Souvorov

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Souvorov

Alexandre Souvorov

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Alexandre Souvorov
Alexandre Souvorov
Naissance 24 novembre 1729
Moscou
Décès 18 mai 1800 (à 71 ans)
Saint-Pétersbourg
Origine Russe
All√©geance Flag of Russia.svg Empire russe
Grade Feld-maréchal
Conflits Guerre de Sept ans
Guerre russo-turque de 1768-1774
Guerre russo-turque de 1787-1792
Guerres de la Révolution française
Faits d’armes Bataille de Praga
Bataille de Cassano
Bataille de la Trebbia
Bataille de Novi
Distinctions Ordre de Saint-Alexandre Nevski
Grand'croix de l'Ordre de Saint-Vladimir
Comte d'Otchakov et de Rymnicki

Alexandre Vassilievitch Souvorov (Suwarow ou Souwarow Rimniski ou Rimnitsko√Į) (–ź–Ľ–Ķ–ļ—Ā–įŐĀ–Ĺ–ī—Ä –í–į—Ā–łŐĀ–Ľ—Ć–Ķ–≤–ł—á –°—É–≤–ĺŐĀ—Ä–ĺ–≤) (n√© le 24 novembre 1729 √† Moscou, mort le 18 mai 1800 √† Saint-P√©tersbourg), est un militaire russe de l'√©poque de Catherine II et de Paul Ier qui n'a perdu aucune bataille.

Sommaire

Formation militaire

N√© d'une famille noble venant de Novgorod, fils d'un officier sup√©rieur distingu√©, il fut √©lev√© √† l'√©cole des Cadets de Saint-P√©tersbourg. Entr√© au service √† l'√Ęge de 13 ans, apr√®s avoir pass√© par tous les grades inf√©rieurs, il est colonel √† 32 ans.

Il sert d'abord en Finlande contre les Su√©dois puis se distingue contre les troupes prussiennes durant la Guerre de Sept Ans. En 1759, il participe √† la bataille de Kunersdorf, o√Ļ les Russes remportent une grande victoire contre Fr√©d√©ric II de Prusse. Souvorov y d√©montre son courage et son opini√Ętret√©. En 1762, il devient colonel.

En 1768, il sert en Pologne à l'occasion de la guerre de la Confédération de Bar. Ses troupes dispersent les forces polonaises et s'emparent de Cracovie. Les campagnes de 1769 à 1772, qui précédent le premier démembrement de la Pologne, lui valent le grade de général major et la décoration de l'ordre d'Alexandre Newski.

Le général

En 1773, Souvorov est envoy√© en Crim√©e o√Ļ la guerre contre les Turcs s√©vit depuis 1768. Il s'y b√Ętit une r√©putation d'invincibilit√© en √©crasant l'arm√©e tatare √† Kozludji.

Rappelé en Prusse, après la guerre de Pologne, dans laquelle les confédérés polonais luttent contre l'envahisseur russe, Souvorov contribue à la défaite de l'armée d'Iemelian Pougatchev, qui avait soulevé des peuplades de Cosaques et de Tartares, dévasté et soumis une vaste étendue de pays, et qui, secondé par les moines et les mécontents de l'intérieur, se flattait déjà de placer sur sa tête la couronne sanglante de Pierre III, dont il avait pris le nom.

Arriv√© dans la r√©gion du Don, il s'empare du chef cosaque rebelle que des tra√ģtres lui ont livr√© pour la somme de 100,000 roubles. Il est le premier √† l'interroger puis le ram√®ne dans une cage √† Moscou o√Ļ il sera d√©capit√©.

De 1777 à 1783, Souvorov continue à se distinguer en Crimée et dans le Caucase. Il soumet entre autres une révolte de tribus caucasiennes en 1780.

Lieutenant général après la victoire remportée sur les Turcs, sous les murs de Silistrie, il soumit, en 1783, les Tartares de Kuban et Badzinck, et leur fit prêter serment de fidélité à sa souveraine.

Ses exploits le font monter en grade. Il est promu lieutenant général en 1780 et général d'infanterie en 1783, il fut récompensé par la grand'croix de l'Ordre de Saint-Vladimir et par le portrait de Catherine II de Russie, que l'impératrice lui envoya enrichi de diamants[1]. Il était courtisan, il l'était à sa manière[2].

Guerre contre la Turquie

Timbre de l'Union soviétique, Alexandre Souvorov, 1980 (Michel 5009, Scott 4878)

En 1787, suite √† l'annexion de la Crim√©e par les Russes, la Turquie d√©clare la guerre √† la Russie. Catherine II veut d'abord s'emparer d'Otchakov, qui contr√īle l'embouchure du Dniepr. C'est Souvorov qui y est envoy√©. Le g√©n√©ral vainc d'abord ses adversaires √† Kinburn. Puis il assi√®ge Otchakov dont il s'empare en 1788.

Il franchit ensuite le Prout, battant les Turcs successivement à Fokchany et à la rivière Rymnick. Par la suite, il sera nommé comte d'Otchakov et comte de Rymnicki.

Apr√®s les victoires remport√©es par les Russes et les Autrichiens r√©unis, pendant les ann√©es 1788 et 1789, apr√®s la d√©faite de 10 000 Russes sur les bords de la rivi√®re Rymnick, une place importante r√©sistait, c'√©tait Izmail, la plus importante forteresse turque sur le Danube et l'une des plus importantes d'Europe[3].

En 1790, Souvorov assiège Izmail[4]. Le 7 décembre, il donne un ultimatum de 24 heures aux assiégés sinon ce sera l'assaut et la mort. Les Turcs refusent de se rendre; Souvorov la prend d'assaut[5]. Pendant trois jours, il laisse ses soldats massacrer les civils de la ville. [6]

Le traité de Iassy de 1792 donne aux Russes tout le littoral de la mer Noire entre Azov et le Kouban, comprenant les embouchures du Dniestr et du Bug.

La campagne de Pologne

Apr√®s la paix russo-turque, Souvorov est de nouveau transf√©r√© en Pologne o√Ļ vient d'√©clater une insurrection men√©e par Tadeusz Kosciuszko. Charg√© par Catherine II de l'√©craser, il s'y engage avec ardeur. Souvorov avait donn√© √† Isma√Įl une preuve d'ob√©issance qui devait le faire pr√©f√©rer √† tous les g√©n√©raux russes pour cette mission. Ce fut lui, en effet, qui fut charg√© d'entrer dans ce pays, avec un nombreux corps d'arm√©e, pour seconder les op√©rations du g√©n√©ral de Fersen, qui venait d√©j√† d'accabler, par ses forces sup√©rieures, la petite arm√©e polonaise.

Il remporte d'abord la bataille de Maciejowice o√Ļ il r√©ussit √† faire prisonnier Kosciuszko lui-m√™me. Sa faible troupe √©tait vaincue et dispers√©e. Souvorov n'√©tait par charg√© de vaincre, mais d'an√©antir.

Attaquant, avec sa fougue ordinaire, tous les corps polonais qui tenaient la campagne, il marcha droit, sur Varsovie qu'il encercle. Le 4 novembre 1794, une foule de citoyens tente de lui r√©sister dans le faubourg de Praga. L'assaut est donn√©, l'arm√©e russe marche sur sept colonnes, s'empare, d√®s la premi√®re attaque, des fortifications qu'une artillerie insuffisante d√©fendait et sur ordre de Catherine II de Russie, massacre pr√®s de 9 000 citoyens[7].

Article d√©taill√© : bataille de Praga.

Après la prise de la ville[8], la tsarine le nomme feld-maréchal. Il commande Varsovie jusqu'à sa rentrée à Saint-Pétersbourg en 1795.

La disgr√Ęce

Malheureusement pour Souvorov, sa souveraine, pour laquelle il professait un v√©ritable culte, meurt d'une attaque d'apoplexie foudroyante : il la regrettera am√®rement pendant les derni√®res ann√©es de sa vie. Le 17 novembre 1796, Paul Ier succ√®de √† Catherine II.

Paul Ier, commen√ßa son r√®gne par faire des innovations dans le syst√®me militaire, qui d√©plurent √† toute l'arm√©e[9] et particuli√®rement √† Souvorov.[10] Voulant se d√©barrasser des familiers de sa m√®re, il renvoie Souvorov [11]qui tombe en semi-disgr√Ęce.

Le général profite de sa retraite pour publier un livre, L'art de la victoire, contenant ses idées sur la guerre. Il était disgracié et exilé dans ses terres.

La campagne d'Italie

Statue de Suvorov à Tiraspol, capitale de la Transnistrie

En 1798, la Russie, alliée à la Grande-Bretagne et à l'Autriche, soutenus par la Turquie, déclare la guerre à la France. Paul Ier rappelle Souvorov[12], à la demande expresse de François Ier d'Autriche. Celui-ci voudrait le voir commander les troupes qui assureront la reconquête de l'Italie, dont Napoléon Bonaparte vient de s'emparer.[13]

Le 18 avril 1799, il prit le commandement en chef des armées combinées austro-russes.[14] À la tête d'une armée russo-autrichienne, Souvorov entre donc en Italie au printemps 1799.[15].

Article d√©taill√© : Campagne d'Italie (1799-1800).

A l'automne, Souvorov passe le col du Saint-Gothard afin de soutenir le général Korsakov qui s'apprête à envahir la France. Mais Korsakov, mal soutenu par les Autrichiens jaloux des succès de Souvorov, s'est fait battre le 25 septembre par les troupes du général André Masséna à la bataille de Zurich. Les Russes sont alors obligés de se replier vers le Vorarlberg[16].

Choqué, Paul Ier dissout l'alliance et rappelle Souvorov. C'est alors que le feld-maréchal se décida à abandonner les Autrichiens à eux-mêmes et à ramener à son souverain les faibles restes de l'armée confiée à son commandement. Mais la retraite sur Lindau présentait de sérieuses difficultés [17]

Apr√®s des peines et des fatigues inou√Įes, Souvorov parvint en Allemagne avec les restes d'une arm√©e nagu√®re brillante et victorieuse.

En apprenant la retraite du feld-mar√©chal, Paul Ier approuva sa conduite, il annon√ßa hautement l'intention de c√©l√©brer ses victoires en Italie en faisant entrer Souvorov √† Saint-P√©tersbourg sous un arc de triomphe ; mais tout √† coup les dispositions de l'Empereur chang√®rent, et au lieu d'une entr√©e triomphale, le tsar, jaloux de sa popularit√©, a annul√© la c√©r√©monie. Il lui fait m√™me l'injure de le d√©grader.

Souvorov, apr√®s avoir s√©journ√©, pendant le mois de janvier de l'ann√©e 1800, √† Prague o√Ļ il eut plusieurs conf√©rences avec le g√©n√©ral autrichien Bellegarde et l'ambassadeur britannique Spencer Smith, et o√Ļ il c√©l√©bra le mariage de son fils avec une princesse de Courlande, continua de rouler vers Saint-P√©tersbourg, d'apr√®s les ordres pr√©cis de Paul Ier, d√©termin√© √† rompre avec la coalition qu'il accusait de l'avoir trahi et qui s'indignait de voir un feld-mar√©chal russe en rapport avec un diplomate anglais, quand lui, empereur, renvoyait au cabinet britannique, perc√©e de son √©p√©e, la d√©p√™che par laquelle on lui refusait la souverainet√© promise de l'√ģle de Malte.

Au lieu des honneurs qu'il attendait et qui lui √©taient dus, Souvorov trouva un ordre d'exil ; ce fut secr√®tement et de nuit qu'il entra dans la capitale de l'Empereur, et il ne fit que traverser P√©tersbourg pour aller chercher un asile aupr√®s d'une de ses ni√®ces. [18] Forc√© de s'√©loigner, le vieux guerrier, accabl√© de chagrin, se retira dans sa terre de Pollendorff dans le gouvernement d'Estland, o√Ļ il ne languit que peu de temps ; tomb√© dangereusement malade, il fut bient√īt aux portes du tombeau.

L'empereur, se repentant alors de sa conduite injuste et cruelle envers un homme qui avait couvert de gloire les armées russes, l'envoya visiter par ses deux fils, Alexandre, depuis empereur, et Constantin, qui avait partagé avec le feld-maréchal une partie des dangers de la dernière campagne. [19]

C'est dans la quasi-pauvreté que l'un des plus grands généraux de son temps décède le 18 mai 1800.

Notoriété

Le monument dédié à Alexsandre Suvorov, dans les Alpes suisses

Apr√®s la mort de Paul Ier, Alexandre Souvorov est vite reconnu par la Russie enti√®re comme un grand h√©ros et le plus grand g√©nie militaire de l'histoire du pays. Au XIXe si√®cle comme au XXe si√®cle, il sera une source d'inspiration pour tous les g√©n√©raux.

Un mus√©e militaire √† son nom est ouvert en 1908 √† Saint-P√©tersbourg. Des monuments lui sont √©rig√©s √† Saint-P√©tersbourg, Otchakov, Izma√Įl, Ladoga, Kherse, Simferopol, Kaliningrad, Rymnick et dans les Alpes suisses. Le 29 juillet 1942, Le Pr√©sidium du Soviet Supr√™me cr√©e l'Ordre de Souvorov afin de r√©compenser le succ√®s d'actions offensives contre des forces sup√©rieures ennemies. Le premier r√©cipiendaire est le mar√©chal Georgui Joukov. Un cuirass√© de la Marine imp√©riale de Russie porta le nom de Knyaz Souvorov en l'honneur du g√©n√©ral.

La Transnistrie lui a rendu hommage en le représentant sur plusieurs de ses billets.

Vie

La vie de Souvorov était austère et dure[20].

A V√©rone, il refusa l'appartement qu'on lui avait pr√©par√© et en choisit un autre beaucoup plus simple, dont il fit enlever les glaces comme un objet de luxe qui blessait ses yeux[21]. Il ne portait son uniforme que dans les occasions o√Ļ il s'agissait de faire respecter en lui le g√©n√©ral des arm√©es de son souverain ; dans toutes les autres, ou le trouvait v√™tu de toile, ou dans les plus grands froids, d'une touloupe (pelisse commune) en peau de mouton. Mais, par un contraste frappant, quand, dans les jours d'apparat, il quittait sa peau de mouton, pour le grand uniforme de feld-mar√©chal, il se chargeait d'ornements, de tous ses cordons, de ses plaques en diamants et d√©corations de toute esp√®ce, attachait √† son chapeau une aigrette en brillants qui lui avait √©t√© donn√©e par Catherine, et √† son cou le portrait de cette princesse.

Souvorov poss√©dait un assez grand fond d'instruction et parlait avec facilit√© plusieurs langues, mais il se refusait aux longues √©critures diplomatiques et politiques. ¬ę La plume sied mal, disait-il, dans la main d'un soldat. ¬Ľ On s'occupait √† la cour de l'originalit√© de caract√®re de Souvorov, de sa mani√®re de vivre, de la singularit√© de son langage et de la rudesse de ses mŇďurs. Sa mise aussi pr√™tait aux sarcasmes des courtisans qui ne l'aimaient pas[22]. Les soldats adoraient un chef qui partageait toutes leurs fatigues, qui vivait au milieu d'eux sans faste, sans recherche et aussi simplement qu'eux-m√™mes. Connaissant tout l'empire de la religion, de la superstition m√™me sur les soldats russes, il obligeait les officiers √† r√©citer le soir, apr√®s la retraite, des pri√®res publiques devant leurs troupes[23]. Aussi actif qu'audacieux, il poss√©dait au supr√™me degr√© l'art d'exalter l'enthousiasme du soldat et de l'attacher √† sa destin√©e.

Minutieux et s√©v√®re dans le service, il voulait, avec raison, que la discipline f√Ľt rigoureuse et que l'ob√©issance envers le chef f√Ľt exacte et absolue[24].

Souvorov avait une fortune immense, mais on n'eut √† lui reprocher aucune d√©pr√©dation ; tout ce qu'il poss√©dait lui avait √©t√© donn√© par Catherine[25].

L'Empereur Alexandre, aussit√īt son av√®nement au tr√īne, rendit √† Souvorov la justice que Paul Ier, son p√®re, lui avait refus√©e. Il lui fit √©lever une statue, et tous les anciens compagnons d'armes du feld-mar√©chal furent appel√©s √† l'inauguration de ce monument. Le grand duc Constantin, qui participait un peu de la nature de Souvorov, pronon√ßa publiquement, en pr√©sence des troupes assembl√©es, l'√©loge du vieux guerrier ; tous les corps de l'arm√©e, en d√©filant devant la statue, lui rendirent les honneurs militaires que le feld-mar√©chal recevait de son vivant.

Mari√© assez jeune, Souvorov avait aim√© sa femme √† l'idol√Ętrie : elle exer√ßait sur lui un empire absolu. Sa faiblesse pour son fils √©tait √©galement extr√™me[26].

Personnalité exceptionnelle, adulé par ses soldats, admiré par les grands capitaines de son temps, ce petit homme (il mesure à peine 1 m 60) n'a jamais subi de défaite de toute sa carrière. Tacticien hors pair, il remporta la plupart de ses batailles parfois avec des effectifs inférieurs en nombre à ceux de ses adversaires, jouant sur l'audace, la rapidité, la mobilité, et surtout cherchant à inculquer à ses hommes une éducation militaire faite d'esprit d'initiative et de responsabilisation, au rebours de l'éducation militaire prussienne, brutale, rigide et lourde de l'armée de Frédéric II (toujours battu par Souvorov), considérée pourtant à l'époque comme un modèle d'efficacité. Son génie militaire, étayé par un palmarès de victoires sans précédent dans l'histoire militaire, en fait un égal d'Alexandre ou de César.

Notes et références

  1. ‚ÜĎ Il porta toujours depuis ce portrait quand il quittait la pelisse de peau de mouton qui formait son v√™tement √† l'arm√©e.
  2. ‚ÜĎ Il avait compris qu'un d√©vouement sans bornes, d'importants services ne suffiraient pas pour le faire distinguer de Catherine ; il voulut se singulariser par des bizarreries propres √† frapper l'imagination d'une souveraine blas√©e sur tout. Souvorov avait devin√© Catherine, comme il avait devin√© le soldat russe, l'imp√©ratrice le pr√©f√©rait √† tout parce qu'il ne ressemblait √† personne.
  3. ‚ÜĎ Pendant sept mois le g√©n√©ral Gudowitsch l'avait vainement assi√©g√©e. Le favori Potemkine, accoutum√© √† faire tout fl√©chir sous ses volont√©s, dans les camps comme √† la cour, et indign√© d'un √©chec qu'il crut port√© √† sa gloire comme g√©n√©ralissime, ordonna √† Souvorov de laver cet affront dans le sang des Musulmans et d'emporter Isma√Įlov, √† tout prix.
  4. ‚ÜĎ Souvorov marcha avec la plus grande c√©l√©rit√© par un hiver rigoureux, franchit tous les obstacles, et trois jours apr√®s son arriv√©e devant la place, il rassemble ses soldats et leur annonce l'assaut : ¬ę Amis, leur dit-il, ne regardez pas les yeux de l'ennemi, regardez sa poitrine, c'est l√† qu'il faut enfoncer vos ba√Įonnettes ; pas de quartier, les provisions sont ch√®res. ¬Ľ
  5. ‚ÜĎ Deux fois les Russes sont repouss√©s avec un horrible carnage ; Suwarow ordonne une troisi√®me attaque. Cette fois ses grenadiers emportent d'abord les ouvrages ext√©rieurs et p√©n√®trent enfin, apr√®s des efforts inou√Įs, dans l'int√©rieur de la ville. Ils se pr√©cipitent aussit√īt dans les mosqu√©es o√Ļ les habitants s'√©taient r√©fugi√©s, dans les maisons et les jardins ; tout ce qui se trouve sur leur passage est inhumainement √©gorg√©, et leur chef farouche, les animant au carnage, leur criait d'une voix de tonnerre : KOLI ! KOLI ! Tue ! tue !
  6. ‚ÜĎ Le meurtre et le pillage march√®rent de front ; pr√®s de 12 000 Russes et plus de 30 000 Turcs p√©rirent dans cette journ√©e sanglante, et Suwarow, sur les ruines embras√©es de la cit√© conquise, √©crivait √† Catherine dans le style singulier et laconique qu'il savait lui plaire :
    ¬ę M√®re, la glorieuse Isma√Įlow est √† tes pieds. ¬Ľ
    C'est en vers quelquefois que Suwarow adressait ses rapports √† l'imp√©ratrice. Ainsi, dans une de ses premi√®res campagnes, apr√®s avoir pris la ville de Toutouka√Į, en Bulgarie, il en avait instruit Catherine par un distique russe, qu'on peut traduire ainsi.
    Gloire √† Dieu ! gloire √† vous aussi !
    La ville est prise, et m'y voici.
    Ses ordres du jour et ses proclamations à l'armée étaient souvent aussi rédigés en vers.
  7. ‚ÜĎ MichaŇā Tymowski, Une histoire de la Pologne, p.99
  8. ‚ÜĎ Varsovie ouvrait ses portes √† Souvorov peu de jours apr√®s, et quand une d√©putation vint lui pr√©senter les clefs de la ville, il les porta √† sa bouche et dit en les √©levant vers le ciel : ¬ę Dieu tout-puissant, je vous rends gr√Ęce de ne m'avoir pas fait payer cette place aussi cher que‚Ķ ¬Ľ et se tournant du c√īt√© de Praga, la voix lui manqua et il versa des larmes. Mais il avait ob√©i. Catherine √©tait satisfaite. Elle lui √©crivit : ¬ę Vous savez que je n'avance jamais personne avant son tour ; je suis incapable de faire tort √† un plus ancien ; mais c'est vous qui venez de vous faire feld-mar√©chal vous-m√™me, par la conqu√™te de la Pologne. ¬Ľ Cette lettre accompagnait l'envoi d'une couronne de laurier en or massif parsem√©e de diamants valant √† elle seule cinq cent mille roubles et un b√Ęton de commandement en or √©galement enrichi de pierreries. A ces riches pr√©sents, l'imp√©ratrice joignit le don de plusieurs propri√©t√©s consid√©rables et de vingt mille paysans.
  9. ‚ÜĎ Souvorov ne put cacher son m√©contentement, en voyant l'uniforme prussien remplacer l'ancien uniforme russe. Paul pr√©tendait tout r√©gler : il avait prescrit la poudre et la queue, r√©gl√© la dimension des boucles et la longueur pr√©cise de la queue, et envoyait, √† cet effet, aux chefs des diff√©rents corps d'arm√©e, de petits b√Ętons devant servir de mod√®les et de mesures.
  10. ‚ÜĎ Souvorov dit en recevant celui de ces paquets qui lui √©tait adress√© : ¬ę La poudre √† poudrer n'est pas de la poudre √† canon, les boucl√©s ne sont pas des fusils et les longues queues ne valent pas des ba√Įonnettes. ¬Ľ Souvorov √©tait jalous√©, les soldats l'adoraient, mais les chefs, dont il proscrivait le luxe et sur lesquels il faisait peser une discipline rigoureuse, le d√©testaient. Ce propos qui donna lieu √† beaucoup d'autres de la part des soldats, fut rapport√© √† l'Empereur. Paul, vivement irrit√©, fit demander √† Souvorov sa d√©mission.
  11. ‚ÜĎ Le feld-mar√©chal voulut que ce f√Ľt de lui-m√™me que son arm√©e appr√ģt qu'il allait cesser de la commander, et il fut extraordinaire dans cette occasion comme dans presque toutes les autres. Il fit ranger ses soldats en bataille devant une pyramide de tambours et de timbales entass√©s ; il √©tait lui-m√™me √† c√īt√© de ce monument militaire, en grand uniforme, d√©cor√© de tous ses ordres et le portrait de Catherine √† la boutonni√®re. ¬ę Camarades, dit-il aux soldats, je vous quitte peut-√™tre pour longtemps, peut-√™tre pour toujours, apr√®s avoir pass√© cinquante ans parmi vous sans jamais vous perdre de vue, que quelques instants. Votre p√®re qui mangeait et buvait avec vous, couchait au milieu de vous, va manger, boire et coucher dans la solitude de ses enfants, et pensant √† eux pour toute consolation. Telle est la volont√© de notre p√®re commun, de notre empereur et ma√ģtre. Je ne perds pas l'espoir qu'elle s'adoucira un jour en faveur de ma vieillesse : alors, quand Souvorov repara√ģtra au milieu de vous, il reprendra ces d√©pouilles qu'il vous laisse comme un gage de son amiti√© et un appel √† vos souvenirs ; vous n'oublierez pas qu'il les portait toujours dans les batailles qu'il remportait √† votre t√™te. ¬Ľ ‚ÄĒ Et se d√©pouillant de tous ses ordres, il les d√©posa sur l'esp√®ce de troph√©e qu'il avait √† c√īt√© de lui, ne gardant sur sa poitrine que le portrait de l'imp√©ratrice.
  12. ‚ÜĎ L'Empereur adressa √† Souvorov une lettre dont on a toujours ignor√© le contenu, mais qui portait pour inscription, en gros caract√®res, ces mots de bon augure : Au feld-mar√©chal Souvorov. ¬ę Cette lettre n'est pas pour moi, dit le vieux guerrier, en lisant l'adresse : Si Souvorov √©tait feld-mar√©chal, il ne serait pas isol√© et gard√© dans un village, on le verrait √† la t√™te de l'arm√©e. ¬Ľ Il fallut que le courrier report√Ęt la lettre cachet√©e √† l'Empereur.
  13. ‚ÜĎ Faire la guerre aux Fran√ßais, dont la gloire l'importunait, c'√©tait combler les vŇďux de Souvorov, il avait vou√© une haine implacable √† une nation dont les brillants exploits √©clipsaient tous les siens. Le premier moment d'humeur pass√©, et croyant avoir fait suffisamment comprendre √† l'Empereur l'injustice de sa conduite, il accepta le commandement qui lui √©tait offert
  14. ‚ÜĎ Il avait introduit dans son arm√©e un maniement d'armes particulier: Lorsque l'officier commandait marche aux Turcs, les soldats portaient la ba√Įonnette en avant. √Ä l'ordre marche aux Prussiens, le mouvement √©tait acc√©l√©r√© et la ba√Įonnette crois√©e deux fois. Aux mots marche aux Fran√ßais, le soldat devait s'√©lancer avec imp√©tuosit√©, r√©it√©rer par trois fois l'action de la ba√Įonnette, l'enfoncer dans la terre, qui figurait alors les Fran√ßais abattus, et la retourner avec force. Selon quelques-uns des biographes, Souvorov avait d√©fendu d'enseigner aux troupes les manŇďuvres relatives aux retraites, soutenant qu'elles n'en auraient jamais besoin. Assertion bizarre, les manŇďuvres en arri√®re √©tant parfois aussi urgentes que celles en avant, en bataille, ou par le flanc. Si une pareille injonction a jamais √©t√© donn√©e, ce qui est peu probable, les g√©n√©raux fran√ßais, et Mass√©na √† leur t√™te, ont d√Ľ convaincre Souvorov de son absurdit√©
  15. ‚ÜĎ D√®s le jour de son arriv√©e √† l'arm√©e, il publia un ordre du jour par lequel il recommandait √† ses soldats d'employer de pr√©f√©rence, contre l'ennemi, la ba√Įonnette et l'arme blanche
  16. ‚ÜĎ Souvorov √©prouva lui-m√™me dans sa marche par la Suisse italienne des obstacles de toute nature, que la plus pers√©v√©rante intr√©pidit√© pouvait seule tenter de vaincre ; la saison √©tait rigoureuse, les chemins dans les montagnes avaient √©t√© rendus presque impraticables, les provisions manquaient et les troupes victorieuses des Fran√ßais l'entouraient et le harcelaient de toutes parts. La position des Russes √©tait telle que d√©j√† Mass√©na pouvait esp√©rer attacher le fameux Souvorov vaincu √† son char de triomphe
  17. ‚ÜĎ les Russes, d√©moralis√©s, abattus, restaient sourds cette fois √† la voix de leur g√©n√©ral. Un jour, les grenadiers, qui formaient l'avant-garde, accabl√©s de fatigue, refus√®rent de se porter plus loin en avant ; ils se trouvaient en face des hauteurs escarp√©es que d√©fendait un corps consid√©rable de Fran√ßais ; on ne pouvait les aborder que par un d√©fil√© o√Ļ les Russes craignaient de p√©rir jusqu'au dernier. Souvorov s'avance vivement √† la t√™te de l'avant-garde, commande de marcher et donne l'exemple : les grenadiers restent immobiles, ¬ę Ah ! vous refusez de me suivre, s'√©crie-t-il, vous voulez d√©shonorer mes cheveux blancs, je n'y survivrai pas. ¬Ľ C'√©tait l√† un de ses moyens ordinaires quand dans une bataille il voyait une colonne plier, il s'√©lan√ßait au milieu des fuyards en leur criant : ¬ę Je veux mourir ; je ne saurais survivre √† la perte d'une bataille ! ¬Ľ Et les soldats qui l'adoraient revenaient au combat avec une nouvelle ardeur. Cette fois, Souvorov parle vainement aux Russes r√©volt√©s. Aussit√īt il ordonne froidement de creuser une fosse de quelques pieds de long, s'y √©tend devant ses soldats √©tonn√©s et leur dit : ¬ę Puisque vous refusez de me suivre, je ne suis plus votre g√©n√©ral, je reste ici. Cette fosse sera mon tombeau. Soldats, couvrez de terre celui qui vous guida tant de fois √† la victoire. ¬Ľ Emus jusqu'aux larmes, mais √©lectris√©s par ce peu de mots, les soldats jurent de ne jamais l'abandonner et se pr√©cipitent √† sa suite dans le terrible d√©fil√© o√Ļ un grand nombre d'entre eux trouvent la mort, mais o√Ļ le reste for√ßa enfin le passage et l'ouvrit aux d√©bris de l'arm√©e.
  18. ‚ÜĎ Toutes ses tentatives pour parvenir jusqu'√† l'Empereur furent vaines
  19. ‚ÜĎ Ces deux princes ayant rapport√© que Souvorov √©tait √† toute extr√©mit√©, celui-ci vit bient√īt para√ģtre aupr√®s de son lit un officier charg√© de lui apporter la parole de son souverain, que la gr√Ęce qu'il voudrait demander lui serait accord√©e. Le feld-mar√©chal, expirant, se mit alors √† faire l'√©num√©ration de tous les bienfaits et de toutes les marques d'honneur qu'il avait re√ßues de l'imp√©ratrice Catherine, puis il ajouta : ¬ę Je n'√©tais qu'un soldat plein de z√®le, elle a senti la volont√© que j'avais de la servir. Je lui dois plus que la vie, elle m'a donn√© les moyens de m'illustrer. Allez dire √† son fils que j'accepte sa parole imp√©riale. Voyez ce portrait de Catherine, jamais il ne m'a quitt√© ; la gr√Ęce que je demande, c'est qu'il soit enseveli avec moi dans ma tombe et qu'il reste √† jamais attach√© sur mon cŇďur. ¬Ľ
  20. ‚ÜĎ Il se levait habituellement avec le jour et commen√ßait, en plein air et en pr√©sence de ses soldats, √† se faire arroser le corps nu de quelques seaux d'eau froide. Extr√™mement sobre √† table, il n'√©tait pas, non plus, difficile pour son coucher.
  21. ‚ÜĎ Il ne voulut pas se servir du lit, fit jeter √† terre quelques bottes de foin sur lesquelles il √©tendit son manteau et se coucha
  22. ‚ÜĎ Tout cela, comme nous l'avons dit, √©tait un calcul habile ; Suwarow, avide de fortune et de renomm√©e, dou√© d'un esprit d√©li√© et d'un tact admirable, crut devoir se frayer une voie nouvelle pour arriver √† la faveur de sa souveraine. Catherine aimait Souvorov, qui, en sa pr√©sence, outrait jusqu'√† ses d√©fauts : c'√©tait pour elle un caract√®re d'une esp√®ce √† part et qui m√©ritait d'√™tre distingu√©e
  23. ‚ÜĎ Il n'engageait jamais une action sans faire plusieurs signes de croix et sans baiser une petite image de la vierge ou de saint Nicolas qu'il portait toujours sur lui ; il ne manquait pas de faire mettre √† l'ordre du jour, la veille d'une bataille, que tous ceux qui seraient tu√©s, le lendemain, iraient en paradis
  24. ‚ÜĎ Lui-m√™me se proposait pour exemple. Il se faisait donner publiquement un ordre quelconque par un de ses aides-de-camp, en montrait de l'√©tonnement d'abord, et finissait par demander de qui venait cet ordre. ¬ę Du mar√©chal Souvorov lui-m√™me, r√©pondait l'aide-de-camp. ¬Ľ Souvorov faisait aussit√īt ce qui lui avait √©t√© prescrit en disant d'une voix ferme et √©lev√©e : ¬ę Il faut qu'on lui ob√©isse. ¬Ľ
  25. ‚ÜĎ A Isma√Įlow, les Russes firent un butin consid√©rable ; Suwarow, pour sa part, n'accepta pas m√™me un cheval. Ce √† quoi il tenait surtout, c'√©tait √† ses diamants ; confi√©s √† la garde d'un Cosaque, ils ne le quittaient jamais. Il y avait au fond du cŇďur de cet homme singulier et sous cette √©corce √Ępre et dure, une sensibilit√© particuli√®re ; il aimait l'imp√©ratrice, il l'aimait comme on aime Dieu : tout ce qui lui rappelait le souvenir de Catherine, de celle qu'avec l'arm√©e russe il avait nomm√©e m√®re, avait pour lui un prix inestimable ; ses diamants lui venaient de l'imp√©ratrice et ils √©taient de glorieuses conqu√™tes. Cet amour pour Catherine √©tait un amour de d√©vouement filial. Souvorov √©tait trop laid pour avoir jamais esp√©r√© faire partager √† sa souveraine, au cŇďur facile, un sentiment plus tendre ; Catherine, comme disait Napol√©on, √©tait une ma√ģtresse femme, tout √† fait digne d'avoir de la barbe au menton ; elle faisait tout trembler autour d'elle, et supportait sans impatience les brusqueries du feld-mar√©chal qui lui disait durement la v√©rit√©, et dont la rude franchise contrastait singuli√®rement avec les plates adulations dont l'environnaient les amants √† gage choisis par Potemkin.
  26. ‚ÜĎ Il l'avait destin√© de bonne heure √† la carri√®re des armes, mais il ne voulut jamais, dans ses campagnes, l'avoir aupr√®s de lui. Ce fils, jeune militaire d'une grande esp√©rance, brave, g√©n√©reux, humain, √©tait parvenu au grade de g√©n√©ral major d'infanterie. Il avait √©pous√©, ainsi que nous l'avons dit plus haut, une jeune et belle princesse de la Courlande, alliance illustre qui semblait lui promettre le plus brillant avenir. Mais, en 1811, se rendant de Bucarest √† Jassy, et traversant la rivi√®re de Rimniski, alors d√©bord√©e, il y p√©rit mis√©rablement. Une singuli√®re fatalit√© voulut que le jeune Souvorov se noy√Ęt dans cette m√™me rivi√®re sur le bord de laquelle son p√®re avait remport√© une de ses plus fameuses victoires, et √† laquelle il avait d√Ľ son surnom de Rimnisko√Į ou Rimniski.

Source partielle

¬ę Alexandre Souvorov ¬Ľ, dans Charles Mulli√©, Biographie des c√©l√©brit√©s militaires des arm√©es de terre et de mer de 1789 √† 1850, 1852 [d√©tail de l‚Äô√©dition] (Wikisource)

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