Société romaine

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Société romaine

La soci√©t√© romaine antique (societas hominum) s‚Äôorganise selon une hi√©rarchie strictement d√©finie, o√Ļ chacun a son rang, qui lui d√©finit ses droits et ses devoirs.

On ne peut parler de classe sociale, car les clivages ne sont pas strictement socio-√©conomiques, mais sont bas√©s sur un droit ou statut des hommes, individuellement ou collectivement. La place d'un homme est d√©finie par sa fonction dans la hi√©rarchie des institutions et des lois, autant que par sa richesse et bien plus par son origine. C'est une association bas√©e sur le droit et l'int√©r√™t commun[1]. La soci√©t√© romaine met en place, d√®s le VIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., le cens, une sorte d'√©tat civil. Sous la monarchie romaine, existaient deux classes principales, les nobles et le peuple (populus), outre les esclaves et les non-citoyens. Apr√®s l'instauration de la R√©publique, la soci√©t√© romaine se d√©finissait elle-m√™me comme une soci√©t√© d'ordres (ordines) implacablement stratifi√©e. Les possibilit√©s d'ascension dans l'√©chelle sociale √©taient r√©elles, m√™me si la quasi-totalit√© de la population restait tr√®s pauvre. Pendant pr√®s d'un mill√©naire, Rome allait cependant √©voluer et ses structures sociales se modifier pour donner naissance √† la soci√©t√© m√©di√©vale.

Sommaire

Statut

La toge était la tenue distinctive des hommes romains, les femmes portaient des stolas. Une tunique (tunica) était portée sous la toge (toga). Les pauvres, les esclaves, et les enfants portaient seulement des tuniques.

Pour d√©crire la position d'une personne dans le syst√®me romain, on distingue trois statuts diff√©rents. L'homme est-il libre ou esclave, l'homme est-il √† la t√™te d'une famille, l'homme est-il citoyen ?

Status libertatis

Article d√©taill√© : esclavage en Rome antique.

Le statut social et juridique des esclaves dans la Rome antique a vari√© selon les √©poques. Le droit archa√Įque (ius civile Quiritium) √©tait d'inspiration patriarcale ; l'esclave vivant dans les m√™mes conditions que son ma√ģtre et famille. Apr√®s l'afflux d'esclaves provoqu√© par l'expansion territoriale du IIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., le commerce et l'exploitation des esclaves a √©t√© plus dur : l'esclave ne devenant plus qu'une chose (servi pro nullis habentur).

Les affranchis avaient un statut interm√©diaire sp√©cifique : ils b√©n√©ficiaient des droits civils et politiques attach√©s √† la citoyennet√©, √† l'exception du droit d'√™tre √©lu magistrat. Leurs fils, en revanche, devenaient des citoyens √† part enti√®re.

Les hommes n√©s libres (ingenui) pouvaient alors √™tre :

Status civitatis

Selon le droit romain (ius civile), seuls les citoyens romains ont les pleins droits civils et politiques. Ces statuts se sont créés et modifiés suivant les époques (voir la partie historique de cet article pour plus de détail).

Le citoyen qui peut l'être de plein droit est le citoyen romain et faire partie de

Le citoyen latin n'est que plébéien.

Article connexe : Civitas.

Status familiale

Le status familiae est le statut de la femme de l'individu dans la famille. Les Patres familias ont toute l'autorit√© dans la famille (patria potestas), et chacun est soumis √† lui sur la base de l'adgnatio (parent√© seulement du c√īt√© du p√®re). Les alieni iuris (personnes soumises compl√®tement √† l'autorit√©) et les sui iuris (les personnes autonomes, et celles qui peuvent pr√©tendre au pater familias). Les fils de famille Filius familias ont le ius suffragii et le ius honorum, mais ce droit reste limit√© √† la volont√© du patriarche.

Autres distinctions

Les Honestiores vivent dans les Domus, les Humiliores dans les Insulae. La distinction entre Honestiores et Humiliores date de l'Empire.

Historiographie

En l'absence de documents écrits, les sources de la période monarchique sont surtout basées sur la tradition, donc parcellaires et sujettes à caution. Les seules sources objectives viennent de l'archéologie.

La societas hominum de la république romaine a été décrite par de nombreux auteurs antiques pendant plus d'un demi-millénaire comme une association basée sur le droit et l'intérêt commun[1]. Les autres termes utilisés comme pactus ou concordia montrent pourquoi les notions de droit et de clivage étaient des notions fondamentales et au centre de la politique romaine pour les auteurs antiques. Ces auteurs, pour la plupart d'origine aisée, n'ont pas nécessairement décrit la société réelle, mais la société telle qu'eux la percevaient et telle qu'ils désiraient la promouvoir. Les informations pour décrire la vie des plus nombreux, c’est-à-dire des paysans qui représentaient 95% de la population, sont données par des informations indirectes ou des données archéologiques.

Cicéron, Tite-Live, plus tard Caton l'Ancien, Appien, Tite-Live dans des registres différents décrivent l'ère des crises.

Histoire des groupes sociaux de la Rome antique

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Monarchie romaine
753 ‚Äď 509 av. J.-C.
République romaine
509 ‚Äď 27 av. J.-C.
Empire romain
27 av. J.-C. ‚Äď 476
Empire byzantin
395 ‚Äď 1453

Magistratures ordinaires
Consul
Proconsul
Préteur
Propréteur
Censeur
Tribun
√Čdile
Questeur
Magistratures extraordinaires
Dictateur
Ma√ģtre de cavalerie
Tribun consulaire
Interroi
Décemvir
Triumvir
Titres et honneurs
Empereur romain
Auguste
César
Préfet du prétoire
Tétrarque
Dux
Magister militum
Princeps senatus
Pontifex maximus
Préfet de Rome
Imperator
Légat
Licteur
Institutions et lois
Constitution romaine
Sénat romain
Assemblées
Magistrats
Cursus honorum
Auctoritas
Droit romain
Mos majorum
Citoyenneté
Imperium
Potestas
Série Rome antique

Naissance du patriciat

Article d√©taill√© : Fondation de Rome.

Contrairement √† ce que nous disent les sources antiques, il n'existait pas √† l'origine de division pl√©b√©iens - patriciens mais une division bas√©e sur le Client√©lisme qui √©tait pr√©sente dans toute l'Italie mais aussi dans le monde gaulois[r√©f. n√©cessaire]. La civilisation √©tait pastorale. Les curies (curiae) forment des petites assembl√©es de villages bas√©es sur les collines de Rome comme ailleurs en Italie. Ces assembl√©es vont se coaliser au IXe si√®cle av. J.‚ÄĎC. - VIIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., et ont pour repr√©sentants les gentilices. √Ä partir du VIIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC. l'Italie enti√®re se transforme, les Grecs installent des colonies, les √Čtrusques √©tendent leur royaume vers le sud, le commerce s'intensifie l'agriculture se transforme, de nombreuses villes se cr√©ent, tandis que les communaut√©s villageoises ont tendance √† r√©gresser. Les antiques dateront de -750 la naissance de Rome, √† la crois√©e des nouvelles routes commerciales. Une assembl√©e d'anciens (senes) (homme m√Ľr) et Patres ayant autorit√© sur les membres de leur famille mais aussi sur le plus grand nombre possible de clients dirige. Les Patres nomment un roi (rex), provisoirement dot√© du pouvoir durant l'Interroi (cette pratique durera m√™me sous la R√©publique, entre les √©lections de consuls.). Les auspices restaient aux mains des patres. Le concept de patricien, ceux qui descendent des patres, a d√Ľ se constituer √† cette √©poque, et se place au-dessus des Quirites formant ainsi une noblesse. Le client√©lisme permettait √† ces patriciens, les gentes (principes ou hegemones suivant les auteurs) d'organiser des forces militaires et faire des coups de mains contre l'ennemi ext√©rieur. Et finalement dans l'ensemble de l'Italie, les rois (reges) re√ßoivent leurs charges de fa√ßon h√©r√©ditaire, tandis que les principes par absorption des vaincus forment des client√®les toujours plus grandes. Les Comices curiates, assembl√©e domin√©e par le client√©lisme, validaient les propositions des rois.

Naissance de la plèbe

Au VIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., √† Rome, le roi (rex) Tullus Hostilius cr√©e les curiae novae, non pas sur des origines toponymiques ou ethniques, mais en s'appuyant sur les gentilices.

D√®s le VIe si√®cle av. J.‚ÄĎC., Rome est la plus grande ville de l'Italie. Les arm√©es les plus puissantes sont organis√©es en phalange de hoplites, soldats p√©destres lourdement et uniform√©ment arm√©s et prot√©g√©s. La cavalerie, et plus particuli√®rement les chars, apanage des gentilices, est marginalis√©e par ce type de formation militaire. D'autre part, ces m√™mes gentilices ne sont plus en mesure d'aligner et surtout d'√©quiper un nombre suffisant de hoplites pour pouvoir lutter contre des cit√©s √©trusques s'appuyant sur une population (√©trusque:demos) nombreuse. Rome est alors conquise par les √Čtrusques qui vont doter la ville d'infrastructures nombreuses, temples, ports, b√Ętiments publics, adductions d'eau, et c'est par milliers que des √©trangers viennent s'installer √† Rome[3].

Pour pouvoir r√©sister aux invasions ext√©rieures, les rois √©trusques de Rome vont chercher √† cr√©er leur propre arm√©e d‚Äôhoplites. Ils vont y int√©grer les nouveaux venus non soumis aux liens exclusifs clients-patrons, et en int√©grant des hommes pour lesquels ce lien se distant. Ces hommes se liguent alors en sodales par la fides pour d√©fendre la cit√©. Cette relation est fondamentale. Les inscriptions tombales indiquent √† cette √©poque une tr√®s forte mobilit√© g√©ographique et sociale dans toute l'Italie diff√©rente de la pr√©c√©dente. Servius Tullius, premier roi non √©lu et d'origine servile comme son nom l'indique, transforme l'arm√©e et par cons√©quent le r√īle de chacun au sein de la cit√©. Il change donc le fondement de la soci√©t√© romaine. Comme le niveau d'√©quipement d'un hoplite d√©pend de sa fortune, pour conna√ģtre le nombre et le type des combattants disponibles, le cens est cr√©√©, les Comices centuriates et les Tribus s'occupent de cette t√Ęche. Servius Tullius va jusqu'√† distribuer l'ager publicus, c'est la premi√®re r√©forme agraire.
L'arm√©e est √† la fois une force politique et militaire. Le poids politique de l'homme reste proportionnel au cens, c‚Äôest-√†-dire au degr√© de fortune. On d√©nombre :

  • Les juniores (moins de 46 ans) et les seniores (plus de 46 ans) formant la classe centurie en groupe de 100 hommes, mais les patriciens, regroup√©s en six centuries √©questres, passent √† 18 et restent politiquement pr√©pond√©rantes
  • L'infraclassis form√© par les plus pauvres ou proletarii. Certaines activit√©s, pour raisons religieuses, sont consid√©r√©es comme inf√©rieures : la c√©ramique et le travail du bronze sont r√©serv√©s √† cette population.

D'autre part, les nobles étrusques, la minores gentium sont intégrés à la classe patricienne, ce qui permet au roi étrusque d'avoir une plus grande écoute au sénat.

Le r√©gime des rois √©trusques va faire aussi prendre conscience aux Romains de la notion de corps civiques, en dehors du contr√īle exclusif et tr√®s local de l'aristocratie. D'autre part les relations religieuses qui sous-tendent la relation client-patron s'√©tiolent, le culte des anc√™tres s'est transform√© en culte des h√©ros. Le populus va prendre conscience qu'il forme la pl√®be et les institutions reconna√ģtre son existence et sa fonction subalterne.

La population, d√®s lors augmente constamment, 80 000 citoyens (cives) sous Servius, 130 000 en -508, 157 000 en -498[r√©f. n√©cessaire]. Apr√®s la chute de la monarchie romaine en -509, il se forme une oligarchie et des magistrats patriciens succ√®dent aux rois. Selon certaines sources, le consulat n'est pas une institution latine, car l'habitude √† la chute de la royaut√© √©tait plut√īt d'instituer un magistrat unique ayant un pouvoir immense mais pour une dur√©e limit√©e. Aujourd'hui encore, les historiens ne savent pas d'o√Ļ peut provenir l'id√©e d'un pouvoir partag√© √† l'identique entre deux consuls pour une dur√©e faible. L'id√©e romaine qui est √† l'origine de la cr√©ation de la R√©publique romaine, semble donc profond√©ment originale.

Article connexe : Curie (Rome antique).

Suppression du caractère ethnique

Les institutions de la R√©publique romaine sont organis√©es telles que nous les connaissons par √©tapes sur plusieurs g√©n√©rations, sous l‚Äôeffet de l‚Äôantagonisme entre les patriciens et les pl√©b√©iens :

  • en -494, refusant le service arm√©, luttant pour leur subsistance autant que pour leur droit et leur libert√© (suppression du nexum) les pl√©b√©iens menacent de faire s√©cession et de fonder une cit√© rivale de Rome s'ils n'acqu√©raient pas de nouveaux droits politiques. Les patriciens leur conc√®dent deux nouvelles magistratures, les tribuns de la pl√®be et les √©diles de la pl√®be, √©lus par le consilium plebis puis par les comices tributes et charg√©es de les repr√©senter et de d√©fendre leurs int√©r√™ts. . Les tribuns n'ont cependant pas les m√™mes pouvoirs que ceux des consuls, mais disposent d'un droit de v√©to.
  • En -486, la liste des Fastes consulaires est ferm√© aux non patriciens. Cette p√©riode appel√©e guerre des ordres, d√©crit la p√©riode d'int√©gration civique jusqu'aux lois d√©mocratiques des ann√©es -300 sur fond de r√©forme agraire, de r√©voltes politiques et de menaces ext√©rieures. En -338, suite aux guerres latines, une sous-citoyennet√© est conc√©d√©e au Latins.
  • √Ä partir de -480, une crise √©conomique permet √† la gentilice d'occuper exclusivement les postes de magistrature et de sacerdoce.
  • En -451, les pl√©b√©iens exigent que les lois appliqu√©es par les pr√©teurs soient √©crites et publi√©es, au lieu d‚Äô√™tre √† la discr√©tion des pr√©teurs. Un coll√®ge d‚Äôanciens magistrats, les decemviri r√©digent et font graver la Loi des Douze Tables, applicable √† tous, qu‚Äôils soient patriciens ou pl√©b√©iens.
  • En -444, les pl√©b√©iens obtiennent l‚Äôacc√®s √† la magistrature supr√™me, que les patriciens transforment en tribunat militaire √† pouvoir consulaire. De surcro√ģt, les patriciens se r√©servent une nouvelle magistrature, le censeur, et les fonctions de questeurs
  • En -367, les tribuns militaires √† pouvoir consulaire Sextius Lateranus et Licinius Stolo font r√©tablir le consulat, √† parit√© entre un consul patricien et un consul pl√©b√©ien. Mais les pouvoirs du consul sont limit√©s et ne s‚Äôexercent pleinement que hors de Rome. L‚Äôadministration de la ville √©choit √† de nouveaux magistrats, les √©diles et les pr√©teurs.

Les nouvelles tribus formées sur les terres nouvelles prises par Rome, sont utilisées aux bons vouloirs des magistrats patriciens. Le type de clientélisme change, les hommes bénéficiant des redistributions de terre, prises à l'ennemi, deviennent clients, par reconnaissance, des magistrats chargés de distribuer l'ager publicus. Ces terres ne sont plus regroupées par gentilice comme autrefois et finissent par appartenir en propre aux occupants. Les anciens petits propriétaires terriens et le peuple (populus) urbains supportent principalement l'effort de guerre sans bénéficier des retombées. Une grande partie d'entre eux tombent dans l'indigence et sont sous la menace du nexum, l'esclavage pour dettes. Des plébéiens riches accèdent aux statuts de patriciens, et certains patriciens s'intéressent à des activités économiques proprement plébéiennes. Et surtout les lois sont fixées par écrit et des magistrats tant plébéiens que patriciens les appliquent d'une manière moins aléatoire.

Il faut s√Ľrement voir dans l'opposition pl√©b√©ien-patricien une opposition entre une aristocratie antique et des pl√©b√©iens riches qui forment avec les nobiles et les Optimates une nouvelle aristocratie pro bono[4]. Ces pl√©b√©iens riches peuvent √™tre des romains d'origine, des affranchis enrichis mais surtout des riches familles alli√©es ou m√™me des terres conquises. Le nexum dispara√ģt, les patriciens perdent leurs pr√©rogatives, mais une nouvelle forme de client√®le √©merge, beaucoup moins d√©pendante de son patron. La place dans la cit√© ne d√©pend plus de la naissance mais bien de la fortune.

Impérialisme romain

Le IIIe si√®cle av. J.‚ÄĎC. est plus tranquille et correspond √† la fondation des 22 colonies romaines dite latines, des municipes latines et √† √©laboration de l'Italie par subjugation. Avec les conqu√™tes, l‚Äôorganisation de la fiscalit√© sur les populations soumises √©largit le champ des recensements. Les classes favoris√©es ayant acc√®s √† la magistrature accumulent de fabuleuses richesses. L‚Äô√Čtat est lui, √† cause des guerres puniques, compl√®tement ruin√©. L'esclavage qui, avant le IIIe si√®cle √©tait peu r√©pandu et de type patriarcal, allait fortement changer puisque les esclaves forment entre 15 et 20% de la population au IIe si√®cle av. J.‚ÄĎC.. Surtout pr√©sents dans les zones rurales, au sein des Latifundia, les esclaves n'ont plus aucun droit. Les esclaves ne manquent pas, les vaincus √©taient syst√©matiquement r√©duits √† l'esclavage. Tandis que les liens de client√©lisme et d'int√©r√™ts mutuels des nobilitas couvrent vite l'ensemble de l'Italie, le paysan-soldat, petit propri√©taire avec la redistribution plus juste de l‚Äôage, int√©gr√© politiquement, devient le pilier de la r√©publique. Mais les guerres puniques, en √©loignant ces paysans de leurs terres pendant de longues dur√©es, et en causant de grandes pertes humaines (6% de la population) et financi√®res par le pillage syst√©matique vont mettre √† mal ce mod√®le.

D'autre part, la citoyenneté se dérive en de nombreux statuts dépendant de la façon dont les zones sont conquises ou absorbées. Rome devient dépendante, et surtout, les troupes étrangères représentent plus de la moitié de l'effectif de son armée. Les relations très défavorables aux populations non latines, et même aux populations latines vis-à-vis de la population romaine, attisent d'autres tensions. La défection de nombreuses régions lors de la deuxième Guerre punique en est l'illustration.

En -219/-218, par plébiscite et contre l'avis du sénat, les sénateurs et les chevaliers se partagent les ressources économiques pour essayer d'encourager les plus riches (les sénateurs) à poursuivre la carrière politique ou militaire et à ne pas monopoliser les ressources économiques et la clientèle. D'après la Lex Claudia, les sénateurs n'ont plus le droit, officiellement, de faire du commerce. C'est vers -129 que le jeune nobiles doit choisir de suivre la carrière des honneurs (cursus honorum) et d'accepter le cheval public ou de devenir sénateur s'il en a les moyens. Cette loi, en fait, pose l'existence de l'ordre équestre qui n'allait devenir ordre officiel que sous Auguste.

√ąre des crises

À la fin de la seconde guerre punique, se déclenche la crise qui couvait. Le sénat décimé (80 morts sur 300) est reconstitué avec des individus préoccupés par l'augmentation de leur fortune et moins soucieux de l'intérêt public; ils confisquent et occupent l’ager publicus. Les limitations des propriétés à 500 iugeras ne sont plus du tout respectées. Les petits propriétaires paysan-soldats, dont les terrains étaient négligés à cause de la guerre, se trouvent ruinés d'autant plus qu'ils n'ont plus la possibilité d'utiliser les terres publiques pour leur bétail. Les classes les plus riches achètent les terres des paysans ruinés et augmentent ainsi la taille de leurs propriétés qui se spécialisent. La production de blé devenant même anecdotique face au vin et à l'olive. Peu a peu, les consulats et autres magistratures se transmettent de la main à la main, la fermeture politique observée vers -480 se reproduit[5]. Le sénat passe, en -129, de 300 à 900 membres, les nouveaux membres étant issus de l'ordre équestre, diluent le pouvoir des anciennes familles, ce qui brise, pour ces nouveaux sénateurs leurs liens de client vis-à-vis des anciennes familles patriciennes. Les deux ordres ne se réconcilient pas pour autant, leurs intérêts financiers étant trop différents. Certains chevaliers n'hésitant pas à dénoncer[6] l'incompétence ou les malversations de certains sénateurs, c'est la "discorde des ordres".

D'autre part, les r√©sidents pauvres de Rome ne d√©sirent plus s'expatrier pour devenir paysans aux confins de l'empire. La r√©forme agraire, soutenue par les chevaliers mais refus√©e par les s√©nateurs, ainsi que les mesures connexes, est abandonn√©e. Les r√©fugi√©s √©conomiques viennent grossir la populace urbaine. La situation √©conomique de la pl√®be s'aggrave aussi (les guerres serviles). La situation des esclaves s'am√©liorera suite √† ces r√©voltes l√©g√®rement vers le Ier si√®cle av. J.‚ÄĎC.. La situation des latins et autres italiens comme citoyens de seconde zone provoque la r√©volte de ceux-ci, c'est la Guerre sociale. Les italiens obtiendront la citoyennet√© latine en -89, le corps civique passe alors de 436 000 hommes en -86 √† 910 000 en -70. Le bouleversement politique qui s'en suit, entra√ģne coups d'√Čtat, pl√©biscites et conflits entre les Optimates et populares. Pour parvenir √† une arm√©e plus efficace et r√©soudre les probl√®mes des paysans-soldats, Marius conduit une r√©forme qui professionnalise l'arm√©e en -107. Les recrues ne sont plus censitaires et ne d√©pendent plus des ordres, seuls les esclaves, sauf en cas de force majeure ne peuvent pas √™tre int√©gr√©s. Cette r√©forme conduira √† une nouvelle forme de client√©lisme, du soldat en faveur de son g√©n√©ral, qui veille aux int√©r√™ts de ses soldats. En cas de victoire, les primes deviennent substantielles. Une fois d√©mobilis√©s, ils sont faits citoyens et re√ßoivent un lot de terre. Il en suivrait une massive d√©localisation des italiens, principales recrues de l'arm√©e, qui n'h√©sitent pas car l'enrichissement est certain. Cette politique poussera les Romains √† conqu√©rir le "monde connu". Le flux d'esclaves compense la perte de la main-d‚ÄôŇďuvre libre.

Rome passe de 200 000 habitants en -200, √† 400 000 habitants au IIe si√®cle av. J.‚ÄĎC. et √† plus de 750 000 √† la fin du Ier si√®cle av. J.‚ÄĎC., l'exode rural t√©moignant des difficult√©s des plus pauvres.

L'avènement des empereurs

Les anciennes institutions perdent peu √† peu leur cr√©dit vis-√†-vis des Romains et surtout des provinciaux pour de nombreuses raisons. Par exemple, la corruption est manifeste et la Pollicitation fausse les votes. Les principaux g√©n√©raux Sylla et Marius, puis Jules C√©sar, Marcus Licinius Crassus, et Pomp√©e, enfin Auguste, L√©pide et Marc Antoine, s'appuyant sur une client√®le nombreuse, ma√ģtrisant les ressources des provinces, se combattent alors pour le pouvoir au cours des guerres civiles. Les plus riches s√©nateurs sont d√©cim√©s par la proscription triumvirale. Jules C√©sar, √† l'origine patricien ruin√©, populiste, est le premier √† recourir √† l'affranchissement massif pour obtenir l'appui du peuple, qui s'il n'a plus de pouvoir direct sur les d√©cisions de la R√©publique, en garde au travers des g√©n√©raux qu'il soutient. Les plus riches, par la s√©curit√© tant √©conomique que politique mise en place, sont √©galement fid√®les au pouvoir personnalis√© par l'empereur. Auguste, r√©ussit √† f√©d√©rer les masses et les √©lites tout en gardant les institutions, vid√©es de leur contre-pouvoir politique en place[7]. Auguste √©labore une s√©rie de mesures l√©gislatives pour stabiliser la position des plus riches et offrir de r√©elles chances de promotion aux plus m√©ritants (m√™me un esclave peut th√©oriquement devenir empereur par restitutio natalium[8]). Il rend son faste √† l'ordre s√©natorial et √† l'ordre √©questre. Un nouvel ordre de petits fonctionnaires provinciaux se cr√©√©, l'ordre d√©curional. L'ordre augustal est destin√© aux affranchis riches, juste en dessous d'un niveau de dignitas √† celui du pr√©c√©dent. Auguste fait des hommes de l'Empire ses clients, en substituant le culte aux Lares, culte aux anc√™tres, √† celui des lares augusti, culte de l'empereur, les patrons traditionnels devenant des patrons interm√©diaires, et l'empereur devient donc l'√©verg√®te principal, d'o√Ļ les Largesses imp√©riales, annone, Congiaire... En 38, Caligula rend le statut des s√©nateurs h√©r√©ditaire, alors que celui des chevaliers reste censitaire. La rupture entre l'ordre s√©natorial et √©questre est d√©finitive. Claude Ier en 48 autorise (pour Tacite) que les notables municipaux) acc√®dent au s√©nat. Au IIe si√®cle, la dignit√© s√©natoriale est √©tendue √† toute la famille. Les chevaliers, souvent comp√©tents, se voient charg√©s de fonctions militaires et administratives sans √™tre corset√©s par le cursus honorum. Comprenant comment ils pouvaient tirer parti de la situation, les s√©nateurs, √† partir de Trajan, occupent avec plus de comp√©tence leurs fonctions de magistrats. Il est ind√©niable cependant qu'√† partir du IIIe si√®cle les s√©nateurs perdent de leur influence, les chevaliers militaires faisant de meilleurs C√©sars que les s√©nateurs, et les chevaliers qui avaient d√©but√© leur carri√®re dans locataire du Fisc √©taient de bien meilleurs administrateurs. Les membres de l'ordre d√©curional, associ√©s aux int√©r√™ts de l'empire, s'opposaient souvent, eux, aux int√©r√™ts des humiliores.

La fermeture sociale

√Ä partir du IIIe si√®cle, la diff√©rence entre honestiores et humiliores s'accentue juridiquement et socio-√©conomiquement mais surtout la s√©gr√©gation devient herm√©tique. Dans le premier groupe, on retrouve les trois ordres (s√©natorial, √©questre, d√©curional) ainsi que le clerg√© et certaines professions n√©cessitent des fonds. La mobilit√© sociale n'est permise que pour quelques chevaliers militaires et juristes du fait de la militarisation de l'√©tat. Au IVe si√®cle, les statuts deviennent strictement h√©r√©ditaires. Sous Constantin, l'ordre √©questre est absorb√© par l'ordre s√©natorial, cr√©ant une noblesse unique : les Patrices. Les d√©curions les moins fortun√©s, accabl√©s d'imp√īts pour l'√©tat et l'√©glise, se pr√©carisent et deviennent humiliores. Les humiliores sont encadr√©s par des corporations professionnelles au service de l'empereur. La soci√©t√© romaine s'√©tait transform√©e en soci√©t√© monarchique, plus ou moins comparable √† celle du Moyen √āge.

Les femmes

Articles d√©taill√©s : Matrone et Femmes romaines.

La coutume romaine donnait originellement le m√™me statut aux femmes que celui des enfants: elles √©taient soumises au chef de famille (pater familias en latin, parfois en un seul mot paterfamilias), qu'il soit p√®re ou mari, de la m√™me mani√®re qu'un enfant. Elles √©taient destin√©es √† √™tre femme et m√®re. Ce cadre √©tait en fait religieux. Sortir de ce cadre, comme par exemple commettre un adult√®re, c'√©tait se r√©volter contre les dieux du foyer. Une fois veuve ou divorc√©e, la femme rentrait au domicile du p√®re toujours pour honorer les dieux du foyer. Dans l'hypoth√®se o√Ļ la femme devait ou choisissait de rester seule, elle ne d√©pendait plus des dieux du foyer et par cons√©quent pouvait faire les m√™mes choses qu'un homme libre.

Chez les plus riches, le mariage √©tait en g√©n√©ral arrang√© pour des raisons sociales et √©conomiques. Les filles √©taient mari√©es tr√®s jeunes, entre 12 et 14 ans. Le mari, suppos√© prendre soin de sa femme, √©tait en g√©n√©ral un peu plus √Ęg√© et d'une condition sociale √©gale ou sup√©rieure √† celle de l'√©pouse. √Ä leur mariage, elles ne changeaient pas de gentilice. En public, les romaines tentaient d'incarner beaut√© et dignit√©. La monogamie √©tait de r√®gle.

Certaines filles √©taient destin√©es √† devenir vestale. Elles √©taient choisies pour ce r√īle √† l'√Ęge de 2 ans. Selon une tradition que les Romains faisaient remonter √† l'enl√®vement des Sabines, les Patriciennes sont dispens√©es de tout travail domestique ou agricole, except√© de filer la laine et d'√©lever les enfants.

Article connexe : mariage en Rome antique.

Les enfants

Les romains avaient dans toutes les classes sociales beaucoup d'enfants. Le statut des enfants √©taient bien s√Ľr diff√©rent de leur statut actuel. L'enfant ne recevait un nom qu'apr√®s plusieurs jours ou mois. Les premiers recevaient un pr√©nom (pr√¶nomen) connu puis les suivants √©taient nomm√©s suivant leur ordre de naissance, comme pour les Quintus, Sextus, Septimus, ou le grand Octavus‚Ķ

√Ä la naissance d'un enfant, le p√®re a droit de vie et de mort sur le nouveau-n√©. Il faut pr√©senter l'enfant au p√®re, ou attendre que celui-ci revienne s'il est absent. On d√©pose l'enfant devant le p√®re. S'il le rel√®ve, le p√®re le reconna√ģt et le juge valide, si le sexe de l'enfant lui convient, l'enfant vivra. S'il le laisse √† terre, il est tu√© ou il est expos√©, dans la rue o√Ļ la mort ou l'esclavage l'attendent.

Un foyer sans fils peut en adopter un. L'adoption était une pratique courante.

Toutes les ordines considérant l'éducation comme importante, les urbains envoyaient leurs enfants à l'école, les plus riches avaient des précepteurs.

Notes

  1. ‚ÜĎ a et b id√©e commune dans Sur la R√©publique, I,25 de Cic√©ron et ou Cit√© de Dieu, Augustin d'Hippone
  2. ‚ÜĎ Lex Aelia Sentia en 4 ap. J.-C.
  3. ‚ÜĎ Les inscriptions des pierres tombales indiquent √† cette √©poque une tr√®s forte mobilit√© g√©ographique et sociale dans toute l'Italie
  4. ‚ÜĎ La nouvelle nobilas se mis √† m√©priser le reste de pl√®be lorsqu'elle ne fut plus d√©tester par les patriciensTite-Live XXII, 34
  5. ‚ÜĎ Salluste qui site Marius, Guerre de Jugurtha, 85
  6. ‚ÜĎ Appien I,1,22
  7. ‚ÜĎ Tacite
  8. ‚ÜĎ Lucius Aurelius Nicomedes devient chevalier sous Marc Aur√®le, Marcius Agrippa s√©nateur pour avoir soutenu Macrin

Voir aussi

Sources antiques

Bibliographie

  • Antoine P√©rez , La soci√©t√© romaine : Des origines √† la fin du Haut-Empire. Paris : Ellipses, 2002, 190 p. (ISBN 2-7298-1288-1)
  • R. Radford, La prostitution f√©minine dans la Rome antique, Morrisville, Lulu, 2007. ISBN: 978-1-4303-1158-4.

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