Atomisme Logique

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Atomisme Logique

Atomisme logique

H√©ritier par bien des aspects des travaux de Gottlob Frege au cours du XIXe si√®cle l'atomisme logique est une doctrine philosophique soutenue par Bertrand Russell et Ludwig Wittgenstein au cours de la premi√®re partie du XXe si√®cle. Fond√© sur le rejet du monisme id√©aliste de type h√©g√©lien et la reconnaissance d'un pluralisme irr√©ductible dans le monde, l'atomisme logique re√ßoit avec Wittgenstein et Russell deux versions diff√©rentes. Le mot d' ¬ę atomisme logique ¬Ľ est d√Ľ √† Russell lui-m√™me, et appara√ģt pour la premi√®re fois dans La philosophie de l'atomisme logique.

Sommaire

L'atomisme russellien

Chez Frege, et dans la logique du premier ordre contemporaine, la vérité des propositions est fonction des éléments qui constituent cette proposition. Ainsi, en analysant ses éléments, il est possible de déterminer la valeur de vérité de n'importe quelle proposition.

La thèse défendue par Russell est que ces éléments ultimes sont à la fois des particuliers, c'est-à-dire des sons, des images, des sensations ponctuelles, et des universaux, qui sont les prédicats et les relations de ces particuliers. Les particuliers et les prédicats sont les atomes de notre connaissance, les constituants primitifs que nous saisissons dans le monde et à partir desquels notre connaissance est élaborée. Ainsi, l'atomisme logique n'est pas un atomisme physique, puisque l'on essaie de dégager des atomes logiques qui vont constituer la connaissance, et non des atomes physiques.

A partir des particuliers et des prédicats, et en leur joignant les différents connecteurs logiques, il devient possible de former une proposition. La proposition la plus simple est la proposition atomique, constituée uniquement d'un particulier et d'un prédicat, de la forme F(a). Elle dit simplement qu'un particulier a est F. Cette proposition se rapporte à un fait, qui est le critère de la vérité de la proposition. Ainsi, l'atomisme logique est accompagné d'une thèse ontologique: le monde est constitué de faits. Ces faits sont un certain état de ce monde, ils sont des unités discrètes et indépendantes de l'esprit humain. Les faits admettent aussi une analyse. Les faits atomiques correspondent aux propositions atomiques. Et les faits plus complexes correspondront aux propositions complexes (les propositions moléculaires).

L'atomisme logique est une réaction à la philosophie idéaliste de Hegel. Russell a en effet reçu une formation philosophique marquée par cet idéalisme, doctrine alors dominante en Angleterre, et défendue par les neo-hégéliens comme Bradley. Pour les idéalistes, le tout a un privilège ontologique et épistémologique sur les parties. Le tout est le sujet de toute prédication (ce qui amène à la thèse critiquée par Russell des relations internes), et est aussi l'objet principal de notre connaissance. La connaissance des parties n'est qu'une abstraction de la connaissance de la totalité.

La distinction qu'√©tablit Russell entre les pr√©dicats et les relations, nouveaut√© rendue possible par la nouvelle logique et que la logique traditionnelle fond√©e sur le mod√®le du sujet et du pr√©dicat ne pouvait pas voir, est tr√®s importante pour comprendre la nature de l'erreur commise par la th√®se des relations internes. Dans une proposition comme ¬ę Pierre est plus grand que Paul ¬Ľ, la logique traditionnelle jugera que ¬ę Pierre ¬Ľ est le sujet de la phrase, et ¬ę est plus grand que Paul ¬Ľ le pr√©dicat. Ainsi, √™tre plus grand que Paul devient une propri√©t√© interne de Pierre, de la m√™me fa√ßon que Pierre est un homme ou un musicien. Avec la logique moderne, on peut distinguer la proposition disant que Pierre est un homme, qui attribue un pr√©dicat √† Pierre, et celle qui dit qu'il est plus grand que Paul, qui √©tablit une relation entre deux termes. Ainsi, la relation est externe dans la mesure o√Ļ elle n'est plus un pr√©dicat appartenant √† Pierre. La relation n'implique donc plus une complexit√© interne du sujet, qui peut √™tre un particulier. Et il est essentiel pour la th√©orie de la connaissance que de telles relations entre particuliers soient possibles, parce que ce sont elles qui permettront de construire des entit√©s plus √©labor√©es, comme des objets mat√©riels, obtenus par l'association des sensations.

Russell soutient qu'il existe un isomorphisme entre notre connaissance et la nature du monde. Mais cela n'est vrai que pour un langage logique parfait, et pas pour le langage ordinaire. Dans un langage parfait, chaque proposition atomique qui constitue une proposition mol√©culaire correspond √† chaque fait atomique constituant un fait complexe. Et la proposition mol√©culaire a la m√™me forme logique que le fait qu'elle d√©crit. Ceci montre la n√©cessit√© d'une analyse logique du langage naturel, qui contient des ambigu√Įt√©s, et est source d'erreurs philosophiques. C'est dans ce cadre que s'inscrivent la th√©orie des types et la th√©orie de la Description d√©finie.

La version wittgensteinienne

Voir l'article d√©taill√© :Tractatus logico-philosophicus

√Čtudiant et ami de Russell, Ludwig Wittgenstein a lui aussi d√©velopp√© une philosophie atomiste logique dans ses ann√©es de jeunesse. Influenc√© et influen√ßant son professeur, Wittgenstein propose dans le Tractatus logico-philosophicus une th√©orie atomiste logique sensiblement diff√©rente de Russell.

Il affirme lui aussi que ¬ę le monde se d√©compose en faits ¬Ľ, et que ¬ę la proposition est une image de la r√©alit√© ¬Ľ, qui en refl√®te la structure logique. Mais soutient contrairement √† son ma√ģtre que ce sont les faits et non les objets qui sont les atomes logiques du r√©el. Nulle analyse n'est possible au-del√† du fait ; l'objet √©tant inaccessible ind√©pendamment du fait dans lequel il apparait.

Pérennité

On retrouvera dans la Construction logique du monde de Rudolf Carnap des éléments rappelant le réductionnisme frégéen et l'atomisme logique. Carnap analyse en effet notre représentation du monde comme une mise en relations de propositions protocolaires (qui sont des formulations rigoureuses d'une expérience sensible élémentaire) au moyen des règles logiques.

L'atomisme logique sera pourtant globalement abandonné par la suite. Les critiques de cette théorie viendront notamment de Wittgenstein lui-même, dont les Recherches philosophiques, montreront que le langage ne peut pas être envisagé comme un simple reflet de la structure du monde, et qu'il n'a pas à être amélioré par la logique.

Bibliographie

Liens externes

Voir aussi

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