Sebastien Le Prestre de Vauban

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Sebastien Le Prestre de Vauban

SĂ©bastien Le Prestre de Vauban

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SĂ©bastien Le Prestre de Vauban
SĂ©bastien Le Prestre de Vauban
Naissance 1er mai 1633
Saint-LĂ©ger-de-Foucherets (aujourd'hui Saint-LĂ©ger-Vauban)
DĂ©cĂšs 30 mars 1707 (Ă  73 ans)
Paris
Origine Français
AllĂ©geance Royaume de France Royaume de France
Arme GĂ©nie militaire
Grade Maréchal de France
Conflits Fronde,
Guerre de DĂ©volution,
Guerre de la ligue d'Augsbourg,
Guerre de Hollande,
Guerre de Succession d'Espagne
Commandement Ingénieur et architecte militaire
Commissaire général des fortifications (1678-1703)
Faits d’armes 49 prises de ville, dĂ©fense de Camaret
Distinctions Ordre de Saint-Louis
Autres fonctions gouverneur de Lille (1668- )
Image : Vauban, avec sa cicatrice sur la joue gauche reçue au siĂšge de Douai, tableau attribuĂ© Ă  Hyacinthe Rigaud

SĂ©bastien Le Prestre, marquis de Vauban (1er mai 1633 - 30 mars 1707) est un homme Ă  multiples visages : ingĂ©nieur, architecte militaire, urbaniste, ingĂ©nieur hydraulicien et essayiste français, qui prĂ©figure, par nombre de ses Ă©crits, les philosophes du siĂšcle des LumiĂšres. Expert en poliorcĂ©tique, il donna au royaume de France « une ceinture de fer Â» et fut nommĂ© marĂ©chal de France par Louis XIV. La fin de sa vie fut assombrie par l'affaire de la DĂźme Royale, qu'il dĂ©cida de publier, malgrĂ© l'interdiction royale : dans cet essai, Vauban proposait un audacieux programme de rĂ©forme fiscale pour tenter de rĂ©soudre les injustices sociales et les difficultĂ©s Ă©conomiques des « annĂ©es de misĂšre Â» de la fin du rĂšgne du Roi Soleil.

Vauban a voulu faire de la France un prĂ© carrĂ©, selon son expression, protĂ©gĂ© par une ceinture de citadelles. Il a conçu ou amĂ©liorĂ© une centaine de places fortes. L'ingĂ©nieur n'avait pas l'ambition de construire des forteresses inexpugnables, car la stratĂ©gie consistait alors Ă  gagner du temps en obligeant l'assaillant Ă  immobiliser des effectifs dix fois supĂ©rieurs Ă  ceux de l'assiĂ©gĂ©. Il dota la France d'un glacis qui la rendit inviolĂ©e durant tout le rĂšgne de Louis XIV — Ă  l'exception de la citadelle de Lille qui fut prise une fois — jusqu'Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, oĂč les forteresses furent dĂ©modĂ©es par les progrĂšs de l'artillerie. Douze ouvrages de Vauban, regroupĂ©s au sein du RĂ©seau des sites majeurs de Vauban ont Ă©tĂ© classĂ©s au Patrimoine mondial de l'UNESCO le 7 juillet 2008[1],[2].

Sommaire

Un acteur du Grand SiÚcle, un précurseur des LumiÚres

SĂ©bastien Le Prestre, Seigneur de Vauban.

Vauban est apprĂ©ciĂ© Ă  son Ă©poque et jugĂ© depuis comme un homme lucide, franc et sans dĂ©tours, refusant la reprĂ©sentation et le paraĂźtre, telles qu’ils se pratiquaient Ă  la cour de Louis XIV. Il prĂ©fĂ©rait au contraire parler le langage de la vĂ©ritĂ© :

« [
] je prĂ©fĂšre la vĂ©ritĂ©, quoi que mal polie, Ă  une lĂąche complaisance qui ne serait bonne qu’à vous tromper, si vous en Ă©tiez capable, et Ă  me dĂ©shonorer. Je suis sur les lieux ; je vois les choses avec apprĂ©ciation, et c’est mon mĂ©tier que de les connaĂźtre ; je sais mon devoir, aux rĂšgles duquel je m’attache inviolablement, mais encore plus que j’ai l’honneur d’ĂȘtre votre crĂ©ature, que je vous dois tout ce que je suis, et que je n’espĂšre que par vous [
] Trouvez donc bon, s’il vous plaĂźt, qu’avec le respect que je vous dois, je vous dise librement mes sentiments dans cette matiĂšre. Vous savez mieux que moi qu’il n’y a que les gens qui en usent de la sorte qui soient capables de servir un maĂźtre comme il faut. Â»

— Lettre Ă  Louvois, le 23 novembre 1668

Ses supĂ©rieurs, le ministre de la Guerre comme le roi, l’encouragent d’ailleurs, dans un intĂ©rĂȘt bien compris de part et d’autre. Vauban est un « sĂ©same aux multiples portes Â» comme l’écrit MichĂšle Virol, un lieu de mĂ©moire de la nation France Ă  lui tout seul, un homme Ă  multiples visages : stratĂšge (rĂ©putĂ© preneur de villes, il a conduit plus de quarante siĂšges), poliorcĂšte (il a construit ou rĂ©parĂ© plus de cent places fortes), urbaniste, statisticien, Ă©conomiste, agronome, penseur politique, mais aussi fantassin, artilleur, maçon, ingĂ©nieur des poudres et salpĂȘtres, des mines et des ponts et chaussĂ©es, hydrographe, topographe, cartographe, rĂ©formateur de l’armĂ©e (substitution du fusil au mousquet, remplacement de la pique par la baĂŻonnette Ă  douille)[3]. En un mot, une sorte de LĂ©onard de Vinci français du Grand SiĂšcle
 Il a mĂȘme Ă©crit en 1695, pendant son sĂ©jour Ă  Brest (il s’agissait de repousser une attaque anglaise) un MĂ©moire concernant la caprerie, dans lequel il dĂ©fend la guerre de course par rapport Ă  la guerre d’escadre (c’était lĂ  un grand dĂ©bat depuis la bataille de la Hougue en 1692 qui avait vu nombre de navires français dĂ©truits).

Tous ces mĂ©tiers ont un point commun : le marĂ©chal ingĂ©nieur du Roi Soleil s'est toujours fondĂ© sur la pratique, et il a toujours cherchĂ© Ă  rĂ©soudre et Ă  amĂ©liorer des situations concrĂštes au service des hommes : d’abord, ses soldats dont il a voulu Ă  tout prix protĂ©ger la vie dans la boue des tranchĂ©es ou dans la fureur sanglante des batailles. Mais Vauban n’a cessĂ© aussi de s’intĂ©resser aux plus humbles sujets du roi, « accablĂ©s de taille, de gabelle, et encore plus de la famine qui a achevĂ© de les Ă©puiser Â» (1695).

C’est pour ces hommes et ces femmes, tenaillĂ©s par la misĂšre et par la faim, qu’il a Ă©crit ce mĂ©moire intitulĂ© Cochonnerie, ou le calcul estimatif pour connaĂźtre jusqu'oĂč peut aller la production d'une truie pendant dix annĂ©es de temps. Dans ce texte singulier, d'abord titrĂ© Chronologie des cochons, traitĂ© Ă©conomique et arithmĂ©tique, non datĂ©, destinĂ© Ă  adoucir les rudesses de la vie quotidienne des sujets du roi, trop souvent victimes de la disette, Vauban voulait prouver, calculs statistiques Ă  l'appui sur dix-sept pages, qu'une truie, ĂągĂ©e de deux ans, peut avoir une premiĂšre portĂ©e de six cochons. Au terme de dix gĂ©nĂ©rations, compte tenu des maladies, des accidents et de la part du loup, le total est de six millions de descendants (dont 3 217 437 femelles) ! Et sur douze gĂ©nĂ©rations de cochons, il « y en aurait autant que l’Europe peut en nourrir, et si on continuait seulement Ă  la pousser jusqu’à la seiziĂšme, il est certain qu’il y aurait de quoi en peupler toute la terre abondamment Â». La conclusion de ce calcul vertigineux et providentiel Ă©tait claire : si pauvre qu'il fut, il n'Ă©tait pas un travailleur de terre « qui ne puisse Ă©lever un cochon de son cru par an Â», afin de manger Ă  sa faim.

Ainsi, dĂšs qu’on aborde, qu’on approche celui que Saint-Simon qualifiait de « petit gentilhomme de campagne, tout au plus Â», on ne peut ĂȘtre que frappĂ© par la multitude de ses compĂ©tences, de ses centres d’intĂ©rĂȘt, de ses pensĂ©es, de ses actions :

  • Il fut un prĂ©curseur des EncyclopĂ©distes par sa façon d'aborder les problĂšmes concrets, ainsi le budget d'une famille paysanne, par exemple, ou sa Description gĂ©ographique de l'Ă©lection de VĂ©zelay de janvier 1696 dans laquelle il propose de lever un vingtiĂšme, sans exemption, et qui se diffĂ©rencie en un impĂŽt sur le biens-fonds et sur le bĂ©tail, sur les revenus des arts et mĂ©tiers, sur les maisons des villes et des bourgs ;[rĂ©f. nĂ©cessaire]
  • Il est aussi dans le grand mouvement de penseurs prĂ©curseurs des physiocrates (il lit Boisguilbert ; Ă  la mĂȘme Ă©poque, Ă©crivent Melon, Cantillon) par son intĂ©rĂȘt pour l'agronomie et l'Ă©conomie (il insiste notamment sur la circulation de la monnaie et l’idĂ©e du circuit Ă©conomique dont il est un des prĂ©curseurs). Il prĂŽne les valeurs qui seront dĂ©fendues au XVIIIe siĂšcle par Quesnay, et il encourage les nobles Ă  quitter la cour pour le service des armes mais aussi la mise en valeur de leurs domaines dans un mĂ©moire intitulĂ© IdĂ©e d’une excellente noblesse et des moyens de la distinguer par les GĂ©nĂ©rations.
  • Il fut encore un prĂ©curseur de Montesquieu par sa conception d'un État chargĂ© avant tout d'assumer la protection de tous et leur bien-ĂȘtre : il veut lutter contre la misĂšre, la corruption, l’incompĂ©tence, le mĂ©pris du service public.
SĂ©bastien Le Prestre de Vauban

Dans tous les cas, Vauban apparaĂźt comme un rĂ©formateur hardi dont les idĂ©es se situaient Ă  contre-courant de ce que la majoritĂ© de ses contemporains pensait. Son contact avec le Roi lui permettait de soumettre directement ses idĂ©es, comme le Projet de Dime royale, qui fut bien reçu. Louis XIV lui rendait bien cette franchise, cette libertĂ© de parole et de jugement, en lui accordant une confiance absolue en matiĂšre de dĂ©fense du royaume, comme en tĂ©moigne cette lettre dans laquelle il lui confie la dĂ©fense de Brest, visĂ© par les Anglais en 1694 :

« Je m’en remets Ă  vous, de placer les troupes oĂč vous le jugerez Ă  propos, soit pour empĂȘcher la descente, soit que les ennemis fassent le siĂšge de la place. L’emploi que je vous donne est un des plus considĂ©rables par rapport au bien de mon service et de mon royaume, c’est pourquoi je ne doute point que vous ne voyiez avec plaisir que je vous y destine et ne m’y donniez des marques de votre zĂšle et de votre capacitĂ© comme vous m’en faites en toutes rencontres Â»

.

Avant tout connu de ses contemporains pour sa maĂźtrise de l'art de la guerre et de la conduite de siĂšge ainsi que pour ses talents d'ingĂ©nieur, Vauban ne se limite donc pas Ă  ces quelques domaines. C’est bien, Ă  chaque fois, le mĂȘme homme dont toute l’Ɠuvre, de pierre et de papier, tĂ©moigne d’une mĂȘme obsession : l’utilitĂ© publique, que ce soit par le façonnement du paysage et la dĂ©fense du territoire avec la construction de la « ceinture de fer Â» enfermant la France dans ses « bornes naturelles, point au-delĂ  du Rhin, des Alpes, des PyrĂ©nĂ©es, des deux mers Â» (1706), la transformation de l’ordre social au moyen d’une rĂ©forme de l’impĂŽt, quand bien mĂȘme, en bravant tous les interdits, faudrait-il, pour se faire entendre, passer par la publication clandestine de la DĂźme royale, en 1707
 « Je ne crains ni le roi, ni vous, ni tout le genre humain ensemble Â», Ă©crivait-il Ă  Louvois dans une lettre datĂ©e du 15 septembre 1671 (Ă  propos d’une accusation lancĂ©e contre deux de ses ingĂ©nieurs). Et il ajoutait : « la fortune m’a fait naĂźtre le plus pauvre gentilhomme de France ; mais en rĂ©compense, elle m’a honorĂ© d’un cƓur sincĂšre si exempt de toutes sortes de friponneries qu’il n’en peut mĂȘme soutenir l’imagination sans horreur Â».

Apports à la poliorcétique

Article connexe : poliorcĂ©tique.
Codification des attaques des places fortes par Vauban.
Trois tranchĂ©es parallĂšles reliĂ©es entre elles par des tranchĂ©es de communications en zigzags pour Ă©viter les tirs en enfilade. Chaque tranchĂ©e est une place d'armes qui permet de rapprocher l'infanterie sur toute la largeur du front d’attaque ; la premiĂšre est hors de portĂ©e de tir des dĂ©fenseurs et permet de rĂ©sister Ă  un assaut Ă  revers ; la troisiĂšme est au pied du glacis. L’artillerie est placĂ©e sur des cavaliers, reliĂ© au rĂ©seau par des tranchĂ©es plus courtes. Des redoutes protĂšgent les extrĂ©mitĂ©s de chaque tranchĂ©e.

Les progrĂšs de l'artillerie rĂ©volutionnent la guerre de siĂšge : depuis la Renaissance, l'augmentation d'Ă©paisseur des murailles ne suffit plus pour rĂ©sister aux effets de l'artillerie. Les ingĂ©nieurs italiens ont donc inventĂ© les fortifications bastionnĂ©es et remparĂ©es : les murailles deviennent trĂšs basses, obliques et prĂ©cĂ©dĂ©es d'un fossĂ©[4]. Les tirs de mitraille rendant extrĂȘmement pĂ©rilleux les assauts frontaux, l'assaillant approche les fortifications par des rĂ©seaux de tranchĂ©es[4].

Article dĂ©taillĂ© : trace italienne.

Vauban apporte trois innovations majeures dĂ©cisives aux techniques d'attaque des places fortes :

  • Il codifie la technique d'approche en faisant creuser trois tranchĂ©es parallĂšles trĂšs fortifiĂ©es reliĂ©es entre elles par des tranchĂ©es de communications en ligne brisĂ©e pour Ă©viter les tirs dĂ©fensifs en enfilade.
    • la premiĂšre, creusĂ©e hors de portĂ©e de canon (600 m Ă  l'Ă©poque) et trĂšs fortifiĂ©e, sert de place d'arme et prĂ©vient une attaque Ă  revers par une armĂ©e de secours ;
    • la deuxiĂšme, Ă  portĂ©e de tir permet d'aligner l'artillerie que l'on positionne vers un point de faiblesse des fortifications ;
    • la troisiĂšme, Ă  proximitĂ© immĂ©diate des fortifications permet le creusement d'une mine ou l'assaut si l'artillerie a permis d'ouvrir une brĂšche dans la muraille. Le retranchement doit ĂȘtre suffisant pour interdire une sortie des dĂ©fenseurs[4].
  • L'Ă©peron des forteresses bastionnĂ©es crĂ©ant une zone oĂč l'artillerie de l'assiĂ©gĂ© ne peut tirer Ă  bout portant, il est possible de disposer des levĂ©es de terre devant la tranchĂ©e immĂ©diatement au contact des fortifications assiĂ©gĂ©es (trĂšs basses pour Ă©viter les tirs d'artillerie). Ces surĂ©lĂ©vations qu'il appelle « cavaliers de tranchĂ©es Â», permettent aux assaillants de dominer les positions de tir des assiĂ©gĂ©s et de les refouler Ă  la grenade vers le corps de place et de s'emparer du chemin couvert[5].
  • en 1688, il invente le « tir Ă  ricochet Â» : en disposant les piĂšces de maniĂšre Ă  prendre en enfilade la batterie adverse situĂ©e sur le bastion attaquĂ© et en employant de petites charges de poudre, un boulet peut avoir plusieurs impacts et en rebondissant balayer d'un seul coup toute une ligne de dĂ©fense au sommet d'un rempart, canons et servants Ă  la fois[5],[6].

Sa philosophie est de limiter les pertes en protĂ©geant ses approches par la construction de tranchĂ©es, mĂȘme si cela demande de nombreux travaux. Il est pour cela souvent raillĂ© par les courtisans mais il est soutenu par le roi[7]. Il rĂ©dige en 1704 un traitĂ© d'attaque des places pour le compte de Louis XIV qui souhaite faire l'Ă©ducation militaire de son petit fils le duc de Bourgogne[7].

Chantiers

Une coupe des fortifications Vauban, suivant la ligne capitale passant par une demi-lune
Tour Vauban Ă  Camaret en Bretagne
Étoile de Vauban de la citadelle de Lille
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Fort de son expĂ©rience de la poliorcĂ©tique, il conçoit ou amĂ©liore les fortifications de nombreuses villes et ports français, entre 1667 et 1707, travaux gigantesques permis par la richesse du pays[8]. Il rĂ©volutionne aussi bien la dĂ©fense des places fortes que leur capture. Il dote la France d'un glacis de places fortes pouvant se soutenir entre elles : pour lui, aucune place n'est imprenable mais si on lui donne les moyens de rĂ©sister suffisamment longtemps des secours pourront prendre l'ennemi Ă  revers et lever le siĂšge). Vauban va ainsi pousser le roi Ă  rĂ©volutionner la doctrine militaire dĂ©fensive de la France en concentrant les place fortes sur les frontiĂšres du Royaume c’est la « ceinture de fer Â» qui protĂšge le pays : le prĂ© carrĂ© du roi[9]. À l’intĂ©rieur du pays, oĂč le danger d’invasion est moindre, les forteresses sont dĂ©mantelĂ©es. Paris perd par exemple ses fortifications, d’une part, pour libĂ©rer des troupes devenues inutiles et qui sont transfĂ©rĂ©es aux frontiĂšres et d’autre part, pour Ă©viter aux rĂ©voltes de trouver asile dans l’une d’elles comme cela avait Ă©tĂ© le cas lors de la Fronde[10].

Au total, Vauban a crĂ©Ă© ou Ă©largi plus de 180 forteresses et donnĂ© son nom Ă  un type d'architecture militaire : le systĂšme Vauban qui a largement Ă©tĂ© repris, mĂȘme hors de France, comme par exemple pour les fortifications de la ville de Cadix.

Vauban aurait entre 1667 et 1707, Ă©tĂ© le responsable de l'amĂ©lioration des fortifications d'environ 300 villes et dirigĂ© la crĂ©ation de 37 nouvelles forteresses et ports fortifiĂ©s[rĂ©f. nĂ©cessaire].

Un excellent travail de l'ingĂ©nieur, l'une des plus belles crĂ©ations de Vauban : Mont-Dauphin

ÉdifiĂ© sur un emplacement stratĂ©gique, Ă  partir de 1693, Mont-Dauphin est un avant poste chargĂ© de protĂ©ger le royaume des intrusions venues d’Italie : le village-citadelle constitue l’archĂ©type de la place forte et fait entrer les Alpes dans la grande politique de dĂ©fense de la « nation France Â».

Voir :

Il refusa de créer le fort Boyard, selon lui techniquement inconstructible, que Napoléon Ier créera lors de son rÚgne à partir de ses plans.

ActivitĂ©s civiles : Vauban critique et rĂ©formateur

Vauban a Ă©galement construit l'aqueduc de Maintenon (tout en s'opposant au grandiose aqueduc « Ă  la romaine Â» voulu par Louis XIV et Louvois, qu'il jugeait d'un prix beaucoup trop Ă©levĂ© : il militait pour un aqueduc « rampant Â»). Il s'est intĂ©ressĂ© Ă  la dĂ©mographie et Ă  la prĂ©vision Ă©conomique. Il conçut des formulaires de recensement et publia un ouvrage intitulĂ© La Cochonnerie ou calcul estimatif pour connaĂźtre jusqu'oĂč peut aller la production d'une truie pendant dix annĂ©es de temps.

Entre l'amour du roi et le bien public

Vauban a pris, Ă  partir de la fin des annĂ©es 1680, une distance de plus en plus critique par rapport au roi de guerre, en fustigeant une politique qui lui semble s’éloigner de ses convictions de grandeur et de dĂ©fense de sa patrie, le tout au nom du bien public. Ce divorce est particuliĂšrement apparent dans son MĂ©moire sur les huguenots, dans lequel il tire les consĂ©quences, trĂšs nĂ©gatives, de la rĂ©vocation de l’Édit de Nantes en 1685, en soulignant que l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral est prĂ©fĂ©rable Ă  l’unitĂ© du royaume quand les deux ne sont pas compatibles. D’autant que travaillant sur le canal du Midi en 1685-1686, il a vu les effets des dragonnades sur la population. Dans ce mĂ©moire, Vauban estime le nombre des protestants sortis du royaume Ă  « 80 000 ou 100 000 personnes de toutes conditions, occasionnant la ruine du commerce et des manufactures, et renforçant d’autant les puissances ennemies de la France Â».

L’itinĂ©raire de Vauban, une pensĂ©e en mobilitĂ© constante, Ă  l’image de ses dĂ©placements incessants dans le royaume rĂ©el, font de lui un penseur critique tout Ă  fait reprĂ©sentatif de la grande mutation des valeurs qui marque la fin du rĂšgne de Louis XIV : le passage, en quelque sorte, du « roi État Â», incarnĂ© par Louis XIV, Ă  l’État roi, indĂ©pendant de la personne de celui qui l’incarne. Fontenelle, dans l’éloge funĂšbre qu’il rĂ©digea pour Vauban, l’a trĂšs bien exprimĂ© :

« Quoique son emploi ne l’engageĂąt qu’à travailler Ă  la sĂ»retĂ© des frontiĂšres, son amour pour le bien public lui faisait porter des vues sur les moyens d’augmenter le bonheur du dedans du royaume. Dans tous ses voyages, il avait une curiositĂ©, dont ceux qui sont en place ne sont communĂ©ment que trop exempts. Il s’informait avec soin de la valeur des terres, de ce qu’elles rapportaient, de leur nombre, de ce qui faisait leur nourriture ordinaire, de ce que leur pouvait valoir en un jour le travail de leurs mains, dĂ©tails mĂ©prisables et abjects en apparence, et qui appartiennent cependant au grand Art de gouverner [
]. Il n’épargnoit aucune dĂ©pense pour amasser la quantitĂ© infinie d’instructions et de mĂ©moires dont il avoit besoin, et il occupoit sans cesse un grand nombre de secrĂ©taires, de dessinateurs, de calculateurs et de copistes  Â»

— Fontenelle, Éloge de Monsieur le MarĂ©chal de Vauban

Et, Ă  la fin de sa vie, on sent Vauban littĂ©ralement Ă©cartelĂ© entre sa fidĂ©litĂ© au roi et son amour de la patrie au nom du bien gĂ©nĂ©ral qui ne peut plus ĂȘtre confondu avec celui du roi. Cet Ă©cartĂšlement, il l’exprime dĂšs le 26 avril 1697 dans une lettre au marquis de Cavoye :

« Je suis un peu tĂȘtu et opiniĂątre quand je crois avoir raison. J’aime rĂ©ellement et de fait la personne du roi, parce que le devoir m’y oblige, mais incomparablement plus parce que c’est mon bienfaiteur qui a toujours eu de la bontĂ© pour moi, aussi en ai-je une reconnaissance parfaite Ă  qui, ne plaise Ă  Dieu, il ne manquera jamais rien. J’aime ma Patrie Ă  la folie Ă©tant persuadĂ© que tout citoyen doit l’aimer et faire tout pour elle, ces deux raisons qui reviennent Ă  la mĂȘme [rĂ©f. nĂ©cessaire] Â»

Dans une certaine mesure, la DĂźme Royale, publiĂ©e en 1707, parce qu’elle dissocie le roi et l’État, peut ĂȘtre lue comme le rĂ©sultat trĂšs concret de la tension et de la contradiction entre l’amour du roi et l’amour de la patrie


Les annĂ©es de misĂšre : l'observateur lucide du royaume rĂ©el

Depuis longtemps, en effet, Vauban s'intĂ©ressait au sort des plus dĂ©munis, attentif avant tout Ă  la peine des hommes. Ses dĂ©placements incessants dans les provinces (Anne Blanchard estime la distance parcourue Ă  plus de 180 000 km pour 57 annĂ©es de service, soit 3 168 km par an !) sont contemporaines des annĂ©es les plus noires du rĂšgne de Louis XIV, en particulier la terrible crise des annĂ©es 1693-1694. Et il a pu observer, comme il l’écrit en 1693, « les vexations et pilleries infinies qui se font sur les peuples Â». Sa hantise c’est le mal que font « quantitĂ© de mauvais impĂŽts (et notamment) la taille qui est tombĂ©e dans une telle corruption que les anges du ciel ne pourraient pas venir Ă  bout de la corriger ni empĂȘcher que les pauvres n’y soient toujours opprimĂ©s, sans une assistance particuliĂšre de Dieu Â». Vauban voyage dans une basterne, une chaise de poste de son invention, plus vaste qu’une chaise ordinaire et portĂ©e sur quatre brancards par deux mules, l’une devant, l’autre derriĂšre. Pas de roues, pas de contact avec le sol : les cahots sur les chemins de pierres sont ainsi Ă©vitĂ©s, il peut emprunter les chemins de montagne, et Vauban est ainsi enfermĂ© avec ses papiers et un secrĂ©taire en face de lui. En moyenne, il passe 150 jours par an sur les routes, soit une moyenne de 2 Ă  3 000 km par an (le maximum : 8 000 km de dĂ©placement en une annĂ©e !). Il est fortement marquĂ© par cette crise de subsistances des annĂ©es 1693-1694, qui affecta surtout la France du nord, provoqua peut ĂȘtre la mort de deux millions de personnes. Elle aiguisa la rĂ©flexion de l'homme de guerre confrontĂ© quotidiennement Ă  la misĂšre, Ă  la mort, Ă  l'excĂšs de la fiscalitĂ© royale : « la pauvretĂ©, Ă©crit-il, ayant souvent excitĂ© ma compassion, m'a donnĂ© lieu d'en rechercher la cause Â».

L'homme de plume

Pendant ces annĂ©es terribles, 1680-1690, l’homme de guerre se fait homme de plume et il Ă©crit ses OisivetĂ©s ou ramas de plusieurs sujets Ă  ma façon. C’est sans doute Ă  partir de la mort de Colbert (1683), qu’il rĂ©dige ce « ramas d’écrits Â», extraordinaire et prolifique document, souvent dĂ©cousu, dans lesquelles il consigne, en forme de vingt-neuf mĂ©moires manuscrits (soit 3 850 pages manuscrites en tout) ses observations, ses rĂ©flexions, ses projets de rĂ©formes, tĂ©moignant d’une curiositĂ© insatiable et universelle. Une brĂšve note de Vauban, incluse dans un agenda, datĂ© du 4 mai 1701, Ă©claire le recueil alors en cours de constitution :

« Faire un deuxiĂšme volume en consĂ©quence du premier et y insĂ©rer le mĂ©moire des colonies avec la carte et celuy de la navigation des riviĂšres avec des figures de far et d’escluses calculĂ©es ; y ajouter une pensĂ©e sur la rĂ©duction des poids et mesures en une seulle et unique qui fut d’usage partout le Royaume[rĂ©f. nĂ©cessaire] Â»

C’est Fontenelle, qui a rĂ©vĂ©lĂ©, dans son Ă©loge de Vauban, l’existence de ce recueil de « mĂ©moires reliĂ©s et collationnĂ©s en volumes au nombre de douze Â»â€Š

Et Vauban explique :

« La vie errante que je mĂšne depuis quarante ans et plus, Ă©crit-il dans la prĂ©face de la DĂźme royale, m’ayant donnĂ© occasion de voir et visiter plusieurs fois et de plusieurs façons la plus grande partie des provinces de ce royaume, tantĂŽt seul avec mes domestiques, et tantĂŽt en compagnie de quelques ingĂ©nieurs, j’ai souvent occasion de donner carriĂšre Ă  mes rĂ©flexions, et de remarquer le bon et le mauvais Ă©tat des pays, d’en examiner l’état et la situation et celui des peuples dont la pauvretĂ© ayant souvent excitĂ© ma compassion, m’a donnĂ© lieu d’en rechercher les causes[11] Â»

Le tout produit de multiples mĂ©moires, qui sont souvent autant d’exemples des statistiques descriptives, dont le plus abouti est la « Description gĂ©ographique de l’élection de Vezelay contenant ses revenus, sa qualitĂ©, les mƓurs de ses habitants, leur pauvretĂ© et richesse, la fertilitĂ© du pays et ce que l’on pourrait y faire pour en corriger la stĂ©rilitĂ© et procurer l’augmentation des peuples et l’accroissement des bestiaux Â» (1696).

Les OisivetĂ©s, pour la premiĂšre fois publiĂ©es cette annĂ©e (Ă©ditions Champ Vallon, sont dĂ©tenues par la famille Rosanbo. L’ensemble reprĂ©sente 68 microfilms de papiers et mĂ©moires (en tout 29 mĂ©moires importants, plus de 2 000 pages), auxquels il faut ajouter 47 microfilms de correspondance. Et ce qui domine dans cette Ă©criture prolifique, c’est la notion d’utilitĂ© publique, au service des plus dĂ©munis. Et le tout conduit bientĂŽt Vauban imaginer une « rĂ©formation Â» globale, capable de rĂ©pondre au problĂšme de la misĂšre et de la pauvretĂ©, auquel il est sans cesse confrontĂ©. Ainsi, dĂšs 1694, Vauban prĂ©sentait un Projet de capitation, fruit de multiples rĂ©flexions et de dĂ©bats, notamment avec Boisguilbert, lieutenant-gĂ©nĂ©ral Ă  Rouen (qui publia en 1695 son DĂ©tail de la France que Vauban a lu et apprĂ©ciĂ©). Et parallĂšlement, Vauban a profitĂ© de multiples entretiens « avec un grand nombre de personnes et des officiers royaux de toutes espĂšces qui suivent le roi Â».

Le Projet de capitation annonçait son futur essai : il y proposait un impĂŽt levĂ©, sans aucune exemption, sur tous les revenus visibles (les produits fonciers, les rentes, les appointements
) et il condamnait la taille, « tombĂ©e dans une telle corruption que les anges du ciel ne pourraient venir Ă  bout de la corriger Â». Dans ce Projet, il dĂ©nonçait « l’accablement des peuples, poussĂ© au point oĂč nous le voyons Â». En consĂ©quence, « la capitation, Ă©crivait-il, doit ĂȘtre imposĂ©e sur toutes les natures de biens qui peuvent produire du revenu, et non sur les diffĂ©rents Ă©tages des qualitĂ©s ni sur le nombre des personnes, parce que la qualitĂ© n’est pas ce qui fait l’abondance, non plus que l’égalitĂ© des richesses, et que le menu peuple est accablĂ© de tailles, de gabelles, d’aides et de mille autres impĂŽts, et encore plus de la famine qu’ils ont soufferte l’annĂ©e derniĂšre, qui a achevĂ© de les Ă©puiser Â».

L'annĂ©e suivante, le 18 janvier, le pouvoir royal mit effectivement en place une capitation, un impĂŽt auquel, en thĂ©orie, tous les sujets, des princes du sang aux travailleurs de terre, Ă©taient assujettis, de 2 000 Ă  1 livre, en fonction de leur fortune. Mais contrairement Ă  l'idĂ©e de Vauban, cet impĂŽt s'ajoutait aux autres, et la plupart des privilĂ©giĂ©s, par abonnement ou par rachat, eurent tĂŽt fait de s'en faire dispenser.

L'homme politique

Bien qu'il soit militaire, Vauban n'hĂ©site pas Ă  donner son avis dans les affaires de l'État, ainsi, en 1683, il propose un traitĂ© de paix avec l'Allemagne en prĂ©cisant les conditions soit « la cession pure et simple de la part de l'empereur des pays nouvellement rĂ©unis aux trois Ă©vĂȘchĂ©s, de toute l'Alsace et notamment de la ville de Strasbourg Â». En Ă©change, Louis XIV donnerait les villes de Brisach et de Fribourg. Cette proposition Ă©tait loin d'ĂȘtre innocente puisque d'aprĂšs l'intĂ©ressĂ©, ces deux places Ă©taient plus une charge qu'autre chose pour le royaume de France. Cette proposition lui vaudra une remontrance de Louvois par un courrier du 24 aoĂ»t 1683 « (...) je vous rĂ©pondrai en peu de paroles que si vous Ă©tiez aussi mauvais ingĂ©nieur que politique, vous ne seriez pas si utile que vous ĂȘtes au service du roi Â»[12].

1703-1706 : De l'amertume Ă  la trangression

En octobre 1706, Vauban se trouve Ă  Dunkerque, une ville forte qu’il considĂ©rait comme sa plus belle rĂ©ussite, qu’il avait transformĂ© en une citĂ© imprenable : un formidable ensemble de forts de dĂ©fense, de bĂątiments, de jetĂ©es, de fossĂ©s remplis d’eau, et d’un bassin pouvant contenir plus de quarante vaisseaux de haut bord toujours Ă  flot, mĂȘme Ă  marĂ©e basse, grĂące Ă  une Ă©cluse. Du reste, Ă  propos de « son Â» Dunkerque, le 16 dĂ©cembre 1683, il Ă©crivait Ă  Louvois, en faisant preuve, une fois n’est pas coutume, de peu de modestie :

«  DĂšs l’heure qu’il est, ce port et son entrĂ©e me paraissent une des plus choses du monde et la plus commode, et si je demeurais six mois Ă  Dunkerque, je ne crois pas que ma curiositĂ© ni mon admiration seraient Ă©puisĂ©es quand je les verrais tous les jours une fois. Â»

Pourquoi est-il Ă  Dunkerque ? Parce que le roi lui a confiĂ© le commandement de la frontiĂšre maritime des Flandres alors sĂ©rieusement menacĂ©e. Il a aussi obtenu l’autorisation de construire un camp retranchĂ© Ă  Dunkerque, puis un deuxiĂšme entre Dunkerque et Bergues. Mais les fonds nĂ©cessaires n’arrivent pas et il s’en plaint au marĂ©chal de Villeroy, qui lui rĂ©pond le 17 juillet :

«  vous ĂȘtre le seul Ă  pouvoir obtenir de la cour l’argent et les moyens nĂ©cessaires pour terminer les travaux des camps retranchĂ©s qui sont bien utiles.  Â»

Vauban Ă©crit Ă  Chamillard, le ministre de la guerre et des finances, le 10 aoĂ»t :

«  si M. Le Pelletier s’obstine davantage sur ce que je lui demande [il n’envoie pas les fonds], je serai obligĂ© d’en Ă©crire au roi et de le prier de me retirer d’ici. Â»

C’est ce qu’il fait. C’est lĂ , Ă  Dunkerque, Ă  « son Â» Dunkerque, que Vauban demande Ă  ĂȘtre relevĂ© de son commandement. Il avait soixante-treize ans. « J’ai hier demandĂ© mon congĂ©, Ă©crit-il de Dunkerque, le 25 octobre 1706, car je ne fais rien ici, et le rhume commence Ă  m’attaquer rudement Â». Quelques jours plus tard, il insiste auprĂšs de Chamillard pour ĂȘtre relevĂ© de son commandement :

«  quand on sort d’un cinquiĂšme ou sixiĂšme accĂšs de fiĂšvre tierce qui s’est convertie en double tierce, on n’est plus en Ă©tat de soutenir la gageure. Je vous prie de trouver bon que je vous demande M. d’Artagnan pour me venir relever ici pour l’hiver.  Â»

Il souffrait depuis longtemps d’un rhume rĂ©current, en fait une forme de bronchite chronique, et venait effectivement de subir de violents accĂšs de fiĂšvre (et sa prĂ©sence Ă  Dunkerque, dans les marais des plaines du nord n’est pas faite pour le guĂ©rir !).

Mais il y a des raisons plus profondes sans doute, plus intimes, Ă  cette demande insistante de retrait. En fait, Vauban est plein d’amertume depuis le siĂšge de Brisach, en 1703, le dernier siĂšge dont il eut le commandement : il enseigna Ă  cette occasion au duc de Bourgogne, le petit-fils du roi, les choses de la guerre et il lui Ă©crivit, sur ordre de Louis XIV, afin de parfaire son Ă©ducation militaire, un TraitĂ© de l’attaque des places[13] qui constitue le huitiĂšme tome des OisivetĂ©s.

«  La grĂące que j’ose vous demander, Monseigneur, est de vouloir bien vous donner la peine de lire ce TraitĂ© avec attention, et qu’il vous plaise de le garder pour vous, et de n’en faire part Ă  personne, de peur de quelqu’un n’en prenne des copies qui, pouvant passer chez nos ennemis, y seraient peut-ĂȘtre mieux reçues qu’elles ne mĂ©ritent  Â»

(épßtre dédicatoire).

Ce qui n’empĂȘcha pas la circulation de nombreux manuscrits : plus de 200, dĂ©plore en 1739 Charles de Mesgrigny, le petit-fils de Vauban


Mais aprĂšs ce siĂšge, plus rien ne lui est proposĂ©. Et il s’en inquiĂšte auprĂšs de Chamillart :

« ... tout le monde se remue ; il n’y a que moi Ă  qui on ne dit mot. Est-ce que je ne suis plus propre Ă  rien ? Quoique d’un Ăąge fort avancĂ©, je ne me condamne pas encore au repos, et quand il s’agira de rendre un service important au roi, je saurai bien mettre toutes sortes d’égards Ă  part, tant par rapport Ă  moi qu’à la dignitĂ© dont il lui a plu m’honorer, persuadĂ© que je suis que tout ce qui tend Ă  servir le roi et l’État est honorable, mĂȘme jusqu’aux plus petits, Ă  plus forte raison quand on y peut joindre des services essentiels tels que ceux que je puis rendre dans le siĂšge dont il s’agit... Ce qui m'oblige Ă  vous parler de la sorte est qu'il me paraĂźt qu'on se dispose Ă  faire le siĂšge sans moi. Je vous avoue que cela me fait de la peine, mettez y donc ordre[14]. Â»

. Chamillart lui rĂ©pond qu’il a lu sa lettre Ă  Louis XIV, qui a rĂ©solu de faire le siĂšge de Landau. Mais il ajoute dans sa lettre du 6 octobre 1703 :

«  Elle m’ordonne de vous dire en mĂȘme temps qu’elle a rĂ©solu d’en laisser la conduite entiĂšre Ă  M. le marĂ©chal de Tallart
  Â»

Oportunement, Vauban est convoquĂ© Ă  Paris, chargĂ© de l'instruction du duc de Bourgogne. Ce qui ne l'empĂȘche pas de rĂ©diger ses prĂ©conisation pour le siĂšge en prĂ©paration.

L’amertume pour Vauban est alors a son comble. Et il exprime ses craintes dans une autre lettre Ă©crite Ă  Chamillard en 1705. Cette lettre accompagnait un mĂ©moire consacrĂ©e au siĂšge de Turin, car Vauban continue Ă  suivre de trĂšs prĂšs les opĂ©rations militaires, et il n’est pas satisfait de leur dĂ©roulement. Aussi multiplie-t-il les avis et les conseils. AprĂšs de nombreux dĂ©tails techniques, Vauban ajoute ces lignes, des lignes particuliĂšrement Ă©mouvantes, dans lesquelles le vieux marĂ©chal continue Ă  offrir ses services :

« AprĂšs avoir parlĂ© des affaires du roi par rapport Ă  la lettre de M. Pallavicini et Ă  ce qui est de la portĂ©e de mes connaissance, j’ose prĂ©sumer qu’il me sera permis de parler de moi pour la premiĂšre fois de ma vie.

Je suis prĂ©sentement dans la soixante-treiziĂšme annĂ©e de mon Ăąge, chargĂ© de cinquante-deux ans de service, et surchargĂ© de cinquante siĂšges considĂ©rables et de prĂšs de quarante annĂ©es de voyages et visites continuelles Ă  l’occasion des places et de la frontiĂšre, ce qui m’a attirĂ© beaucoup de peines et de fatigues de l’esprit et du corps, car il n’y a eu Ă©tĂ© ni hiver pour moi. Or, il est impossible que la vie d’un homme qui a soutenu tout cela ne soit fort usĂ©e, et c’est ce que je ne sens que trop, notamment depuis que le mauvais rhume qui me tourmente depuis quarante ans s'est accru et devient de jour en jour plus fĂącheux par sa continuitĂ© ; d’ailleurs la vue me baisse et l’oreille me devient dure, bien que j’ai la tĂȘte aussi bonne que jamais. Je me sens tomber et fort affaibli par rapport Ă  ce que je me suis vu autrefois. C’est ce qui fait que je n’ose plus me proposer pour des affaires difficiles et de durĂ©e qui demandent la prĂ©sence presque continuelle de ceux qui les conduisent. Je n’ai jamais commandĂ© d’armĂ©e en chef, ni comme gĂ©nĂ©ral, ni comme lieutenant gĂ©nĂ©ral, pas mĂȘme comme marĂ©chal de camp, et hors quelque commandement particulier, comme ceux d’Ypres, Dunkerque et de la basse Bretagne, dont je me suis, Dieu merci, bien tirĂ©, les autres ne valent pas la peine d’ĂȘtre nommĂ©s. Tous mes services ont donc roulĂ© sur les siĂšges et la fortification ; de quoi, grĂące au Seigneur, je suis sorti avec beaucoup d’honneurs. Cela Ă©tant, comme je le dis au pied de la lettre, il faudrait que je fusse insensĂ© si, aussi voisin de l’état dĂ©crĂ©pit que je le suis, j’allais encore voler le papillon et rechercher Ă  commander des armĂ©es dans des entreprises difficiles et trĂšs Ă©pineuses, moi qui n’en ai point d’expĂ©rience et qui me sens dĂ©faillir au point que je ne pourrais pas soutenir le cheval quatre heures de suite ni faire une lieue Ă  pied sans me reposer.

Il faut donc se contenter de ce que l’on fait et du moins ne pas entreprendre choses dans l’exĂ©cution desquelles les forces et le savoir faire venant Ă  me manquer pourraient me jeter dans des fautes qui me dĂ©shonoreraient ; ce qu’à Dieu ne plaise, plutĂŽt la mort cent fois.

Quant Ă  ce qui peut regarder mon ministĂšre touchant la conduite des attaques, je pourrais encore satisfaire bien que mal aux fatigues d’un siĂšge ou deux par campagne, si j’étais servi des choses nĂ©cessaires et que l’on eĂ»t des troupes comme du passĂ©. Mais quand je pense qu’elles ne sont remplies que de jeunes gens sans expĂ©rience et de soldats de recrues presque tous forcĂ©s et qui n’ont nulle discipline, je tremble, et je n’ose dĂ©sirer de me trouver Ă  un siĂšge considĂ©rable. D’ailleurs la dignitĂ© dont il a plu au Roi de m’honorer m’embarrasse Ă  ne savoir qu’en faire en de telles rencontres. En de telles rencontres, je crains le qu’en dira-t-on de mes confrĂšres, de sorte que je ne sais point trop quel parti prendre, ni comment me dĂ©terminer.

Je dois encore ajouter que je me suis dĂ©fait de tout mon Ă©quipage de guerre il y a quatre ou cinq mois, aprĂšs l’avoir gardĂ© depuis le commencement de cette guerre jusque-lĂ .

AprĂšs cela, si c’est une nĂ©cessitĂ© absolue que je marche, je le ferai au prĂ©judice de tout ce qu’on en pourra dire et de tout ce qui en pourra arriver, le roi me tenant lieu de toutes choses aprĂšs Dieu. J’exĂ©cuterai toujours avec joie ce qui lui plaira de m’ordonner, quand je saurais mĂȘme y devoir perdre la vie, et il peut compter que la trĂšs sensible reconnaissance que j’ai de toutes ses bontĂ©s ne s’épuisera jamais ; la seule grĂące que j’ai Ă  lui demander est de mĂ©nager un peu mon honneur. Je suis bien fĂąchĂ©, Monsieur, de vous fatiguer d’une si longue lettre, mais je n’ai pas pu la faire plus courte. Je vous l’aurais Ă©tĂ© porter moi-mĂȘme si le rhume que m’accable ne me contraignait Ă  garder la chambre.

Je suis
[15] Â»

BientĂŽt, dans les derniers jours de l’annĂ©e 1706, il rentre Ă  Paris dans son hĂŽtel de la rue Saint-Vincent dans la paroisse Saint Roch (louĂ© aux neveux de Bossuet), oĂč il s’était installĂ© Ă  partir de 1702 (dans l’actuelle rue de Rivoli, oĂč une plaque commĂ©more la prĂ©sence de Vauban il y a trois siĂšcles).

Il y retrouve, semble-t-il, Charlotte de Mesgrigny, sa fille. Il souffre, il tousse, plus que jamais (sa bronchite chronique n’a fait qu’empirer), son vieux corps est minĂ©, mais son esprit a gardĂ© toute sa vivacitĂ©.

C’est alors qu’il dĂ©cide (peut-ĂȘtre incitĂ© par l’abbĂ© Ragot de Beaumont, qui lui fait fonction de secrĂ©taire) d’imprimer son livre, cette DĂźme royale, celui, de tous ses Ă©crits, qu’il estime le plus.

Qu'est-ce que la DĂźme royale ?

En effet, la contribution majeure de Vauban Ă  la rĂ©forme des impĂŽts (question lancinante tout au long du XVIIIe siĂšcle siĂšcle jusqu'Ă  la RĂ©volution française) est la publication en 1707 malgrĂ© son interdiction de cet ouvrage, intitulĂ© :

« Projet d'une dixme royale qui, supprimant la taille, les aydes, les doĂŒanes d'une province Ă  l'autre, les dĂ©cimes du ClergĂ©, les affaires extraordinaires et tous autres impĂŽts onĂ©reux et non volontaires et diminuant le prix du sel de moitiĂ© et plus, produiroit au Roy un revenu certain et suffisant, sans frais, et sans ĂȘtre Ă  charge Ă  l'un de ses sujets plus qu'Ă  l'autre, qui s'augmenteroit considĂ©rablement par la meilleure culture des terres Â»

dans lequel il met en garde contre de forts impĂŽts qui dĂ©tournent des activitĂ©s productives. Vauban propose dans cet essai de remplacer les impĂŽts existants par un impĂŽt unique de dix pour cent sur tous les revenus, sans exemption pour les ordres privilĂ©giĂ©s (le roi inclus). Plus exactement, Vauban propose une segmentation en classes fiscales en fonction des revenus, soumises Ă  un impĂŽt progressif de 5 % Ă  10 %[16]. L'impĂŽt doit servir une politique, les classes fiscales doivent ĂȘtre plus ou moins favorisĂ©es Ă  fins d'enrichir la sociĂ©tĂ© et par consĂ©quent l’État.

Bien qu'interdit, cet ouvrage bĂ©nĂ©ficie de nombreuses Ă©ditions Ă  travers toute l'Europe - une traduction anglaise paraĂźt dĂšs 1710 - et ce texte alimente les discussions fiscales pendant une grande partie du XVIIIe siĂšcle.

Mais, contrairement Ă  la lĂ©gende, le projet :

  • n’est pas rĂ©volutionnaire : Boisguilbert avait dĂ©jĂ  fait des propositions analogues, dont Vauban s’inspire (ainsi que de Ragot de Beaumont)[17], et la capitation, impĂŽt trĂšs semblable, est Ă©tabli en 1695, et l'impĂŽt du dixiĂšme, en 1710 ;
  • ne fut pas ignorĂ© par le pouvoir. Le contrĂŽleur gĂ©nĂ©ral Chamillart a lu la DĂźme royale sans doute Ă  la fin de l’annĂ©e 1699. De mĂȘme, en aoĂ»t 1700, le premier prĂ©sident au parlement de Paris, Achille III de Harlay. Et enfin et surtout, en 1700 toujours, Vauban prĂ©senta au roi, en trois audiences successives, qui eurent lieu dans la chambre de madame de Maintenon, la premiĂšre version de sa DĂźme royale par Ă©crit et oralement. C’est ce qu’il explique dans sa lettre Ă  Torcy :
« J’en ai prĂ©sentĂ© le systĂšme au roi Ă  qui je l’ai lu, en trois soirĂ©es de deux heures et demie chacune, avec toute l’attention possible. Sa MajestĂ©, aprĂšs plusieurs demandes et rĂ©ponses, il a applaudi. M. de Chamillart, Ă  qui j’en ai donnĂ© une copie, l’a lu aussi, de mĂȘme que M. le premier PrĂ©sident (Achille de Harlay) Ă  qui je l’ai aussi fait voir tout du long. Je ne me suis pas contentĂ© de cela. Je l’ai recommandĂ© au Roi de vive voix et surtout d’en faire faire l’expĂ©rience sur quelques-unes des petites Ă©lections du royaume, ce que j’ai rĂ©pĂ©tĂ© plusieurs fois et fait la mĂȘme chose Ă  M. de Chamillart. Bref, j’ai cessĂ© d’en parler au roi et Ă  son ministre pour leur en Ă©crire Ă  chacun une belle et longue lettre bien circonstanciĂ©e avant que partir pour me rendre ici, oĂč me trouvant Ă©loignĂ© du bruit et plus en repos, j’y ai encore travaillĂ© de sorte qu’à moi, pauvre animal, cela ne me paraĂźt pas prĂ©sentement trop misĂ©rable. Â»

Et Nicolas-Joseph Foucault, intendant de Caen, note Ă  la date du 6 novembre 1699 : « M. Chamillart m’a envoyĂ© un projet de capitation et de taille rĂ©elle, tirĂ© du livre de M. Vauban Â». Une expĂ©rimentation a donc Ă©tĂ© tentĂ©e en Normandie. Mais ce fut un Ă©chec : « ce projet, ajoute-il, sujet Ă  trop d’inconvĂ©nients, n’a pas eu de suite Â».

En fait, ce qui a fortement dĂ©plu, c’est bien la publication, la divulgation publique en pleine crise militaire et financiĂšre. Vauban avait transgressĂ© un interdit en rendant public les « mystĂšres de l’État Â». Et Vauban s’était mĂȘlĂ© d’une matiĂšre qui ne le regardait pas


C’est bien ce qu’explique Michel Chamillart, qui cumulait les charges de contrĂŽleur gĂ©nĂ©ral des finances et de secrĂ©taire d’État Ă  la guerre :

«  Si M. le marĂ©chal de Vauban avait voulu Ă©crire sur la fortification et se renfermer dans le caractĂšre dans lequel il avait excellĂ©, il aurait fait plus d’honneur Ă  sa mĂ©moire que le livre intitulĂ© La DĂźme royale ne fera dans la suite. Ceux qui auront une profonde connaissance de l’état des finances de France et de son gouvernement n’auront pas de peine Ă  persuader que celui qui a Ă©crit est un spĂ©culatif, qui a Ă©tĂ© entraĂźnĂ© par son zĂšle Ă  traiter une matiĂšre qui lui Ă©tait inconnue et trop difficile par elle-mĂȘme pour ĂȘtre rectifiĂ©e par un ouvrage tel que celui de M. de Vauban. Â»

Et il avouait :

«  j’ai peine Ă  croire, quelque soin que l’on ait de supprimer les exemplaires et puisque ce livre Ă  passĂ© Ă  Luxembourg et qu’il vient d’Hollande, qu’il soit possible d’empĂȘcher qu’il n’ait cours (lettre au comte de Druy, gouverneur de Luxembourg, 27 aoĂ»t 1707). Â»

Effectivement, en 1708, un Ă©diteur de Bruxelles imprimait le livre avec un privilĂšge de la cour des Pays-Bas et en 1710 une traduction paraissait en Angleterre. Et en France, un marchand de blĂ©s de Chalon-sur-SaĂŽne vante en 1708 « une espĂšce de dĂźme royale Â», et un curĂ© du PĂ©rigord Ă©crit en 1709 : « On souhaiterait fort que le Roi ordonnĂąt l’exĂ©cution du projet de M. le marĂ©chal de Vauban touchant la dĂźme royale. On trouve ce projet admirable [
]. En ce cas, on regarderait ce siĂšcle, tout misĂ©rable qu’il est, comme un siĂšcle d’or Â» (citĂ© par Émile Coornaert dans sa prĂ©face Ă  l’édition de La Dixme royale, Paris, 1933, p. XXVIII).

  • son Ă©chec est plutĂŽt Ă  attribuer Ă  son mode de recouvrement en nature, choix coĂ»teux (il est nĂ©cessaire de construire des granges) et dĂ©savantageux en temps de guerre (oĂč on prĂ©fĂšre un impĂŽt perçu en argent).
«  Grosso modo, pour tous ceux qui connaissaient la question en vue d'une application directe, le projet de Vauban n'Ă©tait pas faisable et mal pensĂ©, Au contraire pour tous ceux qui n'avaient pas Ă  gĂ©rer immĂ©diatement la chose fiscale, il fut un slogan au moins, une utopie, une solution, au plus, d'autant plus sĂ©duisante qu'elle n'Ă©tait pas approfondie[18]. Â»

OĂč et comment la DĂźme royale a-t-elle Ă©tĂ© imprimĂ©e ?

Peut-ĂȘtre Ă  Rouen (hypothĂšse Boislisle), peut-ĂȘtre Ă  Lille, peut-ĂȘtre mĂȘme en Hollande (hypothĂšse Morineau).

Nous sommes donc Ă  la fin de l'annĂ©e 1706 et au tout dĂ©but de l'annĂ©e 1707. Ce que nous savons, c’est qu’une demande de privilĂšge de librairie pour un in quarto intitulĂ© Projet d’une Dixme royale a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e, sans nom d’auteur, auprĂšs des services du chancelier, le 3 fĂ©vrier 1707. Cette demande est restĂ©e sans rĂ©ponse. L’auteur n’est pas citĂ© mais Ă  la chancellerie, il est connu puisque nous savons que le chancelier lui-mĂȘme, est en possession du manuscrit. Sans rĂ©ponse de la chancellerie, Vauban dĂ©cide de poursuivre quand mĂȘme l’impression. À partir de ce moment et de cette dĂ©cision, il sait bien qu’il est hors-la-loi : son amour du bien public vient de l’emporter sur le respect de la loi.

L’impression achevĂ©e, sous forme de feuilles, est livrĂ©es en ballots. Mais comment les faire entrer Ă  Paris, entourĂ©e, on le sait, de barriĂšre, bien gardĂ©es ? l’introduction de ballots suspects auraient immĂ©diatement Ă©veillĂ© l’attention des gardes, et tous les imprimĂ©s non revĂȘtus du « privilĂšge Â» sont saisis. Aussi, Vauban envoie deux hommes de confiance (Picard, son cocher, et Mauric, un de ses valets de chambre), rĂ©cupĂ©rer les quatre ballots enveloppĂ©s de serpilliĂšres et de paille et cordĂ©s, au-delĂ  de l’octroi de la porte Saint-Denis. Chaque ballot contient cent volumes en feuilles. Les gardiens de la barriĂšre laissĂšrent passer, sans le visiter, le carrosse aux armes de Vauban, marĂ©chal de France. À Paris, rue Saint-Jacques, c’est la veuve de Jacques FĂ©til, maĂźtre relieur rue Saint-Jacques, qui brocha la Dixme royale, jusqu’à la fin du mois de mars 1707, sous couverture de papier veinĂ©, et relia quelques exemplaires, les uns en maroquin rouge pour d’illustres destinataires, les autres plus simplement en veau, et mĂȘme en papier marbrĂ© (300 sans doute en tout). Ce sont des livres de 204 pages, in quarto. Vauban en distribua Ă  ses amis et les volumes passĂšrent de main en main (les jĂ©suites de Paris en eurent au moins deux exemplaires dans leur bibliothĂšque )
 À noter qu’aucun exemplaire n’a Ă©tĂ© vendu : aux libraires qui en demandent, Vauban rĂ©pond « qu’il n’est pas marchand Â».

Voici le tĂ©moignage de Saint-Simon :

« Le livre de Vauban fit grand bruit, goĂ»tĂ©, louĂ©, admirĂ© du public, blĂąmĂ© et dĂ©testĂ© des financiers, abhorrĂ© des ministres dont il alluma la colĂšre. Le chevalier de Pontchartrain surtout en fit un vacarme sans garder aucune mesure et Chamillart oublia sa douceur et sa modĂ©ration. Les magistrats des finances tempĂȘtĂšrent et l’orage fut portĂ© jusqu’à un tel excĂšs que, si on les avait crus, le marĂ©chal aurait Ă©tĂ© mis Ă  la Bastille et son livre entre les mains du bourreau Â».

Le 14 fĂ©vrier 1707, le Conseil, dit « conseil privĂ© du roi Â» se rĂ©unit. Il condamne l’ouvrage, accusĂ© de contenir « plusieurs choses contraires Ă  l’ordre et Ă  l’usage du royaume Â». Et le roi ordonnait d’en mettre les exemplaires au pilon et dĂ©fendait aux libraires de le vendre. Mais aucun auteur n’est mentionnĂ©. Cette premiĂšre interdiction n’a pas affectĂ©, semble-t-il, Vauban, qui, tout au contraire, dans une lettre datĂ©e du 3 mars (Ă  son ami Jean de Mesgrigny, gouverneur de la citadelle de Tournai), manifeste sa fiertĂ© face au succĂšs de son livre :

« ... Le livre de la Dixme royale fait si grand bruit Ă  Paris et Ă  la Cour qu’on a fait dĂ©fendre la lecture par arrest du Conseil, qui n’a servi qu’à exciter la curiositĂ© de tout le monde, si bien que si j’en avois un millier, il ne m’en resteroit pas un dans 4 jours. Il m’en revient de trĂšs grands Ă©loges de toutes parts. Cela fait quez je pourray bien en faire une seconde Ă©dition plus correcte et mieux assaisonnĂ©e que la premiĂšre...[19]. Â»

Et nous apprenons en mĂȘme temps que l’abbĂ© Ragot de Beaumont (cet homme de l’ombre qui a jouĂ© un rĂŽle capital dans la rĂ©daction de la Dixme royale), installĂ© Ă  Paris prĂšs de Vauban, prĂ©pare cette seconde Ă©dition :

« ... L’abbĂ© de Beaumont est ici qui se porte Ă  merveilles, et je le fais travailler depuis le matin jusqu’au soir. Vous savez que c’est un esprit Ă  qui il faut de l’aliment, et moi, par un principe de charitĂ©, je lui en donne tout autant qu’il en peut porter...[20]. Â»

Un second arrĂȘt est donnĂ© le 14 mars. Louis Phelypeaux, comte de Ponchartrain (1674-1747), en personne, le chancelier, avait lui-mĂȘme corrigĂ© le texte de l’arrĂȘt, dont l’exĂ©cution Ă©tait cette fois confiĂ©e au lieutenant-gĂ©nĂ©ral de police de Voyer de Paulmy, marquis d’Argenson. Et Pontchartrain a ajoutĂ© en marge de l’arrĂȘt : « le dit livre se dĂ©bite encore Â», c’est-Ă -dire, au sens exact du mot, se vend facilement et publiquement.

Au mĂȘme moment, Vauban continue la distribution de son livre : ainsi, JĂ©rĂŽme de Pontchartrain, le fils du chancelier, et secrĂ©taire d’État Ă  la marine, accuse rĂ©ception, le 20 mars, d’un exemplaire qui lui a Ă©tĂ© adressĂ© le 16 mars.

Les derniers jours de Vauban

Les Invalides : MausolĂ©e oĂč est dĂ©posĂ© le cƓur de Vauban

Grùce aux dépositions de son valet de chambre, Jean Colas, de la veuve Fétil, de sa fille et de leur ouvrier Coulon, il est possible de savoir comment se sont passés le dernier jour de Vauban.

Colas, le valet de Vauban, qui fut internĂ© pendant un mois au ChĂątelet, raconte dans une dĂ©position conservĂ©e aux archives la rĂ©action du vieux marĂ©chal, le 24 mars, quand il commence Ă  s’inquiĂ©ter : « Toute cette aprĂšs-dĂźnĂ©e, le MarĂ©chal parut fort chagrin de la nouvelle que M. le Chancelier faisait chercher son livre Â». Sa rĂ©action fut d’ordonner Ă  son valet « d’aller promptement chez la veuve FĂ©til retirer les quarante exemplaires restĂ©s chez elle Â». Toute la journĂ©e, il reste assis dans sa chambre, « en bonnet Â», prĂšs du feu. Deux dames lui ont rendu visite ce jour lĂ  (la comtesse de Tavannes et Madame de FlĂ©ot, femme du major de la citadelle de Lille) et il accordĂ© sans doute, Ă  chacune d’elle un exemplaire de sa Dixme. Sur le soir, « la fiĂšvre le prend Â». Il se met au lit, et fut « fort mal le vendredi et samedi suivant
 Â». Le dimanche, la fiĂšvre est lĂ©gĂšrement tombĂ©e : « ce dimanche matin, explique Colas, il donne ordre de prendre dans son cabinet deux de ses livres et de les porter au sieur abbĂ© de Camps, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, et de le prier de les examiner, et de lui en dire son sentiment Â». Et le soir mĂȘme, il en fait aussi porter un aux Petits pĂšres de la place des Victoires, et « un autre Ă  son confesseur, un frĂšre jacobin qui prĂȘche pendant le cours de cette annĂ©e au couvent de l’ordre, rue Saint-HonorĂ©, et ne donnant le dit livre [Ă  son valet] le dit sieur marĂ©chal lui dit qu’il priait [ce frĂšre] de le lire et de lui dire si, en le composant, il n’avait rien fait contre sa conscience Â». « Le mercredi 30 mars, dit Colas, sur les neuf heures trois-quart du matin, le MarĂ©chal mourut
 Â».

DĂšs l’instant de sa mort, les exemplaires restant sont retirĂ©s, par Ragot de Beaumont, qui logeait dans une chambre de l’hĂŽtel Saint-Jean, hĂŽtel mitoyen et dĂ©pendant de celui de Vauban. Et dans cette chambre, explique Colas, « on y monte par un escalier qui dĂ©bouche dans le cabinet du MarĂ©chal Â».

C’est Saint-Simon, on le sait, qui a fait naĂźtre l’idĂ©e que Vauban serait mort de chagrin : « Vauban, rĂ©duit au tombeau par l’amertume Â». Et surtout, ce passage :

« Le roi reçut trĂšs mal le marĂ©chal de Vauban lorsqu’il lui prĂ©senta son livre, qui lui Ă©tait adressĂ© dans tout le contenu de l’ouvrage. On peut juger si les ministres Ă  qui il le prĂ©senta lui firent un meilleur accueil. De ce moment, ses services, sa capacitĂ© militaire, unique en son genre, ses vertus, l’affection que le roi y avait mise jusqu’à se croire couronnĂ© de lauriers en l’élevant, tout disparut Ă  l’instant Ă  ses yeux ; il ne vit plus en lui qu’un insensĂ© pour l’amour du bien public, et qu’un criminel qui attentait Ă  l’autoritĂ© de ses ministres, par consĂ©quent Ă  la sienne ; il s’en espliqua de la sorte sans mĂ©nagement :
L’écho en retentit plus aigrement dans toute la nation offensĂ©e qui abusa sans mĂ©nagement de sa victoire ; et le malheureux marĂ©chal, portĂ© dans tous les cƓurs français, ne put survivre aux bonnes grĂąces de son maĂźtre, pour qui il avait tout fait, et mourut peu de mois aprĂšs, ne voyant plus personne, consommĂ© de douleur et d’une affliction que rien ne put adoucir, et Ă  laquelle roi fut insensible, jusqu’à ne pas faire semblant se s’apercevoir qu’il eĂ»t perdu un serviteur si utile et si illustre. Il n’en fut pas moins cĂ©lĂ©brĂ© par toute l’Europe et par les ennemis mĂȘmes, ni moins regrettĂ© en France de tout ce qui n’était pas financier ou suppĂŽt de financier Â».

Mais tout cela est une lĂ©gende : Vauban n’a Ă©tĂ© ni inquiĂ©tĂ©, ni disgraciĂ© et il est bien mort de maladie, d’une embolie pulmonaire (fluxion de poitrine), des consĂ©quences de ce « rhume Â» dont il ne cesse de se plaindre depuis des dizaines d’annĂ©es dans sa correspondance. Reste que la Dixme royale est bel et bien une affaire, l’ultime recours d’un homme qui a voulu, par tous les moyens, se faire entendre
 Et les mesures de censure n’ont pas rĂ©ussi Ă  empĂȘcher la diffusion et le succĂšs du livre, comme l’atteste cette lettre de Ponchartrain du 14 juin 1707 Ă  l’intendant de Rouen Lamoignon de Courson :

« Nonobstant les deux arrests du conseil dont je vous envoie copie qui ordonne la suppression du livre de feu le marĂ©chal de Vauban, la Dixme royale, ce mĂȘme livre n’a pas cessĂ© d’ĂȘtre imprimĂ© Ă  Rouen en deux volumes in 12. On soupçonne le nommĂ© Jaure de l’avoir fait imprimer, ce particuliĂ© ayant estĂ© chassĂ© de Paris pour avoir imprimĂ© plusieurs livres dĂ©fendus Â».

Effectivement, nous savons que les libraires de Rouen ont imprimĂ© le Projet d’une dixme royale de Vauban en 1707, 1708, 1709
 Et Ă  partir de Rouen, le livre est diffusĂ© dans toute l’Europe : le 9 septembre 1707, un Ă©diteur nĂ©erlandais demande Ă  Antoine Maurry (l’imprimeur de Rouen qui a fabriquĂ© le livre) six Dixme royale de Vauban in quarto 
 Et en 1713, JĂ©rĂŽme de Pontchartrain, secrĂ©taire d’État de la Marine et de la Maison du roi expĂ©diait Ă  Michel BĂ©gon, intendant du Canada un exemplaire de la Dixme royale en lui recommandant d’étudier avec Vaudreuil, le gouverneur, les possibilitĂ©s d’appliquer au Canada les principes dĂ©veloppĂ©s par Vauban[21]. Et c’est la RĂ©gence, avec l’expĂ©rience de la polysynodie, qui confirme l’actualitĂ©, toujours prĂ©sente, et rĂ©formatrice de Vauban : dans le Nouveau Mercure galant, organe officieux du gouvernement, on peut lire, en octobre 1715 (p. 258) que « S.A.R (le RĂ©gent) travaille tous les jours pendant trois heures Ă  examiner les MĂ©moires de feu M. le duc de Bourgogne, de mĂȘme que ceux de M. de Vauban Â»â€Š

Vauban fut inhumĂ© dans l'Ă©glise de Bazoches, petit village du Morvan proche du lieu de sa naissance et dont il avait achetĂ© le chĂąteau en 1675. Mais son cƓur est aux Invalides depuis la dĂ©cision de NapolĂ©on en 1808.

Un « Bon Français Â» (Louis XIV)

Vauban Ă©tait un humaniste, passionnĂ© pour la justice sociale : il est rĂ©putĂ©, par exemple, pour avoir partagĂ© ses primes et ses soldes avec les officiers moins fortunĂ©s, et il prenait mĂȘme parfois sur lui les punitions des soldats sous son commandement lorsqu'il les trouvait injustes
 C'Ă©tait en mĂȘme temps un homme de caractĂšre, exigeant dans son travail et trĂšs soucieux du respect de ses instructions.

Il eut aussi une vie de simplicitĂ© et des rapports trĂšs humains avec son entourage, qu'ils soient des gens de sa rĂ©gion natale, oĂč il aimait Ă  revenir lorsqu'il le pouvait (rarement !), ou des proches. Il faut rappeler qu'il Ă©tĂ© Ă©duquĂ© trĂšs jeune par son pĂšre, Urbain le Prestre, au respect des autres, quelles que soient leurs origines. Ses origines modestes — famille de hobereaux provinciaux dĂ©sargentĂ©s — auront sans doute contribuĂ© Ă  ses traits de caractĂšre les plus humains.

Louis XIV a reconnu en Vauban un « bon Français Â». Et Ă  sa mort, contrairement Ă  une lĂ©gende tenace de disgrĂące (lĂ©gende dont Saint-Simon est en partie responsable), il parla de lui avec beaucoup d’estime et d’amitiĂ© : « je perds un homme fort affectionnĂ© Ă  ma personne et Ă  l’État Â», dĂ©clara-t-il Ă  l’annonce de sa mort.

On pourrait dire aussi que Vauban fut un noble malcontent, mais au lieu d’emprunter le chemin de la rĂ©volte armĂ©e comme le faisaient les gentilshommes du premier XVIIe siĂšcle, il a empruntĂ© la plume et l’imprimĂ©, au nom d’un civisme impĂ©rieux, pleinement revendiquĂ©, au service de la « nation France Â» et de l’État royal qu’il voulait servir plus que le roi lui-mĂȘme. Toute son Ɠuvre de pierre et de papier en tĂ©moigne : son action ne visa qu’un but, l’utilitĂ© publique, en modelant le paysage, en façonnant le territoire, en transformant l’ordre social.

Vauban, apĂŽtre de la vĂ©ritĂ©, apparaĂźt, avec quelques autres contemporains (Pierre de Boisguilbert, par exemple, ou l’abbĂ© de Saint-Pierre), comme un citoyen sans doute encore un peu solitaire. Mais au nom d’idĂ©es qu’il croit justes, mĂȘme si elles s’opposent au roi absolu, il a contribuĂ© Ă  crĂ©er un espace nouveau dans le territoire du pouvoir, un espace concurrent de celui monopolisĂ© par les hommes du roi, l’espace public, et Ă  faire naĂźtre une force critique appelĂ©e Ă  un grand avenir : l’opinion.

De par ses écrits progressistes, Vauban est considéré comme un précurseur des encyclopédistes, des physiocrates et de Montesquieu[22]

Maquettes

Les plans-reliefs rĂ©alisĂ©s Ă  partir du rĂšgne de Louis XIV sont conservĂ©s Ă  l'hĂŽtel des Invalides Ă  Paris oĂč 28 d'entre eux sont prĂ©sentĂ©s. Une partie de la collection (16), est, aprĂšs un long dĂ©bat, prĂ©sentĂ©e au palais des Beaux-Arts de Lille. Vauban est intervenu sur la plupart des places reprĂ©sentĂ©es. Les maquettes donnent une excellente vue du travail rĂ©alisĂ©.

Notes

  1. ↑ Douze fortifications de Vauban au Patrimoine mondial de l'Unesco dans Le Monde du 7 juillet 2008.
  2. ↑ Douze sites de Vauban classĂ©s au Patrimoine mondial de l'humanitĂ© dans Le Figaro du 8 juillet 2008.
  3. ↑ Bernard Pujo - Vauban - page 143
  4. ↑ a , b  et c  La naissance de la fortification bastionnĂ©e, Association Vauban
  5. ↑ a  et b  Martin Barros ,L'Attaquant maĂźtrise la dĂ©fense, Historia thĂ©matique n°106, mars-avril 2007, page 21
  6. ↑ Bernard Pujo - Vauban - page 150
  7. ↑ a  et b  MichĂšle Virol ,Un bon gĂ©nie Ă  la cour du Roi-Soleil, Historia thĂ©matique n°106, mars-avril 2007, page 8
  8. ↑ Barros, Salat, Sarmant, op. cit.
  9. ↑ Claude Dufresnes ,Le bonheur est dans le prĂ© carrĂ©, Historia thĂ©matique n°106, Mars-avril 2007, page 40
  10. ↑ FrĂ©dĂ©ric NĂ©groni, La RĂ©volution militaire aux XVIe et XVIIe siĂšcles [1]
  11. ↑ PrĂ©face de la DĂźme Royale p. 33
  12. ↑ Bernard Pujo - Vauban - page 119
  13. ↑ Texte intĂ©gral du traitĂ© sur google book
  14. ↑ citĂ© par Guillaume Monsaingeon, Vauban un militaire trĂšs civil, p. 306
  15. ↑ citĂ© par Guillaume Monsaingeon, Vauban un militaire trĂšs civil, p. 311-312
  16. ↑ L'Ă©conomiste Jean-Marc Daniel fait de Vauban le pĂšre de l'impĂŽt sur le revenu
  17. ↑ Barros, Salat, Sarmant, op. cit., p. 117-118
  18. ↑ Mireille Touzery in Les oisivetĂ©s de Monsieur de Vauban sous la direction de MichĂšle Virol, Champ Vallon, p. 707
  19. ↑ citĂ© par Guillaume Monsaingeon, Vauban un militaire trĂšs civil, p. 320
  20. ↑ citĂ© par Guillaume Monsaingeon, Vauban un militaire trĂšs civil, p. 311-312
  21. ↑ Charles Frostin, Les Pontchartrain ministres de Louis XIV. Alliances et rĂ©seau d’influence sous l’Ancien RĂ©gime, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p. 384)
  22. ↑ JoĂ«l Cornette - L'Histoire N°317, fĂ©vrier 2007 - p78-79

Voir aussi

Oeuvres d'art

Marquis de Vauban sculpture de Pierre Duc à la Citadelle de Besançon.

Bibliographie

  • Alain Lequien, Vauban le Bourguignon, Éditions de Bourgogne, 2006  ;
  • Luc Mary, Vauban, le maĂźtre des forteresses, Éditions de l'Archipel, 2007  ;
  • Bernard Pujo, Vauban, Albin Michel, 1991 (ISBN 978-2226052506)  ;
  • Anne Blanchard, Vauban, Fayard, 1996 (ISBN 978-2213596846)  ;
  • JoĂ«l Cornette, Le Roi de guerre. Essai sur la souverainetĂ© dans la France du Grand SiĂšcle, Payot, Paris, 1993 (rĂ©impr. Petite bibliothĂšque, Payot, 2000)  ;
  • MichĂšle Virol, Vauban : De la gloire du roi au service de l’État, Champ Vallon, 2003 (rĂ©impr. 2007) (ISBN 978-2876733763 ; 978-2876734647)  ;
  • Arnaud d'Aunay, Vauban, gĂ©nie maritime, Gallimard, 2007 (ISBN 978-2742419128)  ;
  • Michel Parent et Jacques Verroust, Vauban, Jacques FrĂ©al, 1971  ;
  • Lieutenant-colonel Pierre Lazard, Vauban, Paris, 1934.
    thĂšse de doctorat ;
     
  • Émilie d'Orgeix, Victoria Sanger, MichĂšle Virol, Vauban. La pierre et la plume, Éditions du Patrimoine, GĂ©rard Klopp, Paris, 2007  ;
  • A. Allent, Histoire du corps impĂ©rial du gĂ©nie, vol. 1 (seul paru) : Depuis l'origine de la fortification moderne jusqu'Ă  la fin du rĂšgne de Louis XIV, Paris, 1805, p. 45-526 Étude sur Vauban  ;
  • Franck Lechenet, Plein Ciel sur Vauban, Éditions CadrĂ© Plein Ciel, 2007 (ISBN 978-2952857017).
    Livre de 240 pages de photographies sur une centaine de sites Vauban en vue aĂ©rienne. Textes historiques ;
     
  • Guillaume Monsaingeon, Vauban un militaire trĂšs civil, Éditions Scala, 2007 (ISBN 978-2-86659-385-1).
    150 lettres de Vauban entre 1667 et 1707  ;
     
  • Martin Barros, Nicole Salat et Thierry Sarmant, Vauban, l'intelligence du territoire, Service historique de la dĂ©fense et Nicolas Chaudun, Paris, 2006 (rĂ©impr. 2007) (ISBN 978-2-35039-044-4)  ;
  • Les OisivetĂ©s de Monsieur de Vauban, ou ramas de plusieurs mĂ©moires de sa façon sur diffĂ©rents sujets, Champ Vallon, 2007 (ISBN 978-2-87673-471-5).
    Édition intĂ©grale Ă©tablie sous la direction de MichĂšle Virol, Seyssel Il s'agit de la premiĂšre Ă©dition intĂ©grale des vingt-neuf mĂ©moires laissĂ©s Ă  l'Ă©tat manuscrit par Vauban. Chaque mĂ©moire est prĂ©facĂ© et annotĂ© par un historien spĂ©cialiste.
     
  • Bernard Debrabant, Vauban et la fortification du Quesnoy au XVIIe siĂšcle, Invenit, 2008 
  • Guillaume Monsaingeon, Les Voyages de Vauban, ParenthĂšses, Marseille, 2007 (ISBN 978-2-87364-179-8).
    Édition brochĂ©e de 190 pages couleurs et mĂȘmes quelques photographies...
     
  • Daniel Auger, Vauban sa vie son oeuvre, 1998 (ISBN 2-904576-20-7) 
  • Daniel Auger, Vauban et le Morvan, Association "Les Amis de la Maison Vauban", 1993 (ISBN 2-904576-11-8) 
  • Fernand-Marceau Plasse, Vauban et la Bretagne, 2005 (ISBN 2-904576-21-5) 
  • Nathalie Moreau, Vauban et la CĂŽte Atlantique, Association "Les Amis de la Maison Vauban", 1993 (ISBN 2-904576-10-X) 
  • Alain Salamagne, Vauban en Flandre et Artois, Association "Les Amis de la Maison Vauban", 1995 (ISBN 2-904576-16-9) 
  • Maurice Gresset, Vauban et la Franche-ComtĂ©, Association "Les Amis de la Maison Vauban", 1996 (ISBN 2-904576-18-5) 
  • Georges Hachon, Vauban et le Roussillon, 1991 (ISBN 2-904576-08-8) 
  • Robert Bornecque, Vauban et les alpes, 1995 (ISBN 2-904576-15-0) 
  • Daniel Auger, Bibliographie des ouvrages de Vauban ou concernant Vauban, 2007 (ISBN 2-904576-22-3) 
  • Vauban (1633-1707) : 6 octobre - 24 octobre 2007 / Guy Thuillier ; Carnet de dessins Arnaud d'Aunay.- Nevers : BibliothĂšque Municipale de Nevers et SociĂ©tĂ© AcadĂ©mique du Nivernais, 2007
  • Vauban (1706) : traitĂ© de l'attaque des places

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