intĂ©ressĂ© par l’enseignement du quadrivium que Gerbert maĂźtrise parfaitement. L’empereur, sur le point de repartir pour la Germanie, laisse Gerbert partir pour Reims avec son nouvel ami(RichĂ© 1987, p. 34).

L'Ă©colĂątre

AdalbĂ©ron, archevĂȘque de Reims, le fait venir dans son collĂšge Ă©piscopal et lui confie en 972 la direction de son Ă©cole. LĂ , l'Ă©colĂątre enseigne et y fait enseigner de nombreuses matiĂšres tant profanes que religieuses.


AdalbĂ©ron fait partie de la puissante famille des Wigericides qui est fortement implantĂ©e en Ardenne et en Lorraine. Son oncle, AdalbĂ©ron Ier, fut Ă©vĂȘque de Metz et abbĂ© de Gorze ; son autre oncle, FrĂ©dĂ©ric, comte de Bar, est le beau-frĂšre de Hugues Capet ; quant Ă  son frĂšre, Godefroy, il est comte de Verdun.

Reims est le plus puissant archevĂȘchĂ© de Francie il a sous sa dĂ©pendance dix Ă©vĂȘchĂ©s : Senlis, Soissons, Beauvais, Amiens, ThĂ©rouanne, Tournai, Noyon, Laon, ChĂąlons-sur-Marne et Cambrai (qui est ville d’empire)(RichĂ© 1987, p. 36). AdalbĂ©ron formĂ© Ă  Gorze est un rĂ©formateur comme tous les Ă©vĂȘques lorrains de l’époque.

Gerbert se distingue par son érudition notamment dans le domaine scientifique, en particulier le quadrivium qui avait été oublié aprÚs les périodes des invasions vikings, hongroises et sarrasines. C'est ainsi qu'il imagine et construit toutes sortes d'objets à vocation culturelle comme des abaques, un globe terrestre, un orgue et des horloges, ce qui lui valut quelques soupçons sulfureux.

Il réintroduit également la dialectique, l'une des trois sciences du trivium.

Parmi ses Ă©lĂšves prestigieux, figurent Robert le Pieux, fils du futur roi Hugues Capet, Fulbert de Chartres[5], Richer, l'historien Bernelin de Paris, mathĂ©maticien auteur d'un traitĂ© sur l'abaque (Liber abaci), Guy d'Arezzo (v.990-1050), moine bĂ©nĂ©dictin de l'abbaye de Pomposa (prĂšs de Ferrare), grand thĂ©oricien de la musique connu pour son Micrologus de musica, qui est Ă  la base de la notation de la musique occidentale, avec l'invention de la portĂ©e Ă©tendue Ă  cinq lignes, le nom de notes, peut-ĂȘtre aussi Dudon de Saint-Quentin, grammairien, poĂšte, et comme AdalbĂ©ron, rhĂ©teur et dialecticien[note 3].

Quatre ans en Italie

Otton II est confrontĂ© aux affaires de Francie et de Lotharingie, ce qui lui permet de revoir Gerbert. En effet, la tutelle qui avait pu ĂȘtre imposĂ©e par Otton Ier, profitant de la jeunesse de Lothaire et de Hugues Capet, tous deux ses neveux, prend violemment fin. Lothaire, bien dĂ©cidĂ© Ă  reprendre aux Ottoniens la Lotharingie, berceaux des Carolingiens, attaque Aix-la-Chapelle en 978, manquant de peu de se saisir d’Otton. La rĂ©ponse est foudroyante : les troupes impĂ©riales s’enfoncent en Francie et ne sont arrĂȘtĂ©es qu’à Paris par les troupes de Hugues Capet et le manque de ravitaillement(RichĂ© 1987, p. 54). Mais Lothaire et Otton II se rĂ©concilient en juillet 980 Ă  Margut sur Chiers ce qui contrevient aux projets d’Hugues Capet qui mise sur le soutien des Ottoniens contre les Carolingiens(RichĂ© 1987, p. 55).

Il s’ensuit un ballet diplomatique. À la fin 980, Hugues Capet se rend Ă  Rome car Otton doit se rendre en Italie pour soutenir l’établissement du nouveau pape BenoĂźt VII rejetĂ© par les manƓuvres d’une partie de la noblesse romaine. AdalbĂ©ron, dont les intĂ©rĂȘts en Lorraine et en Ardennes sont directement liĂ©s aux tractations entre l’empereur, Lothaire et Hugues Capet, descend donc en Italie accompagnĂ© par Gerbert qui connaĂźt personnellement l’empereur(RichĂ© 1987, p. 57).

L’empire en l'an mil.      Royaume de Germanie      Royaume d'Italie      Ă‰tats pontificaux      Royaume de Bourgogne (indĂ©pendant) Les marches sont figurĂ©es en hachurĂ©

La dispute de Ravenne

À Ravenne, Gerbert retrouve la cour impĂ©riale mais se trouve en 981 entraĂźnĂ© dans une controverse philosophique par Otric, ancien Ă©colĂątre de Magdebourg, qui jalouse Gerbert d’Aurilllac. La "dispute de Ravenne" qui porte sur la classification des connaissances[note 4] tourne clairement Ă  l’avantage de Gerbert(RichĂ© 1987, p. 58-63).

Otric de Saxonie (Otrik ou Octricus de Magdebourg), savant saxon attachĂ© alors Ă  la cour d'Othon II, aurait introduit dans la classe de Gerbert un Ă©lĂšve chargĂ© de calomnier sa mĂ©thode consistant Ă  subordonner illogiquement selon lui la physique aux mathĂ©matiques, comme l'espĂšce au genre. À Pavie, Othon II rĂ©unit AdalbĂ©ron et Gerbert, qui n'Ă©tait au courant de rien. EmmenĂ© Ă  Ravenne, Gerbert est mis en face de son dĂ©tracteur, en prĂ©sence d'une brochette de savants italiens et allemands, venus pratiquer la disputatio, l'art de la controverse. Gerbert en sortit vainqueur. Il thĂ©orisera cette joute intellectuelle plus tard, dans Libellus de Rationali et Ratione Uti[note 5].

Abbé de Bobbio

Pour libĂ©rer des monastĂšres italiens de la mainmise de l’aristocratie, l’empereur fait nommer des proches Ă  leur tĂȘte. Ainsi Jean Philagathos, un proche de l’impĂ©ratrice ThĂ©ophano, est nommĂ© abbĂ© de Saint-Sylvestre de Nonantola en 982. De la mĂȘme maniĂšre, environ un an plus tard, avant l'Ă©tĂ© 982, Gerbert d’Aurillac devient abbĂ© de Bobbio, au pied des Apennins, Ă  45 km au sud de Plaisance. La rĂ©putation de Gerbert, l'amitiĂ© que lui porte Othon II et la rĂ©compense pour sa belle prestation face Ă  Otric doublent une nĂ©cessitĂ© politique(RichĂ© 1987, p. 65). L'attribution est d'importance, car l'abbĂ© est aussi comte, jure fidĂ©litĂ© Ă  l'empereur et lui doit des troupes en cas de conflit[6]. Il dirige alors la plus riche bibliothĂšque d'Occident. La discipline s'y Ă©tant relĂąchĂ©e, il applique la rĂ©forme clunisienne. Lors de son passage Ă  Bobbio, Gerbert prend connaissance d’ouvrages tels que De astrologia de Marcus Manilius, De rhetorica de Marius Victorinus, ou l’Ophtalmicus de DĂ©mosthĂšne qu’il fait recopier et ensuite envoyer Ă  Reims(RichĂ© 1987, p. 81).

Il se heurte Ă  des difficultĂ©s d'ordre politique. L'Italie se diffĂ©rencie du reste de l'Occident chrĂ©tien au haut Moyen Âge par une bien plus grande permanence des villes et leur grande intrication avec les campagnes. À la dissolution de l'Empire romain, l'aristocratie citadine s'est repliĂ©e sur ses villae, contribuant d'autant Ă  dĂ©velopper sa puissance fonciĂšre[7]. Avec le retour de l'ordre, la noblesse a retrouvĂ© les villes, lieu des enjeux politiques et commerciaux, mais conservĂ© une forte assise fonciĂšre rurale. Les Ă©vĂȘques, en gĂ©nĂ©ral issus de cette aristocratie, sont donc particuliĂšrement puissants et la prĂ©sence d'une riche abbaye implantĂ©e dans des terres agricoles ne peut qu'exciter les convoitises.

Dans le cas de Bobbio, Gerbert doit gĂ©rer une situation difficile : PĂ©troald, l'abbĂ© prĂ©cĂ©dent, a cĂ©dĂ© des terres Ă  sa famille, amputant d’autant le patrimoine de l’abbaye(RichĂ© 1987, p. 68). Gerbert se heurte donc Ă  des seigneurs comme Boson de Nibbiano, qui se sont arrogĂ© des terres appartenant Ă  l'abbaye, et se permettaient de rĂ©colter le foin du monastĂšre[8]. De la mĂȘme maniĂšre, Pierre Canepanova, l’évĂȘque de Pavie et chancelier de l’empereur, n’hĂ©site pas Ă  confier des terres Ă  ses proches. Mais celui-ci est trĂšs proche du pouvoir. Pour Ă©viter de cĂ©der dĂ©finitivement terres et charges Ă  leur clientĂšle, les Ottoniens le font sous forme de charges ecclĂ©siales, ce qui permet de rĂ©cupĂ©rer leurs avoirs Ă  la mort de l'Ă©vĂȘque. L’abbĂ© essaye bien d’écrire Ă  l’empereur, mais celui-ci, vaincu Ă  la bataille du cap Colonne, est trĂšs affaibli. Gerbert, qui applique les recettes clunisiennes Ă  son abbaye, est dans un premier temps soutenu par le pape Benoit VII, mais celui-ci meurt le 10 juillet 983. Et c'est Pierre Canepanova qui est dĂ©signĂ© par Otton II comme nouveau pape.

Le 7 dĂ©cembre 983, l’empereur meurt prĂ©maturĂ©ment de la malaria Ă  l'Ăąge de vingt-huit ans. Gerbert se retrouve complĂštement isolĂ© et il est alors proprement expulsĂ© du monastĂšre, sans doute rĂ©cusĂ© par la majoritĂ© des moines, qui ont du mal Ă  se plier Ă  la rigueur bĂ©nĂ©dictine imposĂ©e par Cluny[8]. Au printemps 984, il quitte le monastĂšre, bien que restant officiellement abbĂ© de Bobbio(RichĂ© 1987, p. 74).

Il retourne donc Ă  Reims oĂč, entre 984 et 989, il travaille beaucoup pour parfaire ses connaissances et en faire part Ă  ses nombreux disciples en Lotharingie et Ă  LiĂšge. Il stimule de nombreuses vocations scientifiques, celles par exemple de HĂ©ringer, Adalbold (futur Ă©vĂȘque d'Utrecht), Bernelin de Paris. Plus tard, Herman de Reichenau (1013-1054) hĂ©ritera de ses travaux(RichĂ© 1987, p. 81).

Secrétaire d'Adalbéron de Reims

RÎle dans le conflit pour la régence d'Otton III

Jusqu'Ă  la fin du Xe siĂšcle, situĂ© en terre carolingienne, Reims, le plus important des siĂšges archiĂ©piscopaux de France, prĂ©tend Ă  la primatie des Gaules, et son titulaire a le privilĂšge de sacrer les rois et de diriger leur chancellerie. De ce fait, l'archevĂȘchĂ© de Reims est traditionnellement favorable Ă  la famille rĂ©gnante et a depuis longtemps un rĂŽle central dans la politique royale. Mais la citĂ© Ă©piscopale rĂ©moise est dirigĂ©e par AdalbĂ©ron de Reims, neveu d'AdalbĂ©ron de Metz (un prĂ©lat fidĂšle aux Carolingiens), Ă©lu par le roi Lothaire en 969, mais qui a des liens familiaux avec les Ottoniens[9]. AdalbĂ©ron, et Gerbert revenu Ă  ses cĂŽtĂ©s, Ɠuvrent pour le rĂ©tablissement d'un empire unique dominant toute l'Europe. Le roi Lothaire Ă©tant roi Ă  treize ans, il est de fait sous tutelle de son oncle Otton Ier. Mais en vieillissant, il s'affirme et prend de l'indĂ©pendance, ce qui contrecarre les projets impĂ©riaux de rĂ©unir toute l'Europe sous une unique couronne. DĂšs lors l'Ă©vĂȘchĂ© lĂąche Lothaire et soutient Hugues Capet.

Liens gĂ©nĂ©alogiques entre Ottoniens, Robertiens et Carolingiens entre les VIe et Xe siĂšcles

En effet, les Ottoniens sont trĂšs affaiblis par la dĂ©route d'Otton II dans sa campagne de 982 pour le contrĂŽle de l'Italie du sud contre les Byzantins alliĂ©s aux Sarrasins. L'empereur dĂ©cĂšde en 983, Otton III n'a alors que trois ans et les grands fĂ©odaux menĂ©s par Henri le Querelleur, le puissant duc de BaviĂšre, tentent de s'approprier le pouvoir en assurant la rĂ©gence au dĂ©triment des impĂ©ratrices ThĂ©ophano et AdĂ©laĂŻde[8]. Warin, l'archevĂȘque de Cologne, s'appuyant sur le lien de parentĂ© (jus propinquitatis), remet le jeune roi Ă  son oncle le duc de BaviĂšre. Cela n'a rien de surprenant, car outre la mĂšre d'Otton, ThĂ©ophane, sa grand-mĂšre AdĂ©laĂŻde de Bourgogne et sa tante Mathilde de Quedlinbourg sont alors toujours en Italie. Lothaire voit l'occasion de reprendre la Lotharingie : une alliance entre le Carolingien et le duc de BaviĂšre aurait raison du rĂšgne des Ottoniens. DĂšs lors Hugues Capet devient pour ces derniers le candidat idĂ©al, d'autant qu'il soutient activement la rĂ©forme monastique dans ses abbayes quand les autres prĂ©tendants continuent Ă  distribuer charges ecclĂ©siales et abbatiales Ă  leur clientĂšle. Une telle conduite ne pouvait que sĂ©duire les RĂ©mois trĂšs proches du mouvement rĂ©formateur (AdalbĂ©ron a Ă©tĂ© formĂ© Ă  l'abbaye de Gorze, fer de lance de la rĂ©forme lotharingienne, Gerbert a Ă©tĂ© formĂ© dans des monastĂšres clunisiens). Enfin, AdalbĂ©ron et Gerbert sont tous les deux proches de la cour ottonienne, et se rapprocher de Hugues serait finalement faire renoncer la Lorraine Ă  la Francie.

GrĂące Ă  la correspondance de Gerbert, on a beaucoup d'informations sur ces Ă©volutions politiques :

« Le roi Lothaire n'est le premier en France que par son titre. Hugues l'est, non par le titre, mais par ses faits et gestes. Â»

— Gerbert d'Aurillac, v. 985., [10]

Les RĂ©mois voient Ă©galement d'un mauvais Ɠil le rapprochement entre le roi Lothaire et Herbert de Vermandois, l'Ă©ternel ennemi des Carolingiens, le fils d'Herbert II de Vermandois le traĂźtre qui avait permis l'arrestation de son grand-pĂšre Charles le Simple en 923.

Gerbert et AdalbĂ©ron se livrent Ă  une intense offensive diplomatique en faveur d’Otton III, (il faut Ă  tout prix pour AdalbĂ©ron empĂȘcher Henri le Querelleur de prendre pied en Lotharingie ce qui contrarierait la stratĂ©gie d’expansion de sa famille sur ce territoire). Ils commencent par agir pour empĂȘcher une alliance entre le roi de Francie et le duc de BaviĂšre. AdalbĂ©ron de Reims demande Ă  Lothaire de prendre son cousin Otton III en tutelle (le roi de Francie y est d’autant plus favorable qu’il n’a pas renoncĂ© Ă  la Lotharingie)(RichĂ© 1987, p. 85). Ce qui rend divergents les intĂ©rĂȘts des deux alliĂ©s potentiels.

Ils essayent ensuite de retourner l’archevĂȘque Egbert de TrĂšves(RichĂ© 1987, p. 85). L’évĂȘque Thierry Ier de Metz soutient son cousin[note 6] Henri le Querelleur mais, depuis la mort du duc Ferry (l’oncle d’AdalbĂ©ron), le 17 juin 978[11], il s’inquiĂšte du projet du duc Charles de Basse-Lotharingie, frĂšre du roi Lothaire, de rĂ©unifier la Lorraine. Or, le duchĂ© est gĂ©rĂ© par BĂ©atrice, veuve de Ferry et sƓur d’Hugues Capet. Il est donc possible d’obtenir de l’évĂȘque de Metz qu’il se range du cĂŽtĂ© de BĂ©atrice contre les visĂ©es des Carolingiens et Gerbert d’Aurillac s’y emploie prĂȘtant sa plume pour la correspondance houleuse qu’échangent Charles et Thierry(RichĂ© 1987, p. 86).

Henri II de BaviĂšre dit le Querelleur
TĂȘte de Lothaire, sculpture du XIIe s., MusĂ©e de Reims.

Mais, Henri redoute le face-Ă -face avec Lothaire qui pourrait le doubler dans la course Ă  la couronne impĂ©riale : il quitte prĂ©cipitamment Cologne oĂč il prend le jeune Otton III, et part en Saxe via Corvey(Dithmar IV, 1). LĂ , 16 mars 984, il invite tous les grands de l'empire Ă  fĂȘter les Rameaux Ă  Magdebourg. Il appelle ouvertement ses convives Ă  proclamer son avĂšnement, mais sa proposition ne reçoit qu'un accueil mitigĂ©. Il trouve toutefois suffisamment de partisans pour gagner Quedlinbourg et pour fĂȘter PĂąques avec une suite de fidĂšles dans la grande tradition des Ottoniens. Henri s'efforce par des tractations avec les princes prĂ©sents d'obtenir son Ă©lĂ©vation Ă  la royautĂ© et parvient Ă  ce que plusieurs lui « prĂȘtent serment d'honneur et d'aide comme leur roi et suzerain Â»(Dithmar IV, 2). Parmi ses partisans, il faut citer Mieszko Ier de Pologne, Boleslav II de BohĂȘme et le prince slave MistivoĂŻ.

Cette usurpation soulĂšve l’indignation des partisans ottoniens : Willigis, l’archevĂȘque de Mayence, plusieurs Ă©vĂȘques lorrains, les princes de Saxe et de Souabe et les WigĂ©ricides (et en particulier Godefroy, comte de Hainaut et de Verdun, et son frĂšre AdalbĂ©ron de Reims)(RichĂ© 1987, p. 84). Pour barrer la route d'Henri vers le trĂŽne, ses opposants quittent Quedlinbourg et, rĂ©unis au chĂąteau d'Asselburg forment une conjuration. Lorsqu'il a vent de cette conjuration, Henri le Querelleur mĂšne ses troupes Ă  Werla, non loin de ses ennemis, pour les intimider ou tenter de les raisonner. Il dĂ©pĂȘche vers eux l'Ă©vĂȘque Folcmar d'Utrecht pour nĂ©gocier. Mais lors des pourparlers, il apparaĂźt clairement que ses adversaires ne sont pas prĂȘts Ă  lui prĂȘter « serment en tant que leur roi(Dithmar IV, 4) Â». Il n'obtient que la promesse de reprise des pourparlers ultĂ©rieurement Ă  Seesen.

Alors, Henri gagne la BaviĂšre, oĂč il obtient la reconnaissance de tous les Ă©vĂȘques et de quelques comtes. AprĂšs son demi-Ă©chec en Saxe et l'appui de la BaviĂšre, tout dĂ©pend Ă  prĂ©sent de la position des princes francs. Or ces derniers ne veulent Ă  aucun prix revenir sur le sacre d'Otton III. Les menĂ©es du Querelleur visent moins Ă  accaparer la rĂ©gence qu'Ă  s'assurer un vĂ©ritable partage du pouvoir avec l'enfant Ă  la tĂȘte du royaume. Redoutant l'issue d'un Ă©ventuel conflit, Henri renonce au trĂŽne et remet l'enfant roi Ă  sa mĂšre et Ă  sa grand-mĂšre le 29 juin 984 Ă  Rohr (Thuringe), aprĂšs un accord nĂ©gociĂ© prĂšs de Worms. Cet accord stipule qu’Otton ne sera pas laissĂ© en tutelle Ă  Lothaire. N'ayant pu assurer la tutelle impĂ©riale et n'ayant pas donnĂ© son assentiment pour que le neveu d’AdalbĂ©ron de Reims soit nommĂ© Ă©vĂȘque de Verdun alors qu’il lui avait Ă©tĂ© donnĂ© en otage[12], Lothaire renonce au rapprochement qu'il a nĂ©gociĂ© vis-Ă -vis des Ottoniens pour neutraliser son rival Hugues Capet. Il choisit d’accepter une alliance avec Henri le Querelleur. Pour le roi des Francs carolingien, le contrĂŽle de la Lotharingie - berceau des Pippinides- lui permettrait de revendiquer l'empire. Lothaire reçoit favorablement les Ă©missaires envoyĂ©s par Henri et une entrevue est prĂ©vue Ă  Brisach sur le Rhin le 1er fĂ©vrier 985(RichĂ© 1987, p. 89). Gerbert d’Aurillac reprend son ballet diplomatique. Il Ă©crit Ă  Notger de LiĂšge qui reste hĂ©sitant sur le parti Ă  prendre. Finalement ce dernier se rallie aux Ottoniens contre le don par ThĂ©ophano du comtĂ© de Huy en juillet 985(RichĂ© 1987, p. 90). L’évolution se fait vers une alliance entre Hugues Capet, dont la sƓur est duchesse de Haute-Lotharingie et les Ottoniens contre les Carolingiens et le parti du duc de BaviĂšre. Mais Henri le Querelleur qui craint que son alliance avec une puissance Ă©trangĂšre contre l’empereur soit mal perçue, ne se rend pas au rendez-vous fixĂ© avec Lothaire.

Carte 1 : Le royaume de Francie au temps des derniers Carolingiens. D'aprĂšs L. Theis, L'HĂ©ritage des Charles, Seuil, Paris, 1990, p. 168.

Quoi qu’il en soit, Lothaire dĂ©cide de reprendre l'offensive contre la Lotharingie en janvier 985. À la tĂȘte d'une armĂ©e de 10 000 hommes, le roi de Francie prend Verdun en mars et fait prisonnier le comte Godefroy Ier de Verdun (frĂšre d'AdalbĂ©ron de Reims), FrĂ©dĂ©ric († 1022) (fils de Godefroy Ier), Sigefroy de Luxembourg (oncle de Godefroy Ier), et Thierry de Haute-Lotharingie (neveu de Hugues Capet)(Sassier 1987, p. 180). Hugues Capet, pourtant vassal de Lothaire, se garde bien d'ĂȘtre de l'expĂ©dition[13]. AdalbĂ©ron dont Verdun dĂ©pend de son archevĂȘchĂ© est contraint d’y maintenir une garnison pour empĂȘcher la ville d’ĂȘtre reprise par les Ottoniens. Il envoie mĂȘme aux archevĂȘques de TrĂšves, Cologne et Mayence, des lettres assurant de sa fidĂ©litĂ© au Carolingiens. Mais Gerbert d’Aurillac s’active en sous-main pour leur confirmer la fidĂ©litĂ© de l’archevĂȘque de Reims aux Ottoniens(RichĂ© 1987, p. 92). Lothaire sceptique quant Ă  l’engagement d’AdalbĂ©ron Ă  ses cĂŽtĂ©s, le somme de faire dĂ©truire les fortifications qui entourent le monastĂšre Saint-Paul de Verdun. Essuyant un refus, il convoque une assemblĂ©e Ă  CompiĂšgne pour le 11 mai afin de juger AdalbĂ©ron pour trahison. Hugues Capet sort alors de sa rĂ©serve et marche sur CompiĂšgne(RichĂ© 1987, p. 92). Lothaire ne peut se permettre une guerre ouverte avec Hugues Capet, car il se retrouverait pris entre deux fronts. Il fait donc libĂ©rer les Lorrains qu'il retient prisonniers, mais Godefroy prĂ©fĂšre rester en prison plutĂŽt que de cĂ©der Mons, le Hainaut et Verdun; de plus son fils serait exclu de l’évĂȘchĂ©. Par contre, le duc Thierry de Metz, neveu de Hugues Capet, est libĂ©rĂ©. De plus, Lothaire refuse de nouvelles tractations avec Henri le Querelleur(RichĂ© 1987, p. 92). L’alliance entre Hugues Capet et les Ottoniens se renforce donc grĂące en particulier Ă  l’action continue d’AdalbĂ©ron de Reims et Gerbert d’Aurillac, alors que celle entre Lothaire et le duc de BaviĂšre n’arrive pas Ă  prendre forme. Lothaire envisage d’attaquer Cambrai (ville d’empire mais dĂ©pendant de l’archevĂȘchĂ© de Reims et l’évĂȘque Rothard pourrait livrer la ville contre sa nomination comme archevĂȘque de Reims) et LiĂšge (dont l’archevĂȘque Notger a finalement ralliĂ© les Ottoniens), mais il meurt le 2 mars 986(RichĂ© 1987, p. 94).

RĂŽle dans l'Ă©lection d'Hugues Capet

La veuve de Lothaire, la reine Emma essaye de calmer la situation. Elle fait libĂ©rer tous les lorrains capturĂ©s par son mari qui Ă©taient encore prisonniers, Ă  l’exception de Godefroy. Cependant, son fils Louis V, le nouveau roi, influencĂ© par son oncle le duc Charles de Basse-Lotharingie, ne l’entend pas ainsi et souhaite poursuivre l’Ɠuvre de son pĂšre. Il accuse sa mĂšre d’ĂȘtre l’amante de l’évĂȘque de Laon et AdalbĂ©ron de Reims d’avoir soutenu Otton II lors de son attaque sur la Francie en 978. Les forces royales avec Louis V et Hugues Capet Ă  leur tĂȘte marchent alors sur Reims et entreprennent le siĂšge de la ville[14]. AcculĂ©, AdalbĂ©ron doit livrer des otages, dĂ©truire les chĂąteaux qu’il tient dans son diocĂšse et en terre d’empire et promettre de venir se justifier devant une assemblĂ©e qui doit ĂȘtre tenue Ă  CompiĂšgne le 27 mars 987(RichĂ© 1987, p. 99). De nombreuses tractations s’ensuivent ce qui retarde le procĂšs. Louis V meurt d’un accident de chasse le 22 mai. Il n’a pas d’hĂ©ritier direct et c’est Hugues Capet le duc le plus puissant qui prĂ©side l’assemblĂ©e oĂč doit ĂȘtre jugĂ© AdalbĂ©ron. Personne n’ose accuser l’archevĂȘque et Hugues retourne la situation, profitant que soient rassemblĂ©s beaucoup de grands pour demander son avis Ă  AdalbĂ©ron sur le royaume. Celui-ci estime qu’il faut ajourner cette assemblĂ©e et en prĂ©voir une autre rapidement afin que les grands fĂ©odaux puissent choisir un roi. Cependant il propose qu’un serment soit prĂȘtĂ© Ă  Hugues Capet par les prĂ©sents ce qui revient Ă  les engager en sa faveur(RichĂ© 1987, p. 101). L’assemblĂ©e Ă©lective se tient Ă  Senlis fin mai 987. AdalbĂ©ron rejette l’idĂ©e que le trĂŽne puisse ĂȘtre acquis de maniĂšre hĂ©rĂ©ditaire et estime que l’on devrait faire roi celui qui se distingue par la noblesse de son corps et la sagesse de son esprit. Or Charles de Basse-Lotharingie, mariĂ© avec une femme dans une classe infĂ©rieure de la noblesse, est devenu le vassal d’Otton III(RichĂ© 1987, p. 101)! AdalbĂ©ron propose donc comme roi Hugues Capet, cousin germain de Lothaire, et le meilleur dĂ©fenseur de l'État et de l’intĂ©rĂȘt des grands(RichĂ© 1987, p. 101). AdalbĂ©ron et Gerbert Ɠuvrent pour la paix entre la Francie et l’Empire afin que la rĂ©gente puisse stabiliser la situation. Leur vision est celle de royaumes rĂ©unis dans un grand empire(RichĂ© 1987, p. 102). Hugues Capet est donc Ă©lu au dĂ©triment de Charles de Basse-Lotharingie pourtant le plus proche parent de Louis V. L’assemblĂ©e se transporte Ă  Noyon pour le sacrer(RichĂ© 1987, p. 102).

Secrétaire d'Hugues Capet

Hugues Capet s’attache les services de Gerbert d’Aurillac qui prĂ©sente l’avantage diplomatique de connaĂźtre nombre de puissants en Europe, de parler plusieurs langues, et d’avoir une grande Ă©loquence verbale et Ă©crite. Il rend la citĂ© de Verdun Ă  la maison d'Ardennes, dont le chef Godefroy est libĂ©rĂ© le 17 juin 987(RichĂ© 1987, p. 103). Le nouveau monarque espĂšre ainsi renforcer son alliance avec AdalbĂ©ron de Reims et montrer Ă  Otton III que la Lotharingie ne l'intĂ©resse pas. Il rĂ©pond au comte de Barcelone, Borrell II qui l’a sollicitĂ© pour l’aider contre les Sarrasins (Al-Mansur a incendiĂ© Barcelone en 985 et Louis V n’a pas daignĂ© lui envoyer de troupes, trop occupĂ© par les affaires lorraines). Il lui promet une armĂ©e, mais il lui demande de venir lui prĂȘter un serment de fidĂ©litĂ© avant PĂąques (le 8 avril 988)(RichĂ© 1987, p. 102). Gerbert dont Borrell est l’un des bienfaiteurs, et qui a Ă©tĂ© formĂ© en partie en Catalogne ne peut qu’abonder dans ce sens. Il va tout faire pour convaincre AdalbĂ©ron de sacrer Robert le Pieux pour protĂ©ger le royaume en l’absence du roi si celui-ci part guerroyer contre Al-Mansur. AdalbĂ©ron, au dĂ©part rĂ©ticent Ă  sacrer le fils du roi car cela entrainerait l’installation d’une dynastie, doit cĂ©der et couronne Robert le Pieux Ă  OrlĂ©ans le 25 dĂ©cembre 987(RichĂ© 1987, p. 103). Mais les Catalans ne recevront aucune troupe du roi de Francie et prendront leur indĂ©pendance. Les troupes royales seront occupĂ©es par les affaires de Lotharingie, mais Hugues Capet a-t-il rĂ©ellement eu l’intention d’en envoyer ?

Hugues Capet Ă©tant parvenu Ă  faire sacrer son fils, il crĂ©e une nouvelle dynastie. Mais si celle-ci devenait trop puissante, elle remettrait en cause la volontĂ© ottonienne de rĂ©gner sur l'Europe Ă  la tĂȘte d'un empire universel. Les liens d'alliance avec les Ottoniens se dĂ©tendent et ThĂ©ophano et ses conseillers vont laisser, en sous-main, le champ libre aux aspirations Ă  la couronne du dernier prĂ©tendant carolingien, Charles de Basse-Lotharingie. Ce dernier est vassal de l'empereur, Otton II lui ayant confiĂ© le duchĂ© de Basse-Lotharingie alors qu'il s'Ă©tait brouillĂ© avec son frĂšre Lothaire. Occuper Carolingiens et CapĂ©tiens dans une lutte pour le contrĂŽle de la Francie est le meilleur moyen de les neutraliser mutuellement. Hugues Capet, devant trouver de nouvelles alliances, demande Ă  Gerbert d'Ă©crire une lettre au basileus Basile II pour demander la main de sa fille pour le jeune Robert(RichĂ© 1987, p. 104). Par certains cĂŽtĂ©s, AdalbĂ©ron et Gerbert se retrouvent en porte-Ă -faux. Ils sont officiellement alliĂ©s du roi de Francie, mais servent en premier lieu les intĂ©rĂȘts ottoniens. Le 8 avril 988, ils se rendent auprĂšs de la cour de ThĂ©ophano Ă  Ingelheim et y rencontrent Charles de Basse-Lotharingie venu plaider pour ses intĂ©rĂȘts. Le duc de Basse-Lotharingie sait qu'il ne peut s'emparer du pouvoir sans l'aval de Reims. La teneur des Ă©changes n'est pas connue, mais l'une des hypothĂšses est que l'impĂ©ratrice et ses conseillers ont donnĂ© le feu vert Ă  Charles, et demandĂ© aux deux prĂ©lats de le soutenir. Ancien partisan de la mutatio regni, Gerbert n'est pas indiffĂ©rent aux appels de Charles. Cette volte-face est-elle due Ă  l'association de Robert le Pieux Ă  son pĂšre mettant Ă  nĂ©ant le projet ottonien ? Gerbert dira par la suite : « Le frĂšre du divin Auguste Lothaire, hĂ©ritier du trĂŽne, en a Ă©tĂ© chassĂ© ; ses rivaux [Hugues Capet et Robert le Pieux] ont Ă©tĂ© faits inter-rois, comme c'est l'opinion de beaucoup. De quel droit l'hĂ©ritier lĂ©gitime a-t-il Ă©tĂ© exhĂ©rĂ©dĂ© ? Â». Les contemporains sont dĂ©cidĂ©ment incapables d'abandonner un principe hĂ©rĂ©ditaire enracinĂ© dans la tradition franque[15].

En mai 988, Charles s'empare de Laon, un des derniers bastions carolingiens(Sassier 1987, p. 207-212). Il est avĂ©rĂ© qu'il est en contact avec Gerbert et AdhalbĂ©ron comme le confirme cette missive de Gerbert Ă  son intention:

« Si mon service peut ĂȘtre profitable Ă  Votre Excellence, je m'en rĂ©jouirais. Et si je ne suis pas venu Ă  vous selon vos ordres c'est Ă  cause du climat de terreur entretenu par vos soldats et rĂ©pandu dans toute la contrĂ©e. Â»

— Gerbert d'Aurillac Ă  Charles de Lorraine, Correspondance, juin 988., (Sassier 1987, p. 213)

AdalbĂ©ron, lui, est convoquĂ© au synode des Ă©vĂȘques rĂ©uni par Hugues Capet et Robert le Pieux pour savoir de quelle maniĂšre ils vont dĂ©loger de Laon le duc Charles de Basse-Lotharingie. On y dĂ©cide collĂ©gialement d'assiĂ©ger la citĂ© laonnoise. À la fin du mois de juin 988, Hugues Capet marche vers la ville Ă  la tĂȘte de 6 000 guerriers. D'aprĂšs les sources, l'archevĂȘque de Reims serait prĂ©sent au second siĂšge : c'est un vĂ©ritable Ă©chec (automne-hiver 988). Recevant Ă  son tour une lettre de l'usurpateur, le prĂ©lat lui rĂ©pond :

« Comment pouvez-vous me demander conseil, Ă  moi que vous considĂ©riez comme un de vos pires ennemis ? Comment pouvez-vous donner le nom de « pĂšre Â» Ă  celui auquel vous vouliez ĂŽter la vie ? (...) Qui Ă©tais-je en effet pour imposer Ă  moi seul un roi des Francs ? Ce sont lĂ  des affaires d'ordre public et non d'ordre privĂ©. (...) Je ne puis oublier le bienfait que vous m'avez rendu lorsque vous m'avez soustrait de l'ennemi [probablement lors du siĂšge de Louis V Ă  Reims] (...). Je pourrais vous dire davantage et vous montrer que vos partisans sont des imposteurs et cherchent Ă  rĂ©aliser leurs ambitions Ă  travers vous. Â»

— AdalbĂ©ron de Reims Ă  Charles de Lorraine, Correspondance, aoĂ»t 988., (Sassier 1987, p. 216)

Comme Gerbert, AdalbĂ©ron ne se montre pas vraiment opposĂ© Ă  une nĂ©gociation avec Charles. À la fin de sa missive, il dit que leurs relations futures dĂ©pendront du sort de son neveu AdalbĂ©ron de Verdun, prisonnier d'Eudes de Blois et de Herbert de Vermandois, alliĂ©s du duc Charles(Sassier 1987, p. 216-218).

Conflit avec le pape Jean XV

Denier attribué à Gerbert ou à son successeur Arnoul

AdalbĂ©ron meurt le 23 janvier 989. Arnoul un fils bĂątard de Lothaire se porte candidat Ă  l'archevĂȘchĂ© de Reims. Charles de Lorraine fait entendre que si son neveu Arnoul Ă©tait choisi il rendrait la ville de Laon. Ascelin de Laon, soucieux de rĂ©cupĂ©rer son Ă©vĂȘchĂ©, presse Hugues Capet d'accepter. Ce dernier voyant le siĂšge s'Ă©terniser y voit l'occasion de reprendre la ville et de mettre fin au conflit qui l'oppose Ă  Charles(RichĂ© 1987, p. 113). Il choisit Arnoul au dĂ©triment de Gerbert d'Aurillac. Ce dernier reste quand mĂȘme Ă  Reims et devient le secrĂ©taire d'Arnoul. Le nouvel Ă©vĂȘque complote en faveur de Charles de Lorraine et ouvre les portes de Reims au Carolingien dont les troupes profanent la cathĂ©drale en septembre 989. Gerbert, lui se fait l'avocat des Carolingiens(RichĂ© 1987, p. 117). Se venge-t-il d'Hugues Capet qui lui a refusĂ© l'archevĂȘchĂ© de Reims, ou agit-il en agent des Ottoniens qui soutiennent leur vassal Charles en sous-main? Quoi qu'il en soit cette prise de position le met en position dĂ©licate vis-Ă -vis du roi de France.

Les alliances se forment alors la guerre est ouverte : Charles est alliĂ© Ă  l'archevĂȘque de Reims et Ă  Herbert de Vermandois, et Hugues reçoit le soutien de Eudes de Blois en Ă©change de la ville de Dreux. Dans l'impasse vis-Ă -vis de Hugues Capet, une porte de sortie est offerte Ă  Gerbert par l'entremise de Bruno de Langres qui le convainc de rallier Hugues Capet (probablement en l'Ă©change de l'archevĂȘchĂ© de Reims)(RichĂ© 1987, p. 119). Quant au pape, il est sollicitĂ© par les deux adversaires (c'est Gerbert qui lui demande de destituer Arnoul Ă  la demande de Hugues Capet(RichĂ© 1987, p. 121)), tandis que la cour d'Otton III reste neutre, malgrĂ© les demandes de Hugues(Sassier 1987, p. 221). Le pape ne rĂ©pond pas aux demandes de destitutions envoyĂ©es par Gerbert : des envoyĂ©s d'Arnoul sont arrivĂ©s Ă  Rome avant ceux de Hugues Capet et ont couvert le pape de prĂ©sents. Y a-t-il manƓuvre des Ottoniens ? L'hypothĂšse est possible mais pas certaine : le vĂ©ritable maĂźtre de Rome Ă  cette Ă©poque est un noble romain Crescentius, mais le pape a pu faire l'objet de pression de la part de ThĂ©ophano, ou ne veut-il pas froisser les Ottoniens(RichĂ© 1987, p. 122).

La situation se dĂ©bloque par la trahison d'AdalbĂ©ron de Laon, Ă©vĂȘque de Laon, qui s'empare de Charles et d'Arnoul pendant leur sommeil et les livre au roi (991). Pour parvenir Ă  ses fins AdalbĂ©ron s'est fait recevoir Ă  Laon en faisant croire Ă  Charles et Arnoul qu'il voulait se rĂ©concilier avec eux afin de rĂ©cupĂ©rer son Ă©vĂȘchĂ©. Bien accueilli Ă  Laon, il jure sur le pain et le vin, le dimanche des Rameaux[16] 29 mars ou le Jeudi saint[17] 2 avril 991, de conserver sa foi Ă  Charles, avant d'ouvrir les portes de la ville Ă  l'ennemi durant la nuit[18]! Le dernier carolingien, est emprisonnĂ© Ă  OrlĂ©ans, et meurt Ă  une date inconnue.

Liste des Ă©vĂȘques prĂ©sents au concile de Saint-Basle et/ou souscripteurs du diplĂŽme de Corbie (988) et pour Saint-CrĂ©pin de Soissons[19]
ÉvĂȘque Saint-Basle DiplĂŽme de Corbie DiplĂŽme de Saint-CrĂ©pin
Amiens X X X
Beauvais X X X
Noyon X X
Laon X X
Soissons X X X
Reims X X
Senlis X
Paris X
Sens X X
Orléans X
Auxerre X
Langres X
Bourges X X
Autun X
MĂącon X

Charles en prison, Gerbert, aprĂšs rĂ©flexion, devient le secrĂ©taire d'Hugues Capet et prĂ©pare le concile en vue de la dĂ©position Arnoul fixĂ© en l'abbaye Saint-Basle de Verzy, prĂšs de Reims, en juin 991, le pape n'ayant mĂȘme pas rĂ©pondu au courrier du roi[8]. Le cas d'Arnoul pose problĂšme: sa trahison est un crime de lĂšse-majestĂ© passible de la peine capitale, or depuis le concile de TolĂšde de 633, un clerc ne peut participer Ă  une sentence entrainant un effusion de sang(RichĂ© 1987, p. 128). Le concile a lieu du 17 au 18 juin 991 et seuls treize Ă©vĂȘques viennent alors que tout l'Ă©piscopat français a Ă©tĂ© convoquĂ©(RichĂ© 1987, p. 126).

L'assemblĂ©e est prĂ©sidĂ©e par l'archevĂȘque Seguin de Sens, peu favorable au roi. En revanche, les dĂ©bats sont soutenus par l'Ă©vĂȘque Arnoul d'OrlĂ©ans, un proche du roi. Responsable de la dĂ©fense, Abbon de Fleury avance que le souverain ne peut convoquer de concile et que seul le pape est compĂ©tent pour juger l'affaire. Il donne quatre raisons pour contester la lĂ©gitimitĂ© du concile pour juger Arnoul: l'accusĂ© aurait dĂ» comparaitre comme archevĂȘque de Reims et n'aurait pas dĂ» ĂȘtre dĂ©chu, une citation rĂ©guliĂšre aurait dĂ» lui ĂȘtre faite, l'affaire aurait dĂ» ĂȘtre notifiĂ©e au pape et il aurait fallu discuter toute inculpation dans un synode gĂ©nĂ©ral avec autorisation papale(RichĂ© 1987, p. 130-131). Arnoul d'OrlĂ©ans lui rĂ©plique par un trĂšs violent rĂ©quisitoire contre le Saint-SiĂšge qui n'a pas donnĂ© rĂ©ponses aux demandes d'Hugues Capet Ă  dessein[20]. Arnoul est dĂ©posĂ©. Les choses n'avançant pas Hugues Capet et Robert le Pieux interviennent, les Ă©vĂȘques font signer Ă  Arnoul un acte de renonciation Ă  sa charge qui permet aux deux rois de France le juger, en Ă©change il aura la vie sauve. Gerbert est cette fois, naturellement dĂ©signĂ© par Hugues Capet pour prendre la place d'Arnoul comme archevĂȘque de Reims. Jean XV n'accepte pas cette nomination(RichĂ© 1987, p. 141). Le pape soutenant Arnoul, Gerbert, avec d'autres Ă©vĂȘques français, prend position au concile de Saint-Basle, pour l'indĂ©pendance des Églises vis-Ă -vis de Rome qui est thĂ©oriquement contrĂŽlĂ©e par les empereurs germaniques.

Le pape Jean XV n'accepte pas cette procĂ©dure et veut convoquer un nouveau concile Ă  Aix-la-Chapelle, mais les Ă©vĂȘques de Francie refusent et confirment leur dĂ©cision Ă  Chelles (hiver 993-994). Gerbert, soutenu par d'autres Ă©vĂȘques, prend position, pour l'indĂ©pendance des Églises vis-Ă -vis de Rome (qui est contrĂŽlĂ©e par les empereurs germaniques). Afin d'Ă©viter une excommunication des Ă©vĂȘques ayant siĂ©gĂ© au concile de Sainte-Basle, et donc un schisme, Gerbert prĂ©fĂšre lĂącher prise. Il abandonne l'archevĂȘchĂ© et se rend en Italie. Toute l'habiletĂ© politique d'Hugues Capet consiste, dĂšs le dĂ©but de l'affaire, Ă  demander le soutien de l'empereur et du pape (qu'il n'obtient Ă©videmment pas), et utiliser les divisions de l'Église pour mettre en premiĂšre ligne les Ă©vĂȘques francs qu'il Ă©mancipe en Ă©change de leur soutien. L'usage de la voie conciliaire est donc un moyen habile de contrer l'influence de l'empereur, sans entrer directement en conflit.

L'archevĂȘque et le cardinal

L'archevĂȘque Gerbert travaille beaucoup, dĂ©passant mĂȘme le cadre de son diocĂšse, aussi loin que Tours, OrlĂ©ans ou Paris, rĂ©glant les conflits entre laĂŻcs et clercs, consultant sur les problĂšmes canoniques, rappelant Ă  l'ordre les Ă©vĂȘques suffragants indociles. Les soucis majeurs de Gerbert viennent du cĂŽtĂ© de Rome, vers qui les partisans d'Arnoul se tournent, et qui obtiennent du pape qu'un lĂ©gat, LĂ©on, soit envoyĂ© pour enquĂȘter sur lui[8]. En 992, au synode d'Aix-la-Chapelle, Jean XV convoque Ă  Rome les rois et les Ă©vĂȘques français, sans rĂ©sultats. En 994, le pape, ayant rĂ©uni un nouveau concile Ă  Ingelheim, se prononce contre les dĂ©cisions du concile de Saint-Basle, et excommunie Gerbert et ses amis Ă©vĂȘques. En rĂ©ponse Ă  cela, un concile français prĂ©sidĂ© par Robert le Pieux avec l'appui de Hugues Capet est rĂ©uni Ă  Chelles en 994/995. les dĂ©bats sont dirigĂ©s par Gerbert. Le synode cherche Ă  rĂ©former l'Ă©glise française et Ă  renforcer la cohĂ©sion du corps Ă©piscopal français. Il affirme que si le pape romain prend une dĂ©cision en opposition avec les dĂ©crets des pĂšres de l'Église, cette mesure est nulle et non avenue. Le synode veut ratifier de maniĂšre irrĂ©vocable la destitution d'Arnoul et la nomination de Gerbert(RichĂ© 1987, p. 150).

Le lĂ©gat LĂ©on convoque alors un nouveau concile Ă  l'abbaye de Mouzon, prĂšs de Sedan, en juin 995. Hugues Capet dĂ©fend aux prĂ©lats français de s'y rendre. Gerbert s'y prĂ©sente, seul[8]. Gerbert y est interdit d'exercer les fonctions Ă©piscopales et de communier pour un mois, mais aucune sentence dĂ©finitive n'est prononcĂ©e car une des parties fait dĂ©faut. Un nouveau concile est convoquĂ© Ă  Reims le mois suivant. Dans le mĂȘme temps Gerbert publie les actes du concile de Sainte-Basle et dĂ©fend ses thĂšses dans un traitĂ© Ă©pistolaire, la lettre ayant Ă©tĂ© envoyĂ©e Ă  Wilderod[21], Ă©vĂȘque de Strasbourg. Il cherche par son intermĂ©diaire Ă  toucher ses collĂšgues Lotharingiens et les convaincre de son bon droit(RichĂ© 1987, p. 156). Gerbert reconnaĂźt sans conteste la primautĂ© du pape, mais il dit que ce dernier n'a pas Ă  intervenir directement dans les affaires de sa province, le concile de NicĂ©e ayant dĂ©fini les rĂŽles dans les conciles provinciaux. Le concile de Reims ne rĂ©sout rien et l'affaire en est lĂ  quand le pape Jean XV, meurt en avril 996, bientĂŽt suivi d'Hugues Capet lui-mĂȘme(RichĂ© 1987, p. 164). Gerbert ne dĂ©sarme pas, va Ă  Rome plaider sa cause au nouveau pape, GrĂ©goire V, mais ce dernier maintient les positions de son prĂ©dĂ©cesseur. Mais son dernier soutien, Robert le Pieux le nouveau roi de France cherche Ă  mĂ©nager le pape, pour qu'il accepte son mariage avec Berthe de Bourgogne, veuve d'Eudes de Blois, de laquelle il est Ă©pris mais dont il est cousin. Il doit accepter la demande de GrĂ©goire V de ne plus soutenir Gerbert.

Afin d'Ă©viter une excommunication des Ă©vĂȘques ayant siĂ©gĂ© au concile de Sainte-Basle, et donc un schisme, Gerbert prĂ©fĂšre lĂącher prise. Il abandonne l'archevĂȘchĂ© et se rend en Italie. Il se lie d'une grande amitiĂ© Ă  AdĂ©laĂŻde de Bourgogne. Celle-ci mariĂ©e trĂšs jeune au roi d'Italie Lothaire, se retrouve bien vite veuve, son mari ayant Ă©tĂ© empoisonnĂ© en 950 par BĂ©renger II, marquis d'IvrĂ©e, qui prend sa place, gardant prisonniĂšre la reine AdĂ©laĂŻde. Mais celle-ci appelle Ă  son secours le roi des Germains (futur empereur des Romains) Otton Ier, qui l'Ă©pouse en 951 et dĂ©trĂŽne BĂ©renger. CouronnĂ©e impĂ©ratrice avec son Ă©poux en fĂ©vrier 962, elle devient veuve en mai 973. Son petit-fils Otton III Ă©tant mineur, elle assure la rĂ©gence de l'empire de 991 Ă  995. Le jeune empereur (14 ans), lui demande en 997 de devenir son prĂ©cepteur. Adalbert avait ouvert l'esprit d'Otton vers l'instauration d'un empire universel, mais c'est Gerbert qui le thĂ©orise : il rĂ©dige pour l'empereur un traitĂ© sur le raisonnable et l'usage de la raison qui s’ouvre sur un programme de rĂ©novation de l'Empire romain, considĂ©rant que l'empereur, mi-grec par sa mĂšre, est Ă  mĂȘme de reconstruire un empire universel[22].

Le pape : Sylvestre II

Sylvestre II Ă  la droite de l'empereur Otton III

Au Xe siĂšcle, l'empire carolingien a fini de se dissoudre et l'Europe est divisĂ©e en de multiples principautĂ©s autonomes de fait mĂȘme si elles Ă©lisent et reconnaissent un souverain dont l'influence reste limitĂ©e. À cette Ă©poque les Ă©vĂȘques sont souvent laĂŻcs et nommĂ©s par les comtes. Le rĂŽle de Rome est donc considĂ©rablement affaibli. Cependant les monarques et la papautĂ© ont des intĂ©rĂȘts convergents. Ainsi quand les Ottoniens vont par leur puissance militaire mettre fin aux invasions hongroises, le pape Jean XII se mettra sous leur protection en l'Ă©change du sacre impĂ©rial. MaĂźtres de l'Italie du Nord, et ayant Ă©tabli leur cour Ă  Rome dans le but de recrĂ©er un Empire romain, les Ottoniens ont le pouvoir d'influer sur l'Ă©lection du souverain pontife, sa nomination Ă©tant soumise Ă  leur approbation. Gerbert est proche des empereurs Othon Ier et Othon II, il fut le prĂ©cepteur d'Othon III. À la mort de GrĂ©goire V, le 18 fĂ©vrier 999, il est Ă©lu pape et consacrĂ© le 2 avril. Il choisit le nom de Sylvestre II en rĂ©fĂ©rence Ă  Sylvestre Ier qui fut pape sous l'empereur Constantin Ier qui reconnut le christianisme comme religion de l'Empire romain.

Sylvestre II et le dĂ©mon : illustration datant de 1460

D'un point de vue politique il aide Ă  l'instauration d'États forts en Europe, obtenant en Ă©change que ceux-ci s'appuient sur l'Église. Ceci contribue Ă  renforcer le rĂŽle de la PapautĂ© dans l'Europe mĂ©diĂ©vale. Par exemple le roi de France Robert II s'Ă©tait mis en conflit avec le pape GrĂ©goire V en rĂ©pudiant la reine pour Berthe de Bourgogne (ce qui posait un problĂšme de consanguinitĂ©). Ce mariage posait surtout un problĂšme politique : Berthe amĂšne en dot le duchĂ© et le comtĂ© de Bourgogne dont une grande partie du territoire appartient au Saint Empire. Or le pape est le cousin de l'empereur Otton III[23]. Le roi Ă©tait sous la menace d'une excommunication et le royaume d'interdit[note 7]. Mais Hugues Capet avait confiĂ© la formation de Robert Ă  Gerbert. Ce dernier, ayant de l'affection pour ce dernier, commue la peine en une pĂ©nitence de sept ans. Il renforce ainsi l'assise des capĂ©tiens sur le trĂŽne et contribue Ă  l'Ă©tablissement d'une dynastie forte en France.

Durant son pontificat, il attribue le titre de roi aux souverains chrĂ©tiens de Pologne et de Hongrie. Mais Otton III meurt en 1002 emportant avec lui le rĂȘve d'un empire rĂ©unissant Byzance Ă  l'Europe occidentale. Sylvestre II meurt Ă  Rome le 12 mai 1003 aprĂšs quatre annĂ©es de pontificat. Il est enterrĂ© Ă  Saint-Jean-de-Latran, oĂč le pape Serge IV inscrit une Ă©pitaphe gravĂ©e contre un pilier de la basilique, Ă©voquant son exceptionnel parcours Ă  la fois intellectuel et religieux[note 8].

À la Renaissance, l'Église oublie qu'elle avait tenu son pouvoir durant des siĂšcles de la maĂźtrise du savoir et elle se montre mĂ©fiante vis-Ă -vis des Ă©rudits. Ainsi la mĂ©moire de Sylvestre II est salie. On suppute que son savoir et son Ă©lection au saint siĂšge venaient d'un accord avec le diable. On raconte alors qu'avant de mourir il confessa avoir connu le dĂ©mon « Diane Â».

L'humaniste, philosophe et mathématicien

Statue de Sylvestre II Ă  Aurillac
Apices du moyen-Ăąge.PNG

Gerbert d'Aurillac est un humaniste complet, longtemps avant la Renaissance. Il remet Ă  l'honneur la culture antique, avec des auteurs surtout latins (Virgile, CicĂ©ron et BoĂšce), Porphyre de Tyr, mais aussi Aristote. C'est ainsi qu'il est le premier Ă  introduire Aristote en Occident, dĂ©jĂ  trĂšs connu dans la civilisation islamique, bien avant les traductions du XIIe siĂšcle (Platon Ă©tait dĂ©jĂ  connu en Occident). Gerbert d'Aurillac avait une conception trĂšs prĂ©cise de la classification des disciplines de la philosophie.

En 967, il se rend en Espagne, auprÚs du comte de Barcelone, et reste trois ans au monastÚre de Vich, en Catalogne. Les monastÚres catalans possÚdent de nombreux manuscrits de l'Espagne musulmane, c'est là qu'il s'initie à la science musulmane, étudiant les mathématiques et l'astronomie. En 984, il réclame dans une lettre à Lupitus de Barcelone un liber de astrologia, qui aurait pu lui procurer les connaissances sur l'astrolabe. L'attribution du liber de astrolabio à Gerbert, attesté à partir des années 1080, fait débat[24]

Gerbert d'Aurillac est sans doute plus connu aujourd'hui dans le monde scientifique pour avoir rapportĂ© en Europe le systĂšme de numĂ©ration dĂ©cimale et peut-ĂȘtre aussi le zĂ©ro ce qui est plus contestable[rĂ©f. incomplĂšte][25] qui y Ă©taient utilisĂ©s depuis qu'Al-Khwarizmi les avait rapportĂ©s d'Inde. Il faut en effet savoir que vers l'an mil, la pratique de la division - sans usage du zĂ©ro! et avec des chiffres romains - rendait trĂšs complexes les calculs Ă©crits. On leur prĂ©fĂ©rait l'usage de l'abaque.

Il est l'auteur d'au moins deux traitĂ©s sur les opĂ©rations arithmĂ©tiques. Le premier sur la division (Libellus de numerorum divisione, Regulae de divisionibus), oĂč Gerbert invente une mĂ©thode de division euclidienne qui sera rapportĂ©e par Bernelin de Paris (Bernelinus, + v. 1020), un de ses Ă©lĂšves. L’autre traitĂ© concerne les multiplications (Libellus multiplicationum), adressĂ© Ă  Constantin de Fleury, que Gerbert appelle « son ThĂ©ophile Â», et qui prescrit l'antique multiplication par les doigts (calcul digital).

Il est aussi Ă  l'origine d'un abaque : abaque de Gerbert oĂč les jetons multiples sont remplacĂ©s par un jeton unique portant comme Ă©tiquette un chiffre arabe (par exemple : les 7 jetons de la colonne unitĂ© sont remplacĂ©s par un jeton portant le numĂ©ro 7, les 3 jetons de la colonne dizaine par un jeton portant le chiffre 3, etc.).

L'usage du comput dans les documents administratifs a pu se développer vers l'an mil grùce à ces découvertes importantes.

La troisiĂšme branche des mathĂ©matiques Ă©tait alors la gĂ©omĂ©trie, pour laquelle il composa un traitĂ© de gĂ©omĂ©trie (Isagoge Geometriae, Liber geometriae artis) remarquable, dit-on, longtemps Ă©garĂ© Ă  la bibliothĂšque de Salzbourg et retrouvĂ© par Bernard Petz, savant bĂ©nĂ©dictin du XVIIIe siĂšcle. Le traitĂ© de Gerbert Ă©tablit de maniĂšre moderne les axiomes, les thĂ©orĂšmes du point, de la ligne droite, des angles et des triangles, dont les termes techniques sont expliquĂ©s par Gerbert : base, hauteur, cĂŽtĂ© perpendiculaire Ă  la base, hypotĂ©nuse. À ce sujet, Gerbert correspond (Epistola ad Adelbodum) avec Adelbold (Adalbold, Adelboldus, Adelbodus, Adeobaldo) Ă©lĂšve de Lobbes et de LiĂšge, Ă©vĂȘque d'Utrecht (970-1026), sur l'aire du triangle Ă©quilatĂ©ral, le volume de la sphĂšre, un passage arithmĂ©tique de la Consolation philosophique (De consolatione philosophiae) de BoĂšce.

On lui devrait, en outre, l'invention de l'Ă©chappementa avec foliot ou balancier circulaire, avancĂ©e trĂšs importante pour la mise au point de l'horlogerie (vers 994/996), qui allait remplacer progressivement au long des siĂšcles suivants les horloges hydrauliques et autres clepsydres antiques. Gerbert a mĂȘme conçu une horloge solaire Ă  Magdebourg[8]. L'horloge mĂ©canique Ă©tait constituĂ©e Ă  ses dĂ©buts d'une corde enroulĂ©e sur un tambour et lestĂ©e d'un poids, instrument peu probant Ă  ce stade technique, si l'on pense que le mouvement du poids ne se faisait pas Ă  vitesse constante et rendait les rĂ©sultats peu fiables. Il faudra attendre un peu avant 1300 pour voir des horloges mĂ©caniques occuper les clochers, au dĂ©veloppement technique toujours insatisfaisant (raison pour laquelle les clepsydres sont perfectionnĂ©es jusqu'au XVIIIe !), et plutĂŽt le milieu du XVIIe siĂšcle, oĂč les progrĂšs majeurs de l'horlogerie seront induits par l'invention du pendule.

Gerbert calcule l'aire des figures rĂ©guliĂšres : cercle, hexagone, octogone inscrit et conscrit
 ainsi que le volume de la sphĂšre, du prisme, du cylindre, du cĂŽne, de la pyramide et utilise aussi un instrument de mesure de son invention et qui a conservĂ© son nom, le bĂąton de Gerbert, pour trouver la hauteur d'un arbre, d'une tour, d'une colonne, par l'ombre que ces objets projettent, ou bien utilise une autre technique, comme celle de leur image rĂ©flĂ©chie dans l'eau ou dans un miroir.

La musique était alors comprise comme la deuxiÚme branche des mathématiques et Gerbert s'y intéressa de prÚs. Il agit empiriquement en divisant les sons d'un monocorde, instrument composé d'une corde de métal ou de boyau tendu sur une rÚgle entre deux chevalets fixes. Il mesura ainsi la variété et la proportion des sons produits en établissant les divisions que nous connaissons tons, demi-tons, bémols et diÚses, formant des modes musicaux. Appliquant ces principes, selon le témoignage de Guillaume de Malmesbury, il construisit un orgue hydraulique dans l'église de Reims, dont les sons étaient produits par l'effet de la vapeur d'eau bouillonnante dans ses cavités.

LĂ©gende ou rĂ©alitĂ© ?

Dans Le Matin des Magiciens[note 9], Louis Pauwels et Bergier relatent que le pape Sylvestre II aurait, aprĂšs son voyage aux Indes, puisĂ© des connaissances qui stupĂ©fiĂšrent son entourage. Il possĂ©dait dans son palais, une tĂȘte de bronze qui rĂ©pondait par oui ou non aux questions qu'il lui posait sur la politique et la situation gĂ©nĂ©rale de la chrĂ©tientĂ©. Selon Sylvestre II (volume CXXXIX de la « Patrologie Latine Â» de Migne), ce procĂ©dĂ© Ă©tait fort simple et correspondait au calcul avec deux chiffres. Il s'agirait d'un automate analogue Ă  nos modernes machines binaires. Cette « tĂȘte magique Â» fut dĂ©truite Ă  sa mort, et les connaissances rapportĂ©es par lui soigneusement dissimulĂ©es. Cette tĂȘte parlante aurait Ă©tĂ© façonnĂ©e « sous une certaine conjonction des Ă©toiles qui se place exactement au moment oĂč toutes les planĂštes sont en train de commencer leur course».

Dans L'Homme qui rit (II,3,II), de Victor Hugo, Ursus tient pour avéré que Sylvestre II dialoguait avec les oiseaux.

Gerbert est également le protagoniste d'une nouvelle de fantasy millénariste de J.-B. Capdeboscq [26].

ƒuvres

Les Ă©crits de Gerbert d'Aurillac sont publiĂ©s dans les Ă©ditions suivantes :

  • AbbĂ© Migne, 1853, dans le volume 139 de la Patrologia Latina (Documenta Catholica Omnia).
  • Alexandre Olleris, ƒuvres de Gerbert, Clermont/Paris, 1867 (Gallica)
  • TraitĂ©s de MathĂ©matiques
    • Libellus de numerorum divisione
    • De geometria
    • Epistola ad Adelbodum
    • De sphaerae constructione
    • Libellus de rationali et ratione uti
  • TraitĂ©s EcclĂ©siastiques
    • Sermo de informatione episcoporum
    • De corpore et sanguine Domini
    • Selecta e concil. Basol., Remens., Masom., etc.
  • Lettres - Ă©ditions Jules Havet, 1889 (Gallica) ou Pierre RichĂ© & Jean-Pierre Callu, Paris, Les Belles lettres, 1964-1967 (rĂ©Ă©ditĂ© en 2009)
    • Epistolae ante summum pontificatum scriptae
      • 218 lettres dont Ă  l'empereur, au pape et Ă  divers Ă©vĂȘques
    • Epistolae et decreta pontificia
      • 15 lettres Ă  divers Ă©vĂȘques, dont Arnulf, divers abbĂ©s et une lettre Ă  Étienne Ier de Hongrie
      • Lettre Ă  Otton III.
      • 5 courts poĂšmes
  • Autres
    • Acta concilii Remensis ad S. Basolum
    • Leonis legati epistola ad Hugonem et Robertum reges

Divers

Un timbre le représentant, dessiné par André Spitz, a été émis par les postes françaises en 1964.

Notes et références

Notes

  1. ↑ Les pays arabes n'ont pas les mĂȘmes reprĂ©sentations de chiffres, en particulier le 5 qui est chez eux de forme circulaire. Le systĂšme de numĂ©ration reste cependant bien celui importĂ© d'Inde et diffusĂ© dans l'Empire par le traitĂ© d'Al-Khawarizmi.
  2. ↑ Dans sa notice historique sur la commune de Saint-Simon, Henri de Lalaubie rapporte en 1852 qu'il existe Ă  Belliac une terre appelĂ©e « du Pape Â» dont on a toujours pensĂ© qu'elle Ă©tait celle de la famille de Gerbert
  3. ↑ Ceci est mis en doute par Georges Duby car l'homme parait plus marquĂ© par l'Ă©cole de Laon que par celle de Reims
  4. ↑ La dispute de Gerbert et d'Otric, en prĂ©sence d'Otton II, sur la classification des connaissances est connue par le long rĂ©cit qu'en fait Richer dans son Histoire, III, 55-65; Ă©d. et trad. A.-M. Poinsignon, Ă  consulter sur Gallica) (pages 279-307)
  5. ↑ extrait du libellus
 : "Il est dĂ©diĂ© Ă  l'empereur Otton III, par une Ă©pĂźtre qui nous apprend en quel temps et Ă  quelle occasion il fut composĂ©. Pendant l'Ă©tĂ© de 997, ce prince se trouvant en Italie, oĂč il se prĂ©parait Ă  la guerre contre les Windes que Gerbert nomme Sarmates, il avait Ă  sa suite plusieurs savants, du nombre desquels Ă©tait Gerbert, et se plaisait Ă  leur proposer des questions subtiles et Ă©pineuses de philosophie (MAB. ib. t. I, in fin.). Personne n'y ayant rĂ©pondu d'une maniĂšre satisfaisante, il enjoignit Ă  Gerbert de rĂ©soudre celle qui regardait le raisonnable et le raisonnant. Celui-ci ne put l'exĂ©cuter sitĂŽt pour cause de maladie. Mais, aprĂšs avoir recouvrĂ© la santĂ©, il le fit par le petit ouvrage dont il s'agit ici. Il y entre dans une longue et sĂ©rieuse discussion, qu'il appuie tant de l'autoritĂ© des anciens philosophes que de ses propres raisonnements, et d'une figure pour rendre la chose plus sensible. Mais il faut avouer que la difficultĂ© n'en valait pas la peine. Aussi Gerbert s'est-il cru obligĂ© de s'excuser, Ă  la fin de son Ă©crit, d'avoir entrepris de traiter un sujet peu convenable Ă  la gravitĂ© Ă©piscopale, dont il Ă©tait revĂȘtu. S'il le fit, ce ne fut que par le dĂ©sir de plaire Ă  l'empereur, qui s'occupait alors d'un genre d'Ă©tude auquel la question discutĂ©e n'Ă©tait pas Ă©trangĂšre."
  6. ↑ La mĂšre de Thierry, Amalrade, et Mathilde de Ringelheim, la grand-mĂšre d'Henri, Ă©taient sƓurs
  7. ↑ Interdiction de tout sacrement ou rituel religieux.
  8. ↑ Roger Peyrefitte rapporte dans Les ClĂ©s de saint Pierre la rumeur selon laquelle son tombeau ferait entendre des craquements chaque fois qu'un pape va mourir. Quand un pontife est trĂšs malade on verrait des cardinaux rĂŽder aux alentours.
  9. ↑ Le Matin des Magiciens est un livre de rĂ©alisme fantastique ; les informations contenues sont Ă  lire avec distanciation car elles ne sont pas forcĂ©ment vĂ©ridiques.

Références

  1. ↑ J. Henri Pignot, Histoire de l'Ordre de Cluny depuis la fondation de l'abbaye jusqu'Ă  la mort de Pierre le VĂ©nĂ©rable, tome I, Autun 1868, p. 147
  2. ↑ Gerbert d'Aurillac sur l'EncyclopĂ©die universelle et RichĂ© 1987, p. 25
  3. ↑ Gerbert d'Aurillac devient pape sous le nom de Sylvestre II
  4. ↑ Michel Soutif, La diffusion de la numĂ©rotation dĂ©cimale de position tirĂ© du Colloque Ocean Indien au carrefour des MathĂ©matiques arabes, Chinoise, EuropĂ©enne et Indienne, p. 158-159 sur le site de l'IUFM de la RĂ©union
  5. ↑ Jean ChĂ©lini, Histoire religieuse de l'Occident mĂ©diĂ©val, Hachette 1991, p. 226.
  6. ↑ Jean ChĂ©lini, Histoire religieuse de l'Occident mĂ©diĂ©val, Hachette 1991, p. 227.
  7. ↑ Pierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard, 2005, p. 218.
  8. ↑ a, b, c, d, e, f et g Gerbert d'Aurillac, le pape Sylvestre II, EncyclopĂ©die Universelle
  9. ↑ Hugues Capet, Imago Mundi
  10. ↑ R.-H. Bautier, L'avùnement de Hugues Capet - Le roi de France et son royaume autour de l'an Mil, Picard, Paris, 1992, p. 28.
  11. ↑ FrĂ©dĂ©ric, duc de Haute-Lotharingie sur le site Foundation for Medieval Genealogy
  12. ↑ SociĂ©tĂ© d'histoire ecclĂ©siastique de la France, Revue d'histoire de l'Église de France, 1944, p. 26
  13. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin, Paris, 1992, p. 73
  14. ↑ L. Theis, op. cit., p. 189.
  15. ↑ Y. Sassier (2000), p. 207-208.
  16. ↑ Edmond Pognon, Hugues Capet, roi de France, 1966, p. 148
  17. ↑ Henri de Boulainvilliers, Histoire de l'ancien gouvernement de la France, 1727, p. 147
  18. ↑ Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, p. 75.
  19. ↑ Olivier Guyotjeannin, « Les Ă©vĂȘques dans l'entourage royal sous les premiers CapĂ©tiens Â», Le roi et son royaume autour de l'an Mil, Picard, Paris, 1990, p. 93-95.
  20. ↑ L. Theis (1990), p. 75.
  21. ↑ Wladimir GuettĂ©e, [Histoire de l'Église de France], 1856, p. 85
  22. ↑ Pierre RichĂ©, Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe, Hachette 1983, p.385.
  23. ↑ Ivan Gobry, Les CapĂ©tiens (888-1328), 2001, p. 110
  24. ↑ DaniĂšle Conso, Antonio GonzalĂšs, Jean-Yves Guillaumin Les vocabulaires techniques des arpenteurs romains : actes du colloque international, Besançon, 19-21 septembre 2002 Presses Univ. Franche-ComtĂ©, 2006 (ISBN 2-84867-120-3 et 9782848671208)
  25. ↑ L'apport du zĂ©ro est controversĂ© : il semble qu'il remplaçait le zĂ©ro par une case vide.
  26. ↑ J.-B. Capdeboscq, « La Table de poussiĂšre Â», in Jour de l'an 1000, Nestiveqnen Ă©d., 2000.

Annexes

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Bibliographie

  • Dithmar, Chroniques 
  • A. Olleris, « Vie de Gerbert Â», in ƒuvres de Gerbert, Clermont/Paris, 1867 (Gallica)
  • François Picavet, Gerbert, un pape philosophe, d'aprĂšs l'histoire et d'aprĂšs la lĂ©gende, Paris, 1897 (Gallica)
  • Chanoine Jean Leflon, Gerbert, humanisme et chrĂ©tientĂ© au Xe siĂšcle, Saint-Wandrille, Éditions de Fontenelle, 1946.
  • Pierre RichĂ©, Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an mil, Paris, Fayard, 27 mars 1987, 332 p. (ISBN 2213019584) 
  • Yves Sassier, Hugues Capet, Pari, Fayard, 1987 
  • Florence Trystram, Le coq et la louve. Histoire de Gerbert et l'an mille, Flammarion, Paris, 1982
  • Jean Leflon, Gerbert, Abbaye Saint-Wandrille, Éditions de Fontenelle, 1945
  • Les Papes Français, Tours, C.F. Éditions Alfred Mame, 1901
  • FĂ©lix de La Salle de Rochemaure, Gerbert, Silvestre II Émile, Paul, Paris, Ă©diteurs, 1914
  • Lettres de Gerbert (983-997), Éditions J. Havet, 1889. Traduction du latin et Ă©dition : G. Brunel
  • E. Lalou (dir.), Sources d’histoire mĂ©diĂ©vale, IXe - milieu du XIVe siĂšcle, Paris, 1992, p. 93-94.[1]
  • Pierre RichĂ©, Silvestre II, pape, Dictionnaire du Catholicisme, Paris.
  • histoire mĂ©diĂ©vale de l'Ă©cole de Reims
  • (en) A History of Western Philosophy, 1963.
  • (it) "Gerberto d'Aurillac-Silvestro II. Linee per una sintesi". Colloque Bobbio 11.09.2004, Bobbio, Archivum bobiense. Studias 5, 2003, 288 p.

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  • Sylvestre —  Pour l’article homophone, voir Silvestre. Cette page d’homonymie rĂ©pertorie les diffĂ©rents sujets et articles partageant un mĂȘme nom. Sommaire 
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  • SYLVESTRE — FRANCE (see also List of Individuals) 4.9.1886 ChambĂ©ry/F 27.11.1972 /F Victor Sylvestre graduated in 1909 from the Institut Polytechnique in Grenoble and joined Compagnie GĂ©nĂ©rale d ElectricitĂ©. Shortly later he became chief engineer of… 
   Hydraulicians in Europe 1800-2000

  • SYLVESTRE — adj. des deux genres Qui croĂźt dans les bois. Pin sylvestre. Menthe sylvestre 
   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • Sylvestre IV — Pour les articles homonymes, voir Sylvestre. Sylvestre IV (Maginulle), nĂ© vers 1050 Ă  Rome, antipape de 1105 Ă  1111. CatĂ©gories : Naissance Ă  RomeReligieux italienReligieux du Moyen ÂgeAntipape 
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  • sylvestre — (sil vĂš str ) adj. 1°   Qui a le caractĂšre de la forĂȘt. ‱   Alors rien de tout cela [les ressources de l industrie] ne venait au secours du moine, qui abordait sans armes, sans outils suffisants, souvent sans compagnon, ces profondeurs sylvestres 
   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile LittrĂ©

  • Sylvestre — (ou Silvestre) (Sylvestro) ‱ Sylvestre Ier (31 dĂ©cembre), prĂȘtre du Titre d Equitius, sur l Esquilin, pape de 314 Ă  sa mort en 335, nĂ© Ă  Rome. Il se fit reprĂ©senter au concile de NicĂ©e, convoquĂ© en 325 par Constantin Ier, qui condamna l arianisme 
   Dictionnaire des saints


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