Siberie

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Siberie

Sibérie

District fédéral de Sibérie (rouge foncé) et Sibérie au sens large (rouge moyen).
Paysage de ta√Įga dans la plaine de Sib√©rie occidentale : le cours de la Vassiougan

La Sib√©rie (en russe : –°–ł–Ī–ł—Ä—Ć, Sibir) d√©signe la partie asiatique de la F√©d√©ration de Russie: une immense r√©gion d'une surface de 13,1 millions de km¬≤ (environ 24 fois la surface de la France) tr√®s peu peupl√©e (39 millions d'habitants soit environ 3 habitants au km¬≤). Situ√©e √† l'est de la Russie elle s‚Äô√©tend de l'Oural √† l'ouest jusqu'√† l'oc√©an Pacifique et de l'oc√©an Arctique au nord jusqu'aux monts Alta√Į au nord du Kazakhstan et aux fronti√®res mongoles et chinoises. La Sib√©rie constitue la partie asiatique de la Russie et la partie nord de l'Asie. Cette r√©gion, qui repr√©sente 77% de la surface de la Russie mais seulement 27% de sa population, est caract√©ris√©e par un climat froid et extr√™mement continental, et un paysage au relief mod√©r√© sillonn√© par d'√©normes fleuves. Longtemps habit√©e par des populations pastorales, elle a √©t√© progressivement colonis√©e par l'Empire russe. La Sib√©rie a connu un formidable d√©veloppement au cours du XXe si√®cle gr√Ęce √† une politique d'investissement volontariste du r√©gime sovi√©tique cherchant √† mettre en valeur les immenses ressources mini√®res et √©nerg√©tiques de cette r√©gion. Sib√©rie tient son nom de la petite ville de Sibir. L'√©tymologie du mot est incertaine mais le terme pourrait provenir du turco-mongol sibir d√©signant un peuplement tr√®s dispers√©.

Sommaire

Géographie

Toundra a la région des Nenets (Russie)

On subdivise g√©n√©ralement la Sib√©rie en trois grands ensembles, g√©ologiquement distincts et s√©par√©es par les fleuves Ienisse√Į et Lena :

  • La Sib√©rie occidentale (2 427 000 km¬≤), √† l'est de l'Oural jusqu'√† la ligne de partage des fleuves Ob et Ienisse√Į, vaste plaine de 2 000 km de large, constitu√©e de terres de faible altitude et mal drain√©es, truff√©es de lacs et de mar√©cages
  • Le plateau de Sib√©rie centrale (4 122 000 km¬≤), √† l'est du fleuve Ienisse√Į, qui culmine entre 300 et 1 200 m√®tres d'altitude, est entrecoup√© de canyons ou de lacs profonds comme le lac Ba√Įkal. Au sud, s'√©l√®ve une haute cha√ģne montagneuse compos√© de l'Alta√Į et des monts Sa√Įan avec des sommets de 3 000 √† plus de 4 000 m√®tres.
  • La Sib√©rie orientale, appel√©e √©galement Extr√™me-Orient russe (plus de 6 millions de km¬≤), √† l'est du fleuve Lena, constitu√© de divers massifs montagneux et finissant √† l'est par la p√©ninsule du Kamtchatka et sa cha√ģne de volcans actifs.

Certaines r√©gions de Sib√©rie (notamment la vall√©e inf√©rieure de l'Ob) sont riches en ressources naturelles (p√©trole, gaz naturel). La Iakoutie repr√©sente 25 % de la production mondiale de diamants. Leur exploitation provoque de graves pollutions et nuisances environnementales.

De par son éloignement, la nécessité de la défricher, dans l'empire russe, puis dans l'Union soviétique, la Sibérie était une région traditionnelle de déportation et d'emprisonnement. Une grande partie des camps d'internement du Goulag de l'époque soviétique se situaient en Sibérie, en particulier dans la région de la Kolyma.

Une région aux contours mal définis

La limite occidentale de la Sibérie est traditionnellement fixée à la ligne de partage des eaux entre les bassins des fleuves se jetant dans la mer Caspienne (Kama, Volga, Oural) et ceux faisant partie du bassin de l'Ob (la ligne de crêtes de l'Oural n'est donc pas retenue). Toutefois les découpages administratifs russes ont tendance à exclure de la Sibérie dans leurs statistiques les provinces de Sverdlosk et de Tcheliabinsk rattachées à une région Oural, alors que ces régions sont pour l'essentiel à l'est de la ligne de partage des eaux. De même les Russes distinguent une région qualifiée d'Extrême-orient russe dans lequel ils regroupent la république de Sakha, l'oblast d'Amour et les autres régions situées plus à l'est[1].

Histoire

La Conquête de la Sibérie par Yermak, peinture de Vassili Sourikov

Préhistoire

Les berges de tous les lacs sibériens sont parsemées de nombreux artefacts datant du Néolithique. De nombreux tumulus, fours et autres objets archéologiques témoignent d'une occupation dense. Durant les grandes migrations qui eurent lieu en Asie d'est en ouest, de nombreux peuples furent amenés aux limites nord du grand plateau central de Sibérie puis regagnaient la Sibérie.

Selon Vassili Radlov, les premiers habitants de la Sib√©rie furent les Ienisse√Įens qui parlent une langue qui ne fait partie de la famille des langues alta√Įques ; il subsiste quelques traces de ces populations dans la r√©gion des monts Sa√Įan comme les Enets, les Sa√Įan-Ostiaks et les Ket.

Les Ienisse√Įens furent suivis des Ougro-Samoyedes, qui venaient comme les peuples pr√©c√©dents des hauts plateaux et qui furent √©galement oblig√©s de s'installer en Sib√©rie apr√®s avoir travers√© les montagnes de l' Alta√Į et les monts Sa√Įans par la grande migration des Huns au IIIe si√®cle apr√®s J.-C. On les cr√©dite des nombreux restes de l'√āge de Bronze qui sont √©parpill√©s dans le sud de la Sib√©rie. Le fer leur √©tait inconnu, mais ils excellaient dans le travail du bronze, de l'argent et de l'or. Les bijoux et les objets, souvent polis, d√©montrent un grand sens artistique, et leurs champs irrigu√©s couvraient de grandes zones.

Huit si√®cles plus tard des populations turques comme les Khakasses et les Ou√Įghours, √©galement contraints de migrer vers le nord-ouest soumirent les Ougro-Samoyedes. Ces nouveaux envahisseurs ont laiss√© de nombreux objets et on peut distinguer deux p√©riodes distinctes. Ils maitrisaient la fabrication des objets en fer et apprirent des peuples soumis le travail du bronze qu'ils utilis√®rent √† des fins uniquement artistiques. Leurs poteries sont plus sophistiqu√©es et d√©notent un sens artistique plus avanc√© que celles de l'√Ęge de bronze. Certains de ces objets sont expos√©s au mus√©e de l'Ermitage √† Saint-P√©tersbourg.

L'empire des Khakasses dura jusqu'√† ce que, au XIIIe si√®cle, les Mongols command√©s par Genghis Khan les soumettent et d√©truisent leur civilisation. Un net d√©clin, perceptible dans les tombes qui ont √©t√© d√©couvertes, r√©duisit la population au faible nombre constat√© par les Russes √† leur arriv√©e en Sib√©rie au XVIe si√®cle.

Le khanat de Sibérie

Le khanat de Sib√©rie aux XVe et XVIe si√®cles

Au d√©but du XVIe si√®cle, des r√©fugi√©s tatars originaires du Turkestan soumirent les tribus qui habitaient √† l'est de l'Oural. Des agriculteurs, des tanneurs, des marchands et des mollahs vinrent alors du Turkestan et des petites principaut√©s se cr√©√®rent le long de l'Irtych et de l'Ob. Elles furent r√©unies par Khan Yadegar et entr√®rent en conflit avec les Russes qui √©taient en train de coloniser l'Oural ce qui amena une confrontation avec la Moscovie. Les envoy√©s de Khan vinrent √† Moscou en 1555 et consentirent √† payer un tribut annuel de 1 000 fourrures de zibeline.

La république de Novogorod et la Moscovie

D√®s le XIe si√®cle les habitants de Novgorod commenc√®rent √† p√©n√©trer en Sib√©rie. Au XIVe si√®cle (1364) les Novgorodiens explor√®rent la mer de Kara et le fleuve Ob. Apr√®s la chute de la r√©publique de Novgorod, Moscou h√©rita des √©changes qui existaient entre la Russie du nord et la Sib√©rie. Le 9 mai 1483 les troupes moscovites du prince Feodor Kourbski-Cherny et d‚ÄôIvan Saltyk-Travin firent route vers la Sib√©rie occidentale. Les troupes se d√©pla√ßant le long des rivi√®res Tavda, Toura, Irtych jusqu'√† l'Ob. 1 499 moscovites et novgorodiens apr√®s avoir ski√© jusqu'√† l'Ob, soumirent les tribus locales. En 1570 l'entrepreneur Strogonov engagea √† Perm de nombreux cosaques pour prot√©ger les √©tablissements de l'Oural des attaques des tatars sib√©riens. Strogonov sugg√©ra √† leur chef Yermak de conqu√©rir le khanat de Sib√©rie, promettant de l'aider en lui fournissant armes et nourriture.

Yermak et les cosaques

Une carte ancienne de Irkoutsk, du lac Ba√Įkal et de ses environs
La tour du fort de Yakoutsk construit au XVIIe si√®cle

Yermak p√©n√©tra en Sib√©rie avec une troupe de 1 636 hommes en suivant le cours des rivi√®res Taguil et Toura. L'ann√©e suivante il atteignait la rivi√®re Tobol et 500 hommes s'empar√®rent de Isker la r√©sidence de Khan Koutchoum, situ√©e √† proximit√© de la ville moderne de Tobolsk. Kutchum s'enfuit dans les steppes en abandonnant son territoire √† Yermark, qui selon la tradition, demanda sa gr√Ęce au tsar Ivan IV en lui offrant la possession de la Sib√©rie.

En 1584 √† la suite d'une offensive de Koutchoum, les cosaques durent abandonner la Sib√©rie et Yermak se noya dans l'Irtych lors de la perte d'Isker. Les cosaques, pour √©viter les zones plus dens√©ment peupl√©es du sud de la Sib√©rie, progress√®rent par la suite vers l'est de la Sib√©rie en passant par les latitudes nordiques. Moscou commen√ßa √† √©difier des forts en installant des fermiers pour approvisionner les garnisons en nourriture. En moins de 80 ans, les Russes atteignaient l‚ÄôAmour et la c√īte de l‚Äôoc√©an Pacifique. Cette conqu√™te rapide est due au fait que les populations tatares comme turques n'√©taient pas en mesure d'opposer une r√©sistance s√©rieuse.

L’expansion de l’Empire russe

La principale ressource qui attirait les cosaques en Sib√©rie √©tait les fourrures de zibeline, renard et hermine. Les explorateurs rapportaient un grand nombre de fourrures de leurs exp√©ditions. Les populations autochtones qui se soumettaient √† l'autorit√© des Russes, √©taient prot√©g√©es par les cosaques des peuples nomades vivant plus au sud en √©change d'un imp√īt, le yasak, payable sous forme de fourrures. Des chemins dits yasatchna√Įa furent trac√©s pour ramener les produits du yasak √† Moscou.

Un certain nombre de peuples s'oppos√®rent ouvertement √† la Russie. D'autres se soumettaient et demandaient m√™me √† √™tre plac√©s sous la protection russe, m√™me si parfois ils refusaient d'acquitter par la suite le yasak ou d'accepter l'autorit√© russe. Plus les Russes avan√ßaient vers l'est, moins ils rencontraient de peuples d√©velopp√©s capables de leur opposer une r√©sistance s√©rieuse. Les groupes qui se d√©fendirent le plus vigoureusement furent les Koryaks et les Chouchkis (dans la p√©ninsule de Chouchki)[r√©f. n√©cessaire], ces derniers ayant une civilisation du niveau de l'√Ęge de pierre.

Entre 1607 et 1610 les Tongouses combattirent vigoureusement pour conserver leur ind√©pendance, mais ils furent soumis vers 1623. En 1628 les Russes atteignaient la rivi√®re Lena puis fondaient le fort de Iakoutsk en 1637; deux ans plus tard ils atteignaient les rivages de la mer d'Oskhotsk et l'embouchure de la rivi√®re Oulya. Les Bouriates oppos√®rent une certaine r√©sistance, mais les cosaques √©rig√®rent entre 1631 et 1641 plusieurs forts sur leur territoire ainsi qu'en 1648 le fort sur le cours sup√©rieur de la rivi√®re Ouda derri√®re le lac Ba√Įkal. En 1643, les bateaux de Vassili Po√Įarkov descendaient l'Amour et revenaient √† Iakoutsk par la mer d'Okhotsk et la rivi√®re Aldan ; en 1650 Ierofe√Į Khabarov cr√©ait le fort d'Albazine sur la rive de l'Amour.

La r√©sistance de l'empire mandchou obligea les cosaques √† quitter Albazin et par le trait√© de Nertchinsk (1689) la Russie abandonna son avanc√©e sur le bassin de la rivi√®re et se concentra sur la colonisation des vastes zones de la Sib√©rie et le commerce avec la Chine par la route de Sib√©rie. En 1852, une exp√©dition militaire russe sous le commandement de Nikola√Į Mouraviov explora l'Amour et √† compter de 1857 des paysans et des cosaques furent install√©s tout au long du cours du fleuve. Cette occupation de fait fut reconnue par la Chine en 1860 par le trait√© d'Aigun.

L'ann√©e o√Ļ Khabarov explorait l'Amour (1648), le cosaque Semion Dejnev, parti depuis la rivi√®re Kolyma, fit le tour de l'extr√©mit√© nord-est de l'Asie dont le d√©troit fut red√©couvert et d√©crit 80 ans plus tard par Bering. James Cook en 1778, et La P√©rouse apr√®s lui, achev√®rent de reconna√ģtre la c√īte du Pacifique Nord.

Bien que l‚Äôoc√©an Arctique ait √©t√© atteint d√®s la premi√®re moiti√© du XVIIe si√®cle, l'exploration de ses c√ītes ne commen√ßa qu'au XVIIIe si√®cle ; elle fut l'Ňďuvre d'une s√©rie d'exp√©ditions men√©es par Dmitri Ovtsyne, Fiodor Minine, Vassili Prontchichtchev, Lasinius, et Laptev dont les travaux constituent une page brillante des annales de la d√©couverte g√©ographique.

Les scientifiques en Sibérie

L'exploration scientifique de la Sib√©rie d√©marre entre 1733 et 1742 avec les exp√©ditions de Messerschmidt, Gmelin, et Louis de l'Isle de la Croy√®re qui sont suivies par celles de M√ľller, Fischer, et Georgi. Pallas, assit√© de plusieurs √©tudiants, pose les premi√®res pierres d'un inventaire complet de la topographie, faune, flore et des habitants de la r√©gion. Les exp√©ditions de Christopher Hansteen et Georg Adolf Erman constituent l'√©tape la plus importante de l'exploration du territoire. Humboldt, Ehrenberg, et Gustav Rose font √©galement de courts s√©jours en Sib√©rie, ce qui donne une nouvelle impulsion √† l'accumulation de connaissances scientifiques sur la r√©gion, tandis que Ritter √©labore dans ses Asies (1832‚Äď1859) les fondations d'une connaissance rationnelle de la Sib√©rie. L'exploration du nord-est de la Sib√©rie par T von Middendorff (1843‚Äď1845) contemporaine du voyage de Castr√©n consacr√© √† l'√©tude des langages ouro-alta√Įques attire l'attention sur l'extr√™me nord et √©veille l'int√©r√™t pour le fleuve Amour dont le bassin constitue la cible des exp√©ditions de Akhte et Schwarz (1852).

La branche sibérienne de la Société géographique russe est créée à la même époque à Irkoutsk et organise par la suite de manière régulière des expéditions d'exploration en Sibérie. À la même époque l'ouverture de l'Amour et de Sakhaline attirent Maack, Schmidt, Glehn, Radde, et Schrenck qui publient des ouvrages sur la flore, la faune et les habitants de Sibérie.

Premiers établissements

Aux XVIIe et XVIIIe si√®cles, les Russes qui √©migraient en Sib√©rie √©taient des chasseurs et des personnes fuyant la Russie centrale : paysans fugitifs √† la recherche d'une vie sans servage, √©vad√©s de prisons et vieux-croyants. Les nouveaux √©tablissements de Russes et les populations indig√®nes avaient besoin de se d√©fendre des nomades, ce pour quoi les forts furent fond√©s. C'est ainsi que furent cr√©√©s les forts (ou ostorg) de Tomsk et de Berdsk.

Au d√©but du XVIIIe si√®cle la menace des nomades faiblit; aussi la r√©gion se peupla de plus en plus; le mode de vie se normalisa dans les villes.

La vie en Sibérie

Au XVIIIe si√®cle, une nouvelle goubernia (subdivision) administrative est cr√©√©e √† Irkoutsk, puis au XIXe si√®cle le territoire est subdivis√© plusieurs fois par la cr√©ation de nouveaux gouvernements : ceux de Tomsk, I√©nisse√Į et plus tard de Krasno√Įarsk.

En 1730, le premier grand √©tablissement industriel de m√©tallurgie est fond√© par la famille Demidov et donne naissance √† la ville de Barnaoul. Plus tard, l'entreprise finance la cr√©ation d'√©quipements culturels tels que biblioth√®ques, clubs, th√©√Ętres. Piotr Semionov-Tian-Chanski, qui s√©journe √† Barnaoul en 1856-1857 √©crivait : ¬ę Ce n'est pas par leurs propri√©t√©s et leurs v√™tements que l'on reconna√ģt la richesse des ma√ģtres de forges, mais plut√īt par le degr√© de leur √©ducation, leur connaissance des sciences et de la litt√©rature. Barnaoul √©tait, sans aucun doute, la place la plus cultiv√©e de Sib√©rie et je l'avais appel√©e l'Ath√®nes de la Sib√©rie, laissant le r√īle de Sparte √† Omsk ¬Ľ.

Le m√™me ph√©nom√®ne se reproduit dans d'autres villes : librairies, mus√©es, coll√®ges et th√©√Ętres sont construits, mais la premi√®re universit√© ne sera cr√©√©e qu'en 1880 √† Tomsk.

Les paysans de Sib√©rie, plus que ceux de Russie d'Europe, devaient compter sur leurs propres forces et facult√©s. Ils devaient lutter contre un climat rude sans aide ext√©rieure. L'absence de servitude et de ma√ģtres contribua √† leur donner un esprit d'ind√©pendance. Contrairement aux paysans de la Russie d'Europe, les Sib√©riens n'√©taient pas confront√©s au manque de terres disponibles ; la faible densit√© de la population leur donnait la possibilit√© de cultiver de mani√®re intensive leur parcelle de terrain pendant plusieurs ann√©es de suite, puis de la laisser en jach√®re pendant une longue p√©riode pour cultiver d'autres parcelles. Les paysans sib√©riens disposaient d'une nourriture abondante tandis que la paysannerie de Russie europ√©enne devait mod√©rer l'app√©tit de leur famille. Leonid Blummer nota que la fa√ßon de connsommer de l'alcool diff√©rait de mani√®re significative. Les paysans sib√©riens buvaient souvent, mais mod√©r√©ment : ¬ę Pour un Sib√©rien, la vodka n'est pas une merveille, tandis qu'un paysan russe (non sib√©rien), lorsqu'il y avait acc√®s, √©tait pr√™t √† se noyer dedans ¬Ľ. Les maisons des Sib√©riens, selon les voyageurs, diff√©raient des maisons russes typiques : les maisons √©taient grandes, souvent avec deux √©tages, un plafond √©lev√© et les murs √©taient recouverts d'une peinture √† l'huile.

Décembristes et autres exilés

La Sib√©rie √©tait consid√©r√©e comme un endroit id√©al pour exiler des opposants politiques car elle √©tait loin de tout pays √©tranger. Un citoyen de Saint-P√©tersbourg ne cherchait pas √† s'√©vader dans la vaste campagne sib√©rienne comme aurait pu le faire un paysan ou un criminel. M√™me les grandes villes comme Irkoutsk, Omsk ou Krasno√Įarsk n'avaient pas l'intense vie sociale et le niveau de vie √©lev√©e de la capitale.

Environ 80 personnes impliquées dans la révolte des décembristes furent condamnées à des peines de travaux forcés en Sibérie et à y résider pour toujours. Onze de leurs femmes les suivirent et s'installèrent près des bagnes. Dans leurs mémoires, elles notèrent la gentillesse et la prospérité des Sibériens des campagnes et les traitements sévères infligés par les soldats et les officiers.

√Ä Omsk une plaque comm√©morative sur laquelle est √©crit : ¬ę Dans cet immeuble de l'administration principale de Sib√©rie occidentale ont v√©cu de 1826 √† 1841 les d√©cembristes S. M. Semionov, N. A. Tchijov, N. V. Bassarguine. ¬Ľ

En voyageant √† travers la Sib√©rie, j'admirais et j'√©tais fascin√© √† chaque √©tape par la cordialit√© et l'hospitalit√© que je rencontrais partout. J'√©tais fascin√© par la richesse et l'abondance, dans laquelle les gens vivaient alors (1861). L'hospitalit√© √©tait particuli√®rement d√©velopp√©e en Sib√©rie. Nous √©tions partout re√ßus comme dans des pays amis, partout nous √©tions bien nourris, et lorsque nous demandions ce que nous devions, ils ne voulaient rien recevoir, disant seulement de br√Ľler une chandelle pour Dieu.

¬ę ‚Ķ La Sib√©rie est un pays extr√™mement riche, la terre est g√©n√©ralement g√©n√©reuse et peu de travail est n√©cessaire pour avoir de riches r√©coltes. ¬Ľ

Notes de Polina Annenkova femme de décembriste.[2]

Un certain nombre de décembristes moururent de maladie, souffrirent de chocs psychologiques ou même devinrent fous.

Apr√®s avoir purg√© leur peine de travaux forc√©s, ils √©taient assign√©s √† r√©sidence dans de petits villages ou villes. L√†-bas, certains d√©marraient un commerce, ce qui √©tait bien vu. Seulement plusieurs ann√©es plus tard, dans les ann√©es 1840, ils furent autoris√©s √† emm√©nager dans des grandes villes ou √† s'installer o√Ļ ils le souhaitaient en Sib√©rie. Ce ne fut qu'en 1856, 31 ans plus tard, qu'Alexandre II leur pardonna, au moment de son couronnement.

En vivant dans les villes d'Omsk, de Krasno√Įarsk ou d'Irkoutsk, les d√©cembristes contribu√®rent fortement au d√©veloppement de la vie sociale et de la culture. √Ä Irkoutsk, leurs maisons sont d√©sormais des mus√©es. Dans de nombreux endroits, on a install√© des plaques comm√©moratives avec leurs noms.

Monument de Dosto√Įevski √† Omsk

Il y eut malgr√© tout des exceptions : Vladimir Ra√Įevski, arr√™t√© pour sa participation aux cercles d√©cembristes en 1822 et en 1828, fut exil√© dans le village d'Olonki pr√®s d'Irkoutsk. Il s'y maria et eut 9 enfants, se fit boulanger et fonda une √©cole pour enfants et adultes pour leur enseigner la grammaire et l'arithm√©tique. Pardonn√© par Alexandre II, il revint visiter sa ville natale, puis retourna √† Olonki.

Contrairement aux souhaits des autorit√©s, les r√©volutionnaires exil√©s ne se sentaient pas rejet√©s en Sib√©rie. Au contraire, les Sib√©riens qui avaient d√Ľ survivre sans aide des autorit√©s, ne ressentaient aucune tendresse pour celles-ci. Les exil√©s √©taient souvent chaleureusement re√ßus et obtenaient des situations r√©mun√©r√©es.

Dosto√Įevski fut exil√© dans une katorga pr√®s d'Omsk et dut faire son service militaire √† Semipalatinsk. Pendant son service, il dut voyager √† Barnaoul et √† Kouznetsk o√Ļ il se maria.

Anton Tchekhov ne fut pas exil√©, mais entreprit un voyage en 1890 de sa propre iniative √† Sakhaline en traversant la Sib√©rie. Il visita l√†-bas une katorga. Lors de ce voyage, il visita Tomsk qui lui d√©plut, puis Krasno√Įarsk qu'il appela ¬ę la plus belle des villes de Sib√©rie ¬Ľ. Il nota que bien que ce f√Ľt un endroit o√Ļ se trouvaient plus de criminels de droit commun que d'exil√©s politiques, l'atmosph√®re morale √©tait bien meilleure : il ne vit aucun vol. Tchekhov observa qu'√† c√īt√© de signes √©vidents de prosp√©rit√©, il y avait une demande pressante de d√©veloppement culturel.

Krasno√Įarsk a conserv√© son centre historique avec toutes ses maisons du XIXe si√®cle

Beaucoup de Polonais furent également exilés en Sibérie (voir Sybiraks).

Le Transsibérien

Le développement de la Sibérie est handicapé par l'absence de moyens de transport dans la région ainsi qu'entre la Sibérie et le reste du pays. Hormis la route de Sibérie, les routes de qualité utilisables par des véhicules à roues étaient peu nombreuses et le réseau peu dense. Pendant cinq mois de l'année environ, le transport passait pour l'essentiel par les voies fluviales et pendant les six mois les plus froids de l'année, marchandises et passagers voyagaient sur des traineaux tirés par des chevaux sur les routes disponibles en hiver qui étaient souvent constituées par les fleuves gelés.

Le premier bateau √† vapeur sur l'Ob ‚Äď l‚ÄôOsnova appartenant √† Nikita Miasnikov - est lanc√© en 1844; mais les d√©buts seront difficiles et ce n'est pas avant 1857 que le transport par bateau √† vapeur se d√©veloppe de mani√®re s√©rieuse. Les bateaux √† vapeur sont introduits sur l'I√©nissei en 1863 puis sur la L√©na et l'Amour dans les ann√©es 1870.

Alors que la Sib√©rie occidentale relativement plate est plut√īt bien desservie par le gigantesque r√©seau fluvial constitu√© de l'ensemble Ob-Irtych-Tobol-Choulyl, les grands fleuves de Sib√©rie orientale - I√©nisse√Į, cours inf√©rieur de l'Angara (l'Angara avant Bratsk est difficilement navigable √† cause des rapides), L√©na - ne permet de circuler que selon un axe nord-sud. On tente √† l'√©poque de rem√©dier √† ce handicap en construisant le canal Ob-I√©nisse√Į, mais le r√©sultat ne fut pas une r√©ussite. Seule une ligne de chemin de fer pouvait apporter une v√©ritable r√©ponse aux probl√®mes de transport.

Les premiers projets de chemin de fer en Sibérie remontent à la création de la ligne Moscou-Saint-Pétersbourg. L'un des premiers projets porte sur la ligne Irkoutsk-Tchita destiné à relier Irkoutsk à l'Amour et par conséquent à l'Océan Pacifique.

Avant 1880, le gouvernement central est peu r√©ceptif √† ce genre de projet, du fait de la faible taille des entreprises implant√©es en Sib√©rie et de la crainte qu'une meilleure int√©gration des territoires sib√©riens √† la r√©gion Pacifique les fasse tomber sous l'influence des √Čtats-Unis et du Royaume-Uni. La bureaucratie lourde et inefficace ainsi que la peur des risques financiers contribuent √©galement √† paralyser le projet : les financiers sous-estiment l'effet d'entra√ģnement du chemin de fer, en √©tablissant des pr√©visions de trafic bas√©s sur le volume des √©changes existants.

Finalement la peur de perdre la Sib√©rie convainquit, en 1889, Alexandre II de lancer la construction du chemin de fer. Celle-ci d√©marra en 1891, gr√Ęce notamment aux emprunts russes, lanc√©s par la France.

Le Transsib√©rien donne alors un grand √©lan √† l'agriculture sib√©rienne, en permettant d'accro√ģtre ses exportations vers la Russie centrale et les pays europ√©ens. Non seulement le chemin de fer dynamise les territoires proches du chemin de fer, mais √©galement les r√©gions les plus m√©ridionales reli√©es √† la ligne par les fleuves comme l'Alta√Į (Ob) et les r√©gions d'Abakan et de Minusinsl (I√©nisse√Į).

Tomsk √©tait √† la fin du XIXe si√®cle la ville la plus grande de Sib√©rie, mais ne fut pas reli√©e au Transsib√©rien. L'agriculture sib√©rienne exporta beaucoup de c√©r√©ales bon march√© √† l'ouest. L'agriculture de Russie centrale √©tait encore d√©pendante du syst√®me de servage pourtant abandonn√© th√©oriquement en 1861. Aussi, en 1896 (alors que les parties occidentales et orientales du Transsib√©rien n'√©taient pas encore achev√©es), pour prot√©ger l'agriculture des provinces de Russie centrale d'une possible d√©stabilisation sociale, le gouvernement introduit la barri√®re tarifaire de Tcheliabinsk pour les c√©r√©ales et une barri√®re similaire en Mandchourie. Cette mesure modifia la nature des exportations c√©r√©ali√®res : le millet est cultiv√© dans l'Alta√Į, autour de Novossibirsk et Tomsk, tandis que de nombreuses fermes se mettent √† la fabrication de beurre. Entre 1896 et 1913, la Sib√©rie exporte chaque ann√©e en moyenne 500 000 tonnes de produits c√©r√©aliers (grains ou farine).

Le programme de colonisation de Stolypine

Moulins dans la région de Tobolsk

La seule tentative significative de peuplement en Sib√©rie eut lieu sous Nicolas II sous l'impulsion du premier ministre Stolypine (1906-1911) dans le cadre d'un programme plus vaste de r√©forme agraire. Les zones rurales de Russie centrale √©taient surpeupl√©es, tandis que l'Est de la Russie √©tait tr√®s faiblement peupl√©, malgr√© l'existence de vastes zones fertiles. En 1906, un d√©cret du tsar autorisa les paysans √† s'installer en Russie d'Asie, tout en leur fournissant des terres gratuites ou √† un prix peu √©lev√©. L'√Čtat russe consentait des pr√™ts aux colons pour l'√©tablissement de leur exploitation.

Une grande campagne publicitaire est men√©e : 6 millions de brochures et de d√©pliants intitul√©s Ce que la colonisation apporte aux paysans et Comment les paysans vivent en Sib√©rie sont distribu√©s dans les zones rurales. Des trains de propagande parcourent la campagne, tandis que des trains destin√©s au transport de volontaires pour la colonisation sont mis √† disposition.

Tous les colons ne rest√®rent pas (17,8% des migrants revinrent) mais 3 millions de personnes vont s'installer officiellement en Sib√©rie et 750 000 s'y √©tablissent en dehors du programme. Entre 1897 et 1914, la population de Sib√©rie va s'accro√ģtre de 73% et la surface cultiv√©e doubler.

La guerre civile

Au moment de la Révolution russe en 1917, la Sibérie est une région agricole presque dépourvue de classe possédante et de classe ouvrière. L’intelligentsia a des idées politiques assez vagues. Seuls 13% de la population vit dans les villes et a certaines notions de politique. L'absence de différences de classe, la faible proportion de la population urbaine et le faible nombre d'intellectuels conduisent à l'unité des différents partis au nom du régionalisme.

Les forces antibolchéviques n'arrivent pas à unir leurs forces. Tandis que l'amiral Koltchak appuyé par les alliés, combat les bolchéviques, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks signent un accord avec les bolchéviks en échange d'une certaine autonomie. Les alliés, bien qu'ayant la capacité d'intervenir de manière décisive dans la région, préfèrent rester neutres; Koltchak lui-même rejette une proposition d'aide du Japon.

Après une série de défaites en Russie centrale, les forces de Koltchak font retraite en Sibérie. Les alliés évacuent Omsk pour Irkoutsk et finalement Koltchak, qui s'est rendu plus impopulaire que les bolcheviks, est exécuté par les socialistes révolutionnaires.

Les années 1920 et 1930

Théatre de Novossibirsk

Durant les ann√©es 1920, l'agriculture en Sib√©rie d√©cline. Le grand nombre d'immigrants arriv√©s dans les derni√®res d√©cennies ont √©puis√© le sol et les mauvaises r√©coltes deviennent fr√©quentes. L'agriculture n'est pas d√©truite par la guerre civile, mais la d√©sorganisation des exportations ruine l'industrie agro-alimentaire et r√©duit les revenus des paysans. De plus, la prodrazviorstka (r√©quisition des surplus agricoles) institu√©e durant la guerre civile puis la taxe sur les produits agricoles qui la remplace durant la NEP alimentent un m√©contentement croissant des agriculteurs. Entre 1920 et 1924, il y a de nombreux √©meutes anti-communistes dans les zones rurales qui rassemblent jusqu'√† 40 000 personnes. D'anciens blancs (cosaques) et de vieux partisans rouges qui avaient combattu auparavant Koltchak prennent part aux √©meutes. Selon un rapport de 1927 sur l'oblast d'Irkoutsk, les paysans disaient ouvertement qu'ils participaient √† une r√©bellion antisovi√©tique et qu'ils souhaitaient l'appui des pays √©trangers.

La g√©n√©ration qui est parvenue √† l'age adulte durant la guerre est hautement militaris√©e et le gouvernement sovi√©tique l'embrigade √† travers des organisations comme le Komsomol. Il existe de nombreux documents t√©moignant d'un banditisme rouge dans la campagne : profanation des tombes et des √©glises, meurtres de pr√™tres et de croyants. A de nombreuses occasions, un activiste des Komsomol ou un repr√©sentant de l'√Čtat, au cours d'un √©change avec un opposant aux soviets, se met en col√®re et tue son interlocuteur.

Durant la NEP, les nouvelles autorit√©s, conduites par des id√©es socialistes romantiques, essaient de construire de nouvelles cit√©s socialistes en accord avec les principes du mouvement constructiviste, mais il en r√©sultat essentiellement un grand nombre de b√Ętiments aux formes carr√©es. Par exemple le th√©atre de Novossibirsk est con√ßu initialement dans le plus pur style constructiviste. C'est le projet ambitieux d'architectes exil√©s[3].

√Ä partir des les ann√©es 1930, le parti applique en Sib√©rie le plan de collectivisation des terres qui succ√®de √† la NEP. Les paysans install√©s de longue date en Sib√©rie sont consid√©r√©s comme des koulaks. De nombreuses familles de Russie centrale sont d√©port√©es dans les zones de Sib√©rie foresti√®res ou mar√©cageuses faiblement peupl√©es. Les paysans de Sib√©rie soient tentent de s'√©chapper, soient sont d√©port√©es vers les territoires du nord (comme les districts des Evenks ou de Khanty-Mansi ou la partie septentrionale de l'oblast de Tomsk). La collectivisation d√©truit la classe sociale existante des paysans de Sib√©rie et, avec elle, un des moteurs d'un d√©veloppement √©conomique naturel de la r√©gion avec des cons√©quences qui se prolongent jusqu'√† la p√©riode contemporaine. Enfin, la mise en valeur des richesses naturelles √† l'Est de l'Oural, notamment mini√®res, comme le d√©veloppement de l'industrie ou des barrages hydro-√©lectriques, passe par l'usage du travail forc√© d'o√Ļ la multiplication de camps sous l'administration du Goulag qui accueillirent koulaks et minorit√©s ethniques, d√©port√©s politiques et religieux (condamn√©s au titre de l'article 58 pour activit√©s contre-r√©volutionnaires, sabotage etc).

La deuxième guerre mondiale

En 1941, de nombreuses entreprises ainsi que les populations sont évacuées vers les villes de Sibérie par le chemin de fer pour échapper à la progression des troupes allemandes. Pour pallier le besoin urgent de munitions et d'équipement militaires, des usines sont reconstruites en urgence dans les villes d'accueil et les nouveaux arrivants sont immédiatement mis au travail.

La plupart des entreprises ainsi délocalisées vont rester dans leurs nouvelles implantations une fois la guerre achevée. Ce phénomène entraine un accroissement très important de la production industrielle en Sibérie à l'origine de la création de nombreuses villes comme Roubtsovsk. Les villes situées à l'est d'Oulan-Oudé , comme Tchita, ne bénéficièrent pas de cette délocalisation car elles étaient considérées comme dangereusement proches de la Chine et du Japon.

Le 28 aout 1941, le Soviet Suprême ordonna le déplacement des allemands de la Volga, décret qui entraina leur déportation dans les zones rurales de la Sibérie et du Kazakhstan.

A la fin de la guerre, des milliers de prisonniers allemands et japonais sont condamn√©s √† plusieurs ann√©es de travail forc√© dans les camps qui sont situ√©s dans toutes les r√©gions de Sib√©rie. Ces camps sont g√©r√©s par une administration diff√©rente du Goulag, mais bien que les camps sovi√©tiques n'aient pas pour objectif d'exterminer les prisonniers, le taux de d√©c√®s est particuli√®rement √©lev√©, en particulier en hiver. Les travaux allaient de la culture maraich√®re √† la construction de la ligne Ba√Įkal Amour Magistral (BAM).

L'expansion industrielle

Barrage de KrasnoIarsk
Vue aérienne de Akademgorodok

Durant la seconde moiti√© du XXe si√®cle, la prospection et la mise en exploitation des ressources mini√®res et hydro-√©lectriques continuent. De nombreux projets sont planifi√©s mais sont repouss√©s au gr√© des guerres et des changements d'orientation des dirigeants russes.

Le projet le plus connu est celui de la ligne ferroviaire du Ba√Įkal Amour Magistral (BAM). La construction de cette ligne, planifi√©e initialement avec celle du Transsib√©rien, ne commence que peu de temps avant la seconde guerre mondiale, puis est gel√© durant celle-ci, pour √™tre red√©marr√© √† la fin du conflit. Apr√®s la mort de Staline, le projet est √† nouveau arr√™t√© puis est relanc√© sous Brejnev.

La cha√ģne de centrales hydro√©lectriques sur l'Angara est construite des les ann√©es 1970-1980 dans le cadre d'un projet similaire √† celui de la Tennessee Valley aux √Čtats-Unis. Les centrales √©lectriques ont permis la r√©alisation et l'alimentation de grandes implantations industrielles comme les usines de fabrication d'aluminium de Bartsk, Oust-Ilimsk ainsi que l'exploitation de terres rares dans le bassin de l'Angara. Mais l'exploitation du potentiel hydro-√©lectrique de l'Angara reste aujourd'hui inachev√© : la centrale de Bogoutchany est en attente d'ach√®vement ainsi qu'un certain nombre d'installations industrielles.

Ce d√©veloppement s'est fait au d√©triment de l'enviromment, du fait d'une r√©glementation relativement laxiste et de la taille d√©mesur√©e des barrages (les projets les plus importants avaient la faveur des d√©cideurs car recevaient des subventions plus importantes). L'accroissement de l'humidit√© a contribu√© √† rendre le climat encore plus rude. Le projet de construction d'une centrale hydro-√©lectrique sur le fleuve Katoun dans les montagnes de l'Alta√Į dans les ann√©es 1980 a d√Ľ √™tre stopp√© √† la suite d'une forte mobilisation de la population.

Il existe alors un grand nombre de complexes orientés vers la production militaire comme le NPO Vektor et des villes fermées comme Seversk. À la fin des années 1980, une grande partie de la production industrielle de Omsk et Novossibirsk (plus de 40%) était consacrée à des productions militaires et aéronautiques. L'effondrement de commandes reposant sur les dépenses de l'Etat entraina une crise économique.

La branche de l'Acad√©mie des sciences de Russie situ√©e en Sib√©rie comprend un grand nombre d'instituts de recherches dans les plus grandes villes : le plus important est l'institut de physique nucl√©aire Boudker √† Akademgorodok (une ville scientifique) situ√©e pr√®s de Novossibirsk. D'autres villes ou districts scientifiques existent dans les villes de Tomsk, Krasno√Įarsk et Irkoutsk. Ces sites sont les centres de l'industrie informatique, en particulier Novossibirsk.

Un grand nombre de sociétés étendent la commercialisation de leurs produits de consommation à un périmètre transrégional et national. Moscou n'est plus le centre exclusif des activités artistiques et culturelles.

Perspectives

Gratte-ciel résidentiel à Novossibirsk

Jusqu'√† l'ach√®vement de l'autoroute Tchita-Khabarovsk, la Transba√Įkale √©tait une impasse pour le transport routier. Bien que cette nouvelle liaison b√©n√©ficie initialement au trafic de transit √† destination et en provenance des provinces du Pacifique, elle devrait √©galement favoriser la colonisation et l'industrialisation des r√©gions faiblement peupl√©es de Tchita et Blagovechtchensk.

L'extension du r√©seau de transports continue aujourd'hui √† d√©finir les axes de d√©veloppement de la Sib√©rie. Dans ce domaine, le prochain projet qui doit √™tre men√© √† son terme est l'ach√®vement de la desserte ferroviaire de Iakoutsk. Un autre grand projet, d√©j√† propos√© au XIXe si√®cle en tant qu'option nord du Transsib√©rien, est la ligne de Sib√©rie du Nord qui passe par les villes de Nijnevartovsk, Bely Iar, Lessossibirsk et Oust-Ilimsk. Les chemins de fer russes soutiennent un autre projet ambitieux consistant √† construire une liaison vers Magadan, la p√©ninsule Tchouktche et ensuite un hypoth√©tique tunnel sous le d√©troit de B√©ring assurant la desserte de l'Alaska.

Tandis que les Russes continuent d'√©migrer depuis les r√©gions de Sib√©rie et d'Extr√™me-Orient vers la Russie occidentale, les villes de Sib√©rie attirent la main d'Ňďuvre (l√©gale ou clandestine) originaire des r√©publiques d'Asie centrale et de Chine. Alors que les locaux √©valuent √† leur juste mesure la situation, le mythe d'une invasion des zones transba√Įkales et d'Extr√™me-Orient par des millions de Chinois est largement r√©pandu en Russie occidentale. La crainte d'une annexion par la Chine de la Sib√©rie du Sud-est est en effet tr√®s r√©pandue dans la soci√©t√© russe, en particulier √† l'ouest de l'Oural.

Géologie

La Sib√©rie occidentale, constitu√©e par des d√©p√īts alluviaux du C√©nozo√Įque, est caract√©ris√©e par une altitude si faible qu'une augmentation du niveau de la mer de 50 m√®tres suffirait √† inonder l‚Äôensemble des terres de l'oc√©an Arctique jusqu'√† Novossibirsk. Les alluvions d√©pos√©es dans la plaine r√©sultent pour l'essentiel des barri√®res cr√©√©es par les glaciers qui √† l'√©poque fermaient l'acc√®s √† l'Oc√©an Arctique et qui ont infl√©chi le cours des fleuves Ob et Ienisse√Į vers la mer Caspienne (et peut-√™tre la mer d'Aral). La Sib√©rie occidentale est particuli√®rement mar√©cageuse. Au sud de la plaine, l√† ou le perg√©lisol est pratiquement absent, de riches terres, constituant une extension de la steppe kazakh ont permis l'installation d'une v√©g√©tation originale (pratiquement disparue aujourd'hui).

Le mont Belukha dans les montagnes de l'Alta√Į
Paysage de ta√Įga dans la r√©gion de Magadan au nord est de la Sib√©rie

Le plateau central sib√©rien est un craton extr√™mement ancien qui constituait au Permien, un continent s√©par√©. Il est extr√™mement riche en min√©raux tels que or, diamant, mangan√®se, plomb, zinc, nickel, cobalt et molybd√®ne. La r√©gion comprend une grande partie du trapps de Sib√©rie qui constitue une grande province ign√©e. L'√©ruption massive √† l'origine de cette formation co√Įncide √† peu pr√®s avec l'extinction massive de la fin du Permien. Cet √©v√©nement volcanique est consid√©r√© comme l'√©ruption volcanique la plus puissante de l'histoire qu'ait connue la plan√®te.

Durant le quaternaire, seul l'extr√™me nord-ouest de la Sib√©rie fut recouvert par les glaciers, mais sur pratiquement tout le reste de la r√©gion un permafrost s'installa jusqu'√† une grande profondeur. Les seuls arbres qui arrivent √† prosp√©rer est le m√©l√®ze de Sib√©rie gr√Ęce √† ses racines peu profondes. La ta√Įga domine partout sauf dans l'extr√™me nord-est.

L'est et le centre de la r√©publique de Sakha comprend de nombreuses cha√ģnes de montagnes orient√©es nord-sud qui sont apparues √† diff√©rentes √©poques g√©ologiques. Ces montagnes qui s'√©l√®vent √† pratiquement 3000 m√®tres d'altitude, sont presque d√©nu√©es de v√©g√©tation d√®s qu'on d√©passe quelques centaines de m√®tres d'altitude. Les monts de Verkho√Įansk √©taient enti√®rement couverts de glacier au Pl√©istoc√®ne mais le climat √©tait alors trop sec pour que la glace s'√©tende aux basses altitudes. En basse altitude, il y a de nombreuses vall√©es parfois encaiss√©es et couvertes de for√™ts de m√©l√®zes √† l'exception de l'extr√™me nord o√Ļ la toundra domine. Les sols sont essentiellement des tourbi√®res et la couche de sol active a une √©paisseur inf√©rieure √† un m√®tre sauf au bord des rivi√®res.

Le plus haut sommet de Sib√©rie est le Klioutchevsko√Į, volcan actif situ√© dans la p√©ninsule de Kamtchatka.

Climat

Le climat de la Sib√©rie est sujet √† des variations de temp√©rature de grande amplitude. Sur la c√īte nord, au-del√† du cercle arctique, l'√©t√© est tr√®s court (environ un mois). La plus grande partie de la population vit au sud de la Sib√©rie le long de la ligne du Transsib√©rien. Dans cette r√©gion, la temp√©rature moyenne est d'environ 0¬įC oscillant entre -15¬įC en moyenne au mois de janvier et +20¬įC au mois de juillet[4]. La dur√©e de la p√©riode fertile, l'abondance de l'ensoleillement et les sols particuli√®rement fertiles (tchernoziom) du sud de la Sib√©rie permettent √† l'agriculture de prosp√©rer, comme le montra son rapide d√©veloppement au d√©but du XXe si√®cle.

Au sud de la Sib√©rie, les vents du sud-ouest am√®nent l'air chaud de l'Asie centrale et du Moyen-Orient. Les temp√©ratures moyennes en Sib√©rie occidentale (Omsk, Novossibirsk) sont sup√©rieures de plusieurs degr√©s √† celles en Sib√©rie orientale (Irkoutsk, Tchita). Avec une temp√©rature record de -71,2¬įC (O√Įmiakon, R√©publique de Sakha), la Sib√©rie a presque le plus grand record de froid de la plan√®te (apr√®s l'Antarctique). Mais, √† c√īt√© de ces grands froids, la temp√©rature d√©passe fr√©quemment +35¬įC dans de nombreuses r√©gions. Sakha est la r√©gion la plus froide de Sib√©rie, en particulier dans le bassin de la rivi√®re Yana, o√Ļ la terre est gel√©e jusqu'√† 1 493 m√®tres de profondeur (la terre gel√©e est appel√©e perg√©lisol ou permafrost). Malgr√© ces conditions, le froid n‚Äôa jamais √©t√© consid√©r√© par l'Empire russe comme un obstacle √† la colonisation. En hiver, l'anticyclone sib√©rien s'installe g√©n√©ralement de mani√®re semi-permanente sur la Sib√©rie m√©ridionale si bien que les vents sont normalement faibles.

Les pr√©cipitations en Sib√©rie sont faibles, d√©passant 500 mm uniquement au Kamtchatka, o√Ļ les vents humides venus de la mer d'Okhotsk se heurtent aux massifs montagneux (produisant le seul glacier important de la r√©gion) et dans le kra√Į du Primorie, √† l'extr√™me sud-est, o√Ļ l'influence de la mousson peut engendrer de fortes pr√©cipitations durant l'√©t√©. Malgr√© le froid qui r√®gne en hiver, les chutes de neige sont faibles, en particulier dans l'est de la r√©gion.

√Čconomie

Mine de diamant d'Udachnaya (Yakoutie)
La région arctique nord est de la Sibérie

La Sibérie est particulièrement riche en minéraux avec la présence de gisements de pratiquement tous les métaux recherchés; cette concentration est en partie liée à l'absence de couverture glaciaire durant le quaternaire (hormis les zones situées en haute altitude). La région concentre certains des plus grands gisements de nickel, or, plomb; molybdène, diamant, argent et zinc ainsi que d'immenses gisements de pétrole et de gaz naturel souvent sous-exploités. La plupart des gisements sont situés dans l'est de la région, zone la plus froide, ce qui rend leur extraction particulièrement difficile. Celle-ci n'a démarré que lorsque Staline, arrivé au pouvoir, ait eu recours aux déportés.

L'agriculture est limit√©e par la faible dur√©e de la p√©riode fertile dans la plus grande partie de la r√©gion. Malgr√© tout, dans le sud-ouest, l√† o√Ļ des terres noires particuli√®rement fertiles sont pr√©sentes et o√Ļ le climat est un peu plus temp√©r√©, se sont cr√©√©es de grandes exploitations extensives cultivant le bl√©, l'orge, le seigle et les pommes de terre ainsi que des grands √©levages de mouton et de bovid√©s. Ailleurs, du fait de la pauvret√© du sol et de la bri√®vet√© de la p√©riode fertile, les ressources agricoles se restreignent √† l'√©levage de rennes dans la toundra : cette activit√© est pratiqu√©e par les autochtones depuis pr√®s de 10 000 ans. La Sib√©rie a les plus grandes for√™ts de la plan√®te. Le bois reste une ressource √©conomique importante en d√©pit du fait que de nombreuses for√™ts situ√©es dans l'Est de la r√©gion ont √©t√© exploit√©es trop vite pour qu'elles puissent se r√©g√©n√©rer. La mer d'Okhotsk est une des deux ou trois r√©gions les plus poissonneuses de la plan√®te gr√Ęce √† ses courants froids et √† ses mar√©es de grande amplitude ce qui permet √† la Sib√©rie de fournir environ 10% du poisson p√™ch√© dans le monde, bien que l'activit√© ait quelque peu d√©clin√©e depuis l'√©clatement de l'URSS.

L'industrie, qui s'√©tait d√©velopp√©e durant les ann√©es 1920 et 1930 avec une croissance particuli√®re forte durant la seconde guerre mondiale, a fortement d√©clin√© depuis l'√©clatement de l'URSS. Plusieurs des gigantesques usines situ√©es en Sib√©rie occidentale et autour du lac Ba√Įkal ont ferm√© leurs portes ces derni√®res ann√©es.

Démographie

La Sib√©rie a une densit√© d'environ 3 personnes/km¬≤. La plupart des habitants sont des Russes ; ceux-ci descendent des Slaves qui vivaient en Europe de l'Est quatre si√®cles auparavant. Les populations autochtones sont form√©es de groupes mongols et turcs tels que les Bouriates, les Touvains, les Yakoutes et les Tatars de Sib√©rie. D'autres groupes ethniques comprennent les Kets, les Tchouktches, les Koryaks et les Youkaguires.

Environ 70% de la population vit dans les villes en majorité dans des appartements. Dans les zones rurales, les habitants vivent dans des demeures simples mais souvent plus spacieuses.

Novossibirsk est la plus grande ville de Sibérie. Tobolsk, Tomsk , Irkoutsk et Omsk sont des villes plus anciennes dotées d'un centre-ville historique.

Religion

La religion joue un r√īle important dans la vie des habitants de Sib√©rie. Un grand nombre de cultes sont pratiqu√©s. La religion dominante est le culte orthodoxe. Il y a par ailleurs de nombreux pratiquants parmi les peuples autochtones. Pour ceux-ci, certains lieux sont sacr√©s comme l'√ģle d‚ÄôOlkhon sur le lac Ba√Įkal.

D√©laiss√©e ou R√©investie ?

Depuis la fin de l'URSS , de nombreux laboratoires militaires en Sib√©rie ont ferm√©s . Il est vrai que le gouvernement communiste avait mis la Sib√©rie au cŇďur de ses pr√©occupations . Il avait par exemple cr√©e la ligne ferroviaire "BAM" , parall√®le au Transsib√©rien de 1972 a 1984 . Mais depuis 1991 , la population au nord de la Sib√©rie semble diminuer au Nord alors qu'au sud elle augmente dans les bassins houliers et p√©troliers.

Transport

Le moyen le plus ais√© de circuler en Sib√©rie est d'utiliser le Transsib√©rien. Celui-ci traverse la Sib√©rie depuis Moscou jusqu‚Äô√† Vladivostok √† l'extr√™me est. Le train comporte des compartiments de 2e classe √† 4 couchettes, des compartiments de 1re classe √† 2 couchettes ainsi qu'une voiture restaurant. Le Ba√Įkal Amour Magistral est une autre voie ferr√©e reliant le lac Ba√Įkal au fleuve Amour.

Divisions administratives

La Sib√©rie comprend plusieurs sujets f√©d√©raux :

Villes

La Sib√©rie pr√©sente une densit√© de population extr√™mement faible. On y trouve n√©anmoins un certain nombre de villes :

Peuples

Notes et références

  1. ‚ÜĎ La Russie, dictionnaire g√©ographique de Roger Brunet p.234 ISBN 2-11-004882-4
  2. ‚ÜĎ –ź–Ĺ–Ĺ–Ķ–Ĺ–ļ–ĺ–≤–į –ü. –ē., ¬ę–ó–į–Ņ–ł—Ā–ļ–ł –∂–Ķ–Ĺ—č –ī–Ķ–ļ–į–Ī—Ä–ł—Ā—ā–į¬Ľ. –ě–Ĺ–Ľ–į–Ļ–Ĺ–ĺ–≤–į—Ź –≤–Ķ—Ä—Ā–ł—Ź —ā–Ķ–ļ—Ā—ā–į –í–ĺ—Ā–Ņ—Ä–ĺ–ł–∑–≤–ĺ–ī–ł—ā—Ā—Ź –Ņ–ĺ: ¬ę–°–≤–ĺ–Ķ–Ļ —Ā—É–ī—Ć–Ī–ĺ–Ļ –≥–ĺ—Ä–ī–ł–ľ—Ā—Ź –ľ—謼. –ė—Ä–ļ—É—ā—Ā–ļ, –í–ĺ—Ā—ā–ĺ—á–Ĺ–ĺ-–°–ł–Ī–ł—Ä—Ā–ļ–ĺ–Ķ –ļ–Ĺ–ł–∂–Ĺ–ĺ–Ķ –ł–∑–ī–į—ā–Ķ–Ľ—Ć—Ā—ā–≤–ĺ, 1973 –≥. Annenkova P. Journal d'une femme de D√©cembriste. Version en ligne repris dans l'ouvrage Nous somme fiers de notre destin, Irkoutsk, Vostochno-Sibirskoye izdatelstvo, 1973.
  3. ‚ÜĎ Au milieu des ann√©es 1930, avec l'arriv√©e du n√©o-classicisme, les plans du th√©√Ętre sont revus de mani√®re substantielle.
  4. ‚ÜĎ Historique m√©t√©r√©ologique pour Novossibirsk (Russie). weatherbase.com consult√© le 6/11/2006.

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

  • Juniper Base de donn√©es iconographique et bibliographique sur les peuples de Sib√©rie et Mongolie.
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