Second Empire

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Second Empire

48°49â€ČN 2°29â€ČE / 48.817, 2.483

Empire français
Second Empire

1852 – 1870

Drapeau
Blason

Drapeau et armoiries

Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle
Capitale Paris
Langue Français
Religion Catholique
Monnaie Franc français
Histoire et Ă©vĂšnements
2 dĂ©cembre 1852 RĂ©tablissement de l'Empire
2 septembre 1870 Bataille de Sedan
4 septembre 1870 Proclamation de la RĂ©publique
1er mars 1871 DĂ©chĂ©ance officielle de NapolĂ©on III

EntitĂ©s prĂ©cĂ©dentes :

EntitĂ©s suivantes :

Le Second Empire est le systĂšme constitutionnel et politique instaurĂ© en France le 2 dĂ©cembre 1852 lorsque Louis-NapolĂ©on Bonaparte, le PrĂ©sident de la RĂ©publique française, devient « NapolĂ©on III, Empereur des Français Â». Ce rĂ©gime politique succĂšde Ă  la DeuxiĂšme RĂ©publique et prĂ©cĂšde la TroisiĂšme RĂ©publique.

Depuis L'Histoire de la France contemporaine d'Ernest Lavisse, le Second Empire est analysĂ© en deux pĂ©riodes par les historiens : la premiĂšre qualifiĂ©e d'Empire autoritaire qui s'Ă©tend globalement de 1852 Ă  1860 s'oppose Ă  la seconde, dite de l'Empire libĂ©ral, s'Ă©talant globalement de 1860 Ă  1870[1]. Le Second Empire se termine le 4 septembre 1870 Ă  la suite de la dĂ©faite de Sedan, lors de la guerre contre la Prusse dirigĂ©e par le chancelier Otto von Bismarck, puissance montante en Europe.

Sommaire


L'Ă©mergence de l'Empire

Le coup d’État de 1851

Portrait de Napoléon III en 1858
par Alfred de Dreux (1810–1860)

Le coup d'État du 2 dĂ©cembre 1851 est l'acte fondateur du Second Empire. Conclusion d'un conflit de 30 mois avec le parti de l'Ordre (majoritĂ© parlementaire), il marque la victoire des bonapartistes autoritaires[2]. Face Ă  la lĂ©galitĂ© constitutionnelle dont se prĂ©valaient alors les dĂ©fenseurs de la RĂ©publique, les bonapartistes dĂ©clarent opposer le suffrage universel, placĂ© au-dessus de la Constitution, et la confiance directe manifestĂ©e par le peuple comme seule source de lĂ©gitimitĂ©[3]. Ainsi, l'une des principales mesures annoncĂ©es fut le rĂ©tablissement du suffrage universel masculin, prĂ©cĂ©demment limitĂ© par l’AssemblĂ©e et la restitution Ă  tous les citoyens de leurs droits Ă  dĂ©signer leurs reprĂ©sentants[4],[5].

Ces dĂ©cisions et la prolongation du mandat prĂ©sidentiel Ă  10 ans sont approuvĂ©es par plĂ©biscite les 21 et 22 dĂ©cembre 1851 dans un contexte de rĂ©pression des rĂ©sistances rĂ©publicaines et de censure des journaux opposĂ©s au coup de force[6]. Le prĂ©sident jouit cependant d'une rĂ©elle popularitĂ© auprĂšs des paysans. Les civils sont autorisĂ©s Ă  voter Ă  bulletin secret alors que l'armĂ©e et la marine se prononcent Ă  registres ouverts[7]. À la suite du ralliement du clergĂ© et de bon nombre des parlementaires de la majoritĂ© qui avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s le 2 dĂ©cembre et avaient votĂ© sa dĂ©chĂ©ance[8], le corps Ă©lectoral se prononce ainsi favorablement sur la rĂ©vision par 7 481 231 « oui Â» contre 647 292 « non Â» selon les rĂ©sultats dĂ©finitifs publiĂ©s par le dĂ©cret du 14 janvier 1852 (pour environ 10 millions d’inscrits)[9].

La constitution française de 1852

AllĂ©gorie du Second Empire lĂ©gitimant le rĂ©gime « par la grĂące de Dieu et la volontĂ© nationale Â» (mĂ©lange de droit divin et de dĂ©mocratie).

Louis-NapolĂ©on avait exposĂ© sa conception de la dĂ©mocratie cĂ©sarienne quelques annĂ©es plus tĂŽt dans Des IdĂ©es napolĂ©oniennes oĂč il Ă©crivait que « dans un gouvernement dont la base est dĂ©mocratique, le chef seul a la puissance gouvernementale ; la force morale ne dĂ©rive que de lui, tout aussi remonte directement jusqu'Ă  lui, soit haine, soit amour Â»[10]. Les Ă©lĂ©ments clefs du bonapartisme, alliant autoritĂ© et souverainetĂ© du peuple, sont ainsi clairement exposĂ©s[11]. C'est Ă  partir de ces principes qu'une nouvelle constitution est Ă©crite et promulguĂ©e le 14 janvier 1852. Largement inspirĂ©e de la Constitution de l'An VIII et fondĂ©e au terme de son premier article sur les grands principes proclamĂ©s en 1789, la nouvelle RĂ©publique consulaire confie le pouvoir exĂ©cutif Ă  un PrĂ©sident Ă©lu pour dix ans (article 2) seul responsable devant le peuple français auquel il a toujours droit de faire appel (article 5). Le nouveau rĂ©gime politique sera donc plĂ©biscitaire et non parlementaire.

Le chef de l'État a seul l'initiative des lois qu'il sanctionne et promulgue alors que les ministres ne sont responsables de leurs actes que devant lui.

Le Corps lĂ©gislatif est de nouveau Ă©lu au suffrage universel masculin, mais il n'a aucun droit d'initiative, toutes les lois Ă©tant proposĂ©es par le pouvoir exĂ©cutif (mais votĂ©es par le parlement). Le chef de l'État procĂšde notamment Ă  la nomination des membres du Conseil d'État, dont la tĂąche est de prĂ©parer les lois, et du SĂ©nat, un corps Ă©tabli de façon permanente en tant que partie constitutive de l'Empire. Un serment de fidĂ©litĂ© Ă  la personne du chef de l'État ainsi qu'Ă  la Constitution est instituĂ©e pour les fonctionnaires et les Ă©lus. Le prĂ©sident nomme par ailleurs Ă  tous les emplois civils et militaires et la justice se rend en son nom. Le chef de l'État est aussi seul apte Ă  dĂ©clarer la guerre et Ă  conclure les traitĂ©s de paix ou de commerce. La presse fait l'objet d'une nouvelle loi restrictive de libertĂ© avec mise en place d'un systĂšme d'avertissement prĂ©fectoral. Quant Ă  la garde nationale, elle est rĂ©organisĂ©e en une armĂ©e de parade.

La marche vers l'Empire

piÚce de monnaie à l'effigie de Louis-Napoléon Bonaparte

ParallĂšlement Ă  la mise en place de la nouvelle constitution, le statut du prĂ©sident Ă©volue pour devenir celui d'un monarque : il signe Louis-NapolĂ©on, se laisse appeler son altesse impĂ©riale tandis que l'effigie du prince-prĂ©sident fait son apparition sur les piĂšces de monnaie et les timbres-poste[12]. Les aigles impĂ©riaux sont rĂ©tablis sur les drapeaux alors que ses amis et partisans se voient rĂ©compensĂ©s pour le prix de leur fidĂ©litĂ©.

Le code civil est rebaptisĂ© code NapolĂ©on tandis que le 15 aoĂ»t devient le jour de la cĂ©lĂ©bration de la saint-NapolĂ©on, premier modĂšle rĂ©ussi en France de fĂȘte nationale populaire[13].

En fĂ©vrier, il est procĂ©dĂ© aux Ă©lections des membres du corps lĂ©gislatif. Pour ces premiĂšres Ă©lections de la nouvelle rĂ©publique consulaire, les prĂ©fets ont reçu les consignes de mettre l'administration au service des candidats officiels[14], depuis les juges de paix jusqu'aux gardes-champĂȘtres et aux cantonniers[15]. Celle-ci utilise alors tous les moyens possibles pour faciliter l'Ă©lection du candidat officiel que ce soit par l'octroi de subventions, de faveurs, de dĂ©corations mais aussi de bourrage d'urnes, de menaces contre les candidats adverses et de pressions exercĂ©es par les notables sur leurs dĂ©pendants[15]. Si ces pratiques ne sont en fait pas nouvelles pour avoir eu lieu sous la Monarchie constitutionnelle, cette fois, elles sont gĂ©nĂ©ralisĂ©es[15]. Au soir des rĂ©sultats, les candidats officiels ont obtenu 5 200 000 voix contre 800 000 aux divers candidats d'opposition. Les authentiques bonapartistes ne reprĂ©sentent pourtant qu'1/3 des dĂ©putĂ©s Ă©lus dont une bonne moitiĂ© issue de l'orlĂ©anisme, les autres Ă©tant d'origines et d'allĂ©geances diverses. Ainsi, dans le premier corps lĂ©gislatif de la rĂ©publique consulaire, on trouve aussi 35 dĂ©putĂ©s lĂ©gitimistes (dont 3 Ă©lus sur liste officielle), 17 orlĂ©anistes, 18 conservateurs indĂ©pendants, 2 catholiques libĂ©raux et 3 rĂ©publicains[15]. Les opposants qui parviennent Ă  se faire Ă©lire doivent nĂ©anmoins prĂȘter serment de fidĂ©litĂ© au chef de l'État et Ă  la Constitution s'ils veulent siĂ©ger. En consĂ©quence, les 3 dĂ©putĂ©s rĂ©publicains Ă©lus, qui refusent de prĂȘter serment, ne siĂ©geront pas Ă  l'AssemblĂ©e.

Afin de tester la possibilitĂ© du rĂ©tablissement Ă©ventuel de l'institution impĂ©riale, Louis-NapolĂ©on entreprend Ă  compter du 1er septembre 1852 un voyage dans l'Hexagone dans la pure tradition de l'idĂ©ologie bonapartiste d'appel au peuple. Le pĂ©riple est en fait balisĂ© par son ministre de l'IntĂ©rieur, Persigny, qui a la particularitĂ© d'ĂȘtre le plus favorable de ses ministres au rĂ©tablissement de l'Empire. Partout oĂč il passe, d'OrlĂ©ans Ă  Marseille, le prince-prĂ©sident ne voit que des partisans rĂ©clamer l'Empire alors que sont distribuĂ©s de l'argent et des cadeaux aux hauts-fonctionnaires locaux.

Si, en Europe, le coup d'État est accueilli favorablement par les gouvernements[16], les signes annonciateurs du rĂ©tablissement du rĂ©gime impĂ©rial inquiĂštent, obligeant Louis-NapolĂ©on Ă  prĂ©ciser ses intentions : « Certaines personnes disent: l'Empire, c'est la guerre. Moi, je dis, l'Empire, c'est la paix. Des conquĂȘtes, oui : les conquĂȘtes de la conciliation, de la religion et de la morale. Nous avons d'immenses territoires incultes Ă  dĂ©fricher, des routes Ă  ouvrir, des ports Ă  creuser, des riviĂšres Ă  rendre navigables, des canaux Ă  terminer, notre rĂ©seau de chemin de fer Ă  complĂ©ter. Nous avons en face de Marseille un vaste royaume Ă  assimiler Ă  la France. Nous avons tous nos grands ports de l'Ouest Ă  rapprocher du continent amĂ©ricain par la rapiditĂ© de ces communications qui nous manquent encore. Nous avons enfin partout des ruines Ă  relever, de faux dieux Ă  abattre, des vĂ©ritĂ©s Ă  faire triompher. VoilĂ  comment je comprends l'Empire, si l'Empire doit se rĂ©tablir Â»[17].

Le 16 octobre, le prĂ©sident est de retour Ă  Paris oĂč des arcs de triomphe gigantesques ont Ă©tĂ© dressĂ©s, couronnĂ©s de banderoles Ă  NapolĂ©on III, Empereur. Le 7 novembre 1852, par 86 voix contre une seule, un sĂ©natus-consulte rĂ©tablit la dignitĂ© impĂ©riale, approuvĂ©e deux semaines plus tard, lors d'un plĂ©biscite, par 7 824 129 voix contre 253 149 et 1/2 million d'abstentions[18]. Pour Jules Ferry, l'authenticitĂ© du rĂ©sultat du vote ne peut ĂȘtre mis en doute et dĂ©montre l'expression « passionnĂ©e, sincĂšre et libre Â» de la classe paysanne telle que dĂ©jĂ  exprimĂ©e lors de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 1848 et en dĂ©cembre 1851, tandis que le journaliste libĂ©ral Lucien-Anatole PrĂ©vost-Paradol se dĂ©clare guĂ©ri du suffrage universel[19].

La dignitĂ© impĂ©riale est ainsi rĂ©tablie au profit du prince-prĂ©sident Louis-NapolĂ©on Bonaparte, Ă©lu par le peuple français, qui devient officiellement « NapolĂ©on III, Empereur des Français Â» Ă  compter du 2 dĂ©cembre 1852, date anniversaire symbolique du coup d’État, du sacre de NapolĂ©on Ier et de la victoire d’Austerlitz.

L'Empire autoritaire

La constitution, les mécanismes impériaux et leur évolution

Portrait de Napoléon III

MĂȘme si le mĂ©canisme gouvernemental Ă©tait quasiment le mĂȘme sous le Second Empire que sous le Premier Empire, ses principes fondateurs Ă©taient diffĂ©rents. La fonction de l'Empire, comme NapolĂ©on III se plaisait Ă  le rĂ©pĂ©ter, Ă©tait de guider le peuple Ă  l'intĂ©rieur vers la justice et Ă  l'extĂ©rieur vers une paix perpĂ©tuelle. Tenant ses pouvoirs du suffrage universel masculin et ayant frĂ©quemment, depuis sa prison ou en exil, reprochĂ© aux prĂ©cĂ©dents gouvernements oligarchiques d'avoir nĂ©gligĂ© les questions sociales, il rĂ©solut de les traiter en organisant un systĂšme de gouvernement basĂ© sur les principes des « idĂ©es napolĂ©oniennes Â», c'est-Ă -dire celles de l'Empereur - l'Ă©lu du peuple, reprĂ©sentatif du peuple, de la dĂ©mocratie - et de lui-mĂȘme, le reprĂ©sentant du grand NapolĂ©on Ier, hĂ©ros de la RĂ©volution française, et donc gardien de l'hĂ©ritage rĂ©volutionnaire.

Seul maĂźtre du pouvoir exĂ©cutif, NapolĂ©on III gouverne avec l'aide de deux organes dont les attributions sont distinctes : le cabinet particulier, sorte de secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral du chef de l'État, et le gouvernement. Jusqu'en 1864, le cabinet particulier est dirigĂ© par Jean-François Mocquard et composĂ© de fidĂšles. Quant au gouvernement, il est composĂ© d'une dizaine de commis, individuellement responsables devant le seul Empereur et rĂ©vocables tout autant selon sa seule volontĂ©[20]. Si les ministres ne peuvent s'opposer aux projets du chef de l'État, il en est autrement des conseillers d'État. Hauts magistrats nommĂ©s par l'Empereur, ils sont pour la plupart issus de l'administration orlĂ©aniste et peu enclins Ă  partager les prĂ©occupations sociales de NapolĂ©on III. Si leur rĂŽle est essentiellement consultatif, ils n'hĂ©sitent pas Ă  reprendre et discuter le travail des ministres et Ă  amender en profondeur les textes sur lesquels ils se prononcent, y compris ceux en provenance directe du cabinet. Ainsi, la suppression du livret ouvrier, l'adoption d'un systĂšme d'assurance pour les travailleurs agricoles ou la fixation autoritaire du prix du pain se heurteront Ă  l'opposition du Conseil d'État, sans que NapolĂ©on III ne procĂšde, durant tout son rĂšgne, Ă  la moindre rĂ©vocation de conseillers alors qu'il en avait les pouvoirs[21].

Le Corps lĂ©gislatif, composĂ© de 270 Ă©lus, siĂ©geait pendant une unique session annuelle de 3 mois. Il ne pouvait Ă©lire son prĂ©sident ni voter sur le budget en dĂ©tail, ni interpeller le gouvernement ou poser des questions aux ministres. Le seul pouvoir rĂ©el dont les membres du Corps lĂ©gislatif disposaient Ă©tait de rejeter les propositions de lois et les prĂ©visions budgĂ©taires[22]. Émanation du suffrage universel masculin, NapolĂ©on III et les bonapartistes estimaient qu'il ne pouvait y avoir deux expressions concurrentes de la volontĂ© du peuple : celle exprimĂ©e par la voix du plĂ©biscite prĂ©sentĂ© par l'Empereur, reprĂ©sentant exclusif de la souverainetĂ© nationale au terme de la Constitution, et celle exprimĂ©e par des dĂ©putĂ©s via le relais des scrutins lĂ©gislatifs[23]. Cette conception cĂ©sarienne de la dĂ©mocratie n'entendait laisser s'exprimer autrement le vote populaire qu'Ă  condition que les Ă©lections au Corps lĂ©gislatif soient rares (la Chambre basse Ă©tait alors Ă©lue pour 6 ans) et impliquait le recours massif aux candidatures officielles, notamment parce que celles-ci permettaient de rassembler l'Ă©lectorat autour de ce qui pouvait exprimer son unitĂ©[24]. Elles avaient aussi fonction de polariser les Ă©lections lĂ©gislatives et de donner une fonction d'apprĂ©ciation du rĂ©gime en gĂ©nĂ©ral et non du dĂ©putĂ© en particulier[25]. Les districts Ă©lectoraux Ă©taient ajustĂ©s de façon Ă  noyer le vote libĂ©ral citadin dans la masse de la population rurale.

Jusqu'aux annĂ©es 1860, NapolĂ©on III s'appuie essentiellement sur la bourgeoisie d'affaires et le clergĂ© catholique pour gouverner[26]. Il n'y a pas de parti bonapartiste pour le soutenir mais seulement des ralliements plus ou moins sincĂšres ou opportunistes[26]. Il y a ceux qui se rĂ©clament d'un « bonapartisme de gauche Â» populaire et anticlĂ©rical et ceux qui se rĂ©clament d'un « bonapartisme de droite Â» conservateur et clĂ©rical[26]. L'Empereur en est conscient, lequel dĂ©clare un jour : « Quel gouvernement que le mien ! l'ImpĂ©ratrice est lĂ©gitimiste, NapolĂ©on-JĂ©rĂŽme rĂ©publicain, Morny, orlĂ©aniste ; je suis moi-mĂȘme socialiste. Il n'y a de bonapartiste que Persigny : mais Persigny est fou ! Â»[26]. En plus de Morny et de Persigny, il peut aussi compter sur EugĂšne Rouher, son homme de confiance de 1863 Ă  1869 qui fera figure de « vice-empereur Â» ou de Premier ministre sans le titre. En fait, alors que la monarchie et la rĂ©publique ont clairement leurs partisans, le succĂšs du bonapartisme apparait d'abord comme une sorte d’identification de l'Ă©lectorat Ă  un homme qui se rĂ©clame Ă  la fois de 1789 et de la gloire de son oncle avant de devenir une idĂ©ologie et une pratique qui emprunte des Ă©lĂ©ments Ă  la fois Ă  la droite monarchiste et clĂ©ricale qu'Ă  la gauche rĂ©publicaine et dĂ©mocrate-socialiste. Or, il est difficile Ă  NapolĂ©on III de constituer une vĂ©ritable adhĂ©sion Ă  une telle synthĂšse politique et ne peut qu'obtenir le ralliement de « clients Â» qui attendent de lui l’application d’une partie prĂ©cise de son programme et qui peuvent trĂšs vite se dĂ©tourner de lui s’ils sont mĂ©contents. De ce fait, il aura peu de rĂ©els partisans prĂȘts Ă  se battre pour lui[27].

Le succĂšs Ă©lectoral de 1857

Les premiĂšres Ă©lections pour le renouvellement du Corps lĂ©gislatif ont lieu le 22 juin 1857. Face aux candidats officiels, soutenus par les services du ministre de l'IntĂ©rieur, l'opposition est morcelĂ©e, y compris au sein de chacun de ses formations politiques, qu'elle soit lĂ©gitimiste, orlĂ©aniste ou rĂ©publicaine. Les candidats officiels remportent 85 % des suffrages exprimĂ©s (5 500 000 voix). Il y a deux millions d'abstentionnistes. Dans l'opposition (665 000 suffrages), ce sont nĂ©anmoins les rĂ©publicains qui engrangent des voix supplĂ©mentaires, notamment dans les grandes villes (progression de 15 000 voix Ă  Paris) mais leurs dĂ©putĂ©s (Hippolyte Carnot, Michel Goudchaux et Cavaignac) refusent de prĂȘter serment et ne peuvent en consĂ©quence siĂ©ger. Toutefois, aux Ă©lections complĂ©mentaires d'avril 1858, les cinq dĂ©putĂ©s rĂ©publicains qui sont Ă©lus (Jules Favre, Ernest Picard, Jacques-Louis HĂ©non, Louis Darimon et Émile Ollivier) acceptent de prĂȘter serment pour pouvoir siĂ©ger au parlement[28]. De leur cĂŽtĂ©, les royalistes sont peu actifs aprĂšs la tentative infructueuse, faite Ă  Frohsdorf en 1853, d'alliance des lĂ©gitimistes et des orlĂ©anistes.

À la suite de la progression relative de l'opposition rĂ©publicaine, l'Empereur refuse de remettre en cause le suffrage universel comme le lui demande son entourage.

L'attentat d'Orsini

L'attentat manqué de Felice Orsini contre l'Empereur et l'Impératrice en 1858 fait de nombreuses victimes et a pour conséquence de durcir le régime[29]. Plusieurs hauts fonctionnaires sont démis de leurs fonctions tout comme Adolphe Billault, le ministre de l'Intérieur, remplacé par le général Espinasse. L'instruction publique était strictement supervisée, l'enseignement de la philosophie et de l'histoire fut supprimé au lycée et les pouvoirs disciplinaires de l'administration furent augmentés.

Le 1er fĂ©vrier, un projet de loi de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale est dĂ©posĂ© devant le Corps lĂ©gislatif, permettant de punir de prison toute action ou complicitĂ© d'acte accomplie dans le but d'exciter Ă  la haine ou au mĂ©pris des citoyens les uns contre les autres. Il donnait Ă©galement pouvoir au gouvernement d'interner ou de dĂ©porter sans jugement (« transportation Â») aprĂšs l'expiration de sa peine, tout individu condamnĂ© pour des dĂ©lits relatifs Ă  la sĂ»retĂ© de l'État ou pour offense contre la personne de l'Empereur mais Ă©galement tout individu ayant Ă©tĂ© condamnĂ©, exilĂ© ou dĂ©portĂ© Ă  la suite des journĂ©es de juin 1848, de juin 1849 et de dĂ©cembre 1851[30].

Le Corps lĂ©gislatif approuva la loi par 221 voix contre 24 et 14 abstentions. Au sĂ©nat, seul Patrice de Mac Mahon s'y opposa tandis que le Conseil d'État n'approuve le texte que de justesse, par 31 voix contre 27[31].

Le gĂ©nĂ©ral Espinasse a carte blanche pour agir et ne se prive pas pour appliquer les sanctions aux Ă©ventuels fauteurs de troubles mais dĂšs le mois de mars, la loi est mise en sommeil et ne sera plus jamais appliquĂ©e jusqu'Ă  la fin de l'Empire[32]. Au total, 450 personnes auront Ă©tĂ© renvoyĂ©es en prison ou transportĂ©es en AlgĂ©rie ; la plupart d'entre elles Ă©tant libĂ©rĂ©es au plus tard le 15 aoĂ»t 1859 Ă  l'occasion d'une amnistie gĂ©nĂ©rale[31] pour cĂ©lĂ©brer ses victoires en Italie du Nord. Certains comme Victor Hugo ou Edgar Quinet refusent d'en profiter.

L'Empire libéral

La montée des difficultés et des contestations

Au fil des annĂ©es 1860, le Second Empire prend une tournure libĂ©rale. Il desserre ainsi progressivement la censure, libĂ©ralise le droit de rĂ©union et les dĂ©bats parlementaires. Sous l'influence notamment du duc de Morny, il se dirige lentement vers une pratique plus parlementaire du rĂ©gime. NĂ©anmoins, cette libĂ©ralisation parlementaire, accompagnĂ©e de l'amnistie gĂ©nĂ©rale dĂ©crĂ©tĂ©e au retour de la campagne d'Italie, ont rĂ©veillĂ© l'opposition, qu'elle soit rĂ©publicaine ou monarchiste y compris la droite clĂ©ricale qui n'a pas apprĂ©ciĂ© la politique italienne de l'Empereur[33]. Si les rĂ©publicains et les libĂ©raux ont approuvĂ© la politique italienne de l'Empereur ainsi que sa politique commerciale (notamment le traitĂ© de libre-Ă©change avec le Royaume-Uni ratifiant la politique menĂ©e par Richard Cobden et Michel Chevalier), celles-ci lui ont aliĂ©nĂ© la sympathie des catholiques et des industriels. Cette opposition critique est notamment incarnĂ©e par l'Univers, le papier de Louis Veuillot. Elle persiste mĂȘme aprĂšs l'expĂ©dition en Syrie de 1860 en faveur des catholiques maronites, qui Ă©taient persĂ©cutĂ©s par les Druzes. NapolĂ©on III est alors obligĂ© de rechercher de nouveaux appuis dans le pays[26].

La réforme constitutionnelle de 1862

Le dĂ©cret du 24 novembre 1860 complĂ©tĂ© par les sĂ©natus-consultes des 2 et 3 fĂ©vrier et du 31 dĂ©cembre 1861 rĂ©forme la constitution de 1852. Il s'agit pour NapolĂ©on III de donner aux grands corps de l'État une participation plus directe Ă  la politique gĂ©nĂ©rale du gouvernement[34]. Ainsi, le droit d'adresse du SĂ©nat et du Corps LĂ©gislatif est rĂ©tabli, le droit d'amendement est Ă©largi ainsi que les modalitĂ©s de discussion des projets de loi. Un compte-rendu stĂ©nographique des dĂ©bats est instaurĂ© et rendu public. L'empereur compte sur cette mesure pour tenir en Ă©chec l'opposition catholique montante, qui est de plus en plus alarmĂ©e par la politique de laissez-faire pratiquĂ©e par l'Empereur en Italie. Les modalitĂ©s de discussion budgĂ©taire sont elles aussi modifiĂ©es, le budget cessant d'ĂȘtre votĂ© globalement par dĂ©partement ministĂ©riel, permettant Ă  l'assemblĂ©e d'exercer un contrĂŽle vigilant et rigoureux sur l'administration et la politique du gouvernement. Le fonctionnement de l'État tend alors Ă  se rapprocher de celui d'une monarchie constitutionnelle[35]. Le Second Empire est alors Ă  son apogĂ©e[36]. Pour Lord Newton, « Si la carriĂšre de NapolĂ©on III s'Ă©tait terminĂ©e en 1862, il aurait probablement laissĂ© un grand nom dans l'Histoire et le souvenir de brillants succĂšs Â»[37].

Cette libéralisation parlementaire accompagnée de l'amnistie générale réveille l'opposition tandis que la majorité parlementaire montre aussitÎt des signes d'indépendance. Le droit de voter le budget par section est une nouvelle arme donnée à ses adversaires.

Les élections législatives de 1863

Article dĂ©taillĂ© : Élections lĂ©gislatives de 1863 (France).

Les Ă©lections du 31 mai 1863 interviennent dans un contexte marquĂ© par des difficultĂ©s Ă©conomiques liĂ©es aux mauvaises rĂ©coltes, Ă  leurs effets dĂ©sastreux sur l'industrie textile, en raison de la pĂ©nurie de coton, du blocus des cĂŽtes sudistes par les troupes de Lincoln, provoquant faillites et montĂ©e du chĂŽmage[38]. Plus de 300 candidats d'opposition se prĂ©sentent, les plus nombreux Ă©tant les rĂ©publicains alors mĂȘme que, depuis 1858, le serment de fidĂ©litĂ© Ă  la Constitution est exigĂ© de tous les candidats et non plus seulement de ceux qui sont Ă©lus. Des alliances sont contractĂ©es entre monarchistes et rĂ©publicains, notamment Ă  Paris oĂč l'orlĂ©aniste Adolphe Thiers se prĂ©sente sur une liste unique comprenant une majoritĂ© de candidats rĂ©publicains[39]. Au final, avec 5 308 000 suffrages, les candidats gouvernementaux perdent des suffrages tandis que l'opposition obtient 1 954 000 votes et 32 siĂšges (17 rĂ©publicains et 15 indĂ©pendants dont Thiers) alors que le taux d'abstention recule fortement (27 %). Si par leur vote, les campagnes et les villes infĂ©rieures Ă  40 000 habitants ont soutenu les candidats officiels, les suffrages des grandes villes sont allĂ©s majoritairement Ă  l'opposition[40]. NĂ©anmoins, de grandes personnalitĂ©s de l'opposition tels Charles de RĂ©musat ou le Comte de Montalembert subissent un Ă©chec dans leur tentative de retrouver les bancs de l'AssemblĂ©e.

Les Ă©lections sont suivies d'un important remaniement ministĂ©riel. À ceux tels Walewski et Persigny, soutenus par l'ImpĂ©ratice qui souhaitaient revenir Ă  l'Empire autoritaire s'opposaient les rĂ©formistes menĂ©s par le duc de Morny vers lesquels penchent NapolĂ©on III. Lors du remaniement, EugĂšne Rouher devient l'homme fort du gouvernement, une sorte de « vice-empereur Â». Persigny est dĂ©mis du ministĂšre de l'IntĂ©rieur, remplacĂ© par Paul Boudet, un avocat anticlĂ©rical, protestant et franc-maçon tandis qu'un industriel saint-simonien, Armand BĂ©hic, devenait ministre de l'Agriculture et que Victor Duruy, un historien libĂ©ral, reprenait le ministĂšre de l'Instruction publique[41]. Au Corps lĂ©gislatif, les rĂ©publicains ralliĂ©s Ă  l'Empire forment avec les bonapartistes libĂ©raux, le Tiers-Parti[42],[43].

Mais mĂȘme si l'opposition reprĂ©sentĂ©e par Thiers Ă©tait davantage constitutionnelle que dynastique, il y avait une autre opposition irrĂ©conciliable, celle des rĂ©publicains amnistiĂ©s ou exilĂ©s volontairement, dont Victor Hugo Ă©tait le porte-voix le plus Ă©loquent.

Ceux qui avaient précédemment constitué les classes gouvernantes montraient alors à nouveau des signes de leur ambition de gouverner. Il apparut le risque que ce mouvement né au sein de la bourgeoisie pourrait s'étendre au peuple. Comme Antée tenait sa force en touchant la terre, Napoléon III crut qu'il pouvait contrÎler son pouvoir menacé en se tournant à nouveau vers les masses laborieuses dont il tenait son pouvoir.

Les concessions accordĂ©es par la Constitution de 1862 et dans les annĂ©es qui suivirent accĂ©lĂšrent la cassure entre les bonapartistes autoritaires et les bonapartistes pragmatiques tout en restant insuffisant pour les opposants au Second Empire. Par ailleurs, la politique Ă©trangĂšre hasardeuse a entamĂ© une bonne partie de la confiance que le Second Empire avait capitalisĂ© jusque lĂ . Thiers et Jules Favre, en tant que reprĂ©sentants de l'opposition, dĂ©noncent les erreurs de 1866. Émile Ollivier divise le Tiers Parti par l'amendement de l'article 45, et fait comprendre qu'une rĂ©conciliation avec l'Empire serait impossible jusqu'Ă  ce que l'Empereur libĂ©ralise rĂ©ellement le rĂ©gime. Le rappel des troupes françaises de Rome, en accord avec la convention de 1864, donne Ă©galement lieu Ă  de nouvelles attaques du parti ultramontain, soutenu par la papautĂ©.

Le temps des « rĂ©formes utiles Â»

En janvier 1867, NapolĂ©on III annonce ce qu'il appelle des « rĂ©formes utiles Â» et une « extension nouvelle des libertĂ©s publiques Â». Un dĂ©cret du 31 janvier 1867 remplace le droit d'adresse par le droit d'interpellation. La loi du 11 mai 1868 sur la presse abolit toutes les mesures prĂ©ventives : la procĂ©dure de l'autorisation est remplacĂ©e par celle de la dĂ©claration et celle de l'avertissement est supprimĂ©e. De nombreux journaux d'opposition apparaissent, notamment ceux favorables aux rĂ©publicains qui « s'enhardissent dans leurs critiques et leurs sarcasmes contre le rĂ©gime Â». La loi du 6 juin 1868 sur les rĂ©unions publiques supprime les autorisations prĂ©alables, sauf celles oĂč sont traitĂ©es les questions religieuses ou politiques. NĂ©anmoins, la libertĂ© des rĂ©unions Ă©lectorales est reconnue[44].

Toutes ces concessions, si elles divisent le camp bonapartiste, restent insuffisantes pour les opposants au Second Empire.

Conditions de la presse

Article dĂ©taillĂ© : Presse sous le Second Empire.

La presse Ă©tait assujettie Ă  un systĂšme de « cautionnement Â», sous forme d'argent, dĂ©posĂ© Ă  titre de garantie de bonne conduite, et d'« avertissements Â», c'est-Ă -dire de requĂȘtes par les autoritĂ©s de cesser la publication de certains articles, sous la menace de la suspension ou de la suppression, tandis que les livres Ă©taient sujets Ă  la censure. Avec la libertĂ© de la presse, les journaux se multiplient, notamment ceux favorables aux rĂ©publicains. L'Empereur avait vainement espĂ©rĂ© que, mĂȘme en donnant la libertĂ© de la presse et en autorisant les rĂ©unions, il garderait la libertĂ© d'action ; mais il avait jouĂ© le jeu de ses ennemis. Les ChĂątiments de Victor Hugo, l'Ă©lecteur libre de Jules Ferry, Le RĂ©veil de Charles Delescluzes, La Lanterne d'Henri Rochefort, la souscription au monument Ă  Baudin, le dĂ©putĂ© tuĂ© dans les barricades en 1851, suivis par le discours de LĂ©on Gambetta contre l'Empire Ă  l'occasion du procĂšs de Charles Delescluze dĂ©montrent rapidement que le parti rĂ©publicain n'Ă©tait pas conciliable.

De l'autre cÎté, le parti orléaniste était devenu mécontent parce que les industries autrefois protégées n'étaient pas satisfaites par la réforme du libre-échange.

En vain, Rouher tente de rencontrer l'opposition libérale en organisant un parti pour la défense de l'Empire, l'Union Dynastique.

La loi Niel

La succession de revers internationaux durant la période 1866-1867 et les craintes d'un conflit armé ont convaincu Napoléon III de procéder à une refonte de l'organisation militaire. Au Mexique, la grande idée du rÚgne s'est terminée par une retraite humiliante tandis que l'Italie, comptant sur sa nouvelle alliance avec la Prusse, mobilise les forces révolutionnaires pour compléter son unité et conquérir Rome. La crise luxembourgeoise a ridiculisé la diplomatie impériale. La tentative du comte Beust de ressusciter, avec le soutien du gouvernement autrichien, le projet d'une résolution sur la base d'un statu quo avec désarmement réciproque, est refusée par Napoléon III sur le conseil du colonel Stoffel, son attaché militaire à Berlin, qui indique que la Prusse n'accepterait pas le désarmement. Une refonte de l'organisation militaire lui semble néanmoins nécessaire. La loi de réforme militaire que l'empereur propose en 1866 aprÚs la victoire des Prussiens à Sadowa est destinée à modifier le recrutement militaire en supprimant ses aspects inégalitaires et injustes (le tirage au sort, par exemple) et à renforcer l'instruction. La loi Niel telle qu'elle s'appelle est néanmoins considérablement dénaturée par les parlementaires, en majorité hostiles, et est finalement adoptée avec tant de modifications (maintien du tirage au sort) qu'elle en devient inefficace[45],[46].

Les élections législatives de 1869

Les Ă©lections lĂ©gislatives de mai 1869 donnent lieu Ă  des combats de rue, ce qui ne s'Ă©tait pas vu depuis plus de 15 ans. Si les candidats favorables Ă  l'Empire l'emportent avec 4 600 000 voix, l'opposition, majoritairement rĂ©publicaine, rafle 3 300 000 voix et la majoritĂ© dans les grandes villes. Au Corps lĂ©gislatif, ces Ă©lections marquent le recul important des bonapartistes autoritaires (97 siĂšges) face au grand vainqueur, le Tiers-Parti (125 siĂšges), et face aux orlĂ©anistes de Thiers (41 siĂšges) et aux rĂ©publicains (30 siĂšges)[47]. Si le rĂ©gime garde le soutien essentiel de la paysannerie, les ouvriers ont ralliĂ© pour la premiĂšre fois en majoritĂ© les candidats rĂ©publicains, ce qui sonne comme un Ă©chec pour la politique d'ouverture sociale de NapolĂ©on III. L'union entre les internationalistes et les bourgeois rĂ©publicains devient dĂšs lors un fait accompli.

À la suite de ces Ă©lections, NapolĂ©on III accepte de nouvelles concessions tandis que « les violences rĂ©publicaines inquiĂštent les modĂ©rĂ©s Â»[47]. Par un sĂ©natus-consulte du 8 septembre 1869, le Corps lĂ©gislatif reçoit l'initiative des lois et le droit d'interpellation sans restriction. Le SĂ©nat achĂšve sa mue pour devenir une seconde chambre lĂ©gislative tandis que les ministres forment un cabinet responsable devant l'empereur[48].

Tableau comparatif des Ă©lections sous le Second Empire: le tournant de 1863

Tableau comparatif des Ă©lections sous le Second Empire: le tournant de 1863[49]
Elections Inscrits Pour le gouvernement Contre le gouvernement Abstention
  1852 9 836 000 5 248 000 810 000 3 613 000
  1857 9 490 000 5 471 000 665 000 3 372 000
  1863 9 938 000 5 308 000 1 954 000 2 714 000
  1869 10 417 000 4 438 000 3 355 000 2 291 000

Caractéristiques économiques et sociales sous le Second Empire

Prospérité, développement économique et culture

L'historien Maurice Agulhon note que « l’histoire Ă©conomique et culturelle Â» du Second Empire se caractĂ©rise par « une pĂ©riode prospĂšre et brillante Â»[50].

Le Second Empire coĂŻncide quasi exactement, entre deux dĂ©pressions Ă©conomiques (celle de 1817-1847 et celle de 1873-1896) au quart de siĂšcle de prospĂ©ritĂ© Ă©conomique internationale qu'a connu la France au XIXe siĂšcle[51]. D'inspiration saint-simonienne, la politique Ă©conomique fortement Ă©tatiste menĂ©e au lendemain du coup d'État a pour objectif la relance de la croissance et la modernisation des structures[52]. En 20 ans, le pays s'est ainsi dotĂ© d'infrastructures modernes, d'un systĂšme financier bancaire et commercial novateur et a rattrapĂ© en 1870 son retard industriel sur le Royaume-Uni, en partie grĂące Ă  la politique volontariste de l'Empereur et Ă  son choix du libre-Ă©change.

Si les campagnes connaissent une certaine prospĂ©ritĂ© et que la production industrielle connaĂźt une forte croissance, le taux moyen de croissance annuelle se stabilise autour de 2 % par an, Ă  la suite de plusieurs crises ponctuelles intervenues notamment en 1856, 1861, 1864 et 1870. Enfin, dans l'ensemble, ce sont les secteurs industriels liĂ©s en particulier aux chemins de fer qui ont rĂ©ussi leur modernisation quand d'autres industries, incapables d'Ă©voluer ou de se moderniser, disparaissaient[52],[53].

Durant la dĂ©cennie 1860, les contraintes monĂ©taires et budgĂ©taires entraĂźnent le gouvernement Ă  suivre nĂ©anmoins les prĂ©ceptes des partisans d'une politique Ă©conomique et financiĂšre moins proche de celles prĂ©conisĂ©es par les saint-simoniens.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

5 francs 1868
Timbre à l'effigie de Napoléon III

Le développement des voies de communication

Le rĂšgne de NapolĂ©on III est d'abord marquĂ© par l'achĂšvement de la construction du rĂ©seau ferroviaire français supervisĂ©e par l'État. En 1851, le pays ne compte que 3 500 km de voies ferrĂ©es contre plus de 10 000 km en Grande-Bretagne. Sous l'impulsion de NapolĂ©on III et de son ministre des travaux publics, Pierre Magne, dont la politique est caractĂ©risĂ©e par un engagement financier de l'État dans les entreprises ferroviaires, le pays rattrape et dĂ©passe sa rivale d'outre-Manche pour atteindre prĂšs de 20 000 km de voies ferrĂ©es en 1870, sur lesquelles circulent annuellement plus de 110 000 000 voyageurs et 45 000 000 tonnes de marchandises[54]. Le chemin de fer dessert dĂ©sormais toutes les grandes et moyennes villes françaises. Les incidences sont considĂ©rables sur de nombreux secteurs industriels, que ce soient ceux des mines, de la sidĂ©rurgie, des constructions mĂ©caniques et des travaux publics. ParallĂšlement, le gouvernement porte Ă©galement ses efforts sur la construction et l'entretien des routes ainsi que sur les ouvrages d'arts puis, Ă  partir de 1860, sous l'impulsion de l'empereur, sur le dĂ©veloppement des voies navigables avec la construction de nouveaux canaux. Enfin, l'État bonapartiste favorise le dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©graphie Ă©lectrique mais aussi les fusions et la crĂ©ation de grandes compagnies maritimes de navigation (les messageries maritimes, la compagnie gĂ©nĂ©rale transatlantique etc.) ainsi que la modernisation de la flotte et l'essor du commerce maritime par l'Ă©quipement des grands ports, notamment celui de Marseille[55].

Le développement des sources de crédit

Inspiré de la doctrine saint-simonienne, Napoléon III multiplie également les sources de crédit et d'argent à bon marché en réformant le systÚme bancaire dans le but de mieux faire circuler l'argent, de drainer l'épargne afin de favoriser le décollage industriel du pays[56]. Avec la création de grandes banques de dépÎt, le systÚme bancaire est démocratisé avec l'entrée en vigueur du décret du 28 février 1852 favorisant l'établissement d'instituts de crédit foncier comme le Crédit foncier de France pour le monde agricole et le Crédit Mobilier, une banque d'affaires dirigée par les frÚres Pereire jusqu'en 1867 et destinée à financer les sociétés industrielles, notamment celles du chemin de fer mais aussi l'omnibus parisien ou l'éclairage au gaz[57]. De nombreuses grandes banques de dépÎt sont créées tels le comptoir d'escompte de Paris, le Crédit industriel et commercial (décret impérial de 1859) et le Crédit lyonnais. Par ailleurs, le rÎle de la Banque de France évolue et, poussée par l'empereur, elle s'engage dans le soutien au développement économique[58] tandis que la loi du 24 juin 1865 importe en France le chÚque comme moyen de paiement[59]. ParallÚlement, le droit des sociétés est adapté aux exigences du capitalisme financier. Ainsi la loi du 17 juillet 1856 créait la Société en Commandite par Actions, celle du 23 mai 1863 fonde la Société à responsabilité limitée (SARL) et celle du 24 juillet 1867 libéralise les formalités de création de sociétés commerciales dont les Sociétés Anonymes.

La remise en cause du protectionnisme

L'influence des saint-simoniens sur la politique Ă©conomique se manifeste enfin par la politique mise en Ɠuvre par l'empereur pour mettre fin au protectionnisme Ă©conomique face Ă  la concurrence Ă©trangĂšre, et ce en dĂ©pit de l'opposition des industriels français. Ainsi, le 15 janvier 1860, la conclusion d'un traitĂ© de commerce avec l'Angleterre, nĂ©gociĂ© secrĂštement entre Michel Chevalier et Richard Cobden, fait alors figure de « coup d'État douanier Â». Ce traitĂ©, abolissant non seulement les droits de douane sur les matiĂšres premiĂšres et la majoritĂ© des produits alimentaires entre les deux pays mais supprimant Ă©galement la plupart des prohibitions sur les textiles Ă©trangers et sur divers produits mĂ©tallurgiques, est suivi par une sĂ©rie d'accords commerciaux nĂ©gociĂ©s avec d'autres nations europĂ©ennes (la Belgique, le Zollverein, l’Italie, et l’Autriche). Cette ouverture Ă©conomique des frontiĂšres stimule alors la modernisation du tissu industriel français et de ses modes de production[52].

Le développement des grands magasins

L'Ă©poque est aussi marquĂ©e par l'Ă©mergence des Grands Magasins[60] comme le Bon MarchĂ© d'Aristide Boucicaut puis le Bazar de l'HĂŽtel de Ville, le Printemps et la Samaritaine alors que la bourse connaĂźt un vĂ©ritable Ăąge d'or : l'industrie (acier, textile) connaĂźt une forte croissance, du moins jusqu'au milieu des annĂ©es 1860 et les mines, de charbon dans l'Est et le Nord et d'ardoise en Anjou prennent leur essor (ces derniĂšres seront submergĂ©es par une inondation record de la Loire en 1856, occasion pour le chef de l'État de se rendre Ă  TrĂ©lazĂ© pour y restaurer son image ternie Ă  la suite d'une rĂ©pression politique envers une Ă©meute rĂ©publicaine un an plus tĂŽt)[61].

Les expositions universelles

Capitale de l'Europe au mĂȘme titre que la Londres victorienne, Paris accueille de grandes rĂ©unions internationales telles que l'exposition universelle de 1855 et celle de 1867 qui lui permettent de mettre en avant l'intĂ©rĂȘt de la France pour les progrĂšs techniques et Ă©conomiques[62]. L'exposition universelle de 1867, qui a lieu dans un Paris transformĂ© et modernisĂ© par le baron Haussmann accueille notamment dix millions de visiteurs et des souverains venus de toute l'Europe. Le succĂšs de celle-ci est quelque peu terni par la tentative d'assassinat de Berezowski sur le tsar Alexandre II de Russie, et par le tragique destin de l'Empereur Maximilien au Mexique.

IntĂ©ressĂ© personnellement par tout ce qui relĂšve du progrĂšs technique, l'Empereur finance lui-mĂȘme les travaux de Alphonse Beau de Rochas sur le moteur thermique Ă  quatre temps[63].

Le Paris saint-simonien de Napoléon III

Napoléon III remet au baron Haussmann le décret d'annexion à Paris des communes suburbaines (1860)

Le Second Empire est une pĂ©riode faste pour l'architecture française, favorisĂ©e par l'intensitĂ© des transformations urbaines[64]. Commanditaire des travaux du Baron Haussmann Ă  Paris, NapolĂ©on III a notamment pour objectif de transformer cette ville rĂ©putĂ©e au milieu du XIXe siĂšcle pour sa surpopulation, son insalubritĂ© et sa sensibilitĂ© aux Ă©pidĂ©mies[65] en un modĂšle d'urbanisme et d'hygiĂšne comme l'Ă©tait alors Londres.

Saint-simonien convaincu, inspirĂ© notamment par son proche conseiller Michel Chevalier, Louis-NapolĂ©on rĂȘve d'une ville organisĂ©e et saine, avec de larges boulevards et avenues reliant facilement les pĂŽles d'attraction, oĂč le commerce et l'industrie puissent se dĂ©velopper et les plus dĂ©munis vivre dans des conditions dĂ©centes[66]. Le Paris transformĂ© par le Baron Haussmann sera ainsi d'abord le Paris saint-simonien imaginĂ© par le prince-prĂ©sident[67] dont beaucoup d'aspects figuraient dans les phalanstĂšres de Charles Fourier et dans l'Icarie d'Étienne Cabet[68]. Suivant ces principes fouriĂ©ristes, Louis-NapolĂ©on est Ă  l'origine de la construction des 86 premiers logements sociaux de Paris Ă  la citĂ© Rochechouart en 1851[69],[70] qu'il fait financer par le sous-comptoir du commerce et de l'industrie pour le bĂątiment afin de pallier la dĂ©faillance du Conseil municipal de Paris[71]. Il fait lui-mĂȘme un don de 50 000 francs pour aider Ă  la construction de citĂ©s ouvriĂšres destinĂ©es au remplacement des logements insalubres de la capitale et fait traduire et publier Des habitations des classes ouvriĂšres, de l'architecte anglais, Henry Roberts[72].

Quand le 22 juin 1853, Georges EugĂšne Haussmann est nommĂ© prĂ©fet de la Seine par NapolĂ©on III, il est chargĂ© de rĂ©aliser le Paris rĂȘvĂ© de l'Empereur dont la mission peut se rĂ©sumer Ă  « aĂ©rer, unifier et embellir la ville Â»[73]. La capitale, pour la premiĂšre fois considĂ©rĂ©e dans son ensemble, est ainsi transformĂ©e en profondeur et modernisĂ©e avec la crĂ©ation d'un tissu cohĂ©rent de voies de communication. De nouvelles voies et axes reliant notamment les grandes gares entre elles sont percĂ©es, des perspectives et des places sont ouvertes tandis que de nombreux squares, espaces verts et jardins sont crĂ©Ă©s (Montsouris, Buttes-Chaumont, bois de Vincennes et de Boulogne, Boucicaut
). Plusieurs Ăźlots misĂ©rables comme celui dit de la petite Pologne sont rasĂ©s. L'Empereur lui-mĂȘme veille de prĂšs sur les travaux et dessine le plan d’un ensemble de 41 pavillons destinĂ©s Ă  l’usage des classes ouvriĂšres situĂ©s avenue Daumesnil et qui seront prĂ©sentĂ©s Ă  l’exposition universelle de 1867[74],[75].

Au palais des Tuileries, en 1853, l'architecte Louis Visconti, au cÎté de Hector-Martin Lefuel, présente au couple impérial et à ses proches (les comtesses de Rayneval et de Lourmel, le comte d'Arjuson, le sénateur Ney et Achille Fould) les plans de son projet d'achÚvement du palais du Louvre et de réunion à celui des Tuileries.
Peinture par Ange Tissier

Par dĂ©cret impĂ©rial du 1er janvier 1860 repoussant les limites de la Capitale aux fortifications de Thiers, la superficie de Paris passe de 3 300 hectares Ă  7 100 hectares tandis que sa population gagne 400 000 habitants pour s'Ă©tablir Ă  1 600 000 Parisiens. La ville absorbe 11 communes (Auteuil, Passy, Montmartre, Batignolles-Monceau, La Villette, La Chapelle, Belleville, Bercy, Grenelle, Charonne, et Vaugirard) et 13 portions de communes. Paris est dĂ©sormais rĂ©organisĂ© en vingt arrondissements et 80 quartiers[76]. En 1870, la ville atteint 2 000 000 d'habitants. Pour la premiĂšre fois de son histoire, un plan gĂ©nĂ©ral de la ville est dressĂ© ainsi qu'un relevĂ© topographique.

Entre 1852 et 1870, plus de 300 km de voies nouvelles et Ă©clairĂ©es sont rĂ©alisĂ©es dans Paris, accompagnĂ©es de plantations (600 000 arbres plantĂ©s et 20 000 hectares de bois et jardins)[77], de trottoirs (plus de 600 km)[78], de mobilier urbain, de caniveaux et de 600 km d'Ă©gouts. Plus de 19 000 immeubles insalubres comprenant 120 000 logements auront Ă©tĂ© abattus et remplacĂ©s par 30 000 bĂątiments nouveaux fournissant 215 300 logements[79] auxquels s'ajoutent de nombreux nouveaux monuments publics et Ă©difices[80], le nouvel HĂŽtel-Dieu, des thĂ©Ăątres (Le ChĂątelet), des lycĂ©es, les halles de Baltard ou de nombreux lieux de culte (Ă©glise Saint-Augustin, Ă©glise Saint-François-Xavier...). L'utilisation du fer et de la fonte dans la structure des Ă©difices publics alors construits est la principale nouveautĂ© de l'Ă©poque et fait la renommĂ©e des architectes Victor Baltard, Hector Horeau, Louis-Auguste Boileau, Henri Labrouste marquant aussi les dĂ©buts de Gustave Eiffel[64]. Aux adeptes de l'architecture mĂ©tallique s'ajoutent ceux qui dĂ©fendent un style plus Ă©clectique comme ThĂ©odore Ballu (Ă©glise Sainte-Clotilde et Ă©glise de la TrinitĂ© Ă  Paris), Jacques Hittorff (Cirque d'hiver et gare du Nord) ou Joseph-Louis Duc (façade du nouveau Palais de Justice). Celui qui fait cependant figure d'architecte officiel du Second Empire est nĂ©anmoins Hector Lefuel qui achĂšve le palais du Louvre qu'il relie au palais des Tuileries. Quant au chantier architectural le plus important et le plus emblĂ©matique du Second Empire, c'est celui de l'OpĂ©ra Garnier dont le chantier commence en aout 1861[81] et que l'Empereur ne verra jamais abouti.

Ces travaux du Second Empire ont modelĂ© le visage du Paris du XXe siĂšcle. Ils ont cependant eu un coĂ»t non nĂ©gligeable. Les opposants aux travaux conduits par Haussmann ont notamment dĂ©noncĂ© leur coĂ»t financier (les travaux coĂ»tĂšrent 2,5 milliards de francs en dix-sept ans pour un budget initial de 1,1 milliard de francs, obligeant Haussmann Ă  recourir Ă  des bons de dĂ©lĂ©gation Ă©mis par la Caisse des travaux de Paris, Ă  creuser la dette de la ville et Ă  se justifier par la thĂ©orie des dĂ©penses productives[82]). À ces critiques financiĂšres s'ajoutent celles sur la vague de spĂ©culation immobiliĂšre (les loyers augmentent de 300 % sur toute la pĂ©riode) et leur coĂ»t social (refoulement des plus pauvres hors du centre de Paris). Enfin, une autre vague de critiques porte sur le coĂ»t culturel de ces travaux (comme la destruction de nombreux vestiges du passĂ©, notamment sur l'Ăźle de la CitĂ©[83]). Si nombre de ces critiques peuvent ĂȘtre justifiĂ©es, il s'avĂšre qu'il n'y eut finalement pas d'accroissement du dĂ©sĂ©quilibre social dans la capitale par rapport Ă  la pĂ©riode antĂ©rieure[84] et qu'en 1865, 42 % des Parisiens restaient classĂ©s dans la catĂ©gorie des plus dĂ©favorisĂ©s car non imposables et qu'Ă  la fin de l'administration haussmannienne en 1870, 65 % des logements parisiens Ă©taient occupĂ©s par des indigents, des ouvriers et par les reprĂ©sentants les plus modestes de la petite bourgeoisie[85]. Enfin, l'Ă©tat d'insalubritĂ© atteint Ă  Paris en 1850, le dĂ©labrement des Ă©difices et les difficultĂ©s de circulation exigeaient une nouvelle politique urbanistique.

Les opposants aux travaux ont Ă©galement dĂ©noncĂ© les grands boulevards (trĂšs larges et droits) permettant de mieux contrecarrer les Ă©ventuelles rĂ©voltes en empĂȘchant la formation de barricades. Haussmann ne niera jamais ce rĂŽle quasi-militaire de la percĂ©e de certaines des voies parisiennes, formant des brĂšches au milieu de quartiers constituant de vĂ©ritables citadelles d'insurrection tels que ceux de l'HĂŽtel de ville, du faubourg Saint-Antoine et des deux versants de la Montagne Sainte-GeneviĂšve. Cependant, il rĂ©pondra que la majoritĂ© des grandes artĂšres percĂ©es consistaient surtout Ă  amĂ©liorer la circulation entre les gares, entre celles-ci et le centre-ville et aussi Ă  aĂ©rer la ville pour Ă©viter les foyers infectieux[86].

ParallĂšlement, NapolĂ©on III encourage cette politique dans les autres grandes et moyennes villes de France, de Lyon Ă  Biarritz en passant par Dieppe (les nombreuses rues impĂ©riales alors tracĂ©es sont souvent par la suite rebaptisĂ©es « rue de la RĂ©publique Â»). L'Empereur multiplie les sĂ©jours personnels dans les villes d'eau telles que Vichy, PlombiĂšres-les-Bains, Biarritz, ce qui contribue beaucoup Ă  leur lancement et Ă  leur fortune durable. Une politique de grands travaux et d'assainissement permettent de mettre en valeur des rĂ©gions comme la Dombes, les Landes, la Champagne, la Provence ainsi que la Sologne, rĂ©gion chĂšre Ă  NapolĂ©on III en raison de ses attaches familiales du cĂŽtĂ© Beauharnais et qui s'investira personnellement dans la bonification de celle-ci en participant au financement des travaux[87].

DĂ©veloppement de la photographie

Palais et jardin des Tuileries lors d'un bal sous le Second Empire

DĂ©sireux de faire apparaĂźtre son rĂšgne comme celui du « progrĂšs scientifique et social, de l’industrie et des arts, de la grandeur retrouvĂ©e de la France Â», NapolĂ©on III trouve en la photographie un instrument moderne permettant de rĂ©aliser cette ambition politique pour diffuser largement son image et les Ă©vĂ©nements de son rĂšgne au cĂŽtĂ© des techniques plus traditionnelles qu'Ă©taient notamment la peinture et la sculpture.

La Mission hĂ©liographique tĂ©moigne de cet intĂ©rĂȘt des pouvoirs publics permettant la notoriĂ©tĂ© et le succĂšs de LĂ©on-EugĂšne MĂ©hĂ©din, de Gustave Le Gray (Ă  qui Louis-NapolĂ©on commande la premiĂšre photographie officielle d'un chef d'État), d'Auguste Mestral, d'Hippolyte Bayard ou d'Henri Le Secq tout comme le traduisent les commandes publiques passĂ©es par la suite Ă  DĂ©sirĂ© Charnay, Auguste Salzmann, Adolphe Braun, Jean-Charles Langlois, Charles NĂšgre, Pierre-Louis Pierson et Pierre-Ambroise Richebourg, dont le but in fine restait toujours de rendre compte de l’action menĂ©e par l’Empereur et ses ministĂšres dans les plus divers des domaines, y compris Ă  l'Ă©tranger[88].

Arts et lettres

Le Second Empire apparait comme une pĂ©riode intense dans le domaine de la crĂ©ation littĂ©raire et artistique en dĂ©pit de la politique rĂ©pressive menĂ©e au dĂ©but de la pĂ©riode dite de l'Empire autoritaire[89]. C'est l'Ă©poque oĂč de nouveaux mouvements picturaux et littĂ©raires apparaissent tels l'impressionnisme, le rĂ©alisme pictural, le rĂ©alisme littĂ©raire et le Parnasse.

Littérature et peinture

Le développement doit beaucoup à l'industrialisation de l'imprimerie et au développement de la protection du droit d'auteur (la loi des 8 et 9 avril 1854 porte la durée du droit posthume de 20 à 30 ans, durée prolongée à 50 ans par la loi du 14 juillet 1866).

Durant la pĂ©riode de l'Empire autoritaire et dans une moindre mesure dans les annĂ©es 1860, la censure sĂ©vit dans le domaine des arts et des lettres. PrĂȘchĂ© par l'Église, le retour Ă  l'ordre moral, appuyĂ© par l'impĂ©ratrice EugĂ©nie, est l'une des prĂ©occupations du rĂ©gime. Alors que la presse s'en prend Ă  la lascivitĂ© des danses modernes, le parquet de la Seine poursuit en justice les Ă©crivains Baudelaire, EugĂšne Sue et Flaubert pour leurs Ɠuvres contraires « Ă  la morale publique et religieuse Â» (1856-1857)[Note 1] alors que Renan est destituĂ© de sa chaire au collĂšge de France. NĂ©anmoins, en 1863, alors que Jean-LĂ©on GĂ©rĂŽme et les grands peintres officiels sont cĂ©lĂ©brĂ©s au Salon de peinture et de sculpture, NapolĂ©on III permet l'ouverture d'un « salon des refusĂ©s Â» oĂč exposent Courbet et les futurs impressionnistes.

Cette période est cependant caractérisée par la richesse de sa littérature, de Flaubert à George Sand ou aux frÚres Edmond et Jules de Goncourt. Les écrivains les plus emblématiques et les plus proches du régime impérial sont néanmoins Prosper Mérimée et Charles-Augustin Sainte-Beuve.

Théùtre et opéra

La construction de l'OpĂ©ra Garnier illustre l'importance accordĂ©e au monde du spectacle, Ă©lĂ©ment de la « fĂȘte impĂ©riale Â». Les spectacles en ville se dĂ©veloppent notamment l'opĂ©ra-bouffe, un genre dans lequel triomphe le compositeur Jacques Offenbach, mais aussi les piĂšces de thĂ©Ăątre comme celles d'EugĂšne Labiche qui remportent un franc succĂšs. Bien que ces deux personnalitĂ©s assument leur bonapartisme[Note 2], leurs Ɠuvres se livrent Ă  une « critique corrosive mais souriante de la sociĂ©tĂ© impĂ©riale Â»[90]. Le dĂ©cret impĂ©rial du 6 janvier 1864 instaure la « libertĂ© des thĂ©Ăątres Â», ce qui met fin aux contrĂŽles administratifs, hormis la censure.

DotĂ© d'une forte pension officielle et d'une trĂšs confortable liste civile, les fĂȘtes et les rĂ©ceptions grandioses de l'empereur et de l'impĂ©ratrice aux Tuileries, Ă  Saint-Cloud ou Ă  CompiĂšgne confĂšrent aussi Ă  la « fĂȘte impĂ©riale Â» un rĂŽle de propagande. De nombreux artistes tels EugĂšne Delacroix, Gustave Flaubert, Prosper MĂ©rimĂ©e mais aussi des personnalitĂ©s du monde scientifique comme Louis Pasteur participent notamment aux sĂ©ries, des fĂȘtes donnĂ©es pendant toute une semaine au palais de CompiĂšgne par le couple impĂ©rial[91].

Archéologie

PassionnĂ© d'histoire, NapolĂ©on III Ă©crit une monumentale Histoire de Jules CĂ©sar aidĂ© d'une Ă©quipe de collaborateurs dont il assure la direction, comprenant notamment Alfred Maury, Prosper MĂ©rimĂ©e et Victor Duruy[92]. La prĂ©face est rĂ©digĂ©e par l'empereur (ainsi que principalement les deux premiers volumes) et reprend les thĂšmes exposĂ©s dans sa jeunesse[93]. Paru chez Plon en 1865 et 1866 pour les deux premiers volumes qui vont jusqu'au dĂ©but de la guerre civile en 49 av. J.‑C., l'ouvrage compte six volumes au total et est complĂ©tĂ©, du moins pour les trois derniers volumes, sous la plume du baron EugĂšne Stoffel. Bien ultĂ©rieurement, l'ouvrage reçoit la reconnaissance et la caution scientifique des historiens Claude Nicolet[94] et Christian Goudineau[95], spĂ©cialistes de l'histoire romaine et de la Gaule[96].

ParallĂšlement Ă  ses recherches sur l'artillerie romaine, l'empereur joue un rĂŽle important dans la mise en Ɠuvre d'une vĂ©ritable archĂ©ologie nationale. En juillet 1858, il constitue une commission topographique chargĂ©e de dresser une carte de la Gaule. Il institue des chaires d'antiquitĂ© Ă  l'Ă©cole normale, Ă  l'Ă©cole des Chartes et au collĂšge de France. Sur ses deniers personnels, il achĂšte les jardins FarnĂšse sur le Palatin et y exhume les palais de CĂ©sar. Il envoie parallĂšlement des missions archĂ©ologiques en Espagne, MacĂ©doine, Syrie, AlgĂ©rie, Tunisie, GrĂšce ou encore en Asie Mineure. En 1862, il fait ouvrir le musĂ©e des AntiquitĂ©s nationales Ă  Saint-Germain-en-Laye et fait Ă©riger une statue de VercingĂ©torix au mont Auxois[97]. Sur ses deniers personnels, il finance plus de 8 millions de francs en recherches archĂ©ologiques, Ă©tudes expĂ©rimentales et travaux cartographiques et fait rĂ©aliser des fouilles Ă  Alise-Sainte-Reine, identifiĂ©e comme Ă©tant le site d'AlĂ©sia qu'il visite en 1861 avant celui de Gergovie[98], ainsi qu'Ă  Bibracte[99].

Situation sociale sous le Second Empire

Article dĂ©taillĂ© : Situation sociale sous le Second Empire.

Quand Napoléon III arrive au pouvoir, la loi Le Chapelier de 1791, interdisant toute association professionnelle et mettant les classes prolétaires à la merci de leurs employeurs, est en vigueur. Privé du soutien des catholiques, que sa politique en faveur de la réunification italienne inquiÚte, et de celui du patronat et des industriels, ulcérés par son traité de libre-échange conclu en 1860 avec la Grande-Bretagne, Napoléon III, déçu par les élites, recherche l'appui de nouveaux soutiens dans les masses populaires, notamment les ouvriers[100].

L'ouverture vers les prolétaires

À partir de 1862, sa politique sociale se montre plus audacieuse et novatrice que durant la dĂ©cennie Ă©coulĂ©e[101]. En mai 1862, il fonde la SociĂ©tĂ© du prince impĂ©rial, destinĂ©e Ă  prĂȘter de l'argent aux ouvriers et Ă  aider les familles temporairement dans le besoin. Son projet de loi visant Ă  crĂ©er une inspection gĂ©nĂ©rale du travail, pour faire respecter la loi de 1841 sur le travail des enfants, est cependant rĂ©voquĂ© par le Conseil d'État[102]. La mĂȘme annĂ©e, sous les encouragements des parlementaires rĂ©formistes (Darimon, GuĂ©roult) et de l'Ă©lite ouvriĂšre, il subventionne l'envoi d'une dĂ©lĂ©gation ouvriĂšre conduite par Henri Tolain Ă  l'exposition universelle de Londres. Pour l'Ă©conomiste et homme politique socialiste Albert Thomas, « si la classe ouvriĂšre se ralliait Ă  lui [NapolĂ©on III], c'Ă©tait la rĂ©alisation du socialisme cĂ©sarien, la voie barrĂ©e Ă  la RĂ©publique. Jamais le danger ne fut aussi grand qu'en 1862. Â» De retour de Londres, la dĂ©lĂ©gation ouvriĂšre demande l'application en France d'une loi permettant aux travailleurs de se coaliser sur le modĂšle de ce qui se faisait en Grande-Bretagne et, dans le contexte des Ă©lections de 1863 et de celles complĂ©mentaires de 1864, Tolain et les militants ouvriers, dont ZĂ©phyrin CamĂ©linat, rĂ©digent le manifeste des soixante, un programme de revendications sociales qui affirme son indĂ©pendance vis-Ă -vis des partis politiques, notamment les rĂ©publicains, et prĂ©sente des candidats (qui sont finalement battus)[103]. Une loi du 23 mai 1863 donne aux travailleurs la possibilitĂ©, comme au Royaume-Uni, d'Ă©conomiser de l'argent en crĂ©ant des sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives. L'empereur appuie nĂ©anmoins le vƓu de Tolain sur le droit de coalition qui est relayĂ© au parlement par Darimon et le duc de Morny. MalgrĂ© les rĂ©ticences du Conseil d'État, le projet de loi prĂ©parĂ© par Émile Ollivier est adoptĂ© par 221 voix contre 36 par le Corps LĂ©gislatif et par 74 voix contre 13 au SĂ©nat. RatifiĂ©e et promulguĂ©e par NapolĂ©on III, la loi du 25 mai 1864 reconnaĂźt pour la premiĂšre fois le droit de grĂšve en France[104] du moment qu'il ne porte pas atteinte Ă  la libertĂ© du travail et s'exerce paisiblement[105].

Le droit d'organisation des salariés

De nombreux ouvriers sont alors sĂ©duits par la politique sociale de l'Empereur mais leur ralliement au rĂ©gime n'est cependant pas massif[106]. Certains refusent aux « bourgeois-rĂ©publicains Â» le droit de parler en leur nom mais les tentatives de Tolain pour donner Ă  ces ouvriers ralliĂ©s une reprĂ©sentation parlementaire ont Ă©chouĂ©. Le ralliement est aussi limitĂ© par les incertitudes de la politique Ă©conomique du gouvernement, par la persistance de la crise du coton et par le dĂ©but d'une rĂ©cession au dĂ©but de l'annĂ©e 1866[107].

En dĂ©pit de la reconnaissance du droit de grĂšve, les syndicats proprement dits demeurent prohibĂ©s. Une circulaire impĂ©riale du 23 fĂ©vrier 1866 demande d'abord aux prĂ©fets de laisser se tenir les rassemblements ayant des revendications purement Ă©conomiques. Puis le droit d'organisation des salariĂ©s dans des associations Ă  caractĂšre syndical est reconnu dans une lettre du 21 mars 1866 et par un dĂ©cret du 5 aoĂ»t 1866 portant crĂ©ation d'une Caisse impĂ©riale des associations coopĂ©ratives. Le 30 mars 1868, les chambres syndicales sont officiellement tolĂ©rĂ©es par le gouvernement[108] mais les syndicats eux-mĂȘmes ne seront pas autorisĂ©s avant la loi Waldeck-Rousseau en 1884. Par ailleurs, la classe ouvriĂšre est progressivement gagnĂ©e par les thĂ©ories collectivistes et rĂ©volutionnaires de Karl Marx et de Bakounine, mises en avant dans les congrĂšs de l'Association Internationale des Travailleurs.

L'Ă©chec du ralliement des ouvriers

Les contacts pris Ă  Londres avec les reprĂ©sentants ouvriers de divers pays ont abouti Ă  la crĂ©ation, en 1864, de l'Association internationale des travailleurs (AIT)[109] alors « dominĂ©e par les rĂ©formistes et les proudhoniens Â» [110]. Bien que tiraillĂ©e entre diverses tendances[Note 3], c'est Karl Marx qui en rĂ©dige l'Adresse inaugurale et les statuts selon lesquels « l'Ă©mancipation des travailleurs doit ĂȘtre l'Ɠuvre des travailleurs eux-mĂȘmes Â» et reposent « implicitement sur le dogme de la lutte des classes Â»[109],[Note 4]. L'AIT ouvre un bureau en France en 1865, dirigĂ© par Henri Tolain et animĂ© par les partisans de Proudhon[110].

En 1866, lors du congrĂšs de GenĂšve, les reprĂ©sentants du courant mutuelliste prĂ©sentent un mĂ©moire dans lequel ils prĂŽnent l'apolitisme et condamnent « les grĂšves, les associations collectivistes de 1848, l'instruction publique et le travail des femmes Â»[110]. NĂ©anmoins, en fĂ©vrier 1867, l'AIT apporte un soutien financier Ă  la grĂšve victorieuse des ouvriers bronziers menĂ©e par la sociĂ©tĂ© de crĂ©dit mutuel et de solidaritĂ© des ouvriers du bronze, dirigĂ©e par ZĂ©phyrin CamĂ©linat[110]. En septembre 1867, lors du congrĂšs de Lausanne, sous l'influence des partisans de Marx venus en nombre[111] et des « Ă©lĂ©ments radicaux Â» de plus en plus nombreux[110], l'AIT proclame que « l'Ă©mancipation sociale des travailleurs devait s'accompagner d'une Ă©mancipation politique Â»[111] et ce « en complĂšte rupture avec l'esprit du mutuellisme proudhonien et avec le manifeste des soixante Â»[112], mĂȘme si la ligne des partisans de Proudhon s'impose finalement de justesse[112]. Deux jours plus tard, lors du congrĂšs de la paix et de la libertĂ© Ă  GenĂšve, « l'Internationale s'en prend vivement aux armĂ©es permanentes et aux gouvernements autoritaires Â»[109], visant notamment NapolĂ©on III[112]. De retour de ces congrĂšs, les membres du « bureau parisien de l'Internationale, autour de Tolain Â», qui Ă©taient dĂ©jĂ  de plus en plus « enclins Ă  intĂ©grer la politique dans leur projet de transformation sociale Â»[112] renoncent au « rĂ©formisme proudhonien pour se lancer dans la lutte active et organiser des manifestations Â»[111]. La section parisienne ne tarde pas Ă  ĂȘtre perquisitionnĂ©e tandis que Tolain est arrĂȘtĂ© et condamnĂ© en justice[109]. La section est finalement dissoute pour avoir participĂ© Ă  des manifestations Ă  caractĂšre politique comme des protestations contre l'envoi Ă  Rome de troupes françaises[113],[114]. À la fin de l'annĂ©e 1868, une seconde section française est crĂ©Ă©e, dirigĂ©e par EugĂšne Varlin et BenoĂźt Malon dont l'un des mots d'ordre est de faire la « rĂ©volution politique Â»[111],[113] alors que l'AIT « passe dĂ©finitivement sous l'influence marxiste Â» lors du CongrĂšs de Bruxelles[109]. Si le gouvernement envisage alors la lĂ©galisation des syndicats avec, pour corollaire, leur ralliement au socialisme cĂ©sarien, il ne peut tolĂ©rer un ralliement au socialisme international marxiste qui semble se profiler au travers de l'AIT[109]. Pour couper court, plusieurs militants sont poursuivis, condamnĂ©s et emprisonnĂ©s (dont Albert Theisz, Varlin et Malon) au cours de trois procĂšs de l'AIT tenus entre 1868 et 1870[108]. Mais lors des Ă©lections lĂ©gislatives de 1869, pour la premiĂšre fois, les ouvriers rallient en majoritĂ© les candidats rĂ©publicains, ce qui sonne comme un Ă©chec pour la politique d'ouverture sociale de NapolĂ©on III. En 1870, une fĂ©dĂ©ration parisienne de l’AIT ouvre de nouveau ses portes Ă  Paris mais, quelques jours plus tard, le 30 avril, « l’arrestation « de tous les individus qui constituent l’Internationale Â» est ordonnĂ©e Â»[108]. Le 8 juillet, elle est dĂ©clarĂ©e dissoute bien que non effective dans les faits suite Ă  la dĂ©claration de guerre.

Les Ɠuvres sociales

En dĂ©pit de toutes ces dĂ©convenues pour se rapprocher des ouvriers, NapolĂ©on III dĂ©cide de maintenir ce qu'il considĂšre ĂȘtre son Ɠuvre sociale[109]. Des soupes populaires sont organisĂ©es pour les pauvres alors que se mettent en place les premiers systĂšmes de retraites et qu'une loi fonde une Caisse d’assurance dĂ©cĂšs et une Caisse d’assurance contre les accidents du travail (1868)[108]. Le 2 aoĂ»t 1868, une loi abroge un article du code civil qui donnait primautĂ©, en cas de contentieux, Ă  la parole du maĂźtre sur celle de l’ouvrier[108]. Le 23 mars 1869, le Conseil d’État refuse de valider le projet de suppression du livret ouvrier, une demande rĂ©currente de NapolĂ©on III[115],[116]. En dĂ©cembre, la bourse du travail est inaugurĂ©e Ă  Paris[117].

Sur la période, si la grande misÚre recule et si le niveau de vie des ouvriers reste précaire, leur pouvoir d'achat a cependant réellement augmenté alors que les périodes de sous-emploi se font plus brÚves[52].

L'instruction publique

Dans le mĂȘme temps, Victor Duruy, le ministre de l'instruction publique, par ailleurs universitaire et historien dont l'ambition est « l'instruction du peuple Â», met l'accent sur l'enseignement populaire alors que les premiĂšres annĂ©es de la dĂ©cennie ont Ă©tĂ© marquĂ©es en ce domaine par quelques avancĂ©es : en 1861 la Fontenaicastrienne Julie-Victoire DaubiĂ© est ainsi la premiĂšre femme reçue au baccalaurĂ©at mais pour obtenir son diplĂŽme, elle avait attendu que le couple impĂ©rial intervienne auprĂšs du ministre, Gustave Rouland, pour qu'il signe le diplĂŽme[118]. En 1862, la premiĂšre Ă©cole professionnelle pour jeunes filles est ouverte par Elisa Lemonnier alors que Madeleine BrĂšs obtient le droit de s'inscrire Ă  la FacultĂ© de mĂ©decine de Paris. Membre du gouvernement impĂ©rial de 1863 Ă  1869, Duruy ouvre l'enseignement secondaire aux jeunes filles et s'efforce, Ă  partir de 1865, de dĂ©velopper l'enseignement primaire, en dĂ©pit de l'hostilitĂ© de l'Église catholique romaine qui craint une perte de son influence. Bien qu'ayant plaidĂ© auprĂšs de l'empereur avec succĂšs, puis auprĂšs du Corps lĂ©gislatif sans succĂšs, la constitution d'un grand service public de l'enseignement primaire, gratuit et obligatoire[119], il impose, en 1866 et 1867, l'obligation pour chaque commune de plus de 500 habitants d'ouvrir une Ă©cole pour filles, l'extension de la gratuitĂ© de l'enseignement public du premier degrĂ© Ă  8 000 communes, l'institution d'un certificat d'Ă©tudes primaires sanctionnant la fin du cycle Ă©lĂ©mentaire et dĂ©veloppe les bibliothĂšques scolaires[120],[121]. Il rend obligatoire dans les programmes scolaires du primaire l'enseignement de l'histoire et de la gĂ©ographie, restitue la philosophie dans le secondaire et y introduit l'Ă©tude de l'histoire contemporaine, les langues vivantes, le dessin, la gymnastique et la musique[121].

Mécénat et dons

PassionnĂ© par les sciences et bien informĂ© sur les derniĂšres inventions, NapolĂ©on III entretient des rapports privilĂ©giĂ©s avec les savants dont il se plait Ă  Ă©couter les confĂ©rences et Ă  suivre les expĂ©riences. Celui qui rencontra le plus de ses faveurs est Louis Pasteur qu'il rencontre pour la premiĂšre fois en 1863 aprĂšs que celui-ci a rĂ©futĂ© la thĂšse de la gĂ©nĂ©ration spontanĂ©e et dĂ©montrĂ© l'existence des animalcules (plus tard appelĂ©s microbes). Devenu familier de l'empereur et de l'impĂ©ratrice qui lui ĂŽtent tout souci matĂ©riel pour poursuivre ses travaux, il est nommĂ© Ă  la commission chargĂ©e de la rĂ©forme de l'enseignement supĂ©rieur, envoyĂ© dans le Gard pour lutter contre l'Ă©pidĂ©mie de pĂ©brine qui menaçaient les Ă©levages de vers Ă  soie, avant d'ĂȘtre nommĂ© sĂ©nateur en juillet 1870[122],[123].

L'appui de NapolĂ©on III au projet de Ferdinand de Lesseps, par ailleurs cousin de l'impĂ©ratrice, de percer le canal de Suez est dĂ©terminant Ă  plusieurs occasions. AprĂšs plusieurs hĂ©sitations, l'empereur accepte de patronner l'entreprise et de faire pression diplomatiquement sur l'Empire Ottoman, hostile au projet. Il sauvera encore Ă  plusieurs reprises les travaux en les soutenant face au vice-roi d'Égypte (1863-1864), une nouvelle fois face au Sultan (1865-1866) et encore en 1868 en consentant un emprunt pour renflouer la compagnie de Lesseps au bord de la faillite. Cependant, le contexte politique et social ainsi que sa santĂ© prĂ©caire ne lui permettent pas de se rendre en Égypte pour voir l'achĂšvement des travaux, laissant son Ă©pouse assister seule Ă  l'inauguration du canal de Suez le 17 novembre 1869[124].

Politique Ă©trangĂšre sous le Second Empire

Une nouvelle place en Europe

NapolĂ©on III, dans la tradition napolĂ©onienne, veut une politique Ă©trangĂšre ambitieuse. Il la dirige lui-mĂȘme, court-circuitant parfois les circuits de la diplomatie française, une haute administration composĂ©e de diplomates majoritairement monarchistes et opposĂ©s au cĂ©sarisme de NapolĂ©on III. Depuis 1815, la France est relĂ©guĂ©e diplomatiquement aux pays de second rang. Pour NapolĂ©on III, le travail artificiel du CongrĂšs de Vienne, qui consacra la chute de sa famille et de la France, devait ĂȘtre dĂ©truit, et l'Europe devait ĂȘtre organisĂ©e en un ensemble de grands États industriels, unis par des communautĂ©s d'intĂ©rĂȘts et liĂ©s entre eux par des traitĂ©s commerciaux, et exprimant leurs liens par des congrĂšs pĂ©riodiques prĂ©sidĂ©s par lui-mĂȘme, et par des expositions universelles. De cette façon, il souhaitait rĂ©concilier les principes rĂ©volutionnaires de la suprĂ©matie du peuple avec la tradition historique, une chose que ni la Restauration ni la Monarchie de Juillet ni la DeuxiĂšme RĂ©publique n'ont Ă©tĂ© Ă  mĂȘme de faire. Le suffrage universel, l'organisation des nations (de la Roumanie, de l'Italie et de l'Allemagne) et la libertĂ© de commerce relĂšvent pour lui de la RĂ©volution.

Le premier objectif de NapolĂ©on III est d'abord de redonner Ă  la France un rĂŽle en Europe, alors en quĂȘte d'une nouvelle organisation sous la pression du nationalisme. Il entend Ă  la fois disloquer la coalition antifrançaise hĂ©ritiĂšre du CongrĂšs de Vienne (1815), et aider Ă  remodeler la carte de l'Europe en fonction du « principe des nationalitĂ©s Â» : chaque peuple doit pouvoir disposer de lui-mĂȘme et le regroupement en États-Nations est Ă  favoriser.

La guerre de Crimée

Article dĂ©taillĂ© : Guerre de CrimĂ©e.
Des zouaves français et des soldats russes dans un combat au corps à corps à la tour Malakoff lors siÚge de Sébastopol.

La guerre de CrimĂ©e (1854-1856), marquĂ©e notamment par le siĂšge de SĂ©bastopol, va ainsi permettre Ă  NapolĂ©on III de jeter les bases de sa politique extĂ©rieure et de rĂ©tablir la France sur la scĂšne europĂ©enne. La dĂ©fense de l'Empire ottoman contre la Russie est aussi une excellente occasion pour lui de faire oublier les visĂ©es impĂ©rialistes de NapolĂ©on Ier et de sortir Paris de son isolement international. Ainsi, Ă  la suite de la dĂ©claration de guerre entre la Russie et l’Empire ottoman le 4 octobre 1853, la France, voulant renforcer son influence en Égypte, et le Royaume-Uni, voulant protĂ©ger ses positions en Inde, s'allient aux Turcs et, le 27 mars 1854, dĂ©clarent Ă  leur tour la guerre aux Russes dont l'ambition est de contrĂŽler les dĂ©troits de la mer Noire Ă  la MĂ©diterranĂ©e.

La guerre de Crimée représente paradoxalement en premier lieu une victoire diplomatique car l'alliance avec l'Angleterre brise celle conçue autrefois entre cette derniÚre, l'Autriche et la Russie contre Napoléon 1er.

AprĂšs la bataille de l'Alma, la destruction de la flotte russe Ă  SĂ©bastopol et la bataille de Malakoff, la Russie capitule. La politique d'intĂ©gritĂ© de l'Empire ottoman, une politique traditionnelle en France depuis l'Ă©poque de François Ier, lui gagne l'approbation Ă  la fois des vieux partis et des libĂ©raux. NĂ©anmoins, cette guerre victorieuse pour la France lui a coĂ»tĂ© 95 000 hommes[125] dont 75 000 tuĂ©s lors du siĂšge de SĂ©bastopol.

CoĂŻncidant avec la naissance de Louis, son fils et hĂ©ritier, le 16 mars 1856, le traitĂ© de Paris est un triomphe personnel pour l'Empereur qui replace la France aux cĂŽtĂ©s des grands royaumes europĂ©ens et efface des esprits le CongrĂšs de Vienne de 1815. Les Anglais et les Français non seulement obligent la Russie Ă  reconnaĂźtre l’indĂ©pendance de l’Empire ottoman, la renonciation Ă  tout protectorat sur les sujets orthodoxes du sultan et l’autonomie des deux principautĂ©s ottomanes de Moldavie et de Valachie mais ils obtiennent aussi la neutralisation de la mer Noire et la libertĂ© de navigation sur le Danube[125]. La signature de ce traitĂ© marque l'apogĂ©e de la bonne entente de NapolĂ©on III avec la Grande-Bretagne de la reine Victoria.

Le comte Walewski, ministre français des Affaires Ă©trangĂšres, donne une soudaine et inattendue extension aux propos des dĂ©libĂ©rations du traitĂ© en invitant les plĂ©nipotentiaires Ă  considĂ©rer les questions de la GrĂšce, de Rome, de Naples et des diffĂ©rents États italiens. Le PiĂ©mont-Sardaigne, alliĂ© des vainqueurs, profite de l'occasion pour dĂ©noncer l'occupation de l'Italie par l'Autriche des Habsbourg et de prendre ainsi date auprĂšs de l'Empereur des Français[126].

Par la suite, appuyĂ©es par NapolĂ©on III et en dĂ©pit de l'opposition de l'Autriche, les deux principautĂ©s de Moldavie et de Valachie Ă©lisent toutes les deux le mĂȘme candidat au trĂŽne, Alexandre Cuza (1859). L'union des deux principautĂ©s est formalisĂ©e en 1862 avec la formation des principautĂ©s unies de Roumanie qui deviendra en 1881 le Royaume de Roumanie[127].

La politique italienne

Article dĂ©taillĂ© : Politique italienne de NapolĂ©on III.
NapolĂ©on III Ă  GĂȘnes (1859) -
par Théodore Gudin

La politique italienne de l'Empereur - en faveur de l'Unification et au détriment de l'Autriche - va permettre à la France d'annexer aprÚs un plébiscite le Comté de Nice et la Savoie (1860).

Au nom du droit des peuples Ă  disposer d'eux-mĂȘmes, NapolĂ©on III, ancien carbonaro, veut s'engager contre l'Autriche et mettre un terme Ă  sa domination sur l'Italie, alors morcelĂ©e en divers duchĂ©s, principautĂ©s et royaumes, pour construire une Italie unie. Mais les militaires français refusent rĂ©guliĂšrement une guerre ouverte, trop risquĂ©e. Par ailleurs, l'unification italienne pourrait menacer le pouvoir temporel du pape, tandis que les banquiers craignent les coĂ»ts et rĂ©percussions Ă©conomiques possibles d'une telle aventure.

C'est l'attentat manquĂ© d'Orsini du 14 janvier 1858 qui va convaincre NapolĂ©on III de s'impliquer sur la question de l'Unification italienne. CondamnĂ© Ă  mort, Orsini Ă©crit Ă  NapolĂ©on III que « les sentiments de sympathie de [Sa] MajestĂ© ne sont pas pour [lui] un mince rĂ©confort au moment de mourir Â». L’Empereur, trĂšs touchĂ©, ne peut obtenir la grĂące de son agresseur mais dĂ©cide de renouer ses relations avec le royaume sarde[126]. La victoire de ses armĂ©es en CrimĂ©e lui donnait aussi l'envergure nĂ©cessaire pour accomplir cette mission qui lui tenait Ă  cƓur.

Il contacte secrĂštement Camillo Cavour, prĂ©sident du Conseil des ministres du Royaume de PiĂ©mont-Sardaigne Ă  qui il propose son aide pour la crĂ©ation d'un royaume de Haute-Italie, lors des accords de PlombiĂšres (juillet 1858), en Ă©change du duchĂ© de Savoie et du comtĂ© de Nice ainsi que du maintien du pouvoir temporel du pape Ă  Rome[126]. Il n'est pas question pour l'Empereur de faire l'unitĂ© de la pĂ©ninsule mais plutĂŽt d'aider les populations d'Italie du Nord (PiĂ©mont, Sardaigne, Lombardie, VĂ©nĂ©tie, Parme et ModĂšne) Ă  s'affranchir de la puissance autrichienne tandis que le reste de la pĂ©ninsule se partagerait entre un royaume d'Italie centrale (Toscane, Marches, Ombrie, Rome et Latium) et le royaume de Naples[128]. Pour sceller cet engagement mutuel, JĂ©rĂŽme-NapolĂ©on, un cousin de l’Empereur, doit Ă©pouser Clothilde, fille de Victor-Emmanuel II de Savoie[126]. Un traitĂ© d'alliance avec le PiĂ©mont-Sardaigne est signĂ© en bonne et due forme le 28 janvier 1859.

Croquis de M. Moulin, paru dans Le Monde IllustrĂ©, journal hebdomadaire, n°155, 31 mars 1860. Commentaire : « RĂ©ception de M. GreyfiĂ© de Bellecombe et de la dĂ©putation savoisienne par Leurs MajestĂ©s ImpĂ©riales, dans le salon Louis XIV, aux Tuileries, mercredi 21 mars Â»

Avant toute intervention sur le sol italien, NapolĂ©on III s’assure par prudence de la neutralitĂ© de la Russie et de la passivitĂ© britannique. Le 26 avril 1859, Ă  la suite d'un ultimatum adressĂ©e au royaume de PiĂ©mont-Sardaigne quant au dĂ©sarmement de ses troupes, l’Autriche lui dĂ©clare la guerre. La France engagĂ©e par son alliance dĂ©fensive avec le PiĂ©mont-Sardaigne honore le traitĂ© et entre en campagne militaire contre l'Autriche. NapolĂ©on III prend lui-mĂȘme la tĂȘte de l'armĂ©e. AprĂšs les batailles de Montebello, de Palestro, de Magenta et de SolfĂ©rino en mai et juin 1859, NapolĂ©on III dĂ©cide de suspendre les combats en raison des pertes françaises importantes. Il craint aussi que le conflit ne s'enlise alors que se mobilise la Prusse le 6 juin 1859. AprĂšs une rencontre au sommet entre les empereurs François-Joseph et NapolĂ©on III Ă  Villafranca, l'Autriche accepte de cĂ©der la Lombardie mais obtient de garder la VĂ©nĂ©tie[129]. Le traitĂ© de paix est signĂ© Ă  Zurich le 11 novembre 1859 mais Cavour, insatisfait de l'armistice, active les foyers rĂ©volutionnaires italiens par l’entremise de Garibaldi. De juillet 1859 Ă  avril 1860, des duchĂ©s italiens se rallient les uns et les autres dans un mouvement unitaire, soutenu par l'opinion publique, et le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel. L'expĂ©dition des Mille menĂ©e par Garibaldi, qui dĂ©bute en mai 1860, permet l'annexion du royaume des Deux-Siciles. Le 14 mars 1861, le Royaume d'Italie est proclamĂ© et Victor-Emmanuel devient roi d'Italie.

Pour NapolĂ©on III, le bilan de cette politique italienne est mitigĂ©. Ses succĂšs militaires et la faiblesse de sa diplomatie ont renforcĂ© Ă  son Ă©gard l'hostilitĂ© de l'Autriche et de la Prusse alors que l'Italie, qui lui doit beaucoup, reste un État faible. En refusant de poursuivre la campagne victorieuse (mais coĂ»teuse en hommes) de 1859, l'Empereur laisse Venise aux mains des Autrichiens et déçoit ses alliĂ©s savoyards.

Il a nĂ©anmoins obtenu l'annexion du comtĂ© de Nice Ă  la France ainsi que celui de la Savoie. Le TraitĂ© de Turin, en mars 1860, entĂ©rine ce changement de souverainetĂ© tout comme l'annexion au PiĂ©mont-Sardaigne des duchĂ©s de Toscane, de Parme et de ModĂšne[126]. La limite gĂ©ographique des territoires cĂ©dĂ©s n'est cependant pas clairement fixĂ©e[130] et l'exĂ©cution du traitĂ© est subordonnĂ©e Ă  son approbation par les populations concernĂ©es. Ainsi, la population niçoise semble tout d'abord assez rĂ©ticente Ă  ce changement de souverainetĂ©. Lors des Ă©lections lĂ©gislatives de mars 1860, les deux dĂ©putĂ©s Ă©lus par les Niçois au Parlement de Turin ont Ă©tĂ© Giuseppe Garibaldi et Charles Laurenti Robaudi, tous deux farouchement opposĂ©s Ă  l'annexion. Cependant, Ă  l'appel du roi Victor-Emmanuel, la population finit par accepter son changement de souverainetĂ© lors du plĂ©biscite des 15 et 16 avril 1860 oĂč le « oui Â» remporte officiellement 83 % des inscrits dans l'ensemble du comtĂ© de Nice et 86 % dans la ville mĂȘme de Nice[131]. En Savoie, les mĂȘmes rĂ©ticences s'expriment. Certains veulent ĂȘtre indĂ©pendants et d'autres rĂ©clament leur rattachement Ă  la Suisse. Le rĂ©sultat du plĂ©biscite organisĂ© dans les mĂȘmes conditions qu'Ă  Nice donne la victoire aux partisans du rattachement Ă  la France[131]. Le 14 juin 1860, le rattachement de la Savoie Ă  la France devient effectif sous la forme de deux dĂ©partements : la Savoie et la Haute-Savoie. L'annĂ©e suivante, ce sont Menton et Roquebrune, deux villes libres placĂ©es sous la protection de la Maison de Savoie et Ă©galement consultĂ©es lors du plĂ©biscite d'avril 1860, qui rejoignent le dĂ©partement français des Alpes-Maritimes aprĂšs dĂ©dommagement du Prince Charles III de Monaco.

La politique italienne de NapolĂ©on III lui a cependant aussi aliĂ©nĂ© les catholiques français ultramontains, car l'unitĂ© de l'Italie du Nord a mis les États pontificaux en pĂ©ril. Cherchant Ă  apaiser le mĂ©contentement des milieux catholiques français, l'Empereur initia en 1860 une intervention en Syrie aprĂšs le massacre de populations chrĂ©tiennes[132] et jusqu'en 1870, empĂȘche le nouveau royaume d'Italie de finaliser l'unitĂ©, en laissant des troupes Ă  Rome pour protĂ©ger les derniers vestiges du pouvoir temporel du pape.

Expéditions lointaines et expansion coloniale

RĂ©ception des ambassadeurs siamois par NapolĂ©on III et l'ImpĂ©ratrice EugĂ©nie dans la grande salle de bal Henri II du chĂąteau de Fontainebleau, le 27 juin 1861.
Tableau par Jean-Léon GérÎme, 1864. Musée national du chùteau de Fontainebleau.

À son arrivĂ©e au pouvoir, NapolĂ©on III avait hĂ©ritĂ© d'un empire colonial modeste comprenant la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la RĂ©union, des comptoirs en Inde, Saint-Pierre et Miquelon, Mayotte et ses dĂ©pendances ainsi que quelques autres Ăźles notamment en PolynĂ©sie[133]. Si au dĂ©but, NapolĂ©on III n'a aucun programme pour les colonies qu'il considĂšre comme des fardeaux[134], l’idĂ©ologie des saint-simoniens va toutefois ostensiblement influencer les grandes lignes politiques de la colonisation sous le Second Empire, Ă©poque sous laquelle la surface des possessions françaises est finalement triplĂ©e. NapolĂ©on III encourage une politique d’expansion et d’intervention outre-mer, autant par souci de prestige, que dans le but Ă©galement de se concilier certaines fractions du corps social comme les militaires, les catholiques et les candidats Ă  l'Ă©migration vers des contrĂ©es lointaines[135]. Sur son initiative est rĂ©organisĂ©e l'administration coloniale en 1854 avec la crĂ©ation d'un comitĂ© consultatif des colonies suivie en 1858 de la crĂ©ation du ministĂšre de l'AlgĂ©rie et des colonies. La politique coloniale de l'Empereur est principalement inspirĂ© par les saint-simoniens. Elle se manifeste non seulement par le dĂ©veloppement des ports coloniaux mais aussi par le commencement du percement du canal de Suez (1859-1869) en Égypte Ă  l'initiative de Ferdinand de Lesseps et de Prosper Enfantin. Ce dernier sera au cĂŽtĂ© du saint-simonien Ismayl Urbain le grand inspirateur de la politique arabophile de l'Empereur et notamment de sa politique algĂ©rienne. Dans le cadre de cette expansion coloniale, les forces navales sont aussi modernisĂ©es avec la mise en chantier d'une quinzaine de cuirassĂ©s et de navires Ă  vapeur pour transporter les troupes.

Napoléon III rend la liberté à l'émir Abd el-Kader. Tableau par Ange Tissier (1861)

Au nom du libre-Ă©changisme dont il est un ardent partisan et en dĂ©pit d'une forte opposition, NapolĂ©on III autorise les colonies Ă  pouvoir librement commercer avec les pays Ă©trangers dans des conditions douaniĂšres similaires Ă  celle de la mĂ©tropole[136]. Mais c'est en AlgĂ©rie que va se manifester avec le plus d'Ă©clat le volontarisme napolĂ©onien[137]. L'AlgĂ©rie française est une colonie qui ne lui est pas acquise. Les Ă©lecteurs y avaient dĂ©sapprouvĂ© le coup d'État lors du plĂ©biscite de dĂ©cembre 1851. La colonie est d'abord nĂ©gligĂ©e dans les premiĂšres annĂ©es du rĂšgne et laissĂ©e sous le contrĂŽle de l'armĂ©e. NapolĂ©on III s'y rend pour la premiĂšre fois en septembre 1860 et en revient avec une vision nettement plus favorable qu'Ă  son arrivĂ©e. À son retour, l'une de ses premiĂšres initiatives est de supprimer le ministĂšre de l'AlgĂ©rie dont l'administration civile a sur place portĂ© atteinte Ă  la propriĂ©tĂ© fonciĂšre musulmane et de remettre la colonie sous administration militaire avec pour mission notamment d'arrĂȘter le cantonnement des indigĂšnes[138]. Il envisage Ă  l'Ă©poque la crĂ©ation d'une entitĂ© arabe centrĂ©e sur Damas et dirigĂ©e par l'Ă©mir Abd el-Kader, ancien chef de la rĂ©bellion algĂ©rienne qu'il avait fait libĂ©rĂ© en 1852 et qui vivait depuis en Syrie. Ainsi constituĂ©e, cette nation arabe serait placĂ©e sous la protection de l'Empereur des Français[139]. En 1862, dans cette perspective, il expose sa vision, teintĂ©e de paternalisme, du dĂ©veloppement de l'AlgĂ©rie basĂ© sur « l'Ă©galitĂ© parfaite entre indigĂšnes et europĂ©ens Â». Pour lui, l'AlgĂ©rie n'est pas une colonie mais un royaume arabe, « les indigĂšnes comme les colons ont aussi droit Ă  ma protection. Je suis l'Empereur des Français et des Arabes Â»[140]. En AlgĂ©rie, la dĂ©claration est non seulement mal reçue par les autoritĂ©s militaires dirigĂ©es successivement par le marĂ©chal PĂ©lissier puis par le marĂ©chal de Mac-Mahon, mais aussi par les colons soutenus en mĂ©tropole par Jules Favre et Ernest Picard. Symboliquement, NapolĂ©on III dĂ©core de la lĂ©gion d'honneur Abd el-Kader alors que Ismayl Urbain publie l’AlgĂ©rie pour les AlgĂ©riens, oĂč il dĂ©fend les idĂ©es de royaume arabe que NapolĂ©on III songe Ă  mettre en Ɠuvre mais auquel s’opposent farouchement les colons et les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques algĂ©riens. Lors de sa seconde visite en AlgĂ©rie au printemps 1865, NapolĂ©on III expose son intention de crĂ©er un royaume arabe qui serait uni Ă  la France sur le modĂšle d'une « union personnelle Â» comme l’Autriche et la Hongrie et comme le sera sous peu la Grande-Bretagne et le Canada[138]. Il envisage Ă©galement la partition de l'AlgĂ©rie en deux, rĂ©servant une large façade maritime pour les colons qui devraient alors Ă©vacuer toute la partie mĂ©ridionale des hauts plateaux ainsi que les abords du Sahara[139]. ParallĂšlement, plusieurs sĂ©natus-consultes sont Ă©dictĂ©s pour mettre en forme la volontĂ© de l'Empereur. AprĂšs un premier sĂ©natus-consulte du 22 avril 1863 qui avait rĂ©formĂ© le rĂ©gime de propriĂ©tĂ© fonciĂšre pour dĂ©limiter les terres des tribus et les protĂ©ger des confiscations abusives, un autre en date du 14 juillet 1865 accorde la nationalitĂ© française aux AlgĂ©riens musulmans (et aussi juifs) accompagnĂ©s de droits civils et politiques Ă  condition qu'ils aient renoncĂ© Ă  leur statut personnel fixĂ© par la loi religieuse (ils doivent concrĂštement renoncer Ă  la polygamie, au divorce alors interdit en France et aux prescriptions du droit successoral coranique)[141],[139]. Mais ces diverses initiatives, comme celle de donner une constitution Ă  l'AlgĂ©rie[138], ne rĂ©sistent pas Ă  l'opposition des colons, majoritairement hostiles Ă  l'Empire, puis Ă  la famine qui affecte la colonie Ă  la fin des annĂ©es 1860. L'idĂ©e d'instaurer un royaume en AlgĂ©rie uni Ă  la France par des liens personnels et dirigĂ© par les autochtones est finalement abandonnĂ©e en 1869[142].

Dans l'ouest africain, la prĂ©sence française se renforce au SĂ©nĂ©gal grĂące au colonel Louis Faidherbe, gouverneur de 1854 Ă  1865[143]. La construction du poste de MĂ©dine en 1865 assure alors le contrĂŽle de toute la vallĂ©e du fleuve SĂ©nĂ©gal. D’habiles manƓuvres permettent Ă  Joseph Lambert, commerçant et armateur Ă  l’üle Maurice d’obtenir pour la France, en 1860, une grande influence sur Madagascar qui ne manque pas de s'Ă©tendre aux Comores. En 1862, la France s'implante Ă©galement en Nouvelle-CalĂ©donie et Ă  Djibouti par l'achat d'Obock (1862).

Enfin, en ExtrĂȘme-Orient, Ă  la suite de massacres de missionnaires en Chine et de la saisie de navires de commerce, les premiĂšres expĂ©ditions d'envergure sont lancĂ©es. La France se joint Ă  l'Angleterre pour participer Ă  une expĂ©dition punitive. AprĂšs avoir bombardĂ© Canton en dĂ©cembre 1857, la flotte franco-britannique remonta jusqu'Ă  PĂ©kin oĂč de lourdes pertes sont infligĂ©es Ă  l'escadre europĂ©enne. Un nouveau corps expĂ©ditionnaire comprenant 8000 Français et 12000 Britanniques est alors envoyĂ© en Chine en dĂ©cembre 1858. AprĂšs avoir dispersĂ© 40000 Chinois, il investit le palais d'Ă©tĂ© avant d'entrer dans PĂ©kin. L'Ă©pisode qui se solde par la reddition des Chinois et la rĂ©daction d'un nouveau traitĂ© de commerce est ternie par la mise Ă  sac du Palais d'Ă©tĂ© dont les Ɠuvres d'art partent notamment enrichir les collections du chĂąteau de Fontainebleau[144].

Dans la mĂȘme rĂ©gion, Ă  la suite du massacre de missionnaires français en Indochine, notamment en Cochinchine, la flotte française s'empare de Saigon en 1859. Le 5 juin 1862, le traitĂ© de Saigon accorde Ă  la France trois provinces de la Cochinchine tandis que l'annĂ©e suivante le roi Norodom Ier signe un accord avec la France Ă©tablissant un protectorat français sur le Cambodge afin de le prĂ©server des ambitions territoriales de l'Annam et du Siam[145]. En 1867, en Ă©change de la reconnaissance par le Siam du protectorat français, la France s'engage Ă  ne pas annexer le Cambodge Ă  la Cochinchine et accepte de reconnaĂźtre la mainmise siamoise sur les provinces de Battambang et d'Angkor[146].

En fin de compte, l'Empire colonial français dont la superficie Ă©tait infĂ©rieur Ă  300 000 km2 en 1851 sera supĂ©rieur Ă  1 000 000 km2 en 1870[143].

L'expédition du Mexique

Article dĂ©taillĂ© : ExpĂ©dition du Mexique.

Au dĂ©but des annĂ©es 1860, le Mexique est un pays en proie Ă  de profondes rivalitĂ©s politiques et Ă  l'instabilitĂ© qui mettent le pays au bord de la guerre civile. Appauvri, l’État mexicain, endettĂ© principalement vis-Ă -vis de l’Angleterre mais aussi vis-Ă -vis de l’Espagne et de la France, dĂ©cide le 17 juillet 1861 de suspendre pour deux ans le paiement de sa dette extĂ©rieure[147].

Pour NapolĂ©on III, qui vient alors d'obtenir un succĂšs relatif en Italie, l’opportunitĂ© est tentante d'intervenir au Mexique et d'y installer un rĂ©gime qui lui soit favorable politiquement mais aussi Ă©conomiquement. Depuis longtemps, dĂšs l'Ă©poque oĂč il Ă©tait enfermĂ© au Fort de Ham, il avait rĂ©flĂ©chi aux enjeux gĂ©ostratĂ©giques de cette rĂ©gion du monde. RĂȘvant de la possibilitĂ© de constituer un solide empire latin dans cette rĂ©gion d'AmĂ©rique du Nord capable de freiner et repousser l'expansion des États-Unis d'AmĂ©rique, il avait pris Ă©galement conscience de la position stratĂ©gique majeure de l'isthme de Panama[148]. En crĂ©ant une zone d'influence française dans cette rĂ©gion du monde, il offrirait des dĂ©bouchĂ©s pour l'industrie mais aussi un accĂšs Ă  de nombreuses matiĂšres premiĂšres. Une fois l'ordre rĂ©tabli, le progrĂšs serait au rendez-vous permettant Ă  cet hypothĂ©tique nouveau centre de commerce et d'exploitation que serait un Mexique sous influence française de devenir le premier pays industrialisĂ© d’AmĂ©rique latine dĂ©tournant des États-Unis des milliers de colons italiens, irlandais, grecs ou de ressortissants en provenance de tout autre pays en difficultĂ©[148].

Si pour son conseiller Ă©conomique, Michel Chevalier, l'ambition mexicaine constitue ainsi une « Ć“uvre visionnaire et moderne Â», dans l'entourage d'EugĂ©nie, l'enjeu politique et religieux prĂ©domine avec la perspective de l'Ă©mergence d'une grande monarchie catholique, modĂšle rĂ©gional capable de contrer la rĂ©publique protestante des États-Unis et, par effet de dominos, de procurer des trĂŽnes pour les princes europĂ©ens[148].

Afin officiellement de protĂ©ger les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques français au Mexique, NapolĂ©on III, profitant de la Guerre de SĂ©cession qui dĂ©chire l'AmĂ©rique s’allie le 31 dĂ©cembre 1861 avec le Royaume-Uni et l’Espagne pour lancer une expĂ©dition militaire. Des nĂ©gociations ont lieu entre Mexicains et EuropĂ©ens, aprĂšs que ces derniers eurent signĂ© la Convention de Soledad mais elles n'aboutissent qu'Ă  une impasse. En avril 1862, il ne reste plus au Mexique que la seule armĂ©e française Ă  la suite du retrait du conflit des Britanniques et des Espagnols peu enclins Ă  suivre les initiatives de la France.

AprÚs la bataille de Las Cumbres suivie notamment du SiÚge de Puebla, la ville de Mexico, capitale du pays, est prise le 7 juin 1863. La couronne du Mexique est proposée à Maximilien de Habsbourg, frÚre de François-Joseph Ier d'Autriche, afin de compenser diplomatiquement l'engagement français en Italie et de resserrer l'alliance franco-autrichienne. AprÚs avoir tergiversé une année, Maximilien l'accepte et entre le 12 juin 1864 dans Mexico, accompagné de son épouse, l'archiduchesse Charlotte.

En avril 1865, la guerre de SĂ©cession dans laquelle NapolĂ©on III penche nettement en faveur des Sudistes[149],[150] [voir La France et la guerre de SĂ©cession] prend fin aux États-Unis d'AmĂ©rique. Cette issue permet au gouvernement amĂ©ricain d'apporter son soutien aux troupes rebelles menĂ©es par Benito JuĂĄrez[148]. L'ampleur de la rĂ©sistance mexicaine et l'appui des États-Unis Ă  celle-ci obligent NapolĂ©on III Ă  ordonner le 15 janvier 1866 l'abandon de Mexico, Puebla et Veracruz. En fĂ©vrier 1867, le dernier navire français quitte les rives du Mexique, laissant derriĂšre lui l'Empereur Maximilien qui a refusĂ© d'abdiquer. Fait prisonnier Ă  Santiago de QuerĂ©taro, il est exĂ©cutĂ© le 19 juin 1867[148]. En consĂ©quence de cet abandon, le rapprochement avec l'Empereur François-Joseph est dĂ©finitivement compromis[151].

La crise luxembourgeoise

Article dĂ©taillĂ© : Crise luxembourgeoise.

Le soutien que NapolĂ©on III avait donnĂ© Ă  la cause italienne avait provoquĂ© les espoirs d'autres nations. La proclamation du royaume d'Italie le 18 fĂ©vrier 1861 aprĂšs la rapide annexion de la Toscane et du royaume de Naples avait prouvĂ© le danger des demi-mesures. Mais quand la concession, mĂȘme limitĂ©e, a Ă©tĂ© faite pour la libertĂ© d'une nation, elle pouvait difficilement ĂȘtre refusĂ©e pour les non moins lĂ©gitimes aspirations des autres.

Au dĂ©but des annĂ©es 1860, l'attachement de NapolĂ©on III au principe des nationalitĂ©s le pousse Ă  ne pas s'opposer Ă  l'Ă©ventualitĂ© d'une unification allemande, remettant ainsi en cause une politique menĂ©e depuis Richelieu et le traitĂ© de Westphalie (1648)[151]. Pour lui, « la Prusse incarne la nationalitĂ© allemande, la rĂ©forme religieuse, le progrĂšs du commerce, le constitutionnalisme libĂ©ral Â». Il la considĂšre comme « la plus grande des vĂ©ritables monarchies allemandes Â» notamment parce qu'elle accorde « plus de libertĂ© de conscience, est plus Ă©clairĂ©e, accorde plus de droits politiques que la plupart des autres États allemands Â»[152]. Cette conviction basĂ©e sur le principe des nationalitĂ©s le conduit non seulement Ă  apporter en Russie son soutien Ă  la rĂ©volte polonaise contre le Tsar en 1863[153] mais aussi Ă  adopter une neutralitĂ© bienveillante lors de l'affrontement dĂ©cisif entre la Prusse et l'Autriche. L'Empereur espĂšre en fait tirer avantage de la situation quel que soit le vainqueur en dĂ©pit des avertissements de Thiers devant le Corps lĂ©gislatif[151].

À la suite de la dĂ©faite autrichienne de Sadowa, l'Autriche est refoulĂ©e vers les Balkans : l'Italie obtient la VĂ©nĂ©tie comme le souhaitait NapolĂ©on III alors que la Prusse obtient le Holstein, le Hanovre, la Hesse-Cassel, le duchĂ© de Nassau et Francfort-sur-le-Main pour former la confĂ©dĂ©ration d'Allemagne du Nord[151].

NapolĂ©on III entend aussi rĂ©colter les fruits de son attitude conciliante vis-Ă -vis de la Prusse. Lors de l'entrevue de Biarritz (1865), le chancelier Otto von Bismarck lui avait affirmĂ© qu'aucune cession de territoire allemand Ă  la France n'Ă©tait envisageable mais qu'il admettait toutefois, qu'en cas d'intercession de la France dans la rĂ©solution du conflit avec l'Autriche, des concessions territoriales puissent ĂȘtre possibles. Ainsi, la Prusse resterait neutre en cas d'occupation par la France de la Belgique et du Luxembourg (politique dite des «pourboires»). Dans le mĂȘme temps, Bismarck passe secrĂštement avec les États d'Allemagne mĂ©ridionale un traitĂ© de protection mutuelle pour se prĂ©munir d'une agression Ă©ventuelle de la France.

L'annexion par la France du Grand-duchĂ© du Luxembourg paraĂźt d'autant plus accessible que Guillaume III, le roi des Pays-Bas, souverain en titre du Luxembourg, se dĂ©clare ouvert Ă  une compensation financiĂšre. Ainsi, le 23 mars 1867, il accepte l'offre française de lui verser 5 millions de florins en Ă©change du grand-DuchĂ©. Les accords secrets de 1866 entre la Prusse et les États d'Allemagne mĂ©ridionale ayant Ă©tĂ© officialisĂ©s, Guillaume III subordonne la vente du Luxembourg Ă  l'accord de la Prusse. Celle-ci, via Bismarck, fait alors connaĂźtre publiquement l'offre française Ă  toute l'Europe, divulguant ainsi la teneur de ces pourparlers secrets, dĂ©chaĂźnant une rĂ©action explosive de l'opinion publique dans les États allemands et provoquant la crise luxembourgeoise.

L'opinion publique allemande est d'autant plus scandalisée que la dynastie des Luxembourg avaient donné quatre empereurs au Saint-Empire Romain Germanique. Il leur est inimaginable de laisser le Grand-duché à la France. Dans ces circonstances, Bismarck considÚre qu'il ne peut plus honorer les promesses faites secrÚtement à la France et enjoint Guillaume III de revenir sur la vente du Luxembourg.

En France, l'opinion publique se mobilise elle aussi, entraĂźnant la mobilisation des troupes, tandis que des dĂ©putĂ©s allemands poussent Bismarck Ă  dĂ©crĂ©ter la mobilisation gĂ©nĂ©rale de la ConfĂ©dĂ©ration d'Allemagne du Nord. Au Luxembourg mĂȘme, des activistes pro-français provoquent la garnison prussienne alors que d'autres manifestants demandent au Roi des Pays-Bas le retour au statu quo.

La crise est résolue par le deuxiÚme traité de Londres selon lequel la France renonce à ses prétentions sur le Luxembourg, en laisse la souveraineté au roi de Hollande tandis que la Prusse démobilise sa garnison et démantÚle ses fortifications autant que le roi de Hollande le jugera utile. Il est entendu que le Luxembourg restera neutre au cours des futurs conflits[151].

Le déroulement de la crise luxembourgeoise montre le poids des opinions publiques et la prégnance croissante du nationalisme. L'antagonisme entre la France et la Prusse en sort d'autant plus attisé que Napoléon III réalise désormais à quel point il a été joué par Bismarck depuis 1864 n'ayant obtenu aucune des compensations secrÚtement convenues avec le Prussien. En conséquence de l'expédition militaire au Mexique et de la crise luxembourgeoise, sa politique étrangÚre se retrouve alors discréditée et la France se retrouve de nouveau relativement isolée en Europe, y compris par l'Angleterre désormais méfiante envers les ambitions territoriales de son voisin. Ainsi, au nom du principe de souveraineté des nations, l'Allemagne avait été réunie sous la coupe d'une dynastie de tradition militariste, agressive et ennemie de la France.

Le dernier plébiscite pour l'Empire libéral

En janvier 1870, NapolĂ©on III nomme Émile Ollivier, issu des bancs de l'opposition rĂ©publicaine et l'un des chefs du tiers-parti, pour diriger de fait son gouvernement. C'est la reconnaissance du principe parlementaire. Ollivier constitue alors un gouvernement d'hommes nouveaux en associant bonapartistes libĂ©raux (centre droit) et orlĂ©anistes ralliĂ©s Ă  l'Empire libĂ©ral (centre gauche), mais en excluant les bonapartistes autoritaires (droite) et les rĂ©publicains (gauche). Il prend lui-mĂȘme le ministĂšre de la Justice et des Cultes, le premier dans l'ordre protocolaire, et apparaĂźt comme le vĂ©ritable chef du ministĂšre sans en avoir le titre[47].

Mais le parti rĂ©publicain, contrairement au pays qui rĂ©clame la rĂ©conciliation de la libertĂ© et de l'ordre, refuse de se contenter des libertĂ©s acquises et refuse d'ailleurs tout compromis, se dĂ©clarant plus dĂ©cidĂ©s que jamais Ă  renverser l'Empire. Le meurtre du journaliste Victor Noir par Pierre Bonaparte, un membre de la famille impĂ©riale, donne aux rĂ©volutionnaires l'occasion si longtemps attendue le 10 janvier 1870. Mais l'Ă©meute se termine par un Ă©chec.

De son cĂŽtĂ©, Émile Ollivier convainc l'Empereur de procĂ©der Ă  une rĂ©vision constitutionnelle d'ensemble pour mettre sur pied un systĂšme semi-parlementaire. Les procĂ©dĂ©s de candidature officielle sont abandonnĂ©s et le prĂ©fet Haussmann, jugĂ© trop autoritaire, est renvoyĂ© (5 janvier 1870). Un sĂ©natus-consulte proposant un rĂ©gime plus libĂ©ral est soumis Ă  l'approbation du peuple lors d'un plĂ©biscite (le troisiĂšme depuis 1851) : le 8 mai 1870, les rĂ©formes sont approuvĂ©es avec plus de 7 millions de oui en dĂ©pit de l'opposition des monarchistes lĂ©gitimistes et des rĂ©publicains qui ont appelĂ© Ă  voter « non Â» ou Ă  s'abstenir[154]. C'est ainsi que se met en place la constitution du 21 mai 1870. NapolĂ©on III se serait exclamĂ© Ă  cette occasion : « J'ai mon chiffre ! Â»[155]. Émile Ollivier crut pouvoir dire de l'empereur : « Nous lui ferons une vieillesse heureuse Â»[156].

Ce succĂšs qui aurait dĂ» consolider l'Empire n'est qu'un prĂ©lude Ă  sa chute. Il Ă©tait supposĂ© qu'un succĂšs diplomatique puisse faire oublier la libertĂ© en faveur de la gloire. C'est en vain qu'aprĂšs la rĂ©volution parlementaire du 2 janvier 1870, le comte Daru ressuscite, par l'intermĂ©diaire de Lord Clarendon, le plan du comte Beust de dĂ©sarmement aprĂšs la bataille de Sadowa (Königgratz). Il rencontre un refus de la Prusse et de l'entourage impĂ©rial. L'impĂ©ratrice EugĂ©nie est crĂ©ditĂ©e de la remarque « S'il n'y a pas de guerre, mon fils ne sera jamais empereur. Â»

La guerre franco-allemande

Article dĂ©taillĂ© : Guerre franco-prussienne de 1870.
Napoleon III remettant son épée à Guillaume Ier. Gravure américaine anonyme de 1871.

Les tensions avec la Prusse ressurgissent Ă  propos de la succession d'Espagne quand le prince LĂ©opold de Hohenzollern se porte candidat le 21 juin 1870 au trĂŽne d'Espagne vacant depuis deux ans.

Un Hohenzollern sur le trÎne espagnol placerait la France dans une situation d'encerclement similaire à celui que le pays avait vécu à l'époque de Charles Quint. Cette candidature provoque des inquiétudes dans toutes les chancelleries européennes qui apportent leur soutien aux efforts de la diplomatie française.

En dĂ©pit du retrait de la candidature du Prince le 12 juillet 1870, ce qui constitue sur le moment un succĂšs de la diplomatie française[157], le gouvernement de NapolĂ©on III, pressĂ© par les belliqueux de tous bords (la presse de Paris, une partie de la Cour, les oppositions de droite et de gauche[158]), exige un engagement Ă©crit de renonciation dĂ©finitive et une garantie de bonne conduite de la part de Guillaume Ier. Le Roi de Prusse confirme la renonciation de son cousin sans se soumettre Ă  l'exigence française. Cependant, pour Bismarck, une guerre contre la France est le meilleur moyen de parachever l'unification allemande. La version dĂ©daigneuse qu'il fait transcrire dans la dĂ©pĂȘche d'Ems de la rĂ©ponse polie qu'avait faite Guillaume de Prusse confine au soufflet diplomatique pour la France d'autant plus qu'elle est diffusĂ©e Ă  toutes les chancelleries europĂ©ennes[151] et publiĂ©e dans la presse allemande.

Tandis que la passion antifrançaise embrase l'Allemagne, la presse et la foule parisiennes rĂ©clament la guerre[158]. Bien que tous deux personnellement favorables Ă  la paix et Ă  l'organisation d'un congrĂšs pour rĂ©gler le diffĂ©rend, Ollivier et NapolĂ©on III, qui ont finalement obtenu de leur ambassadeur la version exacte de ce qui s'Ă©tait passĂ© Ă  Ems, se laissent dĂ©passer par les partisans de la guerre dont l'impĂ©ratrice EugĂ©nie mais aussi de ceux qui veulent une revanche sur l'Empire libĂ©ral[159]. Les deux hommes finissent par se laisser entraĂźner contre leur conviction profonde[160]. Émile Ollivier, voulant se montrer aussi jaloux des intĂ©rĂȘts nationaux que n'importe quel ministre absolutiste[161], perçoit la guerre comme inĂ©vitable et, Ă©puisĂ© par les dĂ©bats Ă  la Chambre, sur les nerfs, dĂ©clare accepter la guerre d'un « cƓur lĂ©ger Â»[160]. Bien que pacifique de nature[159], NapolĂ©on III est cependant affaibli par ses Ă©checs internationaux antĂ©rieurs et a besoin d'un succĂšs de prestige[159] avant de laisser le trĂŽne Ă  son fils. Il n'ose pas contrarier l'opinion majoritaire pro-guerre, exprimĂ©e au sein du gouvernement et au parlement, y compris chez les rĂ©publicains[162] (malgrĂ© les avertissements lucides de Thiers et de Gambetta), dĂ©cidĂ©e Ă  en dĂ©coudre avec la Prusse.

La Chambre, en dĂ©pit des efforts dĂ©sespĂ©rĂ©s de Thiers et de Gambetta, vote l'entrĂ©e en guerre dont le motif est l'insulte publique qui est ainsi dĂ©clarĂ©e le 19 juillet 1870. L'armĂ©e prussienne a d'ores et dĂ©jĂ  l'avantage en hommes (plus du double par rapport Ă  l'armĂ©e française), en matĂ©riels (le canon Krupp) et mĂȘme en stratĂ©gie, celle-ci ayant Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e dĂšs 1866[151].

Entrant en guerre, la France est cependant sans alliĂ©e. L'Empereur comptait sur la neutralitĂ© des États allemands du Sud mais la rĂ©vĂ©lation aux diĂštes de Munich et de Stuttgart des prĂ©tentions de NapolĂ©on III sur les territoires de Hesse et BaviĂšre les avaient amenĂ© Ă  signer un traitĂ© de soutien avec la Prusse et la confĂ©dĂ©ration d'Allemagne du Nord. De son cĂŽtĂ©, le Royaume-Uni, Ă  qui Bismarck avait communiquĂ© le brouillon de traitĂ© datant de 1867 par lequel NapolĂ©on III revendiquait la Belgique, ne se soucie que du respect de la neutralitĂ© de cette derniĂšre par les belligĂ©rants. De son cĂŽtĂ©, la Russie souhaite que le conflit reste localement isolĂ© et n'ait pas de consĂ©quences sur la Pologne tandis que l'Autriche, en dĂ©pit des bonnes relations entre les deux empereurs, n'est pas prĂȘte et demande un dĂ©lai avant de s'associer Ă  une Ă©ventuelle victoire des Français[163]. Enfin, l'Italie exige pour sa participation l'Ă©vacuation de Rome mais l'hostilitĂ© de l'ImpĂ©ratrice catholique s'y oppose, du moins dans un premier temps. L'Ă©vacuation du territoire pontifical s'effectue bien le 19 aoĂ»t mais trop tard pour permettre aux Italiens d'intervenir aux cĂŽtĂ©s de l'armĂ©e impĂ©riale[164].

Les armĂ©es du MarĂ©chal LebƓuf n'Ă©taient pas plus efficaces que les alliances de AgĂ©nor de Gramont, le ministre des Affaires Ă©trangĂšres qui avait participĂ© activement Ă  l'escalade verbale entre les chancelleries. L'incapacitĂ© des officiers de haut rang de l'armĂ©e française, le manque de prĂ©paration Ă  la guerre des quartiers gĂ©nĂ©raux, l'irresponsabilitĂ© des officiers, l'absence d'un plan de contingence et le fait de compter sur la chance, stratĂ©gie prĂ©cĂ©demment fructueuse pour l'Empereur, plutĂŽt qu'une stratĂ©gie Ă©laborĂ©e, apparurent tout de suite lors de l'insignifiant engagement de Sarrebruck. Ainsi l'armĂ©e française multiplia les dĂ©faites et les victoires inexploitĂ©es, notamment celles de Froeschwiller, Borny-Colombey, Mars-la-Tour ou Saint-Privat, pour aboutir au dĂ©sastre de Metz.

Par la capitulation de la bataille de Sedan, l'Empire perdit son dernier soutien, l'armée. Paris était laissée sans protection, avec une femme aux Tuileries (Eugénie), une assemblée terrifiée au Palais-Bourbon, un ministÚre, celui de Palikao, sans autorité, et les chefs de l'opposition qui fuyaient alors que la catastrophe approchait.

Le 4 septembre 1870, le Corps lĂ©gislatif est envahi par des manifestants et dispersĂ©. L'ImpĂ©ratrice est obligĂ©e de fuir le palais des Tuileries avec l'aide des ambassadeurs d'Autriche et d'Italie avant de trouver refuge chez son dentiste de nationalitĂ© amĂ©ricaine. Celui-ci l'aidera Ă  rejoindre Deauville oĂč un officier britannique la mĂšnera jusqu'en Angleterre oĂč elle retrouvera son fils. L'Empereur est de son cĂŽtĂ© prisonnier en Allemagne.

À Paris, pendant ce temps, les dĂ©putĂ©s rĂ©publicains rĂ©unis Ă  l'HĂŽtel de Ville constituĂšrent un gouvernement provisoire et proclamĂšrent la RĂ©publique.

L'historien Louis Girard attribue cette chute rapide de l'Empire au fait qu'il Ă©tait peu enracinĂ©, qu'il n'y avait pas de loyalisme envers la dynastie, comme le prouve, aprĂšs la dĂ©faite de Sedan, l'abandon de l'ImpĂ©ratrice, qui ne doit son salut qu'Ă  des Ă©trangers, mais aussi l'absence de dĂ©fenseurs de la Constitution et du gouvernement. Il estime aussi que le rĂ©gime Ă©tait peut-ĂȘtre trop rĂ©cent ou trop contestĂ©[165]. Pour l'historien AndrĂ© EncrevĂ©, les raisons de la chute rapide de l'Empire sont bien Ă  rechercher du cĂŽtĂ© de l'action politique de NapolĂ©on III. Non seulement relĂšve-t-il, l'incapacitĂ© de l'Empereur Ă  avoir rĂ©ussi Ă  enraciner le bonapartisme face aux royalistes et aux rĂ©publicains mais aussi le fait qu'il avait Ă©tĂ© contraint de gouverner souvent avec des hommes qui ne partageaient qu’une partie de ses idĂ©es[166].

Atteint de la maladie de la pierre qui le faisait souffir depuis de nombreuses années, Napoléon III meurt en exil en Angleterre en 1873 des suites d'une opération chirurgicale. Son image personnelle restera pour plus d'un siÚcle marquée prioritairement par la défaite de Sedan et de ses conséquences qui lui sont attribuées par le traité de Francfort (perte de l'Alsace-Moselle et paiement d'une indemnité de 5 milliards de francs-or)[167].

La légende noire du Second Empire

La légende noire

Masque mortuaire de Napoléon III

« NapolĂ©on III a longtemps Ă©tĂ© victime d'une lĂ©gende noire, d'une caricature forgĂ©e par ses nombreux ennemis politiques, les rĂ©publicains, les royalistes, les libĂ©raux... Â» pour reprendre les mots du professeur d'histoire contemporaine Guy Antonetti[168]. Selon les dĂ©tracteurs et opposants du dernier Empereur des Français, il est Ă  la fois un « crĂ©tin Â» (Thiers), « NapolĂ©on le petit Â» ou « CĂ©sarion Â» (Victor Hugo) ou encore Badinguet, « une espĂšce d'aventurier sans scrupules, et d'arriĂ©rĂ© mental ridicule, un mĂ©lange de satrape dĂ©bauchĂ© et de dĂ©magogue fumeux, bref un pantin insignifiant Â»[168].

Si la « lĂ©gende noire Â» est si souvent Ă©voquĂ©e pour parler de NapolĂ©on III et de son rĂšgne[169] et que le Second Empire a eu « longtemps mauvaise presse Â»[170],[171], notamment parce que l'historiographie du Second Empire « fut souvent dominĂ©e par les opposants Â»[172], il le doit nĂ©anmoins beaucoup Ă  son acte fondateur (le coup d'État) et Ă  sa fin sans gloire dans la dĂ©sastreuse guerre franco-prussienne. L'historien Jacques-Olivier Boudon note en ce sens que si la rĂ©publique finit par s'imposer, c'est Ă  cause de la dĂ©faite militaire de Sedan et de la capture de NapolĂ©on III par les Prussiens[173]. Apparemment peu douĂ© pour la prophĂ©tie, Louis Pasteur, fervent bonapartiste[174] affligĂ© par la chute de l'Empire, dĂ©clarait alors confiant que « malgrĂ© les vaines et stupides clameurs de la rue et toutes les lĂąches dĂ©faillances de ces derniers temps, l'Empereur peut attendre avec confiance le jugement de la postĂ©ritĂ©. Son rĂšgne restera comme l'un des plus glorieux de notre histoire Â»[175].

Ainsi, aprĂšs Sedan et la mort de NapolĂ©on III, le rĂ©gime impĂ©rial vouĂ© aux gĂ©monies[176] reste longtemps rĂ©sumĂ© historiquement et politiquement, du moins en France, comme un tout dont l'identitĂ© se rĂ©sume au coup d'État, le pĂ©chĂ© originel du Second Empire, Ă  la dĂ©bĂącle militaire, Ă  l'affairisme et Ă  la dĂ©pravation morale. Les acquis territoriaux de 1860 (Nice et la Savoie) obtenus Ă  la suite d'une guerre victorieuse contre l'Autriche sont ainsi effacĂ©s par le traumatisme que constitue la perte de l'Alsace et de la Moselle marquant durablement la conscience nationale jusqu'Ă  la fin de la PremiĂšre Guerre mondiale. L'Ă©crivain Émile Zola, circonspects sur l'Empereur dont il note la complexitĂ© et qu'il appelle « l'Ă©nigme, le sphynx Â»[168], rappela ainsi dans ses romans la spĂ©culation effrĂ©nĂ©e et la corruption nĂ©es de l'« haussmannisation Â» et de la flambĂ©e boursiĂšre (La CurĂ©e, L'Argent), le choc que l'irruption des grands magasins reprĂ©senta pour le petit commerce (Au Bonheur des Dames), la duretĂ© des luttes sociales sous NapolĂ©on III (Germinal). Toutefois, le mĂȘme Émile Zola dĂ©montra comment le mĂȘme homme pouvait ĂȘtre regardĂ© diffĂ©remment en fonction du camp idĂ©ologique oĂč l'on se situait, des revirements idĂ©ologiques ou des mĂ©tamorphoses de l'Ăąge[177], en Ă©crivant que « Le NapolĂ©on III des ChĂątiments, c'est un croquemitaine sorti tout bottĂ© et tout Ă©peronnĂ© de l'imagination de Victor Hugo. Rien n'est moins ressemblant que ce portrait, sorte de statue de bronze et de boue Ă©levĂ©e par le poĂšte pour servir de cible Ă  ses traits acĂ©rĂ©s, disons le mot, Ă  ses crachats Â»[178].

Pour l'historien Éric Anceau, le 2 dĂ©cembre 1851, qui a permis aux « rĂ©publicains de s’ériger en dĂ©fenseurs du droit et de faire du coup d’État le mal absolu Â», constitue le pĂ©chĂ© originel du Second Empire[179]. Depuis cette date, « qui se dit rĂ©publicain en France ne peut prĂȘter la main Ă  un coup d’État, ni s’en faire l’apologiste Â»[180] comme le note aussi l'historien Raymond Huard[181]. Cette rĂ©fĂ©rence ainsi nĂ©gative fut l'argument des rĂ©publicains pour combattre tout retour en force du cĂ©sarisme plĂ©biscitaire, que ce soit lors du boulangisme puis plus tard lors de la montĂ©e du gaullisme[182]. Le prĂ©cĂ©dent d'un prĂ©sident devenu empereur ainsi rendra impensable, jusqu'en 1962, toute Ă©lection du chef de l'État au suffrage universel direct, François Mitterrand comparant avec virulence le gĂ©nĂ©ral de Gaulle Ă  NapolĂ©on III afin d'instruire le procĂšs des institutions de la Ve RĂ©publique[183].

Pour Pierre Milza, « l'annĂ©e terrible [1870] a fortement traumatisĂ© les contemporains, peut-ĂȘtre autant que le fera la dĂ©bĂącle de 1940 Â» ce qui explique Ă©galement, en sus du 2 dĂ©cembre, le « long discrĂ©dit Â» dont souffre longtemps l'image de NapolĂ©on III[184]. La nouvelle lĂ©gitimitĂ© rĂ©publicaine exige alors que tous les mythes sur lesquels reposaient le prĂ©cĂ©dent pouvoir, telle l'image idĂ©alisĂ©e du « sauveur de la nation Â», soient abattus et discrĂ©ditĂ©s[185] alors que tout nom relatif Ă  la toponymie impĂ©riale est globalement Ă©liminĂ©e de la voie publique, Ă  l'exception des batailles remportĂ©es durant le rĂ©gime[186]. NĂ©anmoins, dĂšs 1874, dans un discours prononcĂ© Ă  Auxerre, LĂ©on Gambetta, opposant irrĂ©ductible au rĂ©gime bonapartiste, constatait que c'Ă©tait pendant les 20 ans de ce « rĂ©gime dĂ©testĂ© Â» que s'Ă©tait formĂ©e « une nouvelle France Â», invoquant notamment la politique des transports, la libertĂ© des Ă©changes, la diffusion des LumiĂšres et les progrĂšs de l'instruction publique[187]. Un siĂšcle plus tard, en 1973, Alain Plessis, dans son ouvrage de rĂ©fĂ©rence[188] pense pouvoir Ă©crire Ă  propos de l'histoire du Second Empire que « les mythes qui encombraient sa lĂ©gende noire sont un Ă  un dĂ©chirĂ©s [et que] de nouvelles interprĂ©tations rĂ©vĂšlent une Ă©poque Ă©tonnamment riche en contrastes Â»[189].

Historiographie

Du point de vue historiographique, il faut attendre les annĂ©es 1890 pour que des personnalitĂ©s commencent Ă  produire des ouvrages dĂ©passionnĂ©s des enjeux politiques, Ă  une Ă©poque oĂč le mouvement bonapartiste est en voie d'extinction. Ainsi, Pierre de La Gorce Ă©crit une Histoire du Second Empire en sept volumes[190] dont la premiĂšre version, rĂ©digĂ©e sur fonds du scandale de Panama, reste nĂ©anmoins hostile au souverain. Cependant, avec cet auteur, « on sort du journalisme pour entrer dans l'histoire gĂ©nĂ©rale Â»[172] tandis qu'Émile Ollivier publie ses mĂ©moires consacrĂ©s Ă  l'Empire libĂ©ral[191].

Si la politique intĂ©rieure et la diplomatie ne font l'objet d'aucun consensus, l'Ɠuvre Ă©conomique et sociale du Second Empire est dĂ©jĂ  analysĂ©e de façon plus nuancĂ©e, notamment par Albert Thomas Ă  qui Jean JaurĂšs avait confiĂ© la rĂ©daction du volume X de Histoire socialiste[192]. NĂ©anmoins, « l'instrumentalisation de l'ancien souverain persistait malgrĂ© l'affirmation d'une histoire positiviste et scientifique Â»[192].

Visant notamment Charles Seignobos[193], Pierre Milza considĂšre que « l'historiographie rĂ©publicaine - en position dominante dans l'universitĂ© française - conserve au moins jusqu'en 1914 une position critique [...]. Le Second Empire reste fondamentalement liĂ© au 2 dĂ©cembre et Ă  la capitulation de Sedan. Les manuels scolaires sont les vĂ©hicules d'une histoire officielle destinĂ©e Ă  former des citoyens et des patriotes attachĂ©s aux valeurs rĂ©publicaines Â»[194]. C'est Ă©galement l'avis de l'historien Louis Girard qui note dans la tonalitĂ© critique de l'Ɠuvre de Seignobos « l'Ă©cho des passions rĂ©publicaines Â»[195]. NĂ©anmoins, ces mĂȘmes ouvrages scolaires et universitaires commencent eux aussi Ă  aborder les rĂ©alisations Ă©conomiques et sociales, s'Ă©cartant dĂ©finitivement du « dĂ©chainement de haine et de mauvaise foi Â» des premiĂšres annĂ©es ayant suivi la chute de l'Empire et commencent Ă  prĂ©senter des portraits plus nuancĂ©s de la personnalitĂ© de l'Empereur[194],[196].

À partir des annĂ©es 1920, alors que la France a repris possession des territoires perdus en 1870, NapolĂ©on III fait l'objet de biographies plus favorables voire romancĂ©es alors que l'historiographie officielle porte la marque d'une rĂ©vision des jugements portĂ©s sur l'Empereur et son rĂ©gime.

AprÚs la Seconde Guerre mondiale, le Second Empire est enfin étudié vraiment scientifiquement par de nombreux universitaires historiens ou économistes (Charles-Hippolyte Pouthas, Jean Bouvier, Alain Plessis, René Rémond, Maurice Agulhon, Jeanne Gaillard...) tandis que Napoléon III fait l'objet, en France, de premiÚres études approfondies par les historiens Adrien Dansette[197],[198], Louis Girard[199].

Depuis les annĂ©es 1970, de nombreux historiens ont Ă©crits sur le rĂ©gime et sur l'Empereur. Quand Maurice Agulhon note que « l’histoire Ă©conomique et culturelle Â» du Second Empire se caractĂ©rise par « une pĂ©riode prospĂšre et brillante Â»[50], Louis Girard note aussi que NapolĂ©on III « n'a jamais envisagĂ© la dĂ©mocratie autrement que s'incarnant dans un chef Â»[200] mais qu'il voulait, Ă  terme, pouvoir doter son pays d'institutions analogues Ă  celles de la Grande-Bretagne, attendant pour cela une Ă©volution des mƓurs politiques[201]. Si pour l'historien Pierre Milza, reprenant la suite de Louis Girard, le Second Empire est une « Ă©tape Â» plus progressiste que rĂ©gressive[202] dans la dĂ©mocratisation de la France[203], une pĂ©riode qui « a familiarisĂ© les Français avec le vote Â»[202], que « la dĂ©nonciation du cĂ©sarisme, rĂ©el ou supposĂ©, appartient Ă  la culture de la RĂ©publique parlementaire Â»[204], il estime aussi que le rĂ©gime politique de NapolĂ©on III « appartient Ă  la galaxie dĂ©mocratique Â»[205] et qu'il a su Ă©voluer dans le sens de la libĂ©ralisation[203]. Il note par ailleurs que « les historiens, les politistes, les spĂ©cialistes de l'Histoire des idĂ©es et de la philosophie de l'histoire ont entrepris de rĂ©examiner le bonapartisme et de replacer celui-ci dans la longue durĂ©e, ce qui a permis de considĂ©rer sous un jour nouveau le bilan de l'Empire Â»[206],[207]. Pour AndrĂ© EncrevĂ© et Maurice Agulhon, la rĂ©habilitation Ă  faire ou non du Second Empire, et surtout de son origine qu'est le coup d'État, n'est pas seulement une problĂ©matique d'historien mais relĂšve aussi d'une « question d’éthique personnelle et civique Â»[27]. Pour Jean-Jacques Becker, il n'y a pas Ă  « rĂ©habiliter le Second Empire Â» mais Ă  l'analyser sans lui jeter d'opprobre parce que « l'histoire est ce qu'elle est [et qu'elle] n'a pas besoin ni d'ĂȘtre condamnĂ©e ni d'ĂȘtre rĂ©habilitĂ©e Â»[208]. Enfin, pour Jean-Claude Yon, plus affirmatif, « la lĂ©gende noire du Second Empire appartient largement au passĂ© mais l'Ă©tude de la pĂ©riode s'en ressent parfois encore Â»[209].

Notes et références

Notes

  1. ↑ En l'occurrence sont ici visĂ©s les premiers chapitres de Madame Bovary parus dans La Revue de Paris, Les MystĂšres du peuple et Les fleurs du Mal.
  2. ↑ EugĂšne Labiche a Ă©tĂ© l'un des premiers artistes Ă  publiquement apporter son soutien au coup d'État de Louis-NapolĂ©on. Milza 2006, p. 554
  3. ↑ Jean-Marie Pernot (chercheur en science politique Ă  l'Institut de recherches Ă©conomiques et sociales, « AIT (Association internationale des travailleurs) Â», EncyclopĂŠdia Universalis. L'auteur souligne que l'AIT est « au carrefour de plusieurs tentatives de regroupement Â» comprenant les trade-unions britanniques, les mutuellistes proudhoniens français, divers courants socialistes et un « mouvement de protestation internationale d'inspiration rĂ©publicaine contre la rĂ©pression russe en Pologne Â». L'AIT « tiraillĂ©e entre anarchistes, rĂ©formistes et marxistes Â» se disloque Ă  partir de 1872.
  4. ↑ Statuts rĂ©digĂ©s par Karl Marx et adoptĂ©s par le Conseil gĂ©nĂ©ral de l'AIT en 1864.

Références

  1. ↑ Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, PUF, 1986, p 269
  2. ↑ RenĂ© RĂ©mond, Les Droites en France, collection historique sous la direction de Maurice Agulhon et Paul Lemerle, Aubier, 1982 p. 106-110
  3. ↑ Marcel Morabito et Daniel Bourmaud, Histoire constitutionnelle et politique de la France (1789-1958), Montchrestien, Domat Droit Public, Paris, 1998, p. 245
  4. ↑ Une loi du 31 mai 1850 limitait le droit de suffrage, faisant passer le nombre d'Ă©lecteurs de 9 millions Ă  6 millions en imposant la condition d'un domicile stable de 3 ans pour avoir le droit de voter.
  5. ↑ RenĂ© RĂ©mond, Les Droites en France, collection historique sous la direction de Maurice Agulhon et Paul Lemerle, Aubier, 1982, p. 110
  6. ↑ Éric Anceau, NapolĂ©on III, un Saint-Simon Ă  cheval, Tallandier, 2008, p. 193
  7. ↑ Éric Anceau, p. 194
  8. ↑ Éric Anceau, p. 192
  9. ↑ RĂ©sultats du plĂ©biscite du 20 et 21 dĂ©cembre 1851
  10. ↑ Louis-NapolĂ©on Bonaparte, Des idĂ©es napolĂ©oniennes in ƒuvres de NapolĂ©on III, T.1, Paris, Plon, 1869, p. 56
  11. ↑ Pierre Milza, NapolĂ©on III, infra, p. 297
  12. ↑ Pierre Milza, p. 276-278
  13. ↑ Sudhir Hazareesing, « LA SAINT-NAPOLÉON, Quand le 14 Juillet se fĂȘtait le 15 AoĂ»t Â», traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve, 294 p. Éditions Paris Tallandier, 2007 (ISBN 978-2-84734-404-2)
  14. ↑ Pierre Milza, NapolĂ©on III, 2006, p 279
  15. ↑ a, b, c et d Pierre Milza, p 280
  16. ↑ Pierre Milza, p 275
  17. ↑ Discours Ă  Bordeaux du 9 octobre 1852 publiĂ© dans Le Moniteur du 11 octobre
  18. ↑ L'abstention a atteint plus de 40% des suffrages en VendĂ©e, dans le Maine-et-Loire, dans le Morbihan et dans les Bouches-du-RhĂŽne.
  19. ↑ Philippe SĂ©guin, Louis NapolĂ©on le Grand, Grasset, 1990, p 175
  20. ↑ Pierre Milza, p 298
  21. ↑ Pierre Milza, p 299-301
  22. ↑ Pierre Milza,NapolĂ©on III, infra, p 303
  23. ↑ Pierre Milza, p 302
  24. ↑ Patrick Lagouyette, candidature officielle et pratiques Ă©lectorales sous le Second Empire (1852-1870), 5 vol. Paris, UniversitĂ© de Paris 1, 1990
  25. ↑ Pierre Rosanvallon, La dĂ©mocratie inachevĂ©e : histoire de la souverainetĂ© du peuple en France, Paris, Gallimard, 2000, p 187
  26. ↑ a, b, c, d et e Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, PUF, 1986, p 276
  27. ↑ a et b AndrĂ© EncrevĂ©, Le Second Empire, P.U.F., collection « Que sais-je ? Â», 2004, p. 5
  28. ↑ Milza 2006, p. 320-321
  29. ↑ Pierre Milza, op. cit., p.  444
  30. ↑ Pierre Milza, p 446
  31. ↑ a et b Pierre Milza, p 447
  32. ↑ Pierre Milza, p 448
  33. ↑ Pierre Milza, p 559-560
  34. ↑ Milza 2006, p. 459
  35. ↑ Milza 2006, p. 468-470
  36. ↑ Milza 2006, p. 463
  37. ↑ Suzanne Desternes et Henriette Chandet, NapolĂ©on III, homme du XXe siĂšcle, Paris, Hachette, 1961, p. 303
  38. ↑ Milza 2006, p. 564
  39. ↑ Milza 2006, p. 568
  40. ↑ Milza 2006, p. 568-569
  41. ↑ Girard 1986, p. 362-363
  42. ↑ Yon 2004, p. 61
  43. ↑ Milza 2006, p. 584-585
  44. ↑ Antonetti 1986, p. 278
  45. ↑ Antonetti 1986, p. 278-279
  46. ↑ Histoire de la loi Niel.
  47. ↑ a, b et c Antonetti 1986, p. 279
  48. ↑ Antonetti 1986, p. 280
  49. ↑ Alain Plessis, De la fĂȘte impĂ©riale au mur des fĂ©dĂ©rĂ©s, 1852-1871, Ă©d. du Seuil, 1979, p. 209.
  50. ↑ a et b Maurice Agulhon, DĂ©cembre 1851 dans l'Histoire de France
  51. ↑ Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, PUF, p 282
  52. ↑ a, b, c et d Alain Plessis, NapolĂ©on III : un empereur socialiste ?, Magazine L'Histoire n°195, janvier 1996
  53. ↑ Pierre Milza, p 483-488
  54. ↑ Milza 2006, p. 471-473
  55. ↑ Milza 2006, p. 473-476
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  59. ↑ Antonetti 1986, p. 284
  60. ↑ Milza 2006, p. 486
  61. ↑ Une tradition de luttes sociales, site de la ville de TrĂ©lazĂ©
  62. ↑ ThĂšse d'Édouard Vasseur, « L'Exposition universelle de 1867 : apothĂ©ose du Second Empire et de la gĂ©nĂ©ration de 1830 Â», École des Chartes, 2001
  63. ↑ Roger-Henri Guerrand, supra, juin 1997
  64. ↑ a et b Jean-Claude Yon, Le Second Empire, ed. Armand Collin, 2004 rĂ©ed 2009, p 190-191
  65. ↑ Patrice de Moncan, Le Paris d'Haussmann, Ă©ditions du MĂ©cĂšne, 2009, p. 7-25
  66. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 27
  67. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 29
  68. ↑ Étienne Cabet, Voyage en Icarie, Paris, 1840
  69. ↑ Roger-Henri Guerrand, Les Origines du logement social en France, Paris, Éditions ouvriùres, 1967
  70. ↑ Histoire du logement social
  71. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 30-31
  72. ↑ Patrice de Moncan, p. 178
  73. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 33
  74. ↑ Roger-Henri Guerrand, L'Empereur de la vie quotidienne, L’Histoire n°211, juin 1997
  75. ↑ Marie-Jeanne Dumont, Le logement social à Paris: 1850-1930, Bureau de la recherche architecturale du Ministùre de l'Équipement et du Logement, ed. Pierre Mardaga 1991, p. 14-15
  76. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p 58-59
  77. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 107-132
  78. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 152
  79. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 169
  80. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 89-106
  81. ↑ Jean-Claude Yon, supra, p 191
  82. ↑ Patrice de Moncan, p. 69-70
  83. ↑ Patrice de Moncan, ibid, 201-2002
  84. ↑ Louis RĂ©au, Histoire du vandalisme, Paris, 1994, citĂ© par Patrice de Moncan, p. 203
  85. ↑ Patrice de Moncan, ibid, p. 173
  86. ↑ Patrice de Moncan, p. 33-35
  87. ↑ Pierre Milza, p. 476-477
  88. ↑ Pouvoir et photographie, Des photographes pour l'Empereur, Bibliothùque nationale de France
  89. ↑ Jean-Claude Yon, infra, p 175
  90. ↑ Milza 2006, p. 555
  91. ↑ CompiĂšgne sous NapolĂ©on III
  92. ↑ Girard 1986, p. 310
  93. ↑ Milza 2006, p. 575
  94. ↑ Claude Nicolet, La fabrique d'une nation. La France entre Rome et les Germains, Paris, Perrin, 2003, p. 162-163
  95. ↑ Christian Goudineau, Le dossier VercingĂ©torix, Actes Sud/Errance, 2001, p. 70-73
  96. ↑ Milza 2006, p. 575 et suivantes
  97. ↑ Anceau 2008, p. 410
  98. ↑ Anceau 2008, p. 412
  99. ↑ Histoire de Bibracte
  100. ↑ Guy Antonetti, ibid, p 290
  101. ↑ Anceau 2008, p. 423 et suivantes
  102. ↑ Anceau 2008, p. 424
  103. ↑ Milza 2006, p. 495-496
  104. ↑ Anceau 2008, p. 424-425
  105. ↑ Milza 2006, p. 497
  106. ↑ Éric Anceau, p 426
  107. ↑ Éric Anceau, p. 427
  108. ↑ a, b, c, d et e Maitron.org, site d’histoire sociale, Chronologie indicative de l’histoire du mouvement ouvrier français, 1864-1870
  109. ↑ a, b, c, d, e, f et g Antonetti 1986, p. 292
  110. ↑ a, b, c, d et e Milza 2006, p. 590
  111. ↑ a, b, c et d Anceau 2008, p. 462
  112. ↑ a, b, c et d Milza 2006, p. 657
  113. ↑ a et b Milza 2006, p. 591
  114. ↑ Milza 2006, p. 657-658
  115. ↑ Pierre Milza, p. 300-301
  116. ↑ Il sera supprimĂ© en 1890
  117. ↑ Barjot, Chaline, EncrevĂ©, La France au XIXe, PUF, 1995, (ISBN 2130473857), p. 667.
  118. ↑ RenĂ© Viviani, Henri Robert et Albert MeurgĂ© Cinquante-ans de fĂ©minisme : 1870-1920, Ă©d. de la Ligue française pour le droit des femmes, Paris, 1921
  119. ↑ Anceau 2008, p. 425
  120. ↑ Anceau 2008, p. 426
  121. ↑ a et b Pierre Milza 2006, p. 595
  122. ↑ Anceau 2008, p. 413-414
  123. ↑ Jean-François Lemaire, NapolĂ©on III et Pasteur, Revue du Souvenir NapolĂ©onien, n° 407, mai 1996, pp. 19 Ă  27
  124. ↑ Anceau 2008, p. 370-371 et 475
  125. ↑ a et b Le triomphe de SĂ©bastopol, article d'Alain Gouttman paru dans le numĂ©ro spĂ©cial du magazine Historia de septembre/octobre 1995
  126. ↑ a, b, c, d et e 1860 en Savoie Le rattachement Ă  la France,Revue des Ă©lĂšves de l'Ă©cole polytechnique (n°39)
  127. ↑ Yves Bruley, NapolĂ©on III, pĂšre fondateur de la Roumanie, Historia n° 722, 1er fĂ©vrier 2007
  128. ↑ Pierre Milza, p 412-414.
  129. ↑ NapolĂ©on III crĂ©e l'unitĂ© italienne, article d'Octave Aubry paru dans la revue Historia
  130. ↑ Le Mercantour ne rejoindra la France qu'en 1947
  131. ↑ a et b 1860 en Savoie : Le rattachement Ă  la France, Revue des Ă©lĂšves de l'Ă©cole polytechnique
  132. ↑ Éric Anceau, p 389
  133. ↑ Eric Anceau, p 371
  134. ↑ Eric Anceau, p 367
  135. ↑ Pierre Milza, p 625
  136. ↑ Pierre Milza, p 626
  137. ↑ Pierre Milza, p 627
  138. ↑ a, b et c RenĂ© Pillorget,NapolĂ©on III : un visionnaire pour l’AlgĂ©rie, Historia n°633
  139. ↑ a, b et c Daniel Rivet, Le rĂȘve arabe de NapolĂ©on III, revue L'Histoire n°140, janvier 1991
  140. ↑ Lettre de l’Empereur au MarĂ©chal PĂ©lissier, gouverneur gĂ©nĂ©ral de l’AlgĂ©rie, Le Moniteur, 7 fĂ©vrier 1863
  141. ↑ SĂ©natus-consulte sur l'Ă©tat des personnes et la naturalisation en AlgĂ©rie du 14 juillet 1865
  142. ↑ Pierre Milza, p 631
  143. ↑ a et b Eric Anceau, p 372
  144. ↑ Éric Anceau, p 388-389
  145. ↑ Jacques-Olivier Boudon, Les Bonaparte : Regards sur la France impĂ©riale, Dossier n°8073, La Documentation française, janvier-fĂ©vrier 2010, p 50
  146. ↑ Ces provinces seront finalement restituĂ©es au Cambodge en 1907
  147. ↑ Éric Anceau, p. 393
  148. ↑ a, b, c, d et e Yves Bruley, Le rĂȘve mexicain de NapolĂ©on III vire au cauchemar, Historia
  149. ↑ S. Sainlaude, Le gouvernement impĂ©rial et la guerre de SĂ©cession, Paris, L'Harmattan, 2011
  150. ↑ S. Sainlaude, La France et la ConfĂ©dĂ©ration sudiste, Paris, L'Harmattan, 2011
  151. ↑ a, b, c, d, e, f et g Jean-Michel Gaillard, Sedan, 1870 : l'effondrement d'un rĂȘve europĂ©en, L'Histoire n°211
  152. ↑ W. Radewahn, Französische Aussenpolitik vor dem Krieg von 1870, Eberhard Kolb, Europa vor dem Krieg von 1870, Munich, 1983.
  153. ↑ Afin de s'extraire de l'impasse polonaise, l'Empereur proposa l'organisation d'un congrĂšs international. Le Royaume-Uni refusa tandis que l'Autriche, la Prusse et la Russie ne donnĂšrent leur adhĂ©sion qu'Ă  des conditions qui le rendirent futile. Il ne peut dĂšs lors empĂȘcher la Pologne de se faire Ă©craser ni la Prusse de triompher sur le Danemark dans la question du Schleswig-Holstein. La question romaine fut provisoirement rĂ©solue par la convention du 15 septembre 1864 qui garantissait aux États papaux la protection de l'Italie et par le traitĂ© de Vienne du 30 octobre 1864 qui mit temporairement fin Ă  la crise du Schleswig-Holstein
  154. ↑ RĂ©sultats du plĂ©biscite sur la constitution de 1870, UniversitĂ© de Perpignan
  155. ↑ Voir François Roth, « 1870 : l'annĂ©e maudite Â», Historia', numĂ©ro spĂ©cial n°37 de septembre/octobre 1995
  156. ↑ Voir Antonin Debidour, Histoire diplomatique de l'Europe depuis l'ouverture du CongrĂšs de Vienne jusqu'Ă  la clĂŽture du CongrĂšs de Berlin (1814-1878), tome II : « depuis l'ouverture du CongrĂšs de Vienne jusqu'Ă  la clĂŽture du CongrĂšs de Berlin (1814-1878) Â», F. Alcan, 1891, p. 381, AimĂ© Dupuy, 1870-1871, La guerre, la Commune et la presse, A. Colin, 1959, 253 pages, p. 29, ou Jean Sagnes, NapolĂ©on III : le parcours d'un saint-simonien, Éditions SinguliĂšres, 2008, 607 pages, p. 270 (ISBN 2354780168).
  157. ↑ Louis Girard, p 463
  158. ↑ a et b Louis Girard, p 463-464
  159. ↑ a, b et c Louis Girard, p 466
  160. ↑ a et b Louis Girard, p 467
  161. ↑ Louis Girard, p 462
  162. ↑ Louis Girard, p 465
  163. ↑ Louis Girard, p 475
  164. ↑ Louis Girard, p 476
  165. ↑ Louis Girard, p 487
  166. ↑ AndrĂ© EncrevĂ©, Le Second Empire, P.U.F. Collection Que sais-je ?, 2004, p. 125
  167. ↑ Jacques-Olivier Boudon, Les Bonaparte : Regards sur la France impĂ©riale, dossier n°8073, La Documentation française, janvier-fĂ©vrier 2010, p 62
  168. ↑ a, b et c Guy Antonetti, ibid, p 269-270
  169. ↑ Discours de Jean des Cars sur les historiens et la lĂ©gende noire du Second Empire devant l'AcadĂ©mie des sciences morales et politiques le 7 mars 2005 et les dĂ©bats avec les membres de cet Institut de France : Jacques de LarosiĂšre, les historiens Alain Besançon, Jean Tulard, Emmanuel Leroy Ladurie, Jacques DupĂąquier, les professeurs GĂ©rald Antoine, Alain Plantey (droit), Pierre Bauchet (Ă©conomie), l'Ă©conomiste Jean-Claude Casanova, l'ancien Premier ministre Pierre Messmer, Jean Foyer...
  170. ↑ Editorial de Jean Garrigues, Professeur Ă  l’UniversitĂ© d’OrlĂ©ans, prĂ©sident du CHPP, Revue d'histoire politique, n°HS 4 2008/3, p. 5 Ă  6
  171. ↑ Jean-Claude-Yon, supra, p 3 à 6 et p 230
  172. ↑ a et b Louis Girard, infra, p 503
  173. ↑ Jacques-Olivier Boudon, Les Bonaparte, regards sur la France impĂ©riale, p 15, La Documentation française, dossier n°8073, janvier-fĂ©vrier 2010
  174. ↑ PrĂ©sentĂ© Ă  l'Empereur en 1863, Louis Pasteur avait publiĂ© ses Études sur le vin (1866) en les dĂ©diant Ă  NapolĂ©on III
  175. ↑ Lettre du 5 septembre 1870 adressĂ©e par Louis Pasteur au MarĂ©chal Vaillant, citĂ© par Éric Anceau, p 559
  176. ↑ Jacques-Olivier Boudon, op. cit., Chap: les lĂ©gendes noires, p 32-33
  177. ↑ Pierre Milza, p 325
  178. ↑ Émile Zola, texte paru dans Le Gaulois en aoĂ»t 1895 et citĂ© dans AndrĂ© Castelot, La fĂ©erie impĂ©riale, Perrin, 1962, p 55
  179. ↑ Éric Anceau, NapolĂ©on III, Taillandier, 2008, 750 pp.
  180. ↑ Le coup d’État du 2 dĂ©cembre 1851 ou la chronique de deux morts annoncĂ©es et l’avĂšnement d’un grand principe, Revue d'histoire politique, n° 12 –2009/2, p. 24 Ă  42
  181. ↑ Autour de DĂ©cembre 1851, Revue d'histoire du XIXe siĂšcle
  182. ↑ Pierre Milza, p 745
  183. ↑ François Mitterrand, Le coup d'État permanent, 1964
  184. ↑ Pierre Milza, p 775
  185. ↑ Pierre Milza, p 742-744
  186. ↑ Éric Anceau, p 568-571
  187. ↑ Jean-Claude Yon, supra, p 231
  188. ↑ Alain Plessis, De la fĂȘte impĂ©riale au mur des FĂ©dĂ©rĂ©s, 1852-1871 in Nouvelle histoire de la France contemporaine, volume 9, coll.Points, Le Seuil, 1973
  189. ↑ Jean-Claude Yon, supra, p 4
  190. ↑ Pierre de la Gorce, Histoire du Second Empire, 7 volumes, Paris, 1894-1904
  191. ↑ Emile Ollivier, L'Empire libĂ©ral, 17 volumes, Paris, Garnier FrĂšres, 1894-1895
  192. ↑ a et b Eric Anceau, p 17
  193. ↑ Charles Seignobos, L'Histoire de France contemporaine, tomes VI et VII, Paris 1921
  194. ↑ a et b Pierre Milza, p 747
  195. ↑ Louis Girard, p 504
  196. ↑ Albert Malet et Jules Isaac, La France de 1870 à nos jours, Paris, Hachette, 1913, p 210 et 211
  197. ↑ Adrien Dansette, Louis-NapolĂ©on Ă  la conquĂȘte du pouvoir, Paris, Hachette, 1961
  198. ↑ Adrien Dansette, Du 2 dĂ©cembre au 4 septembre, Paris, Hachette, 1972
  199. ↑ Louis Girard, NapolĂ©on III, Paris, Fayard, 1986
  200. ↑ Louis Girard, ibid p 508
  201. ↑ Louis Girard, p 305
  202. ↑ a et b Pierre Milza, infra, p 774
  203. ↑ a et b Pierre Milza, infra, p 773
  204. ↑ Pierre Milza, p 746
  205. ↑ Pierre Milza, infra, p 757
  206. ↑ Pierre Milza, NapolĂ©on III, 2006, p 751.
  207. ↑ Pierre Milza, NapolĂ©on III, 2006. Sur le jugement des historiens, voire page 746 et suivantes
  208. ↑ Jean-Jacques Becker, prĂ©face de 1870: La France dans la guerre par StĂ©phane Audoin-Rouzeau, Armand Collin, 1989
  209. ↑ Jean-Claude Yon, supra, p 5

Voir aussi

Bibliographie

  • Éric Anceau, Comprendre le Second Empire, Saint-Sulpice Éditeur, 1999, 191 p.
  • (fr) Éric Anceau, NapolĂ©on III, un Saint-Simon Ă  cheval, Tallandier, 2008 (ISBN 2847343431)  Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Sylvie Aprile, La IIe RĂ©publique et le Second Empire, Pygmalion, 2000, ISBN 9782857046806
  • Fabien Cardoni, La Garde rĂ©publicaine d'une rĂ©publique Ă  l'autre, 1848-1871, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009.
  • Lynn Case, French Opinion in War and Diplomacy during the Second Empire, Philadelphie, University of Pennyslvania Press, 1954, 340 p.
  • Sudhir Hazareesingh, From Subject to Citizen. The Second Empire and the emergence of modern french democracy, Princeton University Press, 1998, 393 p.
  • Louis Girard, NapolĂ©on III, Paris, Fayard, 1986, rĂ©Ă©dition 2002.
  • (fr) Pierre Milza, NapolĂ©on III, Perrin collection « Tempus Â», 2006  (rĂ©Ă©dition du prĂ©cĂšdent) Ouvrage utilisĂ© pour la rĂ©daction de l'article
  • Pierre Miquel, Le Second Empire, Plon, 1992.
  • Henri Ortholan, L'armĂ©e du Second Empire, 14-18 Éditions, 2010, 365 p.,(ISBN 978-2916385235).
  • Alain Plessis, De la fĂȘte impĂ©riale au mur des fĂ©dĂ©rĂ©s. 1852-1871, Paris, Seuil, 1979, 253 p.
  • Roger Price, Napoleon and the Second Empire, Londres, Routledge, 1997.
  • Roger Price, People and Politics in France, 1848-1870, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.
  • Jean Tulard (dir.), Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995, 1348 pages. (ISBN 2-213-59281-0)
  • Jean Tulard (dir.), Pourquoi rĂ©habiliter le Second Empire ?, Bernard Giovanangeli Éditeur, 1998, 240 p.
  • Jean-Claude Yon, Le Second Empire. Politique, sociĂ©tĂ©, culture, Paris, Armand Colin, 2004, rĂ©ed. 2009, 255 p.

Articles connexes

Liens externes

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