Saint-Empire Romain Germanique

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Saint-Empire Romain Germanique

Saint-Empire romain germanique

Saint-Empire romain germanique

Sacrum Romanum Imperium (la)
Heiliges Römisches Reich deutscher Nation (de)
Sacro Romano Impero (it)
Svat√° Ňô√≠Ň°e Ňė√≠msk√° (cs)


‚Üź Francie orientale
962 ‚ÄĒ 1806 ‚Üď

Banner of the Holy Roman Emperor (after 1400).svg Armoiries moderne Saint-Empire bicéphale.svg
Bannière Armoiries

Carte du Saint-Empire romain germanique vers 1630, superposée aux frontières contemporaines de l'Europe.
Carte du Saint-Empire romain germanique vers 1630,
superposée aux frontières contemporaines de l'Europe.

Informations générales
 Statut Monarchie
 Capitale Aucune
 Langue(s) latin, allemand, italien, tch√®que, n√©erlandais, fran√ßais et de nombreuses autres
 Religion(s) Catholique romaine
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 Monnaie {{{monnaie}}}
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Population
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Superficie
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Histoire et événements
 2 f√©vrier 962 Couronnement d'Otton Ier
 25 septembre 1555 Paix d'Augsbourg
 24 octobre 1648 Paix de Westphalie
 12 juillet 1806 Formation de la Conf√©d√©ration du Rhin
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Pouvoir exécutif
   Empereur des Romains
 (1er) 962-973 Othon Ier
 (Der) 1792-1806 Fran√ßois II
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Pouvoir législatif
 Parlement Di√®te d'Empire
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Entité précédente Entités suivantes
Francie orientale Francie orientale
Royaume de Prusse Royaume de Prusse
Empire français Empire français
Empire d'Autriche Empire d'Autriche
Confédération du Rhin Confédération du Rhin

Le Saint-Empire romain germanique ou Saint-Empire romain de la nation germanique (en allemand Heiliges R√∂misches Reich Deutscher Nation, en latin Sacrum Romanum Imperium Nationis Germanic√¶, √©galement appel√© parfois Premier Reich ou Vieil Empire pour le diff√©rencier du Reich de Bismarck) √©tait un regroupement politique des terres d'Europe occidentale et centrale au Moyen √āge dirig√© par l'Empereur romain germanique. Il se voulait l'h√©ritier de l'Empire d'Occident des Carolingiens qui avait disparu au Xe si√®cle, mais √©galement du prestige et de l'antiquit√© de l'Empire romain avant lui. L'adjectif Saint n'appara√ģt que sous le r√®gne de Fr√©d√©ric Barberousse (attest√© en 1157) pour l√©gitimer le pouvoir de mani√®re divine.

C'est sous la dynastie des Ottoniens, au Xe si√®cle, que l'Empire se forme √† partir de l'ancienne Francie orientale carolingienne. La d√©signation Sacrum Imperium est attest√©e pour la premi√®re fois en 1157[1] et le titre Sacrum Romanum Imperium appara√ģt vers 1184[1] pour √™tre utilis√© de mani√®re d√©finitive √† partir de 1254. Le compl√©ment Deutscher Nation (en latin Nationis Germanic√¶) a √©t√© ajout√© au XVe si√®cle. L'√©tendue et les fronti√®res du Saint-Empire ont √©t√© consid√©rablement modifi√©es au cours des si√®cles. Au temps de sa plus grande extension, l'Empire comprend presque tout le territoire de l'actuelle Europe centrale ainsi que des parties de l'Europe du Sud.

L'√©poque moderne marque pour l'Empire l'impossibilit√© structurelle de mener des guerres offensives, d'√©tendre son pouvoir et son territoire. D√®s lors, ses principales missions sont la d√©fense du droit et la conservation de la paix. L'Empire doit assurer la stabilit√© politique et la r√©solution pacifique des conflits en endiguant la dynamique du pouvoir : il offre une protection, aux sujets contre l'arbitraire des seigneurs, et aux ordres moins importants contre toute infraction au droit commis par les ordres plus importants et par l'Empire m√™me. √Ä partir de 1648, des √Čtats voisins sont constitutionnellement int√©gr√©s comme √©tats imp√©riaux ; l'Empire remplit alors √©galement cette fonction de paix dans la constellation des puissances europ√©ennes.

√Ä partir du milieu du XVIIIe si√®cle, l'Empire ne peut plus prot√©ger ses membres de la politique d'expansion des puissances int√©rieures et ext√©rieures. C'est une des causes de son effondrement. Les conqu√™tes napol√©oniennes et la cr√©ation de la Conf√©d√©ration du Rhin d√©montrent la faiblesse du Saint-Empire, devenu un ensemble fig√© et creux. Le Saint-Empire romain germanique dispara√ģt le 6 ao√Ľt 1806 lorsque l'empereur Fran√ßois II d√©pose sa couronne pour devenir empereur d'Autriche.

Sommaire

Nature de l'Empire

En raison de son caract√®re pr√©-national et supranational, le Saint-Empire romain ne s'est jamais d√©velopp√© en un √Čtat-nation moderne comme la France ou le Royaume-Uni. Le Saint-Empire est rest√© un tissu monarchique et corporatif dirig√© par un empereur et les √©tats imp√©riaux avec tr√®s peu d'institutions imp√©riales communes. Le pouvoir de gouvernement de l'Empire ne se trouve pas uniquement aux mains de l'Empereur romain germanique ni uniquement aux mains des princes-√©lecteurs ou d'un ensemble de personnes comme la Di√®te d'Empire. L'Empire ne peut √™tre compris ni comme un √Čtat f√©d√©ral ni comme une conf√©d√©ration. Il n'est ni une simple aristocratie ni une oligarchie. Toutefois, l'Empire pr√©sente des caract√©ristiques de toutes ces formes √©tatiques. L'histoire du Saint-Empire est marqu√©e par la lutte quant √† sa nature. Tout comme il n'est jamais parvenu √† briser les ent√™tements r√©gionaux des territoires, l'Empire s'est morcel√© dans une conf√©d√©ration informe, c'est la Kleinstaaterei[2].

En tant qu'¬ę organisation fa√ģti√®re ¬Ľ, l'Empire enveloppe de nombreux territoires et sert de cadre juridique √† la cohabitation des diff√©rents seigneurs. Ces princes et ducs quasi autonomes mais non souverains reconnaissent l'empereur comme le dirigeant de l'Empire et se soumettent aux lois, aux juridictions et d√©cisions de la Di√®te d'Empire mais prennent part √† la politique imp√©riale sur laquelle ils influent en √©lisant par exemple l'empereur ou en participant aux di√®tes et autres repr√©sentations corporatives. Contrairement aux autres pays, les habitants ne sont pas les sujets directs de l'empereur. Chaque territoire imm√©diat a son propre seigneur et chaque ville libre d'Empire a son maire.

Dénomination de l'Empire

Couronnement de Charlemagne en l'an 800

Avec son nom, le Saint-Empire romain se r√©clame directement de l'Empire romain antique qui se raccroche, tout comme l'Empire byzantin, √† l'id√©e d'une domination universelle. C'est au XIe si√®cle que cette id√©e d'universalit√© fait son apparition dans le Saint-Empire[3]. Parall√®lement, on craint les proph√©ties de Daniel qui avait pr√©dit qu'il y aurait quatre empires qui m√®neraient √† l'arriv√©e de l'Ant√©christ et donc de l'Apocalypse sur Terre[4]. C'est pourquoi l'Empire romain ne devait pas s'effondrer. Le qualificatif Saint souligne le droit divin de l'empereur et l√©gitime son pouvoir. En acceptant d'√™tre couronn√© empereur par le pape L√©on III en l'an 800, Charlemagne fonde son empire dans la continuit√© de l'Empire romain[5], on parle de translatio imperii, bien que l'Empire romain d'orient dit byzantin, se place √©galement dans une continuit√© et cela de mani√®re plus ancienne. Les Byzantins consid√®rent d'ailleurs l'Empire romain occidental comme auto-nomm√© et ill√©gitime.

Lorsque l'Empire est fond√© dans la moiti√© du Xe si√®cle, il ne porte pas encore le qualificatif de Saint. Le premier empereur Otton Ier et ses successeurs se consid√®rent eux-m√™mes et sont consid√©r√©s comme les repr√©sentants de Dieu sur Terre et donc comme les premiers protecteurs de l'√Čglise. Il n'est donc pas n√©cessaire de souligner la saintet√© de l'Empire qui continue de s'appeler Regnum Francorum orientalium ou Regnum Francorum. Dans la titulature imp√©riale des Ottoniens, on retrouve toutefois les composantes qui s'appliquent par la suite. Sur les actes d'Otton II dat√©s de 982 pendant sa campagne italienne, on peut lire la titulature Romanorum imperator augustus (Empereur des Romains), titulature r√©serv√©e au basileus de Byzance[6]. Son successeur Otton III √©l√®ve sa titulature au-dessus de tout pouvoir temporel et spirituel en s'octroyant, tout comme le pape, les d√©nominations ¬ę Serviteur de J√©sus Christ[7] ¬Ľ et m√™me plus tard ¬ę Serviteur des Ap√ītres[8] ¬Ľ.

Le Grand Interr√®gne voit appara√ģtre l'appellation Saint-Empire romain
Article d√©taill√© : lutte du sacerdoce et de l'Empire.

Le rayonnement sacré de l'Empire a été mis à mal puis supprimé par le pape lors de la Querelle des Investitures de 1075 à 1122. Le concept de sacrum imperium est né sous Frédéric Barberousse lorsque les papes ont essayé de soumettre l'Empire au sacerdoce[9]. Il est attesté pour la première fois en 1157. L'Empire est déclaré indépendant face à la papauté. Il se fonde dans la continuité de l'histoire sainte. Il s'agit alors peut-être de s'intégrer consciemment dans la tradition romaine antique[9]. Toutefois, la recherche remet cette thèse en cause étant donné qu'il pourrait également s'agir d'un concept spécifiquement staufien et cela d'autant plus que pendant la période antique, ce n'est pas l'Empire romain qui était saint mais la personne de l'empereur[10].

Pendant l'interr√®gne de 1250 √† 1273, lorsqu'aucun des trois rois √©lus n'est parvenu √† s'imposer par rapport aux autres, l'Empire se revendique de l'Empire romain avec le qualificatif ¬ę saint ¬Ľ. √Ä partir de 1254, on utilise la d√©nomination latine Sacrum Romanum Imperium (en allemand Heiliges R√∂misches Reich)[11]. Il faut attendre le r√®gne de Charles IV pour la voir utilis√©e dans des documents en langue allemande. C'est pr√©cis√©ment pendant la p√©riode sans empereur au milieu du XIIIe si√®cle que la volont√© d'un pouvoir universel s'est le plus affirm√©e ‚ÄĒ m√™me si cette situation a peu chang√© par la suite.

Le compl√©ment Nationis Germanicae appara√ģt pour la premi√®re fois √† la fin du Moyen √āge vers 1450. L'Empire s'√©tend alors en effet en majeure partie sur un territoire germanophone. En 1486, cette titulature est utilis√©e par Fr√©d√©ric III[12] puis reprise officiellement en 1512 dans le pr√©ambule des actes de la di√®te de Cologne. L'empereur Maximilien Ier avait alors convoqu√© les √©tats imp√©riaux pour entre autres ¬ę maintenir le Saint-Empire romain germanique[13] ¬Ľ. Jusqu'en 1806, Saint-Empire romain germanique (Heiliges R√∂misches Reich Deutscher Nation) est l'appellation officielle de l'Empire, souvent abr√©g√©e en SRI pour Sacrum Romanum Imperium ou H. R√∂m. Reich[14] en allemand. Les deux derniers actes juridiques promulgu√©s par le Saint-Empire ‚ÄĒ √† savoir le Reichsdeputationshauptschluss de 1803 qui a r√©organis√© l'Empire et la capitulation de l'empereur Fran√ßois II ‚ÄĒ utilisent la formule deutsches Reich (Empire allemand). Il n'est plus question de saintet√© ou de pouvoir universel.

Histoire

Naissance de l'Empire

Traité de Verdun

Le partage de l'Empire carolingien au Traité de Verdun en 843

Avant la mort de Charlemagne en 814, l'Empire carolingien conna√ģt plusieurs partages et r√©unifications entre ses enfants en 806[15]. De tels partages entre les fils d'un souverain font partie du droit franc. Ils ne signifient pas la fin de l'unit√© de l'Empire √©tant donn√© qu'une politique commune tout comme une future r√©unification dans les diff√©rentes parties √©tait possible. Si l'un des enfants meurt sans descendance, sa partie revient √† l'un de ses fr√®res. C'est ce qu'il se passe lorsque Charles et P√©pin meurent et que l'h√©ritage de Charlemagne revient tout entier √† Louis le Pieux[16]. Le m√™me partage se produit entre les petits-fils de Charlemagne avec le Trait√© de Verdun de 843 : Charles le Chauve re√ßoit la partie occidentale d'impr√©gnation gallo-romaine qui s'√©tend jusqu'√† la Meuse, Louis le Germanique re√ßoit quant √† lui la partie orientale d'impr√©gnation germanique. Enfin, Lothaire Ier, empereur d'Occident depuis 840, re√ßoit la partie m√©diane franque allant de la mer du Nord jusque Rome[17].

M√™me si ici la future carte de l'Europe est reconnaissable, les cinquante ann√©es qui ont suivi ont amen√© ‚ÄĒ le plus souvent par des guerres ‚ÄĒ leur lot de divisions et de r√©unifications. Lorsque Charles le Gros est d√©pos√© en 887 entre autres √† cause de son impuissance face aux Normands qui ravagent le royaume[18], plus aucun chef des diff√©rentes parties de l'ancien Empire carolingien n'est choisi. Les territoires choisissent leurs propres rois et ces derniers n'appartiennent plus √† la dynastie carolingienne pour une partie d'entre eux. L'√©loignement et la division des parties de l'Empire sont manifestes[19]. √Ä cause des guerres de pouvoir, les Carolingiens avaient plong√© dans la guerre civile l'Empire qui n'√©tait plus en mesure de se prot√©ger contre les attaques ext√©rieures. Le manque d'une coh√©sion dynastique[18] a fait se d√©composer l'Empire dans de nombreux petits comt√©s, duch√©s et autres territoires sous un pouvoir territorial qui le plus souvent ne reconnaissent que formellement les rois r√©gionaux comme suzerain.

En 888, la partie m√©diane de l'Empire se d√©compose en de nombreux petits royaumes ind√©pendants comme la Haute-Bourgogne et la Bourgogne Transjurane, l'Italie (tandis que la Lorraine est annex√©e √† la partie orientale comme royaume subordonn√©). Les rois de ces royaumes se sont impos√©s contre les pr√©tendants carolingiens gr√Ęce √† l'appui des nobles locaux. Dans la partie orientale, les nobles locaux choisissent des ducs. Avec la mort en 911 de Louis l'Enfant, c'est le dernier Carolingien sur le tr√īne de Francie orientale qui dispara√ģt[20]. La Francie aurait pu √©clater comme l'avait fait la Francie m√©diane si Conrad Ier n'avait pas √©t√© choisi par les grands du royaume. Conrad n'appartient certes pas √† la dynastie des Carolingiens mais c'est un Franc de la branche des Conradiens. Pourtant, en 919 √† Fritzlar, le duc de Saxe Henri l'Oiseleur est le premier √† √™tre √©lu roi de Francie orientale sans √™tre de lign√©e franque[21]. √Ä partir de cette date, ce n'est plus une dynastie unique qui tient les r√™nes de l'Empire mais ce sont les grands, les nobles et les ducs qui d√©cident du souverain.

En novembre 921, Henri Ier et Charles le Simple se reconnaissent mutuellement par le Trait√© de Bonn[22]. D√©sormais, Henri Ier peut porter le titre de rex francorum orientalium (Roi des Francs de l'est). C'est ainsi que la Francie devient sur la dur√©e un √Čtat ind√©pendant et viable. Malgr√© la d√©sagr√©gation de l'unit√© de l'Empire et l'unification des peuples germaniques qui ne parlent pas un latin romanis√© comme les Francs occidentaux mais un tudesque, la Francie orientale n'est pas l'esquisse d'un √Čtat-nation allemand comme certains historiens ont pu l'affirmer[23], non plus que le futur Saint-Empire.

Couronnement d'Otton Ier

Otton Ier et Jean XII

L'accession au tr√īne d'Otton Ier, le fils d'Henri, laisse appara√ģtre une famille royale pleine d'assurance. Otton se fait couronner sur le tr√īne suppos√© de Charlemagne √† Aix-la-Chapelle le 7 ao√Ľt 936[24]. Son pouvoir r√©v√®le son caract√®re de plus en plus sacral. Le nouveau roi se fait oindre et fait vŇďu de prot√©ger l'√Čglise. Apr√®s avoir combattu quelques proches et quelques ducs lorrains, Otton parvient √† confirmer et assurer son pouvoir gr√Ęce √† sa victoire sur les Hongrois en 955 √† la bataille du Lechfeld pr√®s d'Augsbourg. Comme le faisaient les l√©gionnaires romains, l'arm√©e le salue sur le champ de bataille comme Imperator[25].

Cette victoire sur les Hongrois permet au pape Jean XII d'appeler Otton √† Rome et de lui proposer la couronne d'empereur pour l'affirmer comme protecteur de l'√Čglise[26]. √Ä cette √©poque, le pape est menac√© par les rois r√©gionaux italiens et esp√®re s'attirer les gr√Ęces d'Otton en lui faisant cette offre. Mais le cri √† l'aide du pape montre √©galement que les anciens ¬ę barbares ¬Ľ deviennent les porteurs de la culture romaine et que le regnum oriental est le successeur l√©gitime de Charlemagne. Otton accepte l'offre du pape et se rend √† Rome. Il s'attire alors les foudres de Byzance et des Romains[27].

Le couronnement d'Otton Ier comme empereur le 2 f√©vrier 962[28] est retenu par la majeure partie des historiens comme la date de fondation du Saint-Empire romain, m√™me si Otton ne veut pas fonder de nouvel empire. On parle alors de renovatio imperii (restauration de l'empire). L'Empire carolingien tel qu'il existait est d√©finitivement mort : le processus de division entre la Francie orientale et la Francie m√©diane de la Francie occidentale √©tant achev√©. Toutefois, Otton s'en veut le continuateur[29]. Avec le couronnement d'Otton, le Saint-Empire avait obtenu sa l√©gitimation temporelle, et sacr√© en tant que nouvel Imperium Romanum.

Moyen √āge

L'Empire sous les Ottoniens

La Lotharingie vers l'an mil

Sous les M√©rovingiens, les ducs sont des fonctionnaires royaux responsables des affaires militaires dans les territoires conquis par les Francs. Ils forment alors un pouvoir interm√©diaire disposant d'une certaine autonomie. Lorsque le pouvoir central m√©rovingien d√©cline √† la suite des diff√©rentes divisions territoriales[30], les duch√©s ethniques (Stammesherzogt√ľmer) comme ceux des Alamans ou des Bavarii gagnent en ind√©pendance. Sous les Carolingiens, ces duch√©s sont dissous et remplac√©s par des duch√©s qui tirent leur pouvoir de l'empereur (Amtsherz√∂ge). Les duch√©s ethniques renaissent cependant vers 900 lorsque le pouvoir carolingien s'affaiblit[31] : duch√© de Saxe, duch√© de Franconie, duch√© de Bavi√®re, duch√© de Souabe et duch√© de Lorraine[32]. En 911, le pouvoir des ducs ethniques est si fort qu'ils choisissent un roi propre pour la Francie orientale en allant √† l'encontre du droit du sang des Caroligiens de Francie occidentale. Lorsque les Ottoniens en la personne d'Henri Ier arrivent au pouvoir en 919, ils reconnaissent ces ducs[33]. Jusqu'au XIe si√®cle, les duch√©s sont plus ou moins ind√©pendants du pouvoir royal central. Mais les anciens duch√©s ethniques perdent peu √† peu de leur importance. Le duch√© de Francie s'√©teint d√©j√† en 936. Le duch√© de Lorraine est divis√© en 959 en Basse- et Haute-Lotharingie[32]. Le duch√© de Carinthie na√ģt de la division du duch√© de Bavi√®re en 976[34].

L'Empire √©tant n√© comme instrument des ducs, il n'a plus √©t√© partag√© entre les fils du souverain mais est rest√© une monarchie √©lue[35]. Le non-partage de l'h√©ritage entre les fils du roi vient √† l'encontre du droit franc. Henri Ier n'exer√ßait de pouvoir sur les duch√©s ethniques (Souabe, Bavi√®re, Saxe et Franconie) qu'en tant que suzerain, il n'aurait donc pu partager √† ses fils que la Saxe ou une suzerainet√© sur les duch√©s[35]. En cons√©quence, Henri Ier d√©finit dans son r√®glement que seul un des fils doit lui succ√©der sur le tr√īne. On voit d√©j√† que sont li√©s deux concepts ‚ÄĒ celui d'h√©ritage et de monarchie √©lue ‚ÄĒ qui impr√®gneront l'Empire jusqu'√† la fin de la dynastie franconienne. Apr√®s plusieurs campagnes militaires en Italie, Otton Ier parvient √† conqu√©rir la partie septentrionale et des parties m√©dianes de la p√©ninsule et √† int√©grer le Royaume lombard √† l'Empire[36]. Toutefois, l'int√©gration compl√®te de l'Italie imp√©riale n'a jamais vraiment abouti.

C'est sous Otton II que disparaissent les dernières attaches avec la Francie occidentale. Il n'existe plus désormais que des relations de parenté entre les dirigeants des territoires. Lorsqu'Otton II fait duc de Basse-Lotharingie son cousin Charles en 977, le frère de ce dernier, le roi des Francs Lothaire, se met à revendiquer ce territoire qu'il envahit en 978, allant jusqu'à s'emparer d'Aix-la-Chapelle[37]. Otton part en campagne contre Lothaire et arrive jusqu'à Paris. La situation s'apaise en 980. Les conséquences de cette rupture définitive entre les successeurs de l'Empire carolingien ne seront visibles que plus tard. Toutefois, en raison de l'émergence d'une conscience d'une appartenance française, le royaume français est considéré comme indépendant de l'empereur.

Clientèle impériale
Otton III entouré de princes d'Empire et d'évêques

Le concept de client√®le imp√©riale est important pour comprendre les syst√®mes de pouvoir au sein du Saint-Empire qui reposent sur la f√©odalit√©. Depuis la chute de l'Empire romain, gouvernent ceux qui ont la client√®le la plus puissante. Les princes entretiennent donc un entourage de guerriers qui deviennent leurs vassaux[38]. L'entretien de cette client√®le demande des entr√©es financi√®res cons√©quentes. Avant la r√©introduction du denier d'argent par les Carolingiens la seule richesse est la terre. C'est pourquoi les premiers Carolingiens conqui√®rent toute l'Europe afin de redistribuer √† chaque fois des terres √† une client√®le de plus en plus nombreuse[39],[40]. C'est ainsi qu'ils deviennent de plus en plus puissants. Mais au XIe si√®cle si√®cle, les terres √† donner se rar√©fient et les vassaux ont de plus en plus de vell√©it√©s d'ind√©pendance c'est donc la surench√®re entre les fils de Louis le Pieux pour acqu√©rir le plus de fid√©lit√©s possibles et s'octroyer l'Empire : ils accordent des terres non plus en viager ‚ÄĒ Charlemagne r√©cup√©rait les terres donn√©es √† la mort du b√©n√©ficiaire et pouvait donc les redistribuer ‚ÄĒ mais √† titre d√©finitif, la terre est ensuite transmise h√©r√©ditairement[41]. D√®s lors l'Empire se dissout et les souverains issus du partage de Verdun n'ont que tr√®s peu de pouvoir.

Les Ottoniens changent la donne en se constituant une client√®le d'√©v√™ques, auxquels ils distribuent des charges √† titre viager. Ils ont bient√īt la plus grande client√®le d'Europe et en deviennent les ma√ģtres au Xe si√®cle si√®cle. Otton Ier confie d'ailleurs le tutorat de ses neveux Lothaire et Hugues Capet, respectivement futurs roi et duc des Francs encore mineurs, √† son fr√®re Brunon. En contr√īlant l'Italie et la Germanie ils contr√īlent l'axe commercial nord-sud de l'Europe et y re√ßoivent le produit du tonlieu (taxe sur les p√©ages et les march√©s). Ils d√©veloppent d'ailleurs les march√©s et les routes dans un Occident en pleine croissance √©conomique. Ils peuvent aussi compter sur les mines d'argent de Goslar qui leur permettent de battre la monnaie et de dynamiser encore plus le commerce. Enfin, jusqu'√† Henri III, les empereurs sont clairement alli√©s de l'√Čglise et de la r√©forme monastique. En luttant contre la simonie, ils r√©cup√®rent des √©v√™ch√©s et abbayes dont les autres princes germaniques ont pris le contr√īle pour √©largir leur propre client√®le et les confient √† des abb√©s ou √©v√™ques r√©formateurs proches d'eux.

L'√Čglise, clef de vo√Ľte de l'administration
Relief en ivoire donné par Otton à la cathédrale de Magdebourg

Sous les Carolingiens, la mise en place progressive de l'h√©r√©dit√© des charges avait fortement contribu√© √† l'affaiblissement de leur autorit√©. Pour √©viter une pareille d√©rive, les Ottonniens, qui savent ne pas pouvoir trop compter sur la fid√©lit√© des relations familiales, s'appuient sur l'√Čglise germanique qu'ils comblent de bienfaits mais qu'ils assujettissent. Les historiens ont donn√© au syst√®me qu'ils ont mis en place le nom de Reichskirchensytem[42]. Il faut dire que l'√Čglise avait maintenu vivante l'id√©e d'Empire. Elle avait soutenu les ambitions imp√©riales d'Otton Ier[43].

Les √©v√™ques et les abb√©s constituent l'armature de l'administration ottonienne. L'empereur s'assure la nomination de tous les membres du haut clerg√© de l'empire. Une fois d√©sign√©s, ils re√ßoivent du souverain l'investiture symbolis√©e par les insignes de leur fonction, la crosse et l'anneau. En plus de leur mission spirituelle, ils doivent remplir des t√Ęches temporelles que leur d√©l√®gue l'empereur. Ainsi l'autorit√© imp√©riale √©tait-elle relay√©e par des hommes comp√©tents et d√©vou√©s[44]. Cette √Čglise d'empire ou Reichskirche, assure la solidit√© d'un √Čtat pauvre en ressources propres. Elle permet de contrebalancer le pouvoir des grands f√©odaux (ducs de Bavi√®re, Souabe, Franconie, Lotharingie). L'√©v√™ch√© d'Utrecht constitue, jusqu'aux environs de 1100, l'entit√© la plus puissante des Pays-Bas du Nord, Li√®ge et Cambrai celles des Pays-Bas du Sud[45]. La chapelle royale devient une p√©pini√®re pour le haut-clerg√©. Le pouvoir imp√©rial choisit ses hauts dignitaires de pr√©f√©rence dans sa parent√®le, proche ou √©largie. Celle-ci b√©n√©ficie des plus hautes charges √©piscopales ou monastiques. Le meilleur exemple en est le propre fr√®re d'Otton, Brunon, √©v√™que de Cologne, qui adopte la r√®gle de l'abbaye de Gorze pour les monast√®res de son dioc√®se[46]. On peut citer aussi Thierry Ier, cousin germain d'Otton, √©v√™que de Metz de 965 √† 984 ; un parent proche d'Otton, le margrave de Saxe Gero, qui fonde l'abbaye de Gernrode vers 960-961, en Saxe ; Gerberge, ni√®ce de l'empereur, abbesse de Notre-Dame de Gandersheim. Dans chaque dioc√®se, on peut ainsi trouver un membre de l'entourage royal car Otton a pris soin de retirer aux ducs le droit de nommer les √©v√™ques, y compris dans les dioc√®ses situ√©s dans leurs propres duch√©s[26].

C'est sous Henri II qu'est couronn√©e l'int√©gration de l'√Čglise dans le pouvoir de l'Empire commenc√©e par les trois premiers Ottoniens. La Reichskirchensystem[42] est l'une des composantes majeures de l'Empire jusqu'√† la disparition de ce dernier. Henri est tr√®s pieux[47] et exige des eccl√©siastiques qu'ils lui ob√©issent et qu'ils mettent en Ňďuvre ses d√©cisions. Henri II parfait le pouvoir temporel sur l'√Čglise d'Empire qu'il dirige. Henri II ne fait pas que diriger l'√Čglise, il dirige l'Empire √† travers elle en nommant des √©v√™ques aux postes importants[48] comme celui de chancelier. Les affaires temporelles et religieuses ne sont pas diff√©renci√©es et sont discut√©es de la m√™me fa√ßon au sein de synodes. Cette d√©marche ne r√©sulte pas seulement de la volont√© d'opposer un contrepoids fid√®le au roi √† la pression des duch√©s qui conform√©ment √† la tradition germano-franque aspirent √† une plus grande autonomie. Henri consid√®re bien plus l'Empire comme la ¬ę maison de Dieu ¬Ľ qu'il doit encadrer en tant que serviteur de Dieu. Henri II s'attache √©galement √† remettre sur pied la Francie orientale[49], accordant moins d'importance √† l'Italie contrairement √† ce que ses pr√©d√©cesseurs avaient fait[50].

Le développement de l'économie marchande

Avec la g√©n√©ralisation du denier d'argent par les Carolingiens, une r√©volution √©conomique est en cours : les surplus agricoles deviennent commercialisables et on assiste dans tout l'Occident √† la multiplication de la productivit√© et des √©changes[51]. En r√©unissant Italie et Germanie dans un m√™me empire, Otton Ier contr√īle les principales voies de commerce entre l‚ÄôEurope du Nord et la M√©diterran√©e. Le trafic commercial avec Byzance et l'Orient transite en effet par la M√©diterran√©e vers l'Italie du Sud et surtout le bassin du P√ī et rejoint celui du Rhin via les voies romaines traversant les cols alpins. Cette voie est √† l'√©poque plus utilis√©e que la traditionnelle voie rhodanienne, d'autant que l'Adriatique est plus s√Ľre que la M√©diterran√©e occidentale o√Ļ s√©vissent les pirates sarrasins. Otton sait garder la mainmise sur les p√©ages et d√©velopper les march√©s n√©cessaires √† l'augmentation de ce trafic. Ainsi, contrairement √† ce qui se passe en Francie, Otton garde le monopole de la frappe mon√©taire et fait ouvrir des mines d'argent pr√®s de Goslar[52]. Or, la cr√©ation d'un atelier mon√©taire dans une ville ou une abbaye entra√ģne la cr√©ation d'un march√© o√Ļ peut √™tre pr√©lev√© le tonlieu[52]. Cette puissance commerciale lui permet d'√©tendre son influence √† la p√©riph√©rie de l'empire : les marchands italiens ou anglais ont besoin de son soutien, les Slaves adoptent le denier d'argent[52].

En 968, Otton Ier octroie √† l'√©v√™que de Bergame, les revenus de la foire fr√©quent√©e par les marchands de Venise, de Comacchio et de Ferrare. Le but est d'aider cette ville, qui a √©t√© d√©vast√©e par les Hongrois. La documentation est tr√®s riche sur les marchands d'Allemagne : elle indique qu'il existe de nombreux marchands √† Worms, Mayence, Passau, Magdebourg, Hambourg et Mersebourg[53]. De nombreux marchands juifs commercent dans les villes allemandes.

L'autre moyen de remplir les caisses est de cr√©er des cours de justice. Celles-ci sont sources d'entr√©es financi√®res sous forme d'amendes : le wergild. Comme la monnaie, elles permettent de repr√©senter l'autorit√© imp√©riale dans tout l'Empire. Ainsi Otton III √©tablit une cour √† Ravenne compos√©e d'un riche archi√©piscopat qui r√©gente toute l'Italie du Nord et commerce avec Venise et Pavie[54]. Ces diverses entr√©es financi√®res sont indispensables pour se constituer une client√®le fid√®le.

Politique religieuse
Portrait du prince sur l'√©vang√©liaire de Liuthar d'Aix-la-Chapelle, don d'Otton III au chapitre √©piscopal d'Aix. Il est souvent consid√©r√© comme le plus impressionnant t√©moignage de la sacralisation du pouvoir : l'empereur y adopte les attributs christiques √† un tel degr√© qu'il est √† peine possible de le distinguer du Messie. La sacralisation de la royaut√© connut son apog√©e sous Otton III (miniature du scriptorium de Reichenau, d√©but du XIe si√®cle)

Chez les Ottoniens la transmission du pouvoir n'est pas facile. Lorsqu'Otton II meurt en d√©cembre 983, il n'a que 28 ans. Il avait fait sacrer son fils Otton, le futur Otton III, √† Aix-la-Chapelle en mai 983. Mais en raison du jeune √Ęge de ce dernier (il n'a que trois ans), c'est sa m√®re Th√©ophano et sa grand-m√®re Ad√©la√Įde de Bourgogne qui exercent la r√©gence. Avec l'appui de l'archev√™que de Mayence Willigis, elles parviennent √† √©viter que l'Empire ne s'effondre[55]. Le pouvoir imp√©rial est en effet gravement menac√© par les grands f√©odaux men√©s par le duc de Bavi√®re Henri le Querelleur. Celui-ci contr√īle les √©v√™ch√©s du sud de la Germanie et donc une puissante client√®le lui permettant de rivaliser avec le pouvoir imp√©rial. Otton s'emploie donc √† affaiblir cette concurrence en obligeant l'aristocratie la√Įque √† restituer les biens de l'√Čglise dont elle s'est empar√©e[56]. Il profite pour cela du mouvement de r√©forme monastique en cours, promu par Cluny ou des monast√®res lotharingiens tels Gorze. Celle-ci lutte contre la simonie et souhaite n'avoir √† r√©pondre qu'√† l'autorit√© pontificale. L'empereur y est d'autant plus favorable qu'il a √©t√© √©duqu√© par des √©rudits proches de ce mouvement r√©formateur. C'est pourquoi il d√©livre des dipl√īmes aux √©v√™ch√©s et aux abbayes qui les lib√®rent de l'autorit√© des grands f√©odaux.

La r√©gente Th√©ophano puis l'empereur lui-m√™me Ňďuvrent √† la cr√©ation de puissantes principaut√©s eccl√©siastiques en conc√©dant des √©v√™ch√©s renforc√©s de comt√©s et d'abbayes √† des fid√®les. Les exemples les plus probants sont Notger qui se voit attribuer une v√©ritable principaut√© √† Li√®ge (en adjoignant √† l'√©v√™ch√© les comt√©s de Huy et de Brunengeruz)[57], ou Gerbert d'Aurillac qui re√ßoit l'archi√©piscopat de Ravenne dont d√©pendent quinze √©v√™ch√©s. Il contr√īle alors tout le nord de l'Italie[56]. De fait c'est l'autorit√© imp√©riale qu'il renforce ainsi : c'est sous le r√®gne d'Otton III que l'emprise de l'empereur sur le Saint-Si√®ge est la plus grande car il nomme les papes sans m√™me en r√©f√©rer aux Romains. C'est ainsi qu'il nomme pape son cousin Brunon qui le couronne en 996[58]. Il d√©place sa capitale √† Rome, voulant cr√©er un monde chr√©tien unifi√©[59] mais affaiblissant par l√†-m√™me consid√©rablement l'Empire.

Il va au-del√† de la mainmise sur l'√Čglise de son grand-p√®re Otton Ier, dans la mesure o√Ļ il ne se contente plus d'agr√©er l'issue d'un vote, mais o√Ļ il impose son propre candidat √† la Curie romaine. De plus, le pape nomm√© √† discr√©tion et √©tranger (Gr√©goire V est germain et Sylvestre II franc) n'a que peu de soutien √† Rome et d√©pend d'autant plus de l'appui de l'empereur. Ce pouvoir, Otton l'obtient par la pression militaire en descendant en 996, en Italie pour soutenir Jean XV chass√© par les Romains. Plut√īt que d'entrer en conflit avec l'empereur, les Romains pr√©f√®rent lui confier le choix du successeur du d√©funt pape Jean XV. Cette pratique va se perp√©tuer avec ses successeurs qui descendent r√©guli√®rement en Italie avec l'Ost imp√©rial pour y ramener l'ordre et y influer sur le choix du pape[60]. Cependant cet √©tat de fait est mal accept√© par la noblesse romaine qui n'a de cesse d'intriguer pour reprendre ses pr√©rogatives d√®s que l'empereur et son arm√©e sont √©loign√©s de la p√©ninsule italienne.

Dynastie franconienne

L'Empire vers l'an mil

Henri II √©tait le dernier Ottonien. Avec Conrad II, c'est la dynastie des Saliens qui arrive au pouvoir[61]. Sous le r√®gne de ce dernier, le Royaume de Bourgogne est rattach√© √† l'Empire[62]. Ce processus avait commenc√© sous Henri II. Rodolphe III de Bourgogne n'avait pas eu de descendant, avait choisi son neveu Henri pour lui succ√©der et s'√©tait mis sous la protection de l'Empire, allant jusqu'√† remettre sa couronne et son sceptre √† Henri en 1018. Le r√®gne de Conrad est caract√©ris√© par l'id√©e que l'Empire et le pouvoir existent ind√©pendamment du souverain[63] et qu'ils d√©veloppent une force de loi, ce qui est prouv√© par sa revendication de la Bourgogne ‚ÄĒ car c'est Henri qui devait h√©riter de la Bourgogne et non l'Empire ‚ÄĒ et par la fameuse m√©taphore du bateau qu'a employ√©e Conrad lorsque les envoy√©s de Pavie lui ont dit qu'ils n'avaient plus √† √™tre fid√®les puisque l'empereur Henri II √©tait mort : ¬ę Je sais que vous n'avez pas d√©truit la maison de votre roi car √† l'√©poque vous n'en aviez pas. Mais vous ne pouvez nier avoir d√©truit un palais de roi. Si le roi meurt, l'Empire reste, tout comme reste un bateau dont le timonier est tomb√©[64] ¬Ľ.

Les minist√©riaux commencent √† former leur propre ordre au sein de la basse noblesse[65]. Ses tentatives de remplacer l'ordalie par le recours au droit romain dans la partie septentrionale de l'Empire repr√©sentent une avanc√©e importante pour le droit dans l'Empire. Conrad poursuit certes la politique religieuse de son pr√©d√©cesseur mais il ne le fait pas avec la m√™me v√©h√©mence. Pour lui, l'important est de savoir ce que l'√Čglise peut faire pour l'Empire et il la consid√®re sous cet aspect utilitariste. La plupart des √©v√™ques et des abb√©s qu'il nomme se distinguent par leur intelligence et leur spiritualit√©[66]. Le pape ne joue d'ailleurs aucun r√īle important dans ces nominations. Dans l'ensemble, le r√®gne de Conrad est prosp√®re, ce qui tient √©galement au fait qu'il gouverne √† une √©poque o√Ļ flotte une sorte de renouveau qui aboutira √† la fin du XIe si√®cle par le r√īle important de l'Ordre de Cluny.

Henri III et sa femme Agnès entourant la Vierge

Lorsqu'Henri III succ√®de √† son p√®re Conrad en 1039, il trouve un Empire solide et, contrairement √† ses deux pr√©d√©cesseurs, il n'a pas √† conqu√©rir son pouvoir[67]. Malgr√© des campagnes guerri√®res en Pologne et en Hongrie, Henri III attache une grande importance √† la pr√©servation de la paix au sein de l'Empire. L'id√©e d'une paix g√©n√©rale, une Paix de Dieu, √©tait n√©e dans le sud de la France et s'√©tait propag√©e depuis la moiti√© du XIe si√®cle dans tout l'Occident chr√©tien. Ainsi doivent dispara√ģtre la loi du Talion et la vendetta qui p√®sent sur le fonctionnement de l'Empire. Le monachisme clunisien est l'initiateur de ce mouvement. Les armes doivent se taire et la Paix de Dieu r√©gner au moins les grands jours f√©ri√©s chr√©tiens et les jours sacr√©s par la Passion du Christ c'est-√†-dire du mercredi soir au lundi matin.

Pour que les grands de l'Empire acceptent l'√©lection de son fils le futur Henri IV, Henri III doit accepter une condition en 1053, une condition jusque l√† inconnue. La soumission au nouveau roi n'est possible que si Henri IV se r√©v√®le √™tre un souverain juste. M√™me si le pouvoir de l'empereur sur l'√Čglise avait atteint son apog√©e sous Henri III[68] ‚ÄĒ il contr√īle la nomination du pape et n'h√©site pas √† le destituer ‚ÄĒ le bilan de son r√®gne est vu de mani√®re plut√īt n√©gative. La Hongrie s'√©mancipe de l'Empire alors qu'elle √©tait auparavant un fief et plusieurs conjurations[69] contre l'empereur montrent la r√©ticence des grands de l'Empire √† se soumettre √† un royaume puissant.

√Ä la mort de son p√®re Henri III, son fils monte sur le tr√īne sous le nom d'Henri IV. √Čtant donn√© son jeune √Ęge en 1065 ‚ÄĒ il a six ans ‚ÄĒ sa m√®re Agn√®s de Poitou exerce la r√©gence. Cette p√©riode de r√©gence est marqu√©e par une perte du pouvoir, Agn√®s ne sachant pas gouverner[70]. √Ä Rome, l'avis du futur empereur sur le choix du prochain pape n'int√©resse plus personne. Le chroniqueur de l'abbaye de Niederaltaich r√©sume la situation de la mani√®re suivante : ¬ę [‚Ķ] mais ceux pr√©sents √† la cour ne s'occupent plus que de leurs propres int√©r√™ts et personne n'instruit plus le roi sur ce qui est bien et juste, si bien que le d√©sordre s'est install√© dans le royaume[71] ¬Ľ.

Querelle des Investitures

Article d√©taill√© : Querelle des Investitures.
Henri IV fait pénitence à Canossa

Alors que la r√©forme monastique a √©t√© le meilleur soutien de l'Empire, les choses √©voluent sous Henri III. √Ä partir de L√©on IX, les souverains pontifes, inspir√©s par Hidebrant leur √©minence grise (le futur Gr√©goire VII), vont faire de la lutte contre la simonie un de leurs principaux chevaux de bataille. Profitant de la r√©gence d'Ad√©la√Įde d'Aquitaine, ils parviennent √† ce que le pape soit √©lu par le coll√®ge des cardinaux et non plus d√©sign√© par l'empereur. Une fois cela acquis, ils comptent lutter contre l'investiture des √©v√™ques germaniques par l'empereur. Or on l'a vu, les √©v√™ques sont la clef de vo√Ľte du pouvoir imp√©rial. L'enjeu est clair : l'Occident doit-il devenir une th√©ocratie ? Lorsqu'Henri essaie d'imposer son candidat √† l'√©v√™ch√© de Milan en juin 1075, le pape Gr√©goire VII r√©agit aussit√īt[72]. En d√©cembre 1075, Henri est mis au ban, tous ses sujets sont relev√©s de leur serment de fid√©lit√©. Les princes de l'Empire exhortent alors Henri de faire lever l'excommunication au plus tard en f√©vrier 1077, sans quoi ils ne le reconna√ģtraient plus. Henri IV doit se plier √† la volont√© des princes et se rend par trois fois en habits de p√©nitent devant le pape qui l√®ve l'excommunication le 28 janvier 1077[73]. C'est la P√©nitence de Canossa. Les pouvoirs s'√©taient invers√©s dans l'Empire. En 1046, Henri III avait command√© √† trois papes, d√©sormais un pape commande le roi.

Avec l'aide du pape Pascal II, le futur Henri V obtient de son p√®re qu'il abdique en sa faveur en 1105. Le nouveau roi n'est cependant reconnu par tous qu'apr√®s la mort d'Henri IV. Lorsqu'Henri V est s√Ľr de cette reconnaissance, il se dresse contre le pape et continue la politique dirig√©e contre ce dernier que son p√®re avait mise en place. Tout d'abord, il s'applique √† poursuivre la Querelle des Investitures contre Rome et obtient une conciliation avec le pape Calixte II au Concordat de Worms de 1122[74]. Henri V qui investissait les √©v√™ques avec l'anneau et la crosse accepte que ce droit d'investiture revienne √† l'√Čglise.

La solution trouv√©e est simple et radicale. Afin d'acc√©der √† l'exigence des r√©formateurs de l'√Čglise de s√©parer les devoirs spirituels des √©v√™ques des devoirs temporels, les √©v√™ques doivent renoncer aux droits et privil√®ges octroy√©s par l'empereur ou plut√īt par le roi durant les derniers si√®cles. D'une part, les devoirs des √©v√™ques envers l'Empire disparaissent. D'autre part, le droit du roi d'exercer une influence sur la prise de fonction des √©v√™ques dispara√ģt √©galement[75]. √Čtant donn√© que les √©v√™ques ne veulent pas renoncer √† leurs regalia temporelles, Henri force le pape √† un compromis. Le choix des √©v√™ques et des abb√©s allemands doit certes se d√©rouler en la pr√©sence de d√©put√©s imp√©riaux mais le sceptre, symbole du pouvoir temporel des √©v√™ques, est donn√© par l'empereur apr√®s son √©lection et avant son sacre[76]. L'existence de l'√Čglise d'Empire est ainsi sauv√©e, mais l'influence de l'empereur sur cette derni√®re s'en trouve consid√©rablement affaiblie[74].

Arrivée des Hohenstaufen

Frédéric Barberousse et ses deux fils

Apr√®s la mort d'Henri V en 1125, Lothaire III est √©lu roi, choix contre lequel va se dresser une forte r√©sistance. Les Hohenstaufen qui avaient aid√© Henri V esp√©raient en effet √† juste titre acc√©der au pouvoir royal[77] mais ce sont les Welfs en la personne de Lothaire de Supplinbourg qui y acc√®dent. Le conflit entre le pape et l'empereur s'√©tait termin√© en d√©faveur de l'empereur qui abandonnait des droits importants[78]. Lothaire est d√©vou√© au pape et lorsqu'il meurt en 1137, ce sont les Hohenstaufen en la personne de Conrad III qui arrivent au pouvoir[79], les Welfs en √©tant √©cart√©s[80]. Deux clans politiques italiens s'opposent alors en Italie : les Gibelins et les Guelfes. Les premiers soutiennent l'Empire tandis que les seconds soutiennent la papaut√©. Le conflit va durer jusque la fin du XVe si√®cle et d√©chirer les villes italiennes.

√Ä la mort de Conrad III en 1152, c'est son neveu Fr√©d√©ric Barberousse, le duc de Souabe, qui est √©lu roi. La politique de Fr√©d√©ric Barberousse est centr√©e sur l'Italie. Il veut r√©cup√©rer les droits imp√©riaux sur ce territoire et entreprend six campagnes en Italie pour retrouver l'honneur imp√©rial[81]. En 1155, il est couronn√© empereur. Toutefois, des tensions apparaissent avec la papaut√© √† l'occasion d'une campagne contre les Normands en Italie du Sud. Les relations diplomatiques se d√©t√©riorent √©galement avec Byzance. Lorsque Barberousse tente de renforcer l'administration de l'Empire en Italie au Reichstag de Roncaglia, les cit√©s-√Čtats d'Italie du Nord, en particulier la riche et puissante Milan[82], lui opposent r√©sistance. Les relations sont si mauvaises que la Ligue lombarde se cr√©e, s'affirmant militairement contre les Hohenstaufen. L'√©lection du nouveau pape Alexandre III suscite la controverse, Barberousse se refuse √† le reconna√ģtre dans un premier temps[83]. Ce n'est qu'apr√®s avoir constat√© qu'une victoire militaire n'√©tait pas √† esp√©rer ‚ÄĒ l'arm√©e imp√©riale est d√©cim√©e par une √©pid√©mie devant Rome en 1167 puis elle est battue en 1176 √† la bataille de Legnano ‚ÄĒ qu'est sign√©e la paix de Venise en 1177 entre le pape et l'empereur[84]. M√™me les villes d'Italie du Nord se r√©concilient avec l'empereur qui ne peut plus r√©aliser ses projets italiens depuis longtemps.

Alors qu'ils étaient réconciliés, l'empereur se brouille avec son cousin Henri le Lion, le puissant duc de Saxe et de Bavière de la maison des Welfs. Alors qu'Henri posait des conditions à sa participation à une campagne en Italie, Frédéric Barberousse en profite pour le déchoir[85]. En 1180, Henri est mis en procès, le duché de Saxe est démantelé et la Bavière réduite[86]. Toutefois, ce n'est pas l'empereur qui en profitera mais les seigneurs territoriaux de l'Empire.

Déclin des Hohenstaufen

Barberousse meurt en juin 1190 au cours de la troisi√®me croisade. Son deuxi√®me fils lui succ√®de sous le nom d'Henri VI. En 1186 d√©j√†, son p√®re lui avait conf√©r√© le titre de C√©sar et il √©tait d√©j√† consid√©r√© comme l'h√©ritier d√©sign√©[87]. En 1191, ann√©e de son couronnement imp√©rial, Henri essaie de prendre possession de la Sicile et du royaume des Normands en Italie inf√©rieure. √Čtant donn√© qu'il √©tait mari√© √† une princesse normande, Constance de Hauteville, et que la maison dont descend sa femme s'√©tait √©teinte faute de descendant m√Ęle, Henri VI peut faire valoir ses revendications sans toutefois pouvoir s'affirmer. Ce n'est qu'en 1194 qu'il parvient √† conqu√©rir l'Italie inf√©rieure en ayant recours parfois √† une brutalit√© extr√™me contre ses opposants[88]. Joseph Rovan √©crit qu'¬ę Henri VI est le souverain le plus puissant depuis Otton Ier, sinon Charlemagne[88] ¬Ľ. En Allemagne, Henri doit combattre la r√©sistance des Welfs. Son projet de conf√©rer √† la royaut√© un caract√®re h√©r√©ditaire, le Erbreichsplan, √©choue, tout comme il avait √©chou√© sous Otton Ier[89]. Henri VI met √©galement en place une politique m√©diterran√©enne ambitieuse mais v√©ritablement couronn√©e de succ√®s dont le but a sans doute √©t√© de conqu√©rir la Terre Sainte au terme d'une croisade allemande, ou √©ventuellement m√™me de lancer une offensive contre Byzance[90].

Frédéric II, dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen

La mort pr√©matur√©e d'Henri VI en 1197 fait √©chouer la derni√®re tentative de cr√©er un pouvoir central fort dans l'Empire. Apr√®s la double √©lection de 1198 lors de laquelle sont √©lus Philippe de Souabe en mars √† M√ľhlhausen et Otton IV en juin √† Cologne, deux rois se font face dans l'Empire[91]. Le fils d'Henri VI, Fr√©d√©ric II, avait certes d√©j√† √©t√© √©lu roi √† l'√Ęge de deux ans en 1196 mais ses droits √† la royaut√© ont √©t√© vite balay√©s. L'√©lection est en cela int√©ressante que chacun essaie de mettre en avant des pr√©c√©dents afin de prouver sa propre l√©gitimit√©. Beaucoup d'arguments et de principes formul√©s √† cette √©poque seront repris pour les √©lections royales suivantes. Cette √©volution conna√ģt son apog√©e au milieu du XIVe si√®cle apr√®s l'exp√©rience du Grand Interr√®gne dans la Bulle d'or[92]. Philippe de Souabe s'√©tait consid√©rablement impos√© mais il meurt assassin√© en juin 1208. Otton IV est couronn√© empereur en 1209 mais est excommuni√© par le pape Innocent III l'ann√©e suivante. Innocent III soutient Fr√©d√©ric II auxquels tous se rallient[93].

En voyageant en Allemagne en 1212 pour imposer ses droits, Fr√©d√©ric II donne plus de libert√© d'actions aux princes. Gr√Ęce √† deux actes ‚ÄĒ le Statutum in favorem principum pour les princes temporels et le Confoederatio cum principibus ecclesiasticis pour les eccl√©siastiques ‚ÄĒ Fr√©d√©ric II leur garantit des droits importants pour s'assurer de leur soutien[94]. Il veut en effet faire √©lire et reconna√ģtre son fils Henri comme son successeur. Les privil√®ges octroy√©s forment les principes juridiques sur lesquels ils peuvent d√©sormais construire leur pouvoir de mani√®re autonome. Ces privil√®ges sont √©galement le d√©but de la formation des √Čtats √† l'√©chelle des territoires imp√©riaux dans la derni√®re partie du Moyen √āge. Le tr√®s cultiv√© Fr√©d√©ric II, qui centralisait de plus en plus l'administration du royaume de Sicile en suivant le mod√®le byzantin, √©tait entr√© en conflit ouvert avec le pape et les villes d'Italie du Nord[95]. Le pape le fait m√™me passer pour l'Ant√©christ[96]. √Ä la fin, Fr√©d√©ric II semble dominer militairement. C'est l√† qu'il meurt, le 13 d√©cembre 1250. Le pape l'avait d√©clar√© d√©chu en 1245.

Moyen √āge tardif

L'empire au XIIIe et XIVe si√®cle     Possessions des Wittelsbach      Possessions des Habsbourg      Possessions des Luxembourg

Depuis Saint Louis, la modernisation du syst√®me juridique attire dans la sph√®re culturelle fran√ßaise de nombreuses r√©gions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du Dauphin√© ou du comt√© de Bourgogne (future Franche-Comt√©) recourent depuis Saint Louis √† la justice royale pour r√©gler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de M√Ęcon, qui intervient √† Lyon pour r√©gler des diff√©rends, comme le s√©n√©chal de Beaucaire intervient √† Vivier ou √† Valence[97]. Ainsi, la cour du roi Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs tels le conn√©table de Brienne ont des possessions √† cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France √©largissent l'influence culturelle du royaume en attirant √† leur cour la noblesse de ces r√©gions en lui allouant des rentes et en se livrant √† une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie pr√™tent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions. Ceci n'est pas sans cons√©quences sur le Saint-Empire. Les rois de France ou leur entourage imm√©diat vont prendre pied dans l'Empire : Charles V re√ßoit le Dauphin√©, son fr√®re cadet Louis d'Anjou h√©rite de la Provence et le benjamin Philippe le Hardi se taille une principaut√© √† cheval entre royaume de France et Empire (il poss√®de la Franche-Comt√© et ses descendants acqui√®rent le Brabant et l'Alsace). D'autre part, l'annexion de la Champagne par Saint Louis en 1261 et la fiscalit√© contraignante qu'il y instaure entra√ģne le d√©clin des foires de Champagne qui √©taient la plaque tournante du commerce europ√©en, au b√©n√©fice du vieil axe commercial reliant les bassins du P√ī (connect√© √† la M√©diterran√©e) et ceux du Rhin et de la Meuse (connect√©s √† la mer du Nord) via les cols alpestres. Il s'ensuit un renforcement de la puissance et de l'autonomie des villes lombardes et rh√©nanes ou des cantons suisses. Au XIVe si√®cle, ce processus est acc√©l√©r√© par la guerre de Cent Ans[98].

Avec le d√©clin des Hohenstaufen et l'interr√®gne qui s'ensuit jusqu'au r√®gne de Rodolphe Ier, le pouvoir central s'affaiblit[99], tandis que le pouvoir des princes-√©lecteurs s'accro√ģt. L'expansion fran√ßaise √† l'ouest de l'Empire a pour cons√©quence une baisse totale d'influence sur l'ancien royaume de Bourgogne[100]. Cette perte d'influence concerne √©galement l'Italie imp√©riale (principalement en Lombardie et en Toscane). Ce n'est qu'avec la campagne italienne d'Henri VII entre 1310 et 1313 qu'est raviv√©e la politique italienne de l'Empire. Apr√®s Fr√©d√©ric II, Henri est le premier roi des Romains √† pouvoir obtenir la couronne imp√©riale. La politique italienne des souverains de la fin du Moyen √āge est toutefois mise en place dans des fronti√®res r√©duites par rapport √† celles de leurs pr√©d√©cesseurs[100]. L'influence de l'Empire diminue √©galement en Suisse. Rodolphe Ier essaie de r√©tablir l'autorit√© des Habsbourg sur cette derni√®re alors que l'empereur Fr√©d√©ric II lui avait octroy√© une imm√©diatet√© imp√©riale en 1240[101]. Rodolphe Ier √©choue. √Ä sa mort, les notables d'Uri, de Schwytz et de Nidwald se r√©unissent et signent un pacte d'alliance et de d√©fense en ao√Ľt 1291[102]. C'est ainsi que na√ģt la Conf√©d√©ration des III cantons, premi√®re √©tape vers la Conf√©d√©ration helv√©tique qui va devenir ind√©pendante du Saint-Empire en 1499 avec le trait√© de B√Ęle.

Première page de la Bulle d'or

Le transfert de la papaut√© √† Avignon en 1309, lui permet de se soustraire des influences italiennes et de b√©n√©ficier de la protection des royaumes de Naples et de France contre la menace d'une intervention militaire imp√©riale, ce qui relance les vell√©it√©s th√©ocratiques du Saint-Si√®ge. Le vieux conflit entre papaut√© et empire pour la pr√©√©minence sur la chr√©tient√© se r√©anime sous le r√®gne de Louis IV[103]. √Ä la mort de l'empereur Henri VII en 1313, les princes s'√©tant divis√©s en deux factions, le pape Jean XXII, entreprenant et autoritaire, croit pouvoir en profiter : il refuse de choisir entre les deux √©lus. Il d√©clare l'Empire vacant et nomme le roi de Naples Robert le Sage vicaire pour l'Italie le 14 mars 1314[104]. Ce conflit soul√®ve une question de principe : le pape pr√©tend √™tre le vicaire de l'empire en Italie pendant la vacance du tr√īne imp√©rial. Or, √† ses yeux le tr√īne est vacant puisque la d√©signation de Louis de Bavi√®re n'a pas obtenu l'approbation pontificale. Des d√©bats politico-th√©oriques sont engag√©s, par exemple par Guillaume d'Ockham ou Marsile de Padoue. En 1338, Louis IV voyant les n√©gociations s'√©terniser et sentant que la papaut√© devenait impopulaire dans le pays, change de ton et lance le 17 mai, le manifeste Fidem catholicam. Il y proclame que l'empereur occupe un rang aussi √©lev√© que le pape, qu'il tient son mandat de ses √©lecteurs et qu'il n'a nul besoin de l'approbation pontificale pour remplir sa mission ; enfin, il soutient qu'un vrai concile repr√©sentant l'√Čglise universelle est sup√©rieur aux assembl√©es que le pape peut faire ou d√©faire √† son gr√©[105]. √Čvidemment les princes-√©lecteurs soutiennent ce texte qui accro√ģt leur pouvoir √©lectif puisqu'il n'est plus soumis √† approbation papale et le 16 juillet, r√©unis √† Rhense ils accomplissent un geste d'une port√©e consid√©rable : pour la premi√®re fois, ils agissent en corps, non pas pour √©lire ou d√©poser un souverain, mais pour pr√©server les int√©r√™ts de l'Empire, dont ils se consid√®rent les repr√©sentants[103].

Les rois de la fin du Moyen √āge se concentrent davantage sur le territoire allemand de l'Empire et s'appuient encore plus fortement que jamais sur leurs fiefs respectifs. L'empereur Charles IV fait figure de mod√®le. Il parvient √† r√©tablir l'√©quilibre avec la papaut√©[106]. Pour √©viter les conflits qui suivent pratiquement syst√©matiquement l'√©lection de l'empereur et sont extr√™mement p√©joratifs pour le Saint-Empire, il promulgue la Bulle d'or √† Metz le 10 janvier 1356. Celle-ci fixe d√©finitivement les r√®gles d'√©lection de mani√®re √† ce que son r√©sultat ne puisse plus √™tre contest√© : seuls votent les sept princes-√©lecteurs qui voient leurs droits augment√©s au d√©triment des villes. Surtout le nombre d'√©lecteurs √©tant fix√©, cela retire tout pouvoir d'arbitrage au pape donc tout pouvoir de choisir entre les candidats[107]. La Bulle d'or atteste aussi de l'identit√© d√©sormais r√©solument germanique du Saint-Empire et de sa renonciation √† ses pr√©tentions universelles et m√™me italiennes[108]. Elle reste en vigueur jusqu'√† la dissolution de l'Empire[106]. Cependant l'augmentation de la puissance des princes-√©lecteurs accro√ģt la vuln√©rabilit√© d'un empereur n'ayant pas une client√®le suffisante. Charles IV s'√©vertue √† √©viter √† son pays les conflits qui d√©chirent l'Europe (en particulier la guerre de Cent Ans) et n√©gocie avec Venise et la Hanse pour augmenter les flux commerciaux entre M√©diterran√©e et l'Europe du nord. La grande alliance commerciale qu'est la Hanse conna√ģt son apog√©e et devient une grande puissance de la sph√®re du nord de l'Europe. Cr√©√©e en 1241, elle regroupe un ensemble de plus de 300 villes[109] dont Hambourg, L√ľbeck, Riga ou Novgorod. √Ä cette √©poque, la Hanse est un acteur politique majeur, allant jusqu'√† s'interposer militairement au Danemark[109]. De la m√™me mani√®re, inqui√©t√©es par le pouvoir croissant des princes les villes de Souabe se f√©d√®rent, ce qui cr√©e une puissante alliance : la Ligue de Souabe. La Souabe est le carrefour o√Ļ transitent tous les √©changes terrestres europ√©ens ; s'y rejoignent les bassins du Rhin et de Danube qui sont connect√©s √† la vall√©e du P√ī via les cols alpins. C'est √©galement durant le r√®gne de Charles IV que se d√©clenche la Peste noire. L'occident, qui a connu une croissance d√©mographique soutenue depuis le Xe si√®cle, a des difficult√©s √† nourrir sa population du fait du refroidissement climatique ; les famines, qui avaient quasiment disparues depuis le XIe si√®cle, refont leur apparition dans les zones les plus industrialis√©es. Or, le refroidissement climatique, rendant moins rentable l'agriculture dans le nord de l'Europe, a acc√©l√©r√© la mutation √©conomique avec une sp√©cialisation de ces r√©gions dans le commerce et l'industrie, accroissant les √©changes et la concentration urbaine : l'accroissement des √©changes combin√© √† la concentration urbaine facilitent la propagation des √©pid√©mies d'autant que les organismes d√©nutris sont plus vuln√©rables aux infections[110]. La population est d√©cim√©e √† hauteur de moiti√©[111] et les pogroms contre les Juifs se multiplient. On les accuse d'avoir empoisonn√© les puits et d'avoir ainsi propag√© l'√©pid√©mie[111]. L'occident traverse une p√©riode de crise √©conomique, d√©mographique et sanitaire majeure. Il doit se r√©adapter √† cette nouvelle donne et cette crise se traduit par un fort courant de r√©forme politique et spirituel traversant l'occident avec la revendication par les villes d'un r√īle plus important dans la soci√©t√© et l'apparition de courants contestataires au sein de l'√Čglise aboutissant au grand schisme et √† l'√©panouissement des id√©es de pr√©curseurs de la R√©forme tels John Wycliff ou Jean Hus.

Avec la mort de Charles IV en 1378, c'est le pouvoir de la Maison de Luxembourg qui s'effondre. Le fils du souverain, Venceslas, est m√™me d√©chu par un groupe de princes-√©lecteurs le 20 ao√Ľt 1400 du fait de son incapacit√© notoire[112]. √Ä sa place, c'est le comte palatin du Rhin Robert qui est √©lu roi. Les soutiens de son pouvoir et ses ressources sont cependant trop faibles pour pouvoir mettre en Ňďuvre une politique efficace. Et cela d'autant plus que la Maison de Luxembourg n'accepte pas d'avoir perdu la dignit√© royale. Apr√®s la mort de Robert en 1410, le dernier repr√©sentant de la Maison de Luxembourg, Sigismond, monte sur le tr√īne. Des probl√®mes politico-religieux s'√©taient fait jour comme le Grand Schisme d'Occident en 1378. Ce n'est que sous Sigismond que la crise est d√©samorc√©e. L'action internationale de Sigismond que Francis Rapp appelle ¬ę p√®lerin de la paix[113] ¬Ľ a pour but de pr√©server ou de retrouver la paix. Avec sa mort en 1437, c'est la Maison de Luxembourg qui s'√©teint. La dignit√© royale passe d√©sormais entre les mains des Habsbourg et cela pour ainsi dire jusque la fin de l'Empire.

√Čpoque moderne

Réforme de l'Empire

Sous le r√®gne des empereurs Habsbourg Fr√©d√©ric III, Maximilien Ier et Charles Quint, l'Empire rena√ģt et est de nouveau reconnu. La fonction d'empereur est li√©e √† la nouvelle organisation de l'Empire. Conform√©ment au mouvement r√©formateur commenc√© sous Fr√©d√©ric III[114], Maximilien Ier initie une r√©forme g√©n√©rale de l'Empire en 1495. Elle pr√©voit l'instauration d'un imp√īt g√©n√©ral, le Denier commun (Gemeiner Pfennig), ainsi que d'une Paix perp√©tuelle (Ewiger Landfrieden) qui est l'un des plus importants projets des r√©formateurs[115]. Ces r√©formes ne parviennent certes pas √† s'imposer compl√®tement car, des institutions qui en sont n√©es, seuls les Cercles imp√©riaux et la Reichskammergericht vont perdurer. Cependant, la r√©forme est le fondement de l'Empire de l'√©poque moderne. Il obtient en effet un syst√®me de r√®gles plus pr√©cis et une structure institutionnelle. La collaboration entre l'empereur et les √©tats imp√©riaux ainsi d√©finie va jouer par la suite un r√īle d√©terminant[116]. La Di√®te d'Empire qui se forme √† cette √©poque va rester le forum central de la vie politique de l'Empire.

Réforme protestante

La premi√®re moiti√© du XVIe si√®cle est d'une part de nouveau marqu√©e par une judiciarisation et une densification de l'Empire. Des √©dits de police sont par exemple promulgu√©s en 1530 et 1548. La Constitutio Criminalis Carolina est quant √† elle mise en place en 1532, elle donne un cadre p√©nal √† l'Empire[117]. D'autre part, la R√©forme protestante occasionne une division de la foi qui a un effet d√©sint√©grant sur l'Empire. Le fait que des r√©gions et des territoires se d√©tournent de l'ancienne √Čglise romaine met l'Empire √† l'√©preuve, lui qui revendique son caract√®re de saintet√©.

L'√Čdit de Worms de 1521 met Martin Luther au ban de l'Empire[118]. L'√Čdit n'offre encore aucune possibilit√© de mener une politique favorable √† la R√©forme, m√™me s'il n'est d'ailleurs pas observ√© sur l'ensemble de l'Empire, qu'il est ajourn√© le 6 mars 1523[118] et que les d√©cisions que prendra par la suite la Di√®te d'Empire s'en √©carteront. La plupart des compromis de la Di√®te sont impr√©cis et ambigus et conduisent √† de nouvelles querelles juridiques. C'est ainsi par exemple que la Di√®te de Nuremberg d√©clare en 1524 que tous doivent suivre l'√Čdit de Worms ¬ę autant que possible[119] ¬Ľ. Toutefois, aucune solution de paix d√©finitive ne peut √™tre trouv√©e, on s'attache √† un compromis en attendant le suivant.

Cette situation n'est satisfaisante pour aucune des deux parties. Le camp protestant ne dispose d'aucune s√©curit√© juridique et vit dans la crainte d'une guerre de religion. Le camp catholique, en particulier l'empereur Charles Quint, ne veut pas d'une division religieuse durable. Charles Quint, qui au d√©but ne prend pas le cas de Luther au s√©rieux et ne per√ßoit pas sa port√©e[120], ne veut pas accepter la situation puisqu'il se consid√®re, comme les souverains m√©di√©vaux, √™tre le garant de la v√©ritable √Čglise[121]. L'Empire universel a besoin d'une √Čglise universelle.

La p√©riode est √©galement marqu√©e par deux √©v√©nements. Tout d'abord le soul√®vement des paysans qui fait rage dans l'Allemagne du Sud entre 1524 et 1526, l'ann√©e 1525 marquant l'apog√©e du mouvement[122]. Les paysans ont plusieurs revendications dont l'abolition des corv√©es ou l'√©lection des pr√™tres[123]. Luther exhorte alors les paysans √† la paix et pr√īne la soumission √† l'autorit√©[124]. Le second √©v√©nement est l'invasion ottomane. Sigismond en tant que roi de Hongrie avait √©t√© s√©v√®rement battu √† la bataille de Nicopolis en 1396[125]. Soliman le Magnifique, une fois l'Orient conquis, commence √† conqu√©rir l'Europe. Il s'attaque tout d'abord √† la Hongrie et remporte la bataille de Moh√°cs en 1526. L'Empire ottoman s'√©tend alors jusqu'√† Vienne, la Hongrie √©tant divis√©e en trois parties : une administr√©e par les Ottomans, une par le Saint-Empire et la derni√®re par les princes du lieu[126]. En 1529, Vienne est assi√©g√©e. Charles Quint va continuer √† combattre les Ottomans afin de pr√©server la paix dans son Empire[127]. Sa t√Ęche est d'autant plus malais√©e que la France en la personne de son roi Fran√ßois Ier soutient les Ottomans. Les Habsbourg multiplient les contacts avec les S√©f√©vides, dynastie chiite qui r√®gne alors sur la Perse, pour contrer les Turcs sunnites, leurs ennemis communs[128],[129]. Il faut attendre la tr√™ve de Cr√©py-en-Laonnois de 1544 pour que soit mis un terme √† la rivalit√© entre les deux souverains. Cette rivalit√© avait √©t√© d'autant plus grande que Fran√ßois Ier avait √©t√© le rival de Charles Quint lors de l'√©lection imp√©riale[130]. Trois ans plus tard, Charles Quint signe une paix avec Soliman en 1547. Il doit alors se confronter aux probl√®mes religieux qui d√©chirent l'Empire.

Charles Quint

Apr√®s une longue h√©sitation, Charles Quint met les chefs de la Ligue de Smalkalde, regroupant les princes protestants rebelles, au ban de l'Empire[131] et d√©ploie l'arm√©e pour punir les rebelles, c'est la Reichsexecution (litt√©ralement ex√©cution d'Empire). Cette confrontation de 1546-1547 entrera dans l'histoire sous le nom de guerre de Schmalkalden. Apr√®s la victoire de l'empereur, les princes protestants doivent accepter un compromis religieux, l'Int√©rim d'Augsbourg, lors de la Di√®te d'Augsbourg en 1548[131]. Les pasteurs peuvent continuer √† se marier et les protestants non membres du clerg√© √† communier sous les deux esp√®ces. Cette sortie de guerre vraiment favorable pour les √©tats imp√©riaux protestants est due au fait que Charles Quint poursuit des projets constitutionnels parall√®lement √† ses buts politico-religieux. Ces projets constitutionnels doivent mener √† la disparition de la constitution par ordre pour √™tre remplac√©e par un gouvernement central. Ces buts suppl√©mentaires entra√ģnent la r√©sistance des √©tats imp√©riaux catholiques, si bien que Charles Quint ne trouve aucune solution satisfaisante concernant la question religieuse[132].

Les conflits religieux dans l'Empire sont ‚ÄĒ dans l'id√©e que se fait Charles Quint d'un vaste empire habsbourgeois ‚ÄĒ reli√©s √† une monarchia universalis qui doit englober l'Espagne, les territoires h√©r√©ditaires des Habsbourg et le Saint-Empire romain germanique[133]. Toutefois, il ne parvient ni √† rendre la charge d'empereur h√©r√©ditaire ni √† √©changer la couronne imp√©riale entre les lignes autrichienne et espagnole des Habsbourg. Le soul√®vement des princes contre Charles Quint sous la conduite du prince-√©lecteur Maurice de Saxe et la paix de Passau sign√©e en 1552 entre les princes et le futur Ferdinand Ier qui en r√©sulte sont les premiers pas vers une paix religieuse durable[134] √©tant donn√© que le trait√© garantit une libert√© de culte aux protestants. Il en r√©sultera la Paix d'Augsbourg en 1555.

Paix d'Augsbourg
Première page de la Reichsexecutionsordnung de 1555

La paix d'Augsbourg n'est pas seulement importante en tant que paix de religion, elle a √©galement un grand r√īle politico-constitutionnel en posant de nombreux jalons en mati√®re de politique constitutionnelle. Elle pr√©voit par exemple la Reichsexekutionsordnung, derni√®re tentative de pr√©server la paix perp√©tuelle rendue n√©cessaire en raison de la Seconde guerre des margraves men√©e par Albert II Alcibiade de Brandebourg-Kulmbach, qui fait rage de 1552 √† 1554. Albert II extorque en effet de l'argent et m√™me des territoires appartenant aux diff√©rentes r√©gions franconiennes. L'empereur Charles Quint ne condamne pas Albert II, il le prend m√™me √† son service et l√©gitime ainsi la rupture de la Paix perp√©tuelle. √Čtant donn√© que les territoires concern√©s refusent de cautionner le vol confirm√© par l'empereur, Albert II les ravage. Dans le nord de l'Empire se forment des troupes sous la conduite de Maurice de Saxe pour combattre Albert. C'est un prince d'empire et non l'empereur qui prend des mesures militaires contre ceux qui brisent la paix. Le 9 juillet 1553 a lieu la bataille la plus sanglante de la R√©forme, la bataille de Sievershausen, au cours de laquelle Maurice de Saxe est tu√©[135].

La Reichsexekutionsordnung promulgu√©e √† la Di√®te d'Augsbourg en 1555 entra√ģne un affaiblissement de la puissance imp√©riale et un ancrage du principe des √©tats imp√©riaux. Les cercles et les √©tats imp√©riaux locaux obtiennent √©galement parall√®lement √† leurs devoirs habituels la comp√©tence pour appliquer les jugements du Reichskammergericht ainsi que la nomination des assesseurs qui y si√®gent. De plus, ils ont le droit de frapper monnaie et d'exercer d'autres charges r√©serv√©es jusqu'alors √† l'empereur. Puisque l'empereur s'√©tait montr√© incapable d'assurer une de ses t√Ęches principales, √† savoir celle de pr√©server la paix, son r√īle est d√©sormais assum√© par les √Čtats des cercles imp√©riaux[136].

La paix religieuse proclamée le 25 septembre 1555 est aussi importante que l’Exekutionsordnung, elle abandonne l'idée d'un empire uni confessionnellement[137]. Les seigneurs territoriaux obtiennent le droit de décider de la confession de leurs sujets, ce qui est résumé dans la formule cujus regio, ejus religio[138]. Dans les territoires protestants, la juridiction religieuse passe aux seigneurs qui deviennent alors les chefs spirituels de leurs territoires. Toutes les règles édictées conduisent certes à une solution pacifique des problèmes religieux mais elles rendent encore plus visible la division croissante de l'Empire et mèneront à moyen terme à un blocage des institutions impériales[139]. En septembre 1556, l'empereur Charles Quint abdique en faveur de son frère Ferdinand, roi des Romains depuis 1531. La politique intérieure et étrangère de Charles Quint avait définitivement échoué[140]. Ferdinand décide alors de restreindre sa politique à l'Allemagne et il parvient à rattacher les états impériaux à l'empereur en faveur de ce dernier[141].

Confessionnalisation et conséquences

Acte de fondation de l'Union protestante le 14 mai 1608

Jusqu'au d√©but des ann√©es 1580, il r√®gne dans l'Empire une phase sans conflit militaire notable. La paix religieuse n'est qu'une ¬ę simple tr√®ve[142] ¬Ľ. C'est √† cette √©poque que s'accomplit la confessionnalisation, c'est-√†-dire une consolidation et une d√©marcation entre les trois confessions que sont le luth√©ranisme, le calvinisme et le catholicisme. Les formes √©tatiques qui apparaissent dans les territoires √† cette occasion posent un probl√®me de niveau constitutionnel √† l'Empire. Les tensions s'accroissent du fait que l'Empire et ses institutions ne peuvent plus remplir leur fonction de m√©diateur. L'empereur tol√©rant Maximilien II meurt en 1576, son fils Rodolphe II nomme une majorit√© de catholiques au Conseil aulique et √† la Chambre imp√©riale de justice[143], rompant avec la politique de son p√®re. √Ä la fin du XVIe si√®cle, ces institutions se bloquent ‚ÄĒ en 1588 d√©j√†, la Chambre imp√©riale de justice ne fonctionnait plus[144].

√Čtant donn√© qu'√† partir du d√©but du XVIIe si√®cle les √Čtats protestants ne reconnaissent plus le Conseil aulique exclusivement dirig√© par l'empereur catholique, la situation continue de s'aggraver. √Ä la m√™me √©poque, les coll√®ges de princes-√©lecteurs et les cercles imp√©riaux se regroupent selon les confessions. Une d√©putation d'Empire de 1601 √©choue du fait des oppositions entre les deux camps[145]. Il se produit la m√™me chose en 1608 avec la Di√®te √† Ratisbonne qui est cl√ītur√©e sans promulguer de rec√®s[146]. Le comte palatin calviniste et d'autres participants quittent en effet l'assembl√©e car l'empereur refuse de reconna√ģtre leur confession.

Constatant que le système impérial et la paix sont menacés, six princes protestants fondent l'Union protestante le 14 mai 1608 autour de Frédéric IV[142]. D'autres princes et villes d'Empire rejoignent l'Union par la suite. L'électeur de Saxe et les princes du nord refusent d'y participer dans un premier temps, par la suite l'électeur de Saxe s'y rallie. En réaction, les princes catholiques fondent la Ligue catholique le 10 juillet 1609 autour de Maximilien de Bavière. La Ligue veut maintenir le système en place et préserver la prédominance catholique dans l'Empire. Les institutions et l'Empire se bloquent, annonçant un conflit inévitable[147].

Déroulement de la guerre de Trente Ans
Article d√©taill√© : Guerre de Trente Ans.
√Čdit de restitution de 1629

La D√©fenestration de Prague est le d√©clencheur de cette guerre que l'empereur, esp√©rant au d√©but de grands succ√®s militaires, essaie d'utiliser de mani√®re politique afin d'asseoir son pouvoir face aux √©tats imp√©riaux[148]. C'est ainsi que Ferdinand II, √©lu empereur par tous les princes-√©lecteurs ‚ÄĒ m√™me les protestants ‚ÄĒ le 19 ao√Ľt 1619 malgr√© la guerre, met le prince-√©lecteur et roi de Boh√™me Fr√©d√©ric V du Palatinat au ban de l'Empire en 1621 et donne la dignit√© √©lectorale √† Maximilien Ier de Bavi√®re.

La promulgation de l'édit de Restitution le 6 mars 1629 est le dernier acte de loi impérial important. Tout comme la mise au ban de Frédéric V, il trouve sa source dans la revendication du pouvoir de l'empereur. Cet édit réclame l'adaptation de la Paix d'Augsbourg d'un point de vue catholique. En conséquence, tous les évêchés, les évêchés et archevêchés-princiers qui avaient été sécularisés par les seigneurs protestants depuis la Paix de Passau doivent être restitués aux catholiques. Ces actions n'auraient pas seulement signifié la recatholicisation de grands territoires protestants mais également un renforcement capital du pouvoir impérial puisque les questions politico-religieuses étaient jusqu'alors décidées en commun par l'empereur, les états impériaux et les princes-électeurs. En revanche, il se forme une coalition confessionnelle de ces derniers qui n'acceptent pas que l'empereur proclame un édit si tranchant sans leur accord[149].

Carte de la Guerre de Trente Ans

Lors de leur r√©union de 1630, les princes-√©lecteurs, sous la conduite de Maximilien Ier de Bavi√®re, obligent l'empereur √† renvoyer le g√©n√©ralissime Wallenstein[150] et √† accorder une r√©vision de l'√©dit. La m√™me ann√©e, la Su√®de entre en guerre aux c√īt√©s des protestants. Apr√®s plusieurs ann√©es o√Ļ les troupes su√©doises se montrent sup√©rieures √† celles de l'empereur, ce dernier parvient √† les battre et √† retrouver l'avantage √† la bataille de N√∂rdlingen en 1634. La Paix de Prague sign√©e entre l'empereur et l'√Člecteur de Saxe en 1635 autorise Ferdinand √† suspendre l'√Čdit de restitution pour quarante ans[151]. L'empereur sort renforc√© de cette paix puisque toutes les alliances hormis celles des princes-√©lecteurs sont dissoutes et l'empereur obtient le haut-commandement de l'arm√©e imp√©riale, ce que les protestants n'acceptent pas. Des n√©gociations vont d'ailleurs √™tre men√©es pour revenir sur cette clause du trait√©[150]. Le probl√®me religieux pos√© par l'√©dit de restitution n'avait √©t√© seulement repouss√© de quarante ans puisque l'empereur et la plupart des √©tats imp√©riaux s'√©taient accord√©s sur le fait qu'unifier l'empire politiquement, repousser les puissances √©trang√®res du territoire et mettre un terme √† la guerre √©taient les choses les plus pressantes.

Après que la France entre en guerre en 1635 pour éviter un renforcement du pouvoir des Habsbourg en Allemagne, la situation tourne en la défaveur de l'empereur[152]. C'est à ce moment-là que la guerre de religion à l'origine allemande devient un combat hégémonique à l'échelle européenne. La guerre se poursuit donc puisque les problèmes confessionnels et politique qui avaient été réglés provisoirement par la Paix de Prague viennent en second plan pour la France et la Suède. De plus, la Paix de Prague présente de graves manques, si bien que les conflits internes à l'Empire perdurent.

√Ä partir de 1640 les diff√©rentes parties commencent √† signer des paix s√©par√©es √©tant donn√© que dans l'√©tat actuel des choses, fait de solidarit√© confessionnelle et de politique d'alliance traditionnelle, l'Empire n'est presque plus d√©fendu. C'est le prince-√©lecteur de Brandebourg qui ouvre la marche en mai 1641[153]. Il signe la paix avec la Su√®de et d√©mobilise son arm√©e, chose impossible d'apr√®s les conventions de Prague puisque son arm√©e appartient √† l'arm√©e imp√©riale. D'autres √©tats imp√©riaux suivent le mouvement. L'√Člecteur de Saxe signe √† son tour une paix avec la Su√®de et l'√Člecteur de Mayence en signe une avec la France en 1647[153]. L'Empire sort de la guerre d√©vast√©.

Traités de Westphalie

Article d√©taill√© : Trait√©s de Westphalie.
Négociations
Signature de la Paix de M√ľnster

L'empereur, la Su√®de et la France s'entendent en 1641 √† Hambourg pour mener des n√©gociations de paix alors que les combats se poursuivent. Ces n√©gociations ont lieu en 1642 et 1643 √† Osnabr√ľck entre l'empereur, les √©tats imp√©riaux protestants et la Su√®de, et √† M√ľnster entre l'empereur, les √©tats imp√©riaux catholiques et la France[154]. Le fait que l'empereur ne repr√©sente pas l'Empire √† lui seul est un important symbole de sa d√©faite. La puissance imp√©riale est de nouveau remise en cause. C'est pourquoi les √©tats imp√©riaux voient leurs droits d'autant plus pr√©serv√©s en n'√©tant pas seuls face √† l'empereur mais en menant les n√©gociations concernant les probl√®mes constitutionnels sous les yeux des puissances √©trang√®res. La France y montre d'ailleurs toute sa bienveillance puisqu'elle veut absolument r√©duire le pouvoir des Habsbourg[155] en appuyant fortement la demande de participation des √©tats imp√©riaux aux n√©gociations[156]. Les √©tats imp√©riaux sont donc admis aux n√©gociations contre la volont√© de Ferdinand III, empereur depuis 1637, qui veut repr√©senter √† lui seul l'Empire aux pourparlers de paix de M√ľnster et Osnabr√ľck[157], r√©gler les questions europ√©ennes lors des n√©gociations de Westphalie, signer une paix avec la France et la Su√®de et traiter les probl√®mes constitutionnels allemands au terme d'une Di√®te. Cette derni√®re va √™tre r√©unie quelques ann√©es plus tard en 1653[158]. Si l'empereur finit par consentir √† la participation des √©tats imp√©riaux aux n√©gociations, il le fait pour ne pas se couper d√©finitivement d'eux[159].

Les deux villes o√Ļ ont lieu les n√©gociations ainsi que les chemins qui les relient sont d√©clar√©s d√©militaris√©s (ce qui n'a √©t√© compl√®tement appliqu√© que pour Osnabr√ľck). Toutes les l√©gations peuvent se d√©placer librement. Des d√©l√©gations charg√©es de la m√©diation viennent de la R√©publique de Venise, de Rome et du Danemark[160]. Des repr√©sentants des autres puissances europ√©ennes affluent vers la Westphalie et sont associ√©s aux n√©gociations except√© l'Empire ottoman et la Russie. Les n√©gociations √† Osnabr√ľck se transforment ‚ÄĒ parall√®lement aux n√©gociations entre l'Empire et la Su√®de ‚ÄĒ en une convention o√Ļ sont trait√©s les probl√®mes constitutionnels et politico-religieux. √Ä M√ľnster, c'est le cadre europ√©en ainsi que des changements juridiques concernant les droits seigneuriaux en ce qui concerne les Pays-Bas et la Suisse. On n√©gocie √©galement une paix entre l'Espagne et les Provinces-Unies le 30 janvier 1648[161].

Jusque la fin du XXe si√®cle, les trait√©s de Westphalie sont consid√©r√©s comme destructeurs pour l'Empire. Hartung le justifie en argumentant que la paix avait laiss√© une libert√© d'action infinie √† l'empereur et aux √©tats imp√©riaux, si bien que l'Empire s'en √©tait trouv√© d√©membr√©. Pour Hartung, il s'agit bien l√† d'un ¬ę malheur national[162] ¬Ľ. Seule la question politico-religieuse avait √©t√© r√©gl√©e. L'Empire s'√©tait toutefois p√©trifi√©, p√©trification qui va mener √† sa perte. Joseph Rovan parle de ¬ę dissolution avanc√©e[163] ¬Ľ.

Effets des traités
Triumphus Pacis, repr√©sentation all√©gorique dat√©e de 1649 des trait√©s de Westphalie. Germania conduit le char tir√© par le lion des Habsbourg et l'aigle imp√©riale o√Ļ est assis l'ange de la paix. Le dieu de la guerre Mars est encha√ģn√© au char

Dans la p√©riode qui suit directement les trait√©s de Westphalie, la paix est toutefois vue d'une toute autre mani√®re. Elle est salu√©e avec joie[164] et fait figure de nouvelle loi fondamentale valable partout o√Ļ l'empereur est reconnu avec ses privil√®ges et comme symbole de l'unit√© de l'Empire. La paix met les pouvoirs territoriaux et les diff√©rentes confessions sur une m√™me base juridique et codifie les m√©canismes n√©s apr√®s la crise constitutionnelle du d√©but du XVIe si√®cle. En outre, elle condamne ceux de la Paix de Prague. Georg Schmidt r√©sume ainsi : ¬ę La paix n'a ni apport√© le d√©membrement de l'√Čtat ni l'absolutisme princier. [‚Ķ] La paix a soulign√© la libert√© des √Čtats mais n'a pas fait d'eux des √Čtats souverains[165] ¬Ľ.

M√™me si l'on accorde aux √©tats imp√©riaux les droits complets de souverainet√© et que l'on r√©instaure le droit d'alliance annul√© par la Paix de Prague, ce n'est pas la souverainet√© totale des territoires qui est envisag√©e puisqu'ils restent soumis √† l'empereur[147]. Le droit d'alliance ‚ÄĒ qui va √©galement √† l'encontre d'une souverainet√© totale des territoires de l'Empire ‚ÄĒ ne doit s'exercer ni contre l'empereur et l'Empire, ni contre la paix ou contre le trait√©. Selon les sp√©cialistes du droit de l'√©poque, les trait√©s de Westphalie sont une sorte de coutume traditionnelle des √©tats imp√©riaux qu'ils ne font que fixer par √©crit[166].

Dans la partie concernant la politique religieuse, les princes changeant de religion ne peuvent plus l'imposer à leurs sujets[154]. La paix d'Augsbourg est confirmée dans son ensemble et déclarée comme intouchable mais les questions litigieuses sont de nouveau réglées. C'est la situation juridique et religieuse en vigueur au 1er janvier 1624 qui fait référence[154]. Tous les états impériaux doivent par exemple tolérer les deux autres confessions si celles-ci existaient déjà sur leurs territoires en 1624. Toutes les possessions doivent être restituées à leurs anciens propriétaires et toutes les décisions ultérieures de l'empereur, des états impériaux ou des puissances d'occupation déclarées comme nulles et non avenues.

Les trait√©s de Westphalie apportent √† l'Empire la paix attendue depuis trente ans. L'Empire perd quelques territoires en France et d√©lie les Pays-Bas de l'Empire[167]. Pour le reste, l'Empire ne conna√ģt pas d'autre grande modification. Le pouvoir entre l'empereur et les √©tats imp√©riaux est de nouveau √©quilibr√©, sans r√©tablir les pouvoirs comme ils √©taient avant la guerre. La politique imp√©riale n'est pas d√©confessionnalis√©e, seul le rapport aux confessions est √† nouveau r√©gul√©. Selon Gotthard, consid√©rer les trait√©s de Westphalie comme destructeurs de l'Empire et de l'id√©e d'Empire est l'une des fautes de jugement les plus flagrantes[168]. Les r√©sultats des n√©gociations de paix montrent l'absurdit√© de la guerre : ¬ę Apr√®s que tant de vies humaines ont √©t√© g√Ęch√©es pour un but si minime, les hommes auraient d√Ľ comprendre comme il est totalement vain de laisser des questions de foi au jugement de l'√©p√©e[169] ¬Ľ.

L'Empire jusqu'au d√©but du XVIIIe si√®cle

L'empereur Léopold Ier

Apr√®s la signature des trait√©s de Westphalie, un groupe de princes exige des r√©formes radicales dans l'Empire visant √† r√©duire le pouvoir des princes-√©lecteurs et √† √©tendre le privil√®ge de l'√©lection du roi √† d'autres princes d'Empire. Mais, lors de la Di√®te de 1653-1654, cette minorit√© princi√®re n'arrive pas √† s'imposer. Le rec√®s de cette Di√®te appel√© Dernier rec√®s imp√©rial ‚ÄĒ cette Di√®te a √©t√© la derni√®re avant qu'elle ne si√®ge de mani√®re permanente √† partir de 1663[170] ‚ÄĒ d√©cide que les sujets doivent payer des imp√īts √† leurs seigneurs pour que ceux-ci puissent entretenir des troupes, ce qui a souvent men√© √† la constitution d'arm√©es dans les diff√©rents territoires les plus grands qui obtiennent d'ailleurs le nom d‚Äô√©tats imp√©riaux arm√©s (en allemand Armierte Reichsst√§nde).

Apr√®s 1648, la position des cercles imp√©riaux se renforce et on leur attribue un r√īle d√©cisif dans la nouvelle constitution militaire imp√©riale. C'est ainsi que la Di√®te d√©cide d'une nouvelle constitution militaire (Reichskriegsverfassung) en 1681, l'Empire √©tant √† nouveau menac√© par les Turcs. Dans cette nouvelle constitution, les contingents des troupes de l'arm√©e imp√©riale sont fix√©s √† 40 000 hommes[171]. Les cercles imp√©riaux sont responsables de leur d√©ploiement[172]. Depuis 1658, c'est l'empereur L√©opold Ier qui est au pouvoir. Son action est consid√©r√©e comme m√©diocre. Il se pr√©occupe plus des territoires h√©r√©ditaires que de l'Empire[173].

L'empereur s'oppose √† la politique des R√©unions de Louis XIV[174] et tente d'amener les cercles et les √©tats imp√©riaux √† r√©sister aux annexions fran√ßaises. Il parvient gr√Ęce √† la combinaison de diff√©rents instruments √† lier de nouveau les √©tats imp√©riaux les plus petits et les plus grands √† l'Empire et √† sa constitution. En 1682, l'empereur s'allie √† diff√©rents cercles comme celui de Franconie et du Haut-Rhin au sein de la Ligue d'Augsbourg pour prot√©ger l'Empire[172]. Cette situation montre que la politique imp√©riale n'est pas devenue une partie de la politique de grande puissance des Habsbourg comme elle va l'√™tre sous le r√®gne de ses successeurs au XVIIIe si√®cle. Sont √©galement √† souligner la politique de mariage de L√©opold Ier et la distribution de toutes sortes de titres comme l'attribution √† Ernest-Auguste de Hanovre de la neuvi√®me dignit√© d'√©lecteur en 1692[175] et l'octroi aux princes-√©lecteurs du Brandebourg du titre de ¬ę Roi en Prusse ¬Ľ √† partir de 1701 pour s'assurer de leur appui.

Dualisme entre la Prusse et l'Autriche

Article d√©taill√© : Rivalit√© austro-prussienne.
Des territoires en expansion
C'est sous Charles VI que le territoire des Habsbourg s'agrandit le plus

√Ä partir de 1740, les deux plus grands complexes territoriaux de l'Empire ‚ÄĒ √† savoir les possessions h√©r√©ditaires des Habsbourg et le Brandebourg-Prusse ‚ÄĒ se d√©tachent de plus en plus de l'Empire[176]. Apr√®s sa victoire sur les Turcs, l'Autriche conquiert de grands territoires en dehors de l'Empire, ce qui a automatiquement repouss√© le centre de la politique habsbourgeoise vers le sud-est, ce qui sera surtout visible sous le r√®gne des successeurs de L√©opold Ier. Il en va de m√™me pour le Brandebourg-Prusse dont une grande partie du territoire se trouve en dehors de l'Empire. En plus de la rivalit√© croissante, il existe cependant des changements de pens√©e.

Si un titre ou une position dans la hi√©rarchie de l'Empire et dans la noblesse europ√©enne √©taient importants pour le prestige d'un souverain avant la Guerre de Trente Ans, cette situation change par apr√®s. Seul un titre royal est important au niveau europ√©en[176]. D'autres facteurs entrent √† pr√©sent √©galement en jeu comme la grandeur du territoire ou la puissance √©conomique et militaire. D√©sormais le pouvoir qui compte vraiment est celui qui peut √™tre quantifi√© gr√Ęce √† ces nouveaux facteurs. D'apr√®s les historiens, ceci est une cons√©quence √† long terme de la Guerre de Trente Ans pendant laquelle les titres et les positions juridiques n'ont presque plus jou√© de r√īle, en particulier pour les √©tats imp√©riaux les plus petits. Seuls les imp√©ratifs guerriers ont compt√©.

Le Brandebourg-Prusse et l'Autriche n'entrent donc plus dans le cadre de l'Empire et cela non seulement du fait de leur grandeur territoriale mais aussi du fait de leur constitutionnalit√©. Les deux territoires sont devenus des √Čtats. Il est par exemple difficile dans le cas de l'Autriche de ne pas la diff√©rencier du Saint-Empire[177]. Tous deux ont r√©form√© leurs pays et bris√© l'influence des √Čtats provinciaux. Les territoires conquis se doivent d√©sormais d'√™tre administr√©s et prot√©g√©s de mani√®re judicieuse et une arm√©e doit √™tre financ√©e. Les plus petits territoires restent exclus de ces r√©formes. Un souverain qui aurait voulu mettre des r√©formes de cette ampleur en Ňďuvre serait in√©luctablement entr√© en conflit avec les tribunaux imp√©riaux, √©tant donn√© que ceux-ci soutenaient les √Čtats provinciaux dont les privil√®ges auraient √©t√© attaqu√©s par le souverain en question. En tant que souverain autrichien, l'empereur n'a naturellement pas √† craindre le Conseil aulique comme les autres souverains peuvent le craindre puisqu'il le pr√©side. √Ä Berlin, on ne se pr√©occupe pour ainsi dire pas des institutions imp√©riales. L'application des jugements aurait √©t√© effectivement impossible. Ces deux modes de r√©action face aux institutions contribuent √©galement √† l'isolement par rapport √† l'Empire.

Des territoires en conflit
Soldats prussiens à la bataille de Mollwitz lors de la première guerre de Silésie

La rivalit√© que l'on appelle dualisme austro-prussien donne lieu √† plusieurs guerres[178]. La Prusse remporte les deux Guerres de Sil√©sie et obtient la Sil√©sie tandis que la Guerre de Succession d'Autriche s'ach√®ve en faveur de l'Autriche. C'est Charles VII, membre de la famille des Wittelsbach, qui avec l'appui de la France monte sur le tr√īne apr√®s cette guerre de succession en 1742[179]. Toutefois, ce dernier ne parvient pas √† s'imposer et √† sa mort en 1745, les Habsbourg-Lorraine montent de nouveau sur le tr√īne en la personne de Fran√ßois Ier, l'√©poux de Marie-Th√©r√®se.

Ces conflits comme la guerre de Sept ans sont désastreux pour l'Empire. Les Habsbourg, contrariés par l'alliance de nombreux états impériaux avec la Prusse et par l'élection d'un empereur n'étant pas un Habsbourg, misent encore plus qu'avant sur une politique concentrée sur l'Autriche et sa puissance. Les institutions de l'Empire sont devenues les scènes secondaires de la politique de puissance et la constitution de l'Empire est loin d'être en phase avec la réalité. À travers l'instrumentalisation de la Diète d'Empire, la Prusse essaie d'atteindre l'Empire et l'Autriche. L'empereur Joseph II se retire alors presque entièrement de la politique impériale[180]. Joseph II avait essayé de mettre en place une réforme des institutions de l'Empire, en particulier de la Chambre impériale de justice, mais il rencontre vite la résistance des états impériaux qui se détachent de l'Empire. En faisant cela, ils empêchent la Chambre de s'immiscer dans leurs affaires intérieures. Joseph II abandonne.

Cependant, on peut souligner le fait que Joseph II agit de mani√®re malheureuse et brusque. La politique de Joseph II, centr√©e sur l'Autriche pendant la Guerre de Succession de Bavi√®re en 1778 et 1779, et la solution de paix de Teschen, lanc√©e sur l'initiative des puissances √©trang√®res comme la Russie, se r√©v√®lent d√©sastreuses pour l'Empire. En effet, lorsque la lign√©e bavaroise des Wittelsbach s'√©teint en 1777, Joseph voit la possibilit√© d'incorporer la Bavi√®re aux territoires des Habsbourg et ainsi de renforcer son pouvoir[181]. Sous la pression massive de Vienne, l'h√©ritier de la lign√©e palatine des Wittelsbach, le prince-√©lecteur Charles Th√©odore de Bavi√®re, consent √† un trait√© c√©dant des parties de la Bavi√®re. On sugg√®re alors √† Charles Th√©odore qui avait accept√© l'h√©ritage contre son gr√© l'id√©e d'un futur √©change avec les Pays-Bas autrichiens[181]. Joseph II occupe √† la place les territoires bavarois afin de mettre Charles Th√©odore devant le fait accompli et s'arroge en tant qu'empereur un territoire d'Empire. Fr√©d√©ric II s'y oppose, passant ainsi pour le protecteur de l'Empire et des petits √©tats imp√©riaux et se hissant ainsi au rang de ¬ę contre-empereur ¬Ľ. Les troupes prussiennes et saxonnes marchent sur la Boh√™me.

Lors du trait√© de Teschen du 13 mai 1779 pr√©par√© par la Russie, l'Autriche re√ßoit certes l‚ÄôInnviertel, une r√©gion au sud-est de l'Inn, qui lui √©tait promis mais l'empereur fait figure de perdant[181]. Pour la seconde fois depuis 1648, un probl√®me interne √† l'Allemagne est r√©gl√© gr√Ęce √† l'aide de puissances ext√©rieures. Ce n'est pas l'empereur qui apporte la paix dans l'Empire mais la Russie qui, parall√®lement √† son r√īle de garante de la paix de Teschen, avait √©t√© la garante des trait√©s de Westphalie et √©tait ainsi devenue l'un des protecteurs de la constitution de l'Empire. L'Empire s'√©tait d√©sassembl√© de lui-m√™me. M√™me si Fr√©d√©ric II fait figure de protecteur de l'Empire[182], il n'a pas pour projet de le prot√©ger et de le consolider mais au contraire d'affaiblir l'empereur et √† travers lui la structure de l'Empire, ce √† quoi il parvient[183]. Le concept d'une tierce Allemagne n√© de la crainte des petits et moyens √©tats imp√©riaux de devenir l'instrument des plus grands √©choue √† cause de l'√©ternelle opposition confessionnelle entre les diff√©rents √Čtats. Quelques ann√©es plus tard, Napol√©on donne le coup de gr√Ęce √† un Empire qui ne pr√©sente plus de force de r√©sistance.

Disparition de l'Empire

Guerres de coalition

Le Saint-Empire à la veille de la Révolution française

Face aux troupes r√©volutionnaires fran√ßaise, les deux grandes puissances allemandes s'allient dans la Premi√®re Coalition. Cette alliance n'a cependant pas pour but de prot√©ger les droits de l'Empire mais on esp√®re bien plut√īt √©tendre sa sph√®re d'influence[184] tout en s'assurant que l'alli√© ne remporte pas seul la victoire. En voulant absolument agrandir le territoire autrichien ‚ÄĒ si besoin est au d√©triment des autres membres de l'Empire ‚ÄĒ l'empereur Fran√ßois II, √©lu pr√©cipitamment et unanimement le 5 juillet 1792, g√Ęche la possibilit√© de pouvoir √™tre soutenu par les autres √©tats imp√©riaux. La Prusse veut aussi se d√©dommager de ses co√Ľts de guerre en annexant des territoires eccl√©siastiques. C'est pourquoi il est impossible de former un front uni contre les troupes r√©volutionnaires fran√ßaises et donc d'obtenir des succ√®s militaires.

D√©√ßue par le manque de succ√®s et pour mieux s'occuper de la r√©sistance n√©e autour de la nouvelle partition de la Pologne, la Prusse signe une paix s√©par√©e en 1795 avec la France, la Paix de B√Ęle[185]. En 1796, le Bade et le Wurtemberg font de m√™me. Les accords ainsi sign√©s stipulent que les possessions situ√©es sur la rive gauche du Rhin doivent √™tre c√©d√©es √† la France[186]. Toutefois, les propri√©taires vont √™tre d√©dommag√©s en recevant des territoires eccl√©siastiques situ√©s sur la rive droite, territoires qui vont alors √™tre s√©cularis√©s. Les autres √©tats imp√©riaux n√©gocient aussi des armistices ou des trait√©s de neutralit√©.

En 1797, l'Autriche signe quant à elle le Traité de Campo-Formio. Elle cède ainsi différentes possessions comme les Pays-Bas autrichiens et le grand-duché de Toscane. En compensation, l'Autriche doit tout comme la Prusse recevoir des territoires situés sur la rive droite du Rhin[187]. Les deux grandes puissances de l'Empire se dédommagent donc aux dépens des membres de l'Empire les plus petits. Elles accordent ainsi à la France un droit d'intervention dans l'organisation future de l'Empire. En agissant comme roi de Hongrie et de Bohême mais obligé de garantir l'intégrité de l'Empire en tant qu'empereur, François II lui cause des dommages irréparables en démembrant certains autres états impériaux.

Recès d'Empire

Situation de l'Europe après le traité de Lunéville

En mars 1798, la d√©putation d'Empire consent lors du congr√®s de Rastadt √† c√©der les territoires situ√©s sur la rive gauche du Rhin et √† la s√©cularisation de ceux situ√©s sur la rive droite √† l'exception des trois √©lecteurs eccl√©siastiques. Mais la Deuxi√®me Coalition met un terme au marchandage li√© aux diff√©rents territoires. Le trait√© de Lun√©ville sign√© en 1801 met fin √† la guerre[188]. Approuv√© par la Di√®te, il n'apporte toutefois aucune d√©finition claire en ce qui concerne les d√©dommagements. Les n√©gociations de paix de B√Ęle avec la Prusse, de Campo Formio avec l'Autriche et de Lun√©ville avec l'Empire exigent des d√©dommagements que seule une loi d'Empire peut ent√©riner. C'est pourquoi l'on convoque une d√©putation pour r√©gler la situation. En fin de compte, la d√©putation accepte le plan de d√©dommagement franco-russe du 3 juin 1802 sans le modifier substantiellement. Le 24 mars 1803, la Di√®te d'Empire accepte d√©finitivement le Rec√®s d'Empire[189].

Presque toutes les villes d'Empire, les territoires temporels les plus petits et presque toutes les principaut√©s eccl√©siastiques vont √™tre choisis pour d√©dommager les puissances l√©s√©es. La composition de l'Empire s'en trouve consid√©rablement modifi√©e. Le banc des princes √† la di√®te autrefois en majorit√© catholique devient protestant[190]. Deux des trois √©lectorats eccl√©siastiques disparaissent. M√™me l'√©lecteur de Mayence perd son si√®ge pour √™tre nomm√© √† Ratisbonne. Parall√®lement, il n'existe plus que deux grands princes d'Empire eccl√©siastiques : le Grand-Prieur de l'Ordre de Malte et le Grand-Ma√ģtre de l'Ordre Teutonique. En tout, ce sont 110 territoires qui disparaissent et 3,16 millions de personnes qui changent de souverain[191].

Cette nouvelle organisation territoriale de l'Empire va longtemps exercer une influence sur le paysage politique europ√©en. On a parl√© pour l'ann√©e 1624 de Normaljahr, c'est-√†-dire d'une ann√©e servant de r√©f√©rence, il en va de m√™me pour l'ann√©e 1803 en ce qui concerne les relations confessionnelles et patrimoniales en Allemagne. Le Rec√®s d'Empire cr√©e un nombre clair de moyennes puissances √† partir d'une multitude de territoires. Afin de proc√©der aux d√©dommagements, on s√©cularise et on m√©diatise. Les d√©dommagements d√©passent parfois ce que la puissance en question aurait d√Ľ recevoir au vu de ses pertes[192]. Le margrave de Bade re√ßoit par exemple neuf fois plus de sujets par rapport √† ceux perdus lors de la cession des territoires sur la rive gauche du Rhin et sept fois plus de territoires[190]. L'une des raisons est que la France veut se cr√©er une s√©rie d'√Čtats satellites, assez gros pour cr√©er des difficult√©s √† l'empereur mais assez petits pour ne pas menacer la position de la France.

L'√Čglise d'Empire a quant √† elle cess√© d'exister[190]. Elle avait √©t√© si ancr√©e dans le syst√®me imp√©rial qu'elle dispara√ģt m√™me avant que l'Empire s'effondre. Les positions anticl√©ricales de la France ont fait le reste, d'autant plus que l'empereur perd ainsi l'un de ses pouvoirs les plus importants. L'esprit de l'Aufkl√§rung et la folie de puissance absolutiste contribuent √©galement √† rendre l'√Čglise d'Empire obsol√®te et √† d√©velopper les convoitises de princes d'Empire catholiques.

Implication de Napoléon Ier

Napoléon Ier

Le 18 mai 1804, Napol√©on devient l'empereur des Fran√ßais. Ce couronnement qui renforce son pouvoir montre √©galement sa volont√© de devenir l'h√©ritier de Charlemagne[193] et d'ainsi l√©gitimer son action en l'inscrivant dans la tradition m√©di√©vale. C'est pourquoi ce dernier visite la cath√©drale d'Aix-la-Chapelle en septembre 1804 ainsi que la tombe de Charlemagne. Lors des discussions diplomatiques entre la France et l'Autriche en ce qui concerne le titre d'empereur, Napol√©on exige dans une note secr√®te dat√©e du 7 ao√Ľt 1804 que son empire soit reconnu ; Fran√ßois II quant √† lui serait reconnu Empereur h√©r√©ditaire d‚ÄôAutriche. Quelques jours plus tard, le souhait se transforme en ultimatum. Deux solutions s'offrent alors : la guerre ou la reconnaissance de l'empire fran√ßais. L'empereur Fran√ßois II c√®de. Le 11 ao√Ľt 1804, il ajoute √† son titre d'empereur du Saint-Empire celui d'empereur h√©r√©ditaire d'Autriche pour lui et ses successeurs[194]. Cette d√©marche repr√©sente toutefois une rupture du droit imp√©rial puisque ni les princes-√©lecteurs n'en ont √©t√© inform√©s ni la Di√®te d'Empire ne l'a accept√©e. En dehors de toute consid√©ration juridique, beaucoup consid√®rent cette d√©marche comme pr√©cipit√©e. Friedrich von Gentz √©crit d'ailleurs √† son ami le Prince Metternich : ¬ę Si la couronne imp√©riale allemande reste dans la maison d'Autriche ‚ÄĒ et on trouve d√©j√† une telle masse de non-politique aujourd'hui o√Ļ il n'y a encore aucun danger imminent clairement visible que l'on craint le contraire ! ‚ÄĒ toute dignit√© imp√©riale est vaine[195] ¬Ľ.

Toutefois Napol√©on perd d√©finitivement patience. Lors de la Troisi√®me Coalition, il fait marcher son arm√©e sur Vienne. Les troupes de l'arm√©e bavaroise et de l'arm√©e du Wurtemberg lui viennent en renfort. C'est ainsi qu'il remporte la bataille d'Austerlitz le 2 d√©cembre 1805 sur les Russes et les Autrichiens. Le Trait√© de Presbourg que Napol√©on dicte √† Fran√ßois II et au tsar Alexandre Ier scelle la fin de l'Empire[196]. Napol√©on y impose en effet que la Bavi√®re soit √©rig√©e en royaume comme le Wurtemberg et le Bade, se retrouvant ainsi √† √©galit√© avec la Prusse et l'Autriche. C'est la structure de l'Empire qui est une nouvelle fois attaqu√©e puisqu'en acqu√©rant leur pleine souverainet√©, ces royaumes s'en d√©tachent. C'est d'ailleurs ce que souligne une remarque de Napol√©on √† son ministre des Affaires √©trang√®res Talleyrand : ¬ę J'aurai cependant arrang√© la partie de l'Allemagne qui m'int√©resse : il n'y aura plus de di√®te √† Ratisbonne, puisque Ratisbonne appartiendra √† la Bavi√®re ; il n'y aura donc plus d'Empire Germanique, et nous nous en tiendrons l√†[197] ¬Ľ.

Médaille de la Confédération du Rhin

Le fait que l'√Člecteur de Mayence Karl Theodor von Dalberg fasse du grand aum√īnier de l'empire fran√ßais Joseph Cardinal Fesch son coadjuteur[198], esp√©rant ainsi sauver l'Empire, porte un dernier coup en faveur l'abdication de la couronne. Dalberg, chancelier d'Empire et donc en tant que tel chef de la chancellerie d'Empire, gardien du tribunal imp√©rial et des archives imp√©riales, nomme un Fran√ßais qui ne parle pas un mot d'allemand et qui plus est un oncle de Napol√©on. En cas de d√©c√®s ou de d√©mission de Dalberg, l'oncle de l'empereur fran√ßais serait alors devenu chancelier de l'Empire. La Di√®te d'Empire prend connaissance de la situation le 27 mai 1806[199]. Selon le ministre autrichien des Affaires √©trang√®res Johann Philipp von Stadion, il n'y a que deux solutions possibles : la disparition de l'Empire ou sa refonte sous dominance fran√ßaise. C'est ainsi que Fran√ßois II se d√©cide √† protester le 18 juin, en vain.

Le 12 juillet 1806, l'√Člectorat de Mayence, la Bavi√®re, le Wurtemberg, le Bade, le landgraviat de Hesse-Darmstadt devenu Grand-duch√© de Hesse, le duch√© de Nassau, le duch√© de Berg et de Cl√®ves, et d'autres princes fondent la Conf√©d√©ration du Rhin √† Paris[200]. Napol√©on devient leur protecteur et ils font s√©cession de l'Empire le 1er ao√Ľt. En janvier, le roi de Su√®de avait d√©j√† suspendu la participation des envoy√©s de Pom√©ranie occidentale aux s√©ances de la di√®te et en r√©action √† la signature des actes de la Conf√©d√©ration le 28 juin, il d√©clare la constitution imp√©riale suspendue dans les territoires imp√©riaux sous le commandement su√©dois et d√©clare √©galement comme dissous les √Čtats et conseils provinciaux. √Ä la place, il introduit la constitution su√©doise en Pom√©ranie su√©doise. C'est ainsi qu'est mis un terme au r√©gime imp√©rial dans cette partie de l'Empire qui a alors pratiquement d√©j√† cess√© d'exister.

Abdication de François II

L'abdication de la couronne imp√©riale est anticip√©e par un ultimatum pr√©sent√© le 22 juillet √† Paris √† l'envoy√© autrichien[201]. Si l'empereur Fran√ßois II n'abdique pas d'ici le 10 ao√Ľt, les troupes fran√ßaise attaquent l'Autriche. Cependant, depuis plusieurs semaines, Johann Aloys Josef Freiherr von H√ľgel et le comte von Stadion sont occup√©s √† √©tablir une expertise portant sur la pr√©servation de l'Empire. Leur analyse rationnelle les am√®ne √† la conclusion que la France va essayer de dissoudre la constitution de l'Empire et de le transformer en un √Čtat f√©d√©ratif influenc√© par la France. La conservation de la dignit√© imp√©riale va in√©luctablement conduire √† un conflit avec la France, le renoncement √† la couronne est donc in√©vitable[202].

Le 17 juin 1806, on pr√©sente l'expertise √† l'empereur[203]. Le 1er ao√Ľt, l'envoy√© fran√ßais La Rochefoucauld entre dans la chancellerie autrichienne. Ce n'est qu'apr√®s que La Rochefoucauld a formellement attest√© √† von Stadion apr√®s de vives confrontations que Napol√©on ne coifferait pas la couronne imp√©riale et respecterait l'ind√©pendance autrichienne que le ministre autrichien des affaires √©trang√®res approuve l'abdication qui est promulgu√©e le 6 ao√Ľt.

Dans son acte d'abdication, l'empereur indique qu'il n'est plus en mesure de remplir ses devoirs de chef de l'Empire et d√©clare : ¬ę Nous d√©clarons donc, par les pr√©sentes, que Nous consid√©rons comme dissous les liens qui, jusqu'√† pr√©sent, Nous ont attach√© au corps de l'Empire germanique, que Nous regardons comme √©teinte par la formation de la Conf√©d√©ration du Rhin la charge et la dignit√© de Chef de l'Empire ; et que Nous Nous consid√©rons par l√† comme lib√©r√© de tous Nos devoirs envers cet Empire[204]. ¬Ľ

Fran√ßois II ne se contente pas seulement de d√©poser sa couronne, il dissout enti√®rement le Saint-Empire sans l'approbation de la Di√®te d'Empire en proclamant : ¬ę Nous d√©lions en m√™me temps les √©lecteurs, princes et √Čtats, et tous les membres de l'Empire, nomm√©ment aussi les membres des tribunaux supr√™mes et autres officiers de l'Empire, de tous les devoirs par lesquels ils √©taient li√©s √† Nous, comme Chef l√©gal de l'Empire, par la constitution[204] ¬Ľ. Il dissout √©galement les territoires de l'Empire relevant de son propre pouvoir et les soumet √† l'empire autrichien. M√™me si la dissolution de l'Empire ne suit aucun caract√®re juridique, il n'y a aucune volont√© ni aucun pouvoir pour le pr√©server.

La chute du Saint-Empire est apparue comme in√©vitable d√®s lors que Napol√©on s'est employ√© √† en red√©finir la carte g√©opolitique. Les r√©actions √† cette disparition sont diverses, oscillant entre indiff√©rence et √©tonnement comme le montre l'un des t√©moignages les plus connus, celui de la m√®re de Goethe, Catharina Elisabeth Textor, qui √©crit le 19 ao√Ľt 1806, moins de quinze jours apr√®s l'abdication de Fran√ßois II : ¬ę Je suis d'ailleurs dans le m√™me √©tat d'esprit que lorsqu'un vieil ami est tr√®s malade. Les m√©decins le d√©clarent condamn√©, on est assur√© qu'il va bient√īt mourir et on est assur√©ment boulevers√© lorsque le courrier arrive nous annon√ßant qu'il est mort[205] ¬Ľ. L'indiff√©rence face √† la disparition[206] montre comme le Saint-Empire s'√©tait scl√©ros√© et comme ses institutions ne fonctionnaient plus. Le lendemain de l'abdication, Goethe √©crit dans son journal qu'une dispute entre un cocher et son valet suscite plus de passion que la disparition de l'Empire[207]. D'autres comme √† Hambourg c√©l√®brent la fin de l'Empire[208].

Congrès de Vienne et Confédération germanique

Congrès de Vienne

Apr√®s le Congr√®s de Vienne de 1815, les √Čtats allemands se rassemblent au sein de la Conf√©d√©ration germanique. Auparavant, en novembre 1814, un groupe de vingt-neuf souverains de petits et moyens √Čtats propose au comit√© qui s'occupe d'√©tablir un plan visant √† construire un √Čtat f√©d√©ral de r√©introduire la dignit√© imp√©riale en Allemagne[209]. Il ne faut pas y voir l'expression d'une ardeur patriotique mais plut√īt la crainte de la domination des princes devenus gr√Ęce √† Napol√©on les rois de territoires souverains comme les rois de Wurtemberg, de Bavi√®re et de Saxe.

On discute √©galement pour savoir si un nouvel empereur doit √™tre √©lu. C'est ainsi que l'on voit appara√ģtre la proposition de faire alterner la dignit√© imp√©riale entre les puissants princes du sud et du nord de l'Allemagne. Toutefois, les porte-parole de l'Empire se prononcent en faveur d'une dignit√© imp√©riale reprise par l'Autriche, donc par Fran√ßois II. Mais ce dernier rejette la proposition du fait de la faible fonction qu'il rev√™tirait. L'empereur n'obtiendrait pas les droits qui feraient de lui un v√©ritable chef d'Empire. C'est ainsi que Fran√ßois II et son chancelier Metternich consid√®rent la charge imp√©riale comme un fardeau[210] tout en ne voulant pas que le titre d'empereur revienne √† la Prusse ou √† tout autre prince puissant. Le Congr√®s de Vienne se dissout sans avoir renouvel√© l'Empire. La Conf√©d√©ration germanique est fond√©e le 8 juin 1815 et l'Autriche la dirige jusqu'en 1866.

Constitution de l'Empire

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Le concept de constitution du Saint-Empire n'est pas √† comprendre au sens juridique actuel d'un document juridique global[211]. Elle se compose pour l'essentiel de traditions et d'exercices de normes juridiques qui n'ont √©t√© fix√©es par des lois fondamentales √©crites que depuis la fin du Moyen √āge et surtout depuis l'√Čpoque moderne. La constitution de l'Empire comme elle a √©t√© d√©finie par des juristes √† partir du XVIIIe si√®cle est plut√īt un conglom√©rat de fondements juridiques √©crits et non √©crits portant sur l'id√©e, la forme, la construction, les comp√©tences, l'action de l'Empire et de ses membres.

L'organisation f√©d√©rale qui comporte un tr√®s grand nombre de r√®glements enchev√™tr√©s est d√©j√† critiqu√©e par des contemporains comme Samuel von Pufendorf qui en 1667 √©crit sous le pseudonyme de Severinus von Monzambano son Ňďuvre De statu imperii Germanici afin de soutenir les princes protestants et dans laquelle il d√©crit l'Empire comme ¬ę monstro simile[212] ¬Ľ.

Toutefois, l'Empire est un √Čtat avec un chef, l'empereur, et ses membres, les √©tats imp√©riaux. Le caract√®re particulier de l'Empire et de sa constitution est connu des juristes de l'√©poque qui essaient alors de le th√©oriser. D'apr√®s cette th√©orie, l'Empire est gouvern√© par deux majest√©s. On trouve d'un c√īt√© la Majestas realis exerc√©e par les √©tats imp√©riaux et la Majestas personalis par l'empereur √©lu[213]. Cet √©tat de chose est rendu visible √† travers la formulation souvent utilis√©e Empereur et Empire (Kaiser und Kaisertum). Contrairement √† de nombreux autres pays, le chef de l'Empire n'est pas l'empereur.

Cent ans apr√®s Pufendorf, Karl Theodor von Dalberg, l'archev√™que de Mayence, d√©fend l'organisation de l'Empire avec les mots suivants : ¬ę une construction gothique durable qui n'est cependant pas construite selon les r√®gles de l'art mais o√Ļ l'on habite de mani√®re s√Ľre[214] ¬Ľ.

Lois fondamentales

Les lois et les textes qui ont fait partie de la constitution impériale ont été élaborés au cours de différents siècles et leur reconnaissance en tant que lois faisant partie intégrante de la constitution n'a pas été générale. Toutefois certaines d'entre elles sont désignées comme étant des lois fondamentales.

La premi√®re convention que l'on peut consid√©rer comme √©tant de droit constitutionnel est celle du Concordat de Worms de 1122 qui met fin √† la Querelle des Investitures[215]. La fixation par √©crit de la primaut√© de la nomination des √©v√™ques par l'empereur avant leur installation par le pape ouvre au pouvoir temporel une certaine ind√©pendance vis-√†-vis du pouvoir religieux. Le concordat est une premi√®re pierre dans l'√©mancipation balbutiante de l'√Čtat ‚ÄĒ que l'on ne peut toutefois √† peine qualifier comme tel ‚ÄĒ par rapport √† l'√Čglise.

De mani√®re interne √† l'Empire, le premier jalon n'est pos√© que plus de cent ans plus tard. Les princes ethniques √† l'origine autonomes se transforment au XIIe si√®cle en princes d'Empire. Fr√©d√©ric II doit leur octroyer des droits lors de la Di√®te de Worms de 1231, droits qui lui √©taient r√©serv√©s auparavant. Avec le Statutum in favorem principum, les princes ont par exemple le droit de frapper monnaie ou de mettre des douanes en place. Fr√©d√©ric II reconna√ģt √©galement aux princes le droit de l√©gif√©rer.

Sceau de la Bulle d'or avec Charles IV

Parallèlement au Statutum in favorem principum, la Bulle d'or de 1356 est le texte considéré comme le véritable fondement de la constitution[215]. Pour la première fois, les principes d'élection du roi sont fermement codifiés[211], évitant par la suite les doubles élections. Le groupe des princes électeurs est également défini[216]. Ces derniers sont déclarés indivisibles pour éviter que leur nombre n'augmente. De plus, la Bulle d'Or exclut tout droit papal sur l'élection du roi et réduit le droit de mener des guerres privées.

Les concordats de 1447 entre le pape Nicolas V et l'empereur Fr√©d√©ric III sont √©galement consid√©r√©s comme √©tant une loi fondamentale. Les droits papaux et les libert√©s de l'√Čglise et des √©v√™ques dans l'Empire y sont consign√©s. Sont concern√©es l'√©lection des √©v√™ques, des abb√©s et des prieurs mais √©galement l'attribution des dignit√©s religieuses et les questions concernant la succession fonci√®re apr√®s la mort d'un dignitaire religieux. Les concordats sont un fondement pour le r√īle et la structure de l'√Čglise en tant qu'√Čglise d'Empire pour les si√®cles qui ont suivi.

La r√©forme d'Empire promulgu√©e lors de la Di√®te de Worms le 7 ao√Ľt 1495 est une autre √©volution majeure de la constitution[217]. Elle met en place la Paix perp√©tuelle qui interdit toutes les guerres priv√©es que pouvaient alors mener les nobles et essaie d'imposer la puissance de l'√Čtat. Tout conflit arm√© et toute justice priv√©e sont consid√©r√©s comme anticonstitutionnels. Ce sont les tribunaux des territoires ou plut√īt de l'Empire quand il s'agit des √©tats imp√©riaux qui doivent r√©gler les litiges. Toute personne rompant la paix perp√©tuelle s'expose √† de lourdes sentences comme des amendes tr√®s √©lev√©es ou la mise au ban de l'Empire.

Suivent ensuite une s√©rie de lois d'Empire √©rig√©es en lois fondamentales : la Matricule d'Empire (Reichsmatrikel) de Worms de 1521 qui fixe les contingents de troupes que tous les √©tats imp√©riaux doivent mettre √† disposition de l'arm√©e imp√©riale. Elle d√©finit √©galement les sommes √† payer pour l'entretien de l'arm√©e. Malgr√© certains am√©nagements, cette loi est le fondement de la Reichsheeresverfassung. Il faut ajouter √† la Matricule d'autres lois de grande importance comme la Paix d'Augsbourg du 25 septembre 1555 qui √©tend la paix perp√©tuelle au plan confessionnel[218] et abandonne l'id√©e d'une unit√© religieuse.

Apr√®s la guerre de Trente Ans, les trait√©s de Westphalie sont d√©clar√©s loi fondamentale perp√©tuelle en 1654[219]. Parall√®lement aux changements territoriaux, on reconna√ģt d√©sormais la souverainet√© des territoires de l'Empire. Les calvinistes sont √©galement reconnus aux c√īt√©s des catholiques et des luth√©riens. On met en place des dispositions sur la paix religieuse ainsi que pour la parit√© confessionnelle dans les institutions imp√©riales. Avec ces diff√©rentes lois, la construction de la constitution de l'Empire √©tait pour l'essentiel finie. Toutefois, certains trait√©s de paix sont ajout√©s √† la constitution par diff√©rents juristes. On trouve par exemple le trait√© de Nim√®gue de 1678 et le trait√© de Ryswick de 1697 qui modifient les fronti√®res de certaines parties de l'Empire, mais encore certains rec√®s comme le Dernier rec√®s imp√©rial de 1654 et la convention de la Di√®te perp√©tuelle d'Empire de 1663. Certains historiens actuels consid√®rent le Reichsdeputationshauptschluss comme la derni√®re loi fondamentale √©tant donn√© qu'elle cr√©e un tout nouveau fondement de la constitution de l'Empire. Toutefois, tous ne le consid√®rent pas comme tel car il signe la fin de l'Empire. Selon Anton Schindling qui a analys√© le potentiel de d√©veloppement du rec√®s, l'analyse historique doit s√©rieusement le consid√©rer comme une chance d'une nouvelle loi fondamentale pour un Empire renouvel√©[220].

Coutumes et Reichsherkommen

Le droit allemand, par nature, prend en compte les coutumes. Fred E. Schrader r√©sume ainsi : ¬ę Ce qui oppose le droit allemand au droit romain, c'est son principe accumulateur de droits substantiels. Un code de r√®gles ne serait pas capable de comprendre ou de remplacer ce syst√®me[221] ¬Ľ. On trouve d'un c√īt√© les droits et les coutumes qui n'ont jamais √©t√© fix√©s par √©crit et d'autre part les droits et les coutumes qui ont conduit √† la modification de lois et de contrats. C'est ainsi que la Bulle d'or a √©t√© modifi√©e en ce qui concerne le couronnement du roi qui a lieu √† partir de 1562 √† Francfort et non √† Aix-la-Chapelle comme il en avait √©t√© convenu. Afin qu'une telle action devienne un droit coutumier, cette derni√®re doit se r√©p√©ter sans qu'aucune objection n'y soit faite. La s√©cularisation des √©v√™ch√©s du nord de l'Allemagne par les princes territoriaux devenus protestants dans la seconde moiti√© du XVIe si√®cle n'a jamais fait par exemple par la suite partie du droit √©tant donn√© que l'empereur s'y est oppos√© plusieurs fois. Si le droit non √©crit peut avoir valeur de loi, le fait de ne pas appliquer une r√®gle peut suffire √† la faire abolir.

Le Reichsherkommen (traduit par observance)[221] regroupe les coutumes r√©gissant les affaires de l'√Čtat. La Reichspublizistik se charge de les compiler[222]. Les juristes de l'√©poque d√©finissent deux groupes : la coutume en elle-m√™me et celle d√©finissant la mani√®re dont les premi√®res doivent √™tre appliqu√©es. On range dans le premier groupe l'accord selon lequel depuis l'√Čpoque moderne seul un Allemand peut √™tre √©lu roi et que ce dernier doit n√©gocier une capitulation d'√©lection avec les princes-√©lecteurs depuis 1519 ou encore la pratique selon laquelle le souverain nouvellement √©lu doit faire le tour de ses territoires[223]. Selon l'ancien droit coutumier, les √©tats imp√©riaux les plus nobles peuvent ajouter ¬ę Par la gr√Ęce de Dieu ¬Ľ √† leur titre. De la m√™me mani√®re, les √©tats imp√©riaux religieux sont mieux consid√©r√©s que les √©tats imp√©riaux temporels du m√™me rang. On range entre autres dans le second groupe la division des √©tats imp√©riaux en trois coll√®ges disposant chacun de droits diff√©rents, la conduite de la Di√®te d'Empire et l'administration des services imp√©riaux (Erz√§mter).

Empereur

Couronne impériale conservée à Vienne

Les souverains imp√©riaux du Moyen √āge se consid√®rent ‚ÄĒ en relation avec la Renovatio imperii, la reconstruction de l'Empire romain sous Charlemagne ‚ÄĒ comme les successeurs directs des c√©sars romains et des empereurs carolingiens. Ils propagent l'id√©e de Translatio imperii selon laquelle la toute-puissance temporelle, l‚ÄôImperium, est pass√©e des Romains aux Allemands. C'est pour cette raison que parall√®lement √† l'√©lection du Roi des Romains, le roi revendique d'√™tre couronn√© empereur par le pape √† Rome. Pour la position juridique du chef de l'Empire, il est alors important qu'il devienne √©galement le chef des territoires li√©s √† l'Empire, de l'Italie imp√©riale et du Royaume de Bourgogne.

√Ä l'origine, l'√©lection du roi doit, en th√©orie, √™tre d√©cid√©e par tous les gens libres de l'Empire[89], puis par les Princes d'Empire et ensuite uniquement par les princes les plus importants de l'Empire, en g√©n√©ral ceux qui peuvent appara√ģtre comme des rivaux ou qui peuvent rendre impossible le gouvernement du roi. Le cercle pr√©cis de ces personnes reste toutefois controvers√© et √† plusieurs reprises on assiste √† des doubles √©lections, les princes ne parvenant pas √† se mettre d'accord sur un candidat commun. Il faut attendre la Bulle d'Or pour que le principe de majorit√© et le cercle des personnes ayant le droit d'√©lire le roi soient d√©finis.

Depuis 1508, c'est-√†-dire depuis Maximilien Ier, le roi nouvellement √©lu se nomme ¬ę Empereur romain √©lu de Dieu ¬Ľ (en allemand Erw√§hlter R√∂mischer Kaiser). Ce titre auquel tous renoncent apr√®s leur couronnement par le pape except√© Charles Quint montre que l'empire ne na√ģt pas du couronnement par le pape[224]. Dans le langage familier et dans la recherche ancienne, on trouve la formulation Empereur allemand (deutscher Kaiser) pour l‚ÄôEmpereur du Saint-Empire romain germanique (Kaiser des Heiligen R√∂mischen Reiches Deutscher Nation). Au XVIIIe si√®cle, ces d√©signations sont reprises dans les documents officiels. La recherche historique moderne utilise au contraire la d√©signation d'Empereur romain germanique pour faire la diff√©rence avec les empereurs romains de l'Antiquit√© d'une part et les empereurs allemands des XIXe et XXe si√®cles.

R√īle constitutionnel de l'empereur

L'empereur est le chef de l'Empire, le juge supr√™me et le protecteur de l'√Čglise[225]. Lorsqu'il est question dans les actes de l'√Čpoque moderne d'empereur, c'est toujours le chef de l'Empire qui est d√©sign√©. Un √©ventuel roi √©lu roi des Romains du vivant de l'empereur d√©signe seulement le successeur et futur empereur. Aussi longtemps que l'empereur est vivant, le roi ne peut tirer aucun droit propre sur l'Empire √† partir de son titre. Parfois, on conc√®de au roi un droit √† gouverner comme c'est le cas pour Charles Quint et son fr√®re, le roi des Romains Ferdinand Ier. Lorsque l'empereur meurt ou abdique, c'est le roi qui reprend directement le pouvoir imp√©rial.

Depuis les d√©buts de l'√Čpoque moderne, le titre d'empereur implique davantage de puissance que ce dernier n'en poss√®de en r√©alit√©. Il ne peut pas √™tre compar√© aux c√©sars romains ou aux empereurs du Moyen √āge. L'empereur ne peut mener une politique efficace qu'en collaborant avec les √©tats imp√©riaux et en particulier les princes-√©lecteurs. Des jurisconsultes du XVIIIe si√®cle divisent souvent les comp√©tences imp√©riales en trois groupes. Le premier regroupe les droits comitiaux (iura comitialia) auxquels la Di√®te d'Empire doit donner son approbation. On compte parmi ces droits les imp√īts imp√©riaux, les lois imp√©riales tout comme les d√©clarations de guerre ou les trait√©s de paix qui concernent l'ensemble de l'Empire[226]. Le second groupe regroupe les droits r√©serv√©s limit√©s de l'empereur (iura caesarea reservata limitata) comme la convocation de la Di√®te d'Empire, la frappe de la monnaie ou la mise en place de droits de douane qui n√©cessitent l'approbation des princes-√©lecteurs. Quant au troisi√®me groupe, celui des droits r√©serv√©s illimit√©s (iura reservata illimitata ou iura reservata), ce sont les droits que l'empereur peut exercer dans tout l'Empire sans aucune approbation des princes-√©lecteurs. Les plus importants de ces droits sont celui de nommer des conseillers, de pr√©senter un ordre du jour √† la Di√®te d'Empire, et d'anoblir. Il existe d'autres droits moins importants pour la politique imp√©riale comme celui d'attribuer des grades acad√©miques ou de l√©gitimer des enfants naturels.

Les droits imp√©riaux se sont modifi√©s au cours de l'√Čpoque moderne pour devenir des droits requ√©rant de plus en plus une approbation. La mise au ban √©tait √† l'origine un droit r√©serv√©, elle est devenue ensuite un droit comitial tributaire de l'approbation de la Di√®te d'Empire.

Archevêque de Mayence

L'électeur de Mayence détient une position éminente au sein du Saint-Empire romain germanique. Il préside le collège électoral, c'est-à-dire qu'il convoque les six autres grands électeurs pour le choix du nouveau roi à Francfort-sur-le-Main. Il est le premier dans le processus d'élection du roi des Romains et pour les délibérations sur les capitulations[225].

Il a en outre la charge du sacre et de l‚Äôonction du nouvel empereur. Il est de droit archichancelier, et au plan protocolaire le premier conseiller de la Di√®te d'Empire. Il exerce le contr√īle des archives de cette assembl√©e et d√©tient une position particuli√®re au sein du Conseil aulique et de la Chambre imp√©riale de justice. En tant que prince de l'√Čtat mandataire, la direction du Cercle √©lectoral du Rhin lui revient[227]. Toutefois la plupart de ces fonctions ont plut√īt un caract√®re repr√©sentatif, et en tant que telles donnent surtout un poids politique au prince-archev√™que.

√Čtats imp√©riaux

Article d√©taill√© : √Čtats imp√©riaux.
L'aigle bicéphale porte les états impériaux sur ses ailes

Le concept d'√©tats imp√©riaux d√©signe les personnes imm√©diates ou les corporations qui peuvent si√©ger et ont droit de cit√© √† la Di√®te d'Empire[228]. Ils ne sont les sujets d'aucun seigneur et acquittent leurs imp√īts √† l'Empire. C'est au d√©but du XVe si√®cle que ces √Čtats acqui√®rent d√©finitivement leur importance. On peut citer parmi les √©tats imp√©riaux le royaume de Boh√™me, le comt√© palatin du Rhin, le duch√© de Saxe ou la marche de Brandebourg.

Si on diff√©rencie les √©tats imp√©riaux en termes de rang, on les distingue aussi entre √Čtats temporels et √Čtats spirituels. Cette diff√©rentiation est d'autant plus importante que des dignitaires eccl√©siastiques du Saint-Empire comme les archev√™ques et les √©v√™ques peuvent √©galement √™tre des suzerains. √Ä c√īt√© du dioc√®se dans lequel l'√©v√™que est le chef de l'√Čglise, ce dernier gouverne √©galement souvent sur une partie du territoire du dioc√®se en tant que suzerain. Dans ses territoires, le dignitaire eccl√©siastique promulgue des lois, encaisse les imp√īts, octroie des privil√®ges tout comme le ferait un seigneur temporel. Afin de montrer son double r√īle de chef spirituel et temporel, l'√©v√™que prend alors le titre de prince-√©v√™que. Seul ce r√īle temporel des princes-√©v√™ques justifie leur appartenance aux √©tats imp√©riaux.

Princes-électeurs

Article d√©taill√© : Prince-√Člecteur.
L'empereur et les huit princes-électeurs

Les princes-√©lecteurs sont un groupe de princes d'Empire ayant le droit d'√©lire le roi des Romains[225]. Ils sont les piliers de l'Empire. Le coll√®ge des princes-√©lecteurs repr√©sente l'Empire face √† l'empereur et agit comme la voix de l'Empire. Le coll√®ge des √©lecteurs est le cardo imperii, la charni√®re entre l'empereur et l'Empire. Les princes-√©lecteurs temporels d√©tiennent les postes imp√©riaux (Erz√§mter)[229] : archi-mar√©chal pour la Saxe, archi-chambellan pour le Brandebourg, archi-√©chanson pour la Boh√™me, archi-porte-√©tendard pour le Hanovre, archi-tr√©sorier pour la Bavi√®re, archi-chanceliers pour les archev√™ques de Mayence, Cologne et Tr√®ves[228]. L'un des r√īles les plus importants est celui que tient l'archev√™que de Mayence en tant que chancelier. Il contr√īle diff√©rents postes de l'Empire comme la Chambre imp√©riale de justice ou la Di√®te[230].

C'est √† la fin du Moyen √āge que se constitue le coll√®ge des √©lecteurs dont le nombre de sept est d√©fini par la Bulle d'or de 1356. En font partie les trois princes-archev√™ques de Mayence, Cologne et Tr√®ves (√©lecteurs ecclesiastiques) et les quatre √©lecteurs la√Įcs, le roi de Boh√™me, le margrave de Brandebourg, le comte palatin du Rhin et le duc de Saxe. En 1632, l'empereur Ferdinand II octroie la charge √©lectorale palatine au duch√© de Bavi√®re. Ce sont les trait√©s de Westphalie qui r√©investissent le Palatinat comme huiti√®me √©lectorat (le Palatinat et la Bavi√®re sont √† nouveau r√©unis comme √©lectorat unique en 1777). En 1692, c'est au duch√© de Brunswick-Lunebourg que revient la neuvi√®me charge √©lectorale[231] qui n'est cependant confirm√©e par la di√®te qu'en 1708. Le roi de Boh√™me joue alors un r√īle particulier puisque depuis les croisades contre les Hussites, il ne participe plus qu'√† l'√©lection royale sans prendre part aux autres activit√©s du coll√®ge des √©lecteurs, situation qui n'est chang√©e qu'en 1708.

Gr√Ęce √† leur droit √©lectif et √† leur position privil√©gi√©e par rapport aux autres princes d'Empire, les princes-√©lecteurs ont un r√īle d√©cisif sur la politique de l'Empire en particulier jusqu'√† la fin de la Guerre de Trente Ans. Jusque dans les ann√©es 1630, ils portent la responsabilit√© pour l'Empire en tant qu'ensemble. C'est √† partir de cette √©poque que leur revendication de pouvoir exclusif est controvers√©e et remise en cause. Dans les ann√©es 1680, la Di√®te voit son r√īle redor√©, diminuant ainsi fortement l'influence du coll√®ge des princes-√©lecteurs qui y reste cependant le groupe le plus important

Princes d'Empire

En tant qu'archevêque de Magdebourg, Léopold-Guillaume de Habsbourg est prince d'Empire

Le groupe des princes d'Empire constitu√© au milieu du Moyen √āge regroupe tous les princes qui obtiennent leur fief directement de l'empereur. Ce sont des vassaux imm√©diats. Font partie des princes d'Empire les vieilles maisons comme celle de Hesse mais √©galement d'autres maisons √©lev√©es par la suite √† ce rang pour services rendus comme celle des Hohenzollern[232]. Tout comme les princes-√©lecteurs, les princes d'Empire se divisent en deux groupes : les princes temporels et les princes religieux.

D'apr√®s la Matricule d'Empire de 1521, les quatre archev√™ques de Magdebourg, Salzbourg, Besan√ßon et Br√™me ainsi que quarante-six √©v√™ques font partie des princes d'Empire religieux[233]. Jusqu'en 1792, ce nombre se r√©duit √† trente-trois dont les deux archev√™ques de Salzbourg et Besan√ßon et vingt-deux √©v√™ques. Contrairement au nombre des princes d'Empire religieux qui diminue d'un tiers jusqu'√† la chute de l'Empire, le nombre des princes d'Empire temporels augmente quant √† lui de plus du double. La Matricule d'Empire de Worms de 1521 en compte vingt-quatre. √Ä la fin du XVIIIe si√®cle, leur nombre est de 61[234].

Lors de la Diète d'Augsbourg de 1582, l'accroissement du nombre des princes d'Empire est réduit aux dynasties. L'appartenance aux états impériaux est désormais liée au territoire du prince, c'est-à-dire que si une dynastie s'éteint, le nouveau seigneur du territoire reprend cette appartenance. Dans le cas d'un partage d'héritage, les héritiers la reprennent conjointement[235].

Les princes d'Empire forment le banc des princes √† la Di√®te d'Empire. Il est divis√© selon la nature de leur pouvoir, temporel ou spirituel. Les voix de chaque prince sont li√©es au pouvoir qu'il exerce sur un territoire, le nombre des voix √©tant d√©fini par la Matricule d'Empire. Si un prince temporel ou spirituel r√®gne sur plusieurs territoires, il dispose d'un nombre de voix correspondant[236]. Les plus grands des princes sont en majorit√© sup√©rieurs aux princes-√©v√™ques en mati√®re de pouvoir et de grandeur territoriale et exigent en cons√©quence depuis le deuxi√®me tiers du XVIIe si√®cle une assimilation politique et c√©r√©monielle des princes d'Empire avec les princes-√©lecteurs.

Prélats d'Empire

√Ä c√īt√© des archev√™ques et des √©v√™ques membres du corps des princes d'Empire, on trouve les dirigeants des abbayes et des chapitres imm√©diats qui forment un corps particulier au sein de l'Empire : les pr√©lats d'Empire parmi lesquels on trouve donc les abb√©s d'Empire, les prieurs d'Empire et les abbesses d'Empire[237]. La Matricule d'Empire de 1521 compte 83 pr√©lats d'Empire. Leur nombre diminue jusqu'en 1792 √† cause des m√©diatisations, des s√©cularisations, des cessions √† d'autres √Čtats europ√©ens ou des nominations au rang de princes pour atteindre 40[237]. La s√©cession de la conf√©d√©ration helv√©tique contribue √©galement √† la diminution du nombre des pr√©lats d'Empire. Saint-Gall, Schaffhouse, Einsiedeln et leurs abbayes correspondantes ne font alors plus partie de l'Empire.

Les territoires des pr√©lats d'Empire sont le plus souvent tr√®s petits, n'englobant parfois que quelques b√Ętiments. Ils ne peuvent donc qu'avec peine se soustraire √† l'emprise des territoires avoisinants. La majorit√© des pr√©latures d'Empire se situent dans le sud-ouest de l'Empire. Leur proximit√© g√©ographique laisse se dessiner une coh√©sion qui se concr√©tise en 1575 avec la fondation du banc des pr√©lats souabes (Schw√§bisches Reichspr√§latenkollegium) qui renforce leur poids[238]. √Ä la Di√®te d'Empire, ce coll√®ge forme un groupe ferm√© et poss√®de une voix curiale ayant le m√™me poids que celle des princes d'Empire. Tous les autres pr√©lats d'Empire forment le banc des pr√©lats rh√©nans (Rheinisches Reichspr√§latenkollegium) qui poss√®de √©galement une voix propre[238]. Ces derniers n'ont toutefois pas l'influence des pr√©lats souabes du fait de leur √©parpillement g√©ographique plus grand.

Comtes d'Empire

Ce groupe est celui qui compte le plus de membres parmi les √©tats imp√©riaux et regroupe les nobles qui ne sont pas parvenus √† faire un fief de leur territoire √©tant donn√© que les comtes ne sont √† l'origine que les administrateurs de propri√©t√©s imp√©riales ou plut√īt les repr√©sentants du roi dans certains territoires. Int√©gr√©s dans la hi√©rarchie de l'Empire en 1521, les comtes se trouvent entre les princes territoriaux et les chevaliers d'Empire[239] et exercent un r√©el pouvoir seigneurial[240] ainsi qu'un r√īle politique important √† la cour[241].

Malgr√© tout, les comtes, tout comme les grands princes, cherchent √† transformer leurs possessions en un √Čtat territorial. Dans les faits, ces derniers sont seigneurs depuis le haut Moyen √āge et int√®grent parfois le groupe des princes d'Empire comme par exemple le comt√© de Wurtemberg devenu duch√© en 1495.

Les nombreux territoires comtaux ‚ÄĒ la Matricule d'Empire de 1521 compte en effet 143 comt√©s ‚ÄĒ, le plus souvent petits, contribuent de mani√®re significative √† l'impression d'√©miettement du territoire imp√©rial. La liste de 1792 en laisse appara√ģtre encore cent, ce qui est √† mettre sur le compte non des nombreuses m√©diatisations ou des extinctions de familles mais bien plus sur celui de la nomination de nombreux comtes au rang de comtes d'Empire mais qui n'ont alors plus dispos√© d'un territoire imm√©diat.

Villes d'Empire

Article d√©taill√© : Ville libre d'Empire.

Les villes d'Empire forment une exception politique et juridique dans le sens o√Ļ l'appartenance aux √©tats imp√©riaux n'est pas li√©e √† une personne mais √† une ville en tant qu'ensemble repr√©sent√© par un conseil. Les villes d'Empire se diff√©rencient des autres villes en n'ayant que l'empereur pour souverain[242]. Juridiquement, elles sont les √©gales des autres territoires de l'Empire. Toutefois, elles ne poss√®dent pas toutes le droit de si√©ger et de voter √† la Di√®te d'Empire. Seuls trois quarts des 86 villes d'Empire cit√©es par la Matricule de 1521[243] si√®gent √† la di√®te. Pour les autres, l'appartenance aux √©tats imp√©riaux n'a jamais √©t√© octroy√©e. C'est ainsi qu'Hambourg ne si√®ge √† la di√®te qu'en 1770 √©tant donn√© que le Danemark conteste ce statut qu'il n'accepte qu'en 1768 avec le trait√© de Gottorp.

Les villes d'Empire en 1648

On trouve les fondements des villes d'Empire dans les fondations des villes par les empereurs au Moyen √āge. Ces villes consid√©r√©es apr√®s comme villes de l'Empire sont ensuite uniquement subordonn√©es √† l'empereur. On trouve √©galement des villes qui √† la fin du Moyen √āge, renforc√©es par la Querelle des Investitures, parviennent √† se lib√©rer du pouvoir des seigneurs religieux. Ces derni√®res appel√©es Villes libres n'ont, contrairement aux villes d'Empire, aucun imp√īt ou troupe √† fournir √† l'empereur. √Ä partir de 1489, les villes d'Empire et les villes libres forment le coll√®ge des villes d'Empire et sont rassembl√©es sous le terme de Villes libres et d'Empire (Freie- und Reichsst√§dte), d√©signation qui au fil du temps devient Villes libres d'Empire.

En 1792, on ne compte plus que 51 villes d'Empire. Apr√®s le Rec√®s d'Empire de 1803, on n'en compte plus que six : L√ľbeck, Hambourg, Br√™me, Francfort, Augsbourg et Nuremberg[191]. Le r√īle et le poids de ces villes n'avaient fait que diminuer depuis le Moyen √āge √©tant donn√© que beaucoup d'entre elles √©taient petites et ne pouvaient qu'√† grand peine se soustraire √† la pression des territoires proches. Lors des r√©unions de la Di√®te d'Empire, l'avis des villes d'Empire √©tait la plupart du temps pris en note uniquement pour la forme apr√®s que celles-ci s'√©taient mises d'accord avec les princes-√©lecteurs et les princes d'Empire.

Autres √Čtats imm√©diats

Chevaliers d'Empire

Le chevalier d'Empire Götz von Berlichingen

L'ordre imm√©diat des chevaliers d'Empire (Reichsritter) ne fait pas partie des √©tats imp√©riaux, on ne trouve donc aucune trace de ces derniers dans la Matricule de 1521[244]. Les chevaliers d'Empire font partie de la basse noblesse et forment leur propre √Čtat au sortir du Moyen √āge. Ils ne parviennent certes pas √† obtenir une reconnaissance totale comme les comtes d'Empire mais opposent une r√©sistance √† l'emprise des divers princes territoriaux et conservent ainsi leur imm√©diatet√©[245]. L'empereur requiert souvent les services des chevaliers d'Empire[242] qui parviennent ensuite √† exercer une tr√®s grande influence au sein de l'arm√©e, au sein de l'administration de l'Empire mais √©galement sur les princes territoriaux.

Les chevaliers jouissent de la protection sp√©ciale de l'empereur mais restent exclus de la di√®te ainsi que de la constitution des cercles imp√©riaux. Les seuls chevaliers d'Empire pr√©sents √† la di√®te sont ceux qui sont en m√™me temps des princes eccl√©siastiques[246]. Leur soul√®vement entre 1521 et 1526 contre l'empereur marque la volont√© des chevaliers de faire partie des √©tats imp√©riaux[247]. √Ä partir de la fin du Moyen √āge, ils se rassemblent en diff√©rents groupes qui leur permettent de prot√©ger leurs droits et privil√®ges et de remplir leurs devoirs vis-√†-vis de l'empereur. C'est pourquoi la chevalerie d'Empire s'organise √† partir du milieu du XVIe si√®cle en quinze cantons (Ritterorte) eux-m√™mes regroup√©s en trois cercles (Ritterkreise) : ceux de Souabe, de Franconie et Am Rhein[242]. Les cantons se constituent √† partir du XVIIe si√®cle d'apr√®s le mod√®le de la conf√©d√©ration helv√©tique. √Ä partir de 1577 se d√©roulent des rassemblements de chevaliers d'Empire appel√©s Generalkorrespondenztage. Toutefois, les cercles et les cantons restent tr√®s importants en raison de leur fort ancrage territorial.

Villages d'Empire

Les villages d'Empire sont reconnus par les trait√©s de Westphalie de 1648 aux c√īt√©s des autres √©tats imp√©riaux et de la chevalerie d'Empire. Ils sont les reliquats des bailliages dissous au XVe si√®cle. Les villages d'Empire, peu nombreux, se composent de communes ou de minuscules morceaux de territoire situ√©s sur d'anciennes terres de la couronne. Uniquement subordonn√©s √† l'empereur, ils poss√®dent l'auto-administration ainsi que la haute juridiction. Des 120 villages d'Empire existants √† l'origine, on n'en trouve plus que cinq en 1803 qui sont rattach√©s dans le cadre de la m√©diatisation due au Rec√®s d'Empire √† de grandes principaut√©s voisines[248].

Institutions de l'Empire

Diète d'Empire

Article d√©taill√© : Di√®te d'Empire.
Institutions de l'Empire

La Di√®te d'Empire (Reichstag) est le r√©sultat le plus important et le plus durable des r√©formes imp√©riales de la fin du XVe si√®cle et du d√©but du XVIe si√®cle[249]. Elle se d√©veloppe depuis l'√©poque de Maximilien Ier et en particulier √† partir de 1486 o√Ļ le mode de d√©lib√©ration est divis√© entre les princes-√©lecteurs et les princes d'Empire[249] pour devenir par la suite l'institution constitutionnelle et juridique supr√™me sans qu'il y ait eu cependant un acte fondateur ou un fondement l√©gal. Dans le combat entre l'empereur et les princes d'Empire pour que l'Empire soit plus centralis√© d'une part ou plus f√©d√©raliste de l'autre, la Di√®te se r√©v√®le √™tre le garant de l'Empire. La Di√®te comporte trois bancs : celui des princes-√©lecteurs, celui des princes d'Empire et celui des villes d'Empire[250].

Jusqu'en 1653-1654, la Di√®te se r√©unit dans diff√©rentes villes d'Empire puis √† partir de 1663, elle se r√©unit en di√®te perp√©tuelle √† Ratisbonne. La Di√®te ne peut √™tre convoqu√©e que par l'empereur qui cependant est oblig√© √† partir de 1519 de recueillir l'approbation des princes-√©lecteurs avant d'envoyer les diff√©rentes convocations. L'empereur a √©galement le droit de fixer l'ordre du jour sans toutefois exercer une grande influence sur les th√®mes discut√©s. La Di√®te est dirig√©e par l'archev√™que de Mayence qui exerce un r√īle politique important[230], elle peut durer de quelques semaines √† plusieurs mois. Les d√©cisions de la Di√®te sont consign√©es dans les rec√®s d'Empire (Reichsabschied). Le dernier d'entre eux, le Dernier rec√®s imp√©rial (recessus imperii novissimus), date de 1653-1654[226].

Diète de Ratisbonne en 1663

La permanence de la Di√®te perp√©tuelle d'Empire apr√®s 1663 n'a jamais √©t√© formellement d√©cid√©e mais a d√©coul√© des circonstances des d√©lib√©rations. La Di√®te perp√©tuelle se d√©veloppe tr√®s vite du fait de sa permanence en un simple congr√®s d'envoy√©s o√Ļ les √©tats imp√©riaux apparaissent tr√®s rarement. √Čtant donn√© qu'il n'a jamais formellement √©t√© mis fin √† la Di√®te perp√©tuelle, les d√©cisions qui y ont √©t√© prises sont rassembl√©es sous la forme d'un Conclusum d'Empire (Reichsschluss)[226]. La ratification de ces conclusions est le plus souvent faite par le repr√©sentant de l'empereur, le Commissaire principal (Prinzipalkommissar), sous la forme de d√©crets de commission imp√©riaux (Kaiserlichen Commissions-Decrets).

Les lois n√©cessitent l'approbation des trois groupes et l'empereur les ratifie[246]. Si des d√©cisions sont prises √† la majorit√© ou √† l'unanimit√© dans les conseils d'√Čtats respectifs, les r√©sultats des consultations sont √©chang√©s et l'on essaie de pr√©senter √† l'empereur une d√©cision commune aux √©tats imp√©riaux. En raison d'un processus toujours plus difficile, on essaie √©galement de faciliter les d√©cisions en mettant diff√©rentes commissions en place. Apr√®s la R√©forme et la Guerre de Trente Ans, se constituent en cons√©quence de la division confessionnelle de 1653 le Corpus Evangelicorum puis le Corpus Catholicorum. Ces deux groupes rassemblent des √©tats imp√©riaux des deux confessions et discutent s√©par√©ment des affaires de l'Empire. Les Trait√©s de Westphalie stipulent en effet que les questions religieuses doivent √™tre r√©gl√©es non plus selon le principe de majorit√© mais selon celui de consensus.

Cercles impériaux

Article d√©taill√© : Cercle imp√©rial.
Les cercles impériaux

Les cercles imp√©riaux naissent √† la suite de la r√©forme de l'Empire √† la fin du XVe si√®cle ou plus s√Ľrement au d√©but du XVIe si√®cle avec la promulgation de la Paix perp√©tuelle √† Worms en 1495. Les six premiers cercles imp√©riaux sont institu√©s √† la Di√®te d'Augsbourg de 1500 en m√™me temps que la cr√©ation du Gouvernement d'Empire (Reichsregiment)[251]. Ils ne sont alors d√©sign√©s que par des num√©ros et se composent de groupes de tous les √©tats imp√©riaux, except√©s les princes-√©lecteurs. Avec la cr√©ation de quatre cercles imp√©riaux suppl√©mentaires en 1517, les territoires h√©r√©ditaires des Habsbourg et les √©lectorats sont int√©gr√©s √† la constitution des cercles. Les cercles sont : l'Autriche, la Bourgogne, l'√©lectorat du Rhin, la Basse-Saxe, la Haute-Saxe, la Bavi√®re, le Haut-Rhin, la Souabe, la Franconie et le Bas-Rhin-Westphalie[251]. Jusqu'√† la chute de l'Empire, l'√©lectorat et le royaume de Boh√™me et les territoires qui y sont li√©s ‚ÄĒ Sil√©sie, Lusace et Moravie ‚ÄĒ restent en dehors de cette division en cercles tout comme la conf√©d√©ration helv√©tique, la chevalerie d'Empire, les fiefs situ√©s en Italie imp√©riale et quelques comt√©s et seigneuries d'Empire[251] comme Jever.

Leur mission r√©side principalement dans la pr√©servation et le r√©tablissement de la paix nationale en assurant une coh√©sion g√©ographique entre eux, les cercles s'entraidant en cas de difficult√©s[251]. Ils ont √©galement pour mission de r√©soudre les conflits qui √©clatent, de faire ex√©cuter les lois imp√©riales[252], de les imposer si besoin, d'encaisser les imp√īts[253] mais aussi de mener une politique commerciale, mon√©taire ou encore de sant√©[254]. Les cercles imp√©riaux disposent d'une di√®te o√Ļ sont discut√©es les diff√©rentes affaires √©conomiques, politiques ou militaires, faisant d'eux des acteurs politiques importants, notamment en ce qui concerne la Chambre imp√©riale de justice. Pour Jean Schillinger, les cercles ont probablement ¬ę jou√© un r√īle important dans l'√©mergence d'une conscience r√©gionale dans des territoires comme la Westphalie, la Franconie ou la Souabe[255] ¬Ľ.

Chambre impériale de justice

Article d√©taill√© : Reichskammergericht.

La Chambre imp√©riale de justice est officiellement cr√©√©e le 7 ao√Ľt 1495 en m√™me temps qu'est men√©e la r√©forme de l'Empire et qu'est instaur√©e la Paix perp√©tuelle sous le r√®gne de l'empereur Maximilien Ier, mais elle avait d√©j√† √©t√© institu√©e sous Sigismond en 1415[115]. Elle fonctionne jusqu'en 1806. Elle est avec le Conseil aulique le tribunal supr√™me de l'Empire et a pour mission de mettre en place une proc√©dure r√©glement√©e pour √©viter les guerres priv√©es ou encore la violence. C'est une institution ¬ę professionnalis√©e et bureaucratis√©e[256] ¬Ľ. La Chambre se compose d'un juge et de seize assesseurs divis√©s par moiti√© entre chevaliers d'Empire et juristes[257]. La premi√®re session a lieu le 31 octobre 1495, la Chambre si√®ge alors √† Francfort-sur-le-Main[258]. Apr√®s avoir √©galement si√©g√© √† Worms, Augsbourg, Nuremberg, Ratisbonne, Spire et Esslingen, elle si√®ge √† Spire √† partir de 1527[259]. Lorsque Spire est d√©truite lors de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, la Chambre part pour Wetzlar o√Ļ elle si√®ge de 1689 √† 1806.

Audience à la Chambre impériale de justice

√Ä partir de la Di√®te d'Empire de Constance de 1507, les princes-√©lecteurs envoient six assesseurs √† la Chambre, tout comme les cercles imp√©riaux. L'empereur en nomme deux pour ses territoires h√©r√©ditaires et les deux derniers si√®ges sont choisis par les comtes et les seigneurs, soit un nombre total de seize assesseurs[260]. Les assesseurs d√©missionnaires sont remplac√©s sur proposition des cercles. Lorsque le nombre des assesseurs passe √† 24 en 1550[261], le r√īle des cercles imp√©riaux reste intact en regard de leur importance pour la paix perp√©tuelle qu'ils doivent pr√©server. √Ä partir de cette √©poque, chaque cercle a le droit d'envoyer deux repr√©sentants : un juriste exp√©riment√© et un repr√©sentant de la chevalerie d'Empire. M√™me apr√®s les Trait√©s de Westphalie o√Ļ le nombre des assesseurs est de nouveau augment√© pour atteindre les cinquante (26 catholiques et 24 protestants)[261] et apr√®s le Dernier rec√®s imp√©rial, la moiti√© des assesseurs sont des repr√©sentants des cercles imp√©riaux.

En cr√©ant la Chambre imp√©riale de justice, l'empereur perd son r√īle de juge absolu laissant le champ libre √† l'influence des √©tats imp√©riaux[262], ces derniers sont d'ailleurs charg√©s de faire appliquer les d√©cisions de justice[263]. Cela n'avait pas √©t√© le cas depuis le d√©but du XVe si√®cle avec la cour d'appel royale. Les premi√®res lois qui sont promulgu√©es comme la Paix perp√©tuelle ou l'imp√īt appel√© Denier commun montrent toutes ensemble le succ√®s des √©tats imp√©riaux face √† l'empereur. Ce succ√®s est √©galement visible √† travers le lieu de si√®ge, une ville d'Empire situ√©e loin de la r√©sidence imp√©riale[264]. En tant que Cour d'Appel, la Chambre imp√©riale permet aux sujets de faire des proc√®s √† leurs seigneurs respectifs[265].

Comme les √©tats imp√©riaux participent √† l'√©tablissement et √† l'organisation de la Chambre, ils doivent aussi participer aux frais occasionn√©s √©tant donn√© que les taxes et autres pr√©l√®vements sont insuffisants. Il y r√®gne en effet une ¬ę mis√®re financi√®re[261] ¬Ľ. Afin que la Chambre puisse fonctionner, les √Čtats provinciaux approuvent un imp√īt imp√©rial permanent (le Kammerzieler) apr√®s que le Denier Commun a √©t√© refus√© comme imp√īt g√©n√©ral par la Di√®te de Constance en 1507. Malgr√© un montant fix√© et un √©ch√©ancier, les paiements sont sans cesse repouss√©s[266], ce qui cause de longues interruptions dans le travail de la Chambre. Toutefois, Jean Schillinger souligne que la Chambre a beaucoup fait pour l'unification juridique de l'Empire[255].

Conseil aulique

Article d√©taill√© : Conseil aulique.

Avec la Chambre impériale de justice, le Conseil aulique siégeant à Vienne est l'instance judiciaire suprême. Ses membres nommés par l'empereur forment un groupe chargé de le conseiller[267]. Le Conseil aulique se compose de douze à dix-huit membres à l'origine pour atteindre le nombre de vingt-quatre en 1657 puis de trente en 1711[267]. Certains territoires relèvent de la juridiction commune des deux instances mais certains cas ne peuvent être traités que par le Conseil aulique comme les questions de fiefs, l'Italie impériale incluse, et les droits réservés impériaux.

√Čtant donn√© que le Conseil aulique ne se tient pas √† un r√®glement juridique comme le fait la Chambre imp√©riale, les proc√©dures devant le Conseil aulique sont en g√©n√©ral rapides et non-bureaucratiques. De plus, il diligente de nombreuses commissions form√©es d'√©tats imp√©riaux neutres pour enqu√™ter sur les √©v√©nements sur place[268]. Les plaignants protestants se sont souvent demand√© si le Conseil aulique qu'ils consid√®rent comme partial leur √©tait destin√© ‚ÄĒ l'empereur est en effet catholique[269].

Territoire impérial et population

Territoire impérial

Le Saint-Empire en l'an mil

Lors de sa fondation, le territoire imp√©rial compte environ 470 000 kilom√®tres carr√©s. Selon des estimations grossi√®res, on compte environ dix habitants par kilom√®tre carr√©[270] sous Charlemagne. La partie occidentale qui avait appartenu √† l'Empire romain est plus peupl√©e que la partie orientale. Au milieu du XIe si√®cle, l'Empire compte 800 000 √† 900 000 kilom√®tres carr√©s et il regroupe environ huit √† dix millions d'habitants. Pendant tout le haut Moyen √āge, la population augmente pour atteindre 12 √† 14 millions √† la fin du XIIIe si√®cle. Toutefois, les vagues de peste et la fuite de nombreux Juifs en Pologne au XIVe si√®cle signent un recul significatif. √Ä partir de 1032, l'Empire se compose du Regnum Francorum (Francie orientale), appel√© plus tard Regnum Teutonicorum, du Regnum Langobardorum ou Regnum Italicum correspondant √† l'actuelle Italie du Nord et du centre, et du royaume de Bourgogne.

Le processus de formation d'un √Čtat-nation et de son institutionnalisation dans les autres pays europ√©ens comme la France et l'Angleterre √† la fin du Moyen √āge et au d√©but de l'√Čpoque moderne recouvre aussi la n√©cessit√© de poss√©der des fronti√®res ext√©rieures clairement d√©finies √† l'int√©rieur desquelles l'√Čtat est pr√©sent. Au Moyen √āge, il s'agit, contrairement aux fronti√®res modernes pr√©cis√©ment d√©finies sur les cartes, de zones frontali√®res plus ou moins larges comportant des chevauchements. √Ä partir du XVIe si√®cle, on peut reconna√ģtre une surface territoriale propre √† chaque territoire d'empire et √† chaque √Čtat europ√©en.

Le Saint-Empire romain germanique regroupe au contraire tout au long de l'√Čpoque moderne des territoires reli√©s √©troitement √† lui, des zones o√Ļ la pr√©sence de l'Empire est r√©duite et des territoires en marge qui ne prennent aucune part au syst√®me politique de l'Empire bien qu'ils soient consid√©r√©s comme en faisant partie. L'appartenance √† l'Empire se d√©finit bien plus par la vassalit√© au roi ou √† l'empereur et par les cons√©quences juridiques qui en d√©coulent.

Les fronti√®res de l'Empire au nord sont assez claires en raison des c√ītes maritimes et de l'Eider qui s√©pare le duch√© de Holstein faisant partie de l'Empire et le duch√© de Schleswig, fief du Danemark. Au sud-est les territoires h√©r√©ditaires des Habsbourg avec l'Autriche sous l'Enns, la Styrie, la Carniole, le Tyrol et l'√©v√™ch√© de Trente marquent √©galement clairement les fronti√®res de l'Empire. Au nord-est, la Pom√©ranie et le Brandebourg appartiennent √† l'Empire. Le territoire de l'Ordre teutonique en revanche est consid√©r√© par la plupart des historiens comme n'en faisant pas partie bien qu'il soit d'impr√©gnation allemande et qu'il soit consid√©r√© d√©j√† en 1226 avant sa fondation comme un fief imp√©rial dans la Bulle d'Or de Rimini[271]. Il poss√®de alors des privil√®ges, ce qui aurait √©t√© insens√© si ce territoire n'avait pas appartenu √† l'Empire. La Di√®te d'Augsbourg de 1530 d√©clare la Livonie membre de l'Empire. Cette m√™me Di√®te s'est longtemps refus√© √† transformer ce territoire en duch√© polonais.

En g√©n√©ral, le Royaume de Boh√™me est repr√©sent√© sur les cartes comme faisant partie de l'Empire. Cela est d'autant plus correct que la Boh√™me est un fief imp√©rial et le roi de Boh√™me ‚ÄĒ dignit√© cr√©√©e seulement sous les Hohenstaufen ‚ÄĒ est un prince-√©lecteur. Toutefois, dans la population parlant en majorit√© le tch√®que, le sentiment d'appartenance √† l'Empire est tr√®s faible, on trouve m√™me des traces de ressentiment[272].

√Ä l'ouest et dans le sud-ouest de l'Empire, les fronti√®res restent floues. Les Pays-Bas en sont un bon exemple. Les Dix-sept Provinces, qui regroupent alors l'actuelle Belgique (√† l'exception de la principaut√© de Li√®ge), les Pays-Bas et le Luxembourg, sont transform√©s en 1548 par le Trait√© de Bourgogne en un territoire o√Ļ la pr√©sence imp√©riale est faible. Le territoire ne fait par exemple plus partie de la juridiction de l'Empire mais il en reste toutefois membre. Apr√®s la Guerre de Trente Ans, en 1648, les treize provinces n√©erlandaises ne sont plus consid√©r√©es comme faisant partie de l'Empire, ce que personne ne contredit.

Saint-Empire en 1648

Au XVIe si√®cle, les √©v√™ch√©s de Metz, Toul et Verdun sont progressivement pris par la France, tout comme la ville de Strasbourg annex√©e en 1681. Quant √† la Conf√©d√©ration helv√©tique, elle n'appartient de fait plus √† l'Empire √† partir de 1648[154] mais, d√©j√† depuis la Paix de B√Ęle de 1499, elle ne prend plus part √† la politique imp√©riale. Malgr√© tout, la th√®se autrefois soutenue selon laquelle la Paix de B√Ęle aurait signifi√© de facto une s√©cession de la Conf√©d√©ration de l'Empire ne tient plus car les territoires f√©d√©raux avaient continu√© √† se consid√©rer comme partie int√©grante de l'Empire[273]. La Savoie situ√©e au sud de la Suisse appartient juridiquement parlant √† l'Empire jusqu'en 1801 mais son appartenance avait √©t√© descell√©e depuis longtemps.

L'empereur revendique la suzerainet√© sur les territoires de l'Italie imp√©riale, c'est-√†-dire sur le grand-duch√© de Toscane, les duch√©s de Milan, Mantoue, Mod√®ne, Parme et Mirandola. Le sentiment d'√™tre allemand de ces territoires est √† la hauteur de leur participation √† la politique imp√©riale : inexistante. Ils ne revendiquent pas les droits qu'a tout membre de l'Empire mais ne se soumettent pas non plus aux devoirs correspondants. En g√©n√©ral, ces territoires ne sont pas reconnus comme faisant partie de l'Empire.

Population et langues

Les origines ethniques de la population de l'Empire sont multiples. Parall√®lement aux territoires de langue allemande, on trouve d'autres groupes linguistiques[274]. L'allemand et ses dialectes bas-, moyen-, et haut-allemands ne sont pas les seules langues, on trouve √©galement des langues slaves, l'anc√™tre du fran√ßais moderne et l'italien. M√™me les territoires de langue allemande se diff√©rencient consid√©rablement[274] en raison des conditions historiques diff√©rentes. √Ä l'√©poque du regnum francorum, le latin est la langue officielle[275]. Tout ce qui concerne le droit est r√©dig√© en latin[276]. Le latin est la langue internationale de l'√©poque et il va rester la langue de la diplomatie sous le Saint-Empire[277] et en Europe, et cela au moins jusqu'au milieu du XVIIe si√®cle[278]. La langue allemande est quant √† elle introduite √† la chancellerie imp√©riale √† partir du r√®gne de Louis IV[278]. Apr√®s les migrations germaniques, les territoires orientaux de la future partie de l'Empire de langue allemande √©taient par exemple peupl√©s en majorit√© par des Slaves et les territoires occidentaux par des Germains.

Dans le territoire occidental dominé par les Germains, surtout dans le sud, il y a encore des influences celtiques tout comme des influences de l'Empire romain. Sur le plan régional, ces influences sont très disparates. Au fil du temps, les différents groupes de population se sont mélangés. Le mélange ethnique a été particulièrement varié dans le territoire appartenant autrefois à l'Empire romain (au sud ouest du limes). Malgré les migrations, on trouve dans cette partie du territoire des influences ethniques de différentes régions de l'Empire romain.

Les territoires orientaux de la sphère linguistique allemande ont été progressivement intégrés à l'Empire, mais certains jamais comme la Prusse-Orientale. Ces territoires, peuplés à l'origine presque exclusivement par des Baltes, ont été germanisés dans des proportions diverses à la suite de l’Ostsiedlung (expansion vers l'Est) par des colons venant des territoires occidentaux. Dans la plupart des territoires, des populations baltes, slaves et germaniques se sont mélangées au fil des siècles.

La population au sein du Saint-Empire romain germanique s'est modifiée de manière presque continue au fil des immigrations, des émigrations et des autres mouvements de population à l'intérieur même des frontières de l'Empire. Après la guerre de Trente Ans, c'est une politique de migration en partie ciblée qui est mise en place, par exemple en Prusse, qui a conduit à une migration considérable dans les territoires concernés.

Symboles de l'Empire

L'aigle impérial

Sceau de Charles VI avec l'aigle bicéphale

L'aigle est le symbole de la puissance imp√©riale et cela depuis l'Empire romain auquel le Saint-Empire se rattache[279]. C'est au XIIe si√®cle avec l'empereur Fr√©d√©ric Barberousse que l'aigle devient les armoiries de l'Empire et donc le symbole du Saint-Empire romain germanique. Avant cette date, on la retrouve sous diff√©rents empereurs comme symbole du pouvoir imp√©rial sans toutefois √™tre quelque chose de fixe. On la retrouve en effet sous Otton Ier ou Conrad II[280].

Avant 1312, l'aigle impériale sur les armoiries du Saint-Empire est simple[281]. Ce n'est qu'après cette date que l'aigle devient bicéphale sous le règne de Frédéric III. Toutefois, l'apparition de cette aigle bicéphale a été progressive. On la retrouve déjà en 1312 sur la bannière impériale et c'est sous Charles IV qu'elle s'impose sur la bannière[282]. La bannière d'Empire suit également l'évolution héraldique. Jusqu'en 1410, elle porte une aigle simple. Ce n'est qu'après cette date qu'elle arbore une aigle bicéphale.

C'est sous Sigismond Ier que l'aigle bic√©phale devient le symbole de l'empereur sur les sceaux, les monnaies, le drapeau imp√©rial, etc., tandis que l'aigle simple devient le symbole du roi[283]. L'utilisation de l'aigle est un acte d'all√©geance √† l'Empire. De nombreuses villes d'Empire reprennent l'aigle imp√©riale[284] comme Francfort-sur-le-Main qui arbore une aigle simple depuis le XIIIe si√®cle sur ses armoiries, L√ľbeck qui arbore quant √† elle une aigle bic√©phale depuis 1450 ou Vienne depuis 1278. Apr√®s la chute du Saint-Empire, l'aigle imp√©riale est reprise par le Reichstag de 1848 comme symbole de l'Empire allemand[285].

Les regalia impériales

Le manteau de couronnement

Les regalia du Saint-Empire (Reichskleinodien) se composent de plusieurs objets, environ 25 rassembl√©es aujourd'hui √† Vienne. On compte parmi les plus importantes pi√®ces la couronne imp√©riale r√©alis√©e sous Otton Ier, la croix imp√©riale r√©alis√©e en Lorraine vers 1025 servant de reliquaire pour deux autres regalia : la Sainte Lance et un morceau de la Sainte Croix. Le glaive, l'orbe et le sceptre sont les trois autres composants des regalia imp√©riales que l'empereur a en sa possession lors de son couronnement[286].

Parall√®lement √† ces regalia, on peut √©galement √©voquer diff√©rents ornements comme le manteau imp√©rial dat√© du XIIe si√®cle que l'empereur rev√™t lors de son couronnement. Le manteau est brod√© de 100 000 perles et p√®se onze kilos. Les ornements se composent aussi de gants brod√©s de perles et de pierres pr√©cieuses, de chausses et de chaussons brod√©s, de l'aube et de l'√©vang√©liaire.

Devant l'avancée des troupes françaises, les regalia sont emportées à Ratisbonne puis à Vienne en 1800[287]. Après l'effondrement de l'Empire, les villes de Nuremberg et d'Aix-la-Chapelle se sont disputées la conservation des regalia. En 1938, elles sont transportées sur l'ordre d'Hitler à Nuremberg. Retrouvées dans un bunker en 1945, elles sont de nouveau transportées à Vienne l'année suivante. Les regalia du Saint-Empire sont aujourd'hui le trésor médiéval le plus complet.

Annexes

Liens internes

Bibliographie

Vues d'ensemble

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Liens externes

Sources

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Autres documents

Notes et références

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  8. ‚ÜĎ (de) ¬ę Knecht der Apostel ¬Ľ Cit√© dans : Johannes Fried, op. cit., p. 87.
  9. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 56.
  10. ‚ÜĎ (de) Peter Moraw, ¬ę Heiliges Reich ¬Ľ, in : Lexikon des Mittelalters, vol. 4, p. 2025‚Äď2028.
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  14. ‚ÜĎ Dans les sources primaires, on trouve de nombreuses abr√©viations comme H. Reich, Heyl. R√∂m. Reich ou simplement Reich. L'abr√©viation moderne HRR est inexistante.
  15. ‚ÜĎ Francis Rapp, Le Saint-Empire romain germanique. D'Otton le Grand √† Charles Quint, Paris, 2000, p. 17.
  16. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 18.
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  18. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Francis Rapp, op. cit., p. 23.
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  61. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 78.
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  63. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 81.
  64. ‚ÜĎ (de) ¬ę Ich wei√ü, dass ihr nicht eures K√∂nigs Haus zerst√∂rt habt, denn damals hattet ihr ja keinen. Aber ihr k√∂nnt nicht leugnen, dass ihr einen K√∂nigspalast zerst√∂rt habt. Ist der K√∂nig tot, so bleibt doch das Reich bestehen, ebenso wie ein Schiff bleibt, dessen Steuermann gefallen ist. ¬Ľ Cit√© dans : Karl Kroeschell, Deutsche Rechtsgeschichte. 1. (Bis 1250), Reinbek, 1972, p. 149.
  65. ‚ÜĎ (de) Egon Boshof, op. cit., p. 90.
  66. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 83.
  67. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 86.
  68. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 89-90.
  69. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 93.
  70. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 31.
  71. ‚ÜĎ (de) ¬ę [‚Ķ]die bei Hofe Anwesenden aber sorgten jeder f√ľr sich selbst, so viel sie nur konnten, und niemand unterwies den K√∂nig darin, was gut und gerecht sei, so da√ü im K√∂nigreich vieles in Unordnung geriet. ¬Ľ Cit√© dans : Matthias Becher, ¬ę Heinrich IV ¬Ľ, sous la dir. de Bernd Schneidm√ľller et Stefan Weinfurter, Die deutschen Herrscher des Mittelalters, Historische Portr√§ts von Heinrich I. bis Maximilian I, Beck, Munich, 2003, p. 156.
  72. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 33.
  73. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 34.
  74. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 35.
  75. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 148.
  76. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 149.
  77. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 154.
  78. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 129.
  79. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 161.
  80. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 37.
  81. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 164.
  82. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 167.
  83. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 168.
  84. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 172.
  85. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 148.
  86. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 149.
  87. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 150.
  88. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 151.
  89. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 102.
  90. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 185.
  91. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 41.
  92. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 66.
  93. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 153.
  94. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 194.
  95. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 158
  96. ‚ÜĎ (de) Uli Weyland, Strafsache Vatikan. Jesus klagt an, Weisse Pferd Verlag, 2002, p. 146.
  97. ‚ÜĎ Fran√ßoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 60.
  98. ‚ÜĎ Pierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard, 2005, p. 312.
  99. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 171.
  100. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 170.
  101. ‚ÜĎ (de) Johann Caspar Bluntschli, Geschichte des schweizerichen Bundesrechtes von den ersten ewigen B√ľnden bis auf die Gegenwart, Z√ľrich, 1849, p. 30.
  102. ‚ÜĎ (de) Johann Caspar Bluntschli, op. cit., p. 62.
  103. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Francis Rapp, op. cit., p. 250.
  104. ‚ÜĎ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard, 2008, p. 377.
  105. ‚ÜĎ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard, 2008, p. 385.
  106. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 181.
  107. ‚ÜĎ Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard, 2008, p. 435.
  108. ‚ÜĎ Val√©rie Sobotka, Grandeur et d√©clin du Saint-Empire, Clio.fr
  109. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 187.
  110. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 200 et 203.
  111. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 200.
  112. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 211.
  113. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 286.
  114. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 81.
  115. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 85.
  116. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 82.
  117. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 317.
  118. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Ernstpeter Maurer, Luther, Herder, Freiburg im Breisgau, 1999, p. 21.
  119. ‚ÜĎ (de) ¬ę so vil inen muglich ¬Ľ Cit√© dans : Grete Mecenseffy, Geschichte des Protestantismus in √Ėsterreich, Graz-Cologne, 1956, p. 20.
  120. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 309.
  121. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 101.
  122. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 282.
  123. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 283.
  124. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 287.
  125. ‚ÜĎ Francis Rapp, op. cit., p. 282.
  126. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 295.
  127. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 101.
  128. ‚ÜĎ Voir page 245 ¬ę La diplomatie europ√©enne √† la sublime porte au XVIIe et XVIIIe si√®cles ¬Ľ (texte de conf√©rence donn√©e au Coll√®ge de France en 1970) in Gesammelte Aufs√§tze, Bertold Spuler, Brill Archive, 1980
  129. ‚ÜĎ Voir page 108 Iran Under the Safavids, Roger Savory, Cambridge University Press, 2007
  130. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 261.
  131. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 314.
  132. ‚ÜĎ (de) Winfried Schulze, Deutsche Geschichte im 16. Jahrhundert, Surhkamp, Frankfurt am Main, 1987, p. 149-150.
  133. ‚ÜĎ (de) Alfred Kohler, Das Reich im Kampf um die Hegemonie in Europa 1521-1648, Oldenbourg, 1990, p. 58-59.
  134. ‚ÜĎ (de) Winfried Schulze, op. cit., p. 155.
  135. ‚ÜĎ (de) Johannes Herrmann/G√ľnther Wartenberg/Christian Winter (Bearb.), Politische Korrespondenz des Herzogs und Kurf√ľrsten Moritz von Sachsen, Sechster Band, 2. Mai 1552 - 11. Juli 1553 mit erg√§nzenden Dokumenten zum Tod des Kurf√ľrsten, Akademie Verlag, Berlin, 2006, p. LV.
  136. ‚ÜĎ (de) Heinz Angermeier, Das alte Reich in der deutschen Geschichte. Studien √ľber Kontinuit√§ten und Z√§suren, Munich, 1991, p. 133.
  137. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 106.
  138. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 107.
  139. ‚ÜĎ (de) Winfried Schulze, op. cit., p. 162.
  140. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 315.
  141. ‚ÜĎ (de) Heinz Angermeier, op. cit., p. 303.
  142. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 340.
  143. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 339-340.
  144. ‚ÜĎ (de) Dieter Albrecht, Maximilian I. Von Bayern 1573-1651, Munich, 1998, p. 404.
  145. ‚ÜĎ (de) Winfried Dotzauer, op. cit., p. 460.
  146. ‚ÜĎ (de) Michael Frisch, Das Restitutionsedikt Kaiser Ferdinands II. Vom 6. M√§rz 1629, T√ľbingen, 1993, p. 18.
  147. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 112.
  148. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 109.
  149. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 110.
  150. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 111.
  151. ‚ÜĎ Michael Frisch, op. cit., p. 170.
  152. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 353.
  153. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Martin Heckel, Deutschland im konfessionellen Zeitalter, G√∂ttingen, 1983, p. 181.
  154. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ et d‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 354.
  155. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 356.
  156. ‚ÜĎ (de) Leopold Auer, ¬ę Die Ziele der kaiserlichen Politik bei den Westph√§lischen Friedensverhandlungen und ihre Umsetzung ¬Ľ, in : Heinz Duchhardt (dir.), Der Westph√§lische Friede, Munich, 1998, p. 151-152.
  157. ‚ÜĎ (de) Leopold Auer, op. cit., p. 152.
  158. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 114.
  159. ‚ÜĎ (de) Leopold Auer, op. cit., p. 153.
  160. ‚ÜĎ (de) Heinhardt Steiger, ¬ę Der Westph√§lische Frieden ‚ÄĒ Grundgesetz f√ľr Europa ? ¬Ľ in : Heinz Duchhardt (dir.), Der Westph√§lische Friede, Munich, 1998, p. 45.
  161. ‚ÜĎ (de) Daniel-Erasmus Khan, Die deutschen Staatsgrenzen, Tubingen, 2004, p. 425.
  162. ‚ÜĎ (de) ¬ę nationales Ungl√ľck ¬Ľ Cit√© dans : Axel Gotthard, Das Alte Reich 1495‚Äď1806, Darmstadt, 2003, p. 96f.
  163. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 368.
  164. ‚ÜĎ (de) Thomas Kaufmann, Dreissigj√§hriger Krieg und westf√§lischer Friede, T√ľbingen, 1998, p. 125.
  165. ‚ÜĎ (de) ¬ę Der Frieden hat weder die staatliche Zersplitterung noch den f√ľrstlichen Absolutismus hervorgebracht. [‚Ķ] Der Friede betonte die st√§ndische Freiheit, machte aus den St√§nden aber keine souver√§nen Staaten. ¬Ľ Dans : Georg Schmidt, Geschichte des Alten Reiches. Staat und Nation in der Fr√ľhen Neuzeit 1495‚Äď1806, Munich, 1999, p. 181.
  166. ‚ÜĎ (en) Andreas Osiander, The States System of Europe ‚ÄĒ 1640‚Äď1990: Peacemaking and the Conditions of International Stability, Clarendon Press, Oxford, 1994 (ISBN 0-19-827887-X), p. 43.
  167. ‚ÜĎ Pour les Pays-Bas voir : Joseph Rovan, op. cit., p. 357-361.
  168. ‚ÜĎ (de) Axel Gotthard, op. cit., p. 107.
  169. ‚ÜĎ (de) ¬ę Nachdem so viele Menschenleben f√ľr einen so geringen Zweck vergeudet worden waren, h√§tten die Menschen begreifen m√ľssen, wie durchaus vergeblich es ist, Glaubensmeinungen dem Urteil durch das Schwert zu √ľberlassen. ¬Ľ Dans : Cicely Veronica Wedgwood, Der 30-j√§hrige Krieg, 8. Auflage, Munich, 1995, p. 457.
  170. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 376.
  171. ‚ÜĎ (en) Michael Hochedlinger, Austria's Wars of Emergence 1683-1797, Londres, 2003, p. 94.
  172. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 119.
  173. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 370-371.
  174. ‚ÜĎ (de) Heinz Angermeier, op. cit., p. 425.
  175. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 371.
  176. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 142.
  177. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 136.
  178. ‚ÜĎ Jean schillinger, op. cit., p. 132.
  179. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 131.
  180. ‚ÜĎ Fred E. Schrader, L'Allemagne avant l'√Čtat-nation. Le corps germanique 1648-1806, Paris, 1998, p. 33.
  181. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ Joseph Rovan, op. cit., p. 415.
  182. ‚ÜĎ Jean schillinger, op. cit., p. 143.
  183. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 144.
  184. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 145.
  185. ‚ÜĎ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, Deutsche Geschichte in Quellen und Darstellung. Band 6. Von der Franz√∂sischen Revolution bis zum Wiener Kongre√ü 1789-1815, Stuttgart, 1995, p. 27.
  186. ‚ÜĎ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, op. cit., p. 28.
  187. ‚ÜĎ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, op. cit., p. 32.
  188. ‚ÜĎ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, op. cit., p. 40.
  189. ‚ÜĎ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, op. cit., p. 98.
  190. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 146.
  191. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, op. cit., p. 102.
  192. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 442.
  193. ‚ÜĎ Les grands empires, De Boeck Universit√©, 1989, p. 444.
  194. ‚ÜĎ (de) Karl Otmar Aretin, Vom deutschen Reich zum deutschen Bund, G√∂ttingen , 1980, p. 98.
  195. ‚ÜĎ (de) ¬ę Bleibt die deutsche Kaiserkrone im √∂sterreichischen Hause ‚Äď und welche Unma√üen von Unpolitik schon jetzt, wo noch keine dringende Gefahr vorhanden, √∂ffentlich zu erkennen zu geben, da√ü man das Gegenteil bef√ľrchtet! ‚Äď so ist jene Kaiserw√ľrde ganz unn√ľtz ¬Ľ Cit√© dans : Ernst Kubin, Die Reichskleinodien. Ihr tausendj√§hriger Weg, Vienne et Munich, 1991, p. 129.
  196. ‚ÜĎ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, op. cit., p. 44.
  197. ‚ÜĎ Henri Plon (√©d.), Correspondance de Napol√©on Ier, Tome 12, 1863, p. 416.
  198. ‚ÜĎ (de) Elisabeth Fehrenbach, Vom Ancien Regime zum Wiener Kongress, Munich, 2001, p. 82.
  199. ‚ÜĎ (de) Karl Otmar Aretin, op. cit., p. 100.
  200. ‚ÜĎ (de) Walter Demel/Uwe Puschner, op. cit., p. 108.
  201. ‚ÜĎ (de) Karl Otmar Aretin, op. cit., p. 101.
  202. ‚ÜĎ (de) Theodor Bitterauf, Die Gr√ľndung des Rheinbundes und der Untergang des alten Reiches, Munich, 1905, p. 416-417.
  203. ‚ÜĎ (de) Eric-Oliver Mader, Die letzten "Priester der Gerechtigkeit". Die Auseinandersetzung der letzten Generation von Richtern des Reichskammergerichts mit der Aufl√∂sung des Heiligen R√∂mischen Reiches Deutscher Nation., Berlin, 2005, p. 132.
  204. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Friedrich Wilhelm Ghillany, Manuel diplomatique, recueil des trait√©s de paix europ√©ens les plus importants, des actes du congr√®s et autres documents relatifs √† la politique internationale depuis le trait√© de Westphalie jusqu'√† ces derniers temps, Tome 2, Paris, 1856, p. 18.
  205. ‚ÜĎ (de)¬ę Mir ist √ľbrigens zumute, als wenn ein alter Freund sehr krank ist. Die √Ąrzte geben ihn auf, man ist versichert, da√ü er bald sterben wird, und mit aller Gewi√üheit wird man doch ersch√ľttert, wenn die Post kommt, er ist tod. ¬Ľ Cit√© dans : Katharina Weikl, op. cit., p. 155.
  206. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 148.
  207. ‚ÜĎ (de)Marion George/Andrea Rudolph, Napoleons langer Schatten √ľber Europa, Dettelbach, 2008, p. 140.
  208. ‚ÜĎ (de)Katharina Weikl, op. cit., p. 156.
  209. ‚ÜĎ (de) Ernst Kubin, Die Reichskleinodien. Ihr tausendj√§hriger Weg, Vienne et Munich, 1991, p. 156.
  210. ‚ÜĎ (de) Theodor von Bernhardi, Denkw√ľrdigkeiten des kaiserlich russischen Generals von der Infanterie Carl Friedrich Grafen von Toll, Leipzig, 1866, p. 4.
  211. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Katharina Weikl, Krise ohne Alternative? Das Ende des Alten Reiches 1806 in der Wahrnehmung der s√ľddeutschen Reichsf√ľrsten, Berlin, 2006, p. 27.
  212. ‚ÜĎ (de) Katharina Weikl, op. cit., p. 31.
  213. ‚ÜĎ (de) Heinz Duchhardt, Barock und Aufkl√§rung, Munich, 2007, p. 12.
  214. ‚ÜĎ (de) ¬ę ein dauerhaftes gothisches Geb√§ude, das eben nicht nach allen Regeln der Baukunst errichtet ist, in dem man aber sicher wohnet. ¬Ľ Cit√© dans : Heinz Schilling, H√∂fe und Allianzen: Deutschland, 1648-1763, Berlin , 1989, p. 125.
  215. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Peter Unruh, Der Verfassungsbegriff des Grundgesetzes : eine verfassungstheoretische Rekonstruktion, T√ľbingen, 2002, p. 40.
  216. ‚ÜĎ (de) Peter Unruh, op. cit., p. 41.
  217. ‚ÜĎ (de) Peter Unruh, op. cit., p. 42.
  218. ‚ÜĎ (de) Peter Unruh, op. cit., p. 44.
  219. ‚ÜĎ (de) Bernd Sch√∂nemann, ¬ę Die Rezeption des Westf√§lischen Friedens durch die deutsche Geschichtswissenschaft ¬Ľ in : Heinz Duchhardt (dir.), Der Westph√§lische Friede, Munich, 1998, p. 808.
  220. ‚ÜĎ (de) Anton Schindling, ¬ę War das Scheitern des Alten Reiches unausweichlich? ¬Ľ In: Heiliges R√∂misches Reich Deutscher Nation 962‚Äď1806. Ausstellungskatalog., Tome 2, p. 315.
  221. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Fred E. Schrader, op. cit., p. 56.
  222. ‚ÜĎ (de) Stephan Wendehorst/Siegrid Westphal (dir.), Lesebuch altes Reich, Munich, 2006, p. 88.
  223. ‚ÜĎ (de) Egon Boshof, op. cit., p. 81-82.
  224. ‚ÜĎ (de) Volker Mantey, Zwei Schwerter- zwei Reiche, 2005, T√ľbingen, p. 154.
  225. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ (de) Katharina Weikl, op. cit., p. 28.
  226. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 84.
  227. ‚ÜĎ (de) Michael Matheus, Regionen und F√∂deralismus. 50 Jahre Rheinland-Pfalz, Stuttgart, 1997, p. 37.
  228. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Fred E. Schrader, op. cit., p. 162.
  229. ‚ÜĎ Fred E. Schrader, op. cit., p. 17-18.
  230. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Fred. E. Schrader, op. cit., p. 18.
  231. ‚ÜĎ (de) Harm Klueting/Wolfgang Schmale, Das Reich und seine Territorialstaaten. Aspekte des Mit-, Neben- und Gegeneinander, M√ľnster, 2004, p. 43.
  232. ‚ÜĎ (de) Rudolf Endres, Adel in der fr√ľhen Neuzeit, Oldenbourg, 1993, p. 5.
  233. ‚ÜĎ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 27.
  234. ‚ÜĎ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 28.
  235. ‚ÜĎ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 29.
  236. ‚ÜĎ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 29-30.
  237. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 30.
  238. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 31.
  239. ‚ÜĎ (de) Rudolf Endres, op. cit., p. 6.
  240. ‚ÜĎ (de) Rudolf Endres, op. cit., p. 7.
  241. ‚ÜĎ (de) Rudolf Endres, op. cit., p. 58.
  242. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ Fred E. Schrader, op. cit., p. 19.
  243. ‚ÜĎ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 34.
  244. ‚ÜĎ (de) Helmut Neuhaus, op. cit., p. 36.
  245. ‚ÜĎ (de) Rudolf Endres, op. cit., p. 11.
  246. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Katharina Weikl, op. cit., p. 29.
  247. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 275.
  248. ‚ÜĎ (de) Helmut Neuhaus, Das Reich in der fr√ľhen Neuzeit, Oldenbourg, 1988, p. 38.
  249. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 83.
  250. ‚ÜĎ (de) Katharina Weikl, op. cit., p. 28-29.
  251. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ, c‚ÄČ et d‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 89.
  252. ‚ÜĎ Fred E. Schrader, op. cit., p. 15.
  253. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 296.
  254. ‚ÜĎ (de) Winfried Dotzauer, Die deutschen Reichskreise(1383-1806), Stuttgart, 1998, p. 34.
  255. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Jean Schillinger, op. cit., p. 90.
  256. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, Recht und Gericht im Heiligen r√∂mischen Reich: Recht und Gericht, Frankfurt am Main, 1999, p. 271.
  257. ‚ÜĎ (de) Winfried Dotzauer, op. cit., p. 457.
  258. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 311.
  259. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 398.
  260. ‚ÜĎ (de) Winfried Dotzauer, op. cit., p. 458.
  261. ‚ÜĎ a‚ÄČ, b‚ÄČ et c‚ÄČ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 273.
  262. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 199.
  263. ‚ÜĎ Jean Schillinger, op. cit., p. 86.
  264. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 487.
  265. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 248f.
  266. ‚ÜĎ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 298.
  267. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Bernhard Diestelkamp, op. cit., p. 274.
  268. ‚ÜĎ (de) Stefan Ehrenpreis, Kaiserliche Gerichtsbarkeit und Konfessionskonflikt. Der Reichshofrat unter Rudolf II. 1576-1616, G√∂ttingen, 2006, p. 53f.
  269. ‚ÜĎ (de) Stefan Ehrenpreis, op. cit., p. 17.
  270. ‚ÜĎ Joseph Rovan, op. cit., p. 67.
  271. ‚ÜĎ (de) Wolfgang Hasberg/Wolgang E. J. Weber, Geschichte entdecken. Karl Filser zum 70. Geburtstag, Berlin, 2007, p. 250.
  272. ‚ÜĎ (de) Andreas Gardt, Nation und Sprache. Die Diskussion ihres Verh√§dltnisses in Geschichte und Gegenwart, Berlin, 2000, p. 89.
  273. ‚ÜĎ (de) Voir Paix de B√Ęle de 1499 dans le Historisches Lexikon der Schweiz
  274. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ Francis Rapp, op. cit., p. 96.
  275. ‚ÜĎ (de) Rudolf E. Keller/Karl-Heinz Mulagk, Die deutsche Sprache und ihre historische Entwicklung, Hambourg, 1986, p. 133.
  276. ‚ÜĎ (de) Rudolf E. Keller/Karl-Heinz Mulagk, op. cit., p. 240.
  277. ‚ÜĎ (de) Ulrich Ammon, Die internationale Stellung der deutschen Sprache, Berlin, 1991, p. 285.
  278. ‚ÜĎ a‚ÄČ et b‚ÄČ (de) Ulrich Ammon, op. cit., p. 284.
  279. ‚ÜĎ Guy N. Deutsch, Iconographie de l'illustration de Flavius Jos√®phe au temps de Jean Fouquet, Leiden, 1986, p. 51.
  280. ‚ÜĎ (de) Johann Christoph Gatterers, Praktische Heraldik, N√ľrnberg, 1791, p. 42.
  281. ‚ÜĎ (de) Johann Christoph Gatterers, op. cit., p. 40.
  282. ‚ÜĎ (de) Johann Christoph Gatterers, op. cit., p. 45.
  283. ‚ÜĎ (de) Dr B. Koehne, Zeitschrift f√ľr M√ľnz-, Siegel- und Wappenkunde, Berlin, 1842, p. 181.
  284. ‚ÜĎ Fred E. Schrader, op. cit., p. 17.
  285. ‚ÜĎ Soci√©t√© d'Histoire et d'Arch√©ologie, Revue d'histoire et d'arch√©ologie, Bruxelles, 1860, p. 267.
  286. ‚ÜĎ (de) Voir : Benedict Jacob R√∂mer-B√ľchner, Die Wahl und Kr√∂nung der deutschen Kaiser zu Frankfurt am Main, Frankfurt am Main, 1858, p. 48-55.
  287. ‚ÜĎ (de) Hans Lentzte, ¬ę Das Kaisertum √Ėsterreichs ¬Ľ, dans : Les grands empires, De Boeck Universit√©, 1989, p. 490.
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