Siecle d'or neerlandais

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Siecle d'or neerlandais

Siècle d'or néerlandais

Le si√®cle d'or n√©erlandais (en n√©erlandais : de Gouden Eeuw) est une p√©riode de l'histoire des Pays-Bas comprise entre 1584 et 1702. Cette p√©riode vit la modeste r√©publique des Provinces-Unies (Republiek der Zeven Verenigde Provinci√ęn, anc√™tre des actuels Pays-Bas), √† peine n√©e en 1581 de l'Union d'Utrecht se hisser au rang de premi√®re puissance commerciale au monde, tandis que le reste de l'Europe se d√©battait dans les affres d'une stagnation, et m√™me d'une r√©cession qui devait perdurer par endroits jusqu'en 1750. La libert√© de culte qui r√©gnait aux Pays-Bas y attira les personnes les plus diverses, n'ayant en commun que d'√™tre opprim√©es pour leurs croyances. Ces r√©fugi√©s rejoignirent une r√©publique en pleine croissance, qui leur offrait travail et libert√© d'opinion. √Čcrivains et √©rudits s'y √©tablirent pour enseigner et publier en toute libert√© ; avec la fondation de l'universit√© de Leyde et le d√©veloppement des sciences humaines et des sciences naturelles, le pays devint l'un des centres du savoir.

La Hollande, avec son organisation commerciale, va susciter la jalousie des √Čtats voisins :

  • l'Angleterre, qui ouvre les hostilit√©s d√®s 1652 avec la guerre anglo-hollandaise, pour ravir aux Pays-Bas leur supr√©matie maritime et freiner leur expansion coloniale, particuli√®rement dans l'Atlantique ;
  • la France de Louis XIV qui d√©clenche la guerre de Hollande √† la fin du XVIIe si√®cle (√©pisode du si√®ge de Ma√ęstricht[1]), scellant par l√† la fin de la p√©riode de gloire et de prosp√©rit√© des Provinces-Unies.

L'expression √Ęge d'or recouvre avant tout une floraison encore in√©dite de culture et d'art, souvent confin√©e aux innombrables chefs d'Ňďuvres de la peinture hollandaise du XVIIe si√®cle. Mais cette prosp√©rit√© n'est que le produit des √©volutions sociales et culturelles de cette √©poque.

La mappemonde de Frederik de Wit, publiée en 1662 à l'apogée du siècle d'or des Pays-Bas par la plus grande maison d'édition géographique de l'époque, symbolise la prépondérance économique, scientifique, culturelle et artistique du pays, parvenu au rang de grande puissance et qui dominait la cartographie elle-même.

Sommaire

Historiographie

Carte des Provinces-Unies par Johannes Janssonius (1658)
¬ę C'est cette expression d'√āge d'Or elle-m√™me qui ne veut rien dire. Elle renvoie √† un aurea aetas des Anciens, √† un pays de cocagne mythologique, qui chez Ovide nous ennuyait d√©j√† passablement quand nous √©tions √©coliers. S'il faut donner un nom √† notre p√©riode de prosp√©rit√©, qu'on l'appelle plut√īt Bois et Acier, Poix et Goudron, Couleur et Pigments, Audace et Pi√©t√©, Esprit et Imagination. ¬Ľ

‚ÄĒ Johan Huizinga, Nederlands beschaving in de zeventiende eeuw[2] (1941)

C. de Voogd rappelle que l’admiration pour le miracle néerlandais trouvait déjà un écho chez Hegel, dont l'Esthétique a fait de cet épisode de l'histoire européenne l'une des étapes dans la grande marche de l'Esprit vers son accomplissement. De cette vision subsiste l'idée d'une spécificité hollandaise par rapport à l'Europe baroque, mais aussi d'un moment décisif dans la naissance de la modernité européenne dans tous les domaines, du développement du capitalisme à la pensée politique libérale.

L'historien n√©erlandais Johan Huizinga pr√©sume que le concept d'√Ęge d'or ne s'est impos√© qu'apr√®s que l'historien Pieter Lodewijk Muller eut publi√© en 1897 son essai sur La R√©publique des Provinces-Unies √† son apog√©e (De Republic der Verenigte Nederlanden in haar bloetijd) sous le titre plus vendeur de ¬ę Notre √Ęge d'or ¬Ľ (Onze Golden Eeuw) impos√© par son √©diteur[3].

Depuis quelques ann√©es, l'√āge d'or des Provinces-Unies fait l'objet d'un regain d'int√©r√™t aux Pays-Bas. C'est ainsi qu'en 2000 par exemple on lui a consacr√© un centre d'√©tude √† l'universit√© d'Amsterdam. L'Amsterdams Centrum voor de Studie van de Gouden Eeuw travaille entre autres sur l'ouvrage publi√© en 1941 par Huizinga. Le sens historique de Huizinga √©tait impr√©gn√© de son √©tude de la linguistique et de son go√Ľt pour la peinture : il entendait l'√©criture de l'histoire comme une r√©cit intuitif et vivant de l'√©volution des mentalit√©s, c'est-√†-dire de la culture. Aussi affirmait-il que l'√Ęge d'or n'√©tait ni un bienfait qui se serait soudain abattu sur les Pays-Bas, ni surtout l'id√©al mythique d'une terre nourrici√®re sans agriculteurs, d'une soci√©t√© vivant un √©ternel printemps dans une paix absolue sans soucis ni remords (comme Ovide d√©finit l'√Ęge d'or), mais que cette prosp√©rit√© avait m√Ľri sur fond de g√©n√©rations de dur labeur, de conditions favorables, de multiples conflits et naturellement aussi sur une part de chance, qu'en fait elle n'avait rien de spontan√©. Ainsi, pr√®s la moiti√© de ce si√®cle ¬ę r√©sonna de fracas et de cris guerriers[4] ¬Ľ. C'est pourquoi un nombre non n√©gligeable de chercheurs, examinant ce si√®cle, du moins sous l'angle de l'√©conomie mondiale, parlent plut√īt d'une h√©g√©monie.

Les Pays-Bas à l'aube du Siècle d'Or

Conflit avec l'Espagne

√Ä la chute de Charles le T√©m√©raire en 1477, les Pays-Bas √©churent par alliance √† la dynastie autrichienne des Habsbourg, √† un moment o√Ļ la situation √©conomique des Pays-Bas bourguignons √©tait d√©j√† prosp√®re ; c'est d'abord sous le r√®gne de Charles Quint qu'outre l'agriculture, l'√©levage et la p√™che, le commerce et l'artisanat se d√©velopp√®rent. Apr√®s une crise li√©e √† la concurrence de la laine anglaise au d√©but du XVe si√®cle, le secteur textile devenait florissant, et Anvers devint le centre √©conomique des provinces. La science et la culture connurent des heures fastes, entre autres gr√Ęce √† l'imprimeur Christophe Plantin. Simultan√©ment, la R√©forme se r√©pandait et Charles Quint, tout comme son fils et successeur Philipe II (tous deux catholiques convaincus) encourag√®rent la Contre-R√©forme.

Dans la mesure o√Ļ Philippe II voyait dans le calvinisme une h√©r√©sie, les provinces du Nord se rebell√®rent sous le commandement de Guillaume le Taciturne. Sa tentative d'occuper militairement le Brabant d√©clencha en 1568 la guerre de Quatre-Vingts Ans. En 1579, les provinces de nord se f√©d√©r√®rent en Union d'Utrecht fondant en 1581 la r√©publique des Provinces-Unies, tandis que les provinces m√©ridionales, rest√©es catholiques (aujourd'hui Belgique et Luxembourg) rest√®rent fid√®les √† l'Espagne (cf. Pays-Bas espagnols).

La conclusion de l'Union d'Utrecht conf√©ra aux provinces du Nord entre autres le contr√īle du commerce fluvial sur le Rhin maritime, un atout d√©cisif pour leur expansion √©conomique ult√©rieure. Le Si√®ge d'Anvers men√© victorieusement en 1585 par les Espagnols avait amen√© les Hollandais √† mettre en place un blocus sur l'estuaire de l'Escaut, √ītant √† Anvers son d√©bouch√© maritime. Cette mesure permit au port r√©gional d'Amsterdam de distancer bient√īt son rival Anvers.

Des pourparlers de paix avec l'Espagne, auxquels seules la France et l'Angleterre prirent part, se tinrent en 1608 à La Haye, puis finalement en 1609 on convint d'une trêve de douze ans. C'est dans ce contexte que s'épanouit l'expansion économique et culturelle de la jeune république.

Marins et marchands

Les raisons de l'essor de l'√©conomie n√©erlandaise r√©sident dans le commerce en mer Baltique, qui fut pratiqu√© √† telle √©chelle depuis le d√©but du XVe si√®cle, et avant tout par la province de Hollande et surtout Amsterdam (malgr√© le si√®ge espagnol) qu'il en fit une grande nation commerciale. Leurs navires plus petits et plus rapides que ceux de leurs concurrents, et qui pour cette raison n√©cessitaient un √©quipage plus r√©duit, firent des n√©gociants d'Amsterdam les plus r√©actifs de leur √©poque. D√®s la fin du XVIe si√®cle, l'h√©g√©monie d'Amsterdam, et parall√®lement celle de la Hollande, s'imposa aux autres provinces.

Vers 1600, les capitaux respectables accumul√©s √† Amsterdam permettaient d'envisager de nouvelles entreprises commerciales. On finan√ßa les premi√®res exp√©ditions outre mer pour reconna√ģtre les d√©bouch√©s commerciaux d'Asie et d'Am√©rique. Les marins et marchands n√©erlandais firent l√† un choix heureux, car la Hanse, affect√©e par la guerre nordique de Sept Ans, entrait en d√©cadence et ses concurrents √©taient d√©tourn√©s de l'exploration par les guerres et les soul√®vements. Un seul exemple : la destruction de l'Invincible Armada par les Anglais en 1588. Tandis que les Espagnols concentraient leur effort de guerre contre les Anglais et les Fran√ßais, les flottes de commerce n√©erlandaises poussaient chaque fois plus avant leurs explorations outre mer, ouvrant de nouvelles voies commerciales sans rencontrer d'obstacle et multipliant les nouveaux comptoirs. Pendant un temps, il ne fut question que d'entreprises isol√©es, qui n'eurent qu'une br√®ve prosp√©rit√©.

Les fondements : prosp√©rit√© √©conomique et ordre urbain

¬ę Comment un pays aussi petit, comptant √† peine plus d'un million et demi d'habitants[5] et d√©pourvu de richesses naturelles a-t-il pu, au XVIIe si√®cle, p√©riode de crise g√©n√©rale, se hisser au rang de puissance √©conomique dominante ? ¬Ľ

‚ÄĒ Michael North, Histoire des Pays-Bas

L'ascension √©conomique d'une modeste f√©d√©ration qui ne comptait pas m√™me deux millions d'habitants, qui ne disposait d'aucune mati√®re premi√®re et dont la production agricole √©tait insignifiante, au rang de grande puissance coloniale du XVIIe si√®cle, reste encore aujourd'hui un sujet d'√©tonnement. Sir William Temple, alors ambassadeur aux Pays-Bas, souligne dans ses ¬ę Observations upon the United Provinces of the Netherlands ¬Ľ [6] la forte densit√© de population du pays, dans laquelle il voit le facteur d√©cisif de l'expansion √©conomique. Cette circonstance aurait ench√©ri les denr√©es, for√ßant les propri√©taires √† √©pargner, et contraignant les prol√©taires √† travailler assid√Ľment. De la mis√®re seraient n√©es les vertus, fondement du succ√®s[7].

Urbanisation et régime politique

Carte historique d'Amsterdam par Willem et Joan Blaeu (1652)

En r√©alit√©, les Pays-Bas manifest√®rent tout au long du XVIIe si√®cle le taux d'urbanisation le plus √©lev√© [8] et formaient la r√©gion la plus dens√©ment peupl√©e d'Europe. Le flot r√©gulier de r√©fugi√©s apportant avec eux talents et r√©seaux d'affaires, des juifs portugais aux huguenots fran√ßais, et la prosp√©rit√© induite, b√©n√©fici√®rent d'abord aux villes dont elles aliment√®rent la croissance exceptionnelle : entre 1622 et la fin du si√®cle, Amsterdam passa de cent √† deux cent mille habitants, Rotterdam de vingt √† quatre-vingt mille, La Haye de seize √† cinquante mille. Fait notable, cet essor s'effectua dans un certain ordre, par un souci d'urbanisme pr√©curseur : √† Amsterdam, l'espace urbain s'√©tendit de fa√ßon concentrique en s'appuyant sur les quatre grands canaux de la ville (Singel, Herengracht, Keizersgracht, Prinsengracht) eux-m√™mes reli√©s par des canaux ou des rues transversales permettant des acc√®s multiples et rapides au cŇďur de la ville, la place du Dam.

La vie de tous les jours √©tait dans une grande mesure marqu√©e par la ville et l'activit√© non-agricole ; pr√®s de 50 % de la population vivait en ville et seul un tiers travaillait encore dans l'agriculture. Et pourtant, dans le m√™me temps, la paysannerie et les agriculteurs d√©velopp√®rent fortement leur production. Dans la mesure o√Ļ la propri√©t√© fonci√®re est la base de l'agriculture, et o√Ļ dans chaque province les paysans √©taient eux-m√™mes propri√©taires de 40% des terres arables, ces paysans pouvaient vivre du seul produit de leur travail. Selon C. de Voogd, ¬ę le peuple n√©erlandais √©tait sans doute le mieux nourri d'Europe et l'extr√™me mis√®re plus rare qu'ailleurs. La vari√©t√© du r√©gime alimentaire √©tait √©tonnante : du pain, bien s√Ľr, peu de viande mais du poisson, des l√©gumes et des laitages. Mieux aliment√©, le N√©erlandais s'av√©rait plus r√©sistant que ses contemporains aux fl√©aux des √©pid√©mies qui ravag√®rent l'Allemagne pendant la guerre de Trente Ans et l'Angleterre dans les ann√©es 1660. C'est pourquoi la population cr√Ľt sensiblement √† une √©poque o√Ļ l'Ancien R√©gime d√©mographique √©quilibrait ailleurs les naissances et les d√©c√®s ¬Ľ. L'examen du revenu agricole montre qu'un paysan du XVIIe si√®cle vivait aux Pays-Bas nettement mieux qu'un agriculteur libre un si√®cle plus t√īt.[9]

La confédération, quoiqu'oligarchique, était néanmoins plus démocratique que les autres pays d'Europe[10], se tenait militairement sur la défensive et développait son économie, non sur l'agriculture, mais sur le commerce et la navigation.

La masse imposable des citoyens des Provinces-Unies √©tait nettement plus √©lev√©e que celle des pays voisins, jusqu'√† deux fois sup√©rieure √† celle de l'Angleterre et trois fois sup√©rieure √† celle de la France[11]. Ainsi, le gouvernement des Provinces disposait gr√Ęce √† la commercialisation pouss√©e de l'√©conomie de ressources √©lev√©es et d'un capital plus rapidement mobilisable gr√Ęce √† une population r√©duite aux revenus √©lev√©s.

Le tissu social

Dans la soci√©t√© n√©erlandaise, on jugeait du statut social non seulement d'apr√®s l'appartenance familiale et le niveau d'√©ducation, mais aussi surtout d'apr√®s la fortune et le revenu des individus, mŇďurs fort curieuses dans l'Europe du XVIIe si√®cle, o√Ļ le rang social √©tait encore fondamentalement li√© √† la condition, c'est-√†-dire √† la naissance.

Au sommet de la soci√©t√© n√©erlandaise, on trouvait les nobles et les R√©gents, quoique l'aristocratie, comme les Espagnols, e√Ľt continuellement abandonn√© ses terres et ses principaux privil√®ges aux villes. Tandis que dans le reste de l'Europe la noblesse formait la classe dirigeante privil√©gi√©e politiquement et socialement, il n'y avait aux Pays-Bas pratiquement plus de noblesse h√©r√©ditaire. M√™me les clercs n'avaient que peu d'influence : l'√Čglise catholique romaine √©tait continuellement en perte d'audience, alors que la jeune √©glise protestante s'√©tendait. Il n'y avait donc ni souverain, ni noblesse, ni clercs : les r√©gents et la haute bourgeoisie (riches marchands, armateurs, banquiers, entrepreneurs, officiers g√©n√©raux) r√©glaient la politique et la soci√©t√©, soutenus par une large frange de la petite bourgeoisie, compos√©e d'artisans, d'ouvriers, de pilotes, de petits employ√©s et d'officiers, qui dans les petites villes et les communaut√©s plus isol√©es prenait la politique en mains.

Ainsi, le corps social √©tait plus homog√®ne que dans les autres pays d'Europe : la mobilit√© sociale √©tait possible. Les diverses classes sociales se c√ītoyaient notamment au temple, dans les milices et surtout au caf√©. L'existence d'une vaste classe moyenne, le brede middenstand, de l'artisan au n√©gociant enrichi, √©tait garante de la coh√©sion nationale. Le peuple lui-m√™me b√©n√©ficiait des salaires les plus √©lev√©s d'Europe ; un tisserand de Leyde gagnait jusqu'au double de son cong√©n√®re flamand ou anglais. √Ä la prosp√©rit√©, sinon g√©n√©rale, du moins r√©pandue, s'ajoutait le partage de valeurs communes, fortement ancr√©es par l'influence du calvinisme et de l'humanisme ainsi que le ciment d'un incontestable nationalisme.

La nouvelle soif d'investir de la bourgeoisie contribua √† humaniser un d√©veloppement √©conomique sauvage. Prenant le relais de l'√©glise catholique, la bourgeoisie organisa les soupes pour les pauvres, institua des orphelinats, des hospices et d'autres fondations charitables. Gr√Ęce √† ce r√©seau d'aide sociale (naturellement d'abord un peu rudimentaire et informel), le soin des marginaux, des pauvres et des faibles mettait en place un tel contr√īle social que, contrairement au reste de l'Europe, l'agitation se limitait √† la contestation politique et religieuse.

La s√©curit√© des citoyens est √† l'origine d'associations d'initiative priv√©e et d'innovations comme l'√©clairage public et la pompe √† incendie, mise au point par le peintre Jan Van der Heyden. Pour la surveillance, plusieurs milices de nuit furent cr√©√©es : Rembrandt a immortalis√© celle du capitaine Coq dans La Ronde de nuit.

Un commerce à l'échelle du monde

Richelieu soulignait d√©j√† ¬ę le miracle hollandais ¬Ľ : ¬ę L'opulence des Hollandais qui, √† proprement parler, ne sont qu'une poign√©e de gens, r√©duits en un coin de terre, o√Ļ il n'y a que des eaux et des prairies, est un exemple et une preuve de l'utilit√© du commerce qui ne re√ßoit point de contestation ¬Ľ[12].

L'h√©g√©monie commerciale des Provinces-Unies repose sur quatre facteurs :

  • une sup√©riorit√© navale √©crasante ;
  • l'extension de l'activit√© commerciale √† toutes les routes oc√©aniques : Batavia, Cadix, Smyrne et Arkhangelsk...
  • le contr√īle d'une gamme √©tendue de produits, particuli√®rement les produits de luxe (√©pices) ou √† valeur ajout√©e (porcelaine, soie, etc.) ;
  • l'optimisation de l'offre de cale : en remplissant les navires √† l'aller et au retour, les √©conomies de deux pays tr√®s √©loign√©s devenaient graduellement d√©pendantes l'une de l'autre par le truchement des commer√ßants n√©erlandais.

Comme l'indique de Voogd, ¬ę De la mer Baltique √† l'Extr√™me-Orient, les marins n√©erlandais s'efforc√®rent d'√™tre (...) toujours les propres fournisseurs de leurs clients, d√©multipliant ainsi les opportunit√©s de profit ¬Ľ.

Navires hollandais dans Embarquement du vaisseau des Indes de
Hendrick Cornelisz. Vroom vers 1630‚Äď1640
Article d√©taill√© : Empire colonial n√©erlandais.

La Compagnie n√©erlandaise des Indes orientales (Vereenigde Oostindische Compagnie ou VOC) fond√©e en 1602 joue un r√īle essentiel : devenue rapidement la plus grosse compagnie priv√©e du XVIIe si√®cle, elle forgea un monopole commercial n√©erlandais avec l'Oc√©an indien et l'Extr√™me-Orient qui devait perdurer deux si√®cles. Ses routes de commerce s'√©tendaient le long des c√ītes d'Afrique et d'Asie avec des comptoirs et des mouillages en Indon√©sie, au Japon, √† Ta√Įwan, √† Ceylan et en Afrique du Sud. En vue du commerce avec l'Afrique de l'Ouest et les Am√©riques les actionnaires cr√©erent la Compagnie n√©erlandaise des Indes occidentales (Geoctroyeerde West-Indische Compagnie ou en abr√©g√© WIC), qui √©tablit en Am√©rique du Nord la colonie de Nouvelle-Hollande avec pour capitale la Nouvelle-Amsterdam, qui devait devenir New York. Parmi les autres routes de commerce, il y avait bien s√Ľr la Baltique, la Russie (straatvaart), et aussi le Levantvaart (commerce avec l'Italie et le Levant, c'est-√†-dire les pays de la c√īte orientale de la mer M√©diterran√©e). Pour ce qui est de l'Europe occidentale, les N√©erlandais contr√īlaient vers 1650 80 % du commerce de la laine espagnole ; quant aux seuls √©changes avec la France (le transport du vin de Bordeaux notamment), ils d√©passaient 36 millions de livres. Vers 1670 la valeur annuelle des cargaisons des quatre grandes flottes marchandes de la r√©publique atteignait la somme √©norme de 50 millions de florins.

Une action de la VOC (1623).

La Banque de change d'Amsterdam (la premi√®re banque centrale au monde et l'une des premi√®res banques europ√©ennes √† utiliser la monnaie fiduciaire) fut cr√©√©e en 1609 : cet √©tablissement, cr√©√© √† l'origine pour r√©soudre le probl√®me du change des devises (d'o√Ļ son nom de Wisselbank) permit par une formule de cr√©dit commercial in√©dite (l'escompte) une circulation des paiements beaucoup plus fluide. Les taux d'int√©r√™ts int√©ressants (entre 2 et 4 %, soit la moiti√© des taux britanniques), le secret bancaire, la force du florin et les facilit√©s de cr√©dits offertes par les banques n√©erlandaises attiraient les investisseurs et les financiers de toute l'Europe. La Bourse d'Amsterdam, cr√©√©e en 1611, employait d√©j√† trois cents agents au bout d'un an. Les cargaisons annonc√©es s'y n√©gociaient jusqu'√† vingt-quatre mois avant leur arriv√©e. Lors de l'affr√®tement d'un navire, il √©tait possible d'entrer dans le capital de l'armateur pour une part qui pouvait n'√™tre que de 1/64e du co√Ľt de l'op√©ration : ainsi, l'actionnariat √©tait-il accessible aux commer√ßants et artisans.

C'est au plus tard √† partir de la lib√©ralisation du commerce (un commerce international d√©livr√© des mesures protectionnistes) stipul√©e par la paix de Westphalie en 1648 que les Pays-Bas domin√®rent le commerce mondial. Vers 1670, la r√©publique comptait environ 15 000 navires, c'est-√†-dire cinq fois l'effectif de la flotte anglaise[13], ce qui revenait √† un monopole du transport sur mer. C'est surtout du commerce avec les colonies que les Pays-Bas tiraient leurs profits. On importait des Indes n√©erlandaises, du Bengale, de Ceylan et de Malacca des √©pices (clou de girofle, cannelle et poivre), de la soie et du coton. L'Afrique de l'Ouest, le Br√©sil, les Cara√Įbes et l'Europe √©changeaient avant tout les produit de cultures, comme le sucre, le tabac et le bois de Pernambouc. Plus tard, la Traite des Noirs, qui avait √©t√© au d√©but nettement √©cart√©e, se d√©veloppa √©galement par attrait du profit, car c'√©tait un commerce particuli√®rement lucratif. On chercha naturellement la justification morale de ce commerce dans la Bible : les Africains √©taient fils et filles de Cham, que son p√®re No√© avait maudit, ce qui justifiait la libre exploitation de la main d'Ňďuvre noire (cf. th√©orie chamitique).

Essor de la production nationale

La puissance n√©erlandaise ne reposait pas sur les seules activit√©s commerciales : √©changes internationaux, agriculture et industrie participaient du m√™me ¬ę cercle vertueux ¬Ľ de la prosp√©rit√©, dans une √©conomie √©tonnamment int√©gr√©e pour l'√©poque. L'importation de mati√®res premi√®res permit l'essor d'industries de transformation dont la production alimenta en retour les exportations nationales : ainsi des chantiers navals, dont la vall√©e de la Zaan en Hollande du Nord offrit la plus grande concentration europ√©enne ; ainsi des raffineries de sucre, des manufactures de tabac, des tailleries de diamants, des savonneries et des huileries. L'industrie reine √©tait celle des textiles dont Leyde fut la capitale incontest√©e. Les draps de Leyde, r√©put√©s pour leur douceur, sortaient des fabriques avec un rendement sup√©rieur d'un tiers √† la concurrence fran√ßaise. Pr√®s de cent mille personnes au total travaillaient dans l'industrie de transformation.

La tolérance religieuse

Comme les Provinces-Unies s'√©taient soulev√©es contre la r√©pression religieuse, elles garantirent d√®s le d√©but √† leurs citoyens la libert√© de culte. La nouvelle s'en r√©pandit bient√īt et cela entra√ģna un afflux dans le pays de protestants (huguenots), de Juifs, et d'autre r√©fugi√©s d'Espagne, du Portugal et des Pays-Bas espagnols. Le calvinisme devint le culte dominant, bien qu'au d√©but du si√®cle les provinces fussent d√©chir√©es par la pol√©mique sur la doctrine de la pr√©destination opposant les remonstrants, partisans d'Arminius, et les Gomaristes, tenant de la th√®se de Franciscus Gomarus.

Le philosophe Spinoza éprouva les limites de la tolérance institutionnelle des Provinces-Unies.

L'humanisme √©galement, qui s'est √©panoui avec son √©minent repr√©sentant √Črasme de Rotterdam, s'est av√©r√© d√©cisif, non seulement pour la transition culturelle et sociale du Moyen √āge √† la Renaissance, mais √©galement pour la promotion d'un climat de tol√©rance religieuse. Maintenir cette tol√©rance envers les catholiques n'√©tait pas chose facile, dans la mesure o√Ļ la religion prenait une place importante dans la guerre d'ind√©pendance. On s'effor√ßa d'att√©nuer les antagonismes par des compensations en argent. Ainsi les catholiques pouvaient-ils racheter le privil√®ge d'organiser les festivit√©s, mais ils √©taient exclus des emplois publics. Cela valait aussi pour les anabaptistes et les Juifs. Le niveau de la tol√©rance religieuse √©tait en tout cas suffisamment √©lev√© pour attirer les pers√©cut√©s de tous les autres pays, particuli√®rement les marchands juifs fuyant le Portugal, et dont l'immigration accrut consid√©rablement le niveau de vie des Pays-Bas[14]). De m√™me, la r√©vocation de l'√©dit de Nantes en France en 1685 attira de nombreux huguenots aux Pays-Bas ; plusieurs d'entre eux √©taient des n√©gociants. Pour huit florins[15], chacun pouvait immigrer aux Provinces-Unies.

L'immigration joua √©galement un r√īle d√©cisif dans l'explosion culturelle. Les nouveaux r√©sidents fournirent une importante client√®le aux artistes locaux, comme la famille Bartolotti qui commanda son magnifique h√ītel d'Amsterdam √† l'architecte et sculpteur De Keyser. Surtout de nombreux penseurs et artistes √©taient d'origine √©trang√®re : Frans Hals naquit √† Anvers, Vondel √† Cologne de parents anversois, Constantin Huygens √©tait le fils d'un juriste braban√ßon. De m√™me pour les plus grands noms de la philosophie (√† l'exception de Grotius) : Descartes, Spinoza, Locke, Bayle.

La tol√©rance avait pourtant des limites. Le philosophe Baruch Spinoza, par crainte de poursuites politiques et religieuses, dut publier anonymement et avec une fausse adresse d'√©diteur son Tractatus theologico-politicus, dans lequel il se r√©clamait pour la libert√© d'opinion et la tol√©rance, et appelait √† un √©tat qui garant√ģt la libert√© de ses citoyens. M√™me Adriaan Koerbagh, un ami et disciple de Spinoza, fut arr√™t√© pour la publication d'√©crits r√©put√©s subversifs et mourut en prison apr√®s un an de d√©tention[16]. Quant au Tractatus, il fut effectivement interdit en 1674.

La culture du ¬ę Si√®cle d'or ¬Ľ

Sous bien des rapports, la jeune république présentait des conditions favorables à l'épanouissement des Lettres.

En premier lieu, l'instruction √©tait indiscutablement plus r√©pandue qu'ailleurs. D√®s le XVIe si√®cle, Francesco Guicciardini estimait que presque tous les paysans savaient lire et √©crire. Il est en tous cas certain que l'influence protestante, dont le premier enseignement √©tait la lecture des √Čcritures par tous, confortait les progr√®s de l'alphab√©tisation ; l'accueil de r√©fugi√©s protestants, et parmi eux un nombre importants de repr√©sentants des classes sup√©rieures et de la bourgeoisie cultiv√©e, d'√©crivains et d'√©rudits, n'est pas non plus √©tranger au fait que les Pays-Bas obtinrent le plus faible taux d'analphab√©tisme de toute l'Europe[17]. Des ¬ę petites √©coles ¬Ľ dues √† l'initiative priv√©e assuraient tant bien que mal les apprentissages √©l√©mentaires o√Ļ figurait en bonne place, chez ce peuple de n√©gociants, celui de l'arithm√©tique. L'enseignement secondaire, r√©serv√© aux √©lites, se donnait dans des ¬ę √©coles latines ¬Ľ o√Ļ l'enseignement s'√©talait sur six ann√©es. Le syst√®me universitaire constituait l'originalit√© la plus forte car, mis en place √† partir de la r√©volte des Gueux sous l'aiguillon de la n√©cessit√©, il sut √©viter les d√©fauts de la scholastique m√©di√©vale. Aux cinq universit√©s (Leyde en 1575, Franeker en 1585, puis Groningue, Harderwijk et Utrecht) s'ajoutaient les ¬ę √©coles illustres ¬Ľ, √©tablissements d'enseignement sup√©rieur d√©pourvus de privil√®ges universitaires dont le plus important √©tait √† Amsterdam. Leyde √©tait la perle de ce syst√®me. La mission officielle de l'Universit√©, fix√©e par Guillaume d'Orange lui-m√™me, donnait un exemple parfait du compromis entre calvinisme et humanisme : si la th√©ologie r√©form√©e y tenait une place de choix, les disciplines profanes ‚Äď droit, langues orientales, m√©decine, botanique ‚Äď eurent d√®s le d√©but droit de cit√© dans ce Praesidium Libertatis. Le rayonnement de Leyde attira de nombreux √©tudiants √©trangers, dont Descartes, et les plus grands professeurs de l'√©poque tels Juste Lipse et Scaliger.

Une autre sp√©cificit√© des Provinces-Unies tenait √† l'existence d'un vaste march√© pour la production intellectuelle et artistique gr√Ęce √† la diffusion de l'instruction et de la prosp√©rit√© mat√©rielle.

Art et culture

Les Pays-Bas connaissent au Si√®cle d'Or un √©panouissement culturel intense qui les diff√©rencie nettement des pays voisins et qui est consid√©r√© comme un point fort de la civilisation hollandaise[18]. Tandis que dans les autres pays, les m√©c√®nes et protecteurs des arts √©taient de riches aristocrates, aux Pays-Bas c'√©taient des n√©gociants ais√©s et les familles patriciennes qui jouaient ce r√īle. Une classe moyenne entreprenante, inhabituellement nombreuse, cr√©ait avec les paysans enrichis un potentiel d√©cisif pour le d√©veloppement √©conomique, social et culturel du pays.

Cette classe moyenne formait un important march√© pour les biens industriels et artistiques. Par leur prestige social croissant, les artisans, les commer√ßants, les employ√©s et les officiers √©prouvaient le besoin de faire valoir leur statut, et de rivaliser entre eux comme le faisaient couramment les nobles et les clercs. Par l'int√©r√™t croissant pour la repr√©sentation du monde mat√©riel, le d√©sir de poss√©der des objets d'art devint insatiable, et la demande pour les peintures profanes explosa comme cela n'√©tait jamais arriv√© ni avant ni ailleurs. Ainsi les portraits par exemple √©taient cens√©s refl√©ter le rang social du sujet, voire m√™me l'exag√©rer un peu. La possession de mobilier qui sort des besoins ordinaires : coffres de ch√™ne, tables octogonales et sommiers de luxe pour les paysans ; pendules de luxe, miroirs, couverts de porcelaine ou argenterie chez les citadins √©tait consid√©r√©e comme un signe de prestige social. La richesse croissante des N√©erlandais assurait ainsi les revenus des artistes au XVIIe si√®cle (m√™me si seule une minorit√© pouvait se contenter de leur art pour vivre) et cela eut pour cons√©quence que la population √©tait davantage port√©e vers les int√©r√™ts artistiques que n'importe o√Ļ ailleurs en Europe.[r√©f. n√©cessaire]

L'art et culture, et tout particuli√®rement la peinture, s'√©panouissaient de pair et avec leur client√®le formaient un nouveau secteur de l'√©conomie. Selon les lois du libre √©change d√©j√† pr√©valentes, la production artistique se diversifiait chaque jour davantage : c'est ainsi que se d√©veloppa une v√©ritable sp√©cialisation dans les diff√©rents genres de peinture, tout en faisant une place √† des th√®mes picturaux enti√®rement nouveaux, comme par exemple le paysage et la peinture de genre. La production s'enrichit m√™me au plan stylistique, de sorte que les commanditaires pouvaient appr√©cier la mani√®re de l'artiste, qu'elle se rattache √† l'√©cole italo-flamande ou √† la n√©erlandaise.

Ainsi, la production artistique √©tait orient√©e par les go√Ľts de commanditaires bourgeois de la r√©publique pr√©-capitaliste : cette situation se traduisit par un r√©alisme sup√©rieur des tableaux et une pr√©f√©rence marqu√©e pour certains th√®mes picturaux comme le portrait (individuel ou de groupe), la peinture de genre ou la nature morte. Les schutterij (compagnies d'archers), les rh√©toriqueurs (po√®tes), organis√©s en Chambres de rh√©torique et guildes de po√©sie (appel√©es √† l'√©poque ¬ę Redekammer ¬Ľ), formaient tout √† la fois des associations culturelles et des commanditaires. Les schutterij s'√©taient aussi constitu√©es en milice et assuraient jour et nuit la police des rues. Tout citoyen de sexe masculin devait y participer. Les guildes de po√©sie se consacraient √† la promotion et au m√©c√©nat de la production litt√©raire. Le Livre des po√©sies illustr√©es de Jacob Cats fut tir√© √† 55 000 exemplaires, chiffre √©norme pour l'√©poque ; le Journal de voyage de Bonteko√ę, mod√®le de l'√©pop√©e maritime, connut cinquante √©ditions, sans oublier le best-seller absolu qu'√©tait la Bible, pr√©sente jusque dans les plus humbles chaumi√®res. La puissance de l'√©dition n√©erlandaise mettait √† la port√©e de bien des bourses les √©ditions courantes allant de quelques stuivers √† un ou deux florins. Les villes devinrent bient√īt aussi fi√®res de leurs guildes que les bourgeois de leurs associations, et leur consacraient beaucoup d'argent. Les grands √©crivains n√©erlandais, comme par exemple Pieter Hooft et Vondel √©taient membre d'une chambre de rh√©torique. Les membres de ces guildes se faisaient volontiers repr√©senter dans l'exercice de leur pratique associative : on le voit notamment dans la c√©l√®bre Ronde de nuit de Rembrandt.

Les sciences

René Descartes, 1649
portrait de Frans Hals.

La liberté d'enseignement et de recherche qui régna tout au long du siècle aux Pays-Bas, ainsi que la célèbre université de Leyde fondée en 1575 attiraient d'innombrables penseurs et savants de toute l'Europe.

Plusieurs livres traitant de religion, de philosophie et de sciences naturelles, interdits ou mis √† l'Index par l'Inquisition, pouvaient √™tre imprim√©s et distribu√©s aux Pays-Bas. C'est ainsi qu'au cours du XVIIe si√®cle, la r√©publique des Provinces-Unies devint la maison d'√©dition de l'Europe. Amsterdam, qui n'eut sa premi√®re imprimerie qu'en 1500, d√©poss√©da Anvers de la premi√®re place et avec Leyde, particuli√®rement gr√Ęce √† la famille des Elz√©vir active dans ces deux villes, acquit un grand renom comme centre d'√©dition.

Les juristes n√©erlandais √©taient appr√©ci√©s pour leur connaissance du Droit international. Hugo Grotius posa les bases du droit maritime moderne ; il est l'auteur du concept d'eaux internationales (Mare liberum), que les Anglais, principaux rivaux des Hollandais, combattirent violemment. Dans son livre De jure belli ac pacis (Sur les lois de la Paix et de la Guerre), Grotius a aussi r√©fl√©chi aux principes r√©gissant les conflits entre nations. Son coll√®gue Cornelis van Bynkershoek passe pour l'inventeur de la zone des 3 mille et a m√™me apport√© une contribution significative au Droit international public.

Les penseurs des Provinces-Unies ont √©galement contribu√© √† l'√©volution du droit civil : l‚ÄôŇďuvre de Hugo Grotius sur le ¬ę droit romain-hollandais ¬Ľ intitul√©e Inleidinge tot de Hollandsche rechts-geleerdheid, a trouv√© dans le Saint-Empire un √©cho important, et √† travers des expressions, voire des citations textuelles de son disciple Arnold Vinnius, on en retrouve l'expression dans le droit espagnol et celui de plusieurs √©tats d'Am√©rique latine. Outre Grotius et Vinnius, citons encore le juriste Johannes Voet, dont les √©crits font encore autorit√© en Afrique du Sud, par suite de la colonisation n√©erlandaise.

Christiaan Huygens √©tait math√©maticien, physicien et astronome. Parmi ses contributions √† l'astronomie, on compte l'explication du halo de Saturne, la d√©couverte du satellite Titan et la rotation propre de la plan√®te Mars. Dans le domaine de l'optique et de la m√©canique, il fit Ňďuvre de pionnier. Il donna une interpr√©tation ondulatoire de la loi de r√©fraction (principe de Huygens-Fresnel), l'appliqua √† l'√©tude de la diffraction pr√©c√©demment d√©couverte par Francesco Grimaldi, et √©tudia la double r√©fraction du spath d'Islande ; il d√©gagea les notions de moment d'inertie, de centre d'oscillation, de force centrifuge, et donna (en m√™me temps que Christopher Wren et John Wallis) la solution exacte du choc √©lastique. Il √©labora l'horloge √† balancier, qui fit faire un grand pas √† la mesure exacte du temps. Il fut le premier savant √©tranger √† devenir membre d'honneur de la Royal Society de Londres et devint le premier secr√©taire perp√©tuel de l'Acad√©mie des sciences, fond√©e en 1666. Isaac Newton le qualifia de ¬ę math√©maticien le plus √©l√©gant ¬Ľ de son si√®cle.

Antoni van Leeuwenhoek, 1686 (gravure d'après Jan Verkolje).

Dans le domaine de l'optique, Antoni van Leeuwenhoek, natif de Delft, est le savant hollandais le plus connu de son temps. Il perfectionna de fa√ßon d√©cisive le microscope, en polissant lui-m√™me les lentilles et en obtenant un grossissement de 270 fois. Il fut le premier √† √©tudier m√©thodiquement le vivant au microscope, d√©crivant les spermatozo√Įdes. Avec Jan Swammerdam (1637-1680), l'un des fondateurs de l'entomologie, il donna la premi√®re description des globules rouges, acte de naissance de la biologie cellulaire. Il emporta dans la tombe sa connaissance profonde du polissage des verres, si bien qu'il fallut attendre le XIXe si√®cle pour qu'avec de meilleures lentilles on puisse renouer le fil de ces recherches.

Parmi les c√©l√®bres hydrauliciens n√©erlandais, il y a lieu de mentionner d'abord Simon Stevin, qui d√©montra l'impossibilit√© technique du perpetuum mobile et introduisit les nombres d√©cimaux dans l'usage courant, et puis Jan ¬ę Leeghwater ¬Ľ natif de De Rijp au milieu des marais, qui d√©veloppa des m√©thodes pour l'ass√®chement des r√©gions mar√©cageuses et pour convertir des estrans en polders avec des moulins qu'il avait am√©lior√©s. Il fit de r√©gions inond√©es des prairies, d'o√Ļ son surnom de ¬ę Leeghwater ¬Ľ, qu'on peut traduire par ¬ę basses-eaux ¬Ľ. Il est le pionnier des techniques hollandaises d'ass√®chement et de pold√©risation.

La littérature

Une place √† part doit √™tre faite √† la litt√©rature dont les grands noms appartenaient √† l'√©lite dirigeante et dont les Ňďuvres, quoique port√©es aux nues par les contemporains, pr√©sentent une originalit√© limit√©e. Par leur √©ducation et leur milieu, les √©crivains, form√©s √† l'√©cole humaniste ouverte √† tous les grands courants europ√©ens, consid√©r√©s comme les artistes par excellence, subirent les influences de l'√©tranger : sonnets, alexandrins, √©l√©gies, √©pigrammes furent les productions pr√©f√©r√©es des cercles o√Ļ ils aimaient se r√©unir autour de Roemer Visscher et de ses filles √† Amsterdam ou de Pieter Corneliszoon Hooft en son ch√Ęteau de Muiden. Leur principale originalit√© provenait de leur usage du n√©erlandais auquel ils voulaient donner, comme un si√®cle plus t√īt les po√®tes de la Pl√©iade l'avaient fait pour le fran√ßais, ses lettres de noblesse. La Renaissance vit na√ģtre un humanisme nettement empreint des id√©es de la R√©forme. Selon l'historien E.H. Kossmann, le nationalisme culturel du milieu litt√©raire passait, comme ailleurs en Europe, par une l√©gitimation que seule pouvait donner l'Antiquit√©, d'o√Ļ l'importance de la r√©f√©rence aux anciens Bataves. Dans un tel contexte, loin de viser √† la mise en √©vidence d'une sp√©cificit√© nationale, comme le fera le XIXe si√®cle, leur discours est tout entier fond√© sur les enseignements de la rh√©torique latine et de l'histoire romaine. Ainsi les Nederlandsche histoori√ęn (1642‚Äď54) de l'historien P. C. Hooft, qui introduisit la po√©sie lyrique fran√ßaise et italienne aux Pays-Bas et √©crivit en outre des pastorales et des pi√®ces de th√©√Ętre, refl√®tent l'influence profonde des auteurs classiques, notamment Tacite. Ses trag√©dies classiques respectaient les unit√©s de lieu, de temps et d'action comme Aristote l'avait prescrit.

Deux √©crivains, toutefois, firent preuve d'une r√©elle inventivit√© : Joost van den Vondel et Gerbrand Andriaenszoon Bredero. Avec ses pi√®ces de th√©√Ętre religieuses et patriotiques au lyrisme mystique, ¬ę Gijsbrecht van Aemstel ¬Ľ (1637) et ¬ę Lucifer ¬Ľ (1654), Joost van den Vondel a su se hisser au rang d'auteur classique. L'auteur de com√©dies et de po√©sies lyriques Gerbrand Andriaenszoon Bredero, dont ¬ę Le Braban√ßon espagnol ¬Ľ (De Spaanse Brabander, 1617) offre une saveur unique tant par sa langue imag√©e que par sa veine burlesque.

Joost van den Vondel, tableau de Philips de Koninck (1665).

Parmi leurs contemporains, il faut citer Jacob Cats, le diplomate Constantijn Huygens, Justus de Harduwijn‚Äé (le plus grand po√®te des Pays-Bas m√©ridionaux de l'√©poque), le po√®te d'inspiration religieuse Jacob Revius, dont la Statenbijbel parut en 1637, le po√®te et dramaturge Willem Godschalk van Focquenbroch (1630‚Äď1674), le po√®te et graveur Jan Luyken (1649‚Äď1712), dont les Ňďuvres sont toujours en partie √©dit√©es de nos jours, Karel van Mander, auteur entre autres du Schilderboeck, un livre sur la peinture, et l'auteur de com√©dies Thomas Asseleyn (1620‚Äď1701).

Il faut aussi compter Grotius, esprit universel, au nombre des grands √©crivains n√©erlandais de l'√©poque. Son trait√© De Jure Belli ac Pacis libri tres est sa principale Ňďuvre ; il y justifie la guerre lorsqu'il n'y a plus d'autre moyen de r√©soudre un conflit, et pose en principe le droit des gens. Dans un autre trait√© intitul√© Mare Liberum, il d√©finit la notion d'eaux internationales, lesquelles ne sauraient appartenir √† un pays en particulier. Cette Ňďuvre est le fondement du droit international moderne.

Le chef-d'Ňďuvre du philosophe Spinoza, Ethica, ordine geometrico demonstrata, dans lequel l'auteur unifie gr√Ęce au raisonnement math√©matique dans un m√™me syst√®me la tradition jud√©o-mystique et une pens√©e scientifique fond√©e sur la raison, parut de fa√ßon posthume en 1677.

Jusqu'√† la fin du XXe si√®cle, le XVIIe si√®cle passa pour la p√©riode la moins bien r√©pertori√©e au plan bibliographique, car d'une part la longueur des titres des livres rendait p√©nible la recension des ouvrages, et d'autre part le poids de la censure faisait que les publications paraissaient sans les informations qui, traditionnellement, servent de clef au classement (lieu d'√©dition et surtout ann√©e de parution). Mais ces difficult√©s n'existaient pas pour les publications des Pays-Bas : ce pays √©tait le moins touch√© par la censure, les auteurs √©taient libres de s'exprimer et les √©diteurs pouvaient s'exon√©rer de truquer les informations bibliographiques. C'est ainsi que plusieurs auteurs non-n√©erlandais √©chapp√®rent √† l'anonymat[19].

Imprimerie

Un ouvrage scientifique : ¬ę Horti Medici Amstelodamensis Rariorum ¬Ľ de Comelin (1697).

L'imprimerie et l'√©dition connurent eux aussi leur √Ęge d'or. La position dominante qu'y d√©tenaient d√©j√† les Pays-Bas au XVIe si√®cle leur fut conserv√©e tout au long du XVIIe si√®cle. Avec la guerre civile, le centre de gravit√© de l'√©dition se d√©pla√ßa simplement d'Anvers √† Leyde et Amsterdam. Ainsi, c'est √† Leyde que parurent les derni√®res Ňďuvres de Galil√©e, de sorte qu'in√©vitablement plusieurs auteurs ne se born√®rent plus √† y faire imprimer leurs Ňďuvres, mais vinrent m√™me tout simplement s'y √©tablir afin de poursuivre leurs activit√©s litt√©raires. Mais parall√®lement, l'extr√™me exigence de qualit√© typographique d'un Christophe Plantin, dont les ateliers anversois passaient pour la huiti√®me merveille du monde aux yeux des √©rudits du monde entier, ne put se maintenir. La production (de par la p√©nurie de mati√®res premi√®res due √† la guerre et le volume toujours croissant de la demande) √©volua plut√īt dans le sens d'une baisse tr√®s nette de la qualit√© du papier, des encres et de la reliure ; c'est aussi l'√©poque o√Ļ apparurent sur le march√© les ¬ę livres √† dos coll√© ¬Ľ.

C'est √©galement au cours des troubles du XVIe si√®cle que l'imprimeur Plantin (pour se d√©rober √† l'immixtion pesante de la censure d'√©tat et eccl√©siastique dans ses t√Ęches d'√©duteur) d√©m√©nagea d'Anvers et s'√©tablit √† Leyde. En l'espace de deux ans, il avait remis sur pied un atelier complet, dont il confia la direction (en raison de son √Ęge d√©j√† avanc√©) √† son gendre Franciscus Raphelingus. Ce dernier s'av√©ra moins dou√© pour les affaires et perdit en 1620 le privil√®ge d'imprimeur acad√©mique au profit d'Isaac Elzevir. Louis Elzevir, comme Plantin, avait en effet fui lui aussi Anvers mais, ne disposant pas du capital suffisant pour reconstruire une imprimerie, il ouvrit une librairie et cultiva ses relations avec l'universit√© de Leyde, ce dont ses h√©ritiers purent b√©n√©ficier. Ses fils Mathijs et Bonaventura devinrent libraires √† leur tour, Louis le Jeune reprit la filiale de La Haye et Joost celle d'Utrecht. Quelques ann√©es plus tard, son neveu Isaac Elzevir (1596‚Äď1651), qui avait contract√© un riche mariage, ouvrit une imprimerie universitaire √† Leyde. Cet atelier qui connut un succ√®s tr√®s rapide p√©riclita au XVIIIe si√®cle, cependant que les autres branches de la famille √† La Haye et Utrecht mont√®rent des imprimeries dont le nom a √©t√© conserv√© jusqu'√† nos jours.

Les Elz√©virs, qui n'√©taient pas des imprimeurs √©rudits comme pouvaient l'√™tre Alde l'Ancien ou Robert Estienne, faisaient fond sur leurs nombreuses accointances avec les lettr√©s de leur √©poque. Ainsi, tout ceux qui ¬ę comptaient ¬Ľ dans la R√©publique des lettres faisaient imprimer leurs livres chez eux : Francis Bacon, les fr√®res Pierre et Thomas Corneille, Comenius, Descartes, Thomas Hobbes, Hugo Grotius, John Milton, Fran√ßois de La Rochefoucauld, pour ne citer que quelques noms, sans oublier Moli√®re, dont les Elz√©vir publi√®rent 24 pi√®ces de th√©√Ętre et deux √©ditions des Ňďuvres compl√®tes.

Le domaine de la cartographie √©tait domin√© par d'autres noms. Les cartes de Mercator, publi√©es par Jodocus Hondius, inaugur√®rent l'apog√©e de la cartographie n√©erlandaise, dont Amsterdam devint la capitale, et o√Ļ l'√©minent g√©ographe Willem Janszoon Blaeu s'√©tait √©tabli.

La peinture

La peinture atteignit au XVIIe si√®cle une telle perfection aux Pays-Bas qu'on la confond pratiquement avec le Si√®cle d'or.

La production artistique √©tait d√©j√† consid√©rable au XVIe si√®cle. Dans la seule ville d'Anvers on comptait en 1560 plus de 300 ma√ģtres de la peinture et des arts graphiques, alors qu'il n'y avait que 169 boulangers et 78 bouchers[20]. Dans ce pays dens√©ment peupl√©, plusieurs centres de production artistique √©taient apparus en peu de temps et sur une faible √©tendue ‚Äď outre Amsterdam citons entre autres Haarlem, Delft, Utrecht, Leyde, La Haye et Deventer. Bient√īt la vente de peinture et de gravures entr√®rent en comp√©tition, faisant des Pays-Bas un gigantesque atelier graphique. Chaque ann√©e, 70 000 nouveaux tableaux arrivaient sur le march√©, 650 √† 700 peintres n√©erlandais, plus ou moins c√©l√®bres, ainsi que leurs √©l√®ves, peignant en moyenne et quasiment en s√©rie 94 toiles par an. Certains historiens, comme Michael North, estiment que plusieurs millions de tableaux ont ainsi √©t√© peints, dont il ne subsisterait aujourd'hui qu'√† peu pr√®s 10%. Ce qui est √©tabli, c'est que statistiquement il y avait aux Pays-Bas en moyenne cinq tableaux pour deux habitants[21]. Selon North, ¬ę En 1643, un teinturier de Leyde poss√©dait 64 tableaux, et dans les ann√©es 70 du XVIIe si√®cle, deux autres teinturiers se targuaient de poss√©der, l'un 96 tableaux, l'autre 103 ¬Ľ[22].

Les th√®mes picturaux religieux traditionnels √©taient d√©laiss√©s depuis la R√©forme en tant que ¬ę catholiques ¬Ľ (cf. Iconoclasme) ; les bourgeois protestants voulaient immortaliser leur pi√©t√©, leur mode de vie, les th√®mes qui leurs √©taient chers et leurs propres difficult√©s (c'est-√†-dire avant tout se repr√©senter eux-m√™mes dans leur cadre professionnel et intime, si possible en tant que figures exemplaires). Cette demande suscita un syncr√©tisme particulier et fit √©merger de nouveaux th√®mes picturaux. Il s'agit d'abord de portraits, individuels ou de groupe, o√Ļ sont repr√©sent√©s la famille, les parents, les membres d'associations, les assembl√©es d√©lib√©ratives ; ou bien des festivit√©s et des c√©r√©monies ; les natures mortes fournissent des aper√ßus de la vie quotidienne de la bourgeoisie dans des int√©rieurs de parvenus, o√Ļ l'on c√©l√®bre les plaisirs des sens, derri√®re la fa√ßade √©troite et d'un classicisme s√©v√®re des maisons.

La sp√©cialisation des peintres fut bient√īt port√©e √† un degr√© in√©dit. Willem Claeszoon Heda et Willem Kalf ne peignaient que des natures mortes. Ils avaient r√©duit leursOntbijtjes, natures mortes ¬ę de petit d√©jeuner ¬Ľ, √† un nombre fixe d'objets, dont ils variaient √† l'infini la composition par des modifications de d√©tail. Jan van Goyen, Jacob van Ruisdael et Meindert Hobbema pratiquaient la peinture de paysage ; Jan Steen, Adriaen van Ostade et Adriaen Brouwer la satire villageoise, Gerard Terborch et Pieter de Hooch la com√©die de mŇďurs (une variante de la ¬ę sc√®ne de genre¬Ľ, dont les f√™tes paysannes forment la trame), Pieter Jansz Saenredam et Emanuel de Witte la peinture de monuments, Thomas de Keyser et Frans Hals le portrait.

Willem van de Velde s'√©tait sp√©cialis√© dans les marines, Paulus Potter peignit d'abord des animaux, avant de se limiter aux seuls veaux... Philips Wouwerman ne peignait, quant √† lui, que des chevaux, le plus souvent des pommel√©s, Melchior d'Hondecoeter se limitait presque exclusivement aux oiseaux, Jan van Huysum aux fleurs et Abraham van Beijeren aux fruits de mer (hu√ģtres, homards et coquillages), tandis que Pieter Claesz est l'auteur du c√©l√®bre ¬ę nautile d'argent ¬Ľ.

Le prix des tableaux, qu'on vendait le plus souvent √† la cri√©e dans la rue ou lors des foires annuelles, √©tait g√©n√©ralement tr√®s bas, et avec la demande croissante, qui provoqua une explosion de la production artistique, la condition de peintre s'am√©liorait r√©guli√®rement. Mais l'√©mergence d'une pl√©thore d'artistes au sein d'une v√©ritable industrie picturale entra√ģna la naissance d'un prol√©tariat artistique. Si quelques peintres appr√©ci√©s pouvaient subvenir √† leur besoins par des activit√©s annexes, les moins connus ne pouvaient vivre que de la peinture. Jan Steen tenait une auberge, Jacob van Ruisdael √©tait m√©decin, Jan van Goyen faisait le commerce de tulipes, Meindert Hobbema √©tait percepteur, la famille van de Velde tenait une lingerie. Plusieurs artistes exer√ßaient aussi en tant que d√©corateurs ou sc√©nographes lorsque les commandes de tableaux faisaient d√©faut. Quoi qu'il en soit, ces deux groupes de producteurs, d√©corateurs ou peintres de toiles, appartinrent longtemps √† la m√™me guilde.

Des individualit√©s comme Rembrandt ou Vermeer ne sont en aucun cas repr√©sentatifs de leur √©poque, et leur g√©nie fut √† peine reconnu de leur vivant. √Ä la diff√©rence de leurs contemporains hypersp√©cialis√©s, ils s'appropri√®rent diff√©rents genres et ont ainsi laiss√© une Ňďuvre vari√©e.

D'autres au contraire pouvaient faire fortune, comme par exemple Gerard Dou et Gerrit van Honthorst : c'√©taient les peintres qui travaillaient pour la cour du stathouder ou qui (comme Rubens) s'√©tablissaient comme peintres de cour dans les pays encore f√©odaux et catholiques, comme les Flandres, l'Italie, la France ou l'Espagne.

Avec l'int√©r√™t croissant port√© √† la peinture et le d√©but de la commercialisation de l'art, une relation nouvelle entre peintre et commanditaires se d√©veloppa : le m√©tier de marchand d'art ou de propri√©taire de galerie faisait son apparition[23]. Les tableaux qui se vendaient √©taient des compositions aux th√®mes le plus souvent profanes : du fait des progr√®s du protestantisme, la demande en tableaux d'√©glise et en compositions religieuses ne put se maintenir. Les miniatures et les tableaux portatifs n'√©tant jamais fabriqu√©s sur commande, mais se trouvant plut√īt au hasard des march√©s, il se d√©veloppa aussi, parall√®lement au march√© des toiles nobles, un march√© de collectionneurs tr√®s actif et en expansion continue.

L'architecture

La halle aux bouchers, sur la place du marché de Haarlem, à droite de la grande église.
¬ę Belle ville qu'Amsterdam. M√™me un r√©fugi√© trouve √† s'y √©merveiller de la noble simplicit√© architecturale des vieilles maisons patriciennes, et ressent le charme d√©suet des canaux. ¬Ľ

‚ÄĒ Thomas Mann, (1935)

Dans le domaine de l'architecture et de la construction, les Pays-Bas jouissaient √©galement d'une longue tradition. Si le XVIe si√®cle √©tait encore largement marqu√© par la Renaissance italienne, qui vers la fin du si√®cle √©voluait du mani√©risme au haut-baroque (cette r√©action s'exprimant surtout √† travers les travaux de l'architecte urbain Lieven de Key, avec l'h√ītel de ville et la halle aux bouchers d'Haarlem), il se d√©veloppa d√®s le d√©but du XVIIe si√®cle un style inspir√© de Palladio, qui √©volua rapidement vers un strict classicisme hollandais lequel, avec une tendance puritaine √† √©purer le Zeitgeist, s'opposait nettement au f√©odalisme baroque.

Le palais royal d'Amsterdam, ancien h√ītel de ville, vers 1900.

L'H√ītel de ville d'Amsterdam (le stadhuis), construit entre 1642 et 1648, et qui abrite aujourd'hui le palais royal, constitue le chef d'Ňďuvre de Jacob van Campen, pionnier du classicisme du nord des Pays-Bas. Il refl√©tait la position dominante de la ville d'Amsterdam dans l'influente province de Hollande aux √Čtats g√©n√©raux et constitue aussi le plus grand √©difice de ce genre √† cette √©poque ‚Äď c'est d'ailleurs une v√©ritable prouesse d'ing√©nieur, puisqu'il avait fallu foncer au pr√©alable quelque 13 569 pieux[24] dans le sol mar√©cageux pour en poser les assises.

Gr√Ęce √† une √©conomie florissante, les villes s'√©tendirent tr√®s rapidement. La ceinture de canaux d'Amsterdam trac√©e √† travers l'estuaire mar√©cageux de l'Amstel, avec ses maisons surplombant l'eau refl√®te l'√©panouissement √©conomique et culturel de la cit√©. C'est l√† particuli√®rement, mais aussi dans quelques autres villes, qu'Ňďuvra l'architecte Hendrick de Keyser, qui, outre de nombreuses √©glises d'Amsterdam, des √©difices publics et des h√ītels bourgeois, dirigea la construction de l'h√ītel de ville de Delft.

Le Mauritshuis à La Haye

La ville de La Haye ne le c√©dait en rien : elle se d√©veloppait d√©j√† comme un centre gouvernemental, o√Ļ van Campen et Pieter Post dressaient en 1640 le palais de Maurice d'Orange-Nassau, le Mauritshuis (d'ailleurs le premier √©difice classique des Pays-Bas, dans son trac√© en plan comme dans la conception des ordres de ses fa√ßades) et o√Ļ Bartholomeus van Bassen √©difiait √©glises, ponts, h√ītels gouvernementaux et Hofjes, o√Ļ r√©sidait une partie des pauvres de la ville. Dans le delta du Rhin, Utrecht, tout comme Leyde, Haarlem ou Gouda, connut un ¬ę boom ¬Ľ immobilier avec ses maisons bourgeoises √† pignons, ses multiples √©glises et ses monast√®res. M√™me Delft, o√Ļ des architectes tels Hendrik Swaef ou Paulus Moreelse √©taient actifs, s'√©panouit en un grand centre de commerce, avec ses filatures, ses brasseries et ses manufactures de porcelaines. L√†, plut√īt que de nouveaux √©difices publics de facture classique, on pr√©f√©ra adapter le b√Ęti existant : la Vleeshal (Halle aux bouchers), due √† Swaef et datant de 1650, offre le meilleur exemple contemporain.

Fait significatif, nombre de ces architectes √©taient au d√©part des peintres ou des sculpteurs ; aussi s'occup√®rent-ils √©galement de l'am√©nagement des espaces int√©rieurs et m√™me de la conception du mobilier. L'ordonnance des √©difices publics et priv√©s refl√®te d'ailleurs les influences allemandes, fran√ßaises et m√™me baroques.

La sculpture

La statue d'√Črasme de Rotterdam par Hendrick de Keyser (1618)

La sculpture n√©erlandaise ne put b√©n√©ficier des conqu√™tes du XVIIe si√®cle autant que les autres beaux-arts.

√Ä partir de 800 ap. J. Chr. les sculptures constituaient principalement une d√©coration architectonique pour les fa√ßades et les st√®les fun√©raires, puis vinrent au XIe si√®cle les th√®mes religieux et les repr√©sentations des saints. Comme les formes droites et √©pur√©es du classicisme contrastaient avec la frivolit√© et l'expressivit√© du rococo et du baroque et leur jeu trop luxuriant d'√©l√©ments d√©coratifs, les statues refl√®tent l'attitude retenue et fig√©e imprim√©e par l'√©glise protestante aux arts graphiques. La disparition d'une aristocratie nationale explique √©galement la faible demande.

C'est pourquoi les commandes de sculptures √©taient r√©serv√©es √† l'habillage d'√©difices publics, religieux ou priv√©s, ainsi qu'√† l'exportation. L'art profane repr√©sentait aussi une bonne part de la demande : par exemple, pour les st√®les fun√©raires et les bustes.

Les principaux sculpteurs hollandais du XVIIe si√®cle sont les architectes d√©j√† nomm√©s : Hendrick de Keyser, qui r√©alisa en 1618 la premi√®re statue non-religieuse des Pays-Bas, celle d'√Črasme √† Rotterdam, puis Artus Quellinus I, Artus Quellinus II et Rombout Verhulst, tous originaires des Pays-Bas m√©ridionaux. Il faut √©galement citer Bartholomeus Eggers, qui, s'il a re√ßu une commande pour le Mauritshuis, travailla principalement pour l'√©lecteur de Brandebourg, de m√™me que Johannes Blommendael.

La musique

La p√©riode faste de la musique dans les Pays-Bas est √©troitement li√©e √† l'√Čcole franco-flamande et prend fin avec le XVIe si√®cle. Sous l'influence aust√®re de l'√Čglise calviniste, les formes nouvelles de la musique (l'op√©ra, la passion, la cantate) ne purent s'y d√©velopper ; la musique se limita d√®s lors aux demandes de la soci√©t√© bourgeoise. C'est ainsi que l'influence √©trang√®re, au premier chef par des compositeurs comme Jean-Baptiste Lully et Johann Sebastian Bach, d√©termina l'√©volution de la musique, qui aux Pays-Bas ne d√©veloppa rien d'original.

Les compositions pour orgue eurent une place importante. Jouer de la musique en famille constituant une occupation fort pris√©e au XVIIe si√®cle, les concerts priv√©s √©taient appr√©ci√©s, et des associations musicales appel√©es se cr√©√®rent. Parmi les instruments utilis√©s, on trouvait le luth, le clavecin, la viole de gambe et la fl√Ľte √† bec. On publia plusieurs recueils de chant, m√™me si au milieu du XVIIe si√®cle la musique instrumentale pr√©dominait clairement.

Lorsque l'op√©ra d'Amsterdam ouvrit ses portes en 1638, on y repr√©senta des drames lyriques, des ballets et des op√©ras, la plupart fran√ßais ou italiens. Seuls les organistes et compositeurs d'oratorios et de cantates Constantijn Huygens et Jan Pieterszoon Sweelinck, le po√®te patriote Adriaen Valerius, auteur des chants des Gueux de la mer, et le sonneur aveugle Jacob van Eyck ont laiss√© une Ňďuvre aux accents typiques, quoique largement tomb√©e dans l'oubli.

Décadence

Louis XIV entreprend l'invasion des Pays-Bas le 11 juin 1672 : le Passage du Rhin, tableau d'√©poque d'Adam Frans van der Meulen.
Les cadavres mutilés des frères de Witt, pendus auGevangenenpoort à La Haye, tableau de Jan de Baen (1672).

Aux Pays-Bas, l'année 1672 reste comme le rampjaar, l'année désastreuse.

Article d√©taill√© : Rampjaar.

Retour du régime des stathouders

Elle s‚Äôouvre d'abord sur des troubles politiques int√©rieurs. Deux personnalit√©s politiques de premier plan, les fr√®res Johan et Cornelis de Witt qui ont par diverses r√©formes d√©barrass√© la r√©publique de l'autorit√© envahissante des stathouders, sont sauvagement lynch√©s √† La Haye. Johan de Witt s'√©tait oppos√© √† la nomination de Guillaume III comme stathouder g√©n√©ral, ce qui, dans le contexte de rivalit√© √©conomique et coloniale aigu√ę entre les Provinces-Unies et l'Angleterre, avait conduit √† la Deuxi√®me Guerre anglo-n√©erlandaise. Sur ordre des fr√®res de Witt, la flotte des Provinces-Unies infligea de lourdes pertes aux Anglais, poussant Charles II d'Angleterre √† accepter en 1667 la Paix de Breda. √Ä peine un an plus tard, les anciens ennemis se liguaient avec la Su√®de en une Triple-alliance contre la France, qui avait fait irruption dans les Pays-Bas espagnols, d√©clenchant ainsi la Guerre de d√©volution. Lorsqu'en 1672 √©clata la Troisi√®me Guerre anglo-n√©erlandaise, Louis XIV se ligua √† son tour avec la principaut√© de Cologne et l'√Čv√™ch√© de M√ľnster pour d√©clarer la guerre aux Provinces-Unies, d√©clenchant la Guerre de Hollande. De Witt fut renvers√© et lynch√© avec son fr√®re √† La Haye par une foule pouss√©e √† la haine par les Orangistes ; dans un contexte d'invasion fran√ßaise, Guillaume III d'Orange fut appel√© par acclamation publique au poste de stathouder. Les men√©es anglaises se sold√®rent par des demi-succ√®s et la paix fut conclue en 1674 ; la guerre contre la France, en revanche, ne se termina qu'en 1678 avec la paix de Nim√®gue.

Prééminence économique de l’Angleterre

√Ä l'issue de la Glorieuse r√©volution de 1688, le roi catholique d'Angleterre Jacques II dut s'enfuir en France. C'est sa fille, Marie, qui avait √©pous√© Guillaume III, qui prit sa succession au tr√īne ; ainsi Guillaume III, qui √† la chute des de Witt en 1672, d√©tenait d√©j√† les pouvoirs de stathouder, de g√©n√©ral en chef et d'amiral des Provinces-Unies, r√©gnait sur l'Angleterre : Hollande et Angleterre se trouvaient par l√† group√©es dans une union personnelle de circonstance, entra√ģnant de force la r√©publique dans une coalition anti-fran√ßaise pendant tout le r√®gne de Guillaume III.

Sous le r√®gne de Marie et de Guillaume III, le Parlement britannique fit aboutir ses revendications et obtint des pouvoirs √©largis : ainsi par exemple, il fit appliquer la D√©claration des droits, qui rendait les ministres responsables devant les parlementaires. Les dirigeants politiques commenc√®rent √† subordonner la politique √©trang√®re aux int√©r√™ts √©conomiques du pays. La Banque d'Angleterre, premi√®re banque centrale, fut fond√©e en 1694 ; le Parlement garantissait la couverture des emprunts d'√©tat et instituait ainsi la confiance chez les investisseurs : les int√©r√™ts de l'√Čtat et ceux de la Haute finance commen√ßaient √† converger. La mont√©e en puissance de l'Angleterre devait, corr√©lativement, sonner le glas du ¬ę Si√®cle d'or des Provinces-Unies ¬Ľ, m√™me si la situation ne peut se r√©duire √† un cycle ¬ę √† la Spengler ¬Ľ croissance-prosp√©rit√©-d√©clin. Le XVIIIe si√®cle est plut√īt pour les Pays-Bas une p√©riode de stagnation que de d√©cadence.

Les affaires de la Compagnie n√©erlandaise des Indes orientales se d√©grad√®rent pour la premi√®re fois au d√©but des ann√©es 1680. Le prix du poivre s'effondra sur les march√©s europ√©ens, et simultan√©ment la demande de toile indienne, de caf√© de moka et de th√© de Chine explosa. Or la Compagnie ne disposait √† ce moment que de r√©serves de m√©taux pr√©cieux tr√®s insuffisantes pour acheter les produits asiatiques, ce qui se traduisit par un important endettement ; de surcro√ģt, elle devait affronter la concurrence anglaise sur des produits dont elle n'avait pas le monopole. Le co√Ľt croissant du commerce outre-mer se traduisit pour la compagnie, et par extension pour toutes les provinces, par une charge croissante.

Isolationisme

L'ann√©e 1702 fut marqu√©e d'autres √©v√©nements : le d√©clenchement de la guerre de succession d'Espagne et la chute de cheval mortelle du stathouder Guillaume III √Ęg√© de seulement 52 ans. Comme il ne laissait aucun h√©riter m√Ęle et qu'on ne lui trouvait aucun successeur cr√©dible, la charge de stathouder fut rel√©gu√©e au second plan, ce qui se traduisit par un retour au gouvernement f√©d√©raliste et d√©centralis√© des pensionnaires et des r√©gents. Il fallut attendre 1747 pour que Guillaume IV reprenne le titre de stathouder g√©n√©ral. Apr√®s la paix d'Utrecht, les r√©gents firent adopter le principe selon lequel la r√©publique devrait d√©sormais s'abstenir d'interf√©rer dans les affaires internationales. Cette orientation politique ext√©rieure n'√©tait du reste que la sanction d'un √©tat de fait, car apr√®s les guerres pass√©es la dette nationale ne permit plus de politique sur un pied d'√©galit√© avec les puissances du premier rang.

Naturellement, la situation financi√®re joua aussi son r√īle dans l'encha√ģnement des faits. La situation √©conomique d√©labr√©e du pays trouvait son origine dans les placements des riches citoyens, qui s'√©taient faits pr√©f√©rentiellement dans les pays voisins plut√īt qu'aux Provinces-Unies. Deux autres fl√©aux frappaient aussi la r√©publique : les tarets import√©s de l'espace Cara√Įbe causaient aux bateaux et √† leurs coques de bois et de goudron des dommages irr√©parables et co√Ľteux, et il fallait r√©guli√®rement mettre √† sec les vaisseaux dans des formes de radoub pour les r√©parer ; en outre, la peste bovine n'affecta pas seulement les √©leveurs, mais frappa les exportations de fromage et de beurre.

L'√ąre des Lumi√®res inspira aux Pays-Bas le mouvement des Patriotten, militant pour une modernisation et une d√©mocratisation de la r√©publique exsangue. Les revendications sociales s'intensifiaient simultan√©ment, car les r√©gents √©taient de plus en plus coup√©s des aspirations populaires. Les √©meutes, la d√©nonciation des abus et du pouvoir sans limite des r√©gents rythmaient d√©sormais la vie du pays.

Voir aussi

Notes et références

Notes

  1. ‚ÜĎ o√Ļ p√©rira d'Artagnan, capitaine des mousquetaires du Roi
  2. ‚ÜĎ (de) Johan Huizinga (trad. Werner Kaegi), Holl√§ndische Kultur im 17. Jahrhundert [¬ę Nederland's beschaving in de zeventiende eeuw ¬Ľ], Verlag C.H. Beck, 1941 (r√©impr. 2007) (ISBN 978-3406547560), p. 148-149 .
  3. ‚ÜĎ J. Huizinga, op. cit.
  4. ‚ÜĎ (de) Niederlandenet
  5. ‚ÜĎ Michael North cite J. Riley: The Dutch Economy after 1650: Decline or Growth? in: The Journal of European Exonomic History 13 (1984), pp. 521-69, selon lequel la population n√©erlandaise, qui en 1550 comptait exactement 1,4 million d'habitants, avait bondi en 1650 √† 1,95 millions.
  6. ‚ÜĎ Cf. Wikisource (en) Observations upon the United Provinces of the Netherlands
  7. ‚ÜĎ Voici le texte original : ¬ę I conceive the true original and ground of Trade, to be, great multitude of people crowded into small compass of Land, whereby all things necessary to life become dear, and all Men, who have possessions, are induced to Parsimony; but those who have none, are forced to industry and labour, or else to want. Bodies that are vigorous, fall to labour; Such as are not, supply that defect by some sort of Inventions or Ingenuity. These Customs arise first from Necessity, but encrease by Imitation, and grow in time to be habitual in a Country; And wherever they are so, if it lies upon the Sea, they naturally break out into Trade, both because, whatever they want of their own, that is necessary to so many Mens Lives, must be supply‚Äôd from abroad; and because, by the multitude of people, and smalness of Country, Land grows so dear, that the Improvement of Money, that way, is inconsiderable, and so turns to Sea, where the greatness of the Profit makes amends for the Venture. ¬Ľ
  8. ‚ÜĎ Michael North: Das Goldene Zeitalter.
  9. ‚ÜĎ Michael North: Geschichte der Niederlande.
  10. ‚ÜĎ ¬ę On qualifie souvent la r√©publique n√©erlandaise (1579‚Äď1795) de berceau de la d√©mocratie moderne. ‚Ķ il y a quelques raisons de penser que la d√©claration d'ind√©pendance des Pays-Bas, l'Acte de La Haye (1581), ait servi de mod√®le √† la d√©claration d'ind√©pendance des √Čtats-Unis, r√©dig√©e par Jefferson 1776 (cf. Lucas, 1994). La r√©publique s'√©tait constitu√©e en f√©d√©ration : les villes et les provinces disposaient de pr√©rogatives plus √©tendues que l'autorit√© f√©d√©rale (¬ę La loi de la cit√© passe la loi du pays ¬Ľ). Le stathouder √©tait un fonctionnaire aux pouvoirs limit√©s. Lorsque les Estates-General ‚Ķ voulaient voter d'une loi, les d√©put√©s devaient solliciter l'assentiment des Provinces. ¬Ľ (Europa Magazin sur www.europa-magazin.ch, 2000)
  11. ‚ÜĎ U. Pfister: Die Niederlande im 17. Jahrhundert, online abrufbar unter [1] (PDF-Datei)
  12. ‚ÜĎ Cf. Armand Jean du Plessis de Richelieu, Testament politique, Libr. Honor√© Champion, pour la St√© de l'histoire de France, 1995, 388 p. (ISBN 2-85203-438-7), partie 2, chap. 9, p. 333 
  13. ‚ÜĎ Cf. C. Secr√©tan, Les Moyens de la puissance, p. 22 in Amsterdam au XVIIe si√®cle.
  14. ‚ÜĎ synagogue portugaise d'Amsterdam
  15. ‚ÜĎ ce qui correspondait tout de m√™me √† un an de salaire d'un marin n√©erlandais
  16. ‚ÜĎ Fritz Mauthner, ¬ę Spinoza ¬Ľ, Spinoza ‚Äď Lebensbeschreibungen und Dokumente, M. Walther.
  17. ‚ÜĎ Michael North, Das Goldene Zeitalter.
  18. ‚ÜĎ Helmut Kaechele, ¬ę Das goldene Zeitalter der Niederlande und sein Reflex in der peinture ¬Ľ.
  19. ‚ÜĎ Hans Zotter, ¬ę Bibliographie der Fr√ľhdrucke ¬Ľ sur universit√© de Graz.
  20. ‚ÜĎ Ekkehard Mai: Gillis Mostaert (1528‚Äď1598). Ein Antwerpener Maler zur Zeit der Bruegel-Dynastie. Edition Minerva 2005. (ISBN 3932353935).
  21. ‚ÜĎ Helmut Kaechele: Das goldene Zeitalter der Niederlande und sein Reflex in der peinture.
  22. ‚ÜĎ Michael North: Geschichte der Niederlande.
  23. ‚ÜĎ Cf. Michael North, Das Goldene Zeitalter.
  24. ‚ÜĎ Cf. 't Stadthuis t‚ÄôAmsterdam: [2]

Références

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalit√© issu d‚Äôune traduction de l‚Äôarticle de Wikip√©dia en allemand intitul√© ¬ę Goldenes Zeitalter (Niederlande) ¬Ľ.
  • Simon Schama, L'embarras de richesses [¬ę The Embarrassment of Riches: An Interpretation of Dutch Culture in the Golden Age ¬Ľ], Gallimard, coll. ¬ę Biblioth√®que illustr√©e des histoires ¬Ľ, Paris, 1987 (r√©impr. 1991), 866 p. (ISBN 2-07071-729-1) 
  • Henri M√©choulan (dir.), C. Secr√©tan et al., Amsterdam XVIIe si√®cle, √©ditions Autrement, coll. ¬ę M√©moires ¬Ľ, 1993, 240 p. (ISBN 2-86260-410-0) 
  • C. de Voogd, Histoire des Pays-Bas, √©d. Fayard, 2003, 390 p. (ISBN 2-21361-566-7) 
  • Johan Huizinga, L'automne du Moyen-√āge, Payot, coll. ¬ę Petite Biblioth√®que Payot ¬Ľ, 1919 (r√©impr. 2002), 496 p. (ISBN 2-22889-602-0) 
  • G. Lindemann (trad. Sarane Alexandrian), L'√Ęge d'or de la peinture hollandaise [¬ę De Gouden Eeuw van onze schilderkunst ¬Ľ], Hatier, 1966 (r√©impr. 1968), 30√ó21,5 cm, 192 p. 
  • Michael North, Das Goldene Zeitalter, C.H. Beck, B√∂hlau, 2001 (ISBN 3-412-13700-6) 
  • Johan Huizinga, Holl√§ndische Kultur im 17. Jahrhundert [¬ę Nederlands beschaving in de zeventiende eeuw ¬Ľ], C.H. Beck, 1941 (r√©impr. 2007) (ISBN 3-406-54756-0) 
  • Michael North, Geschichte der Niederlande, C.H. Beck, B√∂hlau, 1997 (ISBN 3-406-41878-3) 
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