Suger de Saint-Denis


Suger de Saint-Denis
Suger d'après une verrière dans la basilique de Saint Denis

Suger est un homme d'église et homme d'État français. Il serait né à Chennevières-lès-Louvres[1], en 1080 ou 1081 et mort à Saint-Denis le 13 janvier 1151[2],[3].

Sommaire

Biographie

Années d'apprentissage

Selon l'historien Jean Dufour, Suger serait issu d'une famille assez aisée[1], probablement des minores milites possédant des terres à Chennevières-lès-Louvres situé à 18 km de Saint-Denis (peut-être y est-il né). La famille de Suger était probablement liée à la famille chevaleresque des Orphelin d'Annet-sur-Marne. L'orbituaire de l'abbaye donne le nom de son père, Hélinand (Helinandus), un frère, Raoul (Radulphus), et une belle-sœur, Émeline (Emmelina). Des recherches montrent que l'oncle de Suger, dont il porte probablement le nom, faisait partie des ministériaux de l'entourage de l'abbé de Saint-Denis Yves Ier (1072-1093/1094). La femme de cet oncle aurait été la maîtresse de l'abbé Yves Ier et la marraine de Suger. Cet abbé aurait été le parrain de Suger[4]. Cela peut expliquer le choix du père de Suger, après la mort de son épouse, vers 1091, de placer son fils, vers neuf ans, comme oblat voué à Saint-Denis et non comme novice d'après l'historien Erwin Panofsky[5]. Il a le privilège pendant son enfance de côtoyer Louis VI à l'abbaye de Saint-Denis. C'est pendant cette première période qu'il rencontre le prince Louis, le futur roi Louis VI, à l'abbaye de Saint-Denis pendant quelques mois vers 1091/1092 avant que ce dernier soit confié au pedagogus Hellouin de Paris[6]
Il a étudié pendant dix ans au prieuré d'Estrées pour devenir moine[1].
En 1106, il assiste au concile de Poitiers, puis l'année suivante, il se trouve à l'abbaye de La Charité-sur-Loire, où il défend devant le pape Pascal II l'abbaye de Saint-Denis contre les prétentions de l'évêque de Paris. En 1107, il assiste à la conférence de Châlons. Il administre à cette date la prévôté de Berneval, en Normandie.

En 1109, Suger, alors âgé de 28 ans, est nommé par l'abbé Adam prévôt de Toury. Cette prévôté de l'abbaye de Saint-Denis gouvernait ses possessions dans la Beauce. Face aux agressions de Hugues III du Puiset dont le château se trouve à proximité de Toury, Suger demande l'intervention du roi Louis VI lors de l'assemblée tenue à Melun à partir du 12 mars 1111. À cette réunion sont présents l'archevêque de Sens Daimbert, l'évêque Yves et le chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, les abbés de Saint-Père et de Saint-Jean-en-Vallée, l'évêque d'Orléans Jean II (1096-1135), Étienne de Garlande en tant que prieur de l'église Saint-Aignan d'Orléans, l'abbé de Saint-Denis, Adam, et Suger. Hugues du Puiset ne s'est pas rendu à l'assemblée pour répondre, aussi aucune décision n'est prise. Louis VI demande à Suger d'assurer la mise en défense de Toury[7]. C'est à Compiègne, en juin 1111 qu'une assemblée formée en cour juduciaire - curia regis - prononce la confiscation des fiefs d'Hugues du Puiset. L'ost du roi prend le château de Toury. Par un acte fait en 1118, le roi demande à l'abbé de Saint-Denis d'organiser la défense de la place[8]. Cet acte permet de montrer que le roi s'appuie sur l'abbaye pour assurer la défense de son domaine en garantissant les droits de l'abbaye de Saint-Denis. En 1112, il est le témoin de la convention passée à Moissy-Cramayel entre le roi et Hugues du Puiset. Ce dernier se révolte de nouveau contre le roi et Suger réussit à résister à ses attaques contre Toury. Le roi réussit à reprendre le château avec l'aide des troupes réunies par Suger dans l'été 1112. Il fait alors détruire le château et remet Hugues du Puiset en prison. Il est présent au concile du Latran de 1112 convoqué par le pape Pascal II qui annule les droits d'investiture de l'empereur[9]
On retrouve Suger, signataire d'un acte de l'abbé Adam en 1114 comme sous-diacre et religieux à Saint-Denis.
C'est à partir de 1118 que Suger devient un familier de l'entourage royal. Il semble que cette présence soit probablement due aux liens que sa famille devait avoir avec les Orphelin liés aux Garlande qui sont des proches du souverain[10].
Il rejoint à la demande de Louis VI l'ambassade conduite par l'abbé de Saint-Germain-des-Prés Hugues IV de Saint-Denis (1116-1146) auprès du pape Calixte II à l'hiver 1121. Ils retrouvent le pape à Bitonto le 27 janvier 1122[11],[12].

Élection de Suger comme abbé de Saint-Denis

C'est sur le chemin de retour qu'un moine de Saint-Denis le retrouve et lui annonce la mort de l'abbé Adam, le 19 février 1122 et son élection comme abbé de Saint-Denis. Cette élection a été faite sans demander l'avis du roi. Celui-ci a d'abord mal pris cette élection quand les principaux dignitaires et les plus nobles vassaux lui ont soumis ce choix à son assentiment. Le roi a commencé à les enfermer dans une prison de son château d'Orléans[13].
Cette élection sans l'accord préalable du roi ne fait que reprendre les obligations de la réforme grégorienne d'où a résulté la querelle des investitures entre la papauté et l'empereur, mais aussi avec les autres puissants.
Pour le roi, dont les évêchés et les abbayes sont des éléments importants de la stabilité de son pouvoir, il ne peut être question de laisser à des clercs la liberté de choix sans prendre un risque politique dans une période d'affrontements féodaux.
En France, Yves de Chartres avait proposé une solution pour essayer de régler les conflits que cette réforme avait entraînés entre les rois de France et l'Église catholique en séparant la part spirituelle des fonctions religieuses réservée aux hommes d'Église et la part matérielle concernant les biens et droits seigneuriaux pouvant être laissée à l'investiture laïque.
Suger va alors chercher à concilier cette opposition entre le respect du droit canonique de l'Église en envoyant un clerc romain auprès du pape, et l'accord nécessaire avec le roi en dépêchant deux émissaires vers lui. Fort heureusement, ceux qui l'ont élu connaissaient ses relations avec le roi et son entourage. À son arrivée, ses émissaires lui apprennent que le roi lui a accordé sa paix, que les prisonniers sont libres et que son élection a été acceptée. Le roi l'accueille avec d'autres dignitaires ecclésiastiques. Le lendemain de son arrivée, le 11 mars 1122, Suger est ordonné prêtre et le dimanche suivant consacré abbé de Saint-Denis dans l'abbatiale. À la mi-mars, le roi accorda la confirmation des biens et privilèges de l'abbaye octroyés pendant l'abbatiat d'Adam.

Réformateur de l'abbaye de Saint-Denis

Il en devient l'abbé de 1122 à 1151. Esprit pondéré, répugnant aux excès d'ascétisme, il s'oppose à Bernard de Clairvaux.
On sait par une lettre LXVIII de Bernard de Clairvaux (1090-1153) à Suger (1081-1151) qu'une réforme de l'abbaye a eu lieu en 1127. Le goût des ornements dont Suger veut doter son église s'oppose à l'exigence de dépouillement, le refus de tout ornement et de tout luxe ou de sujets figuratifs détournant les moines de la prière que prône saint Bernard dans ses écrits et dans l' Exordium Magnum Ordinis Cisterciensis.
Bernard de Clairvaux écrit dans l' Apologie à Guillaume de Saint-Thierry :

« L'Église resplandit dans ses murs et elle n'a rien pour ses pauvres. Elle revêt d'or ses pierres et abandonne ses fils tout nus. Aux dépens des miséreux, on régale les yeux des riches. Les curieux trouvent de quoi s'amuser, mais pas les malheureux pour se sustenter ».
« Mais que font dans les cloîtres, devant les frères en train de lire, ces grotesques qui prêtent à rire, ces beautés d'une étonnante monstruosité ou ces monstres d'une étonnante beauté ? »

et dans sa critique de l'ordre de Cluny :

« Il m'est arrivé de voir, c'est la pure vérité, un abbé se faisant accompagner de soixante chevaux et plus. Lorsqu'on voit passer cette sorte d'abbé, on dirait non pas des gardiens paternels de monastère mais des seigneurs châtelains, non des hommes ayant charge d'âmes, mais des princes gouvernant des provinces ».

Suger répond à cet appel à la simplicité dans le livre De la consécration :

« Que chacun suive sa propre opinion. Pour moi, je le déclare, ce qui m'a paru juste avant tout, c'est que tout ce qu'il y a de plus précieux doit servir d'abord à la célébration de la sainte eucharistique. Si, selon la parole de Dieu, selon l'ordonnance des prophètes, les coupes d'or, les fioles d'or, les petits mortiers d'or devaient servir à recueillir le sang des boucs, des veaux et d'une génisse rouge, combien d'avantage, pour recevoir le sang de Jésus-Christ, convient-il de disposer les vase d'or, les pierres précieuses, et tout ce que l'on tient pour précieux dans la création. Ceux qui nous critiquent objectent qu'il suffit, pour cette célébration, d'une âme sainte, d'un esprit pur, d'une intention de foi. Je l'admets : c'est bien cela qui importe avant tout. Mais j'affirme aussi que l'on doit servir par les ornements extérieurs des vases sacrés, et plus qu'en toute autre chose dans le saint sacrifice, en toute pureté intérieure, en toute noblesse extérieure ».

Dès sa nomination comme abbé, Suger va entreprendre de faire respecter les droits de l'abbaye, puis commencer à rassembler les fonds nécessaires pour la reconstruction de l'abbatiale.
On ne sait pas en quoi a consisté cette réforme. On peut citer le jugement d'Abélard, sur l'abbé Adam, prédécesseur de Suger :

« un homme dont les habitudes étaient d'autant plus corrompues et l'infamie d'autant plus notoire que sa dignité de prélat en faisait le supérieur de tous les autres ».

Suger parle de fissures qui s'ouvrent dans les murs, de tours qui menacent de s'effondrer, de vases d'autel perdus, de possessions de l'abbaye laissées en friche, ...

Dans sa lettre, saint Bernard félicite Suger pour sa réforme après avoir critiqué les relations particulières entre l'abbaye et la monarchie en se faisant l'écho d'Abélard :

Ce lieu avait été ennobli et porté à la dignité royale dès les temps très anciens. Il abritait d'ordinaire les jugements de la cour et les armées du roi ; on y rendait à César ce qui lui appartenait, mais on n'y mettait pas la même loyauté à rendre à Dieu ce qui est à Dieu ... Le cloître même du monastère était souvent rempli de soldats, bruissant de mille affaires, retentissant de querelles, et s'ouvrait parfois aux femmes[14],[15]
C'est à vos erreurs, non à celles de vos moines que le zèle des saintes personnes adressait ses critiques. Ce sont vos erreurs et non les leurs qui les ont suscitées. C'est contre vous seul et non contre l'abbaye que se sont élevés les murmures de vos frères : vous seul enfin étiez l'objet de leurs accusations. Que vous amendiez vos mœurs et il ne resterait rien qui donnât prise à la calomnie. Que vous changiez enfin, et tout le tumulte cesserait bientôt, toutes les clameurs se tairaient. La seule et unique raison qui nous inspirait, c'est que, si vous aviez continué, votre pompe et votre faste auraient paru un peu trop insolent ... Finalement vous avez donné satisfaction à vos critiques, et vous avez même ajouté ce qui vous vaut notre juste éloge. Car y a-t-il rien qui, dans les affaires humaines, paraîtra mériter l'éloge si l'on ne juge pas cela digne de la louange et de l'admiration les plus hautes - encore qu'il s'agisse en vérité d'une œuvre divine et non humaine -, à savoir un changement simultané et si soudain de tant de personnes ? Grande est au ciel la joie que suscite la conversion d'un seul pécheur : que sera-t-elle devant la conversion de toute une congrégation ?

mais il continue en critiquant l'entourge du roi Louis VI, et en particulier du rôle particulier d'Étienne de Garlande qui était un ami, et peut-être un parent, de Suger et qui avait le tort à ses yeux d'être sénéchal du roi et clerc. La conjonction de la volonté du roi d'avoir le contrôle de ses affaires et la condamnation de saint Bernard va amener en 1128 la disgrâce d'Étienne de Garlande qui était un ami de Suger. Cette disgrâce va permettre à saint Bernard d'entrer en relation directe avec le roi le 10 mai 1128. Cet accord entre Suger et saint Bernard, le conseiller du roi de France et celui du pape, le riche abbé et le pauvre abbé, va durer jusqu'à la mort de Suger[16].

Conseiller du roi

Ayant toute la confiance de Louis VI, il joue un rôle proche de celui, aujourd'hui, d'un premier ministre. Chargé de missions diplomatiques à l'étranger, conseiller, notamment pour les opérations militaires, c’est lui qui conduit Louis, fils du roi et futur roi lui-même, à sa future épouse, Aliénor d'Aquitaine, en 1137.

Il devient régent de la France de 1147 à 1149 lors du départ de Louis VII pour la deuxième croisade. À son retour, le roi le proclame « Père de la Patrie »[17]. Lorsque Louis VII évoque l'idée de faire annuler son mariage avec Aliénor, Suger comprend le danger et la portée d'un tel acte. Il tente d'en dissuader le roi. Ce n'est qu'après la mort de Suger que Louis VII met son idée à exécution.

Sa tombe fut profanée en 1793.

Pensée politique

Suger œuvre pour renforcer l'autorité du roi de France et aide le roi à donner des droits aux bourgeois. Le Capétien doit en effet toujours combattre des sires rebelles à l'intérieur de son domaine et a encore du mal à faire reconnaître son pouvoir direct en dehors de ses fiefs. Suger formule la théorie de la pyramide vassalique au début du XIIe siècle, le roi est au sommet de celle-ci et est qualifié de "primus inter pares", le "premier entre ses pairs". Suger a déjà une « certaine idée de l'État » puisqu’il écrit : « Il n’est ni juste ni naturel que l’Angleterre soit soumise aux Français ou la France aux Anglais. » Il est également à l'origine des grandes chroniques de France qui constituent l'histoire officielle de la monarchie et dont il rédige le premier volume consacré à Louis VI.

Le constructeur de la basilique gothique

Abbé de Saint-Denis, Suger décida de remplacer l'ancienne abbatiale carolingienne construite par l'abbé Fulrad entre 768 et 775. Elle avait été agrandie au IX et Xe siècles. Elle avait été édifiée autour de celle de Dagobert Ier.
Suger se plaint dans ses écrits de la petitesse de l'église carolingienne ne permettant à tous les fidèles d'y entrer pendant les grandes fêtes.

Il va choisir de commencer par la reconstruction de la façade occidentale vers 1135 en reprenant le dessin des façades harmoniques qui avait été adopté pour les abbatiales normandes de Caen - abbaye aux Hommes et abbaye aux Dames, de Jumièges,... mais en ajoutant la première rose pour éclairer la nef. La façade est consacrée le 9 juin 1140.

Suger a donné une description de son œuvre dans "De Administratione". Il y a rappelé le texte qu'il a fait placer sur la façade :

"Pour la gloire de l'église qui l'a nourri et élevé
Suger s'est employé à la gloire d l'église.
Et participant avec toi de ce qui est à toi,
martyr Denis,
Il supplie que par tes prières il ait une part au Paradis.
C'était l'année mil cent quarante,
L'année du Verbe quand fut consacrée".

Les sculptures du portail Royal ont été réalisées autour de 1160 suivant les choix de Suger.
Le thème principal du portail central est le Jugement dernier qui est sculpté sur le tympan. La Trinité est représentée sur les voussures extérieures. La sculpture du portail s'inspire de la vie de saint Denis.
Le portail sud reprend la vie de saint Denis racontée dans la Passion de Hiduin.
Le portail nord est d'une interprétation plus complexe parce qu'il ne reste du portail d'origine que les signes du zodiaque des piédraoits.
Les portes de bronze racontent la Passion du Christ. Suger y a fait graver, reprenant les thèmes exposés par Hilduin sur les écrits de Denys l'Aéropagite :

Qui que tu sois, si tu veux exalter l'honneur des portes,
N'admire ni l'or ni la dépense, mais le travail de l'œuvre.
L'œuvre noble brille, mais l'œuvre qui brille dans sa noblesse
Devrait illuminer les esprits, afin qu'ils aillent, à travers les vraies lumières,
Vers la vraie lumière, où le Christ est la vraie porte.
Ce que la vraie lumière est à l'intérieur, la porte dorée le détermine ainsi,
L'esprit engourdi s'élève vers le vrai à travers les choses matérielles,
Et plongé d'abord dans l'abîme, à la vue de la lumière, il ressurgit.

Peut-être par respect pour ses bâtisseurs,Carloman et Charlemagne, Suger ne va pas toucher à la nef carolingienne. Il va conserver l'agrandissement de la crypte exécuté par Hilduin.

Il réunit, peu après la consécration de la façade occidentale, le chapitre en présence du roi Louis VII et leur a exposé son programme pour reconstruire le chevet de l'abbatiale. Il décrit brièvement son projet présenté au chapitre dans le "De constructione" :

  • il s'engage à traiter les pierres de l'ancienne église comme des reliques de pierre puisqu'elles ont reçu la consécration divine,
  • l'ancienne abside sera remplacée par une construction nouvelle, plus haute, pour que les châsses des martyrs soient mieux visibles,
  • de solides fondations seront faites dans la crypte pour les colonnes et les arcs du chevet,
  • à l'aide de calculs arithmétiques et géométriques, le milieu de l'ancienne nef devra être aligné avec le milieu du nouveau chevet,
  • l'extrémité de l'église sera ornée de chapelles avec des vitraux magnifiques et resplendissants, dont la "lumière merveilleuse et continuelle" viendra "traverser et purifier la beauté intérieure de l'église toutes entière".

Il a donc commencé par le chevet de l'abbatiale. Il posa la première pierre le 14 juillet 1140. Il a une idée précise de ce qu'il veut obtenir et la volonté de le réaliser : faire entrer la lumière dans l'église. Mettre dans l'architecture la déclaration du Pseudo-Denys l'Aréopagite : Dieu est lumière.

Le 11 juin 1144, consécration du chevet. Il peut alors écrire fièrement (La geste de Louis VI par Suger. Traduction Michel Bur; Imprimerie Nationale 1994) :

"Le nouveau chevet étant réuni au narthex,
L'église étincelle, éclairée en son vaisseau médian,
Car lumineux est ce qui joint en clarté deux sources de lumière.
L'œuvre fameux resplendit de cette clarté nouvelle.
L'agrandissement fut réalisé de nos jours.
C'est moi Suger qui ait dirigé les travaux."

Entre 1140 et 1151, le chevet s'est élevé avec sa parure des vitraux du déambulatoire (il ne subsiste que des fragments dans six fenêtres). Le prix de ses vitraux prévu par Suger était de 700 livres.

Suger peut écrire dans le Liber de rebus in administratione sua gestis :"Nous avons fait peindre, par des mains délicates de nombreux maîtres de divers pays, une splendide variété de nouveaux vitraux, à la fois en bas et en haut, du premier qui commence la série, l'Arbre de Jessé, au chevet de l'église jusqu'à la fenêtre qui surmonte la porte d'entrée principale. L'une de ces baies, qui nous pousse à nous élever du matériel à l'immatériel, représente l'apôtre Paul tournant la meule."

Suger ne donne pas dans ses écrits les noms du maître d'œuvre, des maîtres maçons et des ouvriers qui ont participé à la reconstruction de l'abbatiale.

La basilique actuelle est le résultat de plusieurs siècles de travaux.

La mort de Suger va arrêter les travaux qui ne seront repris qu'en 1231 par un architecte nommé par les historiens de l'art, le Maître de 1231, peut-être Jean de Chelles. On sait que Pierre de Montreuil[18] a travaillé sur l'abbatiale.

L'église a bénéficié des techniques de construction les plus modernes du 12e et 13e siècles.

La publicité que Suger a donné à la reconstruction de l'abbatiale par ses actes et ses écrits la concernant a fait que les historiens de l'art l'ont considéré comme le point de départ de ce que les contemporains appelèrent l'art de France, francigenum opus jusqu'à ce que ce style soit dédaigné à partir de la Renaissance et qu'il soit appelé style gothique. On doit cependant remarquer qu'à partir de 1135 est entreprise la reconstruction de la cathédrale Saint-Étienne de Sens par l'archevêque Henri Sanglier mais dont le prévôt du chapitre était Étienne de Garlande[19]. De même à Paris, une première tentative de reconstruction de la cathédrale était entreprise, avant celle de l'évêque Maurice de Sully, dont il subsiste le portail Saint-Anne intégré dans la cathédrale actuelle.

Suger, l'abbaye de Saint-Denis et la monarchie française

Cette basilique reste un des symboles de la monarchie française et la nécropole des rois de France. Le plus ancien tombeau royal est celui de Dagobert Ier. Le plus ancien tombeau de reine est celui d'Arégonde, morte vers 573/579, épouse de Clotaire Ier.

En 1120, le prédécesseur de Suger, l'abbé Adam (1094-1122), avait obtenu du roi Louis VI une charte rappelant que, pour se faire pardonner la faute de ne pas avoir donné les regalia du roi défunt, il donne à l'abbaye la couronne de son père Philippe Ier, l'église et les dîmes de Cergy et d'autres droits. Suger donne dans ses écrits le texte de cette charte rappelant la relation particulière qui existe entre le roi de la Francie occidentale (qui devient roi de France avec Philippe II Auguste) et l'abbaye.

La famille de Suger

Des recherches récentes ont montré que Suger faisait partie d'une famille de minores milites possédant des terres à Chennevières-lès-Louvres. Ils ont des liens avec la famille Orphelin d'Annet-sur-Marne, et par eux probablement avec les Garlande.
On connaît le nom de son père, Hélinand, de deux frères, Raoul, marié à Émeline, et Pierre[20].
Il a un oncle qui devait se prénommer Suger, faisant partie des ministériax de l'abbaye de Saint-Denis, marié à Frédesinde qu'on suppose être la maîtresse de l'abbé de Sain, Yveser. Frédesinde et Yves er auraient été les marraine et parrain de Suger.
On connaît le nom de certains neveux : Jean, qui a été envoyé à Rome pour s'occuper des intérêts de l'abbaye et il est mort en 1140 au cours d'un de ses voyages. Un deuxième, Simon, a été chancelier de Louis VII entre 1150 et 1152. Un troisième a été chanoine de Notre-Dame de Paris[21]

Publications

  • Suger - Libellus alter de consecratione ecclesiae Sancti Dionysii - 1144
  • Suger - Liber de rebus in administratione sua gestis - Bibliothèque nationale de France
  • Suger - Vita Ludovici Grossi regis
  • Suger - Œuvres (Tome 1). Ecrits sur la consécration de Saint-Denis - L'Oeuvre administrative - Histoire de Louis VII - Belles Lettres, Paris - ISBN 978-2-251-34048-7
  • Suger - Œuvres (Tome 2). Lettres de Suger. Chartes de Suger. Vie de Suger par le moine Guillaume - Belles Lettres, Paris - ISBN 978-2-251-34052-4

Bibliographie

  • Erwin Panofsky, Architecture Gothique et pensée scolastique - L’abbé Suger de Saint-Denis, traduction et postface de Pierre Bourdieu, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1967, pp. 7-65. (ISBN 2-7073-0036-5)
  • Michel Bur, Suger, abbé de Saint-Denis, régent de France, Perrin, Paris, 1991 (ISBN 2-262-00791-8)

Voir aussi

Liens externes

  1. [PDF]Œuvres complètes de Suger, publiées d'après les manuscrits pour la Société de l'Histoire de France par A. Lecoy de La Marche. (sur Gallica)
  2. [PDF]Vie de Louis le Gros par Suger. Vie de Suger par Guillaume. Vie de Louis-le-Jeune. (sur Gallica)

Notes et références

  1. a, b et c Rolf Grosse, Suger, personnage complexe par Jean Dufour dans Suger en question: regards croisés sur Saint-Denis, éditeur Oldenbourg Wissenschaftsverlag, 2004, p. 11
  2. Élie Berger, Les aventures de la reine Aliénor. Histoire et légende, Académie des inscriptions et belles-lettres, 1906, p. 708
  3. Alain Gilles Minella, Aliénor d'Aquitaine, Perrin, 2004, p. 33
  4. Rolf Grosse, La famille de l'abbé Suger, Bibliothèque de l'École des Chartes, 2004, p. 497-500Google Livres
  5. Éric Bournazel, Louis VI le Gros, p.  226, Fayard, Paris, 2007 (ISBN 978-2-213-63423-4)
  6. Éric Bournazel, op. cité, p.  34-35
  7. Éric Bournazel, op. cité , p.  112-113
  8. Rolf Grosse, op. cité, p. 41
  9. Éric Bournazel, op. cité, p.  127
  10. Éric Bournazel, op. cité, p.  160 et 227
  11. Albert Lecoy de la Marche, Œuvres complètes de Suger, pp. 481, Paris, 1867
  12. Éric Bournazel, op. cité, p.  160
  13. Éric Bournazel, op. cité, p.  161
  14. Bernard de Clairvaux, Lettres, tome 2, pp. 377, édition et traduction H. Rochais, Éditions du Cerf, Paris, 1997
  15. Éric Bournazel, op. cité, pp. 159
  16. E. Panofsky; op. cité, pp. 25-26
  17. Marcel Aubert, Suger, 1950, p. 105
  18. Ville de Saint-Denis : Pierre, Eudes et Raoul de Montreuil
  19. Jacques Henriet, À l'aube de l'architecture gothique, p.  188, Presses Universitaires de Franch-Comté, Besançon, 2005 (ISBN 2-84867-117-3) Google Livres : extraits
  20. Éric Bournazel, op. cité, p.  226
  21. Éric Bournazel, op. cité, p.  431

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