Sionisme

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Sionisme
Cet article se consacre surtout à l'analyse des courants idéologiques sionistes ainsi qu'aux réactions qu'ils ont suscitées. Pour l'histoire du sionisme, voir l'article détaillé.

Le sionisme est une idĂ©ologie politique nationaliste prĂŽnant l'existence d'un centre spirituel, territorial ou Ă©tatique peuplĂ© par les Juifs en Eretz Israel : Terre d'IsraĂ«l. A la naissance du mouvement, fin du XIXe siĂšcle, ce territoire correspondait Ă  la Palestine ottomane puis aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale Ă  la Palestine mandataire. Sur un plan idĂ©ologique et institutionnel, le sionisme entend Ɠuvrer Ă  redonner aux Juifs un statut perdu depuis l'annexion du Royaume d'IsraĂ«l Ă  l'Empire romain, Ă  savoir celui d'un peuple regroupĂ© au sein d'un mĂȘme État.

Le mouvement sioniste est nĂ© parmi les communautĂ©s ashkĂ©nazes d'Europe centrale et orientale sous la pression des pogroms, mais aussi en Europe occidentale, Ă  la suite du choc causĂ© par l'affaire Dreyfus – qui compte parmi les motifs du lancement du CongrĂšs sioniste par Theodor Herzl. Bien qu'ayant des caractĂšres spĂ©cifiques du fait de la dispersion des Juifs, cette idĂ©ologie est contemporaine de l'affirmation d'autres nationalismes en Europe.

Le sionisme doit son nom au mont Sion, colline sur laquelle fut bĂątie JĂ©rusalem.

Le sionisme a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© par l'ONU (rĂ©solution 3379) comme une forme de racisme entre 1975 et dĂ©cembre 1991, date oĂč cette rĂ©solution a Ă©tĂ© annulĂ©e[1].

Sommaire

Terminologie

La terminologie a une certaine importance pour comprendre le sionisme. Elle n'est pas toujours neutre, et peut avoir des implications politiques.

Eretz Israël

La tradition biblique désigne sous le nom d'Eretz Israël (Terre d'Israël) la terre promise par Dieu au peuple juif, terre des deux royaumes israélites (voir Royaume d'Israël et Royaume de Juda).

Dans la Bible, « Terre d'IsraĂ«l Â» fait rĂ©fĂ©rence Ă  plusieurs concepts :

  • un terme politique, c'est la terre donnĂ©e aux Juifs pour s'y installer ;
  • un terme religieux, car renvoyant Ă  une promesse divine ;
  • un terme gĂ©ographique. La dĂ©finition gĂ©ographique donnĂ©e par la Bible est par ailleurs floue : dans certains textes bibliques, on parle de la Terre promise comme allant « depuis le fleuve d’Égypte [le Nil] jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate[2] Â» (soit de l'Égypte Ă  l'actuel Irak), d'autres se limitent Ă  une zone comprise entre la mer et le fleuve Jourdain.

À partir du dĂ©but du sionisme, le terme va prendre une dimension moins religieuse et plus politique : c'est le territoire ancestral revendiquĂ© pour la recrĂ©ation de l'État juif.

Au cours du XXe siĂšcle, la question de l'appartenance de la Jordanie (surtout de sa partie occidentale) Ă  Eretz IsraĂ«l a fait dĂ©bat au sein du mouvement sioniste (voir le chapitre La scission des sionistes rĂ©visionnistes (1925-1935)).

Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, ce terme dĂ©signe gĂ©nĂ©ralement l'État d'IsraĂ«l et les territoires palestiniens occupĂ©s durant la guerre des Six Jours en 1967 : la Cisjordanie, JĂ©rusalem-Est et la bande de Gaza.

Par principe, la plupart des tendances politiques du mouvement sioniste considÚrent qu'Eretz Israël appartient de droit au peuple juif (pour des raisons au moins historiques, voire pour des raisons religieuses chez les sionistes religieux).
Mais toutes les tendances du mouvement sioniste ne revendiquent pas un État juif sur la totalitĂ© de Eretz IsraĂ«l : certaines sont favorables Ă  un certain degrĂ© de partage avec les Palestiniens, d'autres y sont hostiles.

Israël

Theodor Herzl, auteur du manifeste sioniste L'État des Juifs.

"Israël" est à l'origine le second nom de Jacob, fils d'Isaac, petit-fils d'Abraham.

Par extension, la Torah dĂ©signe sous ce nom la population supposĂ©e descendre d'IsraĂ«l, dĂ©signĂ©e frĂ©quemment comme Bnei Yisrael : « les fils d'IsraĂ«l Â», ou les « Enfants d'IsraĂ«l Â».

IsraĂ«l fait Ă©galement rĂ©fĂ©rence Ă  un des deux royaumes juifs antique : le Royaume d'IsraĂ«l en rĂ©fĂ©rence duquel fut choisi Ă  l'Ă©poque contemporaine le nom de l'État d'IsraĂ«l, crĂ©Ă© en 1948.

Palestine

Dans les textes non bibliques, le terme de « Palestine Â» (PalaĂŻstinĂȘ) apparaĂźt pour la premiĂšre fois sous la plume de l'historien grec HĂ©rodote, au Ve siĂšcle av. J.‑C., en rĂ©fĂ©rence au peuple des Philistins, habitant la rĂ©gion cĂŽtiĂšre de la MĂ©diterranĂ©e (de l'actuelle rĂ©gion de Tel-Aviv jusqu'Ă  l'actuelle frontiĂšre Ă©gyptienne, en incluant la bande de Gaza). Sous la domination romaine, le terme a pris un sens plus large pour finalement englober toute la rĂ©gion.

Avant les rĂ©voltes juives et notamment la chute du Second temple en 70, la JudĂ©e forma une province distincte, gouvernĂ©e par un lĂ©gat proprĂ©teur (plus tard consulaire), qui commandait en mĂȘme temps les troupes d'occupation.

AprĂšs les rĂ©voltes juives de 132-135, la destruction complĂšte de la Ville sainte, la fondation de plusieurs colonies grecques et romaines en JudĂ©e, le nouveau nom de Ælia Capitolina donnĂ© Ă  JĂ©rusalem (dont l'entrĂ©e est interdite aux juifs) manifestent le refus de l'Empire romain d'accepter le maintien d'une nation juive en [JudĂ©e]. La rĂ©gion perd son autonomie et est intĂ©grĂ©e dans la province de « Syrie-Palestine Â» (Syria PalĂŠstina).

À l'Ă©poque moderne avant la crĂ©ation d'IsraĂ«l, le terme est utilisĂ© dans les textes officiels pour dĂ©signer la rĂ©gion oĂč un « foyer national juif Â» doit s'Ă©tablir, comme dans la DĂ©claration Balfour ou dans le Mandat britannique sur la Palestine.

Cisjordanie ou Judée-Samarie

Cisjordanie est un terme moderne, employĂ© dĂšs la fin du XIXe en français, pour dĂ©signer les territoires Ă  l'ouest du Jourdain[3]. AprĂšs la crĂ©ation de la Transjordanie par les Britanniques, le terme de Cisjordanie s'oppose Ă  celui de Transjordanie pour dĂ©signer les territoires de la Palestine situĂ©s Ă  l'ouest du Jourdain, comme le montre le Larousse universel de 1928, Ă  l'article Juif[4]. À partir de 1948 et de l'indĂ©pendance de l'Ă©tat d'IsraĂ«l, « Cisjordanie Â» a Ă©tĂ© restreint dans son usage courant aux territoires annexĂ©s par la Transjordanie, sur la rive ouest du Jourdain. Quant Ă  l'expression « territoires occupĂ©s Â», elle renvoie aux territoires conquis par IsraĂ«l lors de la guerre des Six Jours, par opposition Ă  ceux conquis lors de la PremiĂšre Guerre israĂ©lo-arabe.

Judée et Samarie sont des termes utilisés depuis l'antiquité, par exemple par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle, pour désigner différentes parties de ces territoires de la rive occidentale du Jourdain[5] et repris du vocabulaire juif. Ces termes ont été utilisés dans la résolution 181 de l'ONU pour désigner précisément certains des territoires dans le partage de la Palestine[6].

Terminologie : synthĂšse

On utilise de façon relativement neutre les termes IsraĂ«l (pour dĂ©signer l'État d'IsraĂ«l), Palestine pour dĂ©signer la rĂ©gion administrĂ©e sous le mandat britannique consĂ©cutif Ă  la chute de l'Empire ottoman, JĂ©rusalem-Est pour dĂ©signer la partie de JĂ©rusalem sous administration jordanienne de 1948 Ă  1967 (cette partie comprend la Vieille Ville de JĂ©rusalem) et bande de Gaza pour dĂ©signer cette partie du territoire palestinien administrĂ©e jusqu'en 1967 par l'Égypte, puis occupĂ©e par IsraĂ«l de 1967 Ă  2005.

Les termes « Palestine Â» ou « Eretz IsraĂ«l Â» pour dĂ©signer l'ensemble de la rĂ©gion postĂ©rieurement Ă  la crĂ©ation d'IsraĂ«l expriment par contre de fortes prĂ©fĂ©rences idĂ©ologiques, pro-palestinienne pour la premiĂšre, pro-israĂ©lienne pour la seconde.

L'utilisation des termes Cisjordanie ou Judée-Samarie pour désigner l'ouest du Jourdain n'est pas totalement neutre non plus. Cisjordanie est un terme utilisé par les instances internationales, et Judée-Samarie par la partie israélienne.

À l'intĂ©rieur mĂȘme du sionisme, dĂ©fendre IsraĂ«l ou dĂ©fendre Eretz IsraĂ«l n'a gĂ©nĂ©ralement pas la mĂȘme signification. Dans le premier cas, on veut dĂ©fendre le principe d'un État, sans insister sur des frontiĂšres particuliĂšres. Dans le second, on se rĂ©fĂšre au territoire dĂ©signĂ© par la Bible, en particulier le Livre de JosuĂ©, qui s'Ă©tend sur les deux rives du Jourdain.

Dans l'article ci-dessous, le terme « Palestine Â» sera utilisĂ© pour dĂ©signer le territoire entre la seconde rĂ©volte juive (vaincue en 135) et la proclamation d'IsraĂ«l (en 1948). Le mouvement sioniste lui-mĂȘme a utilisĂ© les deux terminologies assez largement avant la crĂ©ation de l'État d'IsraĂ«l en 1948.

Pour la partie de cet article postĂ©rieure Ă  la crĂ©ation d'IsraĂ«l, on parlera gĂ©nĂ©ralement d'« IsraĂ«l Â», de la « Cisjordanie Â», de « JĂ©rusalem-Est Â» et de la « bande de Gaza Â», termes les plus utilisĂ©s en français et reconnus par l'ONU.

Histoire du sionisme avant Israël

Article dĂ©taillĂ© : Histoire du sionisme.

Au cours de l'AntiquitĂ©, les populations juives se sont (et ont Ă©tĂ©) largement dispersĂ©es, d'abord autour de la MĂ©diterranĂ©e et au Moyen-Orient, puis en Europe. Le lien entre les populations juives actuelles et les juifs de l'AntiquitĂ© n'est pas total, des conversions ayant existĂ© dans l'AntiquitĂ©, et mĂȘme aprĂšs[7],[8],[9],[10], mĂȘme si des Ă©tudes gĂ©nĂ©tiques montrent le maintien de certains marqueurs gĂ©nĂ©tiques typiquement moyen-orientaux dans la majoritĂ© des populations juives[11].

Mais indĂ©pendamment des origines gĂ©ographiques des communautĂ©s, les Juifs ont toujours affirmĂ© leur nostalgie de JĂ©rusalem comme dans le psaume 137 composĂ© lors du premier exil Ă  Babylone au VIe siĂšcle av JC : « Si je t’oublie jamais, JĂ©rusalem, que ma droite me refuse son service! Que ma langue s’attache Ă  mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place JĂ©rusalem au sommet de toutes mes joies! Â»[12]. Depuis la destruction du Temple en 70, suite Ă  la PremiĂšre Guerre judĂ©o-romaine de 66-73, une partie des Juifs exprime le dĂ©sir de se rassembler en « Eretz Israel Â». Ainsi, tous les ans durant la fĂȘte de Pessah, le souhait L'an prochain Ă  JĂ©rusalem est prononcĂ©, et des petits groupes de juifs religieux « montent Â» rĂ©guliĂšrement en Terre sainte depuis l'AntiquitĂ©, surtout vers les villes saintes de Safed, TibĂ©riade, HĂ©bron et JĂ©rusalem. L'eschatologie juive affirme aussi la venue d'un messie qui ramĂšnera les Juifs sur leur terre. Ainsi pour MaĂŻmonide : « Les Temps messianiques auront lieu lorsque les Juifs regagneront leur indĂ©pendance et retourneront tous en terre d'IsraĂ«l[13] Â».

LĂ©on Pinsker, auteur de la brochure Auto-Ă©mancipation et l'un des leaders de l'organisation des Amants de Sion.

Sous la pression de l’antisĂ©mitisme europĂ©en et sous l’influence des idĂ©ologies nationalistes et d'indĂ©pendance nationale, une partie de la population juive europĂ©enne (surtout en Europe centrale et orientale, oĂč l'intĂ©gration est difficile) transforme Ă  la fin du XIXe siĂšcle ce dĂ©sir religieux en un projet politique : le sionisme. Les premiĂšres organisations (Amants de sion) apparaissent en 1881. À partir de 1882, le baron français Edmond de Rothschild achĂšte de la terre en Palestine ottomane et finance le premier Ă©tablissement Ă  Rishon LeZion. L'Organisation sioniste mondiale est crĂ©Ă©e en 1897.

En s'appuyant sur les ambitions coloniales britanniques au Moyen-Orient, le mouvement sioniste se voit attribuer un « Foyer national juif Â» en Palestine, par la dĂ©claration Balfour (1917), la confĂ©rence de San Remo (1920) et le mandat de la SociĂ©tĂ© des Nations (1922), , contre l’avis des Arabes palestiniens qui craignent d'ĂȘtre Ă  terme dĂ©possĂ©dĂ©s. La Palestine est alors placĂ©e sous mandat britannique : on parlera pour cette pĂ©riode de « Palestine mandataire Â». Voir aussi le chapitre de Histoire du sionisme : le mandat de la SDN.

De 1918 Ă  1948, au cours de l'Alya, la population juive en Palestine passe de 83 000 personnes Ă  650 000. La croissance est due Ă  une forte natalitĂ©, mais surtout Ă  une forte immigration due aux troubles politiques de l'Europe de l'entre deux-guerres, ainsi qu'Ă  la montĂ©e de l’antisĂ©mitisme en Europe centrale et orientale dĂšs les annĂ©es 1920. Cet antisĂ©mitisme culminera avec la Shoah. Pendant cette pĂ©riode, l'Agence juive favorise l'immigration juive par tous les moyens : en 1933, elle n'hĂ©site pas Ă  passer un accord avec les nazis[14] pour acheter l'Ă©migration de Juifs allemands vers la Palestine. DĂšs la seconde moitiĂ© des annĂ©es 1930, aprĂšs les restrictions sur les certificats d'immigration dĂ©livrĂ©s par les Britanniques, elle organise l'immigration clandestine.

Durant la mĂȘme pĂ©riode, la conscience nationaliste palestinienne se dĂ©veloppe et la population arabe de Palestine s'oppose au sionisme, Ă  l'immigration juive et au mandat britannique, parfois dans la violence.

En 1939, aprĂšs 3 ans de rĂ©volte arabe et Ă  la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne prend une orientation plus pro-arabe. Dans son livre blanc sur la Palestine, elle annonce la diminution drastique de l’immigration juive et promet la crĂ©ation d'un État arabe indĂ©pendant dans les 10 ans. Mais aprĂšs un conflit violent cette fois contre les Juifs sionistes entre 1944 et 1947, les Britanniques remettent leur Mandat Ă  l'Organisation des Nations unies.

En novembre 1947, l’ONU propose un plan de partage de la Palestine entre un État juif (sur 55 % du territoire) et un État arabe tandis que JĂ©rusalem devient un corpus seperatum sous administration internationale. Le plan est accueilli avec allĂ©gresse par l'Agence juive et le Yichouv mais il est rejetĂ© par les Arabes palestiniens, par les États arabes et par les factions sionistes de droite. Les Britanniques, qui se sont abstenus lors du vote, annoncent qu'ils ne collaboreront pas Ă  sa mise en place. DĂšs le lendemain, la violence dĂ©bute, opposant les forces paramilitaires de chaque camp et faisant de nombreuses victimes civiles. L'État d'IsraĂ«l est proclamĂ© le 14 mai 1948, dernier jour du mandat. La Ligue arabe dĂ©clare l'Ă©tat de guerre[15],[16] et la Transjordanie, l'Égypte, la Syrie et l'Irak prennent part au conflit. En quelques mois, les forces israĂ©liennes prennent l'avantage sur leurs adversaires et « libĂšrent Â» JĂ©rusalem-Ouest. La guerre entraĂźne un bouleversement dĂ©mographique : 750 000 arabes palestiniens fuient ou sont chassĂ©s d'IsraĂ«l et se rĂ©fugient en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza, en Transjordanie et au Liban tandis que dans les annĂ©es qui suivront, 800 000 Juif quitteront le monde arabe. En 1949, IsraĂ«l et ses voisins signent des armistices qui mettent fin Ă  la « guerre d'indĂ©pendance Â». L'objectif principal du sionisme, la crĂ©ation d'un État juif, IsraĂ«l, est rĂ©alisĂ© et le pays entre Ă  l'ONU la mĂȘme annĂ©e.

Histoire du sionisme et d’IsraĂ«l depuis 1948

Concernant l’histoire du sionisme aprĂšs 1948 (idĂ©ologies, institutions), voir le chapitre Le sionisme aprĂšs la crĂ©ation d'IsraĂ«l - 1948-2005.
Concernant l’histoire gĂ©nĂ©rale d’IsraĂ«l, voir l’article dĂ©taillĂ© Histoire d'IsraĂ«l.

DĂ©mographie

Articles dĂ©taillĂ©s : DĂ©mographie d'IsraĂ«l et Aliyah.

En 1948, IsraĂ«l compte 650 000 Juifs. Dans les 3 annĂ©es qui suivent, sa population double suite Ă  l'accueil notamment de prĂšs de 200 000 personnes dĂ©placĂ©es, rĂ©fugiĂ©s de la Seconde Guerre mondiale et de plusieurs centaines de milliers de Juifs du monde arabe. Fin des annĂ©es 1990, elle voit l'afflux de nombreux russes qui forment aujourd'hui la plus grande communautĂ© du pays. En 2006, La population israĂ©lienne se monte Ă  environ 7 000 000 de personnes dont 5 500 000 Juifs et 1 500 000 Arabes. C'est le pays qui compte le plus de Juifs au monde, aprĂšs les États-unis.

DĂ©veloppement Ă©conomique

Entre 1948 et 2010, Israël est devenue une puissance industrielle parmi les plus performantes de la planÚte. Selon les statistiques du FMI de 2010, elle présente un revenu par habitant de 28 685 USD, se classant ainsi 28e.

Grand Israël

Article dĂ©taillĂ© : Colonie israĂ©lienne.

AprĂšs la guerre de 1967, un dĂ©bat profond va diviser le sionisme : quelle proportion des territoires occupĂ©s aprĂšs la guerre de 1967 doit ĂȘtre annexĂ©e par IsraĂ«l ?

  • Un courant, plutĂŽt Ă  gauche et au centre, considĂšre que ces annexions doivent ĂȘtre limitĂ©es.
  • Plus Ă  droite, un courant de pensĂ©e dĂ©fend le « Grand IsraĂ«l Â» : l'annexion intĂ©grale de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Pour ce courant, c'est dans l'intĂ©rĂȘt d'IsraĂ«l. Mais la croissance dĂ©mographique arabe et les intifada palestiniennes ont poussĂ© la majoritĂ© de ce courant vers une optique de retrait partiel des territoires.
  • Enfin, le courant sioniste religieux dĂ©fend Ă©galement le Grand IsraĂ«l, mais pas seulement comme un droit ou un intĂ©rĂȘt pour IsraĂ«l : c'est surtout une obligation divine. Il s'oppose en cela Ă  un autre courant religieux juif antisioniste.

Ce dĂ©bat renvoie Ă  la dĂ©finition mĂȘme de l'objectif du sionisme : un État laĂŻque pour les Juifs (aux frontiĂšres somme toutes secondaires), un État laĂŻque pour les Juifs dans les frontiĂšres bibliques, ou un État juif dans les frontiĂšres bibliques se soumettant Ă  la loi divine ?

Voir le chapitre : La question du Grand IsraĂ«l 1967-2005.

Conflits

Soldats israéliens dans le Sinaï en 1956.
Fumée au-dessus de Tyr aprÚs un bombardement aérien israélien lors du conflit de 2006.

Depuis sa crĂ©ation, IsraĂ«l a Ă©tĂ© impliquĂ© dans de nombreux conflits frontaliers et internes :

  • Une importante sĂ©rie d'incursions frontaliĂšres palestiniennes et israĂ©liennes (parfois mais pas toujours encouragĂ©es par les États arabes frontaliers) entre 1950 et 1956. Elles feront des milliers de morts en particulier chez les Palestiniens[17]. La Crise de Suez y met un terme notamment de par la volontĂ© des Égyptiens et des Jordaniens de ne pas provoquer IsraĂ«l[18].
  • La guerre du SinaĂŻ de 1956, dĂ©clenchĂ©e par IsraĂ«l contre l'Égypte pour mettre fin aux attaques frontaliĂšres, au blocus du port IsraĂ©lien d'Eilat, au dĂ©veloppement rapide de l'armĂ©e que l'Égypte affirmait vouloir utiliser pour dĂ©truire IsraĂ«l. L'action israĂ©lienne se conjugue avec les attaques britannique et française (le Royaume-Uni et la France sont hostiles Ă  la nationalisation du canal de Suez et de plus, la France reproche Ă  l'Égypte son soutien au FLN algĂ©rien)[19].
  • Entre 1965 et 1967, le Fatah armĂ© par la Syrie, ainsi que d'autres organisations armĂ©es palestiniennes, organisent plus d'une centaine d'incursions contre IsraĂ«l depuis la Jordanie et le Liban, provoquant des reprĂ©sailles israĂ©liennes[20].
  • La guerre des Six Jours de 1967, dĂ©clenchĂ©e par IsraĂ«l contre l'Égypte et la Syrie, pour rĂ©pondre Ă  des concentrations de troupes Ă  la frontiĂšre, au blocus du DĂ©troit de Tiran ordonnĂ© par Nasser, et la menace d'une invasion[21]. La Jordanie attaque alors IsraĂ«l et est vaincue[22]. La guerre des Six Jours entraĂźne l'occupation de la Cisjordanie y compris JĂ©rusalem-Est, de la bande de Gaza, de la pĂ©ninsule du SinaĂŻ et du plateau du Golan. La victoire jugĂ©e « miraculeuse Â» fait naĂźtre un courant « messianique et expansionniste Â» en IsraĂ«l[23] qui bouleverse le mouvement sionisme et que les sociologues ont appelĂ© nĂ©osionisme[24].
  • Du dĂ©but 1969 Ă  aoĂ»t 1970, l'Égypte mĂšne le long du canal de Suez une « guerre d'usure Â» contre les troupes israĂ©liennes retranchĂ©s dans la Ligne Bar-Lev.
  • La guerre du Kippour de 1973, dĂ©clenchĂ©e par l’Égypte et la Syrie pour rĂ©cupĂ©rer leurs territoires occupĂ©s en 1967
  • De 1975 Ă  1982, les organisations palestiniennes utilisent le sud du Liban (« Fatahland Â») pour lancer des attaques contre IsraĂ«l par le biais de commandos ou d'attaques d'artilleries.
  • La guerre du Liban de 1982, dĂ©clenchĂ©e par IsraĂ«l pour dĂ©truire les bases palestiniennes et expulser les fedayinns du Liban.
  • La guerre menĂ©e contre l'occupation israĂ©lienne du Liban entre 1982 et 1985 par des organisations palestiniennes et surtout libanaises, en particulier le Hezbollah et avec le soutien de la Syrie et de l'Iran.
  • La guerre menĂ©e par le Hezbollah contre la prĂ©sence militaire qu'IsraĂ«l maintient au sud-Liban de 1985 Ă  2000, et contre l'ArmĂ©e du Liban-Sud, milice libanaise alliĂ©e d'IsraĂ«l. MalgrĂ© le maintien d'une contestation sur une zone de 6 kmÂČ, dite des fermes de Chebaa, les attaques du Hezbollah diminuent fortement entre 2000 et 2006.
  • Une premiĂšre rĂ©volte populaire palestinienne dans les territoires occupĂ©s, l'intifada, entre 1988 et 1990 et qui dĂ©bouchera sur le « Processus de paix Â»
  • Une seconde rĂ©volte dĂ©nommĂ©e Seconde Intifada ou Intifada Al-Aqsa entre 2001 et 2006.
  • Le conflit israĂ©lo-libanais de 2006 contre le Hezbollah et l'armĂ©e libanaise.
  • La guerre de Gaza de 2008-2009 menĂ©e contre le Hamas.

Courants politiques du sionisme

Le sionisme rassemble des courants trĂšs divers allant de l’extrĂȘme droite Ă  l’extrĂȘme gauche.

Tous ont en commun la volontĂ© de crĂ©er un État juif. Mais ils se sont historiquement divisĂ©s sur trois questions fondamentales :

  • Les objectifs territoriaux : Le sionisme vise-t-il Ă  Ă©tablir un État juif :
  • Les objectifs sociaux : la sociĂ©tĂ© que doit crĂ©er le sionisme doit-elle ĂȘtre marxiste (Poaley Tzion), sociale-dĂ©mocrate (MapaĂŻ), libĂ©rale (Sionistes gĂ©nĂ©raux, Parti rĂ©visionniste), voire fasciste (Brit Ha’Birionim) ?
  • La place de la religion : la sociĂ©tĂ© que doit crĂ©er le sionisme doit-elle ĂȘtre athĂ©e (marxiste, cananĂ©ens), ouverte sur la religion, mais sans plus (une partie de la gauche et la majoritĂ© de la droite) ou religieuse (Sionisme religieux) ?

Il y a eu d’autres divergences (l'usage de la force/violence dans la construction de l’État, par exemple), mais ces trois thĂ©matiques expliquent les structurations fondamentales des courants sionistes.

À l'Ă©poque actuelle, ces diffĂ©rentes thĂ©matiques se regroupent en trois grands ensembles au sein de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne :

  • le post-sionisme, qui veut donner une orientation laĂŻque Ă  l'État d'IsraĂ«l, normaliser les relations avec les Palestiniens et dans lequel certains voient parfois mĂȘme une forme d'antisionisme ;
  • le nĂ©osionisme, hĂ©ritier du sionisme rĂ©visionniste et du sionisme religieux, qui revendique le caractĂšre purement juif d'IsraĂ«l, les territoires de l'IsraĂ«l biblique et le transfert des Palestiniens et des Arabes israĂ©liens vers les autres pays arabes ;
  • ceux qui se dĂ©finissent comme les hĂ©ritiers du « sionisme classique Â» et qui dĂ©fendent une position situĂ©e entre les deux prĂ©cĂ©dentes.

Les caractĂ©ristiques Ă  la fois du « nĂ©osionisme Â» et du « postsionisme Â» ne sont pas entiĂšrement Ă©trangĂšres au « sionisme classique Â» mais elles diffĂšrent en accentuant des divergences existant dĂ©jĂ  au sein du sionisme. Pour Chan & al., « le nĂ©osionisme accentue les dimensions messianiques et particularistiques du nationalisme sionisme tandis que le postsionisme accentue ses dimensions universalistes et de normalisation[25]. Â»

ExtrĂȘme-gauche

Ce sont le Poale sion gauche et le Hachomer HatzaĂŻr, qui donneront plus tard le Mapam (en 1948).

Ces deux partis ont été créés avant la PremiÚre Guerre mondiale. Le premier se réclame du marxisme, et le second du socialisme populiste russe, avec une forte influence anarchiste.

Ils veulent une sociĂ©tĂ© socialiste, sans religion, sont partisans d’un État en Palestine, mais sont relativement souples sur les frontiĂšres. Avant 1948, ils ont mĂȘme envisagĂ© un État mixte judĂ©o-arabe.

La gauche « rĂ©formiste Â»

Ce sont l'Achdut Ha'avoda (issu du Poale sion) et le Hapoel Hatzaïr, qui donneront naissance en 1930 au parti socialiste Mapaï, renommé ensuite parti travailliste.

Ces deux partis ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s avant la PremiĂšre Guerre mondiale. Le premier se rĂ©clame du marxisme, et le second du socialisme populiste russe. Les deux partis d'extrĂȘme gauche prĂ©cĂ©demment citĂ©s sont leurs dissidences respectives.

RĂ©volutionnaires Ă  leurs origines, ils Ă©voluent aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale vers le rĂ©formisme. Ils veulent une sociĂ©tĂ© social-dĂ©mocrate. Ce sont des laĂŻcs, mais reconnaissant une place du religieux dans la dĂ©finition de l’identitĂ© juive. Ils sont partisans d’un État en Palestine, mais sont relativement souples sur les frontiĂšres. Cette souplesse mĂȘme a entraĂźnĂ© des Ă©volutions et des dĂ©bats internes importants sur les questions territoriales :

  • En 1922, Berl Kaztnelson, l'idĂ©ologue du Achdut Ha'avoda s'est fermement opposĂ© Ă  la crĂ©ation de l'Ă©mirat hachĂ©mite de Transjordanie, qui Ă©tait ainsi retirĂ© du « Foyer National Juif Â».
  • En 1937, lors des dĂ©bats de la commission Peel sur un Ă©ventuel partage de la Palestine entre juifs et arabes, David Ben Gourion a acceptĂ© la proposition (non suivie d'effet) d'un État juif sur 15%  seulement de la Palestine mandataire, mais a Ă©tĂ© mis en minoritĂ© au sein du MapaĂŻ.
  • En 1947, le MapaĂŻ a acceptĂ© le plan de partage de la Palestine mandataire entre un Ă©tat juif sur 55 % du territoire (mais sans la partie juive de JĂ©rusalem), au cĂŽtĂ© d'un État palestinien. Suite au refus palestinien de ce partage, David Ben Gourion a refusĂ© de fixer les frontiĂšres de l’État, ouvrant la possibilitĂ© de revendications territoriales futures.
  • AprĂšs la guerre des Six Jours de 1967, le dirigeant de l'aile gauche du MapaĂŻ (Achdut Ha'avoda) Ygal Allon, a proposĂ© un plan annexant 30 % de la Cisjordanie et une partie de la Bande de Gaza, plan qui ne fut pas officiellement adoptĂ© par son parti. Le parti travailliste a cependant fait adopter en 1967 une « loi sur JĂ©rusalem Â» qui rattachait Ă  la municipalitĂ© la partie arabe de la ville, ainsi que certains quartiers et villages avoisinants.
  • en 1985, Shimon Peres, Premier ministre travailliste, a proposĂ© de donner l'essentiel de la Cisjordanie et de la bande de Gaza Ă  une confĂ©dĂ©ration jordano-palestinienne.
  • À l'Ă©tĂ© 2000, le Premier ministre travailliste Ehud Barak a proposĂ© aux nĂ©gociations de Camp David avec Yasser Arafat la crĂ©ation d'un État palestinien sur 88-90  % de la Cisjordanie et sur la Bande de Gaza, mais sans la partie arabe de JĂ©rusalem.
  • Pour les Ă©lections de 2006, le parti travailliste a proposĂ© un partage de JĂ©rusalem, en attribuant Ă  un futur État palestinien les quartiers arabes de JĂ©rusalem.

Ces Ă©volutions et positions ne sont pas exhaustives.

Le dirigeant le plus connu de la gauche réformiste est David Ben Gourion. On peut aussi citer Shimon Peres ou Yitzhak Rabin.

La droite modérée

Ce sont surtout les Sionistes gĂ©nĂ©raux. Le dirigeant historique, jusqu’à la crĂ©ation d’IsraĂ«l, est HaĂŻm Weizmann.

Ils existent comme courant de pensĂ©e depuis la crĂ©ation du sionisme, Ă  la fin du XIXe siĂšcle. Theodor Herzl en Ă©tait proche. Ils ne s'organisent comme parti qu'en 1922.

Les sionistes gĂ©nĂ©raux seront le second groupe fondateur (en importance Ă©lectorale) du Likoud, en 1973. Ils sont partisans du LibĂ©ralisme Ă©conomique. Ce sont des laĂŻcs, mais accordant une place au religieux dans la dĂ©finition de l’identitĂ© juive. Ils sont partisans d’un État en Palestine, mais sont relativement souples sur les frontiĂšres (du moins avant 1967).

La droite nationaliste laĂŻque

Zeev Vladimir Jabotinsky

Il s’agit surtout du Parti rĂ©visionniste, crĂ©Ă© en 1925, qui donnera naissance en 1948 au HĂ©rout. Ce sera le principal groupe fondateur du Likoud, en 1973.

Le dirigeant historique est Vladimir Jabotinsky, auquel succĂ©dera Menahem Begin. Les rĂ©visionnistes sont partisans du libĂ©ralisme Ă©conomique. Ce sont des laĂŻcs, mais accordant une place au religieux dans la dĂ©finition de l’identitĂ© juive. Ils sont partisans d’un État en Palestine dans les frontiĂšres d’Eretz IsraĂ«l (« Terre d'IsraĂ«l Â»). Pendant longtemps, ils ont revendiquĂ© l’annexion de toute la Palestine mandataire, mais aussi de la Jordanie. Cette derniĂšre thĂ©matique a Ă©tĂ© progressivement abandonnĂ©e. Mais, parmi les insignes du Betar, leur mouvement de jeunesse, on trouve toujours des reprĂ©sentations de la terre d’IsraĂ«l incluant la Jordanie.

Depuis la fin des années 1990, ce courant a dû faire face à la croissance démographique arabe et au soulÚvement palestinien (Intifada).

La majoritĂ© du Likoud a donc acceptĂ© de renoncer Ă  une partie de la « Terre d’IsraĂ«l Â», pour assurer la majoritĂ© juive dans l’État d’IsraĂ«l.

Les plus modĂ©rĂ©s se sont ralliĂ©s au parti Kadima fin 2005, derriĂšre Ariel Sharon et Ehoud Olmert, les plus nationalistes sont restĂ©s au Likoud derriĂšre Benyamin Netanyahou. Mais mĂȘme chez eux, on note l’abandon du Grand IsraĂ«l : Netanyhaou a proposĂ© dĂ©but 2006 d’abandonner 40 % de la Cisjordanie et l’essentiel de la bande de Gaza.

La droite nationaliste religieuse

Le rav Kalischer, un des fondateurs de l'idéologie nationaliste religieuse.

Il s’agit surtout du parti Mizrahi, crĂ©Ă© en 1902 et rĂ©organisĂ© en 1956 dans le Parti national religieux (PNR).

Ils sont aujourd’hui plutĂŽt partisans du libĂ©ralisme Ă©conomique, mais il a longtemps existĂ© une branche « ouvriĂšre Â» (Hapo'el Hamizrachi), plutĂŽt attirĂ©e par une dĂ©marche « sociale-dĂ©mocrate Â». Ils sont partisans d’un État religieux, ou la Halakha, loi religieuse juive, serait un Ă©lĂ©ment important dans la dĂ©finition de la loi civile. Ils acceptent cependant la dĂ©mocratie. Sur le plan Nationaliste, ils ont longtemps Ă©tĂ© modĂ©rĂ©s. Mais aprĂšs la victoire de 1967 (occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza), ils ont durci leur position, surtout aprĂšs 1977.

La majoritĂ© des sionistes religieux adhĂšre aujourd’hui au Grand IsraĂ«l. Au contraire de la droite nationaliste laĂŻque, qui considĂ©rait le Grand IsraĂ«l comme un intĂ©rĂȘt, et qui y renonce progressivement sous l’influence des deux intifada et de la croissance dĂ©mographique arabe, les sionistes religieux considĂšrent qu’il s’agit d’un ordre divin. On ne peut donc y renoncer.

Ils sont particuliĂšrement actifs dans les colonies israĂ©liennes. Le PNR est aujourd’hui considĂ©rĂ© par certains politologues de gauche comme un parti de droite (ce qu’il n’était pas Ă  l’origine). De fait, pour les Ă©lections de 2006, le Parti national religieux a dĂ©cidĂ© de se prĂ©senter sur la liste de l’« Union nationale Â», le cartel Ă©lectoral de droite nationaliste.

L’extrĂȘme droite nationaliste laĂŻque

Photo non datée d'Avraham Stern

Sa premiĂšre organisation date de 1931, avec Brit Ha’Birionim. Il s’agit d’une faction interne au Parti rĂ©visionniste, qui se rĂ©clame du fascisme italien. L’organisation paramilitaire Lehi, crĂ©Ă©e fin 1940, reprendra bon nombre de leurs thĂšses, du moins jusqu’à la mort de son premier leader, Avraham Stern en 1942. AprĂšs la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l, ce courant n’est plus guĂšre actif, mais reste cependant vivant Ă  travers des intellectuels comme IsraĂ«l Eldad, un ancien dirigeant du Lehi. On voit rĂ©apparaĂźtre ce courant aprĂšs les accords de Washington de mars 1979, qui restituent le SinaĂŻ Ă  l’Égypte.

La question de l’organisation sociale est secondaire. Ils ont selon les Ă©poques adoptĂ© des positions « sociales Â» ou « libĂ©rales Â». Ce qui est historiquement au centre, c’est la revendication du « Grand IsraĂ«l Â». Si l’annexion de la Jordanie n’est plus guĂšre dĂ©fendue, celle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza reste centrale. La question de la dĂ©mographie arabe sera rĂ©glĂ©e par un « transfert Â» vers les pays arabes, ou par une privation du droit de vote.
On trouve aujourd’hui les partisans de ce courant dans plusieurs petites organisations, en particulier dans les tendances laĂŻques de l’ « Union nationale Â» ou du Moledet.

Preuve de l'Ă©volution profonde de la droite nationaliste sur la question du « Grand IsraĂ«l Â», un autre parti classĂ© comme Ă  l'extrĂȘme droite, IsraĂ«l Beiteinu (« Notre Maison IsraĂ«l Â», un parti essentiellement russophone) de Avigdor Liberman, propose pour les Ă©lections de 2006 non seulement de quitter la fraction de la Cisjordanie la plus peuplĂ©e par les Arabes palestiniens (environ 40 %), mais de rĂ©aliser un Ă©change de territoires avec eux. Il s'agit de donner certaines parties du territoire israĂ©lien (dans ses frontiĂšres de 1949) aux Palestiniens : celles qui sont les plus peuplĂ©es par les Arabes israĂ©liens. Lieberman a mĂȘme proposĂ© de quitter certains quartiers arabes de JĂ©rusalem, pour des raisons dĂ©mographiques. Cette nouvelle approche de la droite radicale n'est donc plus centrĂ©e sur le territoire (mĂȘme si les annexions envisagĂ©es reprĂ©sentent 60 % de la Cisjordanie), mais sur l'Ă©tablissement d'un État avec le moins d'Arabes possible. Cette position est donc proche de celle d'Ariel Sharon et du parti Kadima, mais en plus affirmĂ©e : Ă  la fois plus d'annexions de territoires sans Palestiniens en Cisjordanie, et des retraits de territoires israĂ©liens. Cette position est en totale rupture avec l'histoire politique de la droite sioniste.

Mais preuve de l'Ă©volution de l'extrĂȘme-droite, les Ă©lections de mars 2006 ont apportĂ© onze siĂšges sur 120 Ă  IsraĂ«l Beiteinu, soit plus que les neuf siĂšges de l'Union Nationale (qui regroupe l'extrĂȘme droite religieuse et laĂŻque). Une partie de ce succĂšs doit cependant ĂȘtre attribuĂ©e Ă  l'autre spĂ©cificitĂ© du programme d'IsraĂ«l Beiteinu : la dĂ©fense des immigrants venus de l'ancienne URSS.

L’extrĂȘme droite nationaliste religieuse

Logo du Kach.
Article dĂ©taillĂ© : nĂ©osionisme.

Elle exprime de façon radicale les positions en faveur du Grand IsraĂ«l et d’un État religieux. Ses membres se retrouvent dans certaines factions du Parti national religieux, au Kach, ou dans d’autres petits groupes extraparlementaires.

Cette tendance est trĂšs prĂ©sente dans les colonies religieuses et dans certaines Yechivot (Ă©coles religieuses). « L'Occident libĂ©ral parle du rĂšgne de la dĂ©mocratie, de l'autoritĂ© de la majoritĂ©, tandis que le judaĂŻsme parle de l'autoritĂ© divine, qui est immuable et n'est pas sujette Ă  l'urne ou Ă  l'erreur d'une majorité  C'est le joug de Dieu, l'effacement de notre volontĂ© devant la Sienne qui constitue le principe essentiel du JudaĂŻsme[26]. Â»

Autres courants

Quelques courants marginaux ont existĂ©. Ils ne subsistent plus rĂ©ellement aujourd’hui :

  • Anarcho-sionisme : pour la construction d'un foyer national juif rĂ©volutionnaire et sans État. Ce courant est marginal par lui-mĂȘme. Mais les doctrines anarchistes ont fortement influencĂ© le Hapoel HatzaĂŻr, et plus encore le Hachomer HatzaĂŻr et le mouvement Kibboutzim.
  • Sionisme territorialiste : pour la construction d’un État juif n’importe oĂč dans le monde, sans rĂ©fĂ©rence Ă  la Palestine. Ce courant sera surtout actif avant la dĂ©claration Balfour de 1917, quand l’établissement d’un État en Palestine, refusĂ© par les Ottomans, semblait une utopie. Il s’organise au sein d’une « Organisation sioniste territorialiste Â», entre 1905 et 1925, date de sa dissolution.
  • Le « sionisme culturel Â» de Ahad HaAm, surtout intĂ©ressĂ© par la Palestine comme centre moral et culturel, plus que comme centre de peuplement.
  • Les CananĂ©ens : un petit courant de droite, qui se rĂ©clamait d’un nationalisme « hĂ©breu Â», et prĂŽnait la rupture pure et simple avec le judaĂŻsme. Actif au sein du Lehi dans les annĂ©es 1940, avant de quasiment disparaĂźtre dans les annĂ©es 1960-70.
  • En marge du sionisme juif, on peut aussi citer un courant essentiellement religieux, celui de certains chrĂ©tiens fondamentalistes (surtout nord-amĂ©ricains). Pour ceux-ci, la rĂ©union des juifs en Terre sainte favorisera le retour du messie (JĂ©sus-Christ) et la conversion des Juifs au christianisme. Ce courant soutient la colonisation des territoires palestiniens, et est gĂ©nĂ©ralement opposĂ© au retrait israĂ©lien de la bande de Gaza (2005). Voir l'article Sionisme chrĂ©tien.
  • En septembre 2011, il est fait Ă©tat[rĂ©f. nĂ©cessaire] de la crĂ©ation d'un Mouvement Sioniste Africain (M.S.A.), crĂ©e par Saday Marah, un africain converti au judaĂŻsme. Ce sionisme africain se caractĂ©risant la volontĂ© de rapprocher politiquement, Ă©conomiquement et socialement IsraĂ«l de l'Afrique noire.

Opposition au sionisme

Pour l'article dĂ©taillĂ© sur l'antisionisme, voir : Antisionisme.

Le sionisme a suscitĂ© des adhĂ©sions et des oppositions. On regroupe ces derniĂšres sous le terme gĂ©nĂ©rique d'antisionisme. On peut dĂ©finir sept courants historiques au sein de l’antisionisme, qui se superposent parfois.

L’antisionisme de Juifs religieux

Manifestants du Neturei Karta
Voir les articles détaillés Haredim, Edah Haredit, Neturei Karta, Agoudat Israël et Trois serments.

Pour les religieux non sionistes, l’État juif de l'AntiquitĂ© a Ă©tĂ© dĂ©truit par Dieu, en punition des pĂ©chĂ©s du peuple juif. Pour eux, seul le messie de Dieu pourra rĂ©tablir le royaume d'IsraĂ«l[27]. Il s'agit donc d'un antisionisme assez particulier, puisqu'il ne conteste pas l'idĂ©e d'un Ă©tat juif, considĂ©rĂ© au contraire comme inĂ©vitable, mais conteste les modalitĂ©s de sa crĂ©ation par les sionistes, c'est-Ă -dire par les hommes et non par la volontĂ© divine.

Ce courant est historiquement le premier, puisqu'il existe depuis la création du sionisme. Il regroupait à l'origine la majorité des orthodoxes et ultra-orthodoxes, encore que certains orthodoxes aient dÚs le départ soutenu le mouvement sioniste[28].

Les ultra-orthodoxes ont généralement évolué vers des positions plus neutres, sauf chez certains groupes restés trÚs hostiles, comme les Satmar, les Toldot Aharon et plus particuliÚrement les Neturei Karta[29].

Les ultra-orthodoxes ashkĂ©nazes ne se sont toujours pas officiellement ralliĂ©s au sionisme. Par contre, les ultra-orthodoxes sĂ©farades du Shass ne voient aujourd'hui pas de contradiction entre le sionisme et la religion, pour autant que l'Ă©tat prenne une orientation plus religieuse[30]. Cependant, pour les ultra-orthodoxes actuels, toutes tendances confondues, l'acceptation officielle ou officieuse de l'État n'enlĂšve rien aux exigences que celui-ci fonctionne selon la Loi divine. À dĂ©faut, le sionisme, au moins dans sa version laĂŻque, est critiquĂ© comme une rĂ©volte contre l’Ɠuvre de Dieu.

Au final l'antisionisme militant des juifs religieux, originellement puissant, est aujourd'hui restreint à des groupes minoritaires. La majorité des juifs religieux accepte ou soutient aujourd'hui le sionisme, éventuellement avec certaines réserves.

L'antisionisme des juifs assimilationistes ou intégrationistes

Bon nombre de juifs trÚs intégrés à leurs sociétés d'origine ont refusé le sionisme, avec des attitudes allant de l'indifférence à l'hostilité. La priorité était donnée à une meilleure intégration dans les pays de résidence, pas à un départ de ces pays. Il peut s'agir d'un rejet trÚs structuré, au nom du nationalisme du pays de résidence, ou d'une simple méfiance.

Ce courant antisioniste a surtout Ă©tĂ© actif Ă  la fin du XIXe siĂšcle et dans la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle. L'attitude est devenue beaucoup plus favorable au sionisme depuis la crĂ©ation d'IsraĂ«l en 1948. Bien que ce courant soit devenu tout Ă  fait marginal, ses pays d'origines (surtout occidentaux) gĂ©nĂšrent toujours une Ă©migration limitĂ©e vers IsraĂ«l. L'adhĂ©sion progressive Ă  l'idĂ©e sioniste des communautĂ©s bien intĂ©grĂ©es, qui Ă©taient Ă  l'origine assez rĂ©ticentes, s'est donc faite plus dans le domaine des idĂ©es que de l'aliyah concrĂšte (la « montĂ©e Â» en IsraĂ«l).

L’antisionisme du nationalisme arabe et palestinien

Il s’agit d’un antisionisme nationaliste, qui regroupe chrĂ©tiens et musulmans. Le nationalisme de rĂ©fĂ©rence est Ă  l’origine le nationalisme arabe, puis progressivement le nationalisme palestinien. Il est soutenu tant par des courants « de gauche Â» que « de droite Â».

En tant que nationalisme, il privilégie le destin du groupe qu'il défend, et s'oppose donc au nationalisme juif et à sa volonté de s'approprier une terre qui est considérée comme arabe.

L'opposition arabe Ă  l'existence d'un Ă©tat juif n'est plus aussi homogĂšne depuis la reconnaissance d'IsraĂ«l par l'Égypte en 1977. Par la suite, d'autres Ă©tats arabes ont reconnu IsraĂ«l, comme la Jordanie en 1994, ainsi que certains mouvements politiques palestiniens, comme l'OLP grĂące aux voix du Fatah au Conseil national palestinien, organe lĂ©gislatif de l'OLP[31].

L'antisionisme anticolonialiste ou anti-impérialiste

Article dĂ©taillĂ© : Parti communiste d'IsraĂ«l.

Les antisionistes anticolonialistes ou anti-impĂ©rialistes ne rejettent pas le nationalisme par principe, mais considĂšrent que le nationalisme du colonisĂ© ou des « premiers peuples Â» est par principe plus lĂ©gitime que celui des « colonisateurs Â». Au contraire du nationalisme arabe ou palestinien, cet antisionisme ne revendique pas de prĂ©fĂ©rence thĂ©orique pour un nationalisme particulier. Mais sa prĂ©fĂ©rence de principe pour le nationalisme des « premiers peuples Â» le rapproche de fait du nationalisme palestinien. C'est un courant politique gĂ©nĂ©ralement plutĂŽt ancrĂ© Ă  gauche, voire Ă  l'extrĂȘme gauche.

La condamnation par l'AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ONU du sionisme le 10 novembre 1975 (rĂ©solution 3379[32]), s’est faite en utilisant le vocabulaire anticolonialiste ([4]). La rĂ©solution dĂ©crit ainsi dans ses prĂ©ambules le sionisme comme une « idĂ©ologie raciste et impĂ©rialiste Â» et Ă©nonce dans sa conclusion que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale Â». Au-delĂ  de la terminologie, la rĂ©solution a attirĂ© plusieurs antisionismes, comme celui du monde arabe, souvent religieux.

La conclusion de cette résolution est cependant annulée le 16 décembre 1991 par l'Assemblée générale (Rés. 46/86 [5]). Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, désapprouvera publiquement la résolution de 1975 en l'associant à de l'antisémitisme[33].

Tous les mouvements se réclamant de l'anticolonialisme ou de l'anti-impérialisme ne sont pas antisionistes. Beaucoup acceptent aujourd'hui l'existence d'Israël, mais restent hostiles à son contrÎle sur les territoires occupés aprÚs la guerre des Six Jours de 1967.

Une forme attĂ©nuĂ©e d'antisionisme s'est Ă©galement dĂ©veloppĂ©e sur la base intellectuelle de ce courant. Elle ne refuse pas, ou plus, l'existence d'IsraĂ«l, mais la notion d'« Ă‰tat juif Â», c'est-Ă -dire d'Ă©tat dĂ©diĂ© de façon symbolique Ă  une catĂ©gorie de citoyens et organisant des rĂšgles d'immigration plus favorables pour certains Ă©trangers (Juifs) sur des bases ethniques. Pour ce courant, qui est revendiquĂ© par les partis arabes israĂ©liens ou par le parti communiste israĂ©lien, l'Ă©tat d'IsraĂ«l doit ĂȘtre « l'État des citoyens Â» et non un « Ă‰tat juif Â», mĂȘme si les Juifs y sont majoritaires. D'oĂč la revendication de certains changements symboliques (ne plus utiliser le terme d'« Ă‰tat juif Â»), ou pratiques (ne plus avoir de rĂšgles d'immigration favorisant un groupe ethnique, arrĂȘt des confiscations des terres des citoyens israĂ©liens d'origine arabe)[34].

L’antisionisme religieux musulman

Ce courant rappel que JĂ©rusalem est le troisiĂšme lieu saint de l’islam, et que la conquĂȘte d’une terre musulmane quelle qu'elle soit est illĂ©gitime[35]. C'est donc un motif de djihad dĂ©fensif obligatoire pour tous les croyants.

Ainsi, selon l'article 11 de la charte du Hamas de 1988, la lutte contre le sionisme est une obligation religieuse car « la terre de Palestine est une terre islamique waqf [donation religieuse inaliĂ©nable] pour toutes les gĂ©nĂ©rations de musulmans jusqu'au jour de la rĂ©surrection Â»[36].

L’antisionisme des antisĂ©mites

Article connexe : AntisĂ©mitisme.

Il s’agit d’une hostilitĂ© aux Juifs, qui se traduit par une hostilitĂ© Ă  leur État. Le vocable «sioniste» a Ă©tĂ© largement utilisĂ© par des antisĂ©mites de tous bords en tant que substitut au mot «juif». Ainsi les nĂ©onazis amĂ©ricains ont-ils recours au terme ZOG (Zionist Occupied Government) pour dĂ©signer le gouvernement fĂ©dĂ©ral supposĂ© infĂ©odĂ© aux Juifs.

Tous les antisĂ©mites historiques n’ont cependant pas Ă©tĂ© antisionistes : le gouvernement polonais qui demandait dans la seconde moitiĂ© des annĂ©es 1930 « une rĂ©duction substantielle du nombre des Juifs en Pologne[37] Â» eut des contacts suivis avec Vladimir Jabotinsky pour organiser ce dĂ©part vers la Palestine[38].

L’antisionisme antinationaliste

Il s’agit d’une hostilitĂ© de principe Ă  tout nationalisme, quel qu’il soit, surtout s’il s’établit au dĂ©triment d’une population « indigĂšne Â» colonisĂ©e ou expulsĂ©e.

Ce courant est aujourd'hui trĂšs marginal. Il recrute chez des militants d'extrĂȘme gauche, comme les membres israĂ©liens du Matzpen, ou des anarchistes. Il s'oppose en thĂ©orie aussi au nationalisme palestinien. « Seul le rejet de tout nationalisme et l’entente libre et fraternelle des populations travailleuses pourront sauver la Palestine de la barbarie qui va en s’étendant Â»[39]. « En Palestine, l’État apporte l’indiscutable preuve qu’il provoque la guerre du fait mĂȘme de sa prĂ©sence Â»[40]

Cependant, avant la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l en 1948, cette vision antinationaliste Ă©tait trĂšs largement rĂ©pandue au sein du mouvement communiste, et chez certains socialistes. LĂ©nine Ă©tait ainsi opposĂ© Ă  « la crĂ©ation d'une armĂ©e de plus sur la terre Â».

Ce courant s'attache aujourd'hui plus Ă  remettre en cause la caractĂšre « ethnique Â» officiellement juif de l'État d'IsraĂ«l que son existence. Il soutient gĂ©nĂ©ralement la revendication des arabes israĂ©liens d'un « Ă‰tat des citoyens Â», mĂȘme Ă  majoritĂ© juive, opposĂ© Ă  l'« Ă‰tat juif Â», notion considĂ©rĂ©e comme intrinsĂšquement discriminatoire, car dĂ©diĂ© de façon prĂ©fĂ©rentielle aux aspirations nationales et culturelles d'une catĂ©gorie de citoyens, les Juifs.

L’antisionisme : synthĂšse

Il a existĂ© et il existe toujours plusieurs formes d'hostilitĂ© au projet politique de crĂ©ation puis de maintien de l'Ă©tat d'IsraĂ«l. Certaines personnes peuvent d'ailleurs ĂȘtre influencĂ©es par diffĂ©rents types d’antisionisme Ă  la fois.

Ainsi, le mouvement radical palestinien Hamas est Ă  la fois antisioniste par nationalisme palestinien, par antisionisme religieux musulman[41], et a insĂ©rĂ© dans sa charte (Ă©crite en 1988) de nombreuses citations antisĂ©mites (protocoles des sages de Sion, accusations contre les Juifs d’ĂȘtre la cause des rĂ©volutions française et russe, etc.)[42].

Mais en tant que tel, l’antisionisme n’est pas forcĂ©ment antisĂ©mite, ni mĂȘme pro-palestinien. C’est le cas de certaines factions juives ultra-orthodoxes, par exemple.

Assez différenciés quant à leur origine ou leur attitude vis-à-vis des Juifs, les différents courants de l'antisionisme sont également partagés quant à l'existence présente et future d'Israël.

Pour un premier groupe, l'État d'IsraĂ«l n'aurait pas dĂ» ĂȘtre crĂ©Ă©, et doit donc ĂȘtre dĂ©truit. C'est gĂ©nĂ©ralement le point de vue des nationalistes arabes et des musulmans les plus stricts.

Pour un second groupe, essentiellement les Juifs ultra-orthodoxes, l'État d'IsraĂ«l est un pĂ©chĂ©, et doit donc ĂȘtre dĂ©truit. Mais un Ă©tat juif sera recrĂ©Ă© par le messie Ă  l'heure de la venue de celui-ci. Le rejet de l'État juif actuel se double donc de l'espĂ©rance de la crĂ©ation d'un État juif futur.

Enfin pour troisiĂšme groupe d'antisionistes, l'État d'IsraĂ«l ne doit pas disparaĂźtre, mais doit Ă©voluer vers un modĂšle post-nationaliste, supprimant les diffĂ©renciations symboliques et pratiques entre citoyens d'origines diffĂ©rentes.

Filmographie

  • Yaakov Ben-Dov, Shivat Zion (« Retour vers Sion Â»), 1920
  • Tsilla Hershco, Entre Paris et JĂ©rusalem. La France, le sionisme et la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l, 1945-1949, HonorĂ© Champion DVD / VidĂ©os
  • Percy Norma, IsraĂ«l et les Arabes (La guerre de cinquante ans), Coffret de 2 VHS

Notes et références

  1. ↑ Il ne s'est pas trouvĂ© pas un seul pays d'Afrique noire pour s'y opposer, la majoritĂ© d'entre eux approuvant mĂȘme cette annulation. Voir « GĂ©opolitique d'IsraĂ«l Â», de F. Encel et F. Thual, page 15
  2. ↑ « En ce jour-lĂ , l’Éternel fit alliance avec Abram, et dit : Je donne ce pays Ă  ta postĂ©ritĂ©, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate Â». GenĂšse 15:18.
  3. ↑ ÉlisĂ©e Reclus, « Nouvelle gĂ©ographie universelle: la terre et les hommes, page 746 (extrait) Â» sur Google Books, 1884. ConsultĂ© le 18 avril 2010
  4. ↑ Larousse universel sur Gallica, 1928
  5. ↑ Livre V
  6. ↑ (en) RĂ©solution 181 de l'ONU
  7. ↑ Rabbin Josy Eisenberg, Une histoire des Juifs, 1970, page 128 et suivantes. « Il est probable que le monde grĂ©co-romain compta davantage de semi-prosĂ©lytes que d'authentiques prosĂ©lytes. [...] Toujours est-il que leur nombre total fut considĂ©rable Â».
  8. ↑ « d'autres hommes [...] ont adoptĂ© les institutions de ce peuple, quoiqu'ils lui soient Ă©trangers. Il y a des Juifs mĂȘme parmi les Romains : souvent arrĂȘtĂ©s dans leur dĂ©veloppement, ils se sont nĂ©anmoins accrus au point qu'ils ont obtenu la libertĂ© de vivre d'aprĂšs leurs lois Â» - Dion Cassius, Histoire romaine, Livre trente-septiĂšme, chapitre 17.
  9. ↑ Flavius JosĂšphe, AntiquitĂ©s judaĂŻques, livre XIII, chapitre 9, paragraphe 1 : « Hyrcan prit aussi les villes d'IdumĂ©e, Adora et Marissa, soumit tous les IdumĂ©ens et leur permit de rester dans le pays Ă  la condition d'adopter la circoncision et les lois des Juifs. Par attachement au sol natal, ils acceptĂšrent de se circoncire et de conformer leur genre de vie Ă  celui des Juifs. C'est Ă  partir de cette Ă©poque qu'ils ont Ă©tĂ© des Juifs vĂ©ritables Â».
  10. ↑ Voir aussi la critique du sionisme, basĂ©e sur ces conversions, que fait l'historien israĂ©lien contestĂ© Shlomo Sand : « DĂ©construction d’une histoire mythique : comment fut inventĂ© le peuple juif ? Â», Shlomo Sand, 2008.
  11. ↑ Behar DM, Thomas MG, Skorecki K, Hammer MF, Bulygina E, Rosengarten D, Jones AL, Held K, Moses V, Goldstein D, Bradman N, Weale ME (2003) Multiple Origins of Ashkenazi Levites: Y Chromosome Evidence for Both Near Eastern and European Ancestries Am. J. Hum. Genet. 73 768–779
  12. ↑ Psaume 137, 5 & 6 sur Sefarim
  13. ↑ Maïmonide, Mishneh Torah, Hilkhot Melakhim, chapitre 12.
  14. ↑ Roland Charpiot, Histoire des Juifs d'Allemagne du Moyen ñge à nos jours, Vuibert, 2009, p. 158.
  15. ↑ (en)League Declares State of War sur New York Times, 15 mai 1948
  16. ↑ (en)Arab league Declares State of War against palestine Jewry sur Archives australiennes, The Mercury, 15 mai 1948
  17. ↑ Entre 1949 et 1956, plus de 200 civils israĂ©liens et entre 2700 et 5000 infiltrĂ©s palestiniens furent tuĂ©s selon Benny Morris, IsraĂ«l’s Border Wars 1949-1956, Oxford University Press, 1993, p.147.
  18. ↑ Benny Morris, Victimes. Histoire revisitĂ©e du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, p.330.
  19. ↑ Benny Morris, Victimes. Histoire revisitĂ©e du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, pp.312-313.
  20. ↑ Benny Morris, Victimes. Histoire revisitĂ©e du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, p.332.
  21. ↑ Benny Morris, Victimes. Histoire revisitĂ©e du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, p.331.
  22. ↑ Benny Morris, Victimes. Histoire revisitĂ©e du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, p.351.
  23. ↑ Benny Morris, Victimes. Histoire revisitĂ©e du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexes, 1999, p.359.
  24. ↑ Jeffrey K. Olic, States of Memory Continuities, Conflicts, and Transformations in National, Duke University Press, 2003, p.241.
  25. ↑ Steve Chan, Anita Shapira, Derek Jonathan, Israeli Historical Revisionism: from left to right, Routledge, 2002, pp.57-58.
  26. ↑ Meir Kahane, Uncomfortable questions for comfortable jews - Secaucus, Lyle Stuart, 1987, P.159-160 - citĂ© par Alain Dieckhoff
  27. ↑ Site web des "Juifs contre le sionisme" (en anglais)
  28. ↑ Voir Ă  ce sujet les articles Sionisme religieux et Agoudat IsraĂ«l.
  29. ↑ Neturei Karta oppose the so-called "State of Israel" not because it operates secularly, but because the entire concept of a sovereign Jewish state is contrary to Jewish Law. - Les Neturei Karta s'opposent au soi-disant "Ă©tat d'IsraĂ«l", non parce qu'il est sĂ©culier, mais parce que tout le concept d’État juif souverain est contraire Ă  la loi juive" - Site officiel des Neturei Karta, mai 2006.
  30. ↑ "Unlike Agudat Israel, Shas saw no contradiction between its religious beliefs and Zionism. It was far more anti-Arab than Agudat Israel and sought increased representation for its adherents in all government bodies, in Zionist institutions, and in the Jewish Agency." - Site de la Librairie du Congres US [1]. Voir aussi : "Redefining Religious Zionism: Shas' Ethno-Politics" by Aaron P. Willis, Princeton University [2]
  31. ↑ Accord d'Oslo en 1993, puis vote en avril 1996 du Conseil national palestinien (organe lĂ©gislatif de l'OLP), par 504 voix contre 54 et 14 abstentions. Voir la page du DĂ©partement d'État amĂ©ricain.
  32. ↑ [3] [PDF]
  33. ↑ UN Chronicle | The Secretary-General's Opening Remarks at DPI Seminar on anti-Semitism
  34. ↑ Voir une prĂ©sentation des partis arabes israĂ©liens et de leurs revendications sur l'article « Les Palestiniens de l'IntĂ©rieur et les Ă©lections israĂ©liennes Â», par le « Centre d'information sur la rĂ©sistance en Palestine Â», 20-03-2006, publiĂ© sur le site The International Solidarity Movement.
  35. ↑ Jacob Neusner et Tamara Sonn (1999). Comparing Religions Through Law: Judaism and Islam. Routledge. ISBN 0415194873. p. 201.
  36. ↑ « Le Mouvement de la RĂ©sistance Islamique considĂšre que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [donation religieuse inaliĂ©nable] pour toutes les gĂ©nĂ©rations de musulmans jusqu'au jour de la rĂ©surrection. Il est illicite d'y renoncer en tout ou en partie, de s'en sĂ©parer en tout ou en partie Â» - Article 11 de la charte du Hamas (1988).
  37. ↑ Programme politique de l’OZON, mai 1938, rapportĂ© dans Histoire de la droite israĂ©lienne, 1991, page 140.
  38. ↑ Histoire de la droite israĂ©lienne, 1991, pages 141-147 - page 180.
  39. ↑ Gaston, « Juifs et arabes sacrifiĂ©s par les « grands Â» Â», n° 131 du Libertaire, 28 mai 1948. Gaston, de son vrai nom Armand Schuer est un militant anarchiste d’origine autrichienne, proche du conseillisme.
  40. ↑ Éric-Albert, « Palestine terre stratĂ©gique Â», n° 133 du Libertaire, 11 juin 1948
  41. ↑ « Le mouvement de la rĂ©sistance islamique est un mouvement palestinien distinct qui doit loyautĂ© Ă  Allah, prend son mode de vie dans l'islam et aspire Ă  Ă©lever la banniĂšre d'Allah sur chaque pouce de la terre de Palestine Â» - Article 6 de la charte du Hamas (1988).
  42. ↑ « Ils [les juifs] ont fait Ă©clater des rĂ©volutions dans diffĂ©rentes rĂ©gions du monde pour rĂ©aliser leurs intĂ©rĂȘts et les faire fructifier. Ce sont eux qui Ă©taient derriĂšre la RĂ©volution française, la rĂ©volution communiste Â» - Article 22 de la charte du Hamas (1988)

Bibliographie

Un livre généraliste, qui balaie toute l'histoire du Sionisme puis d'Israël, des origines à nos jours.
  • Marius Schattner, Histoire de la droite israĂ©lienne, Éditions complexe, 1991.
  • Alain Greilsammer, Les Communistes israĂ©liens, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1978.
  • Ilan Greilsammer, IsraĂ«l, les hommes en noir, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1991, (ISBN 2-7246-0592-6).
Un livre sur les ultra-orthodoxes juifs, leur rapport difficile au sionisme, et les rapports du sionisme avec eux.
Un livre sur la stratĂ©gie de colonisation mise en Ɠuvre par premiers gouvernements Likoud (surtout), avant la 1er intifada.
  • Doris Bensimon, Religion et État en IsraĂ«l, L'Harmattan, 1992.
  • Shalom Cohen, Dieu est un baril de poudre, Calman-Levy, 1989, (ISBN 2-7021-1826-7)
  • Nur Masalha, The Bible and Zionism: invented traditions, archaeology and post-colonialism in Palestine-Israel, Zed Books, 2007.

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