Saint-Philibert de Tournus

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Saint-Philibert de Tournus

Saint-Philibert de Tournus

Saint-Philibert de Tournus est un ancien monast√®re b√©n√©dictin situ√© √† Tournus, dans le d√©partement de Sa√īne-et-Loire et la r√©gion Bourgogne. De nombreuses parties de ce monast√®re sont conserv√©es (r√©fectoire, cellier, clo√ģtre, salle capitulaire,...), et son √©glise abbatiale est l'un des plus grands monuments romans de France.

Façade de l'église abbatiale

Sommaire

Histoire

Ant√©rieurement √† l'arriv√©e de moines de Noirmoutier en 875, porteurs des reliques de saint Philibert, existait √† Tournus une communaut√© constitu√©e autour des reliques de saint Val√©rien. On en conna√ģt tr√®s peu de chose, et aucun vestige mat√©riel sauf un sarcophage, actuellement d√©pos√© dans la crypte. Le site ayant √©t√© peu fouill√©, on ignore tout des √©difices qui ont vraisemblablement occup√© une partie de l'assiette de l'abbatiale actuelle entre la fin de l'Antiquit√© et la fin de la p√©riode carolingienne, soit un demi-mill√©naire.

Lors de l'invasion hongroise de 937, l'abbaye est d√©vast√©e et l'√©glise doit √™tre reconstruite. Le corps de saint Philibert est d√©pos√© dans le chŇďur : un conflit √©clate √† ce propos avec les partisans de saint Val√©rien. Le probl√®me est r√©gl√© par le d√©p√īt du corps de Val√©rien dans la crypte.

On sait peu de choses de la construction de l'abbatiale : elle semble s'√©tendre de l'abbatiat de Wago (980-1008) √† celui de Francon de Rouzay (avant 1114 - apr√®s 1120), et il est possible qu'elle ne commence qu'apr√®s un incendie en 1006. Une cons√©cration a lieu en 1019, date √† laquelle le chŇďur et le transept sont probablement termin√©s. L'√©difice est quasiment achev√© lors de la d√©dicace en 1120. Deux tours, une sur la crois√©e et l'autre au nord de la fa√ßade, sont ensuite ajout√©es.

Quatre chapelles gothiques furent ensuite adjointes au reste. La plupart des b√Ętiments conventuels datent des XI-XIIe si√®cles. La salle capitulaire a √©t√© refaite au XIIIe si√®cle. Le palais abbatial actuel est construit au XVe si√®cle, avant que les moines ne soient remplac√©s en 1627 par un coll√®ge de chanoines.

Description de l'abbatiale

Monument complexe, l'abbatiale de Tournus est constitu√©e d'une crypte, elle-m√™me compos√©e de plusieurs espaces, d'un rez-de chauss√©e, comportant chŇďur √† d√©ambulatoire avec cinq chapelles rayonnantes, transept √† chapelles orient√©es, nef √† trois vaisseaux augment√©e de deux chapelles au nord, et enfin avant-nef √† trois vaisseaux √©galement. Cette derni√®re comporte de plus un √©tage, √† trois vaisseaux se superposant aux pr√©c√©dents. Il y a trois tours, dont deux sont du XIIe si√®cle, et la troisi√®me plus ancienne encore. Toute l'√©glise est couverte de tuiles creuses, sauf les deux tours du XIIe si√®cle, qui ont des fl√®ches pyramidales couvertes en tuiles plates. La tuile creuse a r√©gn√© sur Saint-Philibert d√®s sa construction. Il en va de m√™me de la plupart des maisons de la ville ancienne de Tournus ; c'est l√† d'ailleurs que s'arr√™te, vers le nord, la zone rhodanienne o√Ļ ce mode de couverture, √† pente tr√®s faible, est utilis√©. Au nord de la ville commencent les toits √† forte pente couverts en tuile plate.

la crypte

L'acc√®s √† la crypte se faisait primitivement par deux escaliers permettant un parcours processionnel √† sens unique. Celui du sud ayant √©t√© mur√©, on n'acc√®de plus actuellement que par celui s'enfon√ßant dans le sol du bras nord du transept. La crypte n'est pratiquement pas enterr√©e, car l'√©glise est √©tablie sur un terrain descendant vers la Sa√īne. Cette crypte est compos√©e de plusieurs espaces contigus et structur√©s pour la circulation liturgique ; c'est une des plus anciennes de ce genre.

Ext√©rieurement, les murs de la crypte sont en petits moellons assembl√©s avec beaucoup de mortier. Ils renferment des pierres de r√©emploi et des assises en ar√™te de poisson (opus spicatum). A l'int√©rieur, des vo√Ľtes couvrent la totalit√© de l'espace de la crypte. A l'exception des chapelles, ces vo√Ľtes sont brutes de d√©coffrage. Le mortier a conserv√© l'empreinte du couchis de planchettes qui couvrait les moules, et m√™me quelques fragments de bois. Les blocs de moyen appareil blanc que l'on observe dans beaucoup de parties du b√Ętiment (nef, avant-nef et tous les parements int√©rieurs de la crypte) pourraient √™tre des remplois d'un √©tat ant√©rieur de l'abbatiale, √©tat dont la crypte pourrait, par ailleurs, √™tre elle-m√™me un vestige.

Au milieu de la crypte se trouve une salle centrale √† trois nefs vo√Ľt√©es de m√™me hauteur, port√©es par deux files de cinq colonnes et les murs de pourtour. Ce vo√Ľtement supporte le chŇďur de l'√©glise. A chaque extr√©mit√©, les paires de colonnes galb√©es sont des r√©emplois romains de provenance inconnue, retaill√©s √† longueur. Les trois paires de colonnes centrales, cylindriques, en calcaire blanc, sont par contre m√©di√©vales. Cette salle est largement ouverte sur un d√©ambulatoire, qui la circonscrit, par cinq portes et deux petites baies. A l'est, dans l'axe, se trouve une de ces cinq portes, de part et d'autre de laquelle sont deux petites niches-absides concaves, √©vid√©es dans l'√©paisseur du mur de pourtour et √©clair√©es chacune par une petite baie.

À l'ouest de cette salle, empiétant sous la croisée du transept, se trouve un puits assez profond, qui se trouve au centre topologique de l'église.

Le d√©ambulatoire inf√©rieur est √©clair√© par quatre baies qui prennent jour entre les chapelles rayonnantes. Il donne acc√®s, par trois ouvertures, √† trois chapelles rayonnantes, √† l'est. Ces chapelles sont de plan rectangulaire, √† chevet plat, et vo√Ľt√©es en berceau. Elles sont √©clair√©es chacune par une fen√™tre axiale. La chapelle axiale renferme aujourd'hui le sarcophage attribu√© √† Val√©rien, martyr du IIe si√®cle, dont les reliques ont √©t√© d√©truites par les Protestants au XVIe si√®cle. Ce sarcophage ne comporte aucune inscription ni d√©coration. Le couvercle manque. Dans les sections droites du d√©ambulatoire se trouvent, au nord comme au sud, deux portes donnant acc√®s √† un couloir, parall√®le au d√©ambulatoire, reliant entre elles deux chapelles exigu√ęs : celles situ√©es √† l'ouest sont au-dessous des chapelles orient√©es du transept. Les deux couloirs et ces quatre chapelles sont √©clair√©s chacun par une petite baie. Au total il y a donc, au niveau de la crypte, 7 chapelles, toutes accessibles par le d√©ambulatoire inf√©rieur.

le chŇďur

Le chŇďur reprend le plan de la crypte. Il y a donc √©galement, autour du sanctuaire, un d√©ambulatoire, autour duquel rayonnent cinq chapelles. Sauf le cul-de-four de l'abside et la coupole de crois√©e, tout ce niveau (transept, chŇďur, d√©ambulatoire et chapelles) est vo√Ľt√© de berceaux plein cintre.

Les chapelles, √©tant superpos√©es √† celles de la crypte, sont donc √©galement √† chevet plat. La chapelle axiale, autrefois d√©di√©e √† Saint-Pour√ßain, est aujourd'hui la chapelle Saint-Philibert. Elle est ferm√©e par de lourdes grilles, qui prot√©geaient jusqu'√† r√©cemment les reliques du saint patron. A la fin du XXe si√®cle, la t√™te tr√©pan√©e de Saint Filibert a √©t√© vol√©e ; nous esp√©rons qu'elle sera un jour restitu√©e √† sa v√©n√©rable s√©pulture de Tournus. Depuis la derni√®re restauration de 2000, les reliques subsistant de Filibert ont retrouv√©, dans le sanctuaire, la place qui a sans doute √©t√© la leur pendant une partie du moyen √Ęge. Elles sont enferm√©es dans une ch√Ęsse moderne.

À la gauche de la chapelle axiale est la Chapelle Saint-Joseph. À sa droite, la Chapelle du curé d'Ars, autrefois Chapelle Saint-Pierre. La petite Chapelle nord est aujourd'hui la Chapelle de l'Agonie. Sa correspondante, au sud, sert de sacristie.

Le d√©ambulatoire sup√©rieur est superpos√© √† celui de la crypte ; partant du transept, il longe les deux trav√©es droites du choeur, fait un demi-tour et retourne au transept. La paroi interne de sa partie courbe est form√©e d'un muret sur lequel se d√©veloppe l'arcade du rond-point du choeur. La paroi externe comporte une autre banquette, interrompue par les entr√©es des chapelles rayonnantes, banquette sur laquelle reposent des colonnes plaqu√©es √† la muraille et portant une arcature. Ce dispositif d'arcatures encadre alternativement les baies et les ouvertures des chapelles. Cette partie est attribu√©e au d√©but du XIe si√®cle et les chapiteaux des supports sont d'un style corinthisant archa√Įque. Les chapiteaux du rond-point ont √©t√© pour leur part tr√®s restaur√©s au XIXe si√®cle.

Le sol du d√©ambulatoire sup√©rieur √©tait recouvert d'une splendide mosa√Įque (fin du XIIe si√®cle) repr√©sentant les signes du zodiaque et les mois de l'ann√©e en alternance, symbolis√©s dans des m√©daillons circulaires. Ce somptueux rev√™tement du sol a √©t√© us√© par la circumambulation des p√®lerins autour des reliques. Il suit le parcours du soleil, les m√©daillons du printemps √©tant √† l'est, ceux de l'√©t√© au sud, et indique donc le sens de circulation. Son √©tat n√©cessita, assez t√īt, des r√©parations, puis finalement elle disparut sous un dallage de pierre. Cette mosa√Įque fut d√©couverte une premi√®re fois en 1722 lors de la r√©fection de ce dallage ; elle fut red√©couverte une seconde fois en 2000 lors de travaux d'√©lectricit√©. Elle est aujourd'hui mise en valeur et observable √† partir d'une passerelle la surplombant. Seule une petite partie des motifs est conserv√©e : quatre m√©daillons sur les 24 que devait constituer l'ensemble complet.

Le chŇďur re√ßoit l'√©clairage direct gr√Ęce √† un √©tage sup√©rieur (1110-1120), surplombant le toit du d√©ambulatoire et des chapelles. Cet √©tage est beaucoup plus travaill√©, comportant des frises et corniches sculpt√©es du d√©but du XIIe si√®cle, fortement apparent√©es √† la partie correspondante de l'√©glise Saint-Martin d'Ainay √† Lyon. Ce rehaussement du chŇďur a n√©cessit√© l'ajout, √† l'ext√©rieur, de grands et larges arcs de contrefortage le long des deux trav√©es droites de chŇďur. Sur l'abside, on note aussi des contreforts-colonnes supportant une frise d'arceaux formant corniche.

A l'ext√©rieur, les parties anciennes des murs, soit du sol jusqu'au haut du premier niveau du chŇďur, sont en ma√ßonnerie grossi√®re avec beaucoup de mortier et des assises d' opus spicatum. A l'inverse, la partie haute, du XIIe si√®cle, est en moyen appareil de pierre de taille blanc comportant un opus sectile rouge et blanc de carr√©s sur pointe, apparent√© aussi √† l'√©glise de Saint-Martin d'Ainay. √Ä l'int√©rieur, la r√©novation r√©cente a r√©tabli le badigeon, interdisant la lecture des ma√ßonneries sous-jacentes, mais une grande partie de celles-ci avaient d√©j√† √©t√© remplac√©es au XIXe si√®cle par l'architecte Questel.

le transept

Les quatre sobres piles cruciformes de la crois√©e ne sont pas originales. Elles ont √©t√© presque enti√®rement reprises. Les demi-colonnes engag√©es montant jusqu'aux arcs ont parfois √©t√© coup√©es en partie basse et reprises par des consoles, pour permettre l'installation de grilles (XVIIe si√®cle) qui ont aujourd'hui disparu √† leur tour. La crois√©e est coiff√©e d'une tour-lanterne. L'√©tage des baies de cette tour-lanterne est somptueusement orn√© d'une quantit√© de colonnettes en d√©lit. Cet √©tage est surplomb√© par une coupole h√©misph√©rique sur trompes qui cl√īt l'espace int√©rieur de l'√©glise, tout en m√©nageant un oculus pr√©vu pour hisser des cloches au-dessus.

La tour de crois√©e, du XIIe si√®cle, aujourd'hui d√©saffect√©e et inaccessible, a donc au moins √©t√© pr√©vue comme clocher. Ses fa√ßades expriment le plein √©panouissement de l'art roman. Ses trois √©tages ont √©t√© construits au cours de chantiers diff√©rents, au long du XIIe si√®cle. Les deux du haut, largement ouverts de trois baies par face, sont finement d√©cor√©s de frises, chapiteaux etc comportant des motifs antiquisants : palmettes et surtout pilastres cannel√©s. Le r√©pertoire formel est assez proche et contemporain de Cluny III. Le dernier √©tage introduit des jeux de bichromie rouge-blanc.

Les deux bras du transept sont fort différents l'un de l'autre.

Le bras nord du transept est s√©par√© du bas-c√īt√© nord de la nef par un mur diaphragme perc√© d'une arcade modeste au rez-de-chauss√©e, surmont√©e d'un arc l√©g√®rement bris√© √† double rouleau, et de deux baies g√©min√©es en plein cintre au-dessus, le tout d'une sobri√©t√© totale, sans chapiteaux ni colonnettes, avec de simples impostes. Cette sobri√©t√© se prolonge sur le mur occidental. Un syst√®me diff√©rent r√®gne du c√īt√© sud. La fa√ßade nord a √©t√© remplac√©e √† l'√©poque gothique par une immense baie √† remplages.

La chapelle orientée du bras nord du transept, chapelle de Saint Ardain, donne la liste et les dates d'abbatiat de tous les abbés de Tournus depuis 875 jusqu'à la dissolution du monastère.

Le bras sud du transept a √©t√© plusieurs fois modifi√© et constitue un casse-t√™te arch√©ologique. Il est emp√Ęt√© dans des constructions adjacentes et poss√®de des ouvertures, aujourd'hui mur√©es, dispos√©es d'une fa√ßon √©trange. Il est s√©par√© de la nef par un tr√®s haut arc √† double rouleau reposant sur deux colonnes engag√©es √† socles, bases et chapiteaux. Le socle de celle du sud porte une inscription sur deux faces : RENCO ME EECIT.

La chapelle orientée du bras sud du transept est dédiée au Sacré-Coeur.

la nef

Le plan de la nef ressemble beaucoup à celui de la salle centrale de la crypte. La nef de l'abbatiale Saint-Philibert est une vaste salle haute, aérée et lumineuse. Elle est subdivisée en cinq travées dans le sens est-ouest, et en trois vaisseaux dans le sens nord-sud. Toutes les maçonneries verticales, autrefois enduites d'un mortier de chaux et badigeonnées ou peintes, ont été décapées au début du XXe siècle par l'architecte Ventre, et les pierres apparentes jointées. Bien qu'inauthentique, ce décapage, conservé encore aujourd'hui, permet à tout le moins une lecture archéologique des murailles.

La maçonnerie est surtout composée de petit moellon calcaire, avec, dans une partie des surfaces, des bandes horizontales de moyen appareil blanc ressemblant à celui de la crypte.

Le syst√®me structurel adopt√©, outre les murailles ext√©rieures nord et sud, utilise des supports verticaux constitu√©s de colonnes rondes libres ou de demi-colonnes engag√©es. Ces supports sont uniquement mont√©s en petits moellons, et n'ont pour bases et chapiteaux que de modestes d√©bords, simple en bas, double en haut, eux-m√™mes r√©alis√©s en petite ma√ßonnerie. Il n'y a aucun chapiteau, aucune partie de pierre de taille. Les trois nefs sont subdivis√©es entre elles par deux grandes arcades montant des piliers ronds. Les arcs qui composent ces arcades ne sont pas en plein cintre. Ils sont surhauss√©s √† leur naissance tandis qu'ils sont l√©g√®rement d√©prim√©s au sommet. Leur courbure se rapproche de l'arc en cha√ģnette. Le choix de ce profil d'arc est unique dans l'art roman. Ces deux grandes arcades portent les murs du vaisseau central, perc√©s √† chacune des cinq trav√©es d'une baie en plein cintre qui procure beaucoup de lumi√®re, tant par sa dimension que par sa position tr√®s √©lev√©e.

Les murs ext√©rieurs ont de tr√®s grandes baies, vraisemblablement √©largies apr√®s coup, et qui √©clairent abondamment les bas-c√īt√©s. Ces bas-c√īt√©s sont fort √©lev√©s et vo√Ľt√©s d'ar√™tes. Ces vo√Ľtes d'ar√™tes pr√©sentent √©galement un cintre se rapprochant des grandes arcades.

Le vaisseau central est sur√©lev√© par des murs port√©s par les grandes arcades. Des impostes des piliers ronds montent en outre des demi-colonnes engag√©es dans ces murs. Ces demi-colonnes engag√©es ont des chapiteaux monolithiques de calcaire blanc, mais ceux-ci ne sont pas sculpt√©s, √† l'exception d'un seul. Des chapiteaux de ces demi-colonnes partent de grands arcs diaphragmes √† double rouleau, en moyen appareil soign√© et apparent, qui articulent les cinq trav√©es de la nef. Du c√īt√© de l'avant-nef, le premier arc diaphragme est remplac√© par un simple arc de d√©charge, alors que du c√īt√© du chŇďur le dernier arc diaphragme est identique aux pr√©c√©dents.

Les arcs diaphragmes portent des murs transversaux formant bahut pour cinq berceaux transversaux, lesquels couvrent le haut vaisseau. Les cl√©s de ces berceaux plein cintre culminent √† quelque 18 m√®tres. L'absence de pouss√©es lat√©rales a permis l'ouverture des baies hautes mentionn√©es plus haut, sans le concours de contreforts ext√©rieurs ou de tirants. Ces cinq berceaux transversaux se contrebutent mutuellement √† leur ligne de contact, sauf ceux des extr√©mit√©s qui poussent au vide et sont contrebut√©s par la partie sommitale de l'avant-nef √† l'ouest, et par la tour-lanterne de l'autre c√īt√©. Ce syst√®me de vo√Ľtement singulier a procur√© √† lui seul une place √©minente √† l'abbatiale de Tournus dans l'histoire de l'architecture m√©di√©vale, car il est presque un cas unique, mais, r√©alis√© avec virtuosit√© et pr√©cision, a d√©montr√© une tr√®s grande stabilit√© depuis sa construction. Ce syst√®me de vo√Ľtement n√©cessite une charpente, r√©duisant la forme complexe constitu√©e par les extrados des berceaux en une simple b√Ęti√®re. Il y a neuf fermes de charpente, deux entraits traversant l'√©difice de part et d'autre de chaque mur bahut.

Le trac√© r√©gulateur de la nef est d'une grande simplicit√©. On a utilis√© un module de 185 cm, correspondant √† la taille d'un homme grand, et √©quivalent √† la toise de Besan√ßon. De centre √† centre des colonnes rondes, chaque trav√©e de la nef centrale fait 4 toises de large et 3 toises de long. Les bas-c√īt√©s ont des compartiments de plan carr√©, de 3 x 3 toises. La hauteur des colonnes rondes, du socle √† l'imposte, est de 5 toises. Le triangle dit √©gyptien (triangle rectangle de c√īt√©s 3 - 4 - 5) forme donc le principe organisateur de la nef, avec probablement des prolongements tant symboliques que pratiques, pour le ma√ģtre-ma√ßon. Enfin, en comptant 8 toises au-dessous des cl√©s des grands arcs diaphragmes, on arrive √† quelques centim√®tres en-dessous du sol actuel, avec 1 % seulement d'√©cart entre le plus haut et le plus bas de ces arcs. Relevons enfin que les demi-colonnes qui portent ces arcs font une toise de hauteur.

Des √©nigmes subsistent dans la nef de Tournus. Les sutures de la nef avec l'avant-nef √† l'ouest et avec le transept √† l'est sont complexes. Elles s'expliquent notamment par le phasage des travaux : il a fallu constamment disposer d'une sanctuaire utilisable alors que d'autres parties √©taient en chantier. Mais on retrouve, √©trangement, ce m√™me syst√®me de sutures asym√©triques dans la salle centrale de la crypte. La nef est aujourd'hui un espace a√©r√©, mais il faut se rappeler qu'elle a √©t√© autrefois encombr√©e notamment par deux escaliers droits tr√®s importants qui donnaient acc√®s √† l'√©tage de l'avant-nef. Leur reconstitution reste probl√©matique, car les chapelles nord sont en th√©orie plus anciennes que la d√©molition de ces escaliers.

l'avant-nef

L' avant-nef ou "narthex" est construite √† l'ouest de la nef. C'est un b√Ętiment qui est √† la fois moins large et l√©g√®rement plus √©lev√© que la nef.

À l'extérieur, on observe une maçonnerie de petit appareil ocre avec insertion de rangs de moyen appareil blanc, mais d'une manière relativement irrégulière. Les façades sont composées d'un jeu complexe de lésènes et de frises d'arceaux (bandes lombardes) jouant avec les ouvertures. On observe des irrégularités inexplicables dans cette composition, et notamment dans la relation entre la composition murale et les baies. Seules les façades ouest et nord, donnant sur la place, peuvent être appréhendées dans leur ensemble. La façade sud est associée à deux locaux qui la flanquent, l'actuel vestibule et l'ancien chauffoir, aujourd'hui musée lapidaire.

L' élévation de l'avant-nef comporte un rez-de-chaussée, faisant actuellement fonction d'espace d'accueil, librement ouvert sur la nef et le sanctuaire. Au-dessus, une salle de même superficie, actuellement dénommée chapelle Saint-Michel. Surplombant cette chapelle aux angles sud-ouest et nord-ouest, deux tours, dont l'une, celle du nord, a été surélevée au XIIe siècle par l'adjonction d'un beffroi. La fonction primitive de ces deux salles est très mal connue et semble liée à la liturgie carolingienne, mais dans une version spécifique à Tournus.

Le rez-de-chaussée de l'avant-nef est une salle de plan rectangulaire subdivisée en trois vaisseaux de trois travées chacun. Cette salle est peu éclairée, et compte 7 portes dont deux sont aujourd'hui murées. La grande porte occidentale, au milieu de la façade, est une recomposition du XIXe siècle. Le sol est un dallage de pierre comportant beaucoup de dalles funéraires datant des XIIe au XVIIIe siècle. Quatre d'entre elles, en outre, sont circulaires et deux sont ovales.

Les supports du vo√Ľtement de pierre sont, comme dans la nef, des colonnes rondes compl√©t√©es de demi-colonnes engag√©es dans les murs. Tout est construit en petit moellon, y compris les arcs, o√Ļ le choix de mat√©riaux plats et calibr√©s de couleur rose semble vouloir imiter la brique. Les piliers n'ont pas de socle, plongeant directement dans l'actuel dallage de pierre, mais il semble bien que le sol primitif ait √©t√© nivel√© au XVIIIe si√®cle par un remblai, √† env 55-60 cm au-dessus du niveau primitif. Les socles seraient donc immerg√©s dans le sol actuel, et l'impression fauss√©e, la salle √©tant primitivement plus haute. Les piliers se terminent en haut par de simples impostes √† double ressaut. Tous les arcs sont en plein cintre.

En raison de la pr√©sence d'un √©tage, toutes les vo√Ľtes de ce rez-de-chass√©e culminent pratiquement √† la m√™me hauteur. Sur les bas-c√īt√©s r√®gnent des berceaux transversaux alors que la nef centrale est vo√Ľt√©e d'ar√™tes. Le syst√®me de vo√Ľtement est donc invers√© par rapport √† la nef, d√©crite ci-dessus. Le contrebutement ouest est assur√© par le poids de l'√©tage, sans contrefortage. Des contrebutements nord et sud seraient inutiles, car les vo√Ľtes en berceaux transversaux ne poussent pas dans ces directions. √Ä l'est, un massif sur√©paississant et le poids des murailles jouent la m√™me fonction.

La suture avec la nef est √©nigmatique. Au centre se trouve une grande porte, construite enti√®rement en moyen appareil blanc, dont les vantaux de bois ont disparu, mais dont les gonds subsistent. Sur les c√īt√©s, deux passages largement ouverts ne conservent par contre pas de trace √©vidente d'un syst√®me de fermeture. A noter √©galement que les piles engag√©es dans ce mur le traversent de part en part et font saillie au fond de la nef. Sur les vo√Ľtes subsistent des peintures, toutes post√©rieures √† la construction.

Ce rez-de-chauss√©e est un pastiche, c'est-√†-dire une copie, √† l'√©chelle r√©duite (environ 1 : 5e), de la c√©l√®bre basilique de Maxence construite √† Rome vers 310-320. La r√©plique est exacte en ce qui concerne la mesure et les proportions, tant en plan qu'en √©l√©vation, sauf en ce qui concerne la hauteur des bas-c√īt√©s, qui a d√Ľ √™tre port√©e presque √† celle du vaisseau central pour recevoir le sol de l'√©tage. Il y a par contre transposition compl√®te en ce qui concerne les mat√©riaux, puisque la basilique de Maxence est faite de b√©ton parement√© de brique et recouvert d'un immense opus sectile de marbre, tous mat√©riaux remplac√©s √† Tournus par la seule pierre calcaire enduite √† la chaux et recouverte de badigeons. Le syst√®me de vo√Ľtement (d√©crit ci-dessus) est √©galement repris de la basilique de Maxence, ainsi que le contrebutement par des tours du c√īt√© ouest. Mainte fois copi√©e jusqu'√† notre √©poque, la basilique de Maxence ne l'a toutefois jamais √©t√© aussi litt√©ralement qu'√† Tournus.

L' √©tage, d√©nomm√© chapelle Saint-Michel, surplombe la salle du rez-de-chauss√©e. Il est largement √©clair√© par une s√©rie de meurtri√®res √† large √©brasement int√©rieur, puis, dans les murs du vaisseau central, par de grandes fen√™tres en plein cintre. Le m√™me syst√®me de piliers et demi-piliers ronds que dans la nef et dans la salle inf√©rieure se retrouve ici, sauf aux quatre angles. Le vaisseau central, plus √©lev√© qu'au rez-de-chauss√©e (12m35 contre 7m30), est vo√Ľt√© en berceau plein cintre, alors que les bas-c√īt√©s sont partiellement vo√Ľt√©s en demi-berceaux. La trav√©e ouest, surplomb√©e par les tours, n'est vo√Ľt√©e qu'au vaisseau central.

Le mur est de la chapelle Saint-Michel est complexe. Au centre, une cloison de bois moderne donne acc√®s √† l'orgue. √Ä son emplacement se trouvait autrefois une abside en encorbellement sur la nef, dont seule la console subsiste : elle a √©t√© r√©utilis√©e pour appuyer le buffet d'orgue du XVIIe si√®cle et est totalement noy√©e par celui-ci. Cette abside est encadr√©e par un arc triomphal (dit "arc de Gerlannus") qui para√ģt rapport√©, car il ne supporte rien, et qui comprend des √©l√©ments sculpt√©s : deux colonnes avec bases et chapiteaux ainsi que, au-dessus, une plaque portant une inscription. De part et d'autre de cet arc s'ouvrent deux baies g√©min√©es en plein cintre avec colonnettes, permettant de voir dans la nef comme depuis une tribune. Aux angles de cette fa√ßade Est de la chapelle se trouvent les portes d'acc√®s primitives. Pour rattraper autant que possible les bas-c√īt√©s de la nef, qui est plus large, les embrasures de ces portes rognent m√™me dans l'extr√©mit√© des murs lat√©raux. Au dessus de l'arc triomphal se trouve une galerie de bois √† double √©tage, avec des portes donnant acc√®s √† l'orgue et au comble de la nef.

En d√©pit de son aspect actuel, d√©saffect√© et d√©pouill√©, la chapelle Saint-Michel est construite de mani√®re tr√®s savante. On y d√©note un emploi raffin√© des porte-√†-faux : pour √©viter leur d√©versement en rez-de-chauss√©e, les quatre piliers ronds ne sont pas exactement superpos√©s √† ceux d'en-dessous ; les vo√Ľtes s'appuient sur des corniches √† modillons, r√©tr√©cissant ainsi un peu leur port√©e ; et m√™me l'arc de Gerlannus s'appuie partiellement sur les vo√Ľtes du rez-de-chauss√©e au lieu d'√™tre superpos√© au mur de s√©paration nef - avant-nef. Par ailleurs, le vo√Ľtement en berceau du haut vaisseau ne semble pas avoir √©t√© pr√©vu au d√©part, puisqu'aucun contrefortage n'a √©t√© mis en place, √† l'ext√©rieur, pour lutter contre le d√©versement d'une vo√Ľte. Ce probl√®me a √©t√© r√©solu par la pose de tirants en bois de ch√™ne reli√©s √† des ancres m√©talliques. Dans la trav√©e ouest, le poids des tours suffit √† remplacer l'action des tirants. Bien que les demi-berceaux contrebutassent beaucoup trop bas les pouss√©es obliques du berceau central et que de grandes baies eussent √©t√© hardiment m√©nag√©es dans les murs porteurs de la vo√Ľte en berceau, la construction de la chapelle s'est av√©r√©e, gr√Ęce notamment aux tirants, d'une extraordinaire stabilit√© jusqu'√† aujourd'hui. Il n'y a aucune charpente : la couverture est pos√©e √† m√™me les vo√Ľtes, sur les demi-berceaux des bas-c√īt√©s comme sur le berceau central. Sans relation architectonique avec la basilique de Maxence, la chapelle Saint-Michel pourrait par contre, par hypoth√®se, √©voquer l' abbatiale de Noirmoutier, o√Ļ se trouve le tombeau de Saint Filibert, qui y est d√©c√©d√© en 685.

En haut des deux tours se trouvaient deux salles hautes vo√Ľt√©es et tr√®s largement √©clair√©es par pas moins de dix baies chacune (trois sur chaque grand c√īt√© et deux sur chaque autre). La vo√Ľte de la salle haute de la tour sud s'est √©croul√©e suite aux exactions des Protestants en 1562. Elle reposait, comme celles de la chapelle Saint-Michel, sur une corniche en saillie, toujours visible. Ces salles hautes, accessibles par des escaliers de bois, peuvent-elles avoir √©t√© des chapelles d√©di√©es aux archanges, comme celles de Cluny III ?

Au XIIe si√®cle, la tour nord a √©t√© sur√©lev√©e par la construction du clocher rose. De plan carr√©, ce clocher, greff√© sur une tour de plan oblong, se trouve, du c√īt√© est, en porte-√†-faux sur un arc. Un vestige de l'ancienne tour continue de couvrir l'espace restant. La couleur rose du clocher de fa√ßade provient du mat√©riau utilis√© pour ses fa√ßades, le "marbre" de Pr√©ty. Le premier √©tage est compos√© sur chaque face de deux baies g√©min√©es surmont√©es d'archivoltes et encadr√©es par des pilastres. L'√©tage sommital reprend le rythme ternaire du clocher du chŇďur. Richement orn√© de pilastres, modillons et colonnettes en d√©lit, il comprend de plus des cariatides d'angle et deux statues-colonnes. Ces sculptures ont un canon tr√®s allong√©, parce qu'elles sont appel√©es √† √™tre vues en forte contre-plong√©e. Les deux statues-colonnes formant meneau entre les baies repr√©sentent les deux saints honor√©s √† Tournus. Les statues originales ont √©t√© d√©pos√©es en raison de leur √©tat, et on peut les admirer de pr√®s dans le chauffoir. Au nord, Saint Filibert est reconnaissable √† son b√Ęton abbatial, qu'il tient de la main droite. Le visage est aust√®re et √©maci√©, les yeux for√©s au tr√©pan. Au sud se tient saint Val√©rien, reconnaissable √† la palme du martyre. Le visage de Val√©rien para√ģt emprunter √† celui de la c√©l√®bre statue √©questre en bronze de Marc-Aur√®le, qu'on croyait au moyen √Ęge √™tre celle de Constantin, et qui √©tait, √† cette √©poque, conserv√©e √† l'int√©rieur de la basilique Sainte-Marie-Majeure √† Rome. A noter que les deux saints sont repr√©sent√©s c√īte √† c√īte et sur un pied d'√©galit√©. Saint Filibert est logiquement plac√© au nord alors que Val√©rien, venu de Lyon, est au sud. A noter aussi l'absence iconographique de Saint Ardain, ancien abb√© du monast√®re, constructeur au XIe si√®cle d'une partie de l'abbatiale.


Class√© Monument Historique d√®s 1844, le b√Ętiment connut depuis d'incessantes campagnes de restauration : Questel (1845-1850), Ventre (1908-1915). Ce dernier eut l'id√©e absurde de faire dispara√ģtre les enduits qui prot√©geaient la totalit√© des surfaces et de supprimer √©galement les derniers tirants (poutres) de bois qui, dans la nef, rigidifiaient les grandes arcades ainsi que les doubleaux des bas-c√īt√©s, depuis la construction.

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